Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 2 – Chapitre 5

Bannière de Genjitsushugisha no Oukokukaizouki ☆☆☆

Chapitre 5 : La Bataille à l’Extérieur de Randel

Le 30e stratagème de Trente-Six Stratagèmes dit : « Faire changer les rôles d’hôte et d’invité. »

Il était le plus souvent mentionné dans le contexte d’une force plus faible qui vainquait une force plus importante, mais il peut également se référer à faire en sorte que le défenseur (l’hôte) échange de lieux avec l’attaquant (l’invité). Dans une guerre, être le défenseur est avantageux. Il est donc souhaitable que l’attaquant génère une situation où il peut combattre dans des batailles défensives, et cela même en pleine campagne.

La bataille qui se déroulait actuellement à la périphérie de Randel, la ville centrale du duché de Carmine, aurait pu être un exemple pour le 30e stratagème.

— 32e jour du 9e mois de l’année 1546 du Calendrier Continental —

Dans le duché de Carmine, l’Armée Interdite, qui aurait dû être la force d’invasion, luttait dans une bataille défensive contre l’Armée de Terre, qui aurait dû être l’armée en défense.

Alors qu’il s’était caché derrière les murs de la "forteresse" qui était actuellement attaquée par une force militaire composée par les 40 000 hommes de l’Armée de Terre, Halbert Magna grommelait. « Merde... ! Ne penses-tu pas que l’ennemi essaye un peu trop violemment ? »

« Tu sais Hal, on ne peut pas y faire grand-chose. » La réponse était venue de Kaede Foxia, une mage de terre attachée à l’Armée Interdite, qui s’était protégée derrière le même mur que lui.

Alors que les flèches, tirées par les ennemis et les alliés, volaient au-dessus d’eux, elle restait indifférente devant ce spectacle.

« Si tu regardes ça depuis le point de vue de l’ennemi, ils se sont réveillés pour se trouver en face d’une forteresse. » Dit-elle. « Et en plus, il s’agit d’une forteresse remplie par l’Armée Interdite. Alors tu sais, c’est tout à fait naturel qu’ils se précipitent ici afin de s’occuper de ce problème. »

« C’est vrai... » Dit-il. « Mais je pense que c’est bien trop imprudent de combattre 40 000 soldats de l’Armée de Terre avec seulement les 10 000 troupes qui sont avec nous. Mais apparemment, il semblerait que cela soit une bataille ou nous nous défendrons dans cette forteresse. Jusqu’à quel niveau a-t-il pu prévoir ce qui se passerait ? »

« À l’origine, il y avait une forteresse en face d’Amidonia, » lui dit-elle. « Lorsque la frontière fut déplacée plus vers l’ouest lors de la conquête effectuée par le roi avant le Roi Albert, elle fut abandonnée. Alors tu sais, le roi l’a simplement ramené à la vie. Et qui plus est... Il s’agit d’une forteresse beaucoup plus défendable que celle qui était autrefois ici. »

C’était hier que Souma avait envoyé son ultimatum à Georg Carmine. Après avoir échoué lors des négociations, Souma avait immédiatement envoyé une force armée de 10 000 soldats de l’Armée Interdite jusqu’au Duché de Carmine.

L’Armée Interdite avait progressé à une vitesse totalement dénuée de tout bon sens. Ils s’étaient approchés de la ville centrale du duché, Randel, et avaient construit une « forteresse » juste devant leurs yeux.

Cette avancée rapide et la construction avaient été possibles à l’aide du train terrestre de rhinosaurus. Grâce à la petite sœur honorifique de Souma, Tomoe, l’Armée Interdite possédait un grand nombre de rhinosaurus qui pouvaient servir de système de transport rapide de marchandises. Avec la capacité du train terrestre de rhinosaurus à transporter des quantités massives de marchandises, ils avaient pu envoyer des personnes et des ressources dans un court laps de temps.

Les matériaux pour la construction de la forteresse avaient déjà été partiellement assemblés dans la capitale royale. Ils avaient utilisé un système de construction de châssis en bois de deux par quatre, de sorte que les morceaux devaient être placés dans les endroits désignés sur le site de la construction.

Souma avait pris l’idée du "Château en Une Nuit" que Hideyoshi (alors connu sous le nom de Tokichiro Kinoshita) avait construit à Sunomata. Fondamentalement, le train terrestre de rhinosaurus avait pris la place de la Rivière Kiso.

De plus, les troupes de l’Armée Interdite qui avaient construit la forteresse avaient un secret. Ayant été envoyé sous les ordres de Souma pour aider à la construction de la nouvelle ville et des routes, chacun des soldats de l’Armée Interdite était maintenant un ingénieur de combat très capable.

