Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 8 – Acte 8 – Partie 1

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Chapitre 8 : Acte 8

Partie 1

« Uuugh… » Un gémissement misérable s’échappa des lèvres de Yuuto.

Gimlé et Fólkvangr étaient maintenant encerclés par l’ennemi.

Ayant reçu une nouvelle horrible après l’autre, Yuuto s’était courbé et avait senti son corps frissonner.

« Mais on dirait que Skáviðr et Sigrun ont réussi à s’en sortir en un seul morceau…, » déclara doucement Mitsuki.

« C’est la seule bonne nouvelle, » dit Yuuto d’un ton sombre. « Même les deux plus forts guerriers du clan du loup n’ont pas pu arrêter cet idiot. »

Yuuto s’était mordu la lèvre en signe de frustration.

Il s’était dit que d’une manière ou d’une autre, ils pourraient réussir à tenir un mois. Mais ces espoirs fugaces étaient anéantis par la réalité, qui était bien moins clémente.

Yuuto avait gagné toutes les batailles qu’il avait livrées en tant que commandant et s’était fait un nom à Yggdrasil en tant que grand chef, mais lui-même n’avait jamais pensé à lui de cette façon.

Pour lui, tout ce qu’il avait fait, c’est copier et utiliser des connaissances, des armes et des techniques qui venaient de loin dans le futur par rapport à ce monde. C’est ce qui avait donné à son clan la force militaire écrasante qui lui avait permis de vaincre ses ennemis.

Il n’était pas comme l’un de ces géniaux tacticiens de guerre dans les mangas, qui pouvaient prédire les pensées et les actions de l’ennemi en temps réel sur le terrain, et ainsi toujours agir avec une longueur d’avance. Ce genre de chose était complètement hors de portée de quelqu’un comme lui.

Il avait réussi à trouver deux moyens potentiels d’arrêter Steinþórr, mais l’un d’eux exigeait absolument que ce soit Yuuto lui-même qui l’exécute, et l’autre nécessitait quelque chose qui n’existait pas dans Yggdrasil, et qui était en possession de Yuuto.

Le stratège Sun Tzu parlait souvent dans ses ouvrages de la nécessité de s’adapter à la volée aux actions de l’ennemi, et aux conditions du moment. En ce moment, pour Yuuto, obtenir des informations sur ses hommes sur le terrain et recevoir ses ordres se faisait avec un décalage de plusieurs jours.

C’est pourquoi il se contentait de donner des conseils de stratégie générale, puis de confier les décisions sur le terrain aux commandants sur place. Mais il semblait que cela n’avait pas été suffisant pour agir contre Steinþórr, l’homme qui défiait tout bon sens.

« Plus que dix jours avant la pleine lune… » L’attente semblait si longue. Yuuto n’était pas sûr de savoir combien de temps encore ils allaient pouvoir tenir.

Gimlé, en particulier, devait faire face à la menace de Steinþórr et de sa rune de Mjǫlnir, le Briseur. Déjà, il n’y avait plus de temps à perdre.

Pour Fólkvangr, la région autour de la ville n’avait pas un approvisionnement facile en bois, donc pour le moment, ils n’avaient pas à s’inquiéter des attaques de trébuchets, mais la situation y était toujours très imprévisible.

« Arrgh, bon sang ! À ce rythme, même si l’invocation fonctionne, il sera déjà trop tard. » Yuuto cracha les mots avec irritation, lassé par le malaise qui montait en lui.

Gimlé serait le premier à tomber. Vu la force de Steinþórr, le temps qu’il revienne, Iárnviðr serait probablement tombée elle aussi.

Si cela se produisait, les vies de ses compagnons, de sa famille, de Mitsuki, seraient toutes…

« D’accord, » déclara Mitsuki. « Dans ce cas, faisons-le ce soir. Essayons l’invocation ce soir. »

« Excuse-moi ? Ce soir ? Qu’est-ce que tu dis ? » Yuuto regarda instinctivement par la fenêtre pour vérifier. La lune n’était même pas encore à moitié pleine. « Il n’y a aucune chance que ça… »

« Oui, je sais qu’il n’y a pas beaucoup de chances que ça marche. Honnêtement, je ne pense même pas pouvoir réussir l’incantation et la danse, pour l’instant. Mais, même si ça échoue, ce n’est pas comme s’il y avait une pénalité pour ça, non ? »

« Ah… ! » Yuuto avait haleté. En cet instant, c’était comme si son esprit avait été frappé par un éclair.

Ce sentiment devait être ce que les gens entendaient lorsqu’ils parlaient de « l’écaille qui tombe des yeux ».

C’était tout comme Mitsuki l’avait dit.

