Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 2

Table des matières

***

Prologue

« Chastille Lillqvist — votre autorité en tant qu’Archange est suspendu pour une durée indéfinie. »

En tant que chef de la branche Kianoides de l’Église, le supérieur direct de Chastille, le Cardinal Clavwell, l’avait informée de son châtiment il y a trois jours. En réalité, c’était un ordre punitif, mais elle n’était pas restreinte.

Ayant déjà perdu sa place dans l’Église, Chastille était en train de tituber sans but dans une rue de Kianoides. Finalement, elle était arrivée à un endroit où elle avait retrouvé une certaine fille.

« Je suis plutôt... stupide, hein ? » Et toute seule, elle se marmonnait ces mots.

Chastille n’avait pas d’Épée Sacrée sur son dos et ne portait même pas la preuve qu’elle était un Chevalier Angélique, son Armure Sacrée. Les trois chevaliers qui servaient comme ses subordonnés lui avaient offert de l’escorter, mais elle avait refusé. Après tout, comme elle l’était maintenant, elle n’était qu’une personne ordinaire.

Il y a un demi-mois, un nouvel Archidémon était né. Il s’appelait Zagan. Le Sorcier, connu avec le surnom de Tueur de Sorciers, Zagan.

Un Archidémon n’était pas un roi des monstres, des démons ou quoi que ce soit du genre, comme son nom l’indiquait. À la place, il s’agissait du nom donné à ceux qui avaient atteint les sommets de la sorcellerie. Il s’agissait des individus que l’Église devait pourchasser de toutes leurs forces, leurs ennemis mortels.

Cependant, Chastille avait rejeté l’obligation de subjuguer cet Archidémon. Au contraire, elle avait soulevé une objection et avait soutenu que Zagan était quelqu’un qu’ils ne devraient pas combattre. En conséquence, elle avait perdu tout ce qui lui donnait un sentiment d’appartenance.

Même après tout ça, je suis sûre que Zagan ne me remerciera jamais, pensa-t-elle.

Il n’était pas du genre à désirer l’aide d’un ennemi. En fait, elle doutait même qu’il connaisse le concept de gratitude dans des circonstances plus ordinaires. Il ne faisait rien d’autre que croire en son propre pouvoir, et était un homme qui utilisait ce pouvoir pour rejeter tout ce qu’il trouvait irrationnel.

Mais je voulais faire quelque chose pour lui. Chastille elle-même n’était pas sûre que c’était parce qu’il lui avait déjà sauvé la vie deux fois, ou pour une autre raison.

Elle serait probablement éliminée tôt ou tard. Il n’y avait aucune chance pour l’Église de permettre à un ancien Archange de vivre librement. Non, elle était sûre que se charger d’elle serait même une priorité plus élevée que de subjuguer les Archidémons.

Elle était devenue une ennemie de l’organisation qui était déterminée à exterminer les sorciers. La seule pensée de ce fait avait fait disparaître tout son sang froid. Dès le début, Chastille avait une personnalité timide. Et pourtant, curieusement, elle ne ressentait aucun regret. Chastille était forte et n’avait pas hésité face à l’autorité, alors elle voulait en être fière.

Si Zagan se souvenait d’elle, cela serait pour elle déjà bien assez de remerciements. La seule chose qui lui tenait à cœur était cette jeune elfe aux cheveux blancs, et l’idée de s’imposer là dedans ne lui avait jamais traversé l’esprit.

Cependant, dans tous les cas, elle voulait les voir passer leur temps en paix, et éventuellement, les voir élever une famille heureuse. S’ils faisaient cela, s’ils se souvenaient d’elle de temps en temps, cela serait plus que suffisant pour elle.

Alors que ce vœu plutôt déprimant devenait plus fort, elle vit leurs silhouettes apparaître devant ses yeux. Il s’agissait d’un jeune homme au visage habituellement diabolique et d’une jeune fille elfique. De plus, il y avait une fille adorable entre eux qui tenait chacune de leurs mains. C’était une charmante jeune fille avec un regard méchant dans les yeux, ce qui faisait penser à Zagan.

« Eh bien, ce satané Zagan deviendrait sûrement un père aimant. » Chastille savait que cet homme avait en vérité un cœur bon.

« Es-tu... satisfaite de ces vêtements ? »

« Hmm... Merci, Zagan. »

Ces mots ressemblaient à ceux d’un père maladroit... Était-ce une hallucination auditive ? Après avoir entendu ce genre de voix, Chastille était enfin revenue à la raison.

« Z-Zagan ? » Trouvant incroyable qu’elle les croise à un tel moment, Chastille laissa involontairement sortir une voix hystérique.

À la suite de ça, ils avaient probablement aussi réalisé qu’elle était là. Le jeune homme lui avait alors rendu son regard.

Ce n’était pas une hallucination. Et pourtant, qu’est-ce qui se passait ? Il y avait une petite fille entre les deux.

« P-Pas possible... vous deux... êtes-vous déjà assez proches pour être bénis par un enfant... ? » demanda Chastille.

Voyant la surprise de Chastille, le visage du jeune homme était devenu remarquablement rouge.

« Ne-Ne-Ne-Ne-Ne-Ne-Ne-Ne-Ne dis pas de telles choses éhontées ! Néphy et moi n’avons pas encore..., » et puis, il avait échangé des regards avec la fille elfe à côté de lui, ce qui les avait fait avoir tous les deux un visage indiquant qu’ils étaient agités.

Il donnait presque l’impression qu’il se mettait en valeur, ce qui donnait envie à Chastille de le frapper.

Et pendant qu’ils étaient tous les deux secoués, la petite fille avait pointé du doigt Chastille.

« Zagan, qui est-ce ? » Elle avait encore un ton peu développé, mais sa voix semblait contenir à la fois confiance et affection.

Le jeune homme hocha la tête à la jeune fille et se tourna vers Chastille. Ses yeux contiendraient-ils un regard agréable de nostalgie, ou peut-être un sentiment de malaise dû à leurs positions antérieures ? Un son retentit involontairement pendant que Chastille déglutissait.

Et puis, ce que le jeune homme avait dit était —

« Maintenant que tu en parles, qui es-tu ? »

En un clin d’œil, une sorte de fil à l’intérieur de Chastille avait été coupé. Ce n’est pas possible... Comment est-ce que c’est possible qu’il ne se souvienne pas de moi, hein... !? N’était pas un peu trop exagéré ? Et, comme on pouvait s’y attendre, Chastille n’avait pas pu retenir ses larmes.

Revenons à ce qui s’était produit il y a quelques jours pour bien expliquer cette situation.

***

Chapitre 1 : Même un Archidémon ne devrait pas frapper un enfant

Partie 1

« L’“Emblème de l’Archidémon”, hein ? »

Zagan murmura ce nom alors qu’il se trouvait dans les archives de son château, où sa collection de livres n’avait cessé de croître.

Oui, tout ce qui s’y trouvait appartenait à Zagan. Déjà avant ça, il avait une collection considérable de livres, mais il y avait maintenant des piles de livres sur le sol qui ne rentraient même plus dans les nombreuses étagères présentes.

Il y a environ un demi-mois, Zagan avait acquis l’héritage de son prédécesseur, l’Archidémon Marchosias. Et les piles de livres sur le sol n’en représentaient qu’une petite partie. Il n’avait apporté ici que des choses liées à ce qu’il souhaitait rechercher, mais même cela lui paraissait bien trop excessif.

Zagan, qui balayait sa frange comme s’il était fatigué, était à l’âge mûr de dix-huit ans. Ses longs cheveux noirs, qu’il n’avait pas du tout entretenus, étaient attachés à l’arrière, et il portait une robe doublée de tissu rouge. En plus de cela, ses yeux argentés, ainsi que les expressions éternellement sinistres sur son visage, augmentaient encore plus le sentiment de domination qu’il dégageait.

Zagan était un sorcier qui détenait le titre d’Archidémon. Et pour l’instant, il avait quelque chose à faire.

« Je n’arrive pas à trouver d’indices..., » murmura-t-il.

Il y avait un certain « quelque chose » appelé démons qui existait autrefois dans ce monde. Non, à l’heure actuelle, ils ne faisaient que se cacher, et il était probable qu’ils existaient encore quelque part. L’autre jour, Zagan avait rencontré l’un de ses individus.

Il n’y avait pas un écart énorme entre eux, mais ce n’était toujours pas un adversaire qu’il pouvait vaincre. Ou du moins, c’était ainsi que cela aurait dû être, mais Zagan avait survécu par un coup de chance.

Tandis qu’il tendait la main droite, un symbole était présent là, ressemblant à une lettre. Il s’agissait de l’Emblème de l’Archidémon. Face à cela, un démon avait incliné la tête et devenait obéissant envers son porteur.

Il faut que je comprenne la vraie nature de cette chose. Il s’agissait d’un pouvoir qui pouvait même repousser un démon. Cependant, il était différent de n’importe quel symbole de sorcellerie que Zagan connaissait.

Il soupçonnait qu’il y avait peut-être un indice dans l’héritage de l’Archidémon précédent, mais les résultats ne semblaient pas favorables.

« ... Pffeww, » après avoir été penché sur ces documents pendant toute la matinée, Zagan avait été reposé à leur place les livres qu’il avait sortis des étagères. Même l’appétit et le sommeil pouvaient être librement manipulés par les sorciers, de sorte que le concept de fatigue n’existait pas.

Pourtant, la volonté n’était pas quelque chose qu’une sorcière pouvait contrôler. La dépression et l’épuisement mental étaient tout à fait inévitables. Et ainsi, juste au moment où Zagan poussait un profond soupire, pensant prendre une petite pause en raison de ce fait... il avait soudain senti que la porte derrière lui s’était ouverte.

Néphy, hein ? se demanda-t-il.

Il s’agissait du nom de la jeune femme qui était la disciple de Zagan, sa servante, et... celle qu’il aimait de tout son cœur. Elle était la seule autre résidente dans ce château en plus de lui.

Néphy était une elfe. Depuis des temps immémoriaux, sa race s’appelait les fées de Norden, une race dont la caractéristique principale était leurs oreilles pointues. Et en plus de ceux-ci, Néphy possédait des cheveux blancs comme neige, ce qui signifiait qu’elle possédait un mana particulièrement fort.

Ces longs cheveux étaient ornés d’un ruban d’un cramoisi profond, et ses faibles traits faciaux étaient accentués par ses grands yeux bleu-azur. Elle portait sur son corps délicat un tablier blanc et une robe d’une seule pièce, l’uniforme d’une servante, et elle avait également des bottes qui avaient une sorcellerie inscrite dessus afin de réduire la fatigue, mais ce n’était que sa tenue habituelle.

Quand Zagan avait déplacé son regard vers le ciel visible par la fenêtre, il avait vu que le soleil avait déjà passé son apogée. Il semblerait que Néphy était venue l’appeler pour le repas de midi.

Cependant, comme Zagan faisait face à une étagère, elle se taisait probablement pour ne pas se mettre en travers de son chemin. Et pourtant, la présence derrière lui se rapprochait lentement et silencieusement de lui.

Est-ce qu’elle essaie de me surprendre ? Après qu’un certain incident soit passé, Néphy avait fini par l’appeler « Maître Zagan » au lieu de simplement « Maître ». Cela lui donnait l’impression qu’ils étaient maintenant plus intimes, même si c’était faible.

Il était possible qu’elle soit passée pour faire une blague à Zagan. Et bien sûr, Zagan n’était pas un imbécile qui ruinerait son plaisir.

Et donc, qu’est-ce qu’elle va me faire ? Tout en mettant tous ses efforts à faire semblant de ne pas la remarquer, il restait là, agité, alors que la présence juste derrière lui tendait les mains.

Cependant, il y avait environ une tête de différence entre la taille de Zagan et celle de Néphy. En plus de cela, parce qu’il fouillait les archives, il se tenait sur une petite échelle à marches.

« Devinez qui... Hein ? Je n’arrive pas à vous atteindre..., » avec ses mains tendues, elle n’atteignait que les épaules de Zagan.

Tandis que Zagan se retournait, la silhouette d’une jeune fille qui était très perplexe car elle ne pouvait pas atteindre son visage était apparue.

Et autour de son cou, il y avait un collier un peu grossier. Bien qu’il n’ait plus le pouvoir de sceller le mana comme autrefois, il s’agissait du précieux collier représentant la promesse entre Zagan et Néphy.

Après un certain temps d’agitation, les oreilles de Néphy étaient devenues rouge vif jusqu’à leurs pointes pointues.

« Euh, que faire... ? » Néphy avait déclaré cela comme si elle était totalement perdue quand à la suite. Son visage avait l’air aussi peu expressif que jamais, mais ses lèvres tremblaient, et ses larmes apparaissaient dans le coin de ses yeux. Par-dessus tout, le bout de ses oreilles pointues tremblait comme si elle disait qu’elle était incapable de supporter la honte.

Il semblerait même qu’elle était incapable de supporter l’embarras de la situation.

Eh bien, franchement, qu’est-ce que je fais là !? Il voulait l’enlacer et frotter sa joue contre la sienne, mais le courage de Zagan n’était pas si important qu’il pouvait faire une chose si audacieuse à la fille qu’il aimait.

Tandis que Néphy tenait son tablier avec ses mains, elle murmura quelque chose tout en laissant son regard errer. « Euh, vous voyez... je pensais... peut-être que je pourrais vous surprendre, Maître Zagan... »

« Me surprendre, et après ça ? » lui demanda Zagan.

« Oh, euh ! Je n’avais pas... je n’avais pas réfléchi aussi loin que ça..., » murmura Néphy.

On aurait dit qu’elle voulait juste essayer de le faire.

Les oreilles de Néphy se tortillaient à intervalles rapprochés pendant qu’elle répondait en bégayant, et en la voyant ainsi, Zagan avait eu envie de frapper sa propre tête contre le mur.

Qu’est-ce que tu as l’intention de me faire en étant si mignonne !? Zagan avait beaucoup de choses qu’il voulait dire comme : « Même si tu ne fais pas quelque chose comme ça, je suis surpris par ta beauté » ou « J’étais tellement surpris que je voulais t’enlacer », mais après avoir pris une profonde bouffée d’air, il avait réussi à se calmer. Et puis, il s’était éclairci la gorge à l’aide d’une petite toux.

« Je vois. Est-ce donc l’heure de repas, Néphy ? » lui demanda Zagan.

« Tout à fait. Les préparatifs pour le repas sont terminés, Maître Zagan. »

Ils avaient ainsi quitté les archives, alors que le rouge sur leur visage était resté pendant tout ce temps.

C’était un événement ordinaire et quotidien pour ces deux individus.

***

Partie 2

La salle à manger était une grande salle avec une énorme table pouvant accueillir une vingtaine de personnes.

Un tapis d’un cramoisi profond était étalé sur le sol et un lustre extravagant était suspendu au plafond. Il y avait aussi un foyer installé le long du mur, qui aurait certainement été utilisé s’il faisait un peu plus froid.

Jusqu’à il y a à peine un mois, cette pièce était envahie de toiles d’araignées, de squelettes et d’appareils de torture, mais maintenant elle était si propre qu’on ne pouvait pas la reconnaître. Le changement était dû aux efforts de Néphy.

« Ici aussi, je n’arrive pas à la reconnaître. » Tandis que Zagan marmonnait involontairement ces mots, Néphy hocha timidement la tête.

« C’est normal. Après tout, il s’agit de la pièce dans laquelle vous prenez vos repas, Maître Zagan, » déclara Néphy.

« Je... Je vois. Mais n’était-ce pas difficile de tout nettoyer en étant seule à le faire ? » lui demanda-t-il.

« Non... Mais il est vrai qu’il y a beaucoup de pièces que je n’ai pas encore nettoyées et remises en ordre, » répondit Néphy.

Bien qu’avec la tonne d’objets qui y était entreposée et l’état général des lieux, cela ne pouvait pas vraiment être appelé des pièces, mais plutôt des dépotoirs.

Zagan était toujours prêt à donner un coup de main quand il s’agissait de transporter des objets lourds, mais fondamentalement, l’entretien du château était sous la juridiction de Néphy. Elle s’occupait même de tous les repas, donc elle avait beaucoup de tâches quotidiennes.

Si je pouvais simplement trouver quelque chose pour en faire un familier..., ce n’était pas comme si le choix d’embaucher quelqu’un était hors de question, mais Zagan voulait profiter de vivre ensemble avec seulement eux deux. Et malheureusement, la sorcellerie qui permettait de réduire en esclavage quelque chose comme un familier était en dehors de son domaine d’expertise.

Zagan s’était dirigé vers son siège en se creusant la cervelle pour trouver une solution.

Il y avait déjà deux portions de nourriture alignées sur la table. Et à côté de la table, il y avait un chariot avec un pot sur le dessus.

Par réflexe, Zagan poussa un profond soupir d’admiration.

Donc elle a appris encore plus de recettes, hein ? Il y avait ici plusieurs plats qu’il voyait pour la première fois.

Tandis que Zagan s’asseyait à la table, Néphy commença à tranquillement décrire la nourriture.

« Pour le pain, j’ai préparé des petits pains de seigle. L’entrée est une salade de tomates et de légumes verts assaisonnés d’une sauce césar et de fromage râpé, » expliqua-t-elle.

Les tomates étaient le plat préféré de Néphy. Elle était probablement confiante dans son travail, puisque ses oreilles tremblaient triomphalement.

À ce propos, César était le nom d’un sorcier des temps anciens. Il s’agissait d’un homme étrange qui était fixé d’une manière étrange sur son alimentation plutôt que sur l’immortalité, de sorte que la plupart des gens croyaient que les principes fondamentaux de la cuisine étaient quelque chose qu’il avait conçu.

Après ça, Néphy avait versé de la soupe dans une assiette vide tout en continuant son explication.

« La soupe est un consommé d’avoine. Pour le plat principal, j’ai préparé un sauté d’agneau, alors savourez-les ensemble, » déclara Néphy en plaçant l’assiette remplie de soupe devant Zagan.

Un arôme parfumé chatouillait son nez. Et puis, elle avait aussi placé le plat principal de viande devant lui.

Normalement, cela aurait été tout, mais Néphy avait ensuite sorti un bol avec de la glace.

« Et enfin, j’ai préparé du pudding pour le dessert, » annonça-t-elle.

« C’est quoi du pudding ? » C’était la première fois que Zagan avait entendu ce mot.

« Manuela m’a appris à le faire. Il s’agit d’un dessert fait d’œufs à la vapeur et de crème fraîche... Euh, c’est très sucré, et savoureux à souhait, » déclara Néphy alors que ses joues devenaient légèrement rouges.

Voyant son expression enchantée, même Zagan avait commencé à rougir.

« Je vois... Tu l’as quand même eu de cette vendeuse, hein ? Est-ce qu’elle a fini par te dire de faire quelque chose d’étrange ? » lui demanda Zagan.

Tandis que Néphy acquiesçait légèrement, elle posa sa main sur sa poitrine et répondit à ses questions.

« Ce n’est pas grave. Tout ce qu’elle m’a fait faire, c’est me faire porter des vêtements un peu gênants, » murmura Néphy.

« Ce n’est pas bien ! » s’écria Zagan.

« Euh... ? Je ne l’ai montré qu’à Manuela, donc est-ce acceptable ? » lui demanda Néphy.

« Ce n’est pas le problème, cependant..., » commença Zagan.

La jeune fille n’avait pas encore appris à soupçonner les intentions des autres.

Eh bien, cela devrait aller tant que c’est cette femme, pensa-t-il.

Lorsque Néphy avait été kidnappée, Manuela n’avait pas prêté attention au danger et l’avait suivi jusqu’au repaire d’un sorcier ennemi. Le risque qu’elle fasse du mal à Néphy était pratiquement nul. D’ailleurs, s’immiscer dans les relations personnelles de Néphy aurait été tout simplement trop gênant.

Il était incapable de faire disparaître son anxiété, alors Zagan avait exhorté Néphy à également prendre sa place.

« Alors, est-ce qu’on mange ? » lui demanda-t-il.

Tandis que Néphy hochait la tête, elle s’était assise à côté de Zagan.

Elle portait des vêtements comme ceux d’une servante, mais Zagan ne la considérait pas comme une sorte de servante ou d’esclave. Il s’assurait qu’ils appréciaient toujours leurs repas ensemble.

Alors qu’il mangeait un morceau du pain fraîchement cuit, le parfum savoureux du seigle avait été accompagné par celui du beurre huileux qui se répandait dans toute sa bouche. Même après l’avoir avalé, il pouvait encore sentir cette sensation dans sa salive.

« Haaaa... Un repas fait maison est quelque chose de vraiment délicieux, hein ? » murmura-t-il.

« Maître Zagan, vous dites toujours la même chose, n’est-ce pas ? » lui demanda Néphy.

Comme d’habitude, elle l’avait peut-être regardé de côté, sans expression, mais Zagan n’avait pas négligé le fait que les lèvres tendres de Néphy s’étaient desserrées.

Un mois s’était écoulé depuis que Zagan avait acheté Néphy, mais chaque fois que les deux individus prenaient un repas ensemble, ils avaient toujours de tels échanges.

Quoi qu’il en soit, tout en dégustant la soupe, il avait écouté ce que Néphy avait à lui dire.

« Maître Zagan, sur quoi avez-vous fait des recherches dernièrement ? » lui demanda-t-elle.

« Hm... ? Voyons, l’autre jour, nous avons rencontré un “démon” pendant l’affaire Barbatos, n’est-ce pas ? Je suis en train de faire des recherches sur eux, » répondit-il.

« Est-ce quelque chose de difficile ? » lui demanda-t-elle.

« Tout à fait. Même avec l’héritage de Marchosias, je n’ai pas été en mesure de localiser l’information qui va au cœur du problème. Je doute qu’un Archidémon ayant vécu pendant mille ans n’ait jamais fait de recherche sur eux, » répondit Zagan.

Ou peut-être, précisément parce qu’il s’était approché du cœur du sujet, il l’avait peut-être caché.

C’est peut-être une bonne idée de réexaminer le château de Marchosias, pensa-t-il.

Ainsi que l’Emblème de l’Archidémon, Zagan avait hérité de tout l’héritage de Marchosias. Il ne s’agissait pas seulement de ses biens, mais aussi de son château et de son matériel de recherche.

Cependant, Zagan savait qu’il lui faudrait creuser profondément en eux pour trouver de vrais secrets.

Tandis qu’il réfléchissait à de telles choses, Zagan baissa le regard vers sa main droite. J’ai l’impression... J’ai vu un symbole similaire quelque part, cependant... Et c’était aussi récent. Tout en se creusant la cervelle, Zagan inclinait la tête sur le côté.

« Comme c’est rare de ta part de demander une telle chose, Néphy. Es-tu intéressée ? » lui demanda-t-il.

« Non, c’est juste que vous faites une tête fatiguée ces derniers temps, alors j’y ai pensé..., » répondit Néphy.

Zagan avait touché son propre visage. Il avait essayé de paraître le même que d’habitude, mais il semblait avoir échoué. Attends, est-ce pour ça qu’elle a essayé de me surprendre tout à l’heure ?

On aurait dit que Néphy essayait à sa façon de remonter le moral de Zagan.

Ce simple acte de gentillesse avait enflammé le cœur de Zagan, mais il avait laissé échapper une bouffée d’air avec un « Hmph ».

« Il était quand même l’Archidémon précédent. Ce serait ennuyeux si tout me tombait tout de suite dans les mains. Le fait de voir jusqu’où je peux aller est quand même la partie amusante, » déclara-t-il.

« Oui, » répondit-elle.

Il faisait preuve d’un courage insignifiant sur un ton trop fort, mais Néphy avait simplement répondu comme si elle avait bien compris tout cela.

Comment se fait-il qu’à ces moments-là, je ne puisse pas dire « merci »... ? Et pendant qu’il avait de telles pensées, sa dernière assiette était devenue vide, et Néphy alignait le dessert devant lui.

« Je vous en prie, allez-y, » déclara-t-elle.

« Hmm..., » murmura-t-il.

Le pudding que Néphy avait apporté avait quelque chose de gélatineux qui se secouait. Et il y avait une sauce au caramel noir versée dessus.

Qu’est-ce que c’est que cette nourriture... ? Zagan n’avait mangé que de la viande séchée et du lait, qui ne ressemblaient que vaguement à des repas, jusqu’à ce qu’il rencontre Néphy, de sorte que le pudding était pour lui un objet complètement inconnu.

En raison de sa texture, cela ressemblait à un œuf à la coque, mais toute la masse se secouait de façon ludique à la suite d’un simple secouage de la table. Cela semblait assez instable au point qu’il pensait qu’en la piquant avec une cuillère, tout s’écroulerait. Elle avait dit qu’il était cuit à la vapeur, mais Zagan était incapable de distinguer s’il s’agissait d’aliments cuits à la vapeur ou crus.

Bien qu’il soit complètement perdu quant à la façon dont il devrait s’y prendre, Néphy avait indiqué une petite cuillère.

« S’il vous plaît, profitez-en en utilisant cette cuillère là-bas, » déclara Néphy.

« ... Compris, » se préparant, Zagan avait essayé de ramasser à la pointe du pudding avec la cuillère.

Alors qu’il n’avait ressenti aucune résistance en là bougeant, une petite masse marron clair était maintenant posée sur sa cuillère. Il avait l’impression qu’elle s’effondrerait s’il la manipulait trop brusquement, alors il l’avait portée à sa bouche avec soin et de façon constante. Et puis —

« Oh, c’est sucré, » s’exclama-t-il.

« Oui ! » Néphy hocha la tête comme si elle était soulagée.

Le monde est vaste. Un goût si doux et délicieux a-t-il vraiment existé tout ce temps ? Se demanda-t-il.

Le coin de ses yeux était devenu surchauffé. Zagan avait secoué sa tête vers le haut alors que les larmes commençaient à monter dans ses yeux.

Et en même temps, il pensait à une autre chose qu’il devait apprendre. Et, à ce moment précis... la barrière qui protégeait le château s’était brisée.

***

Partie 3

« ... Hm ? Il semblerait que nous ayons un invité, » murmura nonchalamment Zagan.

Zagan avait érigé une barrière autour de tout son domaine, et son château en était le cœur. Il était impossible pour une personne ordinaire de se rapprocher, elle ne pourrait même pas percevoir l’existence du château. Et même lorsque des individus plus puissants perçaient la barrière, ils devaient faire face à de nombreux pièges que Zagan avait créés, mais l’intrus avait même percé ces pièges et s’était avancé vers la partie centrale.

C’est... assez impressionnant..., pensa-t-il.

Zagan ne pouvait pas dire à quel point Néphy comprenait dans la situation, car elle inclinait sa tête sur le côté comme un petit oiseau chanteur.

« Va-t-on à leur rencontre ? » lui demanda Néphy.

« ... Non, c’est bon. On est au milieu d’un repas, alors ils peuvent attendre. Laissons-les en paix, » répondit Zagan.

Il avait été en mesure de répondre aussi calmement parce que ce n’était pas une première pour lui. Et aussi, il y avait l’autre problème que Zagan devait mettre en ordre tout de suite.

Depuis que je suis un Archidémon, les « invités » viennent me rendre visite presque tous les jours, pensa-t-il.

Zagan avait dix-huit ans, mais c’était la preuve qu’il n’était qu’un simple novice pour des sorciers qui avaient vécu plusieurs centaines d’années. Et pourtant, il avait été couronné Archidémon, de sorte que les individus qui en avaient après sa vie étaient présents en grand nombre. Ce n’était pas comme s’il faisait face à plusieurs adversaires par jour, mais au moins un semblait apparaître tous les deux jours environ.

Les intrus étaient principalement des sorciers et des Chevaliers Angéliques qui comprenaient mal l’étendue de leurs propres pouvoirs.

... Dans tous les cas, les intrus numéro un qui étaient passés depuis son couronnement étaient ces trois Chevaliers Angéliques de l’Église qui avaient mal compris non seulement le pouvoir qu’ils possédaient, mais aussi l’identité de leur ennemi.

Et ainsi, il ne faisait pas attention aux simples enquiquineurs qui lui tombaient dessus. Cependant, sa vie avait changé.

En ce moment, il avait Néphy. Elle était la première fille que désirait Zagan, et celle qui lui avait enseigné le vrai sens du bonheur.

Mais même ces flammèches provoquées par cette populace pouvaient brûler Néphy, alors il devait les contenir.

Ces foutus idiots doivent être éradiqués..., c’était aussi le tout premier pas pour permettre à Néphy de vivre sous la lumière du soleil.

Si Zagan pouvait démontrer à quel point cela ne valait pas la peine de le défier, alors les imbéciles qui oseraient poser la main sur Néphy finiraient aussi par disparaître. Pour cela, il devait prendre de front ceux qui le défiaient en faisant des suppositions incorrectes, et les faire souffrir lentement mais sûrement jusqu’à ce que la peur et le désespoir soient gravés dans leur être avant de les renvoyer.

Après tout, un cadavre était incapable de répandre des paroles de peur. C’était ce qu’il devait faire, mais Zagan s’était simplement assis à côté de Néphy et avait savouré le pudding.

Les pièges les feront souffrir sans que Néphy ait à contempler quoi que ce soit, pensa-t-il.

Zagan préférait ne pas se comporter de manière cruelle devant Néphy. Cette fille compatissante pleurait même la mort d’une telle racaille, et il savait que cela pourrait aussi l’affecter.

J’ai l’impression que je ne pourrais pas me rétablir si elle me détestait après m’avoir vu commettre des actes horribles, pensa-t-il.

C’est pourquoi Zagan n’avait pas quitté son siège, choisissant de profiter à la place de son repas avec elle.

Mais... cette fois, ils pourraient nous atteindre..., l’intrus actuel avait complètement transpercé sa barrière. Étant donné la situation, il était possible qu’il passe à travers le reste de ses défenses et atteigne son château.

Alors qu’il réfléchissait à sa prochaine action, Zagan déplaça sa cuillère avec précaution comme s’il protégeait le pudding dont il n’avait pris qu’une seule bouchée jusque-là. Un si bon plat n’était pas un plat pour lequel il pouvait se permettre de manquer de respect en l’avalant en toute hâte. L’intrus s’approchait, mais Zagan savourait de tout son cœur le pudding, une bouchée après l’autre.

« Hmm. Je vois... C’est délicieux, » murmura-t-il.

« Je suis honorée. Mais... est-ce que c’est vraiment correct ? Euh, je veux dire, à propos de l’invité..., » probablement inquiet de l’intrus, Néphy parlait tout en s’agitant.

« Eh bien, c’est la même chose que d’habitude. C’est leur faute d’être venus alors qu’on est en train de manger. Oublie-les, » déclara Zagan.

« Haaaa..., » Néphy n’en avait plus parlé, et avait à la place poussé un long soupir.

Après cela, elle avait pris un morceau de pain et avait commencé à le mâcher. Elle mangeait lentement, mais c’était peut-être à cause de sa petite bouche. Même si Zagan la regardait et souhaitait qu’elle mange plus vite en raison du danger imminent, il aimait en secret la regarder.

Et puis, alors qu’ils étaient à mi-chemin de leur repas... la porte du château avait été fracassée avec une explosion rugissante.

« ... Quel invité impatient ! » déclara Zagan.

Il semblait qu’ils avaient traversé tous les pièges et les barrières que Zagan avait mis en place. L’intrus semblait avoir découvert la position de Zagan et de Néphy, et se dirigeait droit vers la salle à manger.

« Haaaa... » Il pouvait facilement réparer la porte avec de la sorcellerie même si elle était cassée, mais il était incapable d’empêcher la poussière de se poser sur leur repas.

Tandis que Zagan agitait son doigt dans l’air, la porte de la salle à manger s’était ouverte. Et puis, un membre de l’une des races mystiques portant un masque était apparu devant eux.

