Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 5 – Acte Supplémentaire – Partie 1

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Acte Supplémentaire : Les épreuves quotidiennes de Þjálfi

Partie 1

« Maintenant, tout le monde, terminons ce rituel sacré afin de célébrer cet événement, » dit Alexis. « Prêtez-moi vos mains et vos voix. Ensemble, maintenant… »

« Félicitations !! » Suivant l’exemple du goði Alexis, les participants avaient acclamé à l’unisson, et un bruit d’applaudissements avait résonné dans la salle de rituel.

Aujourd’hui était le jour où le patriarche du Clan de la Panthère Hveðrungr et le patriarche du clan de la Foudre Steinþórr avaient renforcé leur lien en tant que nouveaux frères assermentés, avec la cérémonie du Serment du Calice.

Chacun de leurs clans respectifs était parmi les plus puissants d’Yggdrasil. Ainsi, habituellement avant une cérémonie aussi importante, des messagers étaient envoyés dans toutes les directions, rassemblant invités et visiteurs de toute la région. Les citoyens recevraient des cadeaux d’alcool en guise de commémoration, et il n’était pas rare que cette journée devienne un grand festival national.

Cependant, les citoyens de la ville s’adonnaient actuellement à leurs activités quotidiennes, ignorant totalement que cet événement a lieu. Dans la salle du rituel, il y avait moins de dix personnes présentes.

Si l’on considérait l’autorité et l’influence des personnes impliquées, c’était un triste événement en tant que cérémonie.

Cependant, on pourrait aussi dire qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. Après tout, cette cérémonie ne pouvait pas encore être rendue publique.

À la fin de la cérémonie, l’homme masqué connu sous le nom de Hveðrungr s’était levé et avait tendu la main à Steinþórr. « Je compte sur toi à partir de maintenant, mon frère. »

À Yggdrasil, la cérémonie du calice était un rituel sacré et inviolable. Dans tous les cas, chacun d’eux avait officiellement déclaré une position de reconnaissance et de respect mutuels, faute de quoi cela ne pourrait pas avoir lieu.

Le fait de participer tout en cachant son vrai visage avec un masque était sans contredit une offense. En vérité, bien qu’aucun ne l’ait dit aussi ouvertement, les participants du Clan de la Foudre avaient protesté en secret à ce sujet.

Cependant, ces questions de formalité et d’apparence étaient, comme d’habitude, triviales pour Steinþórr. « Qui se soucie des détails ? » avait été sa réponse. Il n’y avait qu’une seule chose qui était importante pour lui.

« Ouais, pareil ici. » Le jeune homme roux sourit malicieusement et prit la main de Hveðrungr en la serrant.

« Ngh ! » Instantanément, le sourire confiant de Hveðrungr avait disparu. La force dans la main qui lui serrait la main était beaucoup trop grande pour être interprétée comme quelque chose d’amical.

Hmph ! C’est probablement sa façon de me « saluer », se dit Hveðrungr avec sang-froid.

Tous deux étaient devenus frères de serment de même rang, mais aujourd’hui, c’était aussi la première fois qu’ils se rencontraient. Le serment entre eux était surtout de nature politique, une alliance basée sur le principe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

Probablement, le patriarche du Clan de la Foudre avait voulu le tester, et voir quel genre d’homme était son nouvel allié. On disait que Steinþórr avait le cœur d’un tigre, mais pour Hveðrungr, c’était le genre d’abruti qui avait des muscles pour cerveau.

Pourtant, c’était aussi une occasion rare pour Hveðrungr d’avoir une expérience de première main de la puissance de l’homme connu comme étant le plus fort dans Yggdrasil. Il s’était défendu avec chaque once de sa propre force. Il n’avait rien retenu, mettant ses forces dans sa prise avec l’intention d’écraser la main de Steinþórr, un acte en contradiction avec une telle cérémonie diplomatique. Cependant…

« Hmm… c’est tout ce que tu as, hein ? » Steinþórr marmonna d’un ton ennuyé, assez faiblement pour que seul Hveðrungr puisse entendre.

Ce n’était pas une raillerie ou un bluff, il était vraiment déçu.

Merde ! Bon sang ! Je n’ai aucun espoir de m’approcher de lui en force physique, après tout.

