Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 6 – Partie 8

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Acte 6

Partie 8

« Ohh, c’est une belle vue. » Au sommet d’une tour de guet dans un coin des remparts de la ville, Yuuto posa un pied sur le parapet et rit en regardant ce qui était en dessous de lui.

C’était le genre de spectacle bouleversant où l’on ne pouvait que rire.

Sous lui, des rangées de soldats armés marchaient avec leurs lances prêtes. Leurs fers de lance dorés reflétaient la lumière du soleil dans un beau spectacle.

Bien sûr, il savait que le métal était du bronze, pas de l’or, mais cette couleur scintillante était toujours un beau spectacle à contempler.

À côté de lui, Félicia poussa un grand soupir et regarda avec une expression crispée. « T-Tu sembles beaucoup plus confiant, Grand Frère. Bien qu’il soit embarrassant de l’admettre, j’ai commencé à avoir un peu peur... »

Connaître les nombres ennemis dans sa tête était une chose, mais c’était totalement différent de l’impact de les voir depuis cet angle. Lors de la bataille précédente, elle avait combattu sur le terrain, et cela avait rendu plus difficile le fait de saisir la taille et l’ampleur des forces ennemies. Ce n’est que maintenant qu’elle avait pu les regarder depuis le haut qu’elle avait pu constater à quel point ils avaient un ennemi de taille.

En revanche, Yuuto était calme et détaché. « Hm, eh bien, j’ai en quelque sorte dépassé la peur en ce moment. Hahaha... »

Il avait déjà été plongé dans les profondeurs de la peur. Une fois qu’il avait touché le fond, il ne lui restait plus qu’à remonter.

Pour Yuuto, le fait qu’en tant que Japonais d’aujourd’hui, il était totalement habitué aux foules et à la présence d’un grand nombre de personnes avait fait une énorme différence.

Le festival local qui se tenait dans sa région chaque année en mai était célèbre dans tout le pays, et il y avait des dizaines de milliers de personnes qui y assistaient chaque année. Et il avait vu des images d’une foule encore plus nombreuse à la télévision, et cela un nombre incalculable de fois.

À ce moment-là, la vue d’environ cinq ou six mille personnes n’allait pas le submerger.

« Tu es vraiment incroyable, Grand Frère, » murmura-t-elle.

« Garde ces louanges pour quand nous aurons tous survécu à tout ça, » déclara Yuuto.

Félicia leva les yeux vers lui avec une confiance sincère, et Yuuto ne put s’empêcher de trouver cela un peu embarrassant.

Pendant qu’ils conversaient, les forces ennemies continuaient de se rassembler autour d’Iárnviðr.

« Alors, il est temps pour moi de faire la représentation de ma vie ! » déclare Yuuto. « Félicia, Run, préparez-vous ! »

« D’accord ! »

« Sire ! »

Les deux filles aux cheveux d’or et d’argent avaient instantanément réagi à son signal, se déplaçant avec agilité.

Félicia avait fait sonner une note aiguë en utilisant un cor de guerre en forme de coquillage, et Sigrun déploya la grande bannière de l’armée du Clan du Loup qu’ils avaient fabriquée en toute hâte, la brandissant en haut de sa tête.

Ces actions étaient suffisamment visibles pour que leurs ennemis, les troupes de l’Armée de l’Alliance des Trois Clans, prennent rapidement connaissance du groupe de Yuuto.

Après avoir déterminé à sa grande satisfaction que même les personnes qui se trouvaient à l’arrière de la masse de personnes pointaient du doigt dans sa direction, Yuuto s’était penché au-dessus du parapet et avait crié aussi fort qu’il le pouvait.

