Saikyou Mahoushi no Inton Keikaku LN – Tome 1

Table des matières

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Prologue

Dans une zone dévastée, les ruines d’un grand bâtiment entouré de maisons démolies donnaient l’impression qu’une catastrophe naturelle avait affecté toute la région.

Il ne restait plus rien qui suggérait que la région avait été autrefois remplie d’habitants qui y avaient vécu une vie épanouie. Divers arbres et plantes grimpantes s’étaient établis depuis longtemps parmi les bâtiments abandonnés. L’endroit avait été évacué il y a plus de cent ans et tout ce qui restait là pourrait même disparaître après quelques années de vieillissement supplémentaire. Le fait d’affirmer que l’ancienne civilisation avait été détruite ne serait pas non plus une revendication farfelue. Quoi qu’il en soit, tout ce que l’on pouvait encore voir s’estomperait certainement avec le temps.

Un ciel bleu clair et parfait s’étendait à travers les cieux où il disparaissait dans la lueur d’un horizon brumeux. La verdure luxuriante grouillait de vies sous l’abondante lumière du soleil qui inondait la terre d’un flot de couleurs vives. Ce paysage majestueux respirait la nature alors que des animaux s’affairaient sur le tapis vert présent entre les nombreux arbres.

Quelqu’un avait dit un jour : « L’humanité est le cancer de cette planète ». La situation actuelle confirmait véritablement cette affirmation. Il s’agissait du résultat d’un organisme grotesque et contre nature qui s’était glissé dans le royaume de la nature. Beaucoup hésiteraient même à prétendre que ces organismes étaient même vivants.

L’arrivée de ces apparitions grotesques ressemblait étrangement à l’intrigue d’un conte de fées. Si ces créatures fantastiques avaient donné à la Terre l’occasion de récupérer son écosystème d’origine, leur arrivée avait également marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Ils avaient ainsi lancé son compte à rebours vers l’extinction de la race humaine.

Cependant, ces apparitions grotesques n’étaient certainement pas telles les créatures d’un conte de fées, car elles étaient sinistres et assoiffées de sang. Telle était leur existence. Peut-être agissait-il en tant que procuration de Dieu, alors qu’elles servaient de messie de la planète. Il était clair qu’elles étaient l’ennemi de l’humanité.

L’humanité avait nommé ces apparitions grotesques des mamonos.

 

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Un jeune garçon tout seul était sur le point de s’engager dans un combat avec plusieurs monstres grotesques portant des arbres comme s’il s’agissait de massue. Un seul coup serait une blessure mortelle pour n’importe qui.

Pendant ce temps, ce jeune homme se servait d’une épée courte, et d’une épée de forme tordue. Sa forme était déformée, donnant l’illusion qu’il tremblait de peur. Il s’agissait d’une arme qui existait dans le seul but de tuer ces grotesques mamonos. Une fine chaîne reliait la poignée du couteau à son fourreau se trouvant suspendu à la taille du garçon. Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’une arme qui pourrait de prime abord sembler inefficace contre un mamono doté d’un corps plusieurs dizaines de fois plus gros que celui du garçon.

Des mamonos de différentes formes l’entouraient en ce moment. Cependant, même s’ils n’étaient pas de la même race, tous, du premier jusqu’au dernier possédaient des traits communs. Ils étaient tous hideux et sinistres. Personne ne penserait qu’ils seraient issus de ce monde. Un deuxième trait commun chez les mamonos était leur peau foncée assortie. Ceux ressemblant à des géants à un œil et les thérianthropes avec un haut du corps humain donnaient d’abord une impression positive, mais c’était seulement jusqu’à ce qu’un regard fait de plus proche ou qu’un coup d’œil vers le bas de leurs corps soit effectué.

À l’heure actuelle, le jeune homme faisait face à plus de dix mamonos. Cependant, il était fort possible que bien plus d’individus se soient cachés plus loin dans la zone et dans les sous-bois environnants. Peut-être en raison de leur arrogance en tant que prédateurs absolus, ils le regardaient de haut comme leur proie venue jouer avec eux. Personne dans cette situation désespérée n’envisagerait même de résister face à eux.

Pourtant, ce garçon ne ressentait pas de consternation en ce moment ni de peur. À la place, sa démarche triomphante était pleine de vigueur et d’élégances, comme s’il se baladait dans une nature exempte de ces créatures. Ses cheveux noirs se balançaient à chaque pas qu’il faisait vers eux. Alors que les bords des lèvres du jeune homme s’élevèrent, les mamonos attaquèrent d’un seul coup.

Le jour semblait se transformer en nuit alors que les mamonos géants bloquaient le soleil avec leurs énormes corps. Puis, le premier rugissement d’un mamono borgne se fit entendre. Les Mamonos avaient eux aussi fait entendre leur voix à gauche et à droite. Mais à cet instant, ce rugissement s’arrêta, et il fut remplacé par le silence.

C’était parce que son corps s’était ouvert comme s’il avait été écrasé par quelque chose des deux côtés.

Le garçon était resté là, se tenant debout alors que ses deux mains étaient serrées l’une contre l’autre comme s’il effectuait en ce moment une prière. Le massacre des mamonos avait commencé à survenir au moment où il avait pris cette pose.

Le sang vert foncé s’était mis à pleuvoir sans fin, mais les féroces mamonos refusaient d’hésiter. Ainsi, le garçon avait continué à trancher dans le corps des mamonos les uns après les autres avec son couteau tenu avec légèreté. Il s’agissait d’un spectacle où une entité absolument surpuissante écrasait un groupe de fourmis.

Le garçon avait à peine bougé lors de ces prestations. Il s’était simplement retrouvé avec le couteau dans sa main et les différents composants venant avec lui avant que quelqu’un ne s’en rende compte. Les chaînes offraient un soutien en allant vers la gauche et vers la droite pour toucher ses cibles. L’arme ne bougeait pas dans une trajectoire droite, mais volait comme un fil avec une aiguille au bout en effectuant des courbes avec la chaîne qui s’allongeait à l’arrière.

Chaque mamono touché par le couteau s’était vu perforé de part en part comme s’il était mou et les restes suspendus à la chaîne étaient restés ainsi, figé dans leur mort. Ils étaient tellement immobiles qu’il était impossible de savoir s’ils étaient vraiment morts. Le seul son que l’on pouvait entendre était produit par les anneaux métalliques sans fin de ses chaînes.

À ce moment-là, sa chaîne s’enfonça dans le buisson d’arbres où une étrange série de cris de mort agonisants résonnèrent.

Le garçon parla finalement. « J’en ai fini d’eux, » ces mots étaient pour lui-même. Il toucha ensuite la chaîne avec un doigt qu’il enfonça dans l’un de ses anneaux. « Résonnance. »

La 207e Formule de la Chaîne — les anneaux de la chaîne étaient si nombreux qu’on devenait fou à les compter — chaque anneau avait une formule magique pour un sort unique gravée sur lui. Le son d’une cloche avait provoqué de légers tremblements dans l’air et avait chatouillé ses lobes d’oreille.

Le garçon avait tendu la chaîne avant de l’arracher comme une ligne qu’il rapportait à lui. Lorsqu’un léger tremblement s’était produit au-dessus de la chaîne, les mamonos qui y étaient suspendus s’étaient envoyés dans un vol plané en même temps. Le paysage avait été teint par le sang des mamonos alors que tout cela devenait cauchemardesque lorsque des morceaux de chair se joignirent également afin de décorer la zone alors que tous les cadavres explosèrent en fragments sanglants. Cela donnait vraiment une impression d’une petite zone d’horreur presque isolée de la beauté du monde extérieur.

Le garçon lui-même n’avait pas eu une goutte de sang sur lui. Sa tenue était toujours impeccable et rien n’avait prise sur elle ou sur le reste de son corps. Quoi qu’il en soit, à cause de l’odeur répugnante qui pesait sur la zone, il avait sorti une boîte à repas de son sac. Puis il regarda autour de lui alors qu’il soupira en l’ouvrant. À l’intérieur, il y avait une bouteille d’eau pure et claire.

Le garçon regarda le ciel. Le ciel était magnifique. Les nuages blancs purs qui le remplissaient avaient chacun une forme différente. Il ne savait pas à quelle vitesse ils s’épanouissent ni où ils allaient. Il enviait leur liberté, car il était l’opposé absolu. L’ironie qu’un tel point de vue ne pouvait être vu que dans le monde extérieur qui était gouverné par les mamonos qui pouvaient encore en jouir.

Il avait eu l’occasion d’entrer dans le monde extérieur pour effectuer des missions d’extermination de mamonos. En tant que telle, cette scène n’était familière qu’à une poignée d’autres personnes dans ce monde. Quoi qu’il en soit, ils aspiraient instinctivement à ce monde du passé. Comme le disait le proverbe, la vraie valeur d’une chose n’est comprise qu’après sa perte.

Tout en regardant le ciel sans fin, le garçon leva un bras et se nettoya son visage avec l’eau. Le filet d’eau ne dura qu’un moment avant de s’épuiser. Le garçon secoua son visage et regarda à nouveau le ciel.

C’était devenu son habitude. Regarder le beau ciel tout en se rafraîchissant avec de l’eau lui donnait une impression différente. Cela affectait tellement son cœur qu’il n’avait même pas de mots pour décrire ce qu’il ressentait en ce moment. Avec un cœur plein de regrets, il quitta cet endroit. Rester était dangereux avec le sang des mamonos qui attirait encore plus de mamonos.

Le garçon s’appelait Alus Reigin. Dans la longue guerre contre les mamonos, son nom était celui de la personne régnant au sommet des magiciens qui combattaient au cours de cette guerre.

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Chapitre 1 : Nouveau Monde

Un homme en uniforme militaire blanc et possédant diverses médailles sur sa poitrine déclara. « Ne peux-tu pas changer d’avis ? »

Alus avait déclaré ses intentions à son officier supérieur qui était assis de l’autre côté d’un long bureau. « Non, j’ai bien assez travaillé. J’ai reconquis les deux continents, Zentrei et Kubent. Je ne veux rien de plus que de vivre ma vie plus tranquillement. »

L’homme en face de lui posa ses bras sur son bureau avant de s’enfoncer profondément dans ses pensées. Son visage vieillissant se plissait face à la difficulté de la demande. « Quoi qu’il en soit, tu es déjà la force militaire la plus précieuse de ce pays, non, de toute l’humanité. Que tu déclares ta démission n’a pas d’importance. Je ne peux pas autoriser ton retrait. »

« Bien que ce soit ta décision en tant que gouverneur général, les règlements stipulent qu’après dix ans de service militaire, les soldats qui ont contribué aux résultats de guerre sont libres de prendre leur retraite à leur propre discrétion. Dix ans se sont écoulés depuis que je me suis vu enrôlé dans l’armée à l’âge de six ans. Ou bien, prétends-tu que ma reconquête de deux continents n’est pas une réussite suffisante ? »

Le gouverneur général s’était efforcé d’empêcher ses émotions amères de se manifester sur son visage. Il savait à quel point ces règlements étaient importants, mais il ne pouvait s’empêcher d’en vouloir à ceux qui les avaient élaborés.

Bien que les règlements confirmeraient certainement les affirmations d’Alus. Le fait de devenir magicien n’était rien de plus que le fait d’obtenir un certain statut. Il s’agissait d’une profession vénérée au sein de la société. En plus de protéger le pays, ils avaient l’obligation de maintenir le désir le plus cher de l’humanité qui était la récupération de leurs terres perdues.

Quoi qu’il en soit, c’était quelque chose que le jeune aux cheveux noirs se trouvant devant le gouverneur général ne pouvait comprendre. Ou plutôt c’était comme s’il n’était pas intéressé par ça. Les circonstances particulières de sa naissance et de son éducation avaient fait en sorte qu’il ne pouvait pas comprendre les pensées du commun des mortels. Il avait été enrôlé à l’âge de six ans, ce qui aurait dû être impossible. Bien que l’âge minimum pour s’enrôler soit de quatorze ans, son talent pour la magie avait été reconnu à l’âge de six ans. De plus, sa capacité en mana surpassait celle des magiciens de haut rang. Les militaires, ayant découvert un jeune si prometteur, avaient immédiatement commencé à le former pour qu’il devienne un magicien sans considération pour sa jeunesse ou son éducation générale, le forçant vers le destin qu’ils avaient décidé.

Le gouverneur général, en tant qu’individu approchant l’âge de la retraite pour son service militaire, n’avait jamais prévu qu’un jeune homme aux cheveux noirs, encore au milieu de l’adolescence, demanderait sa retraite de son service militaire en premier. Ce doit être le karma d’avoir confié toutes ces missions à un jeune enfant sans jamais penser aux conséquences ou à lui-même.

Tous les magiciens associés à l’armée obtenaient les revenus les plus élevés au sein de la société. Comme l’argent était acquis grâce aux impôts, cela indiquait clairement que toute l’humanité reconnaît leur importance et leur utilité.

Des sept pays chargés de protéger le continent Azazael, un pays en particulier, Alpha, avait apporté des contributions militaires exceptionnelles, surpassant largement depuis 10 ans tous les autres pays. Cependant, la majorité de ces gains avaient été rendus possibles par l’existence d’une seule personne. Cet homme se tenait en ce moment devant le gouverneur général. Le Magicien Solitaire, Alus Reigin, soumettant une demande de retraite, l’un des mages à un chiffre du monde.

Ses cheveux noirs lui tombèrent dans les yeux et ses mains musclées, loin de celles d’un enfant, racontèrent à quel point sa courte vie avait été intense. Ses mains étaient recouvertes de gants de la même couleur, le numéro un pour être exact.

 

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Les mamonos étaient soudainement apparus il y a cent ans et avaient réduit la population de l’humanité à un dixième de sa taille originale. Les différents pays du monde avaient également été ramenés à sept. Aujourd’hui, l’espace de vie de l’humanité avait été contraint d’atteindre le 1/700 e de sa gloire passée.

Le concept de l’utilisation de la magie à des fins militaires était un développement récent. La magie de l’époque n’était pas capable de tenir tête aux monstres géants, les mamonos. À l’époque, elle n’avait servi qu’à rendre la vie quotidienne de chacun un peu plus confortable.

Le développement rapide de la magie n’avait eu lieu qu’en réaction à l’invasion des mamonos. Ils avaient mangé les humains et rasé les villes en dévastant les nations. La mise en œuvre de la magie par les militaires avait stoppé le déclin de la population humaine.

Sept pays avaient formé un cercle afin de créer la dernière ligne de défense de l’humanité. La tour blanche massive qu’ils avaient érigée au centre de leurs territoires communs était la plus grande réalisation de l’humanité.

Grâce à ce qui se trouvait au sommet de cette tour, nommée Babel, les sept pays s’étaient cachés derrière un mur de protection qui abrogeait l’invasion des mamonos. Il s’agissait de l’avantage d’avoir développé la magie. Depuis lors, au cours des cinquante dernières années, l’humanité avait formé des magiciens dans le but de récupérer leurs terres perdues.

Le gouverneur général avait alors déclaré. « Dans ce cas, pourquoi ne pas prendre un congé prolongé ? Bien sûr, nous pouvons te garantir une vie confortable, et nous veillerons à ce que tes désirs soient comblés au mieux de nos capacités. Nous appuierons même tes recherches en te fournissant les installations appropriées. »

« Et cela serait en échange de devoir comparaître chaque fois qu’on a besoin de moi ? » lui demanda Alus.

Les rides se creusèrent sur le visage ridé du gouverneur général alors qu’il hocha la tête. Il agissait ainsi parce que le fait de se séparer d’Alus réduirait de moitié la force militaire de la nation. Si cela devait se produire, alors le simple maintien de la défense nationale deviendrait un gros problème alors que la récupération du territoire conquis par les mamonos serait mise en attente.

Alors que le nombre de magiciens qui mourrait augmentait chaque année, Alpha avait pu se distinguer par ses mérites au cours de la guerre. De plus, Alpha avait pu réduire le nombre de victimes. Tout cela avait été grâce à un garçon de seize ans. Les dix années de service militaire d’Alus avaient permis à Alpha d’avoir le taux de mortalité de leurs magiciens le plus bas parmi les 7 nations.

Tout le monde savait que la survie de l’humanité reposait sur l’objectif commun de 7 nations qui protégeait l’énorme tour blanche. Mais la situation sous-jacente était différente. Les pays qui cherchaient à coopérer avec une nation étrangère le faisaient en augmentant leur propre honte. Le fait de demander de l’aide équivalait à annoncer une baisse certaine de leur propre pouvoir national à l’avantage de l’autre. En d’autres termes, même si les 7 nations avaient un ennemi commun, elles étaient également rivales.

Alus parla sèchement, « Je comprends. » Il s’était rendu compte dès le début qu’il ne pourrait pas prendre sa retraite sans que cela pose problème. C’était un compromis qu’il s’attendait à voir.

Le gouverneur général avait ainsi été forcé à conclure un marché. Alus était un magicien unique qui ne pouvait pas être remplacé si facilement. Par conséquent, pour le meilleur ou pour le pire, Alpha était trop dépendant de lui.

Le gouverneur général s’enfonça dans sa chaise alors qu’il poussa un soupir rauque. Il avait anticipé l’arrivée de ce jour-là. Alus, comme une exception à l’intérieur des exceptions, avait eu trop de demandes égoïstes poussées sur lui par tous les militaires. Tout ce qui arrivait là n’était que le résultat d’avoir eu tant de gens qui lui demandent égoïstement d’obtenir des résultats sans se soucier des conséquences. Il avait été élevé dans un monde qui avait largement usé son humanité sans jamais tenir compte de lui. Il était désormais beaucoup trop tard pour essayer de faire quoi que ce soit maintenant pour essayer de remédier à ce qui lui avait été fait avec froideur par tous ceux autour de lui.

Le gouverneur général ne pouvait s’empêcher de penser que ce jeune homme n’avait pas le sentiment de se sacrifier pour une plus grande cause, étant donné qu’il avait grandi dans un monde comme celui-ci, mais en même temps, il était en train de se dire qu’il avait été trop lent pour y faire face.

Le gouverneur général avait alors déclaré. « Tu seras avisé lorsque les préparatifs seront terminés. D’ici là, reste en attente. »

Alus redressa sa posture comme s’il disait, « C’est compris. » Puis il s’inclina alors amplement avant de s’excuser.

Alus avait toujours fait preuve d’incompréhension lorsqu’il s’agissait des subtilités du cœur. Mais c’était normal après ce qu’on lui avait fait subir dès l’âge de six ans. Peut-être que quelque chose en lui pourrait changer s’il est inscrit dans une académie, pensa le gouverneur.

Tout ce qu’Alus pouvait désormais faire, c’était de s’immerger dans la civilisation qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’expérimenter. Sa décision ne changera peut-être pas, mais le fait qu’il pense à lui-même pourrait être un bon développement. Quoi qu’il en soit, l’armée pouvait être considérée comme le bouclier de l’humanité. Ainsi, lorsqu’Alus avait dit qu’il « apparaîtrait au besoin », le gouverneur général ne pouvait qu’avaler ses regrets et hocher la tête. Le perdre est la seule chose que je ne peux pas permettre.

Cependant, si Alus désirait protéger quelque chose de son propre gré, alors Berwick, en tant que gouverneur général, le laisserait à ce moment-là et pour la première fois, le faire sans lui donner l’ordre.

De profondes rides s’étaient formées sur le front du gouverneur général Berwick Sarebian alors qu’il se replongeait une fois de plus ses pensées. Il avait alors sorti un registre de noms qui se trouvaient sur son bureau avant de placer à son oreille une carte utilisable en tant que terminal. Il avait réussi à empêcher Alus de prendre sa retraite, mais Alus s’était aussi éloigné de la défense cruciale représentée par la ligne de front. Si un mamono apparaissait, il serait difficile de l’éliminer instantanément sans avoir Alus sous la main.

Inutile de dire que le gouverneur général Berwick s’affairait maintenant à organiser des changements de personnel pour faire face à de futurs états d’urgence potentiels.

 

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C’était l’heure de la cérémonie d’entrée de la Seconde Académie de Magie.

La Seconde Académie de Magie occupait une vaste parcelle de terrain dans la capitale d’Alpha, Beliza. La cérémonie d’entrée qui se déroulait dans une grande salle était remplie de jeunes hommes et de jeunes femmes désireux de devenir magiciens. Une place était laissée inoccupée, mais personne ne se souciait du bien-être de l’élève manquant. Ils étaient trop excités de leur côté pour s’inquiéter de ça.

Tous les étudiants acceptés par l’Académie de Magie avaient pratiquement des futurs garantis en tant que magiciens. Ils faisaient tous partie de l’élite. Ils avaient passé l’examen d’entrée vigoureux de l’académie grâce à leur propre talent pour entrer dans l’unique académie se trouvant dans le pays d’Alpha. Chaque élève continuerait après ça à servir de bouclier aux sept pays d’Azazael.

Chaque nation ne possédait qu’une académie de magie. Les élèves, dès leur inscription, cessaient d’être des citoyens ordinaires. En devenant étudiants d’une académie de magie, ils devenaient les gardiens du pays de cette académie et de l’humanité. En même temps — ils étaient des outils pour étendre le domaine et le prestige de la nation.

Les académies se présentaient comme des installations utilisées afin de former des magiciens, mais chaque diplômé continuait toujours dans le service militaire. Naturellement, personne qui s’inscrivait n’était assez stupide pour ignorer ce fait. Au contraire, ils avaient tous volontairement emprunté ce chemin.

Le statut de magicien s’accompagnait d’un métier où l’on n’aurait jamais faim. De plus, cette occupation conférait un grand prestige. Le fait de risquer sa propre vie pour le bien de la nation présentait une prestance vraiment resplendissante. La population était vraiment intoxiquée par cette notion et y aspirait de toute leur force.

De plus, l’utilisation de la magie était pour ainsi dire interdite. Seule la magie rudimentaire nécessaire à la vie quotidienne était permise. Cette magie était devenue si fondamentale qu’elle n’était même pas considérée comme faisant partie de la classification de la magie.

Il n’y avait aucune chance que les jeunes ne soient pas attirés par la magie plus avancée avec des possibilités infinies. Par conséquent, afin d’obtenir la permission d’utiliser pleinement la magie, ils tentaient leur chance en s’inscrivant à une académie sous juridiction militaire ou s’enrôlaient en tant que soldats.

C’est pourquoi ils avaient accepté le défi de l’examen de l’Académie. Ils avaient demandé la licence d’utilisation de la magie délivrée par l’Institut.

 

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Alus était arrivé tôt le jour de la cérémonie de rentrée. Ses effets personnels devraient bientôt arriver et il avait beaucoup à faire, comme nettoyer et se préparer.

Pourtant, même si cette école n’était spécialisée que dans un certain bagage de connaissances en tant que magicien, sa taille était considérable. Une vaste étendue de terre était affectée aux jeunes inscrits dans les trois années de l’Académie. Plus d’un millier d’étudiants en magie étaient hébergés dans des dortoirs. En outre, il y avait des terrains d’entraînement et des installations de recherche pour l’étude de la magie.

Au total, l’Académie de Magie occupait un cinquième de la superficie totale de Beliza, et Beliza était la plus grande ville d’Alpha. La taille de l’Académie de Magie était telle qu’on ne pouvait même pas se promener en une journée et la traverser. Par conséquent, une magie de transport avait été placée dans des portes circulaires tout autour de l’académie. Tout ce qu’il fallait pour faire fonctionner ces portes de transition et le transfert d’une installation à une autre était un insigne de l’académie.

 

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Alus était peut-être un nouvel élève, mais cette distinction n’était pas pertinente pour lui. Il n’avait pas l’intention de participer à la cérémonie de rentrée. Après tout, il était dans la 2e Académie de Magie que parce que le gouverneur général l’y avait inscrit en dernier recours. Le temps qu’il y passerait serait une période de grâce temporaire qu’il utiliserait entièrement pour lui-même. Sa tête était pleine d’arrangements et de plans pour qu’il puisse passer les trois années jusqu’à l’obtention de son diplôme à se consacrer à la recherche.

« Êtes-vous vous aussi un nouvel étudiant ? » Une voix innocente et claire parla à Alus. C’était une fille. Elle avait un sourire coquet. Ses cheveux fins, de couleur châtain se déplaçaient sur ses épaules. Pas une seule ride ne pouvait être trouvée sur sa tenue. Suspendu et ballotté au niveau de son sein gauche gonflé était un insigne de l’académie flambant neuf.

Alus jeta un bref coup d’œil sur l’insigne, qui était penché en raison de la poitrine particulièrement attirante de la jeune fille. Alus lui déclara. « Je le suis. Et toi aussi ? »

« Tout à fait. Je ne pouvais pas attendre plus longtemps et je suis venue plus tôt, » répondit la jeune femme.

Son expression s’était détendue avec un soulagement visible après avoir trouvé un nouvel élève. Une douce brise printanière déplaçait ses cheveux alors qu’un doux sourire traversait son visage. Elle avait alors sorti sa langue avec un « Heehee. »

 

 

Elle et Alus avaient ainsi eu une première rencontre agréable, mais il avait ouvert la bouche avec l’intention de couper court à leur conversation — .

C’est à ce moment-là.

« Alice, qu’est-ce que tu fais ? L’inauguration ne se fera pas avant un moment, mais attendons près de la salle. » Une voix joyeuse appela la fille depuis derrière elle. S’approchant de loin, une fille aux cheveux roux dont les cheveux se balançaient à gauche et à droite arriva derrière elle.

Alice se retourna pour faire face à la fille et elle lui déclara. « Désolée Fia, j’arrive tout de suite. »

Il semblait que cette rousse était l’amie d’Alice.

Parfait, pensa Alus. Il avait alors dit de son côté. « Eh bien, j’ai des affaires à régler. »

Alice inclina la tête, alors qu’elle était surprise par le commentaire étrange d’Alus. Elle avait commencé à partir en se demandant comment un nouvel étudiant pourrait avoir des affaires à régler le jour de la cérémonie d’entrée. Ainsi, elle lui avait demandé. « Ne vous dirigez-vous pas vers la grande salle ? »

« Comme je l’ai dit, j’ai à faire, » répondit simplement Alus.

Alice avait souri alors qu’elle avait agité la main devant sa poitrine. « … Je vois. Alors, je vous y verrai plus tard. »

Alus termina alors la scène par un mensonge, « Espérons-le, » puis il avait enfin réussi à se séparer d’elle. En vérité, il n’avait pas l’intention d’assister à la cérémonie de rentrée.

Il avait ensuite salué la rousse d’un simple signe de tête puis il se tourna. Après une courte marche, il s’était arrêté pour jeter un coup d’œil vers Alice. Il s’était ensuite préparé pour ses recherches en se disant : « Quelle matinée malchanceuse ! ».

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Chapitre 2 : La différence entre l’idéal et la réalité

Partie 1

Alus s’était retrouvé à l’intérieur d’une pièce d’un bâtiment nouvellement construit pour des expériences, regardant autour de lui avec ses bagages récemment arrivés.

Les installations de recherches étaient séparées des bâtiments de l’académie et un nouveau bâtiment avait été construit pour elles sous la forme d’un bâtiment expérimental. Une seule pièce à l’intérieur de ce nouveau bâtiment était plusieurs fois plus grande que les locaux utilisés pour l’enseignant. Il serait plus logique à la place d’appeler cela un étage. Et une certaine pièce avait été entièrement allouée à un unique nouvel élève, ce qui avait rendu tous les enseignants perplexes face à un tel privilège dont ils ne connaissaient pas la raison. Cela avait été clairement mal accueilli par les enseignants.

Sans exception possible, il existait un règlement obligeant tous les nouveaux étudiants à vivre dans les dortoirs. Cette politique avait été mise en œuvre par l’organisation de gestion afin de supprimer tous les scandales qui allaient sans l’ombre d’un doute se produire. Les magiciens novices avaient tendance à voir la magie comme quelque chose à utiliser pour eux-mêmes, en raison de leur esprit encore immature. Même les plus petits problèmes peuvent provoquer des catastrophes, ce qui s’était déjà produit à plusieurs reprises depuis le début de l’histoire de l’Institut de magie. Si le public entendait parler de tels faits, l’organisme de formation en magie devrait alors modifier ses politiques. Mais une telle chose réduirait directement la quantité d’énergie nationale dont disposerait le pays pour l’enseignement, ce qui serait dramatique.

« Tous ces équipements de pointe… Le fait d’être inscrit à l’académie était vraiment un horrible désagrément, mais même moi, je ne peux pas m’en plaindre, » déclara Alus pour lui-même.

En tant que centre de formation des maîtres magiciens, l’Académie avait naturellement des liens secrets avec l’armée. En fin de compte, Alus ne pourrait pas échapper à leur influence. Ayant été élevé comme un magicien depuis son enfance et s’étant enrôlé dans l’armée à l’âge de six ans, il se sentait quand même relativement libre.

Après avoir mis ses petits bagages dans sa chambre à coucher, il s’était mis à fouiller dans les étagères. Cette étagère était remplie de tous les livres qu’il avait demandé qu’ils lui soient fournis. Il s’agissait de livres très différents des bases de la magie, et c’était des choses qui n’étaient pas faciles à utiliser. Aucun d’entre eux ne couvrait les applications pratiques du domaine. La plupart étaient des livres anciens et rares. Il y avait un dicton qui disait que vous devriez apprendre des enseignements de vos prédécesseurs. Il s’agissait de théories qui n’étaient pas normalement trouvables, incomplètes et non testées à propos de diverses formes de magie qui s’étaient ramifiées à l’infini depuis plus d’un siècle. Il s’agissait de ces merveilleuses idées qui avaient poussé le développement de la magie jusqu’à une telle ampleur et dont Alus était le fer de lance.

Alus croyait sérieusement que ces concepts particuliers pouvaient mener au niveau suivant de la magie. Les recherches qu’il avait faites lui-même avaient donné des résultats.

Le plus extrême de ces livres absurdes sur les étagères était trois des Quatre Livres de Fegel. On disait que le dernier des quatre livres n’existait même pas. Ils étaient des livres copiés, mais même cela suffisait pour qu’Alus se sente redevable envers le gouverneur général. Il pourrait également aller à la bibliothèque et trouver les éléments utiles qui ne pouvaient pas être testés par la recherche. Quand il s’agissait de la recherche dans le domaine de la magie, il n’y avait pas d’endroit mieux adapté qu’ici.

Alors qu’Alus commençait à s’enthousiasmer pour ses projets d’avenir, il pouvait sentir de plus en plus d’idées jaillir de la source qui était son esprit curieux.

Il avait rapidement feuilleté les livres et avait déterminé qu’ils avaient tous une certaine valeur pour lui. Le fait de fournir autant de livres à une seule personne serait normalement impossible. Cependant, Alus avait présenté de nombreuses théories et résultats de recherche et était à l’avant-garde de tout le développement de la magie du pays et donc du monde. Comme le gouverneur l’avait promis, il pouvait s’attendre à une vie satisfaisante ici de ce côté-là.

Alors qu’Alus s’était dit, il semble que je puisse mener une vie épanouissante ici, comme l’a dit le gouverneur général… le son de plusieurs coups léger sur la porte venant d’un visiteur inattendu avait résonné dans la pièce, interrompant ses pensées.

« Entrez, s’il vous plaît » déclara Alus.

Après qu’on le lui ait dit, une femme en uniforme était arrivée avec un sourire, mais sans afficher la moindre émotion. Cela n’avait ainsi rien révélé d’elle. Il s’agissait d’une beauté sans pareil. De plus, elle possédait un corps élégant avec toutes les bonnes courbes au bon endroit, ce qui lui donnait le charme d’une adulte, ce qu’elle était vraiment.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis la directrice de cette académie, Cisty Nexophia. Meilleures salutations, Monsieur Alus » déclara Cisty.

Elle était une célébrité aussi connue sous le nom de « Sorcière ». Elle s’était retirée des lignes de front, mais en ce moment, elle laissait échapper une aura magique terriblement puissante et pleine de soif de sang.

« J’ai beaucoup entendu parler de vous, Madame la “Sorcière” Cisty. Je suis Alus Reigin. J’avais l’intention de vous saluer après avoir fini de ranger ici, » déclara Alus avec nonchalance.

Elle avait pris sa retraite du service actif et occupait maintenant le poste de directrice de l’Académie. La directrice n’était certainement pas jeune. Mais peu importe le temps que vous l’auriez observée, elle avait l’air de n’avoir qu’une vingtaine d’années. C’était peut-être l’une des raisons pour lesquelles on la surnommait la « Sorcière ». Ses cheveux bruns clairs et brillants s’étendaient avec élégance jusqu’à sa taille. On pouvait dire, même à travers ses vêtements, que la zone au niveau de sa poitrine était serrée ainsi que sa taille par son uniforme, ce qui contredisait vraiment ce que son âge réel suggérerait.

La directrice avait souri face à la sérénité d’Alus et elle fit immédiatement disparaître l’aura qu’elle libérait jusqu’à maintenant.

« Comme on peut s’y attendre d’un “Magicien Solitaire” (le chiffre est solitaire dans le nombre de classements), ou bien, devrais-je dire, du “Magicien Autonome”… Je suppose qu’avec seulement cette puissance, vous ne seriez nullement agité. Comme je l’ai dit, je suis en ce moment également la directrice de cet établissement et non pas la Sorcière, » déclara Cisty.

« Excusez-moi. Mais quand même, vous dites les choses les plus étranges, Directrice. Je me souviens que vous étiez aussi à un chiffre quand vous étiez en service actif, » répliqua Alus.

« C’est une histoire du passé. Je n’ai été que classée neuvième. De plus, c’était seulement que pour un court laps de temps, » déclara Cisty.

Avec un sourire, la directrice avait présenté cela avec une attitude modeste alors qu’elle grattait son visage comme si c’était devenu chatouilleux. Cependant, il n’y avait personne dans le pays d’Alpha qui ne la connaissait pas. Pendant son service actif, elle avait été à l’avant-garde de la défense de la nation Alpha, et même dans l’armée, elle était une figure populaire. Ainsi, lorsqu’elle avait pris sa retraite, elle avait naturellement pris la position de directrice de la deuxième institution de magie et avait produit d’innombrables magiciens talentueux depuis qu’elle avait pris cette fonction.

« En laissant cela de côté, est-ce que c’est bien d’être ici ? La cérémonie de rentrée devrait battre son plein en ce moment même, » demanda Alus.

« J’ai déjà contribué à la cérémonie, » répliqua Cisty.

Était-il vraiment correct pour la directrice de partir pendant la cérémonie de rentrée ? C’était une question à laquelle Alus n’avait pas beaucoup d’intérêt et ainsi, il l’avait gardée pour lui.

Comme elle était une ancienne Magicienne Solitaire, tous les étudiants l’admiraient profondément. Elle avait été le centre de l’attention de tout le monde au cours de la cérémonie.

Maintenant qu’il y avait réfléchi, elle avait l’air mentalement fatiguée. Peut-être que quelques mots d’appréciation seraient bienvenus, mais peut-être que c’était de la fausse lassitude qu’elle affichait devant lui. Sentant ce risque, Alus avait décidé de faire comme s’il n’avait pas remarqué l’expression de la directrice.

Assez naturellement, Alus avait fait semblant de ne pas le remarquer, mais il avait le sentiment qu’il était trop tard.

« Maintenant que vous en parlez, Monsieur Alus, vous étiez absent lors de la cérémonie de rentrée, » déclara Cisty, un peu déçue de ne pas avoir obtenu les résultats qu’elle voulait, comme Alus l’avait prévu.

« Je veux seulement faire de la recherche, donc je n’ai pas l’intention d’assister aux cours et n’ai pas le temps ou l’intérêt pour de fausses relations avec d’autres étudiants, » répliqua Alus.

« Cela ne fonctionnera pas ainsi. Le gouverneur général a dit que si vous sautez trop de cours, il y aura un ordre de retour au service actif qui vous sera donné, » répliqua Cisty.

« ― ! ! Quel vieil homme tyrannique !, » s’écria Alus.

Se retirer de l’armée était censé être la liberté d’Alus. Cela dit, il était bien conscient de l’importance de sa contribution pour l’armée et pour l’humanité tout entier. Le gouverneur général qui ne l’avait pas laissé prendre sa retraite était tout naturel. C’est exactement la raison pour laquelle ils étaient parvenus à un compromis.

Jusqu’à présent, il travaillait sans arrêt sur des missions. Il semblait qu’une fissure s’était ouverte dans son plan éphémère de passer le reste de sa vie en paix.

La directrice se couvrit la bouche de sa main et se mit à rire de façon séduisante. « Ne vous inquiétez pas pour ça. Tant que vous atteignez le nombre minimum de participations aux cours et que vous terminez vos devoirs, je vous accorde tous les crédits nécessaires. De plus, parce que votre rang de magicien pourrait causer du grabuge, gardez-le secret, s’il vous plaît, » demanda Cisty.

Le rang montrait la puissance d’un magicien… Même parmi les « Solitaires », leurs renseignements personnels étaient gardés secrets pour le public. L’ordre de se taire ne changeait pas, même maintenant.

C’est pourquoi, même si c’était l’ordre de la directrice, Alus n’avait aucune objection. « Je n’ai pas l’intention de me vanter de mon rang. C’est mieux ainsi pour attirer moins d’ennuis. »

« Fufu… Est-ce que c’est vrai ? Alors s’il vous plaît, menez une vie étudiante significative ~, » déclara Cisty.

La directrice, tout en souriant, avait continué en déclarant. « Si quelque chose arrive, n’hésitez pas à passer dans mon bureau n’importe quand. » Puis elle avait quitté la pièce.

À l’intérieur de la pièce, le malaise s’était répandu dans un silence mortel. Et c’est alors qu’Alus avait laissé sortir l’un de ses inévitables soupirs.

« Mon précieux temps libre a été…, » commença Alus.

☆☆☆

Partie 2

Environ 400 nouveaux étudiants suivaient tous des cours qui correspondaient à leur sujet de prédilection et assistaient à des cours magistraux. Les classes étaient normalement séparées, à l’exception des séances de formation pratique et des séances de compétences pratiques où tout le monde se réunissait dans un seul bâtiment.

Aujourd’hui marquaient la troisième semaine depuis le début des cours, et aussi la première apparition d’Alus. Alors qu’aucun des sujets ne l’intéressait, il s’était isolé dans son laboratoire.

Il pensait qu’il était à peu près temps qu’il fasse son apparition afin qu’il soit toujours en mesure de respecter le nombre minimal de participations au cours pour que le gouverneur ne lui cause pas de problème.

C’était la première fois qu’il portait son uniforme depuis qu’il avait sauté la cérémonie de rentrée. Il n’y avait pas de problème avec, même si vous le portiez tous les jours, ce qui montrait à quel point le matériel utilisé pour fabriquer l’uniforme était de haute qualité, au point que même la direction nationale de l’État le voulait ainsi. Toutefois, la conception avait été… Ce n’était vraiment pas comme si c’était agréable à porter, car la seule chose bonne là-dedans était simplement qu’ils étaient faits de matériaux de haute qualité. Mais selon lui, c’était quand même mieux que l’uniforme qu’il portait chaque fois qu’il avait une mission à accomplir, car l’uniforme de l’académie était rempli de fibres anti-magie. Mais même ainsi, il n’y avait absolument aucune réduction de la conductivité magique quand il se trouvait à l’intérieur de ses vêtements. Ce serait une bonne idée de les porter dans les cas où il y avait du travail à faire.

Mais dans ce cas, comment se sentirait-il ?

Alors qu’il était dans ses pensées à propos de l’uniforme, il s’était dirigé vers la salle de classe de première année.

Aujourd’hui, il allait y avoir de nombreuses batailles de simulation et des leçons de formation pratique. La première période était sur les fondations de base de la magie. Pour Alus, c’était quelque chose à laquelle il n’avait pas besoin d’y prêter attention. Dès l’âge de 6 ans, il avait reçu une formation spéciale et avait rapidement appris la magie par autoapprentissage après avoir dépassé ses maîtres. Mais après tout, ce qu’il avait appris au cours de sa vie concernait surtout la magie de combat.

Lorsqu’il était entré dans la salle de classe, il avait vu que des amitiés s’étaient déjà formées dans leur classe. Il y avait 40 personnes par classe avec 10 classes par année. Il était arrivé un peu avant le début du cours, mais toute la classe parlait d’un cours de la veille ainsi que de sujets concernant la magie.

Alus s’était assis dans un siège au hasard près de l’arrière, puis il avait sorti un livre massif et il avait commencé à lire.

Ses camarades de classe, qui le voyaient pour la première fois aujourd’hui, lui avaient jeté un regard de suspicion, mais Alus s’en moquait. Il n’avait jamais eu l’intention de s’entendre avec eux.

Une fille aux cheveux châtains et aux mouvements gracieux s’était immédiatement approchée de lui.

« Bonjour. Enchantée de vous rencontrer… à nouveau. Permettez-moi de me présenter à nouveau. Je suis Alice Tireik. Vous êtes Monsieur Alus, c’est ça ? » demanda Alice.

« … Hmm, oui, » répondit Alus.

Ne réalisant pas au début qu’elle lui parlait, Alus lui fit un signe retardé de la tête, alors que ses yeux étaient toujours restés concentrés sur le contenu de son livre.

L’utilisation par la jeune fille des mots « à nouveau » avait suggéré qu’ils s’étaient déjà rencontrés quelque part auparavant, mais comme il ne s’en souvenait pas tout de suite, il s’était remis à se concentrer sur son livre.

Avec une réponse aussi froide, Alice s’était débarrassée de son découragement et avait changé de sujet avant de lui reparler. « Vous avez dû être très malade. Quoi qu’il en soit, je suis contente que vous soyez guéri. »

« Non, je sautais les cours, c’est tout. Il ne semblait pas y avoir de leçons décentes. Laissons tout cela de côté, car je veux me concentrer donc pourrais-tu t’en aller ailleurs ? » demanda Alus.

« … !! Je suis désolée ! » déclara Alice.

Sans mâcher les mots, il lui avait dit ce qu’il voulait. Et en un éclair, elle s’était sentie déprimée et avait baissé la tête.

Pendant qu’elle battait en retraite, quelqu’un de l’autre côté de la classe avait crié. « Tu te prends pour qui ? »

Une rousse à la forte volonté faisait connaître sa colère. Elle avait un raffinement clair chez elle, alors qu’elle regardait Alus avec un regard inébranlable. Bien que cela manquait un peu d’impact parce qu’elle n’était pas assez grande.

La classe avait immédiatement regardé dans leur direction. Tous les yeux étaient concentrés sur les deux étudiants.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda Alus.

« Y a-t-il quelque chose de mal ? Alice s’inquiétait à propos de toi, alors elle t’a appelé, et c’est ainsi que tu réagis face à elle ? » cria la fille aux cheveux roux.

Alus était hésitant, mais il avait jugé que cela se dégraderait en quelque chose de pire s’il ne faisait rien. Il n’avait pas l’intention de se familiariser avec elles, mais il ne voulait pas non plus que son temps personnel soit gaspillé à cause de nouveaux problèmes.

Il s’était levé de son siège et avait regardé la jeune fille furieuse dans les yeux, puis avait déplacé son regard vers Alice.

« Je suis désolé pour ça. Cependant, vous n’avez pas à vous soucier de moi, » déclara Alus.

« Oui ! Je suis désolée de vous avoir soudainement dérangé ! » déclara Alice.

« Alice, tu n’as pas besoin de t’excuser ! » s’écria la fille aux cheveux roux.

Alus, après avoir entendu sa réponse, s’était immédiatement assis sur son siège et avait recommencé à lire son livre.

« Je m’appelle Tesfia Faver, » déclara la fille aux cheveux roux.

« … »

Alus était plein de pensées troublantes. Il y a un instant, il avait dit aux filles « Cependant, vous n’avez pas à vous soucier de moi » et pourtant…

Voyant qu’il n’y avait pas de réponse de sa part, l’étudiante s’était frayé un chemin en poussant des cris jusqu’à arriver devant Alus avant de lui arracher avec violence son livre.

C’était la pire chose à faire. Sa concentration avait été brisée par cet acte violent.

Alus sentit instinctivement que cette fille aux cheveux roux… était probablement le type qu’il détestait le plus. Le genre qui imposait sa propre volonté aux autres et qui exigeait l’obéissance de la part des autres. Il s’était relevé de force.

« C’est Tesfia Faver ! » répéta la fille aux cheveux roux.

« Puis-je récupérer mon livre ? » lui demanda Alus.

« Une noble telle que moi a déclaré devant toi son nom. Tu devrais agir avec courtoisie en me donnant ton propre nom, » déclara Tesfia.

« Les nobles qui forcent les autres en imposant leur étiquette sont tout à fait tyranniques, » déclara Alus.

« ― !! » Tesfia s’était retrouvée sans voix.

Le livre avait volé droit sur Alus.

Et il l’avait facilement attrapé d’une main.

« Merci. Je suis Alus Reigin. Je n’ai pas d’intérêt pour toi, alors pourquoi ne vas-tu pas ailleurs ? » demanda Alus.

« Pas d’intérêt !? Tyrannique !? Ne dis-tu pas des choses vraiment grossières ? C’est la première fois que je me sens déshonorée de la sorte, » déclara Tesfia.

Tesfia, qui était encore plus furieuse envers Alus qu’au départ, entendit à ce moment-là la sonnerie de l’école. Elle avait alors regardé autour d’elle pour voir la situation puis elle commença à retourner à son siège. Elle avait fait quelques efforts pour réconforter Alice avant de s’asseoir avec grand bruit à son siège, où elle s’était acharnée à fixer son regard dans la direction d’Alus.

Avec nonchalance, Alus s’immergea à nouveau dans son livre. De son côté, la scène concernant Tesfia avait déjà complètement disparu de sa tête.

Le professeur de la première période avait ouvert le manuel sur la table.

Alus n’avait pas apporté de manuel. Le seul livre qu’il avait apporté même si c’était évident quant à son état d’esprit était ce livre gigantesque. Il avait donc immédiatement ouvert le livre et avait commencé ses recherches personnelles.

Alus considérait tout cela comme fastidieux. Le contenu du cours ne concernait que des connaissances rudimentaires, alors naturellement il avait tout bonnement ignoré ce qu’il entendait, car cela ne pouvait être qu’un ennui mortel à écouter.

Ses camarades de classe environnants avaient naturellement exprimé leur mécontentement à l’égard de son attitude, ce qui avait rendu sa vie scolaire paisible encore plus inatteignable.

Il comprenait que déranger son entourage provoquerait des malheurs, mais il était déjà trop tard.

Il avait essayé de s’enfermer à l’intérieur de son propre monde, mais finalement il semblait incapable de résister à toute l’agitation qui l’entourait.

« Comme vous avez été accepté dans cette académie, vous devriez également avoir reçu votre licence. Ceci est donné à tous les magiciens travaillant pour la nation. Si vous y envoyez une partie de votre magie à travers elle… C’est ainsi que votre rang de magiciens apparaîtra. Ceci est calculé en fonction de la force de votre magie et de vos talents, et c’est classé en fonction de votre compétence potentielle au combat, » déclara l’enseignant.

Le professeur avait sorti sa licence et y envoyait de la magie. Pendant que la magie coulait à travers leur licence, une lumière particulière s’était mise à briller et une image en 3D s’était affichée indiquant ce qui suivit : « 778/119 550 ».

Comme les enseignants ne faisaient pas partie des civiles, la couleur qui projetait leur grade était différente de celle des élèves. Ce qui était affiché après leur rang était le caractère « 元 », comme preuve qu’il était un magicien confirmé.

Cela disait essentiellement qu’il avait l’habitude d’être un magicien.

De plus, les étudiants étaient reconnus comme apprentis magiciens par l’État, ainsi que par l’armée.

« Bien sûr, votre classement change aussi en fonction de votre entraînement et des résultats de vos missions, donc, Mesdames et Messieurs, soyez tous ambitieux et travaillez dur pour élever votre rang ! » déclara l’enseignant.

Le rang d’un magicien sur le terrain dépendait entièrement de son classement. Par conséquent, vos possibilités futures étaient également fortement dictées par votre rang. Dans d’autres mondes, votre rang était fondamentalement votre bulletin de notes. Se battre n’était pas ce que tous les magiciens faisaient. Tout comme l’enseignant dont le rang était dans les 3 chiffres, ils pourraient poursuivre un avenir dans l’éducation en tant que professeurs. Inversement, plus le rang est bas (donc grand en chiffre), plus votre salaire est bas et plus il est difficile d’obtenir un poste important.

Le classement « Triple », ce qui voulait dire à 3 chiffres de l’enseignant avait choqué la classe. C’était la preuve qu’il avait l’habitude de servir dans le service militaire, et c’était des renseignements personnels qui étaient affichés là. Il devait être un ancien soldat.

C’était quelque chose que de telles personnes pouvaient montrer et se vanter aux autres, peu importe, où et quand elles se trouvait.

Tous les élèves de la classe avaient commencé à tenir leur licence d’une main et à afficher leur rang, et l’environnement était devenu animé.

« Rang 8867 !! »

« Rang 4521 !! »

Avec les nouveaux apprentis magiciens qui obtiennent habituellement des rangs à 6 ou 5 chiffres, il y avait des individus qui avaient 4 chiffres et qui le firent savoir à la classe.

« Alice et Tesfia sont à 4 chiffres. »

« Mademoiselle Alice a vraiment beaucoup de talent. Et Mademoiselle Tesfia est vraiment quelqu’un de la famille Faver… avec un rang de 4521, il est logique que vous ayez un rang aussi élevé, » déclara l’enseignant.

« Merci beaucoup, Professeur ! » déclarèrent les deux filles.

« Cependant, vous avez tous réussi l’examen d’entrée, alors ne vous sentez pas mal d’avoir un rang à 6 chiffres. En fonction de vos efforts, vous pouvez certainement augmenter votre rang, » continua l’enseignant.

La ligne de vue du professeur s’était finalement posée sur Alus.

« Nn ? Et vous, où est votre licence ? » demanda l’enseignant.

Alus qui faisait ses propres études avait été naturellement remarqué par le professeur.

Les apprentis magiciens qui entraient dans cette académie avaient la responsabilité de porter le poids de l’humanité sur leurs épaules. Tout le monde ne pouvait pas avoir la fierté de devenir un magicien. C’est pourquoi tous ceux qui voulaient devenir apprentis magiciens possédaient de grandes ambitions et étaient composés dans ce premier cycle principalement d’étudiants ayant une grande volonté.

Et au milieu de tout cela, il était inévitable qu’une personne, sans même prêter attention à la leçon, lisant tranquillement son livre, se détache comme le nez au centre du visage.

Toute la classe avait alors regardé en direction d’Alus.

« Je suis désolé. Je l’ai perdue, » déclara Alus.

Bien sûr que c’était la vérité. Lors de l’obtention de la licence, il n’avait pas prêté beaucoup d’attention et son portefeuille avait été échangé. Tant qu’il avait les documents requis, il pouvait demander que la plupart des choses soient livrées par l’armée.

Quoi qu’il en soit, on lui avait dit de garder le silence sur tout cela de la part de la directrice. Du point de vue d’Alus, il était venu ici pour passer le reste de ses années en paix, donc il ne se souciait plus vraiment de son grade.

« Quoi qu’il en soit, ce doit être un chiffre embarrassant. Pas besoin d’avoir honte d’être à 6 chiffres, » en riant, Tesfia avait crié ça d’une voix méprisante.

Presque comme s’il le provoquait, les camarades de classe d’Alus l’avaient regardé de haut. Cela devait sûrement être le résultat des cercles d’amis déjà formés. Quand il y avait quelque chose comme ça vis-à-vis d’une personne qu’ils connaissaient et de l’autre qu’ils ne connaissent pas, il était évident quant à leur choix.

Sans compter qu’il ne serait pas intéressant que tout le monde soit des étudiants d’honneur.

« Comme c’est stupide, » déclara Alus.

« Cherches-tu des excuses ? Alors, pourquoi ne pas nous le montrer ? » demanda Tesfia.

Plus votre rang est élevé, plus votre mission serait dangereuse. Il semble que la plupart d’entre eux ne comprenaient pas ce simple fait, qui était le devoir des magiciens. Ces apprentis magiciens n’avaient jamais mis les pieds dans les terres dévastées et n’avaient jamais vu de mamonos. Même si leur capacité de combat était élevée, dès qu’ils sortiraient, ils mourraient sans aucun doute. C’était ce qui se produirait comme c’était arrivé si souvent avant ça.

« Haaaaaaa ~, » déclara Alus.

Un lourd soupir échappa aux lèvres d’Alus. Maintenant, il avait complètement perdu sa concentration.

Alus avait claqué son livre, s’était levé et avait commencé à quitter la classe.

« Attendez… vous ! » s’exclama le professeur.

Du côté du professeur, il n’arrêterait certainement pas la leçon juste à cause d’un seul élève et tout aurait été bon, mais il semblait que c’était dans la nature de cette fille Tesfia de s’en prendre aux gens.

Contrairement à l’enseignant bouleversé, Tesfia tourna le dos à Alus et parla à l’enseignant avec une expression triomphante. « Monsieur, traiter avec un perdant sans motivation comme lui ne sera qu’un obstacle au cours. Je vous en prie, continuez. »

Quittant la salle de classe, Alus s’était dirigé vers la bibliothèque plutôt que vers son laboratoire. Étant dans le même bâtiment que la salle de classe, il pourrait y passer son temps et revenir à temps pour la deuxième période.

Comme prévu, la bibliothèque était remplie de livres partout où il regardait. Tous ces livres portaient sur la magie, sans un seul volume inutile présent. Pour Alus, c’était une salle pleine de trésors.

Bien sûr, la triste réalité était que la plupart d’entre eux ne lui seraient d’aucune utilité. En fait, il était fort possible qu’il ait déjà mis en mémoire toutes les connaissances enregistrées dans ces livres. Cela dit, cela pourrait être amusant d’essayer de voir s’il y avait d’excellentes découvertes à faire ici. Et parce que ce serait un trésor, il y avait un sens à creuser vraiment pour la connaissance à avoir dans ces livres.

C’était l’endroit parfait selon lui pour dissiper la frustration qu’il avait accumulée en classe. Mais à la fin, Alus n’avait rien trouvé de bon.

Le temps passa vite, et le carillon qui annonçait la fin de la première période retentit impitoyablement avant qu’il ne s’en rende compte.

« Je suppose que je reviendrai plus tard. » Bien qu’insatisfait, il avait quitté la bibliothèque à contrecœur.

☆☆☆

Partie 3

La deuxième période avait été un entraînement sous la forme de batailles simulées.

Tout le monde s’était changé dans les uniformes d’entraînement spécifiés par l’Institut dans le vestiaire… mais le vestiaire des hommes était rempli de regards tranchants dirigés sur Alus.

« Si tu ne veux pas être ici, fous le camp d’ici. »

Alus pouvait entendre de telles remarques grossières, mais il ne ressentait pas la moindre gêne. Ayant servi dans l’armée depuis l’enfance et ayant accompli plus de choses que quiconque, des éruptions d’hostilité de ce genre avaient été pour lui un événement quotidien.

Bien sûr, au fur et à mesure que ses réalisations s’accumulaient — et son rang avec elles — les rires et le mépris avaient été réduits au silence.

Dans le passé, il avait fait semblant d’être calme, mais maintenant cela ne faisait même pas partie de son plan. Il n’avait tout simplement aucun intérêt à réagir. Il se sentait même quelque peu nostalgique lorsqu’il se baignait dans cette hostilité et ce mépris. Se changeant rapidement, il sortit du vestiaire avec un livre plus petit sous le bras.

Dans les terrains d’entraînement en forme de dôme, tout dommage physique était remplacé par la magie par un dommage mental, de sorte que même si l’évanouissement était une possibilité, aucun dommage physique ne pouvait être fait.

Les batailles simulées étaient des combats qui faisaient appel aux arts martiaux, aux armes ou à la magie. Votre adversaire dans ces batailles était affiché sur un panneau au milieu du dôme.

Un professeur était présent, mais comme les étudiants de l’Institut étaient si sérieux et dévoués, les chances que quelqu’un utilise des mouvements interdits ou triche étaient très faibles, et comme il ne s’agissait que de batailles simulées, le professeur n’y accordait que le minimum d’attention.

Le professeur avait appuyé sur le bouton de tirage aléatoire. L’afficheur montrait les noms de tous les participants qui seraient appariés les uns aux autres au hasard.

Dix groupes avaient été formés pour organiser des batailles simulées entre les 40 élèves de la classe. Afin d’empêcher les groupes d’entrer en contact les uns avec les autres, des barrières magiques avaient permis de diviser les terrains d’entraînement.

D’ailleurs, les armes étaient autorisées sur les terrains d’entraînement. Bien sûr, elles se limitaient aux armes auxquelles on appliquait du mana. Ces armes d’assistance avaient vu leur efficacité dans la conduite du mana améliorée, et étaient destinées à faire ressortir les performances originales de la magie. Ces armes ont été appelées AAR (Arme d’Assistance à la Récupération), ou dispositif.

Les épées et les lances fabriquées avec matériaux dont la seule propriété était leur dureté étaient inutiles contre les mamonos avec leurs carapaces extérieures super dures, donc aucun magicien ne les favorisait. Ce genre d’armes n’étaient destinées qu’à être utilisées contre les individus, et en porter une était comme annoncer qu’il s’agissait de civils tout à fait normaux.

Dans les terrains d’entraînement se trouvaient toutes sortes d’armes préparées par l’Institut. Étant en première année, très peu d’étudiants avaient leur propre dispositif. Ceux qui en avaient étaient ceux qui avaient été formés pour devenir des magiciens avant leur admission dans l’Institut.

Bien sûr, Alus était l’un d’eux. Mais dans ses mains, il ne se trouvait pas une arme, mais un livre sans aucun rapport avec le but de cet exercice.

« C’est vraiment d’une telle noblesse, appropriée pour toi. »

Soudain, une voix d’admiration s’éleva de quelqu’un dans l’un des coins du terrain d’entraînement.

En jetant un coup d’œil, Alus vit Tesfia au centre d’un groupe d’étudiants, avec un katana suspendu à sa taille fine.

Un katana, comme c’est vieux jeu…, pensa Alus.

Même Alus, qui avait vu toutes sortes d’armes dans l’armée, ne connaissait que quelques magiciens qui utilisaient un katana comme AAR. En ce qui concerne les AAR, une épée à double tranchant était plus utilisable qu’un katana à un tranchant, et était ainsi bien plus courante.

« Cette arme est transmise dans ma famille depuis des générations. Comme j’ai toujours utilisé ça, c’est ce à quoi je suis le plus habituée. » Tesfia était probablement la seule sur le terrain d’entraînement à avoir son propre AAR. La seule de sa classe, et peut-être même la seule de son année scolaire selon les autres.

Les étudiants en voie de devenir des magiciens à part entière allaient devoir découvrir leurs propres caractéristiques magiques tout en continuant à étudier, tout en découvrant quel type d’arme fonctionnait le mieux pour exploiter leur plein potentiel. C’est pourquoi il était courant de n’obtenir un dispositif personnel qu’à la fin de ses études à l’Institut.

Inversement, cela signifiait que presque tous les magiciens à part entière avaient leur propre AAR. Le rôle d’un AAR était d’aider à l’infusion du mana. Cela allait améliorer la conductivité.

Plutôt que de créer directement du feu ou de l’eau, le passage du mana à travers votre AAR réduit les fuites. Vous n’aviez pas non plus besoin d’utiliser une incantation pour servir de déclencheur chaque fois que vous vouliez lancer un sort.

En fait, le développement de l’AAR avait commencé avant la systématisation de la magie. Les armes traditionnelles utilisées par l’humanité, armes à feu et armes blanches, s’étaient révélées totalement inutiles contre les mamonos. Bien qu’ils soient capables de rayer leurs carapaces externes dures, ils ne pourraient pas leur infliger une blessure mortelle.

Les AARs avaient été créés en se disant selon le principe qu’il fallait être capable de percer les carapaces externes des mamonos et de les tuer.

À l’époque de leur création, un AAR n’était qu’une arme dure et incassable, dont la létalité augmentait en la dotant de mana, mais les AARs modernes s’étaient développés bien au-delà des originaux. En gravant sur toute la lame avec des formules magiques qui avaient été créées par une combinaison de caractères inintelligibles oubliés — également appelés les sorts perdus — il était possible d’utiliser l’arme comme catalyseur pour faire de la magie.

Par ce processus, l’humanité avait réussi à omettre l’étape du chant d’incantation, et elle avait gagné assez de puissance pour affronter les mamonos.

C’est pourquoi, même s’ils étaient des magiciens, aucun d’entre eux n’utilisait des baguettes en bois comme dans les contes de fées, parce qu’elles n’étaient pas pratiques à utiliser comme armes. Les AAR avaient donné la priorité à l’aide à la magie. Il était difficile de graver des baguettes avec des formules magiques, ce qui les rendait inadaptées.

Alors que l’admiration tombait sur Tesfia, elle jeta un coup d’œil à Alus et fit un bruit de claquement de lame. La lame qui sortait de son fourreau était pleine de sorts perdus gravés.

Elle semblait provoquer Alus, mais il avait l’intention de traverser cette période en paix également. Il ne voulait pas lâcher le livre qu’il lisait, ne serait-ce qu’un instant pendant les pauses.

Finalement, le mélange des noms avait pris fin et les noms de ses camarades de classe qu’il ne connaissait pas étaient apparus l’un après l’autre sur l’écran. Le nom d’Alus était apparu pour le troisième terrain d’entraînement après que les noms pour le premier terrain d’entraînement, et le deuxième terrain d’entraînement aient été révélés.

Le nom de Tesfia avait été inscrit pour le huitième terrain d’entraînement. Heureusement, ils n’étaient pas sur le même terrain d’entraînement, mais comme ils étaient proches, il était clair qu’il finirait par être comparé à elle par les spectateurs.

En le regardant de haut, ils pouvaient se rassurer sur leurs propres possibilités. L’établissement d’un classement clair avait permis à chacun de comprendre qui était supérieur.

Sans s’emparer d’une arme, Alus s’était dirigé vers le troisième terrain d’entraînement, en feuilletant les pages de son livre.

Son adversaire était un garçon qu’il ne connaissait pas. C’était un camarade de classe, mais Alus ne s’intéressait pas à lui.

Les cheveux courts et ébouriffés du garçon étaient d’un brun rougeâtre caractéristique et, comme prévu, ses yeux inclinés se remplissaient de mépris lorsqu’il regardait Alus. Dans sa main se trouvait un AAR emprunté de type sabre.

Les 20 élèves qui n’avaient pas de combats à effectuer étaient devenus des spectateurs, et c’était exactement ce qu’Alus avait prévu. La moitié d’entre eux avait choisi de regarder le match de Tesfia sur le huitième terrain d’entraînement, tandis que l’autre moitié avait regardé le match d’Alus. Ils espéraient qu’il mangerait la poussière.

D’habitude, les spectateurs se bousculaient d’attentes et d’analyses, essayant de deviner qui gagnerait, mais en ce moment, leurs yeux indiquaient qu’ils étaient tous en train de se moquer de lui.

