Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d’Einherjar – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 3

***

Acte 3

Partie 3

« Bienvenue, bienvenue ! Vous ne trouverez que des produits de bonne qualité ici. »

« Que pensez-vous de ça, jeune fille ? Un peigne fabriqué à Ásgarðr. »

« Ahh, vous avez un œil averti. Voici une lame forgée par l’artisan le plus talentueux et le plus célèbre de Vanaheimr. »

Yuuto et Félicia avaient estimé qu’il valait mieux s’arrêter un peu de travailler et ils avaient décidé de faire une pause en se promenant dans le palais. Quand ils avaient entendu un vacarme venant de la cour, ils avaient alors remarqué la foule.

À côté de là, il y avait un bazar, avec des commerçants et des colporteurs qui proposaient leurs marchandises. Ils gagnaient leur vie en achetant des produits dans une région et en les revendant dans un autre territoire plus éloigné. C’était une profession dangereuse, où une personne pourrait être attaquée par des bandits ou manquer de nourriture à mi-chemin du voyage, et pourtant, beaucoup décidaient de suivre cette voie à la poursuite de la richesse.

« Ceci semble plutôt animé, » Assise à côté d’Yuuto, Félicia acquiesça de satisfaction.

Les frais facturés pour l’emplacement aux commerçants étaient une source importante de revenus pour le Clan du Loup. Les personnes qui habitaient le palais étaient relativement plus aisées que les roturiers qui vivaient en ville, de sorte que c’était un endroit idéal pour s’installer et vendre leurs marchandises.

Dans une cour à peu près de la taille d’un terrain de sport scolaire, il y avait des tentes aménagées sous les saillies des toits, avec une grande variété de biens allant de la nourriture et des vêtements aux armes et aux bijoux, en passant par le bétail.

Pour une cité comme celle-ci se trouvant dans une situation géographique de choix pour le transport, la marchandise était présente en abondance. Si l’on avait l’argent, on pourrait acquérir à peu près tout.

Et cela incluait... des personnes.

« Aujourd’hui, notre produit phare est cette paire mère-fille, » déclara l’un des marchands. « Qu’en pensez-vous ? La mère n’est-elle pas magnifique ? Non seulement cela, mais elle a cette belle peau claire, presque translucide caractéristique des territoires du nord ! Et sa carrure nous dit sans équivoque qu’elle a été bien soignée. Et s’il vous plaît, jetez aussi un œil à sa fille. Ne ressemble-t-elle pas à sa mère ? Je parie qu’un jour, sa beauté dépassera celle de sa mère. Kukukuku ! »

Le marchand était un homme avec une robuste corpulence, et sa tête était enveloppée avec morceau de tissu blanc. Il fit un geste avec un sourire vulgaire vers la mère et la fille, qui se tenaient l’une et l’autre dans leurs bras.

Bien que la mère et la fille tremblaient avec de la peur dans leurs yeux, elles se serraient l’une contre l’autre, affirmant au monde qu’elles ne seraient jamais séparées. D’après les apparences, la gamine devait à peine avoir dix ans.

« En y pensant... même l’enfant est très jeune, » Yuuto fronça les sourcils.

En d’autres termes, il s’agissait de la traite d’esclaves. Ce n’était pas quelque chose qui était arrivé seulement à Yggdrasil. Sur Terre, cela avait été une activité commerciale réalisée à la vue de tous partout dans le monde jusqu’à l’âge moderne. Dans le cas présent, ces personnes étaient les derniers vestiges de pays déchirés par la guerre, achetées et vendues par les marchands après que leurs terres aient été envahies par d’autres clans.

« Vendu, » Yuuto avait levé sa main, provoquant une agitation alors qu’il traversait la foule.

En Yggdrasil, les personnes ayant des cheveux noirs étaient une chose extrêmement rare. Ainsi, le commerçant avait rapidement réalisé qui était vraiment Yuuto.

« Ohh, notre Seigneur Souverain Patriarche ! Merci beaucoup ! Alors, concernant le paiement..., » commença le marchand.

« Félicia, » déclara Yuuto.

