Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 5

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Chapitre 2 : Une visite de la princesse impériale

Partie 5

Ninym et Falanya marchaient dans le couloir côte à côte. Falanya marchait derrière eux avec entrain et semblait fredonner.

« Ninym, tu l’as entendu ? Wein a dit qu’il était fier de moi, » déclara Falanya.

« Je l’ai entendu. Je suis aussi heureuse de voir votre croissance devant mes propres yeux, Princesse Falanya, » répondit Ninym avec un sourire.

« Je vais faire de mon mieux, Ninym ! Je vais m’assurer de ne pas le laisser tomber ! » déclara Falanya.

« Je ne peux peut-être pas faire grand-chose, mais je vous aiderai de toutes les façons possibles. Mais faites attention à ne pas vous surmener. Nous devons conserver notre énergie jusqu’à l’arrivée de l’envoyé, » avait souligné Ninym.

Falanya s’était calmée d’un cran. « Tu as raison. Je commence dès que l’envoyé et la princesse impériale arrivent — . »

Elle s’était arrêtée avant d’avoir fini sa phrase, se taisant totalement pendant quelques secondes comme si elle réfléchissait à quelque chose avant de regarder Ninym.

« … Il y a une chose que j’aimerais te demander, » déclara Falanya.

« Demandez-moi n’importe quoi, » déclara Ninym,

« Que penses-tu du mariage de Wein, Ninym ? » demanda Falanya.

« … »

Cette question. Ninym savait que ça arriverait tôt ou tard. Avec les dernières traces d’inquiétude bannies de son cœur, Falanya avait maintenant assez de tranquillité d’esprit pour considérer la situation de Ninym.

Et si elle devait faire un commentaire, Falanya l’approuverait — sans aucun doute.

Bien sûr, la vérité était qu’il était difficile de dire ce que l’Empire pensait. Mais si l’on mettait cela de côté pour le moment, il était indéniable qu’une union entre la princesse et le prince signifiait que la relation de Natra avec l’Empire serait plus forte que jamais et qu’elle renforcerait Natra elle-même.

Mais il va sans dire que Falanya ne demandait pas les pensées de Ninym en tant que serviteur de haut rang.

« J’ai supposé qu’il t’épouserait, » continua Falanya avant que Ninym ne puisse répondre. « Je veux dire, vous êtes toujours ensemble. Vous vous entendez bien et vous vous souciez l’un de l’autre… C’est pourquoi j’étais sûre que tu échangerais tes vœux avec lui un jour. En plus, ça ferait de toi ma belle-sœur, ce que j’adorerais. Mais… »

Mais Wein avait accepté la proposition de la princesse étrangère afin de discuter d’un mariage.

On s’attendait à ce qu’un souverain couche avec d’autres femmes que sa femme pour s’assurer un héritier, mais il était également possible que la princesse impériale interdise les concubines et les maîtresses.

« … Je suis honorée que vous ayez une si haute opinion de moi, Princesse Falanya, » Ninym commença doucement. « Mais en aucun cas je ne me joindrais au Prince Wein dans un mariage. Même sans cette situation avec la princesse. »

« Pourquoi pas ? » demanda Falanya.

« Car il est Wein Salema Arbalest, le prince héritier, et je suis Ninym Ralei, une Flahm, » répondit Ninym.

Les Flahms étaient une race persécutée en Occident, utilisée comme esclaves et détestée dans certaines régions. Natra partageant une frontière avec l’Ouest, il serait scandaleux que le prince héritier prenne une Flahm comme princesse.

« Si le prince disait qu’il m’épouserait, j’ai peur de devoir me trancher la gorge — en punition pour l’avoir séduit, » déclara Ninym.

« Non… Es-tu d’accord avec ça ? » demanda Falanya.

« Oui, » répondit Ninym sans hésitation.

Elle ne pouvait laisser aucune place à Falanya pour espérer autrement. Ninym avait répondu avec cette résolution en tête, mais elle s’effondra à l’instant où elle vit Falanya au bord des larmes.

