Strike the Blood – Tome 7

***

Prologue

Dans un passé lointain, un homme naquit.

Il fut amené à la vie par le premier peuple qui descendit sur Terre, chassé du paradis des dieux…

En d’autres termes, il fut le premier homme façonné par la main du peuple.

 

Dans leur colère, les dieux bannirent l’homme dans un lieu situé au-delà du firmament, le qualifièrent de meurtrier et le maudirent de l’immortalité.

Et ainsi, il devint un criminel. Seuls les derniers de ses frères, et leurs descendants restèrent sur la terre.

 

Débordante de vie, la terre abandonna l’homme et continua à rejeter sa venue.

En retour, il détesta la terre. Alors qu’il était seul dans les ténèbres éternelles, ses larmes et son sang coulèrent à travers le firmament, enveloppant le monde, et donnèrent naissance à de nombreuses sortes de démons.

Au lieu de la générosité, il apporta la civilisation et la guerre à la terre qui lui était refusée. Grâce de lui, les hommes découvrirent le progrès et la sorcellerie, et grâce à lui, les hommes façonnèrent chaque lame de bronze et de fer.

Enfin, ceux qui restèrent sur la surface de la Terre construisent une nouvelle ville qui viola toutes les lois de la terre : une ville artificielle, née de la fibre de carbone, de la résine et de l’acier.

 

Il s’appelait Caïn, source de tous les péchés, père de tous les démons.

Aujourd’hui encore, il sommeille dans le pays au-delà du firmament, rêvant de son retour, afin de se venger du monde.

 

++++

La caverne était enveloppée d’une lumière vacillante. Périodiquement, la flamme arc-en-ciel changeait de couleur et de forme. L’air était blanc et gelé, comme si le temps lui-même s’était arrêté.

Ici, dans le monde creux régi uniquement par la tranquillité et l’isolement, un garçon était allongé, seul. Il avait douze ans, il était encore jeune, à peine sorti de l’enfance. Cependant, il était déjà conscient qu’il était en train de mourir.

Un de ses poumons, son cœur et d’innombrables os et organes internes avaient été emportés par le vent, le sang frais s’éparpillant partout.

Juste avant sa mort, il vit un éclair et un homme-bête géant et féroce, fou de rage, une horde de morts-vivants, et…

Une fille se trouvait dans un cercueil, continuant à dormir alors que des fragments de glace scintillants dansaient autour d’elle comme des plumes dans l’air. Sa chair pâle, aussi blanche qu’un glacier, était tachée de rouge par le sang du garçon — .

 

« Pourquoi ne me crains-tu pas, mon garçon ? »

 

La voix solennelle résonna dans ce monde coupé du temps.

Une ombre géante enveloppée de givre blanc flottait dans l’espace vide. Peut-être était-ce un oiseau monstrueux déployant des ailes de glace, ou peut-être était-ce une sirène ? Sa forme ondulait comme un mirage alors qu’elle regardait froidement le garçon baigné de sang.

Avec un léger tremblement des lèvres, le garçon répondit. « Qui… sait… !? »

Cependant, sa voix n’avait pas fait de bruit. L’enfant avait déjà perdu son corps physique. Par conséquent, son âme avait été mutilée à nouveau, sur le point d’être aspiré dans ce monde vide.

Malgré cela, les yeux du garçon ne révélaient aucune peur. Il souriait faiblement à l’oiseau géant et monstrueux, comme s’il défiait l’évanouissement de sa vie.

« C’est probablement parce que… j’ai encore des trucs à faire… »

L’oiseau monstrueux observait le garçon de ses yeux majestueux et transcendants.

Dans ce monde glacial, sa volonté faisait loi. Si la terreur s’était emparée de lui ne serait-ce qu’un instant — s’il avait accepté sa propre mort — nul doute que l’oiseau aurait immédiatement déchiré son âme de son pouvoir écrasant, comme il l’avait fait pour les innombrables sacrifices humains emmenés dans ce monde auparavant.

Cependant, le garçon n’avait pas détourné son regard. Il avait forcé son corps désordonné à se redresser, exprimant silencieusement sa force d’âme.

D’une voix totalement dénuée d’émotion, l’oiseau monstrueux annonça calmement la vérité.

« Tu as déjà expiré. Il n’y a plus rien que tu puisses faire. C’est la Mémoire du Sang du Quatrième Primogéniteur… un cimetière pour l’accumulation infinie du temps dans une vie éternelle. Nous, immergés dans son sang, nous nous nourrissons des souvenirs du Primogéniteur pour vivre. Tu n’es plus qu’une simple partie de ce tout. »

Sa forme s’était transformée en une belle jeune fille, avec des yeux flamboyants et des cheveux couleur arc-en-ciel flottant comme des flammes. Elle continua.

« Enfant de l’homme mourant, pourquoi ne me crains-tu pas ? Pourquoi prononces-tu mon nom ? »

Le garçon interrompit ses questions d’un cri, comme pour l’envoyer promener. « Tais-toi… ! »

Même si ses bras trempés de sang s’enfonçaient dans le vide, il les retira de là par la force de sa volonté et se leva.

« Ce n’est pas encore fini ! Je pourrais la protéger ! Pour cela, j’utiliserai n’importe quel pouvoir, même celui qui peut détruire le monde entier… ! »

La jeune fille avait souri avec admiration. Il était empreint d’une innocence qui convenait à ses traits de fée.

« Toi, qui n’es pas un Primogéniteur, mais une personne ordinaire, tu te régales de mon éternelle Mémoire du sang — ? »

À partir de l’espace vide, tout ce qu’il avait perdu — son sang, sa chair, ses os, ses organes — avait été restauré. Au lieu d’être consumé, il absorbait la Mémoire du Sang. Lui, un être humain sans pouvoir, utilisant l’infinie « force vitale négative » appartenant seulement aux Primogéniteurs — .

La fille rétrécit ses yeux étincelants. « Le prix… sera cher, pitoyable enfant de l’Homme — »

De sa main serrée, un minuscule fragment de glace apparut. En un clin d’œil, il se transforma en une longue et unique lance — une lance de glace avec une pointe fourchue.

Le garçon tendit sincèrement son bras ensanglanté et il appela le nom de la fille.

« Je le ferai quand même. Alors s’il vous plaît, prêtez-moi votre force… Avrora ! »

À cet instant, les yeux de la jeune fille s’étaient adoucis, retenant des larmes de joie. Un sourire agréable était apparu et elle murmura. « Très bien. Prends-le. »

 

Puis, alors que le garçon se tenait sans défense, la main tendue, elle enfonça la lance glacée profondément dans sa poitrine.

