Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 5 – Partie 6

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Acte 5

Partie 6

« Des mouvements de troupes si rapides et si féroces, » l’homme murmura cela à lui-même, caressant son menton flasque avec son pouce et son index. « Je dirais que le commandant en second Loptr doit être celui qui est à la tête de l’armée. »

Son ventre rond se gonflait vers l’extérieur, et son apparence donnait l’impression qu’il était un homme lent et sédentaire. Il ressemblait au type qui serait instantanément la proie de l’ennemi s’il combattait sur les lignes de front.

Son visage rayonnait d’un sourire joyeux et très amical. Mais ses yeux étaient complètement différents.

La lueur dans ses yeux rétrécis était froide et sans trace d’émotion, comme les yeux d’un prédateur reptilien qui se concentrait sur sa proie.

Il s’appelait Botvid, et il était l’actuel patriarche du Clan de la Griffe.

Il se trouvait actuellement dans une région vallonnée à une journée de marche à l’est du fort de Gnipahellir. C’est là que les armées du Clan du Loup et du Clan de la Griffe s’étaient rencontrées et avaient immédiatement enflammé les cors de guerre.

Contrairement aux deux mille cinq cents hommes de son propre clan, son ennemi n’en avait environ que quinze cents.

À l’origine, Botvid s’était moqué de leur folie apparente, pensant, ils ont beaucoup de culot de penser qu’ils peuvent venir directement à moi avec un nombre aussi réduit. Mais il s’était avéré que c’était le Clan de la Griffe qui s’était retrouvé repoussé.

« J’aimerais simplement mettre ça sur le compte de l’homme connu sous le nom du Père de la Foudre au Cœur de la Tempête, mais même là, c’est encore un peu trop, » marmonna-t-il. « Maintenant, je me demande si les combattants du Clan du Loup ont été assez forts pour être capables de submerger une force de loin supérieure avec un assaut frontal comme celui-ci ? »

Une jeune fille, debout sur le côté droit de Botvid, acquiesça d’un signe de tête en accord avec lui. « En effet, il est vrai que leur commandant en second est le plus grand commandant militaire du Clan du Loup. Cependant, je pense que la force de l’ennemi n’est pas seulement due à cela. »

La fille était âgée d’environ onze ou douze ans et possédait une apparence douce et adorable. Cependant, ses yeux gardaient en eux une intelligence froide et calculatrice, comme s’ils pouvaient voir à travers la vraie nature de toutes choses.

« Oh ? Donc ça voudrait dire que l’information que tu m’as apportée était après tout exacte, hein, Kris ? » demanda le patriarche du Clan de la Griffe.

« Oui. Il semble que le Clan du Loup ait vraiment réussi à raffiner le fer, » répondit-elle.

« Hmmmm. Alors ce soi-disant Gleipsieg n’est peut-être pas non plus une farce. Hehe ! Hehe hehe ! » Botvid s’était mis à rire, ravi.

Le général ennemi était un commandant jeune, mais compétent, renommé dans la région, et les troupes qu’il dirigeait étaient une force d’élite puissante, armée d’un équipement en fer performant et robuste.

Et les résultats de cette bataille avaient convaincu Botvid d’une chose : dans une confrontation directe, il n’avait aucune chance de gagner quoi que ce soit.

Botvid n’avait pas cessé de rire, bien qu’il l’avait compris — non, c’était parce qu’il l’avait compris. « Donc, en d’autres termes, si nous pouvons mettre la main sur lui, alors cette guerre de conquête tournera en ma faveur, n’est-ce pas ? »

« Tout à fait. J’ai entendu dire qu’il a créé beaucoup d’autres objets étranges et merveilleux pour eux, et cela les uns après les autres. Si nous les avions en notre possession, je crois que nous pourrions plus que compenser nos pertes cette fois-ci. »

« Je vois, je vois, » répondit le patriarche.

Soudain, une autre petite fille du côté gauche de Botvid s’écria d’une voix forte. « Je veux manger du pain sans roches ! »

C’était en totale contradiction avec l’humeur de la conversation jusque-là.

Son apparence physique était identique à celle de la fille à qui Botvid avait parlé auparavant, mais cette fille possédait un air positif et une innocence insouciante.

