Chapitre 6 : Une dernière résistance
Table des matières
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Chapitre 6 : Une dernière résistance
Partie 1
Évidemment, j’avais mes propres quartiers privés sur l’Argos. Et même si les supercuirassés comme celui-ci étaient normalement conçus pour optimiser leur espace limité, ces quartiers étaient inutilement spacieux et luxueux. Après tout, l’Argos était mon vaisseau. Il avait été construit avec mon argent, donc mes exigences avaient été prises en compte lors de sa conception.
Une image de Kukuri était projetée sur l’un des murs de mes quartiers alors qu’il communiquait avec moi depuis la planète capitale. En écoutant son rapport, je sentis mon visage se crisper. « La septième usine d’armement est en train de créer un successeur à l’Avid en utilisant mes métaux rares… ? »
Les informations que Kukuri avait réussi à obtenir sur la planète capitale indiquaient que la septième usine d’armement m’avait trahi.
« La faction du prince héritier a réquisitionné ces métaux rares et surveille le personnel de l’usine et leurs proches. La Septième n’aurait pas pu vous contacter, même si elle l’avait voulu, Maître Liam. »
« Alors, je suppose que je ne peux pas les considérer comme des traîtres. »
Je me disais qu’ils n’avaient pas eu d’autre choix que d’agir ainsi, vu les circonstances. Mais peu importe les circonstances, mes métaux rares ont été volés.
« Maître Liam, quels sont vos ordres ? »
Même si Kukuri me demandait des instructions, je n’ai pas le temps pour l’instant d’aller sauver Nias et les autres des chevaliers et soldats de Calvin. « Y a-t-il un risque qu’ils soient tués pour les faire taire ? »
« J’en doute. Après tout, les usines d’armes sont sous le contrôle de l’Empire. Si les forces du prince héritier se montraient trop impitoyables, cela ne ferait pas bonne impression. »
Si Calvin faisait irruption dans une usine d’armement appartenant à l’Empire, forçait son personnel à travailler pour lui, puis les tuait tous après coup, sa réputation serait ruinée. Il courrait même le risque que d’autres usines d’armes se retournent contre lui. La noblesse n’apprécierait pas non plus ces méthodes brutales. Tout le monde craindrait d’être le prochain sur la liste s’il possédait quelque chose que Calvin pourrait convoiter, ce qui conduirait de moins en moins de gens à soutenir sa candidature au trône. Toute cette affaire avec la septième usine d’armement était une mauvaise décision.
« Alors, laisse-les en paix. On n’a pas le temps d’aller les sauver. »
« Et si on aidait juste la jeune fille, Nias ? On est tout à fait capables de sauver une seule personne. »
« Non. En fait, je veux qu’elle travaille sur ce nouvel appareil. »
« Êtes-vous sûr, monsieur ? »
« Calvin doit vraiment paniquer. Il agit de manière stupide. »
Prendre le contrôle de la septième usine d’armement pour les forcer à produire un successeur à l’Avid… À quoi ça servait ? Je ne voyais pas comment cette action seule pourrait renverser la situation pour Calvin. Acheter une nouvelle flotte de navires lui aurait été plus utile que de consacrer tout ce temps et tous ces efforts à une seule machine.
« S’ils créent ce successeur de l’Avid, je m’en servirai comme butin de guerre quand je gagnerai. Je pensais juste que je voulais un nouveau chevalier mobile pour Ellen ou mes apprenties sœurs. »
À l’heure actuelle, ces dernières étaient complètement sous le charme de Yasuyuki, le fils de notre maître Yasushi. Je les avais invitées à venir se battre à mes côtés, mais elles avaient refusé, disant qu’elles préféraient rester pour jouer avec lui.
Mais je voulais quand même les emmener au combat avec moi un jour. Après tout, elles avaient besoin d’acquérir de l’expérience au combat en tant que pratiquantes de la Voie du Flash. Mais je ne pouvais pas leur donner n’importe quel chevalier mobile pour cela. J’avais pensé à faire développer une version produite en série de l’Avid, mais Amagi avait rejeté cette idée, la jugeant inutile. Je ne savais donc pas quoi faire. Si Calvin se donnait la peine de développer un successeur à l’Avid pour moi, alors l’utiliser au combat était une bonne idée.
« Tant que personne ne semble blessé, tu peux les ignorer. Mais si la Septième est en difficulté, alors va sauver Nias et les autres. »
« Oui, monsieur », répondit Kukuri, avant d’ajouter : « J’aimerais vous informer d’une autre chose, maître Liam. »
« Quoi donc ? »
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Sur la planète capitale, Calvin sortit des appartements de l’empereur, l’air hagard. Ses chevaliers l’attendaient dehors. Ils se précipitèrent pour le soutenir, mais il leur fit signe de s’éloigner.