« Je vois que vous êtes arrivé jusqu’ici ! Eh oui, et cela malgré le fait que vous êtes tous des imbéciles malavisés qui défiez la volonté des dieux ! Je suis l’Enfant de la Victoire, Gleipsieg, le messager de la déesse Angrboða ! Je suis Sköll, le protecteur du Clan du Loup ! Vous tous, réunis ici, vous êtes de la famille qui êtes nées de notre clan. Vous avez oublié le Serment du Calice offert à vos ancêtres ! Angrboða, notre grande mère pour nous tous, se fâche contre ses enfants déloyaux qui tirent la lame et les flèches contre leurs parents jurés ! Si vous persistez à nous faire du mal, la rage des dieux tombera sur vos têtes. Si vous ne craignez pas les dieux, alors venez vers nous avec tout ce que vous avez ! »

Avec cette proclamation, le rideau s’était levé sur « Le siège d’Iárnviðr », comme on l’appellera plus tard parmi les membres du Clan du Loup.

 

 

« Maintenant..., » Yuuto s’était rapidement accroupi avant de s’asseoir avec les jambes croisées, et il plaça les paumes de ses mains ensemble.

Pour l’instant, le fait qu’il ait pu terminer tout son discours sans problème avait été un énorme accomplissement. À part une dernière tâche à la toute fin de tout cela, il ne restait maintenant plus rien à faire pour Yuuto. Au contraire, rester à cet endroit était maintenant le travail le plus important de Yuuto.

Sigrun avait pris la parole après avoir fixé la bannière sur un piédestal voisin. « Est-ce censé être dans une semaine ? »

Elle et Félicia étaient chargées de protéger Yuuto.

Ils étaient assez haut sur la tour de guet pour que les flèches de l’ennemi ne les atteignent pas, donc il ne devrait y avoir aucun danger réel pour eux, mais il était important d’être prêt juste au cas où.

Une partie importante de leur stratégie cette fois-ci était de s’assurer de graver fermement l’image de Yuuto dans l’esprit de leurs ennemis. Félicia et Sigrun étaient toutes les deux de belles filles, et elles étaient toutes les deux des guerrières Einherjar dont les noms étaient connus du Clan de la Griffe. Montrer qu’elles étaient toutes les deux à son service augmenterait son prestige.

« C’est exact, » déclara Yuuto. « Si l’on tient aussi longtemps, on gagnera. Même s’ils sont six fois plus nombreux, on devrait pouvoir le réaliser, non ? »

Par rapport aux combats en territoire dégagé, les sièges avaient tendance à être longs et à se prolonger. Et les grands murs qui retenaient l’ennemi étaient en fait assez solides.

Ce serait une chose si leurs ennemis avaient une grue et une boule de démolition de l’époque moderne, mais l’arme habituelle pour percer les fortifications d’Yggdrasil était un bélier fait d’un gros tronc d’arbre et porté à la main. Il faudrait beaucoup de temps et d’efforts pour faire de réels dégâts avec cela.

De plus, il y avait des soldats armés d’arcs et de frondes au sommet des murs, prêts à lancer des attaques contre ceux qui s’en approchaient. Il n’y avait aucune chance que l’ennemi fasse des progrès rapides comme ça.

Même si leurs ennemis essayaient d’installer une échelle pour grimper, ils seraient laissés sans défense en montant.

Ce genre d’attaques simples par la force brute pourrait fonctionner sur un petit fort. Cependant, face à un clan, peu importe qu’il soit faible et diminué, Iárnviðr était la capitale du Clan du Loup. Contre une ville fortifiée de cette taille, même une force attaquante six fois plus nombreuse devrait être prête à subir de très lourdes pertes si elle essayait de s’introduire de force.

C’était la raison pour laquelle il était communément admis que l’attaque d’un château ou d’une ville fortifiée nécessitait une armée avec cinq à dix fois la quantité de défenseurs.

Inversement, si leurs ennemis voulaient limiter les pertes au minimum, le mieux serait de construire des fortifications à côté du château cible pour se défendre contre les archers, et de couper toutes les lignes de ravitaillement, affamant les défenseurs et brisant leur esprit. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une stratégie spectaculaire ou passionnante, elle exploitait la faiblesse des défenseurs, et c’est ainsi qu’elle était devenue la méthode la plus souvent utilisée dans les sièges, ce qui expliquait pourquoi ils avaient tendance à se transformer en longs conflits.