Que faire… ?

La raison pour laquelle Alus avait réfléchi à ce qu’il faut faire, c’est parce qu’il avait senti un regard particulièrement aiguisé sur lui. Alice était parmi les étudiants qui assistaient à son match, mais il ne l’avait pas senti de sa part.

Ce regard empli de doute était collé à lui, suivant de près chacun de ses mouvements. Même si c’était quelque chose d’étrange, les inquiétudes d’Alus étaient ailleurs.

En fait, il avait déjà renoncé à ce match. Au contraire, il voulait perdre exprès pour pouvoir en finir rapidement. Bien que cacher son rang en faisait partie, il ne voulait vraiment pas perdre son temps.

Cela dit, même s’il voulait perdre, il n’avait pas l’intention de subir de dommages.

Il pensait à un moyen de perdre sans attaquer, et sans laisser les spectateurs s’accrocher à son véritable objectif… Il avait été facile pour Alus, de tromper les spectateurs et le professeur y compris Alice et Tesfia.

Le seul qui pesait sur son esprit était le propriétaire de ce regard aiguisé.

Il ne savait pas qui c’était, mais ses compétences étaient probablement à trois chiffres. Si c’était le cas, ils ne devaient pas être capables de réaliser ce qu’Alus faisait… mais il soupira à quel point c’était inconfortable d’être observé !

« Tu parles d’un coup de chance. C’est parfait pour moi pour essayer les fruits de mes efforts quotidiens à cœur joie. Ha, c’est comme frapper dans un punching-ball, » déclara l’adversaire d’Alus en se moquant de lui.

L’un des concurrents avait une épée AAR tandis que l’autre ne tenait qu’un livre. Pour les spectateurs, le résultat était déjà déterminé.

La sonnerie avait retenti pour signaler le début du match, sans donner à l’un ou l’autre le temps de confirmer l’arme de l’autre partie.

L’élève avait commencé à courir. Ses mouvements d’amateur étaient insupportables pour Alus. Il avait été impressionné par le fait que son adversaire n’était pas gêné de faire cela devant des spectateurs.

On aurait dit qu’il imbibait du mana dans son épée AAR, mais le mana qui couvrait l’épée était terriblement lent et épais. Même les fonctions d’assistance n’avaient pas pu l’aider à améliorer ça.

Alus avait égalé la vitesse trop lente de l’épée et avait fait croire qu’il l’avait à peine esquivée à la dernière seconde. Entre les attaques, ses yeux parcouraient les pages de son livre tout en continuant sa lecture. En fait, il n’avait même pas besoin de suivre l’épée avec ses yeux.

Son adversaire avait reculé, mettant de la distance entre eux, et avait versé beaucoup de mana dans son épée. En réponse à cela, la formule magique gravée sur la lame avait commencé à briller en rouge.

« Tranchant brûlant. »

Répondant à cette voix, des flammes s’étaient enroulées le long de la lame.

☆☆☆

Partie 4

Normalement, il était possible d’omettre l’incantation, mais comme l’adversaire d’Alus avait dû utiliser une incantation, il était soit au niveau des cinq chiffres soit simplement un idiot.

Bien sûr, même si elle pouvait être omise, l’utilisation du nom magique avait eu pour effet d’aider à établir le phénomène, mais le sourire satisfait sur le visage de l’élève masculin avait clairement montré qu’il ne comprenait pas ce qu’il faisait. Le fait qu’il ait pu exercer son pouvoir avec le nom magique avait été rendu possible grâce à l’aide de l’AAR.

Faire cela sans aide vous met au niveau d’un Triple Digit. Pour commencer, il ne savait probablement même pas que le Tranchant brûlant était un sort inférieur. C’était une version simplifiée du sort avancé Lame de Flammes, et sa puissance étant plusieurs niveaux en dessous.

Voir son adversaire avoir l’air si satisfait en utilisant quelque chose comme ça était pathétique pour Alus, et il se sentait presque gêné pour lui. Les spectateurs n’étaient pas particulièrement surpris, mais ils retenaient leur souffle en pensant que la conclusion était proche.

Des acclamations passionnées arrivèrent du huitième terrain d’entraînement où Tesfia se battait.

Pendant ce temps, sur le troisième terrain d’entraînement, les spectateurs murmuraient des choses comme « presque le battre » chaque fois qu’Alus évitait de peu une attaque.

Il n’y avait pas de tension ici, ce qui créait un grand écart entre les deux terrains d’entraînement. Ni cet écart important, ni même leurs voix n’avaient été enregistrés comme du bruit pour Alus.

Seule Alice veillait sans relâche sur le combat. La force se répandit dans ses doigts, et ses mains fermement serrées semblaient prier pour qu’Alus reste en sécurité. C’était un aperçu de sa gentillesse naturelle.

L’épée de l’étudiant masculin qui abritait de la magie s’approcha.

Comme rien de bon ne pouvait venir de la prolongation de la bataille, Alus avait fermé son livre, prêt à finir les choses. Il encaissa délibérément l’épée en se balançant vers lui, mais en même temps, il plaça le livre entre son corps et la lame.

L’onde de choc qui en avait résulté avait soulevé un nuage de poussière. Lorsque la poussière s’était dissipée, Alus était allongé sur le sol, face contre terre, et l’élève de sexe masculin, qui respirait lourdement, avait quitté sa position de combat.

L’alarme sonore signalant la fin du match avait retenti.

« — ! Monsieur Alus…, » Alice avait exprimé son inquiétude. Puisqu’elle croyait, qu’il avait pris l’attaque de front, il était normal qu’elle ait l’air si angoissée.

Même en voyant une charmante fille si inquiète pour le vaincu, les autres élèves qui avaient regardé ça ne pouvaient s’empêcher de ridiculiser l’erreur du perdant. Leurs expressions s’étaient transformées en mépris des faibles.

Mais contrairement aux inquiétudes d’Alice.

« — ! ! »

Alus s’était relevé comme si de rien n’était, à la grande surprise de toutes les personnes présentes. Il ouvrit alors son livre et quitta la zone d’entraînement, sans quitter les pages des yeux.

N’importe qui qui aurait vu cette scène se serait demandé qui était vraiment le vainqueur.

Remarquant l’étonnement des spectateurs, Alus s’était rendu compte qu’il avait fait une erreur en terminant le match trop rapidement. La vérité était que les étudiants étaient étonnés de la façon dont Alus avait été calme, mais il n’avait pas réussi à comprendre cela.

Alus se disait en lui-même, comment quelqu’un serait-il blessé par une attaque magique de ce niveau ? Le meilleur choix était d’encaisser l’attaque. Si le combat devait continué, il aurait pu finir par contre-attaquer par réflexe. Essayer d’égaler le niveau inférieur de l’adversaire s’était avéré très difficile. L’envie de continuer à lire avait également joué un rôle dans son empressement à terminer le combat.

Bien que j’aie agi comme si j’avais été vaincu, c’est vrai que je n’ai pas fait attention aux détails et que je n’ai pas réussi à le faire parfaitement. Après tout, ce match était une perte de temps.

Pendant ce temps, le regard empli de doute qui avait été sur Alus avait disparu dès que la bataille avait pris fin.

« Allez-vous bien, Monsieur Alus ? Êtes-vous blessé quelque part ? » Dès qu’Alus avait atteint le bord extérieur du terrain d’entraînement, Alice était arrivée en courant vers lui, examinant soigneusement son corps.

« Vous ne subissez aucun dommage physique sur ces terrains d’entraînement, » répondit Alus.

« … Ah ! Vous avez raison, » le regard sceptique sur le visage d’Alice lui avait dit que quelque chose n’allait toujours pas.

En jetant un coup d’œil à son corps, Alus s’était rendu compte qu’il avait fait une erreur insignifiante. Il avait bien sûr été celui qui avait créé l’onde de choc juste avant la fin de la bataille. Cela avait pour but d’empêcher les gens de se rendre compte qu’il prenait l’attaque exprès, mais comme il n’avait pas voulu salir ses vêtements à cause d’une telle farce, il avait inconsciemment enduit son corps de mana.

Cela dit, ce n’était rien d’étrange pour un magicien de faire cela. Chaque fois qu’il était en mission dans le monde extérieur, il avait toujours émis assez de mana pour couvrir son corps.

Par conséquent, bien qu’il ait été recouvert d’un nuage de poussière, Alus n’avait pas la moindre tache sur lui. Sur l’impulsion du moment — « Plus important encore, ne devrais-tu pas t’inquiéter pour ton amie ? »

« Fia va s’en sortir. Elle est vraiment forte, » répondit Alice.

Fia ? Alus pensait que c’était un surnom, mais comme il ne s’intéressait pas à la bataille en cours dans le huitième terrain d’entraînement, il s’était tourné vers son livre. Puisqu’il s’en était servi pour bloquer l’épée lors de la bataille simulée, il avait vérifié que la couverture n’était pas endommagée. Même s’il l’avait couvert de mana, le papier restait du papier. Heureusement, il n’y avait pas de coupures, ni même de saleté dessus.

Soulagé de le voir intact, Alus changea de rythme. « Alice, c’est ça ? Ce sera bientôt ton tour, non ? »

« Oui, » répondit Alice.

Puisqu’Alus voulait revenir à son ancienne occupation le plus tôt possible, il avait habilement changé de sujet. « J’ai peut-être perdu, mais bonne chance. J’espère que tu gagneras. »

« Bien sûr ! Je ne me retiendrai pas. Vous n’avez après tout pas beaucoup d’opportunités en première année. Et Monsieur Alus, même si vous n’avez pas blessé, ne vous forcez pas. » Alice lui avait fait un large sourire et avait retroussé ses manches, comme pour dire : « Laissez-moi faire. ».

Il avait dit des choses qu’il voulait lui dire pendant le déroulement de leur conversation, mais il ne voulait pas que cela dure plus longtemps. Il se sépara d’Alice et s’appuya contre un mur près de la porte. Il semblait un peu fatigué d’avoir parlé plus que d’habitude.

Pour les magiciens, les simulacres de batailles étaient l’une des leçons les plus passionnantes. Comme l’utilisation de la magie était interdite en dehors des terrains d’entraînement, c’était l’endroit idéal pour tester votre croissance. C’est pourquoi le jeune Alus, qui s’était déjà désintéressé de tout ça, n’avait pas rejoint le reste des spectateurs, et il avait dû être considéré par les autres comme un perdant qui se résignait à son sort.

La bataille de Tesfia semblait terminée, et les acclamations d’avant s’étaient transformées en louanges pour le vainqueur. Tandis que Tesfia quittait le terrain d’entraînement de bonne humeur, Alice s’était précipitée vers elle et avait commencé à parler de quelque chose. En même temps, les bords de ses lèvres se levèrent, et elle jeta un regard vers Alus, lui souriant.

Alice était ensuite entrée dans le huitième terrain d’entraînement. Son adversaire était un étudiant masculin, mais le sexe n’avait pas d’importance dans une bataille entre magiciens. C’était parce que les compétences magiques jouaient un rôle beaucoup plus important dans le résultat que la simple force physique.

Contrairement aux étudiants qui avaient regardé Alus se battre pour se moquer de lui, Alice était la définition du sérieux. Considérant sa gratitude pour s’être inquiété pour lui, il s’était senti un peu étrange, alors Alus avait consacré un peu de son temps précieux à regarder son match.

Alice tenait un naginata dans ses mains.

C’est un autre vieux jeu.

Cependant, le maniement du naginata [1] d’Alice était un spectacle à voir. Ce n’était pas que ses attaques étaient rapides, ou ses compétences polies, mais ses mouvements étaient très fluides. Elle avait encore beaucoup de choses qu’il fallait améliorer, mais son passage de l’attaque à la défense était brillant. Cela ressemblait à de l’acrobatie, mais elle avait affiné ses mouvements pour réduire autant que possible ses ouvertures.

Le naginata était quelque chose qu’elle avait emprunté à l’Institut, mais elle ne serait pas capable de manipuler son arme comme ça si elle n’y était pas habituée. Apparemment, elle excellait dans l’utilisation d’armes longues comme les lances.

Les arts martiaux à ce niveau valaient la peine d’être vus, mais cela seul ne déciderait pas de l’issue d’une bataille entre magiciens. C’était la magie qui allait déterminer ça.

Dans une bataille réelle contre les mamonos, l’utilisation d’une technique pour imprégner votre arme de mana — aussi appelée enchantement — était efficace, mais fondamentalement parlant, elle ne se comparait pas à un coup direct d’un sort.

Il y avait aussi de nombreux mamonos qui pouvaient réduire les dommages causés par les coupures et les entailles, ou même se régénérer à la suite de telles blessures.

Lorsque vous combattiez des mamonos, vous deviez soit frapper avec précision leur point faible, leur noyau, soit le détruire entièrement par une attaque de grande puissance. À cet égard, l’utilisation de la magie était efficace tant en puissance qu’en étendue. La position du noyau variait en fonction du mamono, il était donc difficile d’avoir une idée précise de son emplacement.

L’adversaire d’Alice utilisait un gantelet en métal (coup de poing américain). C’était l’une des principales armes utilisées par les magiciens qui préféraient le combat rapproché. Une « flèche de glace » avait été créée à la pointe, puis la pointe de la flèche avait été envoyée vers son adversaire.

C’était un sort de premier rang que les magiciens débutants utilisaient souvent — des magiciens qui n’avaient reçu qu’une éducation élémentaire. C’était le premier sort qui leur avait été enseigné, et il pouvait être utilisé avec n’importe lequel des attributs de base : feu, eau, glace, vent, foudre ou terre.

Alice avait fait tourner son naginata. Alors qu’elle l’avait fait, la lame avait commencé à briller faiblement.

« … ! »

Dès que la flèche de glace avait touché le naginata, elle s’était brisée en morceaux. Mais ce n’était pas tout. Les éclats de glace avaient rebondi et avaient attaqué l’élève mâle qui avait lancé le sort.

Il avait pris un coup direct.

Ses yeux se fermèrent, et il s’effondra sur le sol, incapable même d’amortir sa chute. Le match avait été réglé en un instant.

Comme pour Tesfia, les acclamations avaient surgi après la prouesse des deux personnes classées à quatre chiffres de la classe.

Alice sortit du terrain d’entraînement avec un bond en avant, avec un « tape m’en cinq » avec Tesfia, comme si elles l’avaient décidé à l’avance.

C’était « Réflexion »… Non, c’était « Réduction », n’est-ce pas ?

La Réflexion, communément appelée Contre, était un sort de niveau intermédiaire. La Réduction, qui était une étape plus élevée, n’était pas le genre de sort que les élèves pouvaient utiliser. Les deux sorts appartenaient à l’attribut de lumière.

Cependant, il y avait peu de gens qui pouvaient utiliser la magie de l’attribut de lumière. L’affinité d’une personne avec la plupart des attributs magiques avait été acquise après la naissance, mais l’attribut de lumière exigeait une qualité innée. En tant que tel, il y avait peu de magiciens qui pouvaient l’utiliser.

Quant aux attributs magiques, outre la terre, l’eau, le feu, le vent, la glace et la foudre, il y avait aussi la lumière et l’obscurité, qui étaient aussi appelées éléments.

Notes

1 Le naginata (薙刀) est une arme japonaise, proche du fauchard à lame courbe, utilisé pour pratiquer le naginatajutsu. Cette arme, particulièrement appréciée par les moines et pouvant atteindre jusqu’à deux mètres en longueur, était utilisée autrefois sur les champs de bataille pour couper les jarrets des chevaux. C’était une arme également efficace dans le combat à mi-distance contre un guerrier à pied.

☆☆☆

Partie 5

Il y avait aussi des capacités qui n’appartenaient à rien de tout cela.

Comme ce qu’Alus avait…

Au début de la deuxième moitié de l’année, la formation était passée presque complètement à de l’autoformation. C’était le moment d’apprendre de nouveaux sorts ou de peaufiner ceux que vous connaissiez déjà. Peu importe combien vous aviez pratiqué la magie, rien de tout ça ne serait gaspillé.

Bien qu’il y ait des différences entre les gens, le simple fait d’utiliser le mana de façon répétée allait augmenter la capacité maximale de votre réserve.

Le mana était créé sans fin à l’intérieur du corps, mais il n’avait rempli votre réserve que jusqu’à ce que vous atteigniez la limite supérieure de votre capacité. Une fois pleine, la limite supérieure stopperait toute nouvelle création de mana. Mais il était possible d’agrandir votre réserve en dépensant et en récupérant du mana.

Alors que la limite supérieure était ce qu’elle était à la naissance en raison des différences individuelles, la capacité de mana pouvait être augmentée en raison de la capacité à l’augmenter par la formation.

Il était normal que les étudiants de première année n’aient pas de défis suffisamment clairs pour qu’ils puissent étudier par eux-mêmes, alors ils avaient continué passionnément leurs batailles fantaisistes même pendant la période d’autoformation.

Parmi eux — Alus se livrait sans vergogne à la lecture.

Les terrains d’entraînement étaient à peu près uniformes, avec une quantité abondante de terre répandue sur le sol. C’était par considération pour les magiciens ayant l’attribut de terre. C’était un peu poussiéreux, mais rien qu’un peu de mana ne puisse résoudre.

Pour l’instant, personne ne devrait le déranger. Ils devraient tous être trop occupés à assister à des matches ou à trouver des adversaires, de sorte que le perdant qui s’était éloigné d’eux devrait être hors de vue, et hors de l’esprit.

… Du moins, c’est ce qu’Alus pensait.

« Laisse-le tranquille ! »

« Ce sera le remède parfait pour lui. Hé, viens avec moi une minute. »

Soudain, des voix. Alus leva les yeux pour voir Tesfia le fixer, Alice essayant de l’arrêter.

Alus n’avait même pas essayé de cacher son expression emplie de lassitude. Il avait mis son doigt entre les pages et avait soupiré. « Tu es vraiment tenace. J’aimerais que tu te mettes à ma place. »

« Ne rejette pas à la légère ce que tu as fait, » déclara Tesfia.

« Hm ? Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Alus.

« Quoi — ! Je ne te laisserai pas dire que tu as oublié que tu as insulté la famille Fable ! » s’écria Tesfia.

Je suppose que quelque chose comme ça s’est produit. Cela n’avait duré que quelques heures, mais c’était quelque chose de si mineur qu’il avait quand même fallu que Tesfia en parle pour qu’Alus s’en souvienne. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« — !! Qu’en dis-tu… ? Ne te fous pas de moi ! Tu n’as aucune idée de ce que c’est que de porter ce nom. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut oublier si facilement !! » déclara Tesfia.

Même si elle disait cela, c’était la vraie opinion d’Alus, et ce n’était vraiment qu’une chose mineure pour lui. Au contraire, il était plus contrarié qu’elle l’empêche de lire à cause d’un truc comme ça.

Alus commençait à perdre patience. Aujourd’hui est un jour pourri. Il se leva à contrecœur et, à cause de leur différence de taille, il avait fini par la regarder d’en haut. « C’était de ma faute. Alors, arrête de m’ennuyer. »

Après avoir craché ces excuses vides, ses yeux étaient revenus sur son livre.

« Ne me regarde pas de haut !! » Elle lui arracha le livre de la main avec colère et l’envoya voler.

Les spectateurs se tournèrent vers eux en entendant la voix en colère de Tesfia. Ils se demandaient ce qui se passait, surpris par son regard menaçant et la gravité de la situation.

Tout le monde se tut. Même les étudiants enfermés dans une bataille simulée avaient arrêté ce qu’ils faisaient. Le fait qu’ils aient été perturbés par une telle situation, même s’ils étaient en plein entraînement, était un signe de leur inexpérience.

Les pages du livre qu’il lisait voltigèrent en bougeant avant que le livre ne s’écrase sur le sol, ramassant la poussière.

« Fia !! » cria Alice, avertissant Tesfia qu’elle avait franchi la ligne et était allée trop loin.

Tesfia avait senti une sérieuse colère dans la voix aiguë de sa meilleure amie, et avait pris du recul. Mais ses yeux brillaient encore d’un ressentiment furieux à l’égard d’Alus.

Comme la rousse Tesfia s’enflammait autant contre Alus, elle devait avoir beaucoup de fierté. Cela n’avait été qu’une chose insignifiante pour lui, alors il avait l’impression qu’elle était vaniteuse. Cependant, c’était différent pour elle… quand même, cela montrait à quel point elle était immature.

Elle n’avait jamais vu de mamono et était complètement complaisante à l’idée de vivre en paix, ignorant les nobles magiciens qui empêchaient les mamonos de les envahir. Elle n’était pas consciente de la valeur et de l’importance de la barrière qui les empêchait d’entrer. Ce n’était qu’une enfant. Sa noblesse était immature et incomplète, car elle n’avait aucune idée à quel point la réalité était dure.

Après son entrée dans l’armée, Alus avait été victime de bizutage de la part d’adultes qui avaient une ou deux fois sa taille. Ces adultes s’étaient sentis jaloux ou inférieurs et avaient fait subir à Alus une épreuve par le feu. En tant que tel, il avait acquis la force mentale nécessaire pour balayer la plupart des choses. Ça n’avait certainement pas été facile pour lui.

Mais même avec sa retenue, son mécontentement pour la conduite de Tesfia l’avait emporté.

« Fais-moi face !! »

Alus avait l’impression que la situation avait évolué à un point tel qu’aucun des deux camps n’avait l’intention de reculer. Il se dirigea lentement vers l’endroit où son livre était tombé et le ramassa, essuyant la saleté qui s’y trouvait.

Ce n’était pas en renonçant à la victoire comme il l’avait fait contre l’élève de sexe masculin qu’on allait régler le problème. De toute façon, il n’avait pas l’intention de perdre. Il faudrait qu’il clarifie les choses une bonne fois pour toutes pour qu’elle ne s’en prenne plus à lui.

Dans l’armée, il y avait des méthodes de domination par la force ou la peur. Ces méthodes avaient tendance à provoquer l’antipathie, sans parler de la barbarie de la situation.

Il y avait une tendance chez les magiciens à utiliser leur classement pour déterminer qui était supérieur, et à regarder de haut ceux qui étaient en dessous. Ainsi, l’ancienneté avait été imposée à tout le monde pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’effet sur le commandement.

C’était quelque chose qu’Alus pouvait très bien faire. Et même si ce n’était pas quelque chose de louable, il pouvait s’attendre à ce que cette méthode apporte du succès. Il s’était dit qu’il pourrait au moins aller aussi loin.

En fait, s’il ne le faisait pas, il finirait par perdre beaucoup de temps au cours de ces trois prochaines années à s’occuper d’ingérences et de problèmes inutiles.

Il semblait que cette fille qui avait traité ces précieuses pages avec tant d’insensibilité aurait besoin qu’on lui enseigne la valeur de la puissance née de la sagesse de la recherche magique.

*

Alus caressa la couverture du livre avec soin, tandis qu’il levait les yeux vers la fille qui le regardait encore avec hostilité. « Après l’école. Je vais réserver les terrains d’entraînement, donc tu ne pourras pas te plaindre de ça. »

« C’est très bien, » répondit-elle.

« Fia. Pas vous aussi, Monsieur Alus…, » déclara Alice.

« Mettons quelques conditions devant un témoin. Il n’y aura que toi contre moi. N’amène pas ta bande de fans. Désolé, mais — Alice, c’est ça ? — tu seras notre témoin, » déclara Alus.

« Cela ne me dérange pas, mais…, » alors qu’il était clair, d’après l’expression d’Alice, qu’elle voulait les arrêter, elle s’était abstenue de dire quoi que ce soit d’autre.

En fin de compte, c’est ce qu’ils voulaient tous les deux. Indépendamment de la façon dont cela avait commencé, Alus avait accepté les demandes unilatérales de Tesfia, de sorte que leur confrontation avait été décidée avec le consentement des deux parties. Et à cause de ça, Alice ne pouvait que veiller sur eux.

L’option qui aurait permis d’éviter complètement cette situation s’était évanouie. La colère de Tesfia n’allait pas s’apaiser. Alus non plus… De telles situations difficiles avaient souvent conduit à des impasses.

« J’accepte un duel après l’école sur ces terrains d’entraînement. Seuls nous trois serons présents…, » déclara Alus.

*

Il restait encore une heure avant la pause déjeuner, mais Alus s’était rapidement changé et avait quitté le terrain. Sa destination était le bureau de la directrice.

Normalement, l’utilisation des terrains d’entraînement était demandée en passant par les procédures officielles à la réception, mais comme Alus avait besoin de garder son grade confidentiel, sa situation était particulière. Afin d’empêcher les curieux d’assister à l’événement, il devait réserver l’ensemble du terrain.

« Ça ne me dérange pas, mais évitez-moi de voir les choses se développer dans la pire direction possible, » déclara Cisty.

« Bien sûr que oui. Au contraire, je suis offensé que tu penses que je m’en prendrais sérieusement à une enfant, » déclara Alus.

« Une enfant, est-ce que c’est... Alors, qui est l’idiote qui a réussi à vous mettre en colère ? » demanda Cisty.

Alus traitait quelqu’un de son âge comme un enfant, mais Cisty était douloureusement consciente qu’il ne le pensait pas littéralement. Les mondes dans lesquels les étudiants et lui vivaient étaient différents, et en tant que tels aucun d’eux n’avait trouvé aucune faute à se poser la question. « Je crois qu’on l’appelle Tesfia ou autre… »

« — ! ! C’est la fille de la famille Fable ! » Les yeux grands ouverts de Cisty étaient plus remplis de malaise que de surprise. Elle avait supprimé l’envie de tenir la tête. « Je ne pense pas que… je puisse vous faire annuler ? »

« Ce n’est pas possible. C’est elle qui s’est attaquée à moi. J’aurais aimé que tu lui dises plutôt avant de ne pas le faire. De plus, les simulacres de batailles entre étudiants sont officiellement reconnus par l’Institut. Si la directrice arbitre la question, cela ne fera que rendre les choses encore plus problématiques. » Le regard d’Alus laissait entendre que son intervention serait inutile.

Il ferma alors les yeux et poussa un soupir lugubre. Quand Alus rouvrit les yeux, ils étaient pleins de découragement et d’ennui, montrant qu’il en avait assez. « Je perds déjà un temps précieux, alors j’aimerais que ce soit la seule fois. »

La directrice semblait avoir plus à dire lorsqu’elle avait ouvert la bouche, mais elle s’était résignée. Elle avait ajouté. « Les terrains d’entraînement de l’Institut ne sont pas aussi efficaces que ceux de l’armée, alors assurez-vous de ne pas être trop dur avec elle. »

Les dommages physiques subis sur les terrains d’entraînement allaient être transformés en dommages mentaux, mais si un individu à un chiffre se lâchait, cela pouvait causer de graves séquelles, même avec le champ de protection.

« Je le sais, » sur ce, Alus s’était retourné pour partir, mais en sortant, il avait trouvé une arme pratique à utiliser pour son duel après l’école. « Ça te dérange si je prends ça ? »

« Je ne sais pas, mais à quoi allez-vous l’utiliser ? » demanda Cisty.

« Pour le simulacre de bataille, bien sûr… tous les livres que j’ai en main sont précieux, vois-tu, » alors qu’il disait ça, il avait pris un pamphlet de l’Institut sur la table. Il n’avait même pas un centimètre d’épaisseur, mais cela ne devrait pas être un problème.

« Êtes-vous sûr de cela… ? » demanda Cisty.

« Ce sera suffisant. Je sais de quoi elle est capable. » Montrant le pamphlet à la directrice, Alus l’avait revêtu de mana. Le pamphlet qui avait été légèrement courbé comme le papier le ferait, s’était soudainement redressé vers le haut et était resté immobile.

En voyant ça, les yeux de la directrice s’étaient ouverts en grand. Son anxiété s’était un peu calmée. « On dirait que je n’ai pas à m’inquiéter. C’est la première fois que je vois une si belle effusion de mana. »

« Je te remercie beaucoup. Eh bien, comme tu peux le voir, ça devrait être plus que suffisant, » déclara Alus.

« C’est tout à fait vrai, » répondit Cisty.

Plus le flux et la conduction du mana étaient fluides, plus la puissance et la structure d’un sort étaient efficaces. Même les objets les plus triviaux pourraient devenir des armes puissantes avec un contrôle parfait du mana.

Donc, si Alus devait imprégner une épée commune de mana, elle serait plus puissante qu’une épée de première classe. C’est pourquoi se limiter au papier devrait lui permettre de mieux équilibrer la différence de force entre lui et Tesfia.

Cela dit, l’idée d’Alus de l’équilibre n’était pas tout à fait applicable ici. Dans une bataille, la véritable valeur des armes qui s’affrontaient n’était révélée que lorsque les adversaires étaient à peu près égaux. Dans ce cas, Alus n’utilisait qu’une arme moins performante pour réduire sa puissance d’attaque. Le papier imprégné de mana ne pourrait pas causer de graves dommages à l’esprit de Tesfia, comme l’avait craint la directrice.

Bien sûr, les choses seraient différentes si Alus n’utilisait pas le pamphlet comme catalyseur, mais la frappait directement avec de la magie.

Alus s’était arrêté alors qu’il s’apprêtait à la saluer, mais ce n’était pas parce qu’il était poli, mais plutôt à cause de son temps dans l’armée. Au lieu de cela, il s’inclina et prit congé. « À plus tard. »

« … »

☆☆☆

Partie 6

Le retour en classe avait été pénible.

Ce n’était pas parce qu’Alus était dérangé par les regards de ses camarades de classe, mais plutôt parce que les leçons étaient fatigantes. Si l’assiduité ne comptait pas pour ses crédits, il n’aurait jamais mis les pieds dans la salle de classe.

Il avait ensuite quitté le bâtiment et s’était rendu à son laboratoire. Ses mouvements de déverrouillage de la porte avaient été fluides. Cela n’avait pas non plus pris beaucoup de temps, car tout ce qu’il avait à faire était de verser un peu de mana dans le panneau à côté. Le verrouillage fonctionnait de la même façon.

Bien sûr, vous ne pourriez pas utiliser n’importe quel mana. Comme il existait des différences dans la capacité de mana que les gens avaient, il existait des informations magiques telles que l’arrangement du mana qui différait entre les gens, qui avait été utilisé pour confirmer leur identité.

Comme c’était quelque chose qu’Alus utilisait quotidiennement, dès qu’il avait touché le panneau, il avait versé assez de mana pour confirmer son identité.

Avec un sandwich écrasé à la main, Alus prit un déjeuner solitaire — bien qu’il n’en ait rien pensé — dans sa chambre. S’il allait à la cafétéria sur le terrain de l’Institut, il pourrait savourer un bon repas, mais n’y avait jamais mis les pieds. C’était parce qu’il préférait lire des livres et fouiller dans les documents, même en mangeant. Même maintenant, il n’avait même pas jeté un coup d’œil au pain qu’il mangeait.

Soudain, Alus se souvint du regard étrange qui avait été porté sur lui pendant son simulacre de combat. Qui était-ce ?

Mais encore une fois, ce n’était pas vraiment un problème. La directrice de l’école connaîtrait toute personne qui observait constamment Alus à l’Institut.

C’était peut-être une rancune ou de la jalousie, mais l’assassinat ou le terrorisme était trop farfelu. Et si l’autre partie n’avait pas l’intention de lui faire du mal, il n’était pas nécessaire de faire tout ce qui était en son pouvoir pour enquêter. Si la situation devenait urgente, il le découvrirait de toute façon. Voilà tout ce que cela représentait pour lui.

Alus avait repoussé ses pensées et jeta un coup d’œil dans la chambre voisine. Il pourrait voir un attaché-case noir là-dedans. À l’intérieur, c’était son seul partenaire avec qui il s’était battu en première ligne.

L’AAR d’Alus avait été spécialement conçu pour lui. C’était une existence unique qui était le résultat de ses recherches, et il y avait ajouté sa propre touche. Son nom était Brouillard de Nuit.

Ayant décidé de se retirer de la ligne de front, il espérait ne plus jamais avoir à s’en servir. Mais la raison pour laquelle il l’avait apporté n’était peut-être pas parce qu’il ne pouvait tout simplement pas échapper à ses habitudes acquises dans l’armée, ou parce qu’il représentait ses précieux résultats de recherche.

Ce n’était que des justifications, car Alus pourrait instinctivement sentir que le monde extérieur dur était l’endroit d’où il appartenait.

Cinquante ans s’étaient écoulés depuis la création de la Tour Blanche, et une barrière pour arrêter l’invasion des mamonos avait été mise en place. Le ciel vu de l’intérieur était faux. C’était un ciel bleu vif tous les jours, un faux spectacle filtré. C’est pourquoi ceux qui ne connaissaient pas le monde extérieur ne connaissaient pas la pluie ou la neige. Ils ne connaissaient pas l’existence de nuages épais ni d’un ciel parsemé de nuages épars.

Ils ne connaissaient même pas l’odeur de verdure que le vent dégageait. Tout ce qu’ils savaient, c’était le ciel avec les mêmes nuages qui voyagent dans la même direction chaque jour.

Le monde réel était le monde extérieur gouverné par les monstres.

Il ne savait pas combien de fois il était allé en mission dans le monde extérieur.

Mais chaque fois qu’il le faisait, il était accueilli avec des vues qui faisaient danser son cœur. Cela s’était profondément ancré dans l’esprit d’Alus.

*

Avant qu’il ne s’en rende compte, la pause déjeuner était terminée et les leçons avaient déjà commencé.

Alus était si concentré qu’il n’avait même pas entendu le carillon. Pourtant, il n’était pas pressé, car il se dirigeait à contrecœur vers la salle de classe, tenant toujours le livre qu’il n’avait pas fini de lire.

Après avoir pris son temps, le cours avait commencé au moment où il était arrivé là. Quand il était entré, bien que ce soit pour son propre confort, il avait eu assez de bon sens pour ne pas déranger les autres. Il ouvrit la porte et s’assit sur une chaise sans faire un bruit. Mais même ainsi, une personne entrant pendant l’heure des cours se détacherait.

Les regards jetés sur Alus étaient loin d’être amicaux. Ils étaient si intimidants qu’on pourrait même entendre leur claquement de langue.

Alus l’avait ignoré avec une attitude posée, mais il avait cru entendre des murmures qui le maudissaient. Peut-être que les rumeurs de sa querelle avec Tesfia s’étaient répandues.

Les classements de Tesfia et d’Alice étaient déjà connus dans tout l’Institut, ce qui était tout naturel. Les étudiants de première année ayant un classement à quatre chiffres étaient plus que suffisants pour s’attendre à ce qu’ils aient un avenir prometteur.

En plus de cela, leur apparence était plus que suffisante pour les qualifier de belles.

Il n’était pas difficile d’imaginer que leur beauté n’avait fait qu’alimenter les rumeurs, leur conférant immédiatement le statut de célébrité.

L’atmosphère autour de Tesfia était noble et séduisante, ses yeux inébranlables étaient loin d’être un défaut, et n’avaient fait que mettre en valeur sa grâce. Sa taille était assez faible, mais même cela ajoutait à son charme.

Le tendre sourire d’Alice qu’elle montrait toujours sur son visage était plein d’affection. Pendant ce temps, ses longs et minces membres séduisaient, dégageant un charme d’adulte.

Ensemble, elles produisaient le tableau parfait.

Alus, ayant fini dans une confrontation contre elles, s’était fait l’ennemi de pratiquement tous les étudiants de première année. En outre, son attitude à l’égard des cours avait frotté les étudiants sérieux de la mauvaise façon. Cela ne lui convenait pas, car il n’avait causé d’ennuis à personne.

Il n’était pas assez ouvert d’esprit pour être prévenant envers les étudiants dont la motivation était affectée par l’attitude des autres envers les études. C’était du gaspillage. Un effort dans la futilité.

Alus ne se préoccupait pas des gens qui murmuraient dans son dos. Mais si cela commençait à gêner son temps de recherche, il n’avait pas d’autre choix que d’agir.

Même aujourd’hui, un bout de papier froissé était passé devant Alus.

Il était passé à côté de lui — parce que, bien sûr, il l’avait évité.

Un autre avait suivi.

Si Tesfia avait demandé aux gens de faire cela, il pouvait simplement rembourser la faveur après l’école, mais la personne en question était entièrement concentrée sur le cours en cours. Tesfia n’avait pas non plus l’air de faire semblant de ne pas remarquer. Son regard ne se posait que sur les caractères projetés sur l’écran devant elle, et elle les écrivait avec ferveur.

Alors qu’Alice avait remarqué ce qui se passait, elle ne pouvait pas se résoudre à en parler.

Trouver le coupable et le renvoyer ne ferait qu’aggraver la situation. Mais même Alus n’avait pas la peau assez épaisse pour maintenir son attention malgré les choses qu’on lui lançait.

Même s’il le pouvait, ce serait plutôt un défaut. Les magiciens avaient besoin de sens aiguisés pour survivre sur le champ de bataille. Les missions dans le monde extérieur duraient plus d’une journée. Vous aviez besoin d’endurer la peur et l’anxiété des mamonos qui attaquaient pendant que vous mangiez et dormiez.

Pour cette raison, les sens d’Alus avaient été entraînés au point de ne pas manquer le moindre détail tant qu’il restait concentré. C’est pourquoi ces étudiants étaient des criminels qui volaient le temps d’Alus.

Il redressa la première boule de papier qui avait volé vers lui, la déchirant en bandes et les froissant. Il avait ensuite versé du mana à travers eux.

Recouvrir un objet de mana était l’une des techniques les plus élémentaires, mais elle reposait fortement sur la disposition innée de chacun, et ceux qui avaient du mal à s’y habituer au début avaient de la difficulté à avancer. Mais une fois apprit, c’était comme faire du vélo et on n’oubliait pas le truc.

Alus s’y était mis et avait couvert de mana le papier brouillon.

Cette technique pouvait également être utilisée avec des armes. Lorsque vous couvriez un objet de mana, la chose la plus importante était de voir l’objet comme faisant partie de votre corps. Les magiciens étaient capables de sentir le mana généré à l’intérieur d’eux. Ainsi, bien qu’il y ait des différences dans les compétences, chacun devrait être capable de faire circuler consciemment le mana dans son corps. Mais après que le mana ait quitté le corps, il devenait difficile à percevoir.

Il était possible de le percevoir à travers le phénomène matérialisé après l’activation d’un sort, mais cela était dû au fait que le mana était converti en magie par la formule magique. S’il n’y avait aucun doute que le mana passait par des phénomènes magiques, ce n’était pas le mana lui-même.

Alus pouvait sentir la surface rugueuse des morceaux de papier, maintenant dur comme des roches dans sa paume. Avec une membrane mince et terne tendue sur eux, Alus avait manifesté un peu de magie du vent au bout de ses doigts pour que personne ne s’en aperçoive, et avait agité son pouce.

Les débris semblaient s’être envolés dans des directions aléatoires, mais ils avaient ensuite ricoché et frappé le cou de cinq élèves.

Les cinq qui avaient été catalogués comme les coupables grâce à leur chuchotement, tremblèrent comme s’ils avaient été choqués, et au moment suivant, ils s’étaient effondrés sur leur bureau d’un seul coup.

C’était vraiment au niveau d’un tireur d’élite. Quelques bouts de papier avaient rendu la tâche un peu plus difficile, mais il avait réussi à les assommer en ciblant avec précision la base du cou.

Quant à la puissance, elle se situait au niveau d’un coup du tranchant de la main à l’arrière du cou. Aucune blessure externe, la seule preuve était du papier froissé, et personne n’avait remarqué.

Même Alice, qui avait jeté des regards anxieux dans la direction d’Alus, était moins méfiante quant à la façon dont la farce s’était arrêtée et semblait simplement soulagée. Elle ne montrait aucun signe de discernement de la vérité.

Après cela, Alus avait été en mesure de passer paisiblement les deux prochaines cours jusqu’à la fin de l’école pour la journée.

Les cinq ne montraient toujours aucun signe de réveil, mais bien sûr, il ne les avait pas tués. À la fin de la classe, ils s’étaient enfin réveillés. Tous avaient des visages confus, se demandant pourquoi ils s’étaient endormis en classe en se frottant les yeux.

Mais dans l’instant qui avait suivi, leurs expressions avaient changé. Quand ils avaient réalisé qu’ils avaient manqué, toute les cours, la panique sur leurs visages avaient rendu leurs aspirations claires.

Et puis, au moment où ils avaient décidé de faire des farces stupides à Alus, leurs espoirs n’avaient pas pu être très sérieux.

☆☆☆

Partie 7

Enfin, c’était après l’école.

Peut-être parce qu’il s’agissait d’une routine quotidienne, ou peut-être que c’était tout naturel, mais les élèves, qui auraient dû rentrer chez eux, s’étaient rassemblés autour de Tesfia et Alice, pour discuter de magie.

Tesfia était l’image même d’une étudiante d’honneur pendant les cours. C’est pourquoi il était logique de supposer qu’elle était intelligente. Et ce n’est pas tout, car en plus, sa personnalité et celle d’Alice attiraient aussi tout le monde.

De plus, les classements avaient servi de hiérarchie claire pour ces aspirants magiciens. Bien que le dicton « si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les » ait pu être exagéré, il y avait une tendance à suivre ceux qui avaient un rang plus élevé, tout en s’efforçant d’améliorer le leur autant que possible.

Ceux qui cherchaient à devenir des magiciens s’étaient donc naturellement retrouvés dans une structure liée par le classement, donc on ne pouvait pas y faire grand-chose.

Cette fois, cependant, les deux filles avaient des projets après l’école. « Je suis désolée. Nous avons des affaires à régler, » dit tranquillement Tesfia au cercle de personnes, et Alice avait suivit avec un : « Le professeur nous appelle. On se voit demain. »

Tesfia jeta un coup d’œil à Alus et le pressa de ses yeux. Son regard puissant semblait lui dire de ne pas oublier leur promesse, mais aussi de tenter de l’intimider pour l’empêcher de s’enfuir.

Les élèves autour d’eux avaient protesté un moment, mais pour une raison légitime comme l’enseignant qui les appelait, personne n’avait arrêté le couple.

« Ne pouvons-nous pas attendre que vous ayez fini ? » L’étudiante qui disait cela tenait un manuel sur les bases de la magie. Son apparence petite et adorable ressemblait à celle d’un petit animal mignon, mais cela n’aurait probablement un effet que sur les élèves masculins.

Pourquoi ne pas simplement approcher l’enseignant directement ? Alus pensa cela, mais cela exigeait trop de sagesse mondaine de la part des étudiants magiciens. L’idée était de se rapprocher de ces deux-là avec un avenir prometteur. Bien sûr, il peut y en avoir qui voulaient aussi simplement être amis avec elles.

« Je suis vraiment désolée. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre. Mais j’ai l’intention de le finir dès que possible. » La dernière partie avait quelques implications, mais seuls Alus et Alice l’avaient remarqué. « Je vous verrai demain. » Se sentant mal à l’aise, Tesfia avait gentiment essayé d’arranger les choses.

En entendant cela, l’étudiante s’était mise à sourire et lui avait fait un « Merci » en prenant son sac.

« Allons-y, Alice, » déclara Tesfia.

Alice, qui avait été agitée tout le temps, fit un signe de tête à Tesfia et soupira.

Normalement, un seul étudiant ne serait pas en mesure de réserver la totalité du terrain d’entraînement. C’est pourquoi, même pour Alus, c’était un traitement spécial unique.

Il n’y avait donc rien d’étrange à ce que la directrice se cache dans l’un des coins du deuxième étage et veille sur le duel, et ce n’était pas à Alus d’en parler. Bien qu’elle ait pu se cacher, elle savait bien qu’Alus l’avait remarquée.

Bref, elle se cachait pour que Tesfia et Alice ne la remarquent pas.

Et encore une chose. Alus avait un pressentiment sur le regard qu’il avait ressenti pendant son simulacre de combat. C’était probablement quelqu’un qui travaillait sous la direction de la directrice.

« Pense-t-elle vraiment que je vais tout gâcher ? » Ça n’allait pas avec Alus, mais il avait supposé que c’était l’influence de la famille Fable.

Et le classement de Tesfia n’avait fait que confirmer cette hypothèse.

*

La disposition à la magie n’était pas nécessairement liée à la lignée.

Il n’y avait aucune garantie qu’un excellent magicien aurait les mêmes enfants, et vice versa.

Certaines choses avaient été héritées, comme la capacité de mana et la capacité de base, mais les compétences pour manipuler le mana et la magie avaient été en grande partie formées après la naissance.

Il était donc courant pour les enfants dont les parents étaient des magiciens exceptionnels de recevoir une formation dès leur plus jeune âge, l’idée étant que si leur réserve de mana était grande, il était plus facile d’acquérir le savoir-faire et les compétences nécessaires pour s’intégrer.

En plus de cela, les familles influentes avaient le temps et les fonds pour la formation, donc même sans un sens inné ou des talents, elles pouvaient encore élever un magicien d’élite.

*

« Désolée de vous avoir fait attendre. »

Tesfia, ayant revêtu son uniforme d’entraînement, était entrée sur le terrain avec son katana en main.

Alus s’était aussi déjà changé. Normalement, il n’était pas nécessaire de se changer. Mais s’ils s’étaient mis dans une autre querelle à cause de cela, cela aurait lui fait perdre encore plus de temps.

Tesfia et Alice regardèrent la zone du terrain d’entraînement avec un regard perplexe, ayant remarqué que personne d’autre n’était là.

Avec tous les combattants présents, la directrice devrait avoir verrouillé les entrées.

« Comme c’est inhabituel qu’il n’y ait personne dans les parages, » marmonna Tesfia, ignorant qu’Alus avait réservé l’ensemble des terrains d’entraînement. « Eh bien, peu importe. Dépêchons-nous de commencer. »

Comme il n’était pas nécessaire de diviser les terrains d’entraînement, ils pouvaient tout utiliser à leur guise. Cependant, Alus ne pensait pas que ce serait nécessaire, et Tesfia semblait s’imaginer le frapper en un instant, car elle avait un sourire moqueur sur son visage.

C’est alors que quelque chose avait attiré son regard, et son sourire s’était tourné vers le déplaisir. Elle plissa les sourcils en regardant la main d’Alus. Voyant le pamphlet, elle l’interrogea… « À quoi joues-tu ? »

« Ne t’inquiète pas pour ça, » déclara Alus.

« Tu aimes vraiment te moquer de moi…, » déclara Tesfia.

Une Alice agitée se précipita entre eux et elle parvient à faire reculer chacun d’eux de quelques pas.

Alus déclara alors tranquillement. « J’ai quelques conditions avant de commencer. Si je gagne, ne te mêle plus de mes affaires. »

« SI tu gagnes. Si tu veux, je peux même t’aider dans tes études, » déclara Tesfia.

« Non, pas besoin. Et si tu gagnes ? » demanda Alus.

« Je vais bien sûr te demander de t’excuser, » déclara Tesfia.

« Compris. » Il s’était déjà excusé une fois auparavant, mais il semblait que ce n’était pas suffisant et qu’il devrait être plus sérieux à ce sujet.

Grâce à Alice, le signal sonore du début du match avait retenti sur le terrain d’entraînement.

— Au même moment, Tesfia dégaina son katana et fonça droit sur Alus. Comparées à l’élève masculin qu’il avait affronté, ses capacités physiques étaient de loin supérieures.

Alus roula le pamphlet dans sa main et le couvrit de mana.

Lors de l’évaluation des magiciens, il existait des approximations couramment utilisées pour les capacités. L’un d’entre eux était la qualité et le degré de perfectionnement de l’AAR. Les AAR avaient une forte connotation d’armes d’assistance, et ils utilisaient tout sans acception des matériaux rares, qui excellaient dans la conduite du mana.

Le fait de les mélanger avec des matériaux spéciaux au fur et à mesure qu’il se formait avait entraîné une augmentation de la conductivité du mana. De plus, en écrivant des formules magiques directement sur la surface, les AAR pourraient aider en permettant l’utilisation immédiate de sorts complexes.

La surface du papier enroulé d’Alus était également recouverte de mana. Ce n’était pas comme si d’autres objets ne pouvaient pas conduire le mana, c’était seulement plus difficile à traverser. Et comme il n’y avait pas de formules magiques gravées sur la brochure, cela n’aiderait pas à l’utilisation de la magie.

Une autre approximation était l’habileté utilisée pour couvrir un objet avec du mana. Envelopper du mana autour d’un objet comme ce qu’Alus avait fait aux vieux papiers était fondamental pour améliorer la conductivité du mana. Et cette action avait également permis d’améliorer la résistance d’une arme.

Il était possible de mesurer l’habileté dans une certaine mesure en observant toute stagnation du mana recouvrant l’objet, le mana total autour de lui, l’état du flux, etc.

Mais cela n’avait été utile que jusqu’aux magiciens à triples chiffres. Et un double chiffre exigeait un contrôle parfait du mana.

Dans cette situation, Tesfia étant toujours dans les quatre chiffres, la mesure de la qualité de son revêtement de mana était donc parfaite pour évaluer approximativement ses compétences. Alus en avait déjà confirmé une partie au cours de son simulacre de combat.

Comme Tesfia l’avait elle-même dit, son katana était de très grande qualité. Mais son talent n’était pas à la hauteur. Dans son état actuel, le katana était un gâchis pour elle.

La façon dont elle bougeait son corps était une chose, mais son mana couvrant le katana n’était que légèrement meilleur que celle des autres élèves. Sa capacité de mana latente était plutôt élevée pour un nombre à quatre chiffres. Il y avait clairement un surplus de mana qui s’échappait du katana, déformant sa forme.

Les magiciens à deux chiffres réussissaient à limiter la production de mana au strict minimum requis, laissant le revêtement de mana à peine visible, mais… le seul avantage d’utiliser plus de mana était d’augmenter la puissance de l’AAR.

Et puisque le tranchant diminuait à la place, elle avait pratiquement mis son inexpérience en évidence pour que tout le monde puisse la voir.

Mais pire que ça, plus de mana que nécessaire avait été gaspillé.

En augmentant la puissance, vous deviez modéliser avec précision le mana après la lame, sinon il serait inutilisable. En conséquence, bien que le katana de Tesfia soit beau, elle en faisait un instrument émoussé. Son katana serait inutile dans le monde extérieur, même si c’était un AAR.

« Haaaaaaa !! »

Alus n’avait pas esquivé le katana qui frappait depuis en haut.

Immédiatement après, un sourire apparut sur le visage d’Alus.

« — !! »

Tesfia avait été étonnée que sa lame ait été arrêtée au milieu de son attaque.

Tout comme Alice, qui regardait de loin.

Après tout, le katana tranchant avait été bloqué par un simple pamphlet. Et au lieu de la déchirer, elle n’avait même pas pu l’égratigner.

Alus attendit un moment que Tesfia puisse reprendre ses esprits. Il avait préparé une peine pour son traitement brutal d’un livre, un puits de sagesse. C’est pourquoi la brochure de l’Institut avait raison.

Rapidement remise de son choc, Tesfia s’était redressée et s’était éloignée de lui. « Tu plaisantes !! … Ce n’est pas du papier normal, n’est-ce pas !? »

« Oh non, ça l’est. C’est une brochure de l’Institut. Tu en as eu un aussi, n’est-ce pas ? » répliqua Alus.

« — ! ! »

Alus déroula le pamphlet et le montra. Sur la couverture se trouvait une photo des bâtiments de l’Institut.

« C’est un mensonge ! Il n’y a aucune chance qu’un bout de papier puisse bloquer mon épée ! » s’écria Tesfia.

« Pourtant, il l’a fait…, » répliqua Alus.

Comme si elle grinçait des dents, Tesfia serra son katana plus fort. « Ce n’est pas possible ! »

Peu importe la quantité de mana qui couvrait du papier, il y avait une limite à sa durabilité, même si Alus le rendait plus dur, il perdrait facilement contre le katana de Tesfia. Mais c’était en supposant que c’était un magicien moyen qui le faisait…

Le simple fait de passer le mana à travers un rouleau de papier était un défi. Ce genre de compétences aberrantes était un signe du statut de magicien à un chiffre d’Alus, mais Tesfia était vite revenue vers lui, amenant son katana derrière elle. Cependant, peu importe le nombre de fois qu’elle avait frappé avec sa lame, chaque attaque avait été bloquée par le pamphlet dans la main d’Alus.

Elle s’était renversée vers le haut une dernière fois.

« … »

Alus poussa secrètement un soupir dans son esprit. Malgré le fait qu’elle était si près du but, Tesfia avait fait un grand pas en avant. Il devrait y avoir une limite au nombre d’ouvertures qu’elle pourrait avoir…

Et Alus n’avait pas été assez patient pour attendre son attaque.

« — ! »

Son pamphlet avait puissamment frappé la joue de Tesfia.

Un bruit fort avait traversé l’air tendu, remplissant les terrains d’entraînement. D’après la différence de son, ce n’était pas une gifle d’un rouleau de papier, mais plutôt l’impact d’une arme contondante.

Après une pause momentanée, Tesfia avait été envoyée sur le côté comme si elle avait été renversée, roulant sur le sol avant de s’effondrer. Ses cheveux roux étaient étalés sur le sol.

« Fia !! » En voyant Tesfia rouler comme ça, Alice avait instinctivement haussé sa voix.

Ce n’était pas la force d’une brochure enroulée. Même en tenant compte de la substitution des dégâts des terrains d’entraînement, il s’agissait d’un coup égal à celui que vous utiliseriez contre un mamono.

C’est pourquoi c’était plus qu’assez pour envoyer le petit corps de Tesfia voler.

☆☆☆

Partie 8

Après avoir regardé objectivement, Alice était convaincue que ce n’était pas une attaque magique. Il n’y avait pas eu d’incantation, et aucun signe d’écoulement de mana. Pourtant, un rouleau de papier n’avait pas la force nécessaire pour envoyer facilement une personne dans les airs.

Alus se sentait coupable d’avoir frappé le visage d’une femme. Mais sur les terrains d’entraînement, tout cela s’était transformé en dommages mentaux, de sorte qu’il n’y a pas eu de blessures ou de marques.

Plus important encore, il n’y avait pratiquement aucune différence de pouvoir entre les hommes et les femmes cherchant à devenir un magicien.

Il lui avait fait face, reconnaissant qu’elle était une magicienne, mais il était vrai qu’Alus s’était peut-être retenu parce que ses compétences étaient inférieures aux siennes, mais il ne l’avait pas traitée différemment à cause de son sexe.

Un court silence s’ensuivit. Alors qu’Alice commençait à courir vers son amie.

La main de Tesfia tremblait un peu. Elle leva lentement la tête et se leva faiblement. Utilisant son katana pour se soutenir, elle se frotta la joue tout en regardant avec étonnement. Elle n’avait probablement pas encore compris la situation.

Alice semblait perplexe devant ce qui était arrivé à Tesfia. « Ça va, Fia ? »

« … O-Oui. » Alors qu’elle s’était élancée dans le ciel, elle n’aurait pas dû subir de dommages physiques. En fin de compte, ce n’était qu’un rouleau de papier, même si le mana le couvrait, il y avait une limite à sa puissance.

Se souvenant qu’elle était en plein combat contre Alus, Tesfia l’avait regardé d’un air furieux et lui avait parlé d’un ton colérique : « Qu’est-ce que tu as fait ? »

« Je t’ai juste frappé avec ça, » répondit Alus.

« N’essaie pas de me berner, ça ne ressemblait pas à du papier. C’était comme si j’avais été frappée par quelque chose de dur…, » Tesfia se caressa à nouveau la joue, se souvenant de la sensation, et bouillonnant de colère.

Les magiciens étaient capables de percevoir le mana comme une lumière. Ainsi, le katana de Tesfia avait aussi une faible lumière, montrant que le mana le traversait.

Le pamphlet était également recouvert de mana, c’est pourquoi il avait bloqué l’attaque, et avait normalement un pouvoir impensable derrière lui.

Mais pour Tesfia, c’était normal que ça ressemble à du papier. En fait, cela ressemblait à une brochure normale.

Alus avait utilisé sa technique écrasante pour maximiser l’efficacité de son enchantement.

Les magiciens à quatre chiffres étaient une chose, mais c’était encore trop pour une première année comme elle, donc on ne pouvait pas lui reprocher de ne pas avoir remarqué.

Et comme il ne l’avait enchanté qu’un instant avant qu’il n’entre en contact avec son adversaire, le papier roulé ressemblait à une pierre dure qui rejetait complètement la lame tranchante. C’était une performance exquise rendue possible par la grande différence de compétence.

« Peut-être que tu comprendrais si tu avais lu ce livre que tu m’as arraché des mains, » déclara Alus, accusateur. Le livre que Tesfia avait frappé était le fruit d’un travail né de longues années d’efforts incessants de la part des chercheurs. La profanation de la sagesse que l’on pouvait en tirer était une question de morale pour les maîtres magiciens.

« Kuh... »

« Alors, vas-tu abandonner ? » demanda Alus.

« Je ne sais pas ce que tu as fait, mais ne fais pas le beau parce que tu as réussi à obtenir un résultat, » déclara Tesfia.

« Fia ! N’est-ce pas suffisant ? » Alice avait essayé de l’apaiser, mais comme prévu, Tesfia ne semblait pas s’en soucier. Comme si cela était lié à sa colère, le mana débordant de son corps avait augmenté.

« Que dis-tu, Alice ? Il n’a réussi à me frapper que par chance… Je vais le vaincre tout de suite. » Tesfia avait pris une grande respiration et plaça le katana devant elle. Utilisant deux de ses doigts, elle avait caressé la longueur de la lame. Les caractères de la formule magique gravée sur l’épée commencèrent à s’illuminer d’où elle les avait caressés.

« Fia, ça va trop loin ! » Alice avait dû deviner ce que Tesfia faisait. Mais ses cris ne l’atteignirent pas, car les doigts de Tesfia allaient jusqu’au bout de la lame.

Tesfia tourna doucement le bord horizontalement, rassemblant le mana à travers lui. Cela avait traversé depuis son corps jusqu’à l’AAR, créant graduellement de la lumière. Le mana qui rassemblait le mana résiduel de l’environnement en un seul point provoquait déjà un phénomène d’activation de sort.

Un énorme amas de glace s’était formé dans l’air, avec un bruit de craquement.

Et quand Tesfia avait légèrement balancé son katana vers le bas, la surface de la glace s’était brisée, révélant une grande épée de glace transparente.

« Épée de Glace »

Comme les noms uniques des sorts étaient enregistrés dans une encyclopédie, ce nom était déjà bien connu d’Alus. Mais comme il s’agissait d’un sort ancien qui ne convenait pas vraiment au combat, c’était la première fois qu’il le voyait de près.

Une autre raison pour laquelle il ne l’avait pas vu, c’était parce que cela faisait partie du fort de la famille Fables, et aussi parce que c’était un sort traditionnel.

« C’est incroyable. » Alus n’avait pas seulement loué l’habileté à créer le bloc de glace, mais aussi la forme de l’épée de glace. En termes pratiques, il s’agissait d’une forme naïve, avec des parties gaspillées se détachant bien trop, mais elles avaient aussi une attirance mystérieuse qui charmait ceux qui la voyaient.

Pour quelqu’un comme Alus qui utilisait la magie au nom de la létalité, c’était comme s’il témoignait de la beauté originelle de la magie.

Surtout, considérant que ce n’était pas le genre de magie qu’un étudiant de première année ordinaire pouvait utiliser, il avait fait un compliment direct à Tesfia. Bien qu’il ne soit pas certain qu’elle l’ait entendu, elle avait fait basculer son katana sans mot jusqu’au sol.

En réponse, l’épée de glace avait rapidement accéléré en direction d’Alus. Bien qu’elle ait été rapide, elle ressemblait quand même à une attaque simple et paresseuse pour lui. C’était donc facile d’esquiver.

Mais Alus n’avait eu qu’un seul but dans cette bataille simulée. C’était moins pour empêcher Tesfia d’interférer avec lui, que pour se venger d’elle pour sa profanation de la précieuse sagesse de l’humanité. Eh bien, de son point de vue.

C’était probablement le sort le plus puissant qu’elle pouvait utiliser. Pour preuve, elle avait une expression douloureuse, et ses épaules tremblaient à cause de la grande quantité de mana qu’elle avait utilisée.

Alus affronta audacieusement l’attaque. Ce n’était même pas un pari. C’était à ce point que l’attaque était faible pour lui.

« Non ! Attention ! » cria Alice, le visage pâle. Voyant l’attaque imprudente de Tesfia comme un danger pour Alus, elle semblait chanter un sort de barrière, mais elle n’avait pas assez de temps.

Les nouveaux n’étaient pas habitués à chanter, avec la popularité d’AAR et leur omission d’incantations… mais au milieu de son incantation, Alice s’était brusquement arrêtée, émettant un grand cri quand l’attaque de Tesfia était sur le point de toucher Alus.

Alus avait expulsé de l’air de ses poumons. Il avait concentré son esprit sur sa main-couteau.

Sa forme était une lame tranchante. C’était comme de l’acier robuste capable de couper à travers n’importe quoi. Le mana recouvrant la main commença à augmenter légèrement, formant une courte lame de mana.

Le mana qui coulait régulièrement avait créé une lame de mana tranchante.

L’affrontement n’avait duré qu’un instant. Alice avait détourné ses yeux, tandis que Tesfia avait une expression qui semblait regrettable d’être allée trop loin, et elle s’était résignée aux conséquences d’être allée jusqu’au bout des choses.

Cependant, le résultat que les filles attendaient n’avait pas eu lieu.

Un instant plus tard, Alice ouvrit les yeux. Non pas parce qu’elle s’était préparée à voir le pire résultat possible, mais plutôt parce qu’elle avait entendu un bruit impensable.

Alus se tenait toujours debout avec un air cool, en parfaite sécurité. Et derrière lui se trouvait l’épée de glace, coupée en deux et réfléchissant la lumière ambiante. Le mana composant l’épée avait été coupé en morceaux, et l’épée n’avait pas pu garder sa forme et avait commencé à craquer avec un bruit de claquement.

Le son devenait de plus en plus fort à mesure que les fissures traversaient l’épée, jusqu’à ce qu’elles atteignent la fin. L’épée ne s’était pas brisée, mais plutôt dispersée en fragment de mana.

« — !! Impossible…, » Tesfia exprima un étonnement, tandis qu’Alice fixait dans la confusion en poussant un soupir de soulagement.

 

 

Qu’a fait Alus ? Cisty était probablement la seule à le comprendre.

Normalement, le mana n’était que la source nécessaire pour utiliser la magie. L’utilisation du mana en lui-même exigeait quelque chose qui dépassait de loin le bon sens.

La plupart des magiciens se fixaient sur le monde tel qu’ils le voyaient, et avaient tendance à rechigner à créer quelque chose de nouveau. Puisque les érudits existaient aussi bien que les magiciens, ceci avait offert une grande excuse pour les magiciens qui avaient vu le fait de tuer des mamonos comme leur travail et qui avaient considéré la création de la magie comme étant le travail des érudits. Tout phénomène qu’un magicien rencontrait et qu’il ne comprenait pas pouvait donc être laissé aux érudits pour qu’ils le découvrent.