« Ça va. »
Après avoir renvoyé ses chevaliers, Calvin s’éloigna seul. Mais les chevaliers se précipitèrent pour le suivre.
« Monsieur, vous allez vous effondrer à ce rythme. »
« Ça va, » insista-t-il. « Et ça va poser des questions si les gens vous voient me soutenir. »
Il s’arrêta pour reprendre son souffle, puis repartit en repensant à la visite qu’il venait de rendre à Bagrada. Son père avait changé après avoir accédé au trône. Il était autrefois si gentil, mais il ne restait plus aucune trace de cet homme en lui. Calvin se souvenait du père bienveillant de sa jeunesse, mais Bagrada avait changé après être devenu empereur. Le trône devait exercer une pression énorme.
La majesté de cet homme l’effrayait. Le simple fait de parler à l’empereur demandait à Calvin toute la volonté et l’énergie dont il était capable. Le prince héritier n’était pas fragile, mais la présence de l’empereur l’avait complètement épuisé.
« Si vous me permettez cette question, pourquoi Sa Majesté vous a-t-elle convoqué, Votre Altesse ? » demanda l’un de ses chevaliers.
Calvin répondit sans s’arrêter, marchant rapidement, comme s’il essayait de chasser ses doutes. « Pour me dire que si je perdais cette guerre par procuration, Cléo deviendrait prince héritier… et que dans ce cas, je serais remis au comte Banfield. »
Les chevaliers pâlirent. Si leur maître était remis à Liam, le comte serait libre de faire ce qu’il voulait du prince. Ils s’opposaient à ce dernier depuis longtemps, et il serait libre de prendre toutes les revanches qu’il jugerait appropriées pour se venger de Calvin. Il y avait de fortes chances que Calvin préfère la mort à ce qu’il subirait entre les mains de la maison Banfield.
Un chevalier évoqua la Septième Usine d’Armement. « Était-ce à cause de ces métaux rares ? Pensez-vous que nous avons peut-être agi trop précipitamment en nous alliant au troisième prince, Votre Altesse ? »
Lorsqu’il avait conclu son accord avec Cléo, Calvin avait promis de préparer un successeur pour l’Avid. Prendre le contrôle de la Septième Usine d’Armement était un moyen plutôt radical d’atteindre cet objectif, et sa réputation en avait souffert. Cléo, lui, enfreignait des tabous encore plus graves. Il ne se contentait pas d’utiliser l’intelligence artificielle que l’humanité méprisait tant; il s’essayait même au clonage, une pratique évitée pour de nombreuses raisons, éthiques notamment. Malgré tout, Cléo tenait sa promesse tout en se lançant dans ces entreprises dangereuses.
« C’est Cléo qui est vraiment en danger en ce moment », répondit Calvin. « En plus, c’est trop tard pour avoir des regrets. Le combat a déjà commencé, alors maintenant, on doit se concentrer sur la victoire. »
C’est vrai. Je suis dos au mur maintenant. Calvin imagina ses femmes et ses enfants, sa famille. Si j’échoue, ils seront effacés eux aussi.
À ce moment-là, un noble de la faction de Calvin se précipita vers lui, le visage rayonnant. « J’ai de bonnes nouvelles, Votre Altesse ! »
***
« Maudite soit-elle ! »
Sur le pont de son vaisseau, Marie hurla et donna un coup de pied dans sa chaise qui se brisa en plusieurs morceaux. Son écran affichait les débris d’une flotte appartenant à la faction de Cléo.
« Nous avons reçu un signal de détresse. Nous commençons les opérations de sauvetage », dit un opérateur du pont à Marie, un peu inquiet.
Marie était furieuse que l’ennemi les ait surpassés et détruit l’une de leurs flottes. Elle s’était dépêchée de venir en aide à ses alliés, mais lorsque ses vaisseaux arrivèrent, l’ennemi avait déjà pris la fuite.
« Ça ne serait pas arrivé si cette femme sans cervelle savait ce qu’elle faisait ! »
Marie frappa sa chaise cassée avec un coutelas, passant sa colère dessus sous le regard stupéfait de tous. Elle était également énervée que Tia commande leur armée, alors qu’elle avait été chargée de nettoyer derrière elle.
C’était Liam qui avait confié le commandement à Tia, alors même si Marie avait des reproches à lui faire, elle les avait gardés pour elle à ce moment-là. Mais maintenant que Tia faisait tant d’erreurs, Marie avait du mal à contenir sa colère.
