Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 6 – Acte 2 – Partie 6

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Acte 2

Partie 6

Au même moment, dans la chambre d’amis de Rífa ailleurs dans le palais, elle recevait une visite.

« Lady Rífa ! Vous êtes en sécurité ! » Dès qu’elle entra dans la pièce, la guerrière aux cheveux courts s’écria et courut en larmes pour se mettre à genoux devant Rífa.

L’étendue de son inquiétude était évidente à voir à quel point son visage était maintenant tordu dans son soulagement écrasant.

Assise sur le lit, Rífa grimaça en bredouillant une réponse. « O-Oh, c’est toi, Erna. Je… Je suis désolée pour ce qui s’est passé avant ça. »

Cette guerrière, Erna, était la garde du corps de Rífa et l’accompagnatrice de son voyage, et quelques jours auparavant, son corps avait été paralysé par une magie seiðr jetée sur elle par Rífa. Malgré cet acte, Erna se réjouissait de la sécurité de Rífa.

C’était suffisant pour qu’elle se sente coupable.

« F-Fagrahvél choisit bien ses subordonnés directs, » déclara Rífa. « Même si c’était impromptu, mon sort était puissant. Tu t’en es déjà libérée ? »

« Dans une certaine mesure, oui. Bien que je craigne d’être encore loin de ma forme de combat habituelle. » Le discours d’Erna restait respectueux, mais il y avait un peu de reproches dans son inflexion.

Il semblerait qu’elle avait encore quelques rancœurs à l’égard de ce que Rífa lui avait fait. Bien sûr, il aurait été étrange pour elle de ne pas s’en soucier du tout.

« Et ta partenaire, Thír ? » demanda Rífa d’un ton coupable.

« Parce que la situation est ce qu’elle est, elle est repartie chercher de nouvelles instructions auprès de notre maître et patriarche. »

« La situation n’est pas si terrible ! » cria Rífa.

Elle n’avait jamais voulu dire que ses actions ne présentaient pas un peu de malice, mais entendre cela avait été un tel choc qu’elle avait crié d’une voix aiguë.

Cet accès de colère était trop soudain et stressant.

« Arghh… » L’instant d’après, Rífa se sentit étourdie et s’effondra contre le mur derrière elle.

« Lady Rífa !? » La voix d’Erna s’éleva en panique.

Rífa tendit la main pour la calmer. « Ne t’inquiète pas. C’est juste le contrecoup de l’utilisation de trop de magie seiðr en si peu de temps. »

Tout le sang s’était écoulé du visage de Rífa, et sa respiration était laborieuse.

Les runes jumelles que portait Rífa lui donnaient accès à d’énormes pouvoirs magiques qui la distinguaient de tous les autres individus dans le monde. Mais son corps était beaucoup plus faible et fragile que celui d’une personne normale et il ne pouvait pas résister à l’incroyable volume de stress qu’il subissait en utilisant une telle puissance. Chaque fois qu’elle utilisait son pouvoir de façon imprudente, elle finissait par ruiner sa santé, tout comme elle l’avait fait maintenant.

« J’étais si excitée par le monde extérieur que je me suis peut-être laissée emporter par moi-même. »

« Vous l’avez vraiment fait, » réprimanda Erna. « Honnêtement, Lady Rífa, vous êtes la personne la plus précieuse de tout Yggdrasil. S’il vous plaît, prenez plus soin de vous. »

« Ha ha ha, tu as raison. Alors, ce n’est pas digne d’une dame, mais je pense que je vais m’allonger un peu. »

« Permettez-moi de vous aider, s’il vous plaît. » Erna se précipita pour soutenir Rífa, la tenant dans ses bras. Comme on pouvait s’y attendre d’un Einherjar, les bras minces d’Erna contenaient une grande force malgré leur apparence.

Erna abaissa doucement Rífa en position couchée, puis regarda de près son visage.

« Il semble que vous ayez aussi de la fièvre, » dit-elle avec inquiétude.

« Hm, donc c’est ainsi. Franchement, quel faible corps j’ai ! » Rífa se moqua amèrement, avec un peu de mépris de soi.

Apparemment, elle avait aussi attrapé une maladie due à l’état déjà affaibli de son corps. Elle aurait besoin de passer plusieurs jours au lit pour se reposer et récupérer.

