Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 4 – Chapitre 6 – Partie 2

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Chapitre 6 : L’icône des filles

Partie 2

« Je suis sûr qu’ils nous ont déjà remarqués, » murmura calmement l’homme dans la calèche.

C’était un chariot étrangement grand. Les chevaux qui le tiraient étaient larges et robustes. Un coup d’œil à l’intérieur suffisait à répondre à toute question quant à sa taille. Le passager mâle était si grand que même ce carrosse semblait étroit.

Gruyère Soljest était trois fois plus grand que la moyenne des gens. Il était l’une des saintes élites de l’ouest du continent et le roi du royaume de Soljest.

« Je suis certaine qu’il doit y avoir un énorme tumulte. C’est dommage que nous ne puissions pas le voir personnellement, » répondit la femme assise en face de lui.

Elle s’appelait Caldmellia, une figure remarquable qui s’était hissée au rang de directrice du Bureau des Évangiles, l’un des postes les plus élevés de l’ordre religieux de Levetia.

« Je suis surpris… que nous soyons ici dans cette situation à la tête d’une armée vers Mealtars au lieu d’envoyer une délégation. »

« Les circonstances l’exigent, » assura Caldmellia en souriant. « Je suis sûre que toutes leurs opinions se sont embrouillées, ce qui a provoqué l’inquiétude de tous. Ils se concentrent tous sur le problème qui se trouve devant eux… Il n’y a pas de meilleur moment pour nous pour frapper depuis les coulisses. »

Gruyère grogna. « Ces pauvres croyants. Se faire entraîner dans vos jeux, et maintenant ils vont mourir ici. »

En regardant par la fenêtre, il pouvait voir les soldats marcher de façon ordonné. Six mille d’entre eux. Tous adeptes de Levetia.

« Des jeux ? » demanda Caldmellia. « C’est une guerre sainte pour libérer Mealtars de l’oppression impériale. » Elle lui avait souri. « Ils reviendront vivants. Après tout, vous êtes leur chef, le roi Gruyère. »

Bien que ce soit elle qui ait décidé de réveiller l’armée et de partir pour Mealtars, c’est Gruyère qui commandait.

« Essayez-vous de vous attirer mes faveurs ? C’est vous qui avez obtenu la permission du Saint Roi pour faire cette petite farce — et qui m’avez ensuite traîné ici. »

« Il n’y avait pas d’autre moyen. Je ne pouvais pas prendre le contrôle de l’armée. »

Caldmellia était une politicienne, pas un officier militaire. Elle n’avait ni l’expérience ni la capacité de diriger six mille soldats.

« Nos adversaires sont les princes impériaux… Toute autre personne que vous, Roi Gruyère, ne fera pas l’affaire. »

« Hmph… Si seulement ils valaient plus que leurs titres. Alors ils seraient une proie digne d’être chassée. » Il lui lance un regard noir. « Vous feriez mieux de ne pas oublier, Caldmellia : je ne fais que suivre les ordres de Levetia et du Saint Roi. Je ne suis pas un sous-fifre. »

Caldmellia ne s’était pas laissée déconcerter. « Évidemment. Je compte sur vous, Roi Gruyère. »

Elle regarda par la fenêtre.

« Hee-hee, j’espère que le Prince Wein sera heureux de me voir. »

En imaginant ce qui les attendait, Caldmellia s’était mise à sourire.