Hveðrungr était une ligue plus forte qu’un humain normal, mais un peu en dessous de la moyenne par rapport aux autres puissants Einherjars.

Il n’était pas le plus puissant en termes de force physique pure, mais il avait des capacités incroyables qui avaient plus que compensé pour cela, grâce à sa rune Alþiófr, le Bouffon aux Mille illusions.

Et donc, personnellement, Hveðrungr n’était pas particulièrement préoccupé par le fait qu’il avait perdu ce genre de simple concours de force pure. Mais il y avait un autre facteur en jeu.

En tant que patriarche, je ne peux laisser personne me mépriser.

S’il était pris à la légère parce qu’il était « plus faible », cela pourrait causer des problèmes dans les futures stratégies militaires impliquant les deux clans.

Hveðrungr concentra tout son esprit, le concentra sur sa main et expira.

« Hm ? Wôw !? » Soudain, Steinþórr avait perdu l’équilibre et avait trébuché sur place.

« Oh, quelque chose ne va pas, mon frère roux ? Un étourdissement, car tu t’es levé trop vite, peut-être ? » Hveðrungr sourit froidement à Steinþórr, qui avait perdu pied et était presque tombé à genoux.

Steinþórr l’avait regardé en réponse et avait cligné des yeux à quelques reprises, apparemment sans savoir ce qui venait de se passer. Cependant, au bout d’un moment, sa bouche s’était recourbée en un sourire vicieux, et il avait lâché la main de Hveðrungr, le frappant de tout son cœur sur l’épaule à la place.

« Hé, c’était un joli tour que tu as fait, mon frère masqué. Tu sais, je me souviens du dernier gars qui m’a fait ça, un maigrichon qui ressemblait à un loup malade, » déclara Steinþórr.

« Je ne suis pas sûr de ce que tu veux dire. » Hveðrungr avait une idée de qui pourrait être ce « loup malade », mais il avait choisi de hausser les épaules et de faire l’idiot à propos de cette personne et de la technique qu’il venait d’utiliser.

Il n’y avait aucune chance qu’il puisse surpasser un monstre comme lui en termes de pouvoir pur. Il avait donc utilisé la technique du saule, qu’il avait volée à son ancien maître, l’ancien Mánagarmr du Clan du Loup. Hveðrungr avait habilement et subtilement redirigé le flux de la force et manipulé le centre de gravité de Steinþórr.

« Et maintenant. J’hésite à devoir déjà me séparer de mon nouveau frère, mais j’ai peur que le long voyage m’ait fatigué, » déclara Hveðrungr. « Je prends congé pour aujourd’hui. »

Marchant sur ses talons d’une manière qui avait fait battre son manteau derrière lui, Hveðrungr avait tourné le dos à Steinþórr et avait quitté la pièce.

Après avoir marché un moment, il s’était assuré qu’il n’y avait personne autour de lui, puis il avait murmuré à lui-même. « Hmph, j’avais entendu des rumeurs à son sujet, mais il est vraiment un monstre dans tous les sens du terme. Je ne l’ai jamais soupçonné d’être aussi fort… »

Il fixa avec rancune sa main droite, qui continuait à palpiter d’une douleur intense.

Il avait utilisé sa technique spéciale pour obtenir une petite victoire sur Steinþórr, mais au final, cela n’avait fonctionné que parce que la garde du jeune homme avait été baissée.

À l’instant où Steinþórr avait saisi sa main, il avait viscéralement senti le gouffre écrasant de force qui les séparait. Ce n’était qu’un moment de divertissement pour le patriarche du Clan de la Foudre. Il n’avait probablement pas utilisé la moitié de sa force réelle.

S’il l’avait voulu, le patriarche du Clan de la Foudre aurait pu écraser tous les os de la main et du poignet de Hveðrungr, sans lui donner le temps de tenter des tours astucieux.

Pour Hveðrungr, c’était vraiment comme si sa main avait été tenue dans les mâchoires ouvertes d’un tigre.

D’autre part, cette expérience avait aussi été bénéfique, elle lui avait donné un sentiment de certitude absolue.

« Pour quelqu’un comme lui, briser ce mur de défense vexant devrait être une affaire simple. » Hveðrungr se sourit à lui-même.

