Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 2 – Partie 3

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Acte 2

Partie 3

« Père ! Je peux discerner notre ville, Iárnviðr ! » Alors que la voix de Sigrun retentissait, Yuuto se redressa dans le chariot.

Une vue de rêve était apparue dans le champ de vision d’Yuuto : une vaste étendue pleine de pâturages parsemés de terre et de rochers exposés, avec une colossale chaîne de montagnes faiblement visible au loin.

Plus d’une centaine de moutons se déplaçait lentement à travers les prairies alors qu’ils étaient suivis par un chien. Ces bêtes présentes dans ces pâturages représentaient la principale source de nourriture du Clan du Loup et servaient également à fabriquer des vêtements, ce qui en faisait une industrie indispensable. Dans la direction vers laquelle allaient les animaux, il y avait une structure lointaine et à peine visible, de couleur brun-rougeâtre. Il s’agissait de la tour sacrée Hliðskjálf, symbole indubitable de la capitale du Clan du Loup, Iárnviðr.

« Nous sommes finalement de retour à la maison, » déclara Yuuto. « Je sens que je peux enfin pousser un soupir de soulagement. »

Cela faisait plus d’un mois qu’ils avaient quitté cette ville. Il avait vraiment envie d’un toit au-dessus de sa tête et d’un lit douillet dans lequel dormir. Instinctivement, un soupir de soulagement s’échappa hors des lèvres d’Yuuto.

« Exact. Après tout, cette cité est la tanière du Clan du Loup, » déclara joyeusement Félicia, alors qu’elle était assise à côté d’Yuuto.

Revenir chez soi et pousser un soupir de soulagement. Hmm ? Yuuto laissa sortir un rire ironique.

Ses sentiments sur le sujet étaient très complexes, mais à la fin, cette ville était devenue une seconde maison pour Yuuto.

« Je vais prendre un bain le plus tôt possible, » déclara Sigrun avec le plus grand sérieux, galopant à côté du char sur son cheval préféré. Mánagarmr ou pas, elle restait quand même une fille, et voulait naturellement se sentir propre.

« Oui, c’est vrai. Je pense que je vais aussi en prendre un, » acquiesça-t-il.

Être capable de prendre un bain dans cette période était, pour une personne du 21e siècle comme Yuuto, quelque chose en quoi il était vraiment reconnaissant. Il souhaitait pouvoir enlever de son corps la sueur, la crasse et, surtout, l’odeur du sang.

« Hehe ! Dans ce cas, Grand Frère, je suis prête à te laver le dos, » proposa Félicia.

« Tch... !! Père ! Bien que cela puisse être présomptueux de ma part de le demander, je vais aussi t’aider ! » déclara Sigrun.

« Non, c’est bon, » Yuuto avait carrément refusé leurs offres.

Bien sûr, en tant qu’homme, la perspective de deux belles filles qui voulait lui laver le dos avait fait battre avec force son cœur, mais à la fin, garder une tête froide était primordial. S’endormir la veille sur les genoux de Félicia avait déjà franchi cette limite. Yuuto ne voulait pas devenir un politicien débauché, utilisant sa position comme une couverture pour des activités disgracieuses, et il s’accrochait à cet idéal dans son cœur de garçon.

« Ah oui, » demanda Yuuto, changeant de sujet. « Alors, comment t’es-tu senti en essayant cela ? »

« Oh, veux-tu parler de cette chose ? » La question apparemment significative qu’Yuuto avait posée à Sigrun fit apparaître sur son visage un sourire si radieux que cela lui fit immédiatement pensé à un enfant qui venait de recevoir son jouet bien-aimé.

Un mauvais pressentiment s’était fait sentir dans la colonne vertébrale d’Yuuto, mais il était déjà trop tard.