Bien sûr, étant donné qu’elle avait forcé trois personnes différentes dans le même état, on pourrait peut-être appeler cela récolter ce qu’elle avait semé.

« Euh, Lady Rífa, » dit Erna avec hésitation. « En tenant compte de la question de votre corps, ce serait peut-être la meilleure idée après tout de retourner à Glaðsheimr dès que vous vous sentirez assez bien pour voyager… »

« Quoi !? » Le visage de Rífa avait changé de couleur. Elle s’agrippa violemment au bras d’Erna avec une force impensable pour quelqu’un de faible et de malade, et elle supplia d’une voix qui était pratiquement un gémissement de douleur. « Attends ! Mon voyage devait durer jusqu’au printemps ! »

« Cependant, Lady Rífa, votre corps est… »

« Je m’en remettrai dans quelques jours ! De toute façon, je ne retournerai pas à Glaðsheimr avant le printemps ! »

Erna fut temporairement dépassée par la force anormale de la volonté de Rífa. « D’accord… »

C’était sa première et dernière chance de voir le monde extérieur, et elle ne se contentait pas de laisser ça se terminer, ici et maintenant. Elle était intensément motivée par ce fait.

Bien que cela ne serait pas un problème si elle pouvait écouter les conseils de ses protecteurs, elle était née pour mener la vie d’une princesse. Elle ne pouvait s’empêcher de montrer son côté plus égoïste par moments. Au contraire, elle n’était même pas vraiment consciente qu’elle était égoïste.

« Alors, au moins, ne viendrez-vous pas avec moi au Clan de l’Épée ? » Erna avait plaidé. « En ce moment, Thír n’est pas avec nous, et je dois vous protéger seule. C’est trop dangereux de rester ici, dans la forteresse du Clan du Loup. »

« Hm ? Il n’y a rien de dangereux ici. En fait, les gens d’ici nous ont très bien traités. »

« Vous ne devez pas vous laisser tromper. Le patriarche du Clan du Loup, ce “Suoh Yuuto”, est connu parmi ses voisins dans la région comme l’“Infâme Loup Hróðvitnir”. Comme son nom l’indique, c’est un homme plein d’avidité et d’ambition, qui étend rapidement son territoire et son influence. Il est très dangereux. »

« Hmm… mais à mes yeux, il n’avait pas l’air d’être du genre. »

Dans ses interactions avec Yuuto au cours des derniers jours, Rífa avait honnêtement l’impression qu’après les rumeurs, il était une déception.

Il était selon toute vraisemblance un jeune homme pacifique et facile à vivre.

Même après qu’il eut appris que Rífa était le Þjóðann, il n’avait montré aucun soupçon d’intrigue ambitieuse, et elle s’était assurée de lui porter une attention particulière à ce moment-là.

Même aujourd’hui, il était couché dans son lit à cause d’un simple lancer abrégé du sort Læðingr.

Si quelqu’un comme lui était censé être le Grand Noir qui allait détruire l’empire, alors Rífa n’avait aucun doute.

« C’est pourquoi je dis que vous ne devez pas vous laisser tromper ! » s’écria Erna. « J’ai entendu dire que cet homme a récemment emmené tout un groupe de belles femmes avec lui pour un voyage aux sources chaudes locales. Il ne fait sûrement que jouer le rôle d’un gentil mouton devant vous pour faire baisser votre garde. »

« Ah, alors, un loup vêtu de peaux de mouton, » Rífa haussa les épaules et rit faiblement.

« J’insiste sur le fait qu’il n’y a pas de quoi rire ! »

« Je sais, je sais, je sais. Mais, hmm, oui. Il est vrai qu’il est étrangement adoré par de nombreuses femmes qui se trouvent autour de lui. »

Son frère, Fagrahvél, avait dit un jour que pour juger le vrai caractère et le potentiel d’une personne, il fallait regarder les gens qui l’entourent.

La fille appelée Kristina qu’elle avait rencontrée l’autre soir avait été si intelligente et attentive malgré son jeune âge.

Félicia était aussi intelligente et raffinée dans ses manières et son attention aux autres, assez pour que Rífa veuille l’avoir comme sa propre dame d’honneur.

Selon certaines des histoires qu’elle avait entendues en errant dans les couloirs du palais, la chef des forces spéciales d’élite de Yuuto était une fille nommée Sigrun qui e faisait appelé « Mánagarmr », leur titre pour le plus fort guerrier. Il semblait qu’elle avait été celle qui avait tué le patriarche du clan du Sabot Yngvi, l’homme qui avait été connu comme le Seigneur de l’abondance, Ingfróði, pour sa conquête de vastes étendues de territoire fertile.

