Murazukuri Game no NPC ga Namami no Ningen toshika Omoenai – Tome 1

***

Prologue

« Allez, Carol, Chem. Toi aussi, Gams ! Ne reste pas assis là ! »

L’homme était assis seul dans une pièce lugubre. La seule lumière provenait de l’écran d’ordinateur étincelant devant lui. Ses cheveux étaient ébouriffés et non brossés. Son sweat-shirt et son pantalon avaient sûrement dû être portés plus d’une fois à ce stade. Il avait cependant l’air propre, comme s’il se douchait régulièrement. Il marmonnait pour lui-même, mais il ne semblait pas en colère. Et malgré son ton exaspéré, il souriait.

Le contenu de sa chambre était simple : un bureau et l’ordinateur posé dessus, une bibliothèque remplie de mangas et de LN. Au sol, il y avait son futon, qu’il ne prenait jamais la peine de replier, et quelques poids qui traînaient dans un coin.

Habituellement, l’homme dormait toute la journée et jouait à des jeux le soir. Ces derniers temps, cependant, il commença à se lever tôt le matin. La raison ? Un nouveau jeu : Le Village du Destin.

Sur l’écran de son ordinateur, des gens coupaient la vaste forêt qui les entourait et construisaient un village. Ils semblaient très humains.

L’I.A. du jeu était impressionnante, surtout en ce qui concernait les conversations. En dehors des salutations standard, l’homme voyait rarement les mêmes lignes deux fois.

« Hé, tout le monde ! C’est l’heure de la prophétie quotidienne ! »

Une belle femme vêtue d’une robe sacrée apparut sur l’écran. Elle ouvrit un livre brillant tandis que les villageois se rassemblaient autour d’elle.

L’homme sourit chaleureusement.

« Les gars, faites de votre mieux pour moi, d’accord ? », chuchota-t-il tout en sachant que les villageois ne pouvaient pas l’entendre.

***

Le simulateur de village

Chapitre 1 : Chapitre 1 : Un jeu étonnant et un homme qui ne le mérite pas

« Il faut que tu trouves un travail. Ton père ne peut pas travailler éternellement ! Tout va bien pour l’instant, mais qu’en est-il de l’avenir ? Que feras-tu quand nous serons partis ? »

« Allez, maman, tu m’as dit ça un million de fois ! Je le sais ! »

Pourquoi ne pouvait-elle pas me laisser manger mon déjeuner en paix ? J’aurais dû faire la grasse matinée, comme d’habitude.

Pourtant, elle avait raison. J’étais le pire. J’avais réussi à obtenir mon baccalauréat et mon diplôme sans faire beaucoup d’efforts, mais je n’arrivais pas à trouver un emploi, peu importe le nombre d’entreprises auxquelles je postulais. Une année s’était écoulée… puis une autre… et une décennie plus tard, j’étais toujours au chômage.

« Tu as trente ans ! Trente ans ! Notre voisin Masashi-kun a trente ans, et il a un bon travail à plein temps et un enfant adorable ! »

Ce n’était pas la première fois qu’elle parlait de Masashi-kun. C’était toujours lui ou mes camarades de classe. Ils travaillaient tous dur, et certains avaient déjà leur propre famille. Comparé à eux, je n’avais rien accompli.

« Je n’ai plus faim. »

Je m’étais levé de ma chaise, voulant sortir de cette conversation. Mais au moment où je m’apprêtais à retourner dans ma chambre, mon seul refuge au monde, on sonna à la porte. J’avais vérifié l’interphone. Cela ressemblait à un paquet.

« Livraison ! », dit l’homme.

J’étais sur le point de laisser quelqu’un d’autre le recevoir quand je remarquais le logo familier sur le côté de la boîte : il s’agissait d’un site web d’achat.

« J’arrive tout de suite ! », dis-je.

« Ne me dis pas que tu as acheté quelque chose avec tout cet argent que tu n’as pas », grogna ma mère.

« Non. J’ai dû gagner un autre concours. »

J’aimais participer à des concours en ligne. J’avais gagné quelques fois. Comme parfois les prix étaient des articles pour adultes, j’avais décidé qu’il était plus sûr d’y aller moi-même. Il pourrait y avoir quelque chose que je ne voudrais pas que mes parents voient.

J’avais ouvert la porte. Le livreur m’avait alors regardé fixement pendant une seconde. Je savais exactement pourquoi. J’étais une personne qui devrait être dehors en train de travailler… mais au lieu de ça, j’étais à la maison, et j’avais l’air d’une loque. J’étais habitué à ça. Honnêtement, la plupart de mes voisins étaient moins subtils que ce type.

« Veuillez signer ou tamponner. »

« Je vais signer. »

Je lui avais pris la petite boîte légère.

« N’est-ce pas de la nourriture ? » demanda ma mère tout en regardant mon paquet.

Mais quand elle vit qu’il était petit, elle s’en désintéressa et retourna dans la cuisine. J’avais apporté le paquet à l’étage dans ma chambre et j’avais fermé la porte derrière moi.

Je l’avais ouvert pour trouver…

« Hein, un jeu. »

Dans la boîte, il y avait un CD-ROM et une seule feuille de papier. Tout ce que le disque contenait était le nom du jeu, et la feuille de papier ne contenait aucune image ou capture d’écran, ni même le nom de l’éditeur. J’avais participé à quelques concours avec des jeux en guise de prix et j’avais également postulé pour tester certains jeux, peut-être s’agissait-il de cela ? Mais je ne me souvenais pas de ce jeu en particulier.

« Le Village du destin. C’est quoi, une copie bêta ou quoi ? », dis-je en lisant.

Je ne me souvenais pas avoir participé à un concours pour gagner ce jeu, j’avais donc décidé de lire la lettre.

*****

Cher Yoshio-sama,

Félicitations ! Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été sélectionné pour tester notre nouveau jeu en alpha-test.

Vous jouez le rôle d’une divinité qui régit le destin des villageois qui vous vénèrent. Une fois par jour, vous réalisez une prophétie, leur donnant des instructions pour les aider à développer leur village. Notre I.A. révolutionnaire donne à nos personnages la capacité de parler et d’agir comme de vrais humains !

Révolutionnaire… C’était une affirmation audacieuse, même pour une démarche publicitaire. Il faudra voir ce qu’il en est.

C’est tout ce que nous allons vous dire pour l’instant. Le reste, vous l’apprendrez en jouant !

Le jeu ressemblait à une sorte de simulation de village. Je connaissais déjà les jeux de simulation de ville, mais de village, c’était une première pour moi.

S’il vous plaît, promettez de garder le contenu du jeu confidentiel, et n’en parlez jamais sur le net. Si vous le faites, le jeu devra nous être rendu.

Une promesse ? N’ont-ils pas l’habitude d’appeler ça une condition ? Ne vont-ils pas me faire signer une sorte d’accord de confidentialité ? De plus, même si je divulguais quelque chose en ligne, ce n’était pas comme s’ils savaient qui l’avait fait. Je ne pouvais quand même pas être le seul testeur alpha.

Deux autres choses. Premièrement, ce jeu nécessite une connexion Internet. Deuxièmement, si vos villageois sont décimés, le jeu s’arrête définitivement. Le jeu utilise une sauvegarde automatique, donc vous ne pourrez pas recharger à partir d’un fichier de sauvegarde précédent.

Ça, c’était juste méchant. En plus, ça n’avait aucun sens. J’étais censé faire un test alpha pour eux, non ? Et si les niveaux de difficulté devaient être modifiés ? J’avais pris note de ceci afin de m’en plaindre.

Honnêtement, ça me semblait un peu louche. J’avais cherché le titre en ligne, mais rien n’était apparu. Et comme je n’avais pas le nom de la société de développement, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre. Tout cela commençait à sembler vraiment suspect.

Je ne veux pas prendre le risque d’attraper un virus…

J’avais gagné mon PC principal comme prix, mais je ne m’étais jamais débarrassé de mon ancien PC. J’avais décidé d’essayer le disque sur celui-ci en premier. S’il était détruit, ce n’était pas grave.

J’étais sûr à ce moment-là que tout cela n’était qu’une sorte de farce, mais ce n’était pas comme si j’avais quelque chose d’important à faire. Et puis, si je me faisais avoir, ça ferait au moins une bonne histoire à mettre en ligne.

J’avais configuré mon vieux PC et mis le disque dans le lecteur. Il n’y avait même pas la liste des spécifications requises, la seule façon de savoir s’il fonctionnerait était donc de l’essayer. Le titre Le Village du destin était apparu sur mon écran en grosses lettres, le mot « entrer » clignotant en dessous.

Minimaliste, ou juste paresseux ?

J’avais appuyé sur la touche « Entrée ».

« Sérieux… »

Les graphismes sur mon écran étaient magnifiques, bien loin du pathétique écran de titre. J’avais regardé un chariot traverser une forêt, tiré par deux chevaux alezans. Je pouvais voir chaque poil et chaque goutte de sueur sur la peau des chevaux qui galopaient.

Bien sûr, les graphismes s’amélioraient sans cesse, mais c’était les graphismes les plus réalistes que j’avais jamais vus…

J’avais regardé avec émerveillement la suite de la scène d’ouverture. Les chevaux galopaient à travers la forêt. Le conducteur tenait les rênes, jetant de temps en temps un regard paniqué en arrière. Il avait de beaux traits ciselés, marqués par une grande cicatrice sur le visage. Ses vêtements m’avaient cependant intéressé plus que son visage. À première vue, ses vêtements ressemblaient juste à des chiffons sales et brunâtres, mais en regardant de plus près, il portait une armure en cuir. Il avait une épée longue sur son dos et une dague à sa taille.

« Donc, c’est un jeu de simulation… qui se déroule au Moyen-Âge. Hm. »

La caméra fit un panoramique de la charrette bruyante, révélant ce qui la poursuivait : une meute de créatures ressemblant à des sangliers, chevauchée par des humanoïdes à la peau verte, aux yeux rouge sang et aux crocs acérés sortant de leur bouche, montrant clairement qu’ils n’étaient pas humains. D’accord, ce n’était pas vraiment historique, donc… c’était un jeu de fantasy avec des monstres.

La caméra s’éloigna ensuite des bêtes, passa devant le nez des chevaux et pénétra dans la charrette elle-même. À l’intérieur se trouvait une famille de trois personnes : un homme timide d’âge moyen tenant sa femme et sa fille près de lui avec des bras tremblants. En face d’eux était assise une jeune fille en tenue religieuse. Ses mains étaient jointes et elle invoquait le « Dieu du destin ».

La caméra était revenue à une vue aérienne. Les monstres se rapprochaient et frappaient le chariot avec des épées et des haches rouillées. À chaque coup, l’écran tremblait et les gens à l’intérieur criaient.

Je savais que c’était un jeu, mais la détresse sur leurs visages et la peur dans leurs cris étaient si réelles ! Soudainement, le chariot fut enveloppé d’une lumière dorée, et j’avais expiré. J’avais retenu ma respiration.

Le livre de la jeune fille qui priait était la source de cette lumière. Aveuglés, les monstres se protégèrent les yeux et se mirent à hurler. Beaucoup d’entre eux tombèrent de leur sanglier alors que les chevaux tirèrent finalement le chariot en lieu sûr.

*****

Après que le chariot en lambeaux se soit arrêté dans une clairière, le conducteur en armure poussa un petit soupir. Il descendit de son siège, mais ce fut qu’après avoir bien regardé autour de lui qu’il se permit de s’étirer.

Les gens sortirent de l’arrière un par un. La famille de trois personnes s’était serrée les unes contre les autres, le soulagement se lisant sur leurs visages. La religieuse était allée parler au chauffeur, mais leurs voix n’étaient pas audibles. La caméra fit un lent panoramique autour des personnages avant de remonter à la vue d’ensemble.

« Je suppose que la scène d’ouverture est terminée. Et maintenant ? »

J’avais fait pivoter la souris sur l’écran. Il n’y avait pas de texte explicatif, c’était donc tout ce que je pouvais faire. J’avais essayé de cliquer sur le cocher.

Gams, 26 ans. Épéiste avec d’innombrables cicatrices de combat sur son visage et son corps. Frère aîné de la prêtresse Chem.

« En cliquant sur eux, on obtient leur biographie, hein ? Ce n’est pas surprenant. »

J’étais ensuite allé voir la fille qui priait.

Chem, 19 ans. Prêtresse qui vénère le Dieu du destin. Petite sœur de Gams.

« Une paire de frère et sœur épéiste et prêtresse ? Intéressant… »

Gams avait des cheveux et des yeux noirs, tandis que Chem avait des cheveux bruns et des yeux bleus. Ils ne ressemblaient pas à des frères et sœurs, mais ils étaient tous les deux beaux et on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’un jeu s’embarrasse de ressemblance familiale. Gams avait une allure robuste, et son corps était à la fois musclé et mince. Sans ses cicatrices, j’aurais pensé qu’il était une sorte d’athlète. Chem, par contre, était plutôt guindée et correcte, ce qui rendait sa tenue de prêtresse encore plus appropriée. Sa tenue ample dissimulait sa silhouette, mais on voyait tout de même qu’elle avait une poitrine assez formée.

D’après mon expérience, les jeux occidentaux donnaient toujours à leurs personnages féminins des traits de visage trop marqués, tandis que les hommes étaient bizarrement plus musclés. Dans ce jeu, cependant, le design des personnages semblait plus orienté vers un public japonais.

« Je me demande où ce jeu a été fait. »

La plupart des jeux de simulation venaient de l’occident et étaient traduits en japonais, mais j’avais le sentiment que ce jeu était un original japonais. D’après la qualité des scènes, ce jeu semblait avoir un budget décent. Rien que ces graphismes attireraient certainement beaucoup d’attention en ligne.

J’étais curieux, mais je ferais des recherches plus tard. J’avais encore quelques biographies de personnages à lire. À savoir, la famille de trois personnes.

J’avais commencé par le père. Il était mince, avec des cheveux blonds sales, des yeux tombants et des joues creuses, un type tout à fait maigre. Certainement pas quelqu’un que je choisirais pour m’aider dans un combat.

Rodice, 33 ans. Mari, et père d’une fille. Dirige un petit magasin général dans le village.

J’étais passé à sa femme. Ses cheveux couleur cuivre étaient attachés en une queue de cheval. Ses yeux étaient grands, et sa bouche était large. Elle était aussi plus charnue que Rodice. Je la choisirais bien pour m’aider dans un combat.

Lyra, 30 ans. Volontaire et dominatrice.

Leur fille avait des cheveux dorés ondulés et de grands yeux. En d’autres termes, elle avait hérité des meilleurs traits de ses parents. J’avais cliqué sur la fille pendant qu’elle gambadait.

Carol, 7 ans. Toujours souriante, mais mature pour son âge.

« Ce doit être les personnages principaux… Donc je suppose que c’est eux que je dois diriger, hein ? »

Le problème était que je ne savais pas trop quoi faire. Bien sûr, les graphismes étaient superbes, mais si je ne maîtrisais pas les commandes, je serais coincé à regarder le même écran pour toujours.

