Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 8 – Acte 8 – Partie 2

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Chapitre 8 : Acte 8

Partie 2

« Commencez ! » Avec ça, Mitsuki s’était levée, et avait écarté ses deux bras.

Devant elle, Rífa reproduisait ces mêmes mouvements, les bras écartés.

« ᚠᛟᛉ ᛟᛋᛋ ᛋᛖᚷᛖᛉᛜ. » En rythme avec la musique, Mitsuki et Rífa scandèrent les mots du vœu sacré à l’unisson parfait, et tournèrent lentement sur place une fois.

L’exécution de ces actions précises avec exactement le même timing avait augmenté leur synchronisation l’une avec l’autre, et avait rendu le canal magique reliant Mitsuki à Rífa beaucoup plus large et plus fort.

« ᚠᛟᚦᛋᛈᚨᛉ ᚲᚨᚦᚦ. »

Elles avaient croisé leurs bras et s’étaient légèrement penchées en avant.

« ᚲᚹᛁᛜᛜᚨ ᛋᚲᚨᚷᚷ. »

D’un pas léger sur le côté, elles tendirent le bras gauche.

Les houppes enrubannées qui entouraient leurs bras et leur taille tintèrent avec un son doux et digne lorsqu’elles se déplaçaient.

« ᚱᛟᚦᚦᛖᛉᛜᚨ. ᚨᚹ ᛋᚦᛖᛜᚷ. »

Ramenant leur bras gauche, elles firent cette fois un pas léger dans l’autre direction et tendirent leur bras droit.

Le tempo de la musique avait soudainement augmenté.

Mitsuki et Rífa avaient augmenté la vitesse de leurs mouvements fluides.

Elles avaient exécuté la danse avec une dévotion sans faille, consacrant tout leur cœur à chaque mouvement et chaque vers.

Et, enfin… la musique qui avait été si rapide et agressive s’était soudainement arrêtée complètement.

C’était ça.

Mitsuki avait utilisé chaque once d’air dans ses poumons alors qu’elle avait crié les derniers mots de pouvoir.

« Gleipnir ! »

Alors que Mitsuki et Rífa prononçaient le dernier mot à l’unisson, un flux de lumière brillante avait commencé à émaner des paumes de leurs mains droites tendues.

Les deux faisceaux de lumière s’étaient rencontrés et s’étaient entrelacés pour créer un seul flux, qui avait coulé dans le verre du miroir divin.

C’était la clé secrète du plan que Rífa avait exposé à Mitsuki sur la façon dont elles pouvaient travailler ensemble pour invoquer Yuuto.

Quelles que soient les prouesses magiques de Rífa, sans l’accès au miroir spécial apparié, elle ne pouvait pas exécuter le sort pour appeler quelqu’un de l’autre monde.

D’un autre côté, Mitsuki était une Einherjar à rune jumelle avec un grand potentiel, mais bien sûr, elle n’allait pas pouvoir acquérir assez d’expérience en un mois pour être capable de surmonter la magie de la grande Sorcière de Miðgarðr, Sigyn.

En fait, à ce stade, la puissance totale de Mitsuki et ses capacités avec la magie seiðr étaient encore inférieures à celles de Félicia.

Mais, en un sens, Mitsuki était une « personne jumelée » avec Rífa, comme les miroirs magiques. Et Rífa avait eu l’idée d’utiliser le sort Mistilteinn, pour lui permettre d’utiliser Mitsuki comme un conduit spirituel pour son propre pouvoir. Et à travers Mitsuki, elle pouvait également envoyer son propre sort Gleipnir dans le miroir divin enchâssé dans Iárnviðr.

« Ah ! ? » Mitsuki s’était exclamée.

Cela s’était produit environ dix secondes après l’activation du sort. Une sensation de claquement avait traversé sa main droite, comme si quelque chose avait été tendu. C’était ça : Gleipnir s’était emparée de Yuuto.

Cependant, la sensation de tenir sa cible dans sa main avait rapidement disparu.

Ensuite, il y avait eu un autre claquement rapide et fort ! et une fois de plus, on avait eu l’impression que quelque chose avait été attrapé, mais une fois de plus, cela avait disparu.

L’analogie la plus proche à laquelle Mitsuki pouvait penser était la sensation de tenir une ligne de pêche. C’était comme si le poisson avait mordu à l’hameçon et tiré assez fort pour plier la canne à pêche, mais qu’il avait ensuite rapidement lâché prise et s’était enfui.

« La magie est déviée. Ça doit être Fimbulvetr. » Rífa avait prononcé le nom du sort avec frustration.

« Fimbulvetr » : Un sort seiðr qui défait toutes les liaisons et libère toutes les contraintes. C’est le Fimbulvetr qui avait annulé le lancement original de Gleipnir par Félicia, et renvoyé Yuuto dans le monde moderne.

