100 en Chance et une Compétence en Domptage de Dragons – Tome 2 – Chapitre 49 – Partie 3

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Chapitre 49 : Une bonne raclée

Partie 3

Quelque temps plus tard, Kataryna avait atterri sur la rive d’une rivière. Je ne savais pas où nous étions exactement, à savoir que cet endroit était loin de Drakaria, à une heure de vol environ.

Au moment où elle m’avait posé au sol, j’avais senti mon corps entier me faire mal à nouveau, et la dragonne m’avait jeté une potion de guérison.

« Je n’en ai pas besoin..., » déclarai-je obstinément.

« Bois, ou je te la fais boire. » Elle me montra son poing et un sourire.

J’avais bu comme un soldat obéissant à un ordre.

Une fois que ce fut fini, je poussai un soupir de soulagement et senti mon corps commencé à guérir. Il me faudrait plus qu’une potion pour me remettre entièrement, mais c’était un bon début.

« Je suis désolée d’avoir dû te battre comme ça..., » déclara-t-elle en s’asseyant sur l’herbe.

J’avais pris place à côté d’elle et je m’étais couché.

« Entre nous… je l’ai mérité..., » déclarai-je.

Pendant ce vol, j’avais réfléchi à beaucoup de choses.

« Je le sais..., » elle acquiesça.

« Mais, merci..., » déclarai-je en fermant les yeux.

« Mais, de rien. »

Un moment de silence avait suivi, alors que nous n’écoutions que le doux son de l’eau coulant. C’était agréable. De temps en temps, nous entendions un poisson sauter, puis revenir avec un plongeon. C’était étonnamment apaisant et relaxant, pas le type de sentiment que j’attendrais de ressentir après qu’on m’ait donné une fessée.

« Tu sais, ta chance n’est pas sans faille..., » me dit-elle.

« Je l’ai remarqué..., » répondis-je.

« Si tu ne l’utilises pas, c’est la même chose que pour tout le monde. »

« Oui… et j’ai oublié de l’utiliser dans le combat contre Draejan… Ah ! Parce que tu as tué ses soldats, personne n’ira lui parler de ma déclaration, géniale ! » Ris-je.

« Tu auras une autre chance. » Rigola-t-elle.

J’avais entendu un bruissement et j’avais ouvert les yeux. Kataryna s’était assise derrière moi et tapota sa cuisse quand je la regardai. La dragonne m’offrait un coussin de genoux et je n’osais pas refuser.

Après m’être installé, elle avait commencé à me caresser les cheveux.

« Tu dois prendre un bain, » commenta-t-elle.

« Je le sais. Mais n’ose pas me jeter dans la rivière. Mes côtes sont encore en train de se ressouder, » lui dis-je.

« Tch. » Elle fit claquer sa langue.

Un autre moment passa comme ça, à juste écouter le son de la rivière. Le premier à rompre le silence cette fois était moi.

« Kataryna ? Où est-ce que je me suis trompé ? » Lui avais-je demandé.

« Ça dépend..., » répondit-elle.

« J’ai fait de mon mieux depuis que je suis arrivé ici… j’ai essayé de ne pas me démarquer ni causer de problèmes à qui que ce soit. Tu sais, il y a un an, je n’aurais jamais cru possible de tuer quelqu’un sans même broncher, mais je me suis retrouvé capable de le faire vraiment facilement et cela me fait peur. Cela me fait vraiment peur..., » dis-je.

« Je sais... »

« J’ai aussi pensé à Seryanna… J’ai réfléchi longtemps après notre départ, mais je ne pouvais que me voir échouer. C’est une bonne femme, une bonne chevalière, je ne la mérite pas, c’est ce que je pensais, mais je ne veux pas la donner à qui que ce soit d’autre ! » Je plaçai ma main sur mon visage, essayant de cacher mes larmes, mais elle l’a enlevé.

« Pleurs, si tu le dois… je veux voir le vrai toi. » Elle sourit.

« Mais je suis faible… Je suis si faible, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Tu as tué ces dragons en une fraction de seconde. Tu n’as pas hésité à me protéger alors même que tu savais que je n’en avais pas besoin… Un faible ne pourrait faire cela. Un faible n’aurait pas déclaré que quelqu’un comme moi, une éveillée supérieure soit sienne devant autant de dragons sans craindre d’être tué par moi. »

« Je m’en fiche de ça… je savais que tu voulais que je le dise. Depuis que tu as dit que tu voulais avoir un œuf avec moi, je savais que tu étais sérieuse, mais j’avais trop peur de l’accepter. J’avais trop peur de la responsabilité, de l’avenir, de ce monde, de toute… je veux dire, je n’ai que 18 ans ! Eh bien, presque 19. Mais je suis toujours un enfant ! » Pleurai-je

« Alors… grandis. » Déclara-t-elle avec un sourire.