« Ah. Je ne me suiciderais pas vraiment ! C’est une métaphore. » Ninym s’était dépêchée de trouver les bons mots. « C’est pour vos oreilles seulement, Princesse Falanya : il y a une partie de moi qui est triste que je ne puisse jamais devenir sa compagne. Mais on m’a déjà accordé un plus grand honneur. »

« Quoi… ? » demanda Falanya.

« — Je suis son cœur. » Ninym avait placé une main ouverte sur sa poitrine. « Le prince sera marié un jour. Et c’est absolu. Il peut être avec une, deux, ou peut-être même trois femmes. Et avec ses princesses élues bien-aimées, il aura des enfants et les aimera aussi. »

 

 

Ninym sourit. Quelque part en cours de route, ses paroles étaient devenues plus passionnées.

« Mais, peu importe le nombre de femmes ou d’enfants… il n’a qu’un seul cœur. Tout comme il y a une lune et un soleil. Et jusqu’au jour où son long voyage se terminera, je serai la seule à pouvoir occuper ce poste, » déclara Ninym.

« … Je ne crois pas que je comprenne. » Les sourcils de Falanya se plissèrent dans la confusion.

Sa réaction avait ramené Ninym à la raison, qui avait laissé échapper une petite toux.

« Eh bien, pensez-y de cette façon : le mariage n’est pas l’objectif final de toutes les relations avec le sexe opposé. Maintenant, allons nous retirer dans votre chambre pour la journée, » déclara Ninym.

Après avoir changé de sujet de force, Ninym avait accéléré son rythme en poussant Falanya.

Et ainsi, le jour de l’arrivée de la princesse impériale se rapprochait.

***

Dans le Royaume de Natra, la courte saison d’automne touchait à sa fin et il commençait déjà à neiger. En un mois, les citadins s’habituaient à voir un monde argenté à l’extérieur.

« Très bien, je vais te l’expliquer encore une fois. »

Ninym parlait à côté de Wein alors qu’il regardait le paysage se recouvrir lentement de neige.

« La Princesse impériale Lowellmina Earthworld. La deuxième fille de feu l’Empereur. Elle est la plus jeune de ses cinq enfants : trois princes et deux princesses. D’après les documents officiels, elle a le même âge que nous. Au quotidien, elle s’enferme dans le palais, et elle est rarement vue par les autres. Il y a plus de quelques vassaux qui ne l’ont jamais vue, mais on dit que c’est une beauté incomparable qui charme les gentlemen chaque fois qu’elle fait une rare apparition lors d’une soirée. »

« Elle ressemble plus à une fée qu’à une humaine, » déclara Wein.

« Je suis d’accord. Mais avec plusieurs nobles qui l’aiment, il est clair qu’elle n’est pas un fantasme ou un mirage. Parmi ses prétendants les plus connus, on compte les fils du comte Lubid et du marquis Antgadull, » déclara Ninym.

« Ils sont tous les deux des fils prodigues, têtus et intransigeants, au point qu’on a même entendu des rumeurs à leur sujet à Natra. La princesse doit être très chargée vu qu’elle doit s’occuper de ces prétendants… Ninym, je t’avais dit que ces vêtements seraient trop étouffants, » déclara Wein.

« Fais avec. Tu accueilles un membre de la famille impériale. Tu dois avoir l’air d’être à la hauteur, » déclara Ninym.

Wein avait déplacé le col de sa tenue de soirée. Comme Ninym l’avait dit, tout était en préparation pour l’arrivée de la princesse impériale plus tard ce jour-là.

« Quant aux trois princes en lice pour le trône… J’ai fait quelques recherches et j’ai trouvé qu’elle s’est éloignée du chaos politique. Et ils se démènent pour limiter les dégâts, puisque cet arrangement les a apparemment pris par surprise, » poursuit-elle.

« Ce qui veut dire que ce n’était pas prévu par l’un des fils. La proposition devient de plus en plus suspecte plus tu m’en parles… Aucune des factions n’a-t-elle essayé de l’arrêter ? » demanda Wein.

« Je pense qu’ils le prévoyaient, mais le seul ayant l’autorité de l’arrêter est l’Empereur. Maintenant que le trône est vide, ils ne peuvent pas faire grand-chose, » déclara Ninym.

« Donc personne ne pouvait empêcher la princesse de partir. Ce qui nous amène à aujourd’hui, » déclara Wein.