Le masque avait la forme d’un serpent et donnait l’impression d’une armure autonome. Une robe noire de jais couvrait tout leur corps, avec un capuchon placé jusqu’aux yeux, de sorte qu’il n’était pas clair quant à la race à laquelle il appartenait. Sortant de l’ourlet de la robe, il pouvait apercevoir des bras et des jambes couverts d’une armure grossière.

L’intrus ne semblait pas penser qu’il serait accueilli, et il se tenait simplement là comme s’il vacillait.

Il est vraiment grand, hein ? pensa-t-il.

La taille de Zagan était moyenne pour un homme adulte, mais le mystérieux intrus était d’une tête plus grande que cela.

Finalement, l’intrus murmura comme s’il avait rassemblé sa détermination.

« Donc vous êtes... l’Archidémon Zagan ? » L’intrus avait posé cette question d’une voix plutôt difficile à entendre.

« Tu dois d’abord toi-même te nommer avant de demander le nom d’un autre... Cependant, il se trouve que je me souviens d’avoir vu ta silhouette auparavant. Tu te fais appeler l’“Apparition Valefor” ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ? » demanda Zagan.

Une personne aussi bizarre n’en était pas quelqu’un qu’il oublierait tout simplement. Et s’il s’en souvenait bien, car c’était l’un des sorciers présents à la sombre vente aux enchères où il avait rencontré Néphy. Son ami indésirable Barbatos lui avait dit à l’époque que c’était l’un des candidats au poste de l’Archidémon.

Lors de la vente, il les ignorait de son propre chef, mais il semblait que c’était impossible maintenant.

Au bout d’un moment, Valefor avait pointé vers lui son doigt couvert d’une armure.

« Archidémon Zagan, je vais vous vaincre, et ensuite... Je prendrai votre foutu pouvoir et je le prendrais pour moi. » Des mots aussi francs et maladroits ne convenaient pas à un sorcier.

Cependant, Zagan n’avait même pas regardé Valefor, et avait simplement parlé comme pour y graver la peur.

« On est en train de manger en ce moment. Attends donc là pendant encore un moment, » déclara Zagan.

« Argh..., » Valefor s’était rétracté sur lui-même quand Zagan avait donné son ordre avec une vigueur extraordinaire.

Tandis qu’il obéissait, Zagan avait saisi la petite cuillère dans sa main et avait pris du pudding.

Je veux savourer le pudding que Néphy a fait pour moi, jusqu’à la dernière bouchée, pensa-t-il.

On aurait dit que Zagan se moquait de lui, mais il était sérieux. De plus, il y avait aussi le fait que Zagan était irrité par l’interruption de son repas. Et à cause de cette seule phrase, qui semblait remplie à ras bord de la dignité d’un Archidémon, Valefor s’était mis à genoux comme s’il ne pouvait plus le supporter.

Néphy murmura alors à Zagan dans un état quelque peu tendu. « Maître Zagan, si cela vous plaît, je peux le refaire. »

« J’aimerais bien, mais poser ma cuillère dès maintenant est une tout autre histoire. » Et avec cette réponse, le son de Valefor grinçant des dents avait retenti.

« Ne vous moquez pas de moi ! » L’intrus leva le bras en criant, et la lumière de la sorcellerie se répandit autour de lui.

Valefor avait compris que Zagan était un Archidémon et était quand même venu le défier. Par conséquent, la sorcellerie qu’il avait libérée était probablement la meilleure qu’il avait. Et pourtant, il ne s’était absolument rien passé.

« Euh... » murmura Valefor.

De l’autre côté du masque, Zagan pouvait sentir une personne soudainement choquée par les événements.

« Si tu veux envahir le domaine d’un autre sorcier, tu devrais au moins enquêter sur ton adversaire. Mon surnom est Tueur de Sorciers, compris ? La sorcellerie ne marche pas sur moi, » déclara Zagan.

Zagan avait « mangé » la sorcellerie de l’invité. S’il était sur son propre domaine, alors peu importe où il se trouvait, il était capable de réprimer toute forme de sorcellerie. Peu importe à quel point ce mystérieux intrus était un sorcier hors pair, tant qu’il était sorcier, il n’avait aucune chance de victoire si Zagan était sérieux.

Tout en ramassant le pudding avec sa cuillère, Zagan avait poussé un soupir et l’avait informé des faits. Il voulait savourer le pudding jusqu’à la fin. Et ainsi, il espérait qu’il comprendrait simplement l’écart de pouvoir entre eux et qu’il s’en irait.

 

 

Si un sorcier avec un surnom s’enfuyait sans pouvoir me faire quoi que ce soit, cela ferait connaître mon pouvoir, pensa-t-il.

Pour l’instant, ce n’était pas comme s’il avait perdu de vue son objectif de finir le pudding.

Cependant, Valefor avait fait entendre sa voix en une louange.

« Je vois. Même si vous êtes putride, vous êtes quand même un Archidémon, hein !? » Les bras du mystérieux intrus s’étaient transformés alors qu’il criait ça. L’armure d’acier s’était transformée en écailles durcies, et le bout de ses doigts s’était transformé en pointe en forme de pieu.

Zagan pouvait sentir assez de puissance de ces bras et griffes épais pour pulvériser la pierre sans avoir besoin de la sorcellerie.

Ce n’est pas de la sorcellerie, n’est-ce pas ? Le flux de puissance correspondant à un cercle magique ne s’était pas produit. Et ce n’était pas comme si cela avait été remplacé par un sort ou un charme, puisqu’il n’y avait pas de changement dans le flux même du mana.

Dans ce monde, il y avait beaucoup de races qui possédaient la sagesse en dehors des humains. Comme les thérianthropes qui possédaient des griffes et des crocs, ou les hommes-oiseaux qui possédaient des ailes.

Parce que les griffes et les crocs de ces races n’étaient pas de la sorcellerie, ils ne pouvaient pas être arrêtés par une capacité qui scellait la sorcellerie. Cela signifierait que la transformation des bras de Valefor relevait également de cette catégorie. Et parmi les races mystiques, il l’avait reconnu comme étant le bras d’un dragon.

Les dragons étaient, tout comme les elfes, des êtres légendaires dont on parlait dans les légendes. C’était une race qui refusait le contact avec le monde et qui, de plus, possédait une sagesse et une sorcellerie au-delà du royaume des humains. On disait même qu’ils étaient fiers d’un mana qui surpassait les elfes. En vieillissant, ils étaient une existence qui pouvait prendre le nom de dieux et de démons et s’aligner à côté d’eux.

Cependant, bien qu’il s’agisse d’un dragon, celui-ci est assez impuissant, hein ? Est-ce que c’est comme un sorcier qui a gagné le pouvoir d’un dragon ? Dans tous les cas, il semblait qu’il possédait un pouvoir séparé de la structure de la sorcellerie, ce qui était probablement la raison pour laquelle le mystérieux intrus a d’abord défié un Archidémon.

Valefor avait sauté dans la salle à manger, puis il était descendu en piqué avec les griffes d’un dragon sorties.

« Je t’ai déjà dit qu’on était en train de manger. Je serai ton adversaire plus tard, alors ne peux-tu pas attendre un peu ? » demanda Zagan.

Cependant, les griffes avaient été arrêtées d’une seule main. La cuillère qu’il tenait auparavant était maintenant tenue dans sa bouche, et sa main gauche protégeait le pudding comme s’il s’agissait de quelque chose de précieux.

Zagan pouvait dire que Valefor écarquillait les yeux à l’intérieur de ce masque face à la tournure absurde des événements. Mais l’intrus n’avait pas lâché prise.

« Vous tentez... de me ridiculiser ! » La bouche présente sur le masque s’était ouvert en un clin d’œil, et la lumière du mana commença à converger dans la zone.

Il y avait une légende bien connue selon laquelle les dragons rassemblaient du mana à l’intérieur de leur corps pour provoquer un souffle de lumière.

Il semblait que Valefor essayait de réaliser un tel exploit, et Zagan ne possédait aucune technique pour le sceller.

Alors que son visage se raidissait s’en rendant compte, Zagan avait rugi.

Espèce d’imbécile... Je t’avais prévenu ! pensa-t-il.

« Ainsi, tu vas projeter de la poussière sur la nourriture, alors arrête ça ! » cria-t-il.

C’était comme s’il avait mélangé sa position officielle et ses sentiments brutalement honnêtes, mais Zagan avait lâché les griffes et avait claqué sa paume contre le masque pour fermer la bouche avec force.

Le mana du souffle s’était dispersé. La paume de Zagan avait été repoussée, mais un choc s’était produit dans le crâne de son adversaire ce qui l’avait secoué, de sorte que le corps massif de l’intrus avait été soufflé dans les airs.

Au début, Néphy s’était couvert le visage, et quand elle ouvrit timidement les yeux, elle avait vu l’intrus s’effondrer au sol en produisant un bruit sourd et lourd.

Les bras et les jambes du dragon transfigurés étaient revenus à leur forme d’armure, et une fissure avait parcouru le long du masque en répondant un bruit de bris.

On aurait dit qu’il avait perdu connaissance.

S’assurant que le problème avait été réduit au silence, Zagan avait laissé échapper une bouffée d’air avec un « Hmph ».

Je me suis vraiment adouci, hein ? pensa-t-il.

Si cela avait été son ancien lui, l’intrus aurait déjà été transformé en viande hachée. Mais maintenant, il se retenait et il se contentait de les assommer, ce qui aurait été impensable il y a à peine un mois.

Le changement en lui était dû à la joie de vivre avec Néphy. Et comme si cela empiétait sur le bonheur miraculeux qu’il avait, Zagan marmonna.

« Il vaudrait peut-être mieux... renforcer un peu plus la barrière. Désormais, les intrus comme celui-ci ne feront que se multiplier. »

Il l’avait vaincu avec facilité, mais Valefor n’était en aucun cas un faible sorcier. Zagan savait qu’il n’aurait probablement pas eu une victoire garantie s’il s’était battu un mois auparavant.

La raison pour laquelle il était capable de gagner si facilement maintenant était vraiment simple. Zagan était devenu beaucoup plus fort. En plus de l’Emblème de l’Archidémon, il avait reçu l’héritage de Marchosias. En général, la sorcellerie devenait plus forte proportionnellement à l’accumulation de connaissances. En tant que tel, après être devenu un Archidémon, Zagan avait rapidement renforcé son pouvoir.

Néphy quitta son siège, un peu pâle, tandis que Zagan poussait un soupir. Laissant son repas tel quel, elle s’était précipitée jusqu’à l’intrus.

« Écoute-moi, Néphy, laisse-le. Il ne se réveillera probablement pas tant que notre repas n’est pas terminé, » déclara Zagan.

« Non, cet enfant... peut être..., » alors que Néphy l’avait dit, elle avait soulevé l’intrus dans ses bras, alors que ses membres étaient tombés en produisant un cliquetis.

« Hein ? » Cette vision avait fait que même Zagan perdit toutes les couleurs présentes sur son visage.

Attends, quoi ? Non, tout ce que j’ai fait, c’est le frapper, non ? Je ne lui ai pas arraché les bras et les jambes, n’est-ce pas ? Même s’il s’était juré de ne massacrer personne devant Néphy, il semblait qu’il avait déjà rompu son vœu.

Et pendant que Zagan était tout secoué, Néphy marmonna. « Comme je le pensais... » et elle enleva le masque craquelé.

« Maître Zagan, c’est encore qu’une enfant, » déclara Néphy.

Le visage d’un enfant était sous le masque. De plus, c’était une fille.

Elle avait les cheveux vert pâle comme les pousses du printemps. Comme ses yeux étaient fermés, il ne pouvait pas voir leur couleur, mais il avait remarqué qu’elle avait de longs cils. Ses lèvres étaient d’un rose vif, et peut-être parce qu’elle était enveloppée d’une robe volumineuse, ses joues étaient rouges.

Les bras et les jambes en armure n’étaient que pour le spectacle, comme une sorte de membre en papier mâché. Il semblait que l’armure creuse était manipulée par une sorte de sorcellerie.

Et puis, Zagan avait finalement exactement compris ce qu’il avait fait.

 

 

Serait-ce... que j’ai frappé une gamine et je l’ai assommée ? Pourquoi une enfant possédait-elle le pouvoir d’un dragon tout en prétendant être un sorcier ? En premier lieu, était-ce vraiment l’Apparition Valefor ? Un déluge de questions de ce genre s’était développé au sein de Zagan.

Il semblait que ce n’était pas le moment pour Zagan de se réjouir du fait qu’il ne l’avait pas tuée. Comme s’il cachait sa perte de sang-froid, Zagan avait ouvert la bouche pour parler.

« Hmph... N-N-N-N-Ne panique pas, Néphy. Si tu es inquiète, tu peux lui venir en aide. Voyons voir, je crois qu’il devrait rester des médicaments contre le rhume. Et elle n’est pas morte, n’est-ce pas ? Elle est vivante, n’est-ce pas ? Pour l’instant, devrions-nous la transporter dans une chambre avec un lit ? »

« Calmez-vous, Maître Zagan. Les médicaments contre le rhume ne peuvent pas être utilisés pour traiter les blessures, » Néphy avait parlé comme si elle réprimandait Zagan, qui n’avait pas réussi à cacher une seule once de son malaise. Puis, elle avait mis sa main sur le front de l’enfant avant de hocher la tête.

« Ce n’est pas grave. On dirait qu’elle n’a que perdu conscience. Elle semble indemne, » déclara Néphy.

« V-Vraiment ? Dis-tu la vérité ? Elle n’est pas morte, n’est-ce pas ? » demanda Zagan.

« Oui, » répondit Néphy.

Après avoir entendu cela, Zagan avait poussé un soupir de soulagement avec une main contre sa poitrine. Néphy le regarda alors qu’il l’avait fait, comme si ses actions étaient inattendues.

« Q-Q-Qu’est-ce qui ne va pas ? » lui demanda Zagan.

« Ce n’est rien, Maître Zagan... Vous êtes aussi gentil que je le pensais, » déclara Néphy.

« Euh... ? »

Alors qu’elle regardait Zagan avec émerveillement, Néphy tenait Valefor dans ses bras. Bien qu’elle ne soit qu’une petite fille, il semblait difficile pour Néphy de la soulever avec ses bras minces.

Et donc, bien qu’il soit encore déconcerté, Zagan avait fait un geste pour le laisser porter l’enfant à sa place.

« Est-ce que c’est d’accord ? » demanda Zagan.

« Oui, » répondit Néphy.

« Franchement, quel intrus gênant ! » Même lorsqu’il se plaignait, Zagan était terrifié à l’idée d’avoir frappé une enfant devant Néphy. Cependant, comme pour bannir ces peurs, Néphy s’était blottie contre lui.

L’intrusion de la petite dragonne avait marqué le premier changement majeur dans la vie quotidienne qu’ils partageaient.

***

Chapitre 2 : Un Dragon que j’ai ramassé s’est trop attaché à moi, alors j’ai fait d’elle ma fille

Partie 1

« Chastille Lillqvist — votre autorité, en tant qu’Archange, est suspendue indéfiniment. »

En entendant cela de la bouche de son supérieur direct, le cardinal Clavwell, Chastille avait baissé la tête en silence. Et son Épée Sacrée était introuvable. Comme il s’agissait d’un symbole important de l’Église, il était maintenant enchâssé dans la chambre forte de l’Église.

L’origine de cette affaire était ce qui s’était passé il y a un demi-mois. Le siège du treizième Archidémon qui était devenu vacant fut donné à un jeune sorcier nommé Zagan. Et naturellement, l’Église avait voulu le vaincre ce Zagan tandis qu’il était encore inexpérimenté, et ils avaient ainsi commencé à rassembler leurs forces.

Cependant, la seule qui s’était opposée à cette idée avait été Chastille.

« Il m’a sauvé la vie deux fois. Je ne peux pas lui tourner le dos maintenant, » déclara Chastille.

Il y avait sûrement un moyen plus intelligent pour elle de prouver son point de vue. Cependant, même avec l’énorme puissance d’un démon face à lui, Zagan n’avait jamais faibli. En le voyant agir ainsi, Chastille avait eu honte d’elle.

C’est pourquoi je ne veux pas me battre contre lui, même si cela signifie trahir mon serment, pensa-t-elle.

En tant que détentrice d’une Épée Sacrée qui est la plus grande arme de l’Église, et pas seulement en tant que seule femme du groupe, Chastille bénéficiait d’un soutien important de la population, et pourtant elle avait choisi de faire quelque chose qui aurait pu facilement être considéré comme une hérésie.

Ils n’avaient plus le temps de s’inquiéter de l’assujettissement de Zagan, car le cardinal Clavwell devait plutôt penser aux problèmes causés par Chastille. C’était, en d’autres termes, la preuve qu’il n’y avait aucun intérêt à leurs actions au-delà de montrer ostensiblement l’autorité de l’Église.

En se contentant de désigner les sorciers comme étant des êtres maléfiques, ils avaient pu se justifier. C’est pourquoi tout renégat était automatiquement considéré comme un plus gros problème qu’un puissant sorcier.

La corruption de l’Église... est peut-être allée bien trop loin, alors que Chastille étouffait un soupir, les Chevaliers Angéliques derrière elle firent entendre leur voix.

« Attendez, Votre Éminence Clavwell ! Cette décision est beaucoup trop excessive. »

« Je suis d’accord ! Si vous prenez en considération les réalisations de Lady Chastille, il devrait y avoir une certaine indulgence. »

« De plus, maintenant qu’un nouvel Archidémon est apparu, diminuer le nombre d’Épées Sacrées sur le terrain ne fera qu’inviter le chaos ! »

« Vous trois, cessez ça ! » Chastille avait fait entendre sa voix rugueuse en réponse aux répliques des Chevaliers Angéliques.

En regardant ceux qui s’étaient tus sans hésitation, le vieux cardinal avait poussé un soupir funeste.

« Avez-vous tous l’impression que je n’ai aucun remords à devoir agir ainsi ? » Le cardinal Clavwell, qui semblait avoir encore plus vieilli, murmura comme s’il se lamentait.

« C’est..., » ainsi, les Chevaliers Angéliques n’eurent d’autre choix que de se taire en réponse.

Tout ce que je voulais... c’était protéger les gens qui criaient à l’aide... C’est pourquoi je suis devenu une Chevalière Angélique..., après avoir reçu une Épée Sacrée, elle était fière de son rôle en protégeant les masses innocentes de l’oppression déraisonnable des sorciers. Et avant même de s’en rendre compte, elle n’avait reçu rien d’autre que des ordres intitulés « doivent être éliminés » de l’Église, et elle n’était même plus capable de balancer son épée par sa propre volonté.

Et une seule phrase d’elle, comme quoi un sorcier n’était pas maléfique, avait causé ce tumulte massif précisément à cause de la loyauté dont elle avait fait preuve jusque-là.

Mais, avec ça, je suppose que j’ai au moins réussi à rembourser ma dette envers Zagan. Dans tous les cas, la formation de l’escouade d’asservissement serait grandement retardée. Il n’y avait aucune chance que ce sorcier astucieux ne prenne pas des contre-mesures contre l’Église, et elle avait dû au moins être capable de les aider en gagnant du temps.

Soudain, Chastille se souvint de l’elfe qui était à côté de Zagan. Même si c’était la femme de chambre du sorcier, elle agissait avec Chastille comme si elle était une amie. Et Chastille pensait qu’elles auraient vraiment pu être amies, si seulement elle n’avait pas été un Chevalier Angélique.

Bien qu’il soit beaucoup trop tard, une telle pensée chimérique lui traversa l’esprit.

Finalement, le cardinal Clavwell posa sa main sur l’épaule de Chastille.

« Chastille, ne faites pas cette tête résignée. Avec le temps, je crois que je pourrai faire retirer votre châtiment, » déclara le cardinal.

Chastille le fixa d’un regard ébahi lorsqu’elle entendit ces paroles pleines d’espoir.

« Qu’est-ce que... vous... ? » balbutia Chastille.

Le cardinal Clavwell regardait Chastille comme s’il veillait sur une fille bien-aimée.

« Une Épée Sacrée choisit son détenteur par sa propre volonté. Quelqu’un choisi par une Épée Sacrée ne languira pas éternellement dans la misère. S’il vous plaît, supportez ça pour l’instant. Ces vieux os vont à tous les coups rectifier la situation, » déclara Clavwell.

« ... Vos paroles sont bien plus que ce que je mérite, » répondit doucement Chastille.

L’Église était pervertie, mais il y avait peut-être encore un espoir de salut.

N’y avait-il pas au moins une personne qui s’était rendu compte de ça ?

Les coins de ses yeux devenaient chauds, mais l’expression du cardinal Clavwell restait sévère.

« Cependant, n’oubliez pas, Chastille. Je ne peux que tenter de vous protéger... sur le devant de la scène politique, » déclara-t-il.

« ... C-C’est à dire ? » demanda Chastille.

Le cardinal Clavwell avait poussé un soupir solennel, puis lui avait dit ce qu’il voulait dire d’un ton presque effrayant. « Le membre le plus terrible des Archanges, Raphaël Hyurandell, se dirige par ici. »

La simple mention de ce nom avait fait déglutir et frissonner Chastille.

Il s’agissait d’un grand homme qui avait continué à développer sa légende jusqu’à la cinquantaine. Encore plus que ses compétences à l’épée, sa nature cruelle avait fait que les mots « le plus terrible » soient attachés à son nom.

Le cardinal Clavwell l’informa ainsi de son arrivée imminente.

« La plupart des critiques à l’égard des Archanges ne deviennent jamais quelque chose de notoriété publiques. Cependant, j’ai entendu beaucoup de mauvaises rumeurs à son sujet, » déclara Clavwell.

L’homme que l’on craignait au point d’être appelé « le plus terrible » voyageait vers l’apostat Chastille.

Purger..., un seul mot imbibé de sang venait à l’esprit de Chastille, mais ce que le cardinal Clavwell avait à dire différait de cela.

« On dit qu’il essaie de créer une nouvelle force au sein de l’Église en rassemblant des individus partageant les mêmes idées. »

En entendant ces paroles, Chastille avait ouvert en grand ses yeux. Elle ne savait pas combien s’étaient joints à lui jusqu’à présent, mais il s’agissait de l’Église qui avait déclaré que les sorciers étaient tous mauvais. Parmi les Chevaliers Angéliques et les prêtres, il y en avait probablement beaucoup qui sympathiseraient avec ses idées.

L’Archange le plus redoutable s’emparerait d’encore plus d’autorité... Et vu le minutage de tout...

Il peut devenir un flambeau. La trahison de la Vierge à l’Épée Sacrée n’avait pas pu être rendue publique. Après tout, si un autre Archange l’abattait, ces rumeurs deviendraient un véritable tremblement de terre et secoueraient le monde. L’Église chancellerait grandement après ça.

Mais pour une fois, j’ai quand même suivi mon cœur. Son avenir s’était assombri et s’était refermé sur elle, mais elle ne ressentait aucun regret.

***

Partie 2

« Où... suis-je... ? » La jeune fille, Valefor, murmura ces mots en ouvrant les yeux d’un air hébété.

Il s’agissait d’une pièce du château de Zagan. Jusqu’à tout récemment, il y avait des spécimens d’étranges créatures et des éprouvettes qui avaient été utilisées dans des expériences pour les créer éparpillés un peu partout, mais à l’heure actuelle, elle ne contenait que des meubles simples et un lit. Elle semblait avoir été préparée en tant que chambre d’amis.

Les visiteurs de Zagan étaient pour la plupart des assassins qui visaient ses connaissances et son statut ou d’autres voyous, alors il pensait qu’il n’y avait aucune raison de préparer une chambre d’amis, mais Néphy avait dit : « Est-ce que le Seigneur Barbatos ne vient jamais ? » Alors qu’elle remettait la pièce dans un état propice.

Zagan avait l’intention de ne jamais laisser cette méchante personne utiliser la pièce que Néphy avait embellie, mais même ainsi, il y avait toujours la possibilité que d’autres passent le voir.

Je pense aussi que les amies de Néphy pourraient ainsi venir la voir, par exemple, il y avait la vendeuse du magasin de vêtements de Kianoides, dont le nom venait d’être mentionné pendant le déjeuner, ainsi que la Chevalière Angélique Chastille. Il n’y avait aucune chance que Zagan les repousserait si elles se présentaient sur le pas de sa porte.

Dans cette chambre d’amis, Zagan et Néphy étaient alignés l’un à côté de l’autre pour veiller sur l’état de santé de Valefor.

Le regard de la petite fille errait dans la pièce bien rangée. Elle était clairement confuse.

Et en regardant ça, Zagan s’était senti soulagé. Ah, bonté divine. Elle est vivante.

Bien sûr, Néphy avait confirmé qu’elle était vivante, et Valefor respirait également pendant son sommeil, mais il avait peur qu’elle ne se réveille jamais.

Zagan avait essayé de ne pas voler la vie de son adversaire. C’était pour le bonheur de Néphy, mais il y avait aussi le problème du nettoyage des cadavres qui se trouvaient dans son domaine. C’était la raison pour laquelle il les avait presque tous légèrement frappés avant de les jeter dehors, mais cela dit, il n’avait jamais vraiment confirmé s’ils avaient survécu à tout ça.

Mais ce n’était pas comme s’il n’avait pas eu confiance en son contrôle !

Cette jeune fille nommée Valefor était allongée dans son lit, sans son armure ni sa robe. Tout ce qu’elle portait sous l’armure en papier mâché était une vieille chemise. Elle n’avait même pas de pantalon.

Comme elle était enfant, elle ne portait probablement que le minimum requis pour revêtir son armure.

Ses cheveux verts étaient noués en tresses épaisses, et deux cornes sortaient vers l’arrière par les ouvertures de ses cheveux. Ses yeux, qui avaient finalement été rendus visibles, étaient dorés, et sa taille n’était qu’à peu près au niveau de la taille de Zagan.

D’après son apparence, à part les cornes sur sa tête, il s’agissait d’une enfant humaine.

 

 

« ... E-Espèce de salaud ! » Elle avait probablement fini par reprendre ses esprits. Les yeux dorés de Valefor s’ouvrirent en grand et elle s’élança en l’air afin de frapper Zagan.

« ... Hmm ? Eh bien, si tu es aussi énergique, alors je peux supposer que tu dois aller très bien. » Et pourtant, Zagan avait arrêté ce poing avec des mouvements lents.

Bien qu’on puisse l’appeler un poing, c’était léger, et même s’il l’avait frappé, il aurait eu, tout au plus, le charmant pouvoir destructeur d’une jeune enfant.

Cependant, Zagan pouvait sentir de la puissance dans ce bras qui aurait probablement réduit un sorcier moyen en viande hachée.

Et bien, c’est après tout une sorcière.

Ceux qui voulaient devenir sorciers avaient commencé par améliorer leur propre corps. Ils allongeraient leur durée de vie, gagneraient assez de puissance pour fracasser même une pierre, et obtiendraient un corps qui pourrait prévenir les maladies et le besoin de dormir. Ce faisant, on pourrait éliminer tous les obstacles à leur recherche.

C’est pourquoi les individus ordinaires n’avaient aucune chance de vaincre un sorcier. Même s’ils pouvaient manipuler le feu et la foudre, leur force physique pure et leur vitesse étaient dans une autre catégorie. Si Zagan n’avait pas bloqué son poing, la pièce aurait probablement été en mauvais état.

Cependant, l’atmosphère était quelque peu tendue. Cette fille, Valefor, était une sorcière du même calibre que Barbatos et Zagan avant de succéder à Archidémon Marchosias. Elle était à un autre niveau qu’un sorcier ordinaire ou bandit. En gros, il s’agissait d’un ennemi qui méritait la prudence.

Mais ce n’est qu’une gamine...

Elle était toute petite et ses joues avaient l’air d’être à la fois douces et molles. Semblait-il qu’elle soit une authentique enfant.

Zagan ne savait pas vraiment s’il devait essayer de l’écraser ou d’être gentil avec elle.

Dans tous les cas, elle était difficile à traiter. Alors même qu’il arrêtait son poing, Valefor fit entendre une voix menaçante avec un « Grrrr », ce qui fit que Zagan se gratta la joue.

« Hmph. Montre donc un peu de gratitude à Néphy. Je n’ai aucune pitié, même si mon adversaire est une morveuse, donc si Néphy n’avait pas plaidé pour ta vie, ta tête serait coupée et je t’aurais déjà jetée dehors, » déclara Zagan.

En raison de ces seuls mots, Valefor avait finalement semblé comprendre qu’elle était « autorisée à vivre ». Et que si Zagan en avait envie, même à cet instant précis, il pourrait l’achever.

Je ne peux pas faire quelque chose d’aussi cruel devant Néphy !

Et finalement, le poing qu’elle avait projeté vers lui avait commencé à perdre de sa force.

« ... Pourquoi ? » C’était une voix ayant un zézaiement enfantine qui correspondait à son apparence qui s’était fait entendre. La voix étouffée qu’elle avait avant était probablement une sorte de pouvoir présent dans le masque, quelque chose qui avait été fabriqué exprès afin de dissimuler la vérité.

Et en réponse à la question de Valefor, Zagan pencha la tête sur le côté.

« Pourquoi... quoi ? » demanda-t-il.

« Je suis venue ici... pour vous tuer. Pourquoi ne m’avez-vous pas... tuée pour m’être opposée à vous ? » demanda Valefor.

Zagan avait ensuite plissé ses sourcils comme s’il n’avait absolument aucun intérêt à cela.

« Je te l’ai déjà dit, non ? Néphy t’a sauvée. C’est pour ça que je t’ai laissée vivre. C’est tout simplement ça, » répliqua Zagan.

Il était clair comme de l’eau de roche que la mort d’une enfant par les mains de Zagan briserait le cœur de Néphy, même s’il ne faisait que se défendre. C’était vraiment bien que l’enfant s’en soit rendu compte avant de devoir la tuer.

Pourtant, je ne sens aucune hostilité ou haine..., comme elle avait été vaincue, il lui semblait normal que des sentiments de ressentiment et d’humiliation grandissent en elle.

Il se pouvait qu’elle ait simplement perdu sa volonté de se battre, mais personne ne pourrait imaginer qu’elle était une sorcière qui visait la vie de Zagan il y a quelques minutes à peine.

Au contraire, Valefor faisait une tête plus perplexe que Zagan lui-même.

Et tandis qu’ils se tenaient tous les deux là, confus l’un par rapport à l’autre, Zagan jeta ses doutes vers elle.

« Alors, que planifiais-tu en m’attaquant ? » demanda Zagan.

« ... »

Elle avait déclaré qu’elle prendrait le pouvoir d’un Archidémon, mais la plupart des sorciers n’insistaient pas tant que ça sur le pouvoir. Non, il aurait peut-être été préférable de dire que la définition du pouvoir d’un sorcier moyen était différente.

Ce que les sorciers cherchaient, c’était l’accumulation de connaissances et de techniques. La plupart ne s’intéressaient pas à la puissance afin de combattre les autres.

C’était ainsi parce qu’en acquérant des connaissances, les sorciers allaient automatiquement acquérir de la puissance. Le pouvoir était quelque chose qui venait tout seul à travers le processus d’acquisition des connaissances. Le pouvoir de se battre était un moyen viable de faire obéir les autres, mais il n’était pas très utile pour la poursuite de la connaissance.

L’acquisition du savoir avait le même sens que l’acquisition du pouvoir, mais l’inverse n’était pas vrai.

Et pourtant, ce que Valefor convoitait, c’était la « puissance pour se battre ».

Le pouvoir d’un Archidémon était une grande quantité de mana accordée par le Symbole de l’Archidémon, et non pas les connaissances. Il y avait aussi ceux comme Barbatos qui visaient le statut et les atouts d’un Archidémon, mais c’était déconcertant pour un sorcier de convoiter le pouvoir en lui-même.

Et, tandis que Zagan la regardait fixement, le corps de Valefor s’était raidi comme si elle avait peur.

En la regardant comme ça, elle n’est vraiment qu’une enfant, n’est-ce pas ?

Peu importe comment il la regardait, elle n’avait pas l’air d’une sorcière qui pouvait même cracher un souffle de dragon.

