Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 7 – Acte 5 – Partie 2

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Chapitre 5 : Acte 5

Partie 2

Alors que Yuuto s’apprêtait à sortir par la porte d’entrée, il s’était retourné et s’était incliné poliment. « Merci pour le dîner. C’était délicieux. »

« Oh, tu es trop gentil. S’il te plaît, reviens manger avec nous. Nous serions ravis de t’avoir, » répondit Miyo en affichant un large sourire.

Ce n’était pas le genre de sourire social qui accompagnait la flatterie polie. Yuuto pouvait dire que ça venait du cœur.

« Oui, madame. Merci beaucoup. » Yuuto inclina à nouveau la tête en retenant le sentiment de gratitude renouvelé dans son cœur.

« Yuu-kun, à bientôt, » déclara Mitsuki.

« Oui, à plus tard. » Yuuto avait répondu au signe d’adieu de Mitsuki, et était sorti de la maison Shimoya.

Dehors, il faisait nuit noire, le chemin du retour n’était éclairé que par les taches de lumière des lampadaires le long de la route.

Il n’y avait pas une seule âme autour, peut-être comme il se doit pour une telle ville de campagne.

Yuuto avait été empli par un étrange sentiment de solitude. Peut-être que cela montrait simplement combien il s’était senti chaleureux et heureux chez Mitsuki.

« Vu la position dans laquelle je me trouve en ce moment, c’est un peu trop bien pour quelqu’un comme moi. » Yuuto avait levé les yeux vers le ciel sans étoiles et couvert de nuages et avait soupiré.

Actuellement, Yuuto n’avait pas terminé le collège, il n’allait pas au lycée et il ne travaillait pas non plus.

Et la famille de Mitsuki avait accepté quelqu’un comme lui, si ce n’était pas encore le petit ami officiel de Mitsuki, au moins comme son ami masculin. Yuuto ne pensait pas être capable d’exprimer pleinement sa gratitude pour cela.

Le repas avait aussi été incroyablement délicieux. Lorsqu’il avait pris ses premières bouchées de riz fraîchement cuit à la vapeur et ses premières gorgées de soupe miso chaude, il en avait eu les larmes aux yeux.

S’il poursuivait sa vie ici, dans le monde moderne, ces jours ordinaires, paisibles et heureux continueraient sûrement.

Bien sûr, Yuuto avait déjà appris que la vie n’était pas qu’un lit de roses.

Il avait fini par être confronté à des obstacles et à des difficultés du fait qu’il n’avait pas reçu une éducation normale.

Mais, au moins, il n’aurait pas à tuer ou à être tué pour ça. Il n’aurait pas à souiller ses mains ou son cœur avec le sang des autres. C’était le genre de monde dans lequel il souhaitait retourner, depuis si longtemps.

Mais… dans le fond de son esprit, une voix lui avait murmuré :

Vas-tu abandonner ta famille pour ton bonheur personnel ?

N’est-ce pas exactement la même chose que ton père, l’homme que tu méprises le plus ?

C’était la source des sentiments de culpabilité qui continuaient à tourmenter Yuuto dans le monde moderne, remontant à la surface chaque fois qu’il se permettait de profiter de la paix qui régnait ici.

Il essayait de rester positif, se disant que même sans lui dans l’autre monde, les choses s’arrangeraient d’une manière ou d’une autre, mais il ne pouvait plus détourner les yeux comme ça.

« Merde ! » Un bruit sourd s’était fait entendre lorsque Yuuto frappa du poing un poteau téléphonique.

Ça fait mal, naturellement. Ça avait fait très mal.

Malgré tout, il frappa du poing une deuxième, une troisième fois, incapable de faire quoi que ce soit contre les horribles sentiments qui tourbillonnaient dans sa poitrine, si ce n’est de s’en prendre à la chose la plus proche.

 

C’était la nuit suivante.

Dès que l’appel avait abouti, une voix familière aux oreilles de Yuuto s’était fait entendre dans le récepteur. « Grand frère ! »

Il n’y avait pas besoin de se demander qui cela pouvait être, il y avait peu de filles qui appelaient Yuuto « Grand Frère », et seulement une avec la voix douce et gentille de Félicia.

Il avait senti son cœur se gonfler de joie.

Il savait déjà qu’elle était en sécurité. Cependant, il y avait une grande différence entre recevoir cette information et le sentiment d’entendre sa voix par lui-même.