Le célèbre maître artisan Ingrid n’avait plus besoin d’être mentionné.

Il était difficile d’imaginer que ces personnages incroyables se rassemblent tous pour servir au pied d’un jeune homme ordinaire et ennuyeux.

Il devait y avoir quelque chose de plus en lui. Un autre aspect dont Rífa n’avait pas encore été témoin.

Et tant qu’elle n’aurait pas pu s’en rendre compte par elle-même, elle ne pouvait pas retourner dans la capitale impériale, quoi qu’en disent les autres.

C’est précisément dans ce but que Rífa avait pris la décision de quitter la capitale.

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« Je-Je cède ! » Assis au sommet de son cheval, Váli leva les deux mains en signe de reddition, la pointe émoussée d’une lance appuyée contre sa gorge.

Váli était un Einherjar avec la rune Hrímfaxi, le Frostmane, et un héros parmi les hommes de son Clan de la Panthère de Miðgarðr, loué pour sa bravoure et son habileté au combat.

Et ce n’était pas que des paroles en l’air. Lors de la guerre précédente avec le Clan du Loup, il s’était retrouvé face à face avec Skáviðr, l’adjoint de leur commandant en second et l’homme qui avait déjà porté le titre de Mánagarmr.

Váli s’était battu sur un pied d’égalité avec cet homme et avait même réussi à le blesser.

Pourtant, un guerrier d’une telle habileté et d’une telle renommée était maintenant forcé d’admettre une défaite si complète, qu’il n’y avait aucune excuse possible qui lui permettrait de sauver la face. Et pour couronner le tout, son adversaire était quelqu’un qui n’avait même pas passé un mois entier à apprendre à monter son cheval.

« Ouf ! » dit son adversaire. « Se retenir contre mon adversaire pour que je ne casse pas son arme, c’est dur, et très fatigant. »

« Se retenir… » Váli pouvait sentir son corps trembler alors que son orgueil de guerrier était encore plus blessé.

Il aurait été bien mieux que ce ne soit que la vantardise de son adversaire, et l’insulte née de la vanité. Mais non, Váli savait que les paroles du jeune homme étaient la vérité pure et simple, et il disait honnêtement ce qu’il pensait.

Le jeune homme aux cheveux roux assis sur le cheval devant lui — Steinþórr, le patriarche du Clan de la Foudre et l’homme connu sous le nom de Tigre assoiffé de batailles Dólgþrasir — était un Einherjar avec non pas une, mais deux runes.

La première était Megingjörð, la ceinture de force, qui amplifiait et attirait le potentiel physique de force et d’agilité de son corps jusqu’à ses limites. Et la seconde était Mjǫlnir, le Briseur, une rune spécialisée dans le pouvoir de briser les choses.

Il avait dû refréner le pouvoir de cette dernière rune tout au long de cette bataille fictive. Après tout, s’il cassait immédiatement l’arme de son adversaire, le combat prendrait fin et ne servirait pas à l’entraînement.

« Mais, c’est fou comme j’ai l’impression que mon corps et mes sens se sont émoussés après tout ce temps passé au repos pour guérir, » s’était plaint Steinþórr « J’ai l’impression d’avoir soixante pour cent de ma force habituelle ? »

« C’était juste… soixante pour cent… !? » En entendant le murmure de Váli, il était aussi sûr d’entendre le son de la fierté de sa vie de combattant qui s’effondrait comme un mur brisé.

L’arme spéciale de Váli était l’arc. S’il avait combattu dans ce match d’entraînement avec un arc et des flèches, il n’aurait jamais perdu comme ça. Il essaya désespérément de se forcer à croire en ces pensées, mais il essaya autant qu’il le put, tout ce qu’il pouvait imaginer pour le moment était qu’il aurait quand même subi la défaite aux mains de ce jeune homme aux cheveux roux.

Qu’est-ce qu’il est !? C’est un vrai monstre !

« Père, je vous demanderais de bien vouloir arrêter ces remarques sur la bataille pour l’instant, pour le bien de votre adversaire, » un jeune homme extraordinairement grand, en marge du combat, avait crié, portant une expression douloureuse. Ses yeux étaient clairement remplis de sympathie pour Váli.