***

Chapitre 1 : Cercueil de la Fée

Partie 1

L’île de Gozo flottait plus ou moins au centre de la mer Méditerranée.

Faisant partie du Commonwealth européen de Malte, elle était avant tout une attraction touristique. Son littoral abondant et varié offrait un spectacle magnifique, et le contraste entre ses falaises grises et la mer bleue charmait de nombreux visiteurs.

Cependant, Gozo était également connue comme une île de ruines.

Chaque coin à l’intérieur de l’île était jonché de tombes souterraines, de cairns en anneau et de bâtiments de pierre géants, réputés être les plus anciens de l’humanité, antérieurs à l’ère néolithique. Même à l’époque moderne, nombre de leurs mystères n’avaient pas été résolus, notamment la question de savoir si des mains humaines ou des divinités puissantes les avaient créés.

Et donc…

Un homme seul se tenait sur le site de fouilles d’une de ces ruines importantes, une tombe souterraine sans nom, et criait énormément.

 

« Whoooooaaa — ! C’est délicieux ! »

 

C’était un Japonais assez beau et grand. Il avait la peau brûlée par le soleil et un visage impétueux. Ses cheveux étaient dans le désordre, comme s’il les avait coupés lui-même avec un couteau, et sa barbe mal entretenue ressortait. Son trench-coat en cuir teint en rouge et son fedora le faisaient ressembler moins à un géomètre des ruines qu’à un membre d’une vieille mafia. Plus que tout, il ressemblait à un détective privé épuisé.

Il était d’âge moyen, peut-être, environ quarante ans — .

L’homme tenait une bouteille de Bajtra, une boisson alcoolisée produite à Malte à base de fruits de cactus. Il était assis profondément dans sa chaise de camping, les jambes écartées, et la buvait avec son repas de midi.

Il porta une saucisse fumée à ses lèvres et il déclara. « N’est-ce pas agréable ? Le ciel bleu, les nuages blancs, la nourriture et du vin savoureux… Ça fait vraiment sentir qu’un homme est vivant. »

La saucisse grossière, également originaire de Malte, dégageait un parfum particulier. Il mangea de sa nourriture avant de prendre une autre gorgée de la bouteille. Presque après coup, il poussa un profond soupir de chagrin.

« Si j’avais avec moi une fille sexy, ce serait vraiment parfait, mais… »

Une femme blanche semblant avoir une vingtaine d’années avait répondu froidement à la plainte de l’homme. « — qu’est-ce que vous essayez de dire, Doc ? »

Bien qu’elle soit habillée comme si elle était en safari, cette femme dégageait un air de compétence, de ponctualité et de classe. Son visage symétrique était à peine maquillé et ses beaux cheveux étaient coupés court. Elle avait l’apparence d’une chercheuse de premier ordre.

Il remarqua son agacement lorsqu’elle s’approcha et, prenant l’expression d’un bâtard se faisant gronder par son maître, gloussa négligemment en lui montrant le magazine de modèles en maillots de bain grand ouvert qu’il était en train de lire.

« Ah… Eh bien, vous voyez, Mlle Caruana, il fait si beau. Ne devriez-vous pas prendre exemple sur les autres filles ici et porter des vêtements un peu moins… restrictifs ? Je pense que ça remonterait le moral de l’équipe de fouille. »

Liana Caruana, conseillère principale de la quatrième équipe de fouille des ruines de Gozo, avait brusquement arraché le magazine des mains de l’homme.

« J’ai le regret de vous informer que de tels services ne font pas partie de mes obligations professionnelles. »

L’homme qu’elle avait appelé « Doc » avait affaissé ses épaules et secoué la tête en signe d’exaspération, mais il semblait amical alors qu’il déplaça son regard vers le buste de Liana.

« Eh bien, n’êtes-vous pas une tête de mule ? Nous avons fait tout ce chemin jusqu’à la Méditerranée, alors pourquoi ne pas jouer le jeu ? Quand on est à Rome, on fait comme les Romains. Je veux dire, pas besoin de s’inquiéter à ce sujet. Dans mon pays natal, nous avons un dicton : les petits seins sont des choses précieuses. Ce n’est pas parce que vos seins sont minuscules qu’ils ne sont pas très recherchés… »

Liana protégea ses seins de ses deux mains, lançant un regard glacial à l’homme.

« La poursuite d’un procès pour harcèlement sexuel est gênante à bien des égards, je préférerais donc que vous ne l’ajoutiez pas à ma charge de travail. Et d’ailleurs, pourquoi ne travaillez-vous pas un peu plus sérieusement avec cette diligence dont les Japonais sont réputés ? De plus, vous semblez avoir l’idée préconçue que les habitants des pays latins sont des gens hédonistes et décontractés. N’oubliez pas que cette île a été un élément crucial de la culture et du commerce méditerranéens depuis l’Antiquité. »

L’homme appelé Doc avait bu la dernière goutte de sa bouteille et s’était efforcé de sourire.

« Je n’ai pas oublié. L’histoire nous dit que c’était le plus ancien Sanctuaire des Démons du monde, qu’il faisait partie de la Fédération impériale de l’Atlantique, et qu’il était la ligne de front d’une guerre brutale depuis l’invasion du Dominion du Second Primogéniteur, Fallgazer. Mais, bon, ça n’a rien à voir avec mon travail. Ce n’est pas comme si nous pouvions faire quoi que ce soit tant que nous n’avons pas aligné tout le personnel dont nous avons besoin. »

« C’est… certainement vrai, mais… »

L’homme parla sur un ton décontracté en prenant une autre saucisse.

« Alors, allons-y doucement. Ce n’est pas comme si quelque chose de bon allait arriver si on s’énervait et qu’on tâtonnait sans savoir… »

L’instant d’après, ils avaient entendu une explosion derrière eux, si puissante qu’ils pouvaient la sentir dans leur poitrine.

Un gigantesque pilier de flammes s’était élevé dans les airs tandis que le sol tremblait. Le nuage de poussière avait bloqué le ciel, l’enveloppant de gris.

Le centre de l’explosion était situé à l’arrière de la zone rocheuse où le couple était assis, ce qui le plaçait près de l’entrée des ruines. L’utilisation d’explosifs sur un site de fouilles n’était pas rare, mais l’explosion était bien trop importante. Une partie des ruines avait été soufflée dans les airs, avec des gravats martelant la terre comme de la grêle. Ils pouvaient entendre les cris d’ouvriers désorientés qui tentaient de s’enfuir et des sons ressemblant à des coups de feu. De toute évidence, la scène ne correspondait pas à une détonation contrôlée. Une sorte de problème inattendu était en cours.