La lettre ne parlait-elle pas d’une prophétie ? J’avais fouillé dans le paquet pour essayer de la retrouver, quand j’entendis soudainement un étrange bruit de tapotement. J’avais regardé l’écran et j’avais constaté que mes villageois parlaient entre eux, leur discours étant écrit dans des zones de texte. Il semblerait que seules les scènes de ce jeu soient parlées.

« Je suis désolé… J’étais censé défendre tout le monde, mais c’est tout ce que j’ai pu faire pour vous sauver tous les quatre… »

Gams s’inclina en s’excusant devant Rodice et sa famille.

« Le fait que nous ayons survécu est déjà un miracle. Nous devrions vous remercier ! »

Rodice inclina sa tête plus profondément que Gams, sa femme et sa fille suivirent son exemple.

« Quelle était cette lumière à l’instant, Gams ? Dis-moi, Grand Frère ! », demanda Carol avec impatience.

« Allons, allons, Carol. Comme je te l’ai dit tant de fois, Gams est mon frère, pas le tien. »

Chem s’avança pour essayer de déloger Carol du bras de Gams, auquel elle s’accrocha comme à de la colle.

Bien qu’il n’y ait aucune indication de son émotion dans le texte, le minuscule graphique affiché au-dessus de la tête de Chem montrait qu’elle était en colère. J’avais zoomé sur son visage. Bien sûr, même si son expression était douce, elle n’avait pas l’air amusée. Elle devait être du genre petite sœur affectueuse. Vu l’archétype populaire et son beau design, si elle n’était pas un personnage principal, je mangerais le disque du jeu.

« Allez, Chem, c’est juste une enfant. »

« Désolée, Gams. »

« Oui, je suis juste une enfant ! »

Carol jeta un regard noir à la fille plus âgée, qui lui rendit son regard noir.

Gams laissa échapper un soupir. On dirait que tous ces personnages avaient leur propre personnalité et leur propre histoire.

Ce jeu semblait de mieux en mieux. Les graphismes n’étaient pas seulement magnifiques, les animations des personnages étaient aussi incroyablement variées. Plus je regardais, plus je me sentais happé par le jeu.

« Très bien, vous deux, arrêtez de flirter. Parlez-nous de cette lumière », dit Lyra.

Chem s’était éclairci la gorge : « On n’était pas… Bref. Cette lumière est sortie de mon livre saint. »

Elle tendit son livre pour le leur montrer. À ce moment-là, le PC avait émis un bip et un texte apparu à l’écran.

« Vous êtes le Dieu de ces villageois, celui qui doit diriger leur communauté et l’aider à s’épanouir. Vous ne pouvez pas contrôler les personnages, mais vous pouvez écrire une nouvelle prophétie dans leur livre sacré une fois par jour. Essayez d’écrire quelque chose maintenant. N’importe quoi fera l’affaire. »

« Attendez, il n’y a pas de liste ? Je dois écrire quelque chose par moi-même ? »

C’était trop bizarre ! L’I.A. de ce jeu était-elle vraiment capable de comprendre n’importe quel message que je faisais ? Cela semblait totalement impossible.

Peut-être que le programme sélectionnait simplement des mots-clés de mon texte pour dicter le comportement des personnages… mais même cela semblait au-delà des capacités d’un jeu vidéo normal. J’avais entendu parler d’une I.A. capable de penser et d’apprendre, mais cela faisait partie d’un projet de recherche de plusieurs millions de dollars. Cela n’avait rien à voir avec les jeux vidéo.

« Je vais juste l’essayer. Je peux m’inquiéter de comment ça marche plus tard. »

J’avais tapé la phrase la plus longue, la plus verbeuse et la plus divine que j’avais pu trouver. Puis je m’étais assis et j’avais attendu de voir ce qui allait se passer.

***

Chapitre 2 : Chapitre 2 : Le Dieu du Jeu et le vrai moi

J’avais fini par écrire une longue prophétie pour mes villageois, juste pour voir s’ils pouvaient en comprendre ne serait-ce qu’un fragment. S’ils le pouvaient, ce jeu avait le potentiel d’entrer dans l’histoire.

Mes fidèles disciples, je suis le Dieu du Destin. Mon miracle vous a permis de sortir sains et saufs de l’attaque des monstres afin que vous puissiez vivre une vie paisible et heureuse dans le village que vous allez construire ici. À partir de ce jour, je vous transmettrai un message chaque jour. Suivez mes commandements et vous prospérerez, désobéissez-y à vos risques et périls ! Votre première tâche consistera à abattre des arbres pour vous construire un abri.

Je n’aimais pas écrire de manière aussi prétentieuse, mais j’étais Dieu, non ? Ou du moins, un Dieu, et c’était plutôt amusant. J’avais prévu d’écrire n’importe quoi, puisqu’ils ne comprendraient de toute façon pas, mais je m’étais tellement amusé que j’avais même vérifié les fautes de frappe dans mon texte. J’avais secoué la tête d’un air ironique en appuyant sur la touche Entrée.

Le livre dans les mains de Chem s’était éclairé. Elle s’était alors empressée de l’ouvrir.

« C’est donc Lui qui a fait ce miracle tout à l’heure… Seigneur, merci ! »

Chem s’était mise à genoux et avait joint ses mains, tournées vers le ciel.

« Tout le monde ! Le Dieu du Destin nous a envoyé un message ! »

Pour quelqu’un dont le travail consistait à prendre des messages de Dieu, Chem semblait terriblement surprise. Les villageois s’étaient rassemblés pour regarder le livre. J’attendais avec impatience leurs réactions.

Gams et Rodice le fixaient avec étonnement, les yeux écarquillés.

« Qu’est-ce que ça dit ? Ni Carol ni moi ne savons lire », dit Lyra d’un air penaud.

Carol fit écho avec joie : « Nous ne savons pas lire ! »

« Je ne peux en lire qu’une partie. C’est un peu compliqué par endroits. Chem, tu peux le lire pour nous ? », dit Gams.

« Mais Gams… »

Chem avait commencé, mais elle hocha ensuite la tête.

« C’est une bonne idée, Gams. Je vais le lire à haute voix. »

À en juger par la réaction de Chem, Gams faisait seulement semblant d’être mauvais en lecture, probablement pour que Lyra et Carol ne se sentent pas mal. C’était un gars assez calme, mais il semblait avoir un bon cœur. Au début, je l’avais un peu détesté parce qu’il avait tant de qualités, mais je m’étais surpris à l’apprécier.

J’aimais le temps que ce jeu consacrait aux petits détails. Certains diront que le rythme était trop lent, mais j’aimais ce genre de développement dans les personnages. Je n’étais pas l’un de ces joueurs qui voulaient passer directement à l’action.

Chem prit une grande inspiration et lut mon message aux autres mot pour mot. Je n’avais pas été très impressionné par cette lecture. Il n’était probablement pas difficile du point de vue de la programmation de faire répéter à un personnage exactement ce que j’avais écrit.

« Le Seigneur nous a sauvés ! Il prend soin de nous ! Quelle joie d’être en vie ! », déclara Chem.

« Et Il nous parlera tous les jours ! Oh, Seigneur, merci ! »

Rodice et sa femme tombèrent à genoux à côté de Chem. Carol aussi, bien que je ne sois pas sûr qu’elle comprenne ce qu’elle faisait. Gams ferma les yeux et inclina la tête en une prière silencieuse.

« Pas possible… », avais-je murmuré.

Ils réagissaient comme s’ils avaient compris chaque mot que j’avais écrit. Ce jeu semblait bien trop avancé. C’était vraiment un jeu à part, différent de tout ce que j’avais déjà rencontré. J’avais utilisé des applications qui pouvaient répondre à des questions simples et rechercher des choses sur Internet pour vous, mais je doutais qu’elles puissent comprendre quelque chose d’aussi complexe. Peut-être que le jeu avait des scènes prédéfinies basées sur le type de messages que les gens étaient susceptibles d’écrire et que j’en avais déclenché une ?

« Si le Dieu du Destin dit que nous devons construire un abri ici, faisons-le ! Allons couper. », dit Gams.

Ou peut-être que ces personnages avaient vraiment compris tout ce que j’avais écrit.

« Tous les arbres que nous avons abattus seront trop verts pour être utilisés pendant un certain temps. Ils devront être façonnés et séchés. », dit Rodice.

J’avais été surpris par cette tournure de la conversation. Un jeu normal aurait laissé de côté ces détails et vous aurait permis de transformer du bois en habitation en cliquant sur un bouton. Dans quelle mesure le Village du Destin se voulait-il réaliste ?

« Doit-on vraiment faire sécher le bois ? »

Chem demanda exactement ce que j’avais en tête.

« Les arbres contiennent beaucoup d’eau. Si on ne sèche pas le bois avant de l’utiliser, il finit par se déformer. Même en essayant de traiter le bois avant de le sécher, le produit fini aura toutes sortes de problèmes. »

« Oh. Je ne savais pas ça. »

Chem et moi avions hoché la tête en signe de compréhension en même temps.

C’était nouveau pour moi. Jusqu’à présent, je ne faisais pas un très bon travail de présence omnisciente.

« Le Seigneur travaille de façon mystérieuse. Il doit savoir ce qu’il fait. Pourquoi ne pas commencer par collecter le bois ? Même si nous ne pouvons pas l’utiliser tout de suite, nous pouvons commencer à le rassembler. »

Je suis content de voir que Rodice a au moins foi en moi…

Ils déballèrent le chariot pour aller chercher leurs scies et leurs haches, et chargèrent les hommes, Rodice et Gams, de ramasser le bois. Pendant ce temps, les femmes étaient parties à la recherche de nourriture.

En faisant défiler la molette de la souris, j’avais pu faire un zoom avant et arrière. J’avais décidé de regarder la carte. Lorsque j’avais fait défiler la carte, j’avais constaté que la majeure partie de la carte était recouverte par un brouillard sombre, les seules zones éclairées étant celles où mes personnages travaillaient et la route sinueuse particulière à travers la forêt. En d’autres termes, la carte ne montrait que les zones où mes personnages étaient déjà allés.

« Demain, j’enverrai quelqu’un en exploration. »

Je commençais à être frustré. Je ne pouvais pas contrôler les personnages, et je ne pouvais pas avancer dans le jeu. Il n’y avait pas d’option d’avance rapide.

« Ne me dites pas que ce jeu doit être joué en temps réel… Ça veut dire que je dois attendre demain dans la vraie vie pour envoyer mon prochain message ? C’est impossible ! »

Où était le plaisir là-dedans ? ! Bien sûr, c’était assez agréable de regarder les différents personnages, mais je n’appellerais pas ça « jouer » à un jeu. J’avais appuyé sur des touches aléatoires du clavier, en espérant que quelque chose se produise. J’avais dû faire quelque chose de bien, car un message était apparu.

« En tant que Dieu du destin, vous pouvez utiliser vos Points de Destin pour accomplir divers miracles. »

(NdT : l’expression Points de Destin sera abrégé PdD ensuite)

« C’est quoi les Points de Destin ? », avais-je demandé à haute voix.

« Les PdD sont gagnés lorsque la gratitude de vos villageois à votre égard augmente. Votre total de PdD est affiché dans le coin supérieur droit de l’écran. »

J’avais jeté un coup d’œil. Il y avait un symbole qui ressemblait au livre saint de Chem, ainsi qu’un nombre.

« Plus la population de votre village augmente, plus vos PdD augmentent. Elle augmentera aussi quand vos prophéties gagneront la gratitude des villageois. »

Je gagnerais donc plus de PdD si mes prophéties étaient utiles. Je devrais faire plus attention à ce que j’écrirais à l’avenir.

« Voici une liste de miracles que vous pouvez accomplir. En améliorant votre village et en augmentant votre population, vous débloquerez des miracles plus puissants. »

Mon opinion sur ce jeu montait et descendait comme une balançoire. Avec ce nouveau développement, je m’étais retrouvé accroché une fois de plus. J’avais fait défiler la liste des miracles.

« On dirait que je ne peux pas leur donner uniquement des objets. Voyons voir… “Créer un marchand itinérant”, “Créer un médecin itinérant”, “Créer un chasseur”, “Réunir les villageois en fuite”. Bon, j’ai compris. Je suis le Dieu du Destin, mon pouvoir consiste donc à influencer le destin des gens. Ah, et il y a des miracles liés à la météo. Je suppose que c’est une chose qu’un Dieu peut faire. »

Enfin, quelque chose qui comptait dans le jeu !

Je n’avais que 100 PdD pour commencer, peut-être ceux obtenus par la gratitude de mes villageois pour les avoir aidés à échapper aux monstres. Il était logique que le jeu vous fasse démarrer avec un peu d’argent, mais ce n’était pas suffisant pour faire grand-chose. Je devais choisir avec soin. J’avais donc décidé de les sauver, même si j’avais vraiment envie de tenter un miracle. Après tout, je ne savais pas encore ce dont mes villageois avaient besoin. Je devrais probablement écouter ce qu’ils avaient à dire avant de leur envoyer des miracles.

Gams et Rodice étaient occupés à couper des arbres en silence, il semblerait donc que je n’allais pas obtenir grand-chose d’eux. Bien que Rodice s’efforçait de faire la conversation, Gams ne répondait que par un « oui » occasionnel.

« Bonne chance, Rodice », avais-je marmonné tout en décidant qu’il serait plus logique de voir ce que les femmes faisaient pour le moment.

« Combien de nourriture as-tu réussi à prendre, Lyra ? », demanda Chem alors qu’elle et Lyra cueillaient des plantes ensemble.

« Trois boîtes, donc environ deux semaines d’approvisionnement tant qu’on fait attention. Ce qui est un miracle, étant donné la gravité de la situation. »

« Deux semaines… Ça va passer en un clin d’œil. »

De la nourriture, hein ?

Je me demandais si le marchand ambulant vendrait de la nourriture, mais je ne savais même pas si mes villageois avaient de l’argent. Ils pourraient être parfaitement capables de trouver leur propre nourriture si je les laissais faire. Ce que je voulais vraiment, c’était savoir quelles options ils avaient pour trouver de la nourriture dans la région.

« Peut-être que je devrais demander à Gams de faire un peu de reconnaissance demain ? Mais je ne sais pas si c’est prudent de laisser les autres seuls… »

En fouillant les environs, il serait plus facile de préparer mes villageois à d’éventuelles menaces. En même temps, je ne savais pas ce qu’il y avait là-bas. Il serait peut-être plus dangereux de les séparer.

Je ne savais pas quoi faire. Du point de vue du jeu, envoyer la gamine explorer la zone serait le meilleur choix, puisqu’elle ne faisait pas grand-chose. Elle était plutôt inutile pour le village. Ainsi, si quelque chose la tuait, ce ne serait pas une si grande perte.

Mais je n’avais pas pu me résoudre à le faire. Ces personnages étaient trop humains. Je ne pouvais pas envoyer un petit enfant vers le danger et vivre avec. Ils travaillaient tous si dur, tirant le meilleur parti de leur vie. Si je prenais ces vies pour acquises, ils finiraient par me détester.

Bien sûr, ce n’était qu’un jeu vidéo, mais je voulais quand même voir comment chacun d’eux allait grandir et se développer.

Je ne joue que depuis trois heures, et je suis déjà attaché à eux… Je ne pourrai pas dormir ce soir si je les mets en danger.

