Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 1

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Chapitre 3 : Au nom de la revanche

Partie 1

« Ce symbole vous est-il familier ? » avais-je demandé à l’ancien quand j’étais retournée à Baumfetter, en faisant un geste pour dire que je l’avais arraché d’un des cadavres.

À un moment donné, j’étais devenue une invitée régulière du village elfe. Les villageois m’étaient reconnaissants d’avoir préservé la forêt, ou plutôt les Essaims, et m’avaient toujours accueillie avec un bol de ragoût chaud.

« Je crois que c’est le symbole d’un syndicat du crime humain, mais je ne sais pas d’où ils viennent. », répondit l’elfe, l’air un peu troublé.

« Je vois. Donc vous ne savez pas… Je suppose que c’est quelque chose que seuls les humains connaissent. »

Je ne m’attendais pas à grand-chose au début. Ces voyous armés étaient des humains, et donc la possibilité que les elfes en sachent beaucoup sur eux était mince. J’avais demandé parce que je n’avais rien à perdre, et il n’était pas surprenant qu’ils n’aient pas la réponse que je cherchais.

« Quand même, merci pour le repas. C’était super aujourd’hui. »

« Oh, n’en parlons plus. Nous vous devons beaucoup. »

Il parlait, bien sûr, du fait que j’avais fait déchiqueter les aspirants kidnappeurs de leurs enfants. Leurs parents avaient été ravis de voir leurs enfants revenir sains et saufs, mais je devais me demander si les enfants n’avaient pas été traumatisés par cette expérience.

« C’est la reine de l’Arachnée ! »

Alors que je finissais mon bol de ragoût, les deux enfants elfes en question, Linnet et Lysa, s’étaient précipités vers moi. Ils s’étaient présentés ensemble à la maison de l’ancien, apparemment joyeux et heureux.

D’après ce que m’avait dit l’ancien, Linnet avait plusieurs années de plus que Lysa. Elle l’admirait depuis qu’elle était petite. Les deux étaient des amis d’enfance et aussi proches que des frères et sœurs… sauf que leur relation n’était pas si simple. Tout leur entourage savait que Linnet était amoureux de Lysa, et ils croyaient tous les deux qu’ils finiraient par se marier à l’avenir.

Linnet était un garçon en bonne santé, avec de beaux traits et un corps solide, tandis que Lysa avait des membres clairs et minces. Les deux elfes étaient gentils, car ils étaient prêts à aller cueillir des herbes pour un elfe malade. Il semblerait que le destin les avait réunis. Les deux elfes se rendaient aussi de temps en temps chez les villageois pour leur faire des farces, ce qui leur valait de nombreux coups de fouet. Ce n’étaient là que quelques-unes de leurs nombreuses aventures téméraires. Les adultes ne désapprouvaient pas totalement leurs actes, mais ils craignaient que les deux jeunes n’aient été un peu trop téméraires.

Lysa et Linnet. Les deux jeunes gens semblaient être faits l’un pour l’autre, ils avaient été bénis par leur entourage, car tout le monde s’attendait à voir leur mariage dans le futur. Pour être honnête, je les enviais beaucoup. Je n’avais jamais eu quelqu’un comme ça dans ma vie.

« Prenez ceci, Votre Majesté ! »

« Des champignons ? »

Linnet me tendait un sac en cuir rempli de champignons.

« Les autres villageois m’ont dit que vous aimez les champignons, alors vous pouvez les avoir ! »

« Oh, merci. En trouver autant a dû être bien difficile. »

Pour être honnête, ce n’était pas moi qui aimais les champignons, mais plutôt les Essaims Travailleurs. J’aimais bien les champignons, mais je ne pouvais pas en manger autant. Il faudrait que les Essaims Travailleurs remercient Linnet et Lysa à un moment donné.

« Vos serviteurs gardent la forêt en sécurité, donc la cueillette des herbes est beaucoup plus facile maintenant. Avant, nous devions faire attention aux braconniers et aux esclavagistes, nous ne pouvions donc cueillir des champignons qu’aux alentours du village. », expliqua Lysa

Les braconniers et les esclavagistes avaient apparemment souvent rôdé autour du village avant mon arrivée, ce qui empêchait les enfants de cueillir des herbes à moins d’être accompagnés par des elfes adultes qui pouvaient repousser les assaillants.