« Dieu merci, » dit-il avec soulagement. « Alors tu es vraiment sortie saine et sauve ! »

« Oui ! De même, Grand Frère, c’est si merveilleux que tu ailles bien ! J’avais la conviction que tu étais retourné sain et sauf dans ton pays au-delà des cieux, mais entendre ta voix comme ça me soulage vraiment. » À l’autre bout du fil, Félicia avait poussé un soupir de soulagement.

Certes, si l’on se plaçait du point de vue de Félicia, Yuuto avait soudainement disparu sous ses yeux. Même si elle avait eu confiance en sa sécurité, elle avait sûrement dû être anxieuse.

« Eh bien, je suis en pleine forme, » lui avait assuré Yuuto. « Et vous, les gars ? J’ai entendu dire que Run a été blessée. »

« Ah, alors je vais laisser Run te parler. Elle a dit, “Dépêche-toi de me le donner !” et a fait des histoires tout ce temps. Voilà. »

« P-Père ! »

« Ah, salut, Run, » dit Yuuto. « Est-ce que ta blessure à la main va bien ? »

« Oui, mon Père. Ce n’est rien de grave. Plus important encore, je dois m’excuser. Non seulement j’ai perdu le Fort de Gashina aux mains de l’ennemi, mais nous avons perdu beaucoup de nos soldats et de nos officiers…, » la voix de Sigrun était étouffée par une amère frustration. Le Mánagarmr avait sûrement ressenti un grave sentiment de responsabilité pour la défaite.

« Ce n’est pas quelque chose que tu dois ruminer, » la réconforta Yuuto. « Tout cela est arrivé parce que j’ai soudainement disparu. Tu as bien fait de tenir le coup aussi longtemps dans cette situation. »

« Non, je ne l’ai pas fait. C’est le grand frère Olof qui mérite tes louanges. S’il n’était pas resté à Gashina et n’avait pas retenu l’ennemi, alors… Je pense que Félicia et moi ne serions pas ici à te parler en ce moment. »

« … Je vois. » Yuuto n’avait dit que ça, puis avait fait une pause, les lèvres serrées l’une contre l’autre.

Il avait appris pour Olof dans un rapport précédent, il n’y avait presque aucune chance que l’homme ait survécu.

« Alors le fait que je puisse vous parler à toutes les deux maintenant, c’est grâce à lui, » dit Yuuto d’une voix calme. « Nous lui devons vraiment nos remerciements. »

« Oui… » Sigrun avait accepté doucement.

La mort d’Olof avait été un énorme choc pour Yuuto.

C’était l’homme en qui il avait suffisamment confiance pour le charger de gouverner ce qui était devenu le grenier du Clan du Loup, la ville et la province de Gimlé. Yuuto lui-même s’était souvent appuyé personnellement sur Olof dans diverses affaires.

Et, lorsqu’il était devenu patriarche, alors que beaucoup le considéraient comme un jeune arriviste arrogant et que les anciens du clan complotaient en coulisse pour le renverser, Olof était devenu son enfant subordonné et l’avait servi fidèlement.

L’homme n’avait pas accompli de prouesses militaires tape-à-l’œil sur le champ de bataille comme Sigrun ou Skáviðr, mais il s’appliquait à toutes les missions qui lui étaient confiées, fournissant des résultats constants et solides. Il était un héros méconnu, et les tâches longues et difficiles avaient toujours été bien gardées entre ses mains.

Yuuto avait eu moins d’occasions de le rencontrer et de lui parler ces derniers jours, en partie à cause de son poste éloigné de la capitale. Pourtant, dans le cœur de Yuuto, il était resté un membre fiable et digne de confiance de sa famille, quelqu’un que Yuuto chérissait et qui le respectait en retour.

Non seulement ils ne se reverraient jamais, mais Yuuto n’entendrait plus jamais sa voix. Ce sentiment de perte était comme un trou qui s’ouvrait dans sa poitrine.

Yuuto retint les larmes qui s’étaient formées au coin de ses yeux. « … Run, peux-tu me repasser Félicia ? »

« Oui, mon père. Hé, Félicia, mon père m’a dit de te le rendre. »

« Oui, Grand Frère, je suis là, » dit Félicia.

« Hé, Félicia, il y a… une chose que je veux te demander. »

Pourquoi lui demanderais-tu ça ? cria une voix de raison, quelque part au fond de ses pensées.

