100 en Chance et une Compétence en Domptage de Dragons – Tome 2 – Histoire annexe 3 – Partie 1

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Histoire annexe (3) : Les pêchés du maître chevalier

Partie 1

[Point de vue de Teolas Draegan]

Il y a 38 ans, j’ai vu pour la première fois cette petite-fille brillante et enjouée de Brekkar s’avancer dans l’arène pour prouver sa valeur en tant que chevalière. Comme tous les autres maîtres chevaliers de l’époque, moi aussi, j’avais trouvé plutôt étrange de voir une jeune fille ne s’étant pas encore éveillée, venir essayer d’assumer le lourd rôle de chevalière et de rejoindre l’un de nos ordres.

La raison derrière cette opinion partagée était le simple fait que Seryanna Draketerus n’avait pas encore atteint l’état adulte. Nous, les dragons, grandissons en force et en sagesse lorsque nous nous éveillons, mais nous obtenions surtout la couleur de nos écailles et l’élément nous convenant le mieux. Dans les rangs des chevaliers, par exemple, très peu de personnes avaient les écailles : noires, blanches, argentées ou vertes. Ces types de dragons avaient le plus faible potentiel de combat, ils étaient donc mieux adaptés à d’autres emplois. Les écailles bleues et brunes étaient acceptables, mais de nombreux maîtres chevalier recherchaient les rouges. Les écailles rouges pouvaient contrôler aussi bien le feu que la chaleur, mais tous avait le trait commun d’avoir un tempérament explosif et une loyauté sans faille.

Bien sûr, au cours de mes 716 années de vie, j’avais vu différents types de chevaliers, de génies prétendant pouvoir tout faire, comme le jeune de la famille Doesya, ou de ceux rejoignant les rangs à cause de privilèges. La loyauté n’était pas une compétence, mais quelque chose que les membres de la famille royale devaient gagner de leurs chevaliers. Les écailles rouges, en revanche, avaient tendance à offrir leur loyauté beaucoup plus rapidement que les autres, alors que les écailles noires… eh bien, je n’avais jamais entendu parler d’un étant soldat ou chevalier. Ils convenaient plus aux rôles d’assassins. Les écailles vertes étaient spécialisées dans le poison, tandis que les écailles bleues avaient tendance à prendre trop de bains.

Ainsi, en tant que Maître chevalier, j’étais l’un de ceux s’opposant même à ce qu’elle puisse participer. Seryanna Draketerus n’était pas encore éveillée, nous ne savions donc pas comment correctement la former. Elle était une variable inconnue, et nous ne pouvions pas avoir quelqu’un d’aussi instable dans nos rangs.

« Seryanna a remporté son 26e match consécutif ! » avait annoncé l’annonceur.

Malgré mes propres pensées, cette jeune dragonne était restée invaincue dans les rangs des participants.

Un jour avant l’épreuve, j’avais parlé avec les autres maîtres chevaliers et leur avais demandé de modifier un peu les règles afin que notre longue tradition reste intacte. Nous ne pouvions pas faire entrer une non éveillée dans nos rangs, ce serait honteux.

Le test typique serait généralement celui d’un futur chevalier combattant un chevalier faible de bas rang. S’il gagnait, il entrerait dans l’un des ordres Chevalier. Dans le cas de Seryanna, cependant, j’avais demandé à l’un de nos meilleurs chevaliers du rang le plus bas de participes. Mais autant que nécessaire, jusqu’à ce qu’elle se fatigue ou soit déclarée vaincue.

Cela avait été fait de manière à montrer notre ferme résolution à ne pas plier nos règles en faveur d’une non éveillée, même si elle était la petite-fille de Brekkar.

C’était le plan, du moins, mais lors du 26e match, Brekkar entra dans l’arène et tapota doucement sur l’épaule de la dragonne. Elle était épuisée et à bout de souffle. Un autre combat et cela auraient été finis, mais ce vieux dragon avait mis fin à cela.

« Je pense que cela a suffi pour montrer à tous qu’elle est digne du titre de chevalière. Après tout, si ce n’est pas le cas, que devrions-nous faire de ces pauvres qui ont été vaincus par elle en combat régulier ? » demanda le dragon en nous regardant tous avec un regard noir.

« En effet, c’est vrai. Ça devrait suffire. » Blachuar, un vieil imbécile avait été le premier à céder à la pression.

« Moi aussi, je suis d’accord avec ça. » Malkinor hocha la tête avec un sourire, il n’osera jamais à aller à l’encontre de Brekkar.

« Eh bien, je ne le suis pas, » déclarai-je en le regardant droit dans les yeux.

Tu ne peux pas me faire peur, vieux fou, pensais-je.

« Oh ? » Brekkar me fit un sourire et je pouvais sentir un puissant flux de magie s’accumuler autour de lui.