Les effets de ce sort étaient encore présents dans le corps de Yuuto, et il rejetait maintenant le pouvoir de la Gleipnir de Rífa et Mitsuki.

« On dirait que ce n’est pas bon avec la lune qui n’est qu’à moitié pleine, » dit Rífa. « Notre pouvoir mis ensemble est toujours perdant. Eh bien, je savais en premier lieu que tu n’avais pas beaucoup de puissance à contribuer, donc ce n’est guère surprenant. »

« Je suis désolée, » dit Mitsuki en larmes. « Mais s’il te plaît, essaie plus fort ! Nous ne pouvons pas abandonner tout de suite ! »

« Ne panique pas, » gronda Rífa. « Notre adversaire est Sigyn, la sorcière de Miðgarðr, tu te souviens ? Dès le début, je savais que cela pouvait arriver. Si un lancer ne suffit pas, nous n’avons qu’à attaquer une seconde fois ! »

Sa voix s’élevant jusqu’à un cri puissant, Rífa commença à psalmodier les mots sacrés de Gleipnir depuis le début une fois de plus.

Mitsuki s’était empressée de suivre, en l’égalant.

Comme elles étaient déjà en train de tirer l’énergie magique de Gleipnir de leur main droite, elles n’avaient pas eu besoin de refaire la danse, et avaient simplement répété l’incantation du sort.

« Gleipnir ! »

En terminant la deuxième incantation, elles avaient crié le mot de pouvoir.

Cette fois, des faisceaux de lumière sortaient de la paume de leur main gauche.

« Ngh... ! » Mitsuki avait l’impression que toute sa force quittait son corps, d’un seul coup.

Cette fois, elle exécutait le sort sans le rituel complet, alors qu’elle était déjà en train d’activer un sort de Gleipnir à pleine puissance. La tension sur son corps était incomparablement plus grande qu’elle ne l’avait été avec un seul sort.

« Gghhhh ! »

Malgré cela, Mitsuki avait serré les dents et s’était concentrée sur l’alimentation de l’énergie qui sortait de sa main gauche.

Enfin, elle avait ressenti une sensation de traction soudaine et puissante dans les deux bras, beaucoup plus forte que tout ce qui avait été fait jusqu’à présent.

« Très bien, nous l’avons ! » cria Rífa, satisfaite de ce résultat.

Même un sort de Fimbulvetr lancé par la Sorcière de Miðgarðr elle-même ne devrait pas être capable de résister à la puissance de deux Einherjars à runes jumelles lançant ensemble une version doublée du même sort.

« Mitsuki, nous allons le tirer vers nous ! » Rífa déclara ça.

« Bien ! » Mitsuki avait hoché la tête, et avait essayé de tirer le cordon de lumière…

« Il — il ne bouge pas ! ? » Mitsuki s’était exclamée.

« Ghh ! Qu’est-ce qui se passe ? » cria Rífa.

C’est comme si elles essayaient d’arracher quelque chose dont les racines s’enfonçaient profondément dans la terre. Ça ne bougerait pas.

Cela n’avait rien à voir avec la force physique des bras minces des filles.

Le sort seiðr enroulait sa magie dans une corde, mais ce n’était pas quelque chose que l’on tirait avec les bras. C’était quelque chose que l’on tirait avec le cœur, avec une volonté qui saisissait et commandait la magie.

Elles étaient deux Einherjars à runes jumelles travaillant en tandem. Il était difficile d’imaginer qu’à elles deux, elles n’avaient pas assez de puissance. Et pourtant…

« C’est la lune, » dit Rífa. « Si la lune n’est pas pleine, alors le mur entre les mondes ne s’ouvrira pas complètement pour nous. »

« Non, ce n’est pas possible… ! Nous avons réussi à percer le Fimbulvetr à l’instant ! »

« Ne croie pas non plus que je vais aller jusqu’ici et abandonner. On va arracher cette satanée chose ! Nnghhaaa... ! » cria Rífa, et son esprit s’embrasa ! Les cordes de lumière qui sortaient de ses bras s’épaississaient.

Cependant, même cela n’avait pas été suffisant pour attirer Yuuto de leur côté.

« Aaargh, alors je vais en lancer un troisième… Urk, toux, toux ! » Alors que Rífa commençait à réciter un troisième lancement de Gleipnir, elle se mit soudain à tousser terriblement.

Ce n’était pas la toux sèche d’un mal de gorge. Ils étaient humides, violents, et troublants.

Mitsuki avait vu que les manches d’un blanc pur de la robe de Rífa étaient maintenant couvertes de taches rouge cramoisi.

« L-Lady Rífa ! ? Tu saignes ! » Elle cria.

« Ne fais pas de bruit, et ne panique pas ! On va attirer le seigneur Yuuto à nous ! Ne te concentre que sur ça ! » Rífa avait crié, mais elle était essoufflée et avait l’air de souffrir.

