Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 1

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Chapitre 3 : C’est terrifiant quand un enfant normalement silencieux se met en colère

Partie 1

C’était arrivé il y a une semaine — le matin du jour où Zagan et Néphy s’étaient rencontrés.

Dernièrement, il y avait eu des enlèvements en série de jeunes femmes dans la ville commerçante de Kianoides. Les criminels n’étaient qu’une poignée de sorciers, et il semblait que les filles étaient utilisées comme sacrifices pour une sorcellerie particulièrement répugnante.

Le groupe de Chastille était l’escouade assignée pour l’asservissement de ces criminels. Après avoir vaincu les grands sorciers impliqués dans le crime, ils avaient sauvé les filles capturées. Il s’agissait vraiment du retour triomphal des héros — et quelque chose d’étrange s’était produit immédiatement après ça.

Les filles sauvées avaient été laissées aux renforts venant de l’église. Au petit matin, alors que l’escouade de subjugation revenait à Kianoides avant eux, Chastille s’était retrouvée dans une situation problématique alors qu’elle ne portait pas son équipement, car elle venait de finir de se baigner.

À ce moment-là, l’un des hommes qui l’avaient souvent protégé jusque là avait soudainement dégainé son épée et il avait attaqué ses alliés. Grâce à l’aide de ses autres camarades, elle avait réussi à s’enfuir de cet endroit, mais elle ne possédait pas d’armes décentes et s’était immédiatement retrouvée acculée.

Cependant, il s’était avéré que cet homme était quelqu’un d’autre, un sorcier qui avait pris la propre peau de l’ancien soldat pour se faire passer par lui. Un jour plus tard, l’enveloppe sans peau de cet homme serait découverte alors qu’elle avait été emportée sur le rivage par la rivière proche du lieu de l’incident.

Et en ce moment, Chastille était sur le point d’éprouver la même douleur... Non, elle savait qu’elle subirait un sort pire que lui, étant donné qu’elle était une femme, mais à ce moment-là, « quelqu’un » avait fini par la sauver.

Ça ne pouvait pas être... un simple rêve, pensa-t-elle.

Il s’agissait d’un homme aux yeux beaucoup plus cruels que celui qui l’avait attaquée. En vérité, il avait tué un adversaire qui mendiait pour sa vie sans aucune hésitation, comme si pour lui, il n’était rien, une nuisance, ou un déchet.

Mais malgré ça, elle pensait à quelque chose d’étrange quand elle se remémorait de son sauveur. D’une façon ou d’une autre, il avait l’air d’être accablé par une profonde solitude.

Après une petite enquête, elle avait très rapidement découvert que son sauveur était un sorcier bien connu dans les environs nommé Zagan. Et depuis, pour quelques raisons inconnues, Chastille ne pensait qu’à lui.

Oui, ce matin-là, quand elle avait été attaquée dans la Forêt des Perdus, Zagan avait sauvé Chastille.

Tout en rabattant ses cheveux roux, elle s’était écrasé face contre son bureau.

« Haaaa..., » et après ça, elle avait poussé un profond soupir.

 

 

« Vous inquiétez-vous à propos de quelque chose, Archange Chastille ? » En entendant une voix l’appeler depuis derrière elle, cela avait fait sursauter Chastille.

« M-Mes excuses, Votre Éminence Clavwell ! » Un vieil homme vêtu de la tenue de cérémonie d’un prêtre de haut rang se tenait là. Un Cardinal — en fait, une personne parmi les plus hauts dignitaires de l’Église, et le supérieur direct de Chastille.

Le vieil homme avait alors fait un léger sourire et secoua la tête.

« S’il vous plaît, ne soyez pas si formelle. Si l’héroïne qui a subjugué les criminels derrière l’enlèvement en série devait s’humilier ainsi, alors j’aurais l’hostilité de la population dirigée vers moi. Sans parler du fait que vous êtes aussi la Vierge de l’Épée Sacrée, n’est-ce pas ? » Vierge de l’Épée Sacrée — c’était le titre conféré à Chastille.

Pouvant couper à travers les cercles magiques des sorciers, annulant les effets de la sorcellerie, il était dit que si les douze Épées Sacrées étaient réunies, ils étaient même capables d’affronter un Archidémon avec une chance de victoire. Les Épées Sacrées étaient les armes ultimes de l’Église.

