Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 2

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Chapitre 3 : C’est terrifiant quand un enfant normalement silencieux se met en colère

Partie 2

« Maître, peut-être, êtes-vous réveillé ? » Zagan était celui qui dormait plus ou moins alors qu’il était assis là.

Le trône du château était au centre de la barrière, donc c’était également le point où toutes ses fonctionnalités étaient concentrées. S’il était assis là, peu importe l’attaque qu’il recevrait, il ne perdrait pas la vie en une seule frappe. Et surtout, si une présence suspecte s’approchait de lui, il pourrait immédiatement la sentir.

En d’autres termes, sous la protection solide de son château se trouvait un espace encore plus vraiment sécurisé au sommet du trône.

Ainsi, plutôt que de dormir dans une autre pièce, ou même juste à côté du trône, il pourrait mieux réagir s’il était assis normalement dessus. C’est pourquoi, avant même qu’il ne s’en rende compte, c’était devenu une habitude d’y dormir ainsi.

Et c’était maintenant le matin.

« Bonjour, Maître ! » Néphy, vêtue de sa tenue de servante, l’avait saluée ainsi.

Ce n’est pas comme si elle l’avait réveillé.

« O-Oui, » quand Zagan lui avait répondu, Néphy avait fait un geste de la tête puis elle avait incliné son corps.

« Les préparatifs pour le petit-déjeuner sont terminés. Venez-vous manger ? » lui demanda-t-elle.

« Hein, petit-déjeuner ? L’as-tu préparée, Néphy ? » lui demanda Zagan.

« Tout à fait, » certes, hier matin, elle avait dit qu’elle ferait les repas, mais il n’aurait pas pensé qu’elle serait prête à le faire immédiatement dès le lendemain...

Et là, une question lui était venue à l’esprit.

« Se pourrait-il que tu attendes que je me réveille depuis tout ce temps ? » lui demanda Zagan.

« Oui, » répondit Néphy.

« ... Tu peux me réveiller dans des moments comme ceux-là, » déclara Zagan.

« Mais vous aviez l’air endormi..., » après lui avoir dit cela, Zagan avait ressenti quelque chose d’étrange.

Maintenant que j’y pense, le fait d’avoir quelqu’un devant moi sans que cela me réveille... c’est plutôt étrange, n’est-ce pas ? se demanda-t-il.

Il savait que le simple fait de négliger le sommeil pendant une journée ne suffisait pas à le faire tomber dans un sommeil aussi profond.

Tout en baissant la tête dans l’étonnement, il s’était souvenu que Néphy était encore debout là où elle se tenait tout le temps.

« Si tu es restée là, ne te sens-tu pas fatiguée ? » lui demanda-t-il.

« Je vais très bien. Je crois que c’est grâce au mana dans mes bottes, » maintenant qu’il s’en remémorait, la vendeuse du magasin de vêtements avait dit qu’elles avaient le pouvoir de réduire la fatigue. Cela avait certainement eu cet effet.

« Pendant que tu attendais mon réveil, étais-tu immobile pendant tout ce temps ? » lui demanda-t-il.

« Non, je regardais votre visage, Maître, » déclara Néphy.

« Je vois..., » alors qu’elle lui avait dit ça, Zagan s’était couvert le visage.

Cependant, puisqu’elle avait fait des pieds et des mains pour préparer un repas, il ne pouvait pas la faire attendre indéfiniment.

« Le petit-déjeuner, c’est ça ? » demanda-t-il.

« Oui, » tandis que Zagan se levait, Néphy s’avançait sur le côté et s’inclinait.

Elle avait déjà les manières d’une femme de chambre professionnelle.

Alors qu’il se dirigeait vers la salle à manger du château, Zagan lâcha un léger « Ah ! »

« Euh... ? Il y a un problème ? » lui demanda Néphy.

« Ah, euh, Néphy, » balbutia Zagan.

« Oui, » en réponse à la fille qui inclinait la tête sur le côté tout en le regardant fixement, Zagan se gratta la nuque et l’appela d’une voix agitée.

« ... Bonjour, Néphy, » il s’agissait des mots qu’il ne pouvait pas lui dire la veille.

Néphy cligna deux fois des yeux comme si c’était inattendu, puis elle parla d’une voix enchanteresse.

