Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 5 – Acte 2 – Partie 2

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Acte 2 : Le Loup de Bataille

Partie 2

« Wôw. Ça fait longtemps que je ne suis pas venue par ici, je suis contente qu’on soit arrivés ici avant la nuit. » Sigrun descendit avec agilité de son cheval dans un mouvement fluide qui ressemblait à un saut de danseur, et s’arrêta une seconde pour lever les yeux vers le fort Gnipahellir.

C’était un endroit qu’elle n’avait pas visité très souvent, mais qui lui rappelait des souvenirs importants, et elle avait un certain lien avec lui.

L’ancien titulaire du titre de Mánagarmr y avait longtemps été stationné en tant que général et commandant de la défense orientale du Clan du Loup. Lorsque la forteresse fut prise par le Clan de la Griffe, la bataille pour la reprendre avait été la toute première opération militaire de son cher père assermenté.

Le mur extérieur en briques entourant la forteresse portait encore les cicatrices de cette bataille. Elle avait été complètement détruite à un endroit, et l’espace était maintenant comblé par des piles de pierres empilées en remplacement symbolique.

« Ahh… c’est ici que nous avons percé, et ensuite nous avons foncé pour reprendre cette forteresse au Clan de la Griffe. Je me souviens encore très bien de ce moment, » déclara Bömburr avec nostalgie, caressant le tas de pierres.

Cette bataille avait également été la première pour la nouvelle unité de cavalerie de Múspell, qui avait remporté sa première victoire, et il était sans aucun doute émouvant pour lui de revenir ici.

Sigrun, d’autre part, était tout à fait impartiale. « Garde la sentimentalité pour plus tard. L’élimination des bandits passe en premier. Commençons par entendre les détails par les hommes en poste ici au fort. »

Elle avait fait signe au guetteur, qui avait reconnu qui elle était d’un coup d’œil par ses traits uniques et magnifiques. Il ouvrit la porte, et elle entra rapidement à l’intérieur de la zone.

Pour Sigrun, le passé était le passé, et dans le présent il n’y avait rien de plus important que d’accomplir la mission que son père lui avait donnée.

Bömburr soupira. « Laissez-nous au moins me reposer un moment… »

Il savait qu’il était inutile de se plaindre, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Ses cheveux et sa barbe étaient gelés et recouverts d’une couche de givre, et ses lèvres étaient violettes à cause du froid. C’était une image révélatrice du voyage difficile qu’il avait dû endurer.

Mais même si Sigrun avait parcouru la même distance dans les mêmes conditions, elle allait vraiment bien et elle était encore emplie d’énergie.

« Une fois que vous aurez attaché vos chevaux, vous pourrez vous reposer dans le fort. » Bömburr donna des instructions à ses subordonnés, puis suivit après Sigrun.

Une minute plus tard, il avait réussi à la rattraper juste devant la chambre du commandant.

Alors qu’ils entraient, un homme d’une vingtaine d’années, au visage dur et masculin, les salua en baissant respectueusement la tête. « Sœur Sigrun, vous avez mes humbles remerciements pour avoir fait ce long voyage au milieu d’un froid si intense. »

Il s’agissait d’Alrekr, l’officier actuellement chargé du commandement du fort Gnipahellir, quatorzième dans la hiérarchie du clan du Loup.

Considérant qu’il y a deux ans, le responsable de l’époque, Skáviðr, avait été le quatrième officier et en plus le Mánagarmr, il ne serait pas déplacé de dire que le statut du commandement du fort de Gnipahellir avait beaucoup baissé.

Grâce au processus de paix entre le Clan du Loup et le Clan de la Griffe résultant de l’échange du Serment du Calice entre leurs patriarches, l’importance stratégique de la forteresse avait considérablement diminué.

