Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe – Tome 10 – Chapitre 3

Bannière de Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe ***

Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants

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Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants

Partie 1

Quand on entendait le mot « ninja », qu’est-ce qui vous venait à l’esprit ? Un combattant brandissant un katana et des shuriken ? Ou quelqu’un se fondant dans la foule pour passer complètement inaperçu tout en espionnant sa cible ? Les deux étaient probablement justes, mais les gens recherchaient généralement les sensations fortes et l’action du premier type dans les médias populaires. Le spectacle qui se déroulait sous mes yeux dépeignait un type de ninja que je n’avais jamais vu auparavant.

Il y avait une touche d’exagération et d’audace, avec de longues incantations contenant des mots comme « mort » et « tuer », ainsi que diverses répliques échangées entre les personnages. Je ne connaissais pas grand-chose aux vrais ninjas, mais ceux de la télévision formaient une bande de personnages aux personnalités variées qui s’alliaient pour combattre des méchants. C’était brillamment réalisé et les thèmes de l’amour, de l’amitié et de la trahison divertissaient constamment le spectateur. J’avais trouvé que le meilleur moment de l’émission était celui où le personnage apparaissait à l’écran en faisant coulisser la porte fusuma.

« Aaaaaah ! Le voilà ! »

Les cris étaient si fort que je n’avais pas pu m’empêcher de pousser un « Wow ! » surpris, en couvrant instinctivement mes oreilles et en m’éloignant des filles. Ce personnage était l’un des deux plus populaire au Japon. Sa voix grave et cool semblait impressionnante, même pour des garçons comme moi, et il était connu comme le plus fort de tous les temps. De plus, les téléspectateurs étaient toujours surexcités quand il apparaissait, car son entrée marquait un coup d’accélérateur dans l’intrigue et les combats.

« Shishimaru ! » Les cris aigus de l’elfe et de l’elfe noire résonnaient dans les sièges de la terrasse.

À ma grande surprise, même les yeux de Wridra brillaient. C’est elle qui avait créé l’écran géant dans ce monde onirique, mais elle n’avait pas rejoint le cercle des filles surexcitées, peut-être pour préserver sa dignité. Elle repoussa ses longs cheveux noirs et me sourit alors que je m’asseyais à côté d’elle. Même ce geste était élégant, car elle était la légendaire Arkdragon.

Elle est vraiment mature, pensai-je, mais je n’avais pas encore compris sa véritable nature.

« Oh, c’est merveilleux, n’est-ce pas ? Contemple mon sortilège magistral, Kitase ! C’est ma magie qui projette cette vidéo ! Tu dois admettre que c’est tout simplement incroyable. Rien ne vaut un anime aussi génial pour diffuser la culture du pays du divertissement ! » s’exclama Wridra en riant.

« Aïe ! Aïe ! Ne me frappe pas dans le dos, s’il te plaît ! » me suis-je plaint.

Il semblerait que Wridra était juste ravie que les filles soient captivées par l’anime. L’élégance que j’avais perçue disparut en quelques secondes, remplacée par une atmosphère exigeant des éloges. Tout ce que je pouvais faire, c’était acquiescer maladroitement, incapable d’exprimer mes réserves telles que : « Ce n’est probablement pas comme ça que les vrais ninjas étaient », « Je ne sais pas trop quoi penser du fait de regarder des animes dans un monde fantastique » ou encore « As-tu seulement le droit de diffuser ces images ? ».

Mais bon, le plan de Wridra avait fonctionné. Elle avait rendu les filles accros à l’univers des animes. C’était peut-être grâce aux personnages uniques et captivants de la série. Le personnage principal n’avait pas beaucoup de pouvoir et était méprisé par son entourage, qui travaillait plus dur que lui sans jamais obtenir de résultats. Pourtant, le voir se battre sans jamais abandonner avait poussé les spectateurs à le soutenir sans même s’en rendre compte. Dès qu’un événement apparemment insignifiant avait déclenché l’éclosion de ses pouvoirs, les filles, qui avaient bavardé tout au long de l’épisode, étaient devenues complètement silencieuses. Et quand son mentor, le garçon pour lequel elles craquaient toutes, était apparu, elles étaient complètement conquises.

Sous un ciel menaçant, rempli de nuages sombres, il prononça des incantations. Il attira l’attention de ses adversaires féroces et fit taire le public. Un combat si captivant qu’on ne pouvait pas cligner des yeux s’engagea. Comme il n’y avait pratiquement aucun divertissement de ce genre dans le monde des rêves, Eve n’était absolument pas préparée à un tel spectacle.

« Oh mon Dieu ! C’est trop cool ! C’est complètement dingue ! Les ninjas sont complètement fous ! »

Elle avait raison. Eve était super excitée, et j’aurais dû savoir qu’il valait mieux ne pas m’approcher d’elle dans cet état. Elle me secouait dans tous les sens, faisant trembler ma tête de manière incontrôlable. J’avais cru que mon cou allait se briser.

Malheureusement, je n’avais pas expliqué à Eve que ce qu’elle regardait était une fiction. Marie l’avait bien sûr compris, mais elle était trop absorbée par le film pour prendre le temps de l’expliquer. La nouveauté du format les avait d’abord captivées avec ses dialogues rapides et comiques. Alors qu’elles s’installaient pour regarder sérieusement, l’action commença. Le rythme était bien écrit, et Eve s’était penchée en avant, plus qu’au début. Même si je l’avais appelée pour lui dire que le dîner était prêt, elle aurait probablement juste hoché la tête et serait restée collée à son siège.

Les animes étaient populaires au Japon, donc je comprenais facilement pourquoi on pouvait devenir accro, mais quelque chose me dérangeait. J’avais attendu que les acclamations se calment, puis j’avais fait remarquer : « Mais Eve, tu es une vraie ninja ! »

« Non, non, non, pas du tout ! Je suis loin d’être à son niveau ! » répondit Eve, comme si elle ne pouvait pas se considérer comme son égale.

Elle était forte, rapide et belle. Je ne pensais pas qu’elle avait besoin d’être aussi modeste.

Marie, qui connaissait les animes depuis plus longtemps qu’Eve, affirma soudain d’un air suffisant : « Je vois que tu as enfin compris le charme des animes. Dans l’autre monde, ils sont diffusés pratiquement tous les jours. J’ai même du mal à suivre tous les épisodes que j’ai enregistrés. Je suppose que le fait que les séries soient trop bonnes peut être un problème en soi. »

« Quoi ?! C’est trop cool ! » s’écria Eve, le sourire aux lèvres.

Alors que Marie avait toujours été un peu vantarde, Eve avait tendance à dire ce qu’elle pensait et à convoiter rapidement ce que les autres possédaient. Sa réaction ne fit qu’alimenter le sourire satisfait de l’elfe dont les joues rougissaient de plus en plus. Le problème, c’est que je ne pouvais m’empêcher de la trouver adorable quand elle se comportait ainsi. Elle était mignonne d’habitude, mais cette expression avide sur son visage me faisait ressentir quelque chose de différent. C’était peut-être juste moi, mais il y avait quelque chose de très humain dans son attitude, même si c’était une elfe. En voyant cette expression, j’avais l’impression d’avoir remporté une victoire. Je ne savais pas pourquoi.

Alors que je réfléchissais à tout cela, Eve tourna son regard vers moi. C’était peut-être à cause de la férocité de ses grands yeux bleus, mais elle me faisait penser à un chat hautain.

« Oh, tu es vraiment incroyable, Kazu. Non seulement tu cuisines de bons petits plats, mais en plus tu m’emmènes au Japon. Mon Zarish est gentil, mais même lui ne peut pas faire ça », dit-elle en faisant la moue.

Il n’y avait probablement pas beaucoup de gens comme moi. Je ne comprenais même pas pourquoi je pouvais voyager entre nos mondes, et je ne pouvais rien y faire.

Pendant ce temps, le sourire effronté de Marie s’était encore élargi. Elle s’approcha de moi et posa sa tête sur mon épaule.

« Oh là là, tu es jalouse de lui maintenant ? Qu’est-ce qu’on va faire ? Il a plein d’avantages, mais il a toujours l’air d’un enfant. C’est un adulte mature dans l’autre monde, et il est tellement gentil avec moi que ça me surprend parfois. »

« C’est ça le plus cool ! Il est mignon ici et adulte là-bas. Tu as le meilleur des deux mondes ! Ce n’est pas juste ! Ne te vante pas devant moi, c’est super énervant ! » se plaignit Eve.

Je ne supportais pas d’être coincé entre leurs regards, comme si j’étais assis sur des charbons ardents. En plus, je ne comprenais pas comment Marie pouvait être si contente dans ce bazar. D’ailleurs, j’avais remarqué ces derniers temps que Marie était nettement plus négligente. Sa poitrine se frottait contre moi à plusieurs reprises, peut-être parce qu’elle était trop concentrée sur la conversation. À chaque contact, ma température augmentait.

Oui, je savais que Marie était mignonne. Elle avait un petit visage et une peau magnifique, presque irréelle. Ses yeux vifs semblaient m’attirer à chaque regard. Elle semblait être un être d’un autre monde, mais ses yeux violets trahissaient des désirs très humains.

« Hé, hé, il est génial, non ? » demanda Marie. « C’est rare que les autres filles voient son charme. Mais tu as bon goût, Eve. Je peux enfin me vanter de lui, ça fait plaisir. »

« Ce n’est pas juste, j’ai l’impression d’être la seule à être exclue, » répondit Eve. « Oh, bon, c’est moi qui suis généralement avec Kazu au combat. On forme un beau couple, n’est-ce pas ? Je parie que tu me connais par cœur. »

Les yeux violet pâle de Marie se posèrent sur moi, sans montrer ni colère ni tristesse, mais avec une telle intensité que j’eus l’impression qu’elle pouvait voir à travers mon âme. C’était assez déconcertant et une sueur froide me coula dans le dos. Je ne pouvais pas céder. C’était le moment de rester fort. Comme Eve l’avait dit, nous avions souvent fait équipe pour percer les lignes ennemies au combat, et il était crucial de mémoriser ses mouvements.

« Euh, environ vingt-quatre mouvements, je crois. Plusieurs fois plus, si tu comptes les petits ajustements », répondis-je.

« Pour de vrai ?! Attends, qu’est-ce qu’il y a avec ton mec, Marie ? Il semble complètement obsédé par moi. — Oh, c’est gênant. Mais c’est un homme, qu’est-ce que tu veux y faire ? » dit Eve.

« On en reparlera plus tard », déclara Marie.

Je sentais la sueur me couler à grosses gouttes le long du dos. Son ton impassible était carrément terrifiant. Sa beauté surnaturelle ajoutait une intensité qui me faisait frémir.

Marie ne me quitta pas des yeux jusqu’à ce que le prochain anime commence.

Avec un profond soupir, je m’assis à une autre place. Je n’aimais ni n’avais en horreur les dessins animés, alors je m’étais discrètement éloigné des filles. Ce n’était certainement pas parce que j’étais complètement épuisé.

« Ça doit être difficile d’être un tel tombeur », me taquina Wridra.

« Pas toi aussi… Elles se moquaient juste de moi », grommelai-je. « D’ailleurs, pourquoi es-tu si loin ? Tu ne vas pas regarder l’émission avec les autres ? »

« Hein ? Oh, je regarde. Je les regarde profiter du spectacle. »

Un cri enthousiaste retentit soudainement et Wridra esquissa un sourire en les regardant de loin. Son expression me rappela celle d’un parent regardant son enfant bien-aimé, puis ses yeux perçants se tournèrent vers moi.

« J’aime bien les émissions en direct. Regarder ce sabreur aveugle était vraiment captivant. »

« Tu veux dire ce drame historique ? » demandai-je. « Tu as toujours eu des goûts un peu old school. »

Wridra esquissa un sourire à ma remarque. Même si elle vivait depuis des siècles en tant qu’Arkdragon, elle avait passé d’innombrables heures à regarder des films et des séries sous sa forme féline. Peut-être que son obsession pour le divertissement n’était pas si différente de celle de Marie. Mais lorsqu’elle était trop absorbée par quelque chose, personne n’était plus pénible qu’elle.

« Contemple ma lame cachée ! »

Wridra sortit une épée fine de son fourreau d’un geste vif. Vêtue comme une guerrière japonaise, elle avait peut-être envie de faire un peu de cosplays. Une fois qu’elle eut remis la lame dans son fourreau avec un clic sec, un ornement en pierre situé à proximité glissa en diagonale et fut tranché net. Je la regardai, stupéfait par la rapidité de sa technique, qui semblait tout droit sortie d’un anime.

« Tu ne vas pas me couper aussi, hein ? » demandai-je.

« Hum. Ne t’inquiète pas », dit-elle en souriant. « J’ai utilisé le côté plat de ma lame. »

Je passai la main sur mon corps et ne trouvai aucune trace de sang ni de coup.

C’était juste une blague, me dis-je avec soulagement, et je lui souris. Je réalisai alors que j’avais encore beaucoup à apprendre sur la personnalité de Wridra. « Ha ha… Hein ?! »

***

Partie 2

Soudain, mes vêtements furent réduits en lambeaux. Je regardai avec stupéfaction les confettis de tissu qui constituaient auparavant ma tenue, l’esprit rempli de jurons indignés contre son audace.

Derrière le sourire radieux de Wridra, j’aperçus les visages choqués de Marie et Eve. Un frisson me parcourut lorsque leurs yeux quittèrent lentement mon visage pour se poser sur moi.

« S-S-Surcharge ! »

J’activai ma compétence à la vitesse de l’éclair, disparaissant de leur champ de vision. De loin, j’entendis : « Ha, ha, regardez cette expression désespérée sur son visage ! » suivi d’un éclat de rire. Même si j’avais l’habitude d’avoir l’air plutôt décontracté, j’aurais aimé qu’elles comprennent que je pouvais aussi m’énerver.

Le chant des oiseaux parvint à mes oreilles. Le paysage, empli d’une nature luxuriante, aurait été parfait pour un pique-nique avec un panier-repas ou un barbecue. Pourtant, je boudais, le visage renfrogné.

