Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe – Tome 10 – Chapitre 3 – Partie 7

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Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants

Partie 7

Quelque chose d’assez inhabituel, qui ressemblait à une sorte de tasse en papier, fut posé devant moi. Il y avait un liquide noir à l’intérieur qui sentait plutôt bon. Alors que je le regardais, Kazu me sourit.

« Je ne suis jamais monté là-haut non plus. Je ne fais pas souvent ce genre de voyage, tout comme Marie et Wridra. Nous sommes tous en train de découvrir ce pays petit à petit. En fait, on n’est pas si différents de toi, Ève », dit-il en regardant par la fenêtre.

De l’autre côté d’une large rivière, la Skytree s’estompait au loin. Les nuages brillaient au soleil, à un moment parfait de la journée. C’était une jolie vue, et je ne pouvais m’empêcher d’envier leur vie ici.

Mais lorsque nos boîtes-repas furent disposées devant nous, le paysage passa au second plan. Je ne pus m’empêcher de pousser un petit cri de joie en voyant le poisson, les légumes de montagne et la viande qui remplissaient ma boîte-repas. Le plus fou, c’est que la petite boîte était divisée en plusieurs compartiments contenant chacun un plat différent. Waouh !

Même Wridra, qui se moquait de moi une minute auparavant, avait les yeux qui brillaient en disant : « C’est exactement ce que j’attendais ! »

Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir, car je reniflais déjà la nourriture sans m’en rendre compte.

« Je sais que c’est mal élevé, mais je ne peux pas m’empêcher de renifler ! » m’écriai-je.

« Je comprends », dit Marie en approchant sa boîte de son nez pour la renifler. « Ça sent super bon. Comme nous vivons dans la nature, certains disent que nous faisons ça pour vérifier s’il y a du poison, par instinct de survie. »

Je n’avais jamais entendu ça ni jamais vu d’elfes renifler ainsi, mais j’avais simplement répondu : « C’est vrai. » Elle me donnait une excuse pour justifier mon manque de savoir-vivre, alors autant en profiter.

Alors que je me demandais si elle avait inventé tout cela, Marie porta un doigt à ses lèvres et murmura : « Chut. »

Elle avait donc inventé tout ça.

Ils ne plaisantaient vraiment pas quand ils disaient que le bento était raffiné.

Je n’arrive pas à croire que le poisson soit cru. Il est plutôt petit… Et ces trucs orange, ce sont des œufs ? Beurk, c’est dégoûtant. Je ne mangerai pas ça… Je vais juste les mettre de côté. C’est ce que j’avais pensé au début, mais j’avais décidé d’en goûter un peu, et j’avais complètement changé d’avis.

Eve, qui venait d’un autre monde, ne savait pas que les repas en boîte de ce pays étaient un peu bizarres. Partout ailleurs, les plats à emporter devaient surtout se conserver longtemps et être nourrissants. Mais les attentes des gens concernant les bentos avaient beaucoup changé depuis le succès fou des bentos makunouchi à l’époque d’Edo. Il ne suffisait plus qu’ils soient copieux.

Pour être vraiment considérés comme « iki », c’est-à-dire raffinés et élégants, les bentos devaient intégrer des ingrédients de saison, être agréables à regarder et ravir les papilles. C’était un message véhiculé par la nourriture et cet esprit « iki » avait transformé l’humble bento en quelque chose de complètement différent, qui se distinguait des plats à emporter du reste du monde.

Le wagyu, célèbre dans le monde entier, était nappé d’une sauce sucrée-salée qui le rendait si tendre qu’il se coupait comme du beurre. Sa texture riche et brillante était un vrai délice pour une elfe noire habituée à la vie dans les montagnes.

Délicieux, pensa-t-elle en appréciant l’assaisonnement subtil. Il se mariait parfaitement avec le riz et les oignons mijotés le complétaient à merveille.

Eve avait appris à utiliser les baguettes en un rien de temps, juste pour pouvoir savourer ces saveurs. Bien sûr, cela ne lui avait pas demandé beaucoup d’efforts conscients. Elle était poussée par une forte envie de dévorer le repas qui se trouvait devant elle, jusqu’à ce qu’elle maîtrise cette technique en un rien de temps.

Pendant qu’elle vivait dans le manoir, elle était tombée amoureuse de la cuisine japonaise et avait même supplié son petit ami de lui préparer son plat préféré. C’est pourquoi elle savait que le wagyu, même froid, était délicieux. Sa saveur raffinée, mais prononcée, sa jutosité concentrée et son parfum de sauce soja lui arrachaient des soupirs de plaisir.

