Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe – Tome 10 – Chapitre 3 – Partie 6

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Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants

Partie 6

Kazu s’occupait de moi au Japon, donc je ne voulais pas qu’il dépense trop pour moi. De toute façon, je n’attendais pas grand-chose de ces bentos, ce qui expliquait pourquoi je n’étais pas difficile.

Wridra, qui était un peu plus grande que moi, me lança un regard surpris. Elle jeta un coup d’œil à Kazu et dit : « Je suppose que tu as entendu ces absurdités. »

« Allons, allons », répondit Kazu. « Elle changera peut-être d’avis quand elle les verra. »

Quoi ? Qu’est-ce que ce regard plein de pitié ? J’étais complètement perdue.

Quelques minutes plus tard, je compris que j’avais dit n’importe quoi. Les bentos disposés devant moi brillaient comme des trésors. Marie serrait les mains, les yeux violet pâle brillaient d’émerveillement.

« Oh, les boîtes à bento Spacias Deluxe en édition limitée ! » s’écria-t-elle. « Regarde, regarde, elles sont tellement luxueuses ! Je veux celle-ci ! Oui, c’est sûr, celle-là ! »

J’étais choquée de voir Marie, la fille la plus intelligente de la classe, se comporter comme une gamine dans un magasin de bonbons. Elle était bien plus âgée que moi et c’était une grande sorcière spirituelle qui dominait l’ancien labyrinthe. Et pourtant, elle était là, sautillante d’excitation. J’avais jeté un coup d’œil aux étiquettes et j’avais pâli en découvrant que le produit le moins cher du magasin était un petit pain sans intérêt avec de la confiture de fraise.

Non…, Non, non, non. Ce petit pain devait être bon, il était même accompagné de confiture de fraise. Mais il ne pouvait pas rivaliser avec les magnifiques boîtes-repas proposées. Il y avait un monde entre les deux.

Pour une raison que j’ignore, mes jambes se mirent à trembler et une voix idiote répéta en boucle dans ma tête : « Je vais prendre le moins cher. »

Qui pouvait dire une chose aussi stupide ? Moi ! « Aaaaaah ! » ai-je hurlé.

« Whoa, Eve, ne cri pas dans le magasin ! » Kazu essaya de me calmer, paniqué. « Allez, choisit ce que tu veux ! »

Derrière lui, Wridra était pliée en deux, morte de rire.

Merde, Wridra !

 

+++

Eh bien, j’avais complètement tort.

Tout à l’heure, j’avais trouvé Marie et Wridra puériles de s’exciter autant pour de la nourriture. C’était une grosse erreur.

Je tenais un sac bento, un grand sourire aux lèvres. Inutile d’essayer de trouver des excuses. J’avais tort, et j’en étais désolée. C’était tout, et j’étais heureuse de l’admettre.

Nous avions vraiment eu de la chance de mettre la main sur ces repas en édition limitée. Marie et Wridra marchaient à côté de moi, elles aussi avec un grand sourire.

« Wridra, tu es toute souriante, toi aussi ! » lui ai-je fait remarquer. « Et tu faisais comme si tu étais trop mature pour t’en soucier tout à l’heure ! »

« Tais-toi », me répondit-elle. « Il n’est pas trop tard pour que tu prennes ce triste petit pain à la place. En fait, je vais manger le bento que tu as choisi. »

« Je plaisantais ! S’il te plaît ! C’est à moi ! »

Cette nana était incroyablement forte et ne plaisantait pas ! Elle m’attrapa mon sac par-derrière et j’avais crié, presque en larmes, m’accrochant de toutes mes forces.

Kazu en avait sûrement marre de nos pitreries, car il s’était interposé et nous avait dit d’arrêter. Je m’étais aussitôt cachée derrière lui, me souvenant que j’étais un ninja. Après tout, me cacher rapidement dans des moments comme celui-ci était ma spécialité.

Marie semblait aussi en avoir marre et elle haussa les sourcils en regardant Wridra.