Ce qu’Alus avait fait était une délicate manipulation du mana. Fondamentalement, il fonctionnait sur le même principe que l’enrobage d’une arme avec du mana, ce qui impliquait d’imprégner la forme physique de l’arme pour lui donner un tranchant plus net et une plus grande durabilité. En rendant le mana indépendant de l’objet qu’il couvrait, il était possible de former une lame de mana.

D’une manière générale, c’était une contradiction. Mais c’est là qu’une faille rendue possible par Alus était entrée en jeu.

En réalité, il était impossible d’utiliser le mana par affinité sur la matière organique pour créer une lame de mana. Mais caché dans le processus se trouvait la sagesse de nier le mana.

En d’autres termes, c’était ainsi que cela avait fonctionné. Tout d’abord, il fallait temporairement altérer les propriétés du mana recouvrant l’objet en le superposant avec plus de mana. Ce faisant, le mana sous-jacent allait perdre sa propriété d’être absorbé par la matière organique et allait devenir un résidu inorganique.

D’une certaine manière, c’était une technique pour changer la nature du mana, le reste n’étant qu’une application générale d’enchantements, couvrant le résidu maintenant inorganique de la première couche de mana avec la bonne forme.

C’est tout ce que c’était… et pourtant…

Cela exigeait une maîtrise du mana pour tout générée parfaitement, et suffisamment de compétences de contrôle du mana pour le contrôler à volonté, librement et de manière décontractée.

Et Alus était probablement le seul être au monde capable de cela. Après tout, ce n’était pas basé sur le concept commun d’utilisation du mana. Pour la plupart des gens, le mana n’était considéré que comme l’énergie nécessaire pour utiliser la magie. Par conséquent, il était normal qu’ils se consacrent à la maîtrise de la magie elle-même.

C’est pour ça que les filles ne comprenaient pas ce qui s’était passé.

Au milieu du silence, Alus marcha vers Tesfia sans aucune trace d’agressivité ou d’esprit combatif.

Tesfia ne comprenait toujours pas ce qui lui était arrivé. Elle s’était vite préparée face à l’approche d’Alus.

Mais il n’y avait aucune tension dans l’air, aucune hostilité de sa part.

Le corps de Tesfia s’était immobilisé. Elle ferma les yeux quand Alus leva le bras.

Le pamphlet dans la main gauche d’Alus frappa doucement l’épaule de Tesfia.

La bataille était terminée.

Alus n’avait pas vraiment l’intention de la frapper. Tout ce qu’il voulait, c’était lui apprendre la réalité et détruire sa fierté. C’est pour ça qu’il avait fini en douceur. « Je suis désolé. »

« — !! » Prise de court par les excuses soudaines d’Alus, Tesfia était si surprise qu’elle était à court de mots.

Alus n’admettait pas sa défaite. Il s’excusait simplement. Tesfia avait compris le résultat de leur match mieux que quiconque. C’est pourquoi il n’avait pas besoin d’être clair et de le dire tout haut.

« Ce n’était pas comme si j’essayais de t’insulter, mais je suis désolé si ça en avait l’air. » Alus s’inclina devant Tesfia et lui présenta des excuses sincères.

Alors qu’il avait l’intention de dissiper tout malentendu, Alus avait aussi une arrière-pensée. Il espérait que tout serait résolu avec cela. Tesfia avait les excuses qu’elle voulait, et Alus ne voulait pas qu’elle s’en mêle davantage au prix d’une certaine fierté.

Chacun d’eux avait satisfait à ses exigences, alors maintenant ils avaient réglé les choses sans aucun problème à l’avenir.

« … Vraiment ? Je suis désolée de m’être autant énervée, » s’était excusée Tesfia, une expression encore surprise sur son visage.

Bien qu’elle ait eu un côté têtu avec elle, il semblait que Tesfia avait aussi une solide compréhension et de la grâce pour elle. C’est pourquoi elle s’était excusée malgré la fin insatisfaisante.

« Alors, je vais partir d’ici, » déclara Alus.

« Attends… »

Alus passa devant Tesfia, mais alors, elle lui avait saisi la manche. Il se tourna à contrecœur vers elle, une expression ennuyée sur son visage. « Quoi ? »

« … Comment as-tu fait ? » demanda doucement Tesfia, le visage détourné.

☆☆☆

Partie 9

C’était un accord tacite entre magiciens de ne pas fouiller dans les mystères et les spécialités des uns et des autres, même s’ils étaient camarades de classe. La connaissance qu’avait Tesfia de son propre statut de novice le lui avait quand même fait demander timidement.

Alice, tout aussi curieuse, s’était approchée pour qu’elle aussi puisse entendre la réponse d’Alus, se redressant doucement.

Alus avait essayé de secouer la main de Tesfia avec quelques mouvements légers, mais elle avait dû s’accrocher fermement, car sa main ne bougeait pas. Ne sachant pas quoi faire, Alus jeta un coup d’œil vers les sièges dans le coin.

Il n’avait pas de grands espoirs, mais ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait décider seul. S’il révélait le truc de sa technique, les filles pourraient fouiner dans son rang.

Heureusement, Cisty comprenait les circonstances. L’instant d’après, elle révéla sa présence d’une manière nonchalante, tapant dans ses mains des mains en signe de louange.

Tesfia et Alice avaient regardé Cisty. « Directrice Nexophia ! »

Cisty cessa d’applaudir et sauta avec aisance des sièges, de plusieurs étages de haut. Juste avant d’atterrir, elle ralentit graduellement sa chute, donnant l’impression qu’elle flottait pendant un moment avant de toucher le sol.

« C’est très approprié de la part de la fille de la famille Fable ! Quelle bataille simulée de haut niveau vous m’avez montrée, » déclara Cisty.

Alors que Cisty était maintenant la directrice de l’Institut, son histoire personnelle était quelque chose que tout le monde admirait dans le but de devenir magicien. Cependant, Alus était incapable de lire ses vraies intentions et il la fixa d’un air empli de doutes.

La directrice Cisty semble avoir mis de côté la réaction d’Alus, s’avançant comme pour dire « laissez-moi faire », tout en disant à Tesfia. « Penser que vous seriez capable d’utiliser un sort d’un tel niveau en étant un nouveau venu dans l’école. »

« … Je vous remercie beaucoup. Mais pourquoi êtes-vous ici ? » L’expression amère de Tesfia d’être vaincue s’était transformée en joie d’être louée par une ancienne magicienne à un chiffre.

« C’est parce qu’Alus m’a demandé de réserver le terrain d’entraînement. Et je suis venue observer, » déclara Cisty.

« — Hé ! » Alus paniqua un instant lorsque son secret fut révélé.

Les deux filles le fixaient, tout comme Cisty.

« Alus Reigin, n’est-ce pas ? Qui es-tu ? Tu as même coupé mon épée de glace en deux comme si ce n’était rien…, » demanda Tesfia.

« Ce genre de chose ne lui pose aucun problème. Je suis venue ici pour observer parce que je m’inquiétais pour vous, » déclara la directrice à Tesfia, avec un sourire radieux.

Se souvenant du regard de Cisty tout à l’heure, Alus décida de le lui laisser. D’ailleurs, c’était l’Institut qui lui avait demandé de garder son grade confidentiel. Lui-même n’était pas si obsédé que ça. Tant qu’il pouvait trouver du temps pour lui…

Cependant, la conversation semblait se diriger dans une direction turbulente.

« Qu’est-ce que vous voulez dire !? » Tesfia s’approchait du cœur du problème, et Alice s’était approchée d’elle. C’était la question qu’elles se posaient toutes les deux.

« Ce serait plus rapide pour vous de le voir de vos propres yeux. » La principale s’était tournée vers Alus, et avait sorti une carte.

« Une licence ? » demanda Alice.

« Oui. Ceci est arrivé de l’armée ce matin avec l’ordre de le remettre à Alus, » déclara Cisty.

« … »

Alice s’était rendu compte de la nature de la carte et avait posé une question à laquelle elle connaissait déjà la réponse. Mais la déclaration de la directrice l’avait amenée, elle et Tesfia, à se demander pourquoi l’armée était intervenue.

Alus, par contre, avait une idée des intentions de la directrice. C’est pourquoi il n’avait pas été particulièrement surpris lorsque son doigt avait touché le rang de sa carte lorsqu’elle lui avait remis.

« — ! ! »

Une pure lumière de mana s’était échappée de la carte, formant un écran holographique dans l’air. Sur l’écran s’affichaient les chiffres… 1 / 119 550.

« Pas possible !! » s’exclama Tesfia.

« — !! » Tesfia avait poussé un cri de surprise. Alice ne pouvait même pas faire un bruit.

« Comprenez-vous maintenant ? » demanda Cisty.

« … Hein ? … Il est… ? Mais…, » Tesfia désigna Alus d’un doigt tremblant, tout en fixant la directrice.

De tous les magiciens, au nombre de plus de 100 000, il n’était que neuf magiciens à un chiffre.

Et ce qui était devant elles était le plus grand de tous, en plus. L’actuel n° 1 de tous les magiciens du monde.

Ce n’était pas étrange que les paroles de Tesfia se transforment en gémissements.

« Haha… c’est une réaction intéressante. J’ai aussi été surprise quand j’ai vu son profil et ses réalisations. » Cisty avait l’air amusée et joyeuse, mais elle ne pouvait s’empêcher de se sentir déprimée quand elle s’en souvenait. Elle imaginait facilement la lourde responsabilité qui pesait sur les épaules d’Alus, et sa solitude. C’était sans aucun doute un destin difficile et cruel. Elle sentait sa poitrine se serrer quand elle y pensait.

« Eh, mais on a le même âge…, » le doigt de Tesfia était toujours pointé sur le visage d’Alus.

En général, les magiciens n’entraient pas dans les détails de l’apprentissage de la magie jusqu’à ce qu’ils entrent dans l’Institut. Bien sûr, l’élite de la noblesse comme Tesfia était des exceptions à cela.

Quant à Alus, il était une exception parmi les exceptions. Même les magiciens qui progressaient le plus rapidement ne s’éveillent à leur véritable potentiel qu’après l’obtention de leur diplôme.

Il n’y avait aucune chance qu’un magicien à un chiffre ait le même âge qu’elle. C’est ce qui était apparu sur le visage de Tesfia. Pourtant, le numéro 1 sur la licence avait une présence écrasante, et avec l’affirmation de la directrice, il n’y avait pas de place pour le doute.

Alice, contrairement à Tesfia qui était à court de mots, avait réussi à un peu se calmer.

Alus ne voulait pas se vanter, mais il était curieux de la réaction d’Alice et lui avait demandé. « Alice, tu ne sembles pas trop surprise. »

« … Ah. Oui ! Qu’est-ce que ça pourrait être…, » sa réponse était pleine de respect, et elle semblait plus que surprise.

Où est passé son ton amical… ? « Tu n’as pas besoin d’être si humble, ça ne ferait que me troubler. »

« … D’accord. » Ses joues étaient devenues rouges à mesure que son expression se relâchait un peu, mais elle semblait encore un peu raide.

« Alus est une exception. Je ne sais pas quelle était la cause de cette querelle, mais il a fait beaucoup de choses en première ligne… Ses valeurs sont peut-être trop différentes des vôtres, » déclara Cisty.

Alors que la directrice disait ça, Tesfia regarda Alus d’un air soupçonneux, et avec du mépris dans les yeux. Son regard empli de doute l’avait transpercé.

Son attitude à l’égard d’Alus, qui était plus haut placé que la directrice, n’était probablement pas seulement parce qu’elle le détestait jusqu’à il y a un instant. Mais Alus avait décidé de laisser tomber, pensant que c’était une attitude typique pour Tesfia.

Il s’était tourné vers Cisty. « Plus important encore, je crois que c’est toi qui m’as dit de garder mon grade confidentiel. »

« J’ai changé d’avis. J’avais l’impression qu’on pouvait le dire à ces deux-là. C’est peut-être un coup du destin, » répliqua Cisty.

Alors la question d’Alus sur le pourquoi était claire maintenant. C’était le caprice de Cisty.

« Vous deux, ne le révélez pas aux autres élèves ou aux professeurs. Je préfère ne pas devoir punir les étudiants de l’Institut, » déclara Cisty.

« … Oui, » répondit Tesfia.

« Je comprends, » déclara Alice.

Il y avait une étrange menace mélangée là-dedans. Tesfia répondit à la directrice d’un ton encore insatisfait, tandis qu’Alice hocha la tête mécaniquement, sa réponse étant immédiate.

Ayant reçu leur parole, Cisty se tourna vers Alus. « Pour quelle raison faites-vous de la recherche ? » La question semblait soudaine, mais son ton donnait l’impression qu’elle connaissait déjà la réponse. Son but semblait être qu’Alus le dise lui-même, pour que les deux filles puissent l’entendre.

« Parce que je veux y aller doucement, » répondit Alus.

« … !! » Les deux filles avaient fait des regards stupéfaits, tandis que Cisty soupirait comme si elle s’y attendait. Les accomplissements d’Alus étaient anormaux même si vous ne teniez pas compte de son âge. Cisty le savait, bien sûr. Dans l’ère moderne, où les jeunes de 16 ans étaient traités comme des adultes, Alus venait tout simplement d’avoir 16 ans. Et il était courant pour les magiciens d’être considérés comme des professionnels à part entière à leur sortie de l’Institut.

En d’autres termes, Alus avait été jeté dehors dans le monde extérieur où les mamonos sévissaient alors qu’il n’était encore qu’un enfant aux yeux de la société. Il n’y avait pas moyen que ce ne soit pas anormal.

Dans l’esprit des hauts gradés de l’armée, la protection du domaine de l’humanité contre les mamonos et la reconquête du territoire perdu avaient toujours été la priorité absolue. Il n’y avait pas de marge de manœuvre pour laisser jouer un puissant magicien.

Alus et son talent débordant pour la magie l’avaient rapidement plongé dans le combat. Ses réalisations en étaient le résultat et, selon Cisty, sa demande de retraite en était la conséquence inévitable. Lorsqu’elle avait reçu les instructions des militaires d’enrôler Alus dans l’Institut, elle avait également reçu des instructions secrètes qui allaient à l’encontre de celles reçues d’une autre source.

En utilisant le bien de l’humanité comme justification — ces directives devaient obliger Alus à retourner sur le champ de bataille à un moment donné dans l’avenir.

Cisty avait claqué son poing sur son bureau en colère quand elle avait reçu ces instructions secrètes.

Son Institut avait produit d’innombrables excellents magiciens qui avaient l’habitude de relever les magiciens sur les lignes de front, mais les hauts gradés à tête de cochon comptaient sur un seul magicien trop puissant.

Bien sûr, c’était grâce à lui que beaucoup de ses anciens élèves n’avaient pas été poussés aussi souvent en terres hostiles et que le nombre de morts de magiciens avait diminué.

Cisty se sentait dans une situation insupportable, avec des sentiments complexes dans cette affaire. Elle comprenait le désir d’Alus, le plan de l’étudiant numéro un qui provoquait la honte chez les adultes par sa seule présence.

Elle avait donc temporairement mis de côté les directions secrètes de l’armée. Enveloppant ses bras autour d’Alus par-derrière, pressant son corps contre son corps, elle lui chuchota quelque chose à l’oreille.

Cisty avait créé cette vue sensationnelle de son propre chef, bien qu’Alus ne bougeait pas. Il entendit la douce voix qui murmurait à son oreille, mais il regarda simplement au loin, indifférent à ses charmes.

Bien sûr, Tesfia et Alice n’avaient pas eu le courage d’intervenir entre deux magiciens à un chiffre, surtout par respect pour la directrice.

Le murmure de Cisty disait ceci. « Alors, ne serez-vous pas en mesure de prendre les choses plus facilement si vous ne vous concentrez pas seulement sur votre recherche, mais… rendez également ces deux-là plus fortes ? »

Alus avait souri amèrement. C’était la vraie raison pour laquelle Cisty leur avait révélé son rang.

Bien sûr, Cisty avait aussi son propre intérêt à cœur. Même si Tesfia et Alice étaient prometteuses, elles ne pourraient pas remplacer Alus. Si l’armée insistait pour ramener Alus en première ligne, alors cultiver des liens pour qu’il ait plus de raisons de se battre n’était pas une mauvaise idée.

Cisty avait ses propres raisons de sympathiser avec Alus. Quand elle était encore dans l’armée, il y a huit ans… elle avait rencontré le jeune Alus. Mais il semblait qu’il ne se souvenait pas, et elle ne voyait pas la nécessité de le lui rappeler. Après tout, ce n’était probablement pas un bon souvenir pour lui.

Alus jeta un coup d’œil à Tesfia et Alice. Comme Cisty l’avait dit, elles pourraient avoir un talent exceptionnel, même parmi tous les étudiants de l’Institut. Il se peut qu’elles ne soient pas en mesure de gagner contre des étudiants de troisième année qui approchent de l’obtention de leur diplôme, mais elles pourraient livrer un bon combat.

Cependant… « Impossible à faire. Entraîner ces filles ne m’aidera pas à me calmer, » déclara Alus.

« Mais c’est seulement si elles vivent leur vie normalement et obtiennent leur diplôme, » répliqua Cisty.

« … Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? » Peu importe ce que Cisty avait suggéré, Alus était sûr que cela ne ferait que réduire son temps de recherche, mais il avait choisi d’écouter. Parce qu’il y avait encore une faible chance qu’il soit capable de se calmer.

« Pourquoi n’essayez-vous pas de les guider pour qu’elles puissent se battre au combat ? » demanda Cisty.

« Ce n’est pas possible. Je n’ai pas les connaissances pour y arriver. » Il n’était pas modeste. Il n’avait jamais rien appris à personne.

Mais Cisty avait insisté autrement. « Ne vous inquiétez pas. Quand il s’agit d’habileté au combat, il n’y a personne qui se compare à vous. » Les lèvres envoûtantes de Cisty s’approchèrent de l’oreille d’Alus, et elle serra les bras autour de lui.

Tesfia et Alice, en regardant, rougirent un peu de cette scène quelque peu immorale.

Ce n’était pas forcé, mais il y avait une volonté irrésistible derrière tout ça.

« Si le temps entre mes séances de recherche pouvait se faire correctement…, » Alus accepta à contrecœur. S’il ignorait la directrice, qui était la plus haute autorité de l’Institut, il pourrait perdre encore plus de temps que cela.

D’ailleurs, ce n’est peut-être pas si ennuyeux après tout… Alice était une chose, mais le vœu pieux d’Alus était que Tesfia n’était pas le genre de fille qui pouvait honnêtement lui demander de lui enseigner.

« Je pensais que vous diriez ça. » Les bras qui le retenaient l’avaient finalement laissé partir.

Grâce à cet échange, une hiérarchie claire avait été établie pour le temps d’Alus à l’Institut. Je suppose que les capacités de Cisty à changer d’âge ne sont pas seulement pour le spectacle. Alus s’était rendu compte que Cisty avait une longueur d’avance sur lui lorsqu’il s’agissait de négocier. À cause d’elle, la condition d’Alus, à savoir que Tesfia n’interfère plus avec lui, était pratiquement gâchée.

« Puis-je y aller maintenant ? » Ayant été vaincu, Alus voulait partir le plus vite possible. Il voulait aussi éviter de perdre encore plus de temps de recherche.

« Pour l’instant, oui, » répondit Cisty.

« … Pour l’instant, n’est-ce pas. » Alus en avait assez de penser à d’autres problèmes, mais il avait rendu le dépliant roulé à Cisty et avait commencé à marcher vers la sortie du terrain d’entraînement.

Alors qu’il passait Tesfia et Alice, les deux femmes avaient regardé son chemin avec beaucoup d’intérêt.

Tesfia ouvrit la bouche, apparemment sur le point de dire quelque chose, mais à la fin elle ne dit rien. Silencieusement, mais pour que la directrice puisse l’entendre, elle se murmura à elle-même. « Où va ce monde si c’est le n° 1 ? » De plus, Alus s’était retiré des lignes de front pour se détendre. Elle avait trouvé ça impardonnable.

— À cet instant, elle avait grimacé comme si quelque chose avait agressé son corps. Une intention meurtrière glaciale avait été dirigée vers elle.

C’était Cisty qui le faisait.

Une petite partie du pouvoir de l’ancienne magicienne à un chiffre avait agressé Tesfia.

Alus pouvait sentir l’intention meurtrière derrière lui. Il l’avait trouvée immature, mais avait continué à marcher.

Les deux filles étaient restées derrière. Alice se sentait aussi effrayée que Tesfia, à tel point qu’elle ne pouvait pas regarder la directrice dans les yeux.

Tesfia avait compris qu’elle avait mis en colère la directrice, mais n’en comprenait pas la cause. Ou, il était plus juste de dire que la peur avait empêché sa tête de fonctionner correctement.

« Il a traversé beaucoup de choses que vous ne pouvez même pas imaginer, non, que nous ne pouvons pas imaginer, » Cisty, après un petit soupir, brisa l’air tendu. Elle sourit ironiquement à Tesfia et Alice. « Si vous cherchez à atteindre le sommet des magiciens, vous devriez lui demander conseil. Je le lui ai déjà dit, alors ne vous retiens pas. »

« — !! » Tesfia était surprise, mais ne pouvait pas non plus vraiment se réjouir. Elle ne comprenait toujours pas sa grandeur. Et cette intention meurtrière d’avant — elle considérait en fait que la directrice était plus étonnante qu’Alus.

Alice, par contre, était enthousiaste. « Eh !? On peut vraiment ? »

« — !! Mais Alice, c’est lui qui nous apprendrait ! » s’écria Tesfia.

« N’est-ce pas incroyable ? Nous serions les seules à être formées par le plus puissant magicien au monde, » déclara Alice.

C’était un coup de chance incroyable d’être capable de recevoir des conseils du sommet du monde des magiciens. C’était rare même de recevoir des cours effectués par un magicien à deux chiffres. Même s’approcher d’un magicien à deux chiffres était difficile, à moins de s’enrôler dans l’armée et de devenir assez fort pour combattre à leurs côtés.

« C’est vrai, mais…, » il y avait toujours une partie de Tesfia qui ne pouvait pas accepter la réalité. Elle visait un rang élevé afin de ne pas faire honte à son nom de famille. Bien qu’elle n’ait jamais rêvé qu’elle pourrait devenir une magicienne à un seul chiffre, elle avait au moins voulu un classement proche des deux chiffres.

C’était l’occasion parfaite, mais elle n’était pas d’accord. Bien qu’Alus soit un magicien à un seul chiffre, Tesfia ne pouvait toujours pas s’imaginer être son élève à cause de leur dispute animée.

« Je ne vous forcerai pas. Mais il y a certainement des choses que vous pourriez gagner à ce qu’il vous enseigne. » Cisty avait vu l’expression facile à lire de Tesfia, la réprimandant comme une enfant.

« Ne pouvez-vous pas être celle qui nous apprendra à la place, Directrice Cisty ? » demanda Tesfia, en précisant que c’était son souhait le plus cher. Bien sûr, Cisty était la directrice, donc Tesfia ne pensait pas vraiment que c’était possible. La directrice lui avait demandé de se tourner vers Alus pour obtenir des conseils parce qu’Alus était un camarade de classe.

« Je suis une personne occupée, vous savez. Et même si j’écoutais votre demande, je ne peux pas vous traiter favorablement, » déclara Cisty.

« Oui… bien sûr. » Comme Tesfia le savait déjà, elle n’avait rien dit d’autre.

☆☆☆

Partie 10

Alus revint rapidement à sa lecture à son retour dans sa chambre.

Il avait prévu de se consacrer à ses recherches et de regagner le temps qu’il avait perdu, mais ne pouvait pas s’y mettre. C’était parce que la directrice lui avait dit d’apprendre à ces deux filles à se battre.

Alus n’était pas enthousiaste à l’idée. En fait, il n’aimait pas ça et se sentait mal à l’aise. Même s’il essayait de les instruire, il ne pouvait pas faire grand-chose.

La façon la plus efficace de former des magiciens était de les faire combattre des mamonos. C’était comme ça pour lui, après tout.

Il était courant pour les magiciens d’être piétinés par les monstres anormaux sans pouvoir lever le petit doigt, peu importe le genre de magie puissante qu’ils utilisaient. Il y avait beaucoup de magiciens, mais moins de la moitié d’entre eux avaient fait preuve de courage en ne reculant pas dans leur première bataille contre un mamono.

La peur de la mort était une émotion qui empêchait d’utiliser la magie. Les magiciens devaient rester calmes en toute circonstance. Tant qu’ils croyaient en leurs possibilités, il y aurait de l’espoir, même si leur situation était désespérée.

Le vrai désespoir venait du fait de ne pas pouvoir croire en soi. Dans ces cas, les magiciens ne seraient pas en mesure d’utiliser leur plus grande arme — la magie. C’était l’inexpérience, ou plutôt la faute, de ces magiciens.

Alus croyait qu’ils pourraient raffiner leurs capacités si elles amélioraient leurs compétences magiques, mais ce point de vue ne permettait pas de tenir compte de l’aptitude mentale d’une personne à être un magicien.

Il se détestait d’avoir fait une promesse sans y penser d’abord. Bien qu’il soit trop tard pour cela maintenant, il ne pouvait pas imaginer qu’il serait en mesure de l’accepter avec aisance tout en formant les filles.

« Qu’est-ce que je fais ? » Il pensait que Tesfia ne viendrait pas le supplier de lui apprendre, mais Alice, par contre, le ferait certainement. C’était une situation extrêmement pénible pour lui.

*

Le lendemain matin, Alus avait été accueilli avec les mêmes regards suspects qu’hier lorsqu’il était entré dans la classe. Le bavardage qu’il avait entendu avant d’ouvrir la porte s’était transformé en silence.

Les éruptions d’hostilité venaient surtout des autres élèves de sexe masculin. Cela signifiait simplement que les étudiantes avaient une idée plus claire des priorités à établir. Ce genre de différence entre les hommes et les femmes était également perceptible dans le comportement en première ligne. Mais ces différences étaient meilleures parce qu’il n’y avait pas de facteurs de harcèlement.

Alus, bien sûr, ignorait que le regard de Tesfia était parmi ceux qui se dirigeaient vers lui. Qu’il n’y avait pas d’hostilité dans son regard était un résultat plus que satisfaisant. Mais il ressentait aussi une sorte d’attente mélangée là-dedans. Il avait un mauvais pressentiment à ce sujet, mais avait décidé de le rejeter comme étant son imagination.

Quoi qu’il en soit, pour ne pas se dérober aux regards des gens, Alus s’était mis à étudier. Presque tous les sujets d’aujourd’hui étaient des cours standard. Aucun des sujets ne l’intéressait, alors il participait le moins possible.

*

Troisième période. Le cours avant le déjeuner.

Si Alus devait dire que c’était mieux ou pire, il le désignerait clairement comme étant pire. Parce que d’une certaine façon, tous ses cours étaient les mêmes que ceux dans lesquelles participait Tesfia et Alice.

Alus se demandait où était passé le comportement d’élève d’honneur de Tesfia. Elle n’arrêtait pas de le regarder, même si elle se trouvait plusieurs rangées devant l’endroit où il était assis, dans le coin de la rangée la plus éloignée. Cela arrivait si souvent qu’Alus se trouvait dérangé.

« Hé ! »

Malheureusement, l’appel d’Alus à Tesfia avait été capté par les oreilles acérées du professeur, qui l’avait mal interprété, pensant que c’était une réaction à un sujet du cours.

Une chaîne de malheurs s’en était suivie.

« Êtes-vous… vous êtes Alus, n’est-ce pas… ? Je vois, je vois. » Le professeur baissa les yeux vers son registre, fit une brève pause avant de continuer. « Et si vous répondiez à cette question ? » Il avait désigné l’écran à cristaux liquides.

Alus pouvait dire qu’il s’agissait d’un cours sur les mamonos d’après la créature anormale à l’écran, mais il n’avait pas écouté le cours. Il devait supposer la question en se basant sur le flux et sur l’objet de la question.

Cependant, il ne s’agissait encore que d’une conférence sur les principes de base. Avec la richesse des connaissances d’Alus, il n’y avait aucune chance que cela puisse être une question difficile pour lui. D’après ce qu’il avait pu dire, il s’agissait d’un cours sur l’origine des mamonos et la menace qu’ils représentaient.

Alus avait mis un signet dans le livre qu’il avait lu jusqu’à maintenant et s’était levé. « Les mamonos sont apparus il y a environ 100 ans. Il y a des théories quant à leur origine, mais avec une humanité si accaparée, notre technologie et nos connaissances actuelles ne suffisent pas pour pouvoir en tirer des conclusions. Cependant, la technologie de l’époque n’a pas réussi à arrêter l’avance des mamonos, et ce n’est qu’avec le déploiement de la magie dans l’armée que nous avons réussi à les en empêcher. Les mamonos sont évalués en fonction de leur force et de la menace qu’ils représentent, avec huit classes allant de F à SS. La présence d’un mamono de classe SS n’a été confirmée qu’une seule fois, il y a 50 ans. »

Alus n’était pas sûr de ce que la question avait été, mais vu que c’était un cours élémentaire, cette réponse devrait être suffisante. Il avait essayé de se rasseoir.

Cependant, l’enseignant semblait insatisfait de la réponse. « C’est insuffisant pour répondre à la question. »

L’affichage à cristaux liquides avait changé, montrant plusieurs types de mamonos. La légende disait : « Subjugation », révélant le thème de la vidéo.

Un soupir s’échappa des lèvres d’Alus. Le voici parti, abaissant le niveau de sa réponse pour qu’il corresponde au niveau élémentaire de la leçon…

Le professeur ressentait un sentiment de rivalité, probablement alimenté par l’envie face au traitement mystérieux d’Alus, et il avait déjà oublié d’utiliser des questions et réponses pour guider les élèves. Au contraire, ce fouet de malice qu’était le pointeur du professeur n’était dirigé que sur Alus.

« Selon la classe, l’armée divise les magiciens en escadrons d’asservissement et les envoie. Les escouades sont normalement formées de quatre membres ou plus. C’est le plus petit nombre de personnes nécessaires pour maintenir une formation en cas d’événement imprévu. Contre les mamonos de classe A, les escouades sont principalement composées de deux chiffres, pour les classes B et C, les trois chiffres constituent la force principale avec pour la plupart un capitaine à deux chiffres. Pour les monstres classés en dessous, les magiciens à trois chiffres et en dessous sont le plus souvent assignés. »

Le ton déjà hostile d’Alus avait maintenant complètement perdu toutes les formalités typiques d’une relation étudiant-professeur.

Les élèves avaient été laissés pour compte et stupéfaits. Ils s’étaient tous tournés vers Alus.

Le professeur avait claqué ses dents. Ses joues avaient tremblé. « Indiquez-moi alors la procédure de demande d’un magicien à un chiffre. » Vu son expression désespérée, le professeur essayait soit de protéger sa fierté en tant que professeur, soit d’essayer de se satisfaire en poussant Alus dans une impasse.

L’information concernant les magiciens à un chiffre était confidentielle et tenue secrète. Il n’y avait aucun moyen pour qu’un étudiant puisse connaître la réponse.

Mais ce n’était pas le genre de question à poser à un membre actif à un chiffre.

Tesfia jeta un regard intéressé en direction d’Alus, tandis qu’Alice avait tout son corps tourné vers lui, et était impatiente d’entendre sa réponse.

« Les neuf magiciens à un chiffre ont le même rang qu’un général, et c’est le gouverneur général qui a autorité sur eux. Normalement, on leur assigne des mamonos de classe S et plus, mais s’il n’y a pas d’ordres actifs sur eux, ils peuvent se déplacer librement. On les appelle aussi des unités de commando. Une différence entre eux et les magiciens ordinaires est que leurs missions ne sont pas principalement l’extermination de mamonos non essentiels, mais la récupération et l’expansion du domaine d’une nation, » déclara Alus.

Comme la mâchoire du professeur touchait pratiquement le sol, il n’y avait aucun doute que l’explication d’Alus l’avait complètement stupéfait.

Alus se retourna pour regarder l’écran montrant les mamonos classés différemment. « Revenons au sujet qui nous occupe… Les mamonos deviennent plus forts en mangeant du mana. C’est pour ça qu’ils visent les humains. Comme les mamonos ont aussi un organe qui génère du mana comme les humains, le cannibalisme entre eux n’est pas inhabituel. J’ai mentionné qu’il y avait huit classes, mais il y a aussi un type spécial de classe appelée Variante. C’est le moment où deux mamonos ou plus fusionnent, ou plus rarement quand un mamono cannibalise un autre mamono ou mangent un humain. Il est difficile de leur donner une classe précise, et leur classe est estimée en additionnant les classes individuelles des spécimens. Ainsi, des événements malheureux comme le fait de laisser un mamono s’échapper, pour le retrouver une fois qu’il est devenu plus fort, sont quelque chose qui arrive de temps en temps. »

Alors Alus avait laissé échapper quelque chose d’inutile.

« Pour cette raison, même les mamonos de classe inférieure peuvent atteindre une classe supérieure par le cannibalisme répété ou d’autres méthodes. Et les mamonos de haut niveau cesseront d’être bloqués par la barrière. L’avancée des mamonos est actuellement entravée par la barrière déployée par Babel au centre des sept nations, mais les chercheurs estiment que la puissance globale de la barrière s’affaiblit chaque année… »

Après avoir dit cela et regardé autour de lui, Alus avait remarqué que tout le monde l’écoutait attentivement. Et il s’était rendu compte que s’il en disait plus, il finirait par parler de secrets top secret dont même le professeur n’avait aucune idée. « Est-ce assez, monsieur ? »

« … O-Oui. Asseyez-vous, je vous en prie, » déclara le professeur.

Alus feignit le calme et s’assit silencieusement.

Il pouvait entendre des conversations emplies de curiosités autour de lui.

☆☆☆

Partie 11

C’était exact. La barrière de Babel, responsable de l’arrêt de l’avance des mamonos, s’affaiblissait d’année en année.

Il avait été dit que la raison en était que la barrière devait être élargie pour couvrir les territoires regagnés, avec comme résultat que la force globale de la barrière s’affaiblissait à mesure que la zone qu’elle couvrait augmentait.

Dans le passé, les mamonos n’avaient même pas essayé d’approcher les territoires des sept nations, mais cette tendance commençait à changer progressivement. Dans les parties de la barrière qui étaient particulièrement faibles, même les mamonos de classe B avaient réussi à la franchir.

C’était quelque chose que peu de militaires savaient. 

Bien sûr, tous les magiciens avaient remarqué le nombre croissant de missions pour faire face à l’invasion des mamonos, mais aucun d’entre eux ne spéculait à haute voix à ce sujet.

Alus avait fini par divulguer cette information, mais comme son grade était confidentiel, ses remarques seraient balayées comme les ragots oisifs d’un étudiant de première année.

Il y avait maintenant, cependant, certains connaissaient la position d’Alus… et les visages de Tesfia et d’Alice étaient devenus pâles. Elles avaient arrêté de jeter un coup d’œil vers lui.

Alus s’était réprimandé d’avoir laissé échapper quelque chose comme ça, mais comme cela l’avait libéré de leur regard, il avait décidé de laisser faire.

Cependant…

Une fois la conférence terminée, quand l’heure du déjeuner avait commencé, Tesfia s’était précipitée vers lui. Elle avait tiré de force sur son bras et l’avait traîné sur le toit, Alice suivait de près derrière eux.

Du point de vue d’un spectateur, un homme et deux femmes qui s’enfuyaient comme ça, cela avait l’air de devenir indécents… mais comme deux des trois individus étaient Tesfia et Alus, la plupart de leurs camarades de classe s’étaient dit que c’était juste une dispute de plus.

Heureusement, comme les cours venaient de se terminer, il n’y avait personne sur le toit.

Tesfia avait ouvert la porte et avait poussé Alus sur le toit. Même si ce n’était peut-être pas leur intention, la façon dont Tesfia et Alice se tenaient à côté de la porte avait bloqué sa fuite.

Tesfia avait alors dit. « Qu’entends-tu par ce que tu as dit avant ? »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Alus.

Elle n’avait montré aucun signe d’excuse pour l’avoir brutalement forcé à aller sur le toit, mais Alus n’avait pas été particulièrement offensé par cela. Il s’était déjà résigné à ce genre de chose quand il avait laissé passer l’affaire.

« À propos de l’affaiblissement de la barrière de Babel, » déclara Tesfia.

« Ai-je dit quelque chose comme ça ? » Il avait ressenti un léger mal de tête quand il s’était rendu compte qu’il devrait payer pour sa gaffe, mais il avait essayé de faire semblant d’être ignorant. En fait, c’était le seul choix qui lui restait.

« Tu l’as fait !! » s’exclama Tesfia.

Tout ce qu’il avait pu faire, c’était hausser les épaules devant l’affirmation de Tesfia.

« Monsieur Alus, est-ce vrai ? » demanda Alice.

« Alors, qu’en est-il ? Ça n’a rien à voir avec vous deux. » Il avait essayé de rendre ça ambigu, mais cela ne fait que le confirmer dans l’esprit d’Alice.

Alice le regarda d’un air triste. Le vent ébouriffa ses cheveux châtains alors qu’elle faisait un pas en avant pour clarifier sa décision. « Cela a quelque chose à voir avec nous. Nous nous efforçons de devenir des magiciens pour aussi lutter contre les mamonos… alors, ne dis pas quelque chose de si triste, » dit-elle avec audace, avec une résolution sinistre.

Mais ce n’était là que les paroles de quelqu’un qui n’avait pas encore été confronté à l’inconnu. C’était un sentiment creux, non étayé par des éléments de fond.

Mais il était trop tard pour arranger les choses maintenant.

« Encore une fois, et alors ? Ce n’est pas quelque chose que des gens comme vous peuvent faire pour l’instant, » déclara Alus.

« C’est vrai, mais…, » balbutia Alice.

La réplique d’Alus était dure, mais s’il n’allait pas aussi loin, elle ne ferait que s’accrocher. Il avait dit « des gens comme vous », mais maintenant qu’elles connaissaient ses capacités, elles n’allaient pas discuter avec lui à ce sujet.

Elles n’avaient pas d’autre choix que d’accepter calmement la différence de capacité entre eux, et de serrer les dents sur la réalité défavorable.

« Tu te trompes !! » Tesfia avait rejeté la déclaration d’Alus.

Elle n’était pas aussi téméraire et émotive qu’hier. Au lieu de cela, elle réfutait sa façon de penser avec des yeux sérieux. « S’il n’y a pas de temps, il faut avoir honte de passer les trois prochaines années dans cet Institut. Ne devrions-nous pas être prêts à nous battre à l’improviste ? »

Ses cheveux roux brillaient au soleil et ses yeux étaient empli de sérieux.

Tandis qu’Alus pensait qu’elle était déraisonnable, il trouvait son apparence rafraîchissante.

Mais quand elle avait continué vers lui en poussant le doigt contre lui, comme pour lui dire. « Qu’en pensez-vous ? » L’impression profonde qu’il avait reçue pendant un moment avait disparu, laissant derrière lui ce qui n’était qu’une fille très compétitive.

Quand on y pense, le fait qu’elle ait dit cela signifie qu’elle avait effectivement passé son temps de façon décontractée. Bien sûr, si elle avait les compétences pour le prouver, il n’aurait rien à se plaindre.

Alors qu’il se moquait d’elle dans son esprit parce qu’elle n’était qu’une simple étudiante qui n’avait jamais vu un mamono, sa conscience d’elle-même était digne d’éloges. C’était digne d’éloges, mais — .

« C’est pour ça que tu nous entraîneras à combattre les mamonos, » déclara Tesfia.

« Impossible. » Alus avait immédiatement refusé.

« — !! »

Il était évident, en le regardant objectivement, qu’il refuserait, considérant que la façon dont elle se comportait n’était pas la façon dont vous demandiez une faveur.

Cependant, pour Tesfia, cette façon de demander était le résultat d’un conflit avec sa fierté, et finalement d’en subir la honte. C’est pour ça qu’elle ne s’attendait pas à être rejetée.

La façon dont elle avait été rendue sans voix, avec ses yeux qui tournoyaient en rond, était la définition même d’être abasourdie. Elle était complètement abasourdie.

« Monsieur Alus, s’il vous plaît, » déclara Alice.

« … Je vais y réfléchir. la directrice me l’a après tout demandé, » répondit Alus.

« — !! Hé ! » Puisqu’Alice avait demandé, et que la réponse d’Alus laissait place à la considération, Tesfia était revenue à la raison et avait protesté farouchement. « Pourquoi est-ce correct si Alice te le demande ? »

« Je me fiche que tu sois noble ou quoi, mais ce n’est pas comme ça que tu demandes une faveur à quelqu’un, » répliqua froidement Alus.

« Argh… »

Il semble que Tesfia n’ait pas été en mesure de réfuter l’argument parfaitement valable d’Alus. Heureusement, il ne semblait pas qu’elle allait le condamner pour insulte à la noblesse. Pour preuve, Tesfia semblait vouloir dire quelque chose, mais elle avait ravalé ses paroles.

« Tout d’abord, consacrer du temps à des gens comme vous serait un gaspillage, » déclara Alus.

Même si ces deux-là étaient sans aucun doute les meilleurs de leur classe, elles ne pouvaient toujours rien dire à propos d’un magicien à un seul chiffre.

« … Mais la directrice a dit que tu t’occuperais de nous ! » s’écria Tesfia.

« … » Alice avait fait à Alus des yeux de chiot. Ces yeux clairs voltigeaient d’enthousiasme et d’attente, dégageant une lumière éblouissante. Le regard invitait à la compassion tout en étant étrangement doux. C’était un peu injuste.

Et elle avait raison. Cisty lui avait en effet demandé, et Alus lui avait aussi donné une réponse quelque peu affirmative.

Peut-être étais-je trop hâtif, se dit Alus en secouant la tête. « Elle a dit que… Je pense… bien, bien, et toi ? »

« Eh !? »

Il avait entendu les intentions d’Alice et la directrice lui avait demandé. Mais la rouquine boudait et ruminait encore, alors il lui avait demandé de faire la même chose.

Tesfia avait redressé sa posture, et avait raclé sa gorge. Son regard s’éloigna d’Alus, compromettant peut-être sa fierté alors qu’elle commença à rougir. Après avoir posé une main sur sa poitrine et expiré, elle avait placé une de ses jambes en arrière et avait baissé la tête. « Pouvez-vous m’apprendre... » Elle avait ensuite levé le menton, avait effectué des yeux de chiot et avait cligné des yeux à plusieurs reprises.

« … » Alus l’avait regardée d’un air vide. Quel acte évident ! Il s’agissait clairement d’une répétition de la demande d’Alice qui avait réussi.

 

 

Après quelques secondes de silence, la fatigue mentale ou le sentiment de honte de Tesfia semblaient l’atteindre alors qu’elle se détournait et rougissait à nouveau. Ses lèvres tremblaient, comme si elle retenait à peine une tempête de plaintes.

Pendant ce temps, Alice avait décidé de se taire, se grattant la joue avec un sourire ironique.

« C’est une certaine humilité fière, » dit Alus avec sarcasme, la voyant faire preuve d’une humilité si évidente qu’elle ne pouvait pas être sincère à ce sujet.

Tesfia avait réagi brusquement, lui lançant un regard haineux en raison de la honte qu’elle ressentait.

Mais comme Alus avait vu le début des larmes se former dans ses yeux, il avait décidé de l’aider. « Je plaisantais… »

« Tu es vraiment le…, » commença Tesfia.

« J’ai dit que je m’occuperais de vous, mais je vais prioriser mes propres recherches. Il n’y a aucune garantie que vous deux deviendrez des magiciens utiles, » déclara Alus.

« Qu… »

La façon unilatérale de parler d’Alus avait dû sembler horrible aux deux filles qui s’efforçaient de devenir magiciennes.

Alice poussa un soupir maladroit et se gratta la joue, mais il était évident que Tesfia, inébranlable, n’allait pas pouvoir l’accepter. Ou plutôt, si elle ne répondait pas et n’exprimait pas ses frustrations, son visage rouge ne redeviendrait jamais normal.

« Tu ne peux pas le dire tant qu’on n’a pas essayé. Peut-être qu’on deviendra assez fortes pour pouvoir se battre aux côtés de toi. » Son ton était doux, et elle ne montrait aucun signe d’éruption d’émotion comme avant.

Alus pensait qu’elle en avait déjà assez appris. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Vous êtes considérées comme excellentes, non ? »

Alors qu’elles avaient encore des réserves, cet éloge tout à fait inattendu venant d’Alus avait momentanément fait surgir une expression de surprise sur leur visage.

« … Bien sûr, » répondit Tesfia, en mettant autant de calme dans son visage qu’elle le pouvait.

Normalement, c’était là qu’elle le déclarerait avec confiance, mais avec le magicien numéro 1 en face d’elle, personne ne pouvait lui reprocher de défaillir.

Mais Alus soupira, et corrigea le malentendu. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Il n’y a aucune garantie que tous les excellents magiciens seront utiles au combat. Vous n’avez jamais vu les mamonos, n’est-ce pas ? »

Son ton de voix ne les regardait pas de haut. Il ne faisait pas non plus étalage de son propre pouvoir. C’était plutôt le ton de quelqu’un de plus âgé qui parlait aux enfants, avec une certaine prudence.

Tandis que les deux filles auraient dû voir des mamonos dans leur matériel de classe, ce n’était pas ce qu’Alus voulait dire. Les deux filles le savaient manifestement, et elles hochèrent la tête. C’était tout à fait naturel.

Il n’y avait pas que ces deux filles, dans ce cas. Il ne serait pas exagéré de dire qu’aucun des étudiants de l’Institut ne l’avait fait. Alus disait qu’elles étaient encore inexpérimentées. Il croyait que vous n’étiez pas un magicien à part entière jusqu’à ce que vous ayez au moins tué un mamono.

En fait, c’était l’événement critique après laquelle on pouvait dire si une personne serait utile ou non en tant que magicien. Une montagne que tous les magiciens avaient dû traverser.

Ce n’était pas tout ce qu’il y avait de nécessaire pour être un magicien, mais Alus avait laissé cela de côté pour l’instant et avait continué. « Il y a ceux qui ne peuvent pas utiliser la magie face à un mamono. Si cela se produit, il sera très difficile pour ce magicien de sortir dans le monde extérieur. Donc, même si je vais de l’avant avec votre formation et que vos rangs augmentent un peu, on ne sait pas si cela mènera vraiment à quelque chose. »

« Hmph… ce n’est pas un problème. C’est quelque chose qu’on découvrira quand on essaiera, » déclara Tesfia.

Tesfia avait ignoré l’affaire, mais d’après l’expérience d’Alus, c’était le genre de personne qui était inutile au combat, et il lui avait fait un regard cynique. Il n’avait rien dit à haute voix parce qu’il ne voulait pas répéter la même erreur qu’avant.

Les gens acceptaient les choses différemment. Alice, contrairement à Tesfia, accepta les mots d’Alus comme ceux du magicien n° 1 avec un regard doux sur son visage.

Quelqu’un comme Tesfia qui avait sous-estimé son adversaire était un problème. Et il n’y avait rien à gagner à agir timidement avant même le début d’une bataille, comme Alice. Il ne s’agissait pas de savoir si l’une était meilleure que l’autre, mais Alus croyait que le premier était plus susceptible de mourir tôt.

« Nous allons commencer aujourd’hui, » déclara Tesfia.

Le léger mal de tête d’Alus s’était aggravé lorsque Tesfia avait pris le contrôle. Même la dignité d’être classé premier n’avait aucune chance face à cela. Bien sûr, c’était juste limité à Tesfia.

Mon temps…

Soudain, Tesfia avait hésité, marmonnant. « Alus et Alice… » Elle s’était mise à parler toute seule, à ruminer quelque chose. « … C’est trop déroutant. »

Qu’est-ce que cette rousse dit ? Alus se déclara ça à lui-même alors qu’une envie sérieuse de retourner à la salle de classe commençait à gonfler à l’intérieur de lui. Mais avec les filles devant la porte, sa voie d’évacuation était bloquée. C’est pourquoi il attendait silencieusement qu’elle continue.

« C’est trop déroutant, alors changeons ton nom, » déclara Tesfia.

Cet ordre hors du commun lui avait été donné par quelqu’un qui le connaissait depuis deux jours.

Cette suggestion laissa même Alice abasourdie, et sa mâchoire se relâcha avant de se transformer en un sourire amer. Finalement, elle s’était excusée auprès d’Alus, comme pour dire qu’elle était habituée à l’arrivisme de sa meilleure amie.

Même si toute logique avait été ignorée, c’est Alice qui devrait changer son nom, pas lui. Ou j’aimerais le dire, mais ce n’est pas le moment. En fait, pourquoi dois-je m’impliquer dans quelque chose d’aussi illogique, Alus s’était dit qu’il en avait assez de se sentir rejeté par elle. « Continue de parler. »

Répondre à Tesfia était un gâchis… mais le dire l’énerverait. Ou peut-être pas, en posant le doigt sur son menton et en disant : « Et Al ? Tu es Alus, alors… Al. »

« Comment suis-je censé répondre à ça ? » Alus avait eu du mal à répondre à un surnom qu’il n’avait jamais reçu auparavant. Quand il avait été dans l’armée, il y avait eu une période où on l’appelait par son numéro, mais il avait été appelé par son nom bien plus souvent.

Non, il y en avait un qui l’avait appelé comme ça…

Alice, contrairement à un Alus confus, semblait heureuse. « Oui, c’est bien. Monsieur Al semble plus accessible. »

« Alors c’est décidé. » La suggestion surprenante avait été approuvée après l’implication d’Alice. Il semblait que la propre volonté et l’assentiment d’Alus n’étaient absolument pas nécessaires à la décision.

Cependant, le « Monsieur » d’Alice était quelque chose qu’il ne pouvait pas ignorer, alors il avait décidé d’arranger ça. « Alice, tu n’as pas besoin d’ajouter un Monsieur à mon prénom. Je n’ajouterai pas de Mademoiselle au tien. »

« C’est vrai, c’est un peu formel. » Alors qu’un sourire éclatait était présent sur le visage d’Alice, toute raideur d’hier disparut.

« Al, hein…, » Alus avait bougé la bouche, mais il n’était pas sûr si sa voix sortait. La seule chose dont il était sûr, c’est que Tesfia et Alice ne l’avaient pas entendu. C’était juste une syllabe de moins, mais le son était complètement différent et cela lui avait laissé une sensation étrange. C’était une émotion qu’il n’avait jamais ressentie auparavant, presque vexante ou chatouilleuse.

Peut-être parce qu’elles avaient son âge… Quoi qu’il en soit, il ne ressentait pas un fort sentiment de rejet à son égard. Tout au plus, il se sentait bêtement concerné par sa dignité en tant que numéro un apparemment en voie de disparition.

Par conséquent, Tesfia et Alice étaient probablement les seules à se sentir soulagées et rafraîchies par cela.

« Ah !! On doit se dépêcher de rentrer !! » déclara Tesfia.

Alus n’avait pas l’impression que beaucoup de temps s’était écoulé, mais Tesfia l’avait crié, puis s’était rapidement précipitée et avait posé sa main sur la poignée de la porte avant de retourner vers Alus. « Merci, Al... désolée d’avoir pris ton temps. » Ses mots de gratitude semblaient loin d’être heureux.

Eh bien, cela s’améliorerait probablement avec la connaissance de l’autre, mais si elle se sentait gênée par un surnom qu’elle avait elle-même trouvé, elle n’aurait rien dû dire au départ… Alus pensa avec exaspération à tout cela.

Mais alors qu’il pensait cela, Tesfia avait déjà franchi la porte.

Et avant qu’Alice ne la suive, elle s’inclina poliment devant Alus avec un visage plein de joie. « Merci, on se voit après l’école, Al ! »

« Qu’est-ce que tu fais, Alice ? Si tu ne te dépêches pas, l’heure du déjeuner sera passée, » déclara Tesfia.

Alice avait répondu à la voix de Tesfia de l’autre côté de la porte avec un « J’arrive » et avait quitté le toit.

Laissant Alus juste derrière. « En parlant d’égoïsme, » il marmonnait à lui-même.

Bien sûr, ces paroles s’adressaient à Tesfia. Elle l’avait forcé à monter sur le toit, et dès qu’elle avait fini, elle l’avait laissé seul. Quelqu’un qui regarderait pourrait mal interpréter la situation comme si Alus avait été rejeté par Tesfia et Alice.

☆☆☆

Partie 12

Cela avait pris un peu de temps jusqu’à ce qu’Alus songe à retourner dans l’école pour le déjeuner.

« … Je suppose que je vais aller à la cafétéria aujourd’hui. » Sa voix résignée présentait un soupçon de fatigue mentale mêlée à ça. Il s’agissait de quelque chose qu’un repas du midi n’aurait pas pu dissiper alors que cette fatigue s’était accumulée en lui.

Mais il avait manqué de chance sur la route qu’il avait choisie pour éviter toute attention.

Alus avait décidé de passer par le couloir du deuxième étage près du laboratoire de recherche de la faculté, couramment utilisé uniquement par le personnel.

« Monsieur, à propos de votre cours sur les mamonos… » La voix d’une fille qu’il avait entendue il y a quelques instants lui avait atteint les oreilles.

Avec la porte entrouverte, sa voix avait atteint le couloir. L’image d’une étudiante d’honneur passionnée était apparue dans l’esprit d’Alus. C’était des choses qu’Alus savait déjà, et elle aurait pu le lui demander, mais il était étudiant et avait des responsabilités différentes de celles d’un enseignant.

Eh bien, on n’y pouvait rien. En fait, le simple fait de l’entendre lui avait donné envie de grogner un peu.

Alus passa sans s’arrêter, jetant simplement un coup d’œil dans le laboratoire. Là, il vit la petite fille aux cheveux roux, ouvrant un texte à deux mains. Son ton était enthousiaste comme toujours, et ses yeux étaient sérieux.

Bon sang, comme c’est impatient…

Alors qu’il pensait cela, il lui vint à l’esprit qu’il pourrait devoir revoir son opinion d’elle.

En fin de compte, elle était immature et inflexible, et elle essayait d’être sincère envers elle-même tandis que sa fierté de noble et son visage d’étudiante d’honneur la pesaient.

Elle était, à sa façon — droite, pure et innocente à cause de cela.

Alus était plus loin sur ce chemin, mais il sentait qu’il ne devait pas se mettre en travers de la route pour qu’une jeune pousse puisse se développer. Mais c’était une façon de penser qui ne correspondait pas à son âge. Il se sentait même vieux, en y pensant.

Comme il n’avait vécu que 16 ans, il était trop jeune pour avoir cet état d’esprit.

« Je crois que vous en avez parlé pendant le cours, mais il y a quelque chose que je n’ai pas compris au sujet de la Classe A. Ce qui m’intrigue, c’est ce texte qui parle de “mitose”… »

« Ah, oui, à propos des clones produits par reproduction asexuée… »

Alus n’était pas resté pour écouter. Il s’en était allé avec un sourire ironique alors que le professeur semblait hésiter à parler.

Il s’agissait d’une question liée à l’origine de mamonos, en d’autres termes, l’embryologie. Et lorsqu’il s’agissait de cloner la technologie, que l’humanité n’arrivait pas à perfectionner, il n’y avait aucun moyen pour qu’un enseignant puisse répondre. S’il le pouvait, ça répondrait à de multiples mystères autour des mamonos. Il en résulterait une amélioration spectaculaire des connaissances de l’humanité sur les mamonos.

Mais cette question née du doute pur avait fait douter Alus de son sens.

Même si elle recevait gentiment une explication du professeur, elle ne comprendrait probablement rien à tout cela.

Alus avait continué à se diriger directement vers la cafétéria, mais quand il y était arrivé…

« C’est sûr qu’il y a du monde. » Mais rebrousser chemin dès l’arrivée lui avait semblé être un trop grand gaspillage. Pendant qu’il grimaçait face à la congestion, il avait choisi de l’endurer et de s’aligner pour pouvoir s’y référer à l’avenir.

La cafétéria était comme un marché alimentaire, avec des entreprises alimentaires célèbres alignées les unes à côté des autres, y compris beaucoup de restaurants bien connus adaptés pour la prestigieuse Seconde Institue de Magie.

Alus sentait qu’il perdait son temps, mais il avait quand même déplacé ses yeux sur les multiples menus du tableau lumineux. Fondamentalement, il n’avait besoin que de se nourrir, mais avec tant de choix, il ne savait pas trop quoi choisir.

Après avoir choisi le plat du jour, le tour d’Alus était arrivé. Une vieille dame bien rangée était au comptoir, portant un bandana triangulaire et un tablier, avec un large sourire sur le visage.

« Je prendrai le plat du jour, » déclara Alus.

La vieille dame avait un regard empli de doute dans les yeux alors qu’elle tendait la main.

« Quoi ? » demanda Alus.

« Où est votre ticket restaurant ? Est-ce votre première fois ? » demanda la femme.

« C’est exact, » déclara Alus.

Après avoir acquiescé d’un signe de tête compréhensif, la vendeuse avait pointé son doigt, comme pour dire « Là-bas ». Dans cette direction, il y avait un distributeur de tickets-repas, avec encore une autre ligne de personnes.

Saisissant le sens, Alus avait quitté le comptoir, la tête basse. Une expression troublée apparut sur son visage à l’idée de faire la queue à nouveau.

Dans les cafétérias militaires, il suffisait d’apporter un plateau et la nourriture était mise sur le dessus. Mais il semblait qu’un institut ordinaire était différent.

Alors que les cours de l’après-midi approchaient rapidement, Alus atteignit le distributeur automatique, mais alors il fronça les sourcils dans la confusion. Le distributeur automatique était rempli à ras bord de touches tactiles. Le simple fait de chercher le plat du jour était pénible.

« Pfft, le fait d’avoir beaucoup de choix n’est pas si génial… hm ? » murmura Alus.

Assez perplexe, peu importe combien de fois il avait appuyé sur le bouton, aucun ticket-repas n’avait été émis. Après avoir attendu si longtemps, sa frustration s’accumulant, Alus sentit une irritation s’accumuler à l’intérieur de lui.

Pour une raison ou une autre, les gens autour de lui l’avaient regardé comme s’il était un péquenaud de la campagne. Certains semblaient même se moquer de lui.

Il s’en fichait, mais comme c’était le résultat de ses efforts, les bords de sa bouche avaient tremblé. Et son index était déjà plié vers un poing.

« H-Hey ! Qu’est-ce que tu fais ? »

Quand Alus s’était retourné, il avait vu la rousse qu’il avait croisée. Et elle avait l’air un peu abasourdie.

« J’abandonne. Jusqu’à quel point essaies-tu d’attirer l’attention sur toi, en agissant de cette façon devant tant de gens ? » demanda-t-elle.

« Qu’est-ce que je suis censé faire ? Ce truc s’est cassé juste quand c’est devenu mon tour, » déclara Alus.

« Pousse-toi de là, » déclara Tesfia.

En regardant Tesfia couper à travers la ligne, Alus se plaça sur le côté.

Se tenant à bonne distance d’Alus, elle posa les mains sur ses genoux et se pencha en regardant le distributeur automatique.

Elle avait de longs cils, une peau fine et un nez droit. Objectivement, son attrait en tant que femme se détachait. Mais Alus ressentait encore un certain doute.

Juste à ce moment-là, Tesfia, sentant peut-être son regard, l’avertit d’un murmure. « La directrice t’a dit de ne pas attirer l’attention pour protéger ton secret, non ? » Après ça, elle s’était tournée vers le distributeur comme si elle n’avait pas le choix.

En voyant Tesfia examiner la machine, le spectacle s’était terminé alors que les regards le ridiculisant disparaissaient. Cependant, il n’y avait bien sûr aucun message d’erreur.

Après quelques secondes, Tesfia poussa un soupir. « N’as-tu jamais utilisé de distributeur automatique ? »

« Je les connais, mais je n’en ai jamais utilisé. Dire que j’aurais été rejeté à ma première tentative…, » déclara Alus.

« Bon sang, as-tu vécu sous un rocher ? » demanda Tesfia.

Alors que Tesfia déclara ça, elle avait montré du doigt le message « Insérez la monnaie » dans le coin de l’écran. « Comptais-tu manger sans payer ? » Elle avait l’air amusée par le comportement d’Alus, autant qu’elle avait l’air étonnée.

Cependant — .

« Hein ? Me dis-tu que ce truc veut me faire payer ? » demanda Alus.

« Hé !! » Tesfia avait tiré sur sa manche et l’avait forcé à se baisser. Elle s’était accroupie alors au même niveau, mettant sa main autour de sa bouche. « Es-tu fou ? Ce sont tous des restaurants de haute qualité, bien sûr ils ne te nourriront pas gratuitement ! Si tu veux manger, tu paies. C’est du bon sens ici. Même si tu n’as pas l’argent en main, tu peux utiliser ta carte de paiement de nos jours. Par ici, tu vois ? » Elle avait expliqué tout cela comme si elle faisait la leçon à un enfant.

« Je ne me balade pas avec ma licence, » déclara Alus.

« Hein ? N’as-tu jamais rien acheté sur le terrain de l’Institut ? » demanda Tesfia.

« Bien sûr que je l’ai fait. Mais je n’ai jamais utilisé l’argent pour me nourrir. De plus, j’avais l’intention de jeter ma licence à la poubelle quand je suis entré à l’Institut, » déclara Alus.

En entendant la remarque erratique d’Alus, Tesfia avait jeté un coup d’œil autour d’eux. Heureusement, il semble que personne ne les espionnait.

Et bien sûr, ils ne le feraient pas. Dans un autre univers, Alus aurait pu être à six ou sept chiffres. Et face à ce genre de résultat, Tesfia pourrait comprendre que quelqu’un veuille se débarrasser de sa licence par pure déception.

Non, elle ne pourrait pas non plus comprendre ça.

Le plus important, c’est qu’il avait reçu sa licence de la principale. Elle ne savait pas s’il l’avait jetée de nouveau, mais il était difficile d’imaginer que quelqu’un qui jetterait quelque chose d’aussi précieux l’emporterait avec lui.

« Ce qui veut dire…, » déclara Tesfia.

« Je n’ai même pas un sou, » déclara Alus.

« Bien sûr…, » déclara Tesfia.

Tesfia s’y attendait, mais en entendant Alus le dire à voix haute, elle avait affaissé ses épaules. Elle avait ensuite sorti sa licence de sa poche et avait froncé les sourcils pendant un moment, avant de l’appuyer contre le capteur du distributeur automatique. « Urk... !? » Un glapissement amer lui échappa de la gorge.

Après cela, ses épaules étaient tombées encore plus bas. « Qu’est-ce que tu prends ? »

Elle avait dû japper en voyant le solde restant, et Alus se souvient d’avoir vu des militaires réagir de la même façon au sujet du solde de leur compte. « Et toi, qu’en penses-tu ? N’es-tu pas venue ici pour manger ? »

« Je suis par là-bas. J’ai demandé à Alice d’acheter quelque chose pour moi pour que je l’apporte en classe, alors j’aimerais vraiment me dépêcher. » Tesfia était probablement seule parce qu’elle avait une question pour le professeur. Elle indiqua la direction d’un kiosque un peu bon marché parmi le grand nombre de boutiques somptueuses. On aurait dit le genre de kiosque où les étudiants en difficulté financière pouvaient manger.