 

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« Ne viens pas quand je suis déjà occupé ! » Wein cria avec toute sa force. « Sérieusement ? Maintenant ? C’est le pire des moments ! J’essayais juste de trouver un moyen de sortir de ça ! Je n’ai pas le temps dans mon emploi du temps de m’amuser avec toi ! Maudite sois-tu, Caldmellia ! »

« Calme-toi, Wein. »

« Comment puis-je !? Je pensais qu’elle enverrait une délégation, mais elle a traîné toute cette foutue armée avec elle… ! J’aurais dû réduire son manoir en cendres avant de nous échapper de la capitale de Cavarin… ! »

« Je comprends, mais nous devons agir maintenant et réfléchir plus tard, » insista Ninym, tentant de calmer son maître enragé. « Il est crucial que nous accélérions le rythme et que nous déterminions notre plan d’action. »

« Tout ce que nous pouvons faire, c’est sortir d’ici aussi vite que possible. » Wein avait l’air agité. « Le siège de la ville cause suffisamment de stress aux citoyens. Maintenant que Levetia est impliqué, ce n’est qu’une question de temps avant que la ville ne se révolte. »

« Il y a trente mille personnes à Mealtars. S’il y a un soulèvement, les gardes n’auront aucune chance. »

« Et puis, avant que nous le sachions, les portes du château seront ouvertes, l’armée entrera en trombe et la ville entière sombrera dans la folie. Si nous ne sortons pas avant, nous aurons de sérieux problèmes. »

Ils auraient peut-être pu faire quelque chose s’ils étaient à Natra avec leurs propres forces sous la main. Mais pour l’instant, Wein n’était qu’un représentant d’une délégation d’une nation étrangère résidant ici.

« Je suis complètement dépassé par cette affaire. Ce sera impossible de renverser la situation. Nous sommes à court de temps et d’astuces. Ninym, rappelle Falanya. Nous allons avoir besoin de Nanaki. »

« Compris. Je vais les contacter. »

« Et je suis sûr que Lowa veut aussi sortir d’ici. S’il te plaît, aide-la à partir… »

 

 

Son corps s’était mis à trembler de façon incontrôlable.

« Wein ? »

« Désolé… Je suppose que je suis un peu fatigué. Laisse-moi m’allonger une minute. » Il avait essayé de se lever, mais ses genoux avaient fléchi.

Merde ! C’est mauvais… Je vais tomber. Son corps avait fait une embardée.

« Ninym, prépare notre fuite — . »

Mais avant qu’il ne puisse terminer, le corps de Wein s’était écrasé sur le sol.

 

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Cinq jours s’étaient écoulés depuis que les armées de Bardloche et de Manfred avaient encerclé Mealtars.

« Ils sont plus tenaces que je ne le pensais, » murmura Manfred en regardant les murs de la ville.

Il était dans le camp que ses hommes avaient reconstitué. Ses subordonnés étaient réunis autour de lui, et l’ambiance était lourde.

« C’est toujours un territoire impérial. Les gardes pourraient être capables de résister à nos troupes, mais je ne pense pas qu’il leur sera possible de tenir bon lorsque les forces approcheront de l’Ouest. »

Un subordonné semblait se parler à lui-même. « Il semble que la princesse Lowellmina, le maire Cosimo et la princesse Falanya de Natra soient toujours dans la ville. Leur action de proximité auprès de la population empêche les citoyens de se déchaîner. »

« Je me demande si cela sera suffisant pour les arrêter… Peu importe. C’est seulement une question de temps. »

Cette situation avait été un coup de chance pour Manfred. Lorsque Demetrio avait été empoisonné à la place de Wein, même le plus jeune prince avait pâli.

Mais après que son frère ait quitté la ville, Manfred savait ce qu’il avait à faire. Puisque le sommet ne menait nulle part, il allait changer de politique. Plutôt que de gagner la confiance de Mealtars, il profiterait de ce faux pas, affirmerait qu’il était parfaitement dans son droit de déployer son armée et soumettrait la ville à sa volonté par la force.

Je ne peux pas empêcher Bardloche de ne pas s’allier à moi. Mais je dois trouver un moyen de me débarrasser de lui et m’assurer que mon armée est la seule à pouvoir entrer dans la ville. J’espère que je serai capable d’évincer Levetia après ça.