Et pendant que Néphy lui donnait un peu de réconfort, Valefor ouvrit la bouche comme si elle gémissait.

« Je voulais... du pouvoir, » déclara Valefor.

« Je vois. Cependant, je ne pense pas que c’est quelque chose que la plupart des sorciers souhaiteraient vraiment, n’est-ce pas ? » demanda Zagan.

Les sorciers étaient devenus forts simplement pour se protéger. Avec leurs durées de vie allongées, ils avaient besoin de pouvoir afin de protéger leur propre corps et leurs biens.

Ce n’était ni un moyen ni une fin en soi. Ce n’était pas quelque chose que l’on convoitait au point de risquer sa vie.

De toute évidence, il y avait des exceptions dans le monde.

Quand Zagan le lui avait fait remarquer, Valefor avait murmuré quelque chose, comme si elle avait été remplie par de la honte.

« Parce que... je suis faible. C’est pourquoi... j’ai besoin... de puissance. »

« Je vois. Donc tu as besoin de pouvoir pour vivre ? » demanda Zagan.

Cela semblait contredire la notion générale de sorciers, mais Zagan était convaincu par cette réponse. En premier lieu, Zagan était déterminé à polir son propre pouvoir afin d’atteindre l’immortalité.

En d’autres termes, une soi-disant « exception qui se concentrait davantage sur le pouvoir que sur la connaissance » se référait à Zagan lui-même.

Ce qui voulait aussi dire qu’il n’était pas vraiment nécessaire que son ennemi soit Zagan ou Néphy, c’était probablement la raison pour laquelle elle n’avait en elle aucune hostilité ou haine.

« Alors, pourquoi m’as-tu pris pour cible ? Je suis un Archidémon, ne penses-tu pas que tu n’étais pas prête à me défier ? » demanda Zagan.

« Zagan, vous êtes un tout nouvel Archidémon. Et si le surnom de “Tueur de Sorciers” était vrai, alors vous auriez dû être faible contre quelqu’un qui n’était pas un sorcier, » déclara Valefor.

« C’est pour ça que tu pensais que même toi tu pouvais me vaincre ? » demanda Zagan.

Comme Zagan répondait d’une manière dominatrice, Valefor hocha la tête. Puis, ses mains tremblaient légèrement.

J’ai l’impression d’intimider les faibles ou quelque chose dans le genre.

Ça ne m’a pas vraiment fait du bien. Zagan était la personne dont la vie était visée, mais il avait l’impression qu’il était celui qui faisait quelque chose de mal. Il ne savait pas vraiment comment décrire une telle situation. Dans tous les cas, cela l’avait déstabilisé.

« Tu as eu une bonne idée, mais tu es bien trop faible pour me tuer, » déclara Zagan.

« ... » Valefor ne répondit pas, mais elle se mordit la lèvre.

Et, alors que Zagan se penchait en arrière en joignant ses mains derrière sa tête, il lui demanda ce qui pesait le plus dans sa tête.

« Au fait, tu es une dragonne, non ? » demanda Zagan.

Au début, le corps de Valefor avait tremblé.

« ... C’est vrai. »

« Quand je pense qu’il y avait encore un spécimen vivant dans le coin, hein. Ne devenez-vous pas beaucoup plus forts que les humains avec le simple passage du temps ? Pourquoi convoites-tu autant le pouvoir ? » demanda Zagan.

Rien qu’en vivant, les dragons atteindraient des sommets au-delà de la compréhension de l’intellect humain. Ils n’avaient même pas besoin d’accumuler des connaissances comme des sorciers. Selon les légendes, il avait été écrit qu’un dragon qui avait vécu pendant dix mille ans avait même tué et mangé un dieu.

Ainsi, le fait de se lancer dans un combat avec une faible chance de victoire ressemblait davantage à quelque chose qu’un être humain aurait fait.

Et même pire que ça, elle est pressée ? Par hasard, elle avait peut-être une raison de devenir plus forte tout de suite.

Après avoir entendu Zagan parler, Valefor avait baissé la tête alors qu’elle avait même les larmes aux yeux.

« Je le veux..., » commença Valefor.

Il semblait qu’elle ne voulait pas qu’on en entende parler. Sa silhouette frêle alors qu’elle fixait son regard vers le bas ne ressemblait en rien à un sorcier, et encore moins à un dragon.

« Ah, je vois ! » En regardant cette silhouette, Zagan avait enfin compris la source de son malaise.

Cette fille... c’est ça. Elle est comme moi quand on m’a surpris en train de voler de la nourriture ! Ce n’était rien d’aussi scandaleux que de l’avoir comme ennemi ou qu’elle lui en veuille ou quoi que ce soit d’autre.

C’était comme si elle avait tout simplement faim et parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen, elle avait essayé de voler de la nourriture, mais avait échoué, ou alors, elle avait essayé de voler des objets de valeur, mais sa cible avait fini par être un brigand. Quoi qu’il en soit, elle était la même qu’un enfant qui était tombé dans une situation où ils payaient pour leur propre erreur.

Zagan s’était souvenu d’avoir vécu la même chose un nombre incalculable de fois, alors il l’avait compris au point où ça lui avait fait mal.

Et, alors qu’il arrivait à la comprendre, de son côté, Néphy inclina la tête sur le côté.

« Maître Zagan, quelque chose ne va pas ? » demanda Néphy.

« Non, je parle tout seul, » répondit Zagan.

Ah, je vois, j’ai compris. C’est comme si elle avait trouvé une cible facile, alors elle a essayé de s’en prendre à elle, mais elle a été frappée sans merci et a fini au bord des larmes. C’est logique.

S’il avait tout simplement remplacé l’expression « Je veux de la puissance » par « Je veux de la nourriture », alors il comprenait bien sa situation.

Après tout, quand on avait faim, on n’était pas d’humeur à se mettre en colère.

Bien sûr, ce que cette petite fille avait fait était mal, mais plutôt que de crier « Qu’est-ce que tu vas faire à ce sujet », il valait mieux la gronder pour avoir fait quelque chose de mal.

Puisque Zagan le traitait comme s’il parlait à un autre sorcier ou à un ennemi, il était sur les nerfs. Alors qu’en fait, son hypothèse de départ était incorrecte.

Ainsi, il est devenu évident quant à la manière dont je dois la traiter. Et tout en pensant à quel point il était absurde pour lui de faire toute une scène comme il l’avait fait, Zagan s’était mis à grogner avec un « Hmph ».

« Eh bien, peu importe. Mais plus important encore, tu m’as défié, moi, un Archidémon. Tu devrais être puni pour ça, » déclara Zagan.

« Maître Zagan, euh..., » tandis que Néphy faisait entendre sa voix comme si elle voulait implorer quelque chose, Zagan lui renvoya simplement un signe de tête comme s’il avait déjà compris.

Et quel genre de traitement horrible avait-elle fini par imaginer ? Valefor s’était soudain mise à trembler, les larmes aux yeux, face à cette pensée.

Et donc, comme s’il rendait un jugement sur cette petite fille, Zagan déclara ce qui suivit. « Pendant une semaine à partir de maintenant, je t’ordonne d’assister Néphy ! »

« « ... Hein ? » » Néphy et Valefor avaient toutes deux fait entendre des voix étonnées en réponse à ses paroles.

« Il nous manque des mains pour nettoyer, non ? » demanda Zagan.

« Eh, ah, euh, eh bien, oui..., » tandis que Néphy hochait la tête de haut en bas, Zagan s’inclinait en arrière et hochait la tête en réponse.

« Alors, tu peux utiliser cette fille comme bon te semble, » déclara Zagan.

Si Valefor n’était pas hostile envers Zagan, ce n’était pas non plus comme si elle était obsédée par le siège d’un Archidémon. Dans ce cas, il n’y avait aucune raison d’aller jusqu’à la tuer.

S’il devait infliger une punition pour un enfant, alors quelque chose comme ça était acceptable.

Et pendant qu’elle aiderait, cela serait probablement bien si elle pouvait apprendre ce qu’elle pouvait faire et ce qu’elle ne pouvait pas faire.

Zagan n’était pas quelqu’un qui avait le droit de prêcher sur le concept du bien et du mal, mais il serait au moins capable de lui enseigner le bon sens et les règles du point de vue d’une personne méchante. Comme son adversaire était une enfant, Zagan pensait qu’il était temps qu’il mette le pied à l’étrier à l’âge adulte.

Si elle répétait les mêmes choses après ça, alors Zagan considérait qu’il aurait déjà tout fait pour elle. Si elle était capable de mieux comprendre comment se conduire, alors cela serait une bonne chose en soi.

Et, alors que Zagan lui déclarait ça, Valefor avait fait une grimace comme si elle ne pouvait pas le croire puis elle avait parlé.

« Vous... n’allez pas... me manger ? » demanda-t-elle.

En entendant de telles paroles inattendues, Zagan s’était senti choqué.

« ... Attends un peu. Pourquoi mangerais-je quelqu’un comme toi ? » Zagan était conscient que son visage avait l’air maléfique, mais il n’était pas question qu’on parle de lui comme d’une personne qui mangerait des enfants en entier.

Valefor avait alors ouvert la bouche comme s’il lui était difficile de mettre ses pensées en mots.

« Si les humains... consomment du sang de dragon frais... ils deviennent plus forts..., » déclara Valefor.

« Ah, maintenant que tu en parles, j’ai déjà entendu ça auparavant, » déclara Zagan.

Si l’on se douchait dans le sang des dragons, alors on deviendrait immortels, ou si l’on mangeait de la viande de dragon, alors on obtiendrait un mana illimité, ou si l’on mangeait de l’os de dragon bouilli, alors toute maladie pourrait être soignée. Depuis des temps immémoriaux, il y avait eu un nombre incalculable de légendes similaires.

En vérité, lorsque Valefor avait transformé ses bras et ses jambes en ceux d’un dragon, Zagan pensait à la possibilité qu’elle soit une sorcière qui avait recours à une telle méthode.

Est-ce pour ça qu’elle a si peur ?

Si un humain la capturait, même s’ils étaient capables de communiquer, elle avait l’impression qu’elle ne s’en sortirait pas vivante.

La raison pour laquelle une si jeune fille utilisait cette armure et ce masque en papier mâché pour créer une telle silhouette était probablement due à ce fait. Il s’agissait de la même chose que Néphy qui était visée parce qu’elle était une elfe.

Même si elle était un dragon, Valefor était probablement encore un spécimen très jeune. Elle devait être classée dans la catégorie des dragons juvéniles. Elle n’était pas quelqu’un qui pouvait tenir tête à un Chevalier Angélique ou à un sorcier qui possédait un pouvoir significatif. C’est pourquoi il fallait cacher sa véritable identité. La raison pour laquelle elle avait même utilisé la sorcellerie des humains était aussi afin de se protéger.

Et en y repensant ainsi, il était évident pour cette jeune fille d’insister sur le fait d’obtenir la puissance de se battre.

Après avoir réfléchi à tout cela, Zagan avait dégluti avec un « Hmph ».

« Ne te moque pas de moi. Que ce soit un dragon ou un humain, tout ce que j’obtiendrais en mangeant une morveuse comme toi serait un mauvais arrière-goût. » Tandis qu’il l’informait de ses pensées, les larmes coulèrent à nouveau dans les yeux de Valefor.

C’est pourquoi je déteste avoir affaire à des enfants... Zagan s’était ensuite rappelé qu’il y avait des enfants plus âgés qui s’occupaient à l’époque de lui lorsqu’il fouillait les ordures et commettait des vols sur les routes.

Si cela avait été eux, alors que feraient-ils à ces moments-là ?

Lâchant un petit soupir, Zagan avait ouvert la bouche pour parler.

« Néphy, reste-t-il quelques choses du déjeuner ? » demanda Zagan.

« Oui. Il reste encore du pain et de la soupe, » répondit Néphy, ses oreilles tremblant comme si elle se demandait pourquoi il demandait une telle chose.

Et puis, Zagan l’avait brusquement informée de ses plans.

« ... Apporte-le-lui, » déclara Zagan.

Après avoir cligné des yeux en raison de la surprise, Néphy avait fait rayonner un sourire vers Zagan.

« Oui ! Je l’apporterai ici après l’avoir réchauffée, » déclara Néphy, puis elle quitta rapidement la pièce avec un bruit de pas continue.

Il ne restait plus que Zagan, qui faisait une tête un peu grincheuse, et une Valefor étonnée.

« Qu’est-ce que... vous planifiez ? » demanda Valefor.

« Tu ne le sais pas ? C’est ce qu’on appelle la charité. C’est la pitié accordée aux faibles par les forts, » déclara Zagan.

Zagan avait pensé à une meilleure façon de la réconforter, mais seul ce discours hautain s’échappait de sa bouche.

Alors que Zagan était un enfant abandonné, un garçon avait partagé son pain avec lui quand Zagan pensait qu’il allait mourir de faim. Il avait ressenti cela comme s’il avait été sauvé d’une manière non négligeable par cette action. Même maintenant, je me souviens encore du goût de ce pain.

Valefor n’était pas particulièrement affamée, mais Zagan croyait qu’un repas lui permettrait de se détendre.

Il ne se souciait pas vraiment de savoir si cette enfant le détestait ou l’aimait, mais ce n’était pas amusant si elle avait tout le temps peur de l’impensable. C’est pourquoi il avait pensé à faire la même chose que ce garçon.

Valefor avait fait une grimace comme si elle ne savait pas si elle devait être en colère ou effrayer, mais Néphy était vite revenue avec une charrette, lui apportant à manger.

« Voilà pour toi, » déclara Néphy.

En regardant le plat que Néphy lui présenta, le visage de Valefor fut finalement teinté par l’humiliation.

« Juste pour que tu saches, je déteste plus que tout les individus qui gaspillent la nourriture. Et c’est encore pire si tu gaspilles la cuisine de Néphy... Je vais te tuer si tu le fais, est-ce compris ? » Ces paroles étaient ses vrais sentiments, et Valefor trembla d’un frisson quand elle reçut l’assiette de soupe.

Après cela, elle ramassa prudemment la cuillère et prit un peu de soupe.

« Ah... C’est... savoureux, » murmura Valefor.

« Hmph. Bien sûr que ça l’est, » tandis que Zagan hochait la tête en se vantant, le bout des oreilles de Néphy devinrent légèrement rouge.

« Je suis honorée, » déclara Néphy, timidement.

Alors qu’il était devenu un peu gêné, Zagan s’était levé.

« Dans ce cas, je retourne aux archives. Quand tu auras fini de manger ça, suis Néphy dans son travail, » déclara Zagan.

Et, alors qu’il s’apprêtait à quitter la pièce comme ça, Valefor avait fait entendre une voix déconcertée.

« A-Attendez, » déclara Valefor.

« ... Qu’est-ce qu’il y a maintenant ? » demanda Zagan.

« Ne craignez-vous pas... que j’attaque cette femme ? Non, même si je ne le fais pas, ne croyez-vous pas que je vais tout simplement m’enfuir ? » demanda Valefor.

« Fais donc ce que tu veux, » répondit Zagan sans la moindre inquiétude.

« Si tu comprends les implications de me fuir quand je connais ton secret, ou même si tu ne le comprends pas, alors c’est correct pour toi de le faire, » déclara Zagan.

C’est quelque chose que Valefor elle-même avait dit. Si un jeune dragon agissait imprudemment, il serait plus facile de le cibler qu’une elfe.

Par contre, je n’ai pas vraiment l’intention de répandre des rumeurs.

Mais même ainsi, s’il la relâchait sans aucune punition, tout le temps qu’il passait à tourmenter ces intrus serait gaspillé.

La raison pour laquelle il lui avait ordonné de nettoyer à titre de punition n’était que ce niveau de préoccupation. De plus, Néphy serait en mesure de lui enseigner les tenants et aboutissants du monde bien mieux que lui.

Et par la suite, Zagan désigna Néphy de son regard.

« Et aussi —, » continua-t-il.

La réponse à son autre question était extrêmement claire.

« On dirait que tu ne comprends pas bien les choses ici. Néphy est bien plus forte que quelqu’un comme toi, d’accord ? » déclara-t-il.

Cela aurait peut-être été une autre histoire si c’était la même Néphy qu’il avait rencontrée au départ, mais à l’heure actuelle, Néphy possédait la volonté de vivre. Ainsi, Néphy avait même surpassé un Chevalier Angélique. De plus, la barrière de ce château était naturellement aussi en train d’agir pour protéger Néphy.

Vaincre Néphy dans le domaine de Zagan était quelque chose qui serait même difficile pour quelqu’un qui maniait une Épée Sacrée.

Quittant Néphy et la petite fille stupéfaite, Zagan s’était dirigé vers les archives.

***

Partie 3

Cela dit, ça ne va-t-il pas se transformer en quelque chose de dangereux ?

Quelques heures plus tard, après avoir quitté la pièce, Zagan s’inquiétait de la façon dont Néphy et Valefor allaient et ainsi, il s’était retrouvé à les observer de loin. Pour ce qui était des capacités, il ne croyait pas que Néphy allait perdre, mais il ne savait pas ce qui se passerait si Valefor lançait une attaque-surprise.

Après avoir commencé à réfléchir à de telles choses, il était devenu incapable de rester concentré sur ce qu’il cherchait, et en conséquence, il avait fini par effacer sa présence et il les avait suivis en cachette.

Actuellement, il semblerait qu’elles étaient en train de ranger la vaisselle et de faire les préparatifs pour le dîner. La raison pour laquelle il y avait une part un peu plus importante que d’habitude était probablement parce que même la part de Valefor était en cours de préparation.

Il semblait également que Valefor avait jugé qu’il ne serait pas sage de défier Zagan et Néphy. Elle aidait au nettoyage, comme il l’avait ordonné.

Au fait, elle portait une robe en ce moment. D’une certaine façon, la taille de celle qu’elle portait depuis le début correspondait à sa taille en utilisant la sorcellerie. Non, c’était peut-être sa taille d’origine, et elle l’avait juste agrandie pour correspondre à l’armure.

En tout cas, ce n’était pas une tenue qui l’empêchait de bien la voir.

« Valefor, s’il te plaît, replace cette assiette. »

« ... Foll me convient très bien, » il semblerait qu’elle ne se méfiait pas autant de Néphy que de Zagan, alors que Valefor déclara ça d’un ton timide. Et après ça, elle s’était mise à marmonner avec un bégaiement. « Euh, Néphy... as-tu fait... la soupe ? »

« Tout à fait. C’est moi seule qui fais tous les repas ici, » répondit Néphy.

« C’était... très bon, » déclara Valefor.

Elle semblait dire que c’était bien de l’appeler par son surnom, c’était sa propre façon de montrer sa gratitude.

« Je vois. Je suis contente que ça t’ait plu. » Bien que le visage de Néphy soit resté sans expression, le bout de ses oreilles pointues tremblait lorsqu’elle hochait la tête.

« Alors, Foll, occupe-toi de ça, » déclara Néphy.

 

 

« ... Hmm. »

Même si elle était un dragon, son apparence était celle d’une petite fille. Pour Zagan, la représentation d’elle aux pieds de Néphy était quelque peu charmante. Et pendant qu’il était absorbé par la scène, Néphy avait posé une question à Valefor.

« Trouves-tu... que le Maître Zagan est effrayant ? » demanda Néphy.

« ... Hmm. »

« Maître Zagan a l’air effrayant, mais en vérité, il est vraiment gentil, tu sais ? » déclara Néphy.

Et bien, quand Néphy avait rencontré Zagan pour la première fois, elle avait aussi eu très peur. Zagan était conscient de son visage maléfique, il n’était donc pas étonnant qu’elles en aient eu peur.

Cependant, Valefor secoua la tête énergiquement. Ses tresses vertes se balançaient comme des queues derrière elle.

« Son visage n’est pas effrayant. En fait, je l’appellerais beau si son visage pouvait davantage s’ouvrir, » déclara Valefor.

« Vr... vraiment ? » Il aurait vraiment eu le visage d’un monstre s’il avait pu agir ainsi.

Je vois... C’est donc une différence sur le plan esthétique, alors..., même s’il était traité de bel homme selon les critères du dragon, le fait d’être reconnu comme inhumain au contraire l’avait rendu déprimé.

Et, alors que Néphy inclinait la tête sur le côté, Valefor continuait à parler.

« Ce qui fait peur... c’est sa puissance. Je n’arrivais pas à le toucher... le moindrement, » déclara Valefor.

Et c’était aussi une réaction assez naturelle. Et bien, je suppose que c’est déraisonnable de ne pas avoir peur de celui qui t’a frappé, hein ?

C’était au moins bien qu’il lui ait fait comprendre qu’il ne ferait rien comme l’enlever et la manger.

En voyant Valefor ainsi, Néphy lui parla doucement. « Ce n’est pas grave. Maître Zagan n’est pas celui qui manie son pouvoir sans raison. »

En entendant ça, même Zagan avait penché la tête sur le côté. Hein ? Suis-je comme ça ? Il faisait de son mieux pour ne tuer personne devant Néphy, mais il avait quand même réduit les bandits et les sorciers qui ne connaissaient pas leur place en cendres.

Et pourtant, Valefor hocha la tête en réponse.

« ... Hmm. Il ne m’a même pas montré... un fragment de sa vraie force, » déclara Valefor.

Je ne vais pas frapper un enfant de toutes mes forces ! Il s’y était fermement opposé, mais il ne pouvait rien dire après l’avoir déjà frappée une fois. S’il avait su qu’elle était une si petite enfant, il aurait réfléchi à une meilleure façon de s’occuper d’elle la première fois...

Valefor murmura alors quelque chose dans la confusion. « ... Un humain bizarre. »

« Tu as raison, c’est un gentleman mystérieux. » Comme on pouvait s’y attendre, Néphy savait choisir ses mots.

Et pendant que Zagan sentait que cela le guérissait, Néphy avait une fois de plus posé une question. « Foll, qu’est-ce que tu comptes faire à partir de maintenant ? »

« ... Je ne sais pas. Je suis bien trop faible... pour viser les autres Archidémons. »

« En fin de compte, as-tu vraiment besoin de puissance ? » demanda Néphy.

« ... Hmm. »

C’était comme si c’était une enfant perdue... Non, c’était une enfant. Quoi qu’il en soit, entendre cette voix avait rendu Zagan mal à l’aise.

Je croyais que les dragons de la légende... étaient censés être des créatures plus patientes.

Il s’agissait d’une race légendaire dont on disait qu’elle vivait plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, et si les circonstances le permettent, même des dizaines de milliers d’années. Et pourtant, il avait l’impression que Valefor ressentait de l’impatience à l’échelle d’un humain.

Tout d’abord, pourquoi un jeune dragon fait-il semblant d’être un sorcier sur des terres humaines ? C’était une histoire déconcertante, peu importe comment on le disait. Et pendant qu’il réfléchissait profondément à cette question, Valefor posa une question à Néphy.

« Néphy, pourquoi suis-tu cet homme ? »

« J’ai été... achetée par Maître Zagan et il m’a amenée ici. Pourtant, Maître Zagan ne me traitait pas comme une esclave, mais comme une personne normale. C’est comme ça que je sais... que c’est ici que je suis à ma place, » répondit Néphy.

« ... Je vois, » pour une raison inconnue, cette voix semblait à la fois triste et envieuse selon Zagan.

Néphy pensait probablement la même chose. Arrêtant ce qu’elle faisait, elle s’était accroupie devant Valefor et elle aligna son regard sur le sien.

« Foll, n’as-tu pas un endroit comme ça ? » demanda-t-elle.

« ... Non, » répondit-elle, sa voix tremblant de tristesse.

C’est pour ça que je déteste les mômes...

Zagan ne pouvait que faire une grimace maussade en apprenant davantage sur une situation dont il ne voulait pas faire partie.

***

Partie 4

Plusieurs jours s’étaient écoulés. Valefor était encore un peu effrayée, mais elle semblait avoir baissé sa garde au point où Zagan pouvait avoir une conversation normale avec elle. Ainsi, elle écoutait les ordres de Zagan sans se plaindre, comme elle le faisait auparavant avec Néphy.

Comme Zagan lui-même ne lui donnait jamais d’ordres extrêmes, elle travaillait avec obéissance comme assistante de Néphy dans la plupart des tâches. Il semblait que lorsqu’on la laissait seule avec Néphy, elle parlait beaucoup.

C’est probablement mieux pour Néphy d’avoir une autre fille avec qui passer du temps. C’est pourquoi Zagan les avait tout simplement laissées toutes les deux seules.

Et aujourd’hui, il lisait à nouveau un grand nombre de tomes dans les archives, mais...

« Donc, c’est le dernier des livres que j’ai ramené du château de Marchosias, Hmm, » déclara-t-il.

Il avait presque fini de lire tous les nouveaux livres qu’il avait trouvés dernièrement.

Mais il n’y avait aucune information sur les démons ou l’Emblème de l’Archidémon, comme il le pensait, il semblait nécessaire qu’il cherche une fois de plus à retourner où se trouvait l’héritage de Marchosias.

Cependant, lorsqu’il l’avait parcouru la dernière fois, il n’avait rien trouvé de plus remarquable que ce qu’il avait déjà. S’il y allait sans penser à quoi que ce soit de nouveau, il obtiendrait probablement les mêmes résultats.

« Si j’avais... un autre sorcier..., » L’ancien Zagan n’aurait jamais pensé à une telle chose. Il lui fallait un sorcier qui possédait des connaissances différentes de lui, et pensait d’une manière différente. C’était un problème que sa disciple personnelle, Néphy, ne pouvait résoudre.

Quand il pensait aux sorciers autres que lui-même, le premier qui lui venait à l’esprit était son ami indésirable, Barbatos, mais rien de bon ne pouvait venir s’il lui montrait l’héritage d’un Archidémon.

Ensuite, un autre visage lui était venu à l’esprit, mais jusqu’à quel point pourrait-il leur faire confiance ? C’était difficile de se décider.

Et puis, Zagan avait pensé à une autre approche du problème. Peut-être devrais-je me pencher sur un autre domaine que la sorcellerie ? La première chose qui lui était venue à l’esprit comme voie potentielle était l’Église.

C’était une organisation qui vénérait un soi-disant « dieu unique » et revêtait ses membres d’une Armure Sacrée qui leur donnait assez de pouvoir pour s’opposer à un sorcier. Bien sûr, c’était aussi une existence que l’on pourrait appeler son ennemi naturel. Parmi eux, il n’y avait que douze Archanges qui portaient des Épées Sacrées. Et ce groupe serait même capable de rivaliser avec les Archidémons s’ils unissaient leurs forces.

Il ne serait pas étrange qu’ils aient des connaissances que les sorciers ne possédaient pas, mais même en tant qu’Archidémon, il n’était pas sage pour Zagan de marcher sur leur domaine.

Soudain, il se souvint du visage d’une certaine fille maladroite. Maintenant que j’y pense, a-t-elle été en sécurité après ça ? Chastille, la Vierge à l’Épée Sacrée, avait déjà combattu Zagan, mais pour une raison inconnue, elle était aussi l’amie de Néphy. Il avait fini par la sauver après sa capture par Barbatos, mais il ne savait pas exactement ce qui lui était arrivé après ça.

Et bien, rien de bon ne peut sortir d’une rencontre entre un Chevalier Angélique et un sorcier.

C’était une fille qui était beaucoup trop sérieuse de la façon la plus étrange. Il pensait qu’il valait mieux pour les deux qu’ils ne se rencontrent pas, mais il ne pouvait s’empêcher de se rappeler qu’elle avait fait de son mieux pour permettre à Zagan de s’échapper lors de leur dernier combat.

S’ils se rencontraient à nouveau, elle pourrait une fois de plus hésiter à tuer Zagan, ou elle pourrait essayer de le couvrir étrangement à nouveau et finir par se mettre dans une situation dangereuse pour elle.

Ce n’est pas comme si Zagan le lui avait vraiment demandé, mais regarder quelqu’un tomber dans le désarroi à cause de lui lui avait laissé un mauvais goût dans sa bouche.

Alors, j’essaierai de demander à Néphy plus tard.

Vu sa position, ce serait plus pratique si elle était morte. Cependant, en tant que personne, il ne lui souhaitait aucun mal. L’idée qu’elle soit morte sans qu’il s’en rende compte l’avait rendu très triste.

Cependant, Zagan ne s’en souciait vraiment que dans cette mesure.

« Il y a un énorme tas de problèmes, hein... ? » Et alors qu’il disait cela et qu’il étendit ses bras pour se décontracter, la porte des archives s’était ouverte sans bruit.

Valefor, c’est ça ?

Dans une tournure rare des événements, elle était seule. Zagan se retourna pour faire face à la jeune fille, qui se tenait immobile en silence à l’entrée des archives.

« As-tu besoin de quelque chose ? » demanda Zagan.

« Le dîner... est prêt, » elle était prudente comme toujours, mais sa voix n’avait rien d’hostile.

Après avoir entendu cela, Zagan ferma le livre ouvert dans ses mains et hocha la tête.

« Je vois. Je vais y aller maintenant, » déclara Zagan.

Valefor continua à regarder Zagan tandis qu’il mettait le livre de côté et commençait à marcher vers la salle à manger.

« Valefor, on dirait que tu as quelque chose à dire, » déclara Zagan.

« Pourquoi... tu ne m’as pas tuée ? » demanda Valefor.

Il semblerait qu’elle avait un peu ouvert son cœur à Néphy, tout en soupçonnant Zagan.

Et Zagan n’avait fait que hausser les épaules et donner une réponse simple et courte. « Je l’ai dit plusieurs fois, n’est-ce pas ? Néphy t’aime beaucoup. C’est pour ça que je t’ai laissée vivre. »

« Alors quoi... tu penses que je n’essaierai jamais de t’attaquer par surprise ? » demanda Valefor.

Zagan fit un sourire amer en entendant ces mots. L’autre jour, il avait eu un échange similaire avec son ami indésirable Barbatos.

Bien qu’elle ait l’air d’une enfant, c’était une vraie sorcière quand il s’agissait de ce genre de choses.

Il pensait qu’il y avait quelque chose de mal à ce qu’un dragon se comporte comme un humain, mais Zagan avait simplement répondu en reniflant.

« Il y a un gars que je connais qui a dit quelque chose de semblable une fois. À l’époque, je lui ai dit de venir me voir n’importe quand. Il en sait beaucoup sur l’alcool, tu vois ? Ainsi, chaque fois que je le frappe, il apporte de l’alcool de qualité en compensation, » déclara Zagan, puis il avait finalement fait demi-tour vers elle.

« C’est pour ça que je vais te dire la même chose. Viens me voir quand tu veux. Chaque perte ajoutera plus de temps à ta peine, et tu devras donc continuer à travailler sous les ordres de Néphy, » continua-t-il.

Si Néphy s’attache à toi, ce serait génial si tu pouvais rester pour toujours ! Il n’avait absolument pas agi ainsi parce qu’il avait été ému par sa voix triste de l’autre jour.

Et l’expression de Foll devint menaçante en réponse à cette réponse hautaine.

« Ne t’inquiètes-tu pas... que j’aille voler tout ton satané savoir ? » demanda Foll.

Il y avait plus de dix mille livres dans ses archives. Après avoir eu accès à l’héritage de Marchosias, ce nombre n’avait fait qu’augmenter, de sorte que même Zagan n’avait plus une idée précise du nombre.

Les connaissances d’un sorcier... étaient en fonction de chacun des livres qu’ils détenaient.

Au fond, la sorcellerie avait pris de l’ampleur en rendant le cercle magique plus complexe. Bien qu’il soit également possible de ne pas utiliser un cercle magique et de le remplacer par un sort ou un appareil magique, la structure de base n’avait jamais changé.

Et ce qui avait fait appel à ces conceptions complexes... c’était la finesse des détails de la conception d’un symbole, que l’on appelait les « circuits ».