Au besoin, les soldats creusaient des trous, accumulaient de la terre, couvraient les murs créés par des mages avec du béton romain et assemblaient les matériaux expédiés par la capitale.

Les mages de terre creusaient la terre pour faire des fossés, élevaient la surface du sol pour faire des murs, utilisaient de la magie pour faire tremper le béton romain posé par les soldats, faisait durcir et utilisait la magie de renforcement pour blinder les murs.

La pensée commune lors de la construction d’une forteresse sur des terres dégagées dans ce monde était d’avoir les mages de terre pour faire tout le travail. Cependant, comme chaque membre non mage des forces personnelles du roi pouvait participer à la construction, la vitesse de travail était nettement plus élevée.

Et donc, même si l’Armée Interdite n’était arrivée qu’hier soir sur le site, quand l’aube est arrivée, la forteresse avait été achevée. Du point de vue du peuple de Randel, il semble que la forteresse ait été construite en une nuit.

Plus tard, les historiens appelleraient ce jour La "Forteresse d’Une Nuit de Randel".

Cet assaut de construction avait été effectué immédiatement après l’ultimatum, et l’armée et les nobles corrompus qui étaient enfermés à Randel n’avaient rien pu faire pour l’arrêter.

« Pourtant, tu sais, je dois lui reconnaître au Duc Carmine, » Déclara Kaede. « Les seuls qui sont visiblement très déconcertés sont les troupes privées des nobles. Quant à l’Armée de Terre, elle s’est tranquillement déplacée afin de nous encercler. »

« Hé ! N’expose pas ton visage ! » S’exclama Halbert. « Tu pourrais être touchée par une flèche perdue ! »

Kaede avait jeté un coup d’œil à travers une fente de flèche, mais Halbert l’avait tirée en arrière.

À ce moment-là —

Boom !

— ils entendirent une explosion incroyable puissance à proximité.

Halbert avait vu que Kaede était sur le point de tomber en arrière, alors il l’avait rapidement soutenue. Le bruit si soudain devait l’avoir prise par surprise, car Kaede oscillait.

« J-Je te remercie, Hal, » dit-elle.

« Viens, reste avec moi, » dit-il. « ... C’était très proche de nous, n’est-ce pas ? »

Un sort ennemi devait avoir frappé les murailles. Techniquement, Kaede et les autres mages de terre avaient énormément renforcé les murs pour faire face à la magie. Cela dit, si elles continuaient à prendre des coups directs comme celui-là, ils n’allaient pas tenir.

Halbert avait fait enflammer un javelot se trouvant à proximité avec du feu magique, puis l’avait lancé vers le groupe qu’il pensait avoir déchaîné le dernier sort. La lance de feu avait volé tel un missile, empalant un homme avant d’exploser, brûlant les autres dans une boule de flammes.

« Arghhhhh! »

On pouvait clairement entendre les cris des mourants depuis ici. En voyant ce que son acte avait fait, Halbert se cacha à nouveau à l’ombre du mur.

« Attends, reste là... ne penses-tu pas que l’attaque est plus intense ici que sur le côté ouest ? » Demanda-t-il. « Il semble que les autres côtés ne subissent que des attaques sporadiques. »

« ... tu sais, ce sont des mercenaires zemishs, » Kaede avait dit ça en regardant derrière le mur. « Ils ont dû être embauchés par les nobles corrompus. Les nobles corrompus ont littéralement leur cou sur le billot. S’ils perdent lors de cette bataille, la seule chose qui les attend est un voyage jusqu’aux bourreaux. Tu sais, c’est un "marche ou crève" pour eux. Ils feront n’importe quoi pour ne pas subir cette peine de mort. »

« Je sais que tu penses que tu es pleine d’esprit, mais ce que tu me dis me fait frémir, » Halbert avait dit ça en lançant sa deuxième lance de feu. Il ne loupa pas sa cible, et ainsi, de nombreux mercenaires se mirent à brûler.

« Arghhhhhhhhhhhh! »

« Torride ! Torride ! »

« Je brûle ! Je brûlllllllle ! »

Halbert regarda avec un sourire peiné tandis que les mercenaires se transformaient en de petites boules de flamme et se roulaient sur le sol.

Pour Halbert, c’était sa première véritable bataille. Alors qu’il avait beaucoup plus de force qu’une personne normale, il n’était pas habitué à tuer.

Eh bien ! au moins, c’est plus facile que de combattre une unité de l’Armée de Terre avec beaucoup de personnes que je connais, pensa-t-il.

En tant qu’ancien membre de l’Armée de Terre, Halbert avait des sentiments complexes à propos de toute cette situation. En raison de leurs relations étroites entretenues avec le roi, Halbert et Kaede étaient parmi les rares qui connaissaient toute la vérité derrière cette guerre. C’est pourquoi il avait compris ce que le roi voulait accomplir.