Pour Manfred, cette nouvelle armée rendait les choses compliquées. Leurs hommes étaient alignés sur une colline à l’ouest qui n’était pas loin de Mealtars, proclamant qu’ils allaient briser le siège et libérer la ville.

Je parie qu’ils attendaient une opportunité depuis le tout début.

C’était presque une chance que la troupe religieuse ne semblait pas presser de recourir à la force. Ils étaient postés au sommet de la colline, surveillant de près les nouveaux développements.

Cela était dû en partie au fait que Manfred et Bardloche disposaient chacun de sept mille soldats, alors qu’ils n’en avaient que six mille. Bien que la frontière occidentale soit proche, elle se trouvait toujours en territoire impérial. Si les choses se gâtaient, les princes pouvaient appeler des renforts.

Ils peuvent ne pas avoir de raison valable d’agir.

Ils cherchaient à se libérer. Ils ne voulaient pas montrer d’agression sans raison valable. Manfred avait deviné qu’ils voulaient que les princes soumettent le peuple de Mealtars.

Comme c’est ennuyeux… Mais je suppose que ça a ses avantages. Maintenant qu’ils sont là, j’ai la chair à canon parfaite pour obtenir Mealtars.

Quel serait le meilleur plan d’action ?

Manfred pouvait sentir quelqu’un à l’extérieur.

« Pardonnez-moi ! » Un messager était apparu dans le poste de commandement.

« Votre Altesse, je viens de recevoir un rapport de mes hommes dans la ville du château. »

« Ont-ils fait un geste ? »

« Eh bien… »

Lorsqu’il avait entendu le rapport complet, Manfred était resté bouche bée, surpris.

« Le Prince Wein s’est effondré… ? »

 

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Au même moment, Bardloche reçoit ce rapport dans une position au sud de l’armée de Manfred.

« Le Prince Wein est inconscient… et dans un état critique ? »

« Oui, la nouvelle s’est répandue dans la ville. »

Bardloche avait réfléchi un moment. « Les gardes de Mealtars l’ont soi-disant arrêté. Aurait-il pu être torturé… ? »

« Il semble qu’il soit retourné dans son manoir après sa libération. Il est possible qu’il ait été torturé pendant son enfermement, bien que nous ne connaissions pas les détails exacts. S’il était la cible initiale de l’assassinat, il est possible qu’il ait finalement été empoisonné. »

« … Espérons qu’il se rétablisse complètement. Je sais qu’il me servira bien à l’avenir. Ce serait du gâchis de le laisser mourir, » murmura honnêtement Bardloche.

Le messager poursuit. « Il y a un autre problème. Notre armée a une mauvaise réputation dans la ville. »

« Vraiment ? »

« Oui. Ils disent que nos soldats manquent de discipline et que les civils seront massacrés si la ville est prise. »

« Sont-ils idiots ? Si on pouvait faire ça, on l’aurait déjà fait. »

Mealtars était une poule aux œufs d’or. Même Bardloche savait que c’était grâce aux habitants de la ville. S’ils massacraient les citoyens, ils tueraient essentiellement leur vache à lait. Bardloche et Manfred savaient tous deux qu’aucune goutte de sang n’avait besoin d’être versée si Mealtars prêtait volontairement allégeance.

« Ça doit être un des plans de Manfred. Envoyez des agents pour mettre fin aux rumeurs à notre sujet. Nous devons lancer des mensonges crédibles sur l’armée de Manfred. »

« Compris ! » Le messager s’était précipité dehors.

Bardloche se murmura à lui-même en reconstituant la situation dans son esprit.

« Nous devons écraser l’armée de Manfred au nord. Nous écraserons les zélotes à l’ouest. Et ensuite nous nous emparerons de Mealtars… Pas besoin de compliquer les choses. Le plan est simple. »

Dès que Mealtars fera un geste, il en fera autant. Tout ce qu’il avait à faire était d’attendre. Bardloche avait continué à se concentrer sur la ville comme un carnivore ciblant sa proie.

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