Murazukuri Game no NPC ga Namami no Ningen toshika Omoenai – Tome 1

***

Prologue

« Allez, Carol, Chem. Toi aussi, Gams ! Ne reste pas assis là ! »

L’homme était assis seul dans une pièce lugubre. La seule lumière provenait de l’écran d’ordinateur étincelant devant lui. Ses cheveux étaient ébouriffés et non brossés. Son sweat-shirt et son pantalon avaient sûrement dû être portés plus d’une fois à ce stade. Il avait cependant l’air propre, comme s’il se douchait régulièrement. Il marmonnait pour lui-même, mais il ne semblait pas en colère. Et malgré son ton exaspéré, il souriait.

Le contenu de sa chambre était simple : un bureau et l’ordinateur posé dessus, une bibliothèque remplie de mangas et de LN. Au sol, il y avait son futon, qu’il ne prenait jamais la peine de replier, et quelques poids qui traînaient dans un coin.

Habituellement, l’homme dormait toute la journée et jouait à des jeux le soir. Ces derniers temps, cependant, il commença à se lever tôt le matin. La raison ? Un nouveau jeu : Le Village du Destin.

Sur l’écran de son ordinateur, des gens coupaient la vaste forêt qui les entourait et construisaient un village. Ils semblaient très humains.

L’I.A. du jeu était impressionnante, surtout en ce qui concernait les conversations. En dehors des salutations standard, l’homme voyait rarement les mêmes lignes deux fois.

« Hé, tout le monde ! C’est l’heure de la prophétie quotidienne ! »

Une belle femme vêtue d’une robe sacrée apparut sur l’écran. Elle ouvrit un livre brillant tandis que les villageois se rassemblaient autour d’elle.

L’homme sourit chaleureusement.

« Les gars, faites de votre mieux pour moi, d’accord ? », chuchota-t-il tout en sachant que les villageois ne pouvaient pas l’entendre.

***

Le simulateur de village

Chapitre 1 : Chapitre 1 : Un jeu étonnant et un homme qui ne le mérite pas

« Il faut que tu trouves un travail. Ton père ne peut pas travailler éternellement ! Tout va bien pour l’instant, mais qu’en est-il de l’avenir ? Que feras-tu quand nous serons partis ? »

« Allez, maman, tu m’as dit ça un million de fois ! Je le sais ! »

Pourquoi ne pouvait-elle pas me laisser manger mon déjeuner en paix ? J’aurais dû faire la grasse matinée, comme d’habitude.

Pourtant, elle avait raison. J’étais le pire. J’avais réussi à obtenir mon baccalauréat et mon diplôme sans faire beaucoup d’efforts, mais je n’arrivais pas à trouver un emploi, peu importe le nombre d’entreprises auxquelles je postulais. Une année s’était écoulée… puis une autre… et une décennie plus tard, j’étais toujours au chômage.

« Tu as trente ans ! Trente ans ! Notre voisin Masashi-kun a trente ans, et il a un bon travail à plein temps et un enfant adorable ! »

Ce n’était pas la première fois qu’elle parlait de Masashi-kun. C’était toujours lui ou mes camarades de classe. Ils travaillaient tous dur, et certains avaient déjà leur propre famille. Comparé à eux, je n’avais rien accompli.

« Je n’ai plus faim. »

Je m’étais levé de ma chaise, voulant sortir de cette conversation. Mais au moment où je m’apprêtais à retourner dans ma chambre, mon seul refuge au monde, on sonna à la porte. J’avais vérifié l’interphone. Cela ressemblait à un paquet.

« Livraison ! », dit l’homme.

J’étais sur le point de laisser quelqu’un d’autre le recevoir quand je remarquais le logo familier sur le côté de la boîte : il s’agissait d’un site web d’achat.

« J’arrive tout de suite ! », dis-je.

« Ne me dis pas que tu as acheté quelque chose avec tout cet argent que tu n’as pas », grogna ma mère.

« Non. J’ai dû gagner un autre concours. »

J’aimais participer à des concours en ligne. J’avais gagné quelques fois. Comme parfois les prix étaient des articles pour adultes, j’avais décidé qu’il était plus sûr d’y aller moi-même. Il pourrait y avoir quelque chose que je ne voudrais pas que mes parents voient.

J’avais ouvert la porte. Le livreur m’avait alors regardé fixement pendant une seconde. Je savais exactement pourquoi. J’étais une personne qui devrait être dehors en train de travailler… mais au lieu de ça, j’étais à la maison, et j’avais l’air d’une loque. J’étais habitué à ça. Honnêtement, la plupart de mes voisins étaient moins subtils que ce type.

« Veuillez signer ou tamponner. »

« Je vais signer. »

Je lui avais pris la petite boîte légère.

« N’est-ce pas de la nourriture ? » demanda ma mère tout en regardant mon paquet.

Mais quand elle vit qu’il était petit, elle s’en désintéressa et retourna dans la cuisine. J’avais apporté le paquet à l’étage dans ma chambre et j’avais fermé la porte derrière moi.

Je l’avais ouvert pour trouver…

« Hein, un jeu. »

Dans la boîte, il y avait un CD-ROM et une seule feuille de papier. Tout ce que le disque contenait était le nom du jeu, et la feuille de papier ne contenait aucune image ou capture d’écran, ni même le nom de l’éditeur. J’avais participé à quelques concours avec des jeux en guise de prix et j’avais également postulé pour tester certains jeux, peut-être s’agissait-il de cela ? Mais je ne me souvenais pas de ce jeu en particulier.

« Le Village du destin. C’est quoi, une copie bêta ou quoi ? », dis-je en lisant.

Je ne me souvenais pas avoir participé à un concours pour gagner ce jeu, j’avais donc décidé de lire la lettre.

*****

Cher Yoshio-sama,

Félicitations ! Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été sélectionné pour tester notre nouveau jeu en alpha-test.

Vous jouez le rôle d’une divinité qui régit le destin des villageois qui vous vénèrent. Une fois par jour, vous réalisez une prophétie, leur donnant des instructions pour les aider à développer leur village. Notre I.A. révolutionnaire donne à nos personnages la capacité de parler et d’agir comme de vrais humains !

Révolutionnaire… C’était une affirmation audacieuse, même pour une démarche publicitaire. Il faudra voir ce qu’il en est.

C’est tout ce que nous allons vous dire pour l’instant. Le reste, vous l’apprendrez en jouant !

Le jeu ressemblait à une sorte de simulation de village. Je connaissais déjà les jeux de simulation de ville, mais de village, c’était une première pour moi.

S’il vous plaît, promettez de garder le contenu du jeu confidentiel, et n’en parlez jamais sur le net. Si vous le faites, le jeu devra nous être rendu.

Une promesse ? N’ont-ils pas l’habitude d’appeler ça une condition ? Ne vont-ils pas me faire signer une sorte d’accord de confidentialité ? De plus, même si je divulguais quelque chose en ligne, ce n’était pas comme s’ils savaient qui l’avait fait. Je ne pouvais quand même pas être le seul testeur alpha.

Deux autres choses. Premièrement, ce jeu nécessite une connexion Internet. Deuxièmement, si vos villageois sont décimés, le jeu s’arrête définitivement. Le jeu utilise une sauvegarde automatique, donc vous ne pourrez pas recharger à partir d’un fichier de sauvegarde précédent.