Il l’avait compris, mais... ses sentiments à ce sujet étaient encore compliqués.

« Hal ! » Kaede l’appela, ce qui fit qu’Halbert reprit conscience de la situation.

« Kaede, qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il.

« Tu sais, c’est horrible, » déclara Kaede. « Regarde ce que l’ennemi a mis en évidence. »

Elle avait pointé du doigt les canons géants qui en ce moment même, étaient transportés sur le champ de bataille. Dans ce monde, où les armes à la poudre ne s’étaient jamais vraiment bien développées en raison de l’existence de la magie, des recherches avaient continué sur les canons pour être utilisées lors des batailles navales. Alors qu’ils manquaient de mobilité, leur pouvoir destructeur qui ne comptait pas sur la magie avait attiré l’attention de l’Armée de Terre. L’Armée de Terre avait mis de côté trois exemplaires afin de les utiliser en tant qu’armes de siège, là où la mobilité n’était pas si importante. À l’heure actuelle, la seule armée à Elfrieden qui possédait des canons qui pourraient être utilisés sur terre était l’Armée de Terre.

« ... en y pensant, ils avaient encore ça sous la main, » Déclara Hal. « Je les avais complètement oubliés. »

« Après tout, s’ils devaient être utilisés, alors cela devrait certainement être dès les premiers instants de la bataille. » Répondit Kaede.

« Et bien, qu’est-ce qui fait qu’ils soient déployés si tard dans la partie ? » Demanda-t-il.

« Tu sais, c’est probablement les nobles corrompus qui les ont fait sortir parce qu’ils sont en pleine panique, » répondit-elle.

« Est-ce vraiment mauvais ? » demanda-t-il.

« C’est vraiment mauvais. » Répondit-elle. « Tu sais, le renforcement anti-magique n’est efficace que contre la magie et les flammes. Face aux impacts physiques, ce ne sont que des murs de terre enduits de “béton romain”. Ils sont plus durables que la normale, mais s’ils les frappent ainsi... »

Booooom !

Crack !

L’un des canons avait tiré, produisant un son comme si l’air avait été aspiré. Le boulet de canon traça une parabole avant de frapper le mur et de s’enfoncer dedans. Le mur de terre s’écroula dans la zone où il avait frappé.

Les boulets de canon dans ce monde étaient des morceaux de fer solide.

Il semblerait qu’ils aient également considéré l’usage des munitions explosives, mais alors qu’elles étaient impressionnantes, elles n’auraient pas pu infliger de dégâts sur les murs renforcés contre la magie. Alors, en raison de ces faits historiques, elles n’avaient pas été utilisées.

Des dommages infligés par un impact direct allaient bien mieux fonctionner contre des murs renforcés. Le bloc de fer qui venait d’être tiré dans les murs était exactement le genre de projectiles de masse élevée contre qui les murs étaient vulnérables.

En voyant leur puissance, Halbert et Kaede se regardèrent.

« Q-Que faisons-nous maintenant ? » balbutia Kaede.

« Ne me le demande pas ! Ne peux-tu pas faire quelque chose avec ta magie ? » s’écria Halbert.

« Je n’ai plus de magie depuis que j’ai dû construire cette forteresse ! Qu’en est-il de toi, Hal, ne peux-tu pas les intercepter avec une lance ou quelque chose du genre ? » Répliqua Kaede.

« Ils sont trop rapides ! » Cria-t-il. « C’est comme si tu me demandais de frapper une flèche qui arrive sur nous à l’aide d’un caillou ! »

Alors qu’ils se disputaient...

« Hmm ! Qu’en est-il si vous utilisiez un arc ? » Ils entendirent une voix calme provenant d’au-dessus d’eux qui leur disait ça.

« « Hein !? » »

Les deux soldats s’étaient alors retournés pour ainsi faire face à un jeune elfe sombre (bien qu’il soit très difficile d’être certain de l’âge d’un elfe en jugeant ça uniquement sur son apparence) qui tenait un impressionnant arc long.

Le guerrier elfe sombre avait placé une flèche sur son arc, la plaçant en diagonale en direction du ciel, et pointée vers sa cible.

Booooom !

Une fois encore, l’un des canons fit feu.

À peu près au même moment, le guerrier elfe sombre lâcha sa flèche. À cet instant, Halbert et Kaede pensaient avoir entendu un son très aigu. Le guerrier elfe sombre avait probablement utilisé un enchantement magique de vent directement sur la flèche. Deux secondes plus tard, le boulet de canon de fer explosa en mille morceaux alors qu’il était encore en plein air. Halbert et Kaede ne pouvaient que regarder tout ça bouche bée.