Chacun de ces livres expliquait l’un de ces circuits, et on pourrait même dire que comprendre un livre équivaudrait à acquérir la maîtrise d’un nouveau circuit. Bien sûr, le mot « comprendre » ici ne signifiait pas simplement savoir comment ajouter un circuit à un cercle magique. Non, c’était quelque chose qui indiquait qu’on pouvait le manipuler sous n’importe quelle forme.

C’est pourquoi la sorcellerie pouvait être « volée ».

Si Valefor était proche de Zagan en termes de pouvoir, elle pourrait comprendre autant de livres.

Selon cette logique, un critère pour être un candidat Archidémon est l’accumulation de plus de dix mille grimoires. Le nombre de circuits n’était pas nécessairement quelque chose qui créait un écart de qualité, mais c’était quand même un critère.

Si Valefor pouvait voler tous les « circuits » ici, elle aurait même pu submerger Zagan.

Cependant, Zagan haussa simplement les épaules comme s’il n’était pas particulièrement préoccupé de ça.

« Pas vraiment. Vas-y, » déclara Zagan.

« Qu..., » Valefor avait écarquillé les yeux, choquée par la réponse de Zagan, qui semblait la ridiculiser pour avoir dit l’évidence.

« Quoi ? Trouves-tu ça surprenant ? » demanda Zagan.

« Tu... t’attends à ce que je ne le sois pas ? » Foll affichait une expression de choc sur son visage quand elle avait dit ça.

Je ne m’intéresse pas à ce qui arrive aux grimoires que j’ai déjà étudiés.

Zagan n’était jamais retourné lire un livre après avoir maîtrisé un nouveau circuit. Ainsi, tous les livres qu’il avait empilés ne lui étaient plus d’aucune utilité. C’est pour ça qu’il se fichait qu’ils soient volés, brûlés ou autres.

Peut-être que sa capacité à tout comprendre une fois qu’il l’avait lu une fois avait été la raison pour laquelle on lui avait accordé le titre d’Archidémon.

Cependant, il semblait que Valefor n’arrivait pas à comprendre sa logique. Elle continuait à regarder Zagan, alors que son expression confuse était tout le temps présent sur son visage.

Finalement, après s’être gratté la tête, Zagan avait répondu comme s’il trouvait son regard gênant.

« Dans mon esprit, les techniques et les connaissances sont simplement des choses à “voler”. Même moi, je l’ai pris au sorcier qui était le premier à être ici... Il s’appelait Andras, enfin, je crois... En tout cas, je l’ai tué et j’ai volé son savoir, » déclara Zagan.

C’est quelque chose qu’il avait fait quand il était un enfant vivant dans la rue, à l’époque où il avait été enlevé pour être sacrifié. À cette époque, Zagan avait retourné la situation avec Andras et était devenu un sorcier.

La raison pour laquelle Zagan, qui n’était qu’un humain, avait pu tuer un sorcier était parce qu’il avait vu la sorcellerie d’Andras... et l’avait volée. Et même aujourd’hui, la technique pour le faire était devenue la pierre angulaire de son pouvoir.

Le montant qui est volé... est proportionnel à la quantité de pouvoir dont vous disposez.

C’est pourquoi il pensait qu’il n’avait pas le droit d’arrêter quelqu’un qui était déterminé à voler sa sorcellerie.

« Bien sûr, je ne t’apprendrai pas avec attention comme je le fais avec Néphy. Mais en même temps, je n’ai pas l’intention de t’en empêcher que tu te faufiles dans les archives pour lire tous les grimoires ou que tu mémorises ma sorcellerie en la regardant. Mais si tu voles ou déchires un livre que je n’ai pas encore lu, c’est une autre histoire, » déclara Zagan.

Cela dit, il avait déjà passé en revue tous les tomes qu’il avait apportés de l’héritage de Marchosias. Il ne lui restait plus rien à quoi il voulait désespérément s’accrocher.

En plus, je ne peux pas me plaindre si elle fait les mêmes choses que moi.

La raison pour laquelle il avait fait tout ce qu’il avait pu pour le lui dire, c’était peut-être parce qu’il avait vu son ancien moi se chevaucher avec elle.

Zagan était un gredin incorrigible, mais il y avait quand même eu un garçon qui se comportait comme un grand frère et qui lui avait donné un coup de main. Il voulait au moins imiter le comportement de ce garçon.

Valefor secoua alors la tête.

« ... Je n’arrive pas à comprendre ça. Tu es arrogant. Tu devrais pouvoir me forcer à t’obéir par la force. Pourquoi ne pas le faire ? » demanda Valefor.

Comment pourrai-je faire ça ? Ça rendrait Néphy triste, non ? Même si elle ne le montrait pas, il avait l’impression qu’elle le mépriserait pour ça. Ce ne serait pas grand-chose, mais c’était quand même quelque chose qu’il ne pouvait pas supporter.

Et en réponse à Valefor, qui n’avait aucun moyen de connaître sa situation, Zagan ricana avec un « Hmph ».

« Je ne sais pas combien de temps tu as vécu en tant que dragon ni à quel point tu es une excellente sorcière, mais tu n’es qu’une enfant en ma présence. Et les enfants devraient se quereller et faire des crises de colère comme bon leur semble. Il n’y a personne ici qui s’offusquerait de cela, je te l’assure, » déclara Zagan.

Ce n’était pas qu’il voulait être aimé. Non, c’était juste qu’il ne pouvait pas la laisser rester ainsi.

Lui-même ne pouvait pas expliquer ce qu’il ressentait, alors Zagan frotta grossièrement la tête de Valefor pour le distraire de ses pensées.

Cependant, à sa grande surprise, Valefor n’avait pas grincé des dents. Il s’attendait à ce qu’elle se mette au moins en colère et le morde, mais...

Au contraire —

« Une enfant..., » alors qu’elle disait ça, pour une raison ou une autre, les larmes commençaient à couler hors de ses yeux.

Hein ? Est-ce de ma faute ? Ai-je merdé ? Bien sûr, c’était un dragon, mais n’importe quel spectateur ordinaire penserait qu’il venait de faire pleurer une enfant. Et même Zagan avait été empli par cette pensée.

« G-Gaaaah, ne pleure pas ! » s’écria Zagan.

« Je ne... je ne pleure pas, » répondit Valefor.

Zagan était devenu perplexe en la regardant s’essuyer le visage avec ses deux mains.

« Argh. D-De toute façon, c’est l’heure du dîner, non ? Allons-y. La cuisine de Néphy est assez bonne pour arrêter de couler ces larmes, » déclara Zagan, alors qu’il prenait la main de Foll et se dirigeait vers la salle à manger.

Et le fait que Valefor serrait fortement la main en réponse... Eh bien, c’était quelque chose qu’il avait fait semblant de ne pas réaliser.

***

Partie 5

« Est-ce bon, Foll ? » demanda Néphy.

« Hmm... C’est délicieux. » Valefor pleurait dans les archives, mais cela s’était arrêté au moment où ils étaient arrivés à la salle à manger. Et en suivant le flot des événements qui s’étaient produits une fois qu’ils avaient atteint leur destination, les trois habitants du château étaient maintenant en train de dîner. L’ordre des places s’était achevé avec Zagan au bout de la table, Néphy à sa gauche et Valefor à sa droite.

Bizarrement, Valefor était devenue tout amicale, agissant comme si elle avait toujours été comme ça.

Quelle fille égoïste ! C’était peut-être Zagan qui avait dit que ses larmes cesseraient si elle dînait, mais il ne pouvait pas vraiment accepter un changement aussi radical en elle.

Et, au moment où il sentait qu’il était sur le point de pousser un soupir, Valefor se tourna vers lui. Ses pieds, qui n’atteignaient pas tout à fait le sol, se balançaient de façon ludique en le regardant avec curiosité.

« ... Qu’est-ce que c’est cette fois ? » Valefor déplaça soudainement ses yeux vers le bas alors que Zagan pointait vers elle un regard suspect. Comme elle avait encore clairement peur de lui, la jeune fille parla comme si elle rassemblait tout son courage.

« ... Zagan. »

« Quoi ? » demanda Zagan.

« ... Le fait de m’être mis au travers du chemin... pour le dîner... Euh, c’était de ma faute. » Elle parlait probablement du premier jour de leur rencontre. La fois où elle était venue en chargeant dans son château. Et en entendant ces excuses, Zagan l’avait regardée avec émerveillement.

« Je t’ai empêché de manger la délicieuse nourriture de Néphy. C’est normal que tu te sois autant fâché, » déclara Valefor.

« H-Hmph... Tant que tu le comprends, c’est bien, » déclara Zagan.

Il n’avait jamais imaginé qu’elle s’excuserait, alors Zagan avait haussé la voix comme s’il essayait de cacher sa perplexité.

Au même moment, une certaine idée lui vint à l’esprit.

Eh bien, ça ira probablement bien si c’est elle.

Il n’avait pas cru un seul instant qu’une relation de confiance mutuelle s’était développée en quelques jours, mais il savait qu’il pouvait coopérer avec elle.

Dans tous les cas, cela n’avait aucun sens pour elle de rester hostile envers Zagan, car elle comprenait clairement les avantages qu’elle gagnerait à lui obéir.

Tandis que Zagan réalisait pleinement tout cela, il se tourna vers Néphy.

« Plus important encore, Néphy, je pensais emmener cette fille et sortir un peu demain. Cela te dérange-t-il ? » demanda Zagan.

« Pas du tout. Avez-vous des affaires à régler ? » demanda Néphy.

« En effet. Je pensais aller au château de Marchosias... Je veux enquêter dans le Palais de l’Archidémon, » répondit Zagan.

Le vrai nom du château de Marchosias était inconnu, mais les sorciers l’appelaient « Palais de l’Archidémon » par respect.

En entendant ce nom, Valefor s’était levée en trombe... Cependant, à cause de sa taille, sa ligne de vue était encore très basse.

« Parles-tu de... l’ancien château de l’Archidémon ? » demanda-t-elle.

« Oui, je l’ai déjà parcouru une fois, mais les connaissances que je désire n’étaient inscrites dans aucun des livres que j’ai ramenés ici. C’est pour ça que j’y retourne, » répondit Zagan.

Il cherchait quelque chose sur les démons ou l’Emblème de l’Archidémon.

Peu importe la façon dont j’y pense, il n’y a aucune chance que rien ne soit trouvé après tout ce que j’ai cherché...

Il semblait que Marchosias ne voulait vraiment pas que les autres soient au courant de ces sujets.

Valefor avait alors pris la parole, comme si elle était sur la défensive.

« ... Es-tu sain d’esprit ? Ce serait la même chose que de m’accorder la connaissance de l’Aîné, » déclara Valefor.

L’Aîné était le surnom de Marchosias. Parce que l’ex-Archidémon avait vécu pendant mille ans, à un moment donné, il avait gagné ce nom.

Naturellement, la quantité de connaissances qu’il avait accumulées était colossale. S’ils allaient enquêter là-bas, elle pourrait au moins se cacher et voler des livres autant qu’elle le voudrait. Si le dragon Valefor devait acquérir encore plus de connaissances, il lui aurait même été possible de vaincre Zagan et les autres Archidémons.

Et pourtant, Zagan hocha la tête comme si cela n’avait aucune importance.

« Je crois que je te l’ai déjà dit, mais je n’ai aucun problème à ce que tu voles des connaissances, » déclara Zagan.

Le visage de Valefor devint de plus en plus déformé, comme pour refléter sa confusion.

« Je suis... ton ennemie, tu sais ? » déclara Valefor.

« Oui, maintenant que tu le dis, tu as raison. Mais on pourrait dire que je suis à court de mains. Tant que tu m’aideras à chercher ce que je veux, je te laisserai courir comme tu le voudras, » répondit-il.

Il l’avait surveillée ces derniers jours et avait remarqué que Valefor n’avait aucun sentiment d’hostilité envers Zagan ou Néphy. Il ne serait donc probablement pas difficile de lui demander de l’aider à faire des recherches sur l’héritage de Marchosias.

Honnêtement, je préférerais y aller avec Néphy et moi, mais..., malheureusement, Valefor restait quand même un sorcier. De plus, c’était un dragon qui possédait des connaissances que seuls les dragons connaissaient. En tant que telle, elle serait certainement utile pour faire des recherches sur l’héritage de Marchosias.

En outre, il voulait franchement un coup de main pour la gestion du château de Marchosias.

Il ne pensait pas que son ami indésirable Barbatos lui fournirait des rapports appropriés, et l’amie de Néphy, Manuela, n’était pas une sorcière. Il en était de même de sa seule autre amie, Chastille, qui était un Chevalier Angélique de l’Église.

C’est pour cela qu’il avait voulu laisser sa gestion à Foll, si elle en était capable.

C’est ainsi que Zagan considérait la vérité derrière les démons et l’Emblème de l’Archidémon.

Après avoir réfléchi pendant un moment, Zagan s’éclaircit la gorge en toussant et marmonna.

« D’ailleurs, être la subordonnée d’un Archidémon devrait bien répondre à tes besoins. Il est temps que les gens de l’extérieur comprennent aussi que ça ne vaut pas la peine de s’opposer à moi. C’est pourquoi, eh bien, euh, comment dire..., » déclara Zagan.

« Euh... ? Qu’est-ce que tu essaies de dire ? » demanda Valefor.

Zagan détourna le regard et poursuivit son discours tandis que Valefor inclinait sa tête de façon interrogative.

« Peu importe ton identité, il n’y a pas beaucoup d’idiots qui oseraient mettre la main sur toi après avoir appris que cela m’offenserait personnellement, » déclara Zagan.

Cela signifierait que, tout comme Néphy, Valefor tomberait sous la protection d’un Archidémon.

Dans les faits, Valefor avait été la dernière à l’attaquer, et plus aucun intrus ne s’était présenté dans le domaine de Zagan depuis. Il pouvait y avoir eu des gens perdus ou des Chevaliers Angéliques qui s’étaient introduits sans autorisation, mais il n’y aurait probablement plus de sorciers qui lui étaient ouvertement hostiles.

Et bien, si je ne suis pas capable de protéger cette petite fille, alors il n’y a aucune chance que je protège Néphy pour le reste de sa vie, il s’agissait de la seule raison de sa décision. Ce n’était absolument pas en raison du fait qu’une jeune fille qui n’avait nulle part où retourner, pesait sur son esprit. S’il disait que c’était sa vraie raison, c’était donc ainsi.

Malgré cela, alors qu’il jetait un coup d’œil fugace vers Valefor, il remarqua qu’elle laissait son regard vagabonder entre Zagan et Néphy comme si elle n’arrivait pas à le croire.

Peu de temps après, alors qu’elle avait peut-être enfin senti qu’elle pouvait lui faire confiance, Valefor hocha timidement la tête.

« C’est... compris, » déclara-t-elle.

« C’est bien, » déclara Zagan.

Tandis que Zagan hochait la tête, Valefor le regardait d’un air mécontent.

« ... Mais je ne suis pas seulement “toi”, d’accord ? » déclara Valefor.

« Hm ? Ah, à propos de ton nom, hein ? Je le connais, ne t’inquiète pas. Tu viendras donc avec moi, Valefor, » déclara Zagan.

Cependant, la bouche de Valefor bougeait encore comme si elle avait quelque chose de difficile à dire. Et finalement, elle avait timidement ouvert la bouche pour parler.

« Foll... c’est bien. » C’était la première fois que Valefor — non, Foll, était arrivée à un compromis avec Zagan.

Se grattant la joue, Zagan se corrigea dans ses dires. « Ah, OK... Alors, je compte sur toi demain... Foll. »

« Compris, » répondit Foll.

Et c’est ainsi que Zagan et Néphy se rapprochèrent peu à peu de leur nouveau pique-assiette.

***

Partie 6

« ... Franchement, je n’aurais jamais imaginé qu’elle dormirait dès qu’elle aurait fini de manger. Une gamine-dragonne n’est pas différente d’une humaine, hein ? » Zagan posa Foll sur le lit de la chambre d’amis pendant qu’il lui lançait cette remarque un peu insultante.

Foll s’était endormie avec sa cuillère à la main pendant le dîner, alors que Zagan et Néphy discutaient d’une manière agréable. Et comme il n’y avait pas d’autre option, Zagan avait fini par devoir porter Foll.

Néphy enleva habilement la robe de Foll, la redressa et la plaça sur un cintre pour s’assurer qu’elle ne se froisse pas.

« Je crois que cette enfant est très fatiguée. Je suis sûre que depuis qu’elle est arrivée ici, tout a été une série de premières fois pour elle, » déclara Néphy.

Zagan avait fait une expression maussade en entendant Néphy dire cela.

« Cependant, c’est un territoire ennemi à ses yeux, n’est-ce pas ? En temps normal, dormirais-tu sans méfiance ? » demanda Zagan.

Il n’avait fait que répéter des mots que Foll elle-même utilisait. Cependant, Néphy secoua la tête, affichant un sourire averti.

« Maître Zagan, n’est-ce pas vous qui lui avez appris que nous ne sommes pas ennemis ? » demanda Néphy.

« Hein ? »

Les oreilles pointues de Néphy frémissaient d’une manière quelque peu ravie.

« Au début, elle était extrêmement sur la défensive, et je pense qu’elle avait très peur. Mais maintenant... Je pense qu’elle est capable de dormir paisiblement comme ça parce qu’elle sait qu’elle est dans un endroit sûr, » Néphy leva les yeux sur le visage de Zagan d’une manière un peu embarrassée en disant cela.

« Moi aussi..., j’étais après tout pareille, » murmura Néphy.

Zagan s’était remémoré du premier jour où il avait amené ici Néphy. Il avait laissé passer la journée sans jamais savoir comment parler correctement à la fille qu’il aimait. Contrairement à cette fois-ci, il n’avait pas pu préparer à temps une chambre personnelle pour Néphy, alors ils avaient dormi dans la salle du trône.

Cela signifiait que Foll avait finalement baissé sa garde à l’égard de Zagan.

« C-C’est, euh, eh bien... Tu m’appartiens. Je traite ce qui est à moi... comme précieux... C’est tout ce qu’il y a à faire, » déclara Zagan.

« Oui. Je vous remercie beaucoup. » Bien qu’il ait parlé comme si elle était de nouveau un objet, Néphy avait répondu en étant heureuse.

Zagan détourna les yeux lorsqu’il commença à se souvenir de son embarras de l’époque, qui était aggravé par l’embarras qu’il éprouvait devant son regard si nostalgique.

« Néphy, et toi ? C’est d’accord de ton côté ? » demanda Zagan.

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? » demanda Néphy.

« Ce que je veux dire, c’est à propos du fait que Foll reste dans ce château. Je ne t’ai pas du tout consultée à propos de ça..., » déclara Zagan.

Et, au moment où il lui posait cette question, Néphy le regardait d’un air émerveillé comme si elle était surprise par sa question. Ses oreilles se raidirent jusqu’à un certain point, et il pouvait dire qu’elle était considérablement confuse.

Et finalement, les lèvres de Néphy se relâchèrent en un léger sourire.

« Oui. Tout est selon votre volonté, Maître Zagan, » déclara Néphy.

« Je-Je vois, » déclara Zagan.

Alors qu’il était incapable de se calmer, Zagan s’était tourné vers Foll.

« ... Bon sang. Cette fille..., elle tient toujours cette cuillère ? » déclara Zagan.

Pendant que Foll dormait profondément, sa main tenait encore une cuillère. Et donc, Zagan s’était déplacé pour la sortir de sa main. Et, à ce moment précis...

« H-Hey... »

À quoi pensait-elle au juste ? Foll s’était agrippée au doigt de Zagan avec force.

C’est doux, hein ?

C’était une sensation différente que celle produite par la main mince et chaude de Néphy. C’était une main enfantine, qui possédait une élasticité un peu molle.

Après avoir fait cela, elle murmura quelque chose d’une manière un peu triste. « Père... »

Elle faisait probablement un rêve concernant ses parents. Foll parlait d’une voix fragile, et cela rendait impensable qu’elle soit bien un dragon qui voulait prendre la vie de Zagan.

Zagan ne savait pas à quoi ressemblaient les relations parentales d’un dragon, mais il semblait qu’elle se souvenait de son parent-dragon. En regardant sa silhouette endormie en parlant ainsi, il s’était rendu compte qu’elle était vraiment le portrait craché d’une jeune fille.

Je suis vraiment mauvais... avec les gosses, cependant...

Zagan lui-même ne savait rien des parents. Ou plutôt, même s’il essayait d’agir comme un frère aîné, elle avait fini par se souvenir de son père, alors le fait d’être vu comme quelqu’un de si vieux l’avait déprimé.

Cependant, Zagan n’avait pas réussi à se débarrasser de la main frêle qui lui serrait le doigt. Et donc, dans un instant si rare, un rire s’était fait entendre venant de Néphy.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Zagan.

« Eh bien, euh... C’est presque comme si... nous avions eu un enfant, n’est-ce pas ? » demanda Néphy.

Un-Un-Un-Un-Un-Un Enfant ? C’était probablement différent de la façon dont Zagan traitait Foll de morveuse. Non, Néphy voulait dire que c’était leur enfant, comme si Zagan et Néphy étaient ses parents.

Même si nous ne nous sommes pas encore embrassés... un enfant !? Oublie donc l’idée de faire des bébés, je suis encore trop nerveux à l’idée de te tenir la main !

En jetant un coup d’œil aux yeux grands ouverts de Zagan, cela avait fait réaliser à Néphy comment ses paroles avaient résonné. En un éclair, non seulement son visage, mais même les pointes de ses oreilles étaient devenues rouge vif.

« C-Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Maître Zagan, il semble que vous ayez l’intention de prendre Foll sous votre protection, et cela me fait naturellement penser à ce genre de relation, alors..., » déclara Néphy.

« Ah, euh... J’ai... J’ai compris, d’accord ? Ne t’inquiète pas de ça, » déclara Zagan.

Les deux n’étaient plus capables de se regarder directement, et la sueur commençait à couler sur leurs deux visages.

Après avoir réfléchi pendant un moment, Néphy s’agrippa étroitement à la manche de Zagan. Et, tandis que Zagan enroulait son propre doigt autour de cette main, Néphy s’agrippa timidement à son doigt.

Qu’est-ce que c’est que ça ? D’une façon ou d’une autre, c’est chaud...

Foll saisissait sa main droite, et Néphy saisissait sa main gauche... La situation lui paraissait étrangement confortable.

Famille..., c’était peut-être le mot que Néphy voulait dire. Zagan le savait manifestement, même si ses connaissances n’avaient été acquises que par les livres. C’était un mot qui signifiait la relation entre les frères et sœurs, les couples mariés et ceux qui étaient avec eux.

Cependant, Zagan et Néphy ne savaient pas vraiment comment cela fonctionnait en pratique. C’est pour cette raison qu’ils n’avaient pas été en mesure d’en parler sous l’impulsion du moment.

La première image qui lui était venue à l’esprit lorsque le mot famille avait été mentionné... était celle d’un enfant joignant les mains de ses parents. C’était quelque chose qui n’avait rien à voir avec Zagan, mais il l’avait au moins déjà vu en ville.

Un jour, ressemblera-t-on aussi à ça ?

Le mot sorcier était comme un synonyme de malveillant. En tant que tel, cela pouvait être vu comme comique pour lui, qui se tenait à son apogée en tant qu’Archidémon, de souhaiter un bonheur ordinaire, mais Zagan avait juré que cela serait fait. Et puis, il avait juré qu’il les protégerait toutes les deux.

C’était peut-être un vœu beaucoup trop maigre pour un Archidémon, mais Zagan avait de l’affection pour l’idée simple de posséder une famille heureuse.

***

Partie 7

Le lendemain matin, Zagan avait visité la ville de Kianoides avec Néphy et Foll derrière lui. Le palais de l’Archidémon était caché près de la ville. Comme on pouvait s’y attendre, le château de l’Ancien était un donjon souterrain.

Cependant, Zagan ne s’était pas immédiatement dirigé vers le Palais de l’Archidémon, et marchait en contournant un peu la ville.

« Zagan, où allons-nous ? » demanda Foll.

« Dans un magasin de vêtements, » répondit Zagan.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« As-tu prévu de te promener en ville dans cette tenue ? » demanda Zagan.

Néphy était vêtue de son uniforme de femme de chambre habituel, ce qui était bien, mais Foll portait la même robe que d’habitude. En d’autres termes, tout ce qu’elle avait en dessous, c’était un simple maillot de corps. Et peut-être à cause de cela, Foll regardait autour d’elle avec agitation.

En plus, c’était probablement mieux de cacher au moins ses cornes.

À l’heure actuelle, elle portait sa cagoule jusqu’aux yeux, de sorte qu’on ne pouvait pas les voir, mais même le vent aurait pu la faire tomber de sa tête. Cela aurait été bien mieux de lui fournir une casquette ou quelque chose comme ça. Eh bien, c’était de toute façon le plan, mais Foll avait plissé ses yeux comme si elle était mécontente.

« C’est toi qui m’as dit de laisser mon armure chez toi, Zagan, » déclara Foll.

« Bien sûr que je l’ai fait. Même avec Néphy dans son uniforme de femme de chambre, tout passant nous fuirait si tu portais ça ! » s’exclama Zagan.

Néphy était en bons termes avec les habitants de la ville. En fait, il y avait un bon nombre de personnes qui lui parlaient régulièrement, alors Zagan voulait s’assurer qu’ils ne leur fassent pas peur.

Cependant, c’était Néphy qui avait laissé échapper des mots d’angoisse. « Quand vous dis magasin de vêtements, voulez-vous parler de... ? »

« Oui, son magasin nous est familier, alors n’est-ce pas bien d’y aller ? » demanda Zagan.

« Je pense que Manuela est quelqu’un de bien, mais, euh, quand il s’agit de vêtements... ! Êtes-vous sûr que tout ira bien une fois là-bas ? » demanda Néphy.

Comme toujours, l’expression de Néphy n’avait pas changé, mais ses oreilles détendues n’avaient pas pu cacher son anxiété. En voyant leurs réactions, Foll avait incliné la tête sur le côté.

« Un sorcier ? » demanda Foll.

« Non, une personne normale. Elle est aussi assez gentille, » répondit Zagan.

« Est-ce que c’est vraiment le cas... ? » Comme on pouvait s’y attendre, les paroles de Néphy avaient ébranlé son pouvoir de persuasion. À cause de ça, Foll avait saisi la robe de Zagan comme si elle avait peur.

Néphy était une bonne amie de la vendeuse de ce magasin de vêtements, mais elle était un peu excentrique et utilisait souvent Néphy comme un mannequin à habiller. Zagan était également quelque peu troublé par ses actions lubriques, mais Manuela était quelqu’un sur qui il pouvait compter quand il s’agissait de la qualité des vêtements.

En plus, la connaissant, elle ne le dira à personne même si elle réalise que Foll est un dragon. Il en était convaincu parce que, d’après ce qu’il avait observé, Manuela considérait Néphy comme une véritable amie.

Zagan avait alors parlé, essayant d’accorder à Foll une certaine tranquillité d’esprit. « Même elle ne ferait pas porter des vêtements bizarres à une petite morveuse comme elle, hein ? »

« Je... me le demande..., » murmura Néphy.

Quel est l’intérêt si même toi tu deviens plus nerveuse, Néphy ! Arrête ça ! Son inquiétude constante avait même poussé Zagan à reconsidérer sa croyance en leur amitié.

Et avec le cœur lourd, le groupe en question avait atteint le magasin de vêtements de Manuel.

« Bienvenue ! » Une voix énergique leur cria aussitôt qu’ils ouvrirent la porte.

Ce qui les attendait de l’autre côté, c’était une fille aviaire aux belles ailes vertes. Il semblait qu’elle errait à nouveau dans le magasin avec un sourire joyeux sur le visage.

Eh oui, ils avaient repéré la jeune employée, Manuela. Et Néphy inclina immédiatement la tête par respect pour elle avec petit signe de tête.

« Bonjour, Manuela, » déclara Néphy.

« Alors tu es revenue aujourd’hui, Néphy ? » demanda Manuela.

« Oui... Euh, nous sommes venus ici pour acheter quelques vêtements..., » déclara Néphy.

« Bien sûr... Euh, quoi ? Donc le maître est aussi là, hein ? » Manuela avait finalement porté son attention sur Zagan, le traitant comme une nuisance totale pendant tout ce temps.

Cependant, Zagan avait simplement renvoyé une grimace et avait commencé à lui poser une question.

« Hé, tu ne lui as pas fait essayer quelque chose de bizarre pendant que je ne suis pas là, n’est-ce pas ? » demanda Zagan.

« Oh, mon Dieu, qu’est-ce qui t’a donné cette idée ? Je ne choisis que des vêtements parmi la marchandise du magasin, tu vois ? » déclara Manuela.

« Ce magasin... contient une montagne de vêtements indécents qui traînent partout, » déclara Zagan. Puis, il l’avait regardée fixement tandis que Manuela sifflait et faisait semblant d’être ignorante de ces faits.

« ... Bon sang. Bref, on n’est pas là pour Néphy cette fois. J’aimerais que tu choisisses quelque chose qui convienne à cette fillette, » déclara Zagan en poussant Foll vers l’avant.

« Hein, as-tu engagé une nouvelle servante ou quelque chose comme ça chez toi, Zagan ? Laisse-moi jeter un coup d’œil à ça..., » murmura Manuela en retirant le capuchon de Foll.

Les yeux de Manuela commencèrent à pétiller d’énergie quand les cheveux verts et les yeux dorés de Foll furent révélés.

« Oh mon Dieu... ! C’est trop mignon, » s’écria Manuela.

« Euh..., » trouvant peut-être qu’elle était une personne dangereuse, Foll s’était cachée derrière Zagan. Cependant, Manuela avait saisi fermement son bras.

« Hmm... Oui, c’est encore un autre diamant brut... Mais, d’une manière différente de Néphy ! Laisse-moi m’en occuper. Je vais la rendre très mignonne pour toi ! » déclara Manuela.

« ... Ne lui fais rien porter d’étrange, d’accord ? » demanda Zagan.

« Tout ira bien, fais-moi confiance, » déclara Manuela.

Foll jeta un regard de détresse sur Zagan, mais elle fut impitoyablement repoussée plus loin par Manuela.

« Est-ce que... ça va vraiment aller, je me le demande ? » demanda Néphy.

« Eh bien, ça devrait aller, non ? » demanda Zagan.

Tous les deux laissèrent leur regard vagabonder tout en jouant avec les poignets de leurs vêtements sans s’arrêter. C’était comme s’ils voyaient leur enfant au loin alors qu’il allait faire leur première course.

Et quelques minutes plus tard, les rideaux de la loge d’essayage furent ouverts.

Zagan et Néphy poussèrent un soupir d’admiration en regardant Foll chanceler. Il semblait qu’elle portait une tenue qui ressemblait à la robe indigène d’un pays étranger.

Manuela l’avait probablement fait correspondre aux cheveux verts de Foll. C’était un splendide ensemble qui mélangeait des couleurs apaisantes avec le blanc et le rouge, et elle avait même réussi à intégrer ses cornes en accord avec la tenue. Et par-dessus ses épaules, elle portait sa robe.

« Qu’est-ce que tu dis de ça ? La robe s’intègre bien dans celle-ci, n’est-ce pas ? En plus, ça met même en valeur ses traits les plus mignons, » demanda Manuela.

« ... Tu peux le faire quand tu veux. Alors pourquoi ne travailles-tu pas tout le temps correctement ? » Son choix de vêtements était certes splendide, mais cela n’avait fait que faire pousser un soupir à Zagan.

Cependant, Manuela secoua la tête comme pour lui dire qu’il ne comprenait pas.

« Aider nos chers clients à découvrir une toute nouvelle partie d’eux-mêmes fait partie de notre métier. Ne le savais-tu pas ? » déclara Manuela.

« Tes choix standard sont bien trop extrêmes pour ça. » Après avoir dit ça, Zagan avait concentré son attention sur Foll.

« Alors, ne trouves-tu pas que ça te va bien ? Est-ce que cela te plaît, Foll ? » demanda Zagan.