« Incroyable », avais-je grommelé. « Elle m’a laissé tout nu… Mes vêtements ont complètement disparu. J’espère qu’elle ne m’a pas accidentellement coupé quelque part. »

J’étais dans un buisson, loin du manoir, marmonnant des plaintes entre mes dents. L’obscurité ambiante me déprimait encore davantage, mais heureusement, je semblais indemne.

« Je crois que je vais bien », marmonnai-je, avant de réaliser qu’une femme se tenait devant moi. Non, je n’allais pas bien du tout.

Les yeux bleu ciel de Shirley étaient écarquillés, ses cheveux blonds étaient attachés en un chignon charmant à l’ancienne. Ce n’était pas le moment de la complimenter sur son style. À sa tenue, je voyais qu’elle était sortie se promener. Son visage rougissait de plus en plus.

Elle ne faisait pas de bruit, mais on aurait dit qu’elle poussait des cris aigus. Son expression anéantit l’espoir que j’avais de ne pas la déranger avec ma nudité, alors qu’elle était une sorte de fantôme. Même si elle se couvrait le visage avec ses mains, elle fixait quelque chose entre ses doigts tremblants. Je ne dirai pas de quoi il s’agissait.

Bientôt, mon cri retentit dans toute la forêt, provoquant de nouveaux éclats de rire chez une beauté aux cheveux noirs. Je pouvais entendre ses rires grossiers et sonores d’ici. Le deuxième étage, en constante expansion, s’était peuplé et devenait de plus en plus animé chaque jour. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de penser que cela aurait pu être un peu plus calme.

« Argh, quel désordre ! » dis-je en soupirant alors que je retournais au manoir. « Je vais éviter Wridra quand elle est de bonne humeur. Je ne veux pas avoir à gérer ça à nouveau. »

Je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre; c’était comme éviter un chien qui aboie. Et si Wridra venait vers moi ? Je laisserais tomber tout de suite, bien sûr. C’était un Arkdragon, je n’avais aucune chance de gagner. Je perdrais dès qu’elle s’approcherait de moi.

Heureusement, j’étais spécialisé dans les techniques de mouvement et je pouvais me vanter d’une grande vitesse de fuite. C’est ainsi que j’avais échappé à Shirley, même si je devais encore trouver une excuse pour expliquer pourquoi je me promenais nu dans la forêt.

Pour information, j’avais récupéré mes vêtements actuels dans la pièce annexe. Me faufiler tout nu en espérant ne pas être repéré était un véritable cauchemar. Franchement, je ne voulais plus jamais revivre ça. C’est ce que je pensais en traversant le manoir quand je remarquai quelque chose au bout du couloir.

« Hein ? Une poupée blanche décorative ? »

La figurine était lisse comme de la porcelaine et avait des bras et des jambes comme n’importe quelle poupée. Pourtant, elle était globalement ronde et présentait une tache noire sur la tête. Ce qui me dérangeait, c’était de comprendre pourquoi quelqu’un avait pris la peine d’exposer une chose pareille. J’aurais compris s’il s’agissait d’un objet mignon, comme un ours en peluche, mais pas de ça.

Je la regardai fixement tout en essayant de passer, jusqu’à ce que deux lumières rondes clignotent sur son visage. Elle cligna plusieurs fois des yeux, puis ce que je prenais pour une statue donna un coup de tête en avant.

« Waouh, ça bouge ! » m’écriai-je, surpris par le mouvement étrangement fluide de cette chose apparemment inanimée. N’importe qui aurait été surpris. Après tout, j’étais dans un couloir faiblement éclairé, sans aucun signe de vie aux alentours.

La chose me fixait, une main levée vers sa bouche, et ses lumières qui ressemblaient à des yeux clignotaient. Sa forme ronde et sans cou n’était pas intimidante, mais le fait de la voir de si près me donnait un peu la chair de poule.

« Bonjour. Je m’appelle Kalina. Qui êtes-vous, vous qui êtes effrayé par mon apparence ? »

J’avais été surpris par cette voix féminine. Son élocution était un peu mécanique, presque froide, mais il y avait une pointe d’humour dans la façon dont elle penchait la tête et me regardait.

Comme je me souvenais qu’elle m’avait salué, je savais que je devais répondre. Alors que j’étais généralement en train de m’amuser ou de dormir, Kalina avait l’air carrément bizarre. Mais je devais quand même répondre comme un membre respectueux de la société.

« Bonjour » répondis-je. « Dans ce monde, on m’appelle Kazuhiho. »

« Dans ce monde ? » demanda Kalina en riant doucement. « C’est une façon inhabituelle de le dire. On dirait presque que vous en connaissez plusieurs. Est-ce que ce monde est merveilleux pour vous ? »

Ses yeux se plissèrent en forme de croissant, ce qui semblait être un sourire. Au début, je pensais qu’il s’agissait d’une entité inconnue dont je devais me méfier. À ma grande surprise, elle était facile à aborder. C’était peut-être sa façon polie et douce de parler.

« Ouais, cet endroit est comme un rêve. Tu ne trouves pas ? » demandai-je.

« Absolument. Je suis contente que vous pensiez comme moi », répondit-elle en faisant quelques bonds espiègles et charmants.

Je me demandais d’où elle venait et qui l’avait amenée ici. Nous étions dans le manoir de l’Arkdragon; il était donc peu probable qu’elle se soit aventurée ici toute seule.

« Tu attends quelqu’un ici ? » lui demandai-je.

« Non, » répondit-elle, « j’attends une mission très importante. Je dois savoir me présenter correctement, sinon je risque de ne pas être bien accueillie. »

« Quoi ? Qui pourrait bien ne pas s’entendre avec toi ? » demandai-je.

« Je ne sais pas. Je suis née récemment. Vous êtes la deuxième personne à qui je parle, alors je manque de confiance en moi. Ce corps a été assemblé à la hâte… »

Elle baissa les yeux, l’air abattu. Sa tête et son torse étaient fusionnés, ce qui la rendait encore plus mignonne.

Soudain, elle se redressa et ajouta : « Mais bon, discuter avec vous m’a un peu rassurée. Si je ne me trompe pas, je crois que j’ai fait bonne impression et que vous vous souviendrez de mon nom ! C’est une excellente nouvelle. »

« Je suis content d’avoir pu te redonner confiance. J’espère que tu ne le prendras pas mal, mais tu es vraiment adorable. Je parie que tout le monde va t’adorer. »

Kalina se figea à cette remarque. Je me demandai si j’avais dit quelque chose de mal, mais elle porta sa main ronde et sans doigts à sa poitrine et la serra. Elle émit un petit « hum » qui ressemblait à un souffle triomphant, que j’interprétai comme un signe de satisfaction.

Elle est bizarre, pensai-je alors qu’elle s’inclinait poliment. Je ne m’attendais pas à de telles manières de la part de quelqu’un d’aussi singulier.

« Je suis désolée de vous avoir dérangé avec cette conversation soudaine », dit Kalina. « Que cette journée soit merveilleuse pour vous, maître Kazuhiho. »

« Ça ne m’a pas dérangé du tout », répondis-je. « Merci de m’avoir parlé, c’était sympa. Je te souhaite bonne chance. »

Elle me fit un signe enthousiaste alors que je m’éloignais. Le mystère restait entier. Qui était-elle ? Elle avait une voix de femme, mais son apparence ne correspondait pas vraiment aux catégories traditionnelles de genre. Je m’étais dit que je finirais bien par le découvrir. Le deuxième étage n’était pas très grand; quelqu’un finirait bien par me le dire. Si Kalina avait su ce que je venais de vivre, elle ne m’aurait probablement pas souhaité une « merveilleuse journée ».

Je soupirai, puis je me remis en route vers la cour.

Quand j’arrivai enfin sur la terrasse, je les trouvai tous en train de s’amuser comme des fous, sans se soucier le moins du monde de moi. Je ne m’attendais pas à ce que le groupe s’inquiète, après tout, je m’étais retrouvé nu et j’étais parti tout seul. Hé, hé.

Apparemment influencées par l’anime qu’elles venaient de regarder, les filles imaginaient des techniques de ninja et des poses cool et spectaculaires. Jouer à faire semblant était un jeu d’enfant, mais le métier de ninja d’Eve rendait cela pertinent pour son travail. Elle levait l’index, dans le geste classique des ninjas, qui, bien qu’historiquement exact, n’était probablement pas utilisé à l’époque.

Et puis, il y avait sa tenue, probablement préparée par Wridra. Elle portait une tenue de ninja avec une fente qui remontait jusqu’à la limite, des hanches aux cuisses, et même jusqu’aux aisselles. Cette dernière était un peu exagérée. Un vrai ninja aurait probablement été pris de vertige en la voyant. J’avais d’abord voulu dire beaucoup de choses, mais j’avais changé d’avis, pensant que c’était peut-être approprié.

Après m’être ridiculisé tout à l’heure, j’essayais de me rendre invisible et de me glisser dans un coin. Alors que je m’avançais lentement, Eve tourna soudainement la tête vers moi. Malheureusement, son instinct était toujours aussi affûté. Je m’attendais à être moqué après l’humiliation que je venais de subir, mais à ma grande surprise, l’Elfe noire s’était simplement détournée en soupirant. Ses lèvres s’étaient pincées et sa voix s’était légèrement brisée lorsqu’elle me lança un « Yo ».

La réaction de Marie était plus évidente. Lorsqu’elle remarqua le regard d’Eve, elle se tourna vers moi et se figea. Ses joues avaient viré au rouge sous mes yeux, et j’avais cru voir de la vapeur sortir de sa tête.

« Attends, tu as vu… »

« Non, rien ! Pas du tout ! » m’interrompit-elle. « Tu as disparu si vite que je n’ai rien vu ! N’est-ce pas ? »

Alors que Marie démentait, Eve détournait toujours le regard, hochait la tête avec raideur et marmonnait maladroitement : « Ouais… ».

Sa réaction était loin d’être rassurante et je me sentais plus mal à l’aise que jamais. Pour une raison que j’ignore, j’avais envie de mettre fin à mes jours sur-le-champ.

Toi, madame Arkdragon. Ne cache pas ta bouche comme ça et ne te moque pas de moi. C’est toi qui as causé tout ce désordre, me plaignis-je.

« Ha, ha, tu as eu de la chance d’être sous ta forme enfantine. Si j’avais fait la même chose dans l’autre monde, tu ne t’en serais pas tiré avec une simple bouderie », dit Wridra.

Elle avait raison. Je ne pouvais pas me venger d’elle ici, mais au Japon, elle se transformait généralement en chat, ce qui signifiait que je pouvais agir. J’avais commencé à imaginer de terribles vengeances, comme lui voler de la nourriture délicieuse sous le nez. Puis, j’avais remarqué que sa lame était dégainée et j’avais abandonné cette idée. La paix était sans aucun doute la meilleure option.

***

Partie 3

« Bon, oublions tout ça », ai-je dit. « Pourquoi as-tu décidé d’organiser une soirée anime ? »

« Quand j’ai parlé de Sengoku Mura à Eve, elle a été très intriguée », expliqua Wridra en faisant référence au village des Royaumes combattants. « J’ai pensé que ce serait un excellent moyen de se préparer pour la visite. Un peu comme ce que tu fais souvent. »

« Hein ? Moi ? »

Elle rit doucement, se pencha vers moi et murmura : « Tu crées de l’anticipation avant l’événement. Tu ne peux pas me tromper. C’est clairement un effort délibéré de ta part. »

La lumière du soleil diminua et ses yeux d’obsidienne se plissèrent tandis qu’elle souriait malicieusement. J’acquiesçai, presque sans réfléchir, non pas parce que j’étais intimidé ou menacé, mais à cause de son aura étrange.

Wridra avait beaucoup changé depuis notre première rencontre. Elle avait toujours cette part d’enfant en elle, mais c’était peut-être la force qu’elle avait acquise en tant qu’Arkdragon et mère. Même si j’étais impressionné, j’avais envie de lui dire quelque chose.

J’avais demandé avec hésitation : « Est-ce en rapport avec le fait que tu m’as déshabillé tout à l’heure ? »

« Idiot, » dit-elle en se moquant, la joue appuyée sur sa main. « Bien sûr que non. J’ai juste trouvé ça marrant. »

« D’accord. » Je m’affalai et approuvai. Je pensai qu’elle n’y avait pas réfléchi davantage. Ça ne m’aurait pas moins agacé si elle l’avait fait.

Ses longs cheveux noirs et brillants dansaient dans le vent tandis qu’elle me souriait. Ses yeux légèrement bridés se plissèrent, lui donnant un air à la fois mature et espiègle. Derrière elle, sa queue de dragon se balançait joyeusement.

Au Japon, c’était le plein automne. Au lieu de préparer ma vengeance, j’avais décidé qu’il serait bien plus amusant d’organiser notre voyage. C’est avec cette idée en tête que je m’installai dans un fauteuil, et un adorable visage d’elfe s’approcha de moi.

Eve, elle, gardait ses distances, peut-être à cause de ce qui s’était passé plus tôt. Elle s’était positionnée de manière à ce que Marie soit assise entre nous, agrippant le dossier de sa chaise à deux mains. Ses joues étaient rouges et elle me regardait avec inquiétude.

« Je ne pensais pas que les choses deviendraient aussi chaotiques avant même d’avoir commencé à planifier le voyage », commentai-je. « Quoi qu’il en soit, Wridra et Eve, je voudrais vous inviter officiellement à visiter les attractions touristiques. Je suppose que tout est prêt pour le voyage ? »

« Bien sûr », répondit Wridra.

« Tout à fait ! » confirma Eve.

Toutes deux m’avaient adressé un sourire éclatant. L’enthousiasme d’Eve était une chose, mais l’assurance de Wridra me confirmait que tout allait bien. Par « dispositions », j’entendais les anneaux spéciaux qui permettaient de contrôler le caractère sauvage du Dragon de la Providence et de Zarish. Sans leurs maîtres, ces deux-là pouvaient se déchaîner comme des bêtes en liberté.