Cela suffisait en soi à blesser davantage l’estime de soi de Váli, mais dans cette situation, argumenter à haute voix ne ferait que paraître pathétique.

« Et milord Váli, s’il vous plaît, ne vous inquiétez pas trop à ce sujet, » Þjálfi poursuivit. « Si un homme affronte un tigre en combat singulier, il n’y a pas de honte à ce que le tigre soit plus fort dans ses coups ou dans la stabilité de ses pieds. En effet, il n’y a pas de honte à ne pas être capable de gagner dans un combat direct. Même si, par exemple, le tigre ne faisait que jouer. »

« Ngh... ! » Pour Váli, cette dernière remarque semblait vouloir le terminer en frottant du sel dans ses plaies, mais le grand homme appelé Þjálfi lui parlait avec un regard sincère et sérieux.

« Le sentiment que vous ressentez en ce moment est quelque chose que je connais bien. Très, très bien, trop bien. Il était une fois, moi aussi, j’ai défié Père alors qu’il n’était qu’un enfant de treize ans, et j’ai perdu de façon si spectaculaire que cela ne semblait même pas réel. »

Après que Þjálfi l’ait dit, il ferma les yeux un instant, puis les ouvrit et fit à Váli un simple et lent signe de tête.

Þjálfi était aussi un Einherjar, avec la rune Tanngrísnir, le Grondement. Váli savait que dans cette région, il était un guerrier respecté, connu sous le nom de Járnglófi, le gantelet de fer.

Un homme comme lui avait perdu contre un gosse de seulement treize ans. Váli ne pouvait qu’imaginer à quel point cela a dû être humiliant.

« Cet homme devant vous est spécial, » dit Þjálfi. « En vérité, vous n’avez pas à vous soucier de cette défaite. »

« … Je comprends, » dit lentement Váli. Il avait choisi de prendre les paroles de Þjálfi à cœur. C’était les paroles d’un homme qui, d’une certaine manière, était maintenant un camarade avec qui il partageait le même sort.

Pour parler franchement, il était difficile de penser que Steinþórr était humain après leur combat.

Le patriarche du Clan du Loup l’avait finalement vaincu au cours d’une bataille en déchaînant un courant d’eau déchaîné qui l’avait emporté, une tactique incroyablement nouvelle qui défiait l’imagination. En effet, pour Váli, il semblait maintenant que seul quelque chose d’aussi drastique en échelle serait capable de vaincre un monstre comme Steinþórr.

Quant au jeune homme monstrueux en question, il cria d’une voix joyeuse, n’ayant pas pensé aux pensées intérieures des deux autres Einherjars dont il avait brisé la fierté. « Hé, Þjálfi, ces étriers sont vraiment super ! »

L’étrier — c’était une invention qui avait été partagée avec eux par l’homme maintenant connu sous le nom de Grímnir, le Seigneur Masqué, le patriarche du Clan de la Panthère Hveðrungr. C’est aussi l’un des principaux facteurs de l’expansion et de la conquête récentes de son clan, depuis les steppes septentrionales de Miðgarðr jusqu’aux parties occidentales de la région d’Álfheimr.

La conception de l’étrier était assez simple, mais en l’utilisant, les gens pouvaient facilement stabiliser leurs pieds en montant sur un cheval. Cela leur avait permis de déplacer des armes de mêlée tout en maintenant leur équilibre. C’était tellement nouveau et révolutionnaire qu’il ne serait pas exagéré d’appeler cet article une victoire par concept.

Ce n’était qu’une des technologies offertes au Clan de la Foudre par le Clan de la Panthère, en cadeau d’amitié à un nouvel allié avec lequel leur patriarche avait prêté le serment du Calice de Frères.

Bien sûr, à la fin, les gens du Clan de la Foudre étaient des citadins, nés et élevés dans des communautés sédentaires. Váli était sûr que même si les combattants de ce clan recevaient des étriers, ils ne pourraient certainement pas les utiliser à leur plein potentiel. Cependant…

« Est-il possible que nous ayons pris un monstre et l’ayons rendu tellement plus puissant que maintenant personne ne peut le vaincre… ! !? » Un filet de sueur froide avait coulé sur le dos de Váli, et il avait tremblé.

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2 commentaires :

  1. Merci pour le retour de cette épopée a travers les âges.

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