Ça, c’était juste méchant. En plus, ça n’avait aucun sens. J’étais censé faire un test alpha pour eux, non ? Et si les niveaux de difficulté devaient être modifiés ? J’avais pris note de ceci afin de m’en plaindre.

Honnêtement, ça me semblait un peu louche. J’avais cherché le titre en ligne, mais rien n’était apparu. Et comme je n’avais pas le nom de la société de développement, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre. Tout cela commençait à sembler vraiment suspect.

Je ne veux pas prendre le risque d’attraper un virus…

J’avais gagné mon PC principal comme prix, mais je ne m’étais jamais débarrassé de mon ancien PC. J’avais décidé d’essayer le disque sur celui-ci en premier. S’il était détruit, ce n’était pas grave.

J’étais sûr à ce moment-là que tout cela n’était qu’une sorte de farce, mais ce n’était pas comme si j’avais quelque chose d’important à faire. Et puis, si je me faisais avoir, ça ferait au moins une bonne histoire à mettre en ligne.

J’avais configuré mon vieux PC et mis le disque dans le lecteur. Il n’y avait même pas la liste des spécifications requises, la seule façon de savoir s’il fonctionnerait était donc de l’essayer. Le titre Le Village du destin était apparu sur mon écran en grosses lettres, le mot « entrer » clignotant en dessous.

Minimaliste, ou juste paresseux ?

J’avais appuyé sur la touche « Entrée ».

« Sérieux… »

Les graphismes sur mon écran étaient magnifiques, bien loin du pathétique écran de titre. J’avais regardé un chariot traverser une forêt, tiré par deux chevaux alezans. Je pouvais voir chaque poil et chaque goutte de sueur sur la peau des chevaux qui galopaient.

Bien sûr, les graphismes s’amélioraient sans cesse, mais c’était les graphismes les plus réalistes que j’avais jamais vus…

J’avais regardé avec émerveillement la suite de la scène d’ouverture. Les chevaux galopaient à travers la forêt. Le conducteur tenait les rênes, jetant de temps en temps un regard paniqué en arrière. Il avait de beaux traits ciselés, marqués par une grande cicatrice sur le visage. Ses vêtements m’avaient cependant intéressé plus que son visage. À première vue, ses vêtements ressemblaient juste à des chiffons sales et brunâtres, mais en regardant de plus près, il portait une armure en cuir. Il avait une épée longue sur son dos et une dague à sa taille.

« Donc, c’est un jeu de simulation… qui se déroule au Moyen-Âge. Hm. »

La caméra fit un panoramique de la charrette bruyante, révélant ce qui la poursuivait : une meute de créatures ressemblant à des sangliers, chevauchée par des humanoïdes à la peau verte, aux yeux rouge sang et aux crocs acérés sortant de leur bouche, montrant clairement qu’ils n’étaient pas humains. D’accord, ce n’était pas vraiment historique, donc… c’était un jeu de fantasy avec des monstres.

La caméra s’éloigna ensuite des bêtes, passa devant le nez des chevaux et pénétra dans la charrette elle-même. À l’intérieur se trouvait une famille de trois personnes : un homme timide d’âge moyen tenant sa femme et sa fille près de lui avec des bras tremblants. En face d’eux était assise une jeune fille en tenue religieuse. Ses mains étaient jointes et elle invoquait le « Dieu du destin ».

La caméra était revenue à une vue aérienne. Les monstres se rapprochaient et frappaient le chariot avec des épées et des haches rouillées. À chaque coup, l’écran tremblait et les gens à l’intérieur criaient.

Je savais que c’était un jeu, mais la détresse sur leurs visages et la peur dans leurs cris étaient si réelles ! Soudainement, le chariot fut enveloppé d’une lumière dorée, et j’avais expiré. J’avais retenu ma respiration.

Le livre de la jeune fille qui priait était la source de cette lumière. Aveuglés, les monstres se protégèrent les yeux et se mirent à hurler. Beaucoup d’entre eux tombèrent de leur sanglier alors que les chevaux tirèrent finalement le chariot en lieu sûr.

*****

Après que le chariot en lambeaux se soit arrêté dans une clairière, le conducteur en armure poussa un petit soupir. Il descendit de son siège, mais ce fut qu’après avoir bien regardé autour de lui qu’il se permit de s’étirer.

Les gens sortirent de l’arrière un par un. La famille de trois personnes s’était serrée les unes contre les autres, le soulagement se lisant sur leurs visages. La religieuse était allée parler au chauffeur, mais leurs voix n’étaient pas audibles. La caméra fit un lent panoramique autour des personnages avant de remonter à la vue d’ensemble.

« Je suppose que la scène d’ouverture est terminée. Et maintenant ? »

J’avais fait pivoter la souris sur l’écran. Il n’y avait pas de texte explicatif, c’était donc tout ce que je pouvais faire. J’avais essayé de cliquer sur le cocher.

Gams, 26 ans. Épéiste avec d’innombrables cicatrices de combat sur son visage et son corps. Frère aîné de la prêtresse Chem.

« En cliquant sur eux, on obtient leur biographie, hein ? Ce n’est pas surprenant. »

J’étais ensuite allé voir la fille qui priait.

Chem, 19 ans. Prêtresse qui vénère le Dieu du destin. Petite sœur de Gams.

« Une paire de frère et sœur épéiste et prêtresse ? Intéressant… »

Gams avait des cheveux et des yeux noirs, tandis que Chem avait des cheveux bruns et des yeux bleus. Ils ne ressemblaient pas à des frères et sœurs, mais ils étaient tous les deux beaux et on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’un jeu s’embarrasse de ressemblance familiale. Gams avait une allure robuste, et son corps était à la fois musclé et mince. Sans ses cicatrices, j’aurais pensé qu’il était une sorte d’athlète. Chem, par contre, était plutôt guindée et correcte, ce qui rendait sa tenue de prêtresse encore plus appropriée. Sa tenue ample dissimulait sa silhouette, mais on voyait tout de même qu’elle avait une poitrine assez formée.

D’après mon expérience, les jeux occidentaux donnaient toujours à leurs personnages féminins des traits de visage trop marqués, tandis que les hommes étaient bizarrement plus musclés. Dans ce jeu, cependant, le design des personnages semblait plus orienté vers un public japonais.

« Je me demande où ce jeu a été fait. »

La plupart des jeux de simulation venaient de l’occident et étaient traduits en japonais, mais j’avais le sentiment que ce jeu était un original japonais. D’après la qualité des scènes, ce jeu semblait avoir un budget décent. Rien que ces graphismes attireraient certainement beaucoup d’attention en ligne.

J’étais curieux, mais je ferais des recherches plus tard. J’avais encore quelques biographies de personnages à lire. À savoir, la famille de trois personnes.

J’avais commencé par le père. Il était mince, avec des cheveux blonds sales, des yeux tombants et des joues creuses, un type tout à fait maigre. Certainement pas quelqu’un que je choisirais pour m’aider dans un combat.

Rodice, 33 ans. Mari, et père d’une fille. Dirige un petit magasin général dans le village.

J’étais passé à sa femme. Ses cheveux couleur cuivre étaient attachés en une queue de cheval. Ses yeux étaient grands, et sa bouche était large. Elle était aussi plus charnue que Rodice. Je la choisirais bien pour m’aider dans un combat.