« Hmph, » l’elfe sombre déclara. « C’est plus facile que de toucher un faucon migratoire. »

« Qu-Qui êtes-vous... ? » bafouilla Halbert.

« Excusez-moi. J’ai négligé de me présenter. Je viens de la Forêt Protégée par Dieu. Je m’appelle Sur, » déclara le jeune elfe sombre avec un large sourire. « C’est un plaisir de faire votre connaissance, Sire Halbert Magna. »

« Comment pouvez-vous connaître mon nom ? » Demanda Halbert.

« Il se peut que vous ne vous en souveniez pas, mais lors du glissement de terrain majeur qui s’est produit dans la Forêt Protégée par Dieu, ma fille était parmi celles que vous avez sauvées avec le roi. » Répondit Sur. « Après ça, quand elle avait entendu votre nom un peu plus tard, elle voulait aller vous remercier, mais les troupes de secours initiales étaient déjà reparties vers la capitale, alors... à l’époque... »

Booooom !

... Crack !!

« ... Je regrette terriblement de ne pas avoir pu vous remercier d’avoir sauvé ma fille, » finissait-il.

Tout en leur parlant, Sur avait réussi à abattre avec une précision diabolique tous les boulets de canon qui étaient envoyés.

Ils avaient entendu dire que les elfes sombres étaient d’excellents archers, mais c’était vraiment très impressionnant.

« Ce n’est rien. Je ne faisais que suivre les ordres de Souma... les ordres du roi... » dit Halbert.

« Même si c’est le cas, je vous suis très reconnaissant. Bien que je dois vous avouer une légère irritation dût au fait que, touchée par la façon dont vous avez porté secours à la population de mon village, ma fille a commencé à dire : “Un jour, je veux moi aussi rejoindre l’Armée Interdite, et je veux me joindre aux opérations de secours comme l’a fait cet homme.” Hahaha. » (Sur)

Alors même qu’il continuait à parler comme un père tout à fait normal, Sur était en train d’abattre l’un après l’autre les boulets de canon qui étaient envoyés ici. Halbert et Kaede étaient tout simplement stupéfaits.

« Euh, pourquoi êtes-vous ici ? Vous n’êtes pas dans l’Armée Interdite, n’est-ce pas ? » Demanda Kaede, déconcertée.

Sur cela, Sur effectua un rire empli de joie. « Nous avons entendu dire que Sa Majesté Souma, le sauveur de notre village, était face à de sérieux problèmes. Donc, afin de rembourser notre dette, nous avons été envoyés du village des elfes sombres afin de l’aider. Autant que possible, nous avons toujours évité d’interagir avec le monde extérieur, mais cette fois-ci, personne n’a exprimé d’opposition. »

Rembourser leur dette. À l’heure actuelle, les réalisations simples et constantes effectuées pendant le règne de Souma montraient leurs effets.

« Vous savez, je vous en suis très reconnaissante, » déclara Kaede.

« Chacun rend service à l’autre, » Sur haussa les épaules. « C’est quelque chose que nous avons appris de vos peuples. »

Quand elle vit le sourire de Sur, Kaede sentit sa tension se dissiper, même si c'était seulement un petit peu.

Nous avons plus de renforts que je ne le pensais, pensa-t-elle. À ce rythme, je pense que nous pouvons nous défendre.

L’Armée Interdite avait reçu des renforts en plus en provenance du village des elfes sombres. Il y avait aussi le père de Halbert, Glaive Magna, et ceux qui avaient comme lui fait défection de l’Armée de Terre. Ils participaient à la bataille en tant que soldats bénévoles avec Glaive qui les commandait. Combiné avec les renforts en provenance du village des elfes sombres, ils étaient environ 5000 individus.

En d’autres termes, il y avait 15 000 défenseurs dans cette forteresse.

J’ai entendu dire qu’un attaquant doit avoir trois fois plus de soldats que le défenseur pour pouvoir gagner lors d’un siège, Pensa Kaede. L’Armée de Terre a eu beaucoup de déserteurs, le père de Hal en premier lieu. Mais ils ont pu conserver le nombre de soldats à environ 40 000 grâce aux mercenaires que les nobles corrompus ont réussi à trouver. Cela aurait été difficile avec seulement les 10 000 soldats qui sont directement sous les ordres du roi, mais si vous ajoutez les renforts, nous avons réussi à éviter qu’ils soient trois fois plus nombreux que nous.

Cela avait été un soulagement que de réaliser ce fait.

Par ailleurs, des années plus tard, la fille de Sur pourra tenir ses promesses. Elle rejoindra ainsi l’armée et aura même la chance d’être placée sous le commandement d’Halbert. Et d’une manière ou d’une autre, elle s’efforcera également d’organiser son mariage avec Halbert, créant une situation dans laquelle Kaede ne pourra en aucun cas se sentir soulagée, mais il s’agit là d’une histoire pour un autre jour.