La fille aux yeux froids poussa un soupir exaspéré. « Franchement, tu es une vraie gloutonne, Al. »

« Mais euh ! C’est juste que depuis que j’en ai entendu parler, j’ai tellement envie d’en manger que je n’en peux plus d’attendre ! » Comme si c’était le bon moment, l’estomac de la fille innocente gargouilla bruyamment. Il semblait qu’elle avait faim, elle aussi, en ce moment.

« C’est juste déplorable, » la fille aux yeux froids ricanait. « Al, pense à où tu es en ce moment. Même aujourd’hui, nos soldats se battent désespérément sur les lignes de front. Conduis-toi plus sérieusement. »

« Je-je suis désolée, » déclara l’autre fille.

« Cela dit, je savais que ça t’arriverait, Al. » La fille aux yeux froids souriait. « Et donc, j’en ai obtenu un peu pour toi. Je suis bien trop indulgente avec toi, tu sais. Franchement, c’est tellement difficile d’avoir une sœur si cupide et si mesquine. »

« Yaaay, Kris ! C’est ma sœur. Je t’aime ! Oui, je t’aime ! » déclara la deuxième fille.

« Alors, je l’échange contre ton argent de poche pour ce mois-ci, » déclara la fille aux yeux froids.

« N’est-ce pas un peu plus cupide et mesquin, Kris !? » Les yeux de la jeune fille innocente s’étaient ouverts en grand face à ce tarif scandaleux. Cependant, apparemment, la gâterie savoureuse devant elle était trop difficile à résister dans son état affamé actuel. « D-D’accord. C-C’est d’accord ! »

Elle avait accepté l’offre d’une voix presque déchirée et avait pris le pain de sa sœur.

« D-D’accord, je me demande quel goût ça a ! Ahhhhhhhh ! » La fille innocente avait ouvert la bouche et avait mordu durement dans le pain — .

Clack!

« Ohhh !! »

— et elle poussa un cri de douleur vraiment larmoyant.

Elle avait toujours mangé son pain avec des petites bouchées prudentes et délibérées, se méfiant des minuscules particules de pierre qui pouvaient s’y mélanger. Croyant qu’il n’y en avait pas cette fois-ci, elle avait mordu le pain avec une grande et puissante mordée.

« Hehe hehe hehe hehe, » ricana l’autre fille. « Al, tu es vraiment trop mignonne. »

 

☆☆☆

 

« En avant ! Poussez vers l’avant ! Forcez le passage ! La victoire est à notre portée ! » Loptr cria ça à ses troupes, alors même qu’il frappait le soldat du Clan de la Griffe qui l’attaquait, brisant l’épée de son ennemi avec sa propre épée.

Dès le début de la bataille, le Clan du Loup avait dominé son adversaire.

C’était indéniablement en raison de leurs armes en fer terriblement puissantes. Plusieurs affrontements répétés avaient suffi à endommager ou à détruire les armes et les boucliers de leurs adversaires. De plus, ce même équipement en fer était plus léger et plus facile à utiliser que son homologue en bronze.

L’ennemi était plus nombreux, mais ce n’était plus suffisant pour être significatif. Il était vraiment difficile de croire qu’il s’agissait de la même force ennemie face à laquelle ils avaient subi des pertes dévastatrices l’année précédente.

Pour les soldats qui avaient sinistrement durci leur détermination à s’engager dans cette bataille décisive, c’était franchement décevant.

« Loptr ! » cria un homme. « Je vais prendre ta tête ! »

« Guah ! » Loptr avait à peine réussi à bloquer la lourde hache de fer que l’autre avait utilisée pour le frapper. Mais ce coup écrasant avait engourdi ses bras.

Il n’y avait qu’un seul homme que Loptr connaissait au sein du Clan de la Griffe qui possédait à la fois une force incroyable et une arme de fer.

Il était l’Einherjar de la rune Alsviðr, le Cheval qui Répond à son Cavalier. Il était le plus grand guerrier du Clan de la Griffe, équivalent en force au plus fort du Clan du Loup, le Mánagarmr Skáviðr. Il s’appelait — .

« Mundilfäri ! »

« Ha ! » cria Mundilfäri. « Tu as donc été capable de résister à mon attaque. Il semble que tu aies vraiment obtenu du fer ! »

En utilisant sa force pour pousser avec force vers l’avant, l’homme barbu avait avancé son visage tout près, alors que les coins de sa bouche se redressèrent en un sourire vers le haut. Cet homme était encore plus fort que ce que Loptr avait entendu dire.

Loptr n’était pas assez fou pour tenter d’affronter un tel monstre dans un combat de force.