Lyra, 30 ans. Volontaire et dominatrice.

Leur fille avait des cheveux dorés ondulés et de grands yeux. En d’autres termes, elle avait hérité des meilleurs traits de ses parents. J’avais cliqué sur la fille pendant qu’elle gambadait.

Carol, 7 ans. Toujours souriante, mais mature pour son âge.

« Ce doit être les personnages principaux… Donc je suppose que c’est eux que je dois diriger, hein ? »

Le problème était que je ne savais pas trop quoi faire. Bien sûr, les graphismes étaient superbes, mais si je ne maîtrisais pas les commandes, je serais coincé à regarder le même écran pour toujours.

La lettre ne parlait-elle pas d’une prophétie ? J’avais fouillé dans le paquet pour essayer de la retrouver, quand j’entendis soudainement un étrange bruit de tapotement. J’avais regardé l’écran et j’avais constaté que mes villageois parlaient entre eux, leur discours étant écrit dans des zones de texte. Il semblerait que seules les scènes de ce jeu soient parlées.

« Je suis désolé… J’étais censé défendre tout le monde, mais c’est tout ce que j’ai pu faire pour vous sauver tous les quatre… »

Gams s’inclina en s’excusant devant Rodice et sa famille.

« Le fait que nous ayons survécu est déjà un miracle. Nous devrions vous remercier ! »

Rodice inclina sa tête plus profondément que Gams, sa femme et sa fille suivirent son exemple.

« Quelle était cette lumière à l’instant, Gams ? Dis-moi, Grand Frère ! », demanda Carol avec impatience.

« Allons, allons, Carol. Comme je te l’ai dit tant de fois, Gams est mon frère, pas le tien. »

Chem s’avança pour essayer de déloger Carol du bras de Gams, auquel elle s’accrocha comme à de la colle.

Bien qu’il n’y ait aucune indication de son émotion dans le texte, le minuscule graphique affiché au-dessus de la tête de Chem montrait qu’elle était en colère. J’avais zoomé sur son visage. Bien sûr, même si son expression était douce, elle n’avait pas l’air amusée. Elle devait être du genre petite sœur affectueuse. Vu l’archétype populaire et son beau design, si elle n’était pas un personnage principal, je mangerais le disque du jeu.

« Allez, Chem, c’est juste une enfant. »

« Désolée, Gams. »

« Oui, je suis juste une enfant ! »

Carol jeta un regard noir à la fille plus âgée, qui lui rendit son regard noir.

Gams laissa échapper un soupir. On dirait que tous ces personnages avaient leur propre personnalité et leur propre histoire.

Ce jeu semblait de mieux en mieux. Les graphismes n’étaient pas seulement magnifiques, les animations des personnages étaient aussi incroyablement variées. Plus je regardais, plus je me sentais happé par le jeu.

« Très bien, vous deux, arrêtez de flirter. Parlez-nous de cette lumière », dit Lyra.

Chem s’était éclairci la gorge : « On n’était pas… Bref. Cette lumière est sortie de mon livre saint. »

Elle tendit son livre pour le leur montrer. À ce moment-là, le PC avait émis un bip et un texte apparu à l’écran.

« Vous êtes le Dieu de ces villageois, celui qui doit diriger leur communauté et l’aider à s’épanouir. Vous ne pouvez pas contrôler les personnages, mais vous pouvez écrire une nouvelle prophétie dans leur livre sacré une fois par jour. Essayez d’écrire quelque chose maintenant. N’importe quoi fera l’affaire. »

« Attendez, il n’y a pas de liste ? Je dois écrire quelque chose par moi-même ? »

C’était trop bizarre ! L’I.A. de ce jeu était-elle vraiment capable de comprendre n’importe quel message que je faisais ? Cela semblait totalement impossible.

Peut-être que le programme sélectionnait simplement des mots-clés de mon texte pour dicter le comportement des personnages… mais même cela semblait au-delà des capacités d’un jeu vidéo normal. J’avais entendu parler d’une I.A. capable de penser et d’apprendre, mais cela faisait partie d’un projet de recherche de plusieurs millions de dollars. Cela n’avait rien à voir avec les jeux vidéo.

« Je vais juste l’essayer. Je peux m’inquiéter de comment ça marche plus tard. »

J’avais tapé la phrase la plus longue, la plus verbeuse et la plus divine que j’avais pu trouver. Puis je m’étais assis et j’avais attendu de voir ce qui allait se passer.

***

Chapitre 2 : Chapitre 2 : Le Dieu du Jeu et le vrai moi

J’avais fini par écrire une longue prophétie pour mes villageois, juste pour voir s’ils pouvaient en comprendre ne serait-ce qu’un fragment. S’ils le pouvaient, ce jeu avait le potentiel d’entrer dans l’histoire.

Mes fidèles disciples, je suis le Dieu du Destin. Mon miracle vous a permis de sortir sains et saufs de l’attaque des monstres afin que vous puissiez vivre une vie paisible et heureuse dans le village que vous allez construire ici. À partir de ce jour, je vous transmettrai un message chaque jour. Suivez mes commandements et vous prospérerez, désobéissez-y à vos risques et périls ! Votre première tâche consistera à abattre des arbres pour vous construire un abri.

Je n’aimais pas écrire de manière aussi prétentieuse, mais j’étais Dieu, non ? Ou du moins, un Dieu, et c’était plutôt amusant. J’avais prévu d’écrire n’importe quoi, puisqu’ils ne comprendraient de toute façon pas, mais je m’étais tellement amusé que j’avais même vérifié les fautes de frappe dans mon texte. J’avais secoué la tête d’un air ironique en appuyant sur la touche Entrée.

Le livre dans les mains de Chem s’était éclairé. Elle s’était alors empressée de l’ouvrir.

« C’est donc Lui qui a fait ce miracle tout à l’heure… Seigneur, merci ! »

Chem s’était mise à genoux et avait joint ses mains, tournées vers le ciel.

« Tout le monde ! Le Dieu du Destin nous a envoyé un message ! »

Pour quelqu’un dont le travail consistait à prendre des messages de Dieu, Chem semblait terriblement surprise. Les villageois s’étaient rassemblés pour regarder le livre. J’attendais avec impatience leurs réactions.

Gams et Rodice le fixaient avec étonnement, les yeux écarquillés.

« Qu’est-ce que ça dit ? Ni Carol ni moi ne savons lire », dit Lyra d’un air penaud.

Carol fit écho avec joie : « Nous ne savons pas lire ! »

« Je ne peux en lire qu’une partie. C’est un peu compliqué par endroits. Chem, tu peux le lire pour nous ? », dit Gams.

« Mais Gams… »

Chem avait commencé, mais elle hocha ensuite la tête.

« C’est une bonne idée, Gams. Je vais le lire à haute voix. »

À en juger par la réaction de Chem, Gams faisait seulement semblant d’être mauvais en lecture, probablement pour que Lyra et Carol ne se sentent pas mal. C’était un gars assez calme, mais il semblait avoir un bon cœur. Au début, je l’avais un peu détesté parce qu’il avait tant de qualités, mais je m’étais surpris à l’apprécier.