« Ah… ouais. Un peu comme ça…, » dit langoureusement l’homme en regardant la fumée encercler la ruine.

« Ce n’est pas le moment de se détendre ! Mais qu’est-ce qui se passe ? »

« Ah… Hé, Mlle Caruana… »

Plus vite que l’homme ne pouvait lui dire de ne pas le faire, Liana s’était précipitée vers la zone rocheuse et était descendue. Même si les vents soulevés par l’explosion lui frappaient le visage, elle courut imprudemment vers le cœur de l’explosion.

L’homme avait fait un léger claquement de langue et, n’ayant pas d’autre choix, il avait serré la mallette de son fusil bien-aimé en la suivant.

Le nuage de poussière s’était attardé sur la zone alors qu’ils entendaient le beuglement répété des coups de feu.

Les travaux d’excavation de la ruine ayant été suspendus, peu de travailleurs étaient présents, et ils se limitaient déjà à plusieurs membres du groupe de recherche académique envoyé par l’Empire de la Mer du Nord et au personnel de combat de la Corporation Militaire Privée chargé de garder la ruine. Les combattants se battaient contre une ombre sinistre et frétillante à l’intérieur du nuage. Elle ne semblait pas être une véritable créature vivante ni une construction humaine. De plus, elle était d’une taille effrayante. C’était peut-être à cela que ressemblerait un char de combat ultramoderne s’il pouvait marcher debout telle une personne…

Un garde barbu et bien bâti était sorti en courant du nuage de poussière vers eux.

« Gaho ! Donnez-nous un coup de main, Gaho ! Doc ! »

Il s’agissait de l’entrepreneur militaire privé, Dimos Carrozzo, chef des gardes protégeant l’équipe d’enquête sur les ruines. C’était un homme imposant de plus de cent quatre-vingt-dix centimètres de haut. La vue d’un homme de grande taille portant une arme automatique et une ceinture de munitions donnait l’impression d’un énorme sanglier équipé d’un armement moderne. Mais à présent, son corps était blessé de toutes parts, et son visage était déformé par la panique.

Le Japonais appelé Doc s’était adressé à Carrozzo sur un ton léger qui semblait très déplacé. « Heya, Carrozzo. Qu’est-ce qui se passe ? Je t’ai dit de ne pas aller dans la troisième strate, n’est-ce pas ? »

Carrozzo, comprenant que l’homme était juste là, tomba à genoux comme si toutes ses forces l’avaient abandonné.

« Désolé, Gaho… L’équipe d’enquêteurs de l’université de Daktram a rompu l’accord et est partie de son côté… ! »

« Bon sang. Eh bien, je me doutais que c’était quelque chose comme ça…, » murmura-t-il dédaigneusement. « Et aussi, correction. Mon nom n’est pas Gaho. »

Alors que le nuage de fumée commençait enfin à se dissiper, le vrai visage de l’ennemi apparut. Il s’agissait d’une idole aux formes monstrueuses de plus de quatre mètres de haut, revêtue d’une carapace métallique telle une armure — une arme humanoïde. Sa tête géante et sans traits ressemblait à un cachalot, solennel et écrasant. Peut-être avait-elle été modelée d’après un Cetus, un monstre de la mer Méditerranée représenté dans la mythologie grecque.

« Doc, qu’est-ce que c’est que ça… !? » L’expression de Liana s’était crispée.

L’homme hocha la tête avec une joie apparente. « Ah, c’est une sorte de gargouille. J’ai entendu dire que la troisième équipe d’investigation les avait toutes éliminées, mais je n’aurais pas pensé qu’il restait encore quelque chose d’aussi grand… Ça va faire couler de l’encre, hein ? »

Liana se serra la tête, désemparée en regardant l’homme l’admirer comme si ce n’était pas son problème. « Comment pouvez-vous être si désinvolte à propos de… !? »

***

Partie 2

L’idole avait émergé de sous la ruine. Apparemment, il s’agissait d’un type de système de défense automatisé pour expulser les intrus placé dans une tombe, et il s’était réveillé lorsque les membres de l’équipe d’investigation avaient imprudemment pénétré dans la ruine. L’idole s’était alors frayé un chemin à travers les épais murs de calcaire, se frayant un chemin jusqu’à la surface.

Les gardes l’avaient désespérément combattu, mais de simples armes automatiques n’étaient d’aucune utilité contre l’armure de l’idole. Non seulement elle était probablement construite en métal solide, mais sans doute la sorcellerie l’avait-elle encore plus renforcée.

À l’inverse, les faisceaux blancs bleutés de l’idole tranchaient les véhicules blindés des gardes, les enflammant les uns après les autres.

Liana s’était mordu la lèvre face à l’horreur devant ses yeux.

« Argh… ! »

Elle toucha le bracelet à son poignet gauche et semblait sur le point de se précipiter vers l’idole toute seule lorsque son compagnon l’attrapa par le col et la retint de force.

« Ne soyez pas si pressée, Mlle Caruana. Il faudrait un vampire primogéniteur pour vaincre un tel monstre par la force brute. Si nous ne réfléchissons pas, nous ne ferons qu’aggraver les dégâts. »

« M-Mais… ! »

Liana grimaça en jetant un regard à l’homme. Juste à côté d’eux, Carrozzo engageait désespérément le combat contre l’idole. Mais ni les balles ni les tirs directs de grenades n’étaient capables de rayer l’armure.

Carrozzo cria. « Ne peux-tu pas faire quelque chose, Gaho ? À ce rythme, on est tous fichus ! »

L’homme soupira d’agacement en passant une main sur le rebord de son fedora. « Je vous l’ai déjà dit, ce n’est pas Gaho… » Puis il prit une photo de l’idole debout avec son téléphone portable, et murmura sur un ton étrangement optimiste. « Cela ressemble beaucoup au Nalakuvera de Mehelgal Numéro Neuf… Ce n’est pas tant un piège contre les creuseurs qu’un protecteur de tombe… un gardien qui s’assure que ce qui est à l’intérieur ne se réveille pas. On dirait qu’on a touché le jackpot. »

Alors que l’homme continuait ses observations calmes, Carrozzo lui lança un regard furieux. « Gaho ! »

L’homme s’était moqué de l’énorme garde impatient.

« Ne vous inquiétez pas, Carrozzo. C’est le gardien de la ruine. Il n’attaquera pas les gens s’ils sont en dehors de la zone. Tant que l’équipe d’investigation ne se bat pas inutilement, il va juste… »

Avant qu’il ait pu finir sa phrase, de la fumée et des flammes avaient enveloppé l’idole. Une roquette l’avait frappée de plein fouet. Des renforts de l’armée privée étaient venus en courant du camp de base et avaient utilisé un lance-roquettes portable.