« Fais attention à elle », me prévint Marie. « La première fois qu’on l’a rencontrée, elle a englouti nos boîtes à lunch. Elle en a même demandé trois ou quatre de plus. Elle ne plaisantait pas quand elle a dit qu’elle allait manger ton bento. Si tu la laisses faire, elle le dévorera en un clin d’œil. »

J’avais du mal à y croire, mais Wridra répondit : « Ah bon ? »

Elle détourna le regard, ce qui me confirma que Marie disait vrai. Wridra jeta alors un regard furtif vers mon repas et je le cachai derrière mon dos, paniqué.

Kazu avait dû sentir le danger, car il avait fait de même.

« Oh, tu as le même bento que moi ? » lui demandai-je.

« Ouais, » répondit-il. « D’habitude, je prends n’importe quoi, mais aujourd’hui, c’est spécial. »

Spécial ? Peut-être ne faisait-il pas souvent de visites touristiques. Mais je m’interrogeais sur la raison de son hésitation. Je l’avais regardé fixement et il s’était rapidement éloigné, l’air louche. Il se passait clairement quelque chose.

« Bon, il est l’heure », balbutia Kazu en jetant un coup d’œil à sa montre. « Allons-y. »

Il était plus grand dans ce monde, et sa voix calme lui donnait une impression de fiabilité. Je devais rester avec lui, sinon je me serais perdue en un clin d’œil s’il m’avait laissée seule.

« OK ! » avions-nous toutes les trois répondu en chœur.

Je ne savais pas trop comment appeler ce sentiment. Excitation ? Nous étions passés devant la réception noire et élégante, et le décor changea pour devenir plus chic et sophistiqué.

« Waouh, j’aime bien l’ambiance ici », chuchotèrent les filles avec enthousiasme. Leur enthousiasme était si contagieux que je le ressentais moi aussi.

Mon cœur battait la chamade alors que je me tenais sur ces escaliers étranges qui bougeaient tout seuls, tandis que le décor changeait automatiquement. Soudain, quelque chose de lisse et de blanc passa à toute vitesse, faisant battre mon cœur comme un tambour.

« Wow ! C’est le Spacias Limited Express ! » s’écria Marie, les yeux violets brillants.

Eve ne pouvait pas en vouloir à Marie d’avoir élevé la voix. L’extérieur immaculé, les fenêtres en forme de cage et l’aperçu de l’intérieur glamour et relaxant attisaient encore plus leur impatience.

Le Spacias Limited Express reliait Tokyo à Tohoku, ce qui en faisait le moyen de transport ultime pour tout voyageur. Il suffisait de jeter un coup d’œil à son design alliant modernité et éléments traditionnels japonais pour ressentir l’excitation du voyage qui les attendait. Les femmes venues d’un autre monde le regardaient avec attention, complètement fascinées.

« Il y a un café à l’avant. C’est un salon VIP en quelque sorte. Nous allons emprunter un itinéraire populaire depuis l’époque d’Edo et nous pourrons profiter de la vue avec style. »

Cette remarque fit briller encore plus les yeux des femmes, déjà émerveillées par le spectacle qui s’offrait à elles. C’était vraiment un rêve. Autrefois, seuls les nobles avaient le privilège de profiter d’un tel luxe, mais aujourd’hui, n’importe qui au Japon peut réserver ce train. Cette extravagance hors du commun les plongea dans une atmosphère onirique et elles ne purent qu’acquiescer.

Le groupe marcha le long du quai, bouche bée devant le train qui brillait de mille feux. Elles ne dirent pas un mot, non pas parce qu’elles s’ennuyaient, mais parce qu’elles étaient subjuguées. En voyant l’intérieur éblouissant, elles imaginaient déjà le voyage qui les attendait. Marie saisit inconsciemment la main de Kazuhiro, ses cheveux blancs comme des pissenlits flottant au gré de ses pas.

« On ne profite des trucs chics que pendant le trajet aller », fit remarquer Kazuhiro. « Le retour se fera dans un train normal et nous rentrerons tard dans la journée, donc pas de nuit sur place. On peut se faire plaisir comme ça parce que c’est juste une excursion d’une journée. »

Pourtant, personne n’était déçu. Ils seraient probablement tellement épuisés d’avoir profité à fond qu’ils allaient dormir comme des loirs sur le chemin du retour.