J’aimais le temps que ce jeu consacrait aux petits détails. Certains diront que le rythme était trop lent, mais j’aimais ce genre de développement dans les personnages. Je n’étais pas l’un de ces joueurs qui voulaient passer directement à l’action.

Chem prit une grande inspiration et lut mon message aux autres mot pour mot. Je n’avais pas été très impressionné par cette lecture. Il n’était probablement pas difficile du point de vue de la programmation de faire répéter à un personnage exactement ce que j’avais écrit.

« Le Seigneur nous a sauvés ! Il prend soin de nous ! Quelle joie d’être en vie ! », déclara Chem.

« Et Il nous parlera tous les jours ! Oh, Seigneur, merci ! »

Rodice et sa femme tombèrent à genoux à côté de Chem. Carol aussi, bien que je ne sois pas sûr qu’elle comprenne ce qu’elle faisait. Gams ferma les yeux et inclina la tête en une prière silencieuse.

« Pas possible… », avais-je murmuré.

Ils réagissaient comme s’ils avaient compris chaque mot que j’avais écrit. Ce jeu semblait bien trop avancé. C’était vraiment un jeu à part, différent de tout ce que j’avais déjà rencontré. J’avais utilisé des applications qui pouvaient répondre à des questions simples et rechercher des choses sur Internet pour vous, mais je doutais qu’elles puissent comprendre quelque chose d’aussi complexe. Peut-être que le jeu avait des scènes prédéfinies basées sur le type de messages que les gens étaient susceptibles d’écrire et que j’en avais déclenché une ?

« Si le Dieu du Destin dit que nous devons construire un abri ici, faisons-le ! Allons couper. », dit Gams.

Ou peut-être que ces personnages avaient vraiment compris tout ce que j’avais écrit.

« Tous les arbres que nous avons abattus seront trop verts pour être utilisés pendant un certain temps. Ils devront être façonnés et séchés. », dit Rodice.

J’avais été surpris par cette tournure de la conversation. Un jeu normal aurait laissé de côté ces détails et vous aurait permis de transformer du bois en habitation en cliquant sur un bouton. Dans quelle mesure le Village du Destin se voulait-il réaliste ?

« Doit-on vraiment faire sécher le bois ? »

Chem demanda exactement ce que j’avais en tête.

« Les arbres contiennent beaucoup d’eau. Si on ne sèche pas le bois avant de l’utiliser, il finit par se déformer. Même en essayant de traiter le bois avant de le sécher, le produit fini aura toutes sortes de problèmes. »

« Oh. Je ne savais pas ça. »

Chem et moi avions hoché la tête en signe de compréhension en même temps.

C’était nouveau pour moi. Jusqu’à présent, je ne faisais pas un très bon travail de présence omnisciente.

« Le Seigneur travaille de façon mystérieuse. Il doit savoir ce qu’il fait. Pourquoi ne pas commencer par collecter le bois ? Même si nous ne pouvons pas l’utiliser tout de suite, nous pouvons commencer à le rassembler. »

Je suis content de voir que Rodice a au moins foi en moi…

Ils déballèrent le chariot pour aller chercher leurs scies et leurs haches, et chargèrent les hommes, Rodice et Gams, de ramasser le bois. Pendant ce temps, les femmes étaient parties à la recherche de nourriture.

En faisant défiler la molette de la souris, j’avais pu faire un zoom avant et arrière. J’avais décidé de regarder la carte. Lorsque j’avais fait défiler la carte, j’avais constaté que la majeure partie de la carte était recouverte par un brouillard sombre, les seules zones éclairées étant celles où mes personnages travaillaient et la route sinueuse particulière à travers la forêt. En d’autres termes, la carte ne montrait que les zones où mes personnages étaient déjà allés.

« Demain, j’enverrai quelqu’un en exploration. »

Je commençais à être frustré. Je ne pouvais pas contrôler les personnages, et je ne pouvais pas avancer dans le jeu. Il n’y avait pas d’option d’avance rapide.

« Ne me dites pas que ce jeu doit être joué en temps réel… Ça veut dire que je dois attendre demain dans la vraie vie pour envoyer mon prochain message ? C’est impossible ! »

Où était le plaisir là-dedans ? ! Bien sûr, c’était assez agréable de regarder les différents personnages, mais je n’appellerais pas ça « jouer » à un jeu. J’avais appuyé sur des touches aléatoires du clavier, en espérant que quelque chose se produise. J’avais dû faire quelque chose de bien, car un message était apparu.

« En tant que Dieu du destin, vous pouvez utiliser vos Points de Destin pour accomplir divers miracles. »

(NdT : l’expression Points de Destin sera abrégé PdD ensuite)

« C’est quoi les Points de Destin ? », avais-je demandé à haute voix.

« Les PdD sont gagnés lorsque la gratitude de vos villageois à votre égard augmente. Votre total de PdD est affiché dans le coin supérieur droit de l’écran. »

J’avais jeté un coup d’œil. Il y avait un symbole qui ressemblait au livre saint de Chem, ainsi qu’un nombre.

« Plus la population de votre village augmente, plus vos PdD augmentent. Elle augmentera aussi quand vos prophéties gagneront la gratitude des villageois. »

Je gagnerais donc plus de PdD si mes prophéties étaient utiles. Je devrais faire plus attention à ce que j’écrirais à l’avenir.

« Voici une liste de miracles que vous pouvez accomplir. En améliorant votre village et en augmentant votre population, vous débloquerez des miracles plus puissants. »

Mon opinion sur ce jeu montait et descendait comme une balançoire. Avec ce nouveau développement, je m’étais retrouvé accroché une fois de plus. J’avais fait défiler la liste des miracles.

« On dirait que je ne peux pas leur donner uniquement des objets. Voyons voir… “Créer un marchand itinérant”, “Créer un médecin itinérant”, “Créer un chasseur”, “Réunir les villageois en fuite”. Bon, j’ai compris. Je suis le Dieu du Destin, mon pouvoir consiste donc à influencer le destin des gens. Ah, et il y a des miracles liés à la météo. Je suppose que c’est une chose qu’un Dieu peut faire. »

Enfin, quelque chose qui comptait dans le jeu !

Je n’avais que 100 PdD pour commencer, peut-être ceux obtenus par la gratitude de mes villageois pour les avoir aidés à échapper aux monstres. Il était logique que le jeu vous fasse démarrer avec un peu d’argent, mais ce n’était pas suffisant pour faire grand-chose. Je devais choisir avec soin. J’avais donc décidé de les sauver, même si j’avais vraiment envie de tenter un miracle. Après tout, je ne savais pas encore ce dont mes villageois avaient besoin. Je devrais probablement écouter ce qu’ils avaient à dire avant de leur envoyer des miracles.

Gams et Rodice étaient occupés à couper des arbres en silence, il semblerait donc que je n’allais pas obtenir grand-chose d’eux. Bien que Rodice s’efforçait de faire la conversation, Gams ne répondait que par un « oui » occasionnel.

« Bonne chance, Rodice », avais-je marmonné tout en décidant qu’il serait plus logique de voir ce que les femmes faisaient pour le moment.

« Combien de nourriture as-tu réussi à prendre, Lyra ? », demanda Chem alors qu’elle et Lyra cueillaient des plantes ensemble.