L’idole avait été directement touchée par une ogive antichar à haute explosivité, mais elle n’en était pas moins indemne. Elle avait immédiatement commencé sa contre-attaque contre les gardes qui lui avaient tiré dessus.

Les rayons blancs bleutés de l’idole provenaient en fait d’un canon laser très puissant, capable de faire fondre un gros rocher en un instant. Les flammes avaient englouti le camp de base de l’équipe de fouilles. Les gardes armés n’étaient pas la seule cible de la contre-attaque : l’idole avait commencé à attaquer sans discernement l’équipement utilisé pour l’exploration des ruines, les tentes du camp de base, et même les membres de l’équipe eux-mêmes qui couraient dans la confusion. Ce n’était qu’une question de temps avant que le camp de base ne soit anéanti.

L’homme avait mis une main sur ses yeux en signe de consternation.

« Hoo boy… Eh bien, ce n’est pas bon. »

L’idole modélisée selon un Cetus avait apparemment enregistré toute l’équipe de fouille comme une force ennemie. Il y avait peu de doutes — elle ne s’arrêterait pas tant que chaque être humain dans la zone n’aurait pas été détruit.

Liana s’empressa de le presser. « Doc... ! »

« Oui, oui. J’aurais préféré le récupérer intact pour l’étudier, mais il semble que nous ayons largement dépassé ce stade. »

L’homme avait gentiment détourné ses paroles en posant le sac à fusil qu’il portait. L’arme qu’il en avait retirée était un fusil de précision de 1,8 mètre de long pesant environ trente kilogrammes, à peu près. Sa puissance de feu était si massive que le terme canon lui semblait plus approprié que celui de fusil.

Liana fixa d’un regard vide l’arme ridiculement grande, oubliant même de cligner des yeux. « Un… un fusil antimatériel !? »

« Avec un canon de vingt millimètres de diamètre. Il pèse une tonne, mais j’ai pris la bonne décision en acceptant de le trimballer. »

Parlant comme un enfant qui se vantait de son jouet préféré, l’homme plaça le fusil au sommet d’un trépied.

L’idole s’était lentement tournée vers lui, sentant peut-être les intentions de son ennemi. Malgré cela, l’homme ne s’était pas précipité. Il avait lentement chargé une balle et avait soigneusement visé.

L’idole, maintenant complètement tournée vers lui, avait ouvert le port du canon laser sur sa tête et avait commencé à ouvrir le feu.

Quand soudain, l’homme avait appuyé sur la gâchette, projetant une balle accompagnée d’un fort boom. Sa cible était ce port laser — la seule brèche dans l’armure de l’idole.

Quel que soit son calibre, une simple balle de fusil ne pouvait pas détruire une idole qui avait résisté à un tir de roquette antichar. L’avantage du fusil antimatériel résidait dans la précision de la trajectoire de la balle pour le tir de précision.

L’obus avait plongé dans l’interstice du blindage, large de quelques centimètres à peine, presque comme s’il était aspiré, et avait ravagé mortellement les mécanismes délicats à l’intérieur de l’idole. Le port de tir étant détruit, l’énergie du canon laser haute puissance avait perdu son exutoire et explosa en un éclair blanc bleuté.

Liana serra les deux poings et cria de joie.

« Vous l’avez fait… ! »

C’était le premier vrai dommage infligé à l’idole après qu’elle ait repoussé tant d’attaques. Cependant, l’expression de l’homme n’avait pas changé.

« Non, pas encore… »

Observant le golem endommagé avec un intérêt intense, il déchargea calmement sa douille.

L’idole avait cessé de bouger immédiatement après l’explosion, mais elle s’était remise en marche rapidement, marchant droit vers l’homme au fusil. Apparemment, l’explosion du canon laser n’avait pas infligé de dégâts mortels. Le géant en armure semblait avoir l’intention de piétiner l’homme. De plus, la zone autour du canon laser « détruit » se tortillait comme une créature vivante qui commençait à se réparer.

Liana avait crié. « … Il se régénère !? »

« Eh bien, ça se comprend. Mis à part les bizarreries, c’est un héritage des Devas. Ça ne suffira pas pour le vaincre. »

« Comme je m’y attendais, » murmura l’homme, un sourire satisfait sur le visage. C’est Liana qui avait été secouée.

« D-Doc — ! »

Carrozzo, qui n’avait plus de balles, semblait presque prêt à pleurer en criant à l’homme. « Qu’est-ce qu’on va faire, Gaho ? Comment va-t-on faire pour abattre cette chose !!? »

Sans doute voulait-il vraiment s’enfuir, mais son devoir de garde ne permettait pas une telle lâcheté. Il fallait au moins qu’ils gagnent du temps pour que les gens du camp puissent fuir.

En revanche, l’expression de l’homme était joyeuse, comme s’il profitait de la crise.

« Ne vous inquiétez pas. Maintenant, j’ai une assez bonne idée de son schéma rituel de locomotion. Ces types de gargouilles ont toute une faiblesse commune — et ma prochaine balle est une commande spéciale. »

L’homme avait sorti une cartouche neuve de son trench-coat en cuir. C’était une balle en or avec une pierre précieuse. Il y avait un motif étrange gravé sur la douille.

« Même s’il s’agit de l’héritage d’une ancienne civilisation, » continua-t-il, « il n’y a pratiquement aucun moteur interne qui permette à quelque chose de continuer à bouger pendant des milliers d’années, c’est pourquoi beaucoup de gargouilles tirent leur énergie magique des ruines elles-mêmes. Donc si vous envoyez un excès d’énergie magique à travers ce circuit — . »

L’homme chargea la cartouche suivante dans le fusil et se prépara à tirer à nouveau. Il visa la poitrine de l’idole et appuya calmement sur la gâchette. Avec le boom qui l’accompagnait, la balle dorée s’écrasa contre le torse du géant.

 

 

Bien sûr, une balle de fusil antimatériel n’avait pas la force nécessaire pour pénétrer l’armure de l’idole. La balle s’était instantanément brisée en d’innombrables petits fragments, libérant simultanément une énorme poussée d’énergie magique qui s’était cristallisée en un grand cercle magique.

Liana, réalisant la vraie nature de la balle que l’homme avait tirée, lui avait jeté un regard choqué.

« Une balle magique… !? »

Les balles magiques étaient des projectiles spéciaux dont les cartouches étaient faites de métaux précieux et qui renfermaient d’énormes quantités d’énergie magique. Il en existait très peu, et les armes qui pouvaient les tirer étaient encore plus rares. Elles étaient si chères que leur utilisation était considérée comme exclusive à une fraction de la royauté, cependant, chaque balle contenait un énorme pouvoir.

