Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 3 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : La Baie Sanglante

Dans un coin d’Atlantica, il y avait un endroit connu sous le nom de Baie Sanglante. Cette baie ne l’était que de nom, c’était l’endroit où Blasco élevait et nourrissait ses requins. Elle devait son surnom au fait que la surface de l’eau était pratiquement toujours rouge sang. Blasco avait nourri les requins avec des otages qui n’avaient jamais versé de rançon et des pirates traîtres. Grâce à cela, les requins qui infestaient ces eaux avaient développé un appétit pour la chair humaine.

Aujourd’hui encore, ils faisaient le tour du bras de mer, leurs nageoires dorsales formant des boucles infinies dans l’eau.

« Hé ! Isabelle ! Qu’est-ce que tu fous ? ! »

« Écoute, Isabelle, on va te donner une place au conseil, alors s’il te plaît, épargne-nous ! »

Achille et Blasco aboyèrent et supplièrent pendant que nous les transportions le long du quai surplombant la crique. Un pas de plus et l’un d’eux seraient jetés dans les eaux remplies de requins.

« Euh, je ne cherche pas à vous tuer », dit Isabelle, l’air perplexe.

J’étais un peu déconcertée. J’étais sûre qu’elle les avait amenés ici pour les transformer en nourriture pour requins. Mais si ce n’était pas la raison, alors pourquoi ?

Achille avait l’air déconcerté. « Qu’est-ce que tu… »

« Laissez-moi vous dire les choses telles qu’elles sont : vous devriez donner la moitié de ce que vous avez. »

Isabelle leur fit un sourire méchant.

« Vous savez qu’on doit diriger Atlantica ? Je suis sûre que si vous faites ça, les autres pirates vous pardonneront. »

« Je vais payer ! La moitié, c’est ça ? Tu peux avoir la moitié de ma fortune ! »

« Moi aussi ! Je te donnerai la moitié ! »

Achille et Blasco commencèrent à chanter comme un étrange petit chœur de deux hommes.

« Bien, et où est votre fortune ? »

Oh, son sourire était méchant.

« Dans le coffre au trésor… »

« Non, non, c’est la fortune d’Atlantica. Pas la vôtre. Combien avez-vous tous les deux, personnellement ? Ici même, sur cette île. »

Oh, je vois. C’est donc ce que tu vises.

« Euh… Attendez ! Je te donnerai la moitié de tout ce qu’on gagne à partir de maintenant ! Alors… s’il te plaît ! », pleura Achille.

« Pourquoi attendre ? Nous avons la moitié de tout ce que vous avez ici. »

Isabelle s’était tournée vers moi.

« Peux-tu les faire descendre ? Juste la moitié, cependant. »

« Deux idiots qui font la moitié du chemin et qui arrivent tout de suite », avais-je dit.

Le plan d’Isabelle était en fait assez simple. J’avais ordonné à l’Essaim Éventreur de tenir Achille et Blasco pour les faire descendre dans l’eau. Petit à petit, bien sûr. Nous n’étions pas pressés.

« Attendez ! Isabelle, j’avais tort ! Je suis désolé, alors je t’en prie ! Sauve-moi ! »

« Tu oublies qui a fait de toi un pirate à moitié décent dans un premier temps ! Sauve-nous, bon sang ! »

Les deux hommes criaient à l’aide à Isabelle, mais ils auraient peut-être dû s’adresser à l’Essaim Éventreur, vu la situation. Bientôt, les pirates avaient été submergés jusqu’à la taille dans la Baie Sanglante.

« Aaah ! Aaaahhhh ! À l’aide ! »

« Ce sont tes foutus requins, Blasco ! Fais quelque chose ! »

Ils s’étaient criés dessus alors même que les requins commençaient à les encercler.

« Très bien, les gars, on va réclamer la moitié de ce que vous avez comme taxe pour Atlantica. Vous pouvez garder l’autre moitié. »

Ce qui s’était passé ensuite, eh bien… ça restera secret. Je dirai, cependant, qu’il y avait eu beaucoup de sang impliqué. Isabelle ferma les yeux et apprécia leurs cris comme si c’était de la musique classique.

Je suppose que les pirates resteront toujours des pirates.

« Eh bien, je dirais que la moitié de leurs corps sont morts. Remontez-les. », déclara Isabelle après un certain temps.

« Essaim Éventreur, sors-les de l’eau. »

L’Éventreur fit ce qu’on lui avait dit, tout ce qui se trouvait sous le torse des pirates avait disparu.

« Nous allons suspendre leurs corps à l’entrée d’Atlantica jusqu’à ce qu’il ne reste que des os. Cela devrait servir d’exemple pour savoir ce qui se passe quand on essaie d’empocher les richesses des autres pirates. »

Décorer votre base secrète cool avec des cadavres qui ressemblent à ça ? Quel gâchis...

« Ta purge est terminée maintenant, Isabelle ? »

« Oui. Tout ce qui reste à faire c’est de sceller notre alliance. »

Voir qu’elle était toujours prête à s’allier avec moi était un soulagement. Si elle avait choisi de me trahir ici et maintenant, tous ces efforts n’auraient servi à rien.