Mais maintenant, les enfants étaient libres de se déplacer dans la forêt. Les essaims les surveillaient, éliminant complètement tous ceux qui représentaient une menace. Ainsi la forêt devenait tout à fait paisible. Linnet et Lysa en profitent probablement pour avoir de petits rendez-vous nocturnes, n’est-ce pas, les tourtereaux ?

« C’est bien ça ? Je suis heureuse de voir que mes serviteurs vous aident. »

« Oui ! Nous sommes également heureux ! »

Les elfes étaient tous naturellement beaux, c’était pourquoi les esclavagistes les avaient pris pour cible. Je ne voulais pas imaginer où les magnifiques elfes qu’ils avaient capturés auraient pu se retrouver. Mais pour l’instant, la forêt était protégée par moi et l’Essaim, les elfes innocents n’avaient donc pas à craindre d’être capturés.

C’était un peu étrange de penser qu’une faction malfaisante comme l’Arachnée faisait quelque chose de bien. Il n’était pas absolument nécessaire de se fixer sur son alignement, mais l’Essaim avait toujours une soif de victoire et un désir de domination. Et si je devais l’assouvir, il faudrait que j’aille à la guerre, que je me tache les mains de sang et que je reçoive le mépris et le dédain du reste du monde.

« Vous pouvez avoir cela aussi, Votre Majesté ! »

« Qu’est-ce que c’est ? »

J’avais inspecté ce que Lysa m’avait donné.

« Est-ce que c’est… une poupée ? »

C’était en effet une poupée faite de paille et d’herbe. Elle était recouverte de fourrure animale, et donc pelucheuse au toucher. Et contrairement à une poupée vaudou, elle n’était pas du tout malveillante ou menaçante.

« C’est un charme. Je l’ai fait avec Linnet pour qu’il vous garde en sécurité, Votre Majesté. Linnet et moi avons aussi des charmes comme celui-ci. »

« Oh, je vois. Je vous remercie. Je suis contente que vous ressentiez cela », avais-je dit en tapant Lysa sur la tête.

Il était vrai que des poupées similaires pendaient à leur ceinture.

Parmi tous les habitants du village, Lysa et Linnet nous avaient traités avec la plus grande gentillesse, et bien que nous soyons un groupe de monstres peu familiers, ils avaient gracieusement remboursé leur dette. Ils étaient bien différents des esclavagistes et de ceux de la ville de Leen, qui traitaient les elfes avec cruauté sans autre raison que leur race naturelle.

« De toute façon, j’ai reçu des champignons et un repas chaud, je suppose que je ne devrais donc pas vous imposer plus longtemps. Faites attention, vous deux. Les braconniers ne sont pas encore complètement partis. »

Après avoir remercié les elfes pour leurs offrandes, j’étais retournée à la base de l’Arachnée. Il me restait beaucoup à faire.

☆☆☆**

J’avais chargé la viande de Leen dans le four à fertilisation. Mais je n’avais pas l’intention d’utiliser cette viande pour produire des Essaims Éventreurs. J’en avais déjà beaucoup, assez pour envahir une ville si je le voulais. Au lieu de cela, j’avais des projets bien plus ambitieux pour celle-ci.

« Essaim Chevalier », avais-je commandé au four de fertilisation, qui s’était mis à tourner en réaction.

Quelques instants plus tard, une main humaine sortit de la bouche du four.

« Aaahh. »

La créature qui émergea était un autre type d’Essaim, seul celui-ci avait la moitié supérieure humaine et la moitié inférieure d’Essaim. Elle avait des yeux rouge rubis et des cheveux blancs tressés qui se répandaient sur son dos. La moitié supérieure de l’essaim chevalier était couverte d’une armure blanche. Elle avait une épée longue gainée à la taille.

Elle donnait l’impression immédiate d’être un chevalier.

« À votre service, Votre Majesté. »

Après avoir rampé hors du four à fertilisation, le chevalier araignée s’agenouilla devant moi et baissa la tête avec révérence.

