Almadianos Eiyuuden – Tome 4 – Chapitre 106

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Chapitre 106

« Comme on l’attend de vous, général Skuld, votre talent est sans égal. »

Bien qu’il ait claqué sa langue dans son esprit, Albert salua Skuld lors de son retour triomphal.

Il devait cependant admettre que c’était vraiment étonnant.

L’armée de Jormungand, la même armée qui avait acculé les élites d’Albert, avait été facilement gérée par Skuld. Pour elle, c’était comme prendre un bonbon à un bébé.

Si Albert s’était battu seul, le château de Strasbourg serait déjà en ruine.

Mayber Lagrange seul n’était pas grand-chose, mais Leclerc était sans aucun doute un adversaire de taille.

Même Albert n’était pas assez incompétent pour ne pas comprendre cela. Il savait qu’il devait beaucoup à Asgard.

Il avait beau insulter Benoît, qui était mort au combat, Albert pensait que ce n’était pas suffisant.

Mais s’attendre à ce qu’il puisse écraser un ennemi de ce niveau avec Alphonse seul était naïf de la part d’Albert.

Cette naïveté venait de son manque d’expérience en matière militaire.

Il avait commis l’erreur élémentaire de ne pas penser que l’ennemi allait préparer un atout comme il l’avait fait.

Et maintenant qu’il avait subi une défaite totale au tout début des hostilités, l’utilité d’Albert pour l’empire Asgard ne valait plus grand-chose. Il ne pouvait leur fournir que son territoire comme base de ravitaillement.

Mais dans ce cas, tout ce qu’Albert pourrait demander à l’empire serait qu’ils épargnent son territoire.

Cela ne suffirait cependant pas à justifier le fait qu’il porte les stigmates d’un traître.

Même si les terres de Jormungand diminuaient considérablement s’ils perdaient la guerre, Albert deviendrait son prochain roi.

C’était pourquoi il avait trahi son royaume.

« Je suppose que c’est un bon endroit pour me livrer à mes plaisirs. »

Skuld regarda Albert comme si elle regardait un détritus.

« Dites, êtes-vous sérieusement censé être l’avant-garde de notre empire ici ? Comment pouvez-vous rêver d’être utile à mon empire alors que vous ne pouvez pas vaincre un ennemi de ce niveau ? »

Albert ne pouvait rien répondre à ce que Skuld venait de dire

La différence de pouvoir entre les deux était très claire pour tout le monde.

… Cette maudite fille ne sait vraiment que se battre !

Albert n’avait jamais été un individu patient.

Il avait dû se contrôler désespérément pour ne pas crier sur Skuld en réponse.

Il se sentait humilié, mais tourner le dos à l’empire Asgard à ce sujet n’apportera que sa propre ruine.

« J’admets que ce fut un spectacle décevant. Mais une fois que la production en série des cavaliers Alphonse sera terminée, je pourrai même rembourser cette dette deux fois s’il le faut. »

« … Vous ne comprenez vraiment pas, hein ? »

Cette fois, Skuld soupira comme si elle était sincèrement étonnée.

« C’est pourquoi les amateurs ne devraient pas avoir leur mot à dire en matière de guerre. Les soldats morts se retourneraient dans leurs tombes. »

Albert craignait que Skuld ne considère arbitrairement qu’il était un amateur.

Certes, il n’avait jamais été lui-même au front, mais il avait participé à de nombreuses petites batailles.

Les nobles influents avaient l’obligation de suivre un cours général sur la manière d’être un commandant d’armée.

Albert était considéré comme un excellent étudiant parmi ses pairs à l’époque, et il en était fier.

« Pourquoi avez-vous gardé les cavaliers Alphonse en réserve et les avez-vous ensuite envoyés directement ? Ce n’était pas l’une des instructions de ce commandant mort, hein ? »

« C’était la mienne. Les atouts doivent toujours être gardés en réserve pour le moment où ils peuvent avoir le meilleur impact psychologique. Mais maintenant, je pense que nous aurions dû attendre que l’ennemi soit un peu plus fatigué… »

« Je m’en doutais bien. Alors voilà le truc, même si vous produisez en masse les cavaliers Alphonse, vous allez encore perdre. »

« Qu’est-ce… !! »

Comme on pouvait s’y attendre, Albert n’avait pas pu s’empêcher d’élever la voix pour protester contre les critiques cinglantes de Skuld.

S’il laissait tomber et reconnaissait sa propre incompétence en la matière, cela entraverait la coopération militaire entre lui et Asgard à l’avenir.

