Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 7 – Acte 5 – Partie 4

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Chapitre 5 : Acte 5

Partie 4

Quand Yuuto était revenu à lui, il se tenait dans un endroit familier, sur un sol fait de briques séchées au soleil.

« Hein ? Où est-ce que c’est ? »

C’était un espace de la taille d’un petit gymnase d’école, avec une atmosphère quelque peu solennelle. Il ne pouvait pas sentir la présence de personnes.

Au fond de la pièce se trouvait un autel, et sur sa plus haute étagère reposait le miroir divin, la lumière des torches voisines se reflétant sur sa surface avec une lueur mystérieuse et vacillante.

« Suis-je dans le hörgr ? Suis-je revenu à Yggdrasil ? »

Incapable de comprendre la situation, Yuuto quitta le sanctuaire et descendit les escaliers de l’Hliðskjálf, la tour sacrée du clan.

Ce faisant, il avait haleté.

La zone était jonchée d’innombrables corps, et l’ancien grand palais du Clan du Loup n’était plus qu’une ruine, brisée par endroits, couverte de taches de sang.

Yuuto avait atteint les portes du palais et avait trouvé…

« Run !? »

Sigrun était complètement imbibée de sang, morte sur place, maintenue debout par une lance qui lui avait transpercé la poitrine.

« N — non… comment cela a-t-il pu… » Yuuto sentit son corps trembler violemment, et il fit un pas en arrière, puis un autre.

« Ah ! C’est vrai ! Félicia ! Félicia ! » En criant son nom, Yuuto s’était précipité dans son bureau.

La pièce était complètement détruite, et affalée sur sa chaise habituelle se trouvait…

« Agh… ! »

Le corps de Félicia était immobile. Une grande mare de sang l’entourait, et son visage vide était d’une pâleur effroyable, sans aucun signe de vie.

« Ah… arghh… AAUUUGHHH !!! » Yuuto avait crié, ses émotions ne pouvant être mises en mots, et il avait couru hors de la pièce.

Il avait couru en aveugle dans les couloirs du palais, à la recherche de toute personne vivante.

Cependant…

« Uuugh… agh… ngh… ! »

Plus il cherchait, plus il trouvait de corps.

Ingrid, Linéa, Albertina, Kristina, Jörgen, Skáviðr. Ils étaient tous des cadavres sanglants.

« Quelqu’un ! Quelqu’un ! Y a-t-il quelqu’un ici ? »

« Maître ! » La voix qui répondit aux cris de Yuuto était celle d’une très jeune fille.

« Éphy !? Éphy, tu es en sécurité ! » En se retournant, Yuuto avait vu son serviteur Éphelia qui courait vers lui en pleurant.

Alors que Yuuto s’apprêtait à courir vers elle, un homme armé à cheval apparut soudainement juste derrière elle. Yuuto avait senti son corps trembler.

Le cavalier armé tenait dans une main une lance qu’il avait levée, puis il avait abattu sa pointe tranchante sur Éphelia.

« NOOOOOOOOONNNNNN !! » Yuuto se réveilla en sursaut à son bureau, en hurlant.

Juste en face de lui se trouvait le mur de la pièce, d’une couleur beige clair, agréable à regarder. Il n’y avait aucune tache de sang nulle part. Tout était propre.

En regardant en bas, il vit son bureau d’étudiant fait de bois aux couleurs vives. Il n’y avait aucune tache de sang ici. Pas d’odeur de sang, non plus.

En fait, en y repensant, même s’il avait revu toutes ces scènes macabres, Yuuto ne se souvenait pas non plus d’avoir senti du sang.

En d’autres termes, tout ce qu’il venait de voir était…

« Alors… c’était un rêve. » Soulagé, Yuuto laissa échapper une longue inspiration, puis se rassit sur sa chaise.

Apparemment, il s’était endormi assis ici. Et il avait fait ce cauchemar parce qu’il pensait à Yggdrasil pendant tout ce temps.