« D’accord. Cela devrait être plus que suffisant, n’est-ce pas ? » Félicia avait promptement sorti trois pépites d’or de la taille d’un caillou en provenance d’un sac en cuir et les avait placées dans la main du marchand. C’était plus que convenable pour payer deux êtres humains.

Tout en essayant d’étouffer son ressentiment face à cette situation, Yuuto s’approcha de la mère et de la fille. Il s’était ensuite accroupi pour qu’il puisse être à la hauteur des yeux de la petite fille. Son corps tremblait encore et elle se cacha derrière sa mère quand elle le vit s’approcher ainsi. Ses mouvements lui avaient indiqué qu’elle avait enduré des expériences vraiment terrifiantes et traumatisantes.

Ce n’était pas comme si ce marchand était particulièrement cruel ou diabolique. C’était juste que ces individus ne voyaient pas les esclaves comme au même niveau qu’eux-mêmes. Pour eux, ils n’étaient que des objets.

Le grand philosophe Aristote dans la Grèce antique avait confirmé la légalité de la vente des humains, et cela, sans le moindre scrupule. La moralité à son époque était semblable à celle dans ce monde.

« Tout va bien se passer maintenant, » Yuuto avait fait le sourire le plus doux qu’il pouvait offrir pendant qu’il parlait, puis il jeta un rapide coup d’œil autour de lui. Il avait en un rien de temps trouvé qui il cherchait. « Hé, vous là, les gardes ! Conduisez ces deux personnes jusqu’au grand chambellan ! Et assurez-vous de les traiter avec respect. »

« Père, à vos ordres ! » répondit l’un des gardes à qui il avait parlé.

Pour les gardes du palais, Yuuto représentait quelque chose de plus grand que les nuages dans le ciel. Le fait d’avoir été soudainement sollicité par lui leur avait fait savoir qu’ils étaient surveillés, et qu’une attention particulière serait portée quant à leurs actes.

Alors qu’il regardait la mère et sa fille disparaître dans le palais, Yuuto affichait une expression acerbe. L’acte d’acheter des humains avait suscité chez lui des sentiments de dégoût viscéral.

En tant que souverain, interdire l’esclavage sur le territoire du Clan du Loup n’était pas en dehors de son pouvoir. Cependant, même s’il le faisait, les marchands vendraient tout simplement ailleurs les esclaves. Il ne pouvait pas sauver tout le monde. En tant que faible nation tributaire du commerce, Yuuto voulait autant que possible éviter d’attirer la colère des marchands.

Dans ce cas, les acheter était le seul moyen dont il disposait pour permettre aux esclaves de mener des vies où ils pouvaient être traités comme des humains normaux. Puisque les esclaves achetés par Yuuto étaient considérés comme la propriété du souverain, personne n’aurait osé les persécuter ou les opprimer. Ils étaient tous capables de travailler confortablement et sans crainte dans le palais. Chacun d’entre eux avait exprimé leurs gratitudes envers Yuuto.

Comme toujours, cela lui avait laissé un désagréable sentiment persistant qui tourmentait le cœur et l’esprit d’Yuuto. Il n’y avait aucun moyen à sa portée lui permettant de sauver tous les esclaves. Il ne pouvait même pas défendre ses actions face à ceux qui pourraient les décrire comme étant hypocrites.

« C’est juste une goutte d’eau dans l’océan, » Yuuto serra fermement son poing. Il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir de la colère en pensant à quel point sa capacité à pouvoir aider les autres était minuscule.

« Où regardez-vous !? Ne regardez pas l’épée de votre adversaire. Regardez leur silhouette dans leur ensemble ! Suivant ! » La voix digne de Sigrun résonna autour d’eux alors qu’ils s’approchaient des portes du château.

Quand il regarda dans la direction de la voix, Yuuto vit que Sigrun donnait aux gardes du palais une formation martiale. Ses cheveux d’argent flottaient doucement autour d’elle.

« Votre avancée est trop peu profonde. Serrez bien votre garde sur les côtés. Suivant ! »

L’un après l’autre, Sigrun les obligeait à effectuer une attaque contre elle avec des épées en bois, puis elle déviait avec facilité leurs attaques.