Wridra faisait comme si tout était sous contrôle, son sourire satisfait s’élargissant encore davantage. Elle écarta ses lèvres rouges brillantes et dit : « À propos, j’aimerais vous présenter quelqu’un. »

« Hein ? Qui ? » demandai-je.

« Oh ? » dit Marie, intriguée. « Qui veux-tu nous présenter ? »

Nous échangeâmes des regards interrogateurs, nos yeux violet clair se fixant les uns les autres. Voir ces yeux mystiques de si près était presque insupportable. Même si j’aurais dû y être habitué à présent, je ne pouvais pas résister à ses longs cils qui encadraient son regard.

Je sentis soudain une tape sur la tête.

« Pourquoi m’as-tu frappé ?! » m’écriai-je.

« Idiot. Dois-je vraiment t’expliquer pourquoi ? Tu baves devant cette elfe dès qu’elle te jette un regard », rétorqua Wridra. « Et toi, Marie. Arrête de le séduire dès que tu en as l’occasion. »

« Quoi ? » balbutia Marie. « Je ne séduis personne ! Et même si c’était le cas, ce serait pour user de mon charme… Tu sais, de manière plus sophistiquée et mature. C’est tout à fait normal en ville… Hé, arrête de me pincer le nez ! »

Wridra, agacée par l’attitude effrontée de Marie, lui pinça le nez. Mais l’Arkdragon semblait plutôt amusée en regardant l’elfe protester dans le vide.

Apparemment satisfaite, Wridra lâcha brusquement le nez de Marie.

« Très bien, » dit-elle. « Quoi qu’il en soit, j’aimerais vous présenter une nouvelle amie. — Kalina, viens ici. »

Une voix robotique familière répondit derrière moi. Je me retournai et vis la même silhouette que j’avais aperçue dans le couloir un peu plus tôt.

« C’est toi ! » m’écriai-je.

« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit vous, maître Kazuhiho », dit Kalina en gloussant. « Mais j’espérais secrètement que ce soit vous. Et la dame à vos côtés doit être Mlle Mariabelle. Elle est magnifique. Vous formez un couple parfait. »

Kalina s’avança en se dandinant sur ses petites jambes et son corps trapu et rond. Lorsqu’elle atteignit enfin nos sièges, elle leva les yeux et ses yeux, semblables à des lumières, s’incurvèrent en un sourire.

« Permettez-moi de me présenter correctement, » dit-elle. « Je m’appelle Kalina. Je ne suis qu’un terminal conçu pour une utilisation à distance. J’ai peut-être cette apparence, mais Lady Wridra m’a accordé le privilège spécial de la conscience. Impressionnant, n’est-ce pas ? »

Jusqu’alors méfiante envers Kalina, Marie s’adoucit devant ses mots charmants et esquissa un sourire.

« Oh, tu es impressionnante, n’est-ce pas ? » dit Marie en se penchant vers elle.

Elle ne put s’empêcher de caresser la tête de Kalina, même s’il s’agissait de leur première rencontre. Son apparence amusante et adorable, ainsi que sa façon polie et enfantine de parler, étaient difficiles à résister. Kalina rit fièrement et joyeusement lorsque la jeune elfe lui caressa la tête.

« Puisque j’ai été convoquée ici, cela signifie-t-il que je peux vous être utile d’une manière ou d’une autre ? » demanda Kalina. « Si c’est le cas, ce serait formidable. J’ai toujours rêvé d’être appréciée par les autres. »

« Kalina, » dit Wridra. « Tu es une travailleuse acharnée et tu as l’esprit vif. En temps voulu, tu recevras la gratitude non seulement de ma part, mais aussi de beaucoup d’autres. Maintenant, parlons de la raison pour laquelle je t’ai amenée ici. »

Wridra se leva de son siège et commença à retirer les bagues en or qui ornaient ses doigts. Ceux qui étaient assis près d’elle pouvaient voir qu’il ne s’agissait pas de simples bijoux. Un étrange bourdonnement retentit lorsque la bague glissa le long de son doigt, suivi d’un bruit semblable à celui du bois qui craque juste avant de se rompre.

Pendant ce temps, Kalina enfila une paire de gants blancs sans doigts qui lui allaient comme un gant. Elle se tint à côté de l’Arkdragon qui laissa tomber la bague dans ses mains avec désinvolture.

Kalina fixa l’anneau avec attention et dit : « C’est clairement l’œuvre de Dame Wridra; la qualité de la magie est inégalée. L’anneau est si dense et pourtant si parfait qu’il ne provoque aucune tension excessive chez celui qui le porte. Il est absolument magnifique, comme la plus belle des gemmes. »

Wridra sourit et retira les autres bagues une par une. « Elles ont le pouvoir de sceller la puissance du Dragon de la Providence, mais elles ne domptent pas entièrement sa férocité. Elles le guident simplement vers le chemin que je lui ai tracé. Le dragon perdu qui s’accrochait bêtement à ses rêves du passé n’est plus. »

« Vous avez toujours été si gentille », intervint Kalina. « Je pense que “salaud” serait un titre plus approprié pour un homme aussi déplorable. »

Kalina avait parlé poliment, et j’avais été pris au dépourvu quand elle avait lancé une insulte avec désinvolture, même si cela semblait en quelque sorte approprié. Peut-être était-ce simplement son ton mécanique qui rendait ses émotions difficiles à déchiffrer.

Nous regardâmes Kalina ranger les bagues dans un écrin et le refermer d’un coup sec.

« Je m’en occuperai pendant votre absence. Je garde aussi votre bague, Mlle Eve ? »

« Hein ? La mienne ? » demanda Eve en clignant des yeux. « Oh, c’est vrai, je suis censée te la donner pendant le voyage. Hum, je la porte depuis si longtemps que je vais me sentir bizarre sans elle, mais je suppose qu’il n’y a pas d’autre solution. Je devrais peut-être écrire mon nom dessus pour qu’elle ne se perde pas avec les autres ? »

« Pas besoin, » lui assura Kalina. « Vous devez être vraiment exceptionnelle pour avoir créé une bague comme celle-ci. J’attendais avec impatience de discuter avec vous depuis que j’ai appris que vous seriez formidable. »

Eve n’avait pas l’habitude de recevoir de tels compliments. Elle recula brusquement, marqua une pause de quelques secondes, puis se ressaisit et se précipita vers Kalina pour la serrer dans ses bras.

« Oh, mon Dieu, tu es trop gentille ! D’où viens-tu ? D’une boutique ? Je veux y aller aussi ! Tu dois rester avec moi pour toujours ! »

« Je ne suis pas à vendre, » dit Kalina en riant, « à moins que Lady Wridra ne mette un prix sur ma tête. »

Wridra donna une petite tape sur la tête d’Eve, l’air agacé, et soupira : « Idiote. Bien sûr qu’elle n’est pas à vendre. »

« Quoi ? Allez ! » protesta Eve. « Laisse-la-moi juste un instant ! Je te la rendrai ce soir ! »

Kalina se plaça entre elles, hésitant brièvement, puis son sourire resplendit à nouveau.

Je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait, car elle semblait très anxieuse dans le couloir tout à l’heure. Elle semblait ravie d’avoir pu se présenter correctement et d’avoir reçu de l’affection. Nos regards se croisèrent et elle me sourit.

Il n’y avait pas que Kalina. Je remarquai que toutes les autres femmes me regardaient, les yeux pleins d’espoir, ce qui me donna soudain une bouffée d’excitation. Pour une raison que j’ignorais, je m’imaginais monter dans un train avec elles, choisissant avec impatience des bentos ordinaires à la gare.

« Allez, c’est parti pour notre voyage à Nikko ! Tout le monde est prêt ? »

J’avais du mal à dormir la veille d’un grand voyage. Les filles avaient applaudi et poussé des cris de joie, et je m’étais demandé si elles allaient réussir à dormir.

Pendant ce temps, je n’avais pas remarqué la femme qui observait la scène depuis derrière un lampadaire en pierre. Ses yeux bleu ciel contrastaient fortement avec son visage qui rougissait, et elle semblait perdue dans ses pensées.

 

+++

J’entendais des voix, peut-être proches, peut-être lointaines. Même si je sentais qu’il y avait des gens à proximité, j’avais juste envie de dormir un peu plus longtemps. Les couvertures étaient légères comme une plume, parfaitement chaudes, et sentaient incroyablement bon.

Mon corps avait besoin de repos, et il aurait été dommage de renoncer à cette douce somnolence. Je risquais de me faire gronder pour avoir trop dormi, mais qu’importe ! J’accepterais volontiers la punition qui m’attendait. Alors que je m’étais honteusement rendormie, j’entendis quelqu’un m’appeler.

« Eve, il est l’heure de se lever. »

Une voix douce et maternelle, accompagnée d’un petit rire, résonna juste à côté de moi. J’avais toujours envie de dormir, mais lorsque j’ouvris les yeux, ma somnolence disparut instantanément. C’était comme si quelqu’un m’avait versé un seau d’eau froide sur la tête.

Le chaos envahit ma vision. Il y avait une boîte avec des chiffres lumineux à l’intérieur. Des figures plates, pas des dessins, bavardaient dans une langue inconnue, dans un cadre carré. Même les reliques magiques enfouies profondément dans les ruines ne pouvaient rivaliser avec ce que je voyais. Je n’avais jamais vu les outils de la pièce, mais leur conception était logique.

« Le Japon ! » m’écriai-je en réalisant où j’étais.

***

Partie 4

Baignée par la lumière du soleil qui filtrait à travers les rideaux, je me redressai. Mes cheveux un peu ébouriffés brillaient sous le soleil, dans le coin de mon champ de vision.

Le Japon est le nom d’un pays lointain. J’y étais déjà venue une fois, mais je ne comprenais toujours pas grand-chose. Mais je m’étais tellement amusée la dernière fois que je ne pouvais m’empêcher de rire aux éclats.

« Bonjour. Tu es déjà pleine d’énergie, hein ? » me dit un gars qui avait l’air endormi.

Kazu était grand ici, ce qui était inhabituel. Il avait grandi au Japon, mais je ne savais toujours pas comment. Ces derniers temps, je faisais souvent équipe avec Kazu, et nous étions devenus beaucoup plus proches depuis notre dernier séjour au Japon. Je n’avais pas besoin d’être sur mes gardes avec lui, ce qui le rendait bien meilleur que les autres mecs. Honnêtement, c’était plutôt sympa. Il n’était pas du genre à faire des choses inappropriées ou étranges avec moi. Même s’il faisait des choses étranges, comme cuire joyeusement une pizza dans un labyrinthe rempli de monstres.

« Bonjour », répondis-je. « À en juger par ton apparence, on doit être au Japon, non ? »

« Ouais. Bienvenue. Fais comme chez toi », dit-il avec un sourire doux qui le faisait paraître plus mature. Je me rendis compte que j’étais bien plus âgée que lui lorsqu’il se pencha soudain vers moi et me murmura à l’oreille, comme s’il me confiait un secret :

« C’est ce que j’aimerais dire, mais on a un programme chargé aujourd’hui. Tu devrais vraiment te lever. »

« Hein ? Quel programme ? On vient juste d’arriver… Oh ! »

Je m’étais réveillée d’un coup. Les yeux grands ouverts, j’avais repoussé les couvertures.

Oui, aujourd’hui, nous partons visiter le Japon ! Sans perdre de temps, je m’étais levée d’un bond, j’avais commencé à retirer mon pyjama, puis je m’étais figée et je l’avais remis. Merde, j’avais oublié qu’il était là.

Je m’arrêtai et murmurai : « Désolée. Je ferai attention. »

« Ouais, » balbutia-t-il. « Tu peux te changer dans la pièce d’à côté. Marie et Wridra sont là, ça risque d’être un peu à l’étroit. »

J’avais échappé belle. Sachant à quel point Kazu était inoffensif, je m’étais trop détendue et mon radar anti-danger n’avait pas sonné. Une partie de moi ne le voyait pas comme un homme, mais plutôt comme un petit animal. Pourtant, il semblait différent en tant qu’adulte. Il avait l’air mature dans le labyrinthe, mais ici, il semblait plus fiable. Peut-être étais-je perdue dans mes pensées ou simplement ailleurs, car cela faisait une éternité que je n’étais pas venue au Japon; j’avais la tête dans les nuages.

« Eve, les vestiaires sont là-bas. Wridra t’a préparé des vêtements », m’expliqua Kazu.

« Merci », répondis-je en ouvrant la porte sans faire attention.

Marie était là, en train d’accrocher son soutien-gorge dans le dos, et Wridra enfilait des bas noirs.

Merde, pensai-je immédiatement, et le vestiaire résonna du cri aigu de Marie. Je m’étais retournée en panique et j’avais vu que Kazu m’avait déjà tourné le dos et s’éloignait rapidement.

« Ouah, rapide ! C’est pour ça que je l’ai sacré le mec le plus sûr qui soit ! Il doit être habitué à ce genre de situation ! »

« Eve, arrête de réfléchir et ferme la porte ! » me lança Marie.

Elle avait raison. Je m’inclinais en signe d’excuse et refermais doucement la porte derrière moi d’une main.

« Désolée. »

Un pull en laine qui semblait bien chaud, un demi-manteau et une jupe à carreaux assez courte pour laisser entrevoir mes sous-vêtements étaient exposés. Je regardais chaque pièce quand quelqu’un me parla dans le dos.

« Il y a plein de vêtements, choisis ce que tu veux », dit Marie. « Si tu veux quelque chose en particulier, demande à Wridra. Elle te le fera. »

La tenue de Marie était si bien assortie que c’était impressionnant. Sa jupe et sa cravate étaient parfaitement assorties, et sa chemise à col ainsi que son gilet marron lui donnaient l’air d’une femme raffinée. Elle était trop mignonne. J’appréciais son élégance en jetant un coup d’œil à Wridra.

 

 

Non, je ne peux pas. C’est beaucoup trop obscène.

À première vue, son col roulé rougeâtre semblait sage, mais tout le monde allait forcément regarder sa poitrine. Même moi, qui suis une fille, ne pouvais pas m’empêcher de la regarder. Ses cheveux noirs étaient coiffés de manière à mettre en valeur sa nuque et cette longue jupe cintrée à la taille était très sexy. J’étais plutôt confiante en ma silhouette, mais à côté d’elle, j’avais envie de m’excuser.

