Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 4 – Chapitre 2 – Partie 1

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Chapitre 2 : Aimez la demoiselle très sincèrement, et elle vous aimera en retour !

Partie 1

« A-Attendez un peu. Je tombe... Je suis en train de tomber ! » cria Gremory d’une voix rauque. Depuis ce matin, elle avait pris la forme d’une vieille femme.

Zagan et les autres étaient en train de monter sur le dos d’un dragon, planant dans le ciel. Le paysage en dessous d’eux avait changé avec l’écoulement des nuages. En ce moment même, ils apercevaient une forêt qui s’étendait en contrebas. Et en un instant, un désert apparaissait, et ensuite, un magnifique canal.

« Allez-vous bien, Mademoiselle Gremory ? » Néphy cria vers la vieille d’une voix inquiète.

« Keeheeheehee, vous, les elfes, vous êtes des créatures si gentilles ! Hmmm, comme c’est réconfortant. Je vais bien... Ah, désolée, non, peut-être que non, » répondit Gremory.

Zagan poussa un soupir, se résignant à son sort, alors qu’il attrapait par la nuque la vieille femme qui semblait sur le point de s’évanouir et la releva.

La belle dragonne verte tourna la tête et dirigea ses yeux ambrés vers ceux qui se trouvaient sur son dos.

« Dois-je... un peu ralentir ? » La voix de Foll avait retenti. Cette dragonne verte aux plumes semblables à celles d’un oiseau était la forme originale de Foll. Elle avait encore un petit corps sous forme de dragon, mais même ainsi, son corps était beaucoup plus grand qu’un carrosse, et quand elle déployait ses ailes, elle était à peu près aussi grande qu’une cabane.

Un lion courant dans le ciel s’approcha du bout du nez de Foll. C’était Kimaris.

« Non, ce n’est pas grave. Mlle Gremory a le vertige, c’est tout. Même si tu changes de vitesse, elle dira la même chose, » dit-il.

« Vraiment ? » demanda Foll, puis elle regarda vers l’avant comme si elle avait perdu toute préoccupation pour la vieille femme. Après cela, elle avait accéléré son rythme.

« Eeeeeeeeeeeeeeek! » cria Gremory.

« Si tu voulais faire des histoires, tu aurais dû monter sur le dos de Kimaris en faisant preuve d’obéissance, » déclara Zagan en faisant la grimace à la vieille femme qui criait à côté de son oreille.

Zagan était au centre du dos de Foll, Néphy était à sa gauche et Gremory à sa droite. Cependant, comme Gremory avait renoncé à rester stable avec ses propres forces, Zagan la tenait par la nuque. Ajoutez Foll et Kimaris, et ils étaient cinq pour ce voyage.

Zagan avait imaginé que c’était un voyage en famille avec sa femme et sa fille, mais Gremory avait grogné jusqu’à ce qu’il soit forcé de l’emmener. À cause d’elle, Kimaris avait fini par les rejoindre.

« C’est déraisonnable, Sire Zagan. Bien sûr, j’ai confiance en ma vitesse, mais seulement quand je suis seul. La capacité de Lady Foll à transporter des passagers dépasse de loin la mienne, » répondit Kimaris.

La vitesse de vol de Foll était stupéfiante. Ce qui prendrait normalement trois jours en carrosse avec des chevaux ne lui avait pris qu’une soirée. Il semblait que la seule race qui pouvait voler à une telle vitesse tout en transportant des individus était les dragons.

« Et bien, je comprends ça, mais ne serait-il pas mieux qu’elle prenne une forme plus jeune ? » demanda Zagan.

Il semblait qu’elle tremblait comme une feuille dans le vent sous sa forme de vieille. Même si les sorciers pouvaient manipuler les capacités physiques, un corps vieillissant avait quand même fait des ravages. Il était évident qu’un corps plus jeune contenait plus de puissance.

« Cette forme est la plus légère, vous m’entendez !? Une vieille femme a plus de pouvoir qu’une jeune fille, vous entendez !? Si j’étais plus lourde, ce serait plus dur de voler ! » Gremory regarda Zagan, apparemment au bord des larmes quand elle déclara ça.

« Je vais voler... un peu plus lentement, » déclara Foll.

Eh bien, si l’on mettait de côté le fait qu’une vieille femme ait plus de pouvoir qu’une jeune fille, Gremory semblait essayer d’alléger le fardeau de Foll à sa façon. Une fois que cela était devenu apparent, Foll avait consciemment ralenti.

« Pourquoi es-tu si désireuse de venir avec nous... ? » demanda Zagan d’un ton confus.

« Keehee, pourquoi croyez-vous que je vous suis et que je vous serve ? N’est-ce pas évidemment parce que tant que je suis à votre service, je peux observer les dragons et les elfes autant que je le veux ? Si ces deux-là s’en vont, alors il n’y a pas de sens à attendre derrière — Eeeeeeeek !? » répondit Gremory.

