Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe – Tome 3 – Chapitre 6 – Partie 10

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Chapitre 6 : Traîner à Aomori

Partie 10

« Oh non, j’ai trop touché les esprits. Mais… c’est la première fois qu’ils s’approchent de moi de si près. J’ai l’impression que leurs pensées et leurs sentiments pourraient déborder, » s’excusa Marie.

C’est vrai. Elle était une utilisatrice d’esprits, ce qui était incroyablement rare dans ce monde. On avait souvent dit que le printemps pouvait jouer des tours aux gens, mais peut-être était-ce l’œuvre des esprits.

Nous avions marché un moment le long du chemin aux couleurs vives, puis nous étions tombés sur une vue élégante. On pouvait voir un pont avec une couleur vermillon profond qui se courbait doucement, et il y avait une tour de château au-delà des nombreuses couches de fleurs de cerisier. Il y avait une certaine grâce, un certain goût et un air digne chez le château, et son harmonie avec le paysage environnant semblait presque surréelle.

« Wooow, comme c’est merveilleux ! Est-ce à cela que ressemble un château japonais ? Ses jolies couleurs ressortent tellement ! Ce n’est pas du tout comme ces châteaux qui ont été construits en découpant des rochers et en les empilant les uns sur les autres, » déclara Marie.

« Maintenant que tu en parles, la construction est très différente de celles que tu vois dans le monde du rêve. Alors, que dirais-tu d’une photo commémorative ? » lui proposai-je.

Marie avait tournoyé joyeusement, et la chatte avait sauté hors de mes bras en toute hâte. La fille avait pris la chatte et elles avaient levé la main droite dans une pose de victoire. J’avais failli éclater de rire en voyant leur jolie pose, mais j’avais pris ce qui s’était avéré être une jolie photo. Leurs grands yeux et le contraste du noir et blanc avaient permis de réaliser un plan bien composé. Alors que je vérifiais la photo sur mon téléphone, les deux autres étaient sur le pont, regardant en bas. Je m’étais approché d’elles pour voir ce qui se passait, et elles s’étaient tournées vers moi en même temps.

« Les tranchées ont été faites d’une manière très distincte. Cela a été rempli d’eau et il y a une pente jusqu’aux murs. Je me demande pourquoi, » déclara Marie.

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’intéresse autant à la conception du château. Je m’étais alors souvenu qu’elle avait invoqué des structures défensives pour anéantir des foules entières d’ennemis. Peut-être s’intéressait-elle beaucoup aux châteaux à cause de cet événement. Je m’étais arrêté en y pensant pendant un moment, puis j’avais pris la main de la fille. J’avais décidé qu’un changement de plan s’imposait et j’avais guidé la jeune elfe jusqu’au musée.

Le musée situé dans la tour du château présentait des épées, des lances, des fusils à mèche et des armures d’autrefois. À ma grande surprise, la chatte noire avait été vraiment attirée par l’aire d’exposition des épées japonaises. Elle regardait avec une telle concentration que la zone autour de son nez devenait brumeuse.

« Oh, tu utilisais une arme comme un katana, n’est-ce pas, Wridra ? Par hasard, l’as-tu modifié toi-même ? »

La chatte avait fait un signe de tête. Cette chatte aimait bien faire des choses. Cela m’avait rappelé les Nekos d’Arilai qui raffinaient les objets en Pierres Magiques. C’était peut-être juste un trait que les chats avaient en commun. À ce moment, j’avais remarqué que Mademoiselle l’Elfe regardait attentivement une arme à feu. C’était étrange. Je pensais que les deux femmes auraient été plus intéressées par quelque chose de plus féminin.

« N’as-tu jamais vu d’armes à feu ? … Oh, je suppose qu’elles ne seraient pas courantes dans l’autre monde, » déclarai-je.

« Oui, c’est un concept complètement étranger là-bas. La construction est assez simple, mais pour augmenter sa puissance de feu simplement par sa conception structurelle…, » répondit Marie.

O-Ouais, ça devenait un peu trop réel. Pire encore, il y avait aussi des canons dans l’exposition. Je n’avais pas pu m’empêcher de remarquer l’air incroyablement sérieux sur les visages de l’elfe et de la chatte lorsqu’elles avaient observé ça. Elles s’étaient parfois croisées et s’étaient fait un signe de tête, ce qui était assez inquiétant, mais j’avais décidé de ne pas y penser.

Nous étions finalement arrivés à la maquette du château, mais… Wôw, le regard qu’elles ont est complètement différent.

« Je vois, c’est pourquoi il y avait de l’eau dans les tranchées. Ils ont canalisé les envahisseurs vers un endroit qui semblait plus facile à attaquer, puis les ont frappés. J’ai supposé qu’ils auraient eu du mal à se défendre. Il semble que les châteaux japonais aient été construits avec une étonnante ruse, » déclara Marie.

« Miaou, miaou. »

« Oui, leur puissance de feu à longue portée est ce qui a soutenu leur défense. La grande zone dégagée signifiait “s’il vous plaît, attaquez d’ici pour qu’on puisse vous tuer”, » déclarai-je.

Avant que je ne le sache, il semblait que quelque chose s’éveillait au sein de l’esprit de la sorcière. J’espérais que je ne faisais que l’imaginer. Pour une raison quelconque, la chatte qui lui faisait signe de la tête en accord était étrangement terrifiante.