Pour l’instant, la seule chose que Kaede avait à faire de son cerveau était de trouver un moyen de survivre à cette bataille, Halbert et elle.

Et alors...

« Kaede ! »

En entendant quelqu’un l’appeler soudainement par son nom, Kaede regarda vers la porte pour voir un groupe de chevaliers dont tout, aussi bien le cavalier que la monture, étaient intégralement couverts par une armure en argent. Il s’agissait de la Garde Royale qui protégeait au péril de leur vie la capitale et le palais royal.

Placé à l’avant du groupe, se trouvait un homme qui avait l’air le plus impressionnant entre tous. Il s’agissait du Capitaine de la Garde Royale, qui était aussi le chef de l’Armée Interdite, Ludwin Arcs. Il était blond et beau, vêtu d’une armure en argent, et monté sur un cheval blanc. Il avait une apparence qui semblait "trop beau pour être vrai", et Halbert l’enviait beaucoup. Un jour, je veux être comme ça... Halbert avait senti un fort désir de se faire un nom.

Pendant ce temps, Kaede n’avait pas tenu compte de sa silhouette toute pimpante alors qu’elle lâchait sa colère contre Ludwin. « Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous êtes notre commandant en chef, est-ce que vous vous en rendez compte !? »

« Désolé, Kaede, » dit-il. « Pendant un petit moment, vous prenez le commandement de la forteresse. Nous allons faire face à ces choses bruyantes. » Ludwin pointa avec sa lance la direction où se trouvaient les canons.

Kaede serra sa tête avec ses mains. « Vous savez, nous avons Hal pour de petites commissions comme ça ! »

« Hé ! » S’exclama Halbert.

« Ha ha ha, ne soyez pas comme ça, » déclara Ludwin. « Par rapport aux soldats qui ont travaillé si fort pour bâtir cette forteresse et la défendre, nous, dans la Garde Royale, n’avons eu aucune chance de nous afficher, du moins jusqu'à maintenant. Ce sera mauvais pour notre apparence si nous ne corrigeons pas cela. »

« Pour votre apparence... est-ce que tous les hommes sont si stupides ? » Demanda Kaede.

« Ha ha ha, vous le pensez vraiment ? » riait Ludwin. « Eh bien, je vais vous laisser vous occuper du reste. »

Avant que Kaede ne puisse dire le moindre mot, Ludwin avait commencé à aboyer des ordres à la Garde Royale.

« Ouvrez les portes ! La cible est droit devant nous, il s’agit de ces trois gros canons ! Nous reviendrons quand ils seront détruits ! Ignorez les soldats ennemis. Ne les poursuivez pas sur une longue distance ! Concentrez-vous uniquement sur la destruction de la cible ! » (Ludwin)

« « « Oui, Sire ! » » »

« Si quelqu’un bloque votre chemin, écartez-les à l’aide de votre lance ! » Ordonna Ludwin. « Si quelqu’un essaye d’interférer dans vos actions, alors laissez-les être piétinés sous les sabots de votre cheval ! Nous sommes la lance qui défend ce pays ! Nous portons la dignité de Sa Majesté ! Dépêchez-vous, et que rien ne vous retienne ! »

Et ainsi, les portes furent ouvertes.

« Et c’est parti ! Nous leur montrerons que la Garde Royale n’est pas seulement là pour être jolie ! » déclara Ludwin.

« « « Oui, Sire ! » » »

Avec l’intensité d’un barrage qui cédait, la Garde Royale déferla sur le champ de bataille. Les mercenaires entrèrent en panique face à cette soudaine contre-attaque, brisant les rangs. Ils ne pouvaient plus entraver la charge impétueuse de la Garde Royale. Certains furent empalés sur les lances de Ludwin et de ses hommes, d’autres furent tout simplement piétinés sous les sabots de leurs destriers. Beaucoup de ceux-là étaient des mercenaires que les nobles corrompus avaient recrutés en utilisant leur richesse personnelle. Les mercenaires étaient individuellement très forts, mais ils ne fonctionnaient pas du tout bien en tant que groupe. Sans structure de commandement unifiée, chacun d’eux avait pris sa propre décision.

Parce qu’ils travaillaient uniquement pour l’argent, ils manquaient de loyauté ou de patriotisme. Quand leurs vies étaient menacées, ils étaient très prompts à s’enfuir. En conséquence, ils étaient particulièrement mal adaptés pour faire face à un régiment comme celui de Ludwin, qui était discipliné et pouvait se déplacer avec une volonté commune. Les mercenaires ne pouvaient pas arrêter le groupe en tant que simples individus, mais ils ne pouvaient pas non plus travailler avec leurs propres alliés. Lorsque les mercenaires se firent faucher les uns après les autres, leur moral fut brisé et ils prirent tous leurs jambes à leur cou.