« Où diable avez-vous trouvé un truc pareil ? » demanda Liana.

L’homme avait fait un sourire charmant et décontracté en se levant.

« Je vous l’ai dit, commande spéciale. »

Le match avait été décidé. L’idole au corps humanoïde et à la tête de baleine, emprisonnée par le cercle magique, lançait des rayons tout autour d’elle en s’écroulant. L’énorme énergie magique libérée par la balle magique avait surchargé le rituel magique qui animait l’idole, la poussant à s’autodétruire.

Carrozzo avait jeté son arme de côté en se levant, riant de bon cœur en allant serrer l’homme dans ses bras.

« Ha-ha… Tu l’as fait… Je savais que tu pouvais le faire, Gaho… ! »

Le visage de l’homme se renfrogna et il écarta Carrozzo d’un coup de pied bourru. Carrozzo, né dans la péninsule ibérique, avait du mal à prononcer les noms japonais. L’homme semblait en avoir assez de ça, emportant avec lui le fusil dont le canon grésillait.

« Je vous l’ai déjà dit… Ne m’obligez pas à me répéter, Carrozzo. Mon nom ne se prononce pas Gaho. C’est Gajou. »

Liana se tenait à l’écart des deux hommes et écoutait leur conversation. Elle murmurait, comme pour s’assurer que personne ne l’entendait, regardant longuement le dos couvert de poussière de l’homme pendant qu’elle parlait…

« Gajou… Gajou Akatsuki… »

***

Partie 3

Lorsque Kojou Akatsuki avait atterri à l’aéroport de la région autonome de Rome, sur la péninsule italienne, c’était déjà le printemps, juste après la mi-mars. Il avait dû changer d’avion pour se rendre à Malte, une île de la Méditerranée.

Il n’y avait qu’un seul autre passager avec lui : Nagisa Akatsuki, sa petite sœur. Leur mère avait voyagé avec eux au début, mais s’était séparée lorsqu’ils s’étaient arrêtés à Hong Kong.

Kojou venait de terminer l’école primaire, et Nagisa avait un an de moins. Normalement, les deux enfants ne devraient pas voyager seuls hors du pays à cet âge, mais les circonstances dans la famille Akatsuki étaient quelque peu particulières.

Leur mère, employée par le conglomérat international MAR, avait passé près de la moitié de l’année à travailler à l’étranger. Leur père séjournait à Malte pour l’excavation et l’exploration d’une ruine qui devait commencer en mars.

Et c’est ainsi que Kojou et Nagisa, coincés entre deux parents globe-trotters, avaient déjà plusieurs expériences de voyages à l’étranger. Leur père avait insisté pour qu’ils viennent aussi cette fois-ci, et ils avaient donc fait le long voyage depuis le Japon.

Nagisa Akatsuki, onze ans, était sortie dans le hall d’accueil de l’aéroport, haussa la voix en signe d’admiration tandis qu’elle contemplait le paysage.

« Wôw… ! Regarde, Kojou. Un pays étranger ! Des étrangers partout ! Tous les panneaux sont dans d’autres langues ! Wôw, ça fait vraiment longtemps ! »

Ils avaient récupéré leurs bagages tandis que Kojou murmurait d’une voix qui n’était pas encore profonde. « Eh bien, c’est un pays différent… Et hé, nous sommes les étrangers ici. »

Nagisa était étrangement excitée, probablement parce qu’elle avait été enfermée dans le fuselage d’un avion pendant si longtemps. Même sans cela, ses longs cheveux noirs, qui descendaient jusqu’à ses hanches, la mettaient en valeur. Kojou était gêné, car il avait l’impression que tout le monde les regardait.

Nagisa avait gazouillé. « Qu’est-ce qu’il y a, Kojou ? Ne te sens-tu pas bien ? Ah, un chariot de nourriture en vue ! Ça a l’air délicieux ! Biscotti ! Biscotti, s’il vous plaît ! Quatre ! Quattro ! »

Nagisa serra les pièces qu’elle venait d’échanger et se précipita vers un chariot de nourriture dans le hall. L’employé avait répondu de manière serviable, « Deux devraient suffire, », mais Nagisa avait insisté pour quatre et avait commencé à marchander le prix dans un italien approximatif.

« … Comme d’habitude, » fit remarquer Kojou.

Après avoir terminé son achat, Nagisa avait posé pour une photo avec un autre passager qui avait demandé une photo avec elle, tandis que Kojou regardait de l’autre côté. Elle s’était adaptée très rapidement.

En la regardant fixement lorsqu’elle était enfin revenue, Kojou avait poussé un long soupir. « Tu as l’air heureuse. »

Nagisa inclina un peu la tête en regardant le visage de Kojou. « Eh bien, c’est sûr que ce n’est pas ton cas, Kojou. N’est-ce pas du gaspillage de ne pas s’amuser quand on n’a pas été à l’étranger depuis une éternité ? Veux-tu manger des biscuits ? Je t’en donne la moitié. »

Kojou avait répondu avec un bâillement.

« Non, je passe mon tour. Bon sang, tu as mangé dans l’avion, et maintenant tu manges à nouveau ? »

Le décalage horaire entre le Japon et Rome était de sept heures. Son corps était léthargique à cause du décalage horaire. Maintenant qu’ils avaient atteint Malte, il restait encore une heure et demie avant le prochain vol.

« Merde, » grommela Kojou. « C’est la faute de papa qui nous a envoyé des billets d’avion pas chers. Il y a trop d’escales. Et de toute façon, c’est peut-être un voyage à l’étranger, mais nous allons vraiment aider papa dans son travail, non ? »

Le ton de Nagisa avait un peu baissé. « … Ouais. Désolée de t’avoir entraîné avec moi, Kojou. »

Leur voyage était une chance de voir leur père, mais à proprement parler, il n’avait demandé que Nagisa. Kojou n’était que son chaperon.

« Hé, ce n’est pas comme si tu avais besoin de t’excuser. Alors qu’est-ce qu’on devrait faire maintenant ? »

« Hmm, Gajou a dit que son ami viendrait nous chercher. Il a dit d’attendre près du comptoir de la compagnie aérienne… Oh, c’est vrai, il m’a donné une carte. »

Nagisa avait commencé à sortir des objets de la poche de son manteau. Kojou tenait les bagages et la regardait nonchalamment lorsque quelqu’un s’était soudainement heurté à son épaule de manière assez brutale. L’homme, un étranger de petite taille, avait affiché un regard confus lorsqu’il avait parlé.

