Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 5 – Acte 2 – Partie 7

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Acte 2 : Le Loup de Bataille

Partie 7

« GRRR ! GRRRRRRRGH ! »

Le garmr baissa la tête et se pencha vers l’avant, le dos levé, indiquant qu’il n’avait nullement l’intention de reculer.

Qu’est-ce qui poussait la bête à être si féroce ? Était-ce la faim ? Sa fierté et son honneur en tant que grand loup, le prédateur par excellence ? Ou était-ce simplement de la vanité, une insistance obstinée, même maintenant, qu’elle pouvait sûrement vaincre Sigrun avec facilité ?

« Inutile d’y penser maintenant, » marmonna Sigrun sans passion. Si la créature ne voulait pas reculer, elle n’avait d’autre choix que de se battre.

Le garmr, le plus grand parmi les loups, et le Mánagarmr, le loup argenté le plus fort. Un seul d’entre eux partirait d’ici vivant.

Dans ce cas, il ne lui restait plus qu’à tout mettre dans cette frappe.

Pendant quelques instants, les deux loups avaient simplement continué à se lorgner l’un et l’autre.

« … ! » Soudain, le sixième sens de Sigrun s’empara de quelque chose, une tension montante du garmr, et l’instant d’après, la créature se mit à charger.

Sigrun sentit le besoin instinctif de dégainer sa lame et y résista de toutes ses forces.

Pas encore. Pas encore. C’était trop tôt. Si elle n’attendait pas qu’il se rapproche, il pourrait l’esquiver à nouveau avec son incroyable vitesse de réaction.

La mâchoire ouverte de la grande bête, ses crocs pointus, se rapprochait de plus en plus.

Bizarrement, ils semblaient s’approcher presque au ralenti.

En réalité, c’était un intervalle de moins d’une seconde.

Mais pour Sigrun, c’était follement long.

Enfin, l’énorme carrure du garmr se déplaçait pleinement dans les limites de sa technique, de son domaine.

« Ha !! » Avec un cri qui portait l’esprit destructeur de son attaque tout ou rien, Sigrun avait libéré sa lame.

Quelque chose semblait différent de tout ce qu’il y avait avant.

Son corps n’avait pas l’impression qu’il bougeait comme d’habitude. C’était lent, léthargique.

L’air autour d’elle était épais et lourd.

C’était presque comme si elle se déplaçait dans l’eau.

Cependant, contrairement à sa perception, en réalité, Sigrun ne bougeait pas du tout lentement. En effet, en frappant, son corps bougeait plus vite qu’il ne l’avait jamais fait auparavant.

L’intense concentration de Sigrun, aiguisée et concentrée jusqu’à un certain point, avait accéléré de façon spectaculaire la perception du temps par son esprit.

Enfin, elle sentit le tranchant de son épée se heurter à une plus grande résistance.

Il coupait la chair du garmr, la créature qu’elle n’avait jusqu’à présent pas été capable d’égratigner.

Sigrun avait mis un peu plus de puissance dans la main qui tenait l’épée. Juste un peu plus, pas trop.

Plus que de la force brute, elle avait concentré toute sa conscience sur une coupe nette et tranchante à l’angle correct, la pointe de son épée traçant le chemin de l’arc idéal à travers et au-delà de sa cible.

Précisément, sans la moindre hésitation d’angle, délibérément, soigneusement, précisément.

Dès qu’elle avait terminé son attaque, la conscience de Sigrun était revenue de son état accéléré, et le temps autour d’elle était revenu à la normale.

Une ligne rouge avait traversé la poitrine du garmr, puis du sang rouge vif s’était répandu violemment de la plaie nouvellement ouverte.

Je l’ai fait

Pendant un instant, Sigrun était certaine de sa victoire.

« GRRAAAAAAAAAAAUUUGHHHH !! »

« Qu’est-ce que… !? » Sigrun avait été choquée.

Elle avait senti sa lame frapper sa cible. Malgré cela, le garmr était encore en vie et respirait, et alors qu’il émettait un rugissement furieux, ses griffes acérées plongeaient vers elle.

Une fois de plus, la conscience de Sigrun s’accéléra. Cependant, son corps physique n’avait pas accéléré pour correspondre.

Elle était avec une position grande ouverte après un coup d’épée complètement effectué, et ne pouvait pas ramener sa lame en arrière pour faire une frappe dans le temps.

Des images avaient traversé son esprit, des souvenirs de Yuuto souriant.

Non, je ne peux pas mourir ici !

Son cœur cria ces mots, et sans réfléchir, la main gauche de Sigrun s’élança vers l’autre épée à sa taille et la tira.