« Grandir ? » Je la regardai à travers mes larmes.

« Sais-tu que lorsque je t’ai dit ces mots, je m’attendais à ce que tu me refuses ? Je penserais que tu serais dégoûté à l’idée de devoir coucher avec une dragonne comme moi. Je penserais me faire abandonner, ou quelque chose comme ça..., » dit-elle.

« Je n’ai vu aucune raison de faire cela... » Dis-je en fronçant les sourcils.

Kataryna se pencha et m’embrassa sur le front, puis, lorsqu’elle se recula, elle sourit.

« Qu’est-ce que c’était ? » avais-je demandé.

« Pour voir comment tu allais réagir. » Elle sourit.

« Ai-je passé le test ? »

« Oui. » Elle acquiesça.

« Bien… Maintenant, s’il te plaît, explique… pense à moi comme un idiot, un bébé… Explique… s’il te plaît. » Dis-je en fermant les yeux.

« Bien sûr. Par quoi commencer alors… ? Hm… Ah oui, sais-tu ce qu’est une personne éveillée ? » Demanda-t-elle.

« Atteindre le niveau 1000 ? » Répondis-je.

« C’est une percée forcée. »

« Il existe des variantes de l’éveil ? »

« Oui, mais peu le savent… Tu vois, de retour dans Zerudan, j’étais considérée comme une dragonne très faible étant jeune. La plupart des dragons ont essayé avec moi, et si je n’avais pas eu de chances, j’aurai fini violée ou pire. À l’époque, les dragons n’étaient pas aussi civilisés que maintenant, ou peut-être que c’était juste Zerudan qui était comme ça. » Dit-elle en haussant les épaules.

« Comment ça ? » Demandai-je.

« La famille royale ne s’est jamais mariée en dehors de leur lignée. La noblesse, bien que composée de quatre grandes familles seulement, était liée par le sang. Les femmes n’avaient presque aucun rôle dans la société à part donner beaucoup d’œufs à leurs mâles. Ils pratiquaient l’esclavagisme et, dans une certaine mesure, les quatrième et cinquième enfants d’une famille, finissaient toujours par devenir esclaves. La moitié de l’armée était composée de personnes comme eux. Et ce n’était que ce qui était visible… Si tu vivais dans l’ombre comme moi, il était possible de voir des choses bien pires… Les expériences sur les dragons et les tortures faisaient partie des pires. Tu vois, la plupart des nobles ont essayé de comprendre de quelle manière il était préférable de s’éveiller. Ils ont réalisé qu’il y avait certaines conditions derrière cela, mais ils n’ont jamais compris lesquelles. Celui l’ayant atteint était mon premier ami, un dragon à écailles bleues, qui était beau, intelligent et courageux... »

Quand elle l’avait décrit, j’avais senti un certain changement dans sa voix. C’était comme si elle se souvenait d’un amant pas simplement d’un ami.

« Il ressemblait à Seryanna, un dragon supérieur d’un haut élément. Contrairement à elle cependant, c’était de l’eau et, comme on pouvait s’y attendre, il s’efforçait de devenir un bon guérisseur et agriculteur. Il rêvait d’un jour planté son propre verger avec lequel il nourrirait les orphelinats voisins. » Elle laissa échapper un soupir puis poursuivit. « À l’époque, moi aussi je me croyais trop faible pour le protéger... »

Deux gouttes d’eau étaient tombées sur mon front. J’avais ouvert les yeux et vis l’expression compliquée de Kataryna alors qu’elle se battait avec ses sentiments. Cette dragonne incroyablement puissante pleurait devant ce faible… humain.

« Je pensais que je n’avais pas assez de force pour être à ses côtés. Quand ces moutons ont sauté à l’intérieur et l’ont mordu, ils m’ont repoussé… ils m’ont accusé de choses que je n’avais pas faites. » Elle secoua la tête. « Alors, j’ai couru… en pensant qu’il serait préférable de commencer par acquérir de la force, puis de retourner à ses côtés. Je suis partie sans dire un mot. Je me suis cachée et j’ai grandi… Mais... » Elle ferma les yeux et laissa échapper un gémissement. « Je continue de penser… qu’est-ce qui se serait passé si je n’étais pas partie ? Que se serait-il passé si j’avais demandé de l’aide ? Qu’est-ce qui se serait passé si je l’avais simplement regardé dans les yeux et lui avais dit la vérité ? » Dit-elle d’une voix tremblante alors que ses larmes coulaient sans cesse sur ses joues.

