Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 2 – Partie 4

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Acte 2

Partie 4

Après avoir achevé sa conversation avec Jurgen et avoir franchi la porte, Yuuto fut accueilli par des cris de joie et des voix exaltant leur souverain patriarche, comme si le peuple était resté à l’affût de son arrivée.

Le long des deux côtés de la grande rue qui traversait le centre de la cité, il y avait des files de personnes si épaisses qu’elles ressemblaient à un véritable mur.

« Victoire [1], Patriarche ! Victoire, Patriarche ! » cria le peuple.

Yuuto grimaça face à une telle réception, mais fut rapidement capable de se calmer. Il en avait déjà fait l’expérience deux mois plus tôt, lors de son retour triomphal après avoir remporté sa guerre contre le Clan de la Griffe.

« Hehe ! Tu es plus populaire que jamais, Grand Frère. Comme ils sont tous venus ici, pourquoi ne pas leur donner quelque chose en retour ? » suggéra Félicia, répondante à leurs acclamations avec un signe de la main.

Je ne suis pas aussi bon acteur que toi, pensa Yuuto en regardant la foule. Les visages de toutes les personnes présentes dans cette foule débordaient de joie et elles avaient toutes de larges sourires.

Chacun de ces soldats était le frère aîné, le frère cadet, le fils ou le père, le mari ou le petit ami de quelqu’un. Ces personnes ne célébraient pas seulement cette victoire, ils célébraient également le retour en toute sécurité de leurs proches.

« Tu as raison, » murmura-t-il. « Cela fait également partie du travail d’un souverain. »

Yuuto s’était placé sur le bord du char puis il avait soulevé dans les airs l’épée qui avait été gainée à sa hanche. Réfléchissant la lumière du soleil, la lame avait brillé d’une lueur d’argent terne.

Le fait d’être si étrangement embarrassé dans des situations comme celle-ci ne pouvait que le pousser à se sentir encore plus honteux et incompétent. La raison derrière tout ça était sa première année de collège, où, à travers une série de circonstances, il avait été choisi pour le rôle principal dans une pièce de théâtre et avait échoué d’une manière vraiment spectaculaire (et catastrophique).

Je suppose que je suis maintenant devenu quelque chose comme un acteur, pensa Yuuto, alors qu’il avait pris une pose glorieuse.

« Victoire, Patriarche !! » L’explosion soudaine des acclamations l’avait pris au dépourvu.

« Quoi !? » s’exclama-t-il.

Les vagues sonores provoquées par les cris déferlèrent sur lui, le faisant trébucher. Il avait même failli tomber sur ses fesses. Néanmoins, les cris de joie résonnèrent dans le centre de la ville, jusqu’à ce que le son atteigne des niveaux totalement absurdes, faisant même trembler toute la cité.

« Ils sont vraiment frénétiques..., » Yuuto était abasourdi par le vacarme qui augmentait encore maintenant en intensité. Bien sûr, il avait l’intention de les enthousiasmer, mais il ne s’attendait pas à ce que cela atteigne ce niveau. Il semblerait que les soldats-loups qui revenaient dans la ville avec lui avaient eux aussi perdu leur sang-froid, leurs visages reflétant soit l’étonnement, soit le choc face à la réception si bruyante.

« C’est notre Père ! » quelqu’un dans la foule avait crié cela avec euphorie.

Même Jurgen, qui était toujours si calme et recueilli, avec son expression si inébranlable, ne pouvait cacher son choc face à la frénésie qu’Yuuto avait suscitée.

Les deux seules personnes qui avaient l’air complètement normales étaient Sigrun et Félicia. Toutes deux échangèrent un coup d’œil, approuvant de la tête la situation.

« Mon Dieu, notre peuple est si raisonnable, » affirma Sigrun.

« Tout à fait. Ils ont accepté un chef approprié et l’ont apprécié à sa juste valeur, » rajouta Félicia.

Même à leur arrivée au palais, les acclamations continuaient à résonner.

Le palais du patriarche souverain qui gouvernait le Clan du Loup était au centre même de la ville. Une muraille l’entourait et elle s’élevait encore plus dans le ciel que celle qui protégeait la cité.

Ses murs extérieurs étaient faits en forme de colonnes reliées entre elles et peintes avec un beau stuc blanc, rappelant à Yuuto le Parthénon [2] en Grèce. Il y avait un monde de différence entre cette grande bâtisse et les maisons communément trouvées dans toute la cité, qui, du point de vue d’Yuuto, ressemblaient plus à des remises ou à de minables granges.

Yuuto n’avait que de l’admiration pour une si grande structure. Alors que l’ère d’où il venait aurait dû être loin devant les cultures de 3000 à 4000 ans auparavant, c’était toujours le type de bâtiment géant et magnifique qui mériterait des paroles solennelles d’éloges de la part de n’importe qui.

Alors qu’Yuuto arrêtait son char à la porte de la muraille, les membres les plus âgés du Clan du Loup vinrent le saluer et l’acclamer.

« Bienvenue chez vous, Seigneur Yuuto. »

« Toutes nos félicitations. Nous avons reçu l’annonce nous indiquant qu’il s’agissait d’une victoire totale. »

« Avec le Seigneur Yuuto, le Clan du Loup sera capable d’obtenir une paix durable. »

Bien qu’ils aient été désignés comme des aînés, ils étaient tous dans la quarantaine et la cinquantaine, avec leur corps qui était toujours souple et musclé. Ils étaient encore en pleine forme.

Ils avaient tous été des subordonnés plus jeunes de l’ancien souverain... ainsi, ils étaient équivalents à des oncles pour Yuuto. En d’autres termes, ils étaient également ceux qui n’avaient pas accepté Yuuto comme souverain, et par conséquent, avaient refusé à la fois le Calice de Frères et Sœurs et le Calice de l’Enfant.