« N’allez-vous pas trop loin avec cette déclaration, général Skuld ? »

« Même si les cavaliers Alphonse sont basés sur nos cavaliers du Chaos, leur puissance de feu n’est pas leur principale force. Ils devraient être utilisés principalement comme arme mobile. Les utiliser directement dans un siège, c’est comme déclarer son ignorance au monde. »

Albert s’était finalement rappelé que Benoît lui avait conseillé d’essayer de diminuer progressivement les forces de l’ennemi avant de lancer les cavaliers Alphonse dans une attaque-surprise, et non pas directs.

« Mais se concentrer sur la victoire devant nous et perdre le vrai gros poisson aurait été inutile, non ? »

L’orgueil d’Albert n’était pas si mince qu’il pouvait tranquillement reconnaître ses erreurs.

Il avait le sentiment de n’avoir rien fait de mal. Il pensait qu’il aurait été impossible de voir venir ce nouveau sort magique.

Réalisant qu’Albert n’avait pas la capacité de comprendre ses mots, Skuld mit fin à cette conversation.

« Puisque vous avez perdu vos soldats, soyez au moins utile pour semer la discorde dans le pays. Parce qu’en ce moment, je n’ai rien à signaler à Sa Majesté à votre sujet. »

« Je me montrerai à la hauteur de ces attentes. »

Grâce à la facile victoire de Skuld, Albert avait estimé qu’il ne serait pas trop difficile de convaincre les nobles familles environnantes de le rejoindre.

Il pensait qu’une fois qu’ils auraient réalisé que Jormungand n’avait aucune chance de gagner, alors il pourrait être en mesure de rallier des personnes importantes à sa cause.

Cependant, Skuld avait impitoyablement coupé les rêves naïfs d’Albert.

« Aussi, j’aimerais vraiment affronter l’homme nommé Kurats. Il n’y aura probablement pas beaucoup de gens qui seront prêts à trahir le royaume tant qu’il sera là. »

Au final, peu importe la force que Skuld avait montrée, Kurats avait détruit une armée entière d’Asgard.

Skuld avait raison de penser qu’il serait difficile de gagner d’autres aristocrates tant que Kurats ne serait pas vaincu.

Il continue à se mettre en travers de mon chemin…

Depuis l’arrivée de cet homme, aucune des attentes d’Albert ne s’était réalisée.

Voyant la grimace qu’Albert montrait à cause de son hostilité envers Kurats, Skuld sourit avec délice.

« Faites du bruit, autant que vous le pouvez. Dites aux gens que Skuld attend le défi du héros. »

◆ ◆ ◆

Christopher avait reçu le rapport de la défaite de la force punitive la veille.

Un peu plus de 30 % des forces de Lagrange et des autres nobles avaient disparu, mais il semblerait que l’armée de Leclerc, qui était censée être responsable de l’arrière, ait été anéantie.

C’était vraiment un anéantissement total spectaculaire.

Si cette situation n’était pas réglée, certains pourraient commencer à remettre en question la puissance de Jormungand.

Montrer une réponse faible reviendrait à prendre le risque de voir les nobles de la frontière se ruer aux côtés d’Asgard.

« Appelez Cellvis et Rosberg. Amenez aussi Mordred. »

« Compris. »

Christopher s’était mordu la lèvre jusqu’à ce que le sang sorte. Il maudissait son manque de vision.

Albert était un homme très ambitieux, qui voulait toujours s’élever plus haut.

Bien qu’il avait déjà perdu son statut, il était toujours le mari de Felbell, ce qui signifiait qu’il conservait vraisemblablement un certain pouvoir politique.

Malgré cela, Christopher n’avait jamais pensé qu’Albert passerait du côté d’Asgard.

Après tout, peu importe ce qu’Asgard promettait, les chances qu’ils restent fidèles à leurs paroles étaient proches de zéro. Albert n’était pas assez stupide pour ne pas comprendre cela.

Après la guerre, si Asgard réussissait, Heimdall prendrait Felbell pour lui et Albert aura la chance s’il avait un poste de seigneur féodal.

Non, il était impossible qu’une personne aussi ambitieuse et avec une telle estime d’elle-même puisse un jour gagner son temps en espérant que tout aille pour le mieux. Il devait y avoir un objectif plus important.

« Cellvis se présente à vous. »

« Rosberg est ici comme vous l’avez demandé. »

« Mordred, présent ici pour répondre à votre appel. »

« Bien. »

Christopher prit une gorgée de sa tasse pour se mouiller les lèvres, et garda pour l’instant contenues sa colère profonde et sa déception envers Albert.