« J’adore le bœuf », gémit-elle. Cette déclaration pouvait sembler étrange pour une elfe vivant en harmonie avec la nature, mais les deux autres acquiescèrent avec enthousiasme, ce qui ne posait donc pas de problème. Ils semblaient loin de l’imaginaire fantastique à ce moment-là, mais personne ne se plaignit.

Le problème, c’était le poisson cru. Eve avait grimacé en voyant la truite marinée dans un assaisonnement appelé shio koji, qui masquait parfaitement son odeur de poisson. Pour quelqu’un qui n’était pas habitué aux fruits de mer crus, cette seule vue suffisait à la faire grimacer. Elle porta timidement un morceau à sa bouche à l’aide de ses baguettes. Le fait de voir les filles s’extasier sur la saveur de ce mets avait dû éveiller sa curiosité. En mâchant, elle fut surprise par la texture légère et croquante qui libéra une explosion d’umami.

« Hmm », gémit-elle, les yeux bleu ciel brillants de plaisir.

À chaque bouchée, la saveur s’intensifiait, le riz semblant amplifier les vagues d’umami qui déferlaient. Eve fut agréablement surprise de constater que la marinade au koji avait éliminé toute trace de goût de poisson. La viande était plus légère que le wagyu, mais sa saveur était très intense. Sa langue fut prise au dépourvu, alors elle replongea dans son bento coloré avec ses baguettes.

Tout était si délicieux qu’elle ne pouvait plus s’arrêter. La petite elfe savourait son repas avec tant de plaisir que c’était un vrai régal à regarder. Elle fit une petite pause pour respirer, puis remarqua les champs verdoyants qui défilaient à l’extérieur.

C’est tellement joli ! Oh, des oiseaux ! Il y en a beaucoup dans ce monde aussi.

Elle était un peu surprise de se sentir aussi détendue. Le train allait plus vite qu’un cheval au galop, mais elle n’avait pas peur. Alors qu’elle se demandait pourquoi, elle jeta un coup d’œil à Kazu, assis en face d’elle et regardant par la fenêtre avec un sourire satisfait. Il mangeait lentement, savourant chaque bouchée, ce qui était inhabituel pour lui dans l’autre monde.

« Hum ? »

 

+++

Quand Kazu remarqua mon regard, il se tourna vers moi. Je ne faisais rien de mal, mais mon cœur fit quand même un bond.

« Oh, euh, je n’ais besoin de rien, » dis-je. « Tu semblais juste un peu différent de la normale. Prends-tu ton temps pour manger parce que c’est bon ? »

Je m’attendais à ce qu’il hoche la tête, mais il avait l’air troublé.

« Ouais. Je suppose que c’est probablement bon », répondit-il.

« Hein ? Tu n’aimes pas ? » lui demandai-je.

« Non, c’est juste… C’est difficile à expliquer. Ne t’inquiète pas pour moi. Profite de ton repas. »

Qu’est-ce que cela voulait dire ? Il avait l’air louche. Je l’avais regardé fixement et il détourna le regard, comme s’il cachait quelque chose. En y repensant, il avait déjà eu l’air bizarre quand on avait discuté plus tôt. Plus j’y pensais, plus ça me semblait louche. Il cachait clairement quelque chose et j’avais envie de savoir ce que c’était.

Mais Wridra avait soudainement lancé : « C’est l’heure de déguster une bière ! » Je m’étais donc levée en gardant les yeux fixés sur lui.

Tu caches vraiment quelque chose, et je vais découvrir ce que c’est !

Une serveuse en gilet bleu marine me sourit. Tout le monde ici semblait maquillé, et le rouge à lèvres de la serveuse faisait ressortir son sourire. Elle tourna un robinet doré et j’entendis un bruit de pétillement lorsque la belle bière ambrée fut versée dans un verre.

Sympa. J’aime bien, ai-je pensé. Ce n’était pas seulement à cause de son attitude, mais aussi de la façon dont elle versait la bière, avec juste ce qu’il fallait de mousse; on aurait dit qu’elle nous offrait un spectacle. Le robinet doré et brillant était très chic. Alors que je regrettais qu’il n’y en ait pas comme ça dans le manoir, j’avais remarqué que Wridra, à côté de moi, était plongée dans ses pensées.

