***Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants
Partie 5
Alors que je réfléchissais à tout cela, j’avais surpris Wridra en train de me sourire avec malice. Son air pompeux m’agaçait un peu.
« Quelle enfant ! » dit Wridra en riant d’un air suffisant. « Je veux bien te donner un coup de main si tu veux. »
« Non, ça va, » répondis-je. « Ça a l’air rude. Ça va sûrement écraser les miens. »
Je cachai mes mains derrière mon dos, mais le sourire narquois de Wridra s’élargit. Ses yeux brillèrent d’une lueur draconique, puis j’entendis un sifflement aigu.
Tellement rapide !
Sa main bougea si vite qu’elle laissa une image rémanente, ridiculisant ma vision pourtant très affinée. Avant que je ne m’en rende compte, elle tenait ma main dans la sienne. Sa main était si fine ! Elle était fraîche au toucher, et sa peau était incroyablement lisse. Elle me serra fermement la main à la base des doigts, en me regardant avec des yeux magnifiques qui auraient fait fondre n’importe quelle fille. Je voulais lui demander d’arrêter, car cela me laissa sans voix.
« Tu ne pourrais pas te perdre maintenant, même si tu le voulais », dit Marie.
« En effet », renchérit Wridra. « Je pourrais demander à mon familier de t’accompagner au cas où, mais ce serait difficile à organiser pendant le trajet. »
Je repensai à cet étrange animal à la fourrure noire et lisse, aux longs membres et à la queue qui se balançait paresseusement. Je l’avais déjà aperçu à plusieurs reprises.
Quoi qu’il en soit, je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que Wridra entendait par « trajet ». Je pensais qu’on allait marcher jusqu’au prétendu Sengoku Mura, mais apparemment, non. Je me tournai vers Kazu qui nous observait d’un air endormi.
« On ne prend pas la voiture aujourd’hui ? » demandai-je.
« Non, pas aujourd’hui », répondit-il. « C’est parfait pour discuter et pour les petits trajets, mais pour un endroit comme Nikko, c’est un peu risqué. »
« Comment ça ? »
« On peut utiliser autre chose pour aller à Nikko, » dit-il en croisant les bras, les joues légèrement rougies par l’excitation.
« C’est vrai ! » s’écria Marie, qui se trouvait à côté de moi. « Le Spacias Limited Express ! Il conserve l’esprit de son design traditionnel tout en offrant un confort encore plus luxueux ! Comment pourrions-nous ne pas le prendre ? »
Waouh, ses yeux brillent !
Ses yeux étaient aussi magnifiques que des améthystes et surpassaient n’importe quelle pierre précieuse lorsqu’elle était dans cet état. Pour une raison que j’ignore, elle serra très fort ma main.
Je fronçai les sourcils, perplexe. Leur enthousiasme débordant me dérangeait, alors je laissai échapper mes pensées.
« Attendez ? Êtes-vous aussi enthousiaste pour un véhicule ? Pourquoi ? Ce n’est qu’un moyen de transport, non ? » demandai-je.
La plupart des gens se poseraient la même question si tu me le demandais. Il y avait différentes catégories de véhicules, allant du meilleur au pire, mais l’essentiel était d’arriver à destination rapidement, en toute sécurité et à moindre coût. Il allait sans dire que les calèches bondées étaient horribles : elles étaient exiguës, malodorantes et secouaient dans tous les sens. Monter à cheval seul était plus confortable, mais l’avantage de la calèche était qu’elle protégeait des intempéries et évitait de se perdre.
Je trouvais ma question tout à fait légitime, mais les trois autres me regardaient comme s’ils se demandaient comment m’expliquer cela.
« Elle comprendra quand elle l’aura essayé », dit Wridra.
« Oui », acquiesça Kazu.
« Oui, faisons ça », ajouta Marie.
Qu’est-ce qui leur prenait ? Avaient-ils tous décidé que ce serait trop compliqué de m’expliquer ?
Ils étaient vraiment bizarres et je ne comprenais pas pourquoi on restait plantés là, au bord de la route. S’ils voulaient prendre ce truc, on aurait dû se diriger vers la zone d’embarquement. Alors, pourquoi ne bougeaient-ils pas ?
Je ne comprenais vraiment pas le Japon.