« N’es-tu pas de la noblesse ? Es-tu à court d’argent pour le déjeuner ? » Alus s’exprima de façon réfléchie, avant de se maudire à l’intérieur. C’était la vérité qu’il n’avait pas une haute opinion de la noblesse. Mais vu la fierté de Tesfia, sa remarque était probablement imprudente.

Il avait déjà assez attiré l’attention avec le problème du distributeur automatique. Mais contrairement à ses attentes, la réaction de Tesfia avait été calme. « Hmph, bien sûr que non. J’ai demandé à ma mère l’impossible en étant autorisée à entrer dans l’Institut. Elle paie déjà les frais de scolarité, alors je fais le reste toute seule. »

Ses paroles semblaient rebelles, mais son ton n’était pas dur. Elle avait accepté sa situation à la suite de son propre choix. Tout en souriant.

Elle ne le rejetait pas non plus. Elle faisait du mieux qu’elle pouvait par ses propres forces, alors elle pouvait honnêtement se vanter.

Alus avait l’impression d’avoir vu un côté inattendu de Tesfia. Cela dit, il n’était pas du genre à être réservé. « D’accord, alors je t’emprunterai ton déjeuner. Je pourrais aussi bien manger au kiosque. »

« C’est très bien. Je te rends juste la faveur…, » déclara Tesfia.

Après avoir chuchoté cela, Tesfia avait soudain fait une expression sérieuse avant de continuer, semblant quelque peu mortifiée. « La vérité est que… je sais. Tu te retenais pendant le simulacre de bataille, n’est-ce pas ? »

« Hm ? Non, c’est —, » commença Alus, puis son regard se tourna vers le sujet inattendu.

En revanche, Tesfia sourit largement. « Je suis toujours à quatre chiffres, après tout. Eh bien, je n’ai pas pu le dire tout de suite, mais après avoir pris le temps d’y réfléchir… »

« — Je vois. Désolé. »

Il n’avait pas à s’excuser pour ça, mais Alus se sentait étrangement agité.

« Si ça ne te plaît pas, pourquoi ne le vois-tu pas comme mes frais de scolarité pour tes leçons ? » demanda Tesfia.

« Hmm… »

Alus avait réfléchi un instant à cette suggestion. Cela semblait raisonnable à titre de compromis, mais normalement, les frais de scolarité pour les leçons classées actuellement au premier rang étaient beaucoup plus élevés que ceux d’un déjeuner.

Cependant, il pourrait le considérer comme un investissement dans ses faibles perspectives. Alus avait la mauvaise habitude de toujours voir ce genre de choses d’une manière pragmatique. Après s’être convaincu par la force, il avait accepté sa suggestion. « Alors c’est ce que je vais faire. »

Il pensait qu’il n’était pas nécessaire de répondre à sa bonne volonté avec cynisme.

Alors qu’il avait répondu, il s’était dirigé vers le kiosque, suivant le petit dos de Tesfia quelques pas devant lui comme guide. En regardant sa queue de cheval rebondissante, il se dit qu’elle était sincère malgré son manque d’argent.

Quand il pensait comme ça, il ne pouvait plus sentir ce côté piquant venant de son petit corps.

Pendant ce temps, Tesfia s’était arrêtée sur ses pas. « Quoi ? » Elle se retourna et son regard suspicieux montra une méfiance évidente, même si ses mouvements étaient timides et maladroits.

« Qu’est-ce que tu veux dire par quoi ? » demanda Alus.

« … Si tu as quelque chose à dire, dis-le. Tu me regardais fixement. » Apparemment, elle était très consciente du regard d’Alus.

En fait, il avait pensé à quelque chose en la regardant. « Eh bien… » Alus hésita un instant, mais la suspicion dans les yeux de Tesfia ne disparut pas. Au contraire, c’était devenu plus fort.

Mais les mots suivants d’Alus avaient provoqué une situation inattendue, bien qu’il n’ait pas beaucoup de sens pour lui. Il posa la main sur son menton et dit ce qu’il avait en tête. « Quand je te regarde, je pense, tu es plutôt mignonne. Tu es naturellement belle et tu as l’air d’être populaire auprès des garçons… voilà ce qui… j’étais en train de réfléchir. »

Les épaules de Tesfia tremblèrent, et elle se retourna comme pour s’enfuir au lieu d’attendre pour entendre tout ce qu’il avait à dire.

C’était exact — comparé à la plupart des filles, il y avait une différence claire entre sa beauté et la leur. C’était évident d’après les regards qu’elle recevait de ceux qui l’entouraient. Même ses yeux inébranlables étaient adorables.

Bien sûr, ce n’était qu’une évaluation générale et non quelque chose dont Alus lui-même était particulièrement conscient. Et c’est pourquoi il ne comprenait pas les regards jaloux qu’il recevait des étudiants masculins.

C’est probablement ainsi parce qu’Alus, ayant grandi dans le monde extérieur, ne sentait aucune attirance pour la beauté d’un bijou intouchable. Mais il sentait son cœur purifié par son sourire naïf et innocent. C’est pour ça qu’il l’avait mentionné si gentiment.

Il n’y avait pas eu de signification plus profonde en arrière-plan, c’était juste quelque chose qui était sorti de sa bouche.

La zone environnante était devenue silencieuse de façon inattendue. C’était probablement parce qu’ils avaient entendu ce qu’Alus avait dit. Alors que la cafétéria qui était pleine d’agitation était maintenant silencieuse, la voix d’Alus s’éleva jusqu’au couloir.

« Quoi — ! Qu’est-ce que tu dis… ?? » La voix de Tesfia était faible, son dos tourné vers Alus.

Voyant cela, Alus avait parlé d’un ton perplexe. « Hé, et maintenant. » Il était passé devant elle et s’était retourné. Quand il l’avait fait, il l’avait vue presser sa licence contre sa poitrine pour calmer son cœur battant la chamade. Son visage était visiblement rouge, ses yeux baissés et ses lèvres tremblaient. « Si on ne se dépêche pas, l’heure du déjeuner va se terminer. »

« Tais-toi !! … Idiot… C’est ta faute… » répliqua Tesfia, tout en se dirigeant rapidement vers le kiosque et en ramassant de la nourriture sans dire un mot. Ensuite, elle avait déposé sa licence en disant : « Tenez, madame, » et elle avait payé la facture.

« Hé, ma nourriture… »

Tesfia avait déjà terminé sa transaction, donc la voix d’Alus était vaine.

L’instant d’après… « Fia, hey ! » Une voix s’était fait entendre de loin, peut-être après s’être lassée d’attendre.

En regardant dans cette direction, Alus pouvait voir Alice agiter la main avec un sourire éclatant. « Oh, on dirait que ton amie est là — Hé ? » Alus avait encore essayé de regarder son visage.

Mais son corps avait sauté comme un diable à ressort.

Il n’avait aucune idée de ce qu’elle pensait, mais après son saut, elle avait couru vers Alice. Le visage de Tesfia était rouge betterave, mais Alus n’avait aucun moyen de le savoir.

« Euh, alors que dois-je faire ? » Il se gratta la joue avec un regard perplexe tout en observant la rousse rebondir.

Finalement, n’ayant pas d’autre choix que de la pourchasser, Alus avait déjeuné avec une Tesfia au comportement suspect et une Alice confuse qui veillait sur elle.

☆☆☆

Partie 13

Après l’école ce jour-là, Alus avait fini par s’occuper des deux excellentes novices.

Il n’était pas nécessaire de dire que cela avait bouleversé les plans d’Alus.

Il s’était déjà préparé à sacrifier ses heures de sommeil pour compenser. Cela dit, avec les événements qui s’étaient produits au déjeuner, ce n’était pas si difficile de changer de rythme. Il s’attendait à quelque chose comme ça, c’est pour cela qu’il avait séché les cours pour la 5e et la 6e heure.

Passant le temps efficacement et s’arrêtant au bon endroit, Alus avait fouillé dans les bagages qu’il avait apportés à son arrivée. « Je suis sûr de l’avoir apporté dans mes bagages… !! »

Devant lui se trouvait une valise assez grande pour contenir une personne. Quand il était arrivé à l’Institut, il l’avait farci de force avec ses articles personnels. Malheureusement, il n’y avait rien dedans qui pourrait intéresser les garçons et les filles de son âge.

Mais c’était peut-être une montagne de trésors pour ceux qui étaient profondément impliqués dans la magie.

En réalité, comme Alus avait toujours été dans l’armée, il n’avait jamais eu le temps de se consacrer à la mode, aux passe-temps ou autres loisirs. D’un autre côté, il n’avait jamais eu les dispositions ou l’envie de s’adonner à des passe-temps ou à des divertissements.

Obtenir le grade de numéro un n’était pas le fruit du hasard. Il ne pouvait pas passer du temps sur un tas de passe-temps juste parce qu’il avait du talent.

Finalement, Alus avait trouvé ce qu’il cherchait. Il était au fond de la malle, clairement visible. Certains diraient même que c’était un déchet.

Il ressemblait à un morceau de bois ordinaire. Mais sa surface était différente.

S’il n’y avait eu qu’un morceau d’écorce, ça aurait été une chose, mais personne de sensé n’aurait voulu y toucher.

« Apporter ça était le bon choix, » murmura Alus.

C’était quelque chose qu’il avait utilisé pendant son entraînement dans l’armée. Ce n’était pas quelque chose que l’armée avait fourni, et c’était un objet personnel. Il n’était pas fait de bois, et ce n’était pas quelque chose d’aussi simple qu’une arme d’entraînement.

Après tout, le matériel utilisé faisait partie d’un mamono (variante, estimée de classe A) appelé Salqueroit qu’Alus avait tué.

Alus l’avait fait fabriquer spécialement, avec la carapace du mamono comme composant principal. Il avait également eu pour effet de perturber le mana. Plus précisément, lorsqu’il détectait le mana, il allait rapidement le faire osciller et le disperser.

Quoi qu’il en soit, cela serait utile pour l’entraînement de Tesfia et d’Alice, et surtout, Alus n’aurait pas à perdre son temps précieux entre-temps.

Il s’agirait d’un menu de formation irresponsable, mais il faudrait que les deux parties considèrent cela comme quelque chose d’inévitable.

Le carillon, signalant la fin des cours pour aujourd’hui et le début de l’impitoyable assaut de l’après les cours, avait retenti.

Mais tous les élèves étaient ambitieux. Les cours étaient peut-être terminés, mais seuls quelques étudiants étaient rentrés chez eux tout de suite.

De nombreux étudiants s’étaient rassemblés sur les terrains d’entraînement après l’école. Hier, il était réservé à trois étudiants — plus une personne — mais c’était généralement un point chaud pour les étudiants, quelle que soit leur année scolaire.

Bien sûr, si l’on ne réservait pas une place bien, il n’y aurait pas de place libre. De plus, les troisièmes années proches de l’obtention du diplôme avaient été classées par ordre de priorité dans les réservations. La raison pour laquelle tant d’individus de la classe inférieure les observaient était d’étudier leurs techniques dans leurs batailles simulées.

Il était donc inévitable que la plupart des spectateurs soient des étudiants de première année.

Tesfia et Alice étaient convaincues que l’entraînement d’Alus aurait lieu sur les terrains d’entraînement, c’est pourquoi elles s’y étaient rendues directement. Cependant, les terrains étaient déjà pleins d’individus de troisième année.

« Hein !? »

Les deux filles avaient déjà revêtu leur uniforme d’entraînement. Mais en voyant les terrains d’entraînement pleins à craquer, elles avaient failli laisser tomber leurs AAR en raison d’une déception totale.

En même temps, elles étaient bombardées de regards. Bien qu’il ne soit pas clair si c’était dû au fait que les élèves de la classe supérieure étaient subjugués par les deux belles filles, ou si on les regardait de haut pour être arrivée en retard. Quoi qu’il en soit, la plupart des élèves avaient arrêté ce qu’ils faisaient lorsque les deux filles étaient arrivées.

« Ce type ne s’est pas enfui, n’est-ce pas !? » demanda Tesfia.

« Je ne pense pas qu’il le ferait. Et maintenant que j’y pense, nous n’avons pas vraiment décidé d’un lieu, » déclara Alice.

Tesfia avait des soupçons, mais Alice l’avait calmée grâce à un bon raisonnement. Mais même Alice n’avait pas pu s’empêcher de sourire amèrement à la façon dont Tesfia appelait le magicien n° 1 « ce type ». Elle pensait que Tesfia était trop gênée pour utiliser son surnom.

Eh bien, sans ce qui s’était passé entre Tesfia et Alus, Tesfia aurait pu montrer plus de respect et utiliser son propre prénom.

Bien sûr, Alice ne savait pas ce qui s’était passé à la cafétéria.

« Alors où est-il !? » demanda Tesfia.

« … » Alice n’avait pas la réponse à cette question, alors que tout ce qu’elle pouvait faire, c’était incliner la tête.

Un peu plus tard, les deux filles étaient arrivées dans un nouveau bâtiment qui avait été construit cette année sur un espace dégagé sur le vaste terrain de l’Institut. Il n’était pas loin des bâtiments principaux et semblait destiné aux nouveaux membres du corps professoral. Par conséquent, avec si peu d’enseignants présents, ce n’était pas un endroit où les élèves pouvaient s’approcher. Et il avait fallu un certain temps avant qu’elles n’atteignent le dernier étage de l’immeuble.

Ça avait été plus dur qu’elles ne l’auraient cru pour retrouver Alus. Quittant le terrain d’entraînement, elles s’étaient dirigées vers le dortoir des hommes et avaient demandé le numéro de chambre d’Alus Reigin à l’accueil. On leur a dit qu’il n’y avait pas d’étudiant de ce genre dans le dortoir.

Après s’être promenées pendant un certain temps, elles étaient passées devant le bureau de la directrice, se rendant compte qu’elles pouvaient simplement le demander à la directrice Cisty.

La directrice avait été déconcertée par le fait qu’elles n’avaient même pas frappé avant d’entrer dans son bureau, mais c’était probablement inévitable, bien que Tesfia ait fait quelque chose d’aussi irréfléchi, ce qui était indigne de la noblesse.

La directrice Cisty pouvait plus ou moins deviner leur situation et ne les avait pas réprimandées. Si cela avait été quelqu’un d’autre que Tesfia et Alice, le résultat aurait probablement été différent. Pour maintenir l’ordre dans l’Institut, elle les aurait fait subir un enfer… c’est du moins ce qu’elle voulait croire.

Elle leur avait finalement dit où se trouvait Alus et elles avaient quitté précipitamment le bureau de la directrice, ignorant que Cisty les regardait affectueusement.

« Est-ce vraiment le bon endroit ? » demanda Tesfia à Alice. C’était une question rhétorique. Après tout, personne ne pouvait se tromper sur l’endroit dont la directrice leur avait parlé.

La dernière zone de l’immeuble, tout en haut, était tout un étage fait pour une seule personne.

Il y avait une porte de sécurité de pointe, mais elles ne sentaient aucune atmosphère lourde ou oppressante devant elle. Au contraire, c’était anormalement simple. Le panneau sur le côté de la porte d’apparence normale était évidemment une serrure de sécurité. Cela allait fonctionner en plaçant la paume de votre main sur le panneau, puis il lisait ensuite les informations de votre mana. Et la porte ne s’ouvrirait qu’aux utilisateurs autorisés.

Tesfia avait enfoncé la sonnette.

Peu de temps après, la porte s’ouvrit lentement. Bien que la porte paraissait simple, elle était aussi épaisse que la main d’une personne.

Les deux filles avaient jeté un coup d’œil timidement à l’intérieur, et avaient vu des machines et des outils qu’elles n’avaient jamais vus auparavant. Contrairement à l’aspect flambant neuf de la pièce, elles sentirent l’odeur des moisissures provenir de là. En regardant de plus près, elles avaient vu de petites piles de livres si vieux qu’ils ne seraient jamais placés sur une étagère. Les murs étaient blancs et semblaient brillants.

« Tsk, donc vous êtes déjà là, » déclara une voix d’homme.

Tesfia et Alice avaient entendu un clic de langue quelque part. Elles avaient regardé autour d’elles, mais n’avaient pas trouvé Alus.

En y regardant de plus près, elles avaient constaté que la salle était quatre fois plus grande qu’une salle de classe ordinaire pouvant accueillir 40 élèves. La taille était anormale en soi, après tout, elle était beaucoup trop grande pour être utilisée par une seule personne. Même les piles de livres et les machines n’occupaient que la moitié de l’espace.

Finalement, elles avaient trouvé le propriétaire de la voix, au-delà de toutes les choses qui se trouvaient sur le chemin.

À ce moment-là, la colère de Tesfia s’était quelque peu dissipée. Au lieu de cela, une question lui était venue à l’esprit, qu’elle avait lancé grossièrement vers Alus. « C’est quoi, cet endroit ? »

Alus était assis sur un fauteuil inclinable spécial, derrière un bureau massif qui semblait aussi cher que le bureau de la directrice. Si quelqu’un qui ne connaissait pas le classement d’Alus avait vu son traitement, il se serait plaint. En fait, certains enseignants s’étaient déjà plaints à la directrice, alors Alus avait donné aux deux filles, qui connaissaient sa situation, une description brusque. « … C’est mon laboratoire, et alors ? Ça et ma chambre. »

Il inclina la tête, se demandant pourquoi elle demandait l’évidence.

« Pourquoi c’est juste toi… même moi je dois vivre dans le dortoir, » déclara Tesfia.

Le laboratoire était immense, mais la chambre d’Alus n’était pas si différente de celle d’un dortoir ordinaire. La cuisine était très avancée, mais comme Alus était le contraire d’un gourmet, elle était complètement gaspillée pour lui.

Cela dit, le point principal de la plainte de Tesfia était qu’Alus était le seul à ne pas vivre dans un dortoir.

« Tesfia, Monsieur Al est…, » Alice s’interposa, parlant en son nom et essayant de faire comprendre à Tesfia la hiérarchie en jeu.

« C’est tout à fait naturel. Vu mes réalisations, même ça, c’est rien du tout, » déclara Alus.

« Grr… » Comme prévu, Tesfia était à court de mots. Elle ne savait pas exactement quelles étaient ses réalisations, mais elle pouvait supposer qu’elles étaient supérieures à ce qu’elle pouvait imaginer, compte tenu de son classement.

« Quoi qu’il en soit, Al, nous étions sûres que les leçons auraient lieu sur les terrains d’entraînement. » Pressée par le temps, Alice revint au sujet principal.

Elles avaient déjà repris leurs uniformes habituels. Puisqu’Alus était dans sa propre chambre, il n’avait pas à se soucier de l’heure, mais il était mal vu de garder une fille dans votre chambre tard dans la nuit. C’était mal de gagner ce genre de réputation à l’Institut.

« Elle a raison. Depuis combien de temps penses-tu que nous te cherchions ? Si tu dis maintenant que l’entraînement commencera demain, je ne te pardonnerai pas. » Tesfia serra le poing fermement, comme pour se venger de lui pour l’avoir coincée verbalement. Cela ne fonctionnait pas comme une menace contre Alus, mais il était vrai que plus d’une heure s’était écoulée depuis le dernier cours de la journée.

Vu la saison, il faisait encore beau… mais comme Tesfia vivait dans un dortoir, Alus s’était dit qu’elle avait un couvre-feu. « Je sais, » dit-il, en regardant autour de lui comme s’il cherchait quelque chose.

Soudain, les expressions de Tesfia et d’Alice avaient changé. Enfin… des leçons du plus fort magicien en service actif allaient commencer. Cela avait fait battre leur cœur, et leurs attentes les avaient poussées à saisir encore plus fort leurs AAR.

« Rangez ces choses dangereuses. Que comptez-vous faire dans mon laboratoire ? » demanda Alus.

« Quoi !! » Les deux filles avaient laissé sortir des voix stupéfaites, voyant Alus tenir un étrange bâton, et n’ayant aucune idée de ce qu’il avait prévu.

Alus avait essayé de s’assurer qu’ils étaient tous sur la même longueur d’onde. « Je vais seulement vous enseigner les techniques de combat contre les mamonos. Eh bien, vos rangs peuvent augmenter en conséquence, mais si c’est tout ce que vous voulez, vous feriez mieux de vous entraîner toute seule. » C’était ses derniers mots. Le seul choix qu’il leur demandait était de savoir si elles le feraient ou non.

« Hein ? » Tesfia avait été celle qui avait parlé de combattre des mamonos, mais elle semblait déçue d’apprendre qu’elle ferait mieux de s’entraîner toute seule si elle voulait élever son rang. « … !! »

Alus frappa instinctivement Tesfia à la tête avec le morceau de bois à la main. « Es-tu une idiote ? … Pour commencer, quels sont, selon vous, les éléments permettant d’estimer le rang d’une personne ? » C’était une question qui avait même fait l’objet d’un cours, alors…

« Je crois que c’était la capacité en mana, le nombre de sorts difficiles que vous pouvez utiliser, le nombre de mamonos vaincus et le nombre de missions terminées ! » déclara Tesfia.

La réponse était beaucoup trop simple pour déterminer si quelqu’un était excellent ou non, mais Alus lui avait quand même donné une note de passage.

Alice avait ajouté à la réponse de Tesfia. « La classe des mamonos vaincus est également prise en considération. »

Avec ça, elles avaient couvert tout ce qu’on leur avait appris en classe. « Eh bien, c’est à peu près ça. Mais ce n’est pas assez. »

Les deux filles repensèrent à ce qu’on leur avait enseigné, puis regardèrent Alus d’un air interrogateur.

Il n’y avait rien à faire. Aucune conférence n’aurait abordé les informations supplémentaires d’Alus. « Vous avez raison en ce qui concerne le sujet. Alors, sur quoi pensez-vous que vous devriez insister pour élever votre rang ? »

Tesfia avait immédiatement répondu. « La capacité de mana et le nombre de sorts que vous pouvez utiliser. » Sa confiance écrasante se faisait entendre dans sa voix.

« Je le pense aussi…, » Alice, quant à elle, soupçonnait qu’il y avait plus que ça dans la question, et avait donné une réponse plus timide. Dans son esprit, elle se disait probablement. « Mais ce n’est probablement pas ça. »

Alus soupira face à la réponse prévisible. Il avait au minimum voulu qu’elles devinent qu’il ne voulait pas d’une réponse aussi simple. Eh bien, si elles l’avaient bien fait la première fois, il ne serait pas en mesure de continuer aussi bien…

Il confirma ainsi le niveau de Tesfia, la soi-disant étudiante d’honneur. En ce sens, la réaction de Tesfia n’avait pas trahi ses attentes. D’après leurs déclarations, Alus pouvait dire que Tesfia était simple et directe, et qu’Alice était plus prudente et capable d’obtenir une meilleure lecture des choses.

Mais dans le cas d’Alice, bien qu’elle puisse présumer des choses, elle ne pouvait pas utiliser efficacement ses intuitions et il n’était donc toujours pas à un niveau utilisable.

« Ce n’est pas bien. La défaite des mamonos et de leur classe est le point le plus important, » déclara Alus.

« … !! »

Tesfia était choquée, mais Alice n’était pas aussi surprise. Cela signifiait qu’elle avait l’impression que sa réponse n’était probablement pas correcte.

« Le nombre de mamonos est à noter, oui, mais ce n’est pas d’une grande importance que l’on puisse vaincre de faibles créatures. Bref, c’est la défaite des mamonos de haut niveau qui aura le plus d’impact sur votre rang, » répondit Alus.

« Mais alors nous ne pourrons pas élever notre rang ! » s’exclama Tesfia.

« Bien que ce ne soit pas complètement impossible, vous ne pourrez toujours pas rattraper les magiciens qui sont sur le terrain, » répliqua Alus.

Mais c’était pour cela que leur rang était si excellent. Sans tenir compte des mamonos vaincus, obtenir ce classement à partir de la capacité de pur mana et de la capacité magique avait démontré qu’elles avaient le potentiel pour la grandeur dans l’avenir.

C’était en partie pour cela qu’Alus avait écouté Cisty. Alus, ou plutôt Cisty, était plein d’espoir pour elles. « C’est pourquoi les techniques pour tuer les monstres vous amèneront à élever votre rang à l’avenir. Mais si vous préférez démissionner pour vous concentrer sur l’amélioration de votre classement maintenant, cela ne me dérangerait pas le moins du monde. Au contraire, j’adorerais que vous le fassiez. »

L’esprit rebelle de Tesfia s’était réveillé, mais Alice était motivée et Alus avait l’intention de veiller sur elles. Dans ce cas, il n’y avait pas beaucoup de différence entre une ou deux personnes.

« Alors, amène-toi. Si nos rangs montent en conséquence, il n’y a pas de problème. » Tesfia était toujours obsédée par le classement. Alice, par contre, semblait quelque peu inquiète.

Les magiciens qui participaient aux combats dans l’armée n’étaient pas très attentifs à leur classement. Bien sûr, un grade plus élevé signifiait plus de salaires et un meilleur traitement, et surtout — un grade élevé était un grand honneur.

Mais en retour, les magiciens de haut rang étaient affectés à des missions plus dangereuses. Considérant les espoirs et les désirs de l’humanité, ils s’étaient peut-être réjouis de ça. Mais pour Alus, cela signifiait simplement être pressé de mourir.

Comme Alus avait été affecté à l’élimination des monstres de haut rang, aucun autre magicien de haut rang n’aurait dû se voir confier des missions imprudentes.

Mais c’était les valeurs d’Alus, et il n’allait pas les imposer à Tesfia et Alice. Ce n’était pas ses affaires, donc en bref, c’était leur responsabilité. Il n’allait pas s’immiscer dans leur mode de vie et dire quelque chose d’inutile.

Alors qu’Alice acquiesçait de la tête, Alus poursuivit son explication.

☆☆☆

Chapitre 3 : Une rencontre imprévue aux couleurs argentées

Partie 1

Alus se concentra sur le bâton se trouvant dans sa main.

Tesfia et Alice avaient aussi fixé leur regard dessus. En réalité, c’était la première fois qu’elles voyaient la magie d’Alus, mais pour Alus, cela lui rappelait l’entraînement quotidien qu’il faisait chaque matin.

Il avait recouvert le bâton de mana en un instant, aussi naturellement que de respirer. C’était vraiment magnifique. Mais Alus n’avait pas l’intention de se vanter, il n’allait pas leur dire. « C’est ça, être imprégné de mana. »

Les yeux des deux filles s’ouvrirent en grand. C’était une réaction compréhensible.

Alus ne savait pas à quel point Alice était douée pour enchanter, mais il avait clairement montré à Tesfia qu’ils étaient à des niveaux différents.

Les deux filles avaient poussé leurs visages plus près du bâton, complètement fasciner au point d’oublier de cligner des yeux.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Alice.

« C’est magnifique ! » s’exclama Tesfia.

La surface avait été recouverte d’une très fine couche de mana, de quelques millimètres tout au plus. La membrane de mana coulait aussi doucement qu’un ruisseau d’eau, réfléchissant la lumière d’une belle manière.

« Il n’est pas nécessaire que ce soit à ce niveau, mais je vais vous demander de rendre vos enchantements plus utilisables. Sinon, vous ne ferez que gâcher la puissance de vos armes, » déclara Alus.

« Urgh... » Les oreilles de Tesfia brûlaient, des sueurs froides coulaient sur sa joue.

Comme les deux filles respiraient pratiquement contre le bâton, Alus avait défait son enchantement pour attirer à nouveau leur attention.

Au fur et à mesure que le mana sortait du corps, il commençait au niveau de la poignée et remontait graduellement le long de l’arme. Cependant, ce mana n’était pas retourné dans le corps. Le mana dirigé hors du corps était constamment dégradé. C’est pourquoi il fallait toujours faire sortir du mana de son corps.

« Juste pour que vous le sachiez, c’est une formation pour débutants. Si vous ne pouvez pas faire ça, vous ne pourrez jamais vaincre les mamonos. Au contraire, vous serez leur proie presque immédiatement, » déclara Alus.

Les deux filles avaient dégluti en entendant ça.

Mais il n’y avait qu’un seul bâton devant eux. Ayant remarqué cela, Alice ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Cependant — .

« Alors, commençons. » Alus avait coupé le bâton en deux avec sa main.

« — !! »

Elles n’avaient aucune idée de ce qu’il venait de faire. Les filles avaient entendu dire qu’on pouvait faire quelque chose comme ça avec de l’entraînement, mais elles savaient vaguement que ce n’était pas qu’un bout de bois. Et de toute évidence, il n’était pas fait de quelque chose de facile à couper comme du verre.

Normalement, le mana était l’énergie utilisée pour jeter des sorts. Et il n’était pas étrange qu’il existe des sorts qui pouvaient trancher ou découper des objets.

Cependant, Alus n’avait pas utilisé d’incantation, et il ne maniait pas non plus un AAR qui lui permettait d’omettre l’incantation. Il expliquerait le mystère, mais il voulait d’abord voir si elles l’avaient compris. « … C’est une application de l’enchantement. »

« Pas possible !! Je n’ai pas vu de mana. » Bien que Tesfia l’ait vu se produire sous ses yeux, elle avait interrogé Alus, et Alice avait également hoché la tête.

Alus était choqué. « Si des individus comme vous pouvaient le remarquer, je pourrais difficilement m’appeler un “Unique Chiffre”. »

Les deux filles n’avaient pas compris de quoi il parlait, et l’avaient regardé d’un air interrogateur. Voyant à quel point elles étaient curieuses, Alus savait qu’à moins qu’il ne révèle le truc, Tesfia et Alice seraient trop distraites par le mystère pour passer à autre chose.

Alus haussa les épaules avec une expression résignée. Il avait enroulé un bloc-notes, le faisant ressembler à un bâton. Il avait ensuite répété la même technique qu’auparavant, mais cette fois au ralenti.

Il balaya lentement sa main de côté.

Les deux filles, insensibles à tout danger, avaient rapproché leur visage afin de pouvoir résoudre le mystère.

Eh bien, Alus n’allait pas faire d’erreurs qui les mettraient en danger, alors il avait continué sa technique. Dès que sa main avait touché le papier, il l’avait recouvert de mana en un instant. C’était une quantité tellement minuscule de mana que les deux filles n’auraient pas pu la voir, si elles ne l’avaient pas observée de près.

Encore une fois — le mana se détériorait une fois dirigé vers l’extérieur du corps. Si les deux filles inexpérimentées l’avaient essayé, elles ne seraient pas capables d’enchanter un objet en un instant, et leur mana se déplacerait lentement vers la pointe de l’objet, construisant la membrane au fil du temps…

L’instant d’après, la main d’Alus avait coupé le papier sans aucune résistance.

C’est tout ce que Tesfia et Alice avaient pu discerner. « C’était donc vrai ! Mais… »

« Ouais. Pourquoi coupe-t-il le papier ? »

Normalement, imprégner quelque chose de mana avait pour but de renforcer l’objet, et comme la matière organique avait la propriété d’absorber le mana, cela ne servait généralement à rien de tenter de l’enchanter. Même si un poing était recouvert de mana, la majorité serait absorbée tandis que les restes se détérioreraient et se disperseraient.

C’est pourquoi le fait qu’Alus ait pu couper du papier avec sa main signifiait qu’il ne faisait pas que l’enchanter. Cela dépassait clairement le bon sens, mais s’il l’expliquait maintenant, les deux filles ne feraient que se confondre.

Alus se demandait s’il devait demander à Cisty si ces deux-là étaient vraiment aussi excellentes qu’elle le disait, mais comme cela ne changerait pas la situation en mieux, c’était une perte de temps.

Il avait donc décidé de leur faciliter la compréhension. « Toi, donne-moi ton AAR, » dit Alus, en montrant Tesfia du doigt.

N’aimant peut-être pas qu’on l’appelle « toi », Tesfia fronça les sourcils. « J’ai un prénom, tu sais. » Elle tenait son katana contre sa poitrine, comme si elle disait qu’elle ne le laisserait jamais l’avoir.

Alus était arrogant avec elle, estimant que ces dialogues interminables étaient une autre perte de temps. « C’était quoi déjà ? »

« — !! Ce type est vraiment…, » s’exclama Tesfia.

« Arrête, Fia. » Alice calma Tesfia, qui avait laissé sa colère l’emporter sur elle. Tesfia retroussait ses manches et dégaina son katana.

« Oh, c’est vrai, tu es Trashfia. Merci, Alice, » déclara Alus.

« Ce n’est pas bien ! » s’écria Tesfia.

Alus sourit malicieusement, mais sachant qu’ils n’arriveraient à rien de tel, il revint à une expression sérieuse. « Tesfia, si tu ne me le prêtes pas, on perdra notre temps. »

Tesfia avait été stupéfaite par la rapidité avec laquelle Alus avait changé d’attitude, mais elle avait perdu à cause de sa persistance. Alors qu’elle était encore en colère, elle poussa un soupir de soulagement qu’il n’ait pas réellement oublié son nom. Mais Alice était probablement la seule à comprendre ses sentiments.

Alus dégaina le katana et il déclara avec admiration. « C’est vraiment une bonne épée. Les formules magiques sont également précises. Je peux comprendre pourquoi tu as choisi ceci comme AAR. » C’était un éloge sans réserve de la part d’Alus. Bien sûr, il était dirigé vers le katana et non vers sa propriétaire.

Les formules magiques gravées sur la lame étaient, comme il s’y attendait, destinées à faciliter les sorts d’attributs de glace. Il s’était mis au travail pour couvrir le katana de Tesfia avec du mana.

Les deux filles étaient envoûtées, captivées par la beauté de l’objet, rapprochant leur visage de la lame malgré le danger.

« Allez…, » Alus les avait ramenés à la réalité, puis avait continué. « Dans cet état, il va bien sûr couper le papier. Pourquoi pensez-vous que c’est ainsi ? »

« Ah — !! » Il semblait qu’elles l’avaient enfin réalisé.

« C’est vrai. La raison pour laquelle la lame peut couper malgré le mana qui la recouvre, c’est parce qu’elle trace avec précision les bords, » déclara Alice.

Les deux filles avaient pointé les yeux vers la lame, rapprochant leurs visages encore plus qu’auparavant. « Je le vois ! » Elles avaient enfin eu un aperçu de la précision et de la délicatesse du contrôle du mana d’Alus.

« Bien sûr, ce n’est pas si impressionnant en soi. Avec le vrai objet devant vous, tout ce que vous avez à faire, c’est de le couvrir de mana. » Il avait parlé comme si c’était simple, mais comme les deux filles ne pouvaient même pas le faire, cela avait réaffirmé combien Alus était étonnant. « Et une application pratique de ceci est cette frappe de la main d’avant. En d’autres termes, vous ne tracez pas la surface avec du mana, mais vous contrôlez intentionnellement le mana pour créer une lame de pur mana. »

« Penser quelque chose comme ça existe, c’est…, » Alice murmura, le croyant à peine, mais avec quelqu’un qui pouvait le faire debout devant elle, elle n’avait pas fini sa phrase.

Mais il y avait là une contradiction. Et comme les deux filles ne l’avaient pas remarqué, Alus ne l’avait pas dit.

Comme le mana avait la propriété de se détériorer une fois dirigée hors du corps, même s’ils pouvaient le transformer en lame, il ne resterait dans cette forme que pour une courte période.

C’était l’extraordinaire disposition d’Alus qui l’avait rendu possible. Il finirait par révéler le truc, mais il restait à voir si les deux filles pouvaient y arriver. « Eh bien, si vous pouvez le faire, vous pouvez atteindre jusqu’à un nombre à deux chiffres. »

Tesfia et Alice ne pouvaient honnêtement pas se réjouir d’entendre ça. Puisqu’elles ne pouvaient même pas faire correctement un enchantement normal, atteindre ce niveau demanderait un effort insondable. De plus, il n’y avait aucune garantie qu’elles seraient capables de le maîtriser.

« C’est là que ça entre en jeu. » Alus avait donné à chacune d’elles un morceau du bâton qu’il avait cassé plus tôt.

Les filles les regardaient partout comme pour les évaluer, et après avoir déterminé qu’elles n’avaient rien, elles saisissaient fermement les morceaux.

« Celles-ci ont été faites en utilisant le cadavre d’un mamono que j’ai exterminé une fois, donc…, » après qu’il l’ait dit, les sons des morceaux qui tombaient sur le sol résonnèrent. « Hé ! Il n’y en a que deux dans le monde entier. »

« Non, mais…, » balbutia Tesfia.

Si elles agissaient comme ça pour tuer des mamonos, leur avenir semblait sombre. « Ne vous inquiétez pas, » leur dit Alus. « Je m’entraîne avec ça depuis des années, alors il ne va rien se passer. »

Alice, en entendant ça, avait pris son bâton. Tesfia, d’autre part, se débattait et traitait le bâton comme s’il s’agissait d’une saleté ou d’une matière dangereuse, le tenant avec le bout de ses doigts.

« Je n’ai pas besoin de continuer ici, tu sais, » déclara Alus.

Tesfia se dépêcha de fixer sa prise sur le bâton.

Alus savait qu’il ne pouvait pas éviter d’être leur instructeur, mais il avait compris qu’ils ne pouvaient pas continuer à moins qu’il ne menace un peu Tesfia. « D’abord, essayez d’infuser du mana à travers les bâtons. »

« Oui ! » Alice semblait avoir changé de rythme, car elle avait donné une réponse motivée à Alus.

Cependant, au moment où les deux filles avaient fait passer du mana à travers les bâtons, il s’était dispersé.

« — !! »

Les lèvres d’Alus se plissèrent en un sourire, alors qu’il expliquait la cause. « Cela fait partie de la nature de ce mamono. Tout mana qui le touche est dispersé. »

« Comment sommes-nous censés l’enchanter ? » Pour Tesfia, c’était une question évidente.

Alus aurait préféré qu’elle réfléchisse elle-même à la bonne réponse, mais comme cela pourrait prendre des jours, il lui avait dit tout de suite. « Vous devez maintenir votre mana présent et solide. »

Les deux filles n’avaient probablement pas compris, puisqu’elles n’avaient jamais consciemment déplacé leur mana avant. Le fait qu’elles n’aient pas agi tout de suite en était la preuve.

☆☆☆

Partie 2

« Je suis impressionné que vous puissiez vous qualifier d’excellente vue comme vous êtes maintenant, » déclara Alus.

« Ce n’est pas nous qui le disons, » déclara Tesfia.

Tu ne le dis peut-être pas tout haut, mais ton attitude dit le contraire, pensa Alus. Même si Tesfia avait agi modestement, elle était très gênée. Il s’était retenu de dire à Tesfia que les gens comme elle devraient se dépêcher de se faire dévorer par les mamonos… mais il n’avait pas pu s’empêcher de tenir sa tête en raison de la douleur.

Une fois de plus, il avait affirmé que seuls ceux qui savent bien s’occuper des autres étaient aptes à devenir des enseignants.

Ayant été forcé de réaliser cela, on pourrait penser que l’attitude d’Alus envers les enseignants pourrait changer… mais ce ne serait probablement pas le cas. « Toutes les deux, montrez-moi un peu de peau. »

Il y avait eu une pause après ce qu’Alus avait dit, ce qui pourrait être interprété comme du harcèlement sexuel, mais Alice lui avait obéi et lui avait montré son bras, et Tesfia avait remonté sa manche. N’importe où aurait été acceptable tant que c’était de la peau nue, donc si elles avaient vraiment commencé à se déshabiller, Alus aurait dû admettre qu’il avait utilisé une phrase inappropriée.

« Aïe !! »

« Argh !! »

Alus avait soudainement pincé Tesfia et Alice. Bien sûr, il y avait un but derrière tout ça.

« Qu’est-ce que tu fais ? » s’écria Tesfia.

Une question évidente, mais il serait plus rapide de les laisser l’essayer. « Concentrez le mana sur vos jambes comme ça. »

« … »

Le mana était généré dans le corps et circulait à travers le corps en fonction des besoins. Lors de l’utilisation des AAR, les magiciens avaient tendance à concentrer inconsciemment le mana dans la main qui saisissait l’arme.

Il était possible de concentrer consciemment le mana dans une partie du corps. Mais alors que des gens utilisaient cette focalisation de mana consciemment, l’écrasante majorité contrôlait habituellement leur mana inconsciemment.

Comme les instincts étaient profondément entrelacés avec le mana, le comportement réflexe d’une personne avait également eu un effet sur elle. Avec l’esprit et le corps si étroitement liés au mana, il devenait parfois fou.

C’est pourquoi les magiciens avaient toujours eu besoin de rester calmes… mais cela n’avait rien à voir avec ça.

En d’autres termes, en les pinçant au bras, une douleur s’était manifestée et leur attention avait été dirigée vers un seul point. Le mana avait également répondu à la douleur et avait circulé là. C’était un entraînement pour concentrer le mana ailleurs d’où le fait de devoir faire mal.

Cependant, la version militaire de cette formation n’employait pas un acte aussi gentil que le pincement. Cela impliquait de fouetter si fort qu’il laissait des marques après ça, donc cette version était beaucoup plus douce pour les filles. Mais si la douleur n’était pas suffisante, ce ne serait pas de l’entraînement. Puisqu’elles donnaient des directives au mana qui s’était inconsciemment rassemblé dans la zone pincée, elles avaient besoin d’un certain niveau de tolérance.

Comme il y mettait un peu plus de force, leurs visages se tordirent de douleur. Leur peau serait un peu rouge plus tard, mais cela ne devrait pas leur faire si mal qu’elles ne seraient pas capables de réfléchir.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Alus.

Le rassemblement inconscient de mana de Tesfia dans son bras et son rassemblement conscient de manas dans ses jambes s’était heurté, ce qui avait entraîné son rassemblement de mana dans un endroit complètement différent. Quant à Alice, le mana se rassemblait rapidement là où elle se faisait pincer pour une raison inconnue.

Alus poursuivit froidement. « Ce n’est pas bon du tout. Êtes-vous vraiment à quatre chiffres ? »

« Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? » demanda Tesfia.

« Je vous demande si vous pouvez vous qualifier de classement à quatre chiffres sans même être capable de faire quelque chose comme ça. » Alus s’était soudain inquiété pour l’avenir des magiciens, et pour l’humanité toute entière.

Mais encore une fois, ce n’était pas ses vrais sentiments. En fin de compte, il ne s’intéressait pas beaucoup à la survie de l’humanité. Il n’allait pas être dérangé quoiqu’il arrive dans le futur. Même si tous les autres humains devaient mourir, il était sûr de pouvoir survivre.

Mais si cela arrivait, il finirait par étudier la magie juste pour son propre bien, ce qui serait une vie ennuyeuse et sans intérêt.

Bref, il n’avait pas vraiment à cœur de préserver l’avenir de l’humanité, mais il n’était pas assez apathique pour abandonner complètement l’humanité.

« B-Bien. Je vais le maîtriser en un clin d’œil, » déclara Tesfia avec enthousiasme, mais elle était déjà distraite.

Alice hocha aussi la tête fermement, brûlant silencieusement d’esprit combatif, mais les résultats furent l’opposé de sa détermination.

« Eh bien, peu importe. Je retourne à mes propres recherches, » dit Alus, en lâchant les bras. « Comme vous êtes deux, si vous continuez à vous pincer l’une et l’autre, vous finirez par y arriver. Appelez-moi quand vous l’aurez maîtrisé. »

« … !! »

Les deux filles avaient fait une courte pause et s’étaient frotté la peau rouge. Elles étaient un peu perplexes parce que leur formation était très différente de ce qu’elles avaient imaginé, mais maintenant qu’elles en comprenaient le sens, elles l’avaient acceptée.

Cependant, elles se sentaient encore un peu tristes qu’Alus les abandonne comme si elles étaient de pauvres étudiants. Elles avaient la volonté d’aller de l’avant, mais il ne semblait pas penser qu’elles iraient jusqu’au bout.

Peut-être motivée par ce sentiment de désolation, Tesfia appela Alus alors qu’il revenait vers son bureau. « N’as-tu pas un indice… ? »

Alus s’était arrêté sur ses pas et s’était retourné. Il jeta un coup d’œil à Tesfia et lui fit un petit sourire. « Ne vous retenez pas, » dit-il, en faisant un pincement et une torsion avec ses doigts.

C’était vague et détourné, et ne pouvait pas être considéré comme un indice, mais avant que Tesfia et Alice ne puissent s’y opposer, leurs visages s’étaient figés en se souvenant de la douleur.

 

 

L’entraînement des filles s’était poursuivi tard dans la nuit. Les heures d’entraînement officielles étaient juste entre l’après-scolaire et le dîner. Les deux filles avaient l’intention de rentrer chez elles dans le dortoir des femmes sur le terrain de l’Institut, sans qu’il y ait de danger réel sur leur chemin.

Le Second Institue Magique, aussi prestigieux soit-il, disposait d’un système de sécurité robuste, ce qui signifiait que le terrain du campus était plus sûr qu’il ne l’était à l’extérieur.

Bien qu’il n’y ait pas de différence pratique dans la disposition du mana entre les sexes, laisser les filles rentrer chez elles sans escorte était encore considéré comme inacceptable aux yeux du grand public.

Ce n’était pas particulièrement la raison, mais Alus avait accompagné les filles jusqu’à leur dortoir. « Hé, faites plus attention où vous marchez. »

« … »

Même sur le chemin du retour, Tesfia et Alice se pinçaient encore les bras. De temps en temps, elles fermaient les yeux pour se recentrer et, du point de vue du spectateur, elles avaient l’air assez instables.

Cela dit, Alus n’avait pas eu la gentillesse de les informer en douceur des objets qui se trouvaient sur leur chemin après que son avertissement eut été ignoré.

Le lampadaire avait tremblé d’une grosse claque.

« — !! Urgh. »

« Fia !? Est-ce que ça va ? » demanda Alice.

Alors qu’elle marchait les yeux fermés, Tesfia s’était écrasée sur un lampadaire. Elle était accroupie en se tenant par le front et cria sur Alus. « Hey. »

« Quoi ? » demanda Alus.

« Ça n’aurait pas fait de mal de m’en parler, » déclara Tesfia.

Mais cette excuse ne serait valable que pour les civils, pas pour les magiciens. « Si vous avez affaire à des mamonos, ils vont à tous les coups attaquer. Et si vous êtes trop occupées à vous concentrer sur l’enchantement et à perdre la conscience de votre environnement, vous allez seulement vous faire tuer, tout en étant la risée de tous. »

Tandis que Tesfia n’arrivait pas à se plaindre d’Alus sans même essayer de cacher son expression fatiguée, son regard s’était retourné contre elle avec encore plus de ressentiment.

C’est ainsi que les deux femmes — en particulier Tesfia — s’étaient entêtées à poursuivre leur entraînement jusqu’à leur logement.

« C’est donc l’endroit…, » dès qu’Alus avait vu le dortoir des femmes, il avait été abasourdi et sans voix.

Alors qu’il avait sa propre chambre dans son laboratoire, il avait vu le dortoir des hommes une fois et il y avait une nette différence dans les systèmes de sécurité. Celle-ci avait été conçue de telle sorte que l’entrée était impossible sans passer par une porte à authentification qui servait également de zone d’accueil.

Les grands murs comme ceux des prisons n’étaient probablement pas là pour garder les résidents à l’intérieur, mais plutôt pour empêcher les envahisseurs d’entrer.

Tesfia et Alice s’étaient authentifiées avec des mouvements familiers, et les portes à deux couches s’étaient ouvertes.

Alice avait alors dit. « Al, merci beaucoup pour aujourd’hui. Je te verrai demain en classe. »

« Eh bien, bon travail ! Continue comme ça demain aussi… Al, » dit Tesfia.

Le surnom était toujours quelque chose qui rendait un peu mal à l’aise Alus alors qu’Alice lui avait poliment dit merci. Par contre, Tesfia lui avait dit son surnom, mais son intonation maladroite semblait étrange, et elle avait élevé le ton de sa voix à la fin comme si elle posait une question. La façon dont elle avait agité la main, c’était comme repousser une créature, et elle avait déplacé sur le côté son visage rouge comme si elle était gênée.

Alus haussa les épaules, exaspéré. « Assurez-vous de savoir comment le faire avant de venir la prochaine fois. »

Après qu’Alus l’ait dit, Tesfia, qui s’était retournée pour regarder dans sa direction alors qu’il partait, s’était écrasée contre un mur mou. Son visage était enterré dans ce mur, ou plutôt cette poitrine généreuse. « Oof. »

« Mademoiselle Socalent ! » déclara Alice, en voyant cette mademoiselle Socalent, qui se trouvait être la surveillante du dortoir dans laquelle Tesfia s’était cognée.

Tesfia, d’autre part, avait été enterrée profondément dans ce mur magnifique, incapable de former de véritables mots. « Je ne crois pas qu’on ait violé le couvre-feu. »

D’après le discours poli d’Alice, cette fille était probablement une camarade de classe supérieure. Elle avait de longs cheveux noirs qui atteignaient sa taille, et les traits gracieux de son visage formaient un sourire.

☆☆☆

Partie 3

Alice semblait préoccupée par le non-respect du couvre-feu, mais l’expression de la jeune fille était emplie d’affection, tout le contraire de la colère.

Cependant, les instincts d’Alus lui avaient dit qu’elle n’avait pas un tempérament aussi doux que son expression le disait.

C’était une belle fille. Il serait plus approprié de l’appeler belle que mignonne. Sa beauté était du genre mystérieux qui charmait le sexe opposé. Du point de vue de la taille, elle était à peu près aussi grande qu’Alus. Alice était plus adulte que Tesfia, mais cette Socalent était plus voluptueuse, plus proche de la Sorcière Cisty. Raison de plus pour qu’Alus trouve son sourire séduisant.

« Bon retour, Fia, mademoiselle Alice. » Sa voix était tendre, ses lèvres lustrées et séduisantes.

Et Tesfia — qui s’était finalement échappée de l’ample poitrine — se redressa rapidement et s’inclina comme Alice l’avait fait. Mais elle avait une lueur de suspicion dans les yeux. Elle ne comprenait pas pourquoi la surveillante du dortoir venait les accueillir elle-même.

Alus avait eu envie de répliquer quand il avait vu le comportement poli de Tesfia envers sa camarade de classe supérieure, voyant qu’elle ne l’avait jamais traité comme ça, mais il s’était retenu.

« Qui cela peut-il être ? » Socalent, avec un sourire artificiel, s’exclama doucement.

Alus s’était présenté. « Je suis Alus Reigin de première année. Nous étions en retard après être restés pour étudier. » C’était une ligne formelle et superficielle. Alus avait aussi un sentiment de méfiance à l’égard de cette camarade de classe supérieure, mais pour une raison différente. C’est pour ça qu’il était resté calme et qu’il avait gardé la tête haute.

« … ! ! Oh, non, ça ne me dérange pas. Les étudiants ici sont après tout dévoués. C’est comme s’il n’y avait pas vraiment de couvre-feu, » déclara Socalent.

Elle avait jeté un coup d’œil à Tesfia et Alice en disant cela, mais s’était rapidement verrouillée sur Alus. « Je m’appelle Felinella Socalent. Je suis étudiante de deuxième année et surveillante de dortoir. » Elle posa sa main sur sa poitrine, retournant la présentation d’Alus avec un salut gracieux.

Tout ce qu’elle avait fait avait révélé à quel point elle était bien élevée. Il n’y avait pas un seul défaut dans son comportement. Ses cheveux captivants pendaient devant son visage, et n’importe quel homme serait frappé en la voyant les déplacer derrière son oreille.

Mais Alus n’avait été prudent que lorsqu’il avait été témoin de ses gestes trop parfaits. Il avait aussi déjà entendu le nom de famille Socalent. « Quand je pense que vous êtes la superviseure du dortoir en deuxième année. » Ce poste comportait de lourdes responsabilités. Alus s’attendrait à ce que le superviseur soit un étudiant de troisième année ou un enseignant de première classe.

Que Tesfia comprenne ou non le point de vue d’Alus, elle avait ajouté une explication. « Feli est la seule magicienne de deuxième année à trois chiffres de l’Institut. Nous nous connaissons tous les deux grâce à nos familles, » ajouta-t-elle fièrement, poussant sa poitrine maigre — comparée à celle de Felinella — vers l’extérieur.

Si elles se connaissaient au niveau familial, cela signifiait que Felinella était aussi de la noblesse. On lui avait peut-être accordé beaucoup de choses, mais l’aristocratie elle-même n’était pas adaptée à notre époque. Mais comme les familles établies et distinguées avaient des liens profonds avec l’armée, l’aristocratie était encore vivante aujourd’hui.

Comme le statut et l’autorité des magiciens étaient largement influencés par leur rang, les magiciens les mieux classés recevaient plus de respect. C’est pourquoi, si vous vouliez protéger votre fierté et votre dignité, vous seriez naturellement concentré sur votre grade.

En conséquence, beaucoup de ceux qui représentaient des familles nobles gagnaient des rangs à la hauteur de leur statut, ce qui signifiait qu’il y avait beaucoup de nobles dans les rangs supérieurs.

« Je vois. C’est logique, » acquiesça Alus.

Felinella baissa les yeux avec humilité. « Je ne suis que le numéro 375, Monsieur Alus. »

« … »

Cela dit, le fait d’être à l’école en tant qu’élève avec un nombre à trois chiffres était étrange en soi. Comme Alus l’avait dit à Tesfia et Alice, les mamonos exterminés avaient eu le plus d’impact sur votre rang. Comme les étudiants de l’Institut n’auraient pas l’expérience du combat réel, ils ne devraient pas avoir beaucoup de chances de grimper jusqu’à un nombre à trois chiffres.

Bien que douteux, Alus réalisa que quelque chose que Felinella avait dit le dérangeait. Il avait également noté qu’elle avait dit « simplement » et donc, sa conviction s’était renforcée.

Il avait probablement raison dans ses soupçons. Et si c’était juste un malentendu, il pourrait s’excuser. « Comment va le Seigneur Vizaist ? Il m’a été d’une grande aide à l’époque. »

Felinella sourit doucement aux paroles d’Alus. Apparemment, il était parfaitement dans le mile. « Oui, vous vous êtes aussi beaucoup occupée de mon père. »

Le Seigneur Vizaist était un général dans l’armée, et Alus avait fait des missions sous son commandement dans le passé. Pendant longtemps, il avait obtenu des résultats inégalés et son grade s’était amélioré jusqu’à ce qu’il soit muté sous le contrôle direct du gouverneur général.

Officiellement, sept nations protégeaient l’humanité, mais en réalité toute l’humanité était protégée par une seule nation, dont Alpha n’était qu’un territoire. En tant que tel, il n’y avait pas de général de l’armée, pour ainsi dire. Le gouverneur général occupait le rang le plus élevé.

Bien sûr, Tesfia et Alice avaient été étonnées par cet échange. Mais seulement pour un bref instant. Tesfia se souvint soudain de quelque chose, et chuchota à l’oreille d’Alice.

Alice avait ensuite parlé avec une expression compréhensive. « Connaissez-vous Al, Mademoiselle Socalent ? »

« Bien sûr que je le connais, » dit Felinella, après une courte pause. « C’est la première fois que je le rencontre, mais mon père m’a beaucoup parlé de lui. » Une noble comme Felinella rendant hommage à Alus était très probablement parce qu’elle connaissait son rang. « Mais, êtes-vous en train d’instruire ces deux-là, Monsieur Alus ? »

« Ouais, la directrice me l’a mis sur le dos. » Comme Felinella était la fille de cet homme, Alus ne lui parlait plus comme s’il la voyait comme un compagnon de classe supérieure.

Felinella n’avait pas l’air de s’en faire pour ça. En fait, son visage s’illuminait de joie alors qu’elle interprétait sa façon plus détendue de parler comme s’ils se rapprochaient. « Oh, comme je suis envieuse, » dit-elle, en posant sa main sur sa joue d’une manière charmante.

Tesfia et Alice avaient senti qu’il y avait pas mal d’épines dans ses paroles.

Cependant, Alus ne fit que plisser son front. « Elles pourraient rentrer tard chez elles à partir de maintenant, alors excusez-le, voulez-vous bien, mademoiselle Socalent ? »

Quand Felinella entendit ces mots, ses tempes frémirent. « Monsieur Alus, n’hésitez pas à m’appeler Feli. » Elle l’avait dit avec un doux sourire, mais une force irrésistible dans sa voix avait même fait vaciller Alus.

« D’accord, d’accord. Alors, appelle-moi Al. Ces deux-là m’appellent déjà comme ça, après tout, » déclara Alus.

Une expression joyeuse apparut un instant sur le visage de Felinella, en entendant sa réponse. Peut-être préoccupée par son apparence en tant que camarade de classe supérieure, Felinella jeta un coup d’œil à Tesfia et Alice. Mais seul Alus l’avait remarqué.

« Je suis heureuse de votre offre, mais avec la position de mon père, le fait que je sois trop familière avec vous pourrait causer toutes sortes de problèmes. C’est aussi notre première rencontre, c’est très regrettable, mais puis-je continuer à vous appeler monsieur Alus ? » demanda-t-elle.

« D... D’accord, » répondit Alus.

« Mademoiselle Alice, n’hésitez pas à m’appeler Mademoiselle Feli, s’il vous plaît. “Mademoiselle Socalent” nous fait passer pour des étrangères, » déclara Socalent.

Tesfia l’appelait déjà comme ça, donc il ne devrait pas y avoir de raison d’avoir peur, mais Tesfia hochait la tête aux côtés d’Alice pour une raison inconnue.

C’est parce que pendant que Felinella souriait, il n’y avait rien de proche d’un sourire dans ses yeux.

Alus avait comparé leur traitement au sien. Il se demandait si c’est simplement par respect pour son grade ou s’il y a une autre raison à cela. Quoi qu’il en soit, il avait conduit les deux filles à leur dortoir, donc il n’y avait aucune raison de rester. « Alors je vais partir d’ici. »

Tandis qu’il se retournait, une voix cria pour l’arrêter. « Monsieur Alus, ces deux-là sont encore des filles, alors ne les renvoyez pas trop tard, même si c’est pour la formation. »

« D’accord, » répondit Alus.

« Et… pourriez-vous m’inclure aussi, même si ce n’est que de temps en temps ? » demanda Socalent.

Alus, ainsi que Tesfia et Alice, en avait été surpris. « Eh bien, il n’y a pas beaucoup de différence entre deux et trois… ce serait juste “de temps en temps”, n’est-ce pas ? »

« Oui ! » Felinella répondit avec un sourire innocent, digne de son âge.

« Pour être honnête, je ne suis pas assez prétentieux pour penser qu’il y a quoi que ce soit qu’un Trois Chiffres approchant les Deux Chiffres puissent apprendre de mes instructions, alors ne te fais pas d’illusions, Feli, » déclara Alus.

« Je comprends. Je recevrai vos conseils avec des attentes modérées. » Contrairement à ce qu’elle disait, le ton de la voix de Felinella était joyeux.

Après ça, Alus était finalement rentré chez lui.

Sur le chemin du retour, il n’avait pas pu s’empêcher de le regretter. Avec Vizaist impliqué, il n’avait pas l’impression qu’il aurait pu refuser, mais une plus grande partie de son précieux temps finirait par être sacrifié à cause de cela.

☆☆☆

Partie 4

C’était après l’école le lendemain, avec la dernière leçon de la semaine enfin derrière eux.

Alus avait passé la journée aussi paisiblement que d’habitude (même si ce n’était que le troisième jour qu’il suivait les cours), grâce à Tesfia et Alice qui traînaient avec lui pendant les temps libres. Il semblerait aussi que le surnom d’Alus ait influencé les choses pour le mieux.

Les autres étudiants avaient été surpris de voir la relation orageuse d’Alus et Tesfia aboutir à une réconciliation aussi rapide que l’éclair — si on peut l’appeler ainsi — mais finalement acceptée.

Tous les regards tournés vers Alus avaient changé, et les choses étaient paisibles… ou auraient dû l’être, mais la beauté des deux filles continuait comme toujours d’attirer l’attention des élèves masculins.

C’est pourquoi le regard des étudiants sur Alus était passé du mépris envers quelqu’un d’aussi démotivé à l’envie. Les deux filles étaient encore en pleine maturation physique, et on pouvait s’attendre à ce qu’elles deviennent encore plus attrayantes.

La bataille dans les coulisses pour le cœur de Tesfia et d’Alice ne ferait que s’intensifier, mais Alus lui-même n’avait pas été perturbé.

« … Je croyais vous avoir dit de venir après que vous ayez maîtrisé cette technique, » déclara Alus.

Après avoir rapidement quitté la salle de classe et retournée dans sa propre chambre, Alus avait fait à Tesfia et Alice un regard grincheux. Le temps qu’il arrive, les deux filles se tenaient déjà devant sa porte.

« C’est bon, n’est-ce pas ? Ce n’est pas comme si tu perdais quoi que ce soit, » avait soutenu Tesfia. « Tu nous regardes, tu nous aides à progresser et tu nous donnes juste ce qu’il faut d’aides. »

« Al, s’il te plaît…, » dit Alice. « Nous voulons aller mieux aussi vite que possible. »

« Non, j’ai perdu quelque chose. Mon temps. » Pour Alus, c’était suffisant, vu que c’était du bénévolat pour lui. Et avec elles dans la salle, il n’était pas difficile d’imaginer qu’elles le harcèleraient aussi pour des conseils et des astuces.

Cela dit, il avait hésité à rejeter le plaidoyer sérieux d’Alice. En plus… Alus baissa les yeux et vit partout des marques rouges sur leur peau à cause d’un pincement trop fort. Il n’avait pas l’intention d’y aller mollo avec elles parce que c’étaient des filles, mais c’était peut-être aller trop loin.

« D’accord, c’est bon. Si quelqu’un voit toutes ces marques rouges, il me blâmera. Ça ne me dérange pas si vous êtes là, mais ne me dérangez pas, » déclara Alus.

Les deux filles hochèrent la tête avec enthousiasme.

Alus avait ouvert la porte.

« — !! »

« Qu’est-ce que c’est que ça !? » s’exclama Tesfia. La pièce avait complètement changé depuis hier.

« Hm ? Y a-t-il quelque chose d’étrange ? » demanda Alus.

« … J’abandonne, pourquoi les hommes ne pensent-ils rien de tout ça ? » demanda Tesfia.

Quand elle entendit sa colocataire dire cela, Alice jeta un regard exaspéré à Tesfia. Même si ce n’était pas si mal, Tesfia avait aussi une montagne de choses dans leur chambre… mais Alice n’était pas allée jusqu’à le mentionner.

D’énormes piles de documents et de livres se trouvaient partout dans la pièce, et le sol était couvert de documents écrits. Le bureau massif était couvert de la même manière, avec même pas assez de place pour poser un verre.

Tout comme Tesfia et Alice avaient été si absorbées par leur formation, Alus s’était également consacré à ses recherches au moment où les deux filles étaient parties, et ne s’était arrêté que lorsqu’il était temps de se rendre en classe.

