Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 1 – Chapitre 1 – Partie 1

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Chapitre 1 : Confirmer la situation

Partie 1

J’avais jeté un rapide coup d’œil et j’avais trouvé un petit morceau de papier. J’avais gribouillé dessus tout ce dont je pouvais me souvenir, juste avant que la conscience collective de l’essaim n’efface complètement mes souvenirs.

J’étais une étudiante de dix-huit ans, née et élevée au Japon. Je n’avais pas beaucoup d’amis dans la vie réelle, mais j’en avais beaucoup en ligne. J’en connaissais la plupart grâce aux jeux vidéo. Quand il s’agissait de jeux vidéo, j’étais une bavarde.

J’avais mené une vie assez triste, si j’ose dire. Ce qui me manquait en réalité, je le cherchais sur internet. Mais je n’avais pas de regrets et je ne pouvais pas dire que je n’avais aucun attachement à la vie quelque peu vide que je menais au Japon.

Je vais certainement réussir à sortir de ce monde. J’avais promis la victoire à l’essaim, mais en fin de compte, j’avais mes propres motifs égoïstes. Plutôt que de me concentrer sur l’objectif d’obtenir une victoire encore inconnue et inconnaissable, j’avais choisi de me concentrer sur mon désir de retrouver mon chemin vers le Japon.

Je n’avais fait aucun effort pour le cacher. L’essaim le savait probablement grâce à la conscience collective qui nous reliait, mais il était resté silencieux sur la question. Ils semblaient approuver tacitement mon désir de rentrer. Ou peut-être avaient-ils l’intention de partir avec moi et de balayer mon monde avec les vagues noires de l’essaim.

Quoi qu’il en soit, l’essaim n’avait pas rejeté mon intention de retourner dans mon propre monde. Je m’étais juré de trouver un moyen de quitter ce monde et de retourner chez moi… sauf que je n’avais aucune idée par où commencer. Mais un jour, je le trouverai sûrement.

Ainsi, mon premier ordre du jour était de confirmer la situation. Après tout, l’exploration était le premier ordre du jour dans ce genre de jeu. J’avais besoin de connaître le terrain, les positions de nos ennemis, et les ressources dont j’avais besoin pour produire plus d’unités, c’est-à-dire plus d’essaims. J’avais besoin de confirmer le chemin logistique vers ces ressources ainsi que toutes les autres informations pertinentes sur cette région afin de sortir victorieuse.

Il s’agissait des quatre X : exploration, expansion, exploitation et extermination.

J’avais besoin de ressources. J’avais besoin d’un bastion. Et j’avais besoin d’un ennemi. Mais en vérité, j’hésitais encore à combattre ce soi-disant ennemi. Par où commencer ? La carte était trop grande. Je n’avais jamais vu ces tunnels, et je ne me souvenais pas avoir jamais joué une carte avec des tunnels de cette taille.

Je me souvenais clairement de toutes les cartes que j’avais jouées. En fait, c’était un îlot de clarté parfaite dans ma mer de souvenirs autrement brumeuse. Il n’y avait pas une seule carte que je ne connaissais pas, des cartes solo aux cartes en ligne, en passant par les cartes uniques faites par l’utilisateur. D’un côté, il aurait pu s’agir d’une carte de niche, inconnue des joueurs, mais il n’y avait aucune chance qu’une carte de cette taille ne soit pas très bien cotée par les autres joueurs, donc même cela semblait peu probable.

C’était pourquoi j’avais divisé mes essaims d’éventreurs en paires et les avais envoyés en éclaireur. Leurs informations m’étaient parvenues directement par l’intermédiaire de la ruche, et je les avais utilisées pour dessiner une carte de la région. Si nous voulons gagner, nous devons sécuriser cette zone, me suis-je dit.

Une mine d’or. Des terrains de chasse. Une installation militaire dense d’affiliation inconnue. J’étais déterminée à rassembler des informations au nom de la victoire que j’avais promise à l’essaim et pour retourner dans mon propre monde.

Mais honnêtement, en ce qui concernait les positions de départ, celle-ci était royale. Quel que soit le degré de difficulté des réglages, on ne commençait qu’avec deux ou trois essaims de travailleurs et un essaim d’éventreurs si on avait de la chance. L’Arachnée était une faction qui submergeait l’ennemi en nombre, il était donc généralement interdit d’avoir autant d’unités d’essaims si tôt dans le jeu pour maintenir l’équilibre. Il n’était pas facile d’obtenir cette population tout de suite.