Quelle serait la meilleure chose à faire pour eux, pour leur survie ? J’avais jeté un autre coup d’œil à la liste des miracles pour voir si quelque chose pouvait les aider. Leur plus gros problème pour le moment était la nourriture. Il fallait s’assurer ensuite qu’ils aient les bons outils et les bons matériaux pour se construire des maisons.

« Attendez, c’est quoi ça ? »

En dessous de la liste des miracles, il y avait une dernière option : « Familiers »

Dans les histoires fantastiques, les familiers étaient des serviteurs magiques qui aidaient leurs maîtres en allant chercher des objets ou en recueillant des informations.

« Recueillir des informations ! »

Si j’avais un familier, je pourrais peut-être l’utiliser pour explorer une plus grande partie de la carte !

J’espère juste pouvoir m’en offrir un avec les PdD que j’ai.

En cliquant sur le bouton, j’étais arrivé à une liste de familiers disponibles. J’avais parcouru la liste. Il devait y en avoir au moins cinquante !

« Chiens, chats, souris, lézards, grenouilles, serpents, chauves-souris, corbeaux, pigeons… »

La liste ne contenait pas que des animaux ordinaires. Il y avait un bon nombre de créatures fantastiques, comme les licornes et les slimes. J’avais à peu près assez de PdD pour une grenouille, une souris ou un lézard, mais avec une petite chose comme ça, que pouvais-je vraiment faire ? Elle risquait de se faire dévorer par quelque chose dès qu’elle mettrait le pied dans les bois. Si je voulais explorer la région, un oiseau serait le mieux, mais ils étaient tous assez coûteux. Je pouvais obtenir qu’un poussin pour le moment.

« Inutile… sauf si mon peuple aime les œufs. Et de toute façon, il faudra un certain temps avant qu’il puisse en pondre. »

Un chat ou un chien serait aussi un bon choix, mais je n’avais pas assez de PdD pour me les offrir. Je m’étais alors demandé s’il y avait un autre moyen de gagner des points que la gratitude de mes villageois. Comme si le jeu lisait dans mes pensées, un message était soudainement apparu sur l’écran.

« Vous pouvez acheter des PdD avec de la monnaie réelle. 1 000 yens vous permettent d’acheter 10 PdD. »

Super. Et j’étais là, sans emploi et fauché. Bien sûr, le jeu avait des microtransactions. J’aurais dû m’y attendre, mais j’étais assez dégoûté qu’ils les aient mises dans la version alpha du jeu.

Si j’achetais 20 000 yens de PdD, je pouvais m’offrir un chat ou un petit chien. Et en général, avoir plus de points rendrait la vie de mes villageois beaucoup plus facile. J’avais alors pris mon portefeuille dans la petite mallette à côté de mon ordinateur et je l’avais ouvert.

« Seulement 10 000 yens, hein ? Je pourrais peut-être vendre quelques vieux livres ou jeux. Ou je pourrais vendre aux enchères en ligne certains de mes prix non ouverts… »

J’étais resté assis là à réfléchir pendant un long moment, ignorant la petite voix dans ma tête qui me disait que j’accordais trop d’importance à la vie d’une bande de pixels.

 

 

***

Chapitre 3 : Chapitre 3 : Enquête sur le jeu et son système de points

J’avais pensé qu’il serait préférable d’en savoir plus sur les mécanismes du jeu avant d’investir de l’argent. La première étape était de faire une liste des choses que j’avais déjà apprises. J’avais ouvert le bloc-notes de mon PC et j’avais commencé à taper.

« 1. le jeu fonctionne en temps réel. Pas d’avance rapide. Le gameplay est sommaire et manque de nombreuses fonctionnalités de simulation standard. »

Je m’étais demandé pourquoi les développeurs n’avaient pas réussi à implémenter les fonctions les plus basiques d’un jeu de simulation — il y avait si peu de choses que je pouvais faire. Bien sûr, il y avait des jeux qui avaient la réputation d’être particulièrement difficiles ou opaques, mais là, ça semblait extrême. Et voir que ce problème n’avait pas été soulevé lors du développement m’avait surpris, j’aurais aimé qu’ils fassent leur travail correctement. Mais ce n’était pas comme si je pouvais juger si quelqu’un était mauvais dans son travail.

« Si je veux voir ce qu’ils font le matin, je vais devoir me lever tôt… Je suppose que je vais devoir m’endormir en même temps qu’eux. »

J’avais la mauvaise habitude de me parler à moi-même en essayant de rassembler mes pensées, ou en jouant à des jeux et en regardant des animes. La seule personne à qui je parlais vraiment dans la vie réelle était ma mère. Tous mes amis étaient en ligne. Je soupçonnais que j’avais commencé à le faire pour me distraire de ma solitude.

« Si quelqu’un m’entendait, il penserait probablement que je suis super bizarre. »

Et voilà, je recommence…

« 2. la prophétie quotidienne. Innovation ou gadget ? Je ne peux leur envoyer qu’un message par jour, qu’ils reçoivent dans leur livre saint. »

« J’ai peut-être eu de la chance la première fois. Je me demande s’ils comprendront ce que je leur dirai demain. »

Il faudrait que je réfléchisse bien à mon message, surtout si mes villageois ne retenaient que des mots-clés comme je le pensais. Quoique, même ça, c’est assez impressionnant pour un jeu comme celui-ci.

« 3. Les points du destin (PdD) sont nécessaires pour accomplir des miracles. Ils peuvent être gagnés par la gratitude des villageois ou en dépensant de l’argent réel via des microtransactions. »

« Je ne peux pas encore dire si 1 000 yens pour 10 PdD valent le coup ou pas… »

J’avais déjà 100 PdD, et 1 000 yens ne m’en donneraient qu’un dixième. Cela ne semblait pas beaucoup, mais j’en serais certain quand j’aurais appris combien je pouvais gagner en une seule journée.

« 4. Miracles. En dépensant des PdD, je peux accomplir des miracles, la plupart d’entre eux étant liés au destin des gens, sans leur procurer des choses utiles. Quand ils commenceront à cultiver, je peux envoyer la pluie et je peux aussi acheter un familier. »

J’avais hâte d’acheter un oiseau ou un monstre à apprivoiser et à utiliser comme mes yeux et mes oreilles dans le monde du jeu.

« 5. PNJ. Les PNJs de ce jeu sont très réalistes. Ils peuvent comprendre ce que je leur dis, et ils ont des conversations qui semblent naturelles. »

« Sûrement la partie la plus intéressante de tout le jeu… »

Le comportement des PNJs avait vraiment attiré mon attention. La façon dont ils comprenaient la prophétie quotidienne était incroyable. Il existait bien des jeux où le personnage à l’écran réagissait à certains mots prononcés par le joueur, mais ces mots étaient généralement très limités, et les réponses préprogrammées. Même les assistants numériques n’étaient pas encore à ce niveau. Mais même en dehors de cela, leur conversation était si naturelle et variée. Ils ne disaient jamais deux fois la même chose, ce qui était quelque chose que je n’avais jamais rencontré auparavant, et j’avais joué à beaucoup de jeux vidéo.

Chaque personnage avait sa propre personnalité et sa propre façon de parler et de bouger. Les joueurs avaient l’habitude de voir les personnages faire toujours la même chose, mais ce jeu n’avait rien de cela. Leurs mouvements étaient tout aussi variés que leur discours.

Carol, la plus active des villageois était particulièrement intéressante. Elle sautillait, courait, marchait, sautait, tombait et retenait même ses larmes. Elle réagissait à tout ce qui se passait autour d’elle. Les visages des personnages étaient également impressionnants : à part Gams, je pouvais lire ce que chacun d’entre eux ressentait dans son expression à tout moment.

« C’est nouveau, ça ? », m’étais-je demandé à voix haute.

Les graphismes ne faisaient que s’améliorer au fil du temps, certains jeux devenaient très proches de la réalité. J’avais également entendu à la radio que les doubleurs devaient lire des scripts les plus épais qui soient pour enregistrer toutes les réactions vocales possibles. Mais c’était pour un jeu entier. Après une demi-journée de jeu, j’avais déjà l’impression d’avoir entendu plus de conversations de mes personnages que la plupart des jeux pendant toute leur durée de vie. Ils étaient tout simplement trop humains pour que je puisse croire qu’ils faisaient partie d’un programme. Aucun de leurs comportements ne semblait programmé.

« Je suppose que les gens ne plaisantaient pas quand ils disaient que l’I.A. devenait trop indépendante pour son propre bien. »

Je ne pouvais pas imaginer ce que cela pouvait être d’autre.

« Ou peut-être que c’est normal, et que ce truc est devenu bien plus avancé pendant que j’étais coincé à l’intérieur… »

Tout ce que je savais sur la société venait d’Internet. Les nouvelles ne m’intéressaient pas du tout, et tout mon historique de recherche était consacré aux jeux et aux animes. Peut-être que si je regardais la télévision, j’aurai une meilleure idée de ce qui se passait dans le monde, mais je n’en avais pas dans ma chambre. Tout ce dont j’avais besoin était mon ordinateur.

Mais ce n’était pas l’idéal : « Finalement, peut-être que ce n’est pas génial. »

En tant que NEET, j’avais une vision étroite du monde. Je connaissais si peu l’actualité que je doutais de pouvoir avoir une conversation avec une personne « normale » de mon âge. Je n’avais pas parlé à mes amis d’enfance depuis des années. De quoi parlerions-nous ?

J’étais sur le point de tomber dans une spirale négative. Pour essayer de m’arrêter, je m’étais levé et j’étais allé à ma fenêtre.

J’avais regardé la maison du voisin. C’était une maison traditionnelle japonaise d’un étage. Enfant, j’avais l’habitude d’y aller pour jouer. Maintenant, je n’avais plus aucun contact avec mon ami qui y avait vécu.

De plus, il n’y avait rien de respectable dans le reflet qui me fixait par la fenêtre. Quel genre d’homme s’asseyait chez lui à midi un jour de semaine, à moins que ce ne soit son jour de congé après avoir travaillé le week-end ? Cela faisait des années que je n’avais pas quitté la maison. Je me rasais à peine et me coupais les cheveux peut-être une fois par an. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où j’avais acheté des vêtements ou des chaussures. Ma mère m’achetait des sous-vêtements une fois par an, mais tout le reste était très vieux.

J’avais besoin de changer. J’y pensais tout le temps, attisant l’anxiété qui s’installait constamment au creux de mon estomac, mais je ne savais pas quoi faire. C’était plus facile de me perdre dans le monde des films et des jeux vidéo.

Dix ans. 3 650 jours, tous identiques. C’était suffisant pour me donner envie d’en finir. Mais si j’avais trop peur pour trouver un emploi, comment pouvais-je trouver le courage de me tuer ?

« Ça fait déjà dix ans… Je devrais abandonner. »

Personne n’attendait plus rien de moi. Pas même ma famille. Quand ma mère m’avait crié dessus afin de trouver un travail, elle savait que rien ne changerait.

Je m’étais assis de nouveau devant l’ordinateur et j’avais fixé l’écran du jeu. J’avais décidé de jouer. C’était une bonne chose, car je n’avais rien d’autre à faire.

***

Chapitre 4 : Chapitre 4 : Les Villageois Laborieux et leur Dieu Paresseux

« Déjà le matin ? »

J’avais bâillé tout en jetant un coup d’œil à la lumière qui s’échappait de sous les rideaux. J’avais vérifié l’horloge près de mon oreiller. Il était 9 heures du matin.

« 9 heures du matin, hein ? Ça fait longtemps que je ne me suis pas levé à une heure aussi normale. »

D’habitude, je n’ouvrais les yeux que dans l’après-midi. J’avais essayé de me rappeler à quelle heure je m’étais couché. J’avais joué au Village du Destin jusque tard dans la nuit. Bon, ce n’était pas comme si je jouais vraiment, disons plutôt que je regardais. J’avais appris beaucoup de choses, y compris que mes villageois se couchaient ridiculement tôt !

Dès que le soleil se couchait, ils mangeaient leur dîner et allaient directement au lit. Gams restait debout pour faire le guet, mais même lui était au lit avant neuf heures.

J’étais pourtant un peu préoccupé par leur dépendance à l’égard de Dieu, moi. Leur dévotion extrême semblait être une bonne chose au début, mais j’avais entendu une conversation qui m’avait mis mal à l’aise :

« Pourquoi ne pas aller au lit, Gams ? »

« On ne sait pas quand un monstre peut attaquer, Rodice. Nous avons besoin de quelqu’un pour faire le guet. »

« Dieu a fait un miracle sous nos yeux et nous a parlé directement ! Il veille sur nous. Il éloignera les monstres. »

« Je l’espère… »

Je voulais leur dire que je n’étais pas si puissant. Je me demande s’ils pensent que je pourrais toujours les garder en sécurité. Ils avaient supposé que mon ordre de couper du bois avait une signification et que j’avais un plan pour compenser les problèmes logistiques. Ils pensaient tous que j’avais tout prévu.

« J’espère qu’ils ne vont pas commencer à penser que je peux les garder en sécurité tout le temps. Je devrais peut-être leur dire que je ne suis pas tout-puissant… mais si je faisais ça, leur gratitude baisserait probablement, ainsi que mes PdD… »

C’était un sacré dilemme. Désireux de ne pas décevoir, j’avais fini par chercher en ligne des informations sur la façon de traiter le bois, jusqu’à ce que je m’endorme.

Peut-être que si je n’avais pas gaspillé dix ans de ma vie à regarder des vidéos, à parcourir les médias sociaux et à troller sur des forums de discussion, j’aurais vraiment quelque chose de valeur à leur dire. Peut-être même que je saurais comment traiter tout ce tas bois qu’ils avaient coupé. Au moins, j’aurais quelques économies que je pourrais utiliser pour mes PdD. Si leur Dieu était un membre actif de la société au lieu d’un grabataire minable, leur vie serait bien plus facile.

« Les jeux sont censés être amusants ! Ils ne sont pas censés me faire réfléchir à mes choix de vie ! »

Les jeux étaient censés être une évasion de la réalité. Mais mes villageois avaient tout donné, même Carol. J’avais aussi entendu une autre conversation hier soir.

« Carol, tu es si petite ! Pas besoin de te fatiguer trop. »

« Être petite n’est pas une excuse, père. Je veux faire ma part ! », avait dit Carol.

« Tu sais que tu peux me demander de l’aide si ça devient trop dur, n’est-ce pas, Carol ? », lui rappela gentiment Rodice.

« Merci, père ! Mais je vais m’en sortir ! »

Même si Rodice donnait tout ce qu’il avait, il s’était quand même assuré que sa fille allait bien. Je l’avais vu se décider à aller l’aider, puis s’arrêter, plusieurs fois. Et Carol, toute jeune qu’elle était, travaillait sans se plaindre.

Je savais que ce n’était qu’un jeu, mais ces personnages semblaient vraiment vivants. Et plus vivants que moi en tout cas. J’avais toujours eu peur du travail honnête. Les voir faire tant d’efforts pendant que je restais assis à ne rien faire me serrait la poitrine. Chaque pas qu’ils faisaient et chaque charge qu’ils portaient était comme une coupure fraîche dans mon cœur pourri.

