Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 4 – Chapitre 5 – Partie 5

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Acte 5

Partie 5

Relâchant leurs mains des rênes, utilisant les selles pour stabiliser leurs corps, et guidant les chevaux avec seulement leurs jambes, ils avaient tendu les cordes de leur arc et tiré.

C’était une technique d’une dextérité sublime, une œuvre d’art et tous les soldats du Clan de la Panthère avaient réussi à le faire.

Il y avait encore une fois le sifflement unique d’innombrables flèches qui se faufilaient dans l’air. La pluie de projectiles tomba vers le Clan du Loup de toutes les directions.

Clang ! Cl-cl-cl-cl-cl-clang !

Avec des sons métalliques creux, les flèches rebondissaient toutes sur les chariots couverts qui avaient été poussés vers l’extérieur de la formation du Clan du Loup.

Ils avaient été recouverts de toiles de lin, et Hveðrungr avait supposé qu’elles devaient protéger le contenu de la poussière ou d’autre chose semblables, mais quand les flèches avaient frappé, les toiles s’étaient détachées. Ce qu’il y avait en dessous n’était clairement pas du bois, mais une carapace métallique de couleur terne.

Et derrière cette coquille protectrice, les soldats du Clan du Loup avaient monté des arbalètes dans les chariots. Ils avaient visé et avaient commencé à riposter.

« Gyargh ! »

« Gwa ! »

Les cris des cavaliers et des chevaux remplissaient l’air. Le Clan de la Panthère n’avait aucun outil utile pour bloquer la volée de tirs. Et ils étaient en train de charger à toute vitesse vers leurs ennemis.

L’un après l’autre, les cavaliers étaient frappés et tombés, et leurs chevaux aussi.

Malgré cela, le Clan de la Panthère refusa d’abandonner et lança une autre volée massive de flèches sur le Clan du Loup. Mais comme avant, elles étaient toutes déviées par le bouclier de protection des chariots placés en hauteur.

La troisième volée de carreaux d’arbalète du Clan du Loup s’était abattue sur les cavaliers du Clan de la Panthère, volant leur vie les uns après les autres.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » Une voix rauque qui était presque un croassement échappa des lèvres de Hveðrungr.

Il ne pouvait pas croire ce qu’il voyait.

C’était censé être un massacre unilatéral du Clan du Loup par le Clan de la Panthère, mais au lieu de cela, c’était exactement le contraire.

Depuis des temps immémoriaux, les plus grands généraux recherchaient toujours des terrains qui donnaient un avantage à leurs propres forces, en utilisant pleinement les caractéristiques de ces terrains pour assurer la victoire.

C’est ainsi que l’humanité avait mené ses guerres pendant des milliers d’années.

Mais l’histoire avait finalement vu l’apparition d’un nouveau concept.

Plutôt que d’utiliser simplement le terrain naturel existant, on pourrait changer les caractéristiques du champ de bataille, le restructurer d’une manière qui donnait l’avantage à ses forces.

C’était l’avènement des fortifications de campagne construites par l’homme.

L’histoire bien connue d’Oda Nobunaga utilisant un tir de volée de trois rangs lors de la bataille de Nagashino était soupçonnée de n’être qu’une invention, et c’était peut-être vrai. Cependant, il y avait un autre fait à propos de cette bataille en 1575, moins connu, mais incontesté : c’était la première bataille enregistrée dans l’histoire militaire japonaise où une armée utilisa des fortifications rapidement construites sur le terrain pour changer le terrain du champ de bataille.

C’était à peu près la même chose en Europe à cette époque. Au début du XVIe siècle, l’ancienne tactique offensive des charges menées par des chevaliers lourdement blindés commença à être remplacée, car de plus en plus de preuves démontraient la force supérieure des tactiques défensives comportant des fortifications de campagne. Des lignes improvisées de lanceurs et des palissades faites de piquets de bois pourraient gêner la charge de l’ennemi, tandis que des arbalètes, des fusils ou des canons pourraient tirer sur eux depuis derrière la ligne défensive.

Puis il y avait eu les guerres hussites qui avaient commencé en Bohême cent ans plus tôt, en 1419, et un général du nom de Jan Žižka, qui était devenu d’une grande importance durant cette période.

Sa faction hussite était principalement composée de citoyens ordinaires et de paysans, sans guère de formation militaire. D’autre part, ses ennemis étaient les croisés de l’Église catholique et du Saint Empire romain, dont beaucoup étaient des chevaliers avec un avantage incomparable en équipement et en formation. Et bien sûr, ils détenaient un avantage écrasant en nombre.

 

 

Ce qui avait permis à Jan de surmonter son terrible désavantage, c’était une tactique novatrice. Il renforça les chariots tirés par des chevaux des paysans avec une plaque de fer, de sorte que lorsqu’une bataille commençait, ils pouvaient être assemblés en une formation en anneau, créant ainsi un mur de forteresse simple et improvisé. C’était la tactique du « fort à chariots », plus tard connue sous le nom allemand de Wagenburg.

Ses tireurs étaient regroupés en équipes de trois, les rôles de tir, de chargement et de nettoyage des armes étant répartis entre eux afin qu’ils puissent tirer sans interruption sur l’ennemi.