Mitsuki avait déjà entendu dire que Rífa portait une sorte de syndrome héréditaire.

Il est probable que le stress intense provoqué par le lancement de Gleipnir à plusieurs reprises était devenu trop difficile à supporter pour son corps.

« Uuuuughhh ! Bouge, bon sang ! » Mitsuki avait crié.

Le corps de Rífa n’allait pas pouvoir supporter ça plus longtemps. Mitsuki devait en finir le plus vite possible. Elle avait forcé la magie à sortir de son corps avec toute sa volonté.

Elle avait forcé la magie à sortir.

Elle s’était forcée plus fort.

Elle avait versé chaque dernière goutte d’énergie de son corps et de son âme dans la magie qui s’écoulait de ses mains.

Mais ce n’était toujours pas suffisant pour faire une brèche dans le mur.

Ça ne bougeait toujours pas.

« Ngh... ! » Rífa avait émis un son douloureux, et Mitsuki avait vu que son bras droit disparaissait.

L’image incorporelle de Rífa avait été semi-transparente au départ, mais maintenant il semblait que son bras droit disparaissait complètement.

« Krh… mon pouvoir ne durera pas… plus… »

« Gleipnir ! » La voix, claire comme une cloche d’or, avait résonné dans le sanctuaire.

Ce n’était pas la voix de Mitsuki ni celle de Rífa.

« Félicia ! » Mitsuki s’était tournée dans la direction de la voix de Félicia et avait crié son nom avec joie.

Un autre manieur de seiðr était entré dans le hall sacré.

Et en plus, c’est elle qui avait déjà réussi à invoquer deux personnes à Yggdrasil depuis un autre monde !

Soudain, les cordes de lumière qui n’avaient pas bougé s’étaient mises à bouger…

 

***

Cocorico !

Le cri perçant d’un coq avait réveillé Sigrun, et ses yeux s’étaient ouverts.

Elle se souvenait avoir réussi à atteindre les portes de la ville de Gimlé, mais rien après ça.

Elle avait dû s’évanouir à ce moment-là, car la tension avait quitté son corps dans un sentiment de soulagement.

Elle avait reconnu le plafond au-dessus d’elle. C’était la chambre qu’on lui avait attribuée quand elle était arrivée à Gimlé. Peut-être que quelqu’un d’autre de son unité de forces spéciales l’avait amenée ici.

« Eh bien, je ferais mieux de… Argh !? » Alors que Sigrun essayait de soulever son corps du lit, une douleur intense traversa son bras et elle grogna de douleur.

Sa tête palpitait aussi. Elle avait l’impression qu’elle allait s’ouvrir. Peut-être que le mouvement soudain avait été trop fort pour elle.

« … Ngh ! On dirait que je me suis poussée un peu trop fort. »

Dans le combat contre le garmr, elle avait atteint la capacité qu’elle appelait le « royaume de la vitesse divine ».

Chaque fois qu’elle l’utilisait, elle souffrait ensuite de maux de tête et de douleurs articulaires, mais cette fois-ci, c’était particulièrement terrible.

Lors de la bataille contre le garmr, et lorsqu’elle avait combattu Váli du clan de la panthère, elle n’avait eu accès à cette capacité que pendant un bref instant. Mais cette fois, elle l’avait exploité à fond, peut-être même surutilisé. Ce devait être le contrecoup de cela.

« Mais je ne peux pas rester allongée. » Sigrun serra les dents et se força à se lever, supportant la douleur intense.

Leur commandant Skáviðr était-il en vie et en bonne santé ?

Combien de soldats, combien d’officiers avaient réussi à rentrer à Gimlé ?

Où était l’armée du Clan de la Foudre en ce moment ?

Toutes ces questions la tourmentaient, et elle en avait beaucoup d’autres.

S’il y avait un endroit où elle pourrait obtenir les informations dont elle avait besoin, ce serait auprès de Skáviðr, l’actuel gouverneur de la région de Gimlé et commandant de la garnison et de la forteresse ici.

Son corps lui faisait mal à chaque pas, mais elle se traînait en avant, s’appuyant contre un mur, et se dirigeait vers la salle d’audience.

Au fond de cette pièce se trouvaient des quartiers personnels plus petits pour le commandant, avec un bureau et une chambre. Si Skáviðr était ici, c’est là qu’il serait probablement.

Mais il s’est avéré que quelqu’un d’autre était déjà dans la salle d’audience.

Les coqs venaient de chanter avec l’aube, et dehors le soleil n’était toujours pas levé dans le ciel. La pièce était plongée dans l’obscurité. La moitié arrière de la pièce était complètement sombre, de sorte que même les yeux de Sigrun ne pouvaient rien distinguer de l’endroit où elle se trouvait.

Cependant, son odorat de guerrière était vif, et elle pouvait sentir la présence de quelqu’un devant elle.

C’était deux personnes, en fait.

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2 commentaires :

  1. merci pour le chapitre

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