« Ohhhh, c’est donc ça, le manteau de fourrure dont on dit qu’il s’est transmis de génération en génération avec le titre de Mánagarmr ! » cria Alrekr. « C’est fait à partir de la peau d’un garmr, n’est-ce pas ? C’est la première fois que je le vois de si près. C’est vraiment magnifique. Je me souviens, quand j’étais enfant, j’ai rêvé qu’un jour j’enfilerais ce manteau et j’ai pratiqué les coups d’épée jusqu’à ce que je m’écroule. »

« Vous pouvez garder votre flatterie, » dit Sigrun. « Dépêchez-vous de me parler des bandits. »

Elle avait mis de côté le bavardage poli d’Alrekr avec une seule remarque laconique, et s’était jetée dans l’une des chaises d’invités.

Il semblait qu’elle n’avait aucun intérêt à resserrer les liens entre les frères et sœurs du clan, ne serait-ce qu’en bavardant un tout petit peu.

« Ah, d’accord, » bégaya Alrekr.

Dans l’Yggdrasil, l’âge relatif n’avait aucun sens comparé au poids de l’ancienneté établi par le calice. Mais malgré cela, l’attitude de Sigrun était si brusque et abrupte qu’Alrekr s’inquiétait de savoir s’il l’aurait offensée. Il regarda Bömburr avec la question dans les yeux.

Bömburr haussa les épaules et fit en retour un sourire ironique, d’où Alrekr pouvait déduire que c’était exactement comme elle était normalement.

Alrekr s’éclaircit la gorge et se dirigea rapidement vers une grande carte en tissu placée contre le mur de la pièce. Il avait tapoté à trois endroits dans l’ordre avec son doigt. « Cela a commencé il y a environ deux semaines, lorsqu’ils ont commencé à prendre pour cible et à attaquer ces villages locaux. »

« D’accord. » Sigrun en avait déjà entendu parler par Yuuto. Elle hocha la tête en faisant signe à Alrekr de continuer.

« À en juger par l’emplacement des villages qui ont été attaqués et par la direction dans laquelle les bandits sont partis à chaque fois, nous pensons que leur cachette devrait se trouver quelque part dans cette zone. » Alrekr avait utilisé son index pour tracer un cercle autour d’un point sur la carte. C’était au nord du fort Gnipahellir, à proximité du mont Éljúðnir.

Sigrun répliqua sans regarder Alrekr, les yeux fixés sur la carte. « Si vous en savez autant, n’auriez-vous pas pu envoyer une force punitive tout de suite ? »

« Croyez-moi, c’est ce qu’on aimerait faire. Cependant…, » grimaçant, Alrekr traîna son doigt vers la droite sur la carte, montrant une zone à l’est.

Il s’agissait d’une zone de territoire relevant de la sphère d’influence du clan du Loup, mais non du contrôle direct et de la gouvernance du clan.

« Hmm. Botvid ? » Le front de Sigrun plissa ses sourcils, et elle prit une expression inhabituellement sombre.

Le patriarche du Clan de la Griffe, Botvid, était un homme complice connu sous le nom de « Vipère des Fosses » parmi les autres clans de la région. Et, bien sûr, il était aussi le père biologique des jumelles Albertina et Kristina.

Alrekr acquiesça doucement. « Oui. Je réfléchis peut-être un peu trop, mais je me demande toujours s’il n’est pas lié dans les coulisses à ces brigands. Je n’arrive pas à dissiper l’inquiétude qu’il s’agisse d’un stratagème, et à l’instant où nos troupes de garnisons quitteront le fort pour poursuivre les bandits, on pourrait nous l’enlever à nouveau… »

Le Clan du Loup et le Clan de la Griffe s’étaient alliés par le calice d’allégeance, et à Yggdrasil, le Serment du Calice était un vœu absolu.

De plus, Yuuto et Botvid avaient échangé le Serment du Calice sous la médiation du goði Alexis, un représentant de l’empereur divin. Leur cérémonie avait été d’une formalité et d’une gravité extrêmes.