Parce qu’il était tellement sûr que le rituel échouerait, il avait écarté l’idée même de l’essayer plus tôt. Mais il n’y avait pas de conséquences négatives pour la simple exécution du rituel lui-même.

Ils seraient gagnants en cas de succès, et il n’y aurait aucune perte en cas d’échec. Tout ce qu’ils auraient à faire serait de réessayer pendant la nuit de la pleine lune, comme prévu à l’origine.

Et s’ils considéraient cela comme une répétition de la tentative finale, alors même une première tentative ratée avait ses propres avantages.

« Ok, faisons-le, » dit Yuuto en hochant la tête. Il prit la décision immédiatement, et donna le feu vert à Mitsuki.

Cependant, Yuuto ne pouvait pas savoir que ce choix lui apporterait également le malheur.

◆ ◆ ◆

Dans le sanctuaire au sommet de la tour rituelle sacrée, la Hliðskjálf, Mitsuki se tenait face au miroir divin sur son autel.

Elle était habillée différemment de la normale, dans une belle et élégante tenue du blanc le plus pur.

À l’origine, cette robe avait été secrètement préparée par les habitants d’Iárnviðr lorsqu’ils avaient appris que Yuuto allait épouser Mitsuki et l’emmener avec lui à Yggdrasil. C’était sa tenue de mariage. Mais maintenant, elle allait être utilisée dans un autre but.

Il s’agissait, après tout, d’une cérémonie religieuse sacrée, et elle ne pouvait donc pas la faire correctement dans sa tenue normale.

Le fait d’être habillée si différemment servirait à focaliser son esprit sur la tâche, et à augmenter sa concentration. Du moins, c’était le but.

« … Donc, c’est pourquoi j’aimerais effectuer le rituel d’invocation dès maintenant ! » Mitsuki semblait parler à l’air libre.

Derrière elle se trouvaient les quelques membres des hauts gradés du Clan du Loup qui étaient encore à Iárnviðr. Ils l’observaient nerveusement.

Peut-être que pour eux, il semblait qu’elle était juste là à se parler à elle-même. Mais ce n’était pas du tout le cas.

Se tenant directement en face de Mitsuki, Rífa soupira d’exaspération et affaissa ses épaules. « C’est ridicule. Tu viens à peine de maîtriser le sort Mistilteinn l’autre jour. En fait, ridicule n’est même pas le début du problème. »

Le corps de Rífa était apparu transparent, comme un hologramme.

Bien sûr, elle n’était pas physiquement là, et les autres personnes dans la pièce ne pouvaient pas la voir.

« Mistilteinn » : Traduit de la langue d’Yggdrasil en japonais, c’était devenu le mot pour « gui ».

Il s’agissait d’un sort seiðr utilisé pour ouvrir un canal vers les esprits, les âmes des morts ou d’autres forces du monde. On pouvait alors communiquer avec ces forces, ou leur emprunter du pouvoir.

Mitsuki utilisait le pouvoir de ce seiðr pour ouvrir un canal entre elle et Rífa.

Pour l’instant, la vraie Rífa était loin, à Glaðsheimr.

D’après les explications de Rífa, pour que deux humains puissent utiliser la magie pour communiquer entre eux, ils avaient normalement besoin d’un jeu spécial de miroirs appariés magiquement. Cependant, il semblait que Mitsuki et Rífa étaient différentes, d’une certaine manière, et semblaient partager une sorte de connexion particulière. Elles pouvaient utiliser cette méthode pour communiquer, sans avoir besoin des objets appropriés habituels.

« Il n’y a rien de plus effrayant qu’un amateur, » grommela Rífa. « Ils ont tendance à essayer des choses dont un expert n’aurait jamais rêvé. »

« Je sais que c’est imprudent, » dit Mitsuki. « Mais dans dix jours, il sera peut-être déjà trop tard. »

« Hm, les choses sont-elles déjà si sérieuses là-bas ? »

« … Oui. » Il n’y avait aucune raison pour Mitsuki de cacher quoi que ce soit maintenant.

Elle raconta à Rífa comment le Clan du Loup avait été vaincu à la rivière Élivágar, et comment Fólkvangr avait été encerclé.

« … Haah. Quel gâchis ! » soupira à nouveau Rífa, d’une manière légèrement affectée. « Et moi qui était sur le point d’aller me coucher. »

Elle avait dirigé un regard aiguisé vers Mitsuki.

C’était une façon détournée et difficile à comprendre de le dire, mais elle était d’accord avec la demande de Mitsuki.

Mitsuki s’était inclinée profondément avec assez de force pour que son front puisse heurter ses genoux. « Merci beaucoup ! »

« Eh bien, je ne peux après tout pas vraiment vous laisser mourir, toi ou les personnes qui ont partagé un hotpot avec moi. Cela pèserait sur ma conscience. »

Avec cette excuse supplémentaire, Rífa avait légèrement tourné la tête et avait émis un petit hmph !