« Hum, on dirait que tu pensais à la même chose », dit-elle.

Wridra, qui me regardait, arborait des couleurs automnales : un pull à col roulé rougeâtre et une jupe marron qui lui donnaient un air plus mature que d’habitude. Cependant, les plis au niveau de sa poitrine soulignaient davantage sa taille et « mature » était loin d’être un mot assez fort pour les décrire. Elles étaient plutôt monstrueuses.

« Ne pourrais-tu pas recréer ce robinet avec tes pouvoirs ? » lui demandai-je.

« En effet, je pourrais », répondit-elle. « Techniquement, oui. »

« Comment ça ? »

« Je peux recréer exactement le même objet en apparence, mais le problème, c’est ce qu’il y a à l’intérieur. Regarde, pourquoi crois-tu qu’il y a autant de becs ? »

Wridra désigna quelque chose et je suivis son doigt. Il y avait effectivement plusieurs robinets à bière. Je fronçai les sourcils en penchant la tête.

« Je ne comprends pas. »

« Réfléchis un peu », dit-elle en se tournant vers Marie. « Marie, qu’en penses-tu ? »

Marie leva la main, comme une élève interrogée en classe. Elle était également habillée aux couleurs de l’automne et portait une cravate autour du cou, ce qui lui donnait davantage l’air d’une élève modèle.

« C’est pour des boissons différentes, » répondit Marie. « Ça permet de séparer les saveurs. »

« Ooooh ! » J’applaudis, impressionnée. Marie gonfla fièrement la poitrine, même si c’était plutôt modeste en comparaison avec Wridra.

« Par conséquent, nous aurions besoin de différentes boissons, comme des ales, des bières artisanales et des lagers. Il ne suffirait pas de copier leur apparence. Sans savoir s’en servir correctement, elles ne seraient que de simples décorations brillantes. »

« Oh, je comprends. Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit tout de suite ? » J’y avais réfléchi, puis j’avais remarqué Kazu et je lui avais demandé : « Attends, Kazu ne pourrait pas les apporter ? Il a bien dit qu’il pouvait prendre de la nourriture et des boissons, non ? »

« Désolé, je ne peux pas, » a-t-il répondu. « Ça coûterait trop cher. »

Il était généralement gentil, mais il avait rejeté cette idée avec fermeté.

Les gens de son village buvaient comme des trous; il faudrait donc probablement être très riche pour se le permettre.

« Ne pourrais-tu pas monter une brasserie ? » lui ai-je demandé. « Wridra est riche et peut voyager loin; alors, pourquoi ne pas ramener toutes les boissons alcoolisées qui existent dans le monde ? »

« Ah ! » s’exclamèrent Marie et Wridra en même temps. Je ne comprenais pas les détails, mais chaque fois que je lançais une idée, elles réfléchissaient à ma place. Je les connaissais depuis assez longtemps pour savoir comment les faire réagir.

« Hum », fit la serveuse en s’éclaircissant bruyamment la gorge, nous ramenant à la réalité. « Voici votre commande. »

Je ne parlais pas japonais, mais je bredouillai le « Arigato gozaimasu » que je venais d’apprendre, rougissant aussitôt après l’avoir prononcé.

Le train express accéléra.

Je voyais le paysage défiler à travers les grandes fenêtres de chaque côté et à l’avant. Je me sentais un peu raffinée en poussant un « Ouf » légèrement alcoolisé.

La vitesse n’avait rien à voir avec la marche ou l’équitation; la seule chose qui s’en rapprochait était probablement un dragon volant.

Alors que je réfléchissais à tout cela, Kazu se leva de son siège. Il prit une couverture dans son sac et la posa sur Marie qui dormait profondément près de la fenêtre. Il faisait comme si de rien n’était et retourna s’asseoir, mais j’avais trouvé ce geste vraiment gentil. Cette attention m’avait rendue curieuse et je lui avais posé une question inhabituelle.

« Hé, Kazu, tu es toujours aussi gentil avec les filles ? »

« Hum, je ne sais pas si je dirais ça », répondit-il. « C’est peut-être plutôt de l’ingérence. Ou alors, je suis juste anxieux. »

Il n’y avait rien de mal à cela. J’aimais bien que les gens s’inquiètent pour moi et prennent soin de moi. Je n’aimais pas qu’on en fasse trop, mais sa façon décontractée et discrète de montrer qu’il se souciait de moi était vraiment sympa.

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