Les deux filles se regardèrent et retroussèrent leurs manches.

« Je ne sais pas ce que vous comptez faire, mais ne faites rien d’inutile. Ce n’est pas le désordre, c’est le résultat d’un tri et d’une catégorisation efficaces des documents, » déclara Alus.

« Je ne dérangerais rien ! » Alice avait déjà commencé. Ses talents de femme de ménage feraient honte à une femme au foyer. Même si elle ne savait pas de quoi il s’agissait, elle savait deviner l’ordre en fonction de l’emplacement des piles pendant qu’elle rangeait les choses.

Quant à Tesfia, c’était la fille d’une famille noble. L’enthousiasme était là, mais son exécution était tout sauf louable. Au moins, elle n’aggravait pas les choses.

En quelques minutes, la pièce était impeccablement propre, ce qui avait fait dire à Alus qu’il était émerveillé. « Tu peux tout faire, n’est-ce pas, Alice ? »

« Hé, j’ai aussi nettoyé ! » déclara Tesfia.

« … Euh… Ouais, merci, » déclara Alus.

Tesfia avait l’impression qu’Alus venait d’éviter de lui donner une réponse plus provocante et était sur le point d’en dire plus, mais Alus avait une longueur d’avance sur elle et fermait le sujet. « Bien. Je suppose que je vais veiller un peu sur vous. »

Les deux filles n’avaient probablement pas nettoyé la pièce dans l’espoir qu’il lui rende la pareille, alors elles s’étaient regardées avec joie.

Alors qu’Alus avait dit qu’il veillerait sur elles, le contrôle du mana qu’elles faisaient maintenant était très basique. Mais ce n’est pas parce qu’elles trébuchaient qu’elles n’avaient pas de talent. Cette technique était indispensable dans la lutte contre les mamonos, mais normalement elle s’apprenait lentement sur une plus longue période.

Alus avait prédit qu’il leur faudrait un mois avant de pouvoir passer à l’étape suivante de l’entraînement.

Cependant, aujourd’hui, les deux filles montraient un niveau exceptionnel qui avait fait penser à Alus qu’il aurait pu réellement éveiller quelques pouvoirs d’un maître instructeur. Elles étaient complètement différentes d’hier. C’était probablement le résultat de leurs efforts, mais cela n’avait été qu’une journée. Il n’avait pas pu s’empêcher d’être surpris.

« Pas là. Rassemblez-le au bout de vos doigts. »

Pendant que les deux filles se pinçaient l’une et l’autre, Alus avait rapproché ses propres doigts des leurs, son mana touchant légèrement leurs manas.

Bien sûr, la disposition de leurs manas étant différente, il y avait une répulsion. Mais cette répulsion les avait aidés à reconnaître plus facilement leur propre mana en elles. L’objectif était qu’elles essaient de le diriger avec un sens clair de l’orientation.

L’étape suivante, qui consistait à essayer de maîtriser leur mana, n’allait pas se faire si facilement, mais ce n’était qu’une question de temps. Elles commençaient déjà à percevoir avec précision leur mana, et même si ce n’était pas tout le mana qui circulait en elles, elles avaient réussi à en diriger une partie. C’était quoi, cette scène désastreuse d’hier ?

Les deux filles avaient lentement rassemblé du mana dans le bout de leurs doigts.

« Ne perdez pas votre concentration, » déclara Alus.

Dans leur cas, les filles étaient encore facilement affectées par l’agitation inconsciente et perdaient leur concentration, de sorte qu’il leur était difficile de contrôler le mana recueilli au bout des doigts.

En fait…

« Hé ! Tais-toi. » Quand Tesfia l’avait dit, elle avait perdu le contrôle de la direction de son mana, et cela avait commencé à couler vers la zone pincée sur son bras.

« — ! » Alice avait réagi de la même façon.

« Regarde ce que tu as fait, » dit Tesfia en accusant Alus, qui poussa un soupir exaspéré.

Peu de temps après…

« Je n’en peux plus…, » Alice, ayant perdu sa concentration, essuya la sueur inexistante sur son front. Comme la quantité réelle de mana qu’elle avait perdue était minime, elle n’était pas épuisée par manque de mana, mais elle avait accumulé beaucoup de frustration mentale. C’était un entraînement qui exigeait un toucher délicat.

C’était peut-être le bon moment pour faire une pause. « Je suppose qu’on va faire une petite pause. »

Les deux filles, fatiguées, hochèrent la tête en signe d’approbation.

Comme cette pause avait été pour Tesfia et Alice, Alus s’était assis à son bureau pour continuer ses propres recherches. Peut-être grâce à leur rangement de son matériel avant, il avait pu changer son état d’esprit afin de se mettre dedans plus facilement qu’il ne le pensait, et il s’était confortablement immergé dans son travail.

Quelques minutes plus tard…

« Maintenant que j’y pense, quel genre de recherche fais-tu, Al ? » demanda Tesfia.

« On ne lui a jamais demandé ça, n’est-ce pas ? » demanda Alice.

L’instant d’après, Alus avait deux paires d’yeux intéressés qui le regardaient. Cependant, le sourire sur son visage semblait les regarder d’en haut un peu. « Je me demandais si la magie de la téléportation pouvait être utilisée au combat. »

La magie de téléportation utilisée à l’Institut, les Cercles de Transport étaient un sous-produit de la magie de manipulation spatiale d’Alus. Mais comme les militaires voulaient garder les détails de la théorie confidentiels pour le public, Alus n’avait publié qu’une thèse sur le sujet. Il n’avait pas été impliqué dans les étapes qui l’avaient mis en pratique.

Bien sûr, il l’avait expérimenté seul pour prouver et confirmer sa théorie. Mais son seul objectif était de créer de nouveaux sorts et de nouvelles théories pour des techniques innovantes afin d’augmenter la puissance des magiciens.

Fondamentalement, les inventions et les découvertes d’Alus étaient très différentes des techniques existantes ou même du domaine de la logique. En même temps, ils avaient cédé la place à des sous-produits inattendus.

« C’est ce qu’il veut dire par téléportation, non ? » Tesfia toucha son insigne, se tournant vers Alice.

« … Je pense que oui. » Alice avait une expression interrogative, comme si elle cherchait la réponse d’Alus.

« C’est vrai. Le système utilisant ces insignes a été le premier à faire usage de la magie de type transport, » déclara Alus.

En outre, il y avait aussi des ports circulaires espacés à intervalles réguliers le long de la ligne de défense la plus importante pour la nation en cas d’urgence. L’armée et la nation étaient toujours à l’affût des envahisseurs ou d’autres anomalies.

Ce qu’Alus voulait donc dire en premier, c’était qu’il s’agissait de la première utilisation pour le grand public. « Cela dit, il y a encore des défauts. Après tout, la plus grande distance à parcourir est de trois à cinq kilomètres. »

Il s’agissait, bien sûr, d’une technologie qui pouvait encore faire l’objet de nombreuses améliorations. Plus précisément, il allait copier le mana de l’utilisateur et, sur cette base, il allait la transporter jusqu’à la porte de transport de la destination. Comme le transport s’effectuait en agissant sur l’espace lui-même, on l’appelait communément le « saut ».

Un problème fondamental, cependant, était que les informations à propos du mana copié se détérioraient. La raison en était qu’il était impossible de contenir le pur mana indéfiniment dans l’espace avec le niveau actuel de la technologie.

La détérioration ne produisait pas lors de la reconstruction du mana en magie, mais le mana seul avait tendance à se détériorer avec le temps après avoir quitté le corps. Les expériences avaient montré que la téléportation sur une certaine distance était problématique pour cette raison.

« Je pensais à l’origine à l’utiliser comme magie d’attaque, mais le problème est de savoir sur quelle propriété je devrais mettre l’accent afin d’avoir des améliorations. » Il n’y avait aucune chance que ces deux-là aient une réponse à sa question avancée. Mais de toute façon, peut-être qu’en le disant à haute voix cela pourrait l’aider. C’était dans la nature même d’un chercheur d’agir ainsi.

Tesfia avait demandé. « Tu veux dire, comment l’utiliser au mieux au combat ? »

« Ce n’est pas une mauvaise interprétation. » Le problème était de prendre en compte le type d’utilisation que le sort aurait en le faisant. Et comme les sorts inventés par Alus devaient être bénéfiques pour tous les magiciens, cela rendait sa tâche encore plus difficile. « Même au sens large, devrait-on l’utiliser pour tuer les mamonos, entraver efficacement leurs actions, soutenir les attaques alliées, ou battre en retraite rapidement et en toute sécurité ? »

« Hah… »

Contrairement à l’inarticulée Tesfia, Alice avait levé la main pour obtenir la permission de parler. « Que dirais-tu d’en faire un sort pour protéger les magiciens, ou quelque chose qui peut couvrir un large éventail d’applications ? »

Alus n’avait jamais rejeté aucune opinion sans d’abord l’avoir écoutée. Peut-être en raison de sa nature de chercheur, il avait l’habitude d’examiner attentivement toute idée, même excentrique, avant de parvenir à une conclusion.

Mais il était déjà arrivé à une conclusion pour la suggestion d’Alice il y a longtemps. « Ça ne servirait à rien. La magie de téléportation peut être utilisée pour l’attaque, la défense ou le soutien, selon l’utilisation, mais en essayant de la faire fonctionner pour tout, elle sera inutile. »

Les sorts énumérés dans l’encyclopédie des sorts avaient été déterminés après que leur nom propre ait été reconnu. L’établissement d’un nom propre signifiait que l’utilisation du sort était reconnue.

En tant que tel — un sort qui pouvait être utilisé à n’importe quelle fin était absurde. Sur le champ de bataille, un sort à usage unique et fixe était beaucoup plus utile qu’un sort ad hoc à moitié bancal.

« Eh bien, il vaudrait peut-être mieux vérifier auprès les magiciens en première ligne. »

Tesfia considérait qu’Alus lui-même s’était battu sur les lignes de front pendant la plus grande partie de sa vie, de sorte qu’il pouvait probablement trouver un usage approprié par lui-même, mais… c’était alors qu’elle se souvint que la directrice disait qu’il était une exception parmi les exceptions, alors elle s’arrêta avant de le dire tout haut.

Si le magicien classé numéro 1 créait de nouveaux sorts en utilisant ses propres compétences et talents comme base, il serait probablement le seul à pouvoir les utiliser, ce qui le rendrait insignifiant pour les autres.

D’autant plus que le but d’Alus était d’augmenter la force générale des magiciens pour qu’il puisse se détendre.

Après cela, il était temps pour Alus de donner une conférence unilatérale et mercuriale sur les théories magiques et leurs utilisations, ainsi qu’une session de questions-réponses beaucoup plus courte.

Comme les deux filles étaient des magiciennes novices, Alus, bien sûr, n’était pas parvenu à des conclusions significatives. Mais il n’avait jamais eu l’occasion de partager ses pensées avec les autres auparavant, alors il avait continué à parler, oubliant l’heure.

Les deux jeunes filles avaient réussi à retourner à leur dortoir avant de rompre le couvre-feu, mais leur temps précieux avait été surtout consacré à la conférence d’Alus. Il n’avait donc pas pu s’empêcher d’accepter le blâme, lorsque Tesfia l’avait accusé qu’elles n’avaient pas été capables de s’entraîner correctement.

… Ainsi, Alus n’avait pas pu trouver d’excuse pour ne pas leur donner d’instructions le lendemain.

☆☆☆

Partie 5

« Mais c’était quand même une surprise de voir Al comme ça, » déclara Alice en souriant alors qu’elle marchait avec Tesfia. Sa façon de parler donnait l’impression qu’elle parlait d’une amie du même âge, plutôt que du magicien classé numéro 1.

Contrairement à hier, elles rentraient seules. Alors qu’Alus avait quitté l’immeuble avec elles, il fut soudain appelé au bureau de la directrice, et ils s’étaient séparés de lui à grands pas.

« Il était comme un enfant qui se vantait, » dit Tesfia.

« Veux-tu dire digne de son âge ? » demanda Alice.

« Non, je veux dire comme un enfant montrant son tout nouveau jouet, » déclara Tesfia.

Quand Alice entendit cela, elle pouvait vraiment voir Alus comme un enfant et elle se couvrit la bouche pour rire. « Ouais, peut-être… C’est un peu scandaleux pour un jouet. »

« C’est vrai. Pourtant, je comprends ses talents de magicien, mais qu’en est-il de ses talents de chercheur ? » demanda Tesfia.

Alice répondit sans l’ombre d’un doute dans son esprit. « Je suis sûre qu’ils sont excellents. »

« Je m’interroge à ce sujet. Il fait peut-être des recherches sur des trucs ennuyeux qui n’ont aucun espoir d’avenir, » déclara Tesfia.

« Hmm, je ne pense pas… mais pourquoi ne pas lui demander de nous montrer le sort dont il parlait aujourd’hui quand il l’aura terminé ? » déclara Alice.

« Ouais, allons-y. Mais après qu’il en ait tant parlé, il vaut mieux ne pas rire quand il s’avérera que c’est un sort boiteux, Alice, » déclara Tesfia, comme une grande sœur qui expliquait à une petite sœur.

« Toi aussi, Fia. Tu es de la noblesse, donc tu ne peux pas te déshonorer en riant la bouche ouverte, même si c’est drôle, » déclara Alice.

Les deux filles se souriaient l’une à l’autre avec des sourires réservés.

Avant que personne ne s’en rende compte, les grandes recherches d’Alus avaient été transformées en quelque chose qui ne pouvait être que boiteux, le degré de son talent avait été réduit à néant… mais cela n’avait peut-être eu d’importance que pour les deux filles.

Plus tard, quand les deux filles auraient finalement compris ne serait-ce qu’une partie de ses recherches, leurs expressions allaient totalement changer.

Mais c’est une histoire pour l’avenir.

***

Après s’être séparé des deux filles à côté du bâtiment de recherche, Alus s’était dirigé vers le bureau de la directrice avec des pas lourds et un cœur pesant.

Il s’attendait à ce que ce ne soit rien de bon d’après ce dont lui et Cisty avaient parlé auparavant, et d’après ses gestes. Il avait eu l’impression qu’il ne devait pas s’impliquer avec elle si possible, mais cela s’était déjà transformé en une condamnation.

Il fallait quelques minutes pour aller à pied des quartiers privés d’Alus jusqu’au bureau de la directrice dans le bâtiment principal. Il était compréhensible de s’y rendre à pied et non par le Cercle de Transport.

Il avait prévu de faire attention à ses manières et de frapper à la porte, mais il fronça les sourcils en frappant, clairement malheureux. S’autorisant lui-même rapidement à entrer, Alus ouvrit la porte en toute hâte. « Je n’ai toujours rien demandé. »

Voyant le froncement de sourcils d’Alus, Cisty répondit. « Je n’ai toujours rien entendu. »

Alus feignit l’ignorance et redressa son dos. Cisty avait une meilleure réputation ici, après tout.

« Eh bien, peu importe. Comme vous le savez sûrement, il y aura un examen de compétence au début du mois prochain, » déclara la directrice.

« J’en ai entendu parler. » Cela faisait partie du programme d’études de l’année, un test destiné à mettre à jour les rangs des étudiants de première année à leur entrée à l’Institut en fonction de leurs compétences actuelles. Comme plus d’un millier de candidats devaient être évalués lors de l’examen d’entrée, l’efficacité avait été privilégiée par rapport à l’exactitude. En tant que tel, ce test avait pour but d’examiner de plus près les capacités des étudiants de première année.

Alus savait déjà ce que Cisty voulait. « En d’autres termes, il s’agit de mon évaluation de grade. »

« Oui. Comme je préfère éviter toute agitation inutile, je l’ai organisée pour vous évaluer, » répondit-elle.

Alus aurait aimé se plaindre qu’elle abusait de son autorité, mais il voulait aussi éviter cette agitation inutile. Et, eh bien, c’était probablement sa seule issue.

Il savait que l’examen de compétence figurait dans l’horaire annuel, mais lorsqu’il y avait réfléchi, les méthodes réelles n’étaient pas décrites. « Je comprends. Mais ce n’est pas tout, n’est-ce pas ? Quelle est ta vraie raison ? »

La directrice n’avait pas été particulièrement surprise. Au contraire, elle soupira de soulagement lorsqu’elle put enfin passer au sujet principal. Mais voyant cela, Alus avait l’impression que son intuition avait été déçue.

« Je suis contente qu’on puisse aller droit au but. C’est ce que je veux. » Sur le bureau de Cisty, il y avait une pile de papiers. Elle les avait ensuite retournés, c’est-à-dire en lui disant de les lire pour qu’il soit plus facile de confirmer ce qu’elle voulait.

Alus passa ses yeux sur les documents, puis regarda Cisty pour confirmation.

Elle répondit avec un sourire et un signe de tête comme pour dire qu’il avait sa permission.

« … » Alus avait ensuite tout lu en détail. Il soupira. « Et que veux-tu que je fasse ? »

« Rien de particulier… qu’en pensez-vous ? » demanda Cisty.

Les documents qui se trouvaient sur le bureau étaient des suggestions et l’un d’eux contenait des détails sur une proposition nouvellement élaborée pour l’Institut. Celui-là venait de l’armée.

En d’autres termes, c’était pratiquement une politique nationale, et comme le Second Institut de Magie ne pouvait pas couper ses liens avec l’armée, il devait accepter la proposition.

Ce n’était pas comme si quelque chose allait changer de demander l’opinion de quelqu’un, mais c’était certainement le genre de chose où l’on pourrait vouloir l’opinion d’une tierce partie, surtout celle d’Alus.

« Avant de répondre, j’ai quelque chose à te demander, » déclara Alus.

« Allez-y, » le sourire glamour de Cisty était porteur d’espoir quant à son opinion.

« Est-ce quelque chose qui est proposé parce que j’ai demandé à prendre ma retraite ? » demanda Alus.

« Probablement. » C’était une réponse vague, mais Cisty ne voyait pas ça comme un problème.

Quant au contenu de la proposition, son but était de permettre aux étudiants d’acquérir une expérience réelle en luttant contre les mamonos, sous prétexte d’être une leçon parascolaire.

« Personnellement, je pense que nous recevons cela assez tard. Cela fait déjà partie du programme d’études des premier, quatrième, cinquième et septième instituts. Cependant…, » déclara Cisty.

« Cela ne fera qu’augmenter le nombre de morts, » déclara Alus catégoriquement.

« Cela le fera, n’est-ce pas, » dit la directrice d’un ton léger, en essayant de réduire un peu la gravité du sujet.

C’était un combat en direct. Des vies seraient en jeu.

Bien que la majorité des étudiants s’enrôleraient dans l’armée après l’obtention de leur diplôme et qu’ils finiraient par être confrontés au combat, le problème était que les étudiants n’avaient toujours pas suivi ce genre d’entraînement jusque-là.

Mais le vrai problème n’était pas physique, c’était mental. Pour les étudiants qui pourraient au moins utiliser la magie, les mamonos de bas niveau ne devraient pas poser trop de problèmes.

Cependant, ce qu’Alus avait mentionné était un véritable résultat possible. C’était parce qu’ils risquaient d’abandonner le combat par peur de leur première vraie bataille.

Comme les pouvoirs d’un magicien étaient largement influencés par son état mental, se recroqueviller dans la peur lui ferait perdre leur capacité à utiliser la magie. Et si cette peur des mamonos restait sous la forme semi-permanente d’un traumatisme, ils pourraient même ne pas devenir des magiciens à part entière.

Techniquement, il y avait un filet de sécurité en place, mais il était toujours problématique. Selon la proposition de l’armée, un camarade de classe supérieure se tiendrait avec les premières années en cas d’urgence. Bien qu’il y ait une différence de compétences, ils étaient encore étudiants, et quand il s’agissait d’éliminer les mamonos, il n’y avait pas beaucoup de différence entre eux. En cas d’urgence, on craignait que le personnel ne soit inutile.

« En d’autres termes, c’est ce que veulent les hauts gradés, » déclara Alus.

« En effet. Avec l’affaiblissement de la barrière, ils veulent probablement que les élèves s’habituent au combat le plus tôt possible. Et il est probable que les investisseurs influents veulent avoir une idée de la qualité des différents instituts en tant que centres de formation de magiciens. C’est le genre de chose que les gros bonnets envisageraient, » déclara-t-elle.

Alus soupira. Il avait poussé le sujet de l’avant, voulant une réponse à ses soupçons. « Alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

« J’ai surtout été affectée à des missions de défense, donc vous connaissez mieux les mamonos, » déclara Cisty.

Alus avait une chose ou deux qu’il pouvait dire à cela, mais il avait décidé d’écouter toute l’histoire d’abord et avait exhorté Cisty à continuer.

« Alors, vous ne pouvez rien faire, Alus ? » demanda Cisty.

« Quelque chose ? Comme quoi ? » demanda Alus.

« Vous savez, comme agir sur les hauts gradés… rapidement. Et si ça devait être difficile, vous pourriez faire autre chose. Par exemple, vous pourriez —, » déclara Cisty.

« Ce n’est pas possible. » Alus avait rejeté les propos de la directrice avant qu’elle ne puisse faire une deuxième suggestion. Il n’avait pas l’influence nécessaire pour faire appel d’une décision prise au plus haut niveau. Ou plutôt, on lui avait intentionnellement fait perdre son influence, tout comme ils avaient été si réticents à accepter sa demande de démission.

Malgré cela, ils l’avaient utilisé à leur guise pour des missions. S’il s’agissait de l’initiative solo du gouverneur général Berwick, il aurait peut-être été en mesure de dire du bien de la directrice. Malheureusement, cela avait dû être considéré comme le consensus de l’ensemble de l’armée.

Quant à l’autre proposition, la directrice avait laissé entendre… « Combien d’élèves participeront à ces cours extrascolaires, d’après toi ? C’est impossible de les couvrir tous. » Même pour quelqu’un d’aussi puissant qu’Alus, il n’était pas possible de les protéger tous à moins qu’ils ne soient physiquement dans un seul groupe.

En réponse, Cisty avait gonflé ses joues et avait fait la moue, ce qu’Alus n’aurait jamais cru qu’il verrait quelqu’un de son âge faire. « Allez… alors avez-vous d’autres bonnes idées ? »

Il ne semblait pas qu’elle allait le laisser partir si facilement. À moins qu’il ne lui ait au moins donné une suggestion, il n’allait probablement pas être autorisé à rentrer chez lui. Il haussa les épaules et se gratta la tête. « Dans quelle mesure cette proposition peut-elle être modifiée ? »

L’ingérence de la directrice dans le consensus des hauts gradés pourrait lui apporter de l’animosité et même entraîner sa démission forcée. Bref, s’opposer à la façon de faire de l’écrasante puissance militaire comportait de grands risques.

La situation pourrait être décrite comme terrible, mais si Alus avait une bonne idée, il faudrait que Cisty fasse de son mieux et la fasse avancer.

« Tant que cela ne change pas le sens de la leçon extrascolaire…, » Cisty lui répondit avec un regard sérieux.

Cette expression disait qu’elle obtiendrait ce qu’elle voulait, quoi qu’il arrive, à condition que ce soit quelque chose de mineur. Bien qu’elle n’ait pas été ouverte à ce sujet, elle voulait veiller à la sécurité des élèves qui lui étaient confiés.

Les deux individus avaient regardé une carte. « Il n’y a aucun doute que c’est la zone, n’est-ce pas ? » dit Alus.

« Oui. » Vu la clarté de sa réponse, Cisty ne semblait pas connaître les détails, donc ce n’était probablement pas encore décidé. Mais elle estimait qu’il était encore trop rapide d’amener des étudiants dans le monde extérieur, même si c’était pour renforcer leurs forces plus rapidement.

« C’est une zone où les mamonos de classe inférieure apparaissent, mais les mamonos de classe B y apparaîtront de temps en temps. Tenir les leçons ici serait mieux, même si c’est un peu plus loin. » Alus avait montré un endroit sur la carte, puis avait glissé son doigt vers un autre endroit.

« Bien sûr, ce ne serait pas sûr même à ce moment-là, » déclara la directrice avec une expression amère. Elle comprenait aussi les risques. Alors qu’elle était principalement affectée à des missions de défense, elle était quand même toujours sur le terrain. L’inattendu et l’imprévu étaient des événements quotidiens dans le monde extérieur. Ce n’était pas exagéré d’appeler l’inattendu la norme.

La bataille dans le monde extérieur exigeait des préparations et des stratégies flexibles et constantes si le pire devait arriver. Mais ils étaient encore capables de détecter des mamonos de haut niveau apparaissant à plusieurs kilomètres des lignes de défense. De plus, bien que l’équipement magique en place pour détecter les mamonos n’étaient généralement pas assez fiables pour détecter quoi que ce soit de plus loin, il pouvait détecter les mamonos de niveau calamité assez rapidement, mais pas parfaitement.

« Dans ce cas, il y a une possibilité que des mamonos de rang B puissent passer à travers, donc nous devrions mettre à niveau les superviseurs des étudiants. Au lieu d’élèves de la classe supérieure, nous devrions demander des magiciens officiels… mais cette proposition n’a que peu de chance d’être acceptée, » avait conclu Alus.

« Ce serait difficile, » déclara Cisty.

Les précieux magiciens de l’armée devaient rester en attente afin d’être mobilisés à l’improviste. Et il était difficile d’imaginer les militaires approuver leur envoi pour une simple leçon parascolaire.

« Alors, nous devrions nous contenter d’assigner les plus hauts gradés comme superviseurs. Mais plutôt que d’en avoir un chacun, vous pouvez en avoir deux ou plus. Il y a aussi la possibilité d’utiliser des professeurs. La composition a été confiée à l’Institut, n’est-ce pas ? » demanda Alus.

« C’est vrai… mais ça provoque quand même des maux de tête, » répondit Cisty. « D’ailleurs, il a été décidé que la composition sera composée de cinq étudiants et d’un ou plusieurs superviseurs. »

« Alors je te souhaite bonne chance, » sur ce, Alus s’était retourné. À ses yeux, il s’était acquitté de ses obligations en donnant quelques suggestions à l’égard des superviseurs.

La directrice, par contre, avait sorti un « Hein !? »

« Y a-t-il encore autre chose ? » Alus s’était retourné avec un regard qui montrait à quel point c’était douloureux pour lui.

Mais cette sorcière n’était pas assez obéissante pour accommoder Alus. « … J’ai oublié d’apporter le thé. » C’était une excuse évidente pour garder Alus ici, et elle s’était rapidement mise à l’action.

Même Alus avait hésité à l’ignorer et à rentrer chez lui après ça. Il avait essayé avec son expression faciale de montrer qu’il était encore plus ennuyé par tout cela comme une forme de rancune… mais c’était le strict minimum pour maintenir sa santé mentale.

Après cela, les deux individus avaient passé la soirée à explorer différentes solutions.

En fin de compte, Alus avait prêté ses connaissances, grâce à Cisty qui l’avait empêché de partir plus tôt.

« Ce sera difficile, mais si nous surmontons cela, nous serons capables de former d’excellents magiciens. L’avenir de l’humanité s’annonce prometteur ! » dit Cisty comme une missionnaire, levant le poing en l’air.

Alus ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle avait une force idéaliste dans sa façon de parler.

Cisty sourit innocemment.

Il en avait assez, mais elle avait raison quand il s’agissait d’assurer la survie de l’humanité. C’était grâce à Tesfia et Alice qu’il avait accepté une telle flatterie évidente. Leur aptitude à être magiciens serait probablement clairement indiquée dans cette leçon parascolaire. Si elles obtenaient de bons résultats, ce serait très bien, et si elles cédaient aux mamonos, une conclusion différente serait énoncée clairement.

C’est ainsi qu’avait eu lieu le débat diligent et scrupuleux entre un chiffre unique et un ancien chiffre unique.

Après cela, Alus s’était fait appeler au bureau de la directrice après avoir veillé à l’entraînement de Tesfia et Alice. Il n’avait plus la volonté de maudire son destin.

Tout en pleurant la perte de son précieux temps, il avait réussi à maintenir son équilibre mental en se disant que cela allait jouer en sa faveur. En d’autres termes, il s’était consolé en se disant que cela l’aiderait dans le futur.

Quoi qu’il en soit, il y avait une limite au temps dont ils disposaient jusqu’au jour de la leçon parascolaire.

Et peu importe ce qu’ils enseignaient aux élèves, ils n’étaient encore que des magiciens novices. Comme ils manquaient cruellement d’expérience au combat, ils étaient peu fiables et vulnérables.

☆☆☆

Partie 6

C’était le jour de l’examen de première année.

Tesfia et Alice avaient visité le laboratoire d’Alus avant d’aller en classe. La raison en était qu’il avait à peine assisté aux cours ces derniers jours.

Bien qu’Alus ait eu droit à des crédits garantis tant qu’il atteignait le nombre minimum de participations, sa réputation allait s’effondrer. S’il était absent de l’examen en lui-même, il devait le repasser, et s’il le manquait aussi, il risquait d’avoir à redoubler. Les deux filles étaient donc venues le chercher, s’inquiétant pour lui.

« — ! ! »

Quand Alus avait ouvert la porte, son état horrible était apparu. Avec ces grandes poches sous les yeux, il était clair qu’il n’avait pas bien dormi ces derniers jours.

« Je t’ai clairement dit de dormir un peu, et à la fin tu n’as pas dormi du tout, n’est-ce pas ? Si tu ne peux pas t’endormir, tu veux que je dorme avec toi ? » Tesfia déclara cela et détourna le regard, mais avec un sourire espiègle sur son visage.

Alus, d’un autre côté, n’avait plus assez de volonté pour se défendre. « C’est mon temps, ne te mêle pas de la façon dont je le dépense. Ce n’est pas comme si je n’arrivais pas à dormir, mais si je peux avoir une nuit de sommeil agréable, devrions-nous dormir ensemble ? Pourquoi pas aujourd’hui, même ? »

« Eh !?? U-Uhm… »

Le fait d’obtenir que son méfait lui soit rendu sans arrière-pensée avait pris Tesfia par surprise, et elle avait soudainement reculé.

Tandis que Tesfia était incapable de cacher ses joues rouges, les mots exaspérés d’Alice ramenèrent l’atmosphère sur terre. « As-tu oublié, Al ? L’examen est aujourd’hui. »

Alus était distrait et s’éloigna d’elles. Quelques instants plus tard, il avait finalement parlé. « Était-ce maintenant ? »

« Va te laver le visage ! » cria Tesfia, après avoir vu l’heure affichée sur l’écran numérique à l’intérieur. Elle avait attrapé Alus, l’avait fait tourner et l’avait poussé dans la pièce.

« Très bien, » déclara Alus.

*

C’était la première fois qu’ils allaient en classe ensemble, mais Alus avait fait un grand bâillement.

Le sac fourni par l’Institut n’était pas nécessaire. Comme il n’avait pas de manuels scolaires, se promener avec un sac vide était inutile.

Regardant Alus ainsi, Tesfia demanda à Alice. « Es-tu prête pour l’examen ? »

« Je me le demande. J’ai tout revu au cas où, » déclara Alice.

Avec leurs manuels en main, les deux filles avaient eu du mal à se pincer l’une et l’autre.

Mais les paroles suivantes d’Alus indiquèrent clairement que leurs efforts avaient été vains. « Qu’est-ce que vous commentez ? C’est un examen pratique, ce n’est pas quelque chose à quoi on se prépare comme ça. »

« Eh !?? »

« Si tu le savais, alors pourquoi ne pas nous l’avoir dit ! » s’écria Tesfia.

Alice s’était arrêtée, la bouche grande ouverte, tandis que Tesfia, qui s’était rétablie plus rapidement, donnait un coup de pied vers l’arrière d’Alus.

Elle aurait peut-être voulu que ce soit un coup de pied bas, mais certains sentiments de rancune pour avoir gaspillé ses efforts avaient été mêlés à cela.

Alus était peut-être à moitié endormi, mais ce n’était pas très difficile, car il avait facilement attrapé la jambe de Tesfia d’une main.

Cependant, ce n’était pas le problème. Bien que sa jupe ne soit pas trop courte, à la suite d’un coup de pied rotatif libéré d’une position plus haute, la jupe de Tesfia flotta au vent de façon éclatante. Et ses cuisses d’un blanc éblouissant se voyaient sous la fine culotte de soie qu’elle portait.

Le temps semblait geler un instant, mais Alus ne s’intéressait pas à ce jardin secret.

Mais même ainsi, le rougissement sur le visage de Tesfia devint visiblement de plus en plus éclatant. « #% & $@& # !! »

Peu de temps après, un poing droit revêtu de mana était venu voler vers Alus. Ce n’était pas comme si sa puissance était augmentée par cela, mais le fait que le mana coulait instinctivement là signifiait que c’était un coup sérieux avec toute sa force derrière lui.

Alus avait poussé la jambe qu’il avait attrapée si facilement, et avait utilisé le recul pour bloquer le coup de poing en douceur. Mais s’il avait encore foiré, la magie pourrait bien le frapper la prochaine fois. Alors il avait lâché prise et s’était éloigné.

« … L’as-tu vu ? » Tesfia l’avait regardé avec les yeux larmoyants. Elle avait placé sa main gauche contre ses cuisses et avait maintenu l’ourlet de sa jupe vers le bas.

« Pourquoi je regarderais ? » Il ne l’avait pas vu, et le coup de pied n’avait pas été donné à une hauteur telle qu’Alus pouvait le voir avec sa plus grande taille. Il avait l’impression qu’elle était trop gênée, mais s’il le disait, alors cela serait qu’il voudrait vraiment que la magie s’envole sur lui.

Comme Alus manquait de tact pour changer de sujet, le visage de Tesfia était devenu rouge et ils avaient fini par marcher dans un silence gênant, tout en le regardant fixement comme si Tesfia essayait de le forcer à effacer ses souvenirs.

Alice avait essayé d’être attentionnée, soulevant différents sujets de discussion avec Alus, mais tout cela semblait terriblement faux.

Alus avait l’impression d’être obligé de lire un scénario, mais en tant que principal coupable, il continuait à contrecœur à marcher avec elles.

Parce que Tesfia s’était accrochée à sa jupe pendant tout le trajet, ou du moins Alus l’avait cru, ils étaient arrivés à peine à temps pour l’école. Mais voyant son visage rouge et son comportement beaucoup plus doux que d’habitude (pour elle), il avait conclu qu’il était un peu injuste.

 

 

En raison de l’examen, les cours d’aujourd’hui avaient été annulés. Le seul événement qui aura lieu sera l’examen.

La matinée était consacrée à tester l’utilisation du mana sur les terrains d’entraînement, ce qui consistait à utiliser tous les sorts appris.

Plusieurs enseignants allaient servir de superviseurs et allaient consigner les données avec précision. Afin de ne pas divulguer des informations sur les sorts qui devaient être cachés, les terrains d’entraînement déjà divisés avaient été recouverts d’un voile noir qui avait permis de dissimuler le contenu de l’examen.

Comme les classes effectuaient l’examen, une à la fois, il était inévitable qu’il fallût toute la matinée.

Alus et les autres s’étaient rapidement changés en uniformes d’entraînement. Après cela, ils avaient attendu à tour de rôle.

Mais Tesfia, étant ce qu’elle était, ne pouvait pas rester tranquille en attendant que son nom soit appelé. Elle semblait essayer de se distraire en revoyant son contrôle de mana, mais une quantité extraordinaire de nervosité était visible sur son visage.

C’est alors qu’Alus se souvint qu’elle était noble. En d’autres termes, elle avait besoin d’un rang qui n’apporterait pas la honte à son nom. Bien qu’elle avait déjà un rang à quatre chiffres, elle ne pouvait s’empêcher d’être nerveuse, car l’examinatrice lui avait dit que le classement n’était peut-être pas exact au moment de son inscription.

Ce n’était qu’un examen, et il était difficile d’imaginer que son classement changerait autant par rapport à ce résultat, mais dire cela à Tesfia ne signifierait pas grand-chose maintenant. C’est pour ça qu’Alus n’avait rien dit.

Pendant ce temps, Alice versait du mana dans un AAR emprunté, s’assurant que tout allait bien. Des scènes similaires se produisaient sur tous les terrains d’entraînement.

Alus fut le premier parmi les trois à se faire appeler par son nom. Tesfia et Alice étaient à proximité comme si c’était leur lieu officiel.

Il s’était dirigé vers le neuvième terrain d’entraînement en trouvant tout cela gênant.

Les deux autres n’avaient pas souhaité bonne chance à Alus. Elles savaient qu’il n’en avait pas besoin. Au lieu de cela, elles s’étaient concentrées sur elles-mêmes, mettant plus de force dans leurs emprises sur leurs AAR par anxiété ou enthousiasme.

*

Au fait, Alus était le seul à ne pas avoir d’AAR.

C’est pourquoi, contrairement au début du trimestre où personne ne s’occupait de lui, ils le regardaient tous maintenant comme s’il était une sorte d’intrus. Bien qu’ils n’aient pas chuchoté dans son dos, leurs regards grossiers avaient tout dit.

Comme Alus n’avait même pas son livre aujourd’hui — peut-être qu’il l’avait juste oublié — les regards qu’il recevait étaient encore plus perplexes.

Dans cette atmosphère, Alus était entré dans une cloison d’apparence suspecte sur le terrain d’entraînement, taché de noir.

À l’intérieur se trouvait, comme prévu, la directrice Cisty. « Oh, vous n’avez pas apporté un AAR ? »

« … On va vraiment faire ça ? » Le manque de motivation d’Alus était naturel, car il ne se souciait pas de son classement. Et comme il était le numéro un actuel, il avait de la difficulté à trouver un sens à la mesure de son mana.

« N’est-ce pas évident ? » dit Cisty en croisant les bras.

« Je me débrouillerai même sans un AAR, » répondit Alus.

« Bien ! Alors d’abord…, » la directrice avait montré une boîte à côté d’elle. C’était juste assez grand pour contenir une personne. C’est le dispositif utilisé par l’armée pour mesurer la capacité de mana. En dehors de l’avant, l’intérieur était recouvert de plaques métalliques pour la détection du mana.

« Mettez-vous là, et émettez un peu de mana, s’il vous plaît, » déclara Cisty.

Alus avait déjà commencé à le faire. Le système avait fonctionné en détectant le mana à l’aide des plaques métalliques sur une période, mesurant la capacité de mana de l’utilisateur.

« D’accord, ça suffit. » Cisty regarda l’écran sur le dessus d’une table. Il y avait le test de mesure, suivi d’un pourcentage indiquant l’état d’avancement. « — !! Hein !? »

C’était une réponse à laquelle Alus était habitué. Donc, pour éviter la douleur de devoir recommencer, il avait prévenu Cisty. « Ce n’est pas cassé. Pouvons-nous donc passer à l’étape suivante ? »

« O-Oui…, » sa réponse n’était pas très claire. Eh bien, si le testeur n’était pas un ancien numéro à un chiffre tel que la directrice, il aurait probablement été encore plus surpris. Mais même en ce moment-là, c’était un chiffre qu’elle avait du mal à croire.

Au cas où, Alus avait inventé une histoire qui pourrait la convaincre. « J’ai toujours été en première ligne. »

« C’est vrai. »

Mais peu importe combien il avait été en première ligne, ce n’était nullement les scènes de carnage qu’Alus avait vu jusqu’à maintenant qui l’avait aidé à progresser autant. Cette capacité de mana était innée… c’est pourquoi il avait pu briller dans l’armée.

« Uhm, suivant… J’aimerais que vous utilisiez la magie que vous avez apprise… » Cisty semblait encore secouée, alors qu’elle était en train de mettre des instruments de mesure sur les membres d’Alus.

« J’ai aussi abandonné ce genre de mesure dans l’armée, » déclara Alus.

« Pourquoi ? » La directrice l’avait regardé d’un air perplexe. Elle était maintenant moins secouée, et plus simplement curieuse.

« Quand j’utilise la magie, le rendement dépasse le compteur, » déclara Alus.

« Hmm… Eh bien, ça devrait aller, » déclara la directrice.

« Je suis sûr que ce truc va casser. » Alus avait indiqué l’appareil coûteux pour faire valoir son point de vue.

Mais les yeux de Cisty brillaient de curiosité, ce qui l’emportait sur son inquiétude face au risque.

Alus soupira, se disant que la directrice était vraiment une magicienne curieuse. « Je ne peux pas t’imaginer avoir d’innombrables pièces de rechange de cette machine, alors ne t’en fais pas pour celle-ci. »

« D’accord, » Cisty hocha la tête, et se déplaça vers l’écran qui affichait les données de mesure. « Si vous utilisez un sort d’attaque, tirez par là, s’il vous plaît. »

Devant Alus se trouvait un cône dont le large fond pointait vers l’avant. L’intérieur était creux dans le but d’assimiler la magie.

C’était aussi quelque chose qu’Alus avait l’habitude de voir. En libérant la magie à l’intérieur du cône, les parois présentaient une grande affinité pour mesurer le rendement, la composition, la quantité totale de mana, l’attribut et plus en détail, et cela absorberait en même temps le mana pour affaiblir l’impact.

Même si la puissance dépassait le taux d’absorption, elle était conçue pour que la puissance du sort se dirige vers le cône, absorbant progressivement plus de mana.

Il n’aurait pas dû y avoir de cas de pannes dues au dépassement des valeurs maximales mesurables — mais Alus avait cassé cette machine comme si ce n’était rien.

☆☆☆

Partie 7

Peu après le début de l’examen d’Alus, le nom d’Alice avait été appelé.

« Bonne chance, Alice. »

« Toi aussi, Fia. »

Alors qu’Alice commençait à marcher jusqu’au deuxième terrain d’entraînement, Tesfia avait commencé à se concentrer sur la préparation de son propre tour.

Alice s’arrêta soudain, sentant le sol trembler un peu.

Au début, ce n’était qu’un léger tremblement, alors elle se demanda si elle le sentait vraiment ou non, mais cela s’était transformé en conviction à mesure que le mouvement prenait de l’ampleur. C’était un désastre.

Il y avait eu un grand changement dans la plaque tectonique de ce continent quand les mamonos étaient apparus, donc ce n’était pas sans précédent. L’état de préparation des élèves face à ce genre de catastrophe était donc parfait.

Au moment où Alice avait versé plus de force dans ses jambes et son corps pour contrecarrer le tremblement… « Quoi — !! »

Une explosion avait fait écho dans le terrain d’entraînement, provoquant une agitation. Tout le monde oublia de se réfugier en regardant dans la même direction.

Dans le neuvième terrain d’entraînement, il y avait maintenant de la fumée noire qui en sortait.

Les enseignants se demandaient ce qui s’était passé, mais la femme qui sortait du neuvième terrain d’entraînement était la première à parler. « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. S’il vous plaît, continuez l’examen, » déclara la directrice Cisty, émergeant du terrain d’entraînement, couverte de mana.

On se demandait pourquoi la directrice de l’école était l’un des examinateurs, mais seulement pendant un instant.

Cisty avait chanté quelque chose, et avait légèrement fait tourner un index levé. Après l’avoir fait, la fumée noire avait commencé à s’accumuler en un seul endroit dans un tourbillon au-dessus de sa tête.

C’était un exploit époustouflant. Finalement, ce n’est que lorsque Cisty avait envoyé la fumée noire à l’extérieur que les professeurs stupéfaits s’étaient souvenus qu’ils étaient au milieu d’un examen.

L’instant d’après, Alice, revenue à la raison, demanda à Tesfia. « Que s’est-il passé ? »

« Qui sait, mais n’est-ce pas… ? » commença Tesfia.

Après s’être rappelé quel élève y passait son examen, Alice se précipita vers le neuvième terrain d’entraînement et cria d’une voix aiguë. « Est-ce que ça va, Al ? »

Alus était seul, regardant l’équipement avec ses pièces cassées. « Oh, Alice. Quel gaspillage… ! »

Tesfia apparut, avec un visage sévère. « Qu’est-ce que tu as fait ? »

« Dire que vous seriez aussi fort… Vous êtes vraiment incroyable. » Derrière Tesfia se trouvait la directrice, parlant d’une voix raide. Bien sûr, s’il n’y avait pas la moindre trace de suie sur sa tenue, c’était parce qu’elle aussi était l’une des meilleures magiciennes.

« Bref, vous deux, nous sommes toujours en plein examen, » déclara Cisty.

Tesfia et Alice avaient jeté un coup d’œil quand Cisty avait dit cela, comme si ce qui s’était passé n’était pas une grosse affaire.

*

Après une légère réprimande de la directrice Cisty, les deux filles avaient quitté le lieu de l’examen, laissant Alus et Cisty derrière elles.

« Mais quand même, ce sort… c’était un sort de manipulation spatiale, n’est-ce pas ? » demanda Cisty.

Les yeux d’Alus s’élargirent à la question de Cisty. C’est bien approprié venant d’un ancien numéro à un chiffre. C’était normalement une règle tacite que les magiciens ne fouillaient pas dans l’arsenal de sorts de l’autre. « Exact, » lui répondit-il, avec un peu de respect et d’admiration.

« Il y avait aussi beaucoup de chaleur générée. Serait-ce de la magie de type fusion ? » demanda Cisty.

Celui-là était éteint. La chaleur et l’explosion qui en avait résulté avaient été causées par l’incapacité de l’appareil de mesure à supporter la quantité écrasante de mana. Mais Alus baissa les yeux, comme pour dire que c’était comme elle le supposait. C’était plus pratique comme ça.

Il avait en effet utilisé la magie de la manipulation spatiale, comme elle l’avait deviné. Mais Alus ne voulait pas que quelqu’un, pas même la directrice, en sache plus que ça.

Au début, il n’existait pas de sorts qui interféraient directement avec l’espace. La magie de manipulation de l’espace était plutôt divisée en différents groupes, et était un terme générique pour une série de types de magie organisée.

Bien sûr, il avait été théoriquement prouvé que l’espace pouvait être manipulé. C’est pourquoi Alus avait délibérément utilisé la magie de type fusion en même temps.

Le phénomène de fusion était la vraie nature du sort qu’il avait utilisé avant. La raison pour laquelle il semblait que l’espace avait été manipulé était un effet secondaire. En d’autres termes, il avait délibérément invité le malentendu que la distorsion de l’espace était un effet secondaire, au lieu de sa véritable nature.

Jusqu’à présent, tout cela relevait du bon sens dans le domaine de la magie. Le seul dans l’armée qui savait que le pouvoir d’Alus dépassait le bon sens était le gouverneur général Berwick Sarebian. On craignait une force écrasante et puissante. Et il y en aurait beaucoup qui chercheraient à s’en servir. Cependant — .

« Mais si un magicien de votre niveau utilisait la magie de fusion seul, il ne serait pas si faible. Il y a peut-être une propriété différente, » déclara Cisty.

« — »

C’était un doute anodin, quelque chose qui était venu dans la tête de Cisty. Elle avait mis le doigt sur son menton en réfléchissant.

La magie de type fusion était un sort très avancé appartenant à l’attribut feu. Ainsi, une catégorisation simpliste pourrait étiqueter le mana d’Alus comme appartenant à l’attribut feu, mais cette ancienne numéro à un chiffre semblait convaincue que ce n’était pas la vraie nature du mana d’Alus.

La magie était divisée en plusieurs natures différentes. Les gens pourraient toujours être catégorisés comme ayant une affinité avec l’une de ces natures. Dans le cas de Tesfia, c’était de la glace, et celui d’Alice était la lumière.

Bien sûr, ce n’était qu’une affinité, et cela ne signifiait pas qu’ils étaient limités à ce type, mais l’affinité avait une grande influence sur la magie utilisée.

L’affinité d’Alus était le néant.

Strictement parlant, le néant n’existait pas, donc il était plus juste de dire que l’affinité ne lui était pas applicable. Bien sûr, il pouvait utiliser de la magie de différentes natures à des niveaux élevés. Mais lorsqu’il s’agissait des affinités de son propre mana, il croyait qu’une nouvelle catégorie, la manipulation de l’espace, était nécessaire. Mais il n’y a pas non plus eu de fuite d’information.

Alus avait donc dû avertir la directrice de ne pas toucher à ce tabou. « Cisty ! »

« Hmm ? … ! ! »

Le regard et le ton de voix d’Alus étaient les mêmes que d’habitude… mais Cisty réalisa que l’atmosphère autour de lui avait complètement changé.

« … C’est vrai. Je ne devrais pas me mêler de ça, » déclara Cisty.

Alus avait poursuivi en changeant immédiatement de sujet et d’atmosphère. « Alors, qu’est-ce qu’on fait pour l’examen ? »

« Les mesures elles-mêmes ne donnent pas une erreur, mais plutôt qu’il est impossible de les mesurer. Donc on va probablement finir par mettre des valeurs hautes pour tous les scores, » déclara la directrice.

« Je vois, » déclara Alus.

« Ce devrait être tout pour l’examen du matin. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez savoir ? » demanda la directrice.

« Pas vraiment, » répondit-il.

La directrice de l’école, qui se montrait maintenant aussi détendue que si de rien n’était, avait signalé la fin de l’examen par un « Bon travail ».

Après avoir vu Alus sortir du terrain d’examen, Cisty avait poussé un soupir. « Ouf… »

Ce soupir concernait en partie sa propre négligence et en partie le soulagement d’avoir réglé la situation en toute sécurité. Elle leva la tête et laissa apparaître un sourire soulagé.

*

Comme prévu, ce qui avait accueilli Alus sur le chemin du retour de l’examen troublé, c’était la classe qui le regardait comme s’il était une bête étrange.

Essayant peut-être d’échapper aux regards focalisés, Alus s’était mis du côté de Tesfia. Il s’appuya contre le mur et croisa les bras. Le fait de ne rien avoir à faire pendant ce temps l’avait rendu agité.

Tesfia était assise, les jambes dans les bras, son katana appuyé contre le mur à côté d’elle.

Alice était déjà allée sur son terrain d’entraînement, mais ce n’était pas encore son tour.

La façon dont Tesfia semblait perdue dans ses pensées, sans rien en main, la rendait encore plus petite que d’habitude. Soudain, elle murmura à Alus. « Qu’est-ce que c’était avant ? »

« On dirait que l’équipement a mal fonctionné, » répondit Alus.

Tesfia le regarda d’un air suspicieux en entendant ce mensonge éhonté. Cela dit, étant donné que l’équipement avait explosé, c’était la vérité dans un sens. Même si c’était à cause du sort d’Alus.

« Tu plaisantes, » dit-elle durement. Elle leva les yeux vers lui avec le doute sur son visage.

Alus trouva son regard irritant et lui posa une question raisonnée : « Veux-tu vraiment y jeter un coup d’œil ? » Il va sans dire que c’était une courtoisie entre magiciens.

« … Hmph ! » Sachant cela, Tesfia détourna son regard vers l’avant.

« Peut-être aurais-tu l’occasion de le savoir si nous nous engageons dans un combat réel, » murmura Alus.

« … ! »

Il l’avait murmuré à lui-même, mais quand le nom de Tesfia avait été appelé — .

« Alors je me dépêcherai de te coincer. »

Bien qu’il n’ait pas vu son visage quand elle l’avait dit, sa voix était déterminée.

Tesfia se leva alors, s’étira, et se dirigea vers le lieu de l’examen avec des pas fermes et un katana en main.

Alice était revenue et avait demandé la même chose que Tesfia. Mais dans son cas, la curiosité innocente était la force motrice, et l’atmosphère était différente de celle de Tesfia, alors Alus avait presque laissé échapper quelque chose…

☆☆☆

Partie 8

L’examen du matin terminé, le déjeuner avait eu lieu un peu tard.

S’il était en retard, c’était juste parce que l’examen avait traîné en longueur, et non à cause de l’incident d’Alus. Beaucoup de gens se dirigeaient maintenant vers la cafétéria, et beaucoup d’autres se dirigent vers les kiosques. Et ceux qui avaient apporté un déjeuner avec eux s’étaient dirigés vers la salle de classe.

Alus s’était assis avec désinvolture à un siège vide, mais ensuite… « J’ai oublié. »

N’ayant pas vraiment dormi, il avait été négligent. C’était en partie parce qu’il n’avait jamais pris l’habitude de préparer son déjeuner.

Il était tombé la tête la première sur la table.

C’était en partie parce qu’il était fatigué, mais surtout parce que tout était trop gênant. Il aurait pu aller à la cafétéria ou aux kiosques, mais ils étaient probablement déjà pleins à craquer.

Cependant… « Pourrais-tu faire de la place ? »

Il entendit une voix à l’oreille, suivie du bruit d’un sac bruyant. Même lever la tête serait gênant, alors il avait jeté un coup d’œil en bougeant seulement ses yeux. Devant lui se trouvait un sac en plastique, probablement acheté récemment dans un kiosque. Il avait deviné qu’il y avait de la nourriture à l’intérieur.

« Tu n’as rien apporté, n’est-ce pas ? » Alice était de l’autre côté du sac, et sa voix apaisante invitait encore plus de somnolence en lui.

Étonnamment, la nourriture était pour Alus. Il avait un besoin impérieux de dormir, mais hésitait à l’ignorer. Elle l’avait fait par bonne volonté, après tout.

Lorsqu’il leva la tête, les deux filles avaient déjà pris place à table avec lui.

« Tiens, prends ça, » déclara Tesfia.

« Est-ce à moi que tu le donnes ? » demanda Alus.

Si c’était Alice qui lui avait donné, Alus lui aurait dit merci tout de suite, mais il était surpris que cela vienne de Tesfia.

« C’est juste quelque chose que j’ai acheté au kiosque, donc ce n’est rien d’impressionnant, » déclara Tesfia.

« J’apprécie ton geste. » Il n’y avait rien à faire s’il continuait à se douter de quelque chose… mais peut-être que c’était juste dans sa tête. « Donc ce n’est vraiment rien d’impressionnant. »

Bien sûr, c’était juste une blague. Il essayait de fournir un sujet pour rendre le déjeuner plus agréable, une épice de conversation si vous voulez, mais…

« Alors, ne le mange pas, » déclara Tesfia.

« — Ah ! »

La nourriture lui avait été enlevée de sous ses yeux.

Ce n’était pas comme s’il voulait revenir en arrière, mais Alus n’était pas doué pour la flatterie ou les discussions inutiles. Il était capable d’être éloquent, mais il avait senti un mur entre lui-même et les sensibilités et l’atmosphère présent autour des étudiants de son âge.

Après s’être excusé sérieusement, Alus avait récupéré son déjeuner et avait changé de sujet pour l’examen suivant tout en plaçant un sandwich dans sa bouche.

D’autre part, comme il s’agissait d’un institut prestigieux, même les ingrédients utilisés dans les kiosques étaient de grande qualité, et Alus avait été impressionné par le goût du sandwich qui était meilleur que ce à quoi il s’attendait.

« Le prochain examen sera probablement un simulacre de combat, » déclara Alus.

« … !! »

Tesfia et Alice, qui avaient un déjeuner similaire à celui d’Alus, avaient arrêté ce qu’elles faisaient. À en juger par leur regard, elles semblaient soupçonner un acte criminel.

« D’où tiens-tu cette information ? » demanda Tesfia. « Quelle est ta source ? »

Alus ne pensait pas particulièrement que c’était de la triche, mais leur dire que la directrice était sa source d’information ne ferait qu’attirer des ennuis inutiles. « C’est juste que… s’ils veulent mesurer avec précision le classement d’un magicien, ils devront le faire. »

Ce n’était pas vraiment un mensonge. Les étudiants de première année n’avaient tout simplement jamais eu leur classement mesuré avec précision. À cet égard, Alus avait beaucoup d’expérience pendant son séjour dans l’armée. Tant que vous aviez compris l’essentiel de l’examen, ce que vous deviez faire n’était pas si différent.

« Dans ce genre de batailles simulées, il est courant de se mesurer à quelqu’un de mieux classé, » déclara Alus.

Le fait qu’Alus soit le numéro un actuel signifiait qu’Alus n’avait personne de mieux classé que lui, donc il n’avait normalement pas son mana mesuré par des batailles fictives. Ou plutôt, les magiciens de haut niveau qui participaient activement au combat n’avaient pas besoin d’adhérer à la mesure de leur classement et de leur mana.

Sur le champ de bataille où la vie et la mort étaient la principale préoccupation, cela ne servait à rien de mesurer un rang en constante évolution. Les mesures devaient être prises une fois par an, mais presque personne ne les souhaitait vraiment.

Mais Alus sourit intérieurement, pensant cyniquement qu’il fallait faire quelque chose compte tenu des circonstances. « Avec tout ça, vous allez probablement faire face à vos camarades de classe supérieure. »

« Impossible…, » dit Tesfia.

« Je me demande si on peut gagner, » déclara Alice.

Avec les capacités de Tesfia et d’Alice, elles pourraient même faire face à une troisième année ou à des enseignants.

« Gagner serait bien, mais perdre ne signifie pas nécessairement que votre rang va baisser. Au contraire, en affrontant un adversaire coriace, votre force peut être mesurée plus facilement. » De plus, des points avaient été ajoutés avec l’examen du matin, et les simulations de batailles de l’après-midi allaient être utilisées pour les ajuster.

Compte tenu de leurs capacités, il n’était pas difficile d’imaginer que des personnes assez bien classées dans l’Institut leur feraient face. C’était parce que, selon le principe des mesures, le juge augmentait leur force par étapes.

D’abord, il restait sur la défensive… et une fois qu’il avait une prise sur leur capacité, il se déplaçait pour attaquer et mesurait aussi leurs capacités de combat. À cause de cela, si le juge était plus faible que la personne à mesurer, cela ruinerait les mesures.

« Je vise la victoire, quel que soit mon adversaire, » déclara Tesfia.

« … »

Tesfia se mettait en route, mais Alus, qui l’avait déjà combattue une fois, garda le silence.

*

À la fin du déjeuner, la classe était retournée sur les lieux d’entraînement.

Cela prenait encore plus de temps, car les élèves d’une autre classe étaient encore assis sur le terrain de façon désordonnée. Comme le matin, les terrains d’entraînement avaient été divisés en 10 divisions, avec des sorts d’attaque qui volaient partout accompagnées des bruits du combat.

C’est alors que Tesfia et Alice avaient attiré l’attention des élèves.

Elles sont vraiment populaires, se dit Alus, alors qu’il s’appuyait contre un mur en solitaire.

« Fia, Alice, vous avez entendu ? »

« Quoi ? » Les deux filles s’étaient penchées face à la question soudaine d’une connaissance d’une autre classe.

« Apparemment, Base était l’adversaire au quatrième terrain d’entraînement ! »

Delca Base, une étudiante de troisième année de magicien avec un classement dans les 1000, était une célébrité connue parmi tous les étudiants masculins. Apparemment, Delca avait déjà un poste dans une unité qui agissait dans le monde extérieur à l’obtention de son diplôme.

Delca avait une attitude sincère et juste pour une personne de la noblesse, et une attitude affable et serviable que les gens de la classe inférieure en particulier admiraient.

« Je vois, » dit Tesfia.

« C’est incroyable ! » Alice avait déclaré cela haut et fort, essayant de compenser la malédiction de son amie.

Ces deux-là avaient assez de potentiel pour que leur nom soit retenu par une Felinella à trois chiffres. Et elles recevaient aussi des conseils d’un individu à seul chiffre, de sorte que quelque chose comme ça ne les surprenait plus.

Cette connaissance féminine était étonnamment aiguisée, cependant. « … N’êtes-vous pas bizarres toutes les deux ? »

« Vraiment ? » demanda Tesfia.

« Hmm… ? »

Avoir un rang à quatre chiffres en tant qu’étudiant était digne de respect, mais c’était loin d’être leur but. C’est pourquoi les deux filles n’étaient pas particulièrement enthousiastes à l’idée de faire des histoires pour quelque chose de ce niveau.

« Tu avais même demandé aux étudiants quel était leur rang avant, Fia. »

« Hey, ne dis rien d’étrange comme ça. » Tesfia avait serré les mains devant elle, essayant de le nier, mais elle avait ensuite reçu une autre attaque du côté.

« Maintenant que tu le dis, elle a fait quelque chose comme ça. » Alice n’avait pas tant l’intention de taquiner Tesfia, mais l’image dans sa tête était si drôle qu’elle avait fini par rire.

Avant, elles étaient tellement obsédées par les classements, mais maintenant elles ne s’en souciaient pas vraiment. Elles en connaissaient toutes les deux la raison. Les deux filles regardèrent le jeune homme aux cheveux noirs appuyé contre le mur à une certaine distance.

« Eh bien, après avoir vu ça…, » dit Tesfia.

« Oui…, » dit Alice.

Elles avaient souri de façon significative. Le sourire d’Alice était doux, tandis que celui de Tesfia était ironique.

Peut-être que le jeune homme dormait, puisque sa tête était affaissée. Elles pensaient presque pouvoir entendre ses ronflements d’où elles se tenaient.

« Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Dites-moi, » insista leur connaissance.

« Oh, ce n’est rien. »

« Oui, en effet, » sourit Alice.

Alice et Tesfia évitèrent avec désinvolture son questionnement persistant, et une discussion harmonieuse s’ensuivit, dans une atmosphère détendue.

*

Finalement, c’était le tour de leur classe.

Comme les classes sur les terrains d’entraînement changeaient, les élèves de l’autre classe avaient salué Tesfia et Alice, et étaient partis.

Comme prévu, le nom d’Alus avait été le premier appelé. Après avoir été réveillé doucement par Alice, il étira son corps. Le fait de dormir lui avait permis de se libérer d’une partie de sa léthargie, mais il avait encore sommeil.

« Je me demande contre qui ce type va se mesurer, » murmura Tesfia en le regardant partir.

« Peut-être la directrice ? » dit Alice.

« Ce n’est pas possible, » déclara Tesfia.

Sentant un autre désastre en route, elles avaient toutes les deux fait des sourires forcés. Mais se souvenant que l’examen de cet après-midi avait été une bataille simulée, elles n’avaient pas pu s’empêcher d’être curieuses.

Comme elles n’avaient même pas vu une petite partie des capacités d’Alus dans sa bataille contre Tesfia, il était tout à fait naturel qu’elles veuillent en savoir plus sur la façon dont le numéro un actuel se battait.

Elles s’étaient faufilées plus près du terrain d’examen où Alus était entré, mais elles avaient été découvertes par un enseignant et grondées. Cela valait une petite réprimande pour avoir fouillé dans ces affaires, et le fait d’être au milieu d’un examen pouvait même être considéré comme de la tricherie.

Les deux filles avaient réussi à éviter d’être punies, mais elles étaient déçues.

☆☆☆

Partie 9

Alors qu’Alus s’avançait sur le terrain d’examen, il avait vu, comme prévu, la directrice attendre. Mais contrairement au matin, il y avait une autre personne à part elle.

Une fille aux cheveux argentés.

Elle semblait encore plus petite que Tesfia. Ses cheveux étaient d’une couleur argentée lustrée et pendaient des deux côtés de son visage pour se terminer en une belle moulure au niveau du menton. Les yeux argent-clair qui regardaient son chemin étaient légèrement bleu ciel.