« Je devrais aller chercher quelque chose à boire. » En partie à cause de ce cauchemar éprouvant, la gorge de Yuuto était sèche.

Il se leva et descendit, se dirigeant vers la cuisine. Après un verre d’eau froide, Yuuto était sur le chemin du retour quand il vit une lumière, et s’arrêta.

Si cette lumière était venue du salon, ou de la chambre de son père, Yuuto l’aurait ignorée et aurait remonté les escaliers sans y penser. Mais la lumière venait de la salle de l’autel, où se trouvaient l’autel bouddhiste de sa famille et le portrait commémoratif de sa mère.

Comme contraint, Yuuto se dirigea vers l’entrée de la pièce et ouvrit la porte coulissante.

Il s’était retrouvé à regarder son père, qui priait silencieusement la figure bouddhiste, les mains jointes et les yeux fermés.

« Eh bien, c’est inattendu, » s’était moqué Yuuto à voix haute. « Je ne pensais pas que tu prierais devant l’autel. »

Il semblait que Yuuto ne pouvait pas s’empêcher d’être provocateur comme ça quand il parlait avec son père.

En raison de l’état de son esprit maintenant, il était encore moins capable de le contrôler que d’habitude.

Son père ouvrit lentement les yeux, et se tourna vers lui. « C’est parce que c’est l’anniversaire de sa mort. »

« Ah… » Yuuto s’en souvint dès qu’il entendit ces mots, et fut rempli de dégoût de soi.

En effet, sa mère était décédée il y a exactement trois ans aujourd’hui.

Et cet homme, qui ne chérissait sûrement pas du tout la mère de Yuuto, s’était souvenu comme il se doit de l’anniversaire de sa mort alors que Yuuto, qui aurait dû être celui qui s’en souvient, l’avait oublié.

Même s’il avait beaucoup de choses en tête ces derniers temps, ça ne changeait rien aux faits.

Yuuto jeta un coup d’œil à l’autel.

Il n’y avait pas un grain de poussière, et la figure bouddhiste qui y était enchâssée était aussi bien polie que jamais, montrant que l’autel avait été soigneusement entretenu.

Le temps que Yuuto réalise ce qui se passait, il était déjà trop tard. Tous les sentiments qu’il avait gardés en lui bouillonnaient comme du magma, hors de son contrôle.

« … Hé. À l’époque, pourquoi n’es-tu pas venu ? » avait-il demandé.

C’était une question si vague que, sans aucun contexte préalable, il n’y avait aucun moyen de savoir ce qu’il demandait. Mais le sens de la question était apparu clairement à son père.

« Je pensais te l’avoir dit à l’époque, » dit l’homme. « J’avais du travail à faire à la forge. »

« Est-ce que faire des épées est si important pour toi ? Pour que tu laisses tomber maman alors qu’elle était sur son lit de mort ? Est-ce tout ce que maman valait pour toi !? »

Pendant tout ce temps, Yuuto avait décidé seul de la vérité des choses, et n’avait jamais interrogé son père à ce sujet. Il avait rejeté son père, l’avait injurié, et avait scellé ces sentiments dans son cœur.

Maintenant, le bouchon était enlevé, et trois ans d’émotions non résolues sortaient de lui, les questions étaient lancées contre l’homme en face de lui.

Et c’était aussi des questions qu’il se posait à lui-même, en utilisant son père comme un miroir.

Son père était resté assis, acceptant le regard méprisant de Yuuto, puis il s’était levé sans bruit et avait passé la main derrière la statue de Bouddha pour en sortir une très petite lame gainée, de la taille d’un couteau de type tanto.

« Qu’est-ce que c’est que ça… ? » demanda lentement Yuuto.

« C’est la lame que je forgeais pendant que ta mère était sur son lit de mort. » Tetsuhito avait tendu le couteau à Yuuto.

Yuuto l’avait pris et avait sorti la lame de son fourreau.