« Relève la tête, Chevalier Essaim Sérignan. »

« Oui, Votre Majesté. »

C’était le Chevalier Essaim Sérignan, une unité différente des essaims Éventreur. C’était ce qu’on appelait une unité de héros. En gagnant des points d’expérience, il était capable de devenir encore plus puissant, pour finalement se transformer en une armée d’un seul homme qui pouvait faire basculer l’équilibre du jeu.

Cela dit, chaque faction pouvait produire une unité de héros, et une seule fois. En tant que telle, l’unité choisie devait être soigneusement améliorée et protégée. Augmenter ses points d’expérience sans qu’elle meure était une tâche plus formidable qu’il n’y paraissait à première vue.

Comme toutes les unités de héros des factions, le chevalier Essaim Sérignan avait sa propre histoire. L’histoire de cette unité était la suivante : il s’agissait d’un chevalier qui avait été exilé pour avoir défendu un enfant païen, et qui avait fini par être placé sous la protection de la reine de l’Arachnée.

Après lui avoir prêté serment d’allégeance, il était devenu un Chevalier Essaim. Renonçant au devoir de chevalerie et aux institutions qui perpétuaient la persécution, il décida de devenir un fier chevalier au service de la reine et de son Essaim.

C’était du moins l’histoire de sa vie. Les choses auraient pu être différentes dans cette réalité, et il y avait déjà une différence frappante.

« Tu es une femme ? »

J’avais toujours pensé que Sérignan était un homme. Du moins, il avait toujours l’air masculin quand je voyais son avatar sur mon écran d’ordinateur. Cela dit, mon ordinateur était assez vieux, donc je ne pouvais pas jouer avec des paramètres graphiques très élevés…

Le chevalier Essaim Sérignan qui se tenait devant moi avait une certaine beauté androgyne, mais un visage nettement féminin. Je pouvais voir qu’elle avait des seins sous son armure. Je m’étais demandé si elle avait toujours été une femme, et si oui, comment diable l’avais-je prise pour un homme ?

« Oui, Votre Majesté. Je suis une femme… Êtes-vous mécontente ? »

« Pas du tout. En tout cas, c’est mieux comme ça. »

Nous allions travailler ensemble à partir de maintenant, donc étant une femme mûre, j’étais plus à l’aise avec une autre femme qu’avec un homme. Si Sérignan avait été un homme, j’aurais dû en être consciente et tenir compte de ce fait lorsque je prenais des décisions autour de lui ou à son sujet.

« Très bien alors, Sérignan. Peux-tu utiliser ta capacité Mimésis pour prendre forme humaine ? »

« Oui, pour une courte durée. »

Sérignan avait une capacité spéciale appelée Mimesis, qui lui permettait de prendre la forme d’un humain ordinaire. Elle partageait cette capacité avec un autre type d’essaim, et ils pouvaient l’utiliser pour se faufiler derrière les lignes ennemies et causer beaucoup de dégâts, en supposant que l’ennemi n’avait pas d’unités capables de voir à travers le déguisement.

« Alors, peux-tu l’essayer ? »

« Selon votre volonté, Votre Majesté. »

À ma demande, Sérignan poussa un hurlement d’animal, après quoi sa moitié inférieure en forme d’araignée s’était contractée et avait rétréci avec des clics sourds, se transformant en jambes humaines. Pour le déguisement, ses jambes étaient déjà couvertes d’une armure à longue jupe.

Sérieusement, comment ai-je pu penser que c’était un mec ?

En y repensant, je m’étais rendu compte que c’était plutôt impoli de ma part. Je m’étais sentie repentie.

« C’est fait. Est-il temps pour nous de nous venger ? »

« C’est ça. Nous devons d’abord trouver l’ennemi, puis nous l’anéantirons. Nous allons les massacrer jusqu’au dernier. »

Je pouvais sentir ma volonté être balayée dans la conscience collective de l’Essaim, mais cette fois, je m’y étais totalement abandonnée. Leur conscience ne faisait plus qu’une avec la mienne.

Nous allions nous venger de notre Essaim Eventreur mort. C’était la force brute qui me poussait à avancer maintenant, et l’esprit de l’Essaim ronronnait d’approbation.

« Alors ce chevalier essaim Sérignan vous accompagnera partout où vous irez, Votre Majesté. »

« Merci. Allons donc rendre une autre visite à la ville. »

Et ainsi, j’avais mis en route mon plan de vengeance.

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