Bien qu’elle portait un uniforme d’entraînement, il ne s’agissait pas d’un uniforme désigné par l’école. C’était un uniforme noir qu’Alus connaissait bien, semblable à ce qui était utilisé dans l’armée, et sans aucun doute un uniforme de combat.

De plus, son expression ne montrait ni joie ni colère, mais semblait vide d’émotion. C’était comme une expression de poupée. En fait, ses traits gracieux seraient mieux décrits comme appartenant à une poupée.

Alus avait été le premier à parler. « C’est donc elle qui me surveille. » Il l’avait vu de ses propres yeux lors de son premier simulacre de combat avec un camarade de classe sur le terrain d’entraînement.

Réalisant peut-être qu’Alus l’avait découverte, les épaules de la fille aux cheveux argentés avaient bondi.

« Donc vous l’aviez remarqué, » dit Cisty.

« Je suppose qu’elle a été envoyée par l’armée, » déclara Alus.

La directrice s’était gratté la joue, avec un sourire maladroit.

La fille aux cheveux argentés avait fait un pas en avant et s’était mise à genoux. « C’est un plaisir de vous voir ici pour la première fois, Sire Alus. Je suis Loki Leevehl, envoyée pour être votre partenaire. » Elle poursuivit, les yeux baissés, Ordonnance 1034… Observateur 58. »

Parmi les magiciens se trouvaient ceux qui se spécialisaient dans la détection des mamonos et des noyaux qui constituaient leur vie.

Contrairement à « Ordonnance » qui était synonyme de rang, « observateur » se rapportait à leur rang en tant que détecteurs. Comme la détection était une aptitude précieuse, seuls les magiciens à deux chiffres ou plus se voyaient assigner des observateurs comme partenaires.

Cependant, Alus n’en avait jamais eu besoin en raison de sa politique d’agir seul, et de la nature des caractéristiques de sa magie. « Je n’en ai pas besoin… »

« Bien sûr, je suis au courant. » Les yeux encore baissés, Loki répondit d’une voix claire et belle.

La directrice avait continué là où elle s’était arrêtée. « Loki n’a toujours pas d’expérience en tant que partenaire. C’est pourquoi vous pouvez lui donner des conseils en même temps. »

« Je suis presque sûr que ce serait moins un partenaire qu’un superviseur. » Alus pensait qu’en acceptant d’autres ennuis, cela mangerait trop de son temps. Pour commencer, il ne devrait même pas avoir besoin de quelqu’un pour le surveiller. « Je n’en ai pas besoin. N’es-tu pas déjà un superviseur ? » Il était facile de dire que Cisty et ses multiples demandes étaient la cause du temps perdu par Alus.

« Je suis occupée, vous voyez…, » dit Cisty, évitant tout contact visuel avec Alus.

« J’en discuterai alors avec le gouverneur général. Les observateurs sont précieux, et il ne devrait pas y avoir assez de marge de manœuvre pour qu’on les gaspille en les associant inutilement à quelqu’un, » déclara Alus.

Alus avait essayé de s’en débarrasser avec ceci, mais les épaules de la fille aux cheveux argentés avaient tremblé une fois de plus devant son agressivité en disant qu’elle n’était pas nécessaire.

« Loki est excellente, voyez-vous…, » c’était l’expression pratique que Cisty utilisait comme excuse, comme pour dire qu’elle serait d’une grande aide pour le grand plan d’Alus.

Mais Alus n’allait plus faire de promesses négligentes. « Combien d’autres personnes vas-tu pousser sur moi ? »

« Maintenant, pour commencer, qu’elle soit votre adversaire. Vous n’avez pas besoin de précipiter votre jugement… d’accord ? » déclara Cisty.

Alus avait envie de claquer sa langue, n’ayant pas entendu parler de ça. En fait, c’était presque comme si le but de l’examen avait changé, mais pour obtenir ses crédits, il ne pouvait pas facilement aller à l’encontre de la directrice.

D’ailleurs, Alus pensait que voir ce dont cette Loki était capable n’allait pas changer le résultat. « Je comprends. Mais je ne vais plus tomber dans le panneau. »

Bien qu’il ait prévenu Cisty, quelque chose l’inquiétait. Et c’était que la jeune fille portait un uniforme militaire. Il pouvait sentir des traces de son passé en elle. Quand il y pensait, il avait même l’impression de l’avoir déjà rencontrée quelque part.

« Merci beaucoup, » dit Loki, et leva la tête, révélant une expression un peu tendue.

Cette expression ne semblait pas non plus simplement due à un simple combat avec l’actuel numéro 1. Alus vit en elle un aperçu du désespoir.

*

La bataille fictive commença immédiatement.

D’abord, Cisty avait attendu que les deux individus se préparent en revenant du centre.

Comme Alus, Loki ne tenait rien dans sa main. Mais Alus ne pensait pas que c’était parce qu’elle se retenait. Cacher votre arme pourrait vous donner un gros avantage au combat.

En d’autres termes, elle avait probablement de l’expérience au combat.

Au début de la bagarre, Alus avait vu Loki concentrer le mana dans son bras. C’était un contrôle de mana décent pour quelqu’un qui s’approchait des Triples Chiffres, mais pour Alus, cela semblait toujours négligé et il ne pouvait pas vraiment sentir la différence entre elle, Tesfia et Alice. Elle n’était pas vraiment une menace.

« Sire Alus, si je vous frappe ne serait-ce qu’une seule fois, m’accepterez-vous comme partenaire ? » demanda Loki à l’improviste.

Entendre sa question et voir la façon dont elle le regardait avait attiré l’attention d’Alus. Son expression semblait dire qu’il n’avait pas besoin de se retenir. Même si elle savait que son adversaire était le numéro un actuel, elle voulait tout de même un combat équitable.

C’est pourquoi Alus avait réalisé qu’elle n’était probablement pas idiote. Un coin de sa bouche s’éleva d’un sourire intrépide. Il agita l’index comme pour la provoquer. « Si tu peux faire une touche. »

Loki s’inclina profondément.

L’instant d’après, l’atmosphère autour d’elle avait complètement changé. L’air d’une vétérante chevronnée habillait son petit corps.

Alus sentit la tension piquante d’un combat sérieux. Il lui avait fait face avec un sourire recueilli.

Quand Loki avait levé la tête, elle n’avait plus d’hésitation dans les yeux. Elle était passée en mode combat.

Voyant que le décor était prêt, Cisty avait pressé le bouton de l’avertisseur pour signaler le début de la bataille.

Loki avait bougé dès que le signal avait retenti. Elle s’était dirigée droit vers Alus tout en gardant une posture basse, mettant ses mains derrière son dos pour sortir quelque chose.

Alus n’avait vu ce que c’était qu’après que cela soit lancé. C’était un couteau à lancer sans rien que l’on pourrait appeler une poignée de main. C’était le type que l’on utilisait en le tenant entre les doigts. Et sa lame était épaisse.

Deux dans chaque main — un total de quatre couteaux — avaient été lancés sur Alus.

Alors que c’était rapide, il s’était dit qu’elle se moquait de lui si elle pensait qu’une attaque frontale marcherait. Bien sûr, il avait aussi vu clair dans l’intention derrière tout cela.

Alus avait attrapé deux couteaux entre ses doigts de chaque main. Ils étaient, comme prévu, couverts de mana. Une faible lumière d’une formule magique brillait d’eux, mais aucun sort n’avait été libéré.

Après un seul regard, Alus l’avait instantanément recouvert de son propre mana. La lumière de la formule magique s’était rapidement arrêtée.

Loki avait été choquée par cette vue. Puis Alus rendit les couteaux en les jetant en réponse.

« — ! ! » Elle avait sorti plus de couteaux de sa taille pour se défendre.

C’était une belle démonstration d’habileté, les couteaux s’affrontant en plein vol… mais les nouveaux couteaux de Loki n’avaient pas réussi à abattre les couteaux couverts de mana d’Alus.

Le mana qu’il avait utilisé pour écraser de force les AAR de type couteau avait vu sa vitesse de projection augmentée, et le cap qu’il avait suivi dans les airs était solide et stable.

En conséquence, ils avaient volé à Loki en un clin d’œil.

Elle s’était décidée à les esquiver, mais son expression gracieuse, tordue d’impatience, montrait clairement qu’elle l’avait fait de peu.

Dans le feu de l’action… pendant que l’attention de Loki était attirée par les couteaux pendant un instant, Alus avait disparu de sa vue. Et elle avait été un peu lente à réaliser que c’était une grosse erreur.

« C’est fini. »

Cette voix venait de derrière Loki.

Un instant, un simple clignement des yeux fut fatal contre Alus. Avec un couteau à main, il avait visé l’arrière de son cou, cherchant à l’assommer. « — !! »

Cependant, l’attaque n’avait pas touché le cou de Loki.

Au milieu de l’attaque, Alus avait changé de direction, tout en écartant les doigts. Il avait attrapé le bras de Loki. « Avec un guetteur comme toi, tu as dû sentir le mana. »

Loki tenait un couteau dans une prise inversée dans sa main, essayant de le poignarder.

Alus pensait qu’il serait simple d’utiliser sa main de rechange pour l’assommer, mais, étonnamment, elle avait jeté le couteau avec seulement la puissance de ses doigts.

Il bougea la tête pour esquiver l’attaque et lâcha délibérément sa main. Après qu’il l’ait fait, Loki avait sauté pour s’éloigner de lui.

Alus l’avait louée dans son esprit. Elle était excellente, comme l’avait dit la directrice. Elle semblait avoir assez de talent non seulement pour combattre les gens, mais aussi pour servir comme magicien.

Les couteaux qu’elle utilisait étaient des AAR destinés à être utilisés contre les mamonos. Ils avaient été chargés d’électricité, ce qui avait augmenté leur vitesse et leur puissance de pénétration. Si Alus n’avait pas écrasé la formule magique en une fraction de seconde comme il l’avait fait lors de leur premier échange, il n’aurait jamais pu les saisir. Les mamonos de basse classe devraient être percés par son premier lancer.

C’est pour ça qu’Alus trouvait ça étrange. « Pourquoi n’es-tu pas en première ligne ? Tu devrais être assez bonne. »

Alors qu’il jetait un coup d’œil sur le côté du terrain d’examen, Cisty, qui l’observait depuis le début, semblait en connaître la raison. Au lieu d’une réponse, il avait reçu une expression exaspérée en retour.

☆☆☆

Partie 10

D’ailleurs, le fait d’avoir été choisi comme partenaire d’un magicien à un chiffre était un honneur considérable.

Quand Alus avait été dans l’armée, les observateurs étaient venus l’un après l’autre pour se porter volontaires pour être son partenaire. Il les avait bien sûr tous rejetés, mais comme cela avait duré si longtemps, on l’avait appelé le Maître Magicien Solitaire.

Pendant ce temps, Loki ne lui donnait pas non plus de réponse, mais elle était plutôt à bout de souffle. Elle avait sa propre fierté. Et elle était bien consciente qu’il n’était pas facile de devenir la partenaire de l’actuel numéro un.

Comme Alus s’y attendait, elle n’était pas assez folle pour ne pas comprendre leur différence de force. Mais même alors…

Pour elle, il fallait qu’elle y arrive quoiqu’il arrive. Elle était même allée jusqu’à demander au gouverneur général… C’est peut-être sa seule et unique chance. Et elle ne voulait pas utiliser l’excuse que sa spécialité était la détection.

Ce désespoir s’était manifesté sur son visage.

Alus n’avait pas deviné les fondements de sa détermination ou de sa puissante volonté, mais il avait resserré les yeux en réponse à son regard sérieux. L’atmosphère autour de lui changea en un instant, preuve qu’il la reconnaissait comme une ennemie à vaincre.

Un faible mana en forme d’une sorte d’âme disparue commença à s’échapper de son corps. C’était du mana, mais il n’en avait pas l’apparence. Le mana recouvrant son corps se tortillait… comme s’il avait une volonté propre. Il tremblait mystérieusement autour de lui.

« Quoi… !! » Une expression d’étonnement apparut sur le visage de Cisty. Elle aurait pu s’interroger sur ce que c’était, ou l’avoir remarqué par pure surprise. Après qu’une émotion semblable à la peur ait traversé son corps pendant un moment, elle n’avait pas pu finir sa phrase.

Mais en même temps, un mélange entre un cri et un soupir était venu de Loki. Ce n’était pas une expression d’angoisse. Il venait de réaffirmer leur différence de force, mais elle n’avait pas déçu de son propre manque de pouvoir. Au contraire, elle était heureuse.

Loki avait pris une résolution ferme. Alus est fort. Avec sa technique inexplicable de maniement du mana, Loki n’avait pas pu s’empêcher de déglutir de façon audible, malgré la distance qui l’éloignait de lui.

On aurait dit que c’était la première fois que même la directrice voyait ça. La façon dont le mana, qui avait une qualité différente de tout ce qu’elle avait vu auparavant, se tortillait dans les airs loin de son propriétaire, le faisait ressembler à une ombre sinistre.

Bien qu’il n’y ait rien à craindre avec Alus, qui savait ce qui pourrait arriver à Loki si quelqu’un d’autre utilisait cette technique pour créer ce démon du combat.

C’est le numéro 1… Si possible, elle voulait éviter de l’utiliser. Cependant, la peur avait gardé ses pieds collés au sol. Mais elle était encore capable de se mouvoir dans cette peur, grâce à sa forte volonté.

Ses genoux allaient céder et ses jambes refusaient de bouger. Cependant, ce n’était qu’une bataille simulée, et c’était elle qui l’avait menée jusque-là. Elle était incapable de revenir en arrière maintenant… alors elle s’obstinait à réprimer la peur.

Si elle devait perdre cette chance, elle préférerait…

Loki avait sorti un autre couteau et l’enfonça calmement dans sa cuisse tremblante. La lame ne s’était pas enfoncée trop profondément dans sa peau, mais la douleur piquante avait poussé sa jambe, gelée et raide de peur, à bouger.

Des perles de sueur recouvraient son front et ses cheveux fins et soyeux collaient à son visage. Loki regarda lentement vers Alus et, prenant une profonde respiration, se leva enfin.

Elle se servait de ses lèvres tremblantes pour parler calmement.

« Avec le grondement du tonnerre, que le sommet du tonnerre tempétueux se manifeste. »

Dix couteaux tirés de sa taille flottaient avec leurs lames pointées vers le bas. Un champ électrique avait été créé, connecté par les petits trous dans les poignées. Finalement, cela avait formé un cercle, et les dix couteaux avaient commencé à tourner sur eux-mêmes.

Les couteaux tournaient plus vite alors qu’elle continuait son incantation, et les lames pointèrent alors vers Alus.

Comme les couteaux se déplaçaient assez vite pour brouiller leurs formes, l’espace au centre du cercle brillait d’éclairs, et l’électricité montait en flèche. D’une voix tremblante, Loki continua avec le couplet requis malgré cela.

Même si ce n’était pas si puissant que ça, Alus pouvait ressentir une détermination inébranlable de sa part.

« Ce n’est pas possible ! Le sommet du tonnerre !? Dire qu’elle peut utiliser l’un des huit sommets à —, » avant que Cisty ne puisse finir sa phrase, Loki conclut l’incantation.

Sa respiration était déchiquetée. N’importe qui pouvait voir qu’elle avait utilisé son mana jusqu’à l’épuisement. Finalement, elle avait rassemblé la force qu’il lui restait, avait retiré sa main droite et avait lancé une frappe frêle, mais puissante avec sa paume vers le centre de l’espace.

« “'Naruikazuchi” »

Un éclair et un grondement orageux avaient attaqué Alus. Le coup de foudre avait réduit la distance en un instant jusqu’à 0. Le projectile s’était déplacé beaucoup plus vite que les réflexes humains et avait même laissé un bruit derrière lui.

 

 

Cette vitesse extrême rendait l’attaque impossible à esquiver. L’explosion de ce matin-là n’était rien à côté de ça. Des nuages de poussière noire brûlée avaient été soulevés par l’onde de choc et dansaient dans l’air. La carbonisation s’était produite en un instant et c’était assez pour couvrir tout le terrain d’entraînement.

Ayant épuisé toutes ses forces, Loki s’effondra. Elle avait perdu connaissance, comme si elle tombait dans un profond sommeil.

La directrice avait rapidement dissipé toute la poussière.

Et alors que la capacité de voir était revenue sur le terrain d’examen…

Alus se tenait debout comme une statue au même endroit qu’avant l’explosion. Il avait la main tendue devant lui et regardait son bras.

« C’était plus que ce à quoi je m’attendais. » La manche de son uniforme d’entraînement était en lambeaux, et dessous, sa peau était exposée, parfaitement indemne. Une puanteur du brûlé pendait sur ses vêtements.

La puissance du sommet du tonnerre, la magie de rang le plus élevé, aurait dû dépasser la capacité du terrain d’examen à convertir les dommages.

Donc Alus n’avait pas été blessé parce que ses pouvoirs étaient beaucoup plus puissants.

Bien sûr, même Cisty n’aurait pas dû voir comment il avait réussi à dévier cette puissante magie à travers ce nuage de poussière.

Mais la raison de son regard suspicieux était différente. Quand vous étiez au niveau d’Alus, il était possible d’obtenir une prédiction générale de la puissance d’un sort en regardant le moment où il était lancé.

Cependant, la puissance du sort de Loki avait largement dépassé ses attentes. Il était donc un peu malheureux d’admettre que c’était un miracle que seul son uniforme d’entraînement ait été brûlé.

Quand il avait regardé Loki, il avait compris pourquoi. « Elle ne l’a quand même pas fait… »

Alus courut à ses côtés et mit ses doigts contre son mince cou blanc. « Appelle l’équipe médicale ! »

« Hein ? — Je comprends, » déclara Cisty.

Alus avait oublié et utilisé le terme militaire, mais Cisty comprit rapidement ce qu’il voulait dire.

Le pouls de Loki s’affaiblissait. Il ne serait pas étrange que ça s’arrête à tout moment. Elle était encore capable de respirer à un rythme irrégulier, mais elle était sur le point de mourir.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda Cisty, ayant rapidement terminé son appel. Elle avait compris que Loki était dans une situation difficile, mais elle ne savait pas pourquoi.

« Elle est en défaut, » déclara Alus.

« — !! » La directrice avait tout de suite compris ce qu’il voulait dire. Le défaut était une forme d’épuisement du mana qui dépassait de loin le simple épuisement. En compensation, Loki perdait conscience. Parce qu’elle avait utilisé plus de mana qu’elle n’en avait la capacité, le déficit était enlevé à sa force vitale.

Alus glissa sa main dans les vêtements de Loki et chercha quelque chose avec une expression sérieuse. « Le voilà. »

« Un catalyseur ! » Voyant ce qui était dans la main d’Alus, Cisty s’était figée par surprise. Dans sa paume se trouvait un cristal hexagonal.

Alus plissa ses sourcils, puis l’écrasa dans sa main. C’était le noyau d’un mamono. Bien sûr, seuls les noyaux de mamonos de grande qualité avec leurs grandes quantités de mana pouvaient servir de catalyseur. Celui-ci avait probablement été récolté chez un mamono de classe A ou supérieur.

Normalement, un sort manifestait une puissance égale au mana fourni. Cependant, il y avait une exception. L’exception était un catalyseur. Cela allait fonctionner en servant de réactif, comblant temporairement la différence en mana.

Mais c’était une épée à double tranchant qui allait réclamer le mana nécessaire après que le sort se soit manifesté.

C’était un instrument rituel que l’humanité utilisait lors de l’apparition des mamonos, afin de gagner du temps pour mettre en place des lignes défensives. C’était tabou, son utilisation était illégale dans toutes les nations.

Dans ce cas, l’échelle était différente. Loki utilisait des AAR de type couteau, et même avec leur aide, le sort exigeait quatre versets. En plus de cela, il y avait l’existence du catalyseur qui avait fait que les attentes d’Alus avaient été déçues.

La capacité temporaire de Loki à utiliser plus de mana qu’elle ne l’avait fait était la raison pour laquelle il y avait un tel décalage entre la prédiction d’Alus et la réalité.

*

Loki était dans une situation désespérée.

Quelques minutes au mieux… Alus n’avait pas l’obligation de sauver cette fille imprudente. D’ailleurs, à quoi bon aller jusqu’à perdre la vie, alors que la récompense de sa victoire était de devenir son partenaire ?

Il en avait fait l’expérience dans le monde extérieur. Dans son temps dans l’armée, avant qu’il ne commence à opérer seul… cela s’était produit sur pratiquement toutes les missions. Il ne se souciait plus s’il se salissait les mains.

Il devrait au moins la tuer en un seul coup, pour qu’elle ne souffre pas.

« — ! Attendez ! » Cisty avait attrapé le bras d’Alus à la dernière seconde. La force avec laquelle sa main tenait son bras était si forte qu’il était difficile de croire que c’était la main d’une femme. Son emprise était soutenue par une volonté ferme. C’était très évident pour elle ce qu’Alus avait l’intention de faire. Après tout, une lame de mana pointue en forme d’aiguille s’étendait de sa main.

« Mais elle est déjà…, » déclara Alus.

Il s’agissait de mettre fin à la vie de Loki au nom de la miséricorde. Alus n’aimait pas non plus beaucoup ce rôle. Comme quelqu’un qui s’était jeté dans les champs de bataille, il était facile de supprimer temporairement ses émotions, mais cela laissait un mauvais arrière-goût. S’il y avait un moyen de sauver la fille devant lui, il en aurait fait sa priorité.

« Et la magie de guérison ? » demanda Cisty.

« Ça ne marchera pas. Il n’y a pas de traumatisme physique. C’est un phénomène provoqué par la magie et le mana. Avec le système de terrains d’entraînement pour transformer les dommages physiques en dommages mentaux qui ne fonctionnent pas, c’est certain. Il fonctionne sur un principe complètement différent de la cicatrisation des blessures physiques, » déclara Alus.

« … Si elle n’a pas assez de mana, on peut le compléter, » déclara Cisty.

« Ce n’est pas non plus possible, » déclara Alus sèchement.

Les informations d’une personne étaient fermement ancrées dans son mana, et il n’était pas possible de la partager avec les autres. C’était similaire à l’ADN ou au groupe sanguin, mais le mana contenait beaucoup plus d’informations. Connaissances, souvenirs, expériences. La majorité de ce qui constituait une personne se trouvait à l’intérieur.

La directrice le savait déjà. Elle venait de donner la parole à la première chose qui lui passait par la tête, et elle semblait s’être mise à penser à une idée différente.

Cependant, une ampoule s’était allumée dans l’esprit d’Alus. Il l’avait d’abord rejeté comme une pensée naïve, mais quelque chose à ce sujet n’arrêtait pas de s’accrocher à lui. Le sentiment que quelque chose n’allait pas était trop grand pour qu’il le considère comme un tour de passe-passe de son imagination.

« Alors…, » Alus leva la main devant Cisty, pour l’empêcher de dire ce qu’elle avait à l’esprit.

Oui, quelque chose le tracassait. Il ferma les yeux et réfléchit profondément. C’est vrai, l’idée de compléter n’était pas mauvaise en soi. Comme Loki respirait encore, la compensation n’était pas payée d’un seul coup… mais il était clair que sa vie était lentement mais sûrement réduite à néant.

Et puis Alus avait atteint ce qu’il cherchait. « Non… !! Il n’y a en effet qu’un seul moyen. »

« Alors… »

Il n’y avait qu’une petite possibilité de succès, mais il y avait bien une telle méthode. Mais son utilisation pourrait avoir une influence néfaste.

Il s’était tourné vers Cisty. « Cependant, tu seras forcée de garder le silence à ce sujet. »

Forcée. C’était obligatoire. Et Cisty savait ce qu’il voulait dire.

« S’il te plaît, décide-toi en deux secondes, » déclara Alus.

« — D’accord. » Cisty avait rapidement appuyé sur le bouton de l’appareil qu’elle tenait dans sa main et avait verrouillé toutes les entrées et sorties du terrain d’entraînement. Elle ne savait pas ce qu’Alus voulait garder secret, mais le regard qu’il avait dans les yeux montrait clairement que c’était quelque chose de sérieux.

Si elle le révélait en public, Alus la punirait probablement par la force.

C’était la lourdeur de sa décision, mais comme on s’y attendait d’une ancienne porteuse d’un numéro à un chiffre, même dans cette situation, cela ne lui avait pas pris plus de deux secondes.

☆☆☆

Partie 11

Les conditions étant réunies, Alus avait rapidement mis en œuvre son plan.

Il ne savait pas pourquoi il allait si loin pour cette fille… mais même à ce moment-là, il n’y avait aucune hésitation dans la façon dont il bougeait son bras et son mana.

Alus ne connaissait que la dure réalité du monde réel, où il n’y avait ni miséricorde ni pardon.

Il s’était retrouvé à la regarder de près pour en comprendre la raison, tout en se concentrant sur le contrôle de son mana.

La fille aux cheveux d’argent bougea la bouche de façon réflexe.

Mais aucun bruit ne sortit et ses lèvres se refermèrent. Cependant, quand elles l’avaient fait, on aurait dit que la fille souriait un peu.

***

Pendant qu’elle dormait, un vieux souvenir lui vint à l’esprit.

C’était la seule chose à laquelle elle avait dû s’accrocher dans sa vie, et sur quoi elle s’était accrochée pour en arriver là.

Dans le centre d’entraînement militaire, il y avait de jeunes orphelins, dont Loki, dont les parents avaient été dévorés par les mamonos. Elle avait été laissée toute seule. Comme ses parents avaient été dans l’armée, il était inévitable que l’armée finisse par s’occuper d’elle.

Elle était en colère contre des mamonos qu’elle n’avait jamais vue. La haine d’avoir ses parents volés loin d’elle avait dominé toutes ses décisions. Ainsi, lorsqu’elle avait été invitée à devenir stagiaire magicienne, elle n’avait pas hésité à accepter.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle avait fini par le regretter.

*

Loki s’était enrôlée à l’âge de huit ans.

Elle s’entraînait dur, c’était sa routine quotidienne. Même ses bons souvenirs avaient été écrasés par la haine qui domine ses émotions. Et ces émotions l’avaient épuisée.

Alors, quand même sa haine des mamonos s’était épuisée, Loki s’était dit. Pourquoi suis-je ici ?

Sa chambre était comme une cellule de prison, avec un lit pour une personne. Sa tenue vestimentaire était l’uniforme d’entraînement que portaient tous les jeunes stagiaires. C’était autrefois des vêtements blancs… ils étaient sales maintenant.

Elle n’avait jamais vu l’endroit où ses parents avaient été tués.

Ils n’avaient rien laissé derrière eux.

Même maintenant, les cadavres de ses parents n’étaient pas enterrés, jonchant le monde extérieur où ils avaient péri.

Sa haine avait disparu depuis longtemps.

Tout ce qu’il lui restait, c’était le désir de donner à ses parents une sépulture, en reconnaissance de l’avoir élevé avec amour malgré leur pauvreté.

Bizarrement, elle n’avait pleuré qu’au début, et ce qui lui avait rempli l’esprit, ce n’était pas le souvenir de jours meilleurs, mais une image des expressions en paix de ses parents. C’était une fantaisie et non une réalité, mais c’était resté vivant en elle comme une grâce salvatrice et le symbole de son souhait le plus cher.

Loki avait le cœur clair, et comme elle avait un objectif solide, elle s’entraînait plus fort que n’importe qui d’autre.

L’entraînement rigoureux lui donnait chaque jour de nouveaux bleus. Après deux ans, elle s’y était habituée. De nombreux stagiaires avaient abandonné leurs études. Il y avait aussi ceux qui avaient été blessés et qui avaient perdu leur capacité à devenir magiciens, mais jusqu’à présent personne n’était mort. Heureusement, l’installation avait appliqué à la lettre les règles de sécurité.

Finalement, Loki avait acquis des capacités qui surpassaient de loin celles des autres enfants de son âge. Elle avait appris les arts martiaux pour le combat rapproché afin de combattre les humains, comment agir dans le monde extérieur, et la magie, tout cela afin de former un type d’arts de combat. Tout cela grâce à ses sentiments pour ses parents, qui lui avaient donné un objectif clair.

*

À l’époque, il n’y avait plus personne pour s’entraîner avec Loki… à part un seul.

Elle pensait qu’il avait l’air trop faible pour lui servir d’adversaire. Mais après plusieurs batailles simulées, c’était toujours elle qui rampait sur le sol. C’était comme combattre l’un des adultes.

Loki avait commencé à passer ses journées à se consacrer à la pratique pour qu’elle puisse le vaincre, polissant ses compétences et son esprit.

Mais le rideau était tombé sur ces jours-là en un clin d’œil. Peu de temps après, ce garçon qui avait un an de plus qu’elle avait soudainement disparut.

Ce garçon aux cheveux noirs était le seul à la surpasser en capacités physiques et en contrôle du mana. Le désir unilatéral de Loki de ne pas perdre contre lui l’avait poussée en avant, pourchassant son petit dos, et lui avait permis de continuer son entraînement dur.

Elle avait été forcée d’admettre que c’était l’existence de ce garçon au fond de son esprit qui était responsable de son étonnante croissance. Avant qu’elle ne s’en rende compte, il était devenu quelque chose d’inexplicable, dépassant tout rival ordinaire.

Elle ne lui avait jamais parlé, et elle ne connaissait pas son nom.

Il ne s’était montré que lors des matchs, où il avait calmement battu ses camarades de stage, et finalement, sans paroles, il avait affronté Loki dans de faux combats. Dans la plupart des combats, il avait facilement contourné la magie qu’elle avait apprise ainsi que les arts martiaux qu’elle avait raffinés, résultant en des matchs à sens unique, mais elle pouvait se sentir plus forte rien qu’en se battant avec ce garçon.

Cependant, un jour, le garçon avait simplement cessé de se présenter sur les terrains d’entraînement. Loki pensait qu’il avait abandonné l’entraînement.

Bien qu’il soit si fort qu’elle en soit venue à l’admirer, elle était consciente que c’était exactement ce genre d’endroit.

*

Deux ans s’étaient écoulés.

Alors qu’un nombre inattendu de mamonos s’avançaient contre les humains, la première ligne de défense de l’humanité avait été rompue, causant des pertes massives.

Cela avait forcé tous les magiciens à travailler ensemble dans une grande bataille défensive, et ils avaient réussi d’une manière ou d’une autre à annihiler les forces envahissantes. Et Alpha, qui avait survécu à la rude épreuve, avait agi pour tuer les autres mamonos.

Mais il leur manquait des magiciens, ayant subi tant de pertes. C’est alors qu’ils s’étaient tournés vers Loki et les autres stagiaires.

Ils avaient déjà suivi une formation de base et reçu leur licence de magicien, il ne serait donc pas étrange qu’on leur ordonne de partir… tant que leur âge n’était pas pris en compte.

La douzaine de stagiaires formaient une seule unité. Au début, ils débordaient de confiance, et même de plaisanteries. Mais cela n’avait duré que jusqu’à ce qu’ils rencontrent un mamono…

Ce fut une première rencontre bouleversante et humiliante. La majorité d’entre eux s’était agenouillée de peur devant le mamono grotesque.

Et qui leur en voudrait ? Ils n’avaient que 11 ans environ, et la présence du diable en personne suffisait à intimider leurs esprits jeunes et immatures.

Face à Loki et aux autres, il y avait un mamono qui ressemblait à une grande bête carnivore. Sa peau était noire comme du charbon de bois, avec une bouche anormalement grande. Cet être effrayant n’avait pas l’air d’appartenir à leur monde, apparaissant comme une monstruosité.

Les visages familiers des autres stagiaires de Loki avaient été piétinés les uns après les autres.

Ce qui s’échappait de la bouche du mamono qui s’ouvrait latéralement était une puanteur insupportable. Au même moment, une forêt de crocs aiguisés comme des lames de rasoir avait été mise à nu.

Entre les crocs se trouvaient les restes déchiquetés de ses victimes déjà coupées en morceaux par la mâchoire puissante, et dissous par les fluides digestifs anormaux et la salive, changeant même leurs formes et couleurs.

Avec un corps et des bras tremblants, Loki avait essayé d’utiliser la magie.

« — !! »Mais sa magie, qu’elle avait pu utiliser quand elle le voulait, avait fini par mal tourner. La peur avait pris le dessus sur son esprit et elle était devenue incapable de percevoir le mana. « Pourquoi… !! »

Ses genoux s’étaient pliés, et elle ne pouvait pas quitter du regard le mamono qui dévorait sans émotion les jeunes vies.

Le sang de quelqu’un avait éclaboussé le visage de Loki. Le sang de ses alliés familiers s’était mélangé en une seule couleur et s’était collé à ses lèvres et joues pâles.

Elle avait continué à dire des mots sans signification, ses lèvres tremblant. Ses yeux reflétaient l’horrible scène devant eux, alors qu’elle continuait dans une tentative délirante de compléter une incantation. « Pourquoi, comment, pourquoi, pourquoi pourquoi, pourquoi, pourquoi… » Mais rien ne marchait.

Avant qu’elle ne s’en rende compte, Loki était la seule qui restait. Elle sentit le féroce mamono tourner son attention vers sa forme petite et impuissante. Sa bouche semblait courbée, presque comme s’il souriait.

Devant ce mamono sadique et répugnant, Loki avait même oublié son incantation inutile et avait baissé le visage dans la peur. Les larmes coulèrent sans qu’aucune fin ne soit visible, ses dents claquaient, et finalement quelque chose de tiède et d’humide avait fini par couler le long de ses cuisses.

Son cœur avait abandonné.

Elle terminerait sa vie là, incapable de faire quoi que ce soit, tout comme ses alliés avec lesquels elle avait passé sa vie à s’entraîner. Son rêve d’offrir un enterrement à ses parents s’était rapidement concrétisé en entrant dans le monde extérieur. Elle avait été naïve, elle avait confiance en sa force, mais la réalité l’avait facilement trahie.

Les yeux de Loki s’étaient fermés. Elle s’était excusée silencieusement dans son esprit. Je suis désolée. Père, Mère…

Même les yeux fermés, elle pouvait voir que le mamono approchait. L’épaisse odeur de sang dérivait à travers le vent et s’enroulait autour d’elle. Cela signifiait que le mamono avait ouvert sa grande bouche infernale.

« Tsk... Je n’ai pas été à temps. »

Ce coup de langue inapproprié avait retenti dans les oreilles de Loki. Et cela avait été suivi par le bruit d’un effondrement massif sur le sol.

Après ça — .

« Est-ce que ça va ? » La voix venait de quelqu’un qui n’avait pas encore atteint la puberté, et elle était clairement dirigée vers Loki.

Quand Loki ouvrit les yeux bien fermés, elle aperçut des cheveux noirs.

« Tu n’as pas besoin de te forcer. » La petite main du garçon sur sa main était très chaude. Il regarda autour de lui, parlant d’un ton empli de regrets. « Je suis désolé d’avoir été en retard. »

Loki ne s’était toujours pas remise de cette peur et ne pouvait pas parler, alors elle avait rapidement secoué la tête. Avec le retour de sa vision, elle vit le jeune garçon accroupi devant elle, le dos tourné vers elle. « Tu ne peux probablement pas bouger, alors monte. »

Se souvenant de ce qui s’était passé, elle avait tout de suite fermé les jambes. Si le garçon avait remarqué… qu’elle s’était pissée dessus…

« Ne t’inquiète pas pour ça. » Les mots étaient probablement là pour lui montrer de la considération pour elle. Il poursuivit avec plus de force : « Si tu ne montes pas, je te porterai, c’est tout. »

Il avait dit la dernière partie avec irritation, ne laissant aucune place à Loki pour dire non. En voyant le jeune garçon changer d’attitude et agir de force, elle s’était rendu compte qu’elle n’avait pas le droit de refuser. Incapable de se tenir debout sur ses jambes tremblantes, elle s’était penchée sur son petit dos, ce à quoi il avait répondu en reliant ses bras sous ses fesses pour la maintenir en place.

Il devait sentir ses sous-vêtements humides et son ourlet trempé. Contrairement à son corps tremblant de honte, le garçon la soutenait fermement.

Sur le chemin du retour, le garçon avait massacré tous les mamonos qui étaient apparus sans effort apparent, d’une seule main et en portant Loki sur son dos. Il ne bougeait pas comme s’il avait quelqu’un sur le dos, et ses compétences étaient spectaculaires. Il avait facilement vaincu les ennemis contre lesquels elle avait lutté, ou plutôt été vaincu par eux. Il les envoya à la mort comme des ordures en un seul coup.

Finalement, Loki fut déconcertée par la vue d’un bâtiment familier qui s’approchait.

Après avoir étudié une carte plusieurs fois, elle l’avait gravée dans sa tête. « Attendez !! Laissez-moi descendre. »

Peut-être parce qu’elle avait vu le garçon détruire complètement les mamonos et instantanément, la peur de Loki s’était temporairement apaisée. C’était semblable à l’engourdissement né du choc, mais à cause de cela elle n’avait pas manqué sa chance.

Le garçon avait l’air d’ignorer l’explosion d’émotions soudaine de Loki, mais en entendant son appel désespéré, il l’écouta. « Trois minutes. » Après avoir dit cela, il l’avait lentement déposée près des racines d’un grand arbre.

Loki jeta un coup d’œil autour d’elle, confirmant son entourage avant de murmurer. « Il n’y a aucun doute là-dessus. »

Elle regardait un bâtiment en ruine avec une forme particulière. Les inscriptions qui disaient Quatrième avant-poste militaire étaient peintes d’une couleur unique et semblaient pouvoir s’effriter à tout moment.

Juste à côté, il devrait y avoir l’endroit dont elle avait entendu parler.

Les traces de la bataille semblaient encore fraîches. Dans le passé, c’était une forteresse petite, mais robuste. Des morceaux émiettés des murs de pierre et des plaques de fer rouillées étaient éparpillés, racontant l’histoire de l’effondrement tragique de l’endroit. Mais ce n’était pas ce que Loki cherchait.

C’était l’endroit où ses parents étaient morts.

Elle le savait déjà. Après tout, trois années s’étaient écoulées. Elle pendait que c’était horrible, mais elle mentirait si elle disait qu’elle n’y avait jamais pensé. Elle savait que les mamonos mangeaient les humains qu’ils avaient tués, ne laissant aucune trace derrière eux, et la bataille qui venait de se dérouler l’avait douloureusement frappée.

Elle n’avait pas d’autre choix que d’accepter qu’il n’en restait plus rien.

« Qu’est-ce qu’il y a ici ? » demanda le jeune homme.

« C’est ici que mes parents sont morts… ou ont été signalés comme étant morts…, » répondit Loki.

Le garçon avait arrêté de marcher. Il murmura un bref « Je vois. »

Cela ne ressemblait qu’à une simple reconnaissance. Il n’avait rien d’autre à dire, mais Loki ne pensait pas qu’il avait le cœur froid. Parce qu’en ce moment, même cette courte réponse lui avait semblé plus gentille que n’importe quel mot réconfortant.

Les deux individus avaient trouvé un jeune arbre à côté de l’avant-poste qui n’avait pas atteint sa maturité. Ils avaient soulevé un gros rocher pour servir de pierre tombale. Et le jeune garçon avait mis ses mains ensemble, à côté de Loki. Il était difficile de dire ce qu’il ressentait en se basant sur son expression.

Je suis désolée d’avoir mis autant de temps. Après avoir dit cela dans sa tête, Loki se tourna vers le garçon comme si elle allait bien maintenant. « Merci. »

« … Ne t’inquiète pas pour ça. »

Finalement, ce n’est que quelques heures plus tard, lorsqu’ils avaient atteint la base militaire par la ligne de défense, que Loki avait pu bien voir son visage. La nuit était déjà tombée, et seule la lueur de la lune l’illuminait. Mais c’était le visage de ce garçon aux cheveux noirs d’un an son aîné, celui qu’elle pensait qu’il avait abandonné.

Il avait grandi depuis, donc elle n’avait pas été capable de le dire tout de suite, mais il ressemblait toujours à ce qu’il était à l’époque.

Après avoir franchi la porte, il déposa Loki et appela un homme proche, avant de se fondre à nouveau dans l’obscurité du monde extérieur.

L’homme, qui semblait être son supérieur, avait mentionné le nom du garçon dans le court rapport du garçon… et Loki s’était assuré de le graver dans sa mémoire.

« Alus Reigin. »

Grâce à lui, elle était revenue vivante et avait pu réaliser son vœu vieux de plusieurs années.

Et maintenant… elle n’avait plus aucun but. Elle ne savait pas quoi faire de sa vie.

Mais elle avait trouvé sa réponse étonnamment vite.

Alors je lui serai d’un grand secours. J’utiliserai ma vie pour lui.

☆☆☆

Partie 12

Loki continua à affiner sa magie. Elle s’était engagée dans les véritables combats et avait acquis de l’expérience. Mais ironiquement, plus elle devenait forte, plus elle était consciente que le garçon était bien au-dessus d’elle. 

Je ne vais pas l’aider comme ça.

Loki s’était tournée vers le domaine de la détection, pour lequel elle savait qu’elle avait une affinité, décidant d’ouvrir son propre avenir. Elle n’avait pas hésité le moins du monde. C’était pour l’aider.

 

 

Quand Loki s’était réveillée dans le bureau de l’infirmière, quelqu’un était à côté d’elle.

Assis sur une chaise se trouvait un jeune homme aux cheveux noirs qui croisait les bras et qui avait les yeux fermés. On aurait dit qu’il dormait.

Une lumière teintée d’orange traversait les rideaux. Cela devait être le soir.

Incapable de comprendre sa situation, Loki l’avait supposée en se basant sur son environnement. Elle avait passé en revue ses souvenirs de la simulation de bataille, qui étaient flous. Mais elle se souvenait clairement d’avoir violé le tabou.

Son corps était chaud, peut-être parce qu’elle avait dormi. Tandis qu’elle s’asseyait lentement, la housse de couette bruissait. Cela ne semblait pas faire de bruit, mais le jeune homme sur la chaise avait réagi rapidement.

« Tu es enfin réveillée. » Se retenant de bâiller, il… Alus avait mis sa main à l’arrière de son cou.

« Je… »

Se sentant coupable d’avoir taché ses mains en faisant quelque chose d’aussi stupide que briser le tabou, Loki fixa le lit blanc.

« Tu as gagné le pari, » déclara Alus, admettant sa défaite.

Loki le regarda, sans voix. « … ! »

Alus avait souri, lui montrant sa manche droite. C’était en lambeaux. « J’ai pris un coup. »

« Mais… »

Les vêtements comptaient-ils vraiment dans le corps ? Cependant, c’était quelque chose qu’Alus avait décidé, ce qui était une très bonne nouvelle pour Loki.

Mais Loki était moins préoccupée par le résultat que par le fait qu’elle avait commis une action taboue. Si les hauts gradés l’apprenaient, elle serait évidemment punie. Étant donné qu’un certain temps s’était écoulé depuis leur match, il se pouvait que la procédure soit déjà en cours.

Aucun ordre ne sera donné à un magicien de l’armée qui avait enfreint la loi, qu’il connaisse ou non sa volonté.

« Je ne peux pas oublier que tu as risqué ta vie pour un truc comme ça, » déclara Alus.

Oui, c’était tout à fait naturel. Elle n’avait pas seulement failli perdre la vie, elle était maintenant une criminelle. Et il serait difficile, même pour l’actuel n° 1, de la protéger.

Donc, Loki avait simplement attendu qu’Alus continue. Ou plutôt, elle ne savait pas quoi dire. Elle serait probablement remise à la garde de l’armée.

Ce n’était pas le résultat que Loki avait souhaité, mais c’était le résultat de l’utilisation de tous les moyens et pouvoirs à sa disposition. C’est pourquoi elle n’avait pas eu d’autre choix que de l’accepter. Ses méthodes n’étaient peut-être pas pardonnables, mais à la fin, elle n’avait eu aucun regret.

C’est vrai. J’ai fait tout ce que j’ai pu… alors je n’ai plus — .

Elle ferma les yeux tranquillement, prête à affronter son destin.

Mais l’instant d’après, son visage s’était tordu de douleur. « — !! Ow! »

Un coup du tranchant de la main soudain l’avait frappée à la tête. C’était une frappe de main lente, et bien qu’elle ait agi en poussant un cri, cela n’avait pas fait si mal que ça.

Mais même alors… Loki sentait que le coup avait une grande gravité derrière lui, et en même temps, de la compassion envers elle. Cependant, elle ne savait pas pourquoi. Au mieux, tout ce qu’elle pouvait faire, c’était de le regarder d’un regard interrogateur tout en tenant sa tête.

« Je te pardonne avec ça. Tu devras rattraper le reste par le travail. Je te ferai travailler comme un chien, alors prépare-toi, » les bords des lèvres d’Alus se leva en lui souriant, avant de lui tourner le dos et de lui montrer du doigt comme pour dire. « Allons-y ».

Son mana avait été complété avec succès. Bien qu’elle doive encore récupérer ses forces, elle devrait encore être capable de bouger.

Loki déborda de bonheur, se sentant heureuse que son pari eût porté ses fruits, mais l’étincelle dans ses yeux et le sourire sur son visage s’estompa en un instant. C’est vrai… elle était maintenant la partenaire d’Alus, aussi humble soit-elle, et elle ne pouvait se permettre de faire quoi que ce soit qui pourrait menacer sa position. C’est pourquoi — .

« J’ai fait quelque chose d’impardonnable… » Loki se leva précipitamment du lit et courut vers Alus. Elle essayait de le défendre, mais il lui couvrait la bouche de sa main. Étonnée, elle le regarda, se demandant ce qui se passait.

Alus avait alors glissé jusqu’à la porte ouverte et — .

« Qu’est-ce que vous faites ? » demanda Alus.

« Eh bien, euh… »

« Ahahahahaha... »

À l’entrée, il y avait deux visages. Leurs expressions maladroites indiquaient clairement que leur intrusion ne pouvait être justifiée par une simple impulsion.

Les deux filles qui étaient apparues de l’autre côté de la porte étaient Tesfia et Alice, apparemment en train d’écouter. L’ouverture soudaine de la porte les avait déstabilisées et elles avaient timidement levé les yeux vers Alus.

Il ne leur montrait qu’une expression exaspérée, mais il semblait qu’elles savaient qu’elles étaient coupables et qu’elles ne pouvaient échapper à une réprimande, alors elles ne pouvaient même pas s’excuser.

Au lieu de cela, Tesfia avait émis une toux très violente. Comme si on ne l’avait pas surprise en train d’écouter à la porte, elle parlait sur un ton calme, ce qui, pour le moment, avait contribué à changer l’atmosphère. « Je ne me souviens pas l’avoir vue avant. Qui est-elle ? » demanda-t-elle en se penchant pour jeter un coup d’œil à la fille derrière Alus.

« Elle est en première année, non ? Je ne la connais pas non plus. » Alice semblait aussi curieuse, en regardant Loki de l’autre côté.

La question de leur écoute était encore en suspens, mais Alus ne semblait pas s’en soucier tant que ça. Alice était une chose, mais s’il critiquait Tesfia pour tout ça, il n’y aurait pas de fin en vue… D’ailleurs, c’était une bonne occasion de présenter Loki.

« Je vais vous la présenter. Voici ma nouvelle partenaire, Loki, » déclara Alus.

« — ! ! »

Même Loki n’avait pas pu cacher sa surprise face à sa déclaration. C’était ce qu’elle avait souhaité, mais elle ne pouvait pas se réjouir honnêtement. « Mais…, » elle murmura, de sorte que Tesfia et Alice n’entendirent pas.

Alus se pencha et lui chuchota à l’oreille. « Il n’y avait que la directrice et moi. Cacher la chose est simple. Ou préfères-tu qu’on te livre ? » Il lui fit un sourire diabolique, face à lequel Loki secoua la tête.

Si son souhait n’avait pas pu se réaliser, elle aurait pu désespérer. Mais maintenant, elle avait sa propre place à portée de main.

« Alors il n’y a pas de problème, » déclara Alus.

La façon dont Alus s’était frayé un chemin à travers tout était exactement comme l’Alus que Loki avait connu.

Elle sortit de l’ombre d’Alus et se présenta devant les deux filles. Grâce à ses paroles, la détresse que Loki avait ressentie avait complètement disparu. Et son cœur s’était mis à battre à toute allure à cause de l’exaltation qu’elle ressentait.

« Je suis Loki Leevahl. » Elle avait un grand sourire sur son visage, et il y avait quelques larmes dans ses yeux.

Après que les deux filles se soient présentées, Tesfia s’était lancée. « P-Plus important… partenaire ? »

« Quel genre de partenaire ? » demanda Alice, ayant perdu son sang-froid. Ce qui était inhabituel pour elle, c’est qu’elle rougissait et son sourire vacillait.

Comme Alus avait des affaires à régler, plutôt que de se contenter de réduire à néant le comportement honteux de la paire, il avait choisi de faire semblant de ne pas le voir. Elles pensaient probablement à quelque chose de tout à fait inutile de toute façon. « J’ai un endroit où passer, alors va au laboratoire avant moi. »

« Oui, Sire Alus, » déclara Loki.

« … Sire ? » Tesfia et Alice fixaient Loki, qui s’inclinait respectueusement devant Alus.

« Alors, allons-y, » déclara Loki. « Malheureusement, je ne sais pas où il est, alors je dois vous supplier, les amies de Sire Alus, de m’y conduire. »

« Bien sûr, » déclara Loki.

Lorsque Loki s’était retournée pour faire face à Tesfia et Alice, son expression s’était transformée en une expression sans émotion.

Elles avaient quitté le bâtiment principal où se trouvait le bureau de l’infirmière et s’étaient rendues à pied au laboratoire d’Alus plutôt que d’utiliser le Cercle de Transport. Ce n’était pas seulement parce que Loki n’avait pas l’insigne nécessaire pour l’utiliser, mais aussi parce que Tesfia et Alice avaient beaucoup de questions à lui poser.

 

« … Une partenaire fait référence à quelqu’un qui soutient un magicien à deux chiffres ou plus dans le monde extérieur et qui détecte les mamonos, » expliqua Loki sans ménagement, après s’être fait imposer la question.

« Je vois. Il y a donc des choses comme ça aussi… mais Alus fréquents l’Institut, alors est-ce qu’il en a vraiment besoin ? » demanda Alice.

Les sourcils de Loki clignotèrent un peu en entendant les mots anodins d’Alice, mais ni Alice ni Tesfia ne le remarquèrent. « Sire Alus fréquente peut-être cet institut, mais tant qu’il sera dans l’armée, il devra partir si l’ordre vient. »

« Hmm, ce gars a aussi vraiment la vie dure, » déclara Tesfia.

En entendant la remarque grossière de Tesfia, les sourcils de Loki avaient encore tremblé, et elle avait plissé ses yeux. « Avec les pouvoirs de Sire Alus, c’est tout à fait normal. Il a l’air d’avoir la vie dure, même en ce moment. »

« Mais cet Al démotivé obéira-t-il à ce genre d’ordres ? » demanda Tesfia en plaisantant avec un sourire moqueur. Alice se couvrit la bouche et gloussa.

Voyant cela, Loki regarda les deux filles avec un regard méprisant et s’interposa avec colère, « Il semble que vous ne compreniez pas à quel point Sire Alus a contribué à l’humanité en tant que le n° 1 actuel. »

« Eh… ! »

« Ah !?? »

Les deux filles s’étaient arrêtées sur leurs pas.

Loki continua à avancer de quelques pas, avant de se retourner pour leur faire face. Il y avait une nette irritation dans ses yeux à l’égard de ces deux filles ignorantes. « J’ai dit que vous ne semblez pas comprendre qu’Alpha n’est aussi paisible que grâce à Sire Alus. Si c’était le cas, vous ne l’appelleriez pas “Al” ou “ce type”. » Elle revint à son expression habituelle, sans émotion, mais la façon dont elle avait prononcé les mots était pleine de mépris.

Il avait fallu un peu de temps avant que Tesfia et Alice reviennent à la raison après le choc.

« Je n’en suis pas si sûre. Mais j’admets qu’il est le numéro un, et je comprends qu’il a fait plus d’efforts et qu’il a traversé plus de difficultés que je ne peux imaginer. Je ne sais pas à quel point Al s’est battu pour protéger ce pays… mais comme je ne peux même pas l’imaginer tel que je suis maintenant, ça ne sert à rien d’y penser, » déclara Tesfia.

« C’est vrai, » dit Alice. « Al nous dépasse tellement qu’il est trop loin pour nous respecter et se fixer comme objectif… C’est comme s’il était à plusieurs niveaux au-dessus de nous, donc ça n’a pas l’air bien réel. »

« Tout comme nous ne savons pas comment était Al dans l’armée, vous ne savez pas comment il est ici. Je suppose que ce qu’il a de plus proche de nous, c’est un camarade de classe avec une ou deux vis défaites dans sa tête, » déclara Tesfia.

« … » Loki savait combien Alus avait sacrifié pour la nation. Il y avait donc un grand fossé entre elle et ces filles. En même temps, cela signifiait aussi que Tesfia et Alice étaient encore inexpérimentées.

« D’ailleurs, je ne pense pas que ça dérangerait Al, » s’était demandé Alice.

« Ouais. C’est vrai, donc ce n’est pas à vous de vous en mêler, » Tesfia réprimanda Loki.

C’est probablement à cause de l’apparence de Loki que Tesfia ne s’était pas enflammée contre elle. Quand elle était sans expression, elle avait l’air jeune pour son âge, alors Tesfia avait l’impression d’avoir affaire à une sœur plus jeune.

Loki décida de restreindre son opinion. Bien sûr, ce n’était pas comme si elle avait complètement accepté leurs points de vue, mais c’était un problème né de sa perception en tant que magicien. Même si elle leur expliquait la grandeur d’Alus, comme elles étaient maintenant, elles ne comprendraient pas.

En conséquence, elle s’était résignée au fait qu’il y avait une nette différence entre elles. Mais elle ressentait aussi une étrange satisfaction d’être la seule à vraiment comprendre à quel point Alus était étonnant. « Je l’accepte que si c’est ce que Sire Alus a dit. Vous avez raison de dire que ce n’est pas à moi d’intervenir. » Loki ne pensait pas qu’elle avait fait quelque chose de mal, alors elle ne s’était pas excusée.

Après cela, elle décida de s’éloigner mentalement des deux filles, et le trajet de quelques minutes jusqu’au laboratoire lui parut étrangement long. Mais malheureusement, elle était la seule à le penser. Et la raison en était le barrage de questions que Tesfia et Alice continuaient à lui lancer.

« … Et maintenant, vous deux, vous recevez une formation et des conseils de Sire Alus, non ? » demanda Loki.

Les paroles d’Alice l’avaient déjà affirmé, mais les yeux de Loki s’ouvrirent en grand et l’envie et la jalousie qui jaillissaient de l’intérieur la rendirent incapable de rester calme.

Inconsciente de la réaction de Loki, Alice lui répondit. « Oui. Mais on ne fait que commencer. »

« Je vois. Je croyais qu’il avait été transféré à l’Institut pour ses recherches, » déclara Loki.

« Hmm… c’est ce que dit Al, donc je pense que c’est vrai. Mais beaucoup de choses se sont passées, et il a fini par s’occuper de nous. » Alice s’était gratté la joue en s’excusant.

« C’est lui qui dit qu’il s’occupera de nous, » déclara Tesfia. « Je n’ai pas entendu parler des circonstances d’Alus. Honnêtement, je pense que nous sommes un désagrément. Mais même alors, pour réaliser mon rêve de devenir magicien, je n’hésiterai pas à utiliser tous les moyens possibles, » finit-elle par dire timidement.

Loki ne pouvait pas être contente de la façon dont Tesfia parlait de l’entraînement d’Alus. Elle confirmait essentiellement son ignorance et parlait comme quelqu’un qui pouvait se livrer à la paix. Elle pouvait parler de rêves et d’idéaux chimériques, ignorant qu’elle poussait de façon irresponsable ses attentes sur les forts.

Alors que Loki montrait rarement des émotions, elle était horrifiée à l’intérieur… et elle était vraiment déçue du monde. Pourquoi Sire Alus instruirait-il ces filles ignorantes ? Quel était l’intérêt pour lui de venir ici… ?

Loki était honnêtement dégoûtée. Mais pas de ces filles. Elle ne pouvait tout simplement pas imaginer qu’ils vivaient dans le même monde. C’est pourquoi, afin de maintenir sa présence d’esprit, elle s’était concentrée sur la collecte d’informations.

Malgré la courte distance, les deux filles s’arrêtaient de temps en temps pour donner des explications à Loki sur l’Institut et ses installations. Pour Loki, c’était une faveur malvenue, et les trois filles avaient pris ce qui semblait être un long moment pour arriver à destination.

Il ne s’était écoulé qu’un mois depuis que Tesfia et Alice avaient rencontré Alus, mais peu importe combien elles parlaient de lui, ce n’était pas suffisant.

Tandis qu’elles parlaient avec bonheur d’Alus, Loki commença à ressentir une émotion différente, en dehors de sa colère. Elle était sensible aux discussions sur Alus. Ces deux-là avaient vu un côté d’Alus qu’elle n’avait pas vu… Quand elle pensait ainsi, Loki se sentait un peu envieuse et écoutait tranquillement leur conversation.

☆☆☆

Partie 13

« Je suis contente que vous ayez décidé de vous occuper de cette fille. »

« … »

Alus était dans le bureau de la directrice Cisty. Il était vraiment content qu’elle ait fait cette remarque avant qu’il ait du thé dans la bouche. Bien qu’il n’ait pas craché de thé, il avait l’impression d’avoir une lame tranchante appuyée contre lui. Mais comme les répliques ne feraient que jouer en sa faveur, Alus l’avait maintenu en lui et avait fixé sa main sur la tasse de thé qu’il était sur le point de lâcher, et avait pris une gorgée à la place.

De l’autre côté du bureau se trouvait Cisty, qui souriait joyeusement. Elle avait aussi posé un morceau de papier sur le bureau, comme pour dire qu’elle s’y attendait.

« Et ça, c’est ? » demanda Alus.

« C’est la demande d’admission de Loki. Bien sûr qu’elle l’a déjà signée, et évidemment elle réussit en termes de capacité, » déclara Cisty.

« Je vois que tu es plutôt préparée, » déclara Alus.

Il était venu ici pour que la directrice se taise sur l’incident, mais il semblait que cela n’avait pas été nécessaire. En d’autres termes, elle avait tout préparé.

Alus n’était pas content de réaliser qu’il dansait dans la paume de la main de la directrice. Mais en même temps, il était heureux que cela puisse être résolu rapidement. Toujours assis, il fit un signe de tête à Cisty en signe de gratitude. « Donc, tu me dis de l’amener sous mon aile et de l’entraîner ? »

« Eh bien, quelque chose comme ça… mais j’ai un investissement personnel là-dedans, alors ne vous en faites pas trop. L’armée l’a poussée à ce que je l’engage comme superviseur pour vous, mais tout ne se passe pas comme prévu par le gouverneur général. C’est plus un spectacle. En termes simples, le gouverneur général et moi ne sommes que des intermédiaires, » déclara Cisty avec un sourire amer.

Avec Alus acceptant Loki comme partenaire, ce n’était pas quelque chose qui pouvait être renversé. « Comme tu l’as dit, Loki est plus capable que je ne le pensais. A-t-elle vraiment un rang à quatre chiffres ? Pour ce qui est des prouesses au combat, elle est à deux chiffres. » Alus se souvenait encore du doute qu’il avait ressenti lors de la bataille simulée.

« Le meilleur classement de Loki est le 157, » déclara la directrice. Elle sourit ironique tout en décroisant les jambes. « Malgré cela, Loki est devenue un soutien sans regret. Elle avait toujours eu une aptitude pour la détection. Mais en fin de compte, elle ne s’est jamais associée avec qui que ce soit, ce qui a entraîné une chute à son classement actuel. »

Ça n’avait pas de sens pour Alus. Bien que l’entrée dans les rangs supérieurs en tant qu’observateur, un magicien de soutien, assurait un bon traitement, les récompenses réelles n’étaient pas plus élevées qu’un Double ou Triple chiffre. Donc le fait que Loki avait choisi la voie du soutien ne pouvait pas être pour des raisons monétaires.

« Vous devrez demander le reste à Loki, » dit Cisty, en disant essentiellement qu’il n’en obtiendrait pas plus de sa part.

« C’est un peu tard pour ça. » Alus ne pouvait plus faire demi-tour. S’il lui avait ordonné d’aller en première ligne, elle l’aurait peut-être écoutée, mais elle avait risqué sa vie pour devenir sa partenaire. Mais il ne connaissait pas ses raisons.

Alus avait bu le reste du thé et s’était levé de sa chaise. « Ma seule affaire était de te faire taire à propos du tabou. Je suis content que ce soit un effort gaspillé. » Eh bien, être capable de confirmer les intentions de la directrice était un bon résultat.

Il lui avait tourné le dos et avait essayé de partir. C’est là que Cisty avait lâché une nouvelle bombe sur lui. « Oh, je n’ai toujours pas reçu d’argent pour me taire. »

« … !! »

La main d’Alus s’était arrêtée juste avant la poignée de la porte. « Tu veux une faveur ? Es-tu sérieuse ? »

L’incident s’était produit en partie à cause de la directrice qui lui avait poussé Loki, donc elle était en partie responsable aussi. Malgré cela, elle ne pouvait pas ignorer qu’Alus le traitait comme s’il ne s’en souciait pas.

Cependant — .

« Une partie de la responsabilité m’incombe. Mais avec Loki qui commet un tabou à cause de vous, je vais devoir prendre un risque considérable pour la couvrir, » déclara Cisty, en mettant un doigt sur son menton comme si elle était troublée.

Voyant cela, Alus fut convaincu que c’était la raison pour laquelle on l’appelait la Sorcière. Le culot, ou peut-être l’effronterie d’admettre ses propres erreurs et de vouloir quand même une compensation pour avoir pris ce risque…

Les joues d’Alus avaient tremblé. Il avait alors dit d’une voix monotone. « Je comprends. Et si possible, j’aimerais régler ça avec de l’argent. » Comme Alus était étudiant, il était en dessous de Cisty. À moins qu’elle n’ait demandé quelque chose de grotesque, il n’avait d’autre choix que d’obéir.

« Malheureusement, j’ai assez d’argent, » déclara Cisty.

Il voulait répliquer, mais il n’avait pas eu le temps de lui donner une réponse sarcastique.

Cisty avait fait une suggestion qu’elle avait probablement préparée. « Voyons voir. Puis-je compter sur vous pendant la leçon extrascolaire ? Nous avons besoin de votre force. »

Il s’était dit que ce serait quelque chose comme ça. Pour commencer, même Cisty ne savait pas quoi faire dans cette situation, et il avait réalisé qu’elle aurait besoin de son aide. C’est parce qu’elle avait désespérément besoin de son aide qu’elle lui avait demandé cette faveur absurde.

La leçon parascolaire destinée à servir d’entraînement au combat en direct aurait lieu dans un mois. Tous deux avaient déjà discuté de la question dans le passé, mais lorsqu’il s’agissait des éléments incertains, ils n’étaient pas parvenus à une conclusion acceptable.