Impressionnant, mais pas suffisant pour me faire changer d’avis, pensais-je en restant ferme sur ma décision.

« Alors, à partir de maintenant, tu seras celui qui la formera ! » déclara Brekkar avec un sourire en poussant Seryanna vers moi.

« Hein ? » Je clignai des yeux surpris quand je vis la timide dragonne lever les yeux vers moi.

« Pourquoi devrais-je le faire ? » demandai-je en fronçant les sourcils.

« Parce que le roi m’a dit que je pouvais choisir le maître chevalier que je voulais qu’elle serve. En outre, elle deviendra la chevalière royale de la Troisième Princesse alors, tu n’as pas besoin de te soucier d’avoir dans tes rangs une non éveillée. Je suis à peu près certain qu’elle créera le sien bien assez tôt ! » annonça Brekkar avant de laisser échapper un rire.

La dragonne était emplie d’espoir et brillait de joie. Elle était beaucoup trop gaie pour une chevalière, nous devions être sérieux, sans émotion, car nous étions les symboles de nos seigneurs.

« Si c’est un ordre du Roi, très bien. » Je hochai la tête et acceptais la décision.

La joyeuse dragonne vint vers moi avec un sourire radieux, elle déclara qu’elle deviendrait si forte que je ne serais jamais déçu d’elle. C’était un beau rêve que j’allais me dépêcher de briser. La jeune fille devait comprendre la dure réalité de ce monde avant de pouvoir grandir.

Je pensais à la jeter parmi les chevaliers les plus expérimentés et les laisser l’emmener dans une mission difficile où la faire combattre des ennemis bien plus puissants. Il y avait beaucoup de façons d’éliminer ce sourire joyeux de son visage. Savoir quand cacher ses émotions était après tout crucial pour un chevalier.

Heureusement pour moi et malheureusement pour elle, je n’avais jamais eu à la pousser dans ces situations. La tragédie ayant marqué l’histoire d’Albeyater l’avait à jamais affecté. Non seulement ses parents, mais la plupart des membres de sa famille étaient morts à la suite de cet événement, massacrés comme des animaux par de vils humains.

Maintenant, au lieu d’un sourire enjoué, je devais me soucier de cette haine brûlante qui remplissait ses coups et son regard. Ma stratégie avait fait un tournant de 180 °, mais c’était le travail d’un maître chevalier. Nous devions prendre un diamant brut et le polir au mieux possible.

En théorie, je pourrais maintenant utiliser un certain nombre de raisons pour lui retirer son titre de chevalière royale, mais après avoir entendu dire que Brekkar souffrait de l’Explosion Berserker, j’avais décidé de ne pas le faire. Si je le faisais, je craignais de recevoir plus de haine que nécessaire. Tout Albeyater manifestait de la sympathie pour la famille Draketerus et je n’avais jamais eu l’intention de devenir l’ennemi public numéro un.

Dans tous les cas, j’avais le génie de la famille Doesya, qui était un plaisir à entraîner. Draejan suivait toujours mes ordres à la lettre et faisait tout son possible pour faire ses preuves. Pour moi, il était la véritable image idéale d’un chevalier, tandis que Seryanna, avec son tempérament brûlant et le cœur taché de haine et de rage envers les humains, était loin d’être idéale.

Malgré tout, je l’avais entraînée au mieux de mes capacités. C’était mon devoir.

Puis, 30 ans plus tard, après avoir réussi à étancher toute sa haine, je pouvais enfin la voir comme une personne digne du titre de chevalière royale. Personne ne la regardait avec des yeux méprisants ou douteux, et sa force était souvent prouvée dans des duels amicaux et les missions réussies.

Je pensais depuis un moment déjà qu’une fois éveillée, elle deviendrait l’un de mes meilleurs chevaliers, mais elle ne l’avait pas fait. La plupart des chevaliers de mon ordre, tout en acceptant sa force et ses exploits, avaient renoncé à la possibilité qu’elle devienne une vraie dragonne adulte. C’était une chose tellement étrange que même moi, je commençais à me demander pourquoi elle ne s’était pas encore éveillée. Aucun dragon que j’avais rencontré ne s’était développé aussi lentement.

Ce n’était pas la seule chose étrange chez elle. Il semblait que presque tous les dragons autour d’elle ne la voyaient pas autrement que comme une enfant. Ses prouesses au combat, son esprit tactique et ses coups sans merci étaient pour la plupart ignorés. Mais ceux qui étaient mariés à une dragonne éveillée ne pouvaient pas être attirés du tout par elle. C’était comme si elle avait une aura qui éloignait les hommes. C’était étrange, très étrange.

Habituellement, après avoir servie en tant que chevalier pendant deux ou trois ans, une dragonne recevrait beaucoup de demandes de mariage tout au moins, elle aurait au moins trois ou quatre dragons remuant la queue derrière elle.