Gremory était une sorcière qui recherchait la nature simple, mais difficile à comprendre de l’immortalité, il était donc naturel qu’elle ait les yeux fixés sur des races comme les elfes et les dragons, qui possédaient une jeunesse perpétuelle. Et il semblait qu’elle était venue observer Néphy et Foll.

Eh bien, je suis comme elle, d’une certaine façon. J’ai besoin de vivre une longue vie.

La durée de vie d’un être humain normal était beaucoup trop courte. Si Zagan voulait vieillir avec Néphy et Foll, il devait l’allonger considérablement. De cette façon, les recherches de Gremory avaient été une énorme aubaine pour lui. Ainsi, Zagan n’avait pas l’intention de maltraiter Gremory. Cependant...

« Quand il s’agit de les aimer, j’admets que vous êtes très doué. Mais, de mon point de vue, vous avez encore un long chemin à parcourir. Contrairement à la grande puissance des elfes et des dragons, les humains sont des êtres délicats, donc —, » déclara Gremory.

Qu’est-ce qu’elle veut dire par « doué », exactement... ? Zagan dirigea un regard exaspéré vers elle pendant qu’elle parlait. Peut-être, l’ayant remarqué, Gremory lui répondit en le regardant d’un air exaspéré.

« Qu’est-ce que c’est ? On dirait que vous avez quelque chose à dire, mon cher Archidémon, » déclara Gremory.

« Qui sait... ? » Zagan haussa les épaules en réponse, et contre toute attente, Gremory lui renvoya une expression sérieuse.

« Écoutez-moi, mon seigneur, car ce sont les paroles de mon mentor. Si vous désirez l’immortalité, alors vous perdrez le “pouvoir de l’amour”, vous savez ? » déclara Gremory.

« A-Amour... quoi ? » Zagan n’avait jamais entendu les mots assemblés comme ça, alors il doutait de ses oreilles.

« J’ai dit le pouvoir de l’amour. Nous, les sorciers, possédons déjà une jeunesse perpétuelle. Si nous visons au-delà de cela, et cherchons la véritable immortalité, alors peu importe à quel point nous sommes dévoués à notre recherche, nous serons éventuellement tourmentés par l’ennui. Et quand cela arrivera, l’utopie que nous cherchions se transformera en prison éternelle, » expliqua Gremory.

Zagan ne pouvait pas simplement rire de ces paroles, car ils semblaient être vrais. Et, après une courte pause, Gremory avait poursuivi son discours.

« La seule chose qui peut guérir la solitude d’une personne quand cela arrive, c’est d’être capable d’aimer autre chose qu’elle-même. Regardez les Archidémons que nous avons maintenant. C’est parce qu’ils ne possèdent aucun pouvoir de l’amour qu’ils se précipitent dans des actes insensés comme Bifrons. Et à cause de cela, son elfe est d’une impuissance pitoyable, » déclara Gremory.

Même si cela semblait vague, Zagan n’avait pas pu nier ce qu’elle disait.

« ... Il semble que la plupart des gens ne mourront pas parce qu’ils sont seuls, mais ils sont aussi incapables de vivre heureux, » déclara Zagan.

C’est ce qu’il lui avait dit lorsqu’il avait égoïstement essayé de tenir Néphy à distance. Tandis qu’il les répétait à Gremory, les oreilles de Néphy tremblaient timidement.

« Vous vous souvenez de ça, Maître Zagan, » demanda Néphy.

« Bien sûr que oui. Tu crois que j’oserais oublier les mots qu’on échange ? » demanda Zagan.

Néphy avait dit qu’elle voulait être à ses côtés même après son abandon. Et à l’époque, il croyait vraiment avoir été sauvé de sa solitude éternelle par ses paroles. Grâce à cela, même Zagan comprenait que les individus ne pouvaient pas vivre seuls. Bien sûr, une personne pouvait survivre, mais elle était incapable de mener une vie épanouissante toute seule.

« C’est embarrassant... ! » Néphy voulait enterrer son visage dans ses mains, mais elles étaient sur le dos d’un dragon. Puisqu’elle devait s’accrocher à Foll avec force, elle avait à la place enfoui son visage dans le manteau de Zagan.

« Hmm, le beau pouvoir de l’amour ! » remarqua Gremory, hochant la tête comme si elle louait Zagan en le faisant.

... J’aurais vraiment aimé qu’on y aille tous les trois en famille.

La vieille femme était bruyante et ennuyeuse, mais il n’arrivait toujours pas à se résoudre à l’éjecter en plein vol.

Et c’est ainsi que le groupe voyagea jusqu’à ce que la nuit commence à tomber et qu’une chaîne de montagnes enneigée s’éleva à l’horizon.

« On y est presque. Une fois que nous aurons franchi ces montagnes, nous serons à Norden, » déclara Zagan.

C’était un endroit rempli de souvenirs misérables de l’enfance de Néphy. Et pourtant, ils continuèrent leur chemin jusqu’à l’endroit où elle avait grandi.

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