Yuuto avait réagi face à la sévérité présente dans la voix de Sigrun, ce qui le fit frémir. Comme elle agissait habituellement avec tant de douceur et si docilement dans ses échanges avec Yuuto, c’était rafraîchissant, et un peu nostalgique, de voir la manière brusque et grossière avec laquelle elle réprimandait et poussait à bout les soldats qu’elle formait. Après tout, ceci était le traitement qu’il avait subi quand elle avait entraîné Yuuto au moment où il était arrivé dans ce monde.

« Comme toujours, elle est si forte que c’en est presque comme si elle trichait, » déclara Yuuto en laissant échapper un long soupir d’émerveillement.

Les gardes qui s’entraînaient avec Sigrun n’étaient certainement pas faibles. Ils étaient loin d’être parfaits, mais il était clair qu’on pouvait leur faire confiance quant à la protection du palais. Tous étaient sans aucun doute qualifiés. Et pourtant, Sigrun les affrontait aussi habilement que si elle avait affaire à des bébés.

« Elle l’est vraiment, » songea Félicia. « Même quand je me suis battue contre elle, je pouvais à peine tenir 10 rounds. »

« Même face à toi, Félicia... ? » demanda Yuuto.

Alors qu’ils étaient en train d’observer les batailles simulées, Yuuto s’était retrouvé avec un visage montrant qu’il était abasourdi. Félicia était l’un des plus grands maîtres du Clan du Loup quand on parlait du maniement de l’épée. Considérant que même elle ne pouvait pas se défendre contre Sigrun, cela rendait d’autant plus clair le fait que les compétences martiales de Sigrun s’élevaient à un niveau incomparable vis-à-vis de toutes autres personnes.

« En raison de mon expérience personnelle, je sais que même si mes capacités accordées par le Serviteur Sans Expression Skírnir appartiennent à de multiples domaines, elles ne peuvent pas résister face à un adversaire qui se spécialise dans une discipline particulière, » Félicia poussa un soupir mélancolique, posant une main sur sa joue.

Elle était un touche-à-tout et un maître de rien. Elle devait probablement avoir souvent ressenti une sorte de complexe quant à ce sujet. Malgré ce qu’elle disait à Yuuto, les nombreuses capacités de Félicia compensaient un manque de maîtrise par une grande polyvalence.

« Quel est le problème !? C’est tout ce que vous avez dans le ventre !? » cria Sigrun. « Ces magnifiques muscles sont-ils juste pour le spectacle !? »

La différence dans les prouesses physiques de niveaux moyens entre les hommes et les femmes en Yggdrasil apparaissait comme une dure réalité. En plus de cela, le garde qui combattait en ce moment Sigrun avait une énorme carrure, et ses bras apparaissaient aux yeux de tous comme deux fois plus gros que ceux de Sigrun.

Et pourtant, bien que son adversaire ait mis toute sa puissance dans l’attaque, Sigrun l’avait déviée sans effort. Elle n’était certainement pas une simple humaine.

D’un autre côté, elle ne ressemble pas non plus à un monstre, pensa Yuuto.

Dans le monde d’où venait Yuuto, il y avait un petit nombre d’athlètes qui se classaient parmi la crème de la crème qui avait décrit un certain état comme étant la zone, qui était un état de concentration dans lequel ils affichaient une force et une compétence qu’ils pensaient comme impossible.

Un célèbre joueur de baseball autrefois connu sous le nom du Dieu de la Batte avait expliqué que c’était comme si la balle s’était arrêtée.

Un lanceur avec un nombre record de retraits à la batte l’avait décrit comme si les limites de la zone de frappe avaient été illuminées. Il savait que juste en frappant au niveau de cette zone, il pourrait effectuer un renvoi de balle.

Un footballeur avait déjà dit que, parfois, c’était comme s’il pouvait voir le terrain de jeu depuis un point de vue aérien.

