Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 6 – Partie 2

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Acte 6

Partie 2

« Une défaite... totale... ? » Yuuto restait immobile, choqué par le rapport de Sigrun.

Le visage de la jeune fille aux cheveux argentés était couvert de perles de sueur, et elle respirait difficilement. Elle avait dû forcer son cheval à voyager à grande vitesse pendant un long moment pour courir ici avec ce rapport. Elle semblait très mal à l’aise juste là. Il n’y avait aucune trace de son air froid et digne.

Dans la salle d’audience du palais étaient rassemblés tous les officiers supérieurs du Clan du Loup qui, pour diverses raisons, n’avaient pas participé à l’expédition. Chacun de leurs visages était raide et dépourvu de couleur.

« Attends, alors qu’est-il arrivé à Félicia !? Qu’est-il arrivé à Loptr !? » Yuuto fit entendre sa voix, pressant Sigrun afin d’obtenir des réponses.

C’était très impoli d’interrompre un rapport destiné au patriarche, mais pour Yuuto, ces deux-là étaient une famille irremplaçable. Il n’avait pas pu avoir une pensée pour l’étiquette en ce moment.

« ... Je ne sais pas, » répondit Sigrun.

« Q-Qu’est-ce que tu veux dire par : je ne sais pas !? » s’écria Yuuto.

« Grand Frère Skáviðr a lancé une attaque suicidaire qui a réussi à forcer une ouverture dans les rangs ennemis, et grâce à cela, la plupart des autres commandants, dont moi, ont pu s’échapper des lignes de front en restant en vie, » déclara Sigrun. « Cela inclut Grand Frère Loptr, et Félicia. Mais comme je sais monter à cheval, j’ai dû les laisser derrière moi pour transmettre ce message à mon Père le plus rapidement possible. Je veux croire qu’ils vont bien tous les deux, mais les troupes à leur poursuite seront aussi féroces. Je ne peux rien garantir. »

« Qu’est-ce que c’est que ce... non... Je ne veux pas que ce soit comme ça qu’on se dise au revoir..., » ses forces commencèrent à quitter le corps de Yuuto.

Sans aucune honte et sans égard pour l’apparence, Yuuto s’était accroupi sur place, s’enroulant faiblement en boule.

Il avait supposé qu’il leur ferait ses adieux une fois la bataille terminée. Mais c’était supposé être avec les deux personnes encore en vie, chacun souhaitant le bonheur de l’autre pendant qu’ils se séparaient. Il ne pensait pas à une situation désespérée où ils auraient été séparés par la mort.

« Pourquoi en est-il ainsi ? » demanda Fárbauti. « Nous n’étions peut-être pas assez forts pour gagner une bataille, mais avec des armes de fer et quatre Einherjars, et l’ensemble de notre armée combattant comme un seul homme, nous aurions certainement dû gagner cette bataille. Comment nos forces ont-elles été vaincues ? »

Le vieux patriarche se pencha vers l’avant de sa chaise alors qu’il posait la question à Sigrun. Son manque de sang-froid s’était manifesté dans la manière exigeante dont il l’avait pressée.

Sigrun serra les poings en colère et répondit d’une voix qui donnait l’impression qu’elle luttait pour faire sortir les mots.

« C’était... une embuscade. Comme vous l’avez dit, Père, tout au long de la bataille contre le Clan de la Griffe, notre armée a eu l’avantage. Cependant, alors que nous étions à un pas de la victoire, nous avons soudain été attaqués des deux côtés par les troupes de Clan du Croc et le Clan des Cendres... »

« Impossible ! Pourquoi ces deux clans voudraient-ils... !? » Fárbauti s’était levé si vite dans sa confusion que sa chaise avait failli basculer.

C’était la première fois que Yuuto voyait le vieux patriarche, habituellement imperturbable, visiblement perturbé à un tel degré.

Un mélange de voix, certaines rancunières et d’autres déconcertantes, s’éleva des autres officiers de clan rassemblés dans la salle d’audience.

« Je n’arrive pas à le croire. Ces deux clans étaient censés avoir des relations hostiles avec le Clan de la Griffe. »

« Et le patriarche du Clan de la Griffe, il y a deux générations, a été tué par le Clan du Croc, ils devraient donc être des ennemis acharnés. »

« J’ai entendu dire que le Clan de la Griffe se bat pour le contrôle du territoire avec le Clan des Cendres depuis de nombreuses années maintenant. »

« Qu’ils soient maudits ! Quand ont-ils tous uni leurs forces... !? »

« Grrr. Tout a commencé parce qu’ils ont eu le culot d’abattre leur chef de famille. Ils ne savent rien de l’honneur et de la loyauté. »

Avec les mots qu’il pouvait déchiffrer et comprendre à partir des remarques des officiers, Yuuto fouilla désespérément sa propre mémoire. Il se souvenait d’avoir au moins entendu parler des Clans du Croc et des Cendres.

Il s’agissait de deux clans qui détenaient des territoires dans une région plus à l’est du Clan de la Griffe. À l’origine, dans le passé, ces deux-là et le Clan de la Griffe avaient été comme des familles filiales du Clan du Loup, leurs patriarches ayant été à l’époque des frères et sœurs plus jeunes ou des enfants subordonnés du patriarche du Clan du Loup.

Bien sûr, il n’y avait plus de Serment du Calice liant leurs chefs actuels, et chacun était plus prospère que leur ancienne « famille principale » maintenant diminuée.

« Encore une fois... Je me suis encore fait avoir par ce Botvid..., » Fárbauti s’affaissa sur sa chaise et fixa le plafond.

Sa voix était remplie de ressentiment, d’humiliation et de défaite. Le visage du vieux patriarche avait perdu tout semblant de couleur et de vie, et il avait l’air d’avoir vieilli de dix ou vingt ans dans ces quelques instants.

« En y repensant maintenant, il nous montrait délibérément ses propres mouvements de troupes, afin de nous distraire des mouvements des Clans du Croc et des Cendres. » La voix du vieux patriarche était presque un gémissement maussade, alors que son visage était tordu par une grimace peinée.

Donc il nous a mal orientés en faisant un détournement de l’attention, se dit Yuuto.

C’était un terme qu’il avait appris d’un manga populaire de basket-ball, mais il décrivait une technique utilisée dans le tour de passe-passe d’un magicien et dans des romans policiers.

En montrant un objet ou une action manifestement suspects, on pourrait attirer l’attention de l’auditoire sur lui, et l’éloigner du véritable cœur de l’astuce.

En rassemblant ce que les autres officiers de clan avaient dit, ces deux autres clans étaient en si mauvais termes, voire hostiles, avec le Clan de la Griffe qu’ils n’auraient jamais dû fournir de renforts dans la bataille. Cette façon de penser était une tache aveugle, et elle avait été bien exploitée.

Les deux clans s’étaient donc faufilés sur les flancs non gardés des troupes du Clan du Loup, et s’étaient soudain jetés sur eux en une seule attaque-surprise.

Fárbauti parlait souvent du patriarche du Clan de la Griffe comme d’un renard rusé, et ce niveau de stratégie rusée semblait digne de ce surnom.

« J’ai toujours su qu’il avait le goût pour les tours de passe-passe, mais quand je pense qu’il avait un plan si méticuleux et si audacieux... ! Je l’ai totalement sous-estimé ! » Fárbauti avait gémi.

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4 commentaires

  1. L'amateur d'aéroplanes

    Merci pour le travail.

  2. Merci pour le chapitre !

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