« Scusi — . »

Kojou ne pouvait pas comprendre ce qu’il voulait dire, mais apparemment l’homme s’excusait. Il avait l’air d’avoir une trentaine d’années, à peu près, et était habillé de vêtements simples qui le faisaient se fondre dans la foule.

« Ah, désolé… Euh… mi dispiace ? » répondit Kojou en utilisant un italien dont il se souvenait à moitié.

L’étranger avait fait un sourire satisfait à Kojou. « Hein… ? Di niente. Buon viaggio, stronzo — . »

« Ah, merci, merci. Grazie, grazie. »

Kojou avait regardé l’homme souriant saluer et partir. Soudain, Nagisa avait sursauté, levant son visage et désignant l’homme.

« Kojou, mon sac — ! »

« Hein… ? »

L’étranger, réalisant que Nagisa avait commencé à s’alarmer, s’était soudainement mis à sprinter. Il portait le sac de Nagisa, que Kojou tenait sous son bras après qu’elle le lui ait donné. Dès que leurs épaules s’étaient heurtées, l’homme l’avait volé, ainsi que son contenu : les billets d’avion, le passeport, la carte bancaire et d’autres objets précieux.

« Bâtard — ! »

À cette seconde, l’esprit de Kojou était devenu blanc, bouillonnant de rage. Au moment où il avait réalisé ce qui s’était passé, son corps s’était mis à courir à toute allure. Il avait poursuivi le voleur de sac à main avec une vitesse féroce bien au-delà de la capacité d’un enfant typique. Cependant, l’adversaire ne courait pas moins désespérément. Bien que Kojou ait progressivement réduit la distance, le rattraper n’était pas une tâche facile. Si le voleur réussissait à sortir de l’aéroport, il serait presque impossible pour Kojou, ignorant de la configuration du terrain, de le rattraper.

Je ne vais pas y arriver — ! Kojou se désespérait, mais à ce moment précis, un voyageur solitaire marcha calmement devant le voleur. C’était une fille d’Asie de l’Est plus petite que Kojou et Nagisa. Vêtue d’une robe extravagante à froufrous, elle ressemblait à une belle poupée.

« — Per Dio ! »

Le voleur de sac avait apparemment choisi de faire tomber la fille sur le côté plutôt que d’essayer de l’éviter. Il avait foncé droit sur elle sans perdre de vitesse. L’instant d’après, l’ombrelle dans la main de la jeune fille s’était légèrement élancée.

L’action avait peut-être surpris le voleur, car il avait perdu pied comme s’il avait trébuché sur une marche invisible et était tombé en avant avec une grande force. Même dans ce cas, il s’était immédiatement relevé pour tenter de fuir à nouveau, mais Kojou l’avait rattrapé avant.

Kojou avait coupé le chemin de retraite du voleur de sac. « — Je reprends le sac de Nagisa. »

« Figlio di puttana… ! »

Le voleur irrité fit claquer sa langue et sortit un couteau, le faisant tourner dans le but d’intimider Kojou, qui baissa sa position, fixant silencieusement l’homme en se souvenant de l’époque où il jouait en défense au basket à l’école primaire.

Bien sûr, Kojou n’était pas armé et avait un désavantage de taille. Mais bizarrement, il ne ressentait aucune peur. En observant les choses calmement, il pouvait voir des tonnes d’ouvertures dans les mouvements de l’homme. Il était tombé dans les feintes maladroites de Kojou si facilement que c’en était drôle.

L’homme, apparemment à bout de nerfs, s’élança vers Kojou avec son pied en avant. À cet instant, Kojou s’était glissé dans le flanc de l’homme et avait récupéré le sac volé comme s’il volait un ballon de basket.

Kojou lui montra les bagages récupérés, ses lèvres se retroussant férocement.

« Désolé, mon vieux. C’est moi qui ai le ballon. »

L’homme avait regardé le sac récupéré, avait gémi, et avait lancé une sorte d’insulte grossière en s’enfuyant en courant. En le regardant par-derrière, Kojou était devenu mou, complètement épuisé.

Kojou était encore exsangue lorsque la fille à la robe extravagante lui adressa la parole.

« Hmm, hmm. Pas mal du tout, morveux. »

D’après son apparence, elle semblait plus jeune que Kojou, mais son ton de voix et son comportement étaient hautains et distants. Pourtant, cela semblait lui convenir étrangement bien.

« Pareil pour vous. Il m’a volé des affaires. Hé, qu’est-ce que vous lui avez fait, au fait ? »

« Ne sois pas indiscret. J’ai donné un coup de main sur un coup de tête, et c’est tout. »

La fille en robe avait ri avec grâce. Kojou avait inconsciemment laissé échapper un gloussement assez tendu. Son attitude était plus imposante qu’elle ne l’était, mais même si elle était étrangement menaçante, c’était une fille difficile à détester.

Nagisa, essoufflée, avait finalement rattrapé son frère.

« Kojou ! »

Constatant par elle-même qu’il était sain et sauf, ses sourcils s’étaient froncés dans un regard boudeur.

« Bon sang, ne sois pas aussi imprudent. Qu’est-ce qui se passerait si tu te blessais dans un endroit comme celui-ci !? »

« C’est bon. Quelqu’un m’a aidé, moi aussi. »

« Eh ? Qui ? »

Lorsque Nagisa lui avait demandé cela avec confusion, les yeux écarquillés, Kojou avait détourné son regard.

« Qu’est-ce que tu veux dire qu… ? »

La fille en robe, dont il était sûr qu’elle était là quelques instants auparavant, n’était plus là. C’était comme si elle s’était tout simplement fondue dans l’air sans laisser de trace — .

« Eh bien, c’est bizarre. Il y avait une Japonaise habillée bizarrement ici il y a une seconde… Je pense qu’elle avait, genre, ton âge. »

Nagisa le regarda fixement tandis qu’il tâtonnait pour trouver une explication. Elle soupira, exaspérée.

« … Bon, tant que tu vas bien… »

D’une manière ou d’une autre, ils avaient réussi à récupérer leurs bagages, mais le voleur avait créé une certaine agitation dans l’aéroport. Cette fois, ce n’était certainement pas l’imagination de Kojou que tout le monde les regardait.

Peut-être que nous devrions y aller à pied avant d’avoir plus de problèmes, Kojou avait considéré cela, quand une femme qu’il n’avait pas reconnue a traversé les curieux, les appela alors qu’elle s’approchait. C’était une jeune femme caucasienne habillée d’un costume bleu marine. Elle portait un maquillage minimal, mais elle était très attirante et donnait l’impression d’être une secrétaire compétente pour un président d’entreprise.