« Eve, on y va bientôt », intervint Marie. « Dépêche-toi de choisir quelque chose. »

« Oh, désolée ! » Je n’avais pas pu m’empêcher de critiquer leur style vestimentaire.

Marie était adorable, même quand elle me grondait. Elle avait des yeux d’elfe féroce quand elle me réprimandait, mais elle m’aida quand même à choisir mes vêtements. Elle était petite comme une enfant, mais il y avait quelque chose de charmant dans sa façon d’agir comme une grande sœur. Si j’avais une sœur comme elle, je la gâterais probablement beaucoup. Attends, est-elle plus âgée que moi ? C’était difficile à croire. Peut-être avait-elle menti sur son âge pour jouer la grande sœur autoritaire.

Pendant que je réfléchissais, je regardai la grande sélection de vêtements.

« As-tu un short ? Quelque chose de facile à porter ? » demandai-je.

« C’est l’automne. Tu vas geler dehors », répondit Marie.

« Non, ça ira. Il fait bien plus froid dans le labyrinthe et j’aime les vêtements qui ne me gênent pas. Oh, celui-là a l’air bien. Léger, extensible, et parfait pour courir. »

Je devais être particulièrement résistante au froid. J’avais entendu dire que c’était parce que les elfes noirs abritaient des esprits, mais qui sait ?

J’avais attrapé un pantalon noir moulant avec une seule bande sur le côté. Ensuite, Marie et Wridra me choisirent d’autres vêtements en partant de ce pantalon, l’un après l’autre.

« Ce t-shirt, ce sweat à capuche et ces baskets devraient convenir », déclara Marie.

« Oui, ça devrait permettre une bonne mobilité », approuva Wridra. « Ce short peut également se porter par-dessus le collant. »

Leur rapidité avait de quoi surprendre, alors que j’étais réputée pour être rapide. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer leur sens de la mode. Elles savaient ce qu’elles faisaient, alors que j’étais plutôt maladroite dans ce domaine.

« Ça me va bien », dis-je en me regardant dans le miroir.

« Si ça te va, on y va », dit Marie. « Allez, par ici. »

« Hein ? Déjà ? » demandai-je. « Je veux voir s’il y a autre chose. »

Marie me tira par le bras et je trébuchai en direction de la porte d’entrée. Lorsqu’elle s’ouvrit, elle révéla un ciel bleu d’une beauté saisissante. Au loin, une tour semblait assez haute pour atteindre les nuages et des bâtiments s’étendaient à perte de vue. Même une ville fortifiée florissante ne pouvait rivaliser avec cet endroit. Tout était si haut que je ne savais pas comment ils avaient pu construire tout cela, et les bâtiments avaient tellement d’étages que je ne pouvais pas les compter. Je n’avais pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil par-dessus la balustrade pour regarder en bas.

Oh, voilà Kazu. Il marchait dans la rue en contrebas et me vit, me faisant signe de la main.

Alors que je lui répondais, Marie intervint : « On n’a pas le temps de faire coucou, Eve. Allez, suis-moi. »

« Attends, pourquoi te dépêches-tu ? » lui ai-je demandé en la rattrapant. « Où allons-nous déjà ? J’ai encore la tête dans le brouillard depuis que je me suis réveillée. »

Marie s’arrêta brusquement, puis appuya sur un bouton qui s’alluma. Ses cheveux blancs flottaient dans le vent alors qu’elle se tournait vers moi, un vrombissement retentissant dans son sillage.

« Nikko, bien sûr », répondit-elle en souriant. « On doit aller au village des ninjas. »

Mes yeux s’écarquillèrent. Mais oui, bien sûr ! Je m’en souvenais enfin. Nous allions passer une journée géniale.

« Allons-y ! » Je criai plus fort que je ne l’aurais voulu, puis je mis rapidement la main devant ma bouche. Marie trouva cela hilarant et me serra la main en riant aux éclats. Le grand jour était enfin arrivé !

La dernière fois que j’étais venue au Japon, j’avais été traînée à Grimland sans savoir ce qui m’attendait. En y repensant, j’en éprouvais de la nostalgie. À l’époque, j’étais tellement excitée que je n’arrivais pas à dormir, et c’était génial.

J’entendis un ding, puis une porte coulissante s’ouvrit sur un tout petit espace. Il était à peine assez grand pour accueillir quelques personnes, et il n’y avait pas de sortie, ce qui était plutôt étrange. Cela aurait pu effrayer mon moi d’autrefois, mais quand Marie me tira vers l’avant, j’y entrai, le cœur battant à tout rompre.

Ça va être génial !

 

+++

Une route parfaitement goudronnée semblait s’étendre à l’infini. Même lors de ma deuxième visite, voir ces choses appelées « voitures » filer à toute allure était encore assez fou. Mais elles ne m’effrayaient plus autant.

« Il y a une ligne peinte sur le sol », ai-je fait remarquer. « Oh, cette chose bizarre brille en vert. Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ça veut dire qu’on peut traverser la rue », m’expliqua Marie. « Allons-y. »

La petite elfe me tira par la main et je remarquai que les voitures autour de nous s’étaient arrêtées. Il semblait qu’il y avait des moments où l’on pouvait traverser en toute sécurité. Ce n’était pas le cas avec les calèches tirées par des chevaux. Les chevaux piétinaient, leurs sabots claquaient, et les cochers vous criaient dessus si vous vous mettiez en travers de leur chemin. S’ils vous heurtaient, ils faisaient comme si de rien n’était; c’était peut-être juste un problème de caractère.

Des bâtiments poussaient partout, comme s’ils avaient jailli du sol. Des arbres jaunes bordaient les rues et le verre était utilisé partout, dans les magasins comme dans les maisons, bien qu’il s’agisse d’un matériau sophistiqué et coûteux. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer les vitrines illuminées des magasins. J’avais l’air d’une campagnarde, ce qui m’aurait normalement embarrassée, mais je m’étais laissée porter par le courant et j’avais suivi Marie qui me tenait par la main.

« C’est dingue ! » dis-je. Je ne pouvais pas m’empêcher de regarder partout. « Oh, un chien ! »

« Eve, dépêchons-nous de traverser, » me pressa Marie. « Les passages piétons sont chronométrés. Si tu es trop lente, les voitures vont klaxonner. »

« Ouah, ça fait peur ! »

Kazu et Wridra avaient déjà traversé et le feu vert clignotait, indiquant que le temps était presque écoulé. Je m’étais mise à courir, oubliant que je tenais toujours la main de Marie.

« Ne fonce pas comme ça ! » s’écria-t-elle. « Bon sang, on dirait parfois un chiot surexcité. Mais je comprends pourquoi tu es si enthousiaste. Ne t’inquiète pas, je prendrai soin de toi pendant ton séjour au Japon. »

« Merci, tu me sauves la vie. Je me perdrais à coup sûr sans quelqu’un pour veiller sur moi. Je serais tellement perdu que personne ne me retrouverait », ai-je répondu très sérieusement, ce qui fit rire Marie, qui me traita de dramatique.

Mais je ne plaisantais pas. J’avais observé la ville depuis les hauteurs un peu plus tôt, et elle n’avait rien à voir avec les villes que je connaissais. Celles-ci avaient généralement des limites, comme des remparts ou des champs qui délimitaient les zones résidentielles. Ici, les rues et les bâtiments s’étendaient à l’infini. De plus, je ne parlais pas la langue du pays, alors j’avais serré avec force la main de Marie. J’espérais qu’elle comprenne.

***

Partie 5

Alors que je réfléchissais à tout cela, j’avais surpris Wridra en train de me sourire avec malice. Son air pompeux m’agaçait un peu.

« Quelle enfant ! » dit Wridra en riant d’un air suffisant. « Je veux bien te donner un coup de main si tu veux. »

« Non, ça va, » répondis-je. « Ça a l’air rude. Ça va sûrement écraser les miens. »

Je cachai mes mains derrière mon dos, mais le sourire narquois de Wridra s’élargit. Ses yeux brillèrent d’une lueur draconique, puis j’entendis un sifflement aigu.

Tellement rapide !

Sa main bougea si vite qu’elle laissa une image rémanente, ridiculisant ma vision pourtant très affinée. Avant que je ne m’en rende compte, elle tenait ma main dans la sienne. Sa main était si fine ! Elle était fraîche au toucher, et sa peau était incroyablement lisse. Elle me serra fermement la main à la base des doigts, en me regardant avec des yeux magnifiques qui auraient fait fondre n’importe quelle fille. Je voulais lui demander d’arrêter, car cela me laissa sans voix.

« Tu ne pourrais pas te perdre maintenant, même si tu le voulais », dit Marie.

« En effet », renchérit Wridra. « Je pourrais demander à mon familier de t’accompagner au cas où, mais ce serait difficile à organiser pendant le trajet. »

Je repensai à cet étrange animal à la fourrure noire et lisse, aux longs membres et à la queue qui se balançait paresseusement. Je l’avais déjà aperçu à plusieurs reprises.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que Wridra entendait par « trajet ». Je pensais qu’on allait marcher jusqu’au prétendu Sengoku Mura, mais apparemment, non. Je me tournai vers Kazu qui nous observait d’un air endormi.

« On ne prend pas la voiture aujourd’hui ? » demandai-je.

« Non, pas aujourd’hui », répondit-il. « C’est parfait pour discuter et pour les petits trajets, mais pour un endroit comme Nikko, c’est un peu risqué. »

« Comment ça ? »

« On peut utiliser autre chose pour aller à Nikko, » dit-il en croisant les bras, les joues légèrement rougies par l’excitation.

« C’est vrai ! » s’écria Marie, qui se trouvait à côté de moi. « Le Spacias Limited Express ! Il conserve l’esprit de son design traditionnel tout en offrant un confort encore plus luxueux ! Comment pourrions-nous ne pas le prendre ? »

Waouh, ses yeux brillent !

Ses yeux étaient aussi magnifiques que des améthystes et surpassaient n’importe quelle pierre précieuse lorsqu’elle était dans cet état. Pour une raison que j’ignore, elle serra très fort ma main.

Je fronçai les sourcils, perplexe. Leur enthousiasme débordant me dérangeait, alors je laissai échapper mes pensées.

« Attendez ? Êtes-vous aussi enthousiaste pour un véhicule ? Pourquoi ? Ce n’est qu’un moyen de transport, non ? » demandai-je.

La plupart des gens se poseraient la même question si tu me le demandais. Il y avait différentes catégories de véhicules, allant du meilleur au pire, mais l’essentiel était d’arriver à destination rapidement, en toute sécurité et à moindre coût. Il allait sans dire que les calèches bondées étaient horribles : elles étaient exiguës, malodorantes et secouaient dans tous les sens. Monter à cheval seul était plus confortable, mais l’avantage de la calèche était qu’elle protégeait des intempéries et évitait de se perdre.

Je trouvais ma question tout à fait légitime, mais les trois autres me regardaient comme s’ils se demandaient comment m’expliquer cela.

« Elle comprendra quand elle l’aura essayé », dit Wridra.

« Oui », acquiesça Kazu.

« Oui, faisons ça », ajouta Marie.

Qu’est-ce qui leur prenait ? Avaient-ils tous décidé que ce serait trop compliqué de m’expliquer ?

Ils étaient vraiment bizarres et je ne comprenais pas pourquoi on restait plantés là, au bord de la route. S’ils voulaient prendre ce truc, on aurait dû se diriger vers la zone d’embarquement. Alors, pourquoi ne bougeaient-ils pas ?

Je ne comprenais vraiment pas le Japon.

J’étais peut-être perdue dans mes pensées, car malgré mon instinct aiguisé, je n’avais pas remarqué l’énorme chose qui se rapprochait derrière moi.

Crécelle ! Pssh !

« Waaah ! »

Je m’étais retournée, complètement prise au dépourvu par ce que j’avais vu. Cette chose qui crachait de la vapeur était plus grande que tout ce que je n’avais jamais vu. J’avais crié, trébuché et je m’étais retrouvée les fesses par terre. Je ne vais pas me vanter, mais j’avais un gros derrière, donc cette petite chute ne m’avait même pas fait mal. J’étais en parfait état, mais ce n’était vraiment pas de quoi se vanter. La chose géante, blindée et carrée qui se trouvait devant moi, était bien plus impressionnante.

« Qu’est-ce que… ? Cette taille, cette puissance ! Est-ce le Spacias Limited Express ?! » dis-je.

« Non », répondit Kazu.

« Pas même proche », ajouta Marie.

« Tu es toujours aussi adorablement idiote », déclara Wridra.

Ils m’avaient abattue avant même que j’aie eu le temps de cligner des yeux. C’est quoi encore ce bazar ?

Je me frottai les fesses en gémissant, l’air embarrassé. Tomber sur les fesses devant tout le monde était assez humiliant, car j’étais fière de mes réflexes.

Kazu m’expliqua que cette énorme chose n’était pas un Spacias, mais un simple bus. Un bus ?

Ce n’était pas grave. Cela m’avait juste fait sursauter, mais je n’avais pas peur. Le problème, c’est qu’une gentille vieille dame à côté de moi me demanda : « Oh, ma petite, ça va ? » Elle m’avait aidée à me relever, ce qui était très embarrassant.

Je ne pouvais m’empêcher de penser que ce pays comptait beaucoup de gens gentils. D’habitude, quelqu’un m’aurait peut-être volé mon portefeuille, mais cette dame m’avait même donné un bonbon. Malgré tout, je ne voulais plus jamais revivre une expérience aussi humiliante. Je m’étais juré de ne plus jamais tomber. Jamais.

Alors que je faisais cette promesse en secret, Marie tendit quelque chose vers moi en disant : « Tiens. »

J’avais baissé les yeux et j’avais vu un morceau de papier orange sur lequel était écrit quelque chose. Je l’avais retourné, mais le verso était noir. Je l’avais senti, mais je ne savais toujours pas ce que c’était.