La principale ressource de Marianne était la foi, qui augmentait avec le nombre de ses citoyens et permettait à la faction d’augmenter la limite de ses effectifs. Les Grégoire exploitaient l’or, la nourriture favorite de leurs dragons, pour mobiliser leurs forces. La Flamme, une autre faction maléfique, augmentait son nombre d’unités en fonction du nombre de sacrifices qu’elle faisait. Il y avait cependant une faille dans le système : la Flamme pouvait sacrifier des unités d’ouvriers — qui ne vivaient pas de viande — pour augmenter la somme de ses sacrifices.

D’habitude, il était difficile de constituer un certain nombre d’unités au début du jeu, mais la Flamme pouvait le faire relativement facilement. Ses unités d’ouvriers se nourrissaient des aliments les plus élémentaires — fruits et cultures agricoles — et pouvaient être sacrifiées pour débloquer des unités de plus haut niveau, comme les unités d’attaquants qui étaient le pendant des essaims d’éventreurs pour la Flamme. Cela dit, comme il était facile pour cette faction de produire des unités, il n’est pas surprenant que les unités elles-mêmes manquent de force.

L’Arachnée, à l’autre bout, vivait de viande. Elle se procurait généralement de la viande sur les terrains de chasse, qui étaient générés dans le cadre de la carte, afin d’augmenter sa production d’unités. Seuls les essaims de travailleurs pouvaient être produits à partir de plantes récoltables, toutes les autres unités ayant besoin de viande pour produire.

La génération de gibier dans la carte tenait compte de cela, bien sûr, et distribuait les terrains de chasse en conséquence. Les essaims de travailleurs y chassaient le cerf et le lapin, ramenaient leur butin à la base et produisaient ainsi encore plus d’essaims. Mais tant que vous saviez comment faire, il était parfaitement possible de rassembler vos premières unités de l’armée — dans ce cas, les essaims d’éventreurs — et de foncer dans les positions de vos ennemis avant qu’ils ne puissent mettre en place des fortifications.

Je l’avais fait moi-même plusieurs fois, en mettant tout de suite à sac plusieurs factions. Pour que cette méthode réussisse, vous deviez rapidement saisir toutes les ressources de viande possibles dans le jeu initial, les consacrer toutes à la production d’essaims d’éventreurs le plus rapidement possible, puis foncer sur une base ennemie. Si la ruée était réussie, les essaims obtenaient autant de viande que les unités qu’ils avaient tuées, ce qui leur permettait de produire encore plus d’essaims.

Massacrer, dévorer et propager — une fois que cette boucle commence, le jeu est pratiquement gagné.

Ce n’était pas impossible, mais c’était certainement une stratégie difficile à mettre en place. Malgré cela, j’avais déjà des centaines d’essaims de travailleurs et d’éventreurs sous mon commandement et un certain nombre d’installations diverses mises en place dès le début. Quelle que soit la difficulté de la situation, cette installation de départ était inhabituelle.

Quand j’avais vu la situation comme si c’était le jeu, j’avais eu l’impression d’avoir récupéré le match d’un autre joueur après leur départ. Y avait-il un autre joueur aux commandes avant que je n’arrive ? Si oui, que leur est-il arrivé ? Où est-il maintenant ? Et si l’Arachnée existait avant mon arrivée ici, cela signifie-t-il qu’il y a aussi d’autres factions ? Je ne pouvais pas m’empêcher de me poser des questions, mais certaines d’entre elles ne me préoccupaient pas. Qu’il y ait eu un autre joueur avant ou non, l’Arachnée m’avait montré sa loyauté. Si un tel joueur existait, il était sûrement déjà parti de ce monde.

L’essaim n’acceptait qu’une seule reine. En d’autres termes, aucun autre joueur n’utilisait l’Arachnée à part moi à l’heure actuelle — à moins, bien sûr, qu’un autre joueur n’utilise la même faction. Et s’il y avait quelqu’un comme ça, il avait peut-être une sorte d’indice sur la façon dont je pouvais rentrer chez moi.

De plus, je dois être prudente lorsqu’il s’agit d’interagir avec les autres factions. Je pouvais parler à d’autres humains, ce qui signifiait que j’avais une chance de négocier la paix avec eux, mais ils se méfieraient de moi parce que j’utilisais l’Arachnée. L’Arachnée n’aimait pas beaucoup les tâches diplomatiques, favorisant les déclarations de guerre. Ils me suspecteraient donc probablement dès le début. Je me voyais bien être rapidement détestée par les autres.