Contrairement à l’époque où elle avait été sauvée par Zagan, Chastille portait son Armure Sacrée, et à côté d’elle se tenait une grande épée dont la longueur couvrait à peu près sa propre taille. Ils étaient tous deux de l’équipement anti-sorcière et servaient aussi de tenue vestimentaire formelle pour des lieux nécessitant un certain respect de l’étiquette.

Chastille secoua la tête sur les côtés.

« ... J’ai même perdu quatre des Chevaliers Angéliques qui m’ont été confiés par Votre Éminence. C’est un échec dû à mon inexpérience. Pourquoi serais-je récompensé pour cela ? » Meyers, Emilio, Jamilio, et Doran étaient tous des Chevaliers Angéliques fiers et vaillants.

Ce matin-là, s’il n’y avait pas eu l’attaque-surprise, ils auraient probablement facilement remporté la victoire même contre ce sorcier.

Leur mort était un événement tragique causé par l’insouciance de Chastille.

Le vieux Cardinal secoua alors la tête d’une manière affectueuse.

« Ce n’est pas de votre faute. Ceux qui devraient être abhorrés sont ces sorciers damnés qui manipulent une telle sorcellerie répugnante. Vous avez splendidement vengé vos camarades tombés au champ d’honneur et vous êtes revenue. C’est une bonne chose que vous soyez fière de cela, » déclara le Cardinal.

« ... Compris. » Avec une expression compliquée sur son visage, Chastille lui fit un signe de tête.

Ce n’est pas elle qui avait vengé ses camarades tombés au champ d’honneur. C’était un sorcier de passage. Sans lui, même Chastille n’aurait pas été présente.

Et pourtant, c’était Chastille qui avait été reconnue ici comme étant celle ayant réalisé ce haut fait.

Chastille était une fervente croyante dans l’Église, mais elle comprenait aussi que l’Église n’était pas aussi saine et sacrée qu’ils le prétendaient. Elle avait des responsabilités en tant qu’Archange, un titre qu’elle avait gagné en raison de son talent avec une Épée Sacrée, mais elle n’avait pas l’intention de rejeter sa propre volonté.

Elle savait au moins faire la différence entre les mots qu’elle devrait dire et ceux qu’elle ne devrait pas dire.

Le Cardinal fixa alors Chastille d’un regard fixe.

« Chastille, il semble que vous enquêtiez sur le sorcier Zagan, n’est-ce pas ? » lui demanda le Cardinal.

« Tout à fait, » Chastille lui répondit clairement avec un signe de tête l’accompagnant.

« Le sorcier qui nous a attaqués se nomme Zagan, » déclara-t-elle. C’était d’ailleurs le nom qu’il leur avait donné. Mais Zagan est en vérité le nom du sorcier qui m’a sauvée.

En d’autres termes, il prenait ce nom et commettait des crimes.

L’une des raisons pour lesquelles Chastille enquêtait sur Zagan était qu’elle voulait prouver son innocence. Et face au Cardinal, elle avait étalé les documents sur lesquels elle enquêtait.

« Cependant, d’après ce que j’ai compris, le sorcier connu sous le nom de Zagan semble être une personne complètement différente, » Le Cardinal acquiesça alors comme s’il le savait déjà.

« Il est probable que c’était le sorcier connu sous le nom de “Peleur de Visage”. Comme son nom l’indique, il épluche la peau fraîche des gens et l’utilise pour alimenter sa sorcellerie répugnante. Un ordre avait été envoyé pour l’assujettir. Il semble qu’il soutenait aussi les enlèvements en série, » en raison de ces mots, Chastille avait compris que le Cardinal avait aussi enquêté sur l’affaire.

« Écoutez-moi Chastille. Cette affaire... n’a pas été classée. Il semble qu’à part les sorciers que nous avons amenés à la lumière, il y a toujours le véritable coupable derrière tout cela, » déclara le Cardinal.

« ... Pff, est-ce que d’autres victimes sont apparues ? » Le Cardinal secoua alors négativement la tête comme pour la réconforter.