« C’était vraiment incroyable ! Je pouvais vraiment me battre sans aucune retenue ! » déclara Sigrun. « C’était grâce à toi, Père ! Dire que ta nature magnanime est à égalité avec les dieux qui habitent dans les cieux ne serait pas une exagération. Je suis sûre que ton arrivée ici afin de nous sauver, nous, les membres du Clan du Loup, n’était rien de moins qu’un cadeau des cieux... »

« D’accord, j’ai compris ! J’ai compris ! C’est déjà bien assez ! » déclara Yuuto.

« Je-Je vois, » déclara Sigrun.

La tentative effrénée d’Yuuto de mettre un terme aux louanges de Sigrun avait fait disparaître son expression dynamique.

Quand Sigrun commençait à louer son maître, il était presque impossible de la faire arrêter. Yuuto était heureux qu’elle le tînt en si haute estime, mais c’était extrêmement embarrassant et difficile à entendre.

« Hmm, ai-je dit quelque chose qui t’a déplu, père ? » demanda Sigrun alors que son expression était maintenant craintive et timide. Elle ressemblait à un chien avec sa queue entre les jambes après avoir été grondée par son propriétaire, donnant lieu à des sentiments tortueux de culpabilité chez Yuuto. Peut-être que son ton avait été trop dur.

« N-Non. ce n’est pas du tout le cas ! » dit-il hâtivement.

« Vraiment ? » demanda-t-elle.

« Bien sûr. Merci d’avoir partagé tes impressions, » déclara-t-il.

« Pas de problème ! N’hésite pas à me les demander à tout moment, » un sourire satisfait et un gloussement étouffé atteignirent les lèvres de Sigrun.

Pour commencer, des larmes, et maintenant le sourire. Yuuto ne pouvait rien faire de plus que d’afficher un sourire vaincu et ironique.

Le Loup d’Argent le plus Fort, s’étant tenu invincible sur le champ de bataille, avait maintenant été réduit à avoir des sautes d’humeur de joie et de tristesse en raison des paroles d’Yuuto.

Yggdrasil avait été divisé depuis longtemps en huit grands territoires. Parmi ceux-ci, les déplacements entre les régions d’Ásgarðr, Miðgarðr et Álfheim avaient toujours été entravés par les trois chaînes de montagnes escarpées appelées dans leur ensemble « Le toit d’Yggdrasil ».

Le seul chemin permettant de les traverser était le long et étroit bassin de Bifröst, qui s’étendait à travers les chaînes de montagnes et reliait les trois régions. Jusqu’à il y a une centaine d’années, l’ensemble du bassin était sous le contrôle du Clan du Loup, mais après que leurs différentes branches claniques aient commencé à se soulever, cela avait mené à la situation actuelle dans laquelle ils étaient devenus un clan chétif qui ne possédait qu’une petite portion de la partie ouest du couloir.

La capitale du Clan du Loup, Iárnviðr, située à l’entrée ouest du bassin, avait longtemps été florissante en tant que site commercial stratégique. Comme c’était quelque chose de la plus haute importance, elle était constamment attaquée, donc une muraille trois fois plus haute qu’un citoyen standard avait été construite afin de la protéger. Sur l’un des côtés se trouvaient une porte extrêmement visible, peinte avec un vert vif et recouverte d’innombrables dessins blancs et jaunes de loups.

Une fois arrivé à la porte, l’un des nombreux soldats qui s’étaient rassemblés là se précipita vers le chariot d’Yuuto et commença à lui parler. « Bon retour, Père ! Nous avons reçu la nouvelle grâce à un messager sur un cheval rapide. Veuillez accepter mes plus sincères félicitations pour votre grande victoire et pour avoir capturé la matriarche du Clan de la Corne. »

Yuuto était un homme, alors avoir de belles filles comme Félicia et Sigrun l’appelant « Père » était gênant, mais il avait fini par s’y habituer. Mais il était naturel que le fait d’avoir un homme musclé et robuste de plus de quarante ans, avec des cicatrices sur son front et sur une joue qui l’appelaient « Père », rendît Yuuto extrêmement mal à l’aise.