« Oui. Bonjour, Maître. » D’une manière ou d’une autre, l’intérieur de la poitrine de Zagan était chaud et il se sentait étrangement bien.

 

◇◇◇

 

La porte du côté droit du hall d’entrée donnait accès à une salle à manger.

La salle spacieuse de l’autre côté possédait une unique longue table qui pouvait accueillir une vingtaine de personnes, et un lustre extravagant était suspendu au-dessus.

Cet endroit aurait aussi dû être un cimetière rempli de squelettes et de toiles d’araignée, mais à l’heure actuelle, c’était incroyablement propre. Même la nappe n’avait pas un seul pli, comme si elle était toute neuve.

Il semblait que Néphy était le genre de fille qui, lorsqu’on lui donnait un travail, se déplaçait et l’exécutait méticuleusement.

Sur la table maintenant immaculée, il y avait une salade saupoudrée d’huile et du pain moelleux. Juste au moment où Zagan pensait que l’un des bols était vide, Néphy y avait versé de la soupe réchauffée. Elle semblait tenir compte du fait que Zagan pourrait ne pas se réveiller tout de suite.

Il s’agissait d’une quantité modérée de nourriture, mais même Zagan avait compris que c’était un menu avec un bon équilibre nutritionnel.

Et puis, il avait incliné la tête sur le côté.

« Hm ? Hier, est-ce qu’on a acheté quelque chose comme du pain ? » lui demanda Zagan.

« Non. Je l’ai fait cuire il y a un instant, » répondit Néphy.

« Peux-tu même faire du pain ? Toute seule ? » Zagan avait fait une tête comme s’il n’arrivait pas à le croire, et Néphy avait incliné sa tête sur le côté comme un petit oiseau.

« Est-ce que c’est étrange ? » lui demanda Néphy.

« Je n’en sais rien. C’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui sait si bien cuisiner. Du moins, il n’y avait personne autour de moi qui pouvais faire un aussi beau repas, » répondit-il.

« Est-ce que c’est le cas ? » Bien qu’elle murmurait cela d’une voix monotone, Zagan ne négligeait pas le fait que ses longues oreilles tremblaient.

Est-ce que c’est peut-être un signe... qu’elle est ravie ? Il était certain que lorsqu’elle était gênée, le bout de ses oreilles devenait rouge.

On disait que les yeux en disaient beaucoup plus sur une personne que sa bouche, mais dans le cas de Néphy, il aurait été plus facile d’observer ses oreilles.

Tout en trouvant une telle découverte agréable, Zagan remarqua que Néphy était toujours debout.

Sur la table, seule la portion de nourriture de Zagan avait été préparée.

« Néphy, as-tu déjà mangé ? » lui demanda Zagan.

« Non, » répondit-elle.

« Alors, maintenant, mange avec moi, » au contraire, Zagan se sentait mal à l’aise s’il mangeait tout seul.

Néphy avait légèrement remué sur elle-même comme si elle était troublée.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » lui demanda-t-il.

« C’est... j’ai seulement fait assez... pour la part du Maître, » répondit Néphy.

« N’avais-tu pas l’intention de manger ? » lui demanda Zagan.

« Eh bien, j’ai tout simplement oublié de faire ma propre portion. » Ça ressemblait vraiment à quelque chose que cette fille ferait.

Et laisser une fille digne d’éloges sans rien et manger tout seul n’était pas quelque chose que Zagan pouvait supporter.

« Alors, c’est correct de le partager en deux, n’est-ce pas ? » Zagan avait séparé le pain en deux.

Le pain fraîchement cuit était encore un peu chaud, et il s’était facilement séparé alors qu’il s’étirait un peu. Tandis que l’arôme parfumé frottait vers le nez de Zagan, il poussait un soupir avec un « Hooo ».

Cependant, Néphy n’avait toujours pas pris place.

« Et si tu t’asseyais ? » lui demanda Zagan.

« ... La seule chaise que j’ai réussi à préparer... est celle que vous utilisez, Maître. » Au début, cette pièce était tellement sale qu’elle ne pouvait pas être considérée comme un bon environnement pour un repas. Si Néphy avait nettoyé le dessus pour la nourriture, alors elle n’avait pas encore eu le temps de préparer toutes les chaises, surtout qu’elle n’avait pas prévu cette situation.