« Il semble que la princesse folle ait déchiré nos forces. »

« Nous n’avons pas d’excuses à offrir, votre majesté. Leclerc était un fin tacticien. Cette princesse folle est tout simplement à un autre niveau. Elle est hors normes. »

Contrairement au très calme Cellvis, Mordred l’avait crié ouvertement. Il avait le visage tout rouge.

« Avec tout le respect que je vous dois, ce n’est pas ma faute ! Tout le monde ici devrait être conscient de la puissance du nouveau sort ! »

« Ce sort… Il a certainement réussi à disperser l’armée de Strasbourg, mais il n’a apparemment pas eu beaucoup d’effet sur les forces de la princesse folle. »

« C’est ridicule… ! »

Mordred se sentait malheureux de savoir que le nouveau type de magie qu’il avait envoyé avec une grande confiance avait fini par donner de tels résultats.

Ce sort était la carte maîtresse que Mordred avait créée en rassemblant secrètement les recherches d’Olivera, l’homme qui avait tenté d’assassiner la princesse. Ceci était censé prouver sa supériorité sur Kurats.

Mais si même Surtr Lævateinn ne fonctionnait pas, alors Mordred n’avait rien d’autre à offrir. Ce fut sa dernière action.

« Il y avait un trou à Strasbourg qu’il fallait boucher, on n’y pouvait rien. Nous n’avions également rien d’autre à confier à Lagrange et aux autres nobles pour leur permettre d’obtenir des résultats. »

Le royaume aurait dû aller soumettre Strasbourg de plein fouet dès le départ.

Mais Christopher restait néanmoins un père, et même s’il était censé être impartial, il avait fait preuve de sentimentalisme quand il avait fallu s’en prendre au mari de sa fille.

« Selon les informations de mes subordonnés, l’armée de Skuld est déjà entrée en force à Strasbourg. De plus, la première armée d’Asgard, dirigée par Gunther, l’épéiste diabolique, se prépare également à la guerre. »

« Donc Asgard vient sérieusement prendre le pays… »

L’armée de Skuld était déjà une menace en soi, mais si la première armée de Gunther s’en mêlait également, ce serait comme une guerre totale.

« Rosberg ne sera pas libre de ses mouvements s’il doit faire face à l’épéiste diabolique Gunther… »

Gunther et Rosberg étaient tous deux connus comme les « épées » de leurs pays respectifs.

Ils s’étaient autrefois affrontés dans un concours, qui était devenu plus tard une célèbre altercation où les deux parties étaient à égalité. Ce jour-là, ils avaient tous deux réussi à montrer que leurs titres d’épée du royaume et d’épéiste diabolique n’étaient pas exagérés.

Ils étaient de véritables opposants.

Il était naturel qu’ils se méfient l’un de l’autre.

« Dans ce cas, il n’y aura plus personne pour s’opposer à la princesse folle lorsqu’il s’agira de commander les troupes et de faire des prouesses militaires. »

Les compétences de Cellvis en matière d’épée étaient de premier ordre, et il y avait d’autres personnes parmi les généraux du royaume qui s’étaient fait un nom grâce à leurs talents de lanceur.

Mais aucun d’entre eux n’avait atteint le pouvoir des commandants hors normes tels que Skuld, Rosberg et Gunther, qui étaient chacun considérés comme des armes stratégiques à part entière.

Il était absurde de les comparer à d’autres personnes dès le départ.

Ils avaient déjà atteint un domaine qui ne pouvait pas être mesuré à l’échelle humaine.

« Comme prévu, il n’y a rien que nous puissions faire. On doit donc emprunter son pouvoir, non ? »

« J’en ai bien peur. », répondit Cellvis sur un ton regrettable.

En vérité, il avait espéré pouvoir profiter de cette occasion pour accroître la notoriété de l’armée de Jormungand.

Cependant, il savait qu’il était dangereux de placer les intérêts d’organisations individuelles au sein du royaume plutôt que le royaume lui-même.

Il n’avait pas été ministre de la guerre pendant tant d’années pour rien. Il avait bien mérité la profonde confiance du roi en lui.

« Envoyez un messager au seigneur de Bashtar. Je lui ordonne de soumettre la princesse folle. Dites-lui qu’il pourra demander la récompense qu’il veut une fois que ce sera fait. »

En tout cas, puisque Lunaria deviendra reine dans un futur proche, Kurats deviendra effectivement le souverain de Jormungand. Il n’y avait pas vraiment de problème à ce qu’il se comporte de manière grandiose.

À l’heure actuelle, la priorité absolue était la survie du royaume.

Alors que des pourparlers aussi sérieux se déroulaient dans la capitale, une lutte de fierté féminine se dirigeait vers sa fin à Bashtar.