« C’est quoi ? » avais-je demandé.

« Un ticket », répondit Marie. « Tu en as besoin pour passer cette porte-là. »

Sa voix était adorable. C’était évident, mais elle avait toujours eu cet air guindé d’élève modèle. C’était peut-être juste moi, mais elle semblait tellement différente ici : elle était agitée, presque désorientée. En y repensant, cette sensation me semblait familière… Même si je ne me souvenais pas où je l’avais déjà vue. J’aurais juré avoir déjà vu cette expression auparavant.

Avant que je ne comprenne, Marie pointa du doigt devant elle et me dit : « Regarde, là-bas. »

J’avais suivi son doigt et j’avais vu des gens marcher à travers des sortes de boîtes métalliques.

« Waouh, c’est cool ! » ai-je dit. « Ça bipe à chaque fois qu’ils touchent ça. »

« C’est vrai. Dans ce monde, ce ne sont pas les gens qui vérifient les billets. Ce sont les machines. »

Des machines ?

Je ne comprenais pas de quoi elle parlait, mais Marie vivait dans ce pays depuis longtemps et était bien plus intelligente que moi, alors j’avais pensé que ces choses étaient tout à fait normales ici.

« Hum », dis-je en montrant mon billet. « Et si je n’ai pas ce truc ? Il est tout petit. Et si je le perds ? »

« Oh, quelque chose de tellement terrifiant que j’ai peur de le dire à voix haute », répondit Marie de façon dramatique. « Tu serais coincée dans cette station pour toujours. »

« Ouais, c’est ça », répondis-je en riant et en balayant ses propos d’un revers de la main. La boîte métallique n’arrivait qu’à hauteur de taille et je pouvais facilement la franchir. Sans compter que le passage était large, je voyais bien qu’elle plaisantait. Tu crois que tu peux me faire marcher juste parce que je ne suis pas d’ici ? Tu te trompes !

Peut-être devenais-je trop confiante. Pendant que Marie m’expliquait où insérer le ticket, je continuais à fixer la porte. Oui, je pouvais clairement passer. C’était assez étroit pour laisser passer une personne à la fois, mais je pouvais faire semblant de mettre un ticket pour passer. Même quand Marie me déclara de ne pas le faire, j’avais ignoré son avertissement et j’avais commencé à marcher. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que je ne pouvais pas réprimer ma curiosité. Une fois que j’eus commencé à me demander ce qui allait se passer, je voulais absolument le savoir.

J’avais donc décidé de passer sans utiliser mon billet. J’avais fait semblant de le glisser dans la fente et j’avais traversé rapidement.

J’avais réussi. J’étais trop forte.

Au moment où je pensais avoir réussi, un bruit strident retentit. La porte se referma brusquement et une voix mécanique se mit à me parler dans une langue que je ne comprenais pas. Cette voix inquiétante et inhumaine me fit sursauter et je poussai un cri de surprise avant de tomber sur les fesses.

Je me suis juré de ne plus jamais recommencer !

Je pensais que c’était sans danger, car les enfants passaient sans problème, mais j’avais été prise par surprise. Qui n’aurait pas été surpris ?

Tout ce que j’avais fait, c’était de ne pas utiliser de ticket, bon sang !

« Ça va, Eve ? » me demanda Kazu en m’aidant à me relever.

Même sous sa forme adulte, son visage restait aussi endormi. Mais aujourd’hui, il dégageait une aura de maturité. Je me demandais pourquoi il semblait ainsi, alors qu’il avait toujours cette énergie agitée et enfantine dans l’autre monde. J’y avais réfléchi un moment, puis j’avais compris.

« Oh, je comprends ! » m’écriai-je. « Tu inverses les rôles avec Marie ! C’est Marie qui est agitée au Japon et dans l’autre monde, c’est toi ! »

Tout s’expliquait enfin. Le comportement agité de Marie m’avait surprise plus tôt, car elle était d’habitude une élève modèle, mais Kazu était exactement pareil. Leur façon de regarder autour d’eux avec impatience et un petit sourire en coin étaient pratiquement identiques.

Mais Marie n’avait pas semblé apprécier ma brillante découverte. Elle me lança un regard noir et me déclara : « C’est toi la plus agitée ici. Arrête de retenir tout le monde et passe la porte. »

« Désolé », avais-je répondu. « Mais c’est assez incroyable. Vous êtes faits l’un pour l’autre. »

Elle me fixa, mais ses joues avaient légèrement rougi. Sa peau était si pâle que même un léger rougissement ressortait. Je m’étais demandé si elle avait déjà vu le soleil. Même en tant que fille, j’avais trouvé sa réaction super mignonne.

« Bon, d’accord », balbutia Marie. « Je vais prendre cela comme un compliment, mais nous devons nous dépêcher. Les bentos populaires risquent d’être en rupture de stock. »

« Hein ? Des bentos ? » demandai-je. « On va acheter à manger quelque part ? »

Marie avait l’air pressée, alors je m’étais dit que je ne devais pas la faire attendre. J’avais glissé mon ticket dans la fente et cette fois, j’étais passée sans problème. À ma grande surprise, le ticket était réapparu à la sortie si vite que j’avais cru qu’il avait été téléporté. J’avais du mal à cacher mon enthousiasme.

Je suivis Marie et aperçus Wridra qui me souriait du coin de l’œil.

« Dans ce pays, on apprécie la nourriture qui convient au voyage », m’expliqua-t-elle en riant, ses longs cheveux noirs ondulant au vent.

« Hein ? Comment ça ? » demandai-je. « Marie a parlé de bentos tout à l’heure. C’est en gros des repas à emporter, non ? »

Ça dépend de la région, mais chez moi, on mettait dans des paniers en osier des aliments qui ne se gâtaient pas facilement pour voyager. La nutrition et la durée de conservation des aliments primaient, donc on ne s’attendait pas à grand-chose en matière de goût.

« Je ne comprends pas », dis-je. « Je vais prendre le moins cher. »

***

Partie 6

Kazu s’occupait de moi au Japon, donc je ne voulais pas qu’il dépense trop pour moi. De toute façon, je n’attendais pas grand-chose de ces bentos, ce qui expliquait pourquoi je n’étais pas difficile.

Wridra, qui était un peu plus grande que moi, me lança un regard surpris. Elle jeta un coup d’œil à Kazu et dit : « Je suppose que tu as entendu ces absurdités. »

« Allons, allons », répondit Kazu. « Elle changera peut-être d’avis quand elle les verra. »

Quoi ? Qu’est-ce que ce regard plein de pitié ? J’étais complètement perdue.

Quelques minutes plus tard, je compris que j’avais dit n’importe quoi. Les bentos disposés devant moi brillaient comme des trésors. Marie serrait les mains, les yeux violet pâle brillaient d’émerveillement.

« Oh, les boîtes à bento Spacias Deluxe en édition limitée ! » s’écria-t-elle. « Regarde, regarde, elles sont tellement luxueuses ! Je veux celle-ci ! Oui, c’est sûr, celle-là ! »

J’étais choquée de voir Marie, la fille la plus intelligente de la classe, se comporter comme une gamine dans un magasin de bonbons. Elle était bien plus âgée que moi et c’était une grande sorcière spirituelle qui dominait l’ancien labyrinthe. Et pourtant, elle était là, sautillante d’excitation. J’avais jeté un coup d’œil aux étiquettes et j’avais pâli en découvrant que le produit le moins cher du magasin était un petit pain sans intérêt avec de la confiture de fraise.

Non…, Non, non, non. Ce petit pain devait être bon, il était même accompagné de confiture de fraise. Mais il ne pouvait pas rivaliser avec les magnifiques boîtes-repas proposées. Il y avait un monde entre les deux.

Pour une raison que j’ignore, mes jambes se mirent à trembler et une voix idiote répéta en boucle dans ma tête : « Je vais prendre le moins cher. »

Qui pouvait dire une chose aussi stupide ? Moi ! « Aaaaaah ! » ai-je hurlé.

« Whoa, Eve, ne cri pas dans le magasin ! » Kazu essaya de me calmer, paniqué. « Allez, choisit ce que tu veux ! »

Derrière lui, Wridra était pliée en deux, morte de rire.

Merde, Wridra !

 

+++

Eh bien, j’avais complètement tort.

Tout à l’heure, j’avais trouvé Marie et Wridra puériles de s’exciter autant pour de la nourriture. C’était une grosse erreur.

Je tenais un sac bento, un grand sourire aux lèvres. Inutile d’essayer de trouver des excuses. J’avais tort, et j’en étais désolée. C’était tout, et j’étais heureuse de l’admettre.

Nous avions vraiment eu de la chance de mettre la main sur ces repas en édition limitée. Marie et Wridra marchaient à côté de moi, elles aussi avec un grand sourire.

« Wridra, tu es toute souriante, toi aussi ! » lui ai-je fait remarquer. « Et tu faisais comme si tu étais trop mature pour t’en soucier tout à l’heure ! »

« Tais-toi », me répondit-elle. « Il n’est pas trop tard pour que tu prennes ce triste petit pain à la place. En fait, je vais manger le bento que tu as choisi. »

« Je plaisantais ! S’il te plaît ! C’est à moi ! »

Cette nana était incroyablement forte et ne plaisantait pas ! Elle m’attrapa mon sac par-derrière et j’avais crié, presque en larmes, m’accrochant de toutes mes forces.

Kazu en avait sûrement marre de nos pitreries, car il s’était interposé et nous avait dit d’arrêter. Je m’étais aussitôt cachée derrière lui, me souvenant que j’étais un ninja. Après tout, me cacher rapidement dans des moments comme celui-ci était ma spécialité.

Marie semblait aussi en avoir marre et elle haussa les sourcils en regardant Wridra.

« Fais attention à elle », me prévint Marie. « La première fois qu’on l’a rencontrée, elle a englouti nos boîtes à lunch. Elle en a même demandé trois ou quatre de plus. Elle ne plaisantait pas quand elle a dit qu’elle allait manger ton bento. Si tu la laisses faire, elle le dévorera en un clin d’œil. »

J’avais du mal à y croire, mais Wridra répondit : « Ah bon ? »

Elle détourna le regard, ce qui me confirma que Marie disait vrai. Wridra jeta alors un regard furtif vers mon repas et je le cachai derrière mon dos, paniqué.

Kazu avait dû sentir le danger, car il avait fait de même.

« Oh, tu as le même bento que moi ? » lui demandai-je.

« Ouais, » répondit-il. « D’habitude, je prends n’importe quoi, mais aujourd’hui, c’est spécial. »

Spécial ? Peut-être ne faisait-il pas souvent de visites touristiques. Mais je m’interrogeais sur la raison de son hésitation. Je l’avais regardé fixement et il s’était rapidement éloigné, l’air louche. Il se passait clairement quelque chose.

« Bon, il est l’heure », balbutia Kazu en jetant un coup d’œil à sa montre. « Allons-y. »

Il était plus grand dans ce monde, et sa voix calme lui donnait une impression de fiabilité. Je devais rester avec lui, sinon je me serais perdue en un clin d’œil s’il m’avait laissée seule.

« OK ! » avions-nous toutes les trois répondu en chœur.

Je ne savais pas trop comment appeler ce sentiment. Excitation ? Nous étions passés devant la réception noire et élégante, et le décor changea pour devenir plus chic et sophistiqué.

« Waouh, j’aime bien l’ambiance ici », chuchotèrent les filles avec enthousiasme. Leur enthousiasme était si contagieux que je le ressentais moi aussi.

Mon cœur battait la chamade alors que je me tenais sur ces escaliers étranges qui bougeaient tout seuls, tandis que le décor changeait automatiquement. Soudain, quelque chose de lisse et de blanc passa à toute vitesse, faisant battre mon cœur comme un tambour.

« Wow ! C’est le Spacias Limited Express ! » s’écria Marie, les yeux violets brillants.

Eve ne pouvait pas en vouloir à Marie d’avoir élevé la voix. L’extérieur immaculé, les fenêtres en forme de cage et l’aperçu de l’intérieur glamour et relaxant attisaient encore plus leur impatience.

Le Spacias Limited Express reliait Tokyo à Tohoku, ce qui en faisait le moyen de transport ultime pour tout voyageur. Il suffisait de jeter un coup d’œil à son design alliant modernité et éléments traditionnels japonais pour ressentir l’excitation du voyage qui les attendait. Les femmes venues d’un autre monde le regardaient avec attention, complètement fascinées.

« Il y a un café à l’avant. C’est un salon VIP en quelque sorte. Nous allons emprunter un itinéraire populaire depuis l’époque d’Edo et nous pourrons profiter de la vue avec style. »

Cette remarque fit briller encore plus les yeux des femmes, déjà émerveillées par le spectacle qui s’offrait à elles. C’était vraiment un rêve. Autrefois, seuls les nobles avaient le privilège de profiter d’un tel luxe, mais aujourd’hui, n’importe qui au Japon peut réserver ce train. Cette extravagance hors du commun les plongea dans une atmosphère onirique et elles ne purent qu’acquiescer.

Le groupe marcha le long du quai, bouche bée devant le train qui brillait de mille feux. Elles ne dirent pas un mot, non pas parce qu’elles s’ennuyaient, mais parce qu’elles étaient subjuguées. En voyant l’intérieur éblouissant, elles imaginaient déjà le voyage qui les attendait. Marie saisit inconsciemment la main de Kazuhiro, ses cheveux blancs comme des pissenlits flottant au gré de ses pas.

« On ne profite des trucs chics que pendant le trajet aller », fit remarquer Kazuhiro. « Le retour se fera dans un train normal et nous rentrerons tard dans la journée, donc pas de nuit sur place. On peut se faire plaisir comme ça parce que c’est juste une excursion d’une journée. »

Pourtant, personne n’était déçu. Ils seraient probablement tellement épuisés d’avoir profité à fond qu’ils allaient dormir comme des loirs sur le chemin du retour.

Les femmes arrivèrent à la voiture de tête et poussèrent un cri de surprise. Elles y découvrirent un tapis rouge moelleux, un intérieur lumineux et ensoleillé, ainsi qu’un coin café VIP où une préposée en uniforme les accueillit avec un sourire radieux et un « Bienvenue ! ».