« ... Je ne sais pas. Tous les habillements humains... semblent identiques selon moi, » déclara Foll.

Même si elle disait cela, le visage qu’elle faisait en tirant sur les bords de sa jupe ne semblait pas si insatisfait.

« Est-ce que ça... ne semble pas trop voyant ? » demanda Foll.

« Ça ne me dérange pas vraiment. » Au contraire, il estimait qu’il valait mieux que la nouvelle comme quoi Zagan l’accompagnait se répande à grande échelle. Si cela se produisait, le nombre de personnes prêtes à faire du mal à Foll diminuerait inévitablement.

Dans tous les cas, il n’y en a pas une seule personne qui ait osé poser les mains sur Néphy quand elle se promenait toute seule.

Malgré tout, Zagan avait trouvé que quelque chose posait problème.

« Ça ne fonctionnerait que si tu abaisses le capuchon, n’est-ce pas ? » Si ses cornes étaient exposées, alors des individus qui sauraient que Foll était un dragon apparaîtraient.

Bien sûr, Zagan voulait montrer fièrement qu’elle était sous sa protection, mais il savait qu’il serait difficile de le faire si sa véritable identité était révélée.

La raison pour laquelle Néphy allait bien malgré le fait qu’elle était une elfe aux cheveux blancs était qu’elle était aimée même par les habitants de la ville. Cela n’était pas nécessairement vrai que Foll relèverait de la même catégorie.

Et tandis que Zagan se mettait dans tous ses états d’âme avec ces pensées, Manuela frappa immédiatement dans ses mains.

« Si ça t’inquiète, que penses-tu de ce genre de robe ? » Après avoir dit ça, elle avait mis une autre robe sur les épaules de Foll. Il y avait des ornements écarlates ici et là, mais c’était une robe avec une incrustation blanche comme neige, et le capuchon avait la forme d’une sorte de caricature de chat. Comme par hasard, les cornes de Foll s’installèrent confortablement dans les oreilles creuses.

 

 

« Je vois. Pas mal. Pas mal. Qu’en penses-tu, Néphy ? » demanda Zagan.

« Oui. C’est plutôt mignon, je trouve ça bien, » déclara Néphy, alors que le bout de ses oreilles tremblait un peu avec joie quand elle lui répondit.

« Alors c’est décidé. Je vais prendre ça, » déclara Zagan.

« Merci beaucoup pour ton parrainage ! » déclara Manuela.

Alors qu’elle enlevait l’étiquette de prix des vêtements de Foll, Manuela posa une question comme si elle voulait les taquiner.

« Alors, cette enfant... Foll, c’est ça ? L’as-tu adoptée ou quoi ? » demanda Manuela.

« Ce n’est pas vraiment le cas, mais..., » maintenant qu’elle l’avait dit, comment Zagan était-il censé expliquer la situation ?

Ce serait exagéré que de dire que c’était une sorcière qui avait attaqué son château et qu’il avait décidé de la prendre sous son aile. Bien que Manuela appelant Foll une enfant adoptive soit un peu en un certain sens le cas.

Et tout en s’inquiétant de ces pensées, Zagan avait retourné la question.

« Ah... Euh, c’est... à ce que tu crois ? » demanda Zagan.

« Eh bien, ouais. Plutôt que de frères et sœurs, tu présentes davantage une image d’un père et de sa fille... Voilà, et c’est fini. » Manuela avait fini avec les étiquettes de prix, avait redressé les parties ébouriffées de la jupe et s’était remise debout.

Foll s’était alors précipitée vers Zagan et s’était cachée derrière lui comme pour laisser entendre qu’elle avait peur.

« Eh bien, je ne veux pas trop m’attarder sur ça... C’est correct pour moi tant que ça ne rend pas Néphy malheureuse, » déclara Manuela.

« Hmph. Une sage décision. » En vérité, il voulait la remercier puisqu’elle l’avait vraiment aidée, mais seuls ces mots répugnants étaient sortis de la bouche de Zagan.

Cependant, Manuela s’y était déjà habituée, alors elle n’avait fait qu’un sourire amer qui ne semblait pas vraiment affecter son humeur.

« Bref, vous tous, revenez quand vous voulez, » déclara Manuela.

« Oui. Merci beaucoup, Manuela, » déclara Néphy. Puis, elle inclina la tête une fois de plus, ce que Foll avait imité.

« Merci... J’aime vraiment... les vêtements, » déclara Foll.

En regardant cette réaction, Manuela avait affiché un large sourire.

« La vache. Qu’est-ce qu’elle a, cette gamine, elle est super mignonne ? Je peux la ramener chez moi ? Oh, attendez, ce serait le contraire ici, hein ? Pourriez-vous la laisser ici et partir ? » demanda Manuela.

« Gaaah, calme-toi ! Elle n’est pas un objet ! Bon sang, comme si je te la remettais à toi, entre toutes les personnes possibles ! » s’écria Zagan.

Zagan qui criait sur Manuela avait saisi la main de Foll et il quitta le magasin dans un état d’agitation.

***

Partie 8

« ... Franchement, c’est pour ça que c’est si pénible d’aller à son magasin. »

Tandis que Zagan redressait ses épaules et marchait, Néphy s’exprimait d’un ton un peu mécontent.

« Pourtant, je crois que c’était le bon choix de choisir la boutique de Manuela. »

Tandis qu’elle disait cela, Zagan regarda Foll, qu’il tenait toujours par la main. Foll marchait encore d’une manière un peu instable, mais elle semblait satisfaite des vêtements. Au moins, elle ne montrait aucun signe d’aversion pour eux, et elle avait même l’air heureuse d’une manière subtile.

Après avoir peut-être remarqué le regard de Zagan, Foll pencha la tête sur le côté.

« Quoi ? » demanda Foll.

« Eh bien... Ces vêtements... tu les aimes ? » demanda Zagan.

« Hmm. » Contrairement à ce qu’il attendait, elle acquiesça d’un signe de tête obéissant.

« Je vois. Alors, je suis content pour toi, » déclara Zagan.

« Mhm... Merci, Zagan, » elle parlait probablement du prix des vêtements. Foll ne souriait pas, mais elle avait dit ça sans non plus afficher de signes de nervosité.

Après cela, Néphy avait tenu la main libre de Foll. Et Zagan fut déconcerté par la façon dont ils étaient tous les trois alignés, marchant avec Foll au milieu.

Quel est exactement ce sentiment... ? On pourrait peut-être la décrire comme étrangement chaleureuse, ou peut-être comme le bonheur. Quoi qu’il en soit, ce n’était certainement pas un mauvais sentiment, mais c’était une émotion qu’il n’avait jamais ressentie auparavant.

Serait-il juste d’appeler cela de l’affection ?

Cependant, c’était un sentiment différent de celui qu’il éprouvait lorsqu’il sentait que Néphy lui était chère... c’était différent de l’amour.

Zagan s’était ensuite remémoré des mots que Manuela avait utilisés tout à l’heure.

Plutôt que de frères et sœurs, tu présentes davantage une image d’un père et de sa fille..., en d’autres termes, ce sentiment serait quelque chose comme le « désir de protéger ». Et maintenant qu’il était conscient de la vérité qui se cachait derrière cette émotion en lui, Zagan avait perdu son sang-froid.

Ridicule... Moi, plus que quiconque... je veux protéger une morveuse comme elle ? Si quelqu’un comme Barbatos entendait qu’une telle émotion était encore en lui, il s’inquiéterait sans aucun doute sur le fait qu’il soit encore sain d’esprit.

Cependant, il est également vrai que Zagan, qui était un méchant à la surface, n’avait jamais eu l’occasion de s’occuper d’enfants.

Et pendant qu’il se creusait les méninges sur ce sentiment trouble auquel il était incapable d’attacher un mot, il aperçut une fille toute seule qui marchait droit devant lui.

Elle portait une chemise en soie et une jupe décorée de dentelle. Sa silhouette, alors qu’elle marchait lentement, débordait d’élégance. C’était une jolie fille aux cheveux roux qui se couvrait le dos jusqu’à la taille.

Elle avait l’air de réfléchir à quelque chose, alors que ses yeux étaient baissés dans une expression lugubre.

Zagan avait l’impression que son visage lui était familier, mais il ne se souvenait pas tout de suite exactement de qui il s’agissait. Dernièrement, ses occasions d’échanger un ou deux mots avec les habitants de la ville s’étaient multipliées.

Et ainsi, il avait simplement supposé qu’il s’agissait de l’une de ses « connaissances » alors qu’il tentait de passer à côté d’elle, mais la jeune fille avait eu l’air déconcertée lorsqu’elle avait aperçu Zagan.

« Z-Zagan ? » Il semblerait qu’elle connaissait Zagan.

Même sa voix est familière... À qui appartient-elle ? Tandis qu’il inclinait la tête sur le côté, la jeune fille regarda Néphy et fit un visage un peu soulagé, puis elle fut surprise de voir Foll entre Zagan et Néphy.

« A-Aucune chance... que vous deux... vous vous êtes déjà assez rapprochés pour avoir la chance d’avoir un enfant... ? » s’écria la rousse.

« N-N-N-N-N-N-N-N-N-Ne dis pas de telles choses éhontées ! Néphy et moi n’avons pas encore, euh..., » alors qu’il jetait un coup d’œil fugace sur Néphy, il remarqua que même ses oreilles étaient devenues rouge vif. Et quand leurs yeux s’étaient croisés, ils avaient tous les deux détourné leur regard en pleine panique.

Je me demande... que pense Néphy de l’idée.

Même Zagan était à peu près au courant de la façon dont les enfants étaient mis au monde. Cependant, lorsqu’elle avait demandé « pouvons-nous coucher ensemble », il ne semblait pas qu’elle comprenait vraiment ce qu’elle insinuait. Alors, était-ce vraiment bien pour lui de poser ses mains sur la peau douce et sans tâche d’une fille qui ne connaissait même pas la signification d’un rendez-vous nocturne ?

Tandis que Zagan était angoissé par de telles pensées, celle qui ne pouvait pas suivre la situation, Foll, pencha la tête sur le côté.

« Zagan, qui est-ce ? » demanda Foll.

« Oh, c’est vrai, qui es-tu ? » Peu importe la façon dont il la regardait, il s’agissait de l’une de ses connaissances, mais il n’arrivait pas à se souvenir clairement d’elle. Et alors que Zagan lui demandait cela d’un ton suspicieux, la fille et Néphy furent toutes deux complètement choquées.

« I-Impossible... tu ne te souviens même pas de moi ? » s’écria la rousse.

« Maître Zagan, c’est Chastille ! » s’écria Néphy.

Des larmes se formaient rapidement dans les yeux de la jeune fille, et Néphy lui disait cela en étant grandement agitée. En voyant le visage de cette fille au bord des larmes, Zagan avait finalement réussi à l’associer à la « Chastille » dans ses souvenirs.

Il ne l’avait pas reconnue parce qu’elle ne portait pas son Armure Sacrée, n’avait pas son Épée Sacrée. En plus, ses cheveux roux étaient même dans une coiffure différente.

Elle a l’air en bonne santé. C’est une bonne chose. C’était inquiétant qu’elle ne porte pas la tenue d’un Chevalier Angélique, mais elle était au moins en sécurité.

« Ah, alors c’est toi ? Écoute-moi, Foll, cette fille est... Voyons voir, ce serait correct de dire qu’elle est l’amie de Néphy ? » déclara Zagan.

« Oui. » En regardant Néphy effectuer un signe de tête rapide, la jeune fille — Chastille, avait finalement mis sa main sur sa poitrine en poussant un soupir de soulagement.

Chastille avait obtenu les titres d’Archange et de Vierge à l’Épée Sacrée. Et comme ces deux titres l’impliquaient, son moi habituel était une figure galante vêtue de l’Armure Sacrée de l’Église qui portait le fardeau de manier l’une des douze Épées Sacrées se trouvant dans le monde.

... Cependant, il semblait qu’après avoir enlevé le vernis, elle était réduite à un état si ordinaire.

« Alors, euh ! C’est quoi cette tenue ? » Comme Zagan le lui demandait, Chastille hésita carrément à lui dire.

« C’est, euh... Pour l’instant, je suis... suspendue, » répondit Chastille.

« Quoi ? Tu as été viré ou quoi ? » demanda Zagan.

« Tu te trompes, tu entends !? » Chastille était agitée, comme si Zagan avait raison.

Les sorciers et les Chevaliers Angéliques étaient des ennemis mortels, mais Zagan avait quand même sauvé Chastille malgré tout cela. Et en retour, Chastille avait une fois déclaré qu’elle protégerait Zagan depuis l’intérieur de l’Église.

Cette pensée même était en quelque sorte un échec face à ses devoirs en tant que Chevalier Angélique. Par conséquent, que l’Église l’avait exilée n’était pas un scénario très improbable.

Après avoir un peu réfléchi, Chastille croisa les bras et détourna le visage en un clin d’œil.

« M-Mes affaires ne te concernent pas vraiment, n’est-ce pas ? Plus important encore, qu’est-ce qu’il a avec cette enfant ? Je ne t’aurais pas imaginé en tant que kidnappeur, mais..., » déclara Chastille.

Après que Zagan ait détourné son regard, il avait tapoté Foll sur la tête à plusieurs reprises. Le capuchon à oreilles de chat tremblait, mais il était bien collé sur ses cornes et ne montrait aucun signe de vouloir partir.

« Celle-là est aussi une sorcière. Pour ce qui est des liens qui nous unissent, tu peux imaginer ce que tu veux, » déclara Zagan.

« Eu-Euh... ? » Chastille avait fait un visage extrêmement déconcerté en imaginant quelque chose, mais Zagan n’y avait pas prêté attention. Après tout, alors que cela se produisait, il pouvait entendre une autre voix venant de plus loin.

« Lady Chastille ! Il est dangereux pour vous de vous promener seule ! »

« S’il vous plaît, permettez-nous d’être vos escortes ! »

Les trois Chevaliers Angéliques étouffants de la dernière fois s’étaient précipités. Et quand ils avaient remarqué Zagan, ils s’étaient mis en travers de son chemin comme pour protéger Chastille.

« Grrr, tu es ce bâtard de Zagan ! Que fais-tu à Lady Chastille ? »

C’était difficile d’oublier ce lot répugnant, alors Zagan avait acquiescé.

« Ah, vous êtes... les Trois... Les Idiots du Ciel d’Azur, c’est ça ? » demanda Zagan.

« C’est les Trois Chevaliers du Ciel d’Azur ! »

« Peu importe. Je n’ai pas vraiment d’affaires à faire avec elle... Hm !? » déclara Zagan.

Juste au moment où il était sur le point de les chasser, juste à côté de lui, les yeux de Foll s’illuminèrent d’une soif de sang. Et sur son bras... se trouvaient les griffes transformées d’un dragon.

« Arrête ça, » déclara Zagan d’une voix basse, ce qui fit au début trembler le corps de Foll.

« ... Pourquoi ? » demanda Foll.

« Néphy a beaucoup d’amis dans cette ville. Si nous devons nous déchaînés ici, des gens mourront. » Foll avait fait une tête extrêmement insatisfaite de ses paroles, mais elle avait quand même arrêté.

Ces trois idiots ont-ils aussi un différend avec Foll ? En voyant comment ils étaient devenus hostiles dès qu’ils l’avaient vu, il était facile d’imaginer qu’ils auraient pu également s’impliquer avec d’autres sorciers.

Cependant, les trois Chevaliers Angéliques n’avaient même pas remarqué la soif de sang de Foll et, par conséquent, n’avait fait que fusillé du regard Zagan. En pensant à sa tenue habituelle, l’Apparition Valefor, il était compréhensible qu’ils n’aient pas pu l’associer à la silhouette actuelle de Foll.

Pressentant que cela allait devenir gênant, Zagan agita la main comme pour chasser les Chevaliers Angéliques.

« Si vous n’avez rien à faire avec moi, alors partez. Je suis occupé aujourd’hui. » Et même s’il ne l’était pas, ce n’était pas vraiment bon pour le sorcier Zagan et une bande de Chevaliers Angéliques d’avoir une conversation dans un endroit aussi visible. Cela ne dérangeait pas vraiment Zagan, mais il y avait une forte probabilité que quelque chose de grave arrive à Chastille.

Cependant, on dirait qu’elle est troublée par quelque chose..., il pensait à Chastille. Cependant, même si l’Archidémon Zagan donnait un coup de main à Chastille, l’utilisatrice d’une Épée Sacrée, cela ne lui ferait que du mal, et cela ne serait nullement une aide.

Les trois Chevaliers Angéliques lâchèrent alors un grognement avec un « Hmph ».

« Pour commencer, nous ne sommes pas capables de parler à des damnés comme toi ! »

« Allons, nous devrions partir, Lady Chastille. S’il vous plaît, pensez à votre propre sécurité maintenant. »

« Euh, ah, attendez... »

Peu de temps après avoir coupé dans la conversation, les Chevaliers Angéliques étaient partis avec Chastille. Cependant, Zagan n’avait pas manqué d’entendre les mots qu’ils avaient laissés derrière eux à la toute fin.

Pensez à votre propre sécurité maintenant. Il semblait qu’elle s’était encore une fois mise dans le pétrin.

Néphy avait probablement aussi réalisé la vérité. Ses yeux étaient emplis d’anxiété en voyant Chastille partir.

« Je me demande si Chastille va bien, » demanda Néphy.

« Qui sait ? Cependant, même comme ça, elle semble être populaire. Elle a d’autres personnes sur qui elle peut compter, » déclara Zagan.

Si Archidémon Zagan s’en mêlait, ça ne ferait qu’aggraver sa situation. S’il avait dit qu’il n’était pas inquiet, alors ce serait un mensonge, mais en ce moment il était plus inquiet de l’attitude de Foll quand elle avait regardé les Chevaliers Angéliques.

« Mettons ça de côté, Foll. Ces types t’ont-ils fait quelque chose ? » demanda Zagan.

« Qu’y a-t-il d’étrange... à propos d’un sorcier qui déteste les Chevaliers Angéliques ? » demanda Foll.

« Rien ? C’est tout à fait naturel, » déclara Zagan.

On aurait dit que Foll ne voulait pas en parler. Le bras qu’elle avait transformé en celui d’un dragon était redevenu normal, mais elle avait carrément éludé la question.

C’était une haine claire et précise, n’est-ce pas... ?

Cela différait fondamentalement de l’hostilité qu’elle avait manifestée l’autre jour lorsqu’elle avait attaqué le château de Zagan. Si elle avait montré ce genre de haine envers Zagan à l’époque, il n’aurait probablement jamais pensé à la garder à portée de main.

Et, tandis que Zagan haussait les épaules, il regarda au loin dans la direction où Chastille et les autres s’en allaient. Ce serait bien si ça ne devenait pas quelque chose de gênant...

Cependant, alors que Zagan poussait un soupir, il ne se rendit pas compte que Chastille essayait déjà de le protéger de « quelque chose de gênant ».

***

Partie 9

« Nous sommes arrivés. Voici le Palais de l’Archidémon. »

Le château de Marchosias avait été construit sur une ancienne ruine. On pourrait dire qu’ils se trouvaient dans un espace semblable à la scène de la vente aux enchères où il avait rencontré Néphy pour la première fois.

La plus grande partie était enfouie sous la terre, mais même cette cavité souterraine était assez grande pour éclipser complètement une petite boutique, et la surface du mur du château, qui remplissait un rôle protecteur, était assez imposante. Et au centre du mur de pierre se trouvait une porte qui communiquait avec l’intérieur du château.

Zagan et Néphy étaient déjà venus ici, mais c’était la première fois que Foll le voyait de ses propres yeux, alors elle s’était penchée vers l’arrière comme si elle était submergée par ça.

Pour l’instant, il n’y avait aucun signe qu’elle pensait encore à l’accrochage avec les Chevaliers Angéliques.

« Il y a une telle structure... souterraine ? » demanda Foll.

« Oui. C’est probablement quelque chose qui s’est enfoncé sous terre alors qu’à l’origine elle devait être à la surface. Cependant, je ne sais pas si c’était dû à des changements tectoniques ou à la sorcellerie de Marchosias, » expliqua Zagan.

Le château lui-même avait plusieurs centaines d’années, il était donc difficile de chercher des traces de sorcellerie. Bien que, si un château en entier s’était enfoncé dans le sol à cause des changements tectoniques, alors il aurait dû y avoir une sorte d’inscription de cela quelque part dans les archives. Dans ce cas, il s’agissait probablement d’un acte de sorcellerie venant de Marchosias.

Dans l’état actuel de Zagan, il ne serait pas capable de l’imiter. C’était une puissance vraiment terrifiante.

Si j’insiste pour le faire à ma façon, je devrai affronter douze de ces monstres, hein ? Cependant, il savait que c’était un obstacle qu’il devrait surmonter un jour pour permettre à Néphy de vivre dans un endroit où le soleil brillait. Tandis qu’il réfléchissait de nouveau à ces sombres pensées, Foll murmura quelques mots.

« D’une manière ou d’une autre, cela me rend nostalgique. »

Zagan la fixa d’un air surpris. « Es-tu déjà venue ici ? »

« Non. C’est juste que l’atmosphère ici... est assez familière à l’endroit où je vivais avant, » répondit Foll.

« Es-tu sûre de toi ? » Zagan s’était accroupi et il s’aligna avec au point de vue de Foll quand il lui posa cette question.

La jeune dragonne regarda en réponse avec surprise, mais hocha la tête d’une manière excessive.

« Oui... Ce n’était pas un château, mais la construction de cette cavité est similaire. De plus, l’odeur est la même..., » répondit Foll.

« Par odeur... tu veux dire..., » commença Zagan.

« L’odeur du mana. C’est... probablement un endroit où les dragons ont vécu, » déclara Foll.

Ces mots inattendus avaient choqué Zagan jusqu’au tréfonds de son être.

Ça veut dire que ce... sont des ruines de dragon ?

Si c’était la vérité, faire équipe avec Foll était dans ce cas une bonne idée. Après tout, même si elle était jeune, Foll était quand même une dragonne.

« D’accord. Si tu trouves quelque chose concernant les dragons à l’intérieur du château, dis-le-moi. Je m’en fous que ce soit insignifiant, » ordonna Zagan.

« Compris. Mais... si je trouve un livre que j’aime, puis-je le lire ? » demanda Foll.

« ... Je m’en fiche si tu les ramènes avec toi, alors garde-les pour plus tard, » déclara Zagan.

« Bien..., » l’avait-elle vraiment compris ?

Les joues de Foll étaient rouges et elle semblait heureuse. Avait-elle peut-être été stimulée par l’odeur persistante de ceux de sa race ?

Oh, alors c’est pour ça qu’elle se fiche de ces stupides Chevaliers Angéliques, hein ? Il semblerait que c’était ce qu’on appelait la courte durée d’attention que la plupart des enfants avaient.

Alors qu’il était étonné par sa découverte, Zagan avait ouvert la porte du château. Et après avoir fait ça, un air froid, avec l’odeur de moisissure et de poussière, les avait recouverts.

Il n’y avait pas de lumière à l’intérieur, et une obscurité planait dans la zone ce qui donnait l’impression que le portail menait au royaume des morts. Et d’une manière ou d’une autre, même maintenant, il y avait un air intimidant qui flottait comme si le mana de l’Archidémon était toujours là.

Il avait été dit que Marchosias n’avait permis à aucun humain de s’approcher de lui. Les tâches concernant sa vie quotidienne avaient été laissées aux familiers et aux golems qu’il avait créés.

Cependant, soit ceux-là étaient partis avec la mort de Marchosias, soit ils avaient disparu et étaient redevenus les morceaux de terre dont ils étaient faits. Dans tous les cas, il n’y en avait aucun être qui connaissait tous les détails de ce château.

Néphy s’agrippa étroitement à la bordure de la robe de Zagan. Et Zagan serra sa main de façon rassurante, puis s’avança dans le château.

Avec ce premier pas, un cercle magique avait détecté le retour de son maître et les chandeliers le long du mur s’illuminèrent en s’enflammant. Et comme une ondulation sur une surface d’eau, l’obscurité avait été chassée au loin. Inversement, cependant, l’air intimidant qui dérivait au-dessus d’eux était devenu plus dense.

« Zagan, qu’est-ce que c’est ? » Foll désignait une grande sculpture qui semblait les regarder de haut. De l’autre côté de la porte, on accédait à une grande salle, mais une statue qui semblait s’inspirer d’un démon dominait tous ceux qui entraient dans cette zone.

« Hmm... C’est probablement un golem ou une chimère. Pour le dire simplement, une certaine variété de vie qui naît de la sorcellerie, » répondit Zagan.

On pourrait dire que c’était un survivant de ceux qui géraient cet endroit. Bien qu’il soit totalement pétrifié, Zagan ne pouvait même pas sentir une trace de mana dedans.

Entendant cette réponse, Foll avait écarquillé les yeux.

« Un être vivant... Alors, est-elle vivante ? » demanda Foll.

« C’est ce qu’il semble. Cependant, je ne connais malheureusement pas la méthode pour le libérer ou le mettre au travail, » répondit Zagan.

Puisqu’il y avait une barrière autour de la sculpture, Zagan pouvait dire qu’il s’agissait d’une sorte de dispositif magique, mais il n’avait pas encore identifié sa véritable nature.

« Serait-ce... le gardien de cet endroit ? Je me le demande ? » Néphy inclina la tête sur le côté pendant qu’elle parlait.

« C’est probablement quelque chose comme ça. Il semble que ses fonctions intrinsèques aient été perdues en même temps que la vie de son maître originel. Ce serait gênant si ça devenait incontrôlable, alors n’y touchez pas, » déclara Zagan.

« O-Okay... »

Après Néphy, même Foll avait pris le bord de la robe de Zagan dans leurs mains.

Zagan inspecta la salle, car des sentiments compliqués l’obligeaient à soupirer. Il avait aperçu l’escalier qui menait à un deuxième étage où un mystérieux joyau avait été mis en place. À gauche et à droite, il y avait des passages bordés de plusieurs ornements, qui étaient tous emplis de sorcellerie. Même sur le sol, il y avait un cercle magique mis en place avec un circuit que Zagan n’avait jamais vu auparavant.

On pouvait simplement dire qu’il n’avait pas encore saisi toute l’ampleur de ce château. Combien d’années faudrait-il exactement pour enquêter sur la véritable nature de tous ces dispositifs et saisir tous les détails de tous les livres et appareils de sorcellerie ?

Comme je le pensais, quelques subordonnés seraient bien...

Il pourrait utiliser des humains pour gérer cet endroit et recueillir des informations en son nom.

Cependant, trouver ceux qui ne le trahissent pas... ou plutôt, des sorciers qui répondraient à ses exigences était une tâche ardue. Foll avait, en vérité, satisfait à ces conditions, mais la question de savoir si elle accepterait un tel emploi était une tout autre affaire.

Après avoir fini de réfléchir sur la difficulté de ce problème, Zagan s’était mis en route vers les archives pour le moment. Et alors qu’il avait fait ça, Foll l’avait appelé.

« Zagan, et ce cercle magique ? » dit Foll, pointant du doigt le cercle magique tracé sur le sol pendant tout ce temps. C’était assez grand pour que, même avec une longue foulée, il faille trois ou quatre pas pour le traverser. De plus, il avait été construit avec des cristaux délicatement incrustés. C’était fascinant de penser à quel point la sorcellerie portée à l’extrême était si belle.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » Zagan pencha la tête sur le côté, et Foll répondit comme si c’était évident.

« Cela utilise une formule magique de dragon, » répondit Foll.

« Qu’est-ce que... es-tu sûre ? » demanda Zagan.

« Bien sûr, » répondit Foll.

Il semblait qu’il y avait des circuits qui n’étaient transmis que parmi les dragons. La structure de ce cercle magique en tant que sorcellerie n’était pas différente de ce qu’il connaissait, ce qui ne lui avait pas mis la puce à l’oreille.

C’était un Archidémon qui a vécu pendant mille ans, il n’est donc pas si étrange pour lui d’être versé dans les formules magiques de dragons, bien que ce ne soit pas un pouvoir qu’il pût comprendre à l’âge de dix-huit ans.

Et tandis que Zagan était profondément ému par cette nouvelle vérité, Foll leva les yeux vers lui avec un regard quelque peu vantard sur son visage.

« Je l’ai bien indiqué, comme tu me l’as demandé, » déclara Foll.

Sa silhouette alors qu’elle le faisait ne ferait jamais croire qu’elle était une atroce dragonne. Non, au lieu de ça, Zagan avait naturellement commencé à lui caresser la tête.

« En effet. C’est admirable, Foll, » déclara Zagan.

« Hehe..., » après avoir plissé les yeux comme si ça chatouillait, Foll s’était précipitée vers Néphy.

« Néphy, Zagan m’a félicitée, » déclara Foll.

« Je suis ravie pour toi, Foll, » déclara Néphy.

Après s’être fait également caresser la tête par Néphy, Foll avait poussé un soupir pleinement satisfait.

En la regardant ainsi, Zagan ressentait un sentiment identique à son désir de protéger Néphy bien en lui.

Je ne veux pas l’admettre, mais est-ce que je tiens aussi à elle... ? Au début, il voulait le nier, mais maintenant qu’il en était arrivé là, il n’avait d’autre choix que d’affronter la vérité. Et tandis que Zagan était déconcerté par le changement en lui-même, il avait posé une question à Foll.

« Écoute-moi, Foll. Sais-tu de quel genre de dispositif il s’agit ? » demanda Zagan.

« Il doit... probablement dissimuler une porte ou alors, quelque chose dans le genre, » répondit Foll.

C’était donc un sceau qui utilisait la formule magique d’un dragon.

Et au-delà... est-ce la partie principale du château, hein ? Il n’était donc pas étonnant qu’il n’ait pas pu trouver de connaissances significatives la dernière fois.

« Peux-tu l’ouvrir ? » demanda Zagan.

« Je peux essayer..., » Foll toucha le cercle magique, et commença à étudier sa structure.

Et pendant que Zagan la surveillait attentivement, Néphy s’était blottie contre lui.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Zagan.

« Oh non, euh..., » tandis que Zagan inclinait la tête sur le côté, dans un mouvement inhabituel, Néphy hésitait à parler pendant que sa bouche bougeait. Et, comme si elle était timide à propos de quelque chose, le bout de ses oreilles pointues était teint en rouge vif.

Au bout d’un moment, elle regarda Zagan avec les yeux tournés vers le haut comme si elle lui disait de trouver une solution.

Suis-je en train d’être testé, moi, un Archidémon... ? Il n’avait jamais pensé qu’il recevrait un tel test de la part de Néphy, alors il avait été stupéfait. Dans un état de choc, Zagan avait frénétiquement mis sa tête à contribution.

Est-ce qu’elle... me cajole ou quelque chose comme ça ? Pour Néphy, insister ainsi sur une telle chose était extrêmement inhabituel. Elle voulait qu’il se débrouille seul d’une façon ou d’une autre...

Peu de temps après ça, Zagan se souvint soudainement de l’expression pleinement satisfaite de Foll. Quand Zagan et Néphy l’avaient louée, la jeune fille avait fait un large sourire facile à comprendre.

Cependant, j’essaie aussi de faire l’éloge de Néphy autant que je peux...

Bien sûr, il était difficile pour Zagan de dire des paroles honnêtes de gratitude ou d’éloges. Malgré tout, il avait l’intention d’exprimer ses sentiments chaque fois que c’était possible, et il pensait aussi que Néphy s’en était rendu compte jusqu’à un certain point.

Alors, est-ce autre chose ? Il ne pensait pas que c’était très loin de son interaction avec Foll.

Après cela, Zagan se souvint de la façon dont Foll plissait ses yeux comme si elle était terriblement à l’aise.

Je vois... alors, c’est donc ça !

Finalement, il avait l’impression d’avoir trouvé la réponse. Et avec un air tendu, Zagan répliqua au regard de Néphy.

« Néphy. »

« O-Oui... »

« Ne... bouge pas, compris ? » déclara Zagan.

