Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 6 – Partie 9

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Acte 6

Partie 9

La semaine suivante, rien d’inhabituel ne s’était produit.

L’armée de l’Alliance lançait des attaques par intermittence, mais une fois que les archers et les frondeurs commençaient à attaquer en réaction, ils se repliaient rapidement derrière leurs fortifications en terre.

Ils laissaient aussi parfois sortir des rugissements soudainement dans un grand chœur de cris de colère rauques ou d’insultes nauséabondes, à des moments inattendus de la journée et de la nuit.

Après avoir subi ces agressions physiques et mentales maintes et maintes fois, cette agression quasi continue ne valait même pas la peine d’être mentionnée. Du point de vue de Yuuto, il ne s’était donc rien passé d’inhabituel pendant toute cette période.

Mais il serait faux de dire que cela avait facilité les choses.

En regardant le soleil se lever lentement au-dessus de l’horizon après une nuit sans sommeil, Yuuto bâilla. « Alors, nous avons finalement réussi à arriver à aujourd’hui... »

À cet instant, il fut frappé par une vague de vertiges.

Il s’était pincé l’arête du nez et s’était massé les tempes. Il avait essayé de profiter des heures sombres où l’ennemi ne pouvait pas le voir clairement pour s’endormir, mais même avec cela, il était incroyablement privé de sommeil.

Il n’arrivait pas à dormir, même quand il le voulait. Et même s’il s’était endormi, alors il se réveillait vite.

Il ne se passait rien d’anormal. Yuuto lui-même ne faisait non plus rien de spécial. Il restait assis sans bouger et faisait semblant de prier, ou dansait, ou faisait semblant de jeter des sorts avec des gestes stupides. C’était tout ce qu’il avait à faire.

Malgré tout, il se sentait mal à l’aise, avec une étrange douleur à la poitrine et un corps aussi lourd que du plomb. Il était trop fatigué pour bouger.

Ce n’était pas non plus comme si l’armée de l’Alliance utilisait les tactiques susmentionnées par désespoir. Ils n’essayaient pas sérieusement d’attaquer, ils exerçaient une pression psychologique constante.

Les humains étaient étonnamment vulnérables au stress. Sans sommeil suffisant, leur esprit allait commencer à souffrir. Si la tension et le stress continuaient, leur cœur s’userait facilement. Si vous continuiez à les exposer à une source de peur, ils deviendraient incapables de penser à autre chose qu’à leur désir d’en être libéré.

En exerçant cette pression psychologique sur ses ennemis et en les poussant à bout, on pourrait forcer certains d’entre eux à se rendre ou même à trahir les leurs. C’était l’une des bases de la guerre de siège offensive.

Et le côté défensif devait résister à la pression des inconnues : quand l’ennemi se retirerait-il ? Combien de temps durerait le ravitaillement ? Rien que de penser à une telle incertitude était effrayant.

Cela dit, tout cela se terminerait aujourd’hui.

En y repensant, Yuuto avait déclaré. « Ingrid a pu faire ce que j’avais demandé, tout est prêt pour le bon moment. Alors, maintenant cette bataille est aussi bonne que... »

« Attaque ennemie ! Attaque ennemie ! » L’un des guetteurs s’était mis à crier.

Bien sûr, les soldats de l’Armée de l’Alliance se pressaient en force vers la porte principale.

Encore ? Déjà ? Le soleil commence à peine à se lever, pensa Yuuto, déprimé.

Ils allaient sûrement battre en retraite dans quelques minutes, mais il ne pouvait pas non plus se permettre de les ignorer. Si les hommes de Yuuto étaient même un peu laxistes face aux attaques, l’ennemi pourrait profiter de cette bonne fortune et commencer à enfoncer la porte ou à installer des échelles pour escalader les murs. S’ils laissaient l’ennemi entrer dans les murs, ce serait fini.

C’était exactement le genre de situation pour laquelle l’expression : « pas de repos pour les braves » avait été inventée.

« Grand Frère Loptr doit lui aussi vraiment être en train de s’énerver, » murmura Yuuto.