« Ils ont poussé à accélérer ce processus sous prétexte d’atteindre Natra avant que l’hiver ne s’installe, mais je suppose que sa véritable motivation est d’arriver ici avant que l’un des princes ne devienne empereur et mette fin à la querelle. Elle ne sera pas capable de prendre des décisions pour elle-même quand ça arrivera, » déclara Ninym.

« Ce qui veut dire que c’est sa seule chance, quel que soit son objectif. Tu sais, je n’aurais jamais pensé que l’Empire serait dans le chaos aussi longtemps…, » déclara Wein.

Cela faisait six mois que l’empereur était décédé, et il n’y avait toujours pas de souverain pour le remplacer, ce qui avait même pris Wein par surprise — et il était étranger. Il ne pouvait pas imaginer à quel point les habitants de l’Empire étaient inquiets et impatients face à toute cette épreuve.

« Les factions sont devenues plus hostiles les unes envers les autres. Et leurs provinces individuelles sont également divisées en fonction des candidats au trône qu’elles ont choisis, » déclara Ninym.

« On a appris que chaque faction commence à stocker des armes, non ? » demanda Wein.

« Oui. À ce rythme, ils sont en route vers la guerre civile. Si l’un des princes se retire et s’unit à un autre, ce sera réglé en un clin d’œil, mais il sera difficile pour l’un d’entre eux de reculer avec le trône suspendu devant lui, » déclara Ninym.

« Je veux dire, s’il y a quelqu’un d’autre qui peut faire le travail, je préfère qu’il le fasse, » déclara Wein.

« Tu es le seul à penser de cette façon, Wein, » déclara Ninym.

Il avait haussé les épaules comme pour dire « Tu m’as eu là ».

« Quoi qu’il en soit, je suppose que les troubles dans l’Empire sont là pour un bon moment…, » Wein s’était plaint avant de laisser échapper un petit rire ironique.

Ninym avait mis sa tête sur le côté de manière interrogative. « Quoi ? »

« Je pense juste que ces gars doivent avoir du mal, » déclara Wein.

« Par là, tu veux dire…, » commença Ninym.

« Les trois de l’académie militaire, » déclara Wein.

Ah. Ninym avait immédiatement compris.

Lorsque le duo avait étudié dans l’Empire pendant deux ans, Wein avait menti sur son identité pour entrer à l’académie militaire. Il avait abandonné l’école juste avant la remise des diplômes, après que le roi Natra soit tombé malade, mais sans surprise, il était très apprécié, en particulier par trois personnes.

Ils s’appelaient Glen, Strang et Lowa.

« Si tout s’est passé selon leurs plans respectifs, je parie que Glen est dans les troupes impériales à l’heure qu’il est. Et Strang a dû retourner dans sa ville natale en province pour travailler comme bureaucrate… ce qui signifie qu’ils doivent tous deux se sentir mal à l’aise dans la lutte pour le trône, » déclara Ninym.

« Et Lowa ? » demanda Wein.

« J’aimerais dire qu’elle a probablement assuré sa position en tant que quelque chose puisqu’elle est une aristocrate… mais sa famille est composé de nobles de bas rang venant de la campagne. Elle m’a dit qu’elle rentrerait chez elle après la remise des diplômes. Des trois, elle est la plus éloignée de toute cette épreuve. » Ninym avait gloussé. « Et si elle avait mis de côté la tourmente et qu’elle tâtonnait sur le sujet du mariage, comme toi ? »

« Quelqu’un vient-il voir Lowa pour lui demander sa main ? Indique-moi un type qui voudrait cette nuisance pour femme. N’importe quel type, » déclara Wein.

« Je veux dire, elle était populaire à l’école. Elle est magnifique. De plus, elle a fait un excellent travail en cachant sa vraie personnalité. Eh bien, personne ne s’est vraiment approché d’elle depuis qu’elle était associée à nous — les fauteurs de troubles, » déclara Ninym.

« Et maintenant qu’on n’est plus là pour la protéger du monde, je suis sûr que des gars tombent amoureux d’elle à gauche et à droite. C’est de leur propre faute pour avoir été un mauvais juge de caractère, mais oh bon sang, mes condoléances au gars qui finit par l’épouser, » déclara Wein.