Les élèves participants seraient répartis en équipes de cinq, chacune avec un superviseur. Et ils n’avaient pas eu d’autre choix que de donner à leurs camarades de classe supérieurs le rôle de superviseurs. Bien qu’ils puissent être plus âgés, ils étaient encore étudiants et manquaient d’expérience au combat. Bien que les militaires l’aient exigé, c’était au mieux imprudent, et ils ne pouvaient s’empêcher de se sentir mal à l’aise quand ils imaginaient le pire résultat possible.

« Même moi, je ne peux pas protéger tous les élèves, » déclara Alus.

C’était la vérité. Bien qu’il puisse être le magicien le plus fort, il ne pouvait pas protéger tous les étudiants qui seraient dispersés sur une grande surface. Bref, ce n’était pas une demande facile.

« Je suis d’accord avec ça. Tant que vous y êtes, nous pouvons réduire le nombre de victimes possibles. » Ce n’était pas exagéré de dire qu’Alus aurait encore une meilleure chance d’éliminer tous les mamonos par ses propres moyens.

« À ce propos, tu me dis de n’aider les élèves que lorsqu’ils sont en danger, n’est-ce pas ? » demanda Alus.

« Eh bien, peut-être qu’un peu… ils ont besoin d’acquérir de l’expérience, après tout…, » dit Cisty, et détourna le regard.

« … S’ils se déplacent, je ne peux pas faire grand-chose. Je ne pense pas que je serai d’une grande utilité sur ce coup-là, » déclara Alus.

« Je plaisantais, c’est tout ! Je vais leur donner des instructions détaillées, alors s’il vous plaît…, » déclara Cisty.

Il n’était pas clair si elle s’excusait ou essayait de l’attirer de force, mais la directrice avait frotté les cheveux noirs d’Alus avec un sourire trop joyeux. Elle se comportait comme une petite fille innocente, plutôt que son âge.

Alus pensait qu’elle était très rusée, mais il ne l’avait pas dit à voix haute. Au lieu de cela, il essaya de lui montrer à quel point il avait mal aux yeux, ce qu’elle ignorait magnifiquement. « Je comprends. »

« Alors nous nous reparlerons ce soir, » déclara Cisty avec un sourire séduisant et plein d’affection. Si quelqu’un avait écouté, il aurait pu interpréter à tort que c’était la directrice qui flirtait avec son élève.

Mais comme Alus n’avait pas d’autre choix que d’accepter, il se montra au moins en soupirant aussi fort qu’il le pouvait, en quittant le bureau de Cisty.

*

Après avoir confirmé que la porte était fermée, l’expression de Cisty était redevenue sérieuse, et elle soupira aussi.

La raison en était Loki… « Ne se souvient-il pas de Loki ? »

Cisty avait déjà entendu parler des circonstances difficiles par Loki. Elle savait pourquoi un magicien actif était devenu un soutien. Loki était prête à risquer sa vie quand elle avait demandé à devenir la partenaire d’Alus. Quand Cisty avait appris que c’était la seule raison pour laquelle Loki vivait, elle ne pouvait pas l’ignorer.

En conséquence, les choses s’étaient presque aussi bien passées qu’elles le pouvaient pour elle, mais Cisty avait choisi de ne pas demander si Alus se souvenait de Loki. Peu importe à quel point elle essayait d’adoucir les choses, lui demander aurait dépassé ses limites.

En fin de compte, c’était leur problème. Tous les autres étaient des étrangers.

Elle se demandait quelle était la vérité, mais c’était quelque chose que seul le Tout-Puissant savait.

☆☆☆

Chapitre 4 : Le bal de nuit

Partie 1

Alus avait quitté le bureau de la directrice pour retourner dans sa chambre.

Il n’en avait pas parlé à l’époque parce que cela aurait été de mauvais goût, mais il avait reçu la parole de Cisty qu’elle garderait le silence sur les mesures qu’il avait prises pour garder Loki en vie. Cependant… était-ce assez contre la sorcière ?

Il avait quitté le bâtiment principal en réfléchissant. Le soleil était presque couché et plus de la moitié du ciel était devenu sombre.

Alus continua à marcher, traînant une longue ombre derrière lui. 

Afin de sauver Loki du tabou qu’elle avait commis, il avait pris des mesures d’urgence qui devaient rester confidentielles.

Même Cisty, qui regardait sur la touche, ne devrait pas savoir exactement ce qu’il avait fait. Elle n’aurait dû voir que le résultat final.

Mais la vérité était qu’il avait remplacé tout le mana de Loki par la sienne pour la sauver. Et il était bien conscient que c’était bien pire qu’un tabou.

La superpuissance — si on peut l’appeler ainsi — avec laquelle Alus était né était que son mana avait la nature d’un mana dévorante. Fonctionnant de la même manière que les mamonos, le mana dévoré allait le renforcer.

Il l’avait maintenant sous contrôle, mais c’était sa nature qui l’avait forcé à apprendre le contrôle du mana jusqu’à un tel degré de maîtrise.

Alus avait deux types de mana en lui. L’une était l’énergie que chacun avait en lui… et l’autre…

L’étrange mana frétillant que Loki vit pendant la bataille fictive était le vrai mana d’Alus, et il avait sa propre volonté. Il n’avait qu’une seule envie et un seul désir… et c’était de dévorer, se régalant de tout et de tout mana. 

En ce sens, cela avait agi comme il l’entendait. Et seuls Alus et le gouverneur général Berwick savaient à quel point il s’était entraîné pour le maîtriser. Il ne l’avait utilisé que cette fois-ci parce que c’était inévitable. 

En plus de cela, ce danger lui était arrivé parce qu’il avait reconnu le talent et la force de volonté de Loki. En conséquence, il utilisa ce pouvoir pour dévorer le mana de Loki, tout en lui versant du mana normal. Si son corps avait rejeté le mana étranger, alors il y avait de bonnes chances qu’elle soit morte maintenant.

Heureusement, il s’était bien intégré avec elle — mais ce n’était peut-être pas une description exacte. Comme Loki n’avait plus de mana, le mana d’Alus avait pu entrer dans son corps et remplacer le mana restant qui était drainé par le catalyseur.

Alus avait prédit que le mana restant à l’intérieur d’elle finirait par se décomposer, et que ses restes seraient repoussés par le nouveau mana généré en elle. Cela dépendrait de Loki si les résultats étaient bons ou mauvais, mais ce n’était pas un pari qu’Alus avait prévu de refaire.

À part ça… Alus était intrigué par son propre changement de comportement depuis son arrivée à l’Institut. Il faisait des choses qu’il n’aurait jamais faites dans l’armée, l’une après l’autre.

Pour commencer, dans le passé, il aurait refusé d’aider Tesfia et Alice dans leur formation. En fait, il avait toujours rejeté toutes sortes de relations.

Alus n’était pas du genre à s’accrocher à son grade de numéro un, mais il en avait tiré de nombreux avantages. En tant que magicien actif dans le monde extérieur, il recevait un salaire élevé, il avait une somme d’argent excessive. Donc, même s’il perdait son poste à cause de la politique en jeu, il ne pensait pas que cela lui ferait beaucoup de mal. Même Cisty ne pouvait pas vraiment se mettre en travers de son chemin.

En fait, il n’avait jamais pensé à protéger l’humanité. Si l’humanité s’éteignait, il pourrait passer le reste de ses jours seul… mais ce genre de sentiment égoïste n’était plus aussi puissant en lui que dans le passé.

Il s’était étrangement acclimaté à ce changement, et plutôt que de lutter contre lui, il était d’accord pour le laisser l’emporter, presque comme s’il avait cessé d’être lui-même.

Alus ne savait pas si c’était ce qu’ils appelaient « grandir ». Mais même si l’ambiance était aussi déraisonnablement agitée qu’elle l’était, il pouvait sentir une sorte de satisfaction grandir dans un coin de son esprit.

Le grand plan d’Alus n’allait pas changer. Tant qu’il pouvait se calmer, tout allait bien.

Les autres choses n’avaient pas vraiment d’importance. Bien que ce soit ce qu’il s’était dit, il était arrivé à la conclusion quelque peu illogique qu’il pouvait au moins s’amuser pour le moment.

***

« Hé, mon laboratoire n’est pas votre lieu de rendez-vous, » dit Alus avec de l’exaspération devant les trois filles assises devant lui.

« Je suis vraiment désolée, Sire Alus, » Loki s’était levée de son siège et s’était excusée.

Ce n’était pas si grave que ça. Alus avait songé à parler à Loki de la façon dont elle s’adressait à lui et ainsi de suite.

« Qu’est-ce que ça peut faire ? On apprenait à mieux se connaître. » Tesfia était assise à côté de Loki et lui caressait les cheveux argentés.

Les sourcils de Loki clignotèrent un instant, mais seul Alus le remarqua.

« La chère petite Loki est si mignonne, après tout. » Ensuite, c’était au tour d’Alice. Elle se tenait derrière Loki et avait repoussé la main de Tesfia pour enlacer la petite fille.

Loki plissa à nouveau les sourcils, mais garda une expression sans émotion, comme une poupée.

Alus était d’accord pour qu’elles s’entendent bien, mais c’était si ça se passait à l’extérieur du laboratoire. Si elles devaient être ici et ne pas s’entraîner, il voulait qu’elles s’en aillent.

Mais il n’avait pas commencé par ça. D’abord, il devait faire comprendre leur place à Tesfia et Alice. Les bords de ses lèvres se soulevèrent jusqu’au sourire. « Sachez que le meilleur classement de Loki est le 157. »

« — !! »

Il semblait qu’elles avaient enfin compris ce qu’elles avaient fait. Les yeux d’Alice s’ouvrirent en grand et son expression se figea.

« P-Pas possible…, » dit Tesfia d’une voix tremblante. Si cela n’avait pas été les mots de l’actuel numéro 1, elle se serait probablement moquée d’eux.

« Mais comme elle a participé à de nombreuses batailles, ses capacités sont comparables à celles d’un magicien avec un nombre à deux chiffres, » continua Alus.

« Vraiment ? » Tesfia était agitée. Elle regarda Loki, qu’Alice enlaçait maladroitement.

« Cela n’est rien du tout, comparé à Sire Alus. » C’est à ce moment-là que l’expression de Loki s’était adoucie pour la première fois. Elle avait essayé de le faire passer pour de la modestie, mais le fait qu’Alus lui-même reconnaissait ses efforts l’avaient remplie de bonheur.

Alus avait utilisé cette vérité pour allumer un feu sous les deux filles. « Loki a un an de moins, mais la directrice lui a donné la permission pour qu’elle soit transférée dans la même année que vous, ce qui veut dire que vous êtes maintenant en second après elle. »

L’expression de Tesfia s’était figée quand elle avait imaginé que sa position était en danger. C’est dans ces moments-là que la fierté d’un noble s’était mise en travers de son chemin.

Alice était simplement heureuse d’avoir Loki inscrite à l’Institut, mais elle n’était pas sûre de pouvoir exprimer honnêtement sa joie.

« Je sais que vous êtes compétentes, mais je n’ai aucune obligation de surveiller quoi que ce soit d’autre que votre formation, alors à ce rythme, je ferais mieux de passer du temps sur Loki, » déclara Alus.

« — !! »

Alus ne pensait même pas qu’il était un peu méchant. En fait, Loki semblait plus à même d’être guidée vers un brillant avenir comme soutien. Avec Loki comme partenaire, il n’avait probablement pas eu le temps de l’entraîner aussi bien que les deux autres.

Cela dit, c’était aux filles de l’accepter comme la vérité et de décider quoi faire. Mais si leur volonté était assez faible pour rompre, elles ne lui auraient probablement jamais demandé conseil.

Alus avait l’intention qu’elles suivent l’entraînement, et il semblait que cela fonctionnait parfaitement.

« On faisait juste une petite pause. » Tesfia retroussa ses manches, comme pour dire qu’elles s’entraînaient jusqu’à il y a quelques minutes.

« … C’est vrai, c’est vrai. Je suppose que nous devrons garder notre discussion sur les enchantements avec cette chère Loki jusqu’à une autre fois. » Alice s’accrochait encore à Loki et caressait soigneusement ses cheveux. Ses paroles et ses actes ne correspondaient pas. Son désir de chérir la petite Loki semblait l’avoir emportée sur sa réserve basée sur le rang de Loki.

« Je n’ai pas le temps, alors va à ton entraînement et pars, » déclara Alus.

Après cela, la vision d’Alus de leur entraînement qui était si familière revint dans la pièce. Alice hésitait encore à lâcher l’adorable poupée qu’était Loki, mais comme Loki elle-même s’éloignait d’elle, elle s’entraînait alors que ses épaules s’affaissaient.

C’est alors qu’Alus se souvint de l’examen qui les avait tant excitées. « Au fait, comment se sont passées vos batailles simulées ? » demanda-t-il nonchalamment. Il n’était pas très intéressé, mais il voulait confirmer à quel point les deux filles étaient déprimées en raison de leur différence de force. Pour parler franchement, sa question visait à les harceler.

Les deux filles tremblèrent, et le flux de mana sur lequel elles s’entraînaient s’était dispersé.

« … »

« Ahahaha... »

Compte tenu de leurs réponses, elles n’avaient pas réussi à gagner.

« Veux-tu le savoir ? » demanda Tesfia.

« C’est très bien. Je peux plus ou moins deviner comment ça s’est passé. Je suis content que tu aies vécu une expérience amère, » déclara Alus.

Tesfia répondit au sarcasme d’Alus avec ténacité, déterminée à lui dire comment ça s’était passé. L’essentiel était que l’examinateur de Tesfia était Delca Base dont ils avaient parlé pendant l’examen. Et ça s’était terminé par une défaite écrasante. Tesfia s’y était attelée avec enthousiasme, mais elle ne s’en était même pas approchée. Elle jeta des sorts, qui furent ensuite bloqués, et même son épée de glace fut habilement esquivée.

Après cela, Tesfia avait été forcée sur la défensive et ensuite vaincu sans pouvoir faire quelque chose.

Pendant ce temps, l’adversaire d’Alice était Felinella, la plus forte étudiante de l’Institut à part Alus.

Alice s’était donnée à fond, sachant qu’elle avait affaire à quelqu’un de supérieur à elle, mais tout ce qu’elle faisait était facilement esquivé. Une fois terminée, Felinella lui avait dit « Bon travail » avec une expression posée, et l’avait encouragée à prendre congé.

Les deux filles s’étaient convaincues qu’elles seraient capables de tenir le coup, mais les résultats parlent d’eux-mêmes. Il y avait toujours un plus gros poisson dehors. Et le simple fait d’avoir compris cela était une expérience précieuse.

Après qu’Alus ait confirmé les résultats de l’examen, il s’était assis à son bureau et avait étalé une carte. Loki était à un demi-pas dernier lui. Il semblait qu’elle voulait en faire sa place personnelle.

Bien sûr, cela ne perturberait pas la concentration d’Alus, mais même si elle était sa partenaire, n’était-il pas contre nature pour un homme et une femme d’être ensemble 24 heures sur 24… ?

« Est-ce censé être un enchantement d’aura ? » demanda Loki en jetant un coup d’œil aux deux filles. Elle parlait de leur entraînement inesthétique.

Alus lui répondit, sans lever les yeux de la carte. « On dirait que ces deux-là sont devenues complaisantes à cause de moi. Il n’y a pas qu’elles. »

Loki niait avec véhémence l’autocritique d’Alus. « Pas du tout ! Vous avez sauvé l’humanité, Sire Alus… c’est leur faute pour avoir manqué de conscience. Ce n’est pas du tout de votre faute. L’augmentation de la population d’Alpha est due à vos efforts. Ces filles ne comprennent rien. »

Alus jeta un coup d’œil à Loki du coin de l’œil, alors qu’elle passait du ressentiment à la tristesse. « Que peux-tu faire… ? Si je m’en vais, que fera Alpha ? Si un Rang S se présente, ça ne durera même pas quelques jours. » C’était pour ça que les hauts gradés de l’armée avaient leurs doutes. Ils avaient tendance à donner la priorité à l’instinct de conservation. Ainsi, avec Alus ayant demandé à prendre sa retraite, ils avaient dû revoir leurs plans.

☆☆☆

Partie 2

Cela avait entraîné le vol du temps d’Alus, mais la leçon parascolaire qu’ils avaient proposée pourrait aussi être considérée comme un plan pour l’avenir du pays, selon la façon dont vous la voyiez. « Je me fiche de ce qui se passe avec les hauts gradés, mais pour que je puisse avoir une vie tranquille à partir de maintenant, je vais devoir faire quelque chose à ce sujet. »

Loki comprit alors pourquoi Alus avait quitté l’armée pour se consacrer à la recherche. Elle avait alors décidé de lui poser des questions sur quelque chose d’encore plus déroutant.

Mais avant ça… elle avait déplacé son regard d’Alus vers les filles. Quand Loki avait été dans l’armée, elle avait suivi une formation similaire, mais à la façon dont les filles semblaient le faire, leurs résultats étaient limités et maladroits.

« Ces filles seront-elles vraiment utiles ? » demanda Loki. 

« C’est possible. Elles sont censées être parmi les excellents étudiants de l’Institut, » dit Alus, comme si cela ne le concernait pas. Il avait utilisé un marqueur rouge pour tracer des lignes et des signes sur la carte.

« Alors pourquoi leur enseigneriez-vous les bases ? » dit Loki d’un ton franc. Il s’agissait moins d’une question que d’une expression d’insatisfaction.

« La directrice les a poussées sur moi. En plus, c’est une autre façon, » déclara Alus.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Loki.

« Si elles deviennent au moins à deux chiffres, ça voudra dire que je peux y aller plus doucement, non ? » Bien sûr, les graines semées maintenant pourraient ne bourgeonner que beaucoup plus tard. Mais Alus pensait que ça marcherait au moins comme plan de secours.

« Alors vous voulez dire qu’elles auraient autant de talent caché ? » demanda Loki.

« Qui sait ? » Il y avait des murs qui ne pouvaient pas être franchis par le talent et l’effort seul. Alus croyait que c’était leur volonté de vivre qui déterminerait si elles pouvaient les surmonter. « En fin de compte, ce sont ceux qui survivent qui atteignent le sommet. »

Après plusieurs batailles, Loki avait un peu compris ce que disait Alus. N’importe qui pouvait perdre la vie en un instant, peu importe sa force ou son talent. Une attaque-surprise, la rencontre d’une Variante non confirmée, et ainsi de suite… il y avait d’innombrables raisons possibles.

Alus et Loki avaient vu beaucoup de magiciens partir comme ça. Très peu de magiciens étaient sortis dans un flamboiement de gloire sur le champ de bataille. Cela leur avait fait douloureusement comprendre que la seule chose qui comptait, c’était de gagner ou de perdre, et de survivre ou non.

Finalement, Alus avait tapé un point sur la carte. « Et nous le saurons bien assez tôt. »

« … » Loki ne connaissait pas le sens de son geste, mais elle ne pensait pas non plus qu’Alus lui dirait toutes ses intentions. Elle ne voulait pas dépasser ses limites. En tant que partenaire, elle n’avait besoin que d’aider Alus. Elle n’avait jamais rien demandé de plus. Et pour son bien, elle serait heureuse d’être un pion sacrificiel s’il le fallait. C’est pour ça qu’elle avait annoncé sa propre détermination. « Je vous suivrai, Sire Alus. »

« Je vois… Je comprends ta détermination, » déclara Alus.

Loki s’était contentée de cet échange. Après tout, elle vivait enfin la vie qu’elle désirait.

Cependant — .

« Dans ce cas, tu devras acquérir assez de compétences pour me convenir à moi aussi, Loki, » déclara Alus, assis profondément dans son fauteuil, les yeux sur la carte. « Normalement, je ne choisirais pas quelqu’un de ton niveau comme partenaire. Mais si je l’ai fait, c’est parce que j’ai de l’espoir pour ton avenir. »

« — !! »

Alus avait soulevé ses attentes pour l’avenir afin d’éveiller le sentiment de danger de Loki, mais Loki n’avait pas hésité à répondre. « Je serai à la hauteur de vos attentes. »

Contrairement à ses mots puissants, son expression était la même que d’habitude. Les pensées intérieures de Loki étaient concises et claires, sans aucun doute. Elle avait dit exactement ce qu’elle voulait, sans autre signification. Au moins, il n’y avait pas dans sa voix la moindre inquiétude quant à sa capacité à être à la hauteur des attentes d’Alus.

« Ton rayon de détection est d’environ 1 km, n’est-ce pas ? » Alus n’essayait pas de le confirmer. Il l’avait dit en étant bien conscient de ses capacités.

Loki hocha la tête.

« Selon la situation, je suis à peu près avec la même portée. » Cette portée était plus que suffisante pour une utilisation pratique. Quand Alus était dans l’armée, il y avait des rumeurs qu’il n’avait pas pris des partenaires parce qu’il était lui-même bon pour détecter.

Apparemment, c’était la vérité. Le jeune homme l’ayant confirmé lui-même, Loki fut ébranlée.

« J’ai besoin que tu aies un rayon de détection d’au moins 5 km, » déclara Alus.

Les seuls observateurs qui avaient un rayon de détection aussi élevé étaient des observateurs à un seul chiffre, et vous pouviez les compter sur une seule main. Et Loki savait à quel point il était imprudent de le demander, encore plus qu’Alus. Mais même là — « Je comprends. »

Elle n’avait pas dit que c’était impossible. Ce n’était plus une question de possibilités. Elle devait le faire, et elle en avait la détermination. Si elle ne pouvait pas, elle perdrait sa volonté de vivre.

Alus savait combien il serait difficile d’atteindre le niveau qu’il exigeait. Mais en même temps, Loki ne lui serait d’aucune utilité au combat.

« Bien sûr, je vais aussi te demander d’augmenter tes compétences de combat, mais nous allons donner la priorité à ton rayon de détection. » Il avait dessiné un demi-cercle de 1 km sur la carte. Ce qui suggère que Loki n’était pas sans rapport avec cette affaire. Mais il n’avait rien dit d’autre, en partie parce que Tesfia et Alice étaient toujours dans la pièce.

Pensant que c’était le bon moment, Alus avait appelé les filles. « Restons-en là pour aujourd’hui. J’ai des affaires à voir avec la directrice. »

Il semblait qu’elles faisaient enfin des progrès. Et comme Alus y avait mis fin juste au moment où cela arrivait, Tesfia s’était retournée avec un froncement de sourcils. Mais si elle voulait continuer, elle pouvait le faire dans sa chambre, alors Alus l’avait ignorée.

Quant à Alice, elle ne semblait pas s’en rendre compte, car elle se concentrait et ne semblait pas l’avoir entendu.

Bon sang, pensa Alus.

Finalement, il avait fallu du temps pour renvoyer de force Tesfia et Alice chez elles.

Mais dans l’instant qui suivit… « Qu’est-ce que vous faites ? » Tesfia se retourna dans l’entrée et cria à une Loki d’un air suspicieux.

Alice suivit l’exemple, jetant un coup d’œil à Loki toujours dans la pièce, avec une expression perplexe. Elles retournaient au dortoir des filles et, en tant qu’étudiantes de l’Institut, les deux filles avaient supposé que Loki reviendrait avec elles. « Loki, ma chérie ? »

Loki était restée sans expression. Comme elle avait été transférée aujourd’hui, les préparatifs pour son emménagement dans le dortoir n’étaient pas terminés. Mais à part ça, elle était dans la chambre d’Alus. En d’autres termes, elles ne pouvaient pas laisser une fille seule dans la chambre d’un garçon à l’approche de la nuit.

« Je suis la partenaire de Sire Alus, il est donc naturel que nous vivions et dormions ensemble. Alors, ne vous inquiétez pas pour ça. » Loki était parfaitement calme, parlant sans aucune trace de ressentiment.

Les deux filles furent surprises, tandis qu’Alus se donnait une gifle sur le front avec un « Bon sang » et un regard maussade. Pour lui et Loki, ce n’était pas particulièrement inhabituel. C’était courant dans l’armée, et même s’ils partageaient une chambre, rien ne se passerait. « Loki, normalement tu es censée vivre différemment. »

C’était une différence de perception due au fait d’avoir grandi dans l’armée. Il fallait s’y attendre, car Loki n’avait même pas une formation générale. Même Alus l’avait découvert lorsqu’il était entré à l’Institut et s’était rendu compte que les dortoirs étaient séparés en fonction du sexe.

Dans l’armée, ils étaient généralement séparés, mais ni Alus ni Loki ne se concentraient sur ce genre de subtilités, et il y avait beaucoup d’exceptions quand il s’agissait de mieux se connaître entre partenaires.

« … » Loki ferma la bouche. Bien qu’elle ne l’ait pas laissée paraître, elle effectuait un vote dans sa tête. Et après un moment — « Je refuse. »

Elle l’avait déclaré sans hésitation. L’opinion contraire avait été rejetée dans son esprit.

Pour Alus, c’était la première fois qu’elle allait à l’encontre de son opinion. Le fait que c’était son opinion avait pesé lourd dans son esprit, mais il y avait des exceptions à tout. Et dans son vote mental, ses propres désirs avaient reçu la priorité absolue.

Il n’y avait aucun doute qu’elle avait manipulé sa décision par la justification de pouvoir aider Alus davantage en restant près de lui. L’objectif de soutenir Alus s’était étendu à sa vie en général, et pas seulement à ses fonctions au combat. En tant que tel, le vote mental de Loki était unanime. N’ayant personne pour exprimer une opinion différente, le projet de loi pour vivre ensemble avait été immédiatement adopté.

« Mais… cela ne sera-t-il pas gênant à bien des égards ? » demanda Alice d’une manière détournée, après avoir jeté un coup d’œil à Alus pendant un moment.

« C’est courant dans l’armée. Cela ne sera en rien inconvenant pour Sire Alus, » déclara Loki.

Après avoir compris les sentiments cachés dans les mots de Loki, Tesfia et Alice rougirent.

« Absolument pas ! » Tesfia s’était rétractée avec une objection.

Mais Loki n’avait montré aucun signe de recul. « Ça n’a rien à voir avec vous. C’est une affaire entre Sire Alus et moi, donc vous pouvez rentrer chez vous. »

« … !! »

« Mais… »

Ni Tesfia ni Alice ne pouvaient répondre à cette affirmation claire.

Et Loki continua d’attaquer. « Dans ce cas, pourquoi ne vivrez-vous pas aussi avec Sire Alus ? Comme je l’ai dit, cela arrive souvent dans l’armée. » Elle le pensait en tant que sarcasme, mais étant sans expression, il était difficile de dire si elle était sérieuse ou si elle plaisantait. C’est en partie à cause de cela qu’il y avait eu un malentendu inattendu.

« Vous… ne me dites pas que vous avez déjà… » dit Tesfia.

« … ! »

Les deux filles avaient tourné leurs yeux vers Alus. Et elles avaient pris du recul.

Alus ne se souciait pas vraiment de la façon dont elles le voyaient, mais franchement, c’était affligeant. Il était arrivé à la conclusion qu’elles ne feraient que lui faire perdre du temps à ce rythme. Pour l’instant… « Bref, vous deux, rentrez chez vous. De toute façon, je vais emmener Loki chez la directrice. »

Les deux filles n’étaient toujours pas satisfaites, et elles s’étaient disputées un peu plus longtemps. Mais en fin de compte, Alus et sa mention de la directrice s’étaient avérés efficaces, car elles étaient rentrées chez elles à contrecœur.

« Pervers… ! »

Il n’était pas clair si Alus avait entendu les grognements méprisants de Tesfia. Mais elle avait eu de la chance que Loki ne l’ait pas fait, car si elle l’avait fait, elle aurait presque certainement foutu une claque à Tesfia.

Et même si elle n’allait pas si loin, elle ne laisserait jamais une insulte contre Alus passer inaperçue.

☆☆☆

Partie 3

Alus avait été vaincu par la fatigue mentale, ayant finalement réussi à renvoyer Tesfia et Alice chez elles.

Pendant ce temps, Loki pompait son petit poing. Son expression n’avait pas changé, mais ses joues étaient rouges et elle semblait se vanter de sa victoire sur ses rivales. Mais seule Loki connaissait la vérité.

Après ça, Alus devrait l’emmener dans le bureau de la directrice. Il se leva de sa chaise et quitta le laboratoire avec des pas lourds, suivis de Loki.

La lune ronde brillait en tant que seul point de lumière monotone. C’était la seule source de lumière dans le ciel nocturne.

En descendant un sentier, Alus regarda le ciel avec les yeux vides. C’était parce qu’il regardait une fausse lune. La barrière séparant le monde extérieur de l’intérieur ne laissait rien passer. C’est pourquoi cette vue n’était qu’une projection supplémentaire. En même temps, cela avait été reproduit à un point tel qu’il soit presque impossible de le distinguer de la réalité. Mais quand même, Alus pensait que c’était mal… que c’était faux.

C’est dans ces moments-là qu’il était nostalgique de la réalité des champs de bataille dans le monde extérieur. Cette hauteur de la lune, cette illusion précieuse, qu’il n’atteignait pas encore aujourd’hui en tant que numéro un, existait certainement à l’extérieur.

Derrière les pas rythmés qui marchaient sur le trottoir, il y avait un autre ensemble de pas plus doux.

Soudain, Alus sentit l’odeur légère et douce des fleurs.

Bien qu’il ait emprunté ce chemin plusieurs fois auparavant, c’était la première fois qu’il l’enregistrait dans son esprit. Tout en se demandant s’il l’avait déjà senti auparavant, il s’était plongé dans l’arôme.

Alus et Loki s’étaient dirigés vers le bâtiment principal sans échanger un seul mot. Ce n’était pas comme s’ils se taisaient parce qu’ils n’avaient rien à se dire.

C’était juste que Loki avait été captivée par le regard ardent d’Alus sur le ciel.

Un sourire béat était apparu sur son visage.

* * *

Comme à son habitude, Cisty attendait dans le bureau de la directrice, bien préparée.

Sur son bureau se trouvait une carte détaillée de l’endroit où la leçon parascolaire devait avoir lieu. À côté, il y avait une liste d’étudiants de haut rang. Elle n’allait pas tout laisser aux autres, mais une préparation minutieuse aurait l’effet contraire.

Et même si elle ne comptait pas entièrement sur lui, Alus pouvait dire que peut-être soixante-dix pour cent du travail reposait sur sa participation. C’était quelque chose à propos duquel tout le monde se fâcherait, mais qui leur permettait de se rendre rapidement à leur propre travail, alors Alus ne s’était pas plaint. « Je vais aussi demander à Loki de travailler là-dessus. »

Cisty hocha la tête en signe de satisfaction.

C’est pourquoi il avait amené Loki. Avec elle, les numéros 1 et 2 de l’Institut appuieraient les étudiants.

Alus avait fait le plan approximatif dans sa chambre. Mais comme il s’agissait d’un cours magistral, l’approbation d’en haut était nécessaire pour mettre tout changement en action. Bien que des dispositions détaillées puissent être prises ultérieurement, des contre-mesures générales devaient être prises d’urgence.

« Commençons par faire de cet endroit notre quartier général, » dit Alus, en montrant un endroit sur la carte. « Loki y restera et détectera continuellement les mamonos. En plus des cadres supérieurs, nous aurons du personnel supplémentaire au quartier général que Loki pourra diriger en renfort, si nécessaire. » Avoir quelqu’un qui excellait dans la détection comme Loki était une aubaine pour ce plan.

Loki se tenait à côté d’Alus, l’écoutant.

Ensuite, Cisty se tourna vers Alus, comme pour dire. « Et vous ? »

« Je vais réduire le nombre de mamonos. Comme je ne peux pas différencier des classes comme Loki, je vais commencer par détruire toutes les classes B et C qu’elle détecte. Je suis sûr que les élèves seront capables de gérer les Rangs D et les Rangs inférieurs. »

La directrice lui avait jeté un regard un peu timide et incertain.

Mais Alus ne pouvait pas les protéger tant que ça, alors ils n’avaient qu’à bien se préparer. Normalement, il n’était pas raisonnable d’imposer ce genre d’entraînement au combat aux étudiants de première année.

Alus avait une chose ou deux qu’il aurait aimé pouvoir dire sur le fait d’avoir à couvrir ce plan imprudent, mais comme c’était l’armée qui faisait passer sa volonté sur les autres, rien ne serait venu de se plaindre à la directrice. Dans un sens, ils étaient tous les deux victimes.

« Alors, tu ne vas rien faire, Cisty ? » déclara Alus en représailles. Si la directrice pouvait se déplacer, le plan serait plus facile à mettre en œuvre.

« Je dois rester au bâtiment principal en cas d’urgence. J’ai l’intention de confirmer la situation générale à partir de là, » déclara Cisty.

Il fallait s’y attendre. Comme la directrice supervisait l’exercice, elle ne pouvait pas errer dans le monde extérieur, sinon elle risquait de ne pas être en mesure de réagir en cas d’imprévus. De plus, il n’y avait aucune garantie que Cisty aurait besoin de contacter la direction des hauts gradés.

Alus avait pris la liste des individus de la classe supérieure. Cela semblait contenir des informations détaillées sur le personnel. Lorsqu’il avait lancé à Cisty un regard « Es-tu d’accord avec ça ? », elle l’avait facilement confirmé avec un air confiant, mais sans fondement. « Je suis sûre que vous ne direz rien. »

C’était une situation de concessions mutuelles. Il n’y avait aucun moyen d’évaluer les renseignements personnels des étudiants par rapport à la méthode top secrète qu’Alus avait utilisée pour sauver Loki. Ce n’était pas un commerce équitable, mais Alus avait simplement regardé la liste pour le moment.

En tête de liste, bien sûr, se trouvait Felinella Socalent, étudiante de deuxième année. Non seulement elle était la seule étudiante à trois chiffres du Second Institut de Magie, mais elle avait aussi une expérience du combat en direct. C’était probablement parce que son père, le Seigneur Vizaist, était général. Si elle avait de l’expérience au combat, son classement avait du sens.

« Donc, le plus haut qu’elle ait subjugué, c’est les mamonos de classe B, hein, » dit Alus.

« Oh, donc vous parlez de Mademoiselle Felinella. Qu’allez-vous lui demander de faire ? » demanda Cisty.

À ce niveau, Alus pourrait au moins l’utiliser. « Elle supervisera une équipe comme les autres. Tout ira bien tant que les renforts seront capables de le faire. Mais je veux des chiffres. Afin d’aider à diminuer la pression sur Loki, je préférerais avoir beaucoup de renforts disponibles. »

Il n’y avait pas encore eu d’objection. Loki semblait aussi avoir une bonne compréhension de son propre rôle.

« Ce sera un fardeau pour toi, Loki, mais je vais quand même te laisser le faire, » déclara Alus.

Loki ne pouvait pas refuser. Au lieu de cela, elle avait dit. « Ne dois-je pas aller aider à subjuguer les mamonos ? »

« Ce ne sera pas nécessaire. Tu dois juste te concentrer sur les instructions. Après tout, quelqu’un de gourmand veut aussi que les étudiants acquièrent de l’expérience, » répliqua Alus.

Si Alus et Loki s’y mettaient, il y avait une chance qu’ils subjuguent trop de mamono. Alus, tout seul, devrait faire des ajustements à la volée, de sorte que le problème ne ferait qu’empirer avec les deux soldats au combat. Loki aurait moins de temps pour briller, mais son expression restait inchangée, car elle acquiesçait de la tête.

« Je te laisse le choix des superviseurs, Cisty, » déclara Alus.

Cisty avait répondu. « Puisque nous avons les résultats de l’examen, je vais donner aux équipes les plus faibles les superviseurs les plus forts. »

Alus avait voulu que sa remarque soit sarcastique, lui disant au moins de le faire, mais il semblait qu’elle y avait déjà pensé. C’était un peu décevant… mais avec cela, les parties du plan qui devaient être résolues rapidement avaient plus ou moins été réglées. « Alors c’est décidé. S’il n’y a rien d’autre, j’aimerais partir. Est-ce que c’est d’accord ? »

« Ça ne me dérange pas, » répondit Cisty.

« Compris, madame, » déclara Alus.

Cisty sourit ironiquement à la réponse condescendante et cynique d’Alus.

Mais ce n’était pas la fin. Il allait aussi demander à la directrice de faire sa part du travail. Au minimum, elle devrait rapporter les modifications au plan à la haute direction.

« Alors c’est ici que nous prenons congé. » Il restait encore beaucoup de petits détails indécis, mais ils avaient réussi à réviser une bonne partie du plan.

« Bon travail aujourd’hui, » déclara la directrice.

Loki répondit poliment aux paroles de la directrice, tandis qu’Alus lui fit un signe négligé de la main. Il avait tant fait, donc son attitude devrait être négligée.

La directrice soupira d’un air exaspéré, mais cela ne le concernait pas.

Alors qu’Alus bougeait, Loki lui ouvrit respectueusement la porte. Il ne pensait pas que c’était ainsi qu’il devait être traité, mais comme il ne voulait pas que ses bonnes intentions soient gaspillées, il s’en alla maladroitement. Il entendit un rire de Cisty derrière lui, mais n’eut d’autre choix que de l’ignorer.

Mais au moment où il franchit le seuil, il se retourna et déclara. « Ah oui, c’est vrai. Prépare-moi un simple uniforme de combat pour que mon identité ne soit pas révélée. » Cette suggestion quelque peu problématique était sa tentative de vengeance.

« Oui, oui, oui. » Mais la réaction immédiate de Cisty l’avait facilement empêché de se venger.

*

Sur le chemin du retour, Loki fixa les cheveux noirs, se déplaçant légèrement dans le vent, devant elle.

Ces cheveux noirs qui se fondaient dans la nuit n’avaient pas changé depuis ce jour-là. Cela la rendait heureuse, et elle trouvait même leur silence commun attachant. Mais contrairement à leur marche vers le bureau de la directrice, le silence sur le chemin du retour n’avait pas duré longtemps.

« Loki, où vas-tu passer la nuit ? » demanda Alus.

« Euh… ! »

Elle avait été surprise. Non pas parce que le silence avait soudainement été rompu, mais parce qu’elle avait supposé qu’elle et Alus étaient sur la même longueur d’onde à ce sujet. « Ne puis-je pas rester dans votre chambre, Sire Alus ? » Tout comme Alus ne voyait pas le visage de Loki derrière lui, et elle ne voyait pas le sien. Ils n’étaient reliés que par leurs voix.

Cela dit, Alus n’était pas assez idiot pour rater le timide désir de Loki. « Et pourrais-tu faire quelque chose pour ce “Sire” ? » Il n’était pas du genre à se soucier des titres, mais si elle devait être à l’Institut en tant qu’étudiante, cela attirerait inutilement l’attention. Tout le monde ne comprendrait pas non plus leur relation. Cela lui ferait gagner l’animosité non désirée de ceux qui les entouraient.

« Je ne peux pas reculer là-dessus, » déclara fermement Loki, comme si elle était devenue une personne complètement différente.

Il ne pouvait pas voir son expression, mais pouvait sentir sa volonté inébranlable. Sentant qu’il lui faudrait du temps pour la convaincre, Alus haussa les épaules alors qu’il continuait à marcher.

☆☆☆

Partie 4

Cependant, à leur retour au laboratoire, un signal d’appel avait retenti sur le canal privé, mettant fin au silence entre eux.

« Sire Alus, je vais répondre, » déclara Loki.

« Non, ce sera plus rapide si je le fais, » déclara Alus.

Si la sonnerie avait été plus joyeuse, l’atmosphère n’aurait pas été aussi pessimiste. En y repensant… probablement pas. Pour commencer, il y avait très peu de gens qui pouvaient appeler le laboratoire.

Et il était inévitable que la tristesse prenne le dessus sur l’expression de Loki. « Alors je vais préparer le dîner…, » dit-elle, essayant d’être aussi utile que possible.

C’était louable, mais c’était une histoire différente si cela avait un impact sur la décision d’Alus de la garder auprès de lui. Cela faisait longtemps qu’Alus n’avait pas eu un dîner digne de ce nom. Cela dit, les talents culinaires de Loki étaient un mystère.

Cependant, il n’y avait pas beaucoup d’ingrédients pour cuisiner. Alors qu’Alus hésitait à le dire à Loki, elle déclara. « Laissez-moi faire, » avec une expression inchangée.

Comme s’il essayait d’échapper à cette situation de glaçage du sang, Alus avait tenu le cristal liquide virtuel devant lui, mais cela n’avait pas montré le visage de l’autre partie. Il s’agissait d’une chaîne privée, donc confidentielle.

« Quelque chose ne va pas, Gov… » 

Alus avait avalé les mots qu’il allait dire. Puisqu’il s’agissait d’un appel direct d’une figure militaire clé, le gouverneur général Berwick, il était tout naturel qu’Alus soit prudent. Dernièrement, ses mauvaises prémonitions s’étaient souvent réalisées. Et avoir Loki à ses côtés rendrait plus difficile la confidentialité des informations.

Il n’était pas inquiet pour de petites choses comme ça, mais cela ne faisait même pas un jour depuis l’arrivée de Loki. Et il avait l’impression de sauter plusieurs étapes dans la procédure de partage de l’information.

Il avait mis l’interphone dans son oreille. « Alors ? M’as-tu appelé pour un rapport de mise à jour ? »

« Si seulement c’était le cas, je pourrais dormir tranquille. » Le ton du gouverneur général semblait s’excuser. Mais il n’avait pu laisser Alus à l’écart à cause d’affaires comme celle-ci.

Alus avait une idée générale de ce qui se passait, et il était allé droit au but. « Est-ce à l’intérieur ou à l’extérieur ? »

« Dehors. Je suis désolé que cela ait dû arriver au moment où vous vous habituiez à l’Institut, » déclara le gouverneur.

« Est-ce censé être du sarcasme ? » demanda Alus.

« Ce n’est pas le cas. Mais d’après ce que j’ai entendu, ça a été une bonne expérience pour vous, » déclara le gouverneur.

« Tu sais, rien ne va comme je le voudrais, » déclara Alus.

Après un rire étouffé, Alus entendit Berwick dire chaleureusement. « Je vois… Alors, vous vous amusez bien. » Il avait ensuite poursuivi sur un ton professionnel, car la situation ne lui permettait pas d’être plus décontracté. « Alus, je vous ai envoyé les coordonnées. Quant à votre équipe — . »

« Je n’en ai pas besoin, » déclara Alus.

« C’est vrai. De toute façon, je n’ai pas d’escouade disponible qui pourrait s’en occuper correctement. Nous n’aurions jamais pensé qu’il pourrait envahir aussi rapidement, » déclara le gouverneur.

Il était tard le soir. Et vu les caractéristiques générales des mamonos, avoir Alus seul était le meilleur choix. En fait, Alus n’avait jamais eu d’escouade pour l’accompagner. Mais c’était en partie dû à son refus d’en avoir un.

« Je suppose que tu peux y aller doucement, gouverneur général, » déclara Alus.

« Vous n’avez pas besoin de le dire comme ça, » répondit le gouverneur. « Ce n’est pas non plus un choix que j’aime faire. Si possible, j’aimerais ne pas compter sur vous tout le temps. Votre cible est en Rang A. Nos détecteurs l’ont localisé. C’est trop loin pour qu’on puisse détecter s’il y a de plus faibles créatures avec lui. »

« Compris. Je dois me lever tôt demain, alors je vais faire vite, » déclara Alus.

« Nous comptons sur vous. Fin de la communication, » déclara le gouverneur.

Alus avait expiré. Peut-être parce qu’il avait été trop détendu dernièrement, il avait ressenti le besoin de vider son esprit pendant un moment.

Il s’était alors rapidement mis au travail de préparation. Il n’avait pas besoin de beaucoup d’équipement, mais au moins il devait partir avant que quelqu’un ne commence à l’interroger.

« Sire Alus ? » Loki avait vers lui avec un visage qui disait qu’elle s’y attendait. En tant que partenaire, elle accompagnait normalement Alus chaque fois qu’il était convoqué par l’armée, mais… un simple « Nous sortons un moment » aurait été suffisant pour elle. Surtout quand elle avait vu l’imposant AAR suspendu à sa taille.

Elle s’essuya les mains et éteignit la cuisinière. « Je vais me préparer tout de suite. »

Alus l’arrêta alors qu’elle passait, plaçant une main légère sur son front. « Attends. Tu n’es pas encore officiellement ma partenaire. Cela n’entrera en vigueur qu’une fois que tu l’auras inscrit auprès de l’armée. En plus, il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas l’un sur l’autre. Donc ça va prendre plus de temps si on y va tous les deux. En plus de ça, tu viens juste de te remettre du duel. Tu sais que rien de bon ne viendra de te forcer. »

« … »

Il avait raison, mais Loki ne pouvait s’empêcher de déplorer son impuissance, même si Alus ne s’inquiétait que pour elle. Alus était assez doué pour détecter qu’il n’avait jamais eu besoin d’un partenaire. Elle ne pouvait donc pas s’empêcher d’avoir une prise de conscience brutale, comme quoi elle n’était pas nécessaire.

Ayant vu ses compétences de près, Alus savait qu’elle était assez bonne. Mais le monde extérieur était un endroit terrifiant, et un manque général de préparation pouvait être fatal. « Ça te dérange si j’y vais seul aujourd’hui ? » Et surtout, il ne voulait pas l’amener. « Je reviendrai bientôt. Ensuite, nous pourrons discuter de la façon dont nous allons gérer cela à l’avenir… et de mon titre, aussi. »

« Je comprends. Alors, quand allez-vous… ? » Loki s’était arrêtée toute seule. Un magicien dans le monde extérieur ne pouvait pas faire d’estimations.

Cependant, Alus lui tapota doucement la tête. « Je serai de retour avant que le dîner ne refroidisse. » Après ça, il avait quitté le laboratoire.

Loki s’inclina respectueusement devant son partenaire qui quittait déjà sa retraite.

*

C’était peut-être juste pour la rassurer, mais ça faisait longtemps qu’Alus n’avait pas fixé de date limite pour une mission. C’était un sentiment rafraîchissant d’avoir un endroit où retourner, aussi nouveau et indéfini soit-il.

Comme le fait d’être découvert par les professeurs serait une douleur, Alus avait arrêté de descendre les escaliers. Il était passé par une fenêtre de la véranda et avait utilisé la rampe pour sauter jusqu’au toit.

Il y avait encore des lumières allumées dans les installations de l’Institut qu’il pouvait voir. Et le vent qui soufflait près de son cou l’avait revigoré.

L’air se déplaçait à travers les interstices de ses vêtements et faisait bouger ses cheveux, ce qui l’aidait à changer de rythme. Le léger courant ascendant avait refroidi son esprit et son corps, emportant avec lui ses sentiments lugubres.

***

Une scène rare se déroulait ce soir, alors que Tesfia s’asseyait sur son lit et réfléchissait sur les mots irréfléchis qu’elle avait lancés à Al.

Elle en serait venue à regretter de les avoir dites. Pourquoi disait-elle toujours ce qui lui venait à l’esprit en fonction de ses émotions ? Elle ne s’en était jamais préoccupée avant. Mais maintenant, elle commençait à douter d’elle-même.

On ne pouvait l’écarter comme une mauvaise habitude, et en y repensant, elle avait commencé à se haïr pour ces mots désinvoltes qui n’étaient pas dignes de la noblesse.

« Mais… c’est toujours un pervers, » déclara Tesfia.

Cependant, même le dire à voix haute n’avait pas atténué cette étrange sensation dans sa poitrine. Elle avait utilisé ce mot en réaction à l’idée qu’Alus et Loki vivent ensemble. Ce n’était pas quelque chose qu’elle ne pouvait ignorer, et en ce sens, elle ne pensait pas avoir dit quoi que ce soit d’inapproprié.

Cependant, en tant que noble dame, l’utilisation de ce mot ne serait-elle pas discourtoise ?

Après avoir réfléchi un moment, elle secoua la tête, comme pour dire que ce n’était pas son genre.

Tesfia se leva, se murmura à elle-même qu’elle devait s’excuser d’avoir laissé ses émotions prendre le dessus sur elle et d’avoir insulté Alus. Ce genre de choses devraient être traitées le même jour. Sa mère, ou une autre personne sage, avait dit un jour que le fait de régler ce qui s’était passé le même jour était le secret pour empêcher toute mauvaise volonté de rester demain.

Elle était de la noblesse, et donc, déterminée à être à la hauteur de ces mots.

Tesfia avait obtenu la permission de Felinella, la surveillante du dortoir, de quitter le dortoir.

*

Mais vu l’heure — il n’y avait personne qui marchait sur le terrain à cette heure.

Tesfia marchait vite. Elle voulait régler ça le plus vite possible et retourner au dortoir. Le bruit du bruissement des feuilles l’avait rendue anxieuse, et même les lampadaires ne l’avaient pas beaucoup aidée à dissiper ça.

« J’aurais dû laisser ça à demain. » Elle se sentit découragée, puis secoua de force la tête pour dissiper ce sentiment. Elle s’était recroquevillée intérieurement face à cette pensée, mais dans le pire des cas, elle pourrait lui demander de l’escorter jusqu’à son dortoir.

Ce serait une demande raisonnable, mais un peu éhontée de la part de quelqu’un qui viendrait s’excuser.

Pas encore une fois ! Il y a cette mauvaise habitude… d’ailleurs…

Mais Tesfia était toujours inquiète. Elle ne pouvait pas laisser passer Loki dans la chambre d’Alus. Cela allait à l’encontre de la norme éthique de l’Institut.

En fin de compte, elle n’avait pas réalisé à ce moment-là qu’il était erroné d’utiliser cela comme excuse pour ses actions. Et normalement, Tesfia se serait corrigée sur le champ. Sinon, elle se serait contentée de s’excuser la prochaine fois qu’ils se seront rencontrés.

Bref, il n’était pas si urgent qu’elle doive demander la permission de quitter le dortoir. En fin de compte, ce n’était pas seulement pour cette raison qu’elle avait voulu y aller. Cependant, elle était tellement occupée à se trouver des excuses qu’elle ne savait pas que c’était le cas.

« — Ah !? » Soudain, un coup de vent s’était levé et Tesfia avait tenu ses cheveux pendant qu’elle détournait son visage. « — ! ! »

L’instant d’après, elle jeta un coup d’œil dans le ciel nocturne et aperçut une ombre sous le clair de lune.

Tandis que Tesfia plissant ses yeux en regardant de plus près, elle bloqua son souffle.

Il y avait quelqu’un sur le toit à cette heure alors que personne d’autre n’était dehors. Une silhouette qui se fondait dans l’obscurité se tenait au bord du toit, regardant au loin.

Non, elle ne pouvait pas dire si cette silhouette sombre regardait quelque part. Mais on aurait dit qu’il pourrait sauter du toit à tout moment.

« Qui est là ? » Si c’était un intrus, la bonne réponse aurait été de crier à l’aide, ou de préparer son AAR si elle l’avait avec elle. Mais Tesfia avait choisi une action plus simple. Elle avait juste demandé.

Elle avait peut-être été secouée… mais c’était plus probable parce que cette silhouette et cette atmosphère lui rappelaient quelqu’un.

« Al... »

C’était sa réponse quant à son identité. Et une fois qu’elle l’avait dit à haute voix, ses doutes avaient commencé à se transformer en conviction. Croyant que c’était lui, elle était sur le point de demander. « Que fais-tu là-haut ? »

Mais à cet instant, il baissa les yeux et leurs yeux se rencontrèrent.

Bien qu’il ait pu être une ombre, son regard était sans émotion.

L’esprit de Tesfia s’était figé comme si elle était dévisagée. Les mots qu’elle voulait dire avaient disparu.

Il n’y avait aucun doute que c’était Alus. Pourtant, son instinct lui disait qu’il était différent de la normale. Il y avait une distance écrasante et absolue qui l’empêchait de l’appeler facilement.

« … » Alus, en la regardant de haut, n’avait pas dit un seul mot.

Il plissa son regard envoyé à travers les ténèbres. Pas parce qu’il essayait d’identifier Tesfia. Au lieu de cela, c’était comme si ses yeux disaient qu’elle ne l’intéressait pas.

Tesfia fixa le toit, incapable de détourner le regard même si elle le voulait.

 

 

Puis une autre rafale l’avait ramenée à la raison. Ses cheveux flottaient dans le vent, bloquant sa vue, et elle se dépêchait de repousser ses cheveux.

Mais quand elle regarda de nouveau le toit, l’ombre avait déjà disparu.

« Al... mais… »

Le visage qu’il avait montré à l’Institut n’était pas tout ce qu’il y avait chez lui. Elle pensait le savoir. Pourtant, elle s’était soudain trouvée mortifiée par sa propre pensée naïve.

Loki le savait. En un sens, être un magicien, c’était comme vivre dans la vraie réalité.

Tesfia n’arrivait pas à exprimer ce que son regard disait. Mais elle pouvait dire que, comme Loki l’avait dit au sujet des actions d’Alus, ces actions ne résultaient pas d’un simple aller direct. Ils n’étaient pas au niveau que l’on pourrait décrire avec des mots simples comme étonnant, extraordinaire ou excellent.

Non, l’ampleur des réalisations d’Alus n’était pas un si gros problème pour Tesfia. Un garçon de son âge qui lui faisait ce genre d’expression en disait long sur la dureté du monde qu’il avait vécue, ou peut-être que c’était la tristesse et le désespoir. Et elle n’avait aucune idée de la réalité qui avait créé cet écart entre eux.

« … » C’était si douloureux, déchirant et vexant qu’elle avait envie de pleurer. Son aversion pour son côté mesquin était plus grande que son désir de s’en prendre à elle-même.

Elle était gênée d’avoir été de si bonne humeur au sujet de son classement à quatre chiffres à l’Institut. Mais à la fin, cette honte n’apporterait aucune solution. Elle aurait besoin de réajuster sa perception du monde dans lequel elle s’apprêtait à s’engager comme si elle avait exagéré.

Elle regarda avec détermination le toit où Alus avait été. Puis la réaction s’était déclenchée. Ses jambes avaient commencé à trembler, la faisant tomber par terre.

☆☆☆

Partie 5

« Fia… d’après ce que j’ai vu, tu n’as pas pu le faire. Mais ce n’est pas grave. Je ne pense pas que ça dérange Al, et il n’est pas trop tard pour le faire demain, » déclara Alice.

Alice avait commencé à réconforter Tesfia quand elle était retournée au dortoir. La morosité sur son visage indiquait clairement qu’elle n’avait pas parlé à Alus. Mais plutôt que de lui demander carrément ce qui s’était passé, Alice avait décidé de laisser tomber jusqu’à demain.

« … Oui. Je le ferai demain, » déclara Tesfia. Son corps était encore raide et fatigué. C’était peut-être son atmosphère, mais pour Tesfia, Alus avait l’air de porter seul tout le fardeau du monde sur ses épaules. Ses yeux étaient abasourdis, en y pensant.

Alice s’exprima en regardant Tesfia dans un état de choc. « Fia, les habitudes que tu avais chez toi reviennent. Je ne suis pas ta bonne. » Elle souriait comme si elle se moquait de Tesfia.

« Ah ! » Pour s’inscrire à l’Institut, Tesfia devait s’occuper seule de sa vie quotidienne. Elle n’avait jamais coupé les coins depuis qu’elle s’était inscrite, et elle avait même appris à vivre une vie quotidienne commune à partir de zéro. Y compris changer ses vêtements quand c’était nécessaire.

C’était probablement une situation embarrassante, mais Tesfia avait simplement dit. « C’est vrai » et elle était entrée dans la chambre à coucher avec douceur.

Toujours en uniforme, elle s’était effondrée sur son lit. La réalité qu’on lui avait présentée dépassait sa capacité de traitement. Peu importe à quel point elle y pensait, elle n’avait pas l’impression d’arriver à une conclusion. Elle n’était pas fatiguée, mais elle ne voulait pas bouger et voulait qu’on la laisse seule.

Alice avait frappé à la porte ouverte, par considération pour elle. Les deux filles étaient colocataires, il y avait donc, bien sûr, deux lits dans la chambre. « Fia, si tu veux dormir, prends au moins une douche d’abord. Je ne suis pas sûre qu’essayer de demander pardon à Al avec une odeur fétide va marcher… et juste l’imaginer me fait me demander si une fissure se forme dans notre longue amitié. »

« C’est méchant ! C’est aller trop loin… notre amitié n’est pas si bon marché… n’est-ce pas ? » s’écria Tesfia.

« De nos jours, l’apparence fonctionne sur le même principe que l’amitié, tu sais. » Alice avait dit ce qu’elle pensait comme une enseignante, mais quand Tesfia avait jeté un coup d’œil, elle lui avait fait un sourire espiègle.

« Ce n’est pas ce que j’essaie de faire ! Je reste toujours propre, moi aussi. Tu me vois toujours après le bain, n’est-ce pas ? De toute façon, je sens toujours bon. Il a un effet curatif ! » Embarrassée d’avoir imaginé son apparence immodérée, Tesfia avait ramené de force le sujet sur la bonne voie.

« Et voilà que tu recommences avec cet idéal garçonnier… eh bien, ça marche pour moi, » déclara Alice.

« Hé, c’est injuste, » s’exclama Tesla.

« Allez, dépêche-toi. Senteur à part, tu en as besoin, non ? » demanda Alice.

« Argh… okaaaay. » Tesfia leva les bras de façon négligente en réponse, tandis qu’Alice la regardait avec stupéfaction.

La rencontre de ces deux-là remontait à des années en arrière. Chaque fois que Tesfia, qui normalement ne s’attardait jamais sur les choses, avait son cœur saisi comme ça, c’était habituellement Alice qui s’occupait de ça. Mais elle savait que Tesfia n’était pas obsédée comme ça, alors elle l’avait laissée tranquille.

Connaissant Tesfia, elle n’avait probablement pas dit à la surveillante du dortoir qu’elle était revenue, Alice avait donc décidé de la prévenir et de se faufiler hors de la pièce.

***

Tesfia se leva et sortit des vêtements de rechange de ses tiroirs. Peut-être parce qu’elle n’avait pas l’habitude de plier les vêtements, les vêtements étaient tous asymétriques.

Il n’y avait pas de baignoire dans leur salle de bain. Dans le dortoir, il était normal d’utiliser le bain public pour cela. Mais Tesfia n’avait pas l’énergie pour aller aussi loin.

Elle avait défait ses cheveux et déboutonné sa chemise. Mettant ses vêtements dans un panier, elle entra dans la douche et fixa d’un regard vide la vapeur qui montait dans la ventilation. Un jet d’eau tiède lui était tombé sur la tête alors qu’elle fermait ses lourdes paupières.

« Hahh… »

Tesfia était douloureusement consciente de la raison de son soupir. Ce n’était certainement pas parce qu’elle avait mené une vie négligente depuis son arrivée à l’Institut. Bien qu’elle ait pu être de la noblesse, elle n’avait pas le devoir de fréquenter l’Institut. En fait, bon nombre de familles préféraient les leçons à domicile.

Bien sûr, cela exigeait qu’il s’agisse de familles aisées avec suffisamment de richesses et de relations pour faire appel à des magiciens célèbres possédant le savoir-faire adéquat. Et la famille Fable était l’une de ces familles.

Malgré cela, elle avait choisi de fréquenter l’Institut avec Alice et avait réussi à convaincre sa mère. Ce faisant, elle avait dû renoncer à sa vie gâtée de noble et s’occuper de tout elle-même. Et elle ferait aussi plus d’efforts que la plupart des autres pour devenir magicien.

Son classement ne se refléterait pas seulement sur elle, mais aussi sur sa réputation. C’est pourquoi la noblesse était si attachée au rang.

Cependant — .

« C’était… Je… » Elle avait l’impression que ses efforts n’avaient fait que jouer.

Tesfia avait fait l’expérience qu’un magicien de haut rang était loin d’être ce qu’elle croyait qu’ils étaient. Tout le monde les admirait et polissait leur magie pour cela.

Mais…

Elle avait appuyé son bras contre le mur, en s’appuyant contre lui. Ni la sensation de l’eau qui coulait sur sa peau pâle ni le son de celle-ci ne pouvaient interrompre ses pensées.

« J’ai fait de mon mieux, j’ai fait plus d’efforts que n’importe qui d’autre… que suis-je censée faire de plus ? »

Les mots qu’elle marmonnait étaient probablement une réprimande et une excuse pour elle-même. Quand elle avait vu Alus, elle avait compris qu’il vivait dans la vraie réalité, et que son monde était un monde bercé et soigneusement protégé.

Elle avait tracé un doigt le long du mur, puis ses bras étaient devenus mous.

Elle ne savait plus ce qu’elle devait faire. Elle ne savait pas où elle allait.

Elle ne savait pas non plus ce qu’était vraiment un magicien.

J’ai continué à m’y efforcer, tout comme maman l’a dit…

Sentant que son existence n’était pas nécessaire, Tesfia avait tenu avec ses mains ses épaules tremblantes dans la mince vapeur.

 

 

*

Ayant fini sa douche plus vite que d’habitude, Tesfia était sortie de la salle de bain dans un déshabillé de couleur pastel. Malgré sa douche, elle avait toujours un regard sombre présent sur son visage, et la serviette de bain lui avait glissé de la main.

Alice était retournée dans sa chambre et, avec son sourire espiègle, elle avait utilisé la serviette de bain pour sécher les cheveux de Tesfia.

« Merci, Alice, » déclara Tesfia.

« Ça ne fait pas mal, n’est-ce pas, ma dame ? » demanda Alice.

« Oh, ne sois pas si méchante, » déclara Tesfia.

« Alors, ne me fais pas m’inquiéter. Tu n’es que toi-même, Fia, » dit calmement Alice avec un sourire teinté d’insolence qui fit taire Tesfia. Mais ça ne lui allait toujours pas.

« Te moques-tu de moi ? » demanda Tesfia.

« Oh, je n’oserais pas. Je ne sais pas ce que tu as en tête, mais je suis sûre que ça ira. Je suis là aussi, tu sais. » Alors qu’Alice lui disait ça, elle avait serré Tesfia dans ses bras par-derrière, sans se soucier des cheveux mouillés.

« Allez, tu vas te mouiller. » Mais Tesfia avait l’impression d’avoir perdu un poids sur ses épaules. Son hésitation l’avait quittée et elle avait soupiré.

Elle et Alice n’étaient probablement pas encore sur la ligne de départ. Ce qui voulait dire que ce serait à elles de décider si leur dur labeur avait de la valeur. Tesfia aurait dû se sentir un peu trop coincée si elle n’avait même pas pu arriver à une conclusion aussi simple. Elle avait remercié Alice dans son esprit.

Mais même alors, elle n’avait pas dit à Alice ce qu’elle avait vu et ressenti.

Ce n’était pas seulement parce qu’Alice ne lui en avait pas parlé, mais la journée s’était terminée sans que Tesfia s’en rende compte.

☆☆☆

Partie 6

Les pensées d’Alus étaient restées les mêmes alors qu’il parcourait rapidement le monde extérieur.

Ses émotions lugubres et froides ne laissaient aucune place à l’excès de sentiments en lui. Son cerveau s’était concentré uniquement sur l’élimination des éléments étrangers.

