Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 8 – Chapitre 2 – Partie 4

Bannière de Le Dilemme d'un Archidémon ***

Chapitre 2 : Ceux qui se perdent semblent toujours se retrouver dans une ruelle

Partie 4

« Kuroka, ça ne te dérange pas de faire tes courses toute seule ? Kuu devrait-elle venir avec nous ? Kuu doit aller travailler aujourd’hui de toute façon, alors Kuu peut aller jusqu’à mi-chemin, tu vois ? »

Kuu, la colocataire de Kuroka, lui avait crié d’une voix inquiète alors qu’elles étaient toutes les deux assises dans leur chambre à l’église.

« Je vais juste lire les Écritures à l’orphelinat et au bureau public. Tu as des préparatifs pour Alshiere Imera en plus de ton travail, n’est-ce pas, Kuu ? »

« C’est… vrai. »

Kuu avait soufflé sur ses joues dans l’insatisfaction et s’était effondrée sur son lit.

« Tu travailles trop, même si c’est Alshiere Imera, Kuroka. Pourquoi Mlle Nephteros et Mlle Chastille font-elles une pause aujourd’hui ? »

Chastille et Nephteros n’étaient pas à l’église aujourd’hui.

« Lady Chastille travaille trop, alors les Trois Chevaliers l’ont forcée à faire une pause. Mlle Nephteros ne travaille pas pour l’église, » déclara Kuroka.

« Hein ? Elle ne le fait pas ? Je pensais que c’était un gros bonnet comme un prêtre ou un évêque, » déclara Kuu.

Kuu s’était rassise avec une expression surprise, et Kuroka répondit avec un sourire.

« La raison pour laquelle elle prête son aide à l’église est uniquement liée à sa propre bonté. C’est pourquoi tu ne devrais pas être déraisonnable avec elle. N’est-il pas normal de vouloir passer du temps avec sa famille au moins ce jour-là ? » demanda Kuroka.

« Famille… Quel genre de personnes est la famille de Mlle Nephteros ? » demanda Kuu.

« Je ne sais pas moi-même grand-chose, mais elle a apparemment une sœur aînée. Nephteros est sortie la voir aujourd’hui, » déclara Kuroka.

« Hmmmm… une grande sœur, hein ? Est-elle incroyable ? » demanda Kuu.

Kuroka avait mis sa main sur sa poitrine et avait hoché la tête.

 

 

« Elle est merveilleuse, » déclara Kuroka.

« Kuroka, l’as-tu déjà rencontrée ? » demanda Kuu.

« Oui. Quand je suis allée au Liucaon, juste un instant…, » répondit Kuroka.

C’est celle que Monsieur aime.

Elle avait été surprise quand elle l’avait découvert, mais en même temps, elle en était pleinement convaincue. Kuroka tendit la main devant elle. Un monde sans lumière était un peu différent d’un monde complètement noir. Plutôt que de ressembler à une nuit sans lune, c’était plutôt comme un brouillard où on ne pouvait même pas voir ses mains. Ce n’était pas du noir ou du blanc, c’était simplement un monde sans couleur.

Même dans un tel monde, Kuroka avait su créer des souvenirs. Elle était capable d’imaginer les contours de ce qu’elle touchait. Elle pouvait bien comprendre ce qui se trouvait à ses pieds en frappant sa canne contre le sol. C’est ainsi qu’elle avait pu créer en elle une vision du monde extérieur.

Elle pensait qu’elle y était habituée, mais la sensation de pouvoir voir n’avait pas disparu si facilement. De temps en temps, elle était agressée par une angoisse inéluctable.

Est-ce que ma main avait vraiment cinq doigts ? Est-ce simplement de la croyance que j’ai deux bras et deux jambes, et en vérité, il manque des morceaux de mon corps ? Ou peut-être, est-ce que mon visage a une horrible cicatrice dessus, et tout le monde ne veut rien dire à ce sujet ?

Kuroka avait perdu la vue quand elle n’avait pas pu éviter la sorcellerie d’un sorcier, après tout.

Peut-être… c’est pour ça que je n’ai pas pu répondre…

La sœur de Nephteros, Néphy, lui avait dit ce qui suit.

« Je pourrai peut-être guérir vos yeux. »

C’était une haute elfe qui manipulait des miracles dont la nature différait de celle de la sorcellerie. Il y avait une possibilité que ses pouvoirs soient capables de restituer la lumière aux yeux de Kuroka. C’est ce que Néphy lui avait dit. Ce n’était pas une opportunité qu’elle pouvait obtenir, peu importe combien elle le souhaitait. Elle aurait dû s’en occuper immédiatement, même si elle avait dû plaquer son visage contre le sol et mendier.

Et pourtant, je me suis figée, et je ne pouvais pas parler.

Elle avait peur. Et Néphy ne la méprisa pas et ne la gronda pas. Elle avait juste dit qu’elle attendrait. Elle avait dit que c’était bien d’attendre que Kuroka ait bien compris ses sentiments.