☆☆☆

Nous avions rapidement mis par écrit les termes de notre alliance avec les pirates.

Clause numéro une : « L’Arachnée fournira périodiquement à Atlantica les biens dont elle aura besoin, c’est-à-dire les richesses de Maluk et de Schtraut. Toutes les ressources que l’Arachnée n’utilisera pas pour les bâtiments et le déblocage de nouvelles structures iront aux pirates. »

Clause numéro deux : « Les pirates s’attaqueront de manière proactive au Royaume Papal de Frantz. L’essaim les aidera dans ces attaques et leur servira de renfort. Les capitaines qui trouvent l’essaim répugnant ne seront pas forcés d’y participer. »

Clause numéro trois : « Tout butin volé lors des raids susmentionnés ira aux pirates. En règle générale, l’Essaim ne prendra aucun butin aux pirates de l’Atlantica. »

« Es-tu sûr que ça ne te dérange pas ? Ces termes penchent en notre faveur. Tu nous donnes des ressources et tu nous laisses garder tout le butin. Tu n’en as pas besoin ? », dit Isabelle en me regardant.

« Hmm. Tu te plains ? »

Sa considération m’avait un peu surprise.

Isabelle était une pirate, alors je m’attendais à ce qu’elle prenne tout ce qui lui tombait sous la main. Je veux dire, elle avait fait un raid dans nos ports à Schtraut et réclamé le trésor des chefs… Ou plutôt, le trésor qu’ils s’étaient approprié et qui était devenu la propriété commune d’Atlantica. Agir comme si elle voulait que nous demandions un peu plus ne lui ressemblait pas, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Je pensais juste que si nous n’en tirons pas tous les deux profit, l’alliance ne durerait pas. Et nous voulons que vous restiez de notre côté… pour l’avenir d’Atlantica. »

Donc elle voit ça comme un investissement. Je suppose que c’est logique.

Elle pensait que l’alliance serait encore plus solide si nous pouvions en profiter aussi. La façon dont l’Arachnée gérait les affaires extérieures avait tendance à impliquer la force et le carnage, nous n’étions donc pas habitués aux subtilités de la diplomatie. Dans des circonstances normales, l’Essaim ne faisait aucune distinction entre amis et ennemis, ce n’était rien d’autre que des proies.

Alors, ayons des négociations plus civilisées. Sais-tu qu’il faut s’accrocher à ce cœur humain ?

« Alors je veux un dixième de tout butin contenant de l’or. Nous n’avons besoin de rien d’autre », avais-je proposé.

L’or était nécessaire pour déverrouiller les structures.

« Eh bien, n’êtes-vous pas généreuse ? Disons un cinquième. L’or est facile à trouver. »

Isabelle sourit après avoir fait monter les enchères.

C’était un bon pirate et une femme respectable. Ça aurait été amusant de l’avoir dans ma famille.

Je me demande ce que fait ma vraie famille en ce moment…

« Marché conclu », avais-je dit, en me débarrassant de cette idée.

« Il suffit que vous vous occupiez simplement de la marine de Frantz. Vous n’avez même pas à partager le butin qu’ils vous donnent pour le moment. Nous avons juste besoin que vous les occupiez. »

« Oui, on va s’en occuper. S’occuper de la marine de Frantz sera du gâteau. »

Je l’espère bien.

« Je pense que tout est en règle. Peux-tu signer ici ? »

J’avais rassemblé les documents contenant les termes de notre accord et je les avais mis sur la table. Je ne savais ni lire ni écrire dans cette langue commune, alors j’avais demandé à Roland de nous servir de scribe. Isabelle et moi avions respectivement signé en tant que chef de l’Atlantide et reine de l’Arachnée.

« Ceci scelle le contrat. Ne t’inquiète pas, les pirates savent comment honorer un contrat. », dit Isabelle

Elle avait laissé le fait qu’elle n’aurait pas pu mettre en scène la rébellion sans que nous le disions. Mais au moment où nous avions levé nos stylos, un des hommes d’Isabelle fit irruption.

« Sœur ! Il se passe quelque chose sur le quai ! »

« Bon sang, quoi maintenant ? ! »

Isabelle s’était mise à souffler et croisa les bras.

« Allons voir. Tu ne veux pas qu’ils se rebellent contre leur chef si tôt, hein ? », lui avais-je dit.

« Oui… J’ai entendu parler de dirigeants éphémères, mais merde ! Je n’ai même pas contrôlé cet endroit depuis un jour ! »

Avec ça, nous nous étions rendues toutes les deux sur le quai.

☆☆☆

« Je vous le dis, nous ne pouvons pas envoyer de navires pour le moment ! »

« Espèce de lâche ! Quel genre de pirate a peur de ces choses !? »

Il y avait une dispute sur le quai. Deux capitaines échangeaient des mots durs, et ils semblaient sur le point de sortir leurs sabres.

« Pourquoi vous vous disputez, bande d’imbéciles ? ! », cria Isabelle en arrivant sur les lieux.