Si c’était à cause de son attitude difficile à aborder ou autre, je n’en avais aucune idée.

Chaque chevalier au service de la royauté pouvait prendre au plus deux à trois semaines de vacances chaque année pour rendre visite à leur famille ou s’occuper d’autre chose. Au cours des huit dernières années, cependant, Sire Seryanna avait repoussé cette limite plus d’une fois pour récolter des Champignons Sanglants, indispensable pour la potion permettant de retenir l’Explosion Berserker.

Ce champignon était assez rarement vu dans le marché et peu de personnes savaient comment le cultiver. Il était encore plus difficile de les chercher lorsque d’autres dragonnes visaient les terres de Brekkar. Le matriarcat de ce pays était parfois assez effrayant, surtout quand elles ciblaient certains dragons.

Néanmoins, si cela continuait, il ne faudrait pas attendre longtemps avant que Sire Seryanna ait un couteau sous la gorge et qu’elle soit forcée de choisir entre son grand-père et servir ce pays. Je la connaissais bien, donc j’étais certain que même si cela lui brisait le cœur, elle choisirait de servir Albeyater.

Environ 30 ans après que j’ai pris Seryanna sous mon aile en tant que son Maître Chevalier, mon meilleur élève, Draejan Andrakarus Doesya, était venu me voir un jour et m’avait remercié de lui avoir appris ce qu’il connaissait sur le fait d’être un chevalier. Les nobles supérieurs semblaient l’apprécier et lui avaient proposé de se voir attribuer son propre ordre de chevalier. Cela m’avait fait plaisir de l’entendre et de lui donner ma bénédiction. Maintenant, si seulement Seryanna s’éveillait, alors avec un peu de chance, elle suivrait ses traces.

Honnêtement, j’avais toujours pensé que ces deux élèves se marieraient et donneraient naissance à une puissante famille de chevaliers prestigieux. C’était mon propre rêve idiot, mais sept ans plus tard, Draejan s’était approché de moi et m’avait demandé si je connaissais Sire Seryanna.

Le choc que j’avais reçu en entendant cette question avait fait tomber ma mâchoire au sol. Comment était-il possible que je ne me sois jamais rendu compte que ces deux-là étaient si idiots ? J’étais leur maître chevalier et ils avaient sûrement eux beaucoup de missions ensemble. Il était donc impossible pour moi de comprendre comment il était possible que Draejan ne l’ait jamais remarquée.

Est-ce que l’aura de Seryanna était si puissante qu’elle en était devenue invisible ?

En poussant, un gros soupire, j’avais commencé à lui parler de la jeune dragonne et de sa performance en tant que chevalière, parfois sous son propre commandement sur une ou deux missions.

« Maître Teolas, excusez mon impolitesse, mais je peux lire les rapports de missions moi-même. Ce qui m’intéresse, c’est comment elle est en tant que dragonne, » me dit-il avec un sourire.

Eh bien, regarde donc ça ! Il s’intéresse à elle en tant que dragonne. Je n’aurais jamais pensé que parmi toutes les personnes, il serait immunisé contre l’aura de Seryanna, pensais-je en lui faisant un sourire narquois. « Est-ce qu’elle a attiré ton attention, Draejan ? »

« C’est peut-être vrai. » Il acquiesça. « Mais ce que je veux savoir, c’est si la rumeur selon laquelle elle serait liée à ce Brekkar Draketerus est vraie. »

« Oh ? Brekkar ? Oui. Sire Seryanna est sa petite-fille. » Je hochai la tête. « Mais comment se fait-il que tu ne le saches pas ? » Demandai-je en plissant les yeux.

« Maître Teolas, jusqu’à présent, je me souciais peu des dragonnes, alors je me suis simplement concentré sur l’entraînement. On m’avait dit d’être assez réfractaire à tout ça en tant que chevalier de votre ordre, mais je peux vous assurer que c’était intentionnel, » déclara-t-il avec une étrange fierté dans la voix.

« Est-ce vrai ? » Je fronçai les sourcils et me demandai si j’avais peut-être tort de croire qu’il était immunisé contre son aura.

Il se pourrait bien qu’une telle chose n’ait jamais existé et Sire Seryanna elle-même était une dragonne inaccessible en raison de sa personnalité et de son attitude générale.

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8 commentaires

  1. merci beaucoup pour le chapitre^^. heureusement que personne ne soit tomber sous son charme, grâce à ça au moins elle a pu rester tranquille^^. vivement la suite^^.

  2. Merci pour le chap ^^ Je suis curieuse de voir sa réaction à ce maître d'armes, après l'éveil de Seryanna...

  3. Merci pour le chapitre.

  4. Merci pour le chapitre !

  5. Merci pour le chapitre.
    C'est le destin, elle est née pour aimer et épouser notre héros :p

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