« — Pardonnez-moi, mais seriez-vous Nagisa Akatsuki ? »

« Oui, je le suis… Ah, et vous êtes ? » Nagisa était un peu décontenancée en répondant.

La femme avait répondu dans un japonais courant. « Je suis Liana Caruana. Le professeur Gajou Akatsuki m’a demandé de venir vous chercher. »

« Eh !? Alors vous êtes l’amie de Gajou… euh, de mon père, alors… ? »

« Oui. J’ai été affectée à la quatrième équipe de fouille conjointe des ruines de Gozo en tant que conseillère principale, » avait-elle répondu d’un ton sérieux.

Le fait d’être la conseillère principale à un si jeune âge impliquait qu’elle était aussi capable qu’elle en avait l’air… et elle était belle, en plus.

Kojou et Nagisa avaient échangé des regards, murmurant avec une certaine résignation.

« Je suppose que c’est pour ça que maman était de mauvaise humeur quand papa a appelé. »

« Même avec son allure, Gajou est étrangement populaire avec les dames, hein… »

Liana avait exprimé une certaine inquiétude. « Hum… Quelque chose ne va pas ? »

Nagisa arrangea les choses avec un vague sourire et inclina courtoisement la tête. « Non, rien du tout. Ah-ha-ha-ha. C’est un plaisir de vous rencontrer. »

***

Partie 4

Lorsque Kojou et son petit groupe étaient arrivés sur l’île de Gozo, un véhicule militaire à quatre roues motrices, légèrement blindé, les attendait. Liana prit le volant, traversant Città Victoria au centre vers le côté opposé de l’île.

La richesse naturelle de Gozo en avait fait un aimant pour les touristes, mais l’île était également inscrite au patrimoine mondial en raison de ses ruines antiques. Parmi celles-ci, une ruine particulièrement célèbre était un temple de pierre géant connu sous le nom de Temple de G˙gantija.

Liana s’était expliquée, et Kojou avait répondu de manière superficielle.

« Ce temple est l’un des plus anciens du monde, construit à l’âge néolithique il y a environ cinquante-cinq cents ans. Selon la légende locale, le temple a été construit par une géante appelée Sansuna. Le nom G˙gantija signifie Tour des géants. »

« Géant… hein ? »

Liana avait certainement une connaissance encyclopédique des ruines, digne du conseiller d’une équipe de fouille. Cependant, Kojou, n’étant pas un expert en la matière, ne comprenait pas plus de la moitié de ce que la jeune femme disait.

Elle poursuivit.

« Les êtres appelés géants auraient régné sur le monde avant l’émergence de l’humanité, un thème mythologique que l’on retrouve sur toutes les terres. La mythologie grecque a les Titans, la mythologie nordique les Jötunn, la mythologie chinoise les Pangu, l’Ancien Testament les Nephilim… Il est écrit qu’il s’agissait de descendants d’Adam et Eve qui dominaient les humains. »

Nagisa, assise à l’arrière, observait Liana à travers le rétroviseur. « Alors vous, Gajou et les autres, vous étudiez la légende de ces géants ? »

La question avait jeté un regard quelque peu perplexe sur le visage de Liana.

« Ne me dites pas que vous n’avez rien entendu de la part de Doc ? »

Avec peu d’enthousiasme, Kojou et Nagisa avaient hoché la tête et avaient dit à l’unisson. « Rien du tout. »

Liana se mordit un peu la lèvre. « C’est… tellement… ? Alors pourquoi le docteur… ? » murmura-t-elle, surtout pour son propre compte.

Nagisa, décidant qu’il valait mieux changer de sujet, avait appelé Liana d’une voix enjouée. « Ah, au fait, Liana, ce bracelet… Est-ce que c’est un… ? »

Liana avait levé sa main gauche.

« Un bracelet ? Vous voulez dire ce bracelet d’enregistrement ? »

Le bracelet autour de son bras était environ deux fois plus épais qu’une montre. C’était un bracelet d’enregistrement des démons — spécialement fabriqué dans les Sanctuaires des démons pour garantir la sécurité et prouver l’identité d’un démon, ainsi qu’un émetteur pour surveiller ce démon.

« C’est ce que je pensais ! Alors vous êtes un démon, Liana ? » répliqua Nagisa.

En voyant sa surprise, Liana était apparue quelque peu dépitée.

« O-Oui. Je suis une vampire née dans l’Empire du Seigneur de Guerre. Je suis également ici pour protéger l’équipe de fouille, vous voyez. »

Même si le Traité de la Terre Sainte était en vigueur depuis plus de quarante ans, un nombre considérable d’humains craignaient et détestaient encore les démons. Liana devait s’inquiéter de la réaction de Nagisa, maintenant qu’elle connaissait la vraie nature de cette femme.

Mais les yeux de Nagisa avaient pétillé comme pour faire disparaître ces inquiétudes.

« Wôw, c’est génial ! C’est la première fois que je parle à quelqu’un de l’Empire du Seigneur de Guerre. Oh, c’est vrai, cette île est aussi un sanctuaire pour les démons. Je suis surprise que Gajou ait une si jolie amie vampire… Depuis combien de temps vous connaissez-vous ? La lumière du soleil est vraiment forte sur cette île. Est-ce que vous allez bien ? »

« Er, ah… Umm, c’est… »

Kojou était intervenu à contrecœur avant que l’interrogatoire rapide de Nagisa n’aille plus loin.

« … Restons-en là, Nagisa. Tu fais peur à Liana. »

Liana était encore sous le choc alors que Kojou esquissait un sourire et inclinait la tête.

« Désolée. Elle parle beaucoup. »

Liana soupira, mais sourit agréablement.

« … Vous êtes un duo assez excentrique, comme je l’attendais des enfants de Doc. »

Ce n’était probablement pas seulement l’imagination de Kojou qu’elle semblait… heureuse. Il avait répondu. « Je ne suis pas sûr de comprendre tout ça, mais il n’y a aucune chance que ce soit un compliment, non ? »

Liana avait éclaté de rire.

« Hee-hee, pardonnez-moi. »

Même si sa première impression était très correcte, son visage souriant et non dissimulé était tout simplement adorable.

Kojou avait regardé le mur de pierre d’une ruine qui s’éloignait et il avait demandé. « Est-ce que ça va ? Nous sommes passés juste à côté. »

« C’est bien, puisque le temple de G˙gantija n’est pas la ruine que nous étudions. »

« Alors, c’est donc une autre ruine, non ? »

« Oui. L’année dernière, une tombe souterraine a été découverte sur une colline à environ deux kilomètres d’ici. Elle n’a pas de nom officiel. Nous l’appelons le Cercueil de la Fée. »

« Une tombe souterraine ? Une crypte ? »

« Oui. Je pense que c’est une ruine qui date d’avant ou d’après la purification. »

« La purification… ? C’est sur ça que papa fait des recherches, n’est-ce pas… ? » Kojou n’était pas très confiant.