J’étais peut-être perdue dans mes pensées, car malgré mon instinct aiguisé, je n’avais pas remarqué l’énorme chose qui se rapprochait derrière moi.
Crécelle ! Pssh !
« Waaah ! »
Je m’étais retournée, complètement prise au dépourvu par ce que j’avais vu. Cette chose qui crachait de la vapeur était plus grande que tout ce que je n’avais jamais vu. J’avais crié, trébuché et je m’étais retrouvée les fesses par terre. Je ne vais pas me vanter, mais j’avais un gros derrière, donc cette petite chute ne m’avait même pas fait mal. J’étais en parfait état, mais ce n’était vraiment pas de quoi se vanter. La chose géante, blindée et carrée qui se trouvait devant moi, était bien plus impressionnante.
« Qu’est-ce que… ? Cette taille, cette puissance ! Est-ce le Spacias Limited Express ?! » dis-je.
« Non », répondit Kazu.
« Pas même proche », ajouta Marie.
« Tu es toujours aussi adorablement idiote », déclara Wridra.
Ils m’avaient abattue avant même que j’aie eu le temps de cligner des yeux. C’est quoi encore ce bazar ?
Je me frottai les fesses en gémissant, l’air embarrassé. Tomber sur les fesses devant tout le monde était assez humiliant, car j’étais fière de mes réflexes.
Kazu m’expliqua que cette énorme chose n’était pas un Spacias, mais un simple bus. Un bus ?
Ce n’était pas grave. Cela m’avait juste fait sursauter, mais je n’avais pas peur. Le problème, c’est qu’une gentille vieille dame à côté de moi me demanda : « Oh, ma petite, ça va ? » Elle m’avait aidée à me relever, ce qui était très embarrassant.
Je ne pouvais m’empêcher de penser que ce pays comptait beaucoup de gens gentils. D’habitude, quelqu’un m’aurait peut-être volé mon portefeuille, mais cette dame m’avait même donné un bonbon. Malgré tout, je ne voulais plus jamais revivre une expérience aussi humiliante. Je m’étais juré de ne plus jamais tomber. Jamais.
Alors que je faisais cette promesse en secret, Marie tendit quelque chose vers moi en disant : « Tiens. »
J’avais baissé les yeux et j’avais vu un morceau de papier orange sur lequel était écrit quelque chose. Je l’avais retourné, mais le verso était noir. Je l’avais senti, mais je ne savais toujours pas ce que c’était.
« C’est quoi ? » avais-je demandé.
« Un ticket », répondit Marie. « Tu en as besoin pour passer cette porte-là. »
Sa voix était adorable. C’était évident, mais elle avait toujours eu cet air guindé d’élève modèle. C’était peut-être juste moi, mais elle semblait tellement différente ici : elle était agitée, presque désorientée. En y repensant, cette sensation me semblait familière… Même si je ne me souvenais pas où je l’avais déjà vue. J’aurais juré avoir déjà vu cette expression auparavant.
Avant que je ne comprenne, Marie pointa du doigt devant elle et me dit : « Regarde, là-bas. »
J’avais suivi son doigt et j’avais vu des gens marcher à travers des sortes de boîtes métalliques.
« Waouh, c’est cool ! » ai-je dit. « Ça bipe à chaque fois qu’ils touchent ça. »
« C’est vrai. Dans ce monde, ce ne sont pas les gens qui vérifient les billets. Ce sont les machines. »
Des machines ?
Je ne comprenais pas de quoi elle parlait, mais Marie vivait dans ce pays depuis longtemps et était bien plus intelligente que moi, alors j’avais pensé que ces choses étaient tout à fait normales ici.
« Hum », dis-je en montrant mon billet. « Et si je n’ai pas ce truc ? Il est tout petit. Et si je le perds ? »
« Oh, quelque chose de tellement terrifiant que j’ai peur de le dire à voix haute », répondit Marie de façon dramatique. « Tu serais coincée dans cette station pour toujours. »
« Ouais, c’est ça », répondis-je en riant et en balayant ses propos d’un revers de la main. La boîte métallique n’arrivait qu’à hauteur de taille et je pouvais facilement la franchir. Sans compter que le passage était large, je voyais bien qu’elle plaisantait. Tu crois que tu peux me faire marcher juste parce que je ne suis pas d’ici ? Tu te trompes !