C’était la lame qui lui avait sauvé la vie plusieurs fois, le nihontou que Yuuto lui avait forgé lui-même !

Et maintenant, cette épée avait fini par la protéger à nouveau.

Il y eut un bruit fort et sec ! car l’épée de son père, encore à mi-chemin de son fourreau, intercepta les griffes du garmr.

L’impact avait failli faire reculer Sigrun, mais elle avait réussi à planter ses pieds et à tenir bon.

Il semble que la frappe iai ait considérablement affaibli son ennemi. Si cette attaque avait été menée à pleine puissance, la créature aurait sûrement été projetée en arrière, tout comme elle l’avait été au début du combat.

« Haaaaaaaaaaah !! »

Appelant le reste de sa force, Sigrun poussa un cri et ramena son bras droit pour frapper avec l’épée forgée par Ingrid, droit dans le crâne du grand loup — .

— Et avec ça, la bête avait laissé sortir son dernier souffle.

***

« Haah... haah... haah…, » sa respiration était difficile, Sigrun gardait son épée à portée de main alors qu’elle regardait le garmr au sol.

La chose la plus importante dans la bataille était de maintenir la conscience et la préparation de l’esprit, même dans la victoire.

La tête du garmr gisait latéralement sur le sol, juste en face d’elle, sa fourrure était d’un rouge profond. Il n’y avait plus de lumière dans ses yeux.

« Wow… » Finalement certaine que la bête était morte, Sigrun expira et sortit de sa position de combat, et replaça son arme dans son fourreau.

Une seconde plus tard, la fatigue avait balayé tout son corps comme une vague. Si l’on ne considérait que le temps qui s’était écoulé, le combat n’avait pas duré si longtemps. Mais la terreur provoquée par la mort, et le niveau extrême de concentration mentale requis, avait fait payer un lourd tribut à son corps et à son esprit.

« J’ai réussi à survivre…, » murmura-t-elle, à moitié émerveillée. C’était vraiment une victoire étroite, décidée à la toute dernière seconde. Même une petite erreur à n’importe quel moment aurait conduit à la place le corps de Sigrun à rester sans vie sur la neige.

Elle n’avait gagné que grâce à la chance. Ça, et…

Sigrun avait lentement dégainé l’épée forgée par Yuuto, et l’avait tenue verticalement pour faire réfléchir la lumière du soleil. « Une fois de plus, Père m’a sauvée. »

La lame avait été avec elle pendant tant de batailles intenses, et pourtant elle était restée si belle et immaculée qu’en la regardant, elle en avait la chair de poule.

Bien sûr, c’était en partie parce qu’elle l’affûtait et l’entretenait entièrement après chaque bataille, mais quand même, elle était impressionnée par la résistance et la dureté de l’acier.

Elle s’était trouvée si peu raffinée et incomplète en comparaison.

« Iai signifie ne pas couper les autres et ne pas être coupé par les autres,

Savoir qu’il n’y pas avoir à agir, c’est la victoire.

Iai signifie ne pas couper les autres et ne pas être coupé par les autres,

La victoire en tuant un autre signifie que tu as perdu.

Iai signifie ne pas couper les autres et ne pas être coupé par les autres,

Je suis responsable, afin que tu puisses marcher sur un chemin paisible.

Iai est comme une éponge à récurer, poreuse et vide.

Si tu la dégaines, alors tue, sinon, ne le fais pas,

Ce qui est important, c’est que l’épée n’est faite que pour tuer. »

Yuuto avait enseigné à Sigrun ce poème qui expliquait les enseignements de iai.

Elle n’avait pas réussi à prendre le contrôle de la situation sans se battre, et donc elle manquait encore d’expérience.

Si son père bien-aimé Yuuto avait été dans la même situation, il aurait utilisé son esprit unique et incroyablement puissant pour dominer la volonté du garmr et l’obliger à céder.

Si cela avait été Steinþórr, il aurait démontré au garmr par la bataille la différence écrasante de force entre lui et le Tigre affamé des batailles, Dólgþrasir. Le grand loup aurait peut-être fui, ne voyant aucune chance de victoire.

En d’autres termes, Sigrun n’était toujours pas au même niveau qu’eux.

De plus, selon les principes de l’iai, une fois qu’elle avait dégainé sa lame pour frapper, elle était censée tuer son ennemi d’un seul coup, et elle avait aussi échoué à le faire.

Elle était encore loin d’atteindre les idéaux de ce style.

