Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 6 – Partie 1

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Acte 6

Partie 1

Frottement, frottement, frottement, frottement, frottement...

Bruit d’eau...

Frottement, frottement, frottement, frottement, frottement...

L’atelier était calme, sauf pour le bruit d’une arête métallique qui s’affûtait, et le bruit occasionnel de l’eau.

Yuuto tenait méticuleusement la lame à la lumière du soleil matinal qui affluait par la fenêtre, l’examinant de très près. Puis, sans un mot, il était revenu la frotter contre la pierre à aiguiser.

Ingrid s’était assise sur une chaise à proximité, observant attentivement chaque mouvement de son travail, sans même cligner des yeux.

Yuuto continuait inlassablement à répéter ce processus et cela jusqu’à ce qu’enfin —,

« C’est... fait..., » fixant la lame qui tenait dans la lumière, Yuuto parlait presque d’une manière distraite, et laissait échapper une longue respiration.

Après une si longue période de concentration mentale continue, son visage montrait des signes marqués de fatigue, mais il était également rempli de l’expression d’accomplissement venant de quelqu’un qui avait mis toute son énergie dans une tâche.

« C’est tellement... incroyable, » Ingrid soupira en profondeur en raison d’admiration. « Rien qu’en la regardant, j’ai un frisson dans le dos... »

Sa réputation de forgeron et d’artisan qualifié avait même atteint la Capitale Impériale de Glaðsheimr. Elle était saluée par tous comme étant l’une des cinq personnes les plus compétentes de tout Yggdrasil. Et malgré ça, elle était complètement envoûtée par les actions de Yuuto.

« Tu n’as pas besoin d’en dire autant, » dit Yuuto. « Je ne suis pas vraiment satisfait de ce que cela a donné. »

« M-Même pas avec ça !? » s’écria Ingrid.

« Tout à fait. C’est encore loin d’être parfait. Mais je pense au moins dire qu’il obtient de peu la note de passage. Eh bien, j’ai rendu la lame plus épaisse puisqu’elle va être utilisée dans de vraies batailles, donc je suppose qu’il n’y a rien à faire si elle s’avère être un peu grossière. »

« Attends ! Si tu as pu faire quelque chose d’aussi incroyable, pourquoi tu ne l’as-tu pas fait tout de suite ? Tu as eu plus qu’assez de temps pour le faire, n’est-ce pas ? » Ingrid continua à fixer la lame avec admiration pendant qu’elle parlait, comme si elle était fascinée par elle.

Yuuto lâcha un petit rire moqueur. « J’ai fait beaucoup de choses différentes ici jusqu’à présent, mais c’est une chose sur laquelle je n’ai jamais vraiment pu me mettre à faire. Comme il s’agit du travail et de la passion d’un homme que je déteste tant que je pourrais le tuer, alors j’ai tout autant détesté tout ce qui avait un rapport avec lui. Pour être honnête, j’étais sûr que je n’aurais plus jamais rien à voir avec lui pour le reste de ma vie. »

« Oh, » s’exclama Ingrid. « Alors comment se fait-il que tu aies décidé maintenant que tu allais faire quelque chose avec lequel tu as une si mauvaise histoire ? »

« Quand cette guerre avec le Clan de la Griffe sera terminée, ma mission ici sera terminée, et je retournerai dans mon propre monde, » déclara Yuuto.

« H-hey... tu n’as pas besoin d’être pressé pour partir. » Ingrid interrompit l’explication de Yuuto, l’air un peu agité.

Yuuto lui avait fait comprendre qu’il venait d’un autre monde. Et qu’il finirait par y retourner.

« Tu sais, » déclara Yuuto, en indiquant l’arme dans sa main, « Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été fasciné par ces choses. Au lieu de traîner avec les enfants de l’école, je passais tout mon temps à frapper avec un marteau comme celui-ci. »

Yuuto prit un marteau de forge placé à côté de lui et il fait avec lui quelques balancements dans les airs, comme s’il revivait un vieux souvenir.

« En fait, la seule personne avec qui je suis “proche”, c’est mon amie d’enfance, une fille d’environ un an plus jeune que moi, » déclara Yuuto.

« Oh... une fille, » déclara Ingrid.

« Hm ? Pourquoi as-tu répété cette partie ? » lui demanda Yuuto.

« E-Euh, s-sans raison. T-Tu... peux continuer ! » déclara Ingrid.

« Euh, d’accord. C’est comme ça que j’ai viré finalement. Ce que je veux dire par là, c’est que j’ai beau avoir des personnes que je connais, en gros, des connaissances, je n’ai personne que je pourrais vraiment considérer comme étant un ami. »

« Alors, tu es pareil que moi, » Ingrid lui parlait doucement, les bras croisés.

C’était vrai. C’était aussi quelqu’un qui avait consacré toute sa jeunesse à l’art de l’artisanat. Et en tant que porteuse de la rune Ívaldi, L’Enfanteuse de Lames, son talent dépassait tout ce qui l’entourait. Il n’y avait personne à son niveau avec qui elle pouvait avoir une vraie discussion.

Elle avait des subordonnés et des apprentis, mais pas d’amis ou de rivaux à ses côtés pour améliorer ses compétences. Dans le monde d’Yggdrasil, cette fille avait été isolée.