Si tout cela avait été un coup monté, je me serais mise à rire aux éclats, mais la conscience collective de l’essaim dans mon esprit n’était que trop réelle. Je pouvais les sentir, faire l’expérience de leurs sens et comprendre leurs désirs.

En d’autres termes, la victoire.

L’essaim ne savait pas ce que cette victoire signifiait, et je ne pouvais donc pas la comprendre non plus. Mais ils y aspiraient toujours. La victoire. Une victoire à laquelle je les conduirais. Une victoire dont nous pourrions être fiers. Une victoire et rien d’autre.

« Votre Majesté, vos vêtements sont prêts. »

Au-delà de l’état de ce monde et du terrain proche, je devais comprendre ma propre situation. À dix-huit ans, j’étais considérée comme un adulte selon les normes juridiques japonaises. Du moins, c’était comme ça que ça aurait dû être, mais mon corps paraissait un peu plus jeune maintenant, peut-être quatorze ans environ. La veste à capuche que je portais à la place d’un peignoir était plutôt lâche sur moi et avait tendance à glisser de mon corps.

Tout d’abord, je ne savais pas pourquoi j’étais devenue plus jeune ni comment j’étais arrivée ici. J’avais donc fait de mon mieux pour rassembler mes pensées. Que faisais-je avant de me retrouver ici ? Je ne sais pas. La dernière chose dont je me souvienne, c’est d’avoir allumé mon PC. Mon cher PC est à peine capable d’exécuter les spécifications minimales du jeu, mais j’étais là, espérant jouer un tour ou deux — et puis c’est arrivé ?

Je ne comprends pas. Les divergences dans ma mémoire sont également préoccupantes. Pour une raison quelconque, j’ai oublié tous ce qui concerne les Essaims, ce que je faisais avant de venir ici, et même le titre du jeu. Ai-je une sorte de maladie de l’esprit, ou est-ce l’influence de ce nouveau monde dans lequel je me trouve ? Si c’est le premier, tout ce que j’ai vécu jusqu’à présent doit être une hallucination. Mais si c’était vrai, ne me donnerait-on pas une sorte de traitement médical ?

Je vis peut-être seule, mais je vais toujours à l’université et j’appelle toujours mes parents le week-end pour leur dire que je vais bien. Je ne comprends vraiment rien à tout cela, mais je dois continuer à me renseigner. Si je peux trouver comment je suis arrivée ici, ce sera peut-être la clé pour rentrer chez moi.

Je n’ai pas l’intention de rester éternellement dans ce monde incompréhensible. Une fois que j’aurai dirigé l’Arachnée en tant que reine, je rentrerai. Je vivais peut-être un peu comme une recluse, mais j’ai toujours le sentiment que c’est là que se trouve ma place. Je n’ai pas ma place dans ce royaume en désordre où les essaims d’Arachnée existent réellement.

« Votre Majesté ? »

« Oui, désolée. Je vais les mettre dans une seconde, alors mettez-les juste là. »

L’ouvrier qui m’avait apporté des vêtements à ma demande leva la tête alors que je montrais mon lit. J’appelais ça un lit, mais c’était plutôt une surface de pierre avec de la paille étalée dessus. On pourrait dire que je vivais assez modestement. J’avais pris la décision d’élever le niveau de vie ici.

« Voyons voir les vêtements que vous m’avez faits… »

J’avais étalé les vêtements que les essaims de travailleurs avaient faits pour moi, en veillant à ce que mes attentes soient suffisamment faibles.

« … je ne peux pas porter ça. »

Cependant, ce que j’avais vu était une robe absolument magnifique. Elle était faite d’une matière similaire à la soie et suffisamment extravagante pour ne pas paraître déplacée à l’époque victorienne. Elle n’avait pas de coutures visibles, comme si la soie avait été faite dans la forme de la robe au départ. Mis à part quelques choix douteux, comme le décolleté exposé et le dos ouvert, elle était à peu près parfaite.

« Je suppose qu’en ce qui concerne les nécessités de la vie, nous avons besoin de vêtements couverts. Et j’ai des logements, même s’ils nécessitent quelques rénovations. Je vais devoir maintenant trouver de la nourriture. », me suis-je murmuré en enfilant la robe.