Elle était courte, mais le corps de la lame aux motifs ondulés était magnifiquement réalisé. Yuuto pouvait dire qu’il s’agissait probablement de l’une des plus grandes pièces parmi les nombreuses œuvres de son père.

Les caractères de Begone, Esprits de la maladie, étaient gravés profondément sur le côté de la lame.

« Je suis un homme qui fabrique des épées, » dit Tetsuhito. « C’est la seule chose pour laquelle j’ai toujours été bon. Alors, j’ai pensé que c’était peut-être la seule chose que je pouvais faire pour elle. Bien sûr, à la fin, ça n’a pas du tout aidé, n’est-ce pas ? »

Le père de Yuuto avait gloussé avec une pointe d’autodérision amère, et avait levé les yeux au plafond.

Au Japon, les épées avaient une longue histoire en tant qu’objets religieux et spirituels, qu’elles soient sanctifiées dans les sanctuaires shintoïstes ou forgées lors de la naissance d’un bébé comme charme protecteur. On disait qu’une lame correctement forgée pouvait contenir en elle le pouvoir de chasser le mal.

Le père de Yuuto avait parié sur cette tradition spirituelle.

En essayant de mettre ses pensées et son âme dans la lame au moment où il la forgeait, il avait tenté de guérir la maladie de sa femme mourante en exorcisant l’esprit de la maladie.

« Pourquoi… !? » s’écria Yuuto d’une voix étranglée. « Pourquoi ne m’as-tu jamais dit ça !? Si tu me l’avais dit, je n’aurais pas… »

« Tout ce qui compte, ce sont les résultats. Quand elle est morte, je n’étais pas là pour elle, à ses côtés. Ce fait ne change pas. C’est normal que tu me haïsses. » Son père disait ces choses avec son habituel détachement, mais sa voix vacillait légèrement.

C’est alors que Yuuto avait finalement compris.

Son père s’était toujours reproché de ne pas avoir pu sauver sa femme, et de ne pas avoir été à ses côtés à la fin.

En continuant à accepter la haine et le mépris de Yuuto, il s’était lui-même puni.

« Ha… ha ha ha… tu… tu es vraiment un idiot… » Un rire sec et fendu s’était échappé de la gorge de Yuuto.

Pour être franc, les actions de son père à l’époque n’étaient rien de moins qu’idiot. S’en remettre à ce genre de superstition n’aurait jamais permis de guérir une maladie incurable. Si cela avait été le cas, le monde ne serait pas aussi dur qu’il l’était.

Malgré tout, Tetsuhito avait fait de son mieux, dans la limite de ses capacités, pour la mère de Yuuto.

En regardant la magnifique lame dans ses mains, Yuuto pouvait voir la force des sentiments qui l’avaient forgée.

« Tout ce que j’ai ressenti jusqu’à présent… était inutile…, » Yuuto avait chuchoté.

Yuuto avait déjà compris à quel point il était encore enfantin, cela lui avait été douloureusement expliqué il y a deux ans. Mais maintenant, il était presque malade de réaliser à quel point il avait été un idiot.

Dès le départ, son père n’avait jamais abandonné sa mère, il l’avait aimée et avait essayé de la sauver. Il avait placé sa foi dans un miracle et avait essayé de le réaliser, jusqu’à la fin.

En revanche, Yuuto lui-même avait abandonné l’espoir de survie de sa mère dès que les médecins avaient dit qu’il n’y avait pas moyen de la sauver.

Il avait détourné les yeux du fait qu’il était impuissant.

Il avait fait de son père un bouc émissaire, et avait fait en sorte que tout soit de sa faute.

À quel point était-il un petit enfant gâté ?

« Héhé ! Et regarde où je suis, je suis devenu exactement le genre de personne que je m’étais toujours dit que je détestais, » dit Yuuto avec amertume. « Le monde est vraiment drôle. »

Quoi qu’il arrive, n’abandonne jamais ta famille. C’était le vœu que Yuuto s’était fait après la mort de sa mère.

Mais la réalité s’était avérée différente.

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