Lors de la guerre précédente avec le Clan du Loup, il avait finalement réussi à faire sauter certains de ses chevaux par-dessus le mur des chariots en empruntant le pouvoir magique d’un seiðr, mais cette méthode ne pouvait fonctionner que pour quelques dizaines de cavaliers au maximum. Ce n’était pas suffisant pour gagner, et maintenant qu’il l’avait utilisé une fois et l’avait fait savoir, une tactique aussi risquée ne fonctionnerait probablement plus.

Et c’est exactement la raison pour laquelle son ennemi juré, ce petit morveux, ne se doutait certainement pas que le Clan de la Panthère avait déjà trouvé une nouvelle tactique en si peu de temps.

C’est aussi la raison pour laquelle la cérémonie du serment du calice d’aujourd’hui s’était déroulée à huis clos et avait été tenue secrète. C’était pour que le morveux n’ait aucune chance de trouver une contre-stratégie bizarre.

« Kehe hehe hehe hehe… le printemps ne peut pas venir assez tôt. »

Si c’était possible, il aurait aimé lancer une nouvelle invasion immédiatement, mais le Clan de la Panthère et le Clan de la Foudre avaient tous deux subi des dommages importants à leurs forces lors de leurs guerres les plus récentes. Ils avaient donc prévu de passer le reste de l’hiver à se concentrer sur la cicatrisation de leurs blessures et la récupération de leurs forces.

Et une fois qu’ils seraient revenus à pleine puissance, ils attaqueraient. Cette fois, ce sale petit morveux allait enfin respirer son dernier souffle.

« Profite de ce bref moment de paix pendant que tu l’as, Yuuto. Hehe hehe ! Ahahahahaha ! »

***

« Tu t’es battu avec lui juste après avoir prêté le Serment du Calice pour devenir son frère ! Qu’est-ce qui t’a pris ? » Þjálfi s’était exclamé.

« Écoute, j’ai dit que j’étais désolé », répliqua Steinþórr.

La délégation du Clan de la Panthère n’était plus là. Maintenant, seul avec Steinþórr dans une pièce du palais de Bilskirnir, Þjálfi était à côté de lui en lui faisant de sévères réprimandes.

Un patriarche était le souverain de son clan et des citoyens de son territoire, une figure singulière d’autorité absolue et incontestable.

Si le parent assermenté du clan prétendait que le blanc était noir, alors cela devenait la vérité comprise, s’il l’ordonnait, alors ses subordonnés enfants devraient aller de l’avant même si c’était dans une mort certaine. C’était le poids du Serment du Calice.

Dans le Clan de la Foudre, cependant, le patriarche, grondé et sermonné par son enfant assermenté, était un fait assez courant.

« Honnêtement… Ce serait une chose si tu te battais avec quelqu’un de nulle part, mais pourquoi tu dois aller jusqu’à la violence physique ? » demanda Þjálfi.

« Uhh… euh… Je suppose que c’est parce que je pensais que ce serait amusant ? » répliqua le patriarche.

« Hauughhhhhhhhh… » Þjálfi poussa un soupir très long et douloureux qui était presque un gémissement. Il avait pincé l’arête supérieure de son nez avec son pouce et son index, secouant légèrement la tête d’un côté à l’autre.

Il n’avait encore qu’une vingtaine d’années, mais il avait déjà de profondes rides sur les sourcils qui ne s’estompaient pas, et l’épuisement mental dû à ses relations constantes avec son patriarche en était sans doute la cause.

« Il n’a vraiment pas changé depuis le jour où je l’ai rencontré… » L’esprit de Þjálfi, qui murmurait ces mots à lui-même, était revenu dans ses souvenirs du passé.

D’une certaine façon, c’était une évasion momentanée de la réalité actuelle.

 

***

Tout avait commencé sept ans auparavant.

Le Clan de la Foudre était en état de guerre avec son voisin immédiat, le Clan du Serpent, et Þjálfi était le général chargé de commander la forteresse à la frontière entre les deux pays.

Il y avait une forteresse du Clan du Serpent en face d’eux, de l’autre côté d’une rivière. Aucun des deux camps n’avait un avantage définitif, de sorte qu’il y avait constamment de petites escarmouches, mais ils se tenaient l’un l’autre en échec. Cette situation s’était poursuivie jour après jour pendant environ un an, jusqu’au jour où un jeune homme seul avait été transféré de la capitale.