Yuuto avait alors fait un léger salut, et avait exprimé sa gratitude d’une manière formelle. « Merci beaucoup. Jurgen-san (il utilise une formulation japonaise, un reste de son éducation), vous avez bien surveillé cet endroit. »

L’homme appelé Jurgen fronça les sourcils et son expression déjà durcie devint encore plus rigide. « Ceci ne va pas, Père. Vous vous excusez constamment et vous vous abaissez de vous-même. Il est indigne pour un souverain d’utiliser un discours poli avec ses enfants subordonnés. »

« Oh... » pensant à la façon dont cet homme avait toujours trouvé des fautes chez lui, Yuuto grimaça. Cela faisait un mois qu’ils ne s’étaient plus vus, alors Yuuto avait complètement oublié ça et il avait baissé sa garde.

En tant que véritable Japonais élevé dans le pays, la conviction que les anciens devaient être traités avec respect était quelque chose qui imprégnait chaque fibre d’Yuuto. Une valeur comme celle-là, avec laquelle il était né et élevé, ne serait pas changée aussi facilement.

« Je ne cesse de vous le dire, n’est-ce pas ? » déclara Yuuto. « Appelez-moi par mon nom. Il n’est pas nécessaire d’utiliser des formalités. Il est difficile d’être à l’aise avec quelqu’un ayant plusieurs années de plus que moi qui s’abaisse tout le temps. Jurgen-san, ne vous sentiriez-vous pas gêné si quelqu’un vous appelait comme étant leur père alors que vous n’êtes encore qu’un enfant ? »

« Je ne le serais certainement pas, » déclara Jurgen nonchalamment, son expression complètement inébranlable.

Yuuto ne pouvait même pas lire un soupçon d’émotion en provenance de la réponse impétueuse de Jurgen. Peut-être que cela faisait partie de la sagesse acquise en vieillissant. Les nombreuses rides profondément creusées sur son visage étaient le résultat de l’expérience acquis face aux vicissitudes de la vie, et pourtant il dégageait un sentiment de stabilité inébranlable, telle une montagne. C’était à prévoir du commandant en second imperturbable du Clan du Loup, un grand homme empli de dignité et d’un grand calibre révéré comme étant le chef des subordonnés du clan. Yuuto ne pouvait s’empêcher de se sentir décontenancé et mal à l’aise face à une telle personne qui s’abaissait intentionnellement devant lui.

« De toute façon, il y a un an, j’étais juste censé être un chef remplaçant afin de mener à bout cette guerre, » déclara Yuuto. « Il y a eu tellement de confusion, et je sais que nous nous sommes souvent opposés, mais maintenant que notre bataille avec le Clan de la Corne est enfin terminée, choisissons un souverain plus approprié. »

« Hein !? » s’exclama Jurgen. « Que dites-vous après tout ce temps ? Tout cela appartient désormais au passé. Vous avez passé l’année dernière à produire des résultats vraiment spectaculaires. Il n’y a pas un autre membre du Clan du Loup plus digne de la position de souverain que vous. »

« Non, il serait anormal pour un étranger néophyte comme moi de rester souverain, » déclara Yuuto. « Jurgen-san, vous seriez certainement un bien meilleur choix... »

« Père, ne vous préoccupez pas de l’âge ou du lieu de naissance, » coupa Jurgen. « Dans votre position, les capacités sont les seules choses qui comptent. Vous êtes infiniment plus grand que moi ou tout autre. Peu importe à qui vous demanderiez dans notre clan, tout le monde vous répondra la même chose. » Jurgen avait déclaré cela comme s’il s’agissait d’un fait acquis.