« ... Euh ? »

Tandis que Zagan faisait un visage tourmenté, comme s’il avait rencontré un ennemi qu’il n’avait aucun espoir de vaincre, Néphy le regarda avec les yeux grands ouverts.

Finalement, Zagan tendit timidement la main vers le visage de Néphy, Néphy relâcha son souffle, et Zagan toucha ses cheveux soyeux.

Néphy le persuadait de faire quelque chose qu’elle n’arrivait pas à mettre en mots. Et la réponse de Zagan fut : caresser la tête de Néphy !

Et bien sûr, Néphy avait plissé les yeux avec aisance, poussant un soupir de soulagement quand elle l’avait fait.

On m’a déjà caressé la tête, n’est-ce pas ?

Zagan avait aussi eu la tête caressée quand il avait utilisé les genoux de Néphy comme oreiller. Parmi toutes ses expériences dans la vie, ce fut un moment de bonheur extrême. Et pourtant, Zagan n’avait jamais rendu la pareille. Le fait de regarder Foll se faire caresser la tête juste devant les yeux avait dû rendre Néphy jalouse.

Tandis que le bout des oreilles de Néphy tremblait de bonheur, elle s’était soudain appuyée contre le corps de Zagan.

Tu sais, ce genre de chose... n’est pas mal du tout.

Telles étaient ses pensées sincères et franches sur le moment.

Il s’était également rendu compte que Néphy n’avait jamais montré de telles émotions quand ils n’étaient que tous les deux. Il semblerait qu’une sorte de désir soit né chez Néphy après que Foll ait rejoint leur foyer.

C’était un changement dramatique par rapport à la façon dont elle avait abandonné la vie lorsqu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois.

« ... » Et alors que les joues de Zagan se détendaient face à cette prise de conscience, il remarqua que Foll le dévisageait intensément, ce qui les fit rapidement se séparer l’un de l’autre.

« Qu-Que se passe-t-il, Foll ? » demanda Zagan.

« C’est ouvert..., » annonça Foll.

Devant la petite fille, il y avait maintenant une ouverture béante qui menait à un escalier plus bas.

« Hmm, bon travail ! » déclara Zagan, en descendant l’escalier avec des pas rapides.

***

Partie 10

Une énorme bibliothèque était apparue lorsqu’ils avaient atteint le bas de l’escalier. Le plafond perçait jusqu’à l’étage supérieur et les étagères étaient alignées aussi haut qu’on pouvait regarder.

Selon une estimation approximative, il y avait probablement des dizaines de milliers de livres. Il faudrait certainement plus d’une décennie pour tous les lire. Et parmi les tomes moisis, il y en avait beaucoup qui semblaient assez vieux, et même certains qui semblaient faits à la main.

Il s’agissait des livres que Marchosias avait passé mille ans à collectionner.

Après avoir tout observé, Zagan avait concentré son attention sur Foll.

« Bien jouer, Foll. Il semble que ce soit la véritable bibliothèque, » déclara Zagan.

S’ils avaient fouillé plus loin, il y avait peut-être d’autres passages secrets, mais la formule magique du dragon avait servi de sceau dans le hall d’entrée. De plus, cela avait été placé d’une manière qui se démarquait. Sa fréquence d’utilisation était élevée, mais la probabilité qu’il s’agisse d’un lieu extrêmement important était également élevée.

Après avoir parcouru de telles pensées dans sa tête, Zagan se retourna pour faire face à Néphy et Foll.

« Recueillez absolument tous les livres qui décrivent quoi que ce soit en rapport avec les démons ou l’Emblème de l’Archidémon, » ordonna-t-il.

Même si cela n’allait pas au fond des choses, tant qu’il rassemblait les circuits qui s’y rapportent, il pourrait finalement voir l’image dans son ensemble. Après tout, un sorcier pouvait toujours atteindre le cœur d’une affaire grâce à une bonne recherche.

Néphy souleva alors l’ourlet de sa jupe et se pencha en un salut.

« Certainement, cela sera fait selon vos désirs, » Zagan lui avait tout appris lors de leur dernière visite. Comme c’était la deuxième fois, elle s’était habituée à évaluer un livre en fonction du titre et de la table des matières. Et à côté d’elle, Foll leva les yeux vers Zagan comme si elle attendait quelque chose.

« ... Ça ne me dérange pas non plus si tu ramènes des livres que tu as en vue, » déclara Zagan.

« D’accord ! » Après que Foll ait dit cela et acquiescé, chacun d’eux était parti dans des directions différentes.

Pour l’instant, Zagan avait commencé par fouiller sur les étagères qui avaient été réunies.

Avec des archives de cette ampleur, il semblait possible qu’il y ait encore plus d’escaliers cachés ou autres passages secrets...

Par exemple, manipuler un livre sur une étagère pourrait révéler une zone cachée. On voyait souvent ce genre de piège dans le repère d’un sorcier.

Les archives de Marchosias étaient extrêmement vastes dans des circonstances normales, donc Zagan ne savait même pas par où commencer.

Alors qu’il marchait le long des étagères en parcourant les titres sur les tranches, il était arrivé face à Foll. On aurait dit qu’elle fouillait la même étagère de l’autre côté.

En regardant le visage de Zagan, Foll inclina légèrement la tête sur le côté.

« Zagan, tu as l’air heureux, » déclara Foll.

« Est-ce si évident que ça ? » demanda Zagan.

« Ça l’est, » répliqua Foll.

Zagan avait touché son propre visage en entendant ses paroles. Il ne savait pas s’il souriait vraiment ou non, mais son comportement lui avait fait réaliser qu’il était peut-être de bonne humeur.

« Et bien, en ce moment, j’ai tellement de livres à ma disposition. Pourquoi ne serais-je pas heureux ? » demanda Zagan.

« Je peux le comprendre, » de façon inattendue, Foll était d’accord avec lui. « Je ne déteste pas... lire des livres. »

« Je vois... » Zagan essaya d’imaginer la vue de cette petite fille portant un livre lourd alors qu’elle titubait. Il n’était pas Manuela, mais son visage s’était détendu face à cette pensée. Et en réponse à cela, Foll l’interrogea une fois de plus sur un ton empli de curiosité.

« Zagan, peux-tu lire dans le cœur des autres ? » demanda Foll.

« Euh... ? Qui sait... ? Je me le demande..., » sans comprendre le sens de sa question, il lui répondit comme s’il avait fait un faux pas, et inversement, Foll tourna son regard vers lui avec sincérité.

« Zagan, tu pouvais savoir ce que Néphy voulait... sans qu’aucun de vous en parle. » Elle parlait probablement de quand Zagan avait caressé la tête de Néphy tout à l’heure. Cependant, le fait de se dire cela délibérément avait donné envie à Zagan de mourir d’embarras. Et ainsi, il se gratta le bout du nez, comme s’il frottait pour se distraire.

« Néphy semble toujours connaître mes désirs et mes besoins. Si je ne la comprenais pas un peu, je perdrais la face. » Même s’il l’avait blessée et jetée dehors une fois, Néphy avait senti ses vrais sentiments et avait décidé de retourner à ses côtés. C’est pourquoi il avait voulu lui répondre en nature.

Et après qu’il eut clairement exprimé ses intentions, Foll baissa les yeux d’une manière un peu triste.

« Je suis tout simplement un peu... jalouse, » déclara Foll.

Entendant cela, Zagan avait plissé ses sourcils avec suspicions.

« Pourquoi parles-tu comme si c’était le problème de quelqu’un d’autre ? » demanda Zagan.

« Hein, quoi... ? » s’exclama Foll.

« Je ne sais pas combien de temps vivent les dragons, mais Marchosias a survécu mille ans, » déclara Zagan.

Foll fixa Zagan d’un regard vide, comme si elle ne comprenait pas ses paroles. C’est ainsi qu’il avait dit ce qui suivait tout en détournant le regard.

« Après mille ans, on peut au moins en arriver au point où on sent de telles choses sans échanger de mots, non ? » Bien sûr, il avait aussi Néphy à ses côtés, donc il était pressé de rassembler des connaissances afin de lui permettre de vivre un aussi grand nombre d’années aussi aisément que possible.

En réponse à cela, Foll avait fait une grimace comme si elle ne pouvait pas croire ses paroles.

« Tu... resteras... avec moi... ? », demanda Foll.

« Je n’ai pas l’intention de me mêler de tes choix, donc ça dépend que de toi, » déclara Zagan.

« Je reste avec toi, » répondit Foll, puis elle s’accrocha au bras de Zagan.

Ce genre d’affection... n’est pas dans ma nature, cependant..., pourtant, il avait caressé la tête de Foll.

Ça avait duré un moment jusqu’à ce que Zagan réalise qu’il ne pouvait pas rester comme ça pour toujours. Et alors qu’il continuait à fouiller les archives avec Foll collée à son bras, elle leva soudain le visage.

« C’est... ? » Elle avait sorti un unique livre de l’étagère en prononçant ce seul mot. Et son visage était devenu incisif et agressif.

Le titre était « Les douze Épées Sacrées ». Les Épées Sacrées étaient les ennemies naturelles des sorciers. Il semble que ce soit un livre qui avait compilé des informations sur elles, mais... alors que Foll commençait à feuilleter les pages du livre, Zagan haussa la voix avec un « Ah ».

« Donne-moi ça un moment, » ordonna Zagan.

« Grrr..., » bien que Foll grognait et le regardait fixement, il n’avait pas le loisir de s’inquiéter de sa situation.

Des reproductions des lettres gravées dans les Épées Sacrées recouvraient les pages. Tandis qu’il les regardait, Zagan baissa les yeux vers sa main droite.

J’avais raison ! En le comparant à l’œil, l’Emblème de l’Archidémon présentait des caractéristiques similaires à celles des armoiries gravées sur les Épées Sacrées.

Ce n’était pas suffisant pour dire qu’ils se ressemblaient parfaitement. Cependant, s’il s’agissait de lettres, alors on pouvait dire qu’il y avait beaucoup de parties communes. Fondamentalement, il semblait qu’ils avaient la même origine culturelle.

Comme les similitudes étaient si mineures, cela n’avait même pas touché une corde sensible lorsqu’il avait à nouveau croisé Chastille, bien qu’il y avait aussi le fait qu’elle ne portait pas son Épée Sacrée plus tôt.

Toutefois, lorsqu’il avait comparé ce résultat à un document comme celui-ci, il était confiant dans son observation.

En d’autres termes, si j’enquête sur les Épées Sacrées, j’en apprendrai aussi plus sur l’Emblème de l’Archidémon.

S’il s’agissait de blasons du même système, le fait d’en connaître un lui permettrait de comprendre l’autre.

Tandis qu’il concluait ses hypothèses, Zagan referma le livre et le rendit à Foll.

« Bien jouer, Foll. Maintenant, va rassembler tous les livres relatifs aux Épées Sacrées. Je vais aussi regarder autour de moi, » déclara Zagan.

« Euh, OK... ! » Foll s’intéressait probablement aux Épées Sacrées à cause de son mépris pour les Chevaliers Angéliques. Mais quand même, sa voix était colorée par l’anticipation et la joie.

Après avoir transmis cet ordre à Néphy, les trois individus avaient fait le tour de la zone et ils avaient pu découvrir plusieurs tomes en rapport avec les Épées Sacrées.

***

Chapitre 3 : S’impliquer avec les affaires des Chevaliers Angéliques est une immense calamité !

Partie 1

« C’est un honneur de faire votre connaissance, Archange Raphaël Hyurandell. Je suis Chastille Lillqvist, » déclara-t-elle.

Cela se déroulait dans la cathédrale de la succursale de Kianoides de l’église.

Pendant que Zagan et les autres exploraient le palais de l’Archidémon, Chastille inclina la tête en se présentant.

Avec son autorité de Chevalier Angélique révoquée, Chastille n’avait pas le droit de porter son Épée Sacrée ou d’enfiler son Armure Sacrée. Après avoir croisé Zagan et les autres, elle s’était changée en robe de cérémonie, alors elle n’était plus qu’une fille humaine ordinaire. Derrière elle, il y avait ses trois subordonnés qui se tenaient debout, comme d’habitude.

Et le Chevalier Angélique devant elle était un homme avec un air terrifiant et intimidant qui montrait clairement qu’il n’avait pas encore dépassé son apogée.

Ce qui avait immédiatement attiré l’attention, c’était la profonde cicatrice qui traversait son visage, du front jusqu’à la joue. Ses cheveux blonds grisonnants avaient été coupés court, et ses yeux d’un bleu profond avaient été éclairés d’une lumière vive qui donnait l’impression que son regard seul pouvait tuer. Et puis, il y avait son Armure Sacrée qui semblait serrée autour de sa grande carrure. Avec sa mâchoire épaisse et son nez finement ciselé, il présentait un regard diabolique qui rendrait n’importe qui faible juste en le voyant.

Et sur son dos se trouvant une grande épée. Une Épée Sacrée.

Les douze Épées Sacrées avaient toutes la même forme. En d’autres termes, cela aurait dû être la même que l’Épée Sacrée qui avait été donnée à Chastille, mais sur lui, il semblerait qu’elle pouvait être utilisée d’une main.

Il était le symbole du pouvoir de l’Église alors qu’il se vantait d’avoir détenu le record de tous les temps du plus grand nombre de sorciers tué par sa lame. Il en était à 499 sorciers. L’Archange Raphaël.

Les trois Chevaliers Angéliques qui attendaient derrière Chastille ne pouvaient rien faire d’autre que le regarder d’un air raide.

Cependant, il n’y avait pas d’autres Chevaliers Angéliques se trouvant proches de Raphaël.

Un Archange... est venu ici sans une seule escorte... ? Puisqu’ils étaient la plus grande force de combat de l’Église, les Archanges devaient être protégés. Chastille et les autres Archanges se battaient en avant-garde lors de la subjugation des sorciers, mais ils avaient toujours des subordonnés qui les protégeaient et qui se tenaient en tout temps derrière eux. Et pourtant, le seul à être venu ici était Raphaël.

Il était certain qu’il était puissant, mais elle pensait toujours que sa conduite était assez téméraire.

Après avoir regardé Chastille du bout des orteils jusqu’au sommet de la tête, Raphaël lui fit un sourire qui ressemblait à une fissure qui traversait une pierre.

« Alors tu es la maudite “Vierge à l’Épée Sacrée” dont j’ai entendu parler dans tous les rapports, hein ? On dit que tu es en plein milieu d’une pénitence pour avoir transgressé les ordres de l’Église, mais contrairement à ce que j’espérais, tu es en train de faire la bonne expression. »

Aller à l’encontre des ordres de l’église... Il semblerait que le fait qu’elle ait couvert Zagan n’ait pas été transmis à d’autres. C’était probablement la considération du cardinal Clavwell.

« Ces paroles sont bien plus que ce que je mérite, » répondit tranquillement Chastille, et Raphaël lâcha un petit grognement avec un « Hmph ».

« Combien de ces satanés sorciers as-tu abattu jusqu’à maintenant ? » demanda Raphaël.

Chastille s’était mordu les lèvres comme si elle lui demandait : « Franchement ! Est-ce que vous demandez vraiment ça en premier ? »

« ... Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un chiffre dont il faille se vanter, » répondit Chastille.

« Oh... ? » Raphaël avait plissé ses yeux d’une manière autoritaire.

 

 

(L-Lady Ch-Chastille, attention à la façon dont vous parlez !)

(Aussi petits que nous soyons, même utiliser nos vies comme bouclier ne sera pas suffisant pour vous protéger !)

(Gaaah, comme c’est inesthétique ! N’avons-nous pas tous juré de sacrifier notre vie pour Lady Chastille ?)

Les trois chevaliers clamaient d’une voix feutrée, mais alors que Raphaël regardait vers eux, ils tremblèrent violemment et arrêtèrent de parler.

Est-ce que cela a gâché son humeur ? C’était le Chevalier Angélique qui avait tué le plus grand nombre de sorciers au monde. Chastille ne pensait pas qu’il hésiterait à tuer un allié apostat étant donné le nombre de ses victimes. Franchement, elle avait pris la résolution de voir sa tête séparée de son corps aujourd’hui.

En y repensant, la raison pour laquelle elle se promenait en ville quand elle avait rencontré cet homme était peut-être parce qu’elle voulait parler à quelqu’un une dernière fois avant de mourir.

Mais rencontrer Zagan et Néphy là-bas... était cependant une trop belle coïncidence.

... Elle s’était retrouvée en état de choc et en larmes parce qu’il ne s’en souvenait même pas.

« Hahahahaha ! Il y a longtemps que quelqu’un n’a pas gardé fermée sa bouche devant moi. En fait, c’est peut-être aussi une première pour une femme. Comme c’est agréable. Tu pourras t’en vanter en enfer, » déclara Raphaël.

L’air avait semblé se geler après cette déclaration.

Comme je le pensais, on en est arrivé là... Tch ! Avec une épée utilisée uniquement pour le spectacle accrochée à sa taille, Chastille n’était pratiquement pas armée. Pour Raphaël, cela ne changerait rien au fait qu’il pourrait l’écraser sous ses pieds comme un insecte.

« U-UWAAAAH, veuillez vous enfuir, Lady Chastille ! » Les trois Chevaliers Angéliques avaient surgi devant elle. Cependant, ils étaient beaucoup trop impuissants pour s’attaquer à cet homme semblable à un géant. Et à ce moment précis...

« Seigneur Raphaël, que faites-vous exactement à mes Chevaliers Angéliques ? » Celui qui avait fait face au rugissement du chevalier géant était un vieux cardinal.

Des bruits de pas se précipitèrent des profondeurs de la cathédrale où se trouvait le bureau du cardinal.

« Hmph. Clavwell, c’est ça ? Je n’ai rien à faire avec un homme qui ne peut penser à rien qui ne soit pas écrit sur papier, » déclara Raphaël.

« Même si vous n’avez rien à faire avec moi, j’ai le devoir de protéger les Chevaliers Angéliques dont je suis responsable. Sachez que vous n’aurez pas le droit de faire ce que vous voulez ici, » déclara Clavwell.

En entendant de telles paroles fiables, Chastille avait cru que des larmes allaient couler de ses yeux.

Quant à Raphaël, il s’était retourné vers le cardinal sans faire preuve d’aucun respect.

« Plus important encore, bâtard... il semble que tu lui aies retiré l’accès à son Épée Sacrée ? » demanda Raphaël.

« Elle n’a pas été révoquée, mais simplement maintenue en détention provisoire, » répondit le cardinal.

« N’est-ce pas la même chose ? Où est-elle ? » demanda Raphaël.

Et en réponse à cela, Clavwell avait effectué un regard peu convaincant. « ... Et qu’avez-vous l’intention de faire en apprenant son emplacement ? »

« Tu le sais très bien. Une épée n’a de valeur que lorsqu’elle est maniée. Y a-t-il un sens à le ranger dans un fourreau et à l’utiliser comme décoration voyante ? » demanda Raphaël.

Clavwell l’interrogea ensuite d’un ton calme, comme s’il cherchait la signification de ses paroles. « Demandez-vous par hasard que je la rende à Chastille ? »

« Ce n’est même pas la peine de le demander. L’Épée Sacrée choisit son porteur de sa propre volonté. Tant que le détenteur est en vie, personne d’autre ne peut l’utiliser, » Raphaël s’y arrêta un moment, puis jeta un coup d’œil sur Chastille et poursuivit : « Mais cela ne s’applique que tant que Chastille respire encore. Elle en perdrait la garde si sa vie était interrompue, » il s’était étendu sur son point, faisant un sourire affreux comme s’il disait qu’il serait heureux d’assumer un tel rôle si on le lui permettait.

« Quelle réaction répugnante ! » s’exclama Clavwell, puis prit du recul en étant en état de choc. Alors que Clavwell mimait le signe de croix devant sa poitrine et lui renvoyait un regard fixe, Raphaël s’exprima sans aucun signe de crainte.

« De quoi as-tu si peur ? Ne suis-je pas simplement en train d’énoncer des faits ? En premier lieu, les bâtards de ton genre n’ont pas le droit d’intervenir dans la façon dont un manieur d’Épée Sacrée brandit sa lame. Tout ce que tu as à faire, c’est de penser à la façon de faire face à ces foutus dommages, » avait-il affirmé. La façon dont il parlait donnait l’impression que tant qu’on était reconnu par une Épée Sacrée, même un massacre serait permis.

C’est bien... l’Archange le plus redoutable...

Réprimandant les faiblesses en elle qui voulaient vaciller, Chastille se fraya un chemin devant Raphaël.

« Vous êtes allé trop loin, Seigneur Raphaël. Si nous devions manier nos épées uniquement pour satisfaire nos désirs les plus bas, alors ce serait une hérésie en soi ! » rugit Chastille, ses mains tremblant de peur tout le temps. Tandis qu’elle les serrait contre elle, elle fixa Raphaël d’un regard furieux.

« Oh, alors tu me parlais avec virulence, pas juste une fois, mais même deux, hein ? » Raphaël murmura comme s’il s’amusait, puis se concentra sur le cardinal.

« En tout cas, est-ce correct, Clavwell ? L’un de ces foutus Chevaliers Angéliques que tu devrais protéger est sur le point de perdre la vie ici, » déclara Raphaël.

« Argh... »

Clavwell savait qu’il y avait une nette possibilité que plusieurs personnes puissent abattre Chastille là où elle se tenait, alors il ne pouvait rien faire d’autre que gémir.

Mais pourquoi essaie-t-il de me faire récupérer mon Épée Sacrée ? Si son but n’était qu’une exécution, ça aurait été bien de l’abattre immédiatement. Il avait après tout déjà assez de raisons de le faire.

Alors, est-ce qu’il essaie juste de se moquer de ma résistance ? Elle ne voulait pas imaginer qu’un tel homme avait été choisi par une Épée Sacrée, mais elle ne pouvait penser à rien d’autre.

« ... Compris. Chastille, suivez-moi, » déclara Clavwell. Et ainsi, comme s’il avait été vaincu par la persistance de Raphaël, il invita Chastille dans les profondeurs de la cathédrale.

De l’autre côté de la porte se trouvait un tapis rouge posé sur le sol, et plusieurs portes étaient alignées menant aux bureaux du cardinal et des Chevaliers Angéliques. À l’extrémité se trouvait une porte avec des bustes modélisés d’après les anges qui la protégeaient de chaque côté, ainsi que deux Chevaliers Angéliques servant de gardes.

Comme on pouvait s’y attendre, Raphaël et les trois Chevaliers Angéliques ne les avaient pas suivis. Après vérification, le cardinal Clavwell chuchota à Chastille.

« Que ce soit acceptable ou non de vous la rendre pour le moment est quelque chose que même moi, je ne sais pas. En plus, ça pourrait même lui donner un prétexte pour vous tuer, » déclara Clavwell.

« ... J’en suis pleinement consciente, » Chastille l’avait ainsi affirmé. Elle ne connaissait pas les véritables motivations de Raphaël, mais dans tous les cas, il était probable qu’il ne se retrouverait pas dans une situation où Chastille ne pourrait même pas brandir une épée.

Faire en sorte que Clavwell rende son Épée Sacrée ressemblait plus à un geste visant à la protéger qu’à une tentative de donner l’exemple aux autres.

Alors qu’ils arrivaient finalement à la porte avec l’ange, les Chevaliers Angéliques qui servaient de gardiens leur barrèrent la route.

« Votre Éminence Clavwell, que faites-vous ici ? » demanda l’un d’eux.

« Le temps est venu de rendre l’Épée Sacrée à Chastille. S’il vous plaît, ouvrez le chemin, » déclara Clavwell.

Les deux sentinelles s’étaient regardées, mais s’étaient immédiatement éloignées sur les côtés. Le cardinal était le chef de l’église dans laquelle ils se trouvaient, de sorte qu’ils ne pouvaient rien faire pour obstruer son chemin.

Et, tandis qu’il avançait, les deux sentinelles se placèrent devant Chastille.

« Quant à vous, attendez ici. »

C’était une attitude irrespectueuse envers elle, mais Chastille attendit avec obéissance où elle était. Et après un petit moment, Clavwell revint avec l’épée à la main.

« Je suis convaincu que vous surmonterez toutes les épreuves avec vos deux mains, » déclara-t-il, puis il plaça l’Épée Sacrée dans les mains de Chastille.

***

Partie 2

Le soir même, dans un bar dans la cité de Kianoides.

« Hyahyahyahyahyahya ! Tu as vraiment adopté une enfant ? » Celui qui faisait entendre un rire vulgaire était l’ami indésirable de Zagan, Barbatos.

Après qu’il eut fini de se procurer de nouveaux livres dans le Palais de l’Archidémon, Zagan avait été appelé par son ami indésirable et était retourné en ville de son plein gré après être rentré au château.

Néphy et Foll devraient déjà avoir fini de dîner, n’est-ce pas... ?

Comme il devait aller dans un bar, il avait dit à Néphy qu’il n’aurait pas besoin de dîner. Et maintenant, Zagan se demandait s’il y avait un sens à venir ici alors que cela l’avait empêcher d’être avec elles pendant un bon moment. Cependant, pendant qu’il se posait cette question, le rire stupide de Barbatos continuait de faire écho.

Comme on pouvait s’y attendre, Zagan avait répondu d’un ton acerbe.

« ... Mais comment tu sais ça ? » demanda-t-il.

« Gerageragera. Tu sais, Zagan, pourquoi n’essaierais-tu pas de parler après avoir regardé ton propre visage dans un miroir ? Si les gens entendaient qu’un méchant salopard comme toi se baladait avec une gamine à l’air si innocente, ça se transformerait automatiquement en remue-ménage par rapport à un possible enlèvement, pas vrai !? »

Zagan ne savait pas à quel point les rumeurs s’étaient répandues, mais il semblait que se promener avec Foll était devenu le sujet principal de conversation de la cité.

Eh bien ! Le nombre de personnes qui s’en prendraient à Foll devrait diminuer proportionnellement à cela, du moins il l’espérait...

Il n’y avait pas d’humains qui oseraient s’attirer son mécontentement tout en connaissant son nom. S’il y en avait, alors tout au plus ce serait juste les Chevaliers Angéliques de l’Église, mais même eux n’étaient pas assez fous pour le défier sans avoir les moyens de le faire.

C’était plus qu’assez que le bruit se répandait que Foll soit sous sa protection. Et il semblait que Barbatos avait demandé à Zagan de venir auprès de lui pour vérifier la vérité derrière ces rumeurs.

« ... Puis-je y retourner maintenant ? » demanda Zagan.

« Oh, voyons, ne sois pas si froid. Ne t’ai-je pas laissé boire tout cet alcool de qualité ? Partage au moins quelques ragots sur le côté. Ça ne peut pas faire de mal, hein ? » déclara Barbatos.

Il semblait qu’il était déjà complètement saoul avant même que Zagan ne vienne. Et alors que son visage malsain devenait encore plus rouge à cause de l’alcool, Barbatos enroula son bras autour de Zagan en raison de sa bonne humeur.

Cela dit, l’alcool était vraiment délicieux. C’était la première fois que Zagan goûtait une eau-de-vie versée sur un morceau de glace, et la douceur mélangée à la sensation de brûlure de sa gorge était si agréable qu’elle lui faisait involontairement pousser un soupir.

Néphy boirait-elle ce genre de choses ? S’il avait quand même l’intention d’en boire, alors plutôt que cet homme irritant, il préférerait le partager avec cette charmante fille. Et il voulait maintenant ramener une bouteille avec lui comme cadeau.

Lorsqu’il avait compris ce qu’il ressentait, Zagan repoussa Barbatos, qui avait son bras autour de lui d’une manière trop familière.

« ... T’es dégoûtant. Et si c’est de l’alcool, apporte-le au château. Je suis occupé avec ma disciple, » déclara Zagan.

« Haaaa, je parie que tu veux juste faire tes foutus délires amoureux avec ton esclave elfique, » répliqua Barbatos.

« J-Je ne fais rien de tel, tu m’entends !? » s’écria Zagan.

« Que diable se passe-t-il ? » déclara Barbatos, se curant le nez. Puis il leva les yeux sur Zagan.

Est-ce que je peux... frapper ce type et l’écraser au sol ? Sans se soucier de ce regard froid qui lui était fait, Barbatos commença à frapper Zagan à l’épaule à plusieurs reprises.

« Alors, c’est quoi exactement cette gosse dont on parle dans les rumeurs ? Ce n’est pas ton hobby d’utiliser des sacrifices, hein ? Est-ce dans ce cas un animal de compagnie ? Tu ne vas pas me dire que c’est une autre disciple, si ? » demanda Barbatos.

« ... Écoute, c’est quelqu’un que tu connais, tu sais ? » déclara Zagan.

« Quoi ? Alors c’est une sorcière ? C’est une femme, non ? » demanda Barbatos, puis croisa les bras et réfléchit profondément à la question.

« Si c’est une sorcière, ce serait l’Enchanteresse Gremory ? Mais tout le monde sait qu’elle déteste les hommes. En plus, ce n’est pas une enfant. Mais à part celle-là..., » déclara Barbatos.

En regardant Barbatos gémir à propos de la situation, Zagan se sentait secrètement soulagé.

Si ce type n’a pas réussi à le trouver, alors le fait que Foll soit un dragon n’a pas été divulgué, hein ?

Ce n’était probablement qu’une question de temps avant que d’autres personnes réalisent que Foll était un dragon. En voyant sa sorcellerie... ou plutôt, sa transformation partielle en dragon, cela montrerait clairement qu’elle était Valefor.

C’était un résultat inévitable, mais il était encore trop tôt pour cela. Après tout, Zagan avait toujours des ennemis.

Le nom de Zagan, en tant qu’Archidémon était déjà bien connu, et ceux qui trouvaient cela inacceptable et qui l’attaquaient étaient tous partis. Comme il l’avait prévu, les sorciers et les Chevaliers Angéliques auraient dû savoir que cela ne valait pas la peine de comploter contre lui.

Malgré tout, ce n’était pas parfait. Il y avait certainement encore des sorciers qui attendaient que le tout nouvel Archidémon trébuche afin de profiter de cette occasion. Les sorciers qui possédaient suffisamment de pouvoir pour le faire existaient. Et donc, il faudrait encore un peu plus de temps pour qu’ils abandonnent aussi.

Pour contrebalancer leur vie sur une balance, il y avait après tout, le nom, l’héritage et le mana de l’« Archidémon ».

C’est pourquoi... J’aurai peut-être encore besoin de faire quelque chose de grand.

Zagan avait besoin de quelque chose qui ferait peur à tous les autres sorciers. Avec Néphy, et maintenant Foll, il y avait deux choses qu’il devait protéger quoiqu’il arrive.

Et tandis qu’il pensait à de telles choses, Barbatos, qui ne faisait que gémir jusque-là, avait soudain émis un « Ah ».

« Oh oui, Valefor ! » déclara Barbatos.

Le corps de Zagan s’était raidi au début.

Ce type... a-t-il découvert l’identité de Foll ? Puis, feignant d’être calme, Zagan pencha la tête sur le côté.

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Zagan.

« Eh bien ! Il y a quelque temps déjà, Valefor aurait dû lancer une attaque chez toi, non ? Le grand type avec le masque et l’armure, » déclara Barbatos.

« ... Ah. Oui, maintenant que tu le mentionnes, il l’a bien fait, » déclara Zagan.

Après s’être habitué à Foll telle qu’elle était maintenant, Zagan avait complètement oublié qu’elle et le Valefor qui l’avait attaqué étaient une seule et même personne.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Zagan.

Tandis que Zagan inclinait la tête sur le côté, Barbatos fit une tête vraiment déconcertée.

« Donc ça ne vaut même pas la peine de s’en souvenir ? On dit qu’il a disparu, mais que s’est-il passé à la fin ? L’as-tu achevé ? » demanda Barbatos.

« Qui sait ? Tu sais très bien comment je me débarrasse des intrus, n’est-ce pas ? » demanda Zagan.

Et tandis que Zagan répondait comme s’il esquivait la question, Barbatos leva les yeux vers le plafond.