Mitsuki ne la connaissait que depuis deux semaines, mais c’était suffisant pour savoir que c’était sa façon de cacher son embarras.

C’était si gentil, elle n’avait pas pu s’empêcher de sourire.

« Hé, qu’est-ce qui te fait sourire !? Il y a quelque chose qui m’énerve là-dedans ! »

« D-Désolée ! » Mitsuki s’était exclamée.

« Argh, honnêtement, pendant les deux cents ans de l’histoire de cet empire, tu dois être la première personne à pousser le Þjóðann à faire ce que tu veux, j’en suis sûre. »

« P-Pousser vers quelque chose, je ne ferais jamais quelque chose de si… »

« Oh, mais c’est la vérité. Penses-y. J’ai passé tout mon temps libre à t’aider, n’est-ce pas ? »

« Ohh… »

« Ah, mais, bon… Si je m’imagine que tout cela va se terminer ce soir, alors je suppose que cela me donne encore plus envie de le faire. Maintenant, je vais me changer. Attends un moment. »

Sur ce, Rífa avait commencé à avancer, bien que l’image que Mitsuki regardait n’ait pas bougé vers elle. Puis elle avait soudainement commencé à enlever ses vêtements.

« Wh-wh-wow ! Qu’est-ce que tu fais ! ? » cria Mitsuki.

« Qu’est-ce que je fais ? Je te l’ai dit, je me change. C’est un véritable rituel, je dois donc porter une tenue appropriée. »

« Euh, o-oui, c’est vrai, mais…, » avec une expression troublée, Mitsuki avait regardé les personnes rassemblées derrière elle.

Elle savait qu’ils ne pouvaient pas voir l’image de Rífa, mais elle les sentait quand même regarder dans sa direction, et cela la mettait tout de même mal à l’aise.

Après tout, cette fille avait le même visage qu’elle.

C’était comme se regarder se déshabiller et se mettre à nu devant une foule de gens, et même si ce n’était pas strictement vrai, c’était comme ça. Elle avait senti son visage devenir lentement rouge à partir du cou.

 

« Maintenant, Mitsuki, es-tu prête ? » Rífa avait regardé Mitsuki avec des yeux durs et sérieux.

Rífa était maintenant également vêtue d’une tenue religieuse formelle, avec des couleurs à base de blanc et de violet.

Il y avait une légère brillance dans le tissu léger et flottant de sa tenue. Elle était probablement faite principalement de soie.

La couronne d’or étincelante sur sa tête était ornée des plumes du faucon, le « seigneur des cieux », et en son centre se trouvait un grand rubis.

C’était une combinaison magnifique, tout à fait digne de l’impératrice divine censée régner sur tout le royaume d’Yggdrasil.

« Prête ! » Mitsuki avait répondu. « Yuu-kun dit que ses préparatifs sont aussi terminés. »

Il y a quelques instants, Félicia avait fini de confirmer les choses avec Yuuto par téléphone. En ce moment, il devrait être au sanctuaire Tsukinomiya, debout devant l’autel du miroir divin et utilisant la caméra de son smartphone pour regarder dans le miroir.

« Ssss… Haaah… » Mitsuki avait fermé les yeux et avait pris plusieurs respirations lentes et profondes.

Elle pouvait entendre son propre cœur battre. Il était beaucoup plus rapide que la normale.

Un échec ici signifiait que beaucoup plus de sang du Clan du Loup serait versé. Elle avait expliqué l’idée à Yuuto en lui disant qu’ils devaient essayer parce qu’ils n’avaient plus rien à perdre, mais bien sûr, elle était encore nerveuse.

Elle devait transformer cette tension nerveuse en force, en puissance.

Elle avait aiguisé son attention, amenant la concentration de son esprit et sa conscience intérieure à sa limite.

« Je vais maintenant commencer le rituel. » Mitsuki avait prononcé cette déclaration solennelle, et avait ouvert les yeux.

Dans ces deux yeux flottait une paire de symboles runiques dorés en forme d’oiseaux.

« Hm. Assure-toi de me donner un signal approprié, » répondit Rífa. « Ta voix est la seule chose que je puisse entendre. »

« Bien. » Mitsuki avait hoché la tête et s’était mise à genoux, plaçant le bout des doigts de ses deux mains contre le sol.

Dans l’image qui lui fait face, Rífa avait pris la même pose.

Le silence régnait dans la salle du sanctuaire, et l’air était incroyablement tendu.

Finalement, le son des tambours et des cornemuses avait commencé à retentir derrière elle.

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2 commentaires :

  1. merci pour le chapitre

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