Loptr, en tant que commandant en second et commandant chevronné, était beaucoup mieux informé et familier avec ces situations militaires qu’un amateur comme Yuuto. Yuuto était sûr qu’il donnerait des ordres précis et repousserait rapidement l’attaque cette fois aussi. Cependant...

« La porte a été franchie ! L’ennemi afflue ! » cria un guetteur.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » hurla Yuuto.

Il n’était pas le seul à hausser la voix en étant en état de choc. Félicia et Sigrun, qui se reposaient contre un mur voisin, jetèrent leurs couvertures et se levèrent aussi.

« Comment est-ce possible !? » hurla Félicia.

« Quoi !? » cria Sigrun.

C’était inconcevable.

Il n’y avait absolument aucun signe avant-coureur d’une brèche dans le mur. Si un bélier avait été utilisé, il y aurait eu du bruit et des vibrations de l’impact que Yuuto et les autres auraient remarqué.

Le fait qu’il n’y avait pas de bruit — .

« On a peut-être un traître sur les bras. » Yuuto avait pratiquement craché les mots avec dégoût.

C’était la situation qu’il craignait le plus.

« Serait-ce l’oncle Bruno ? » Sigrun plissa son front en faisant cette suggestion, peut-être en se souvenant des événements du conseil de guerre.

« Euh, si je peux parler en tant que personne qui travaille sous ses ordres, Oncle Bruno a un côté lâche en lui, et est très conservateur et têtu dans sa façon de penser, mais même avec ça, il aime le Clan du Loup, » déclara Félicia. « Je ne pense pas que ce soit lui. Bien que je ne l’aime pas non plus beaucoup. »

Félicia avait fait un sourire troublé et amer à cette dernière partie.

Elle travaillait comme prêtresse de clan. Elle avait donc passé beaucoup de temps en présence de Bruno, le grand prêtre, et le connaissait probablement très bien.

« Alors qui est-ce !? » cria Sigrun.

Félicia avait souri avec amertume. « Il ne serait pas étrange que quelqu’un l’ait fait à ce niveau-là. »

« ... C’est vrai, » dit Yuuto.

Toute l’armée du Clan du Loup avait appris que Yuuto allait faire un miracle. On leur avait donc seulement dit de tenir bon jusque-là.

L’idée d’un tel miracle était absurde à première vue.

Et lors de la cérémonie précédant la précédente sortie, Fárbauti avait déclaré que, « Tant que l’Enfant de la Victoire, Gleipsieg est avec nous, la victoire du Clan du Loup est assurée. » Puis, après cette promesse audacieuse, le résultat avait été une défaite totale.

En d’autres termes, l’image dorée du Gleipsieg était déjà très ternie aux yeux du Clan du Loup.

Tout comme Bruno lors de la réunion du conseil de guerre, il y en avait sans doute beaucoup qui n’arrivaient pas à croire en lui et en son miracle.

Il était plus que possible que l’une de ces personnes ait décidé de se sauver, qu’elle ait pris contact avec l’ennemi et ouvert la porte.

C’était exactement pour cela, bien sûr, que Loptr était censé avoir posté ses soldats les plus dignes de confiance à côté de la porte...

« Merde, et après être arrivé jusqu’ici ! » Yuuto frappa ses poings contre les pierres dans une frustration désespérée, ignorant la douleur.

Juste un peu plus longtemps... Juste un peu plus longtemps, et leur miracle allait se produire ! Son poing avait frappé la pierre encore et encore...

Soudain, les paroles du vieux patriarche résonnèrent dans son esprit. « C’est parce que je n’ai jamais abandonné. Ce qui l’emporte en fin de compte, c’est... la détermination, la ferme volonté à aller au bout des choses, quoi qu’il arrive. »

Yuuto avait cessé de frapper la pierre. « C’est exact. Il est trop tôt pour abandonner maintenant ! Félicia ! Run ! »

« Oui, Grand Frère ! »

« Sire ! »

« Même s’ils l’ont ouvert, le passage à travers la porte est étroit, » déclara Yuuto. « Il y a une limite au nombre d’hommes qu’ils peuvent faire passer. Vous devez faire tout ce que vous pouvez pour les retenir jusqu’à ce que ce soit le moment ! Ils ont besoin de vos talents d’Einherjar en ce moment même ! »

Sigrun regarda à plusieurs reprises entre Yuuto et la masse de soldats de l’armée de l’Alliance en bas, son visage se brisa d’inquiétude. « Cependant, ça ne laisserait personne pour te protéger, Grand Frère. »

Bien que Yuuto soit devenu légèrement plus fort et plus fiable au cours des onze derniers mois, il était encore beaucoup plus faible que la moyenne des soldats de cette époque.