« Ne soyez pas téméraire, Chastille. Grâce aux efforts de votre escouade, les plans de ces maudits sorciers ont certainement été entravés... Cependant, d’après notre enquête sur leur cachette, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il y a toujours un véritable coupable qui a été négligé. » Il y avait encore des survivants autres que le « Peleur de Visage » qui avait attaqué Chastille.

Ai-je encore la chance de venger mes camarades ? Après avoir avalé sa salive en raison de la tension, le Cardinal prononça son nom d’une voix solennelle.

« Le sorcier Zagan — un sorcier qui a construit le pouvoir à un rythme effrayant ces dernières années, » déclara-t-il.

« Quoi —, » sans le vouloir, Chastille avait haussé sa voix.

« Cet homme ne devrait pas être lié au coupable, » déclara-t-elle.

« Le nom d’un sorcier sans lien de parenté est apparu deux fois au cours des mêmes incidents. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence, » et par cette déclaration, le Cardinal avait transmis ce qui suivait sur un ton lourd.

« Les sorciers sont mauvais. Ils doivent être détruits. Même s’il n’est pas lié à l’incident, rien ne change le fait qu’il est un homme maléfique qui doit être traduit en justice. Ainsi, notre branche Kianoides réalisera la subjugation du sorcier Zagan, » déclara-t-il.

« Tch..., » c’était un précepte de conformité absolue vanté par l’église.

En vérité, il aurait même pu être approprié d’appeler cela une malédiction.

Jusqu’à ce que les sorciers soient annihilés, l’église continuera à les chasser, pensa-t-elle.

Même si Zagan avait été faussement accusé d’un crime, une fois que l’église avait décidé de le chasser, il n’y avait pas de révocation de cette décision. Même si un manieur d’une Épée Sacrée comme Chastille était vaincu, même si des milliers et des dizaines de milliers de cadavres étaient empilés, l’Église ne s’arrêterait pas jusqu’à ce que le sorcier soit tué.

Compte tenu de ce fait, il n’y avait aucun sens pour Chastille à revendiquer son innocence.

Au contraire, il était tout à fait possible qu’elle soit considérée comme une traîtresse et jugée comme hérétique.

Je n’ai pas l’intention de tenir ma propre vie trop chèrement, mais rien ne changera si j’agis sans prudence, pensa-t-elle.

Si elle voulait rendre la faveur à celui qui lui avait sauvé la vie, elle ne pouvait pas simplement râler ou protester ici et se faire mal voir.

Elle avait dû prendre des mesures pour le protéger et le laisser s’échapper.

Après avoir fermé les yeux pendant une courte période, Chastille avait ouvert la bouche.

« Alors, Votre Éminence, par tous les moyens, veuillez accorder à l’Archange Chastille le devoir de soumettre ce Zagan. S’il vous plaît, donnez-moi l’occasion d’effacer la disgrâce de mon échec antérieur. » En réponse à ces paroles, le Cardinal avait fait entendre une voix d’admiration avec un « Oooh... ».

« Bien parlé. Comme on peut s’y attendre de notre Archange, la Vierge de l’Épée Sacrée, » déclara le Cardinal.

Chastille savait que sa décision pouvait ruiner sa vie. Mais même ainsi, elle avait ses propres convictions.

Même si elle allait à l’encontre de l’église, elle avait des choses sur quoi elle ne céderait jamais.

Même si personne ne la remerciait pas, même si les gens du monde lui crachaient dessus, si elle devait jeter ses convictions juste pour protéger sa propre vie, alors elle aurait préféré choisir la mort.

C’est précisément parce qu’elle était ce genre de femme qu’on lui avait accordé une Épée Sacrée à l’âge mûr de dix-sept ans. Et en plus...

Cet homme... avait des yeux emplis de solitudes, pensa-t-elle.

C’était comme si, même si au fond de son cœur, il cherchait la chaleur, il ne pouvait pas l’accepter et repoussait tout. C’étaient les yeux d’un chien errant.

À cette époque, celui qui avait vraiment besoin d’être sauvé n’était pas Chastille, mais cet homme. C’était au point où elle pensait de telles choses...

C’est pourquoi Chastille avait fait de cette mission sa propre quête.

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5 commentaires

  1. merci pour le chapitre

  2. Tiens tiens... Merci pour le chap ^^

  3. Trop tard, ton sauveur est déjà pris 🙂

  4. Merci pour le chapitre !

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