La nourriture était cruciale. En tant qu’humain, j’avais besoin de manger pour survivre, et les essaims avaient besoin de nourriture comme ressource pour produire plus d’unités. Selon le cadre du jeu, la nourriture était une ressource nécessaire pour produire tous les types d’unités, sauf s’il s’agissait d’unités inorganiques ou draconiques, et comme je l’avais déjà mentionné, les Essaims avaient besoin de viande. La viande animale faisait l’affaire, tant qu’il y avait un approvisionnement régulier. Je pourrais faire avec les restes.

« Votre Majesté. »

Une voix résonna soudainement dans mes oreilles.

« Oui ? »

« Un village a été détecté. Il est peuplé. Que devons-nous faire ? »

Le rapport provenait d’un des essaims que j’avais envoyés en éclaireur, il m’avait été transmis par la conscience collective. Je m’étais concentrée sur la conscience individuelle de cet essaim, ce qui était assez simple. Il y avait une carte en tête, la même que celle du jeu. Je m’étais concentrée sur cet essaim en particulier et j’avais projeté mon énergie sur lui, ce qui m’avait donné la même sensation que de cliquer sur une unité du jeu.

Puis, une scène fit surface dans mon esprit. Je pouvais voir un village, et à l’intérieur de celui-ci, une trentaine de personnes couraient comme si elles étaient en panique. Mais quelque chose d’autre à leur sujet avait attiré mon attention.

« Ce sont des… elfes ? »

Les oreilles des villageois étaient pointues et longues, ce qui les faisait ressembler de façon frappante à des elfes.

Les elfes étaient une bonne race homogène, et leur faction s’appelait « Mouches Vertes ». C’était des maîtres des attaques-surprises qui aimaient la nature. Ils utilisaient donc des unités venues de la forêt, comme les dryades, dans leurs tactiques. Il y avait aussi une faction d’elfes sombres, qui n’était pas homogène, mais ces elfes avaient une peau bleue unique. Les elfes de ce village, cependant, n’étaient que des elfes purs et normaux.

Les Mouches Vertes apparaissaient et disparaissaient en terrain boisé, lançant des attaques-surprises qu’il était difficile de maîtriser, mais avec un surnombre, il était parfaitement possible de les écraser. Serais-je capable de le faire maintenant ?

Je le ferais… et sans aucune difficulté. Après tout, j’avais juré de mener l’essaim à la victoire. Je pouvais utiliser la chair des elfes qui s’éloignaient trop du village pour renforcer mes forces et piétiner l’ennemi avec mon surnombre.

En supposant qu’une telle force soit nécessaire, bien sûr. La situation actuelle était un peu différente de ce que j’avais imaginé. En d’autres termes, il y avait des contradictions avec ce que je connaissais du jeu.

« Votre Majesté, donnez-nous l’ordre d’attaquer. Avec notre nombre, nous pouvons facilement les tuer et les dévorer. »

« Attendez. Il y a quelque chose que je veux essayer. »

Il y avait deux ou trois choses que je devais comprendre. Tout d’abord, était-ce vraiment le même monde que celui du jeu ? Après tout, si je me trompais sur la prémisse principale, je commettrais probablement de graves erreurs de jugement.

Deuxièmement, on ne construirait pas un village sans s’assurer de mettre en place des défenses, si d’autres joueurs s’en apercevaient, ils attaqueraient immédiatement, mettant ainsi un terme rapide à la situation. Pourtant, bien qu’il soit assez grand, ce village n’avait aucune fortification. Il n’y avait pas de soldats, pas de structures défensives, pas de murs. Il était complètement vulnérable, comme si l’endroit était resté dans son état de génération initiale dès le début du jeu sans aucun développement.

C’était comme s’ils nous suppliaient de venir leur arracher la tête.

Oh, aïe. Ça commence vraiment à ressembler à l’essaim ici. (NdT : elle doit parler de sa tête)

De toute façon, aucun joueur normal, pas même l’IA, ne construirait un village sans aucune défense. En tenant compte de cela et de la carte peu familière, il était tout à fait possible que, aussi difficile à croire que cela puisse être, cela ne fasse pas vraiment partie du monde des jeux vidéo. Il semblerait que ce soit vraiment un autre monde, et l’Arachnée était une présence étrangère qui avait trouvé son chemin ici.

Oui, tout comme moi.

Je devais donc confirmer que c’était bien le cas avant de planifier mes prochains mouvements. Prenant la jupe de ma longue robe, j’avais appelé un seul Essaim Éventreur et j’avais sauté sur son dos. J’avais ensuite convoqué quelques autres Essaims Éventreurs et m’étais précipitée vers le village elfe.

Si ce n’était pas le monde du jeu, mes plans seraient en danger.

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