« Chaque jour, nous avons prié sans faute Angrboða pour obtenir la victoire, » déclara l’un d’eux.

« Tout à fait. Nous, du Clan du Loup, ne devrions pas oublier que la prospérité d’aujourd’hui est entièrement grâce à la protection divine d’Angrboða, » ajouta un autre.

« En effet, en effet. Saluons le maître d’Iárnviðr, Angrboða ! »

L’Angrboða dont ils faisaient l’éloge était la divinité-gardienne qui était consacrée à Iárnviðr, et qui était ainsi vénérée comme la déesse guidant les membres du Clan du Loup. D’une manière détournée, ils revendiquaient cette victoire en raison de leurs prières.

Étant du 21e siècle, Yuuto pouvait voir leur façon de parler comme n’étant rien d’autre qu’une pure impudence, mais ils semblaient être très sérieux. Tout comme au Moyen Âge, quand les procès de sorcellerie étaient monnaie courante, et que les individus n’avaient pas de contre-mesures contre les menaces de la nature, la vie et l’esprit des gens étaient fermement ancrés dans le domaine de la spiritualité.

« Pardonnez-moi, mais je suis un peu pressé, donc j’ai peur que cette conversation doive attendre plus tard, » déclara brièvement Yuuto, balayant les paroles des anciens, et les traversant sans s’arrêter.

Ce n’était pas l’intention d’Yuuto de rejeter les mystères sacrés de ce monde. Après tout, l’existence de pouvoirs mystérieux comme le galldr et d’autres capacités des Einherjars lui avaient été démontrés à maintes reprises. Même le fait qu’Yuuto était ici maintenant ne pouvait pas être expliqué par la science du 21e siècle.

En outre, Yuuto avait eu le sentiment qu’ici, sur Yggdrasil, la foi en une divinité était un élément extrêmement important utilisé afin de contrôler les individus. C’était pourquoi il n’avait pas l’intention de le prendre à la légère.

C’était juste que, à ce moment-là, Yuuto avait quelque chose de bien plus important que les dieux qui le préoccupait.

« Seigneur Yuuto, votre manière d’agir était un peu trop brusque envers les autres anciens là-bas, » Bruno, le chef des anciens avait protesté. Le visage de Bruno était sinistre en raison de son important mécontentement.

On disait que les humains devenaient plus fermes dans leur résolution alors que les années s’écoulaient, et Bruno s’était avéré être un exemple particulièrement approprié pour cela dans ces moments-là, harcelant et prêchant Yuuto quant aux principes du Calice.

Le fait d’avoir le clan dirigé par la relation parent-enfant en son centre était la manière d’agir de ce monde. Par conséquent, bien que ces hommes aient reçu la position d’aîné, ils n’avaient en réalité aucun pouvoir réel. Même ainsi, ils étaient toujours ses aînés et oncles, et il devait donc leur montrer du respect dû à leur position.

« Mais je SUIS pressé ! S’il vous plaît, permettez-moi de reporter la discussion avec tout le monde demain ! » La voix d’Yuuto était devenue brutale en raison de son irritation.

Normalement, Yuuto serait capable de sauver les apparences, interagissant avec ceux qui l’entouraient avec un comportement amical alors même qu’il ne les aimait pas. Mais maintenant, il ne pouvait s’empêcher de se sentir impatient. Il n’avait pas entendu sa voix depuis un mois. C’était si proche. Il ne pouvait pas attendre une minute de plus.

« Je crains que non, Seigneur Yuuto ! » déclara l’homme. « Toutes les questions relatives au Calice sont de la plus haute importance et, par conséquent, une telle situation est prioritaire ! En tant que souverain, vous, entre toutes les personnes, devriez savoir... ! »

« Je serai heureuse d’entendre les pensées de l’aîné à ce sujet, » Félicia intervint avec un large sourire entre Yuuto et un Bruno toujours persistant. « Plus tard, je partagerai l’information avec mon Grand Frère, » elle avait fait un clin d’œil à Yuuto.

« Merci beaucoup, Félicia ! Je compte sur toi ! » déclara Yuuto.

« Je ne te décevrai pas, » répondit Félicia. « Mais, même si tu es pressé, s’il te plaît, assure-toi de ne pas te blesser, d’accord ? »

« Promis, je serais prudent ! » répondit Yuuto.

Même quand il prononça ces mots, Yuuto s’éloigna, incapable de s’attarder un instant de plus à cet endroit.

Les cris de Bruno résonnaient après lui. Le prix à payer pour ça sera assurément important et plus tard, il allait sûrement vivre un enfer ! Mais en ce moment, il s’en foutait royalement !

Ce qu’il avait tant attendu depuis un mois allait enfin pouvoir se réaliser.

Notes

  • 1 Victoire : Dans le texte originel, il s’agissait du mot allemand « Sieg » qui signifie Victoire.
  • 2 Parthénon : en grec ancien : Ὁ Παρθενών / Parthenṓn (à l’origine génitif pluriel de παρθένος, nom féminin, « jeune fille, vierge ») littéralement « la salle (ou la demeure) des vierges », est un édifice situé sur l’acropole d’Athènes et réalisé en marbre du Pentélique et marbre de Paros.

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5 commentaires

  1. Attention spoil 🙂 Ce qu'il est pressé de faire est a mon avis... de s'allonger sur un vrai lit 😉

  2. l'amateur d'aéroplanes

    Zut, je ne pensais à cette solution. Le cout de la communication doit être énorme 🙂

  3. Et encore un mot d'oublier dans mon commentaire précédent... je ne pensais pas à...

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