« Trois boîtes, donc environ deux semaines d’approvisionnement tant qu’on fait attention. Ce qui est un miracle, étant donné la gravité de la situation. »

« Deux semaines… Ça va passer en un clin d’œil. »

De la nourriture, hein ?

Je me demandais si le marchand ambulant vendrait de la nourriture, mais je ne savais même pas si mes villageois avaient de l’argent. Ils pourraient être parfaitement capables de trouver leur propre nourriture si je les laissais faire. Ce que je voulais vraiment, c’était savoir quelles options ils avaient pour trouver de la nourriture dans la région.

« Peut-être que je devrais demander à Gams de faire un peu de reconnaissance demain ? Mais je ne sais pas si c’est prudent de laisser les autres seuls… »

En fouillant les environs, il serait plus facile de préparer mes villageois à d’éventuelles menaces. En même temps, je ne savais pas ce qu’il y avait là-bas. Il serait peut-être plus dangereux de les séparer.

Je ne savais pas quoi faire. Du point de vue du jeu, envoyer la gamine explorer la zone serait le meilleur choix, puisqu’elle ne faisait pas grand-chose. Elle était plutôt inutile pour le village. Ainsi, si quelque chose la tuait, ce ne serait pas une si grande perte.

Mais je n’avais pas pu me résoudre à le faire. Ces personnages étaient trop humains. Je ne pouvais pas envoyer un petit enfant vers le danger et vivre avec. Ils travaillaient tous si dur, tirant le meilleur parti de leur vie. Si je prenais ces vies pour acquises, ils finiraient par me détester.

Bien sûr, ce n’était qu’un jeu vidéo, mais je voulais quand même voir comment chacun d’eux allait grandir et se développer.

Je ne joue que depuis trois heures, et je suis déjà attaché à eux… Je ne pourrai pas dormir ce soir si je les mets en danger.

Quelle serait la meilleure chose à faire pour eux, pour leur survie ? J’avais jeté un autre coup d’œil à la liste des miracles pour voir si quelque chose pouvait les aider. Leur plus gros problème pour le moment était la nourriture. Il fallait s’assurer ensuite qu’ils aient les bons outils et les bons matériaux pour se construire des maisons.

« Attendez, c’est quoi ça ? »

En dessous de la liste des miracles, il y avait une dernière option : « Familiers »

Dans les histoires fantastiques, les familiers étaient des serviteurs magiques qui aidaient leurs maîtres en allant chercher des objets ou en recueillant des informations.

« Recueillir des informations ! »

Si j’avais un familier, je pourrais peut-être l’utiliser pour explorer une plus grande partie de la carte !

J’espère juste pouvoir m’en offrir un avec les PdD que j’ai.

En cliquant sur le bouton, j’étais arrivé à une liste de familiers disponibles. J’avais parcouru la liste. Il devait y en avoir au moins cinquante !

« Chiens, chats, souris, lézards, grenouilles, serpents, chauves-souris, corbeaux, pigeons… »

La liste ne contenait pas que des animaux ordinaires. Il y avait un bon nombre de créatures fantastiques, comme les licornes et les slimes. J’avais à peu près assez de PdD pour une grenouille, une souris ou un lézard, mais avec une petite chose comme ça, que pouvais-je vraiment faire ? Elle risquait de se faire dévorer par quelque chose dès qu’elle mettrait le pied dans les bois. Si je voulais explorer la région, un oiseau serait le mieux, mais ils étaient tous assez coûteux. Je pouvais obtenir qu’un poussin pour le moment.

« Inutile… sauf si mon peuple aime les œufs. Et de toute façon, il faudra un certain temps avant qu’il puisse en pondre. »

Un chat ou un chien serait aussi un bon choix, mais je n’avais pas assez de PdD pour me les offrir. Je m’étais alors demandé s’il y avait un autre moyen de gagner des points que la gratitude de mes villageois. Comme si le jeu lisait dans mes pensées, un message était soudainement apparu sur l’écran.

« Vous pouvez acheter des PdD avec de la monnaie réelle. 1 000 yens vous permettent d’acheter 10 PdD. »

Super. Et j’étais là, sans emploi et fauché. Bien sûr, le jeu avait des microtransactions. J’aurais dû m’y attendre, mais j’étais assez dégoûté qu’ils les aient mises dans la version alpha du jeu.

Si j’achetais 20 000 yens de PdD, je pouvais m’offrir un chat ou un petit chien. Et en général, avoir plus de points rendrait la vie de mes villageois beaucoup plus facile. J’avais alors pris mon portefeuille dans la petite mallette à côté de mon ordinateur et je l’avais ouvert.

« Seulement 10 000 yens, hein ? Je pourrais peut-être vendre quelques vieux livres ou jeux. Ou je pourrais vendre aux enchères en ligne certains de mes prix non ouverts… »

J’étais resté assis là à réfléchir pendant un long moment, ignorant la petite voix dans ma tête qui me disait que j’accordais trop d’importance à la vie d’une bande de pixels.

 

 

***

Chapitre 3 : Chapitre 3 : Enquête sur le jeu et son système de points

J’avais pensé qu’il serait préférable d’en savoir plus sur les mécanismes du jeu avant d’investir de l’argent. La première étape était de faire une liste des choses que j’avais déjà apprises. J’avais ouvert le bloc-notes de mon PC et j’avais commencé à taper.

« 1. le jeu fonctionne en temps réel. Pas d’avance rapide. Le gameplay est sommaire et manque de nombreuses fonctionnalités de simulation standard. »

Je m’étais demandé pourquoi les développeurs n’avaient pas réussi à implémenter les fonctions les plus basiques d’un jeu de simulation — il y avait si peu de choses que je pouvais faire. Bien sûr, il y avait des jeux qui avaient la réputation d’être particulièrement difficiles ou opaques, mais là, ça semblait extrême. Et voir que ce problème n’avait pas été soulevé lors du développement m’avait surpris, j’aurais aimé qu’ils fassent leur travail correctement. Mais ce n’était pas comme si je pouvais juger si quelqu’un était mauvais dans son travail.

« Si je veux voir ce qu’ils font le matin, je vais devoir me lever tôt… Je suppose que je vais devoir m’endormir en même temps qu’eux. »

J’avais la mauvaise habitude de me parler à moi-même en essayant de rassembler mes pensées, ou en jouant à des jeux et en regardant des animes. La seule personne à qui je parlais vraiment dans la vie réelle était ma mère. Tous mes amis étaient en ligne. Je soupçonnais que j’avais commencé à le faire pour me distraire de ma solitude.

« Si quelqu’un m’entendait, il penserait probablement que je suis super bizarre. »

Et voilà, je recommence…

« 2. la prophétie quotidienne. Innovation ou gadget ? Je ne peux leur envoyer qu’un message par jour, qu’ils reçoivent dans leur livre saint. »

« J’ai peut-être eu de la chance la première fois. Je me demande s’ils comprendront ce que je leur dirai demain. »

Il faudrait que je réfléchisse bien à mon message, surtout si mes villageois ne retenaient que des mots-clés comme je le pensais. Quoique, même ça, c’est assez impressionnant pour un jeu comme celui-ci.