Dans ces moments-là, il ne sentait même pas la brise rafraîchissante. Seules les parties tendues et inquiétantes de l’atmosphère qui l’entourait pouvaient l’atteindre.

« Donc c’est par ici. »

Le bosquet était bruyant. Ce n’était pas dû au vent, mais plutôt au bruissement étrange des feuilles, comme si le sol tremblait. Les feuilles bougeaient comme si quelque chose cherchait un moyen d’envahir la zone.

Au fur et à mesure que les sons lourds se rapprochaient, Alus pouvait entendre quelque chose de vraiment étrange.

Ce n’était pas, comme prévu, le bruit d’une créature massive qui traversait le sol. C’était comme si quelque chose utilisait les troncs d’arbre pour bouger. Au lieu de voir les arbres s’effondrer, les grands arbres se balançaient anormalement sur les côtés.

Il arrive.

« Désolé, mais il y a un barrage sur ton chemin. » Les bords des lèvres d’Alus se plissèrent.

Au même moment, un mana écrasant éclata comme une onde de choc et se déplaça dans ses cheveux. Il avait déplacé son AAR de type épée courte vers l’arrière, le mana s’y écoulant à un rythme effrayant.

Comme s’il coupait les ténèbres, un faisceau de lumière s’écoula dans l’AAR, et Alus leva la main libre dans les airs. C’était le genre de pose qu’un commandant prenait après avoir donné l’ordre de charger.

« Falaise Gravitationnelle »

Le mamono fit un bruit bizarre à mesure qu’il se rapprochait.

Mais quand Alus avait penché vers le bas son bras, le sol avait tremblé comme si les pieds d’un géant l’avaient piétiné, et un mur incolore avait déformé la vue du ciel. Se rapprochant du sol, le mur descendait impitoyablement.

Les arbres sur le chemin n’avaient même pas servi à le ralentir, car ils avaient été détruits dès que le mur avait touché la cime des arbres. Des fissures s’étaient formées le long des troncs d’arbres, car ils étaient facilement écrasés sous la pression, et une grande surface avait été aplatie avec le mamono.

Un grondement tonitruant, inadapté au silence du monde extérieur, retentit.

Alus fixa sans expression la dépression circulaire qui avait été créée. Des morceaux de bois étaient sortis du sol où ils avaient été enfoncés de force.

C’était une puissance effrayante qui pouvait interférer directement avec l’espace, utilisable uniquement par Alus. Peu de gens étaient au courant de son existence même.

Dans le passé, il avait écrasé un mamono de très haut rang avec une application pratique de la Falaise Gravitationnelle. Cela avait fonctionné en ayant une paire de murs progressivement de plus en plus étroits dans leur position l’un par rapport à l’autre. Il ne s’agissait pas d’interférer avec l’espace, mais plutôt de commander l’espace.

Même maintenant, alors que l’apparence du monde extérieur avait été impitoyablement et cruellement changée, rien n’était différent dans l’esprit d’Alus. Il avait simplement regardé droit devant lui.

L’instant d’après, un énorme objet s’était envolé dans le ciel, projetant de la terre pendant tout ce temps. Le truc noir était tombé devant Alus. C’était lourd comme un rocher.

Les quatre jambes soutenant son corps s’enfonçaient dans le sol chaque fois qu’il faisait un pas ferme. Ses jambes tendues de son corps grotesque et gigantesque ressemblaient aux pattes d’araignée. Au bout de chaque jambe se trouvaient cinq gros doigts qui ressemblaient à des doigts humains. Le torse avait la forme d’une ellipse déformée.

Ce qui avait fait plisser les sourcils d’Alus, c’était le visage qui sortait de son estomac.

Le visage frétillant l’avait repéré. Il s’était progressivement projeté à l’extérieur du corps, sortant de l’estomac. Cela faisait facilement trois fois la taille d’une tête humaine. Il avait rampé jusqu’à la taille du torse allongé et s’était ensuite arrêté.

Le corps noir et lustré s’était raffermi. La tête s’ouvrit et d’innombrables yeux s’ouvrirent de l’intérieur. Des lèvres bizarres battant vers la gauche et la droite dont l’ouverture formait la bouche au centre. Et un bruit continu comme des ondes ultrasonores s’en échappait.

« Je vois que tu viens de transformer ton corps, » dit Alus, comme si cela ne le concernait pas, mais c’était une rencontre rare.

Les mamonos absorbaient le mana, et une fois qu’ils dépassaient une valeur fixe, ils utilisaient le mana à l’intérieur pour refaire leur corps. En d’autres termes, ils étaient montés en Rang, mais l’ampleur et le degré du changement dépendaient des informations présentes dans le mana absorbé.

Le raidissement du corps était une caractéristique de la transformation. Les mamonos étaient comme la forme ultime de la vie.

Les informations des militaires étaient qu’il s’agissait d’une classe A, mais c’était probablement dû à l’observation des résultats de sa libération de mana. Ayant trouvé Alus, la proie parfaite sous la forme d’un mana de haute pureté, le corps du mamono fut immédiatement achevé. C’était probablement un Rang B il y a quelque temps. C’est pourquoi il avait été découvert si tard.

Alus s’était dit qu’ils auraient été bien avec quelqu’un d’autre plutôt qu’avec lui. Mais il se souvint ensuite que des magiciens de haut rang avaient récemment été positionnés dans le monde extérieur, plutôt que sur les lignes défensives.

S’il s’agissait d’un Rang A, comme l’avaient estimé les militaires, il faudrait alors une équipe à magiciens à deux chiffres. Mais même dans un tel cas, il était difficile de dire que ce serait suffisant. Alors il pouvait comprendre pourquoi on l’avait appelé pour ça.

Dans tous les cas, Alus imaginait que puisqu’il venait tout juste de quitter l’armée pour entrer à l’Institut, la formation d’une équipe d’intervention d’urgence n’avait pas été complétée. S’il était honnête, il préférerait qu’ils puissent au moins s’occuper de quelque chose comme ça tout seuls, mais il savait que ce n’était pas si simple.

Un mamono de classe A n’était pas une menace qui pouvait être éliminée sans sacrifice.

Maudissant sa malchance, Alus fixa sa cible. Voyant de quelle espèce il s’agissait, il fut déçu, pensant que ce mamono ne pourrait pas non plus le satisfaire. Sa forme ressemblait à celle d’une espèce appelée ogre à pattes multiples, mais il n’avait ni la forme ni l’aspect fini.

C’était une autre caractéristique des mamonos. Celui-ci avait encore la base à partir de laquelle il avait été formé, et c’était un phénomène courant que d’ajouter des parties de corps lorsque la créature se transformait.

Mais ça n’avait pas d’importance pour Alus. Au bout du compte, il n’avait fait qu’imaginer la stratégie la plus efficace et la mettre en pratique.

Les mamonos les plus faibles qui n’avaient pas été tués par la première attaque étaient sortis de terre en rampant. À première vue, il en restait une trentaine.

La Falaise Gravitationnelle n’était qu’un sort de compression, et comme le sol était relativement meubles, les mamonos et leurs carapaces extérieures dures n’avaient été pressés que dans la terre. Cependant, cela suffisait pour écraser les mamonos de la classe inférieure avec leurs noyaux.

« C’est vrai. Alors, finissons-en, » déclara Alus.

Dès qu’il avait dit cela, Alus avait apparemment disparu d’où il se tenait.

La multitude d’yeux de l’ogre à pattes multiples pouvait le voir, mais il avait quelques millisecondes en retard.

Et plusieurs mamonos s’étaient effondrés en cendres après le passage d’Alus. Leurs corps grinçaient et se tordaient lorsqu’on les tuait l’un après l’autre. L’abattage, l’atrocité et le piétinement étaient tous des descriptions pertinentes, mais elles étaient légèrement erronées. Même les alliés d’Alus pourraient reculer de peur s’ils voyaient cette scène.

Ils avaient été exterminés comme si c’était un jeu d’enfant.

Il était inévitable que cette scène ait l’air horrible, comme un humain écrasant des fourmis sous ses pieds.

Après avoir achevé la plupart des mamonos les plus faibles, Alus avait compté sur ses sens pour esquiver la jambe de l’ogre qui se balançait d’en haut, en déplaçant rapidement son épée courte… cependant.

Sa lame noire de jais avait émis un son aigu. « Tsk, » s’exclama Alus. « Tu y verses des quantités stupides de mana. » Il bougea le poignet pour se débarrasser de l’engourdissement provoqué par son épée déviée, maudissant le mamono, las de sa résistance inutile.

En un instant, l’une des jambes de l’ogre à jambes multiples s’approcha de l’obscurité. Les cinq doigts de la jambe s’étaient écartés lorsqu’elle s’était avancée vers lui.

Sans perdre de temps, Alus avait glissé vers l’arrière pour esquiver, se déplaçant à une vitesse égale à celle de la jambe.

Les cinq doigts bougeaient irrégulièrement pendant la poursuite. Les doigts étaient à peine assez longs pour l’atteindre. Les doigts se fermèrent comme un piège à ours, mais Alus glissa entre eux et se déplaça le long de la jambe tendue, s’avançant pour frapper le corps.

La longue jambe s’était retournée pour le poursuivre.

Peut-être pour contrer l’ennemi qui s’approchait, la tête du mamono s’était mise à osciller. Elle se balançait d’avant en arrière comme un métronome, ce qui la rendait encore plus effrayante. Le bruit qu’il faisait se transforma en une tonalité encore plus aiguë, devenant peu à peu une voix étrange.

Qu’est-ce qu’il prévoyait ?

« C’est une bonne résistance. Ça t’aura aidé à survivre quelques secondes de plus, » déclara Alus.

L’AAR dans la main d’Alus brillait légèrement dans l’obscurité, et alors que la puissance coulait dans la chaîne, Alus chuchota en esquivant la jambe venant de derrière.

« “Torche Volcanique” »

Il lança du pouce la petite boule de feu née de la paume de sa main.

Comme une comète, elle avait déchiré la noirceur de la nuit, se transformant en flammes de l’enfer en un clin d’œil, et avait frappé la bouche du mamono.

Alus fixa son regard en courant sur le mamono dont il avait arraché la bouche et le haut du corps avec l’explosion de flammes.

Le mamono essaya désespérément d’éteindre les flammes de l’enfer qui éclatait de l’intérieur et de l’extérieur avec ses jambes, tout en se tortillant de douleur.

 

 

« Le voilà. C’est là, » déclara Alus.

Alors que les jambes se levaient, Alus vit une lumière luisante à travers le torse. Après avoir repéré le noyau du mamono, il avait sauté haut dans les airs. Laissant son corps à la gravité, la lame noire de jais clignota sous la lumière de la lune.

Il expira brusquement. Il se tenait maintenant au sommet d’un rocher de la taille parfaite pour s’asseoir.

Alus avait plié un genou, le bras au-dessus de lui, tout en tenant fermement son AAR. Une bagarre avait eu lieu il y a quelques secondes, mais il n’y avait pas de sang sur ses vêtements, et sa respiration était parfaitement régulière. En fait, la façon dont il avait étiré son corps donnait l’impression qu’il n’avait fait qu’un peu d’exercice.

☆☆☆

Partie 7

La vaste colonne de lumière qui brillait depuis la pleine lune s’étendait jusqu’à l’horizon.

C’était une lumière douce unique au monde extérieur. Derrière elle se trouvait d’innombrables points de lumière scintillants.

« Ah, c’est la première fois que je vois ce ciel. »

C’était un moment de silence total. Et il sentit un soulagement le submerger.

La vie s’arrêta de bouger comme si elle s’était endormie. La façon dont tout s’était arrêté et s’était tari satisfaisait les sens d’Alus. Le silence lui donnait l’impression que personne, pas même lui, ne pouvait violer ce monde.

En ce sens, le mamono ayant été retiré du cycle était comme une substance étrangère. Tandis qu’Alus pensait cela, il s’était rendu compte qu’il n’était pas très différent… et s’était mis à rire.

Alus réalisa qu’il ne pourrait jamais faire partie de ce monde, car le souffle majestueux de la nature avait donné vie au monde. Il nettoierait par la suite ces dommages de lui-même.

Tout ici avait pris fin.

Autour du rocher sur lequel Alus était assis, il y avait les cadavres de plusieurs mamonos. Leur sang vert coulait sur le sol.

Cependant, les corps des monstres de toutes tailles se transformèrent bientôt en cendres. Les restes de leur mana se mélangèrent et dérivèrent haut dans le ciel.

Et Alus l’avait simplement regardé, comme si cela faisait partie du ciel nocturne. Une partie du monde avait été mise à nu sous ses yeux.

Ses habitudes avaient repris le pas, et Alus avait inconsciemment cherché de l’eau, déplaçant sa main à sa taille.

Il ne pouvait sûrement pas chercher à se verser de l’eau à cette heure-ci… mais contre toute attente, Alus sentit quelque chose de mince et de dur. Il avait tendu la main dans sa poche et l’avait tirée entre deux de ses doigts, en plissant son front.

C’était une carte familière. La seule chose qui prouvait sa position actuelle, sa licence. Mais maintenant, c’était aussi sa carte d’étudiant.

Il l’avait tenue contre la lune, et avait poussé un soupir lourd ici dans le monde extérieur où il n’avait pas besoin de s’inquiéter des yeux des autres. Il se plaignait de la tournure des événements, mais ne semblait pas si bouleversé que ça, alors qu’un mince sourire se répandait sur ses lèvres fermées.

La vie bien remplie d’Alus à l’Institut avait été emplie par des événements inattendus, contrairement à ceux que l’on trouvait dans le monde extérieur. Mais même avec cela, il n’avait pas imaginé que dans ce monde paisible où il n’aurait pas à se soucier de la vie et de la mort, il se sentirait si bien.

Pour ce qui est de l’âge, Alus avait droit à ce genre de vie, mais il était incapable de jeter ce qu’il avait vécu jusqu’à maintenant. Il s’était déjà plongé dans la voie des choses se trouvant dans le monde extérieur. Il était donc peu susceptible de changer.

Même si c’était une fausse paix, c’était gratifiant d’être à l’Institut où votre vie n’était pas constamment menacée.

Et Alus commença à penser qu’un jour, se confier à ce genre de vie ne serait pas si mal.

Cependant, cela l’éloignerait encore plus de ce qu’il désirait.

Entrer ainsi dans le monde extérieur lui avait permis de réaffirmer qu’il voulait quand même passer un peu plus de temps en paix.

Seul le ciel était beau, alors que la surface était chaotique. C’est pourquoi il l’admirait. C’est pourquoi il le regardait si intensément.

Cela dit, ce monde n’était pas sans valeur. C’était encore juste et beau.

Même le vent qui soufflait les traces de mana dans le ciel ne pouvait pas atteindre la lune et les étoiles scintillantes, les laissant intactes.

Mais le vent qui soufflait sans fin connaissait toutes les terres qui se trouvaient au-delà de l’horizon.

 

 

***

Le lendemain de l’examen, Tesfia et Alice, pour une raison quelconque, étaient venues visiter Alus tôt le matin.

Trouvant cela ennuyeux, Alus ignorait le bruit des coups… mais il pouvait voir Tesfia avec une expression tendue, et Alice ressemblant à sa gardienne près de la porte, ou plutôt à travers l’écran affichant les deux visiteuses.

« Tu parles d’une paire gênante si tôt le matin, » déclara Alus.

Alus toucha sur une console près du mur et ouvrit la porte. Mais malgré ses efforts, les deux filles n’étaient pas entrées. Se demandant ce qu’elles complotaient, Alus jeta un coup d’œil aux premières visiteuses, d’une humeur lasse.

Tesfia et Alice se tenaient devant la porte. Voyant l’expression désolée d’Alice, Alus avait marché jusqu’à elles. Et vu la réticence de Tesfia à se comporter ainsi, alors que sa vivacité était son seul mérite, Alus s’était dit que c’était à propos d’hier soir. « Qu’est-ce que c’est ? » Il s’était appuyé contre le mur, attendant de voir ce qui se passait.

Contredisant ses attentes, Tesfia baissa la tête si vite qu’il risquait de se faire gifler par sa queue de cheval. « Je suis désolée d’avoir dit quelque chose de si irréfléchi hier. »

Alus avait affiché un regard perplexe. Mais si elle ne voulait pas s’expliquer, il ne s’opposerait pas à ce qu’on se contente de l’accepter. Au contraire, il n’aborderait pas un sujet compliqué et ne frotterait pas ses blessures avec du sel. Et l’ignorer chaque fois que c’était mentionné serait un gaspillage d’efforts.

Alors, bien qu’il ne savait pas de quoi il s’agissait, il avait répondu. « Oui, ça ne me dérange pas. Ça ne me dérange pas non plus que tu sois si douce… non plus, mais… »

Après l’avoir entendu dire cela, une touffe de cheveux se leva et Tesfia se mit à sourire comme si un poids avait été enlevé. « Ouf, eh bien, à part ça… » Elle était entrée avec politesse. « Excuse-moi. »

Alice avait suivi son exemple, laissant Alus fermer la porte.

« — !! Je le savais, je le savais. » Tesfia regarda autour d’elle et haussa sa voix quand elle aperçut Loki en train de préparer le petit déjeuner comme si c’était tout naturel. Loki portait son nouvel uniforme, avec un tablier sur le dessus.

Alice s’exclama. « Oh, Loki, ça te va si bien ! Je veux te serrer dans mes bras… mmm, pour l’instant, je vais juste t’aider avec le petit déjeuner. »

« Je vous remercie beaucoup. C’est encore le matin, mais vous êtes si énergique. C’est bon, j’ai déjà fini, » déclara Loki.

Alice avait crié d’une manière étrangement excitée, et proposa d’aider Loki, mais Loki l’arrêta habilement. Comme les deux filles avaient pu le constater, les préparatifs avaient commencé il y a un bon moment et étaient presque tous terminés quand Alus s’était levé du lit.

La table était petite, mais il y avait assez de place pour quatre personnes. Loki avait d’abord servi de la nourriture à Alus, puis s’était servie elle-même. « Et vous deux, alors ? » demanda Loki, avant de s’asseoir. C’était, bien sûr, tout simplement par courtoisie, sans signification plus profonde. Il n’y avait pas d’amabilité dans son expression, et la question n’était qu’une question pour les apparences.

« Nous avons mangé avant de venir, merci, Loki chèrie, » déclara Alice.

« Non, c’est très bien…, » déclara Tesla.

Ayant attendu ces réponses, Loki s’était déjà assise à la table. Comme leur visite avait été si soudaine, on ne savait même pas s’il y en avait assez pour elles deux, mais dans tous les cas, les intentions de Loki étaient claires.

Tesfia et Alice s’étaient assises comme si c’était normal, puis Tesfia avait commencé. « Plus important encore… ! » Elle avait failli frapper la table, mais sa main s’était soudainement arrêtée en plein vol… et après avoir jeté un coup d’œil à Alus, elle s’était éclairci la gorge et avait modestement tapé la table à la place.

Elle devait faire preuve d’une certaine considération après les événements d’hier… Cela dit, cela n’avait pas empêché Alus de manger. Loki, assise en face des deux filles, regarda Tesfia d’un air furieux. Si elle avait été fusillée du regard à cause du manque d’étiquette de Tesfia quand au repas, ça aurait été bien, mais comme d’autres émotions semblaient s’y mêler, Alus avait senti son estomac lui faire un peu mal.

Cependant, Tesfia avait haussé les épaules devant le regard fixe de Loki et avait poursuivi. « Où est restée Loki hier ? » Alors qu’elle posait la question au seul homme à la table, sa question critique avait été posée d’une manière détournée.

Mais la réponse à la question n’était pas venue d’Alus, mais de la fille aux cheveux argentés à côté de lui. « Bien sûr, dans la chambre de Sire Alus. » Le regard de Loki était écrasant et semblait dire. « Ça n’a rien à voir avec toi, » comme hier.

Après le retour d’Alus hier soir, les deux individus avaient rapidement mangé le dîner préparé par Loki — en vérité, il avait dû être convaincu de le faire — et avaient ensuite discuté de la façon de s’adresser l’un à l’autre et de l’endroit où chacun allait dormir.

Leurs discussions n’avaient pas abouti à des conclusions, et comme leur impasse se prolongeait jusqu’à minuit, Loki était restée dans la chambre d’Alus pour la nuit.

Ça ne voulait pas dire qu’il s’était passé quoi que ce soit. Ils partageaient simplement un lit, et rien de ce qui avait inquiété Tesfia ou Alice ne s’était passé.

Cela dit, c’était quand même quelque chose qu’il fallait désapprouver.

*

En fin de compte, l’entêtement de Loki avait mis fin à l’interrogatoire de Tesfia, et Loki et Alus avaient rapidement fini leur repas et s’étaient préparés pour le cours.

Comme c’était son premier jour, Loki avait beaucoup de choses à préparer. Elle recevait son matériel de l’Institut, et comme elle devait se présenter en classe, elle devait arriver tôt.

Après avoir été coupée dans son interrogatoire, Tesfia les avait suivies à contrecœur. Bien sûr, le sujet était revenu dans sa bouche au moment où ils étaient sur leur chemin vers le bâtiment principal, pour un retour de ses doutes. « Je n’arrive pas à y croire. Tu ferais mieux de ne rien avoir fait à Loki. » Tesfia avait l’air de fixer un pervers en regardant Alus marcher à côté d’elle. Le regard intense était comme un radar qui le mesurait pour s’assurer que rien d’inexcusable ne s’était produit.

Alus avait l’impression qu’on enquêtait sur lui.

Tesfia avait ses propres problèmes, mais celui des relations impures entre hommes et femmes la dérangeait, et son expression était sceptique.

Alice avait son sourire ironique habituel en calmant Tesfia. Mais étant donné que Tesfia avait ce genre d’attitude alors qu’elle savait qu’Alus était le numéro un actuel, c’était incroyable dans un sens. Bien qu’elle se soit excusée auprès du magicien à qui elle devait montrer du respect, il fallait une personne audacieuse pour traiter quelqu’un comme lui de pervers.

Alus avait l’impression que tout cela était stupide, mais pour une raison quelconque, il ne détestait pas complètement cette discussion improductive. En tant qu’homme, il devait nier ces soupçons, sinon il était clair qu’il verrait l’enfer après ça. Mais avant qu’il ne puisse — .

« Personnellement, je n’aimerais rien de plus… »

En entendant Loki murmurer, le groupe s’était arrêté sur ses pas. Tesfia en particulier était sous le choc, la bouche grande ouverte.

Alus haussa les épaules et fit comme s’il ne l’avait pas entendu. « Comme si ça allait arriver. »… ou du moins, il aurait aimé pouvoir le faire, mais il ne pouvait l’ignorer, et il avait donc fermement rejeté cette idée.

« Bien sûr que non. En fait, c’est indécent…, » dit Tesfia avec les joues rougies.

Alus fut stupéfait qu’elle puisse continuer à argumenter jusque-là, et il jeta un regard pas du tout amusé à Tesfia.

« Loki, chérie, ça te dirait d’emménager dans notre chambre ? » suggéra Alice.

Le dortoir avait deux personnes par chambre. Il n’y en avait que deux, mais le fait qu’elles avaient assez de place pour ajouter Loki était un signe de l’influence de Tesfia au travail.

La suggestion polie d’Alice avait un bon point de vue, bien que ce qu’elle attendait d’elle ne soit pas clair. Tout le monde avait décidé de ne pas lui faire comprendre qu’elle semblait avoir l’air d’avoir mis la main sur un adorable petit animal.

Mais même alors… « Ne faites pas attention à moi, » dit Loki, repoussant froidement Alice.

Alus voulait personnellement voir Alice continuer un peu plus longtemps, mais il semblait qu’Alice n’allait rien tenter par la force.

« Toi aussi, dis quelque chose ! » Tesfia insista, comme si Alus partageait son opinion.

« Je m’en fiche de toute façon, » déclara Alus.

« — !! »

C’est parce que, qu’il l’ait reconnu ou non, la présence de Loki n’avait pas gêné ses recherches. Au contraire, elle était plutôt attentionnée. Chaque fois qu’il cherchait des documents, elle les trouvait tout de suite et elle préparait quelque chose à boire sans avoir rien à demander.

Il ne serait pas particulièrement troublé sans elle, mais honnêtement, il n’avait aucune raison de la traiter froidement.

« … !! Puisque Sire Alus dit que c’est bon, vous n’avez plus de raison de vous plaindre. » La raison pour laquelle Loki ne s’était pas immédiatement accrochée à la remarque d’Alus, c’était probablement parce qu’elle en avait été surprise elle-même. Mais maintenant qu’elle avait une promesse puissante pour la soutenir, elle avait continué l’offensive.

Bien sûr, Tesfia ne pouvait toujours pas l’accepter, et les deux s’étaient disputés jusqu’au bâtiment principal.

Alice avait participé aux tentatives de persuader Loki en cours de route, mais exerçant comme toujours une faible pression en vue de son caractère, elle n’avait pas été d’une grande aide, et n’avait pas pu aider à convaincre Loki.

Étant indifférent à la question, Alus avait ignoré les filles bruyantes qui se disputaient, et avait passé en revue les résultats qu’il avait obtenus de ses discussions avec Loki hier.

D’abord, elle allait laisser tomber le « Sire » devant d’autres étudiants sur le terrain de l’Institut, et utiliser son surnom Al. Toutefois, il avait fallu plusieurs heures de négociation pour parvenir à ce compromis, ce qui constituait un échec en soi.

La compensation pour cet accord avait été coûteuse, car Alus avait perdu beaucoup de validité et de supériorité quand il s’était agi de Loki vivant avec lui. Sur ce point, Alus n’avait pas su faire preuve de bon sens pour la convaincre (ou plutôt, elle l’avait complètement ignorée), et il n’avait d’autre choix que de l’accepter.

☆☆☆

Partie 8

Grâce à la prévenance de la directrice, Loki s’était retrouvée dans leur classe et elle s’en était sortie sans problème. Elle n’avait pas fait d’erreurs, mais une excitation énorme était présente en classe et risquait de se propager dans l’Institut.

L’allure féminine de Loki semblait plaire encore plus aux filles qu’aux garçons. Cependant, son sourire calme qui aurait dû être dirigé vers ses camarades de classe était uniquement dirigé vers Alus.

Les étudiants de l’Institut appartenaient au même groupe d’âge, mais il n’y avait aucune restriction d’âge. Tant que la personne avait le potentiel de devenir un magicien, son âge n’avait pas d’importance.

Mais comme l’enseignement général faisait partie du programme d’études, ceux qui étaient beaucoup plus âgés n’avaient pas été acceptés afin d’éviter une perte de temps. Dans ces cas, il était courant que la personne suive une formation dans les installations militaires.

Même la courte présentation de Loki n’avait fait que la rendre plus populaire. Et son sourire innocent, le sourire destiné à Alus, qu’elle montrait de temps en temps, la rendait presque irrésistiblement charmante.

Captivés par son charme, les garçons, et même les filles, soupirent d’une expression indéfinissable. Ce n’était pas un soupir ardent, mais plutôt un soupir d’affection universelle.

De plus, le classement de Loki était un autre point d’intérêt. Pendant que les étudiants s’efforçaient de devenir magiciens, le rang avait toujours été quelque chose en tête. La question de l’augmentation du grade de Loki était donc inévitable.

Cependant — . 

« 570 !! »

Il n’était pas clair qui l’avait dit… mais cela venait de l’un des étudiants près de Loki.

En entendant cela, même Alus avait été surpris, mais il avait vite compris la raison. Le combat simulé d’hier avait dû l’amener à se faire réévaluer, puis il y avait eu ce grand sort qu’elle avait utilisé. Bien qu’il s’agisse d’un sort tabou, il avait fait appel à la magie et cela avait probablement été inclus dans la mesure.

Elle avait utilisé le sommet du tonnerre, Naruikazuchi, le sort le plus fort de l’attribut de la foudre.

Le classement de Loki était à l’origine dans les 1000, il ne serait donc pas étrange pour elle de sauter directement au milieu des Triples Chiffres.

Comme s’il attendait que le rang de Loki soit élevé, l’écran à l’avant de la classe affichait les résultats des meilleurs individus de l’examen. L’écran était utilisé pour les cours, mais aussi pour des annonces importantes concernant l’Institut.

Soudain, tous les étudiants autour de Loki s’étaient dispersés, avec leurs licences en main. Bien qu’ils voulaient connaître les grades des autres, ils ne voulaient pas que les leurs soient connus.

Profitant de cette ouverture, Loki se dirigea vers Alus et s’assit doucement dans un siège vacant à côté de lui. La plupart du temps, cette place était toujours libre pendant les cours. C’était probablement parce que, dernièrement, tout le monde commençait à penser que quelque chose n’allait pas chez lui.

Alors que la salle de classe était remplie de voix faibles de joie ou de déception, Loki se demandait à haute voix pourquoi son rang avait augmenté, et demanda à Alus ce qu’il en pensait.

Il lui avait donné la réponse qu’il lui avait donnée auparavant, à laquelle elle avait souri avec satisfaction.

Alus trouva que Loki, une soldate, s’inquiétait de son classement comme une étudiante, et la regarda d’un air contre nature et avec surprise. Il était normal d’être obsédé par son rang à l’Institut, et Tesfia et Alice avaient fait la même chose dans le passé. Mais ce n’était pas nécessairement le cas dans l’armée, où de vraies batailles avaient eu lieu.

Pendant ce temps, les classements de Tesfia et d’Alice avaient été révélés. Et ceux qui avaient réagi de façon excessive n’étaient pas elles, mais ceux qui avaient un classement inférieur autour d’elles.

« Classements 4500 et 7833, hein. Vous avez vraiment une longueur d’avance sur nous, » déclara avec admiration une étudiante qui avait souvent demandé conseil à Tesfia et Alice.

« Tu es presque dans les quatre chiffres aussi, Ciel, » dit Tesfia.

Ciel, une petite camarade de classe qui avait pour elle une abordabilité différente de celle de Tesfia avait rougi.

Cependant, il y avait une certaine déception dans la voix de Tesfia alors qu’elle faisait l’éloge de sa camarade de classe. C’était dû au fait que son rang n’avait pas beaucoup augmenté.

En même temps, sa partenaire — les deux filles seraient malheureuses d’être mises dans le même panier, mais Alus ne voyait pas beaucoup de différence entre elles, donc ce n’était pas si faux — Alice avait fait une ascension remarquable depuis son ancien classement de 8867.

Mais ce n’était pas surprenant en soi. Elles n’avaient après tout reçu qu’un classement simpliste à l’examen d’entrée. Cette mesure plus précise les rapprochait de leurs prouesses réelles.

Après avoir fini de vérifier leur propre classement, les camarades de classe avaient regardé dans la salle à la recherche de Loki, la cible de leur attention. Quand ils l’avaient finalement trouvée, la raison pour laquelle il y avait eu une pause avant que quelque chose ne se produise était probablement parce qu’elle était assise à côté d’Alus.

On n’y pouvait rien s’ils le regardaient avec autant de prudence. Plus encore, maintenant qu’ils savaient que Loki était à trois chiffres.

« Connaissez-vous Alus, Mlle Loki ? » demanda Ciel.

Alors qu’Alus pensait qu’elle était plus courageuse qu’elle n’en avait l’air, il vit Tesfia et Alice derrière elle.

« Oui. Alus et moi étions proches avant notre inscription à l’Institut, » répondit Loki.

C’était l’une des réponses qu’elles avaient préparées.

On pourrait penser qu’une telle déclaration serait dite d’une voix vive et avec un grand sourire, mais en réalité, Loki l’avait dit sur un ton monotone avec une expression sans émotion. Quoi qu’il en soit, comme c’était une déclaration inoffensive qu’elles avaient préparée, et tout ce qui s’était passé, c’est que Ciel avait été un peu surprise.

Mais aussi calculateurs qu’ils l’étaient, une fois que Ciel avait commencé à parler, leurs camarades de classe étaient venus en masse pour entourer Loki. Une élevée transférée qui se faisait bombarder de questions était une réalité incontournable de la vie qui se produisait probablement partout.

Bien sûr, Alus n’avait aucune expérience avec ça.

Quoi qu’il en soit, comme le rang de Loki était proche de celui de Felinella, elle était devenue une star immédiate pour ceux qui ne connaissaient pas sa situation.

Pendant que Loki était encerclée, Alus s’était enfui tranquillement… tout en portant un sourire de sympathie.

Remarquant cela, Loki le regarda avec des yeux de chiot, mais Alus la laissa derrière comme pour dire, « Habitue-toi à cela, » et il sortit de la classe.

*

… Je suppose qu’elle est vraiment de mauvaise humeur.

Alus jeta un coup d’œil de son livre à Loki pendant le cours du matin. Ses cheveux argentés pendaient vers le bas, l’empêchant de voir son visage, mais il était probablement aussi peu expressif que d’habitude.

Bien qu’elle n’ait pas eu une personnalité aussi facile à comprendre que Tesfia, elle était tout aussi difficile à gérer.

Cela dit, Alus n’allait pas utiliser son temps pour lui remonter le moral. Après tout, la même chose allait se produire pendant le déjeuner.

Une fois que le signal de fin de classe avait retenti, les élèves étaient arrivés comme prévu. Il y en avait même quelques-uns en attente à la porte.

Et la première à venir en courant avait été… Alice. Elle ne pouvait plus supporter de rester loin de Loki et elle lui caressa la tête. « Ahhhh… Tu es si mignonne, et tes cheveux sont si soyeux. »

Tesfia, exaspérée, demanda à Alice en souriant. « Tu ne vas pas passer tout le déjeuner à faire ça, n’est-ce pas ? »

« Attends encore un peu, que je me rassasie, » répondit Alice.

Alus s’était abstenu de poser des questions sur ce commentaire et avait décidé de se rendre à la cafétéria pour déjeuner. N’ayant pas l’intention de faire la même gaffe deux fois, il avait même apporté sa licence.

Loki avait laissé Alice lui caresser la tête passivement, mais quand elle avait vu Alus quitter la classe, elle l’avait rapidement poursuivi.

Bien sûr, deux autres personnes suivirent, mais à proprement parler Alice poursuivait Loki, tandis que Tesfia ne faisait que suivre.

Cela signifiait essentiellement que les trois meilleures des premières années marchaient ensemble dans un groupe, mais que personne d’autre ne les poursuivait.

Mais Alus, contraint de cacher ses capacités qui surpassaient les trois filles, marchant avec elles, fut exposé à des regards encore plus étranges.

*

Comme prévu, la cafétéria était toujours aussi bondée.

Non seulement Alus n’avait pas répété son erreur, mais il avait utilisé le distributeur automatique avec les mouvements familiers d’un habitué, donnant à Tesfia un regard satisfait avant de s’asseoir à une table assez grande pour dix.

Elle répondit avec une expression exaspérée, mais Alus n’y prêta aucune attention.

Il pouvait comprendre que Loki s’essayerait à côté de lui. « Mais pourquoi venez-vous aussi ? »

« C’est le déjeuner, donc c’est bon. En plus, c’était ta première fois, non ? C’est grâce à moi, tu sais, » déclara Tesfia.

« C’était la première fois que j’utilisais la machine seul, mais ça n’a rien à voir avec toi, » répondit Alus.

Tesfia avait essayé de plaider sa cause avec une logique qui n’avait aucun sens. Mais c’était vrai qu’elle avait aidé la fois précédente, et seul Alus comprenait ce qu’elle voulait dire par là.

Alors qu’ils l’avaient fait valoir, Alice avait également posé son plateau sur la table, faisant réaliser à Alus qu’il était le seul à ne pas être civilisé dans cette situation. « Excusez l’intrusion, » déclara Alice.

Alors qu’il y avait beaucoup de monde, il y avait encore des places libres. La cafétéria pouvait accueillir tout le monde, à condition que tous les élèves ne fassent pas irruption d’un seul coup.

Les quatre individus étaient cachés au bout de la table, Tesfia s’asseyait en face d’Alus, avec un air de défi. Il n’avait pas pu s’empêcher de laisser échapper un soupir. En fait, après cela, Alus pousserait un soupir après l’autre.

« Puis-je m’asseoir à côté de vous, Monsieur Alus ? » demanda une voix familière.

Le groupe avait cessé de manger et s’était tourné vers la nouvelle venue. Des expressions de surprise apparurent sur leurs visages, mais ils ne voyaient pas de choses.

Debout, Felinella attendait la réponse d’Alus, son plateau à la main. Malgré la cafétéria bondée, il semblait y avoir un air inviolable autour d’elle.

Alus jeta un coup d’œil sur les autres étudiants, qui semblaient détourner le regard par jalousie ou crainte, et se dit qu’être aussi charismatique faisait peur.

Ne sachant pas comment interpréter la réaction d’Alus, Felinella vint juste à côté d’Alus avec un regard perplexe. « N’est-ce pas acceptable ? » Tandis qu’il se retournait pour la regarder, elle se pencha et bougea ses cheveux derrière son oreille, rapprochant son visage du sien.

Des halètements d’étonnement étaient venus de la région environnante, suivis par des voix excitées qui s’y étaient mélangées pour une raison quelconque.

C’était facile d’être frappé par sa beauté. Alus n’était pas très bon pour interagir avec Felinella. Elle était un peu comme Cisty, avec un corps envoûtant et une langue élégante. C’était dur de lui dire non. Il suffisait de la regarder dans les yeux pour être attiré. « Vas-y, fais ce que tu veux. »

Cette réponse brusque était sa façon de se défendre contre le fait d’être entraîné dans l’orbite de Felinella… mais il était conscient que c’était une défense fragile.

« Merci beaucoup, » dit poliment Felinella, mais avec un sens caché derrière elle. Elle-même ne s’en rendait peut-être pas compte, mais l’élégance avec laquelle elle était née avait poussé les gens à lui céder leur initiative.

Felinella avait donc obtenu un siège à côté d’Alus. La seule raison pour laquelle elle ne s’était pas assise immédiatement, c’est parce qu’il y avait quelqu’un à la table qu’elle n’avait jamais rencontrée auparavant. « Enchantée, Mlle Loki. »

Après avoir rendu hommage à Alus, Felinella avait salué Loki avec un sourire. Il semblerait que des rumeurs sur le transfert de Loki se soient répandues dans tout l’Institut.

Loki avait vu ce sourire séduisant et avait eu la même première impression d’elle qu’Alus, mais sa propre expression était restée la même sans une once d’amitié. « Enchantée, Lady Felinella. »

Au cours de son briefing avec Alus hier, Loki avait regardé dans le registre de ses camarades de classe supérieure. C’est pourquoi elle savait pour Felinella, y compris que son père était militaire.

Après cela, Alus avait donné à Felinella, ainsi qu’à Tesfia et Alice, le strict minimum d’informations sur Loki, terminant leurs présentations. Mais il n’était pas nécessaire de dire qu’Alus avait été bombardé de regards hostiles de la part des autres étudiants témoin de cette scène bizarre. Avec quatre beautés autour de lui, il était tout naturel qu’il devienne leur cible d’envie.

Mais à l’instant d’après, ces regards s’étaient arrêtés.

La cafétéria, qui pouvait accueillir 1 000 personnes, était équipée de cinq grands écrans pour que chacun puisse en voir au moins un. Après un bip indiquant que de nouvelles informations étaient sur le point d’être révélées, une voix était arrivée pour annoncer les détails.

« Il s’agit d’une annonce concernant une leçon parascolaire qui sera mise en pratique. Le 28e jour du cinquième mois, après l’obtention du diplôme, les étudiants feront leurs premiers pas en tant que magiciens et participeront à un entraînement de combat en direct. »

La voix articulée poursuit. « Nous vous ferons participer à l’élimination effective des mamonos. Nous distribuerons des informations détaillées pour chaque classe. Je répète… »

Finalement, l’annonce s’était terminée et les écrans étaient revenus à la normale, alors qu’une vague d’agitation secouait tous ceux dans la cafétéria.

Dans le tumulte, plus d’un élève avait fait tomber sa vaisselle sur le sol.

Pour les étudiants cherchant à devenir magiciens, le combat réel était quelque chose qu’ils ne pouvaient pas éviter, mais en même temps c’était leur plus grand obstacle.

Ceux qui avaient du courage étaient impatients d’y aller, mais la majorité des élèves s’étaient retrouvés perdus.

Quant à la table d’Alus… comme lui et Loki le savaient déjà, ils continuèrent à manger comme si de rien n’était.

Felinella, avec son expérience du combat, avait été surprise par la nouvelle soudaine, mais elle avait vite murmuré. « La directrice a la vie dure. » Après ça, elle s’était calmée et avait repris son repas comme les deux premiers.

Quant aux deux autres — .

« Vous êtes sûr d’être… calme, » déclara Tesfia. Sa cuillère n’avait rien dessus, et dérivait dans les airs sans endroit où aller. Elle parlait sur un ton raide, tout à fait à l’opposé du calme, tout en regardant toujours l’écran.

« Pourquoi maintenant !? Cela ne s’est jamais produit auparavant…, » dit Alice avec un regard déconcerté sur son visage.

Elle semblait chercher de l’aide, et le seul présent qui pouvait lui répondre était Alus, mais lui expliquer la situation n’allait rien changer. Au lieu de cela, cela ne ferait que la rendre anxieuse et frustrée, alors Alus avait gardé le silence. Les visages d’Alice et de Tesfia étaient déjà très pâles.

« Je me demande ce qu’ils vont faire. Il semble que les autres instituts font déjà quelque chose de similaire, mais ce sera la première tentative de cet institut, » dit Felinella d’une voix calme, mais en s’assurant que c’était assez fort pour qu’Alus puisse l’entendre. Elle avait tourné les yeux dans sa direction.

C’était gênant, mais Alus avait répondu d’une voix tout aussi grave. « J’ai déjà ressenti une bonne partie de la douleur que tout cela inflige. » Il n’avait aucune obligation de répondre, mais elle était candidate pour être superviseure d’une équipe de première année… il ne pouvait pas cacher toute l’information.

« Je vois. Désolée de vous avoir causé des ennuis, » déclara Felinella.

« Tu peux le dire encore une fois, » déclara Alus.

Cependant, Felinella n’avait pas creusé plus profondément. Elle baissa les yeux et termina la conversation. On aurait dit qu’elle était attentionnée envers lui.

C’est pourquoi Alus s’était senti à l’aise avec elle et avait fermé les yeux. Même si c’était juste un moment… avant que ce tumulte ne s’estompe… il voulait se reposer.

La sensation d’être incapable de suivre l’évolution constante du paysage qui l’entourait l’emporta. Ce furent des jours agités, même sans la responsabilité d’être le magicien le plus fort avec le sens du devoir correspondant. Tout ce qu’il faisait apportait quelque chose. Comme les aiguilles de l’horloge qui n’arrêtaient pas de bouger, les jours paisibles étaient chassés avec un tic-tac, comme s’ils étaient en accord avec son cœur qui battait.

Que désirait-il exactement ?

Ayant vécu une vie pratique et utilitaire, Alus n’avait aucun moyen de savoir ce qui lui manquait. C’est pourquoi il essayait d’accepter les difficultés qui accompagnaient les relations. Il n’avait même pas besoin de confirmer son propre état d’esprit.

Après tout, ces jours turbulents se transformaient en une vie quotidienne complètement nouvelle.

Mais nous n’avons pas eu le temps de remarquer ce changement…

« Al ? » Comme il avait arrêté de manger, Loki l’appela avec inquiétude, le ramenant à la réalité.

Nous n’avons pas eu le temps de nous reposer… mais ce n’est jamais ennuyeux.

☆☆☆

Bonus

La nuit avant la cérémonie d’entrée

« Ça commence enfin, » dit Tesfia en se levant tôt le matin, les mains sur les hanches.

Elle s’était réveillée alors que le soleil était encore bas. Ses paupières étaient lourdes, signe qu’elle avait besoin de dormir un peu plus, mais elle les avait forcées à s’ouvrir.

… Elle était trop excitée pour dormir aujourd’hui. « Allez, Alice, réveille-toi. On va être en retard pour la cérémonie d’entrée ! »

« Okaa-y… Attends ! Il reste encore quatre heures ! » s’écria Alice.

Sans même se frotter les yeux, Alice s’était effondrée dans son lit. N’étant pas sur le point de laisser passer ça, Tesfia s’était approchée de son lit et avait retiré son édredon, exposant pleinement une apparence étrangement séduisante.

Argh… nous avons le même âge. Alors pourquoi sommes-nous si différentes… ?

Alice avait essayé d’enrouler l’édredon et de se rendormir. Ses cuisses étaient enveloppées par un pantalon court et elle portait une chemise de nuit d’une seule pièce avec ses épaules exposées. L’ourlet plus long recouvrait à peine le pantalon court.

Tesfia s’était débattue pour savoir quoi dire et où regarder. En tant que noble, elle portait quelque chose de digne de son statut, une camisole d’une seule pièce, où sa peau rose pâle était à peine visible à travers… En termes d’exposition, elle ne perdait pas face à Alice. Mais… après avoir vu à quel point Alice était sexy quand elle dormait, elle n’avait pas eu le courage de se tenir devant un miroir.

« … Ne viens pas pleurer si tu es en retard, » déclara Tesfia.

Après l’avoir abandonnée, Tesfia avait commencé à se préparer.

Elle avait pris une douche, puis s’était mise à sécher ses cheveux. Elle pourrait le faire même sans femme de ménage maintenant. Elle était persuadée qu’elle était assez compétente pour se préparer au point de pouvoir assister à n’importe quel événement sans avoir honte.

Son uniforme n’avait aucun pli, plein d’attentes et de rêves. C’était le symbole parfait pour le début de sa nouvelle vie.

Après un certain temps, Alice s’était finalement réveillée. Tesfia s’était retournée et lui avait demandé de quoi elle avait l’air, mais elle était sûre que son apparence était parfaite.

« … Vraiment ? »

Mais contre toute attente de Tesfia, Alice semblait exaspérée. Voyant le désordre dans lequel se trouvait la pièce, sa somnolence s’était envolée. Les vêtements étaient sur le sol, avec des articles de soins personnels éparpillés. Elles n’avaient emménagé qu’hier, alors pourquoi leur chambre avait-elle l’air d’être leur logement pendant des mois ?

Après avoir posé sa main sur son front, Alice avait regardé l’horloge et avait parlé d’une manière troublée, « Fia, ces cheveux… non, il n’y a pas le temps de les réarranger… »

Tesfia la regarda avec étonnement. Selon Alice, non seulement elle avait mélangé ses boutons, mais son col était ébouriffé, et comment avait-elle fait pour sécher ses cheveux roux ? Elle avait l’air d’une délinquante dans sa phase rebelle, non ? Malgré la confiance en soi de Tesfia, même Alice, qui n’était pas particulièrement pointilleuse sur les apparences, n’avait pas l’impression d’être au-dessus de la note de passage pour une jeune fille de son âge. Elle avait fait de son mieux sans femme de chambre, mais Alice avait mal à la tête si c’était le résultat de son réveil si tôt.

Entendant l’opinion d’Alice, Tesfia s’était timidement retrouvée devant le miroir. « Uhm… vraiment ? »

Elle n’en croyait pas ses yeux. « J’ai essayé si fort, moi aussi, » murmura-t-elle, en se regardant d’un air interrogatif, les larmes aux yeux.

… Grâce aux efforts d’Alice, elle avait fini d’arranger l’apparence Tesfia plus vite que prévu. Et Tesfia avait ensuite tiré sur sa main pendant qu’elles se rendaient à l’Institut, comme si rien ne s’était passé.

Il faudra encore quelques heures avant que les deux filles, se rendant à la cérémonie d’entrée, ne le rencontrent.

***

Poursuivons ce lointain retour en arrière

Elle le regardait de loin, essayant de le sentir, et maintenant, cette distance s’était un peu rétrécie.

Mais pour l’instant, tout ce qu’elle avait le droit de faire, c’était de le regarder depuis l’ombre. C’était le moment qu’elle désirait tant. C’est pourquoi, pour elle, son rôle d’observatrice n’était qu’un prétexte.

Il était possible de percevoir une existence spécifique à travers les longueurs d’onde du mana. Normalement, ce genre de détection était utilisé contre les mamonos, et c’était la première fois qu’elle l’utilisait pour autre chose. Bien qu’elle ne pouvait pas le voir, elle pouvait sentir ses longueurs d’onde impressionnantes… ce qui l’avait rendu beaucoup plus facile à trouver.

Quand elle l’avait senti, elle avait ressenti une chaleur qui surgissait dans sa poitrine. Mais c’était une sensation différente de brûler son apparence dans son esprit. C’est pourquoi le spectacle devant elle n’était pas tout à fait réel, et des émotions profondes l’envahissaient.

Elle le regardait de loin, et la culpabilité qu’elle ressentait était très douloureuse.

Il l’avait sûrement déjà remarquée. Si elle le pouvait, elle ne voudrait rien de moins que de se jeter devant lui, de se mettre à genoux, de le remercier pour ce qu’il avait fait ce jour-là avant de révéler tous les sentiments qu’elle cachait en elle.

Maintenant ses sentiments sous contrôle, elle le regarda dans le dos, pensant qu’il pourrait se retourner d’une seconde à l’autre. Il avait encore des traces de son ancien moi, mais il avait maintenant l’air encore plus viril. Voir son dos évoquait le malaise de Loki causé par le passage du temps.

Au moins, se souvient-il de moi ?

Elle voulait qu’il se souvienne. Mais, levant la tête, Loki secoua son désir. Tant qu’elle s’en souvenait, c’était suffisant. Elle n’avait rien demandé de plus, elle ne pouvait pas. Tout ce qu’elle avait, c’était une gratitude quasi infinie, et des mots de remerciement. Le seul souhait qu’elle avait était de rembourser la faveur pour ce jour-là. Lorsqu’elle avait jeté un coup d’œil à son profil, elle avait reconfirmé que ses sentiments restaient vrais et inchangés.

Loki avait renforcé sa détermination. Avec lui enfin devant elle, elle avait pu identifier que ses sentiments n’étaient ni mensonges ni tromperies.

« Si c’est pour le bien de cette personne… »

Son cœur battait à toute allure et elle pressa ses mains contre sa poitrine comme pour se dire que son inconfort inattendu n’était qu’une ruse de l’esprit. Elle avait mis de plus en plus de force dans ses mains, jusqu’à ce que ses vêtements soient froissés.

Elle avait reçu la mission de l’observer qu’il y a quelques jours, et elle s’était beaucoup fatiguée en attendant l’arrivée de cet instant. Mais elle n’avait plus à attendre.

Loki avait fait tout ce qu’il fallait pour arriver là, chargeant directement à travers ses épreuves, avec ce dos comme but. En termes de capacités, elle n’était pas plus près de lui que lorsqu’elle avait commencé… mais en ce moment, elle aspirait ardemment à ce dos qui était à portée de main.

Finalement, cela commencerait.

Enfin, elle pourrait le lui rembourser.

Enfin, je peux exister pour lui.

Les yeux de Loki étaient fixés sur lui, au point qu’elle avait oublié les yeux des autres. Oui… Elle pouvait enfin le sentir.

***

Je vous ai attrapé.

Les cheveux d’argent dansaient en rythme avec ses pas. D’un regard un peu espiègle, elle se pencha vers l’avant et jeta un coup d’œil à son visage.

« Sire Alus ? »

« Hm ? Quoi ? » répondit sa voix émoussée habituelle.

« Sire Alus… Je vous ai attrapé. »

Elle avait légèrement attrapé sa manche. Elle désirait ardemment son existence même. Et quand elle avait retracé ses souvenirs du début, il y a des années, elle avait souri avec un léger rougissement.

Le plus grand plan d’infiltration du magicien

Putain de merde ! Il m’a complètement eu, ce foutu vieil homme !

Caché dans l’espace sous l’escalier, Alus s’était empêché de jurer à haute voix. À ce moment précis, un groupe d’êtres aussi en colère que des démons se précipitaient dans les escaliers. Dans leurs mains se trouvaient des armes de toutes sortes, des AAR…

Leurs voix, normalement belles, avaient été remplacées par des beuglements enragés alors que le dortoir pour les jeunes filles devenait bruyant.

Chaque fois, une phrase telle que « Pervers ! » ou « Canaille ! » sortait de leur bouche, alors que les joues d’Alus tremblèrent des dommages causés à son orgueil.

L’autre jour, il était entré dans le pays inconnu connu sous le nom de Second Institut de Magie et ne connaissait pas la gauche de la droite. Cela dit, il ne pensait personnellement pas non plus que cela valait la peine d’être informé. Mais le gouverneur général s’était assuré d’insister pour qu’il salue la directrice et la superviseure du dortoir. La directrice était une chose, mais il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle il devait respecter la superviseure du dortoir. D’autant plus que c’était le dortoir des filles et non celui des garçons.

Cependant, si c’était pour éviter un désordre futur, alors il n’était pas contre le fait de dire bonjour. La réalité, cependant, était incompréhensible. Et maintenant, il était dans cette situation juste parce qu’il avait fait un pas à l’intérieur de l’endroit.

De penser que cela arriverait juste parce que je suis entré par le toit… Pourquoi ai-je besoin d’un rendez-vous pour entrer par la porte d’entrée ? C’est la faute de ce vieux salaud !

Il avait fait tout ce chemin, et faire demi-tour tout de suite serait trop pénible. En fin de compte, il avait décidé d’infiltrer de force le bâtiment sans se faire remarquer. Mais la sécurité dans le dortoir dépassait de loin les attentes d’Alus, c’était comme une forteresse. Peu de temps après, l’alarme s’était déclenchée et plusieurs des filles l’avaient vu de derrière. C’était suffisant pour identifier que l’intrus était un garçon.

Maintenant, elles lui tiraient dessus avec des yeux injectés de sang. S’il était pris, il serait sûrement bombardé de malédictions jusqu’à ce qu’elles s’ennuient, et peut-être même transformé en exemple devant l’Institut tout entier. À l’extrême, il pourrait être congédié de l’Institut de manière déshonorante, mais pour Alus, c’était trop.

« C’est juste la pire chose. » Ce n’était qu’une question de temps avant qu’on ne le trouve à ce rythme. Dans ce cas — au moment où il pensait cela, il pouvait sentir la présence de quelqu’un qui se faufilait près de lui.

« Il y a quelqu’un… ? » dit quelqu’un, d’un ton effrayé. Au même moment, l’étudiante avait jeté un coup d’œil au bas de l’escalier. Elle avait l’impression d’avoir vu une ombre étrange… Soudain, un bras sortit de l’ombre et lui bloqua la vue.

« Eeek !? »

L’instant d’après, elle pouvait à nouveau voir. Bien qu’elle n’ait pas été capable de voir, son corps n’avait pas été touché. Elle avait fermé les yeux de peur, mais quand elle les avait ouverts, il n’y avait personne. Elle regarda nerveusement autour d’elle, mais le propriétaire de ce bras avait disparu depuis longtemps.

Avec la vitesse d’Alus, il n’était pas difficile de la dépasser sans être vu. Mais vu l’exiguïté de la zone, il devait passer près des filles. Et il y avait de fortes chances qu’il soit détecté en raison de la pression du vent due à sa vitesse qui indiquait aux filles que quelqu’un les avait croisées, et dans une direction précise.

C’est pourquoi il avait pris une décision rapide. Avec les filles rassemblées au premier étage, il s’était dirigé vers le toit. Mais ses efforts avaient été vains après tout.

« … Il ne viendra pas. Il a dû courir sur le toit ! » s’exclama une poursuivante dotée d’une bonne intuition.

« Maintenant que vous en parlez, j’ai ressenti quelque chose d’étrange, qu’est-ce que c’était ? » « C’était si rapide que je ne pouvais pas le voir ! » dirent les voix, l’une après l’autre.

Mais il était trop tard pour changer ses plans maintenant. Il avait fait un claquement de sa langue dans sa tête et s’était précipité dans le couloir, se dirigeant vers l’escalier menant au toit, de l’autre côté. C’est là que ses sens aiguisés avaient indiqué d’où parlaient les gens. Strictement parlant, l’origine des voix n’était pas le couloir, mais une pièce reliée à celui-ci.

Au moment où Alus se rendit compte de ce qui se passait, la porte juste devant lui s’ouvrit sur son chemin, et une fille rousse apparut. Elle parlait encore à quelqu’un, regardant dans la pièce.

« Fia, c’est dangereux. Reviens à l’intérieur ! »

« C’est bon, je vais juste — . »

« Tsk—. » La rousse ne faisait pas du tout attention à Alus. Mais incapable de s’arrêter, il s’approchait rapidement d’elle.

Mais — il n’avait pas besoin de ralentir pour s’échapper à cette situation difficile. Avant qu’ils ne s’écrasent, Alus avait habilement donné un coup de pied sur le mur et avait disparu de son champ de vision en un instant.

« Ahh !?? »

Utilisant le mur pour sauter par-dessus elle, il avait continué à courir sans se retourner. Elle n’avait pas pu voir son visage d’après leur bref échange. Quelques instants après être arrivé sur le toit, la porte s’était ouverte et toutes les filles s’étaient entassées sur le toit.

« Hein… ? »

« C’est le cinquième étage, n’est-ce pas ? »

Elles avaient entendu la porte du toit s’ouvrir et étaient sûres d’avoir coincé l’intrus… mais le coupable était introuvable.

Je pourrais m’échapper si elles partent… mais que faire… ?

Alus était accroché au mur, mais quand il avait baissé les yeux, il s’était plaint que cette agitation ne s’atténuerait probablement pas avant un certain temps.

Le plan de présentation de la plus grande héroïne

Attention !

Cette nouvelle contient des révélations, il est donc recommandé de la lire après avoir terminé le premier tome.

Tesfia : « Ahem. Bonjour à tous les fans de Saikyou Mahoushi no Inton Keikaku… ah ha… »

Le sourire de Tesfia était maladroit et forcé. Ses cheveux roux manquaient de lustre et sa queue de cheval était basse. Elle parlait à la fille aux cheveux argentés à côté d’elle ce qu’elle ressentait vraiment.

Tesfia : « C’est trop soudain… ! Je n’ai pas du tout pu me préparer ! »

Loki : « Aimeriez-vous répéter vos sourires forcés encore un peu ? »

Tesfia : « Argh… Je suis censée être une invitée ici. »

Loki : « C’est ce qu’il semble… Mais à la suite d’une erreur, vous êtes ici à la place de Sire Alus. Vous parlez de gâcher l’ambiance. De toutes, avec toutes les fois où il a reçu une mission importante ! Normalement, Sire Alus devrait aussi avoir la priorité sur elle, bon sang. »

Tesfia : « Tu te plains tout haut ! »

Loki : « Hmm ? Qu’est-ce que vous racontez ? Je ne pense pas que vous ayez le droit de parler des autres. Maintenant que vous êtes là, c’est plus fort que moi. Je vais devoir l’endurer pour le bien de Sire Alus. »

Tesfia : « Mme Loki ? Ta façon de parler devient imprudente. Je pense que tu es trop rude avec moi. »

Loki : « Non, je suis comme ça depuis le début. En plus, un gingembre rouge mariné est suffisant pour vous remplacer. »

Tesfia : « Cruel ! »

Loki : « Rien de tout cela n’a d’importance. Alors, allez finir votre travail pour pouvoir partir. »

Tesfia : « Je vais pleurer ici… »

Loki : « Ce serait inesthétique. Mais ça ne me dérange pas, alors allez-y, pleurer à mort. »

Tesfia : « … Je vais passer mon tour !! Commençons le spectacle. »

Loki : « Eh bien, je vais commencer. »

Loki baissa les yeux, puis leva la tête. En un clin d’œil, l’atmosphère changea, et c’était comme une fleur qui s’épanouissait devant Tesfia. Loki ne laissait normalement jamais ses émotions apparaître à la surface, mais en ce moment elle avait un grand sourire éclatant sur son visage.

Loki : « Bonjour, tout le monde, je m’appelle Loki Leevehl et c’est un plaisir de faire votre connaissance ! »

Tesfia : « Qu-Quoi !? ... Comment peux-tu changer aussi vite ? Je ne savais pas que tu avais un tour spécial comme ça ! »

Loki : « Si vous vous prenez pour une héroïne, soyez au moins capable de faire quelque chose comme ça. Qu’est-ce que c’était à l’instant ? C’est impoli pour tous les lecteurs. »

Tesfia : « Arrh… euh, enchantée, ravie de vous rencontrer… »

Loki : « Ahh, ce sourire tendu est parfait ! Alors, passons à autre chose. »

Tesfia : « Attends un instant ! »

Loki : « Alors Mme Tesfia, quelle scène vous a le plus marqué ? Allez-y. »

En tapant dans ses mains, Loki exhorta Tesfia à répondre. Tesfia recula, mais finit par se rétablir et posa son doigt sur son menton en parcourant ses souvenirs.

Tesfia : « Hmm, le point culminant pour le Volume 1 serait mon affrontement contre Al où j’ai perdu de peu, et cette fois où il m’a regardée du toit du bâtiment de recherche. Je pensais que c’était un intrus, et il ne m’a même pas saluée. Vu ce regard dans ses yeux, il a dû chercher à éviter de payer la dette de la cafétéria. »

Loki : « De penser que quelque chose comme ça s’est passé quand je n’étais pas là… c’est un peu désagréable, alors je pense qu’il est temps d’en finir. »

Tesfia : « … Tu fais ce que tu veux, n’est-ce pas ? »

Loki : « Je suis l’hôte, donc je n’accepte aucune plainte. Vous, les bas gradés, vous pouvez vous taire. »

Tesfia : « Oui, oui, oui… fais ce que tu veux ! »

Loki : « Alors, Mme Tesfia, n’avez-vous pas envie de faire un dernier travail ? »

Tesfia : « Hein ? Veux-tu dire quelque chose après avoir tout bouclé ? »

Loki : « Bien sûr. C’est vous qui utilisez le précieux temps de présence de Sire Alus. Qu’est-ce que je peux faire de vous ? Je vais vous donner une dernière chance, alors allez-y, remerciez-nous. »

Tesfia : « Si soudain ! »

Loki : « 3, 2, 1. Allez. »

Tesfia avait saisi sa jupe, plaça un pied derrière l’autre et s’inclina. Avec un sourire brillant et un regard ferme, elle parla.

Tesfia : « Merci pour votre achat. Ce fut un honneur pour cette Tesfia Fable. »

Loki : « Dire que vous n’hésiterez pas à flirter comme ça… la seule grâce que vous avez est la disgrâce. »

Tesfia : « … »

Les épaules de Tesfia tremblèrent, avant de s’arrêter complètement. Finalement, sa tête avait fini par se baisser. Elle se tourna alors mécaniquement pour regarder Loki. Ses yeux étaient vides, ne reflétant rien d’autre que le vide. Un « hahahaha » sec indiquait qu’elle avait perdu, et elle avait les larmes aux yeux.

Tesfia : « Waaaaaah... »

Loki : « Elle a craqué !? Quoi, avez-vous les larmes aux yeux !? Ah, c’est de la magie de glace ! On va vraiment se faire gronder si vous utilisez ça ! Whoa, stop! »

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Illustrations

 Fin du tome 1.

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