Pour une raison inconnue, les joues de Liana rougirent et elle acquiesça. « Oui, c’est vrai. Il reste des traces d’un grand génocide et d’une destruction à grande échelle dans tous les coins du monde… on dit que c’est la Grande Calamité provoquée par le Quatrième Primogéniteur. »

« Hein… »

Le père de Kojou et Nagisa, Gajou Akatsuki, était un archéologue, mais pas le genre studieux qui s’assoit dans un bureau et étudie calmement des documents anciens. Il travaillait sur le terrain, se glissant dans tous les pays en guerre de la planète pour piller dans la confusion des antiquités non gardées, un peu mieux qu’un pilleur après un incendie.

Le thème de la recherche de Gajou était un événement connu sous le nom de « purification ». Il était enregistré dans les bibles de l’Église occidentale et était apparemment un incident important au cours de l’histoire.

« Mais ce n’est qu’une légende, non ? » demanda Kojou. « J’ai entendu dire que personne n’avait trouvé de preuve solide que ça s’était vraiment passé… »

Pour une raison inconnue, Liana avait pris un air morose en marmonnant. « Exact. Ce serait bien si ce n’était qu’une légende, mais… »

Kojou pensait que son attitude était un peu suspecte, mais avant qu’il puisse poursuivre avec une question, la voiture avait quitté la route principale, entrant dans un tronçon rugueux, parsemé de rochers. Apparemment, la ruine était juste devant.

Liana s’accrocha désespérément au volant en disant. « Je le vois maintenant. C’est le camp de base de l’équipe de fouille. »

La voiture tremblait violemment alors qu’elle se déplaçait sur une grande section de roche inégale. C’était si grave qu’un dialogue imprudent pouvait entraîner une langue mordue.

Enfin, ils arrivèrent au camp de base, un ensemble de tentes et de huttes préfabriquées. Plusieurs machines d’excavation lourdes étaient à l’arrêt, et il n’y avait pas grand-chose de visible qui puisse être considéré comme du matériel de topographie. Au lieu de cela, ce qui ressortait était les gardes armés de la Société militaire privée et leurs voitures blindées lourdement équipées. Cela ressemblait plus à la base avancée d’une unité de guérilla qu’au site de fouilles d’une ruine.

Nagisa et Kojou avaient parlé chacun de leur côté en sortant de la voiture.

« Wôw, beaucoup de gardes ici. Peut-être qu’il y a un trésor enterré ? »

« Si c’était le cas, je suis sûr que papa l’aurait pris en premier et se serait enfui… »

À l’improviste, un homme s’était approché et leur avait enlacé les épaules par-derrière.

« Qui fait quoi ? »

Il était d’âge moyen, portait un fedora et une veste en cuir, avec une odeur d’alcool et d’explosifs qui planait sur lui.

Réunie avec son père après si longtemps, Nagisa avait levé les yeux au ciel avec joie. « Gajou ! »

Gajou avait soulevé sa fille avec désinvolture et l’avait hissée sur son épaule comme si elle était une petite enfant.

« Ohh, Nagisa ! Je pensais qu’un ange était arrivé, et il s’avère que c’est ma propre fille ! Ha-ha, c’est bon de t’avoir ici. Es-tu devenue encore plus belle depuis la dernière fois que j’ai posé les yeux sur toi ? »

Nagisa, au sommet de son épaule, avait objecté alors que ses joues rougissaient. « Attends un peu… Gajou, tu me fais honte ! »

Gajou avait continué à sourire de bon cœur avec son visage brûlé par le soleil.

« Tu dois être fatigué par ce long voyage. Ne t’est-il rien arrivé de grave ? »

« Non, parce que j’avais Kojou avec moi. »

« Hm… Kojou ? »

À ce moment-là, Gajou sembla enfin se souvenir qu’il avait un fils. Avec un regard complètement mystifié, il avait demandé d’un ton plutôt direct. « Hé, l’avorton. Qu’est-ce que tu fais ici ? »

« Je suis son chaperon, chap-er-un ! Comme si on pouvait laisser Nagisa partir en voyage toute seule ! »

Avec le petit gabarit de Nagisa reposant toujours sur son épaule, Gajou avait posé une main sur son menton et avait réfléchi à quelque chose.

« … Je ne pense pas que tu seras utile tant que tu seras là, mais… oh, bien. Ne te mets pas en travers de mon travail, avorton. »

Kojou avait retroussé ses lèvres en signe de ressentiment. « Tu traites Nagisa différemment de moi. Tu es un père de merde. »

Certes, il était agacé, mais il était aussi habitué à la langue de bois de cet homme. Quand on voit ça comme du badinage entre deux hommes égaux, ça ne semble pas si grave.

Gajou redirigea la conversation. « Et si on mangeait quelque chose ? La cuisine sur cette île est plutôt bonne. Les saucisses spéciales et la bière locale se marient très bien. »

Kojou avait ressenti un mal de tête soudain à cause des bêtises typiques de Gajou.

« Je suis encore mineur, tu sais ! »

Mais Nagisa, habituellement la première à se plaindre dans un moment pareil, ne les écoutait même pas parler.

« Nagisa… ? » demanda son frère.

Remarquant le changement de comportement de la jeune femme, Gajou murmura gravement. « Elle l’a remarqué, hein… ? »

La jeune fille regardait en silence la base des rochers. C’était une entrée en pierre pour un passage qui rappelait un sanctuaire.

Ce n’était pas du tout une ruine magnifique. La roche volcanique brun-rougeâtre était dans un état pitoyable, érodée par le vent et la pluie, et elle n’avait pas été décorée d’une quelconque manière. Des épaves de véhicules détruits jonchaient la zone. Peut-être y avait-il eu une sorte d’accident pendant l’excavation.

Mais plus que cela, une présence étrange planait au-dessus de l’endroit. Il y avait un sentiment oppressant, une sorte de majesté intérieure qui disait aux autres de ne pas s’approcher à la légère.

« Est-ce… une ruine ? » demanda Kojou.

« Ouais. Une relique de la purification — le cercueil de la douzième fée. »

« Le cercueil… Cercueil… »

Kojou s’était demandé comment cet écho poétique dans sa bouche se heurtait à la platitude de la ruine.

Nagisa avait continué à examiner silencieusement la structure de loin, comme si elle était captivée par quelque chose…

***

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