 

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Après notre petite séance d’apprentissage, nous avions dû sortir pour manger quelque chose de bon. Nous avions pris un banc libre que nous avions heureusement trouvé et nous nous étions gavés de nourriture provenant d’un étal de nourriture alors que des fleurs de cerisier tombaient autour de nous. Chaque brise passagère transportait de nouveaux pétales dans l’air. J’avais entendu une douce expiration et je m’étais retourné pour trouver Marie immobile, tenant le dango contre sa bouche. Elle avait dû se trouver hypnotisée par la vue des derniers instants du printemps.

« Si beau… C’est presque effrayant de voir à quel point ils sont beaux, » déclara Marie.

« Oui, on ne peut pas s’empêcher de regarder fixement. On s’habitue facilement à voir les mêmes choses, tu sais ? » Quand je lui avais répondu ainsi, Marie avait levé les yeux et avait mis le dango qu’elle tenait dans sa bouche. La chatte avait déjà consommé une boîte entière de takoyaki et était recroquevillée sur les genoux de Marie, ronronnant de satisfaction. Marie m’avait frappé légèrement à l’épaule, puis avait appuyé sa tête sur moi. Ses yeux avaient regardé les miens tout le temps, et je n’avais pas pu empêcher mon cœur de battre nerveusement, malgré mon âge. J’avais senti que quelque chose n’allait pas, et j’avais réalisé que c’était le regard lourd dans ses yeux. C’était peut-être la lumière du soleil, mais ses yeux violets étaient plus vifs que d’habitude, et elle clignotait assez lentement.

« … Est-ce que j’ai de la sauce sur le visage ou quelque chose comme ça ? » demandai-je.

« Non, je voulais juste voir si j’en aurais assez de regarder ton visage. Après tout, il n’y a personne d’aussi facile à vivre que toi, Kazuhiro-san, » déclara Marie.

Elle m’appelait par « — san » depuis hier. Savait-elle que cela faisait battre mon cœur plus vite ? Elle était assez proche pour que je puisse sentir son souffle, et ses chuchotements étaient très efficaces pour obtenir une réaction de ma part.

« La première fois que tu as séjourné au Japon, les paysages étaient comme ça, » déclarai-je.

« Tu as raison. C’était une si belle saison. J’ai l’impression que ça fait si longtemps…, » L’elfe avait gloussé et s’était approché de moi. Ma main reposait naturellement sur sa taille, et elle avait tressailli.

« Mais beaucoup de choses ont changé depuis. C’est tellement amusant de te connaître de plus en plus. Héhé, je ne pourrais jamais me fatiguer de te regarder, » déclara-t-elle.

C’est exactement ce que j’avais ressenti. Je l’avais toujours considérée comme une petite fille, mais son existence s’était développée dans mon cœur au fil des jours. Que je sois au travail ou dans un donjon, je pensais toujours à elle.

« C’est pourquoi c’est étrange. Les fleurs de cerisier n’ont pas changé, mais la vue semble si différente maintenant, » déclara Marie.

Tu ne crois pas que… ? J’avais cru l’entendre murmurer à mon oreille.

Ma tête était engourdie. Elle avait appuyé sa tête sur moi à nouveau, cette fois sur ma clavicule, et j’avais pu constater à quel point ses lèvres pleines étaient proches de moi. Avec ses joues rouges et ses lèvres rose foncé légèrement écartées, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder. Oui, ses yeux… Ils avaient encore cette expression de rêverie. J’avais cru reconnaître ce regard, mais c’était comme tout à l’heure, quand elle avait été submergée par les esprits des fleurs de cerisier. C’était ce regard que j’avais vu quelques instants avant que les pétales colorés ne tourbillonnent dans l’air et qu’elle ne revienne à elle. Ses yeux violet pâle étaient juste devant moi, avec des pétales dérivant autour d’elle comme avant.

« Marie, je crois que les fleurs de cerisier… » C’est alors qu’un unique pétale avait atterri sur ses lèvres.

« Oh, » dit-elle, et mes yeux avaient été attirés par ça. Le pétale mettait en valeur ses lèvres douces et colorées, et elle avait une allure mature qui ne ressemblait pas à celle d’une petite fille.

Je laissai échapper un bruit involontaire. C’était beaucoup, beaucoup plus doux que je ne l’avais imaginé, et j’avais entendu un soupir tendre qui semblait venir de loin. La jeune fille se pressa contre moi comme si elle en demandait plus, et peut-être que l’esprit m’avait affecté aussi, parce que je sentais ma tête s’engourdir, et je devenais incapable de penser. Des gens étaient passés devant nous. Mais bizarrement, je n’entendais rien de notre environnement, seulement les battements de son cœur. Quand j’étais revenu à moi, la jeune fille avait étendu son doigt vers moi et avait touché mes lèvres. Son doigt pâle et mince avait un pétale dessus et elle riait. Il faudrait encore un certain temps avant que mon cœur ne se calme. Je me croyais dans un rêve, enveloppé par des fleurs de cerisier, une elfe et un doux parfum. Les touristes avaient apprécié le beau temps et la pluie de cerisiers en fleurs lors de la fête des cerisiers en pleines fleuraisons d’aujourd’hui. Et peut-être sans rapport avec Mariabelle la demi-fée, nous avions pensé à revenir l’année prochaine.

 

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