J’avais regardé autour de moi. Des emballages de bonbons sur le sol, c’était les restes d’une friandise que ma mère avait achetée pour l’essayer elle-même, avant que je les arrache et les engloutisse. Tout ce que j’avais accompli au cours de la dernière journée était de la création d’ordures, de la vaisselle sale, des piles de linge. Franchement, ma prophétie quotidienne à ces gens devrait être qu’ils ne devraient pas trop attendre de moi.

S’ils mettaient trop de foi en moi, cela pourrait les empêcher d’agir à un moment critique et le village pourrait être détruit. Après tout, je n’avais droit qu’à un seul essai dans ce jeu.

 

***

J’avais mis du temps à trouver un message qui ferait comprendre à mes villageois mes pouvoirs limités sans leur faire perdre confiance en moi. J’espérais seulement qu’il serait suffisant. Je regardais anxieusement mes villageois lire ma prophétie quotidienne.

« Tout le monde ! Le Seigneur nous a envoyé un autre message », dit appelé Chem tout en amenant les autres à arrêter ce qu’ils faisaient pour se rassembler autour d’elle.

« Je vais vous le lire. Mes chers croyants, j’ai perdu certains de mes pouvoirs. Tout ce que je peux faire, c’est veiller sur vous avec amour et accomplir de temps en temps de petits miracles. Vous devez travailler ensemble pour survivre. C’est mon souhait le plus cher. Si vous le faites, vous recevrez ma bénédiction. »

Leur silence fut long et gênant, et j’avais regardé en retenant mon souffle tout en espérant que cela se passerait comme je l’avais prévu. Je n’entendais rien à travers les haut-parleurs de mon ordinateur, à part le gazouillis des oiseaux et le bruissement des arbres. Je m’étais donc demandé ce qui leur passait par la tête. Peut-être avaient-ils déjà vu clair en moi et perdu la foi ? Honnêtement, ça faisait mal à voir. J’aurais dû trouver quelque chose de mieux, mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit maintenant.

« Oh, comme c’est merveilleux ! Le Seigneur nous aime et veille sur nous ! Merci, Seigneur ! »

Chem, folle de joie, tomba à genoux et commença à me louer.

« Il a accompli un grand miracle pour nous, même sans tous ses pouvoirs ! Et il nous a donné sa bénédiction, même si nous sommes indignes ! Je suis sûre qu’Il a perdu ses pouvoirs dans une grande lutte contre les forces du mal, mais Il a quand même accompli un miracle pour nous, même au milieu de sa détresse ! !! Nous devons travailler dur et ne pas L’accabler ! »

Merci de m’avoir couvert, Rodice !

J’avais été impressionné par la quantité de mimiques qu’il était capable d’intégrer dans ses louanges à mon égard. On aurait dit que je les avais convaincus. J’avais alors laissé échapper un soupir de soulagement. Et pendant que mes villageois continuaient à me remercier, j’avais remarqué que mes PdD augmentaient.

« La prophétie quotidienne a donc un effet direct sur mes PdD. »

Mes PdD avaient beaucoup augmenté pendant que je regardais, mes villageois devaient être vraiment contents de moi. Mais je n’en avais toujours pas assez pour obtenir le familier que je voulais. J’avais commencé avec 100 PdD hier et j’en avais gagné 110 de plus aujourd’hui. Je m’attendais à une cinquantaine par jour, mais il semblerait que je les avais sous-estimés. Pourtant, les miracles seront rares pendant un bon moment encore. Je pouvais probablement m’en permettre un par semaine, mais ce n’était vraiment pas suffisant. Mes villageois avaient besoin de beaucoup plus que ce que je pouvais leur offrir. Par exemple, les femmes voulaient un endroit convenable pour dormir.

« La charrette est pleine de courants d’air et n’est pas non plus très sûre — j’aimerais avoir un autre endroit où dormir ! Si seulement nous avions une sorte de clôture ou de mur pour nous protéger des monstres. Cela permettrait aussi à Gams de nous protéger plus facilement », dit Chem.

« Je m’inquiète pour le stockage de la nourriture. Si seulement nous avions un peu plus de sel », répondit Lyra.

La plupart de leurs conversations portaient sur ce dont ils avaient besoin pour survivre. Si j’avais plus de PdD, j’aurais pu résoudre au moins une partie de leurs problèmes. Mais je ne pouvais pas en gaspiller pour le moment.

« Je suppose que mon seul choix est de payer… »

J’avais mis mes prix non ouverts aux enchères en ligne. S’ils étaient tous vendus, j’en tirerais environ 30 000 yens, pas plus. Je pourrais vendre mes mangas et mes jeux dans un magasin de vente d’occasion, mais cela me forcerait à sortir. Et je n’étais plus sorti en plein jour depuis environ deux ans.

J’avais jeté un coup d’œil à l’écran. Mes villageois devenaient de plus en plus humains à mesure que je les regardais. Ils travaillaient dur pour survivre. Les choses allaient bien, mais nous étions encore au début du jeu. On ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer, mais j’étais sûr que ce serait intéressant. Je détestais l’idée qu’ils meurent avant que je puisse voir tout ça.

Je devais les aider, et pour cela, j’avais besoin de plus de PdD. Est-ce que c’est ce que ressentent les flambeurs, me suis-je demandé, lorsqu’ils dilapidaient leur argent encore et encore dans leurs jeux en ligne ?

« Je suppose que je vais sortir… »

Enlevant mon sweat-shirt et mon pantalon, je m’étais changé en des vêtements plus appropriés. Tout était un peu serré sur moi. Je n’avais pas pris de poids, j’étais juste peu habitué à porter quelque chose d’aussi restrictif. Au moment où je m’étais regardé dans le miroir, je vis un trentenaire pataud qui était mort à l’intérieur.

Quand j’étais enfant, je pensais qu’être un adulte signifiait être une personne respectable avec un bon travail, et peut-être une famille. Je pensais que je grandirais pour être comme eux. Au lieu de ça, j’étais là. Je ressemblais à un adulte, mais à l’intérieur, j’étais toujours un enfant. Peut-être même que j’étais moins responsable qu’un enfant. À l’époque, j’étais allé à l’école et tout ça. Tout ce que j’avais à montrer ces dix dernières années, c’était ma capacité à jouer à des jeux et à écrire des messages sur Internet.

Même maintenant, mon cerveau me disait que je n’avais pas à faire ça, que je pouvais enlever ces vêtements et retourner au lit. Normalement, j’aurais écouté, décidant que je pouvais réessayer demain, repoussant tous mes espoirs d’un jour de plus. Mais aujourd’hui, c’était différent.

Je m’étais retourné vers mes villageois. Rodice et Gams enlevaient l’écorce des troncs dans un silence amical. Ils travaillaient si dur, mais je ne les avais jamais entendus se plaindre. Chem était à la recherche de nourriture. J’avais entendu Gams dire qu’elle n’avait pas beaucoup d’endurance, mais cela ne l’arrêtait pas. Lyra lavait des vêtements à la rivière voisine. L’eau devait être froide, elle soufflait sans cesse sur ses mains pour les garder au chaud. Carol aidait partout où elle le pouvait, souriant tout le temps et ne mentionnant jamais son estomac vide.

Mon travail consistait maintenant à subvenir à leurs besoins. Même s’ils n’étaient que des personnages de jeu, je me sentais responsable d’eux. Ils étaient le coup de pouce dont j’avais besoin. J’avais quitté ma chambre et j’avais descendu les escaliers. Quand j’étais passé le salon, ma mère me repéra.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu sors ? »

« Je reviens vite. »

« Très bien… Amuse-toi bien. »

Je voyais bien qu’elle était surprise, mais elle ne m’avait rien demandé d’autre. Pendant un instant, j’avais cru entrevoir un sourire, mais il était parti trop vite pour en être sûr.

« À plus ».

Cette réponse était tellement simple, mais je ne l’avais pas dit depuis des mois et des mois.

Il faisait froid dehors. Je n’avais pas remarqué que c’était l’hiver. Ayant passé toute ma vie dans un environnement climatisé, je n’avais jamais fait attention à la météo.

J’avais déverrouillé mon vélo avant de hisser ma jambe sur la selle. J’étais un peu nerveux, cela faisait si longtemps, mais finalement, mon corps s’était souvenu de ce qu’il fallait faire. En traversant le quartier, j’avais remarqué que les passants parlaient entre eux. Je m’étais demandé s’ils ne se moquaient pas de moi, s’ils ne faisaient pas des commérages sur un homme de mon âge, dehors en plein milieu de la journée. Les questions tournaient dans ma tête. Je savais que j’étais probablement paranoïaque, mais j’avais peur. Je ne pouvais pas supporter le fait d’être ridiculisé. Ce n’était probablement que mon imagination, mais je pouvais entendre leurs rires dans mes oreilles, et cela me faisait honte.

Je voulais faire demi-tour et rentrer chez moi, mais je m’étais souvenu de mes villageois. Ils étaient probablement en train de travailler dur en ce moment. Je voulais leur faciliter la vie, ne serait-ce qu’un peu. J’avais donc gardé les pieds sur les pédales.

 

***

Je me sentais beaucoup plus à l’aise à l’intérieur du magasin d’occasion, où personne ne me reconnaîtrait. Et j’avais bien réussi. J’avais vendu deux sacs remplis de mangas que j’avais déjà lus à mort et tous mes vieux jeux. Le seul jeu dont j’avais besoin en ce moment était Le Village du Destin. Je n’en avais pas tiré grand-chose, mais l’un des mangas avait maintenant un anime, et il s’était vendu plus cher que prévu.

J’avais été tenté de prendre un fast-food avant de rentrer, pour me faire plaisir, mais j’avais décidé de ne pas le faire. À la place, j’avais fait un petit tour à la boutique d’occasion.

D’abord, j’avais pris un livre de menuiserie et un magazine sur la construction en rondins. Les informations étaient probablement toutes en ligne, mais il serait bon d’avoir un livre sur le sujet. Après tout, on ne savait jamais ce qui était réellement vrai en ligne. Et alors que je continuais à parcourir les rayons, me demandant s’il y avait autre chose d’utile, j’étais arrivé dans la section des LN. C’était rempli de romans isekai populaires. La plupart d’entre eux étaient gratuits en ligne, ce qui les rendait parfaits pour un NEET fauché comme moi, les loisirs gratuits étant tout ce que je pouvais me permettre.

Les versions imprimées étaient éditées et améliorées, et elles étaient accompagnées d’illustrations. J’avais vraiment envie d’acheter un exemplaire de ma série préférée, pour soutenir l’auteur, mais je n’avais tout simplement pas l’argent nécessaire pour le moment.

« Dans beaucoup de ces livres, un type apporte ses connaissances modernes à une société médiévale et en retire tout le mérite, non ? »

Ma propre situation avec Le Village du Destin était très similaire. Peut-être que ces livres me seraient quand même utiles ? J’avais acheté quelques exemplaires d’occasion, juste au cas où.

Même en vivant aux crochets de mes parents, j’étais tellement fauché que je devais acheter mes livres d’occasion. Quelle pensée déprimante ! Même les enfants savaient qu’il fallait de l’argent pour aller quelque part dans le monde, mais je m’étais caché cette vérité pendant tout ce temps. Tout ce que je voulais, c’était rentrer chez moi. Mais sur mon chemin, j’avais vu une pâtisserie que ma famille avait l’habitude de fréquenter. À l’intérieur, une petite famille choisissait un gâteau avec son enfant. Ils étaient tous souriants.

« Ce n’est peut-être pas une mauvaise utilisation de mon argent… »

Je m’étais arrêté et j’avais pris quatre puddings, qui eurent toujours du succès auprès de ma famille.

***

Chapitre 5 : Chapitre 5 : Un pauvre homme et une paix brisée

En rentrant à la maison, j’avais tendu les puddings à ma mère, qui regardait toujours la télé.

« Est-ce pour nous ? Merci ! »

« J’en ai assez pour tout le monde. »

Comme je ne voulais plus voir le visage souriant de ma mère, je m’étais dépêché de retourner dans ma chambre. Je n’avais rien fait d’autre que d’acheter un dessert. Ce n’était pas comme si j’étais rentré avec un ticket de loterie gagnant. J’étais toujours le même bon à rien que j’avais toujours été. Une si petite chose ne devrait pas me rendre si fier.

« Mais qu’est-ce que je fais de ma vie ? »

Je m’étais donné une bonne gifle pour reprendre mes esprits et je m’étais assis devant mon ordinateur. Mes villageois travaillaient joyeusement. Une fois qu’ils étaient de nouveau en sécurité sur mon écran, je commençais à feuilleter le magazine et le livre que j’avais acheté. J’avais hâte d’obtenir des PdD afin d’accomplir un miracle, mais si je ne faisais pas mes recherches, il y avait de fortes chances que je les gaspille. Je devais être sûr de prendre les meilleures décisions pour mes villageois.

Tout d’abord, j’avais décidé d’acheter des PdD, juste au cas où. Environ 20 000 yens devraient suffire.

 

***

Le livre sur le travail du bois s’était avéré très captivant. C’était le soir précédent la tragédie. Mes villageois étaient en train de se préparer pour le dîner. La veille, j’avais trouvé une fonction qui me permettait de consulter l’historique de leurs conversations. Je l’avais fait défiler, à la recherche de ce que j’avais manqué pendant la journée.

« Le temps est si beau. »

« Oui. »

« J’espère que nous ne rencontrerons pas de monstres ! »

« Moi aussi. »

Allez Gams, Rodice essaie d’apprendre à te connaître !

Gams était un gars honnête et direct, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’être désolé pour Rodice. Ça devait être comme parler à un mur de briques.

J’avais l’impression de lire leurs conversations privées, mais c’était le meilleur moyen pour moi de savoir comment les aider. En tout cas, ce fut ainsi que j’avais essayé de me justifier. J’avais ouvert le journal.

« Le linge devrait bientôt sécher », dit Lyra.

« C’est bien d’avoir la rivière si près », répondit Chem.

« Ça ne me dérangerait pas de me baigner… mais que se passerait-il si des monstres attaquaient pendant que je suis nue ? »

« Sans compter que les hommes pourraient revenir ! »

« Je ne suis pas inquiète. Mon mari et ma fille m’ont vue nue des centaines de fois, et je suis sûre que Gams n’aurait pas envie de regarder une vieille dame mariée ! », dit Lyra en riant.

C’était vrai. Lyra était censée avoir trente ans, le même âge que moi. Personnellement, je ne pensais pas qu’il y avait quelque chose de « vieux » chez elle. Elle avait une belle silhouette et était plutôt belle, même pour quelqu’un coincé dans la nature sans maquillage ni bijoux.

Pour être honnête, j’étais plutôt jaloux de Rodice.

« Ça ne me dérange pas non plus si Gams me voit ! », annonça Carol.

Sachant à quel point Carol aimait Gams, je ne serais pas surpris de la voir lui demander de la rejoindre dans la rivière.

« Ne sois pas stupide, Carol. Et je n’en sais rien, Lyra. Mon frère est peut-être un gentleman, mais c’est toujours un mâle au sang chaud ! »

Chem devait être plus attachée à son frère que je ne le pensais…

Leur conversation n’avait rien d’époustouflant, mais j’en avais appris un peu plus sur l’origine de mes villageois.