« Cependant, grâce à vous, je crois que j’ai pu devenir plus forte d’un pas. » Elle fit face au corps du garmr et inclina profondément la tête. « Maintenant, je serai d’autant plus utile à Père. Vous avez mes remerciements. Au moins, puissiez-vous reposer en paix. »

Sigrun avait toujours rendu hommage aux guerriers qui avaient combattu avec beaucoup de bravoure et de force, qu’ils soient amis ou ennemis. Cela faisait partie de son mode de vie.

Le fait que son ennemi n’ait pas été humain n’avait pas fait de différence.

Elle termina sa prière silencieuse et parcourut la zone autour d’elle avec son regard. « Pour l’instant, je dois chercher un endroit sûr pour me reposer. »

Elle n’avait aucun moyen de savoir combien de temps il faudrait aux autres pour la sauver, et elle atteignait aussi les limites de son endurance. Au minimum, elle avait besoin de trouver un abri contre les éléments.

Heureusement, il y avait une grotte dans une partie de la falaise rocheuse à proximité. Elle pourrait s’y reposer, et serait toujours proche et capable de réagir facilement quand de l’aide arriverait.

Avec son corps lourd, Sigrun se traîna jusqu’à l’entrée de la grotte et fit un pas à l’intérieur.

Ce faisant, elle entendit un son faible, mignon et gémissant, comme celui d’un chiot, qui résonnait sur les murs de la grotte. Les cris gémissants semblaient faibles.

« Je vois… c’est donc ce que c’était, » murmura-t-elle.

C’était le repaire du garmr. Il y avait environ cinq bébés garmrs, le corps blotti les uns contre les autres.

Un seul d’entre eux gémissait, les autres ne bougeaient pas du tout.

Ils avaient l’air endormis… mais en regardant de plus près, ils ne respiraient plus. Ils avaient dû mourir de faim.

« Uuuuuu ! » Le dernier chiot qui restait avait remarqué la présence de quelqu’un d’autre que ses parents et avait poussé un petit grognement paniqué, comme un couinement.

Un sentiment d’amertume s’était répandu dans le cœur de Sigrun. « Je suis désolée. C’était tuer ou être tué, mais quand même… Je suis désolée. »

 

 

Elle s’agenouilla et prit dans ses bras le chiot, les yeux pleins de pitié et de regret.

Le chiot avait essayé de lui résister, mais il n’avait pas la force de le faire, en partie parce qu’il était encore un nourrisson, mais surtout parce qu’il était faible en raison de la faim.

« Tiens… Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que j’ai, » déclara Sigrun.

Sigrun détacha la cantine en estomac de mouton de sa ceinture et la tint jusqu’à la bouche du bébé garmr.

La cantine contenait du lait de chèvre, plus nutritif que le lait de vache. Plus important encore, il était facile à digérer, de sorte qu’il était assez doux pour que le corps du chiot puisse le prendre.

Tandis que le bébé se blottissait contre sa poitrine en avalant le lait, Sigrun ressentit en elle une émotion étrange et inexplicable.

Elle devait protéger cet enfant. C’était sa responsabilité en tant que celle qui avait pris la vie de son parent.

Si elle avait été plus forte, elle aurait pu résoudre la situation sans tuer, et le bébé n’aurait pas été laissé seul.

Non, pensa-t-elle en secouant la tête. En fin de compte, ce combat était inévitable. Le garmr adulte se battait pour la vie de son enfant, pour le nourrir. Il n’aurait jamais pu choisir de céder.

Et quoi qu’il arrive, Sigrun n’allait pas se laisser tuer. Il n’y avait rien qu’on aurait pu faire.

Mais même avec cette connaissance, elle n’avait pas été capable de la mettre complètement derrière elle. Le sentiment dans son cœur ne disparaîtrait pas.

Le chiot vida la dernière goutte de lait de la cantine et, d’un gémissement, il lécha la joue de Sigrun, comme s’il en demandait plus. « Kuuuuuun. »

Apparemment, en le nourrissant, elle avait atténué une partie de sa peur, et il avait développé un petit attachement à elle. Cela aussi avait déclenché une sensation d’oppression dans sa poitrine, comme si son cœur était serré.

« Ton parent était un splendide guerrier, » dit-elle. « Il faut donc grandir pour en être un aussi, aussi fort et aussi fier. En attendant, je m’occuperai de toi. »

Elle avait tenu le chiot sous les épaules des deux pattes avant et l’avait tenu devant elle.

Apparemment, c’était un garçon.

Sigrun avait souri, le genre de sourire qu’on fait en retenant ses larmes.

« Je suppose que je devrais te donner un nom. Hmm… pourquoi pas Hildólfr ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

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Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre. La fin est émouvante.

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