Almadianos Eiyuuden – Tome 4 – Chapitre 120

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Chapitre 120

« Oh, wôw, je ne l’ai pas vu venir… »

Avec sa robe teintée de cramoisi, Febell gisait dans une flaque de son propre sang.

Kurats ne pouvait cacher un sentiment de rare perplexité à cette vue.

Il ne connaissait aucune personne qui avait quelque chose à gagner de la mort de Felbell.

Quant à Albert, bien que Kurats avait d’abord pensé qu’il l’aurait certainement emmenée avec lui, il n’avait été vu nulle part.

« … A-t-il fui ? »

« Oh, vous avez encore un peu de souffle ? On dirait bien qu’il s’est enfui. Mais d’après la façon dont vous l’avez dit, dois-je comprendre que c’est votre mari qui vous a poignardée ? »

« C’est tout ce que je mérite pour avoir si mal choisi mon homme. S’il vous plaît, dites à ma petite sœur que c’est elle qui a finalement fait le bon choix. Bien que je suppose que cela ne me regarde pas. »

Bien que cela n’avait peut-être rien à voir avec sa mort, quelque part dans son esprit, Felbell était jalouse de sa sœur qui semblait avoir bien choisi son homme.

Avec ce qu’elle savait maintenant, Felbell ne choisirait probablement jamais Albert comme elle l’avait fait ce jour-là.

Mais il était trop tard pour les regrets.

« Désolé de vous décevoir, mais Lunaria m’a demandé de ne pas vous laisser mourir. »

{Heureusement, il semblerait qu’elle ne laisse que son esprit vagabonder. Elle ne va pas mourir tout de suite.}

Ça montre bien que ce type est un vrai profane.

En tout cas, il avait réussi à la retrouver vivante, ce qui était génial.

Il ne pouvait pas imaginer la pluie d’insultes qui l’attendait s’il était retourné voir Lunaria avec la nouvelle de la mort de sa sœur.

« Je te confie ma sœur. Elle a beaucoup de fierté, celle-là. J’ai peur qu’elle pense probablement à mettre fin à sa vie à ce moment-là. »

C’était le souhait de son épouse, la plus importante. Il n’y avait aucun moyen de le contourner.

« R.E.G.E.N.E.R.A.T.I.O.N I.N.S.T.A.N.T.A.N.E.E »

Qu’ils soient au bord de la mort à cause d’une blessure mortelle ou dans un état critique à cause d’une maladie, Bernst pouvait faire en sorte que n’importe qui se rétablisse complètement grâce à ce sort.

C’était dans ce genre de situation que Kurats pouvait vraiment ressentir la valeur de la magie. Malheureusement, si les muscles pouvaient faire beaucoup de choses, la guérison du corps d’une personne n’en faisait pas partie.

{AHAHAHAHAHA ! Continue ! Complimente ma glorieuse magie ! Avec mon pouvoir, même ressusciter les morts ne sera finalement pas un rêve lointain ! AHAHAHAHAHA !}

Tu t’excites beaucoup trop pour ça, vieil homme…

◆ ◆ ◆

« Je suis Albert, marquis de Strasbourg ! Veuillez informer Sa Majesté, l’empereur Heimdall, de ma venue ! »

À Nahalag, un poste de contrôle frontalier situé à environ 50 kilomètres du château de Strasbourg.

Après s’être enfui en courant, Albert frappa à la porte de l’empire et chercha de l’aide.

Au final, il n’avait réussi à s’emparer que de 10 % des richesses de son château.

Vu les circonstances, il n’avait pas pu tout emporter.

Nombre de ses serviteurs étaient partis après les nombreux désastres provoqués par la chute du château et, comme on pouvait s’y attendre, seuls quelques-uns d’entre eux avaient accepté de travailler pour Albert jusqu’à la fin.

« … S’il vous plaît, attendez un peu. »

« Merci. »

Albert était tombé si bas qu’il devait maintenant faire attention à ses paroles lorsqu’il s’adressait à un simple soldat.

Aussi humiliant que cela puisse être, il n’y avait plus de place au monde pour Albert en dehors d’Asgard.