Les canapés d’un bleu glacial étaient même équipés de coussins. Cet endroit semblait bien plus confortable que n’importe quel wagon ou navire de luxe. Peut-être inconsciemment, le mot « incroyable » fut répété à plusieurs reprises dans différentes langues, telles que l’elfique, la langue commune et même la langue rare des dragons. Même Wridra avait une lueur enfantine dans les yeux lorsqu’elle posa le pied sur le tapis moelleux.

 

+++

Quelques mots dans une langue inconnue résonnèrent au-dessus de nos têtes, suivis d’un bruit métallique étrange. Pour une raison que j’ignore, mon cœur se mit à battre la chamade. Je ne comprenais ni les mots ni les lettres, ce qui m’aurait normalement stressée, mais l’excitation du voyage vers Grimland reprit le dessus. Il y eut une secousse, et le Spacias se mit en mouvement.

Le paysage à l’extérieur de la fenêtre commença à changer et je m’écriai : « Waouh ! »

« C’est tellement spacieux ! » s’exclama Marie depuis le siège en face du mien. « C’est lumineux aussi ! Et ces sièges sont tellement confortables ! C’est le jour et la nuit par rapport aux trains normaux ! »

Je pensais être impressionnée parce que je ne connaissais rien aux grandes villes, mais même Marie serrait un coussin dans ses bras et donnait des coups de pied comme une enfant, complètement surexcitée. Elle me montra quelque chose et m’invita à regarder. J’avais aperçu une tour qui se dressait au milieu du paysage qui défilait. Elle brillait sous le ciel bleu clair, si brillante que j’ai dû plisser les yeux.

« Waouh, c’est énorme ! » ai-je soufflé. « C’est la Skytree, non ? »

Lorsque nous étions descendus du bus, j’avais été époustouflée par sa taille gigantesque. Je n’exagérais pas en pensant qu’elle pouvait toucher les nuages. Ce monde était incroyablement avancé, mais il offrait encore des vues magnifiques. Peut-être avaient-ils planifié leur expansion de manière à préserver le paysage.

En la montrant du doigt, j’avais demandé aux deux plus calés que moi :

« Elle est tellement haute. À quoi ça sert, au fait ? »

« C’est une tour de diffusion », expliqua Marie. « Ce que tu vois à la télévision vient de là. »

« En effet, » confirma Wridra. « Ma magie de projection fonctionne sur le même principe. Elle est inspirée de la Skytree. »

« Le truc qui diffuse les dessins animés ? Waouh. »

Je m’étais arrêtée.

« C’est dingue. Ils ont construit tout ça pour les dessins animés ? »

C’était vraiment cool, je comprends pourquoi c’est si populaire.

« Non… Le Japon est connu pour ses dessins animés, mais ils n’ont pas construit quelque chose d’une telle envergure juste pour ça », dit Marie.

« Encore une fois, tu es une adorable idiote », fit remarquer Wridra en soupirant et en secouant la tête comme si j’étais un cas désespéré.

Honnêtement, leurs gestes exaspérés m’énervaient un peu. Je ne connaissais rien de tout cela, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’ils pouvaient se permettre de me taquiner ainsi ! J’avais gonflé les joues, mais Kazu, assis à côté de Marie, prononça une phrase qui fit instantanément disparaître mon agacement.

« Tu veux qu’on aille là-bas ensemble un de ces jours ? »

« Oui, carrément ! »

Marie, Wridra et moi avions répondu en chœur. Nous nous étions regardées, puis nous avions éclaté de rire si fort que les gens autour de nous s’étaient retournés pour nous regarder.

***

Partie 7

Quelque chose d’assez inhabituel, qui ressemblait à une sorte de tasse en papier, fut posé devant moi. Il y avait un liquide noir à l’intérieur qui sentait plutôt bon. Alors que je le regardais, Kazu me sourit.

« Je ne suis jamais monté là-haut non plus. Je ne fais pas souvent ce genre de voyage, tout comme Marie et Wridra. Nous sommes tous en train de découvrir ce pays petit à petit. En fait, on n’est pas si différents de toi, Ève », dit-il en regardant par la fenêtre.

De l’autre côté d’une large rivière, la Skytree s’estompait au loin. Les nuages brillaient au soleil, à un moment parfait de la journée. C’était une jolie vue, et je ne pouvais m’empêcher d’envier leur vie ici.

Mais lorsque nos boîtes-repas furent disposées devant nous, le paysage passa au second plan. Je ne pus m’empêcher de pousser un petit cri de joie en voyant le poisson, les légumes de montagne et la viande qui remplissaient ma boîte-repas. Le plus fou, c’est que la petite boîte était divisée en plusieurs compartiments contenant chacun un plat différent. Waouh !

Même Wridra, qui se moquait de moi une minute auparavant, avait les yeux qui brillaient en disant : « C’est exactement ce que j’attendais ! »

Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir, car je reniflais déjà la nourriture sans m’en rendre compte.

« Je sais que c’est mal élevé, mais je ne peux pas m’empêcher de renifler ! » m’écriai-je.

« Je comprends », dit Marie en approchant sa boîte de son nez pour la renifler. « Ça sent super bon. Comme nous vivons dans la nature, certains disent que nous faisons ça pour vérifier s’il y a du poison, par instinct de survie. »

Je n’avais jamais entendu ça ni jamais vu d’elfes renifler ainsi, mais j’avais simplement répondu : « C’est vrai. » Elle me donnait une excuse pour justifier mon manque de savoir-vivre, alors autant en profiter.

Alors que je me demandais si elle avait inventé tout cela, Marie porta un doigt à ses lèvres et murmura : « Chut. »

Elle avait donc inventé tout ça.

Ils ne plaisantaient vraiment pas quand ils disaient que le bento était raffiné.

Je n’arrive pas à croire que le poisson soit cru. Il est plutôt petit… Et ces trucs orange, ce sont des œufs ? Beurk, c’est dégoûtant. Je ne mangerai pas ça… Je vais juste les mettre de côté. C’est ce que j’avais pensé au début, mais j’avais décidé d’en goûter un peu, et j’avais complètement changé d’avis.

Eve, qui venait d’un autre monde, ne savait pas que les repas en boîte de ce pays étaient un peu bizarres. Partout ailleurs, les plats à emporter devaient surtout se conserver longtemps et être nourrissants. Mais les attentes des gens concernant les bentos avaient beaucoup changé depuis le succès fou des bentos makunouchi à l’époque d’Edo. Il ne suffisait plus qu’ils soient copieux.

Pour être vraiment considérés comme « iki », c’est-à-dire raffinés et élégants, les bentos devaient intégrer des ingrédients de saison, être agréables à regarder et ravir les papilles. C’était un message véhiculé par la nourriture et cet esprit « iki » avait transformé l’humble bento en quelque chose de complètement différent, qui se distinguait des plats à emporter du reste du monde.

Le wagyu, célèbre dans le monde entier, était nappé d’une sauce sucrée-salée qui le rendait si tendre qu’il se coupait comme du beurre. Sa texture riche et brillante était un vrai délice pour une elfe noire habituée à la vie dans les montagnes.

Délicieux, pensa-t-elle en appréciant l’assaisonnement subtil. Il se mariait parfaitement avec le riz et les oignons mijotés le complétaient à merveille.

Eve avait appris à utiliser les baguettes en un rien de temps, juste pour pouvoir savourer ces saveurs. Bien sûr, cela ne lui avait pas demandé beaucoup d’efforts conscients. Elle était poussée par une forte envie de dévorer le repas qui se trouvait devant elle, jusqu’à ce qu’elle maîtrise cette technique en un rien de temps.

Pendant qu’elle vivait dans le manoir, elle était tombée amoureuse de la cuisine japonaise et avait même supplié son petit ami de lui préparer son plat préféré. C’est pourquoi elle savait que le wagyu, même froid, était délicieux. Sa saveur raffinée, mais prononcée, sa jutosité concentrée et son parfum de sauce soja lui arrachaient des soupirs de plaisir.

« J’adore le bœuf », gémit-elle. Cette déclaration pouvait sembler étrange pour une elfe vivant en harmonie avec la nature, mais les deux autres acquiescèrent avec enthousiasme, ce qui ne posait donc pas de problème. Ils semblaient loin de l’imaginaire fantastique à ce moment-là, mais personne ne se plaignit.

Le problème, c’était le poisson cru. Eve avait grimacé en voyant la truite marinée dans un assaisonnement appelé shio koji, qui masquait parfaitement son odeur de poisson. Pour quelqu’un qui n’était pas habitué aux fruits de mer crus, cette seule vue suffisait à la faire grimacer. Elle porta timidement un morceau à sa bouche à l’aide de ses baguettes. Le fait de voir les filles s’extasier sur la saveur de ce mets avait dû éveiller sa curiosité. En mâchant, elle fut surprise par la texture légère et croquante qui libéra une explosion d’umami.

« Hmm », gémit-elle, les yeux bleu ciel brillants de plaisir.

À chaque bouchée, la saveur s’intensifiait, le riz semblant amplifier les vagues d’umami qui déferlaient. Eve fut agréablement surprise de constater que la marinade au koji avait éliminé toute trace de goût de poisson. La viande était plus légère que le wagyu, mais sa saveur était très intense. Sa langue fut prise au dépourvu, alors elle replongea dans son bento coloré avec ses baguettes.

Tout était si délicieux qu’elle ne pouvait plus s’arrêter. La petite elfe savourait son repas avec tant de plaisir que c’était un vrai régal à regarder. Elle fit une petite pause pour respirer, puis remarqua les champs verdoyants qui défilaient à l’extérieur.

C’est tellement joli ! Oh, des oiseaux ! Il y en a beaucoup dans ce monde aussi.

Elle était un peu surprise de se sentir aussi détendue. Le train allait plus vite qu’un cheval au galop, mais elle n’avait pas peur. Alors qu’elle se demandait pourquoi, elle jeta un coup d’œil à Kazu, assis en face d’elle et regardant par la fenêtre avec un sourire satisfait. Il mangeait lentement, savourant chaque bouchée, ce qui était inhabituel pour lui dans l’autre monde.

« Hum ? »

 

+++

Quand Kazu remarqua mon regard, il se tourna vers moi. Je ne faisais rien de mal, mais mon cœur fit quand même un bond.

« Oh, euh, je n’ais besoin de rien, » dis-je. « Tu semblais juste un peu différent de la normale. Prends-tu ton temps pour manger parce que c’est bon ? »

Je m’attendais à ce qu’il hoche la tête, mais il avait l’air troublé.

« Ouais. Je suppose que c’est probablement bon », répondit-il.

« Hein ? Tu n’aimes pas ? » lui demandai-je.

« Non, c’est juste… C’est difficile à expliquer. Ne t’inquiète pas pour moi. Profite de ton repas. »

Qu’est-ce que cela voulait dire ? Il avait l’air louche. Je l’avais regardé fixement et il détourna le regard, comme s’il cachait quelque chose. En y repensant, il avait déjà eu l’air bizarre quand on avait discuté plus tôt. Plus j’y pensais, plus ça me semblait louche. Il cachait clairement quelque chose et j’avais envie de savoir ce que c’était.

Mais Wridra avait soudainement lancé : « C’est l’heure de déguster une bière ! » Je m’étais donc levée en gardant les yeux fixés sur lui.

Tu caches vraiment quelque chose, et je vais découvrir ce que c’est !

Une serveuse en gilet bleu marine me sourit. Tout le monde ici semblait maquillé, et le rouge à lèvres de la serveuse faisait ressortir son sourire. Elle tourna un robinet doré et j’entendis un bruit de pétillement lorsque la belle bière ambrée fut versée dans un verre.

Sympa. J’aime bien, ai-je pensé. Ce n’était pas seulement à cause de son attitude, mais aussi de la façon dont elle versait la bière, avec juste ce qu’il fallait de mousse; on aurait dit qu’elle nous offrait un spectacle. Le robinet doré et brillant était très chic. Alors que je regrettais qu’il n’y en ait pas comme ça dans le manoir, j’avais remarqué que Wridra, à côté de moi, était plongée dans ses pensées.

« Hum, on dirait que tu pensais à la même chose », dit-elle.

Wridra, qui me regardait, arborait des couleurs automnales : un pull à col roulé rougeâtre et une jupe marron qui lui donnaient un air plus mature que d’habitude. Cependant, les plis au niveau de sa poitrine soulignaient davantage sa taille et « mature » était loin d’être un mot assez fort pour les décrire. Elles étaient plutôt monstrueuses.

« Ne pourrais-tu pas recréer ce robinet avec tes pouvoirs ? » lui demandai-je.

« En effet, je pourrais », répondit-elle. « Techniquement, oui. »

« Comment ça ? »

« Je peux recréer exactement le même objet en apparence, mais le problème, c’est ce qu’il y a à l’intérieur. Regarde, pourquoi crois-tu qu’il y a autant de becs ? »

Wridra désigna quelque chose et je suivis son doigt. Il y avait effectivement plusieurs robinets à bière. Je fronçai les sourcils en penchant la tête.

« Je ne comprends pas. »

« Réfléchis un peu », dit-elle en se tournant vers Marie. « Marie, qu’en penses-tu ? »

Marie leva la main, comme une élève interrogée en classe. Elle était également habillée aux couleurs de l’automne et portait une cravate autour du cou, ce qui lui donnait davantage l’air d’une élève modèle.

« C’est pour des boissons différentes, » répondit Marie. « Ça permet de séparer les saveurs. »

« Ooooh ! » J’applaudis, impressionnée. Marie gonfla fièrement la poitrine, même si c’était plutôt modeste en comparaison avec Wridra.

« Par conséquent, nous aurions besoin de différentes boissons, comme des ales, des bières artisanales et des lagers. Il ne suffirait pas de copier leur apparence. Sans savoir s’en servir correctement, elles ne seraient que de simples décorations brillantes. »

« Oh, je comprends. Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit tout de suite ? » J’y avais réfléchi, puis j’avais remarqué Kazu et je lui avais demandé : « Attends, Kazu ne pourrait pas les apporter ? Il a bien dit qu’il pouvait prendre de la nourriture et des boissons, non ? »

« Désolé, je ne peux pas, » a-t-il répondu. « Ça coûterait trop cher. »

Il était généralement gentil, mais il avait rejeté cette idée avec fermeté.