Alors, lorsque Ludwin et ses hommes purent atteindre les canons maintenant abandonnés, ils y mirent le feu.

Sa Majesté va probablement plus tard se plaindre à propos du trou dans le budget... mais, il n’y a pas vraiment d’autre choix, Pensa Ludwin.

Il avait estimé qu'il s'agissait d'un gaspillage de faire ainsi, mais ils ne pouvaient pas les laisser là-bas, et ils ne pouvaient gagner assez de temps pour déplacer ces armes qui avaient une si faible mobilité. Les détruire était donc la seule option possible.

Après que la Garde Royale ait lentement fait son retour triomphant, il y avait eu un puissant rugissement lorsque les canons explosèrent derrière eux, envoyant dans le ciel un énorme nuage de fumée noir.

En allant directement à la conclusion, l’Armée était retournée jusqu’à Randel au coucher du soleil après avoir été incapable d’accomplir la moindre percée ce jour-là. Si on regardait uniquement les résultats de la bataille de la journée, on pouvait parfaitement parler d’une nette victoire pour les défenseurs.

Cependant, ceux qui avaient d’abord été les assaillants étaient l’Armée Interdite. Peu importe le nombre de combats défensifs qu’ils allaient gagner, ils finiraient inévitablement par être exténués.

Ceci était connu de tout le monde.

***

Cette nuit-là, dans la salle de réunion du château de Georg Carmine, plus d’une douzaine de nobles pressaient Georg afin qu’il leur donne des réponses.

« Duc Carmine ! Qu’est-ce que cela devait être ? Comment est-ce possible que l’Armée de Terre soit si peu motivée ? » Demanda l’un des nobles corrompus.

« Effectivement, » cria un autre qui était lui aussi fâché. « Cela ne vous ressemble pas. Vous, qui étiez autrefois craint comme étant un féroce dieu du champ de bataille. »

« Nous étions les seuls là-bas à prendre au sérieux ce combat ! » s’écria un autre noble.

Tous ces hommes avaient fui dès que Souma les avait accusés de corruption. Ils s’étaient rassemblés, comme les papillons attirés par une flamme, sous la bannière de Georg, qui avait clairement fait part de son opposition vis-à-vis du roi.

Ayant volé bien plus qu’ils ne pourraient jamais rembourser, et maintenant qu'ils se révoltaient clairement contre le roi, ils n’avaient nulle part où aller se réfugier que là. Et donc, s’ils perdaient lors de cette guerre contre Souma, ce serait la fin pour eux. C’est pourquoi ils avaient dépensé toute leur fortune personnelle afin d’engager des mercenaires zemishs et qu’ils avaient affronté eux-mêmes l’Armée Interdite.

Cependant, ils n’étaient pas satisfaits de la façon dont Georg avait combattu.

L’Armée de Terre avait été trop passive dans la bataille d’aujourd’hui. Ils avaient déjà compris que le moral des soldats serait faible lors d’un combat contre les armées du roi, mais Georg n’avait même pas eu l’intention d’encourager les troupes. Cette attitude était contraire au Georg Carmine connu pour ses offensives implacables, et cela avait mis en colère les nobles.

« L’Armée est pleine de lâches et de faibles ! » l’un des nobles cracha ça. « La bataille contre le roi a déjà commencé, est-ce que vous vous en rendez compte !? »

« Montrez-nous la puissance qui a rendu célèbre le nom de Georg Carmine dans tout le royaume ! » Déclara un autre noble.

« Vous ne voulez quand même pas nous dire que vous avez maintenant peur ! » avait crié un autre.

« Oh...? » Georg fusilla du regard les nobles rassemblés devant lui. C’était suffisant pour leur faire rompre l’affrontement, les faire tomber en silence et les obliger à ce qu’ils fassent tous un pas en arrière. « Qui a suggéré que j’étais effrayé ? »

Tout le monde resta silencieux.

Avec ces seuls mots, Georg avait pris le contrôle de la pièce.

Alors qu’il regardait, chacun des nobles, qui étaient sans voix face à l’intensité de ce féroce général, Georg parlait d’un ton calme et composé. « Est-ce que l’un d’entre vous comprend vraiment la situation ? L’ennemi n’a que dix, voir peut-être vingt mille soldats. C’était une véritable surprise qu’ils aient pu construire cette forteresse pendant la nuit, mais si nous nous rapprochons lentement d’eux, ce sont eux qui seront poussés dans un coin. Où est le besoin d’attaquer de manière téméraire ? »

« S-Si c’est vraiment le cas. Et qu’ils ne sont que dix mille, ne devrions-nous pas tout lancer dans une attaque et les vaincre d’un seul coup ? » L’un des nobles avait rassemblé tout son courage afin de parler, mais Georg ne fit que ricaner.