En regardant derrière lui, seules quelques douzaines de serviteurs l’avaient suivi.

La femme à qui il avait jadis promis son présent et son avenir était morte de ses mains.

Qu’allait-il lui arriver désormais ?

Son orgueil naturel le protégeait à peine de l’anxiété de son cœur.

Un homme comme moi ne rencontrerait jamais la mort de cette façon !

Il avait été sur le point de régner sur un pays entier. Qui pouvait dire qu’il ne pourrait plus jamais se relever ?

Avec le soutien d’Asgard, il avait encore l’espoir de renverser la situation.

Pourtant, le refus catégorique de Felbell de coopérer était une tournure détestable des événements.

Sa lignée et son corps charmant auraient été des atouts importants dans les négociations à venir.

« J’ai entendu dire que Sa Majesté est extrêmement fâchée de cette défaite. Veuillez rester devant la porte jusqu’au retour d’un messager de la capitale. »

« Sa Majesté est en colère, hein… On n’y peut rien. Maintenant, où vais-je rester ? »

« Actuellement, la frontière est en état d’alerte maximale en raison de la défaite de la seconde armée. Mes excuses, mais vous devrez préparer une tente et y rester. »

« Vous voulez que MOI je dorme dehors ? ! »

« Normalement, je voudrais que vous joigniez nos forces et participiez à la bataille, mais vous ne devez attendre ici, ce sont les paroles de Sa Majesté. »

Albert était furieux. Les paroles du soldat semblaient impliquer que tout cela se produisait à cause de sa défaite.

« L’ennemi est un homme que même cette Skuld n’a pas pu vaincre ! »

« Peu importe l’ennemi, notre devoir est de résister jusqu’à la mort. Si son excellence le marquis de Strasbourg souhaite se joindre à nous dans la bataille, je ne vous en empêcherai pas. »

Se battre contre cet homme équivalait à se préparer à une mort certaine.

Bien qu’il ne veuille pas l’admettre, Albert n’avait aucune idée du type de puissance militaire nécessaire qu’il fallait pour vaincre Kurats.

Il n’avait qu’un vague espoir qu’il parviendrait à s’occuper de lui d’une manière ou d’une autre avec la coopération d’Asgard.

Comme Albert n’avait pas de réponse à offrir, le soldat mit fin à la conversation avec une expression neutre.

« S’il n’y a rien d’autre, nous avons des préparatifs à faire. »

Jusqu’où Albert allait-il tomber ?

Il ne restait aucune trace de sa gloire passée, et même le commandant d’un poste de contrôle frontalier le regardait de haut.

Albert grinça des dents devant sa propre inutilité, en sanglotant tranquillement.

Ce ne fut qu’au bout de sept jours qu’un messager envoyé par Heimdal se rendit à la tente d’Albert.

Compte tenu de la distance qui sépare la capitale du poste de contrôle, on ne pouvait pas dire qu’il ait mis trop de temps à arriver. Mais pour un messager agissant en temps de guerre, il avait encore été un peu lent.

« Je suis venu transmettre un message de Sa Majesté au marquis de Strasbourg. Je vous prie de bien vouloir le recevoir. »

« Désolé, quel est votre nom ? »

Remarquant que le messager le regardait comme s’il n’était qu’un simple caillou au bord d’une route, Albert ne fit aucun effort pour cacher son expression offensée.

« La valeur des paroles de Sa Majesté n’a aucun rapport avec celui qui les transmet… Mais exceptionnellement, je répondrai. Mon nom est Pulse Mackensen. Je suis le nouveau commandant de la quatrième armée, maintenant réorganisée. »

« Je vois, un commandant. Je vous en prie, continuez. »

« Seigneur de Strasbourg, quelle est votre valeur selon vous ? »

Tout en se demandant pourquoi un vrai guerrier comme Pulse lui poserait une telle question, Albert répondit avec confiance.