« Isabelle, ce connard lâche dit qu’il n’y a pas moyen d’envoyer des bateaux en mer ! Il dit qu’il a peur des serpents de mer ! »

« Oui, parce que ce ne sont pas des serpents de mer normaux ! Ils sont énormes, et c’est comme s’ils voulaient tuer tous les humains qu’ils trouvent ! J’ai été attaqué par une de ces choses une fois, et c’est plus que suffisant pour le reste de ma vie ! Aucun de mes vaisseaux n’ira là-bas en ce moment ! »

Des serpents de mer… Ça doit être le même que Sérignan et Roland a combattu il y a quelque temps.

« Y a-t-il un moyen de les exterminer ? », avais-je demandé.

« Hein ? Eh bien, en général, on le termine en deux-trois coups de harpons, mais ce grand harpon, peu importe combien on en a tiré ! Il n’arrêtait pas de bouger ! C’est un véritable monstre ! », répondit crûment l’un des pirates.

« Hmm… C’est peut-être le même serpent de mer que nous avons croisé récemment. Les Essaims Éventreurs l’ont assommé de leur venin, et Roland et Sérignan lui ont causé de gros dégâts. Mais il n’est pas mort. »

« Vous avez combattu cette chose ? Un serpent de mer blessé ? »

Un serpent de mer blessé… Ça me semble correct.

Cependant, au fond, quelque chose me tracassait.

Les serpents de mer sont peut-être un monstre indigène à ce monde, mais une des factions du jeu les a aussi employés comme unités… Tout comme les wyvernes. J’espère que ce n’est qu’une coïncidence.

« Il semblerait. Est-ce vraiment si gênant ? », avais-je demandé.

« Bien sûr que ça l’est ! C’est un putain de serpent de mer ! On ne peut pas naviguer dans les mêmes eaux que cette chose… Il va transformer nos bateaux en bois flottant et nous en nourriture pour poissons ! »

« Espèce de mauviette ! Évite ce stupide serpent ! »

Ainsi commença une autre dispute.

Oh, mon Dieu. Les pirates sont turbulents, mais ils peuvent être très prudents quand il le faut. Euh, d’une certaine façon.

« On dirait que tu ne peux pas tenir ta part du marché tant que le problème du serpent de mer n’est pas réglé », dis-je à Isabelle.

« Ouais, on doit faire quelque chose pour eux. »

Elle avait haussé les épaules et avait pris une grande respiration.

« Très bien, que ceux qui ont le courage de se joindre à nous se lèvent ! Je forme une brigade d’extermination des serpents de mer ! On n’a pas peur d’eux, et on ne va pas laisser celui-là se mettre en travers de notre chemin ! On va leur montrer qu’Atlantica ne se pliera pas à un monstre marin ! »

« J’en suis ! »

« Moi aussi ! »

Les pirates s’étaient portés volontaires les uns après les autres. Aussi sauvages qu’ils soient, ces hommes étaient courageux. Les pirates avaient peut-être fait des raids sur des citoyens sans défense pour faire du profit, mais cela ne signifiait pas qu’ils étaient des lâches qui reculaient devant un combat.

En fait, ce courage était ce que j’aimais le plus chez Isabelle. Malgré le fait que la société pirate était dominée par les hommes, elle s’était battue bec et ongles pour devenir capitaine. Même maintenant, elle se dirigeait vers la bataille. Et même si elle ne savait pas si elle pouvait gagner, elle releva le défi sans peur. J’avais beaucoup apprécié cela chez elle.

Je ne pouvais pas laisser mourir quelqu’un comme elle. Seuls des salauds comme Léopold ou les chevaliers de Maluk méritaient vraiment cela… Bien que je suppose que le reste du monde doit penser que je suis tout aussi vilaine.

« Ils ont cependant dit que les harpons ne peuvent pas faire tomber le serpent. Comment allez-vous le combattre ? »

« Heh, tirez encore plus de harpons dedans, duh ! À quoi vous attendiez-vous ? C’est peut-être un monstre, mais c’est quand même une créature vivante. Percez-lui suffisamment de trous, et il mourra. »

Ugh, donc vous optez juste pour une stratégie de force brute…

Je ne pensais pas que ça allait marcher. Tous les navires pirates réunis ici auraient encore du mal à maîtriser un monstre de cette taille. Il pouvait plonger sous l’eau et attaquer les navires à partir de là, et nous n’avions évidemment pas de sonar ou de grenades sous-marines.

Essayer de lui donner un coup de poing ou de le transpercer ne pouvait que se solder par un échec. Il était temps de mettre de côté les muscles et de commencer à compter sur les cerveaux.

« Alors l’Arachnée vous aidera aussi. Après tout, nous aurons des ennuis si vous ne pouvez pas envoyer de bateaux. Nous vous prêterons nos forces pour celui-ci. »

« Oh, vous voulez aussi combattre le serpent de mer ? Huh. J’ai hâte de voir ce que vous pouvez apporter à la table. »

L’Arachnée n’avait pas d’unités aquatiques ou navales, seul un nombre limité de factions en avaient. Cela ne voulait cependant pas dire que nous n’avions pas de moyens d’attaquer les unités marines.

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2 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre

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