« Il n’y a pas de doute quant à cela, » acquiesça Sigrun. « Avec tout le respect que je dois à notre commandant en second, il est vrai que même maintenant, tout le monde te nommera à sa place pour le poste, Père. C’est parce que tu es le genre de grand héros qui n’apparaît qu’une fois tous les 100... non, tous les 1000 ans. »

« Hehe ! Bien sûr, le commandant en second, en tant que chef au sein de notre clan, possède ses propres talents indiscutables, » déclara Félicia. « C’est juste que s’il était comparé à toi, Grand Frère, il serait inférieur à tous égards. »

Apparemment, après avoir écouté leur conversation, Sigrun et Félicia se remirent à complimenter Yuuto.

Allons, laissez-moi souffler ! pensa Yuuto, tout en poussant un profond soupir. Les deux filles étaient normalement en désaccord sur tout, mais pour une raison inconnue, quand il s’agissait de couvrir Yuuto avec des louanges, elles étaient toujours en parfaite harmonie.

« Vous me surestimez vraiment, » se plaignit Yuuto.

« Surestimer ? Non, c’est différent, » déclara Félicia avec fermeté. « Notre clan était à bout de souffle avant ta venue et il n’aurait pas fallu grand-chose pour qu’il disparaisse entièrement. Mais en l’espace d’une année, nous avons été en mesure de forcer le Clan de la Griffe et le Clan de la Corne à nous obéir, et cela en utilisant des moyens impossibles pour moi, ou pour le commandant en second. »

« Non, c’est inexact. Cela aurait été impossible à quelqu’un d’autre que le Père, » corrigea Sigrun.

« C’est ce que je n’arrête pas de dire ! » s’écria Yuuto. « Tout ce que je fais, c’est de tricher ! Tout cela vient du fait que j’ai accès à des connaissances qui n’existent pas dans ce monde, et quant à moi, il n’y a rien de spécial qui me caractérise... »

« La connaissance en elle-même n’est que de la connaissance, » déclara Jurgen. « Il s’agit d’un outil. Afin de l’exploiter et ainsi l’utiliser efficacement, il vous faut une compétence bien spécifique ! Et, sans l’ombre d’un doute, vous possédez cette compétence ! »

Jurgen avait serré ses poings en synchronisation avec ces paroles passionnées. Félicia et Sigrun avaient toutes deux vigoureusement acquiescé face à ce qu’il disait.

« J’abandonne..., » Yuuto haussa les épaules, les paumes tournées vers le haut. Il était impossible de les convaincre. L’entendre d’une seule personne était déjà assez difficile pour lui, mais avoir un groupe de trois personnes qui lui martelait leurs arguments était plus que ce qu’il pouvait endurer.

Pour être honnête, Jurgen présentait une argumentation logique. Cependant, la connaissance qu’Yuuto possédait était bien trop avancée pour ce monde, et donc, elle s’apparentait plus à de la technologie extraterrestre qu’on trouverait dans de la science-fiction. Yuuto avait estimé que la puissance potentielle inhérente à ces connaissances ne pouvait pas être comprise avec la logique ou le bon sens.

Naturellement, les éloges et la reconnaissance de tout le monde l’avaient rendu heureux. Mais d’un autre côté, peu importe combien ils le vantaient, il ne voyait ce qu’il faisait comme rien de plus que de la triche... en empruntant la puissance de quelqu’un d’autre. Pour cette raison, Yuuto gardait constamment ce fait à l’esprit, afin d’éviter que l’arrogance ne l’emporte sur lui.

Afin d’être vraiment un souverain véritablement digne, il s’efforçait de maintenir un cœur réfléchi, une nature curieuse et une oreille prudente, mais attentive quand il écoutait les pensées de ses subordonnés.

Mais Yuuto n’avait pas encore réalisé une vérité pure et simple. Dans un monde où la plupart des personnes qui obtenaient le pouvoir politique ou une grande richesse devenaient hautaines et corrompues, ses principes en eux-mêmes représentaient des qualités extrêmement difficiles à acquérir, mais qui attiraient automatiquement les autres individus autour de ceux qui les avaient, les qualifiant en tant que « Roi ».

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5 commentaires

  1. Merci pour le chapitre. C'est normal qu'il n'y a pas de majuscule au nom de la capitale ?

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