« Mec, quel gâchis ! Il y a une rumeur qui circule sur le fait que c’est un dragon. Son cadavre aurait fait de bons catalyseurs, tu m’entends ? » demanda Barbatos.

C’est précisément parce que de telles personnes existaient que l’identité de Foll devait rester secrète. En entendant ses paroles, Zagan hocha simplement la tête comme si tout cela ne l’intéressait pas du tout.

« Oh, maintenant que tu le mentionnes, je crois que j’ai déjà entendu ça avant, » déclara Zagan.

« Que se passe-t-il ? Tu le savais et tu l’as quand même jeté dehors quelque part ? Laisse-moi te demander au cas où, mais est-il mort ? » demanda Barbatos.

« S’il a de la chance, ne devrait-il pas être en vie ? » Zagan répondit avec une expression aussi cool que possible, et Barbatos fit claquer la langue pendant qu’il se rétractait.

Finalement, après avoir bu une autre choppe de bière, Barbatos avait répondu.

« Alors c’est comme d’habitude ? Eh bien, peu importe. Oublie Valefor, parlons de cette gamine que tu traînes avec toi. Qui est-ce ? » demanda Barbatos.

Ce type ne dirait pas de telles conneries alors qu’il est au courant, n’est-ce pas... ? Comme la bonne réponse avait déjà été devinée, Zagan haussa les épaules tout en supportant son envie de faire une tête renfrognée.

« ... Qui sait ? Considère-la comme une enfant adoptée ou alors, quelque chose dans le genre, » déclara Zagan.

« Gehyahyahyahyahyaa! Une enfant adoptée... Adoptée... Buhyahyahyahaha! »

... Ce type est sans espoir.

Et juste au moment où Zagan pensait sérieusement à frapper son ami indésirable, qui riait au point où il avait les larmes aux yeux... Barbatos avait fait une expression grave.

« Eh bien, arrêtons de plaisanter, d’accord ? » déclara Barbatos.

« ... Et enfin, tu en viens au véritable problème pour lequel tu m’as fait venir ici ? » demanda Zagan.

Même cet homme n’avait pas assez de temps libre pour appeler Zagan parce qu’il voulait faire des commérages.

« Il semble qu’un type gênant soit arrivé à l’Église. J’ai pensé à te prévenir, » déclara Barbatos.

« Un type gênant ? » demanda Zagan.

« Un porteur d’une Épée Sacrée. Ce n’est pas comme la fille de la dernière fois, compris ? Celui-ci est foutrement bien plus dangereux, » déclara Barbatos.

Il semblait qu’un Archange autre que Chastille soit arrivé. La pensée avait fait que Zagan relâchait une grande inspiration avec un « Hooo ».

« Pour qu’ils déplacent les Épées Sacrées... L’Église arrive en force, hein ? Ils pensent frapper le tout nouvel Archidémon ou quoi ? » demanda Zagan.

La discorde entre l’Église et les sorciers durait depuis mille ans. Bien sûr, au cours de cette longue histoire, les affrontements entre Archidémons et Archanges s’étaient produits plusieurs fois.

Cependant, bien qu’il y ait eu des rapports d’Archanges repoussant les Archidémons, il n’y avait aucun témoignage de la défaite du moindre Archidémon.

C’est pourquoi, bien que les Archanges aient pu dissuader les Archidémons, ils n’avaient jamais pu les tuer. C’était même une compréhension commune entre les sorciers et l’Église. Il était cependant tout à fait naturel pour l’Église de penser à renverser ce fait.

Barbatos avait alors affiché une expression troublée.

« Je me pose des questions... Ce nouvel Archange qui est venu ici est assez étrange. Dans tous les cas, c’est le monstre qui a tué le plus grand nombre de sorciers de toute l’histoire. »

« ... Je vois qu’il n’est pas un tendre, » déclara Zagan.

« C’est tout à fait vrai. Le nombre de sorciers qu’il a tués est de 499, et je ne sais pas ce qui l’énerve autant, mais il y a des calculs qui indiquent qu’il tue un sorcier tous les trois jours. C’est ainsi que tu as été choisi comme numéro 500 pour sa célébration ! » déclara Barbatos.

En entendant ce chiffre extraordinaire, Zagan avait plissé ses sourcils. Après tout, s’il s’agissait d’un chiffre annoncé par quelqu’un de l’Église, c’était probablement un peu exagéré, mais Barbatos n’était pas le genre d’homme à parler de telles inepties.

Zagan pencha la tête alors qu’il réfléchissait.

« Comme c’est étrange. Même s’il est un porteur d’Épée Sacrée, pourrait-il vraiment tuer 500 sorciers tout seul ? » demanda Zagan.

Parmi les sorciers, la différence entre ceux qui n’avaient qu’un minimum de pouvoir et les candidats Archidémon était comme la différence entre le ciel et la terre.

Si un candidat Archidémon possédait 10 000 circuits, alors les circuits d’un sorcier débutant ne seraient au maximum que de 100. Même si l’on tuait 100 novices, un candidat Archidémon pourrait facilement les vaincre s’il était défié. Mais s’il y avait un total de 499 personnes, il aurait sûrement dû faire face à plus d’un ou deux candidats Archidémon.

Pour aller plus loin, même parmi les candidats propices pour être Archidémon, quelqu’un comme Barbatos aurait plus de 20 000 circuits. Lorsqu’il s’agissait de compétence normale pour un sorcier, l’homme désespéré sous les yeux de Zagan était bien meilleur que lui.

Ce n’était pas comme si Chastille avait révélé toutes ses cartes quand elle avait affronté Barbatos l’autre jour, mais quand même, si elle s’était battue contre un candidat Archidémon, il ne pensait pas qu’elle s’en sortirait sans problème.

A-t-il un atout dans sa manche autre que l’Épée Sacrée ? Et tandis que Zagan était perplexe devant cette pensée, Barbatos avait mis de côté sa chope et avait formé un sourire.

« À ce propos, on dit qu’il a tué un dragon et l’a mangé, » déclara Barbatos.

« ... Hein ? » déclara Zagan, perplexe et bouleversé. Il était presque tombé de son siège. « Est-ce... vrai ? »

« Ouais. Après tout, l’Église ne reconnaît pas la prédation des dragons. C’est donc une information non officielle, mais il semble qu’il ait vraiment abattu un dragon. S’il a gagné le pouvoir d’un dragon, alors ce n’est pas impossible pour lui de tuer autant de sorciers, non ? » demanda Barbatos.

Merde, alors c’est ça..., Zagan avait juré amèrement dans sa tête.

« Qu’y a-t-il d’étrange... à propos d’un sorcier qui déteste les Chevaliers Angéliques ? » murmura-t-il. Foll en voulait aux Chevaliers Angéliques. Et aussi, dès le moment où il l’avait rencontrée, elle avait désiré une quantité contre nature de pouvoir en dépit d’être une sorcière et une dragonne. Et puis il y avait eu un dragon qui avait été tué par un Chevalier Angélique.

Ce n’était pas comme si c’était vraiment certain. Mais même ainsi, espérer avoir la chance que ces faits n’aient aucun lien entre eux était tout à fait déraisonnable.

Après cela, Zagan jeta un coup d’œil sur Barbatos et il grimaça.

« Tu es très généreux dans tes informations aujourd’hui..., » déclara Zagan.

« Et bien, penses-y comme des excuses pour la dernière fois, ou alors même quelque chose comme un hommage envers toi. Plutôt que de faire de toi un ennemi, je pourrai siroter un nectar plus sucré en t’accompagnant dans ta folle aventure, » déclara Barbatos.

« ... Tu peux parler, c’est sûr, » répliqua Zagan.

Agissant d’une manière déconcertée par tout cela, Zagan versa alors de l’eau-de-vie dans son verre.

« Je suis assez doué, tu sais ? Je doute que ce soit une mauvaise offre, » déclara Barbatos.

« Si tu étais si admirable, je te ferais peut-être même un peu confiance... Alors, qu’est-ce que tu veux ? » Zagan renversa la vapeur et lui demanda cela, mais Barbatos se contenta de rire avec un « Hehehehe ».

« En ce qui concerne l’héritage de l’Aîné, pourrais-tu essayer de me laisser sa gestion ? De toute façon, c’est un sorcier qui a vécu mille ans. Même si nous l’appelons simplement un héritage, il ne devrait pas s’agir d’une quantité ordinaire. C’est trop pour que tu t’en occupes tout seul, non ? » demanda Barbatos.

Le fait que Barbatos ait frappé pîle dans une zone désagréable avait fait que Zagan avait été incapable de cacher son visage maussade. Cependant, il n’avait pas hésité du tout à répondre.

« Rejetée. »

« Qu’est-ce que c’était que ça !? » s’écria Barbatos.

« ... Tu irais juste dissimuler tout ce qui serait dérangeant si je le trouvais, » déclara Zagan.

« N’est-ce pas évident ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? » Barbatos fixa Zagan avec admiration, comme s’il n’était pas nécessaire de dire une telle chose après tout ce temps.

Comment se fait-il qu’il puisse être si stupide malgré tout ce qu’il sait ? Au contraire, il s’agissait de Zagan qui était parvenu à une compréhension inquiétante.

« ... Haaaa. Je pourrais partager avec toi quelques écrits sur la sorcellerie provenant de l’héritage. Soit content avec juste ça, » déclara Zagan.

« Eh bien, je suppose que c’est suffisant. Franchement, avoir un ami si somptueux est vraiment ce qu’il y a de mieux, » déclara Barbatos, puis il cogna sa chope contre le verre de Zagan et avait fait un toast tout seul.

Après cela, l’atmosphère dans le bar s’était figée. La porte du bar s’était ouverte et un invité était entré. Comme Barbatos était dos à la porte, il ne s’en était pas rendu compte et avait continué à parler de bonne humeur.

« Mais c’est à moi de décider lequel je vais prendre, compris ? Si tu me donnes des écrits merdiques sur la sorcellerie juste parce que ça vient de l’héritage de l’Aîné, alors je ne le lirai même pas ! » s’exclama Barbatos.

« ... Au fait, Barbatos, » déclara Zagan.

« Quoi ? » demanda Barbatos.

Tout en levant son verre rempli d’eau-de-vie, Zagan interrogea Barbatos en regardant le client qui était visible à travers le verre.

« L’Angélique Chevalier dont tu viens de parler, de quoi il a l’air ? » demanda Zagan.

« Ah, voyons voir... J’ai entendu dire que c’est un homme énorme qu’on ne prendrait pas pour un vieux schnock. De plus, il a une énorme cicatrice sur le visage. J’ai entendu dire qu’il l’avait reçu du dragon qu’il a tué, » déclara Barbatos.

« Vraiment... ? » Tout en regardant le client qui était entré dans le bar, Zagan avait fait une réponse normale. Puis, en prenant encore une gorgée de son verre, il avait fait une expression comme si c’était gênant de poser une autre question à Barbatos.

« Et, à propos de cette cicatrice, est-ce qu’elle s’enfonce profondément entre sa joue gauche et la droite de son front ? » demanda Zagan.

« Hein ? Eh bien, oui, j’ai entendu dire que ça ressemblait à ça. Tu en sais beaucoup sur lui, hein ? » déclara Barbatos.

« C’est une coïncidence totale, mais j’ai vu un homme avec des traits très similaires, » déclara Zagan.

« Wôw, mon pote, je suis surpris que tu en sois sorti vivant. C’est un gars qui semble n’avoir que les meurtres de sorciers à l’esprit, tu sais ? S’il t’avait repéré, il serait probablement venu tout de suite pour te tuer, » déclara Barbatos.

Zagan continua à regarder derrière Barbatos, qui avait laissé sortir à nouveau son rire « geragera ».

« Il semble... que cette partie vienne sous peu, » annonça Zagan.

« Hein... ? » À ce moment-là, Barbatos semblait enfin remarquer le regard de Zagan. Et quand il avait regardé par-dessus son épaule, son visage devint complètement pâle.

Parce que là, debout... il y avait un homme de grande taille au visage meurtri portant une Épée Sacrée.

***

Partie 3

« Raphaël Hyurandell... ! » En renversant sa chaise, Barbatos s’était levé. Et sans lui faire le moindre regard, le Chevalier Angélique au visage portant une cicatrice regarda Zagan droit dans les yeux.

Est-il venu me prendre la tête tout d’un coup ? La puissance de l’Épée Sacrée était gênante, mais il était vaniteux de penser qu’une seule épée pouvait à elle seule abattre un Archidémon. Si c’était un tel imbécile, il n’aurait pas vécu si longtemps.

Tandis que Zagan plissait ses sourcils, incapable de comprendre le but du Chevalier Angélique, Barbatos fit entendre une voix tremblante.

« E-Espèce de fils de pute, qu’est-ce que tu fais là !? »

Le Chevalier Angélique au visage cicatrisé s’était finalement tourné vers Barbatos. Et tandis qu’il le faisait, un sourire s’était formé sur son visage brusque qui ressemblait à une surface rocheuse. Face à cette expression diabolique, la fille malchanceuse du propriétaire du bar, qui était derrière Barbatos, avait poussé un cri avant de s’évanouir.

Même s’il ne l’avait pas directement regardée, son regard avait une telle puissance en lui. Et face à ce sourire, qui faisait déjà ressentir une pression physique, Barbatos s’était résolu en rugissant.

« U-UOOOOOOH, je vais le faire, putain ! » La lumière du mana avait jailli dans les deux mains de Barbatos, et le Chevalier Angélique au visage cicatrisé posa également sa main sur la poignée de l’Épée Sacrée à son dos.

« Arrête ça, Barbatos, » déclara Zagan en posant son verre sur la table avec un bruit. Et dès qu’il l’avait fait, le mana qui sortait des mains de Barbatos s’était volatilisé. Ce n’était pas comme s’il s’était arrêté. Non, Zagan l’avait « dévorée ».

Après cela, Zagan agita légèrement le doigt en l’air et la chaise que Barbatos avait renversée revint à sa position initiale.

« Eh bien, va t’asseoir. La saveur de l’eau-de-vie se dégrade, » déclara Zagan.

« Pourquoi le prends-tu si calmement !? Prévois-tu de te faire tuer sans te défendre ? » demanda Barbatos.

En réponse aux hurlements de Barbatos comme si sa peur s’était transformée en colère, Zagan secoua la tête comme si c’était tout simplement trop gênant.

« Ce type-là... ne semble pas vraiment vouloir se battre, tu sais ? » déclara Zagan.

« C’est quoi ce bordel ? Il a sa main sur son épée, n’est-ce pas !? » s’écria Barbatos.

« N’est-ce pas parce que tu voulais te battre ? » demanda Zagan.

Après que Barbatos eut commencé à invoquer la sorcellerie, le Chevalier Angélique au visage cicatrisé avait saisi son épée. Et Zagan n’avait pas négligé ce fait.

En plus, je ne ressentais aucune soif de sang ou hostilité venant de lui.

Néphy et Foll ne se spécialisaient pas vraiment dans l’expression des émotions. Non, dans le cas de Foll, plutôt que de ne pas exprimer ses émotions, elle ne parlait tout simplement pas assez. C’est pourquoi cette méthode de détection des intentions lui était connue. En tout cas, il y avait beaucoup de choses qu’on ne pouvait pas savoir qu’en regardant leurs visages.

C’est pourquoi, lorsqu’il s’agissait de ce qu’elles pensaient et de ce qu’elles voulaient qu’il fasse, Zagan avait fini par prendre l’habitude de détecter les subtilités des émotions en les observant et en assimilant ces choses.

Le Chevalier Angélique au visage cicatrisé avait alors fait un sourire qui ressemblait à une crevasse dans la Terre.

« L’Archidémon cette fois-ci... est tout à fait calme. Je vois, » déclara le chevalier.

« Un Archidémon ne fera pas de brouhaha sur chaque petite chose, » répliqua Zagan.

Bien que le fait de ne pas ressentir d’hostilité d’une telle horreur soit tout à fait étrange en soi, Zagan avait été incapable de cacher sa perplexité.

Finalement, Zagan regarda la chaise qu’il avait relevée avec la sorcellerie. Il semblait que dans une telle situation, Barbatos n’avait pas l’intention de se remettre à boire, et même après que le Chevalier Angélique eut lâché son épée, Barbatos ne voulait pas reprendre sa place.

« Il semble que nous ayons un siège vide. Veux-tu te joindre à nous ? » demanda Zagan.

« Hooo... Quel homme amusant ! » déclara Raphaël.

Le Chevalier Angélique s’était alors assis sur le siège en face de Zagan. Barbatos s’était déplacé plus loin comme pour l’éviter.

C’est plutôt toi qui devrais parler ici. Je n’ai rien à dire à cet homme au visage de pierre, tu sais ? Zagan avait fini par dire à l’homme de s’asseoir en suivant le rythme, mais il n’avait pas vraiment d’objectif en tête.

Ou plutôt, comme son temps avec Néphy était définitivement perdu, il voulait au moins profiter d’un peu d’alcool. Mais malgré cela, Barbatos avait reculé comme s’il disait qu’il voulait être excusé de s’impliquer dans quoi que ce soit. Au contraire...

« Merde, pourquoi un sorcier comme moi doit traverser ces conneries ? » murmura Barbatos.

« M. le s-sorcier, pourriez-vous sauver ma fille ? » demanda le barman.

« Comme si je pouvais le faire. La sorcellerie de soins est en dehors de mon domaine d’expertise, mais je ferai au moins ce que je peux, » déclara Barbatos.

« Oooh... J’aurais dû m’y attendre de la part de l’assistant de Maître Zagan, » déclara le barman.

« Je ne suis pas un putain d’assistant ! » Tout en maudissant l’homme qui semblait être le propriétaire du bar, il commença à prodiguer des soins à la fille qui s’était évanouie. Cependant, puisqu’elle avait seulement perdu connaissance, Zagan ne pensait pas qu’il était nécessaire d’aller jusqu’à utiliser la sorcellerie.

Je veux aussi y aller, mais..., la femme à qui Zagan avait donné son cœur n’était autre que Néphy, mais lorsqu’il s’était agi de choisir entre cet homme au visage de pierre et la fille du propriétaire, il n’était même pas nécessaire de dire avec qui il préférait être coincé.

Cela dit, rien ne serait accompli si l’on fixait constamment Barbatos du regard. Et ainsi, Zagan s’était finalement retourné pour faire face au Chevalier Angélique.

« Alors, qu’est-ce que tu me veux, tueur de dragons ? » demanda Zagan.

« C’est Raphaël, » répondit-il en versant de l’eau-de-vie dans un verre au moment où il l’avait fait. Sa main était énorme au point que la bouteille ressemblait pour lui à une miniature.

« J’ai entendu dire que mes camarades te sont redevables, alors je suis venu jeter un coup d’œil à ton visage, » déclara Raphaël.

Il parlait probablement de Chastille, ce qui avait fait hausser les épaules de Zagan comme si ce n’était pas grand-chose.

« Mon visage n’est rien comparé au tien, n’est-ce pas ? » déclara Zagan.

« Fuhahaha, même toi, tu as le visage maléfique, comme ces putains de rumeurs l’ont dit, n’est-ce pas ? » déclara Raphaël.

Zagan était conscient de ses traits méchants, alors il se sentait un peu déprimé. Pourtant, comme s’il l’avait balayé, il avait reposé son verre.

 

 

« J’ai entendu dire que c’est ton hobby de tuer les sorciers. Alors est-ce bien de reporter ça pour aujourd’hui ? Il y a deux sorciers sous tes yeux, » déclara Zagan.

La jeune fille semblait aller bien mieux maintenant, alors Zagan posa cette question à Raphaël pour éviter que son ami indésirable ne s’en aille rapidement. Barbatos, qui était sur le point de poser la main sur la porte, le regarda d’un air renfrogné.

Après que Raphaël eut terminé l’eau-de-vie dans son verre en une seule gorgée, il fit éclater un rire chaleureux.

« Sans valeur. Tout ce que j’ai fait, c’est de me débarrasser des flammèches qui tombaient devant moi, mais ceux qui m’entouraient ont jugé bon d’en faire un gros tapage, » déclara Raphaël.

Zagan avait alors incliné sa tête sur le côté avec curiosité.

D’une certaine façon, il est différent de ce que disait Barbatos. C’était un maniaque meurtrier qui avait tué près de 500 sorciers, du moins selon les rumeurs. À cause de cela, Zagan était prêt à l’écraser avec joie, mais de façon inattendue, ils partageaient une conversation ordinaire.

Peut-être était-il venu pour évaluer les capacités de Zagan ? Et alors que Zagan avait compris cette idée et qu’il avait bu une gorgée de son verre, c’était Raphaël qui avait ouvert la bouche pour parler.

« Il semble que tu aies eu une altercation avec Chastille, non ? Pourquoi ne l’as-tu pas tuée ? » demanda Raphaël.

Percevant une sorte d’inconfort dans les mots du Chevalier Angélique, Zagan avait plissé ses sourcils.

« Tu dis ça comme si elle n’avait aucune chance de gagner, Hmm ? » déclara Zagan.

Chastille n’était peut-être pas de taille face à lui, mais leur fierté en tant que porteurs d’Épées Sacrées n’aurait pas dû leur permettre de parler comme s’ils ne pouvaient pas gagner contre un sorcier. Zagan à l’époque n’était pas non plus encore un Archidémon.

Cependant, Raphaël se contenta d’émettre un « Hmph » en guise de réponse.

« Alors, laisse-moi te demander en retour si elle était assez forte pour rivaliser avec un bâtard comme toi, » demanda Raphaël.

« Qui sait... ? Cependant, elle était la plus forte parmi les humains que j’ai rencontrés jusqu’à présent. Je suis au moins sûr de ça, » déclara Zagan.

Bien sûr, même Barbatos avait réussi à la capturer, mais Zagan n’avait pas encore vu Chastille brandir sérieusement son épée. Zagan avait déjà affronté les deux individus auparavant, et il doutait donc que Barbatos puisse gagner s’ils se battaient tous les deux de front.

Après avoir reçu cette réponse, Raphaël avait plissé les yeux comme une lame.

« Je vois. Alors ça veut dire qu’elle est devenue une menace suffisante pour l’Église, n’est-ce pas ? » déclara Raphaël.

« Euh... ? Je ne vois pas où tu veux en venir avec ça... Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Zagan.

Zagan avait l’impression qu’il disait que Chastille était une ennemie de l’Église. En entendant la confusion de Zagan, le visage de Raphaël, qui ressemblait à celui d’un homme de pierre, s’était transformé une fois de plus en un sourire.

« Elle a soulevé une objection face à l’assujettissement d’un Archidémon. C’est plus qu’une raison suffisante pour que l’Église décide de son exécution. Ils sont même allés jusqu’à révoquer son Épée Sacrée avec un sort... Une décision stupide, je dois le dire. Tant que le porteur d’une Épée Sacrée restera en vie, le prochain Chevalier Angélique ne pourra pas leur succéder, » déclara Raphaël.

En entendant ça, Zagan avait écarquillé les yeux.

Cette fille est trop honnête ! Il aurait été acceptable qu’elle se contente de se mettre au pas vis-à-vis de ce que font ceux qui l’entourent, et pourtant, il semble qu’elle se soit révoltée d’une manière éhontée et insensée. En plus de ça, elle avait couvert Zagan.

Avec la tête dans les mains, Zagan poussa un profond soupir.

« ... Je ne pense pas qu’elle soit du genre à vivre longtemps, » déclara Raphaël.

« Ouais, c’est vrai. Je l’ai même avertie, mais elle ne m’a pas écoutée, » déclara Zagan.

Raphaël parlait comme s’il avait pitié d’elle. Et en réponse, Zagan ouvrit grand les yeux alors qu’une pensée inattendue lui traversait l’esprit.

Ce type a-t-il l’intention de tuer Chastille ? S’il était dit que son hobby était de tuer des sorciers, alors il allait de soi qu’il exécuterait aussi volontiers des Chevaliers Angéliques qui couvriraient des sorciers.

Zagan avait l’impression qu’il avait enfin compris la raison pour laquelle il ne ressentait aucune soif de sang de sa part.

Il est donc venu ici pour vérifier le lien entre moi et Chastille ? En d’autres termes, il cherchait une justification pour tuer Chastille.

Celui qui lui était lié n’était pas Zagan, mais Néphy. Cependant, il ne serait pas étrange de prendre la déclaration tout à l’heure comme s’il l’était.

Il m’a eu. Zagan a poussé un grognement quand il s’était rendu compte qu’il avait été joué. Et à ce moment précis, Raphaël se leva.

« Maintenant, je n’ai plus rien à faire avec toi. Je vais prendre congé, » déclara Raphaël.

« ... Attends, » murmura Zagan, bien conscient que sa voix était devenue froide.

« As-tu besoin de quelque chose ? » déclara Raphaël en se retournant, avec un regard qui montrait clairement qu’il couperait Zagan s’il faisait ne serait-ce qu’un seul mauvais choix dans ses mots.

« Chastille semble être assez bien aimée dans cette ville. Elle a beaucoup d’amis ici aussi. Beaucoup seront ceux qui pleureraient sa mort, je te l’assure, » déclara Zagan.

Néphy et Manuela seraient certainement jetées dans les profondeurs du désespoir. C’est pourquoi Zagan l’avait informé de ce fait d’une manière autoritaire.

« Cette ville est mon domaine. Si tu vas trop loin en faisant ce que tu veux, je t’écraserai et je te ferais bouffer le pissenlit par la racine, compris ? » déclara Zagan.

Peu importait qu’elle fasse partie de l’Église ou qu’elle soit un Chevalier Angélique. Tant que Chastille vivait à Kianoides, elle était la propriété de Zagan. Et si cet homme disait qu’il la tuerait délibérément, alors Zagan l’écraserait. C’est aussi simple que ça. C’était ce que cela signifiait d’être sous la protection de Zagan.

Les deux raisons pour lesquelles il ne l’avait pas fait tout de suite étaient qu’il y avait une montagne de « citoyens qui pouvaient servir de boucliers » autour d’eux, et aussi parce qu’il était encore en train de boire un verre. Si le bar était détruit, il pouvait le réparer avec de la sorcellerie, mais il savait qu’il était difficile de réparer les gens.

Cependant, c’était simplement une raison pour laquelle il ne voulait pas se battre, et ce n’était pas une raison pour laquelle il ne pouvait pas se battre.

C’est chiant d’éviter les boucliers tout en le frappant...

Ayant peut-être compris ce que Zagan voulait dire, Raphaël ouvrit les yeux comme s’il trouvait ses actions plutôt inattendues.

« Ça ne ressemble pas à ce que dirait un Archidémon, n’est-ce pas ? » déclara Raphaël.

« C’est précisément parce que je suis un Archidémon que je suis arrogant, » déclara Zagan.

Et alors qu’il répondait avec tant d’arrogance, Raphaël laissa sortir un éclat de rire chaleureux.

« Hahahaha, comme je le pensais, tu es exactement le genre d’homme que j’espérais que tu serais. C’est exactement ça. Le “mal” que l’Église doit exterminer, » déclara Raphaël.

Ce qu’il avait senti venant de Raphaël n’était pas la soif de sang, mais l’exaltation.

Ce qui veut dire qu’il ne pense pas que les sorciers sont même des personnes, hein ?

À ses yeux, c’était la même chose que de chasser. Après tout, quand on chassait les bêtes, on n’avait ni soif de sang ni hostilité. Ces personnes-là n’étaient excitées que par le meurtre en lui-même.

Et alors que Raphaël affichait un sourire qui semblait défier Zagan, il avait quitté le bar.

Libérés de la tension, les clients du bar poussèrent tous un soupir de soulagement. Finalement, tout en jetant un coup d’œil à Barbatos, qui s’était remis à sa place, Zagan murmura quelque chose.

« ... Je n’aime pas ça. »

« Un sorcier ne voudrait pas avoir affaire à un Chevalier Angélique, n’est-ce pas ? Ne serait-il pas mieux d’aller le tuer tout de suite ? » demanda Barbatos.

Zagan poussa un petit soupir en regardant Barbatos gémir.

« ... Je suppose que oui. Alors, vas-y, Barbatos, » déclara Zagan.

Barbatos avait ouvert la bouche sous le choc en entendant ces mots.

« Hé, tu viens de me dire d’aller mourir, n’est-ce pas ? » s’écria Barbatos.

« Pas vraiment. C’est vrai que j’aimerais que tu meures, mais ne te méprends pas, » déclara Zagan.

« Alors tu veux ma mort ? » demanda Barbatos.

Trouvant son ami indésirable gênant alors qu’il avait les larmes aux yeux, Zagan secoua la tête en le regardant.

« Je t’ai dit de ne pas te méprendre, n’est-ce pas ? Je veux que tu ailles vérifier l’état de Chastille, » déclara Zagan.

Le surnom de Barbatos était Purgatoire.

Le Purgatoire faisait référence au plan qui existait entre le ciel et l’enfer, mais dans la même veine, c’était aussi quelque chose qui ressemblait à une vallée entre des dimensions qui donnait un certain contrôle sur l’espace étrange né de la magie.

Et son surnom venait du fait qu’il pouvait aller et venir librement de cet espace.

Qu’il s’agisse de la capacité qu’il avait utilisée lorsqu’il avait enlevé Néphy et Chastille, ou du pouvoir qu’il avait utilisé pour détourner facilement le cercle de téléportation de Zagan, cet homme était un sorcier qui excellait en téléportation et en invocation. Ce serait une bagatelle pour lui de se cacher et de protéger Chastille.

C’est sûrement pour ça qu’il a réussi à invoquer un démon, hein ?

Ce n’était pas de loin de la vérité, mais même Zagan avec ses nouveaux pouvoirs, il serait difficile d’imiter Barbatos. Peut-être pourrait-il se débrouiller en empruntant le pouvoir de l’Emblème de l’Archidémon, mais cela ne serait pas suffisant.

Zagan avait donc formulé sa demande, mais Barbatos avait carrément fait une grimace comme s’il ne voulait pas en faire partie.

« Quoi ? Pourquoi devrais-je le faire ? » demanda Barbatos.

« J’en ajouterai un peu plus à ton pourboire. Peu importe, vas-y, » déclara Zagan.

Barbatos avait ensuite fait une grimace comme s’il avait trouvé cette tournure des événements plutôt inattendue.

« Prévois-tu sérieusement de sauver une foutue Chevalière Angélique ? » demanda Barbatos.

« L’ennemi de mon ennemi est mon ami... est quelque chose que l’on dit souvent. D’ailleurs, ne penses-tu pas que ce serait amusant de mettre un porteur d’Épée Sacrée avec une dette envers moi ? » demanda Zagan.

« Mec, je pense que tu vas vraiment le regretter, tu m’entends ? » Même s’il maudissait Zagan, Barbatos n’avait pas refusé son offre.

Et à ce moment-là, Barbatos s’enfonça dans sa propre ombre. Il avait probablement effectué un déplacement vers le purgatoire qui porte son surnom. Et à partir de là, il pourrait enquêter sur les circonstances de Chastille.

Cependant, Zagan avait été pris de court.

« ... Ce salopard est parti sans payer l’addition, » murmura Zagan.

C’était peut-être Zagan qui lui avait ordonné de partir, mais il avait l’impression d’avoir été piégé.

***

Partie 4

Quand Zagan retourna au château, il était déjà temps pour le lendemain de commencer.

Je me demande si Néphy et Foll dorment déjà. Néphy se réveillait tôt le matin. Si elle était encore éveillée à cette heure, cela l’affecterait le lendemain, mais même ainsi, c’était un peu triste pour Zagan de revenir et de ne pas entendre sa voix.

S’il voulait juste voir son visage, alors c’était possible de jeter un coup d’œil dans sa chambre, mais la chambre de Néphy était au dernier étage. Si elle entendait le bruit alors qu’il montait les escaliers, cela finirait par la réveiller. C’est pourquoi il était retourné sur le trône en faisant aussi peu de bruit que possible, mais...