Zagan aurait pris un autre siège sans se soucier de se salir, mais toutes les autres chaises avaient déjà été rangées ailleurs.

Si je lui cède la seule chaise à table... Non, Néphy ne s’assiérait jamais à la table qu’elle a faite juste pour moi, hein ? pensa-t-il.

Cependant, il ne pouvait rien voir qui ressemblait à un siège dans la zone. Et donc, pour l’instant, il avait pensé que c’était bien de partager la chaise. Cependant, la chaise n’avait pas semblé être faite de façon assez large. Si les deux s’asseyaient dessus, il était clair qu’elle basculerait.

Non, il devrait être possible de le garder stable, n’est-ce pas ? pensa-t-il.

Même s’il était inutile d’essayer de s’asseoir sur la moitié de la chaise, cela fonctionnerait peut-être si elle s’asseyait sur ses genoux. Vu le poids de Néphy, cela ne l’aurait pas dérangé du tout si elle s’était assise sur lui pendant qu’ils mangeaient, et puisqu’ils seraient tous les deux face à la nourriture, c’était une bonne idée. Pour le dire franchement, Zagan venait de se réveiller et il était peut-être encore à moitié endormi.

C’est pourquoi il n’avait pas douté une seule seconde que c’était la meilleure solution.

Après s’en être assuré, Zagan hocha la tête.

« Alors tu peux t’asseoir ici, » déclara-t-il.

« P-Par ici, vous voulez dire... ? » Néphy avait tressailli.

En entendant la voix perplexe de Néphy s’échapper, Zagan indiqua irrémédiablement ses propres genoux.

Il était évident de constater que les yeux azur de Néphy tremblaient en raison du malaise ressenti lorsqu’on lui avait dit de s’asseoir sur ses genoux. On aurait même dit que les pointes de ses cheveux blancs comme neige étaient en train de pousser.

Mais en raison de la réaction de cette fille, Zagan s’était finalement rendu compte qu’il disait quelque chose d’étrange.

Hm ? Non, attends ! Assise sur mes genoux... N’est-ce pas pratiquement la même chose que de s’enlacer tous les deux ? Revenant à la raison, il s’était quand même rendu compte que c’était une idée terrible, ce qui lui avait donné envie de se mettre en boule et de mourir.

Cependant, Néphy avait alors ouvert la bouche avec résolution pour parler.

« Je ne peux pas commettre un acte aussi grossier. » C’était tout simplement raisonnable. C’était aussi la meilleure réponse possible à donner dans une telle situation. Si Zagan avait simplement hoché la tête, tout aurait été réglé.

Cependant, le tact et l’efficacité de la réponse de Néphy avaient perturbé Zagan, de sorte qu’il avait fini par être complètement obstiné face à elle.

« Ne t’inquiète pas de ça. Je te dis que c’est très bien ainsi, » déclara-t-il

Qu’est-ce que je dis !? C’était peut-être simplement qu’il ne voulait pas admettre sa propre erreur. Franchement, si c’était quelque chose qu’il pourrait s’arracher, il était sûr qu’il se serait arraché la bouche après avoir dit cela.

« M-Mais..., » les bouts d’oreilles de Néphy étaient teints en rouge. Et tandis qu’il regardait son visage dont les yeux semblaient former de petites larmes...

Qu’est-ce que c’est ? J’ai l’impression que je vais la pousser dans un coin un peu trop cette fois-ci, pensa-t-il.

Même s’il savait que c’était impoli de sa part, après l’avoir vue si secouée, il avait envie d’en voir plus.

S’éclaircissant la gorge en toussant, Zagan avait encore une fois giflé le haut de ses jambes.

« Dépêche-toi de venir. Les aliments deviendront froids si tu prends trop de temps, » déclara-t-il.

« Euh..., » avec un soupir long et délicat, les oreilles pointues de Néphy s’affaissèrent.

Il semblait qu’elle avait abandonné.

« Maître, tout est... comme vous le demandez..., » Néphy s’était assise avec timidité sur les genoux de Zagan.