Loptr avait pris une grande respiration. Puis, pendant un instant, il avait détendu ses muscles, et avec un minutage parfait, il avait sauté.

« Uwah !? » Mundilfäri s’écria de surprise, car à cet instant, Loptr avait fait glisser sa hache.

Profitant de l’ouverture alors que le corps de son adversaire se déplaçait latéralement, Loptr avait attaqué avec son épée. « Je ne crois pas ! »

Mundilfäri, en frappant avec force son pied contre le sol, avait stoppé avec force l’élan de son corps et avait riposté avec un coup de hache qui avait repoussé l’épée de Loptr.

Loptr avait de nouveau fait glisser la hache, et brandit sa lame dans une attaque horizontale, mais c’était comme si Mundilfäri pouvait lire ses mouvements. Sans un soupçon de panique, l’homme barbu avait bondi sans effort vers l’arrière, et l’épée de Loptr ne rencontra que le vide.

« Tch, tu es vraiment doué. » Loptr fit claquer sa langue en s’irritant avant de reprendre rapidement position.

« Je n’arrive pas à croire qu’à ton âge tu aies réussi à maîtriser la technique qu’utilise le saule désuet et desséché du loup, » Mundilfäri s’était moqué de l’autre. « Les rumeurs sont donc vraies : ta rune, le Bouffon aux Mille Illusions, Alþiófr, peut vraiment voler les techniques d’autres personnes. Mais en fin de compte, ce n’est qu’un mimétisme. Ça ne marchera pas contre moi. J’ai après tout déjà eu affaire à de vraies choses bien des fois. »

Mundilfäri avait tapé du doigt l’endroit où une cicatrice courait sur une longue ligne horizontale à travers l’arête de son nez, et il avait souri fièrement. Apparemment, il s’agissait d’un badge d’honneur provenant d’une blessure obtenue en combattant Skáviðr.

En d’autres termes, il avait croisé plusieurs fois les lames avec le plus grand combattant du Clan du Loup, le Loup d’Argent le plus Fort, Mánagarmr, et n’avait survécu qu’avec cette simple blessure. Cela l’avait marqué comme un guerrier incroyablement féroce.

« Hee hee, » ricana Loptr. « Alors, si je t’abats, je pourrais prendre le titre de Mánagarmr pour moi, ne trouves-tu pas bien ? »

« Un blanc-bec comme toi ? Pas même dans un million d’années ! » s’écria l’autre.

Après avoir fini de livrer leurs vantardises, ils s’étaient encore une fois battus l’un contre l’autre à coups d’épée et de hache.

Pas moins d’une douzaine d’affrontements avaient suivi, sans qu’aucun vainqueur clair ait encore émergé.

Mais peu à peu, l’équilibre avait commencé à changer.

En matière de force et de technique, ils étaient sur un pied d’égalité, mais il y avait une différence : Mundilfäri avait déjà affronté un ennemi puissant utilisant les mêmes armes et techniques auparavant, et il avait donc un léger avantage sur Loptr en matière d’expériences.

Mundilfäri avait cessé de compter sur des coups simples et puissants, et avait commencé à utiliser de plus en plus des coups rapides. Il possédait la carrure d’un ours, mais ses mouvements étaient incroyablement agiles et habiles.

Il n’était plus facile de dévier ses coups ni de faire glisser son arme. Tout comme l’homme s’était vanté, il avait beaucoup d’expérience dans la lutte contre les techniques de Skáviðr.

« Ça y est ! C’est ça ! Meurs ! » Avec un hurlement déchirant, Mundilfäri frappa avec sa hache de fer directement vers la tête de Loptr.

Le corps du jeune homme aux cheveux d’or avait sans ménagement été fendu en deux.

— Cependant, cela n’offrait aucune sensation de résistance et il n’y avait pas d’éclaboussures de sang frais. Il avait vacillé, comme un reflet sur l’eau, puis avait disparu.

« Guagh ! » Dans l’instant qui avait suivi, Mundilfäri avait crié alors qu’une douleur et une chaleur intenses avaient fait irruption au niveau de son œil gauche.

Une personne moyenne se serait penchée ou serait tombée par terre à cause de la douleur, mais l’instinct de survie du guerrier était plus fort. Il avait rapidement bondi en arrière, et il put apercevoir l’ennemi maudit qui venait de prendre son œil.