Yuuto était maintenant le premier. La première personne qui avait pu lui apporter une stimulation créative.

« Une fois cette guerre terminée, je pourrai rentrer chez moi, » déclara Yuuto. « Chaque fois que j’y pense, je commence alors à ressentir un fort sentiment, comme si je voulais laisser quelque chose derrière moi. »

« Tu nous as déjà beaucoup donné, » déclara Ingrid. « Il y a le fer, le pain sans grain et le papier. »

« Tout le monde a droit à ce genre de choses. Je ne parle pas de ça. Pour le frère et la sœur qui se sont occupés de moi tout ce temps... Je les considère comme de vrais amis du fond du cœur, et je veux leur laisser quelque chose de spécial. Comme un souvenir, afin qu’ils ne m’oublient pas. Ce n’est pas comme si j’allais mourir, ou un autre truc dans le genre, » répondit Yuuto.

Il prévoyait de laisser son smartphone et sa batterie solaire à Félicia. Et le cadeau d’adieu pour son frère aîné serait l’arme qu’il venait de fabriquer.

C’était une arme faite pour lui, unique au monde. Yuuto ne pouvait pas dire qu’il s’agissait d’une pièce impeccable, pas même comme une vaine flatterie, mais c’était quand même quelque chose qu’il avait mis tout son cœur et son âme à faire.

« Hmph, alors nous en faisons un autre, » déclara Ingrid.

« Quoi ? » lui demanda Yuuto.

« T-Tu dois m’en donner un aussi. J’ai moi-même dû m’occuper de toi. J-J’ai alors aussi les droits d’en avoir un à moi. Espèce d’abruti sans cœur, » s’écria Ingrid.

Ingrid avait détourné son visage de lui. Ce visage devenait rapidement rouge comme une pomme.

Yuuto avait alors fait un sourire ironique et haussa les épaules. « C’est vrai. Maintenant que tu le dis, j’imagine que j’ai une autre bonne amie. Et c’est également ma meilleure complice. »

« Comment as-tu pu oublier !? » s’écria Ingrid.

« Hehe, c’est de ma faute, » déclara Yuuto.

« Ce ne sont pas de vraies excuses ! » Ingrid croisa les bras puis elle fit gonfler ses joues en signe de déplaisir.

Elle était enjouée et expressive dans ses émotions, digne d’une fille de son âge.

Pour la stoïque Sigrun, cela allait de soi, mais Félicia semblait aussi toujours essayer de garder le contrôle de son propre comportement, et parfois sa politesse et sa courtoisie créaient un sentiment de distance.

En revanche, Yuuto avait l’impression qu’il pouvait parler avec cette fille de la même façon qu’un ami masculin, et c’était avec elle qu’il avait découvert qu’il pouvait communiquer le plus facilement.

Juste au moment où cette pensée lui traversait l’esprit, il remarqua qu’elle le regardait avec un regard beaucoup plus sérieux dans ses yeux.

« A-Alors, Yuuto ? Tu n’as pas d’amis dans l’autre monde, mais il y a plein de personnes p-proche de toi dans celui-ci. Sigrun et Félicia, et Grand Frère Loptr, et, e-e-et je suis l-là, aussi. E-E-E-En tant qu’amie, je veux dire, en tant qu’amie. Je ne voulais pas dire ça d’une façon bizarre, » déclara Ingrid.

« Ne t’inquiète pas, je l’ai compris. Pourquoi aurais-je mal interprété cette partie ? Je viens de te dire que tu es mon amie proche, non ? Celle qui me comprend le mieux, » déclara Yuuto.

« T-Tu ne comprends pas du tout..., » Ingrid murmura à elle-même.

« Hm ? Je n’ai pas entendu tout à l’heure ce que tu as dit, » déclara Yuuto.

Yuuto ne savait pas pourquoi, mais pour une raison inconnue, sa bonne amie était actuellement sur les mains et à genoux, frappant le sol avec son poing.

« Je n’ai rien dit ! » Elle lui avait crié ça en colère, les larmes aux yeux, le laissant de son côté cligner des yeux en raison la confusion.

Ingrid avait normalement une personnalité pleine d’entrain et une tendance à s’occuper des autres comme une grande sœur, mais pour Yuuto, il semblait qu’elle était de mauvaise humeur aux moments les plus étranges.

« D-De toute façon ! » s’exclama-t-elle. « J’aime faire des choses avec toi. Je suis toujours excitée à l’idée de ce qu’on va faire ensuite. A-Alors, c-c’est pour ça que t-tu devrais r-r-rester ici avec a-avec... —. »

*Claquement de porte* ! Soudain, la porte de l’atelier s’était ouverte.

Il s’agissait d’un soldat. Il devait être très pressé, car son visage était rouge et il était clairement essoufflé. Il était évident d’après ces détails que quelque chose d’important s’était produit pour qu’il vienne ici ainsi.

Le soldat avait pris plusieurs longues et profondes respirations, avant de se redresser, et de crier son message. « Seigneur Yuuto ! Vous êtes convoqué à une réunion d’urgence ! S’il vous plaît, allez tout de suite au palais ! »

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