« Tu peux le faire, Clodette ! Tu es la seule sur laquelle on peut compter maintenant ! »

« Je, ih… Désolé. Je ne peux pas le faire plus.… »

« Cornelia ! Marika ! Frigga ! Quelqu’un ? ! En tant que ses femmes, allez-vous vraiment accepter de dépendre du pouvoir de ces monstres ? »

« Alors, tu dis que tu vas t’en occuper à la place, Lunaria ? C’est très bien. »

« A-Attends, je vais leur permettre de le faire pour aujourd’hui. Hé, n’approche pas ! Aide-moi, Triestella ! Je-je ne peux plus !! »

L’assemblée des femmes venait d’établir un nouveau record de défaites consécutives.

◆ ◆ ◆

Felbell s’allongea langoureusement sur son lit, fixant son mari qui était dans un sommeil si profond qu’il semblait mort.

La nuit précédente, il l’avait tenue dans ses bras comme s’il essayait de l’aspirer.

Mais au lieu de la tenir dans ses bras pour la séduire comme il le faisait auparavant, il avait juste essayé d’échapper à sa peur de la mort et de sa propre chute.

« … Il n’a vraisemblablement plus d’avenir, non ? »

Albert semblait penser qu’il serait capable de s’en remettre, mais quand elle y pensa, Felbell ne croyait pas qu’Asgard le laisserait faire à sa guise.

Il n’avait été un traître qu’une seule fois, mais il était naturel que l’empire se méfie de lui.

Albert n’était pas quelqu’un qui pouvait contrôler ses désirs.

Il était déjà clair pour Felbell qu’Asgard trouverait un prétexte quelconque pour l’écraser.

Peut-être l’instinct d’Albert pouvait-il le percevoir aussi.

Je me demande ce qui va m’arriver ?

Vu la façon dont Asgard s’était montrée jusqu’alors, soit elle sera exécutée, soit elle deviendra l’un des jouets de l’empereur Heimdall.

Je suppose que je devrais me tuer avant cela.

Si elle devait être humiliée par l’ennemi, alors Felbell préférait mourir.

En tant que membre de la famille royale, elle avait ce genre de fierté.

Mais qu’est-ce que j’ai pu donc faire au juste ?

Elle se demandait quand cela avait commencé.

Qu’est-ce qui m’a fait réaliser qu’Albert criait beaucoup, mais ne mordait pas ? Que c’était un mouton déguisé en tigre.

Il avait une belle allure qui lui donnait une aura d’élégance et de sagesse, ainsi qu’un corps gracieusement bien entraîné et raffiné.

Il était déjà un homme éloquent, familier avec toutes sortes de formes d’art rafraîchissantes. À l’époque, il était au sommet, sans égal lorsqu’il s’agissait de divertir les femmes.

Les jeunes femmes de la haute société de l’aristocratie avaient autrefois toutes été captivées par lui.

L’une de ces femmes était Felbell elle-même.

Puis, une nuit, après avoir dû passer par plusieurs rendez-vous, Felbell s’était oubliée et s’était attachée à Albert.

Elle était vierge, elle s’était sentie éblouie et enivrée par la situation. Elle apprit plus tard que c’était parce qu’Albert avait utilisé un filtre.

Mais elle pensait que c’était bien.

À l’époque, il était inimaginable qu’elle puisse se retrouver avec un autre homme qu’Albert.

Depuis lors, elle avait commencé à détourner son regard de la réalité et à vivre sa vie en étant totalement dépendante de lui.

Quelle femme stupide je suis ! Je suis censée être la princesse d’un pays.

Felbell se moquait d’elle-même.

C’est ainsi qu’elle s’était éprise d’un homme si désespérément stupide.

Et elle ne pouvait pas dire si ces sentiments avaient changé.

Bien qu’elle découvrit qu’Albert était en fait un grand lâche, sauf pour sa fierté, Felbell n’avait pas envie de lui tourner le dos.

« La gloire semble trop belle pour qu’on puisse l’espérer, alors nous pouvons au moins périr ensemble. »

Jormungand sera en paix tant qu’elle sera entre les bonnes mains de sa sœur résolue, qui était tout le contraire d’elle.

Felbell avait compris depuis longtemps que Lunaria était plus douée pour la politique qu’elle-même.

« Quel était son nom déjà ? Kurats, c’est ça ? Si c’est l’homme que Lunaria a choisi, alors c’est probablement un bon choix. Elle a fait le bon choix, contrairement à moi. »

Si Lunaria avait entendu cela, elle aurait probablement répondu : « Tu as raison, c’est un bon choix de partenaire, mais crois bien que j’ai fait d’énormes erreurs de calcul. »

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