« La famille Strasbourg est une famille noble qui n’a pas d’égal dans tout Jormungand. Nous avons une forte influence au sein du royaume et notre peuple ne manque pas de loyauté. Sans compter que je connais très bien la géographie de Jormungand, je pourrais avoir de nombreuses utilisations dans la conquête du royaume par l’empire. »

Albert pensait plutôt : « Je suis le marquis de Strasbourg, cela devrait suffire à donner une valeur politique », mais il avait à peine réussi à s’empêcher d’exprimer ces pensées.

Si cette situation s’était produite avant sa récente défaite, il aurait déjà eu une crise il y a un certain temps.

« C’est ce que vous croyez ? Sa Majesté n’est pas d’accord. Il croit que vous êtes totalement inutile, que vous ne valez pas la peine d’être utilisé pour soutenir l’empire. Mais j’ai essayé d’interroger directement l’ennemi sur votre valeur, au cas où. C’est pourquoi ce message arrive si tard. »

« Je suis… Je suis le chef de la glorieuse famille de Strasbourg ! Comment pourrais-je être inutile ? »

« Une grande déclaration pour quelqu’un qui n’a pas encore prouvé son utilité d’une quelconque manière. En tout cas, j’ai essayé de demander au seigneur de Bashtar ce qu’il enverrait à l’empire en échange de vous. Il a été rapporté que le général Skuld a été capturé, j’ai donc pensé que ça valait la peine d’essayer de la récupérer. Cependant… »

Pour la première fois depuis qu’il était venu ici, Pulse s’était mis à rire d’amusement.

« Tout ce qu’il nous a envoyé, c’est cette seule épée. Il n’a pas renvoyé un seul de nos soldats. Et j’aurais fait de même. »

Bien qu’il ne sache pas pourquoi, Albert avait instinctivement l’impression d’avoir pris une décision atrocement mauvaise en venant ici

« Ne comprenez-vous pas le sens de sa réponse ? »

Pourquoi cette épée avait-elle été considérée comme valant autant que lui ?

Est-ce qu’il y avait une allusion au fait qu’il avait poignardé Felbell ? Ou bien cela signifiait-il qu’il n’avait aucune valeur en tant que soldat ?

« Êtes-vous vraiment marié à une princesse ? Il semblerait que le seigneur de Bashtar, bien qu’il soit né roturier, ait une vision beaucoup plus élevée que la vôtre. En bref, ce qu’il voulait dire, c’est que vous ne valez pas l’échange, votre seule valeur résiderait dans le fait que vous assumiez la responsabilité de votre défaite et que vous vous sacrifiez. »

En regardant cela d’un autre point de vue, cela signifiait qu’il n’y avait aucune valeur à garder Albert en vie.

Il avait réussi à s’enfuir vivant pour ensuite se retrouver lui-même condamné à mort.

« S’il vous plaît, attendez ! Je ne peux pas mourir ici ! Je peux certainement être utile à l’empire ! S’il vous plaît, épargnez ma vie ! »

À ce moment, Albert se souvint très bien des mots que Felbell lui avait laissés avant leur séparation.

{C’est fini. Arrête cette lutte disgracieuse.}

« CE N’EST PAS FINI ! »

Albert cria comme un fou.

« Seigneur Pulse, veuillez servir de médiateur entre moi et Sa Majesté Heimdall, je lui remettrai tout ce que je possède, je ferai n’importe quoi ! »

« Le mieux que vous pouvez faire est de mourir d’une mort misérable. »

L’empire Asgard, autrefois invincible, avait perdu deux batailles consécutives. La seule utilité qu’il restait à Albert était de mourir le plus misérablement possible pour assumer la responsabilité de ces défaites.

« NOON ! JE NE VEUX PAS MOURIR ! »

« Seigneur de Strasbourg, vous aviez le droit de choisir votre façon de mourir, vous avez renoncé à cette possibilité. Vous récoltez ce que vous avez vous-même semé. »

Albert comprit finalement le vrai sens des mots de Felbell.

Il était néanmoins toujours terrifié par la mort, mais cette peur était précisément ce qui faisait de lui la meilleure proie pour un bon spectacle.

Un sourire calme et froid apparut sur le visage de Pulse.

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2 commentaires :

  1. merci pour le chapitre

  2. Merci pour le chapitre.

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