« Ce n’était pas ta faute, donc ça ne sert à rien de t’énerver autant », lui dit Haydi, son aide de camp.
C’était vrai : c’était une erreur de Tia, ça n’avait donc rien à voir avec leurs propres performances. Marie aurait normalement accepté cette défaite en râlant un peu, mais les circonstances étaient différentes maintenant.
« Cette guerre va durer plus longtemps à cause de chaque erreur que fait cette idiote ! » rétorqua-t-elle.
« D’accord… » L’expression de Haydi montrait qu’il avait mis les pieds dans le plat. Il venait sûrement de se rappeler l’objectif de Marie dans cette guerre. Pour elle, le conflit était davantage une source d’irritation qu’autre chose.
« On devrait être en train de préparer le mariage de Lord Liam et Lady Rosetta, pas faire ça ! Pourquoi se battre dans une guerre par procuration pour des idiots royaux de la planète capitale ? Pourquoi ne peuvent-ils pas s’entre-tuer quand ils le souhaitent sans nous impliquer !? »
Les membres de l’équipage firent tous comme s’ils n’avaient pas entendu les commentaires extrêmement grossiers de Marie sur la famille royale.
Haydi essayait désespérément de la calmer. « Je comprends ce que tu veux dire, mais on ne peut pas arrêter la guerre maintenant qu’elle a commencé. Même le patron se bat ici, non ? »
« C’est ça qui est si frustrant… S’il nous laissait au moins nous occuper de tous les combats, Lady Rosetta ne souffrirait pas autant. »
Tant qu’ils étaient là, le mariage de Liam et Rosetta semblait de plus en plus lointain. Marie ne pourrait pas se le pardonner si Rosetta devait attendre des décennies pour se marier.
Elle se mordit l’ongle du pouce. « Je ne comprends pas pourquoi cette femme est aussi inutile. Je la déteste peut-être, mais elle n’est pas assez stupide pour commettre autant d’erreurs au combat. »
Haydi était également intriguée par la série de défaites de Tia. « Je me suis posé la question moi aussi. Même si l’ennemi est supérieur, on ne devrait pas perdre autant de combats. »
Marie et Haydi s’opposaient peut-être à Tia, mais elles avaient toutes deux une grande estime pour ses compétences.
« Il y a un traître quelque part près de Lord Liam », marmonna Marie.
Le commandant en chef se trouvait à bord de l’Argos, et c’était aussi là que toutes les informations sur le champ de bataille étaient rassemblées. L’instinct de Marie lui disait qu’il devait y avoir un traître parmi eux.
« Devrais-je en parler à Claus ? » demanda Haydi. « Il pourrait probablement débusquer le traître et s’en débarrasser. Mais dans ce cas, ce serait lui qui remporterait la victoire, pas nous. »
Pour Marie et ses alliés, Claus était un rival de plus. Il était sorti de nulle part et avait pris la place de chevalier en chef en un rien de temps. Cet homme détestable leur avait volé ce rôle alors qu’elles étaient occupées à se disputer à ce sujet.
Même si cela signifiait un nouveau succès pour Claus, Marie répondit tout de suite : « Oui. Dis-lui tout de suite. »
« … Oui, madame. »
Marie ne pouvait pas dire qu’elle était d’accord pour laisser tout le mérite à Claus, mais il était plus important pour elle de régler ce conflit au plus vite pour le bien de Rosetta.
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Partie 2
À ce moment-là, Tia s’inclinait devant Liam, après leur dernière défaite. Elle était toute pâle et avait des sueurs froides dans le dos.
Théodore se tenait à côté de Liam et observait la scène. À l’intérieur, il était fou de joie en voyant la femme-chevalier humiliée, qui jouissait normalement d’un statut plus élevé que le sien.