La cavalerie armée avait été le fléau redouté de l’infanterie pendant des milliers d’années avec leurs volées de tir à l’arc en mouvement et leurs charges féroces. Mais ils ne pouvaient pas faire grand-chose contre une forteresse mobile aux murs de fer avec des tireurs utilisant des tirs de volée, alors ils avaient complètement perdu contre les forces hussites plus petites. On disait que les hussites réussirent même à s’emparer des étendards de combat et des documents de commandement des forces du Saint Empire romain, et que les routes menant à l’Allemagne et à la Hongrie étaient remplies de croisés fuyant les batailles avec les hussites.

La tactique du fort de chariots était toujours en usage au 21e siècle. Dans les drames de la police japonaise et dans les reportages d’outre-mer, on pouvait voir des policiers utiliser leurs voitures comme barricades mobiles ou boucliers pendant une fusillade.

« Dire que tu as réussi à rassembler autant de soldats sous ton commandement en seulement un an et demi…, » au centre de son propre fort, Yuuto essuyait la sueur de son front.

La fin de l’automne approchait, et le vent froid portait déjà les premières traces de l’hiver à venir. Et pourtant, les mains et le front de Yuuto transpiraient abondamment.

La taille massive de l’armée qui s’en prenait à lui était un peu plus importante qu’il ne l’avait estimé.

Même s’il était protégé par un mur de fer, même si Jan Žižka avait utilisé la même tactique pour gagner contre une armée ennemie beaucoup plus importante, l’impact intense des forces du Clan de la Panthère qui fonçaient vers lui de toutes parts avec des cris de guerre assourdissants suffisait à le terrifier.

« Tu es vraiment un homme incroyable, Grand Frère, » murmura Yuuto. « Mais je ne suis pas non plus resté inactif depuis un an et demi. »

Afin de porter un coup décisif contre le Clan de la Panthère, dont la cavalerie se vantait d’une mobilité supérieure, Yuuto avait d’abord besoin d’un moyen d’attirer la plus grande partie de son armée à sa position.

D’après l’histoire qu’il avait apprise jusque-là, les nations nomades dont les armées se battaient à cheval préféraient les tactiques d’escarmouche et avaient tendance à éviter les batailles décisives à grande échelle. Cela signifiait qu’il lui fallait quelque chose de comparable à la tactique de Li Mu, qui avait brillamment attiré une armée de cent mille xiongniens dans un piège.

Yuuto était une personne différente du garçon qui n’avait pas été capable d’imaginer et de considérer les sentiments de son frère aîné. « Je ne suis plus un gamin qui n’utilise plus que des tricheries technologiques… »

Il s’était rappelé les paroles de Sun Tzu : « Ce qui pousse les opposants à venir de leur propre chef, c’est la perspective d’un gain. »

S’il voulait qu’une force ennemie avance vers sa position, il devait leur montrer qu’il y aurait un gain évident pour eux. C’était dans cette même ligne de pensée qu’il avait formulé ses stratégies lors de ses combats avec le Clan de la Corne et celui de la Foudre.

Yuuto pouvait maintenant se mettre à la place de ses adversaires et penser à partir de leurs points de vue.

La stratégie conventionnelle du clan nomade consistait à utiliser un petit nombre de combattants à cheval pour appâter leurs ennemis et les attirer sur un terrain découvert, puis les encercler et les écraser rapidement.

Et Loptr lui-même avait subi une défaite humiliante aux mains des forces combinées des clans de la Griffe des Crocs et des Cendres lorsqu’ils l’avaient complètement entouré. Ce fut le début d’une série d’événements qui l’avaient conduit à tuer son patriarche et donc à s’exiler du Clan du Loup.

Loptr connaissait intimement la terreur et la supériorité de cette tactique.

Et c’est exactement la raison pour laquelle Yuuto avait choisi de diriger lentement ses forces à travers ce marais.

Il était certain qu’avec un terrain boueux aussi large qui donnait à la cavalerie un avantage écrasant contre son infanterie, son adversaire saisirait l’occasion d’amener l’essentiel de ses forces et d’encercler complètement Yuuto.

Et il s’était également assuré d’interdire l’utilisation de la tactique du fort à chariot jusqu’à ce moment précis, afin que son ennemi ne puisse pas se laisser tenter par une contre-mesure et qu’il finisse par mordre à l’hameçon.

Tout cela s’inscrivait dans une stratégie de faiblesse feinte suivie d’une attaque de force, résumée par le dicton « timide comme une jeune fille, puis rapide comme un lapin », qui avait ses racines dans un autre passage de l’Art de la guerre de Sun Tzu.

« Hehe… Je vais vraiment aller en enfer quand je mourrai, » déclara Yuuto avec un petit rire autodérision.

N’as-tu pas prêté serment de te battre pour protéger ta famille ? Lui chuchota une voix au fond de son cœur. Alors pourquoi attirer ton frère aîné assermenté, ta précieuse famille, dans un piège mortel ?

Il avait déjà la réponse. La partie calme et rationnelle de l’esprit de Yuuto savait qu’en tant que patriarche de clan, il devait être impartial, voire cruel, afin de protéger tout le monde. Mais ça n’avait pas fait disparaître l’oppression dans sa poitrine.

Même à cette heure tardive, Yuuto était incapable de se débarrasser de ses hésitations. Même ainsi, il était toujours le patriarche. Il devait aller jusqu’au bout.

Il ferma les yeux un moment, se disant qu’il aurait le temps de regretter quand tout cela serait terminé. Il se concentra tranquillement sur le renforcement de son cœur. Enfin, il ouvrit à nouveau les yeux et, fixant l’armée du Clan de la Panthère, il donna froidement un ordre à ses hommes :

« Tirez jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. »

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