« 3. Les points du destin (PdD) sont nécessaires pour accomplir des miracles. Ils peuvent être gagnés par la gratitude des villageois ou en dépensant de l’argent réel via des microtransactions. »

« Je ne peux pas encore dire si 1 000 yens pour 10 PdD valent le coup ou pas… »

J’avais déjà 100 PdD, et 1 000 yens ne m’en donneraient qu’un dixième. Cela ne semblait pas beaucoup, mais j’en serais certain quand j’aurais appris combien je pouvais gagner en une seule journée.

« 4. Miracles. En dépensant des PdD, je peux accomplir des miracles, la plupart d’entre eux étant liés au destin des gens, sans leur procurer des choses utiles. Quand ils commenceront à cultiver, je peux envoyer la pluie et je peux aussi acheter un familier. »

J’avais hâte d’acheter un oiseau ou un monstre à apprivoiser et à utiliser comme mes yeux et mes oreilles dans le monde du jeu.

« 5. PNJ. Les PNJs de ce jeu sont très réalistes. Ils peuvent comprendre ce que je leur dis, et ils ont des conversations qui semblent naturelles. »

« Sûrement la partie la plus intéressante de tout le jeu… »

Le comportement des PNJs avait vraiment attiré mon attention. La façon dont ils comprenaient la prophétie quotidienne était incroyable. Il existait bien des jeux où le personnage à l’écran réagissait à certains mots prononcés par le joueur, mais ces mots étaient généralement très limités, et les réponses préprogrammées. Même les assistants numériques n’étaient pas encore à ce niveau. Mais même en dehors de cela, leur conversation était si naturelle et variée. Ils ne disaient jamais deux fois la même chose, ce qui était quelque chose que je n’avais jamais rencontré auparavant, et j’avais joué à beaucoup de jeux vidéo.

Chaque personnage avait sa propre personnalité et sa propre façon de parler et de bouger. Les joueurs avaient l’habitude de voir les personnages faire toujours la même chose, mais ce jeu n’avait rien de cela. Leurs mouvements étaient tout aussi variés que leur discours.

Carol, la plus active des villageois était particulièrement intéressante. Elle sautillait, courait, marchait, sautait, tombait et retenait même ses larmes. Elle réagissait à tout ce qui se passait autour d’elle. Les visages des personnages étaient également impressionnants : à part Gams, je pouvais lire ce que chacun d’entre eux ressentait dans son expression à tout moment.

« C’est nouveau, ça ? », m’étais-je demandé à voix haute.

Les graphismes ne faisaient que s’améliorer au fil du temps, certains jeux devenaient très proches de la réalité. J’avais également entendu à la radio que les doubleurs devaient lire des scripts les plus épais qui soient pour enregistrer toutes les réactions vocales possibles. Mais c’était pour un jeu entier. Après une demi-journée de jeu, j’avais déjà l’impression d’avoir entendu plus de conversations de mes personnages que la plupart des jeux pendant toute leur durée de vie. Ils étaient tout simplement trop humains pour que je puisse croire qu’ils faisaient partie d’un programme. Aucun de leurs comportements ne semblait programmé.

« Je suppose que les gens ne plaisantaient pas quand ils disaient que l’I.A. devenait trop indépendante pour son propre bien. »

Je ne pouvais pas imaginer ce que cela pouvait être d’autre.

« Ou peut-être que c’est normal, et que ce truc est devenu bien plus avancé pendant que j’étais coincé à l’intérieur… »

Tout ce que je savais sur la société venait d’Internet. Les nouvelles ne m’intéressaient pas du tout, et tout mon historique de recherche était consacré aux jeux et aux animes. Peut-être que si je regardais la télévision, j’aurai une meilleure idée de ce qui se passait dans le monde, mais je n’en avais pas dans ma chambre. Tout ce dont j’avais besoin était mon ordinateur.

Mais ce n’était pas l’idéal : « Finalement, peut-être que ce n’est pas génial. »

En tant que NEET, j’avais une vision étroite du monde. Je connaissais si peu l’actualité que je doutais de pouvoir avoir une conversation avec une personne « normale » de mon âge. Je n’avais pas parlé à mes amis d’enfance depuis des années. De quoi parlerions-nous ?

J’étais sur le point de tomber dans une spirale négative. Pour essayer de m’arrêter, je m’étais levé et j’étais allé à ma fenêtre.

J’avais regardé la maison du voisin. C’était une maison traditionnelle japonaise d’un étage. Enfant, j’avais l’habitude d’y aller pour jouer. Maintenant, je n’avais plus aucun contact avec mon ami qui y avait vécu.

De plus, il n’y avait rien de respectable dans le reflet qui me fixait par la fenêtre. Quel genre d’homme s’asseyait chez lui à midi un jour de semaine, à moins que ce ne soit son jour de congé après avoir travaillé le week-end ? Cela faisait des années que je n’avais pas quitté la maison. Je me rasais à peine et me coupais les cheveux peut-être une fois par an. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où j’avais acheté des vêtements ou des chaussures. Ma mère m’achetait des sous-vêtements une fois par an, mais tout le reste était très vieux.

J’avais besoin de changer. J’y pensais tout le temps, attisant l’anxiété qui s’installait constamment au creux de mon estomac, mais je ne savais pas quoi faire. C’était plus facile de me perdre dans le monde des films et des jeux vidéo.

Dix ans. 3 650 jours, tous identiques. C’était suffisant pour me donner envie d’en finir. Mais si j’avais trop peur pour trouver un emploi, comment pouvais-je trouver le courage de me tuer ?

« Ça fait déjà dix ans… Je devrais abandonner. »

Personne n’attendait plus rien de moi. Pas même ma famille. Quand ma mère m’avait crié dessus afin de trouver un travail, elle savait que rien ne changerait.

Je m’étais assis de nouveau devant l’ordinateur et j’avais fixé l’écran du jeu. J’avais décidé de jouer. C’était une bonne chose, car je n’avais rien d’autre à faire.

***

Chapitre 4 : Chapitre 4 : Les Villageois Laborieux et leur Dieu Paresseux

« Déjà le matin ? »

J’avais bâillé tout en jetant un coup d’œil à la lumière qui s’échappait de sous les rideaux. J’avais vérifié l’horloge près de mon oreiller. Il était 9 heures du matin.

« 9 heures du matin, hein ? Ça fait longtemps que je ne me suis pas levé à une heure aussi normale. »

D’habitude, je n’ouvrais les yeux que dans l’après-midi. J’avais essayé de me rappeler à quelle heure je m’étais couché. J’avais joué au Village du Destin jusque tard dans la nuit. Bon, ce n’était pas comme si je jouais vraiment, disons plutôt que je regardais. J’avais appris beaucoup de choses, y compris que mes villageois se couchaient ridiculement tôt !

Dès que le soleil se couchait, ils mangeaient leur dîner et allaient directement au lit. Gams restait debout pour faire le guet, mais même lui était au lit avant neuf heures.

J’étais pourtant un peu préoccupé par leur dépendance à l’égard de Dieu, moi. Leur dévotion extrême semblait être une bonne chose au début, mais j’avais entendu une conversation qui m’avait mis mal à l’aise :

« Pourquoi ne pas aller au lit, Gams ? »

« On ne sait pas quand un monstre peut attaquer, Rodice. Nous avons besoin de quelqu’un pour faire le guet. »

« Dieu a fait un miracle sous nos yeux et nous a parlé directement ! Il veille sur nous. Il éloignera les monstres. »

« Je l’espère… »

Je voulais leur dire que je n’étais pas si puissant. Je me demande s’ils pensent que je pourrais toujours les garder en sécurité. Ils avaient supposé que mon ordre de couper du bois avait une signification et que j’avais un plan pour compenser les problèmes logistiques. Ils pensaient tous que j’avais tout prévu.