Ninym soupira. « Et voilà, encore des commérages… Et si je te disais que je pensais qu’elle et toi aviez beaucoup en commun ? »

« Nous ? Sérieusement ? Comme quoi ? » demanda Wein.

« Je veux dire, vous êtes tous les deux bons pour faire l’innocent. Vous vous mettez en avant et poursuivez agressivement vos objectifs. Vous emballez les autres dans vos affaires, plus —, » déclara Ninym.

« Attends. Penses-tu que je suis un connard arrogant qui feint l’innocence et entraîne les gens dans mes problèmes ? » demanda Wein.

« Oui, et alors ? » demanda Ninym.

« Mais ce n’est… Oh…, » Wein se remémorait ses actions passées dans sa tête, et « … pas vrai » n’était pas dit.

On avait frappé à la porte du bureau, et un fonctionnaire du palais était entré.

« Votre Altesse, l’envoyé de Son Altesse Impériale est arrivé, » déclara le fonctionnaire.

Wein et Ninym avaient regardé l’autre.

« Ça commence, » déclara Wein.

« Oui. Partons, Votre Altesse, » déclara Ninym.

Accompagné de Ninym, Wein sortit de la pièce. Leur destination ? L’entrée principale du palais. S’ils écoutaient attentivement, ils pouvaient entendre des bavardages à distance.

Les deux individus étaient enfin arrivés. Dans la salle de réception, un groupe inconnu était aligné dans le grand espace. La délégation impériale.

Et devant, au centre, se tenait une fille en robe et voile qui cachait son visage.

« — Merci d’avoir fait tout ce chemin. Bienvenue au Royaume de Natra, » salua Wein, en entrant dans la grande salle.

Tout le monde dans la pièce s’était tourné vers lui.

L’envoyé l’avait examiné avec un regard de prudence et d’appréciation. Une poignée de spectateurs l’avaient ridiculisé en le qualifiant d’inexpérimenté. Leurs regards collectifs avaient suffi à percer Wein.

Eh bien, toute personne normale perdrait son sang-froid, mais il ignora ces regards comme s’ils n’étaient rien d’autre qu’une douce brise. Il s’était avancé jusqu’à ce qu’il soit juste devant la fille.

« À la place de mon père malade, je vous salue chaleureusement. Je suis le prince régent, Wein Salema Arbalest, » déclara Wein.

« … Je suis Lowellmina Earthworld, » répondit-elle d’une voix digne. On pourrait dire que le ton était agréable.

Même les fonctionnaires qui les observaient avec le souffle coupé avaient poussé un soupir d’émerveillement involontaire.

… Hmm ?

Pendant ce temps, Wein avait eu une réaction complètement différente en entendant sa voix. Il n’y avait pas de doute que c’était charmant. Mais cela mis à part, il avait l’impression de l’avoir déjà entendu ailleurs.

« Il y a un problème, Prince Wein ? » demanda Lowellmina.

« Ah, non. Excusez-moi. Votre voix est si belle qu’elle a presque capturé mon cœur… Mais ça me semble étrangement familier. S’est-on déjà rencontrés ? » demanda Wein.

Wein puisait dans tous les souvenirs, essayant de penser à un moment où ils auraient pu se rencontrer, et il était revenu sans rien. Ce qui voulait dire que c’était une erreur, et qu’elle le corrigeait… ou c’est ce qui aurait dû arriver.

« — Oh mon Dieu. Vous l’avez vite compris, » déclara Lowellmina.

« Hein ? » il s’était exclamé pathétiquement.

La princesse avait levé son voile, révélant ainsi son visage.

C’était un que Wein avait déjà vu auparavant — avec Ninym, qui se tenait derrière lui.

« Ça fait un moment, Wein, » murmura-t-elle pour ses oreilles seulement.

Et c’est alors que Lowellmina Earthworld, qui était aussi connue sous le nom de Lowa Felbis, lui sourit.

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5 commentaires

  1. L'ironie qui frappe plus rapidement que le KARMA, très intéressant.

    Merci pour ce chapitre très amusant.

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