« Je dois me demander… quels étaient ces monstres qui ont attaqué notre village ? C’était tellement étrange, même en considérant la date. Et puis, juste comme ça, tout le monde est parti. »

Que voulait-elle dire par « en considérant la date » ? J’avais pensé à le demander dans ma prochaine prophétie, mais en même temps, je n’étais pas sûr que ça en valait la peine.

« Notre village était grand, nos murs étaient solides et bien construits, et nous avions tellement de chasseurs forts comme mon frère. Nous aurions dû être capables de nous défendre. »

« Je me demande si le gentil vieux couple d’à côté va bien », dit Carol.

Même en lisant le texte, je pouvais imaginer à quel point elle devait être triste.

« La forêt est peut-être dangereuse, mais nous n’avons plus d’options tant que nous n’aurons pas réparé les roues du chariot… Je doute qu’elles puissent nous porter pendant une journée dans leur état actuel. »

En faisant défiler l’historique, il semblerait que mes villageois venaient d’un village de quelques centaines d’habitants, ce qui était à peu près la moyenne pour ce monde. Un jour, un groupe de monstres les avait attaqués et, bien qu’ils aient essayé de se défendre, ils s’en étaient sortis de justesse. D’autres personnes étaient avec eux, mais ils avaient été séparés lorsqu’ils s’étaient enfoncés dans les bois, et maintenant ils ne connaissaient même pas leur chemin de retour, et s’il était même sûr d’essayer. Et quand bien même ils le feraient, le chariot était pratiquement détruit. Ils étaient coincés.

Maintenant, je comprenais pourquoi il y avait un miracle pour « retrouver les autres villageois ». Peut-être que si je l’utilisais, je pourrais faire travailler plus de gens dans mon village.

« Le dîner est prêt ! »

Au son de la voix de ma mère, j’avais fermé mon livre. Pour une fois, mon père se joignait à nous pour le dîner. D’habitude, il rentrait du travail beaucoup plus tard. Ses cheveux étaient séparés et gominés dans leur style habituel, et ses yeux regardaient froidement derrière ses lunettes à monture noire. C’était un homme franc qui ne disait jamais plus qu’il fallait. Il ressemblait ainsi un peu à Gams. Nos emplois du temps étaient si différents que nous ne nous voyions que quelques fois par mois, et nous n’avions jamais grand-chose à nous dire. Après une grosse dispute que nous avions eue il y a quelques années, il semblait totalement indifférent à mon égard. Il n’était pas méchant, juste désintéressé.

« Où est Sayuki ? », avais-je demandé.

« Elle fait des heures supplémentaires. Elle a dit qu’elle serait en retard. »

« Je vois. »

C’était assez courant actuellement.

Sayuki était ma petite sœur. Même si elle était un peu plus jeune que moi, elle travaillait déjà dans le domaine de ses rêves et avait le sourire aux lèvres chaque jour. En fait, elle aimait faire des heures supplémentaires. Je ne savais pas exactement ce qu’elle faisait, mais je pense qu’elle était dans l’administration ou quelque chose comme ça.

« Oh, c’est vrai ! Okiku-san m’a donné des cornichons faits maison aujourd’hui. Tu en veux ? », dit soudainement ma mère.

« Bien sûr. »

« Le temps était si beau que je suis allée me promener dans le parc. C’est là que je l’ai rencontrée ! On a fait du shopping ensemble, et elle m’a invitée à entrer… »

Ma mère n’en finissait pas de raconter sa journée pendant que mon père et moi mangions en silence, en ajoutant seulement une interjection de temps en temps pour lui faire savoir que nous l’écoutions toujours.

Je m’étais rendu compte que j’avais de la chance d’avoir ce que j’avais. Nous vivions dans une maison individuelle à l’écart de la ville. Pour l’instant, le grand et beau jardin ressemblait davantage à un champ, empilé avec de vieilles étagères et chaises en bois que mon père construisait à ses heures perdues, mais il disait vouloir en faire quelque chose un jour. Si ma famille avait été pauvre, elle n’aurait pas pu supporter le fardeau d’un fils paresseux comme moi. Ici, j’avais de la nourriture, un abri, et même Internet. Comparé à mes villageois, je n’avais pas à me plaindre.

Après avoir fini de manger, je m’étais levé pour retourner dans ma chambre quand ma mère m’arrêta.

« Pourquoi ne prends-tu pas un de tes puddings avec toi ? Regarde, chéri. Yoshio les a achetés pour nous. », dit-elle à mon père.

« Vraiment ? Je vais donc en prendre un. »

Comme je ne pouvais pas dire s’il était en colère ou heureux, j’avais couru jusqu’à ma chambre avec mon pudding dans les mains.

Maman avait attendu que papa rentre à la maison pour servir le dîner, il fut donc plus tardif que d’habitude aujourd’hui. Tous mes villageois, sauf Gams, étaient déjà endormis dans la charrette. À la lumière du feu de joie, son visage semblait encore plus fort et plus stoïque que d’habitude. Le village avait de la chance de l’avoir. La magie de Chem n’était constituée que de sorts de guérison, et même si j’aimais bien Rodice, il n’était clairement pas fait pour le combat, ni physiquement ni émotionnellement. Il était plus enclin à fuir les monstres qu’à les attaquer. Gams était le seul combattant. J’avais appris en lisant les conversations de mes villageois qu’il gagnait sa vie en chassant des monstres.

Après avoir appris que leur Dieu n’était pas tout-puissant, mes villageois avaient décidé de se relayer pour surveiller les nombreux monstres nocturnes qui vivaient dans ces bois. Le fait de voir Gams debout, veillant sur ses compagnons, m’avait mis à l’aise. J’étais sûr que son apparence y était pour quelque chose. Il avait des cheveux noirs et des yeux sombres. Je ne savais pas exactement quelle était sa taille, mais à en juger par la taille des autres, il devait approcher les 1,80 m, voire plus. Il avait une épée longue et une épée courte, et était très capable de les manier toutes les deux en même temps. J’avais tiré beaucoup d’informations sur lui en lisant les conversations entre Chem et Lyra. Il était également extrêmement sérieux et calme, et ne se plaignait jamais, même si la tâche qu’il avait à accomplir était désagréable ou ardue. C’était certainement la personne la plus fiable du village, et ils ne s’en seraient probablement pas sortis sans lui.

« Je compte sur lui autant que sur mes villageois. Je devrais probablement voir si je peux obtenir quelques habitants supplémentaires. »

Cinq personnes, ce n’était pas suffisant. Je pouvais augmenter ma population en utilisant mes PdD, mais cela était stupidement coûteux. Le coût variait selon le type de personnage, il y avait des marchands, des soldats, des archers, des civils, des charpentiers… Il y avait aussi une option « Aléatoire ». Je savais que la meilleure chose à faire était de l’éviter. Je ne voulais pas risquer de leur apporter une sorte de criminel… et je ne voulais pas non plus devenir accro au jeu pour obtenir des ressources pour mon village. J’avais vu à quel point il était facile de perdre une tonne d’argent sur les jeux gacha si l’on ne faisait pas attention.

De plus, même si je trouvais d’autres villageois, ils n’auraient nulle part où vivre. Et comme il n’y avait plus de place dans le chariot, quelqu’un aurait dû dormir dehors. Construire une maison où mes villageois pourraient se reposer tranquillement devait être ma priorité absolue.

« Une maison… », m’étais-je murmuré à moi-même.

Devrais-je dépenser tout l’argent que j’avais gagné pour acheter un charpentier afin d’accélérer le processus ? Les matériaux n’étaient pas un problème, ils vivaient au milieu d’une forêt. Il y avait déjà beaucoup de rondins, et cinq troncs étaient dépouillés de leur écorce. Gams supervisait l’abattage des arbres, tandis que Rodice était chargé de les transformer. Les troncs étaient gros, et on en tirerait probablement un bon nombre de planches. Le problème était qu’elles avaient encore besoin de temps pour sécher correctement.

Et tout cela mis à part, je voulais toujours vraiment un familier. De plus, j’estimais que je devais toujours avoir des PdD sous la main en cas d’urgence. Je suppose que j’aurai à le découvrir demain…

Pas besoin de se précipiter. De plus, j’aurais plus de PdD demain. Le fait de laisser Gams faire le guet tout seul me mettait mal à l’aise, mais je ne pouvais rien faire d’autre. J’avais décidé qu’il était temps de me coucher, afin de me lever tôt demain pour décider de ma prophétie.

À ce moment-là, j’avais entendu un bruit bizarre venant de l’ordinateur. Je m’étais retourné pour voir le mot « Attaque ! » écrit en rouge sur l’écran. Gams était en train de dégainer ses deux épées et se préparait au combat.

« Tout le monde ! Réveillez-vous ! »

Les visages endormis des villageois surgirent de la charrette à son appel.

« Qu’est-ce qui se passe, Gams ? », cria Chem.

« Des monstres ! Garde tout le monde dans le chariot, Chem ! »

« Est-ce que Gams va s’en sortir ? », demanda Carol avec anxiété tout en sortant la tête.

« Ne t’inquiète pas pour moi ! », dit Gams en souriant.

Carol et ses parents s’étaient retirés dans le chariot comme on leur avait dit. Chem serra ses mains devant sa poitrine et posa son regard inquiet sur son frère.

« Je peux me battre… »

« Ton travail est de me guérir si quelque chose ne va pas. Pour l’instant, prends soin des autres. »

Chem hésita avant d’acquiescer et de suivre les autres dans la charrette. Je n’étais pas capable de voir à l’intérieur, mais je pouvais imaginer Rodice et sa famille se blottissant et tremblant de peur. Sur la carte, je pouvais voir assez loin, grâce aux efforts d’exploration de mes villageois. Mais l’obscurité de la nuit signifiait que seule la zone autour du feu de camp était visible pour le moment.

Deux grands loups noirs étaient apparus dans l’obscurité. J’avais cliqué sur l’un d’eux pour voir ce que le jeu avait à dire.

« Loup-garou. On sait relativement peu de choses sur ces carnivores vicieux. À ce qu’il paraît, il s’agit de loups ordinaires qui s’étaient transformés en monstres. Ils sont plus forts que les loups ordinaires, certains ont même des crocs venimeux. »

« J’espère que Gams va s’en sortir… Je sais qu’il est fort, mais c’est deux contre un. »

Les loups s’étaient approchés de Gams, mais il avait tenu bon. S’il se concentrait d’abord sur un des loups, les choses seraient plus faciles, mais il prendrait le risque de voir l’autre s’attaquer au chariot. Les chevaux étaient attachés à un arbre proche, mais heureusement, il ne semblait pas que les loups s’intéressaient à eux pour le moment. Au lieu de cela, ils s’étaient séparés pour venir sur Gams des deux côtés, montrant leur intelligence.

« S’il te plaît… S’il te plaît, gagne, Gams ! »

Je ne pouvais rien faire d’autre que prier et regarder. Mais je ne savais pas qui je priais, vu que j’étais censé être le Dieu de ce monde.

« Attends ! Je suis Dieu ! Je devrais être capable de faire quelque chose ! »

Je m’étais empressé d’ouvrir le menu des miracles et de le faire défiler alors que Gams commençait à faire un geste. Les loups-garous bondirent sur lui. Gams balança ses deux épées en même temps. Il y eut un bruit d’entaille, et l’instant d’après, les loups étaient tombés au sol.

« Whoa! »

Malgré son incroyable exploit, Gams n’avait pas hésité à asséner un coup de grâce à chaque loup-garou. Bon sang, Gams était vraiment quelque chose !

« Vas-tu bien, Gams ? », demanda Chem tout en courant vers lui.

Gams posa sa main sur sa tête et sourit doucement.

« Je suis désolé. Prends soin de… tout le monde… », dit-il.

Gams s’était effondré sur le sol.

J’avais cliqué sur lui frénétiquement, me demandant s’il avait été blessé sans que je m’en aperçoive. Et au moment où je l’avais fait, il y eut un texte rouge clignotant sur sa boîte d’état.

« Empoisonné. »

***

Chapitre 6 : Chapitre 6 : Villageois en panique, Dieu en panique

La victoire de Gams semblait si facile, mais elle avait coûté cher.

« Tiens bon, Gams ! », avais-je dit en serrant les dents.

« Gams ! Il est si froid… », cria Chem tout en s’accrochant à son corps.

Rodice et sa famille étaient sortis du chariot.

« C’est bon, Chem. Il a encore un pouls, mais sa température corporelle est en train de chuter, et il est pâle. Et regarde cette blessure sur son bras… Je n’aime pas cette couleur. », dit Rodice.

Ce dernier se leva pour étudier l’un des loups tombés.

« Il a dû être empoisonné. Chem, as-tu des sorts qui guérissent le poison ? »

J’avais senti mes espoirs s’envoler à sa question. Peut-être que ma panique n’avait servi à rien.

« Je n’ai encore rien appris de tel. Avons-nous un antidote ? »

« J’ai bien peur que nous n’en ayons pas. »

Rodice secoua la tête et détourna son regard.

Lyra serra Carol contre elle en regardant. Comprenant qu’il n’y avait rien à faire, Chem prit la main de son frère. Des larmes coulaient sur son visage.

« Si on perd Gams, c’est fini pour nous », chuchota-t-elle.

J’avais essayé de me rappeler que ce n’était qu’un jeu en regardant mes villageois en deuil, mais mon cœur battait la chamade et j’étais au bord des larmes. Honnêtement, je pensais que c’était seulement le fait que leurs dialogues étaient textuels, et non vocaux, qui m’avait empêché de m’effondrer.

« S’il vous plaît, Dieu ! Sauvez mon frère ! Je suis prête à faire n’importe quoi ! Juste s’il vous plaît… S’il vous plaît, sauvez… »

Chem s’était mise à gémir, incapable de terminer sa demande.

Dieu… C’était vrai, j’étais Dieu. Il devait bien y avoir un miracle que je pouvais utiliser ! J’avais ouvert la liste, je l’avais parcourue aussi vite que possible, j’étais sûr d’avoir vu quelque chose d’utile…

« Pas le marchand… pas le chasseur… là ! »

J’avais trouvé ce dont j’avais besoin : « Faire apparaître un médecin itinérant. »

Aussi cher que ce soit, je ne m’étais pas soucié du coût. J’avais plus de 300 points maintenant, grâce à l’argent que j’avais versé aujourd’hui. C’était juste assez. Le coût élevé m’avait donné l’espoir qu’il serait efficace.

Mais va-t-il vraiment apparaître au moment où je fais le miracle ? Et s’il apparaissait à un endroit assez éloigné ?

« S’il vous plaît, faites que ça marche ! »

Mes jointures étaient blanches et j’avais serré les poings.

« Baisse d’un ton, Yoshio ! »

Maman m’avait appelé en haut des escaliers. Je tapais souvent des pieds sur le sol en signe de protestation quand elle se plaignait du bruit, mais je n’avais pas le temps d’être aussi mesquin maintenant.

« Ne serait-ce pas un peu bizarre qu’il apparaisse tout de suite ? Et si mes villageois ne lui faisaient pas confiance ? Attendez… il est minuit passé ! »

Les pensées tourbillonnaient dans ma tête comme une tornade tandis que je tapais furieusement.