« Donc pour l’instant, les choses se déroulent comme nous nous y attendions, » déclara Sigrun, en regardant les mouvements de l’Armée de l’Alliance des Trois Clans.

Les soldats de l’Armée de l’Alliance avaient encerclé Iárnviðr et commençaient à construire des fortifications en terre. Ils préparaient tous les préparatifs d’un siège à long terme.

C’était la bonne décision à prendre pour le commandant de l’ennemi. Le Clan du Loup avait perdu la majeure partie de ses forces lors de la bataille précédente, et ils n’avaient aucun espoir d’obtenir des renforts. Dans cet état, ils étaient susceptibles de se rendre assez rapidement, il était donc évidemment préférable d’opter pour une stratégie à long terme sûre plutôt que de tenter une attaque risquée.

Yuuto sourit. « Oui, on les a amenés là où on les veut. »

« Alors, vous êtes le Gleipsieg ? » Sans prévenir, une voix lugubre était venue de juste derrière lui.

Yuuto avait senti un frisson couler le long de sa colonne vertébrale.

C’était clairement quelqu’un qui le connaissait !

Il se retourna nerveusement. Il y avait là un homme dont l’apparence semblait correspondre au mot « sinistre » en tous points.

L’homme était tout habillé de noir et semblait avoir une trentaine d’années. Ses joues étaient amincies et enfoncées comme s’il était malade ou affamé, et sa peau était d’une pâleur écœurante, mais ses yeux brillaient d’une lumière vive et froide, comme les yeux de quelque bête affamée.

Est-ce un assassin qui est venu ici pour me tuer après avoir entendu ce discours !? Ce fut la première pensée qui traversa l’esprit de Yuuto, et il attrapa rapidement l’épée à sa taille.

« Grand Frère Skáviðr ! » s’exclamèrent les deux filles, évacuant toute la tension de la situation.

Yuuto avait alors fait un regard plus long et plus perspicace sur l’homme devant lui. « Eh !? Attendez... Est-ce vous qu’on appelle le Loup d’Argent le plus Fort, le Mánagarmr ? »

Il était connu comme le plus fort combattant du clan, alors Yuuto avait imaginé un homme plus musclé et bien bâti comme Jörgen, l’assistant du commandant en second. Cet homme ne correspondait pas vraiment à l’image. Franchement, son apparence ne le faisait pas du tout paraître fort. Mais il y avait quelque chose, l’aura étrangement menaçant qui le caractérisait indiquait qu’il n’était pas une personne ordinaire.

« Nous avons enfin la chance de nous rencontrer, » déclara l’homme. Il s’était présenté d’une voix grave et sereine. « Je suis Skáviðr. »

« Ah... mon nom est Yuuto Suoh. » Yuuto s’était retrouvé au garde-à-vous pour se présenter à son tour.

C’était un jeune homme qui avait l’habitude d’utiliser un langage courtois et des manières polies avec ses aînés, mais c’était rare, même pour lui, d’agir aussi loin.

La personne devant lui avait maintenant des bandages enroulés autour de diverses parties de son corps, et du sang s’infiltrait lentement à travers certains d’eux. Il s’appuyait sur une canne avec sa main gauche, sans laquelle il semblait ne pas être capable de marcher.

Ces blessures venaient de la bataille précédente, où il s’était battu sans se soucier de sa propre vie ou de sa propre sécurité, protégeant ses camarades jusqu’à la fin. Chacun d’eux était une marque de bravoure.

Yuuto se sentait obligé de montrer à l’homme tout le respect approprié, car il était l’homme qui incarnait complètement les idéaux de Yuuto.

« S’il était vivant, il aurait à peu près votre âge, » murmura Skáviðr.