« Hm. Il semble que j’ai manqué d’un demi-pas. » Loptr avait encore une fois fait claquer sa langue. Le bout de l’épée dans sa main était couvert de sang.

Les deux côtés de son corps étaient entièrement joints, et ses deux pieds étaient fermement plantés sur le sol.

« Va te faire foutre ! Donc tu as utilisé un galldr... ! » Mundilfäri, en appuyant sa main sur son œil gauche, lança son blâme comme une malédiction d’une voix râpeuse. Cette main devenait de plus en plus tachée de son sang.

Un galldr était un type de technique magique dans laquelle des sorts étaient tissés dans des chansons, et ils pouvaient causer divers effets sur ceux qui les entendaient. Ce que Mundilfäri avait coupé, c’était une illusion née de l’un de ces sorts.

« C’est vrai. J’ai demandé à ma petite sœur de me laisser lui en voler un, » déclara Loptr.

« Kh ! Je n’arrive pas à croire que moi plus que quiconque, sois tombé dans le panneau ! » s’écria l’autre.

« Avec un seul œil, tu ne pourras plus faire face à mes attaques, » se moqua Loptr. « En prenant la tête du plus grand héros du Clan de la Griffe, le moral de mes hommes ne fera qu’augmenter. Le Clan du Loup... sera victorieux ! »

« Ngh... ! »

« Ne t’inquiète pas, tu ne seras pas seul longtemps. J’enverrai bientôt ton patriarche au visage de renard te rejoindre dans le royaume des morts. Ne bouge pas, et laisse-moi ajouter ton sang à ma lame ! »

Avec cette dernière et froide déclaration, Loptr s’avança pour porter le coup fatal à Mundilfäri.

« Raaaaaaaaaaaaghhhh!! »

« Uryaaaaaaaaaghhhh!! »

Soudain, un bruit assourdissant de cris de guerre surgissant de sa gauche et de sa droite l’arrêta dans sa course.

Loptr n’avait aucune idée de ce qui se passait.

À en juger par le volume des voix et la façon dont ils avaient secoué l’air, chaque groupe ne devait pas avoir moins d’un millier d’hommes.

« Une embuscade !? » dit-il en haletant. Mais comment le Clan de la Griffe pourrait-il avoir assez de soldats pour employer cette stratégie ?

Avec sa force nationale actuelle, le Clan de la Griffe aurait dû être en mesure d’aligner au plus, deux mille à deux milles cinq cents soldats. Les rapports des espions envoyés pour infiltrer leur territoire l’avaient confirmé.

Pourtant, le nombre de soldats ennemis qui bloquaient et entouraient les troupes du Clan du Loup était nettement plus élevé que cela.

Quelque chose clochait clairement ici. Les chiffres ne correspondaient pas.

Cependant, ce n’était certainement pas une ruse ou une illusion.

De la gauche et de la droite, il y avait eu de fortes réverbérations d’innombrables pieds alors que les renforts ennemis avançaient, un bruit qui fut bientôt dépassé par le tourbillon de cris et de rugissements furieux, et par le choc du métal contre le métal.

« Enfin, enfin. Hehe hehe hehe hehe, ils m’ont fait attendre. » Les épaules de Mundilfäri tremblèrent de rire. Son visage arborait un sourire qui disait qu’il était absolument certain de sa victoire.

En vérité, l’issue de la bataille avait déjà été déterminée.

Les formations de troupes de leurs armées étaient structurées de manière à détruire les ennemis qui se trouvaient devant elles.

En raison de cette structure, ils étaient incroyablement vulnérables aux agressions latérales ou arrière.

En d’autres termes, on pourrait dire qu’une partie essentielle de la tactique sur le champ de bataille était de savoir comment s’attaquer efficacement à ces faiblesses.

Entourée de trois côtés, avec des attaques venant de la gauche, de la droite et de l’avant, même l’armée du Clan du Loup avec ses puissantes armes de fer était beaucoup trop désavantagée.

Ils n’avaient aucune chance de gagner.

En un clin d’œil, des sentiments d’anxiété avaient commencé à se répandre dans le cœur des soldats du Clan du Loup.

Il n’avait pas fallu beaucoup de temps pour que ces sentiments se transforment en désespoir.

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5 commentaires

  1. Tiens, les jumelles avaient leurs caractères bien trempés 🙂

  2. Merci pour le chapitre !

  3. Uuuh... J'ai pas l'impression que Loptr va survivre... Merci pour le chap ^^

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