« Tu m’entends, Gams ? Gams… »

« Y a-t-il un problème ? »

Mes villageois s’étaient retournés à la voix inconnue. Là, de l’autre côté du feu de joie, se tenait un jeune homme. Il avait de longs cheveux noirs soyeux, qui mettaient parfaitement en valeur sa belle apparence. En fait, je n’étais pas sûr que ce nouveau venu soit un homme ou une femme. Les traits de son visage androgyne ne laissaient pas deviner grand-chose, mais si je devais deviner, je dirais que c’était un homme. Il portait un manteau à capuche et portait un grand sac sur son dos. Il y avait plusieurs petits sacs accrochés à sa ceinture. Cela devait être le médecin !

« Qui êtes-vous ?! », Chem était sur ses pieds, s’interposant courageusement entre son frère et le nouvel arrivant.

Rodice saisit l’une des épées de Gams et prit une position défensive devant sa famille.

« N’ayez pas peur. Je suis un médecin itinérant. »

Mes villageois s’étaient échangés des regards méfiants. Cela semblait trop beau pour être vrai. J’avais alors appuyé sur la touche Entrée de la prophétie que j’avais déjà écrite, faisant briller le livre de Chem. Le livre s’était ouvert tout seul, et des mots apparurent sur la page blanche.

« Dieu nous parle ? »

Chem regarda alors le livre avec étonnement.

Elle commença donc à lire, oubliant dans sa hâte de lire à haute voix. Au fur et à mesure qu’elle lisait, des larmes commencèrent à couler de ses yeux.

« Merci, mon Dieu », murmura-t-elle avant de se mettre à sangloter.

J’étais content d’avoir pensé à leur envoyer une prophétie leur expliquant tout.

« Il semble que je sois arrivé juste à temps. Puis-je voir votre compagnon tombé ? », dit le médecin.

« Oui, s’il vous plaît ! », cria Chem sans hésiter.

Les autres villageois se taisaient en regardant, ne comprenant pas encore tout à fait la situation. Le médecin examina la blessure de Gams. Il sortit une petite bouteille et versa la moitié du contenu dans la bouche de Gams et l’autre moitié dans la blessure. Son expression douloureuse commença à s’adoucir sous nos yeux.

« Dieu merci, ça a marché. »

Je m’étais affalé sur ma chaise, la tension s’évacuant de mon corps tandis que je desserrais les poings.

Le fait que le médecin soit arrivé à temps m’avait vraiment rendu heureux. Soulagé, j’avais porté mon attention sur les autres villageois. Rodice et sa famille regardaient Chem et le médecin, l’air perplexe. Chem était tellement occupée à tenir son frère dans ses bras que Rodice avait pris son livre et avait commencé à le lire lui-même. Une lueur de compréhension était finalement apparue dans ses yeux. Comme je l’avais espéré, ma capacité à envoyer une prophétie quotidienne s’était réinitialisée à minuit.

« Je ferai preuve de clémence pour ce brave guerrier. Il n’est pas encore temps pour lui de me rejoindre. J’ai utilisé le pouvoir du destin pour vous envoyer un médecin. Même si de nombreuses épreuves vous attendent, n’oubliez pas que je veille sur vous. »

J’avais essayé de ressembler à un dieu en l’écrivant, mais j’étais tellement paniqué que je ne savais pas si j’avais réussi. Peut-être que si j’avais adopté un ton décontracté avec eux dès le début, je n’aurais pas à me soucier d’écrire de manière aussi formelle maintenant. J’aurais pu ainsi sembler moins divin, mais j’avais l’impression que cela les aurait beaucoup moins impressionnés. Si j’avais eu la possibilité de commencer un nouveau jeu, j’aurais aimé essayer d’être un dieu décontracté.

« Bon travail, tout le monde. »

Même si je sentais que le danger était passé, je continuais à surveiller mes villageois à la place de Gams.

***

J’avais regardé jusqu’au matin, même si je ne pouvais rien faire de plus. J’étais heureux de regarder Gams qui dormait paisiblement, guéri du poison.

Les villageois s’étaient levés avant six heures pour se mettre au travail. Chem s’occupait de son frère. Rodice prit une petite lance dans le chariot et monta la garde, conscient qu’il était le seul homme encore en état de se battre. Pendant ce temps, Lyra et Carol préparaient le petit-déjeuner ensemble. Le médecin était toujours là, mélangeant des médicaments avec un mortier et un pilon. Chem n’arrêtait pas de lui lancer des regards comme si elle voulait dire quelque chose, mais n’arrivait pas à trouver le courage de le faire. Finalement, elle prit une grande inspiration.

« Excusez-moi, Monsieur le Médecin… mais comment se fait-il que vous soyez ici ? »

Le médecin continuait à trier ses herbes tout en parlant : « Cette forêt est un endroit dangereux, mais elle est aussi pleine d’herbes médicinales utiles. J’étais en train d’en cueillir hier soir, et alors que je m’apprêtais à monter le camp, j’ai vu une colonne de lumière. J’ai senti que je devais aller voir, et je me suis retrouvé ici. »

« Le Seigneur vous a guidé », dit Chem.

« Je ne crois en aucun dieu. Je me fie uniquement aux bienfaits de la nature. Cela dit, je n’ai pas d’autre explication pour ce qui s’est passé hier soir. »

Donc le médecin était un non-croyant. Cela me fit m’interroger sur la religion dans ce monde. Peut-être que l’existence de Dieu était considérée comme un fait, mais que le fait de le suivre dépendait de l’individu.

« Dans combien de temps devez-vous rentrer chez vous ? », demanda Chem.

« Je ne peux pas laisser mon patient, même s’il semble que le pire soit déjà passé. Me permettez-vous de rester avec vous, ne serait-ce que quelque temps ? »

« Bien sûr. Restez aussi longtemps que vous le souhaitez ! Mais je crains que nous ne puissions pas vous offrir un abri. Est-ce que cela vous convient ? »

La présence du médecin me mettrait à l’aise. Si seulement il y avait un endroit pour qu’il puisse dormir. Le chariot était déjà bondé. Mes villageois n’avaient pas non plus de tente dans leurs réserves.

« Il est peut-être temps d’utiliser d’autres PdD. »

Il faudrait probablement quelques jours de plus avant que Gams soit à nouveau en état de se battre. Et même si Rodice pensait pouvoir protéger tout le monde en attendant, je n’avais pas beaucoup de foi en lui. Je ne pouvais pas m’empêcher de craindre qu’il y ait une autre attaque de loup avant que Gams ne soit de nouveau opérationnel. Pour l’instant, mes villageois avaient besoin d’un endroit où ils pouvaient s’abriter en toute sécurité.

Je ne me sentais pas à l’aise pour utiliser mes points après en avoir déjà dépensé autant, mais je ne voyais pas d’autre solution.

Je devrais peut-être faire apparaître un marchand ?

« Il y a une grotte à proximité, en fait, c’est une mine abandonnée. Elle nous fournirait un abri suffisant pour tous, et il pourrait y avoir des objets utiles laissés par les mineurs », dit le médecin.

Ouah !

Enfin un endroit où mes villageois pourront dormir en sécurité ! Ils avaient convenu que c’était une idée fantastique et étaient partis immédiatement vers la grotte. Avec Gams dans le chariot, mes gens avaient suivi le médecin sur le chemin de la sécurité.

***

Ils étaient arrivés à destination après seulement cinq minutes de voyage. Là, contre la paroi abrupte de la montagne, se dressait un mur improvisé de planches inclinées. Elles étaient disposées en demi-cercles d’environ trois mètres de rayon, bricolées ensemble pour protéger des éléments l’entrée de la grotte. Derrière elles se trouvait un ensemble de doubles portes suffisamment grandes pour y faire passer un chariot et une seule porte plus petite, comme une entrée ordinaire de maison.

« Cette grande porte est destinée aux cargaisons et aux gros objets, tandis que la plus petite est l’entrée proprement dite. Je crois qu’à l’origine, c’était une mine en activité, mais lorsque les mineurs ont trouvé un meilleur endroit à proximité, ils ont utilisé cet endroit pour le logement et le stockage », dit le médecin en ouvrant les grandes portes doubles et en faisant signe aux autres d’entrer.

Et alors que mes villageois et le chariot entraient dans la grotte, l’écran de jeu changea : le toit était devenu transparent et j’avais pu voir à l’intérieur.

« Bon sang, c’est plus grand que je ne le pensais », avais-je dit.

Il y avait encore beaucoup d’espace dans la grotte, même avec le chariot, les chevaux et les villageois à l’intérieur. Il y avait aussi plusieurs tunnels qui partaient de la zone principale, leur contenu étant caché derrière des portes. La grotte était sale, et on aurait dit que personne n’y avait vécu depuis des années. Pourtant, comparé au fait de dormir dans une charrette, c’était le paradis. Mes villageois s’étaient précipités pour examiner la grotte, leurs yeux s’illuminant.

« Il y a une petite pièce par ici ! », cria joyeusement Rodice, tout en regardant derrière l’une des portes.

« Il y a même un petit ruisseau d’eau de source ! Et un four en pierre ! Cet endroit a tout ce dont nous avons besoin ! Eh bien ça alors ! Mettons de l’ordre dans cet endroit ! », s’exclama Lyra.

Cette dernière retroussa ses manches tandis que sa fille sautillait joyeusement autour d’elle.

Je lui devais vraiment quelque chose.

Grâce au médecin, mes villageois avaient un endroit sûr pour dormir. Les planches qui protégeaient la grotte étaient épaisses et renforcées de fer, et il fallait une sacrée force pour les briser.

Finalement, mon peuple pouvait commencer à construire un vrai village.

***

Chapitre 7 : Chapitre 7 : Frère Parfait et Frère Honteux

Pendant que Gams se reposait, les autres villageois se mirent au travail. D’abord, ils choisirent une des petites chambres, la nettoyèrent et installèrent Gams dans un des lits abandonnés. Il pourra ainsi mieux récupérer. Le médecin était resté à son chevet pour le surveiller pendant que les autres villageois commençaient le vrai nettoyage. Lyra prit immédiatement les choses en main.

« Faisons tous de notre mieux pour que lorsque Gams sortira, il soit étonné de voir à quel point c’est propre et net ici ! Rodice, mon cher, rassemble tout ce que nous ne pouvons pas utiliser et mets-le dehors. »

« Compris. Je vais voir s’il y a des objets qui méritent d’être réparés et j’en prends note. », répondit Rodice.

Je pouvais voir à sa réaction qu’il était habitué à ce que sa femme lui donne des ordres.

« Carol, tu fais la poussière dans les chambres, sauf dans celle de Gams. Et travaillons en silence afin qu’il puisse se reposer. »

« Il y a quatre chambres. Je peux partager celle de Gams. Je parie qu’il me laissera partager son lit ! », dit Carol, qui se passa ensuite les mains sur le visage, embarrassée, quand elle réalisa ce qu’elle avait dit.

Chem regarda fixement la jeune fille à travers la fente de la porte de la chambre de Gams. Carol semblait vouloir dire quelque chose, mais au lieu de cela, elle s’était retournée et s’était remise à nettoyer.

« Je suis sa sœur, je devrais être celle qui partage le lit avec lui. Il la laisse abuser de lui beaucoup trop facilement, il devrait apprendre à lui dire “non”. », dit Chem.

Elle continua ainsi à marmonner sombrement pendant qu’elle travaillait.

Lyra semblait sur le point de donner une tâche à Chem, mais elle s’était ravisée et était passée à autre chose. J’étais heureux de voir que la plupart de mes villageois s’entendaient bien. Il n’y avait que Chem et Carol qui se disputaient de temps en temps.

Cette grotte était une véritable aubaine (bien qu’indirectement, je suppose). Même si des monstres parvenaient à entrer, les différentes pièces pouvaient être fermées pour les protéger pendant que Gams agissait pour les chasser. J’étais sur le point de pousser un soupir de soulagement quand j’avais remarqué quelque chose d’étrange. Il y avait une bulle au-dessus de la tête de Gams avec le mot « rêve » écrit dessus. J’avais regardé le médecin pour voir sa réaction, mais il l’ignorait. Le plus probable étant qu’il ne pouvait pas du tout la voir. Je ne savais pas vraiment pourquoi le jeu voulait que je sache qu’il rêvait, mais j’avais cliqué dessus, sans m’attendre à ce que quelque chose se passe.

L’écran était devenu noir.

 

***

Quel était cet endroit ? Cela ressemblait à une ruelle lugubre d’un village inconnue, tout en pierre et en métal, sans aucun arbre en vue. De la neige tombait et se déposait légèrement sur les dalles. Des lanternes suspendues à des poteaux de chaque côté du chemin diffusaient une faible lumière. La nuit semblait si froide que j’avais presque commencé à frissonner.

Là, un jeune homme et une petite fille marchaient main dans la main. Il me semblait qu’ils auraient dû être couchés dans leur lit, et pas en train de marcher dans cet endroit inhospitalier. Le visage de l’homme était sinistre, et la fille semblait prête à fondre en larmes à tout moment. Il était vêtu d’une armure de cuir, et les épées qu’il portait dans le dos et à la hanche me dirent qu’il était épéiste. La fille portait un manteau bien trop grand sur elle et laissait parfois entrevoir le pyjama qu’elle portait en dessous.

« Où va-t-on, Gams ? »

« Ailleurs, Chem. »

C’était donc des versions plus jeunes de Gams et Chem. Il n’y avait pas encore de cicatrices sur le visage de Gams, et celui de Chem était adorablement rond. Ils semblaient tous les deux en détresse. Il avait dû se passer quelque chose, et Gams avait dû être malheureux de traîner sa petite sœur dehors par une nuit aussi froide.

« Que va-t-il arriver à maman et papa ? »

« Ne t’inquiète pas pour eux. Ils ne sont plus nos parents. »

« Mais si nous ne rentrons pas bientôt à la maison, ils vont être très en colère ! »

Chem baissa les yeux vers le sol. Sa main libre tremblait, et pas à cause du froid.

« Nous ne rentrerons plus jamais à la maison, alors n’aie pas peur, d’accord ? »

Gams tapota doucement la tête de Chem. Le sourire qui accompagnait ses paroles n’était pas très convaincant.

Ils avaient dû s’enfuir de chez eux. On aurait dit que leurs parents étaient violents.

Le duo continua de marcher en silence. Le rythme de Chem était de plus en plus lent, jusqu’à ce qu’elle finisse par s’arrêter et s’accroupir sur le sol.

« Je ne peux plus marcher. »

« Fatiguée, hein ? Viens, je vais te faire faire un tour sur mon dos. »

Chem grimpa sur le dos de Gams. Et bien qu’elle ait toujours l’air triste, il y avait une petite lueur de soulagement dans ses yeux. Gams avançait à un rythme plus lent, emmenant sa sœur plus loin de la maison.

« Gams, pourquoi maman et papa me détestent-ils ? Est-ce que je suis une mauvaise fille ? »

« Bien sûr que non ! », dit Gams, un peu trop fort.

Chem tressaillit à sa voix.