Pour moi, celui que je croyais le plus faible de tous, le fait de voir cette puissante dragonne pleurant, était tout simplement choquant. Je m’étais demandé quelle était la véritable signification de la force. Cela m’avait fait me demander ce que je cherchais en étant fort et ce que cela voulait dire. Quand est-ce que j’y arriverais ? Le faible me posait ces questions, et la forte Kataryna y avait répondu en pleurant.

« Ce dragon… sans personne à ses côtés, il s’est battu pour son rêve. Mais il y a tellement de choses que l’on peut supporter, et ces moutons l’ont finalement attrapé à la gorge. Quand je suis rentrée… j’ai assisté à sa disparition, mais même alors… avec un sourire indulgent... Il me l’a dit… il m’a dit, à celle qui s’est enfuie et qui l’a laissé comme ça, qu’il m’aimait. Il m’a souhaité une vie heureuse..., » dit-elle en fermant les yeux, mais ses larmes ne s’arrêtaient pas.

Levant la main, je touchais doucement sa joue et lui demandai : « Est-ce pour cela que tu souhaites un enfant ? » Lui avais-je demandé.

Elle ouvrit les yeux et hocha la tête. « Tu me plais, Alkelios, mais l’amour, c’est trop pour moi… pas pour le moment du moins. Avec le temps, peut-être… mais maintenant, je ne peux tout simplement pas aimer quelqu’un d’autre que lui, et tu ne veux certainement pas être perçu comme son remplaçant. Cependant, une famille est quelque chose que je pense qui peut toujours me rendre heureuse. Avoir moi-même un enfant est quelque chose que je désire ardemment, mais pas tant que j’étais faible… C’est drôle comme ma faiblesse a pu être ton salut. » Elle se mit à rire, mais elle pleurait toujours.

« Est-ce que je vais faire la même erreur que toi ? Est-ce la raison derrière le fait que tu fais ça pour nous ? » avais-je demandé.

Elle acquiesça.

J’avais dégluti.

« Qu’est-ce que j’allais finir par faire… ? » Demandai-je.

« Tu serais parti comme moi pour devenir fort. À ce moment-là, Seryanna aurait été seule… elle se serait sentie seule, abandonnée et responsable de ton départ. Cela l’aurait rongée intérieurement, et à la fin, elle aurait cédé. Elle aurait commis une erreur, parce que c’est naturel d’en faire. Nous ne sommes pas des Dieux parfaits, Alkelios, nous avons des cœurs, des émotions et vivons avec l’idée que demain et aujourd’hui aussi nous apporterons un sourire. Et tu serais rentré quand il serait trop tard..., » elle essuya ses larmes.

« Es-tu certaine de ça ? » avais-je demandé.

« Oui..., » elle acquiesça. « Après ton départ comme ça… l’énergie de Seryanna a disparu. »

« Que veux-tu dire ? » Je fronçai mon front. « La lumière dans ses yeux s’est estompée et elle se sentait très mal. Rien ne semblait l’affecter, mais elle n’avait pas non plus la force de faire quoi que ce soit. Elle marchait sur une route vide en direction de ce panneau qui disait… “STOP”. » Elle leva les yeux au ciel.

J’avais dégluti et senti la culpabilité s’accumuler à l’intérieur de moi. Je ne savais pas que Seryanna traversait quelque chose comme ça, que mon départ l’avait autant affectée. Je pensais être le seul affecté, mais… je suppose que ce n’était pas le cas.

« Tout le monde veut s’éveiller afin de “grandir”. Ensuite, tout le monde veut réaliser une percée pour être “fort”. Mais tu sais, comme son nom l’indique, cela signifie de devenir fidèle à soi-même et accepter ce que tu es. Cela signifie, s’éveiller en tant qu’individu et non de changer son apparence physique, comme le pensent la plupart des gens. L’éveil des dragons est le moment de la maturité MENTALE, mais à travers les âges, il a fini par être confondu avec la maturité PHYSIQUE. Pendant ce temps, une percée signifie la “force”, mais cela a été confondu avec l’idée qu’il faut ATTEINDRE le niveau 1000 selon la divination du temple. Une autre idée fausse… Il est vrai qu’atteindre ce niveau de puissance donne un coup de pouce en force, en vitesse et en magie, mais… ce n’est rien comparer à une VRAIE percée, que tu peux réaliser même à un niveau inférieur, » elle baissa les yeux vers moi.

« Je vois..., » déclarai-je.

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5 commentaires

  1. Merci pour le chap ^^

  2. Merci pour le chapitre !

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