Félicia regardait aussi la situation nerveusement, se demandant probablement si c’était vraiment bien de laisser Yuuto ici tout seul.

« Ne déformez pas vos priorités ! » réprimanda Yuuto. « Si l’ennemi parvient à venir jusqu’ici, on sera dans une situation tout aussi déplorable. Alors, allez-y !! »

Il avait pointé un doigt en direction de la porte en contrebas.

Un leader devait ignorer ses sentiments personnels, examiner la situation de façon rationnelle, évaluer les options disponibles et prendre rapidement la meilleure décision. Yuuto était encore un novice pour donner des ordres aux autres, mais il avait déjà commencé à montrer des signes du grand commandant qu’il deviendrait un jour.

« Je comprends, » déclara Félicia. « Grand Frère, fais attention à toi, s’il te plaît. »

« Compris, Grand Frère, » Sigrun était d’accord. « S’il te plaît, sois prudent ! »

« D’accord. Et vous deux, soyez également prudentes. » Yuuto avait souri et leur fit un pouce en l’air.

En vérité, il avait peur d’être laissé seul. L’idée de ce qui pourrait lui arriver si un soldat ennemi le trouvait suffisait à lui faire dresser les cheveux sur la tête.

Malgré tout, Yuuto était un homme. Avec deux filles prêtes à se battre pour la vie ou la mort pour protéger tout le monde, il ne pouvait se permettre de montrer le moindre signe de peur.

S’il n’agissait pas comme un dur maintenant, il serait un échec en tant qu’homme.

« Oh, c’est vrai. Prends ça, Run. » Yuuto avait pris l’objet qu’il avait gardé à côté de lui, et le lança à la fille aux cheveux argentés. Pas plus tard qu’hier, Ingrid lui avait remis la lettre accompagnée de son rapport indiquant qu’elle avait terminé la construction de ce qu’il avait demandé.

L’attrapant d’une main, Sigrun le regarda fixement, le front plissé. « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Je vais te laisser l’avoir pour l’instant. Cela te sera probablement utile, » déclara Yuuto.

« Oui, Sire ! Je te suis reconnaissante de me le prêter ! » Sigrun tenait l’objet contre sa poitrine et s’inclina devant lui.

Félicia, en revanche, semblait assez agitée. « G-Grand Frère, qu’en est-il de moi !? »

Yuuto fut légèrement déconcerté par son ardeur et il fit un léger recul, mais comme il se pencha instinctivement d’une main pour chercher, il n’y avait bien sûr rien.

« Euh !? Non, mais... c’est tout ce que j’avais sur moi, alors..., » balbutia Yuuto.

« Ne fais pas de problèmes à Grand Frère, Félicia, » déclara Sigrun. « On n’a pas le temps pour ça. Allons-y ! »

Saisissant Félicia par la peau du cou, Sigrun s’était mise à courir avec elle.

C’était en effet une situation où chaque seconde comptait. Félicia sembla s’en rendre compte également, et se résigna à courir aux côtés de Sigrun.

Yuuto les avait vues courir, toutes les deux héroïques alors — .

« Écoute ! Q-Quand il s’agit de Grand Frère, je suis la sœur aînée, compris !? » cria Félicia. « Ce n’est pas parce qu’il t’a prêté quelque chose, qu’il faut commencer à être arrogante et... »

« Hehe, je peux comprendre que tu sois jalouse, mais tu n’as pas à aboyer si fort, » rétorqua Sigrun.

« Grrr... ! » s’écria Félicia.

— alors qu’elles s’étaient absorbées dans une dispute qui n’avait aucun sens pour lui, cela n’avait fait que le rendre encore plus anxieux.

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4 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

  2. Merci pour le chap ^^

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