« Ce n’est pas vrai. Tu n’es pas une mauvaise fille. Ce sont de mauvais parents. », dit-il, plus calmement cette fois.

« Ils ont dit qu’ils allaient me vendre comme esclave parce que j’étais mauvaise… Ils ont dit que puisque je n’allais être là que quelques jours de plus, je devais être une bonne fille. »

Ce n’était pas juste une tentative de fugue innocente. Je savais que la maltraitance des enfants existait même dans ma société moderne, mais je n’avais jamais entendu parler de quelque chose d’aussi horrible auparavant…

« Oublie-les, Chem. Ce ne sont pas nos parents, ils ne valent rien. Ils n’ont même pas de travail. Ils ne font qu’accumuler des dettes de jeu, et maintenant ils veulent te vendre pour les payer. J’allais venir te chercher une fois que je serais un chasseur à part entière, mais j’aurais vraiment dû agir plus tôt. Je suis désolé. »

Gams regardait le ciel nocturne, le regret étant clair dans ses yeux.

« À ce moment-là, j’étais heureuse de voir que tu étais venu. »

« Ne t’inquiète pas. On va bien s’amuser à partir de maintenant, d’accord ? »

« Je t’aime, Gams ! »

Chem serra son frère très fortement et enfouit son visage dans son cou.

Je comprenais maintenant pourquoi elle l’aimait tant et se fiait autant à lui : il venait à son secours quand elle en avait besoin.

« Pas étonnant que tout le monde aime Gams. Il est beau, et il a un cœur d’or. »

Le rêve s’était évanoui, me ramenant à la grotte.

 

***

J’avais continué à observer mes villageois jusqu’à ce que je réalise qu’il était presque l’heure de déjeuner. J’étais affamé, et mes yeux commençaient à être inconfortablement secs. Il était temps de faire une pause. Mais au moment où j’étais sorti dans le couloir, la porte de la chambre voisine de la mienne s’était ouverte, révélant ma jeune sœur Sayuki. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas croisés ainsi. Elle se frottait l’arrière de la tête, comme si elle venait de se réveiller, mais son expression changea dès qu’elle me vit.

« Argh, c’est toi. », dit-elle de mauvaise humeur

« Es-tu de repos aujourd’hui ? »

La question était sortie de ma bouche avant que je puisse m’en empêcher.

J’avais depuis longtemps perdu la notion des jours de la semaine. Et grâce au Village du Destin, c’était encore pire ces derniers temps.

Je suppose que ça veut dire qu’on est dimanche.

Elle avait travaillé tard hier soir, c’était pourquoi elle était encore en pyjama.

Tout comme Gams et Chem, ma sœur et moi ne nous ressemblions pas beaucoup. Les gens aimaient nous le dire chaque fois qu’on nous voyait ensemble. C’était probablement parce que ma sœur était conventionnellement belle et que j’avais l’air d’une loque.

Quand elle était au lycée, elle me parlait de tous les types qui lui avaient fait des avances. Elle était encore plus jolie maintenant qu’à l’époque. C’était comme si je n’avais hérité d’aucune des qualités de mes parents pour qu’elle puisse les avoir toutes. Ses beaux cheveux noirs tombaient juste sous ses épaules. Ses yeux s’étaient rétrécis, me repoussant presque rien que par leur regard.

Même sans maquillage, elle était jolie. Je m’étais presque surpris à la fixer. Si je n’étais pas son frère, je l’aurais probablement trouvée encore plus belle que je ne la trouvais. Elle avait encore une vingtaine d’années, et je ne pouvais pas m’empêcher d’être jaloux. J’aurais aimé être aussi jeune à nouveau.

La façon dont elle me regardait me disait que j’allais me faire engueuler si je jetais encore un regard dans sa direction.

« Je vais juste aux toilettes », avais-je marmonné en m’éloignant.

Je n’avais plus trop envie d’aller déjeuner maintenant. Et je doutais qu’elle le fasse aussi si je descendais.

« N’utilise pas les toilettes du bas, d’accord ? »

Je n’avais jamais eu envie de me battre avec elle, et je ne pensais pas non plus en avoir le droit. Elle gagnait de l’argent pour notre famille. Je ne faisais que prendre de l’espace.

« Je sais, » avais-je répondu.

Sayuki détestait même l’idée de partager une salle de bain avec moi et me le rappelait souvent, et maintenant je m’en tenais à la salle de bain de l’étage par habitude. Et de toute façon, elle était plus proche de ma chambre.

« Ne dis pas juste “je sais” ! », murmura Sayuki.

Elle continua à marmonner pour elle-même, mais je n’avais pas entendu la fin parce qu’elle était déjà à mi-chemin dans l’escalier. Peut-être voulait-elle que je me dispute avec elle.

Je n’avais pas la volonté de lui parler, car elle était toujours en colère contre moi. Nous étions proches quand nous étions enfants, mais comme la plupart des bonnes choses dans ma vie, c’était une chose du passé. Quand j’avais commencé à être désillusionné par la vie, elle commença à me traiter comme un étranger. Et quand j’avais finalement renoncé à chercher un emploi, elle cessa même de me parler. Avant tout cela, nous sortions ensemble assez souvent.

Maintenant, nous nous parlions à peine. Mais je ne pouvais pas voir ce qu’elle pensait que j’aurais dû faire différemment. Peut-être que j’aurais dû… non.

J’avais réalisé que je me serrais le ventre.

Ressasser le passé était inutile. Je m’étais habitué à ce que ma sœur me traite de la sorte, mais après avoir vu le rêve du passé de Gams et Chem, je me sentais à vif et peiné aujourd’hui.

Gams s’était occupé de sa sœur. Je ne l’avais pas fait. Comment pouvais-je ne pas me comparer ?

Je savais que Sayuki aurait préféré avoir un frère comme Gams. De retour dans ma chambre, j’avais veillé sur mes villageois jusque tard dans la nuit.

 

***

Comme d’habitude, ils avaient travaillé toute la journée sans se plaindre. Ils étaient toujours là pour se soutenir et prendre soin les uns des autres. Chem apporta un verre d’eau à son frère alité avec un sourire. Ils avaient vraiment une bonne relation. Si seulement Sayuki et moi pouvions être comme eux…

« Je veux changer. »

Mes yeux s’étaient élargis de surprise en entendant les mots sortir de ma bouche. J’avais senti quelque chose éclabousser le dos de ma main, une fois, puis une autre. C’était chaud et humide. Des larmes.

« Alors je pleure, hein ? J’ai tellement de regrets… que j’en pleure ? ! Alors pourquoi n’ai-je rien fait ? ! », avais-je bégayé pour moi-même.

Mes mots s’étaient transformés en sanglots. Je ne pouvais pas m’arrêter.

***

Changer la réalité

Chapitre 1 : Le Dieu Vénéré et son style de vie pingre

Trois jours après l’installation de mes villageois dans la grotte, Gams s’était complètement rétabli. Et il l’était suffisamment pour aider aux travaux lourds. Il explorait la zone le jour et montait la garde la nuit. Soit les gens de ce monde guérissaient très vite, soit leurs médicaments étaient incroyablement efficaces. Peut-être que les développeurs savaient simplement que personne ne voulait attendre des siècles pour que ses villageois guérissent.

Le nom du médecin était Murus. J’étais content qu’il se soit installé avec les villageois. Pendant que ses longs cheveux noirs étaient attachés, j’avais étudié son visage. Ses yeux bridés étaient longs et étroits, et son nez parfaitement droit. Son corps était mince et gracieux. Sa façon de parler m’avait fait penser que c’était un homme, mais son apparence androgyne me fit demander s’il n’était pas une femme déguisée. Si le jeu était entièrement vocal, je le saurais peut-être avec certitude.

Quoi qu’il en soit, Murus était un excellent ajout à mon village. Non seulement il avait une connaissance approfondie des plantes et de la médecine, mais il connaissait bien la géographie locale. C’était aussi un excellent archer. Avec Murus et Gams qui montaient la garde, je pouvais dormir tranquille la nuit. Et ce n’est pas tout, Murus pouvait faire de la magie à base de plantes. Il séchait les troncs d’arbres de mes villageois et les préparait à servir d’abri. Honnêtement, il avait l’air plutôt OP.

La magie faisait partie de la vie quotidienne dans ce monde. Je m’en doutais déjà grâce à la magie de guérison de Chem, mais l’ajout d’un mage végétal était encore une surprise. Je m’étais demandé quelles autres sortes de magie étaient présentes, attendant que je les découvre.

Et bien que je sois heureux d’avoir invoqué un nouveau venu aussi utile, tout ne se passait pas sans heurts. Murus était traité comme un « invité » dans mon village. Lorsque j’avais cliqué sur lui, je n’avais pu voir que son nom. Le reste de ses informations était noirci avec le mot « secret » écrit dessus. Il y avait probablement des conditions à remplir pour qu’il rejoigne mon village, mais je n’arrivais pas à les comprendre. J’avais espéré qu’après avoir dépensé 20 000 yens, je pourrais au moins l’avoir de façon permanente. Je suppose que je devais simplement être reconnaissant du fait qu’il ait sauvé Gams… c’était ce que j’essayais de me dire.

« Allez, rejoignez-nous… »

Au moins, la grotte était encore mieux que ce à quoi je m’attendais. C’était un lieu de vie confortable pour mes villageois, et elle était équipée pour répondre à tous leurs besoins. Il n’y avait pas de lumière naturelle, mais il y avait des lanternes lumineuses éclairées par des « orbes de lumière », une sorte de minerai spécial dans ce monde qui brillait de mille feux. Il y avait aussi des pioches et des outils de forgeron laissés par les mineurs. Il y avait même des armes qui traînaient. Aucun de mes villageois ne savait forger, mais j’espérais qu’un jour, un nouveau villageois possédant ces compétences arriverait.

Ils vivaient enfin comme une vraie communauté. Pour être honnête, la découverte de cette grotte semblait trop belle pour être vraie, mais je ne devais pas m’attendre à un réalisme total de la part d’un jeu vidéo. Je pense que le personnage que j’invoquerais en premier y conduirait mon peuple. Même un jeu plein de microtransactions devait avoir à un moment donné pitié de moi.

Murus savait quelles plantes et baies étaient comestibles, et la rivière voisine était pleine de poissons. Parfois, Gams et Murus revenaient même avec de la viande, ce qui était une bonne chose, car ils n’avaient plus rien à manger de leur village d’origine. Je m’étais dit que la prochaine étape serait de labourer un peu de terre pour les cultures.

La famille de Rodice avait l’habitude de cultiver de la nourriture dans leur village, les connaissances en agriculture n’étaient donc pas un problème. La zone autour de la grotte regorgeait de végétation, le manque de terre fertile n’était donc pas non plus un problème. Le problème était qu’ils n’avaient rien à faire pousser.

Dans la plupart des jeux, je sélectionnais une parcelle de terre et mes personnages commençaient à labourer. Quelques jours plus tard, les cultures poussaient, comme par magie. Mais Le Village du Destin n’était pas comme la plupart des jeux. Je m’étais demandé s’il n’était pas temps d’appeler un marchand.

Depuis l’acte coûteux d’appeler Murus, je n’avais pas fait d’autre miracle, j’avais donc fait remonter mes PdD. Mes villageois m’étaient incroyablement reconnaissants d’avoir sauvé Gams, et j’avais déjà récupéré un quart de ce que j’avais utilisé pour appeler Murus.

Mes villageois vivant dans une paix relative, j’avais sauté une des prophéties quotidiennes. Mais comme ils commençaient à s’inquiéter du fait que je les avais abandonnés, j’avais donc recommencé à envoyer un message chaque jour, même s’il n’y avait rien d’instructif. C’était difficile de trouver quelque chose de nouveau à dire chaque jour et de continuer à faire preuve de piété. J’avais même trouvé des vidéos de sermons en ligne pour essayer de trouver des choses que je pourrais voler pour les raconter. Je n’arrivais pas à trouver de nouveaux commandements à leur donner, alors je me contentais généralement de leur envoyer du superflu pour les faire patienter.

« Mes villageois, veillez à boire beaucoup d’eau potable chaque jour. Reposez-vous quand vous êtes fatigués. Gardez vos corps au sec, car la nuit venue, l’humidité vous donnera froid. Prendre soin de votre santé est d’une importance vitale. Ne l’oubliez pas. »

Ce message me donnait l’impression d’être leur grand-père. En fait, c’était exactement le genre de choses que les parents de mon père, à la campagne, disaient quand je leur rendais visite. Mais c’était difficile de trouver quelque chose de profond chaque jour. C’était vraiment devenu une sorte de corvée. J’aurais aimé être plus décontracté avec mes villageois, mais je ne voulais pas les embrouiller. De toute façon, j’étais plus préoccupé par ce que je devais faire avec mes PdD que par l’écriture de messages. En vérité, même si mes villageois avaient des besoins et des envies, je voulais vraiment un familier.

Il y en avait un en particulier que je ne pouvais pas quitter des yeux. J’avais cliqué dessus, ce qui fit apparaître la description.

« Golem. Humanoïde. Comprends les commandes de base et travaille toute une journée sans avoir besoin de se reposer. Il peut être contrôlé via une manette de jeu. »

Les Golems étaient un élément de base de la fantasy. Leurs principales caractéristiques étaient leur grande taille et leur corps de pierre durable. Ce n’était pas seulement la capacité de combat potentielle qui m’avait attiré, mais aussi le fait qu’il puisse travailler toute la journée. Ce serait une aide considérable pour une petite population.

Ensuite, il y avait le fait que je pouvais le contrôler. Enfin, je pourrais faire plus que simplement regarder et envoyer des messages. J’en avais tellement envie, mais je n’en avais pas les moyens — même si le curseur de ma souris s’en approchait sans cesse avant que je ne m’en empêche. La plupart des miracles coûtent entre 100 et 200 PdD, mais le golem coûtait la bagatelle de 700 PdD ! Cela représente 70 000 yens ! Bien sûr, je n’avais pas à le payer… mais pour l’instant, je ne recevais qu’environ 10 PdD par jour de mes villageois. Cela signifiait attendre presque deux mois, et ne faire aucun miracle pendant ce temps. Je n’avais pas la patience pour cela, d’autant plus que je voulais appeler un marchand pour rendre la vie de mes villageois un peu plus facile. Et, bien sûr, il pourrait y avoir une autre urgence…

Si je pouvais me permettre d’acheter des PdD, ce ne serait pas un problème, mais mes économies étaient anéanties, même celles de mon enfance et les restes de l’allocation que j’avais reçue de mon père lorsque nous étions encore en bons termes. Pour l’instant, j’avais 160 PdD, ce qui n’était pas mal, vu que j’en avais utilisé 300 pour invoquer Murus. Mais la gratitude ne pouvait pas me mener bien loin. Les bribes de conseils que j’en étais réduit à envoyer ne faisaient pas grand-chose. L’autre option était d’augmenter la population du village, mais là encore, cela signifiait dépenser des PdD pour un miracle. Y avait-il des événements aléatoires faisant en sorte que quelqu’un puisse se joindre au village sans que je doive payer ?

Alors que je regardais et réfléchissais, mes villageois s’étaient rassemblés. Ils transportaient les bûches et leur faisaient… quelque chose, mais quoi ?