« J’espère qu’ils ne vont pas commencer à penser que je peux les garder en sécurité tout le temps. Je devrais peut-être leur dire que je ne suis pas tout-puissant… mais si je faisais ça, leur gratitude baisserait probablement, ainsi que mes PdD… »

C’était un sacré dilemme. Désireux de ne pas décevoir, j’avais fini par chercher en ligne des informations sur la façon de traiter le bois, jusqu’à ce que je m’endorme.

Peut-être que si je n’avais pas gaspillé dix ans de ma vie à regarder des vidéos, à parcourir les médias sociaux et à troller sur des forums de discussion, j’aurais vraiment quelque chose de valeur à leur dire. Peut-être même que je saurais comment traiter tout ce tas bois qu’ils avaient coupé. Au moins, j’aurais quelques économies que je pourrais utiliser pour mes PdD. Si leur Dieu était un membre actif de la société au lieu d’un grabataire minable, leur vie serait bien plus facile.

« Les jeux sont censés être amusants ! Ils ne sont pas censés me faire réfléchir à mes choix de vie ! »

Les jeux étaient censés être une évasion de la réalité. Mais mes villageois avaient tout donné, même Carol. J’avais aussi entendu une autre conversation hier soir.

« Carol, tu es si petite ! Pas besoin de te fatiguer trop. »

« Être petite n’est pas une excuse, père. Je veux faire ma part ! », avait dit Carol.

« Tu sais que tu peux me demander de l’aide si ça devient trop dur, n’est-ce pas, Carol ? », lui rappela gentiment Rodice.

« Merci, père ! Mais je vais m’en sortir ! »

Même si Rodice donnait tout ce qu’il avait, il s’était quand même assuré que sa fille allait bien. Je l’avais vu se décider à aller l’aider, puis s’arrêter, plusieurs fois. Et Carol, toute jeune qu’elle était, travaillait sans se plaindre.

Je savais que ce n’était qu’un jeu, mais ces personnages semblaient vraiment vivants. Et plus vivants que moi en tout cas. J’avais toujours eu peur du travail honnête. Les voir faire tant d’efforts pendant que je restais assis à ne rien faire me serrait la poitrine. Chaque pas qu’ils faisaient et chaque charge qu’ils portaient était comme une coupure fraîche dans mon cœur pourri.

J’avais regardé autour de moi. Des emballages de bonbons sur le sol, c’était les restes d’une friandise que ma mère avait achetée pour l’essayer elle-même, avant que je les arrache et les engloutisse. Tout ce que j’avais accompli au cours de la dernière journée était de la création d’ordures, de la vaisselle sale, des piles de linge. Franchement, ma prophétie quotidienne à ces gens devrait être qu’ils ne devraient pas trop s’attendre de moi.

S’ils mettaient trop de foi en moi, cela pourrait les empêcher d’agir à un moment critique et le village pourrait être détruit. Après tout, je n’avais droit qu’à un seul essai dans ce jeu.

 

***

J’avais mis du temps à trouver un message qui ferait comprendre à mes villageois mes pouvoirs limités sans leur faire perdre confiance en moi. J’espérais seulement qu’il serait suffisant. Je regardais anxieusement mes villageois lire ma prophétie quotidienne.

« Tout le monde ! Le Seigneur nous a envoyé un autre message », dit appelé Chem tout en amenant les autres à arrêter ce qu’ils faisaient pour se rassembler autour d’elle.

« Je vais vous le lire. Mes chers croyants, j’ai perdu certains de mes pouvoirs. Tout ce que je peux faire, c’est veiller sur vous avec amour et accomplir de temps en temps de petits miracles. Vous devez travailler ensemble pour survivre. C’est mon souhait le plus cher. Si vous le faites, vous recevrez ma bénédiction. »

Leur silence fut long et gênant, et j’avais regardé en retenant mon souffle tout en espérant que cela se passerait comme je l’avais prévu. Je n’entendais rien à travers les haut-parleurs de mon ordinateur, à part le gazouillis des oiseaux et le bruissement des arbres. Je m’étais donc demandé ce qui leur passait par la tête. Peut-être avaient-ils déjà vu clair en moi et perdu la foi ? Honnêtement, ça faisait mal à voir. J’aurais dû trouver quelque chose de mieux, mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit maintenant.

« Oh, comme c’est merveilleux ! Le Seigneur nous aime et veille sur nous ! Merci, Seigneur ! »

Chem, folle de joie, tomba à genoux et commença à me louer.

« Il a accompli un grand miracle pour nous, même sans tous ses pouvoirs ! Et il nous a donné sa bénédiction, même si nous sommes indignes ! Je suis sûre qu’Il a perdu ses pouvoirs dans une grande lutte contre les forces du mal, mais Il a quand même accompli un miracle pour nous, même au milieu de sa détresse ! !! Nous devons travailler dur et ne pas L’accabler ! »

Merci de m’avoir couvert, Rodice !

J’avais été impressionné par la quantité de mimiques qu’il était capable d’intégrer dans ses louanges à mon égard. On aurait dit que je les avais convaincus. J’avais alors laissé échapper un soupir de soulagement. Et pendant que mes villageois continuaient à me remercier, j’avais remarqué que mes PdD augmentaient.

« La prophétie quotidienne a donc un effet direct sur mes PdD. »

Mes PdD avaient beaucoup augmenté pendant que je regardais, mes villageois devaient être vraiment contents de moi. Mais je n’en avais toujours pas assez pour obtenir le familier que je voulais. J’avais commencé avec 100 PdD hier et j’en avais gagné 110 de plus aujourd’hui. Je m’attendais à une cinquantaine par jour, mais il semblerait que je les avais sous-estimés. Pourtant, les miracles seront rares pendant un bon moment encore. Je pouvais probablement m’en permettre un par semaine, mais ce n’était vraiment pas suffisant. Mes villageois avaient besoin de beaucoup plus que ce que je pouvais leur offrir. Par exemple, les femmes voulaient un endroit convenable pour dormir.

« La charrette est pleine de courants d’air et n’est pas non plus très sûre — j’aimerais avoir un autre endroit où dormir ! Si seulement nous avions une sorte de clôture ou de mur pour nous protéger des monstres. Cela permettrait aussi à Gams de nous protéger plus facilement », dit Chem.

« Je m’inquiète pour le stockage de la nourriture. Si seulement nous avions un peu plus de sel », répondit Lyra.

La plupart de leurs conversations portaient sur ce dont ils avaient besoin pour survivre. Si j’avais plus de PdD, j’aurais pu résoudre au moins une partie de leurs problèmes. Mais je ne pouvais pas en gaspiller pour le moment.

« Je suppose que mon seul choix est de payer… »

J’avais mis mes prix non ouverts aux enchères en ligne. S’ils étaient tous vendus, j’en tirerais environ 30 000 yens, pas plus. Je pourrais vendre mes mangas et mes jeux dans un magasin de vente d’occasion, mais cela me forcerait à sortir. Et je n’étais plus sorti en plein jour depuis environ deux ans.