« Eh bien, ça fait des mois que la guerre a commencé, » dit-il. « Comment te sentez-vous après toutes ces défaites, Mlle Christiana ? »
« Avez-vous quelque chose à me dire ? » Tia releva la tête et le fusilla du regard. « Veuillez vous abstenir de tout commentaire qui pourrait me donner envie de vous tuer. »
Sa rage intimida Théodore. Il recula d’un pas. « Comment osez-vous me parler ainsi ?! Vous ne vous sentez pas très responsable de vos échecs, n’est-ce pas ? Et comment une simple chevalier vassale ose-t-elle lancer un regard noir à un chevalier impérial comme moi ?! Je devrais vous faire décapiter ! »
Au grand dam de Théodore, le maître de Tia, Liam refusa sa demande. « Tia est mon chevalier. Vous n’avez pas le droit de la punir, lieutenant général spécial. »
Cette déclaration blessa la fierté de Théodore qui, pour se venger, tenta de tenir Liam pour responsable en sa qualité de conseiller militaire. « Eh bien, dans ce cas, qui va assumer la responsabilité de cela ? Le prince Cléo est déçu des performances de notre armée. » Il ricana, mais se redressa lorsqu’il remarqua que Claus le fixait de l’autre côté de Liam. Il fut saisi par le regard glacial du plus grand chevalier de l’Empire, l’homme qui avait détruit l’armée du Royaume-Uni d’Oxys au combat. Même Théodore ne voulait pas se faire un ennemi de l’homme le plus dangereux de l’Empire.
« Et combien de temps comptez-vous laisser Sire Claus à l’arrière comme ça ? » ajouta-t-il. « Il serait sûrement un meilleur commandant que Mlle Christiana, qui n’a fait que des erreurs jusqu’à présent. »
Les combats avaient commencé depuis un moment déjà, et Liam n’avait toujours pas envoyé Claus sur le terrain. Tout ce que faisait le chevalier en chef, c’était suivre les hommes du camp de Liam. Théodore trouvait que ce n’était pas une bonne utilisation de ses talents.
Liam gloussa et regarda Claus. « Le lieutenant général spécial semble vouloir voir de quoi tu es capable, Claus. »
Claus secoua la tête. « Vous plaisantez. Lady Christiana est clairement la meilleure commandante. Le lieutenant général spécial surestime mes capacités. »
Il se montrait aussi humble que d’habitude, et Liam avait pris en compte son avis en le gardant à l’arrière.
Théodore s’efforça de comprendre ce que pensait Liam, mais les regards que Claus lui lançait de temps à autre le distrayaient. L’homme ne disait jamais rien; il se contentait de le fixer d’un regard perçant, ce que Théodore trouvait extrêmement dérangeant. Les yeux de Claus semblaient presque dire qu’il avait percé à jour les manigances de Théodore. Théodore était terrifié par lui.
« Voilà, vous esquivez encore la question ! Si vous voulez bien m’excuser ! »
Comme s’il prenait la fuite, Théodore quitta le pont.
***
De retour dans sa chambre d’invité à bord de l’Argos, Théodore poussa un profond soupir. Il ne supportait pas d’être surveillé quand Claus le regardait ainsi.
« Je ne pense pas qu’il ait compris ma trahison, mais… »
Alors qu’il s’installait dans un fauteuil inclinable, un appel arriva à point nommé sur sa ligne secrète.
C’était Schlust : « Bonjour, Monsieur Théodore. »
« … Mais c’est le baron Glynn. »
« Hum ? Vous avez l’air épuisé. Quelque chose ne va pas ? »
« Non, tout va bien ici. Mais s’il vous plaît, ne me contactez pas trop souvent. Quelqu’un pourrait avoir des soupçons. »
Si les gens découvraient que lui et Schlust gênaient exprès la maison Banfield, qui sait ce qui leur arriverait ? À bord de ce navire, Théodore se sentait comme un espion seul en territoire ennemi.
Schlust se contenta de sourire, comme s’il ne comprenait pas les inquiétudes de Théodore. « Je vous ai appelé parce que c’est une urgence. Certaines personnes ont compris qu’il y avait un traître parmi les officiers. Certains pensent même que ce traître est à bord du vaisseau amiral. »
« Je fais attention… »
« Eh bien, je ne sais pas comment ils l’ont découvert. Mais je pense que vous ne devriez pas ignorer ça, n’est-ce pas ? »
Théodore se redressa sur sa chaise. Schlust avait raison, c’était une urgence. « Je vais parler de ces soupçons à quelques nobles que je connais. »
« Ça suffira ? »
« Il faut juste répandre quelques rumeurs absurdes. Que Claus est le traître, par exemple. Assez de fausses informations pour cacher la vérité. »
« Ah, je vois. » Schlust acquiesça.
Intérieurement, Théodore se moqua de lui. Il n’a même pas pensé à ça ? Quel idiot !