« Tu es sûr que c’est suffisant, Chem ? »

« C’est ce que nous ressentons qui compte, Gams. Il veille sur nous, alors je suis sûr qu’il comprendra. »

Chem serra la main de son frère.

Ils s’aimaient plus que jamais. Des fois, je pourrais jurer avoir vu quelque chose d’un peu plus intense que l’amour fraternel dans le regard de Chem, mais je n’en étais pas sûr.

« Alors, vous construisez un autel avec une statue de Dieu ? »

« C’est ça, Murus. J’aimerais que nous puissions gérer quelque chose de plus extravagant pour Lui, mais un lieu de culte sera suffisant. », dit Chem.

Les frères et sœurs avaient créé une statue à partir de rondins, et elle était impressionnante. Il fallait loucher un peu pour comprendre qu’elle était censée avoir une forme humaine, mais l’effort qu’ils avaient mis dedans me réchauffa le cœur.

« S’il vous plaît, acceptez nos humbles cadeaux, Seigneur », dit Chem tout en plaçant un bol de fruits sur l’autel.

Ce type de fruit était populaire auprès des villageois, il avait la forme de poires, mais le même rouge profond que les pommes.

À l’exception de Murus, tous mes villageois s’étaient avancés pour prier devant l’autel. Lorsqu’ils avaient terminé, le fruit s’était mis à briller d’une forte lumière. La lumière s’estompa progressivement, et quand elle s’estompa, l’offrande avait disparu.

« Merci, Seigneur », dit Chem, émerveillé.

J’étais vraiment surpris, mais ils avaient pris les choses en main. Si l’existence de Dieu était connue de tous, la disparition d’offrandes devait sembler tout à fait normale. Rien ne disait que les lois de la physique devaient être les mêmes dans un monde complètement différent.

Et puis, vous savez… c’était un jeu vidéo.

Les graphismes de ce jeu étaient si réalistes que je continuais à penser que je surveillais une dimension parallèle ou quelque chose comme ça. Il fallait vraiment que j’arrête d’être aussi surpris lorsque quelque chose de fantastique se produisait.

L’offrande fit remonter mes PdD, ce à quoi je ne m’attendais pas. Une explication était apparue sur mon écran :

« Les Points de Destin augmentent lorsque vos villageois font des offrandes. Plus ces offrandes sont précieuses, plus vous gagnez de points. Les villageois prospères pourront offrir des offrandes plus coûteuses ! »

J’étais quoi, leur papa gâteau ?

C’était une information utile. Je pouvais encourager mes villageois à m’offrir tout ce dont ils n’avaient pas besoin. Je n’avais pas encore envoyé ma prophétie quotidienne… C’était peut-être le bon moment pour le faire.

Même si des offrandes de plus grande valeur étaient préférables, je ne voulais pas imposer un trop lourd fardeau à mon peuple. J’avais décidé d’adopter une approche plus douce.

« J’ai reçu vos offrandes. C’est un grand plaisir pour moi de savoir que j’ai inspiré une telle gratitude. Cependant, je ne souhaite pas que vous vous imposiez un fardeau trop lourd. Comprenez que ce ne sont pas seulement vos offrandes qui me plaisent, mais aussi les sentiments qui les accompagnent. Ce sont ces sentiments et ces offrandes qui me confèrent le pouvoir d’accomplir des miracles, mais je me contenterai des surplus de votre vie quotidienne. »

J’avais repensé à ce que j’avais écrit. Même si j’essayais d’être humble, j’avais l’impression d’être un peu égoïste. Mais mes villageois étaient tous des gens simples et gentils. Ils ne penseraient pas en mal de moi.

J’avais envoyé mon message. Immédiatement, mes villageois commencèrent à s’étonner de ma « modestie » et de ma « prévenance ». Leur acceptation franche de mes paroles m’avait en fait un peu inquiété. S’ils vivaient dans le Japon moderne, ils seraient des cibles de choix pour les escrocs ou les sectes.

D’ailleurs, n’était-ce pas ce qui se passait en ce moment même ?

Quoi qu’il en soit, j’avais maintenant une nouvelle source de PdD. Qu’elle provienne de restes de bûches ou même de déchets, ça m’était égal. J’avais passé le reste de la soirée à chercher des informations en ligne, comment transformer le bois et comment jouer à Dieu quand on est transporté dans un autre monde.

*****

Le temps passa en un clin d’œil. Lorsque mes yeux commencèrent à être secs, je m’étais tourné pour regarder par la fenêtre, pour constater que le soleil était déjà couché.

« Ce jeu fait vraiment passer le temps… »

Je venais de décider de faire une pause quand j’avais entendu ma mère m’appeler d’en bas.

« Yoshio ! Tu as un paquet ! »

Un autre prix ? J’avais vraiment eu de la chance ces derniers temps. Bien que le fait que je n’aie pas gagné à la loterie soit une honte.

J’étais descendu pour trouver ma mère portant une boîte en carton.

« C’est lourd. Qu’as-tu commandé cette fois ? »

« Rien ! Laisse-moi voir… Attends, quoi ?! »

Il y avait une petite étiquette avec le nom de l’expéditeur. Ce nom était Le Village du Destin.

***

Chapitre 2 : Le Village et ses Offrandes suspectes

« Est-ce encore un de tes prix ? », demanda maman.

J’avais à peine enregistré sa question qu’un vague sentiment de panique s’était installé. Est-ce que c’était une sorte d’envoi du monde du jeu vers moi ? Non, c’était stupide. Comme je me le répétais, ce n’était qu’un jeu ! Ça devait venir des développeurs.

« Je commence vraiment à perdre la tête… »

« Qu’est-ce que tu… Oh mon Dieu ! Il y a des fruits là-dedans ! Quelle forme étrange ! Je n’ai jamais rien vu de tel. », dit maman en haletant.

Quand elle en sortit un de mon paquet, le fruit qu’elle tenait dans sa main était identique à celui du jeu.

« Ce n’est pas vrai… »

« Où les as-tu gagnés ? Ils sont magnifiques ! On peut les avoir pour le dessert ? »

« Oh, oui, bien sûr. »

Maman m’en avait tendu un avant d’emporter la boîte dans la cuisine. Je l’avais regardé fixement. Il n’y avait aucun doute sur le fait que c’était un vrai, un authentique fruit. Je l’avais reniflé. Il sentait bon.

« Ça doit être une sorte de nouvel hybride », avais-je dit d’une voix forte tout en essayant surtout de me convaincre.

« Je crois que je vais en prendre une bouchée. »

Je me sentais un peu nerveux, mais il serait impoli envers mes villageois de ne pas essayer. Attendez, non, il était absurde de penser qu’ils l’avaient vraiment envoyé. Mais après une bouchée, tout ce que je pouvais penser était à quel point c’était délicieux. Il était riche et juteux, l’équilibre parfait entre le sucré et l’aigre. Et je me sentais bien après l’avoir mangé, très bien, en fait. À chaque respiration, le parfum fruité et rafraîchissant me revenait en mémoire. Ma famille les aimerait aussi.

J’avais jeté un coup d’œil dans la cuisine pour constater que ma mère avait déjà déballé la boîte et l’avait laissée près de la poubelle. J’avais décollé l’étiquette de l’expéditeur avant de remonter dans ma chambre. Peu importe le nombre de fois où je lisais l’étiquette, les mots ne changeaient jamais. L’expéditeur était le Village du Destin. Ce qui m’intéressait le plus, cependant, c’était l’adresse. Le paquet original du jeu n’avait pas d’adresse de retour, mais celui-ci en avait une.

« Hokkaido, hein ? Hmm… »

Je l’avais saisi sur le net. L’image satellite montrait un petit immeuble de bureaux. C’était un endroit isolé en dehors d’une ville célèbre dont j’avais entendu parler. Le bâtiment faisait environ cinq étages, et l’extérieur semblait assez daté. L’équipe qui travaillait sur un jeu d’avant-garde travaillait-elle vraiment dans un tel endroit ? Peut-être était-ce qu’un petit bureau pour l’équipe marketing, et le développement se faisait ailleurs.

Mon paquet avait donc été envoyé depuis un endroit réel. Dommage que je n’aie pas eu l’argent ou le courage d’aller à Hokkaido pour le vérifier.

« Merci pour le cadeau, les gars », avais-je marmonné tout en pensant à moitié que c’était probablement leur idée d’une blague.

Si c’était une blague, ils m’avaient bien eu. Je pensais que l’obligation de connexion à Internet était juste pour pouvoir acheter des PdD, mais peut-être qu’ils collectaient aussi des données sur le jeu. J’étais après tout un testeur alpha, même si j’oubliais toujours ce fait.

De toute façon, les fruits étaient délicieux, je supposais donc que tout s’était finalement bien passé.

*****

Le jour suivant, ma mère m’avait encore appelé.

« Yoshio, viens ici tout de suite ! »

Maman n’avait pas l’air contente. Je m’étais précipité en bas pour la trouver me faisant signe de la porte d’entrée.

« Un autre paquet de ce Village du destin ! Les fruits étaient jolis, mais qu’est-ce qu’on est censés faire avec ça ?! »

Elle montrait une bûche. Une bûche que j’avais reconnue.

La veille, j’avais écrit à mes villageois pour les remercier :

« Mes villageois, merci pour les fruits. Même si je n’ai pas besoin de manger pour survivre, je peux quand même apprécier la saveur de la nourriture. Mais s’il vous plaît, ne vous surmenez pas en m’en envoyant davantage. La nourriture est d’une importance vitale pour votre survie. Vous pouvez envoyer des offrandes autres que de la nourriture lorsque cela est nécessaire, et vous n’avez pas besoin d’en envoyer tous les jours. S’il vous plaît, faites passer vos propres besoins en premier. »

Essayer de parler de façon formelle et chaleureuse en même temps était vraiment difficile. Tenant compte de mon message, le lendemain matin, mes villageois avaient décidé de m’envoyer une de leurs meilleures bûches. Il ne m’était pas venu à l’esprit que je recevrais vraiment une bûche. Le fruit avait été une farce amusante, mais ça ? Ces développeurs étaient fous…

Même quand il était là, devant moi, j’avais du mal à en croire mes yeux.

« Je crois que je vais le mettre dans le jardin », avais-je proposé.

« Oui, utilise tes muscles à bon escient », dit ma mère en fermant la porte d’entrée derrière elle et en me laissant dehors.

J’avais trouvé une corde dans l’abri de jardin et je l’avais attachée autour du rondin. Elle était aussi grosse que moi, alors j’avais tiré avec tout ce que j’avais.

« Merde ! Depuis quand le bois est-il si lourd ? »

Malgré un départ difficile, j’avais réussi à la faire avancer. Je n’avais pas été complètement inactif ces dix dernières années, j’avais continué à faire de l’exercice. Je ne m’attendais cependant pas à ce que ça me soit utile pour ça.

Une fois la bûche dans le jardin, j’avais fait une pause. Malgré la courte distance entre la porte d’entrée et le jardin, j’étais trempé de sueur. Avoir dit à mes villageois d’abattre des arbres me faisait sentir maintenant mal. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que cela devait être de traîner toutes ces bûches dans la forêt.

Notre jardin était suffisamment grand pour que la bûche ne gêne pas, mais je ne savais toujours pas quoi en faire. Peut-être que je pourrais la vendre ? Mais j’aurais besoin d’une licence… Je pourrais le demandé à mon père. Comme il travaillait pour une entreprise d’importation, il pouvait peut-être savoir ce que c’était. Ou peut-être qu’il le voudrait, car il aimait le bricolage.

Quoi qu’il en soit, les développeurs du jeu avaient prouvé qu’ils étaient dévoués au projet, mais j’étais sûr qu’ils n’essaieraient pas de faire mieux.

*****

Je m’étais dit que les développeurs devaient avoir terminé, mais le lendemain, j’étais à quatre pattes dans le jardin, désespéré. Mes villageois m’avaient envoyé un paquet de viande. De la viande de monstre emballée sous vide !

Dès que j’avais vu Gams et Murus abattre une créature ressemblant à un sanglier ce matin-là, j’avais eu un sentiment de malaise au creux de l’estomac. Une fois l’offrande de morceaux de choix déposée sur l’autel, j’avais eu des sueurs froides.

« C’est quoi ce Village du destin, Yoshio ? Ce porc a l’air bon, et il y en a beaucoup… », demanda ma mère.

J’avais essayé de réfléchir rapidement. Maman étudiait la viande de près pendant qu’elle la découpait.

« Ça pourrait être du sanglier. J’ai répondu à un sondage en ligne sur les sources alternatives de viande, de fruits et autres… pour une petite entreprise dans un petit village. Ils ont suivi mes idées, ils doivent donc envoyer ces trucs pour me remercier. »

« C’est merveilleux, Yoshio ! »

Maman tapa alors dans ses mains avec joie. Eh bien, on dirait que j’étais coincé avec cette histoire. Je suppose que, techniquement, j’aidais à développer un village. Et hé, j’avais même eu un emploi de testeur de jeux !

Enfin, peut-être pas.

Je n’étais pas prêt à dire non à des trucs gratuits, mais je ne pouvais pas m’empêcher de m’émerveiller devant les développeurs de jeux. Comment diable faisaient-ils ça ? Les villageois ne devaient envoyer que certains types de choses, que la société gardait en réserve. Ça me paraissait encore un peu fou, mais je ne voyais pas d’autre explication.

Peut-être que la sortie officielle du Village du Destin serait commercialisée auprès de personnes riches ayant trop de temps à perdre. Les gens pourraient facilement dépenser 10 000 yens par mois pour ce jeu, avec les microtransactions en supplément. Le prix serait justifié par le fait que les joueurs recevraient des offrandes de leur village. Ils auraient des tonnes de joueurs et pourraient même collaborer avec des entreprises alimentaires. Imaginez ce que les gens dépenseraient pour obtenir ces fruits et ces viandes exclusifs !

« Recevez des objets du jeu directement à votre porte ! »

Je ne pouvais pas m’empêcher d’être impressionné. Je savais que ce n’était qu’une supposition de ma part, mais cela avait beaucoup de sens, et cela expliquait l’IA super complexe et tout le système d’offrande. Cela avait également ajouté un tout nouvel élément interactif au jeu, faisant apparaître vos villageois comme des personnes ordinaires et travailleuses. Je m’étais à nouveau demandé pourquoi on me l’avait envoyé : m’avait-on pris pour une personne riche qui pouvait se permettre tous les extra ?

Si j’avais raison, il serait intelligent de tirer le maximum du jeu avant qu’ils ne réalisent leur erreur. J’étais retourné dans ma chambre et m’étais assis devant l’ordinateur. Comme d’habitude, mes villageois travaillaient dur. Chaque détail de leurs conversations était suivi, et le jeu montrait chaque larme et chaque tache sur leurs vêtements. La façon dont ils se déplaçaient, leurs expressions… tout était si naturel et réaliste.

« C’est juste une nouvelle technologie incroyable… non ? »

Il y a une minute, j’étais si sûr de ma théorie sur le jeu et les développeurs derrière lui. Mais maintenant que je regardais à nouveau mes villageois, je m’étais rendu compte que ce n’était pas le cas.

 

 

***

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