J’avais jeté un coup d’œil à l’écran. Mes villageois devenaient de plus en plus humains à mesure que je les regardais. Ils travaillaient dur pour survivre. Les choses allaient bien, mais nous étions encore au début du jeu. On ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer, mais j’étais sûr que ce serait intéressant. Je détestais l’idée qu’ils meurent avant que je puisse voir tout ça.

Je devais les aider, et pour cela, j’avais besoin de plus de PdD. Est-ce que c’est ce que ressentent les flambeurs, me suis-je demandé, lorsqu’ils dilapidaient leur argent encore et encore dans leurs jeux en ligne ?

« Je suppose que je vais sortir… »

Enlevant mon sweat-shirt et mon pantalon, je m’étais changé en des vêtements plus appropriés. Tout était un peu serré sur moi. Je n’avais pas pris de poids, j’étais juste peu habitué à porter quelque chose d’aussi restrictif. Au moment où je m’étais regardé dans le miroir, je vis un trentenaire pataud qui était mort à l’intérieur.

Quand j’étais enfant, je pensais qu’être un adulte signifiait être une personne respectable avec un bon travail, et peut-être une famille. Je pensais que je grandirais pour être comme eux. Au lieu de ça, j’étais là. Je ressemblais à un adulte, mais à l’intérieur, j’étais toujours un enfant. Peut-être même que j’étais moins responsable qu’un enfant. À l’époque, j’étais allé à l’école et tout ça. Tout ce que j’avais à montrer ces dix dernières années, c’était ma capacité à jouer à des jeux et à écrire des messages sur Internet.

Même maintenant, mon cerveau me disait que je n’avais pas à faire ça, que je pouvais enlever ces vêtements et retourner au lit. Normalement, j’aurais écouté, décidant que je pouvais réessayer demain, repoussant tous mes espoirs d’un jour de plus. Mais aujourd’hui, c’était différent.

Je m’étais retourné vers mes villageois. Rodice et Gams enlevaient l’écorce des troncs dans un silence amical. Ils travaillaient si dur, mais je ne les avais jamais entendus se plaindre. Chem était à la recherche de nourriture. J’avais entendu Gams dire qu’elle n’avait pas beaucoup d’endurance, mais cela ne l’arrêtait pas. Lyra lavait des vêtements à la rivière voisine. L’eau devait être froide, elle soufflait sans cesse sur ses mains pour les garder au chaud. Carol aidait partout où elle le pouvait, souriant tout le temps et ne mentionnant jamais son estomac vide.

Mon travail consistait maintenant à subvenir à leurs besoins. Même s’ils n’étaient que des personnages de jeu, je me sentais responsable d’eux. Ils étaient le coup de pouce dont j’avais besoin. J’avais quitté ma chambre et j’avais descendu les escaliers. Quand j’étais passé le salon, ma mère me repéra.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu sors ? »

« Je reviens vite. »

« Très bien… Amuse-toi bien. »

Je voyais bien qu’elle était surprise, mais elle ne m’avait rien demandé d’autre. Pendant un instant, j’avais cru entrevoir un sourire, mais il était parti trop vite pour en être sûr.

« À plus ».

Cette réponse était tellement simple, mais je ne l’avais pas dit depuis des mois et des mois.

Il faisait froid dehors. Je n’avais pas remarqué que c’était l’hiver. Ayant passé toute ma vie dans un environnement climatisé, je n’avais jamais fait attention à la météo.

J’avais déverrouillé mon vélo avant de hisser ma jambe sur la selle. J’étais un peu nerveux, cela faisait si longtemps, mais finalement, mon corps s’était souvenu de ce qu’il fallait faire. En traversant le quartier, j’avais remarqué que les passants parlaient entre eux. Je m’étais demandé s’ils ne se moquaient pas de moi, s’ils ne faisaient pas des commérages sur un homme de mon âge, dehors en plein milieu de la journée. Les questions tournaient dans ma tête. Je savais que j’étais probablement paranoïaque, mais j’avais peur. Je ne pouvais pas supporter le fait d’être ridiculisé. Ce n’était probablement que mon imagination, mais je pouvais entendre leurs rires dans mes oreilles, et cela me faisait honte.

Je voulais faire demi-tour et rentrer chez moi, mais je m’étais souvenu de mes villageois. Ils étaient probablement en train de travailler dur en ce moment. Je voulais leur faciliter la vie, ne serait-ce qu’un peu. J’avais donc gardé les pieds sur les pédales.

 

***

Je me sentais beaucoup plus à l’aise à l’intérieur du magasin d’occasion, où personne ne me reconnaîtrait. Et j’avais bien réussi. J’avais vendu deux sacs remplis de mangas que j’avais déjà lus à mort et tous mes vieux jeux. Le seul jeu dont j’avais besoin en ce moment était Le Village du Destin. Je n’en avais pas tiré grand-chose, mais l’un des mangas avait maintenant un anime, et il s’était vendu plus cher que prévu.

J’avais été tenté de prendre un fast-food avant de rentrer, pour me faire plaisir, mais j’avais décidé de ne pas le faire. À la place, j’avais fait un petit tour à la boutique d’occasion.

D’abord, j’avais pris un livre de menuiserie et un magazine sur la construction en rondins. Les informations étaient probablement toutes en ligne, mais il serait bon d’avoir un livre sur le sujet. Après tout, on ne savait jamais ce qui était réellement vrai en ligne. Et alors que je continuais à parcourir les rayons, me demandant s’il y avait autre chose d’utile, j’étais arrivé dans la section des LN. C’était rempli de romans isekai populaires. La plupart d’entre eux étaient gratuits en ligne, ce qui les rendait parfaits pour un NEET fauché comme moi, les loisirs gratuits étant tout ce que je pouvais me permettre.

Les versions imprimées étaient éditées et améliorées, et elles étaient accompagnées d’illustrations. J’avais vraiment envie d’acheter un exemplaire de ma série préférée, pour soutenir l’auteur, mais je n’avais tout simplement pas l’argent nécessaire pour le moment.

« Dans beaucoup de ces livres, un type apporte ses connaissances modernes à une société médiévale et en retire tout le mérite, non ? »

Ma propre situation avec Le Village du Destin était très similaire. Peut-être que ces livres me seraient quand même utiles ? J’avais acheté quelques exemplaires d’occasion, juste au cas où.

Même en vivant aux crochets de mes parents, j’étais tellement fauché que je devais acheter mes livres d’occasion. Quelle pensée déprimante ! Même les enfants savaient qu’il fallait de l’argent pour aller quelque part dans le monde, mais je m’étais caché cette vérité pendant tout ce temps. Tout ce que je voulais, c’était rentrer chez moi. Mais sur mon chemin, j’avais vu une pâtisserie que ma famille avait l’habitude de fréquenter. À l’intérieur, une petite famille choisissait un gâteau avec son enfant. Ils étaient tous souriants.

« Ce n’est peut-être pas une mauvaise utilisation de mon argent… »

Je m’étais arrêté et j’avais pris quatre puddings, qui eurent toujours du succès auprès de ma famille.

***

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