Alors que Théodore se détendait, sachant qu’il pouvait dissimuler le fait qu’il était le traître, Schlust ajouta : « Quoi qu’il en soit, j’ai demandé de l’aide supplémentaire à la maison Banfield, mais je n’ai reçu ni argent ni provisions. Pourriez-vous vous renseigner pour savoir ce qui se passe ? »
« Bien sûr. Je vérifierai plus tard. »
« Je vous en suis très reconnaissant ! Voyez-vous, je compte construire un somptueux manoir sur la planète capitale, et la date limite pour le versement de l’acompte approche. »
Pendant que les autres nobles de la faction de Cléo faisaient la guerre, Schlust construisait un manoir dans la capitale. Dans l’ensemble, Théodore était assez satisfait des performances du baron, mais il avait des reproches à lui faire. « … Tant que ça use l’argent de la maison Banfield, ça me va. »
Le baron comprend-il seulement qu’il s’agit d’une guerre familiale ? Il pourrait au moins faire semblant de se sentir un peu responsable du conflit.
Alors que Théodore supportait son irritation envers Schlust, le baron reçut des nouvelles d’un subordonné. Cela semblait le contrarier profondément, alors Théodore était curieux de savoir ce qu’il avait appris.
« Quelque chose ne va pas, baron Glynn ? »
« Rien, vraiment. Il semble juste que mes sujets ont découvert que j’étais de retour dans mon domaine et qu’ils envahissent mon manoir. Ils ont plein d’opinions sur mes politiques, mais pourquoi devrais-je les écouter ? Honnêtement, j’aimerais qu’ils apprennent à rester à leur place. »
Les supplications désespérées de ses sujets n’étaient pour lui qu’une source d’agacement. Bien sûr, Théodore se fichait aussi des sujets de la maison Glynn. « Si l’agitation devient suffisamment importante pour parvenir aux oreilles de Liam, ça va poser problème. Distribuez-leur des provisions, ça devrait les calmer un peu. »
« Je suppose que je vais devoir le faire. Mais pour ça, j’aurai besoin de plus de provisions de la maison Banfield. »
« Oui, ce serait mieux. Je vais en parler au comte. »
Théodore et Schlust faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour presser la maison Banfield comme un citron.
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La torture était finie. De retour dans sa chambre, Claus s’occupa de quelques tâches diverses, puis prit son médicament habituel pour l’estomac dans un tiroir de son bureau.
« Aaaaah... Le lieutenant général spécial ne pourrait-il pas faire preuve d’un peu plus de tact ? Je comprends qu’il soit frustré par nos défaites répétées, mais avec une attitude pareille, les choses ne s’amélioreront jamais. »
Théodore trouvait toujours quelque chose à redire, ce qui empêchait l’équipage d’être aussi soudé qu’il aurait pu l’être.
« Mais est-ce que je devrais lui en parler ? Ou est-ce que ça le mettrait mal à l’aise ? »
Une autre chose tracassait Claus.
« Je le mettrais mal à l’aise si je lui disais qu’il a des poils qui sortent de son nez, non ? Comment lui faire comprendre sans être trop direct ? Est-ce que quelqu’un d’autre pourrait lui en parler ? Je ne pense pas que Lord Liam regarde beaucoup son visage… »
C’étaient les poils du nez de Théodore. D’habitude, on ne les voyait pas, mais quand il ricanait, ses narines avaient tendance à se dilater. C’est là qu’on les voyait. Depuis qu’il l’avait remarqué, Claus était désespérément distrait par ça. Maintenant, chaque fois qu’il regardait Théodore, il ne pouvait s’empêcher de se concentrer sur ce détail. Il était tourmenté par la question de savoir s’il devait en parler ou se taire.
« Ce serait mieux si ça venait de Lord Liam… Mais le lieutenant général spécial a tendance à se contrôler quand il parle à Lord Liam. Il ne fait pas vraiment cette tête… »
Il pensa à donner une pince à épiler à Théodore sans rien dire, mais il imaginait facilement à quel point cela bouleverserait cet homme fier. Claus ne savait pas quoi faire.
« Et d’ailleurs, pourquoi suis-je coincé aux côtés de Lord Liam comme ça ? Si je n’étais pas juste à côté de lui, je ne pense pas que je l’aurais remarqué. »
Il ne comprenait pas pourquoi les gens le traitaient comme le bras droit de Liam alors qu’il ne faisait que s’occuper de la logistique pour l’armée. Bien sûr, il était normal que le chevalier en chef soit près de son maître, mais l’opinion exagérée que tout le monde avait de lui, lui donnait mal au ventre.
Il prit ses médicaments et, après un certain temps, la douleur dans son estomac s’atténua.
« Ah… Que ferais-je sans ça ? »
Il avait prévu d’aller directement se coucher après avoir pris son médicament, mais tout à coup, il se retrouva convoqué.
« Qui m’appelle à cette heure de la nuit… ? Lord Liam ?! »
Claus se précipita pour se présenter devant Liam.
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