Peut-être devenais-je trop confiante. Pendant que Marie m’expliquait où insérer le ticket, je continuais à fixer la porte. Oui, je pouvais clairement passer. C’était assez étroit pour laisser passer une personne à la fois, mais je pouvais faire semblant de mettre un ticket pour passer. Même quand Marie me déclara de ne pas le faire, j’avais ignoré son avertissement et j’avais commencé à marcher. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que je ne pouvais pas réprimer ma curiosité. Une fois que j’eus commencé à me demander ce qui allait se passer, je voulais absolument le savoir.
J’avais donc décidé de passer sans utiliser mon billet. J’avais fait semblant de le glisser dans la fente et j’avais traversé rapidement.
J’avais réussi. J’étais trop forte.
Au moment où je pensais avoir réussi, un bruit strident retentit. La porte se referma brusquement et une voix mécanique se mit à me parler dans une langue que je ne comprenais pas. Cette voix inquiétante et inhumaine me fit sursauter et je poussai un cri de surprise avant de tomber sur les fesses.
Je me suis juré de ne plus jamais recommencer !
Je pensais que c’était sans danger, car les enfants passaient sans problème, mais j’avais été prise par surprise. Qui n’aurait pas été surpris ?
Tout ce que j’avais fait, c’était de ne pas utiliser de ticket, bon sang !
« Ça va, Eve ? » me demanda Kazu en m’aidant à me relever.
Même sous sa forme adulte, son visage restait aussi endormi. Mais aujourd’hui, il dégageait une aura de maturité. Je me demandais pourquoi il semblait ainsi, alors qu’il avait toujours cette énergie agitée et enfantine dans l’autre monde. J’y avais réfléchi un moment, puis j’avais compris.
« Oh, je comprends ! » m’écriai-je. « Tu inverses les rôles avec Marie ! C’est Marie qui est agitée au Japon et dans l’autre monde, c’est toi ! »
Tout s’expliquait enfin. Le comportement agité de Marie m’avait surprise plus tôt, car elle était d’habitude une élève modèle, mais Kazu était exactement pareil. Leur façon de regarder autour d’eux avec impatience et un petit sourire en coin étaient pratiquement identiques.
Mais Marie n’avait pas semblé apprécier ma brillante découverte. Elle me lança un regard noir et me déclara : « C’est toi la plus agitée ici. Arrête de retenir tout le monde et passe la porte. »
« Désolé », avais-je répondu. « Mais c’est assez incroyable. Vous êtes faits l’un pour l’autre. »
Elle me fixa, mais ses joues avaient légèrement rougi. Sa peau était si pâle que même un léger rougissement ressortait. Je m’étais demandé si elle avait déjà vu le soleil. Même en tant que fille, j’avais trouvé sa réaction super mignonne.
« Bon, d’accord », balbutia Marie. « Je vais prendre cela comme un compliment, mais nous devons nous dépêcher. Les bentos populaires risquent d’être en rupture de stock. »
« Hein ? Des bentos ? » demandai-je. « On va acheter à manger quelque part ? »
Marie avait l’air pressée, alors je m’étais dit que je ne devais pas la faire attendre. J’avais glissé mon ticket dans la fente et cette fois, j’étais passée sans problème. À ma grande surprise, le ticket était réapparu à la sortie si vite que j’avais cru qu’il avait été téléporté. J’avais du mal à cacher mon enthousiasme.
Je suivis Marie et aperçus Wridra qui me souriait du coin de l’œil.
« Dans ce pays, on apprécie la nourriture qui convient au voyage », m’expliqua-t-elle en riant, ses longs cheveux noirs ondulant au vent.
« Hein ? Comment ça ? » demandai-je. « Marie a parlé de bentos tout à l’heure. C’est en gros des repas à emporter, non ? »
Ça dépend de la région, mais chez moi, on mettait dans des paniers en osier des aliments qui ne se gâtaient pas facilement pour voyager. La nutrition et la durée de conservation des aliments primaient, donc on ne s’attendait pas à grand-chose en matière de goût.
« Je ne comprends pas », dis-je. « Je vais prendre le moins cher. »
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