Il n’y a aucune chance que je puisse rivaliser.

Tout un mois s’était écoulé depuis, et Kuroka était toujours incapable de faire un pas en avant. Elle ne s’était même pas présenté à la même échelle que Néphy. C’est pourquoi Kuroka la vénérait.

Mis à part cela, Kuroka secoua la tête et se leva.

« Maintenant, il est temps pour moi de me mettre au travail. Kuu, s’il te plaît, fait attention dehors. C’est bien que la ville soit animée aujourd’hui, mais ce sera d’autant plus dangereux, » déclara Kuroka.

« Okaaaaaaay. Prends soin de toi aussi, Kuroka. Ah, attends une seconde, » déclara Kuu.

Au moment où Kuroka allait chercher sa canne, Kuu l’appela pour qu’elle s’arrête.

« Est-ce que quelque chose de… Hein ? Kuu ? » s’exclama Kuroka.

Avant de savoir ce qui se passait, Kuu avait enlacé Kuroka.

« Eheheheh, mmmmmmm. Ce n’est pas grave. Kuu sera avec toi pour toujours, Kuroka, » déclara Kuu.

Ces mots avaient mis le cœur de Kuroka à l’aise dans une mesure mystérieuse. Apparemment, Kuu avait remarqué l’anxiété de Kuroka, et c’était sa réponse.

« … Je te remercie. Allons manger du gâteau à mon retour, » déclara Kuroka.

« Hm ! Kuu fera quelque chose de délicieux ! » déclara Kuu.

Après avoir été réconfortée par sa gentille colocataire, Kuroka avait quitté la chambre.

« Ah ! Kuroka ! Devant ! » cria Kuu.

« Hu — Hrk ! »

Un bruit sourd sortit de la tête de Kuroka.

« Ah, désolé. Est-ce que ça va ? »

Le propriétaire de cette voix était le Chevalier Angélique Richard. Apparemment, il transportait un gros morceau de bois et Kuroka s’y était cognée. Il y avait beaucoup de monde à l’église aujourd’hui, car c’était Alshiere Imera.

« C’est un peu ce qui m’inquiète ici…, » déclara Kuu.

La gentille colocataire de Kuroka s’était accroupie et lui frotta la tête.

Et une heure plus tard, dans le quartier commerçant de Kianoides.

Finalement, j’ai dû me faire aider par toutes sortes de gens.

Même si elle avait un corps qui avait besoin de l’aide des autres, elle avait fini par obtenir plus d’aide que nécessaire.

« J’ai même inquiété Lilith et Selphy…, » murmura Kuroka par inadvertance.

Ses deux amies d’enfance, surtout Lilith, étaient inquiètes et elles étaient venues la voir même après son retour à Kianoides. Elle aussi travaillait maintenant sous la direction de Zagan, de sorte qu’elle se présentait à peu près une fois tous les deux jours.

Kuroka concentra son esprit, se disant qu’elle devait se ressaisir, en se rappelant le contenu des Écritures. C’était l’une des rares choses en lesquelles elle pouvait être utile aux autres sans avoir à balancer une épée. Si elle n’y mettait pas tous ses efforts, qu’est-ce qu’elle pouvait faire ?

Et au moment où elle se ressaisissait, une odeur familière lui arriva au nez.

Toute la fourrure de son corps, du bout de ses oreilles jusqu’à l’extrémité de sa queue, se hérissèrent. Elle ne pouvait pas l’oublier. Cette odeur était précisément la raison pour laquelle Kuroka s’était mise sur le chemin de la vengeance.

Cette odeur… c’est le gars qui a attaqué mon village… !

C’était l’odeur de son ennemi juré qui avait détruit son peuple. Kuroka avait rejoint le côté obscur de l’Église, Azazel, et avait tué beaucoup de sorciers dans le seul but de tuer celui-ci.

Calme-toi. Ce n’est pas à tous les coups le cas…

Elle ne savait pas si c’était exactement la même personne, ou une personne qui leur ressemblait. De plus, quand elle faisait partie d’Azazel, elle ne pouvait pas trouver le sorcier, peu importe combien elle cherchait. C’était beaucoup trop pratique de se retrouver soudainement devant elle comme ça. Kuroka avait essayé de s’en persuader, mais son cœur battant lui avait rappelé des souvenirs de cette tragédie.

Ma vengeance… est déjà terminée…

Elle serra sa canne contre elle. Kuroka s’était jadis déchaînée en raison de sa haine, et Zagan n’avait rien dit et il accepta tout cela. Il n’avait pas besoin de le faire, mais il laissa Kuroka déclencher toute sa rage sur lui. C’est pourquoi la vengeance de Kuroka était déjà terminée.

Mais je veux y mettre fin. Même si ce n’est pas le cas, je veux savoir qui il est exactement.

Kuroka avait réfléchi à l’heure. Elle avait déjà quitté l’Église en pensant qu’elle risquait de se perdre. Elle avait pas mal de temps avant de se mettre au travail. Elle n’avait hésité que quelques secondes avant de suivre cette odeur.