« Vous avez déjà essayé cela et vous avez été chassé, n’est-ce pas ? » Demanda-t-il. « De plus, vous avez même fait sortir les trois canons hors de l’arsenal, et ensuite, dans votre détresse, vous avez réussi à vous les faire détruire. »

« Argh... Je ne peux pas assez m’excuser pour cela. » Le noble qui avait parlé avait reculé sous le regard carnassier de Georg.

En fait, le déploiement des canons avait été une décision que les nobles corrompus avaient prise par eux même, frustrés qu’ils ne pussent pas capturer la forteresse. Ils avaient utilisé leurs titres pour intimider le responsable de l’arsenal, le forçant à leur prêter les armes. En conséquence, ils avaient inutilement perdu trois canons. Et maintenant, l’Armée de Terre regardait avec mépris les troupes des nobles.

Georg continua, « Il y a eu une autre chose que j’ai trouvée inquiétante. Je ne pouvais pas sentir la présence de Souma dans cette forteresse. »

« N’a-t-il pas laissé la guerre à ses vassaux, alors qu’il reste dans la capitale royale à trembler de peur ? » demanda l’un des nobles corrompus.

« Pensez-vous que ce roi pourrait faire cela ? » Demanda Georg. « Même si nous ne pouvons pas le voir, il est certainement là-bas en train d’orchestrer quelque chose. C’est pourquoi nous devons l’attirer ici. »

« En d’autres termes, vous voulez utiliser les soldats se trouvant dans cette forteresse comme appâts ? » demanda un noble.

Georg hocha la tête à la suggestion du noble. « À l’heure actuelle, il n’y a aucun moyen de savoir où est Souma ou ce qu’il prépare. Mais s’il abandonne ses troupes, et qu’il les envoie à la mort, alors les soldats et la population l’abandonneront tous. Finalement, il n’a d’autre choix que d’apparaître sur ce champ de bataille. Quand il le fera, alors il suffira de l’écraser avec les soldats de cette forteresse. » Il sourirait tout en disant ça.

Georg était un homme-bête à tête de lion. Et donc, quand il souriait, il exposait largement ses crocs.

Quand les nobles les virent, ils eurent un froid glacial qui s’infiltra jusqu’à leur colonne vertébrale. Ils savaient qu’en aucun cas, ils ne devaient faire de cet homme leur ennemi.

Georg se leva de son siège. « Cependant, vous devez tous être fatigués de l’attaque d’aujourd’hui. Ce n’est pas une bataille qui se terminera demain ou le lendemain. Nous, de l’Armée, gérerons l’attaque seule, alors vous prendrez la journée de demain afin de vous reposer. »

« « « O-Oui, Sir ! » » »

Ayant reçu ces mots d’appréciation de Georg, les nobles s’étaient tous inclinés légèrement avant de quitter la salle de réunion.

Une fois qu’ils furent tous partis, un homme seul vint, comme s’il prenait leurs places.

« Pardonnez-moi, Duc Carmine. »

« ... Beowulf, » Dit Georg.

Le nom de l’homme était Beowulf Gardner. Il s’agissait d’un homme-bête à tête de loup qui portait un uniforme militaire noir. Au sein de l’Armée de Terre, lui et Glaive Magna, qui était parti depuis, étaient les deux personnes les plus proches de Georg Carmine. Il était maintenant le commandant en second de l’Armée de Terre.

À l’aide de quelques mots, Georg demanda à Beowulf, « Je présume que les préparatifs sont achevés ? »

« Oui, Sire ! Tout est impeccable. » Répondit Beowulf.

« Très bien. » (Georg)

Alors que Beowulf le saluait, Georg hocha la tête avec satisfaction, souriant largement.

***

Pendant ce temps, à peu près au même moment, Halbert et Kaede étaient assis côte à côte, mangeant ensemble.

Ils mangeaient l’invention de Souma, le "gelin udon instantané".

Le gelin udon avait d’abord été bouilli, puis il avait été très épicé et séché. Et quand ils voulaient le manger, ils versaient de l’eau bouillante et attendaient une minute. (Il absorbait même l’eau plus rapidement que les ramens instantanés.) Tant qu’ils avaient une tasse et de l’eau bouillante, il pourrait être mangé n’importe où.

En raison de cette commodité, il avait été bien accueilli par les soldats de l’Armée Interdite qui l’avaient reçue en tant que principales rations de combat.

« Être capable de manger ces choses même dans un champ... slurp... c’est génial, n’est-ce pas ? » Commenta Halbert.