Ce n’était pas quelque chose qu’il devait demander à voix haute.

Ce n’était pas quelque chose qu’il devait envisager de demander.

Il le savait, mais il n’avait pas non plus pu s’empêcher de le lui demander.

« Si tu suivais les mêmes étapes, le même rituel, qu’auparavant, serais-tu capable de me convoquer à nouveau à Yggdrasil ? »

« Ah… ! » À l’autre bout de la ligne, Yuuto pouvait entendre Félicia haleter.

Elle avait fait une pause, déglutissant, puis elle avait formulé sa réponse très soigneusement.

« En toute honnêteté, je ne peux pas en être sûre. Le fait que j’aie pu te convoquer ici relève après tout du miracle. Cependant… »

« Cependant ? »

« Tout au plus, tout ce dont je serais capable, c’est de t’appeler dans ce monde. Je ne peux pas te renvoyer. »

« Oh… Oui, c’est vrai, n’est-ce pas ? » C’est tout ce que Yuuto avait pu dire en guise de réponse.

En effet, si Félicia en était capable, elle aurait pu le renvoyer à l’ère moderne depuis longtemps, même lorsqu’il était arrivé il y a trois ans.

Actuellement, la seule personne qui avait une méthode pour ramener Yuuto d’Yggdrasil était Sigyn du Clan de la Panthère.

Cependant, elle était l’épouse du patriarche du Clan de la Panthère, Hveðrungr. Il n’était pas nécessaire d’imaginer à quel point il serait difficile de la capturer et de lui faire faire ce qu’ils demandaient.

En d’autres termes, si Yuuto devait retourner à Yggdrasil une fois de plus, il y avait de fortes chances pour qu’il ne puisse plus jamais retourner chez lui.

« Grand Frère, si tu le souhaites toujours, je vais effectuer les rituels d’invocation, autant de fois que tu le souhaites, » dit Félicia. « Quelle est ta décision ? »

« … » Yuuto était resté silencieux, incapable de répondre.

Ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait facilement accepter.

Il s’était senti dégoûté d’avoir posé la question alors qu’il n’était pas mentalement prêt à prendre cette décision.

Tout ce que ça avait fait, c’est remplir les autres d’espoirs.

Il y eut un long moment de silence.

« Grand Frère ? » Félicia avait soudainement appelé Yuuto, d’une voix qui semblait envelopper doucement son cœur, même à travers le téléphone comme ça.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Peu importe ce que tu décides de faire, je m’y conformerai. Même si, par exemple, tu décides de ne pas revenir dans ce monde. »

« … Es-tu vraiment d’accord avec ça ? »

« En tant que haut gradé du Clan du Loup et chef de tes subordonnés de la fratrie, il est peut-être mal venu pour moi de dire cela, mais pour moi personnellement, avant tout cela, je suis ta petite sœur, Grand Frère Yuuto. En tant que petite sœur, je souhaite le bonheur de mon grand frère. »

« Hé, Félicia, qu’est-ce que tu dis !? » cria une voix en arrière-plan.

« Oh, mon dieu, on dirait que ce bon Jörgen a perdu son sang-froid. » Le ton de Félicia était jovial et plaisantin, et Yuuto pouvait entendre des bruits de course, et quelque chose se faire renverser.

Il semblerait que Félicia courait dans tous les sens pour échapper à Jörgen, qui essayait de lui prendre le téléphone.

Entre deux respirations, Félicia avait continué. « Heureusement, il reste du temps avant la prochaine pleine lune. S’il te plaît, prends ton temps et réfléchis-y. Tu ne dois pas… regretter ton choix. Bien, alors, bonne nuit ! »

« Héhé… » Yuuto avait étouffé un rire ironique. « Très bien, et merci, Félicia. »

La voix de Yuuto était remplie d’un mélange d’émotions. Il l’avait remerciée et avait mis fin à l’appel.

Bon sang… comme toujours, mon adjuvante est trop bonne pour moi, pensa-t-il en soupirant.

Quel que soit le moment ou la situation, Félicia avait toujours mis Yuuto au premier plan. Cela avait été le cas dès les premiers instants de son arrivée à Yggdrasil, un enfant impuissant qui ne pouvait rien faire. Elle s’était toujours consacrée à lui avec une loyauté désintéressée.

C’était précisément la raison pour laquelle il ne pouvait pas supporter de l’abandonner.

Le dilemme de Yuuto n’avait fait que s’aggraver.

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