Le quartier commerçant animé portait l’odeur venant des corps de la foule, de la saleté sur le sol et de l’humidité du canal. Et l’odeur spécifique qu’elle poursuivait suivait un chemin étroit qui s’éloignait du quartier commerçant.

L’odeur putride venait d’une direction qui semblait mener à une ruelle. C’était un lieu de rassemblement pour les mendiants, les abandonnés et les voleurs. Même si Kuroka avait sa canne-épée, ce n’était pas un endroit où une fille aveugle pouvait entrer.

Mais, l’odeur va par là.

Kuroka était entrée dans la ruelle, et bizarrement, il ne sentait personne. Normalement, les abandonnés était là, et s’ils ne l’étaient pas, il y avait un ou deux mendiants dans les parages. Mais maintenant, elle ne sentait plus une seule respiration.

Kuroka ne le savait pas. C’est là que Zagan avait été entouré des abandonnés alors qu’il leur enseignait les arts martiaux. Et aussi où Lisette avait été sauvée par le sorcier à l’œil d’argent. Néanmoins, elle savait qu’il se passait quelque chose d’étrange. Elle marcha prudemment et sentit que quelqu’un se tenait en plein milieu de l’allée.

C’est vraiment le même parfum que cette fois-là.

En même temps qu’elle en était sûre, elle s’était rendu compte qu’un autre parfum s’y était mêlé. C’était un peu nostalgique. Mais elle ne se souvenait plus qui c’était exactement. Kuroka avait saisi à nouveau sa canne, comme pour s’encourager.

« Qui êtes-vous ? »

Et c’était ce qu’elle avait réussi à arracher de sa bouche. Il y avait probablement autre chose qu’elle aurait dû demander, elle était consciente de ce qu’elle voulait savoir le plus.

Et… pourquoi avez-vous ciblé mon peuple ?

Quel genre de raison cette personne, qui était probablement un sorcier, avait-elle pour les attaquer ? C’était peut-être une raison complètement inutile et dénuée de sens. Ou peut-être qu’il avait une sorte de rancune profonde. Il était également tout à fait possible que leur véritable cible fût le Ciel sans Lune se trouvant en ce moment entre les mains de Kuroka.

Kuroka voulait savoir, quel que soit le scénario. Qui avait attaqué son peuple ? Et après avoir posé cette question, la personne dans la ruelle s’était lentement tournée vers elle, avait lentement ouvert la bouche et…

« Vous… êtes… Ku… ro… ka ? »

Une question tout à fait imprévisible. Et une voix encore plus imprévisible. Elle lui était familière.

« Qu … oi …? C’est… » L’impossible s’était produit. « Cette voix… est-ce… Maman… ? »

C’était la voix qu’elle voulait entendre une fois de plus, mais qu’elle aurait dû être incapable d’entendre à nouveau. La voix de sa mère.

Pourquoi ? Pourquoi maman est-elle là ?

Est-ce que cela signifie que sa mère avait trahi son peuple le jour de l’attaque ? Et alors que le doute lui était venu à l’esprit, Kuroka avait immédiatement nié cette possibilité.

Maman est morte en me protégeant !

On lui avait coupé le dos, mais elle avait quand même tenu Kuroka dans ses bras et elle s’était enfuie. Kuroka n’oubliera jamais cette chaleur. La raison pour laquelle Kuroka avait pu survivre était que sa mère avait réussi à courir jusqu’à l’église.

Alors… est-ce une illusion faite de sorcellerie ?

Était-elle déjà tombée dans le piège de son ennemi ? Kuroka avait été secouée jusqu’au tréfonds de son cœur alors qu’elle étendait sa main. Elle aurait dû s’enfuir. Même si elle ne l’avait pas fait, elle était capable de l’éviter. Et pourtant, Kuroka n’avait même pas été capable de laisser sortir sa voix dans toute sa panique.

Et puis, un doigt avait touché la joue de Kuroka.

« Non ! »

Kuroka avait essayé par réflexe d’écraser cette main. Cependant, elle n’avait pas été en mesure d’y mettre de la force étant donné son état actuel. Sa précieuse canne lui avait glissé d’entre les mains et s’était envolée ailleurs. Cependant, Kuroka n’avait aucune marge de manœuvre pour s’en inquiéter.

« Oh ! Hooooooooaaaaawawt... ? »

Le cœur de Kuroka avait bondi comme une balle rebondissante, et incapable de le supporter, elle s’était effondrée sur le sol et avait perdu toute énergie dans son corps.

Mon corps est… chaud ?

Elle ne pouvait plus respirer.

Elle ne pouvait pas mettre de force dans ses bras et ses jambes.

Sa conscience s’était dissipée.

Ne sachant pas exactement ce qui arrivait à son corps, Kuroka s’était effondrée au sol.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

2 commentaires

Laisser un commentaire