D’après ce qu’Yuuto avait vu, bien que des exceptions existent, les pouvoirs des Einherjars permettaient généralement de réaliser ce genre de miracle. Même si on disait que leurs pouvoirs venaient d’une protection divine, ce n’était pas quelque chose de fréquent d’avoir une telle force surhumaine qu’une Einherjar pourrait massacrer un ou deux cents soldats comme dans un jeu vidéo. C’était juste qu’ils étaient toujours dans la zone de grâce.

« Père !? » Même si elle était en plein cœur d’un combat, Sigrun se retourna pour faire face à Yuuto.

L’épée de bois de son adversaire ne pouvait pas être arrêtée si facilement. Craignant le pire, Yuuto fit une profonde inspiration.

Comme il avait été indiqué précédemment, un Einherjar n’était nullement invincible. Surtout si l’on considérait que le Dévoreur de la Lune Hati de Sigrun n’avait pas accordé à son corps une solidité supplémentaire ou de résistance aux blessures. Le fait d’être frappé à la tête par une épée de bois avec une telle force n’était pas quelque chose que l’on pourrait facilement récupérer.

*Bam !*

Cependant, le son qui résonnait à l’impact n’était pas le son sourd normalement produit après avoir frappé un être humain, mais plutôt un son sec et raide.

« ... Vraiment monstrueux, » grogna Yuuto. « As-tu donc des yeux derrière la tête ? Tu es vraiment une tricheuse. »

Yuuto secoua la tête en raison de son étonnement, poussant un soupir de soulagement. Même si elle avait détourné le regard, l’épée de bois de Sigrun intercepta quand même avec succès l’attaque de son adversaire.

Cette scène avait définitivement fait comprendre à Yuuto que son deuxième surnom, Le Plus Puissant Loup d’Argent, Mánagarmr, n’était pas exagéré. Bien que Sigrun soit encore jeune, il était clair qu’elle avait atteint le stade de la maîtrise où elle n’avait plus besoin de compter sur ses yeux pour voir.

« Hm, il s’agit d’une assez bonne attaque, » ajouta-t-elle. « Bon, faisons une petite pause ! »

« Merci beaucoup ! Mère ! » Les soldats avaient répondu à l’unisson sans y réfléchir davantage.

Ils avaient également rapidement baissé la tête, par respect pour la méthode d’enseignement généralement stricte de Sigrun. C’était étrange de les voir se référer à Sigrun comme « Mère » malgré son jeune âge.

Si le Calice du patriarche souverain était donné sans raison à n’importe qui, il serait pris à la légère, et la chaîne de commandement deviendrait alambiquée. Donc, Yuuto avait donné son Calice seulement à ceux du Clan du Loup dans les échelons supérieurs de la hiérarchie, et ceux qui aspiraient à ces postes. Cela représentait moins de cinquante personnes ayant reçu son Calice.

N’importe qui en dehors de ce groupe avait accepté le Calice d’Enfant de l’un de ces chefs, et cela avait conduit à la création de nombreuses factions, dans lesquelles ils serviraient le clan dans son ensemble sous la direction directe de ce dirigeant.

Ce n’était pas le cas seulement pour Sigrun, ou le commandant en second, Jurgen, mais aussi pour Félicia. Ils étaient tous des subordonnés d’Yuuto tout en étant également les chefs de leurs propres factions.

En général, une faction avait tendance à partager certaines caractéristiques avec son dirigeant. La faction de Sigrun comprenait beaucoup de guerriers parmi les plus féroces du Clan du Loup, tandis que celle de Félicia comprenait un grand nombre de fonctionnaires civils.

« Salut ! Bon travail avec la formation, » avait déclaré Yuuto à Sigrun alors qu’il approchait d’elle. « Comme prévu, tu es aussi forte que jamais. »

Sigrun se tourna alors vers Yuuto et un large sourire s’étendit sur son visage. Elle se précipita immédiatement vers lui.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

2 commentaires :

  1. amateur_d_aeroplanes

    Merci pour ce travail:) Mode cynique : Mais ce souverain veut faire exploser le déficit budgétaire de son clan avec ses achats d’esclaves superflus ?

  2. Merci pour le chapitre !

Laisser un commentaire