« Pardon ? » demanda Yuuto.

« Ne vous inquiète pas pour ça, » Skáviðr secoua la tête et gloussa, comme s’il se moquait de lui-même.

Yuuto avait eu l’étrange impression que l’ombre qui planait sur l’homme s’assombrissait légèrement, mais il décida de ne pas poursuivre l’affaire. Il avait le sentiment que c’était quelque chose qu’il ne devait pas demander.

À la place, il avait demandé autre chose. « Au fait, qu’est-ce qui vous amène ici ? Ne devriez-vous pas vous reposer ? »

« Je suis venu ici pour vous remercier, » déclara-t-il.

« Moi ? » demanda Yuuto.

« Oui, » Skáviðr hocha la tête et dégaina son épée.

Sa lame d’argent était profondément tachée de sang et de chair, et la plus grande partie de son éclat avait disparu. Alors que Yuuto regardait de plus près, il avait vu beaucoup d’entailles dans le tranchant.

L’Armée de l’Alliance des Trois Clans devait utiliser des armes et des boucliers en bronze. Face à un équipement nettement plus faible, le fait que l’arme de Skáviðr ait subi autant de dégâts en quelques jours seulement témoignait de la violence et du désespoir de la bataille.

« Sans cela, je ne serais plus qu’un cadavre maintenant, » déclara Skáviðr. « Grâce à vous, j’ai survécu pour voir un autre jour. J’ai aussi pu sauver mes frères. Vous avez toute ma gratitude pour ça. »

« Non, je... Je ne faisais que ce que je pouvais..., » déclara Yuuto.

« Ça ne change rien au fait que vous m’ayez sauvé. En plus, j’ai appris ce qui s’est passé au conseil de guerre l’autre jour. Je vous dois déjà cette vie. Je ne peux pas faire mon travail aussi bien avec mon corps tel qu’il est, mais si cela ne vous dérange pas, je veux que vous fassiez le meilleur usage que vous pouvez de moi. »

Skáviðr avait retourné l’épée dans sa main, puis il l’avait tendue à Yuuto.

L’épée était l’outil qui protégeait la vie d’un guerrier. L’acte de l’offrir à une autre personne équivalait, par essence, à offrir sa vie.

« Oh... OK, alors. Si vous l’offrez, » déclara Yuuto nonchalamment. Il avait pris l’épée en main de manière plutôt décontractée, comme s’il n’y avait pas beaucoup réfléchi.

« Grand Frère, je ne pense pas que Grand Frère Skáviðr soit en bonne condition pour combattre en ce moment..., » une Félicia inquiète commença à l’interrompre.

Yuuto la fit taire d’une main et sourit. « Voici mon ordre. S’il vous plaît, retournez immédiatement dans la salle des malades et allongez-vous. Reposez-vous. Vous êtes après tout quelqu’un qui va être très important pour l’avenir du Clan du Loup. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous laisser mourir ici. »

« L’avenir, dites-vous ? » Skáviðr fixa attentivement Yuuto.

« Oui, l’avenir. » Yuuto regarda droit dans les yeux de Skáviðr.

Au bout d’un moment, Skáviðr fit un petit rire et haussa les épaules. « Je vois. Alors je vais faire ce qu’on me dit et aller m’allonger un peu. »

« Oui. S’il vous plaît, faites-le, » déclara Yuuto.

« Hehe. » Avec un petit sourire ironique, Skáviðr se tourna et quitta les lieux.

Alors que Yuuto regardait le dos de l’homme partir, il leva la main sur son front dans un salut impeccable.

Il n’y avait pas de tradition chez Yggdrasil d’utiliser un tel geste, mais pour Yuuto, il sentait qu’il devait exprimer ses sentiments de respect et d’admiration d’une certaine manière pour ce héros qui avait mis sa vie en jeu lorsqu’il avait lutté pour les autres.

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4 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

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