Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 5

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Acte 3

Partie 5

À la seconde où Yuuto avait ouvert la porte, il avait été assailli par un bref grondement.

« Qu’est-ce que vous voulez ? » La chef du Clan de la Corne n’avait même pas tenté de cacher son mépris.

À l’intérieur des murs de ce palais, elle était la seule qui oserait prendre un tel ton avec lui. En toute honnêteté, Yuuto détestait les formalités constantes qui le submergeaient, car il n’avait pas l’impression de les mériter, et ainsi, il trouvait un peu de réconfort d’être face à ses manières brusques.

« Ne suis-je pas autorisé à venir voir ma future petite sœur subordonnée ? » demanda-t-il.

« Non ! » s’écria-t-elle.

« Eh bien, c’est dommage alors, » un sourire ironique était instinctivement apparu sur les lèvres d’Yuuto.

Après s’être renseigné sur l’état de santé de Linéa, il avait voulu la voir de ses propres yeux, mais elle ne semblait pas être de bonne humeur.

« Est-ce que quelque chose ne vous plaît pas ? Y a-t-il quelque chose dont vous auriez besoin ? » demanda-t-il.

Bien qu’étant prisonnière de guerre, Linéa était également une invitée vitale pour le Clan du Loup. Dans l’intérêt de l’établissement de meilleures relations, il était important de veiller à ce qu’elle soit traitée de la meilleure manière possible. En réalité, celle qui s’occupait de telles choses était Félicia, qui prenait silencieusement des notes en se tenant toujours à ses côtés.

La pièce dans laquelle ils avaient confiné Linéa était en fait une chambre d’amis présente dans un coin du palais. D’un coup d’œil, on pouvait dire que la pièce avait été méticuleusement nettoyée et que les meubles avaient été choisis et arrangés avec soin ! Le panier sur la table débordait d’un grand nombre de variétés de fruits.

Linéa avait lancé les uns après les autres les grains de raisin dans sa bouche, les mâchant alors qu’elle parlait. « Il ne me manque rien du tout. Mais il y a certains désagréments que je subis. »

« Hmm ! Eh bien, je veillerai à ce que ces désagréments soient immédiatement traités, » déclara Yuuto.

« Bien ! Alors cela veut dire que vous allez sortir de ma chambre. Et pourriez-vous faire partir pour moi ce garde présent tout le temps près de la porte ? » demanda Linéa.

« Il s’agit là d’une demande difficile à exaucer, » Yuuto riait tout en haussant les épaules.

Jusqu’à ce que la Cérémonie du Calice pour la faire devenir un membre à part entière du Clan du Loup ne soit pas réalisée, il ne pouvait tout simplement pas lui permettre d’errer librement. Il savait que c’était vrai ce dont elle parlait. Il était au courant que le fait d’avoir tout le temps quelqu’un à l’entrée, qui inspectait de temps en temps la situation dans la pièce, n’était pas très agréable pour elle.

« Non, attendez ! J’ai trouvé. Pourriez-vous au moins échanger les gardes pour y placer des servantes ? » demanda-t-elle, l’idée lui apparaissant soudainement.

En considérant qu’elle avait été surveillée tout ce temps par des membres du sexe opposé, il était naturel de penser qu’elle pourrait se sentir plus à l’aise avec quelqu’un du même sexe qui la surveillerait à la place.

Yuuto jeta un coup d’œil à Félicia, et elle lui fit un signe de tête.

« Cela devrait être possible, » déclara Félicia. « Naturellement, les gardes du palais devront toujours être positionnés quelque part à proximité. »

Yuuto hocha la tête en retour. « Très bien. Alors, procédons ainsi ! »

« Compris, » déclara Félicia avant de noter quelque chose sur le bloc-note qu’elle transportait quasi tout le temps avec elle.

« … Est-ce le papier légendaire ? » Linéa marmonna distraitement en regardant le bloc-notes que Félicia tenait.

Au sein du palais, l’utilisation du papier était déjà si répandue que même des prises de notes mineures comme celles-ci étaient inscrites dessus, mais cela restait une curiosité pour les personnes d’autres nations.

« Exact, c’est un outil plutôt pratique. Je remercie énormément mon Grand Frère pour cela, » Félicia sourit, sa plume faite de roseau — encore quelque chose d’autre qu’Yuuto avait appris à faire en utilisant des documents trouvés sur internet — écrivant sur la page de nouvelles notes.

Les tablettes d’argile et les blocs de bois qui avaient été utilisés jusqu’à récemment étaient lourds et peu maniables, et avaient toujours été un cauchemar à trimballer.

« Seigneur Yuuto, vous et moi sommes si proches en âge, et pourtant vous êtes vraiment impressionnant, » déclara Linéa.

« Que se passe-t-il tout à coup ? » demanda Yuuto avec prudence. Son attitude jusqu’à ce moment-là avait été si hostile qu’il avait automatiquement soupçonné des arrière-pensées dans son changement soudain.

Linéa lui fit un sourire ironique. « Peut-être qu’à la fin, je n’étais pas après tout une souveraine convenable. Faire l’expérience d’être vaincue après une défaite dans une bataille où j’étais dans une position offensive m’a conduite à devenir une prisonnière... hehe, hehe... Avec cet accueil d’hier, cela m’a fait réaliser que vous n’étiez vraiment pas quelqu’un de normal. »

« Qu’allez-vous faire exactement après ça ? » Yuuto avait été habitué à la flatterie de ses propres subordonnés, mais d’avoir un chef ennemi qui commençait même à le complimenter était quelque chose qui le surprenait totalement. Il était naturel pour lui de soupçonner qu’elle pourrait être en train de comploter quelque chose.

« Haha ! Sans réfléchir, je viens de dire à haute voix ce qui m’était venu à l’esprit. Je suppose que je me sentais tout simplement jalouse de vous, » répondit Linéa.

Alors qu’elle regardait fixement Yuuto, les yeux de Linéa débordaient des affres de la jalousie et de l’envie.

Peut-être que sa jeunesse elle-même avait apporté sa propre marque de détresses en elle.

Même s’il n’y avait pas tellement de différence d’âge entre eux, le fait de voir quelqu’un d’autre si admiré et respecté par les autres que lui, serait une situation où il ne serait pas déraisonnable d’avoir des sentiments aussi compliqués.

Yuuto allait commencer à parler, puis il s’était de lui même tu. Il savait que la sympathie forcée envers elle lui causerait encore plus de peine. Dans une telle situation, il n’y avait pas de paroles que le vainqueur pourrait offrir au perdant.

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