Les gens de son village buvaient comme des trous; il faudrait donc probablement être très riche pour se le permettre.

« Ne pourrais-tu pas monter une brasserie ? » lui ai-je demandé. « Wridra est riche et peut voyager loin; alors, pourquoi ne pas ramener toutes les boissons alcoolisées qui existent dans le monde ? »

« Ah ! » s’exclamèrent Marie et Wridra en même temps. Je ne comprenais pas les détails, mais chaque fois que je lançais une idée, elles réfléchissaient à ma place. Je les connaissais depuis assez longtemps pour savoir comment les faire réagir.

« Hum », fit la serveuse en s’éclaircissant bruyamment la gorge, nous ramenant à la réalité. « Voici votre commande. »

Je ne parlais pas japonais, mais je bredouillai le « Arigato gozaimasu » que je venais d’apprendre, rougissant aussitôt après l’avoir prononcé.

Le train express accéléra.

Je voyais le paysage défiler à travers les grandes fenêtres de chaque côté et à l’avant. Je me sentais un peu raffinée en poussant un « Ouf » légèrement alcoolisé.

La vitesse n’avait rien à voir avec la marche ou l’équitation; la seule chose qui s’en rapprochait était probablement un dragon volant.

Alors que je réfléchissais à tout cela, Kazu se leva de son siège. Il prit une couverture dans son sac et la posa sur Marie qui dormait profondément près de la fenêtre. Il faisait comme si de rien n’était et retourna s’asseoir, mais j’avais trouvé ce geste vraiment gentil. Cette attention m’avait rendue curieuse et je lui avais posé une question inhabituelle.

« Hé, Kazu, tu es toujours aussi gentil avec les filles ? »

« Hum, je ne sais pas si je dirais ça », répondit-il. « C’est peut-être plutôt de l’ingérence. Ou alors, je suis juste anxieux. »

Il n’y avait rien de mal à cela. J’aimais bien que les gens s’inquiètent pour moi et prennent soin de moi. Je n’aimais pas qu’on en fasse trop, mais sa façon décontractée et discrète de montrer qu’il se souciait de moi était vraiment sympa.

***

Partie 8

« Alors, c’est quoi le plan ? Vas-tu lui demander de t’épouser ? » demandai-je en me penchant vers lui. Ses joues devinrent légèrement roses et Marie remua les oreilles, même si elle était censée dormir. L’accessoire que Wridra avait fabriqué pour dissimuler ses longues oreilles d’elfe était incroyable : il les cachait parfaitement sous ses cheveux naturels.

« Eve, es-tu ivre ? » demanda Kazu.

« Oh, je ne sais pas, peut-être ? » répondis-je. « Et toi ? Tu n’as commandé que du jus. Goûte, c’est bon. »

J’étais peut-être un peu agaçante, mais j’étais tellement excitée à l’idée de faire mon premier vrai voyage. Je m’amusais tellement. Je passai un bras autour de ses épaules et approchai mon verre de sa bouche, comme si nous étions les meilleurs amis du monde.

Il avala bruyamment, puis mon sourire s’effaça.

Ses mains levées devinrent floues, puis, à ma grande horreur, ses doigts se dédoublèrent. Un frisson me parcourut l’échine, puis un « Eek » aigu s’échappa de mes lèvres. Un œil bleu apparut alors au coin de sa tempe, achevant de me terrifier. Alors que mes genoux fléchissaient, je m’apprêtais à hurler à pleins poumons quand une main se posa sur ma bouche ouverte.

« Tout va bien, calme-toi », me dit Kazu en me faisant taire, le visage couvert de sueur froide. Il semblait s’adresser autant à lui-même qu’à moi.

Peut-être que je m’étais calmée, comme il me l’avait dit. Je le fixais, les yeux écarquillés, tandis que ses mains reprenaient lentement leur apparence normale.

Shirley s’inclina à plusieurs reprises en signe d’excuse.

Après cet incident, nous nous étions déplacés vers une zone plus isolée, et je ne pouvais qu’ouvrir et fermer la bouche comme un poisson. Elle portait une robe ancienne, soyeuse et rougeâtre. Mais cela n’avait pas d’importance pour le moment.

« Qu’est-ce que… ? Pourquoi flottes-tu comme ça ? Et tu es à moitié transparente… » dis-je d’une voix tremblante.

Kazu s’éclaircit la gorge. « Désolé de ne pas t’avoir prévenues, mais Shirley nous a suivis incognito. »

« Hein ? Incognito ? Pourquoi ? »

Ce n’est pas comme si venir dans ce monde était un crime. Shirley aurait pu se montrer sans se cacher comme moi.

Il se gratta la joue, mal à l’aise, puis ajouta : « En fait, je t’ai caché un truc : Shirley est un fantôme. Elle peut prendre une forme solide quand elle le souhaite. »

Shirley s’inclina profondément, comme une nouvelle employée qui se présente.

Tout cela n’avait aucun sens. Alors que j’essayais de comprendre tout ce qu’ils me racontaient, je gémissais et transpirais à grosses gouttes. Qui pouvait m’en vouloir ?

« En plus, c’est elle la maîtresse du deuxième étage », ajouta Kazu.

« Quoi ? »

Shirley s’inclina à nouveau. S’agissait-il d’une blague ?

Attendez une minute ! Mon cerveau ne suit plus ! Cette effrayante maîtresse du deuxième étage est donc un monstre appelé Shirley… Ah ! Elles ont le même nom ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ?

Je m’arrêtai.

« C’est dingue », balbutiai-je en m’effondrant sur le sol.

Ils me regardèrent tous les deux, inquiets. J’étais encore sous le choc de toutes les révélations de Kazu, mais il continua.

« Il y a encore quelques trucs que je ne t’ai pas dits, Eve. Ça te dérange si on garde ça secret ? »

« Oui, d’accord », répondis-je. « C’est déjà trop. Il y a encore autre chose ? »

« Eh bien, elle nous a un peu aidés pour la blague qu’on a faite à Zarish au manoir. Tu sais, celle qui t’a fait mourir de rire ? »

Je fermai les yeux.

Cette fois où ils avaient piégé Zarish au manoir !

Je ne pouvais pas décrire cette nuit d’horreur avec autant de désinvolture. Même si j’avais trouvé la magie assez impressionnante quand je l’avais vue, je n’aurais jamais imaginé que le coupable lèverait le poing devant moi en disant : « C’est moi ! ».

Tu parles d’un partage excessif !

Finalement, la porte du wagon s’ouvrit en grinçant.

Comme j’étais trempée de sueur et que mes jambes tremblaient comme des feuilles, j’avais probablement l’air d’avoir vécu quelque chose de terrible. Kazu se glissa derrière moi et me chuchota : « C’est un secret », ce qui intrigua probablement les gens.

Ce voyage au Japon était vraiment plein de surprises. Je jetai un coup d’œil dehors et j’aperçus un paysage à couper le souffle, avec des feuilles rouge vif et orange.

« Cet endroit est irréel », ai-je soupiré, rêveuse.

Je restai là à regarder pendant un moment, oubliant ce qui venait de se passer une minute auparavant.

 

+++

Les feuilles d’érable tombaient une à une, flottant dans les airs pour recouvrir le chemin tel un tapis rouge. Un paysage japonais se déployait juste derrière, me laissant sans voix. Les érables étaient particulièrement éclatants en cette saison où les feuilles changent de couleur. Ils étaient rouges comme un feu ardent et dansaient de manière onirique en tombant.

Au-delà du poste de contrôle, une vue imprenable me rappelait… En fait, c’était bien plus avancé que le deuxième étage.

« Aaaah ! On y est arrivées !!! »

« Eve, calme-toi ! Les gens nous regardent ! » me chuchota Marie. Mais comment pouvais-je rester calme ? C’était beaucoup trop excitant. Nous étions arrivées à Sengoku Mura !

« Waouh, c’est trop cool ! » m’écriai-je. « C’est un peu différent de Grimland. On dirait que les gens vivent vraiment ici. Regarde, ce pont rond ! Voulez-vous aller voir ? »

Je savais que je me comportais comme une enfant surexcitée, mais je ne pouvais m’empêcher de pointer du doigt et de les presser d’avancer.

Kazu était plus mature que d’habitude dans ce monde. Il se contentait de rire comme un parent compréhensif, ce qui me permettait de laisser libre cours à l’enfant qui sommeillait en moi.

« Attends, Eve, » dit-il. « Tu peux changer de costume dans ce bâtiment-là. Je pense qu’un costume de ninja te conviendrait bien. Est-ce que tu en veux un ? »

« Hein ?! » ai-je crié. Oh oh. L’enfant qui sommeillait en moi était si excité que j’avais envie de me rouler par terre comme une folle.

J’étais habituée à vivre dans la civilisation humaine et l’équipe Diamant était l’une des meilleures organisations d’Arilai. Je n’aurais jamais imaginé gravir les échelons aussi rapidement après avoir vécu dans les montagnes, mais j’étais pratiquement une enfant à l’époque.

« Super idée ! » s’exclama Marie. « Je porterai un kimono. Et toi, Wridra ? »

« Question facile », répondit Wridra en riant. « Je suis une amoureuse des lames. »

Elle fit un geste comme si elle tenait un fourreau. Avec ses cheveux noirs, sa posture droite et sa beauté féroce, je savais qu’elle serait impressionnante avec une épée à la main.

Je ne pouvais plus attendre, alors j’attrapai la main tendue de Marie.

Le sourire de Kazu lorsqu’il nous fit signe de partir me marqua, sans que je sache pourquoi. Son regard affectueux me rappela un peu mes parents quand j’étais petite. Ces jours-là avaient disparu lorsque je m’étais transformée en elfe noir. C’est peut-être pour cette raison que je voulais continuer à regarder son visage. Ce n’était pas dans mon genre d’être aussi sentimental.

Bref, toutes ces pensées s’envolèrent dès que nous entrâmes dans la salle où se trouvaient les costumes. Wridra avait attaché ses longs cheveux noirs en queue de cheval, ce qui lui donnait l’air d’une véritable guerrière. Le seul mot qui pouvait la décrire était « badass ». Trop cool !

Ses yeux de dragon, ses traits anguleux et son épée factice à la taille faisaient que les filles à côté d’elle la regardaient avec des cœurs dans les yeux.

« Pas mal, si je peux me permettre », répondit Wridra avec un petit sourire en coin.

Les femmes semblaient prêtes à s’extasier sur sa beauté, mais elles ne dirent rien. Peut-être ne voulaient-elles pas importuner une touriste de passage dans leur pays.

« J’adore ! » avais-je dit. « C’est un excellent choix, ce kimono noir. »

Mais en jetant un coup d’œil sur le côté, je regrettais de l’avoir fait. Marie avait enfilé un kimono éblouissant, si radieux que j’en ai presque été éblouie. Quand elle applaudit, elle ressemblait vraiment à une princesse. Ses yeux violets, semblables à des pierres précieuses, ses cheveux couleur de pissenlit et sa beauté féerique semblaient irréels.

« Et puis il y a moi… »

J’avais baissé les yeux vers mon costume de ninja, assez sombre pour se fondre dans la nuit. Mes cheveux blonds et mes yeux bleus étaient un peu, non, beaucoup trop voyants, mais j’étais loin d’être aussi élégante qu’elle.

« Argh, j’étais tellement contente de cette tenue de ninja ! »

« Tu es en train de te plaindre de quoi ? » demanda Wridra. « Ça te va très bien. Tiens, prends ces shurikens. »

« Ouah, des étoiles ninja ! »

Je savais que je n’aurais pas dû les prendre, mais c’était tout ce qu’il me fallait pour retrouver de l’énergie. Il y avait quelque chose d’excitant dans le poids de l’acier dans mes mains.

« Viens ici, Eve », me dit Marie en me faisant signe. « Laisse-moi te donner ce katana. »

« Waouh, pour de vrai ? C’est génial ! »

« C’est vrai, » répondit Marie. « Je ne m’y connais pas trop en katanas, mais le motif sur la garde est vraiment cool ! »

Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais tout excitée. Le tissu léger de la tenue n’avait rien à voir avec une armure. Maintenant que j’y pense, j’ai toujours porté des vêtements légers dans l’ancien labyrinthe, alors peut-être que les ninjas japonais privilégiaient aussi la mobilité.

La lumière du soleil filait à travers les fenêtres en bois. Il faisait chaud pour la saison, mais c’était un temps parfait pour faire du tourisme, même si mon regard était attiré par la liste des costumes.

« Waouh, il y a tellement de costumes ! Attendez, qu’est-ce que c’est que ça ? » J’avais pointé du doigt un costume que regardaient Marie et Wridra.

« Un marchand ambulant ! » Marie se tordit de rire. « Ils ont même un costume de fermier ! »

Elle ressemblait à une princesse et était si mignonne que l’employée à côté de nous la regardait avec de grands yeux. Mais elle riait aux éclats, ce qui ne correspondait pas à son apparence. Ce kimono serré devait probablement l’empêcher de respirer.

« Je parie que Kazu serait super dedans », ai-je dit.

Elles avaient dû l’imaginer dedans, car elles avaient gloussé à l’unisson une seconde plus tard.

« C’est sûr ! » haleta Marie entre deux éclats de rire. « Appelons-le et faisons-lui essayer ! »

« J’ai mal aux côtes ! » haleta Wridra. « Pourquoi un look de roturier lui va-t-il si bien ? C’est lui qui a vaincu à lui seul un candidat héros ! »

C’est peut-être pour cette raison que la réputation de Zarish avait pris un tel coup. Il avait perdu contre quelqu’un qui avait l’air si ordinaire. Kitase était un épéiste de haut niveau, pas une proie facile, mais on ne le devinait pas en le regardant.