Dans des circonstances normales, rompre ce serment et envahir son allié juré était quelque chose de complètement impensable. Mais c’est ainsi qu’Alrekr avait trouvé que Botvid n’était pas digne de confiance en tant que personne.

Et cette perception ne se limitait pas à Alrekr, c’était une opinion répandue parmi les gens du Clan du Loup.

C’était une réaction naturelle, car Botvid s’était emparé du territoire du Clan du Loup en trompant l’ancien patriarche Fárbauti, puis avait secrètement forgé une alliance à trois clans, utilisant leurs armées alliées pour pousser le Clan du Loup au bord de la destruction dans ce qui était devenu le Siège d’Iárnviðr.

Ces deux incidents successifs avaient gravé Botvid dans la mémoire de tous les membres du Clan du Loup, au point que le nom Botvid était devenu synonyme de « quelqu’un en qui on ne peut avoir confiance ».

« Je vois. C’est pourquoi vous avez demandé à Père de vous envoyer des renforts. » Sigrun acquiesça, satisfaite de l’explication d’Alrekr.

D’après ce qu’elle avait entendu de Yuuto, les bandits étaient organisés, et il y en avait probablement une quantité considérable.

Il n’y avait qu’une centaine de soldats stationnés en permanence au fort Gnipahellir, ce qui n’était en effet pas suffisant pour les poursuivre et prendre en compte la menace du Clan de la Griffe.

« C’est vrai, je comprends, » dit-elle. « L’unité des forces spéciales de Múspell s’occupera de l’affaire du bandit. Vous et vos hommes, restez ici et concentrez-vous sur la défense du fort. »

*

« Nous allons maintenant commencer l’investigation de la région autour du Mont Éljúðnir ! Cherchez la cachette du bandit ! » Sigrun monta sur son cheval et donna l’ordre d’un geste de la main.

« Oui, madame !! » Ses soldats à cheval répondirent à haute voix et avec vigueur, puis se séparèrent dans toutes les directions.

« Autour du Mont Éljúðnir » était en fait une zone assez large à couvrir, alors Sigrun avait divisé ses troupes en quatre groupes principaux, puis avait divisé la zone de recherche entre eux.

Chaque groupe était composé d’une cinquantaine d’hommes et, d’après les témoignages des villageois attaqués, les bandits avaient fait des raids par groupes d’une trentaine. Il devrait donc y avoir plus de soldats qu’il n’en faut pour s’occuper de tout ce qu’ils rencontraient.

Le climat avait également tourné en leur faveur. La neige qui tombait depuis avant-hier s’était finalement arrêtée ce matin-là, et le ciel était d’un bleu pur et limpide, avec la lumière du soleil qui brillait doucement sur la région. C’était le jour parfait pour une chasse.

« D’accord, on devrait y aller aussi. » Sigrun regarda autour d'elle les soldats qui l’entouraient encore.

Le groupe qu’elle dirigeait était composé principalement de stagiaires et était plein de jeunes visages.

Comme la mission principale de Sigrun était d’assurer la sécurité du palais dans la capitale, la formation et l’orientation des recrues étaient toujours laissées à son commandant adjoint Bömburr. C’était donc une chance comme une autre pour elle. Elle pouvait voir par elle-même le niveau de compétence de base de ces stagiaires, ce qu’elle devait savoir en tant que leur commandant.

« Nous nous occuperons de la zone à mi-chemin de la pente du Mont Éljúðnir, » dit-elle. « C’est l’endroit le plus probable pour la cachette ennemie, donc il y a de très fortes chances que nous allions au combat. Soyez toujours à l’affût. Sur le champ de bataille, ceux qui baissent leur garde meurent les premiers ! »

« Oui, madame !! »

Les voix qui répondaient à Sigrun étaient tendues, mais débordaient d’une énergie jeune, directe et honnête.

Elle acquiesça d’un signe de tête satisfaisant, puis tira sur les rênes et fit tourner son cheval.

« Unité Sigrun, en avant ! »

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