« Tu sais, Sa Majesté se plaignait... slurp... “Je voulais les faire frire, mais ils ont fondu quand je les ai mises dans l’huile ! Même si je préfère le goût savoureux des nouilles frites aux nouilles non frites !” » Déclara Kaede.

« Je ne comprends pas vraiment... slurp... pourquoi est-il si dérangé par ça, » dit Halbert.

Une fois qu’ils eurent terminé leur repas tout en faisant ce genre de conversation, Kaede s’appuya contre l’épaule de Halbert. L’odeur des cheveux de Kaede si près de lui fit qu’Halbert tomba rapidement dans la confusion.

« H-Hé, Kaede. Qu’est-ce que tu fais ? » Demanda-t-il.

« Hehe, tu sais, je suis très contente, » répondit-elle.

« Hein !? À propos de quoi !? » S’exclama-t-il.

« Je t’ai à mes côtés, alors j’aime ça. » Dis Kaede tout en faisant un petit rire. « Je suis contente que tu sois maintenant dans l’Armée Interdite. Tu sais, si tu étais encore dans l’Armée de Terre, nous aurions pu être des ennemis. Et tu sais, nous n’aurions certainement pas été là. »

« Oui, mais grâce à cela, je suis maintenant entouré par les 40 000 soldats de l’Armée de Terre, » dit-il.

Kaede sourit quand elle vit Halbert se frotter timidement l’arête de son nez tout en disant ça.

« Tu sais, tout sera décidé soit aujourd’hui, soit demain. » Dit-elle. « Si nous pouvons tenir assez longtemps... »

« Et puis après ? » Demanda-t-il.

« Si nous passons à travers ça, j’espère que le reste fonctionnera correctement. » Répondit-elle.

« Ne t’arrête pas uniquement avec ce que tu espères ! » s’exclama-t-il. « Si tu dis autant de choses, alors tu devrais aussi me dire le reste  ! »

« Hal, alors assure-toi de me protéger, d’accord ? » Dit-elle.

Avec son ami d’enfance qui l’interrogeait d’une manière si adorable, Halbert se gratta vigoureusement la tête. « Arg ! Bien, je le ferais ! Je vais te protéger ainsi que tout le reste ! »

« Tu le sais déjà, Hal, mais je compte sur toi, » déclara-t-elle.

Dans une forteresse au milieu du champ de bataille, ces deux-là étaient collés l’un à l’autre et ils souriaient en parfaite harmonie.

— 1er jour du 10e mois de l’année 1546 du Calendrier Continental —

La nuit avait pris fin, et l’Armée de Terre avait dès lors repris son attaque.

Cependant, contrairement à la veille, il n’y avait que des attaques sporadiques de tous les côtés.

Alors que les flèches et la magie étaient en train de voler de part et d’autre il n’y avait pas d’unités qui essayaient de presser fortement pour faire une percée. Halbert était un peu perplexe face au changement complet dans ce mode de combat passif vis-à-vis de ce que c’était déroulé la veille.

« L’ennemi a brusquement baissé l’intensité de ses attaques, » dit-il.

« De plus, je ne vois pas non plus de mercenaires de Zemish, » Déclara Kaede, surveillant l’ennemi. « Le changement de déploiement peut signifier que l’ennemi a décidé de se lancer dans une guerre d’attrition. »

Halbert avait tourné ses épaules en cercle. « Dans ce cas, cela rendra peut-être les choses un peu plus faciles. »

« Hal, il faut toujours rester vigilant sur le champ de bataille, » dit-elle. « Sinon tu sais, tu vas trébucher au moindre piège. »

« ... Je le sais déjà. » Répondit-il.

Et ainsi, les attaques sporadiques de l’Armée de Terre continuèrent. Et alors, quand le soleil fut à son zénith, cela se produisit.

Un des soldats du poste d’observation se mit à crier. « De multiples unités de wyvernes volent dans le ciel depuis l’est ! Il s’agit sans aucun doute des Forces Aériennes ! »

Quand Halbert et Kaede levèrent tous deux les yeux vers le ciel de l’est, alarmés par les cris de l’observateur, ils virent plusieurs milliers de wyvernes volant vers eux en formation.

Halbert avait inconsciemment attiré Kaede contre lui.

Kaede posa sa propre main sur la main que Halbert avait posée autour de son épaule en disant : « C’est bon, Hal, » avec un sourire affectueux. « Tu sais, nous avons gagné notre pari. »

Les wyvernes passaient par-dessus la forteresse où se trouvaient Halbert et Kaede, volant vers Randel.

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre.
    P.S : je pense qu'il manque après la phrase "Dans une forteresse au milieu du champ de bataille, ces deux-là étaient collés l’un à l’autre et ils souriaient en parfaite harmonie." Celle-ci "pendant que tout les hommes du bataillon de Kaede temoin de cette scène etait en train de maudire Halbert."

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