Kazu aurait probablement refusé de porter ce costume s’il avait été là, mais il n’était malheureusement pas présent. Il dut donc revêtir le costume de marchand à la majorité. Naturellement, les trois femmes se moquèrent sans pitié de lui.

« J’ai mal aux côtes ! Je ne peux plus respirer ! » hurla Wridra. « Arrête de sourire comme ça ! Veux-tu me tuer ? »

***

Partie 9

Je me sentais mal pour lui, car il était en infériorité numérique et contraint de porter ce costume contre son gré. Il semblait ne pas savoir quoi dire. Mais je ne pouvais rien faire pour l’aider. Mes abdos se contractaient comme jamais, comme s’ils allaient exploser. J’avais croisé le regard de Marie alors que nous luttions pour ne pas éclater de rire, et c’était fini. Nous avions éclaté d’un fou rire incontrôlable.

« Je vais mourir ! Mon ventre ! »

« C’est trop parfait ! » lâcha Marie, haletante. « S’il te plaît, je ne peux pas ! »

Il ne pouvait rien dire, debout là, ridiculisé par sa copine. La façon dont il se tenait, avec une trousse de médecin enveloppée dans un tissu en bandoulière, lui allait comme un gant. Peut-être avait-il été marchand ambulant dans une vie antérieure.

Nous faisions tellement de bruit que tout le monde nous regardait, mais je m’amusais tellement ! Depuis mon arrivée, je passais les meilleurs moments de ma vie. J’avais découvert à quel point c’était cool de sortir avec des amis et de découvrir des endroits sympas.

J’avais encore mal au ventre et les larmes aux yeux, mais je me sentais revigorée par le soleil d’automne.

 

 

Ouf. J’ai vraiment cru que j’allais mourir. J’ai échappé belle à la mort.

Une arme de jet en forme de croix se planta dans une planche de bois avec un bruit sourd. Elle pénétra le bois avec une force impressionnante, projetant de minuscules éclats dans les airs. Avant que quiconque n’ait pu commenter ce lancer, trois autres shurikens avaient été lancés en rafale et s’étaient enfoncés dans la cible. Après avoir épuisé mon stock de shurikens, des kunais, des poignards ressemblants, s’enfoncèrent dans la cible à un rythme effréné, comme dans un anime ou un jeu vidéo.

La foule était aux anges. J’avais été acclamée et félicitée, surtout par les enfants. J’avais gardé ma position de lancer pendant quelques secondes, car cela avait l’air plus impressionnant.

J’avais expiré, puis j’avais affiché un large sourire. Les enfants et leurs parents applaudissaient comme des fous, certains criant « Trop cool ! ». Je ne comprenais pas ce qu’ils disaient, mais ça m’avait fait avoir un grand sourire ridicule.

« Waouh, Eve, ton entraînement a vraiment porté ses fruits ! »

Waouh. Le sourire de Marie aurait pu faire fleurir des fleurs. J’avais entendu dire que le sourire d’une fille était son arme, mais celui de Marie était d’un tout autre niveau. Il illuminait pratiquement tout l’endroit et je voyais qu’elle était complètement sincère. Elle est tellement gentille.

Je fus emportée par l’émotion et je la serrais dans mes bras. Waouh ! Le parfum floral qui m’envahit me prit au dépourvu. Qu’est-ce que c’est que ça ? Elle sentait naturellement comme ça ? Elle était petite, délicate et légère comme une plume. Les elfes étaient vraiment incroyables. Moi aussi, j’étais une elfe, mais nous, les elfes noirs, étions différents.

Une partie de moi voulait continuer à la sentir, mais je ne voulais pas passer pour une folle. Lorsque je l’avais lâchée, j’avais pu l’observer attentivement. Elle rougissait et ressemblait à une princesse japonaise dans son kimono. Ouais, elle était vraiment mignonne.

Le paysage qui nous entourait était assez différent de ce à quoi j’étais habituée. Les habitants appelaient cela une « ville-poste », avec des maisons aux toits plats faites de bambou, de bois, d’herbe et même de papier. C’est peut-être pour cette raison qu’il y avait une ambiance si rustique ici. Les maisons se fondaient dans la verdure, ce qui leur conférait un air mystérieux.

Je fixais alors une peinture ukiyo-e qui avait un charme étrange et m’attirait. Je demandai à Kazu, qui se trouvait à côté de moi : « Cet endroit est cool. Les larges routes, l’ambiance paisible… Je préfère ça à la ville bondée d’où on vient. Pourquoi ne construisent-ils pas plus de villes comme celle-ci ? »

« Hum ? Eh bien, elles sont très vulnérables aux incendies », m’expliqua-t-il. « La plupart de ces vieilles villes ont probablement brûlé pendant les guerres. C’est souvent le cas avec les bâtiments en bois. »

C’était logique. Un paysage comme celui-ci avait sans doute été détruit lors d’une guerre contre une nation puissante. C’était génial qu’ils soient parvenus à préserver leur culture traditionnelle. Là d’où je venais, la culture et la monnaie avaient été complètement mélangées après avoir été conquises et reconquises par d’autres pays; il était donc difficile de savoir jusqu’où remontaient les racines.

« C’est pareil à Arilai », me dit Marie, assise à côté de moi.

« Comment ça ? » demandai-je. Elle s’intéressait à l’histoire et à la culture; elle en savait donc plus que moi sur mon pays.

« La maison Blackrose de Puseri régnait sur Arilai avant que la famille royale actuelle ne la conquière », m’expliqua-t-elle. « Depuis, la culture de ce pays désertique a presque disparu, remplacée par des villes et des équipements occidentaux. Certaines traditions ont bien sûr été conservées, mais autrefois, c’était complètement différent. »

Je l’ignorais. Quand j’y avais emménagé, la famille royale régnait déjà, faisant de cet endroit un lieu moderne empreint d’une touche d’influence occidentale. Je me demandais à quoi cela ressemblait à l’époque, mais je ne le saurai probablement jamais. J’avais l’impression de passer à côté de quelque chose, ou que c’était dommage.

« J’aimerais bien voir à quoi ça ressemblait à l’époque », soupirai-je. « C’est dommage que ce soit impossible. »

« Eh bien, c’est un peu ce sentiment de regret du passé qui fait que des endroits comme celui-ci existent », répondit Kazu. « Allez, souriez toutes les trois ! »

Il pointa un appareil photo vers nous. J’y étais habituée, alors j’avais fait le signe de la paix avec les autres et il prit une photo.

J’avais failli éclater de rire. Nous avions une princesse, un ninja et une épéiste Arkdragon… Et puis, il y avait le photographe, un marchand à l’allure banale.

C’était trop drôle.

Je pris un moment pour réfléchir.

« Cet endroit est assez simple et se fond dans le décor », ai-je dit. « Je ne sais pas ce qui est écrit sur ce panneau, mais il faudrait peut-être le rendre un peu plus attrayant. »

Je ne trouvais pas ça mal. La vue était sympa, mais il n’y avait pas de grandes attractions, de feux d’artifice spectaculaires ou de parades scintillantes comme à Grimland. Je parlais juste de manière relative, mais Wridra me lança un regard. Même en essayant de rester concentrée, sa silhouette élancée et élégante dans cette tenue faisait battre mon cœur à toute allure. Elle serait dangereuse, habillée en homme, et je n’allais pas tomber amoureuse d’elle. Pas question.

« Tu n’as pas tort », dit-elle en riant. « Bon, continuons. »

Wridra m’attrapa la main et m’entraîna avec elle. Je voulais savoir pourquoi elle souriait ainsi, alors j’avais hoché la tête et lui avais demandé :

« Alors, qu’est-ce qui était écrit sur ce panneau ? »

« Comme tu l’as devinée, ce n’était pas très important. Il était simplement écrit “Terrain d’entraînement pour ninjas”. »

« Oh, je vois. Je suppose qu’ils ont… Attends, un terrain d’entraînement pour ninjas ?! »

Je me figeai, les yeux écarquillés. Même si j’essayai de libérer ma main, Wridra me tira en avant avec une poigne de fer et une force surhumaine. Je pâlis, m’effondrai sur le sol et me mis à pleurer dans la rue animée.

« Non ! Je veux y aller ! Je veux m’entraîner avec les ninjas ! S’il te plaît, ne m’emmène pas ! S’il te plaît ! » Je la suppliai, les larmes aux yeux, mais Wridra s’arrêta et se mit à rire. Elle me montra du doigt en haletant, prétendant qu’elle allait mourir de rire. Incroyable. Je croyais qu’on était amies. Tu penses que tu as mal aux abdos ? Et ma fierté, alors ?

« Ah… J’ai bien ri », dit-elle en haletant. « Tu es vraiment très drôle. Très bien, allons sur ce terrain d’entraînement ninja. Tu as tes shurikens et ton épée de ninja ? »

Wridra avait des problèmes, mais mon sourire immédiat en était un aussi, que je ne pouvais pas m’empêcher de l’afficher. Selon les dessins animés que j’avais vus, tout le monde, des enfants aux adultes, adorait les ninjas. Ce sont des combattants agiles au corps à corps et des spécialistes de la furtivité. Je ne ressemblais pas vraiment à un intellectuel, mais l’entraînement ninja était plus important que ma fierté.

Shuriken ? OK. Épée de ninja ? OK. Nous avions vérifié notre équipement, puis nous étions entrées sur le terrain d’entraînement. Petit détail amusant : les vraies épées de ninja étaient courtes, droites et faciles à dissimuler. Les ninjas savaient ce qu’ils faisaient.

« Eve, ralentis », me dit Marie. « C’est un terrain d’entraînement. Et si quelque chose de difficile se présentait plus loin ? »

« Oh, ça ira », lui ai-je répondu avec un sourire. « Contrairement à vous, je suis un vrai ninja. Un petit défi ne me fait pas peur. »

Je ne voulais pas être irrespectueuse, mais c’est Marie qui aurait dû nous inquiéter. Elle était spécialisée dans les esprits et la sorcellerie, et je ne l’avais jamais vue faire de l’exercice. On pouvait légitimement se demander si elle serait capable de suivre le rythme.

Mais dès que nous pénétrâmes dans le bâtiment en bois, je me figeai. Je perdis complètement l’équilibre et m’effondrai contre le mur. Je ne pouvais plus bouger.

« Qu’est-ce que c’est ? Je me sens mal… »

« C’est incliné », me dit Kazu. « Tout semble normal, mais le sol est en réalité incliné, ce qui perturbe tes sens. Tu te fies trop à ton instinct, c’est donc pire pour toi. »

J’étais trop désorientée pour comprendre son explication. Mes jambes étaient comme de la guimauve et je peinais à rester debout. J’avais trébuché, mais Kazu me rattrapa avant que je ne me cogne la tête contre le sol.

« Merci », marmonnai-je.

En levant les yeux, je remarquai un marchand ordinaire qui m’aidait et je dus réprimer un rire. Cela m’avait toutefois aidée à me concentrer sur mon poids et à me tenir debout toute seule.

Après ça, j’avançai prudemment dans la salle d’entraînement en utilisant la technique de glissade de base des ninjas, tout en étant très consciente du décalage entre mes sens et ma vision inclinée. Finalement, j’avais pu atteindre un repère et le monde incliné était revenu à la normale. Sentant une certaine fierté, je laissais échapper un « Oui ! », puis je sursautai en entendant des applaudissements derrière moi.

« L’entraînement t’a plutôt réussi, après tout », déclara Wridra avec un sourire en coin.

J’étais agacée qu’elle me regarde de haut, mais quand un appareil photo s’était braqué sur moi, j’avais fait un signe de paix et j’avais souri comme une gamine. C’était agréable de recevoir des compliments et je m’étais bien amusée.

Soudain, je compris quelque chose. Tout le monde me regardait avec curiosité, mais je n’avais pas souhaité partager ma découverte. J’avais compris que ce décor imitant l’époque d’Edo n’avait pas été construit avec des matériaux sophistiqués. Tout était simplement assemblé en bois, sans même utiliser un seul morceau de verre. Cela signifiait qu’il était possible de recréer la même chose au deuxième étage du labyrinthe. On pouvait même y construire un village ninja et inviter des gens. Les udon touts chauds étaient délicieux par ce froid, et je pouvais même enseigner mes techniques de ninja et mes compétences au combat.

Alors que j’en étais arrivée à cette conclusion, j’avais trouvé ça dingue. Rien n’avait de sens et j’avais cru devenir folle. Même avec leur technologie en plus, ce monde n’était pas si différent du mien; ce n’étaient que des gens qui vivaient en harmonie avec la nature.

« Ah, je comprends maintenant », murmurai-je, comprenant enfin ce que les autres avaient fait.

Aménager le deuxième étage du labyrinthe avec le manoir, les passerelles et même un lac était un travail incroyable. J’avais compris que c’était cette vue qu’ils recherchaient. Ils la voulaient tellement qu’ils l’avaient créée eux-mêmes. C’est pour cette raison que cet endroit avait vu le jour et qu’il avait commencé à attirer des visiteurs.

Je m’étais tournée vers les autres avec un sourire chaleureux. J’avais maintenant l’impression que nous n’étions pas seulement un groupe hétéroclite de personnes étranges, mais des amis avec qui je partageais un lien.

J’avais alors ressenti le besoin de m’excuser d’avoir critiqué la simplicité de cet endroit. Il avait un charme rustique vraiment cool, un peu comme un jouet fait main.

« Hé, Kazu, prends une photo avec ton appareil », lui ai-je dit.

Je ne pourrais plus voir l’Arilai d’autrefois, mais les photos pouvaient immortaliser ce moment tel qu’il était. On ne pouvait peut-être pas tout sauver, mais je voulais garder ce qui m’avait attirée. Si j’avais des amis souriants à mes côtés, c’était encore mieux.

J’avais gardé cette pensée pour moi en posant avec Marie et Wridra pour une photo.

Il y avait des statues de tanuki de toutes tailles, des moulins à vent qui tournaient et une porte rouge vif éclatante de couleurs. J’entendais également de la musique de festival au loin. J’avais l’impression d’être dans un livre d’histoire et j’avais alors éclaté de rire comme un enfant.

***

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