Les femmes arrivèrent à la voiture de tête et poussèrent un cri de surprise. Elles y découvrirent un tapis rouge moelleux, un intérieur lumineux et ensoleillé, ainsi qu’un coin café VIP où une préposée en uniforme les accueillit avec un sourire radieux et un « Bienvenue ! ».

Les canapés d’un bleu glacial étaient même équipés de coussins. Cet endroit semblait bien plus confortable que n’importe quel wagon ou navire de luxe. Peut-être inconsciemment, le mot « incroyable » fut répété à plusieurs reprises dans différentes langues, telles que l’elfique, la langue commune et même la langue rare des dragons. Même Wridra avait une lueur enfantine dans les yeux lorsqu’elle posa le pied sur le tapis moelleux.

 

+++

Quelques mots dans une langue inconnue résonnèrent au-dessus de nos têtes, suivis d’un bruit métallique étrange. Pour une raison que j’ignore, mon cœur se mit à battre la chamade. Je ne comprenais ni les mots ni les lettres, ce qui m’aurait normalement stressée, mais l’excitation du voyage vers Grimland reprit le dessus. Il y eut une secousse, et le Spacias se mit en mouvement.

Le paysage à l’extérieur de la fenêtre commença à changer et je m’écriai : « Waouh ! »

« C’est tellement spacieux ! » s’exclama Marie depuis le siège en face du mien. « C’est lumineux aussi ! Et ces sièges sont tellement confortables ! C’est le jour et la nuit par rapport aux trains normaux ! »

Je pensais être impressionnée parce que je ne connaissais rien aux grandes villes, mais même Marie serrait un coussin dans ses bras et donnait des coups de pied comme une enfant, complètement surexcitée. Elle me montra quelque chose et m’invita à regarder. J’avais aperçu une tour qui se dressait au milieu du paysage qui défilait. Elle brillait sous le ciel bleu clair, si brillante que j’ai dû plisser les yeux.

« Waouh, c’est énorme ! » ai-je soufflé. « C’est la Skytree, non ? »

Lorsque nous étions descendus du bus, j’avais été époustouflée par sa taille gigantesque. Je n’exagérais pas en pensant qu’elle pouvait toucher les nuages. Ce monde était incroyablement avancé, mais il offrait encore des vues magnifiques. Peut-être avaient-ils planifié leur expansion de manière à préserver le paysage.

En la montrant du doigt, j’avais demandé aux deux plus calés que moi :

« Elle est tellement haute. À quoi ça sert, au fait ? »

« C’est une tour de diffusion », expliqua Marie. « Ce que tu vois à la télévision vient de là. »

« En effet, » confirma Wridra. « Ma magie de projection fonctionne sur le même principe. Elle est inspirée de la Skytree. »

« Le truc qui diffuse les dessins animés ? Waouh. »

Je m’étais arrêtée.

« C’est dingue. Ils ont construit tout ça pour les dessins animés ? »

C’était vraiment cool, je comprends pourquoi c’est si populaire.

« Non… Le Japon est connu pour ses dessins animés, mais ils n’ont pas construit quelque chose d’une telle envergure juste pour ça », dit Marie.

« Encore une fois, tu es une adorable idiote », fit remarquer Wridra en soupirant et en secouant la tête comme si j’étais un cas désespéré.

Honnêtement, leurs gestes exaspérés m’énervaient un peu. Je ne connaissais rien de tout cela, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’ils pouvaient se permettre de me taquiner ainsi ! J’avais gonflé les joues, mais Kazu, assis à côté de Marie, prononça une phrase qui fit instantanément disparaître mon agacement.

« Tu veux qu’on aille là-bas ensemble un de ces jours ? »

« Oui, carrément ! »

Marie, Wridra et moi avions répondu en chœur. Nous nous étions regardées, puis nous avions éclaté de rire si fort que les gens autour de nous s’étaient retournés pour nous regarder.

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