Elle l’a vraiment fait ! La douceur de ses fesses se transmettait à travers sa jupe. Il voulait l’étreindre par-derrière et doucement la caresser.

Sans le vouloir, les bruits de Zagan déglutissant avaient retenti.

Mais même ainsi, puisque c’était son ordre, Zagan avait fait semblant d’être calme et avait pris un morceau de pain.

« Tiens, tu peux le manger, » déclara-t-il.

« ... Maître, c’est... assez embarrassant, » les oreilles de Néphy étaient d’un rouge vif jusqu’aux racines.

« En effet. Je peux le dire en te regardant, » répondit-il.

« ... Maître, c’est méchant, » Néphy avait rapproché son visage de la paume de Zagan. Et puis, elle avait pris le morceau de pain avec ses lèvres roses et l’avait mangé.

« Je peux manger le reste tout seul, donc..., » commença-t-elle.

« D-D’accord, » il voulait regarder Néphy être timide un peu plus longtemps, mais il était arrivé au moment où le cœur de Zagan atteignait ses limites à cause des sentiments de culpabilité et de honte.

Et puis, il avait remarqué que les oreilles pointues de Néphy tremblaient.

C’était en effet embarrassant, mais il semblait qu’elle ne le détestait pas tant que ça.

Se sentant en quelque sorte soulagé de constater cela, Zagan avait ensuite pris la parole.

« La prochaine fois, assure-toi de préparer ta propre portion de nourriture, » déclara-t-il.

« ... D’accord, » répondit-elle.

« Ça ne me dérange pas non plus de refaire ça la prochaine fois, » continua-t-il.

« Je vais faire les préparatifs nécessaires pour la prochaine fois, » il s’agissait d’une réponse résolue.

Zagan avait ensuite tendu la main pour prendre de la soupe avant qu’elle ne soit froide, mais Néphy avait poussé la cuillère de côté avant qu’il ne puisse le faire.

« Néphy ? » Tandis que Zagan plissait ses sourcils, la fille habillée en servante avait ramassé de la soupe dans sa propre cuillère.

 

 

Après avoir doucement soufflé dessus pour la refroidir, elle l’avait tenue devant Zagan.

« Je vous en prie, profitez-en, Maître, » son expression était aussi inorganique que d’habitude, mais on aurait dit qu’elle était en colère.

Ainsi, il s’agit de sa vengeance pour ce que je lui ai fait ? se demanda-t-il.

Quoi qu’il en soit, la personne qui l’avait fait était également embarrassée. Les bouts de ses oreilles étaient teints en rouge comme s’ils brûlaient, et sa main, qui tenait la cuillère, tremblait légèrement. En pensant à la façon dont elle avait soufflé affectueusement sur la soupe pour la refroidir, plutôt que de se venger, cela ressemblait plus à une récompense.

J’ai le sentiment de vouloir qu’elle le fasse à chaque fois, pensa-t-il.

C’est pourquoi Zagan avait ouvert sa bouche et l’avait laissée faire ce qu’elle voulait.

Avec des mouvements un peu maladroits, Néphy avait porté la cuillère sur ses lèvres.

Il semblait être un mélange de viande d’agneau et de légumes racines qui avaient été bouillis dans du lait, mais après l’avoir placé dans sa gorge, Zagan pouvait sentir une sensation de chaleur s’étendre jusqu’à son estomac.

« Est-ce chaud, hein ? » lui demanda-t-il.

« Oui ? » lui demanda-t-elle en retour.

« Ah ! Non, je parle de la soupe ! » Bien sûr, il y avait également la chaleur de Néphy assise sur ses genoux, mais Zagan l’avait nié avec une grande agitation.

Néphy le fixait d’un air vide, mais après un petit moment, elle hocha lentement la tête.

« ... Oui. C’est... assez chaud, » comme si elle mordait dans quelque chose, Néphy l’avait dit à haute voix.

Ce serait bien... si ce genre de choses pouvait continuer pour toujours, pensa-t-il.

Et dans son cœur, elle s’était également dit ça à elle-même.

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4 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

  2. En effet, la direction décline toute responsabilité devant les chocs psychologiques que peut causé cette scène sur les âmes sensibles 🙂

  3. Merci pour le chapitre

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