Des années plus tard, Þjálfi serait encore capable de se souvenir de ce jour aussi clairement que si c’était hier.

« Salut, tu es Þjálfi, le chef du fort, c’est ça ? Je suis Steinþórr. Enchanté de te rencontrer ! »

Cela allait sans dire, mais le jeune homme avait créé une première impression horrible.

Þjálfi avait à peine dix-huit ans, mais il s’était déjà distingué des autres, à la fois par la grande valeur au combat typique d’un Einherjar, mais aussi par son attention et son talent de gestionnaire, en contradiction avec sa grande et solide carrure. De ce fait, il était très respecté au sein du clan, et avait déjà gagné un siège au pied de la table des hauts officiers.

Quant à Steinþórr, il y avait de grands espoirs pour son avenir, mais il n’avait encore reçu le Serment du Calice de personne. En d’autres termes, il n’était pas encore officiellement membre à part entière du Clan de la Foudre.

« On dirait que vous ne savez pas comment traiter les gens au-dessus de vous avec respect. » Þjálfi fixa du regard l’insolent jeune homme à la tête rousse, et parla d’une voix agressive.

Þjálfi était un homme de grande taille, l’un des plus grands et des plus musclés que l’on puisse trouver dans tout Yggdrasil, et Steinþórr n’était qu’un garçon de treize ans, toujours à mi-chemin de sa croissance. La différence physique entre eux était vraiment celle de l’homme et de l’enfant.

Un garçon moyen avec une volonté normale aurait été accablé au point de trembler par cette présence énorme et menaçante qui se profilait sur lui. Mais le garçon roux répondit simplement, sans crainte ni ferveur, « Au-dessus de moi ? Mais la force signifie tout dans ce monde, non ? Alors, es-tu plus fort que moi ? » Il avait l’air indifférent.

Þjálfi avait déjà entendu parler de plusieurs sources de ce garçon, qu’il était un « enfant prodige » possédant non pas une, mais deux runes. Mais il ne savait pas que ce garçon serait un petit crétin d’une insolence insupportable.

Je vois comment c’est, pensa Þjálfi avec irritation. Plus que probablement, grandir avec les adultes autour de lui en le gâtant constamment avec attention l’avait conduit à devenir aussi arrogant.

« Et si on le découvrait ? » Þjálfi avait décidé qu’il répondrait aux petites provocations du garçon.

Les gosses arrogants comme celui-ci avaient besoin d’avoir quelques expériences douloureuses dès le début, pour apprendre à quoi ressemblait le dur monde réel, pour le bien de leur avenir.

Et plus encore, en tant que chef de sa propre faction clanique avec plusieurs centaines de subordonnés, Þjálfi ne pouvait pas se permettre de laisser un petit morveux comme lui parler comme ça, ou cela donnerait un mauvais exemple pour ses hommes.

« Ah, vraiment !? » Steinþórr l’avait regardé avec une expression emplie d’excitation et de curiosité.

Cette partie de lui était vraiment comme un jeune garçon typique, comme un petit coquin précoce qui n’avait pas encore dépassé son penchant pour les méfaits.

« C’est vrai. Cependant, nous n’utilisons que ça. » Þjálfi avait levé les poings vers Steinþórr.

Aujourd’hui, en ce qui concerne les prouesses martiales, Þjálfi était parmi les trois premiers du Clan de la Foudre, et il avait une confiance inébranlable qu’il ne pouvait perdre contre un simple garçon dont le corps n’avait même pas fini de grandir.

Cela dit, son adversaire était un rare Einherjar jumeau, l’un des trois seuls au monde. Il n’était pas sûr s’il pouvait se permettre d’y aller doucement avec lui ou pas encore.

Mais il y avait aussi le fait que ce garçon était connu comme le « trésor » du clan, qui lui avait été confié par son patriarche. Il ne pouvait pas prendre le risque de le tuer accidentellement au combat. Ainsi, il insistait sur le combat à mains nues.

En y réfléchissant bien plus tard, Þjálfi se plaignit de l’incroyable stupidité des suppositions qu’il avait faites sur son passé. En effet, son passé avait été si stupide qu’il aurait eu envie de bercer sa tête dans ses mains.

Après tout, il avait choisi de se battre à mains nues contre une bête féroce sous la forme d’un humain. Il n’y avait rien d’aussi imprudent et stupide que ça.

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