« Bienvenue à la maison, Maître Zagan, » Néphy l’attendait devant la salle du trône en chemise de nuit.

« Néphy, tu étais encore réveillée ? »

Tandis que Zagan la fixait avec étonnement, Néphy plaça son doigt sur ses lèvres et fit « Shhhh ».

En regardant de plus près, il se rendit compte que Néphy était assise sur ses genoux avec Foll endormie sur elle. Elles semblaient toutes les deux attendre le retour de Zagan.

« N’ai-je pas dit d’aller dormir sans attendre ? » Quand Zagan lui demanda ça, Néphy avait un sourire ironique.

« Je suis ici parce que Foll a insisté pour attendre votre retour, Maître Zagan, » cependant, la personne en question semblait s’être endormie comme une bûche à mi-chemin.

Et voyant ça, le visage de Zagan s’était naturellement détendu.

« Hmm, c’était à l’origine une intruse qui m’a attaqué parce qu’elle voulait le pouvoir de l’Archidémon, hein ? » murmura Zagan.

« Et n’êtes-vous pas celui qui a placé cette enfant à votre portée, Maître Zagan ? » Tout en disant cela, Néphy caressa doucement la tête de Foll, ce qui fit remuer légèrement la petite enfant comme si elle était chatouilleuse.

Zagan était ensuite allé à côté d’elles d’une manière détendue puis il s’était assis.

« Ah... Qu’est-ce que vous avez mangé aujourd’hui ? » Zagan avait envie de se couvrir le visage en se demandant pourquoi c’était la première chose qu’il demandait à son retour, mais Néphy hocha la tête en silence.

« Nous avons pris un repas simple de soupe d’agneau et de salade, » répondit Néphy.

« Oh, cette soupe, hein ? C’est regrettable, » murmura Zagan.

« Il y a encore des restes. Dois-je vous en réchauffer ? » demanda Néphy.

« Hmm... Non, ça va pour l’instant. Après tout, Foll dort déjà, » après avoir vu le visage paisible et assoupi de Foll, il s’était rendu compte qu’il n’avait pas envie de la réveiller juste pour se faire verser de la soupe pour lui. Zagan avait donc décidé de la réchauffer et d’en avoir un peu plus tard, par lui-même.

Néphy se couvrit alors la bouche comme si sa décision lui paraissait étrange. Le changement d’expression était faible comme toujours, mais la façon dont ses oreilles tremblaient d’un frisson montrait qu’elle était plutôt joyeuse.

« Après cela, Foll a aussi fait de son mieux. Elle a transporté tous les livres que nous avons ramenés dans les archives, » déclara Néphy.

« Il y en avait quand même beaucoup, n’est-ce pas ? » murmura Zagan.

« Oui. Mais parce qu’elle voulait elle-même les lire rapidement, elle a essayé de les préparer pour que vous puissiez les lire immédiatement à votre retour, Maître Zagan, » expliqua Néphy.

Zagan avait essayé d’imaginer la silhouette de cette petite fille en train d’aller et venir dans les archives pour son bien. Et comme il le fit, un soupir envoûtant se répandit de sa bouche.

Je me demande si... avoir une famille ressemble à ça... C’était comme s’il oublierait qu’il était un méchant sorcier si les choses continuaient à aller à ce rythme.

Après cela, Néphy pointa son regard azur vers lui.

« Maître Zagan, se pourrait-il que quelque chose se soit passé avec Foll ? » demanda Néphy en murmurant.

« Hein ? Non, je ne pense pas qu’il se soit produit quelque chose de particulier ? » Foll n’était pas non plus douée pour exprimer ses émotions, mais il ne pensait pas qu’il l’avait mise en colère ou rendue triste.

Tandis que Zagan inclinait la tête sur le côté, Néphy regarda affectueusement le visage endormi de Foll.

« Aujourd’hui, Foll semblait particulièrement heureuse. Maître Zagan, vous n’êtes peut-être pas conscient de cela, mais il est probable que vous ayez fait quelque chose qui a égayé sa journée, » déclara Néphy.

Quelque chose qui a rendu Foll heureuse..., incapable de trouver ce que c’était, Zagan avait essayé de repasser sa conversation précédente avec elle. Et alors qu’il gardait la tête penchée pendant un moment, il se souvint du moment où Foll fit un visage étrangement heureux.

« Oh, ça pourrait être ça ? » murmura Zagan.

« Avez-vous une idée de ce que c’est ? » demanda Néphy.

« Oh, cependant, ce n’était pas vraiment quelque chose d’important. Tout ce que je lui ai dit, c’est que si nous passions mille ans ensemble, ne serions-nous pas capables de ressentir ce dont l’autre a besoin juste en regardant son visage ? » déclara Zagan.

Tandis que Néphy clignait des yeux, les yeux grands ouverts, elle fit un petit rire étouffé.

« Si vous dites une telle chose, alors n’importe qui serait de bonne humeur, » murmura Néphy.

« Pourquoi ça ? » Zagan n’arrivait pas à comprendre le sens des mots de Néphy alors qu’elle s’appuyait contre son épaule.

« Je crois que la raison pour laquelle Foll était si heureuse, c’est parce que vous avez dit “si on passait mille ans ensemble”. Ce que je veux dire par là..., les dragons ne sont-ils pas censés vivre beaucoup plus longtemps que les humains ? Non seulement cela, mais vous avez dit que vous vous comprendriez mutuellement..., » murmura Néphy.

Le fait qu’on lui ait dit cela avait finalement fait naître une certitude chez Zagan.

Les races mythiques des dragons étaient une race dont on disait qu’elle vivait plus de dix mille ans. Avec la durée de vie initiale d’un être humain, il était probablement impossible de passer du temps ensemble. Après tout, ils n’avaient même pas vécu assez longtemps pour traverser l’enfance d’un jeune dragon. En tant que tel, il était difficile de trouver une existence avec laquelle ils pourraient vivre ensemble pendant leur temps éternel.

Il s’agissait peut-être de la raison pour laquelle la rancune qu’elle éprouvait pour le meurtre de son parent-dragon était si profonde.

L’histoire aurait pu être différente si c’était un dragon mûr qui avait franchi l’âge de l’enfance. Cependant, pour un jeune dragon qui avait encore besoin de ses parents, l’angoisse qu’il ressentait à l’idée de se faire voler ça aurait dû être la même que celle des humains, ou peut-être même beaucoup plus grande.

Je suppose qu’à la fin, si je n’achève pas Raphaël le plus tôt possible, ça va devenir quelque chose de gênant.

Si Foll et cet homme devaient se rencontrer, au pire, il était tout à fait possible que cela se transforme en une guerre totale avec l’Église. Si cela se produisait, ce serait un énorme pas en arrière dans l’objectif de Zagan de faire en sorte que Néphy puisse vivre sous le soleil.

Et pendant qu’il se creusait la tête pour savoir quoi faire, Néphy marmonnait d’une voix un peu triste.

« Ce serait bien... si je pouvais aussi passer autant de temps avec vous..., » murmura Néphy.

Et cette fois, c’était Zagan qui l’avait regardée avec stupéfaction.

« Qu’est-ce que tu dis ? N’est-ce pas évident que tu seras avec nous, Néphy ? » Les elfes étaient aussi une race avec une longue durée de vie, même si ce n’était pas au même niveau que les dragons. Si l’on ajoutait à cela le pouvoir de la sorcellerie, ce serait probablement une bagatelle pour elle de vivre au moins mille ans.

En ce sens, c’était Zagan qui devrait faire le plus d’efforts pour vivre une longue vie.

Tandis que les yeux azurés de Néphy tremblaient devant sa réponse, elle lui fit un grand signe de tête.

« Oui ! Je vous accompagnerai partout où vous irez, Maître Zagan, » déclara Néphy.

Cette fois-ci, Zagan avait été surpris, et avant qu’il ne s’en rende compte, son visage et celui de Néphy étaient assez proches pour que leurs nez se touchent presque.

Argh... Les cils de Néphy sont si longs que ça, hein ? Ou plutôt, elle sent bon !

En y repensant, le fait qu’elle portait sa chemise de nuit montrait qu’elle venait de sortir du bain, ce qui signifiait que Zagan sentait probablement l’odeur du savon. En réalisant tout cela, il toucha ses cheveux, qu’il laissa circuler de sa main. Ils étaient encore un peu humides, froids et doux.

À peu près au même moment, Néphy avait également pris conscience de la distance qui les séparait. Elle était maintenant rouge vif du bout de ses oreilles pointues jusqu’au sommet de ses joues.

« Néphy..., » il l’appela par son nom, et les yeux de Néphy devinrent moites. Tandis que son regard était aspiré par ses lèvres roses, Zagan lui toucha doucement la joue.

« Ah..., » elle laissa s’échapper ce souffle qui ne faisait que rendre le visage de Zagan de plus en plus bouillant.

Si c’était maintenant, il pensait qu’elle le permettrait. Oui, il était sûr que c’était bien de toucher sa peau d’un blanc pur, et d’aller de l’avant après ça.

Et puis, au moment où leurs lèvres allaient se rencontrer...

« Hé, Zagan ! C’est grave ! » Un cercle magique brillait au milieu de la pièce, et la voix de son ami indésirable qui ne savait pas lire l’atmosphère résonna.

Tremblant au début, Zagan et Néphy s’étaient éloignés l’un de l’autre. Et puis, le visage de Barbatos était soudain apparu au centre du cercle magique.

« Hé, au moins réponds-moi. Qu’est-ce que tu... euh, hein ? » s’exclama Barbatos.

Zagan se leva lentement et se plaça devant Barbatos. Et dans son regard, on ne trouverait même pas une once de compassion.

« Sors de ta surface d’ombre, Barbatos. Je vais te transformer en viande hachée, » déclara Zagan.

« Pourquoi es-tu si énervé ? » demanda Barbatos.

Zagan avait sérieusement l’intention de tuer Barbatos, mais en voyant « l’autre personne » qu’il portait dans le cercle magique, il avait arrêté sa main.

« Chastille ? » demanda Zagan.

« Ne m’as-tu pas dit d’aller la voir pour... ? » demanda Barbatos.

Eh oui, Barbatos portait la jeune fille qui avait servi comme Chevalier Angélique. Cependant, contrairement à quand Zagan l’avait rencontrée dans l’après-midi, elle portait son armure sainte. De plus, sur son dos se trouvait une Épée Sacrée.

Malheureusement, son visage était pâle et sa respiration difficile. Il n’avait pas vu de blessures externes, mais elle n’avait pas l’air d’avoir un état de santé optimum. Afin de mieux comprendre la situation, Zagan toucha le cou et le front de Chastille, puis l’examina.

Son pouls est élevé, et pourtant, sa température est étrangement basse. À partir de cet élément, il avait immédiatement découvert la cause de l’irrégularité.

« Est-ce du poison ? » demanda Zagan.

« Probablement. On lui a donné à boire et c’est arrivé, » répondit Barbatos.

Zagan avait immédiatement cédé la place à Néphy.

« Néphy, je vais la soigner. Donne-moi un coup de main, » déclara Zagan.

« D-D’accord, » bien qu’elle n’ait pas encore digéré toute la situation, Néphy hocha immédiatement la tête et posa doucement Foll sur le sol avant de se lever

Et puis, comme on pouvait s’y attendre, Foll s’était réveillée.

« ... Zagan, tu es bruyant, » déclara Foll.

« Je suis désolé pour ça. Tu peux aller continuer à dormir, » déclara Zagan.

Alors que Foll se frottait les yeux en marmonnant, Zagan lui donna une réponse apathique. Mais ensuite, elle avait commencé à renifler l’air.

« Hein... ? Cette odeur... » Et c’est alors que Foll avait déplacé son attention sur... l’Épée Sacrée se trouvant sur le dos de Chastille.

Ah, merde. Au moment où Zagan remarqua à quel point la situation était grave, les yeux dorés de Foll s’illuminèrent de rage.

« Un Chevalier Angélique ! » Le bras de Foll s’était transformé en celui d’un dragon. Même si elle n’était qu’une jeune fille, ses griffes pouvaient facilement déchirer l’acier. Elles possédaient probablement assez de pouvoir destructeur pour rivaliser avec celui du poing de Zagan lorsqu’il l’utilisait avec son pouvoir de sorcier.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? H-Hey, Zagan ! » S’écria Barbatos.

Au moment où Barbatos fit entendre sa voix, Foll était déjà en train de frapper avec ses griffes.

« Arrête, Foll ! » Zagan avait réussi à attraper son bras et à arrêter son agression. Il avait réussi à arrêter les griffes de dragons à la limite du front de Chastille.

Foll était sûrement de mauvaise humeur.

« Pourquoi tu m’en empêches ? » demanda Foll.

« C’est mon invitée. Ne la tue pas de ton propre chef, » déclara Zagan.

En entendant ces paroles, les yeux de Foll s’étaient emplis de déception.

« ... Je vois, » elle faisait une grimace comme si elle avait été trahie.

Zagan ressentit alors une douleur à la poitrine d’avoir provoqué ce genre de visage à une jeune fille qui attendait un tel moment depuis longtemps.

La situation de Chastille était une course contre la montre. Cependant, il ne pouvait pas laisser Foll telle qu’elle était.

Zagan n’avait jamais pensé à sauver quelqu’un d’autre en tant que sorcier. Mais même ainsi, Foll était l’une des personnes que Zagan devait protéger. Et à cause de ça, Zagan l’avait questionné tranquillement.

« Tu détestes... les Chevaliers Angéliques ? » demanda-t-il.

« ... Zagan, tu aurais déjà dû le remarquer. Je suis devenu sorcier pour me venger des Chevaliers Angéliques, » déclara Foll.

Foll observait Zagan depuis le même temps qu’il l’observait.

Je ne peux pas... juste balayer ça de façon irresponsable, hein ? Se résignant, Zagan hocha la tête.

« Alors, la cible de ta vengeance est-elle cette fille ? » demanda Zagan.

« Un porteur d’Épée Sacrée a tué mon père, » répondit Foll.

« Je vois. Mais ça ne pouvait pas être elle, » prenant la main de Foll dans sa propre main, Zagan l’avait attirée contre lui.

« Hey, Foll. Se venger en tuant tous ceux que l’on peut trouver est une erreur que font souvent les amateurs. Même si tu tues celle-là, ça n’aurait aucune importance pour celui dont tu veux te venger. Au contraire, cela ne ferait qu’augmenter le nombre d’ennemis que tu auras. Et ces ennemis deviendront probablement d’autres obstacles sur le sentier de ta vengeance, » déclara Zagan.

« Zagan, qu’est-ce que tu sais de moi ? » La voix de Foll trembla de colère et d’irritation lorsqu’elle le lui demanda, et Zagan secoua la tête.

« C’est pourquoi je dis que tu es un amateur. La vraie vengeance... est différente, d’accord ? » dit Zagan, puis dirigeant sur elle un regard sévère, mais chaleureux comme un père affectueux, il continua, « La vraie vengeance est de prendre ta cible, de la tourmenter intensément, de l’entraîner au plus profond de la peur et du désespoir, et enfin de la faire supplier de la laisser mourir, compris ? »

Entendre cela n’avait pas seulement laissé Barbatos, mais aussi Foll, complètement abasourdi. Cependant, Zagan avait simplement continué avec indifférence.

« Et puis tu le tues quand tu es satisfait, et à ce moment-là, ta vengeance a enfin été assouvie proprement. En le tuant d’un coup, tu ne te sentiras pas du tout soulagé. Une vengeance si simple... ne te sauvera jamais, » déclara Zagan.

Les paroles de Zagan avaient probablement été prises au sérieux par elle, alors qu’une ligne de sueur coulait sur la joue de Foll.

« Zagan, as-tu aussi... pris ta revanche avant ? » demanda Foll.

« Ouais. Par contre, je l’ai tué d’un coup, donc je ne me suis pas du tout senti soulagé... C’est pour ça que je t’apprendrai la bonne façon de le faire, » déclara Zagan.

Zagan parlait de l’ancien propriétaire de ce château, le sorcier qui avait essayé de l’utiliser comme un sacrifice. Après avoir été enlevé, Zagan avait été longuement torturé afin d’augmenter son intérêt en tant que sacrifice. À ce moment-là, il avait trouvé une occasion et il l’avait utilisée. Cependant, ce qui lui restait, ce n’était pas le soulagement d’avoir survécu ou le sentiment d’accomplissement après la victoire, mais un vide dans son âme, du moins, jusqu’à un certain événement.

J’aurais dû le tourmenter à mort...

Et vu comment il était maintenant, après dix ans, Zagan connaissait des méthodes beaucoup plus efficaces. Il y avait après tout beaucoup d’instruments de torture à sa disposition dans ce château. Et il s’en servirait pour assouvir la soif de vengeance de Foll.

Peut-être submergée par son énergie, Foll hocha la tête à plusieurs reprises.

« C-Compris, » déclara-t-elle, et c’est alors que son bras de dragon revint à sa forme humaine.

« ... Hé, es-tu vraiment d’accord d’enseigner ça à ta fille adoptive ? » Barbatos faisait une tête étonnée en lui posant cette question, mais Zagan n’avait pas le temps de s’en soucier.

***

Partie 5

« Hein... ? » Alors que Chastille ouvrait les yeux, elle avait vu un plafond inconnu s’étendre devant elle. Cela avait l’air vieux et fait de pierre, cependant, il n’était en aucun cas sale. En fait, elle pouvait dire qu’il avait été soigneusement entretenu. De plus, elle pouvait dire qu’il faisait nuit à cause de la couleur par-delà la fenêtre. Seule la faible lumière d’une bougie illuminait la pièce de façon réduite.

Où suis-je... ? Alors que Chastille s’était assise là, complètement déconcertée, elle entendit soudain une voix calme à ses côtés.

« Donc tu es réveillée. »

« Za... gan... ? »

Elle aperçut alors un sorcier au visage de méchant qui, d’une certaine manière, avait aussi un regard apathique. Et dans son esprit, elle était sûre que son regard était devenu beaucoup plus doux que lors de leur dernière rencontre.

Zagan baissa les yeux vers un livre épais, détournant son attention de Chastille.

« Remercie donc Néphy. C’est elle qui a prodigué le traitement. »

« Traitement..., » sa tête était encore dans le brouillard, elle n’arrivait pas à réfléchir correctement.

 

 

Ai-je... perdu contre quelqu’un... ? Si c’est le cas, alors pourquoi est-ce que je me suis battue ?

Alors que Chastille laissait ses yeux vagabonder, elle aperçut une grande épée qui était à côté de son lit. C’était une Épée Sacrée. Son Épée Sacrée. Il n’y avait aucun signe de sang ou d’éraflure provenant d’épées croisées. Et tandis qu’elle la regardait avec surprise alors qu’elle était à la recherche de ses mots, Zagan avait parlé comme s’il ne pouvait pas simplement la regarder.

« Il semble que tu as ingéré du poison. Je n’en sais moi-même pas plus que ça, » déclara Zagan.

En entendant ces paroles, Chastille se souvient de souvenirs perdus.

C’est vrai. J’ai été convoquée par une lettre...

« La Faction d’Unification... ? »

L’homme qui avait appelé Chastille s’était nommé membre de ce groupe. Il se cachait dans l’ombre, alors elle n’avait jamais réussi à voir sa silhouette. Il avait prétendu que c’était mieux pour eux deux. Et ainsi, elle croyait qu’il était un Chevalier Angélique tout comme elle.

Quoi qu’il en soit, elle avait entendu la voix d’un homme qui ne semblait pas trop jeune. Il était calme, et même d’une certaine manière semblable à celle d’un sage ayant une profonde sagesse. Cela ne ressemblait pas du tout à la voix d’une personne qui maniait une épée pour tuer des sorciers.

D’une certaine façon, c’était semblable à celui de Clavwell, mais il s’était aussi montré beaucoup plus ouvert d’esprit. Et cet homme lui avait parlé calmement.

« Même après mille ans, la bataille avec les sorciers n’a pas pris fin. L’Église devrait être un moyen de garder les sorciers sous contrôle, et non un groupe qui se concentre sur leur meurtre. Je suppose donc que tu peux nous voir comme un rassemblement de ceux qui ont de telles croyances, » avait déclaré l’homme.

C’était la première fois que Chastille avait entendu parler d’une telle faction au sein de l’Église, et cela l’avait beaucoup désorientée.

Après tout, dans son esprit, il s’agissait de pensées venant d’un hérétique. Et tandis qu’elle exprimait ces croyances, l’homme se mit à rire calmement.

« Et en quoi, je te le demande, tes actions diffèrent-elles à cet égard ? » demanda l’homme.

En tant qu’Archange, Chastille s’opposait à l’assujettissement d’un Archidémon. Si ce n’était pas de l’hérésie, qu’est-ce que c’était ?

Chastille ne pouvait rien dire pour réfuter le point de vue de l’homme, alors il avait continué à parler.

« Cela t’intéresserait-il de te joindre à nous ? Toi, qui as si ouvertement contrarié l’Église, tu as besoin d’alliés puissants. Tu pourrais rejoindre nos rangs. En te défendant, toi qui manies une Épée Sacrée, nous aussi, nous pourrions marcher sous la lumière du soleil. Dis-moi, n’est-ce pas une offre raisonnable ? »

Tant qu’un homme comme Raphaël existait, Chastille ne verrait pas la lumière du jour suivant. Et donc, étant donné la situation, ce n’était pas une situation où elle avait le luxe de s’inquiéter des apparences.

Ce qui veut dire... qu’il est un subordonné de Son Éminence Clavwell ? Clavwell avait dit qu’il sauverait Chastille de sa situation actuelle, donc il y avait une forte probabilité qu’il travaille avec une telle faction.

Mais si j’accepte leur offre et que je vis, que vais-je faire du reste de ma vie... ?

Elle se voyait déjà à ne plus pouvoir servir l’Église. Cependant, en tant que Chevalière Angélique, elle n’avait plus d’autre voie qui était ouverte devant elle. Elle n’avait nulle part où retourner.

Chastille n’avait pas pu répondre tout de suite, alors l’homme l’avait solennellement rassurée.

« C’est bien si tu ne réponds pas immédiatement. Cependant, je dois te prévenir de ne pas retarder ta décision trop longtemps. Voyons voir... Comme preuve de notre sincérité, lorsque tu auras besoin d’aide, tu peux appeler ce nom. »

« Orobas. »

Le mot qu’il avait prononcé lui avait semblé grave pour une raison ou une autre. En fait, le simple fait de s’en souvenir lui avait réchauffé le corps pour une raison inconnue. Et comme elle demandait si c’était le nom de l’homme, il ne donna qu’une réponse vague.

« Je suppose que tu peux dire que c’est à la fois correct et incorrect. Tu peux penser que c’est le nom de notre chef. »

Chef... Si c’était la tête d’une faction entière au sein de l’Église, ce devait être un Archange, un Chevalier Angélique de haut rang, ou un cardinal. Cependant, Chastille n’avait jamais entendu le nom d’Orobas dans l’Église.

Ce qui veut dire... c’est probablement le nom de l’organisation elle-même ? En tout cas, elle pouvait sentir que c’était un nom important pour eux.

« Ce nom... te protégera sûrement de tout mal. » Et avec ces derniers mots, la présence de l’homme avait disparu.

Est-ce que c’est bien... de leur faire confiance... ? C’était un homme plutôt mystérieux. Bien sûr, elle voulait le croire, mais si c’était un piège, non seulement Chastille, mais même ses subordonnés seraient en danger.

De retour dans sa chambre, elle réfléchit à la question pendant tout ce temps, et on lui prépara du thé.

En y repensant, elle aurait dû rester plus vigilante après cette rencontre. Cependant, comme Chastille était en pleine réflexion, elle avait fini par le boire sans hésiter un instant. Et puis, quand elle était revenue à elle, elle avait été soignée dans cet endroit.

Chastille avait déclaré ces détails petit à petit.

La voix de cet homme... J’ai l’impression de l’avoir déjà entendu quelque part... Cependant, ce n’était pas clair. Non, plutôt que de ne pas s’en souvenir, elle pensait que sa conclusion était impossible.

Quant à Zagan, elle ne savait pas s’il l’écoutait ou non, car il gardait simplement le silence en feuilletant les pages de son livre.

Peu de temps après la fin de l’histoire de Chastille, Zagan avait parlé sur un ton désintéressé.

« Dis-moi, sais-tu qui t’a empoisonnée ? » demanda Zagan.

« Hm... Je me le demande ? » En y pensant normalement, Raphaël était la conclusion évidente. Si Clavwell ne s’était pas faufilé dans leur conversation, il l’aurait peut-être même éliminée lors de leur première rencontre. Pour l’instant, c’était lui qui voulait le plus sa mort.

Cependant, elle était aussi devenue une ennemie de l’Église elle-même. En l’état, il y avait d’innombrables suspects. Les ennemis potentiels étaient plus nombreux que tous ses doigts réunis.

Zagan secoua la tête comme s’il avait lu l’esprit de Chastille alors qu’elle réfléchissait à toutes les possibilités.

« Cet homme... Raphaël, je crois qu’il m’en a parlé ? Ce n’est probablement pas lié à lui, » déclara Zagan.

« Pourquoi ? Ou plutôt, connais-tu le Seigneur Raphaël ? » demanda Chastille.

Alors que Chastille l’interrogeait, le regard ébahi, Zagan poussa un soupir pour montrer qu’il trouvait toute la situation assez gênante.

« Il s’est immiscé pendant que je buvais de l’alcool, alors j’ai perdu mon sang-froid dans une certaine mesure, » répondit Zagan.

Cet homme épouvantable semblait même prêt à pointer son épée vers Zagan alors qu’il l’appâtait pour qu’il donne des informations sur Chastille.

« Il a abattu près de 500 sorciers. Ce genre de personne préfère tuer sur le champ plutôt que d’orchestrer une tentative d’assassinat. Au lieu de se servir du poison, il t’exécuterait éhontément avec son épée. Il semble aussi avoir obtenu le prétexte pour cela, » continua Zagan.

« Prétexte... ? » demanda Chastille.

Chastille ne savait pas de quoi il parlait, mais Zagan ne semblait pas vouloir partager davantage d’informations. Et alors qu’elle était perplexe devant ce fait, Zagan avait fermé son livre et s’était levé.

« Pour l’instant, il semble que tu sois l’amie de Néphy, alors je vais m’occuper de toi jusqu’à ce que tu reprennes des forces. Les idiots qui osent se disputer avec moi sont tous partis, alors ça devrait aller, » déclara Zagan.

« Att… ends…, » tandis que Zagan lui tournait le dos, Chastille avait soudain saisit sa robe

« ... Qu’est-ce que tu veux ? » Zagan avait laissé échapper une voix mécontente, mais Chastille lui avait simplement demandé ça d’un ton faible.

« Peux-tu... rester à mes côtés... juste un petit moment... peut-être... ? » La voix de Chastille était incroyablement douce pour un Archange.

Eh bien, à ce stade, je ne sais même pas devant qui jouer les durs.

Même si elle aurait dû savoir que ce jour viendrait un jour, Chastille se sentait complètement et totalement impuissante à l’idée d’être victime d’un attentat contre sa vie.

Zagan poussa alors un soupir exaspéré.

« ... Demande à Néphy pour ce genre de choses. » Ces mots lui étaient venus automatiquement et sa réponse était évidente. Bien sûr, ils ne s’étaient rencontrés que quelques fois, mais Chastille pouvait dire qu’il chérissait Néphy du fond du cœur. Lui demander de la réconforter tout en sachant tout cela était extrêmement déraisonnable de sa part.

Cependant, pour une raison inexplicable, Zagan s’était assis de nouveau sur sa chaise.

« E-Euh... ? »

« Il est impossible que je puisse réveiller Néphy à une heure aussi tardive, non ? » déclara Zagan.

« Euh, alors, tu vas... rester avec moi ? » demanda Chastille.

« Je vais juste m’asseoir ici et lire, » il avait refusé de la regarder en face, mais Zagan n’était pas parti.

« ... Désolée. » Chastille trouvait ça pathétique.

Qu’est-ce... que je lui ai demandé de faire ? Voulait-elle qu’il se tourne vers elle ? Ou peut-être voulait-elle s’échapper de l’Église et rester à ses côtés ?

Il n’y a aucune chance... que je puisse me mettre entre ces deux-là.

Zagan et Néphy étaient impossibles à haïr, alors elle voulait être témoin de leur avenir heureux ensemble. Et peut-être qu’elle avait aussi un rôle à jouer dans tout ça. Cependant, elle ne savait pas exactement quelle forme cela prendrait... c’était quelque chose qu’elle ne savait pas elle-même.

Pour l’instant, au moins, le fait d’avoir quelqu’un à ses côtés avait apaisé ses inquiétudes, et Chastille était tombée dans un profond sommeil avant même de s’en rendre compte.

***

Partie 6

« Alors, pourquoi ça s’est terminé comme ça !? »

Tôt le lendemain matin, Chastille semblait insatisfaite de quelque chose alors qu’elle faisait entendre sa voix en colère.

Elle était dans la salle à manger du château. Après avoir en quelque sorte expulsé le poison de son organisme pendant la nuit, elle avait réussi à se lever le matin et avait fini par prendre son petit déjeuner avec les autres.

Cependant, le changement vestimentaire que Néphy lui avait imposé lui avait valu sa colère.

« Je pense que ça te va très bien. » Néphy avait essayé de la consoler d’une manière peu convaincante.

Chastille portait une robe et un tablier semblable à ceux de Néphy. Comme il s’agissait d’un ensemble de pièces de rechange de Néphy, même s’il s’agissait de l’habituel uniforme de femme de chambre, cela n’était pas très flatteur en comparaison.

« Grrr... Je suis la Vierge à l’Épée Sacrée, tu sais ? Pourquoi dois-je imiter une simple servante ! » s’exclama Chastille.

« Hé, fais gaffe à ce que tu dis. Je ne pardonnerai à personne qui parle mal de Néphy, » sa colère avait un sens, car les appeler les vêtements d’une simple servante, c’était identique à appeler Néphy une simple servante. Il n’y avait aucune chance qu’il puisse pardonner une telle chose, même si Chastille était l’amie de Néphy.

Et alors qu’il l’en avait informé, en un clin d’œil, Chastille s’était finalement écroulée à genoux, les larmes aux yeux.

« ... Pour l’instant, mon cœur ne peut pas supporter beaucoup plus. Alors ne pourrais-tu pas au moins essayer d’être gentil avec moi ? » demanda Chastille.

« Ne fais pas l’enfant gâtée, » déclara Zagan.

Il y avait des yeux froids qui regardaient Chastille d’en bas pendant tout ce temps. C’était les yeux de Foll. Elle regardait Chastille fixement depuis derrière Zagan, mais le regard n’était en aucun cas amical. Elle avait cessé de penser à la vengeance, mais cela ne voulait pas dire qu’elle était prête à accueillir Chastille à bras ouverts.

Malheureusement, Zagan n’avait pas vraiment envie de régler la situation. Chastille sourit doucement à l’enfant qui se trouvait devant elle, sans se laisser emporter par les vrais sentiments de Foll.

« Ah, tu es... L’enfant adoptive de Zagan... ? » demanda Chastille.

« Ne me parle pas comme ça, tête de poney ! » s’exclama Foll.

« T-Tête de poney... ? » demanda Chastille.

Foll était vite sortie de la pièce après lui avoir crié dessus. Et étant si terriblement rejetée, Chastille s’attrapa la poitrine et se prosterna sur le sol.

« Qu-Qu’est-ce que j’ai fait de mal !? » demanda Chastille en pleurs.

« Désolée, Chastille. Je parlerai à cette enfant plus tard, » déclara Néphy.

« Hic... Néphy, tu es si gentille, » déclara Chastille.

Néphy prononça sans expression des mots de réconfort à la jeune fille à l’air pitoyable, et Chastille leva la tête comme si elle était guérie par eux. Cependant, Zagan secoua la tête.

« Non, laissons Foll s’en sortir tranquillement avec ça. Même si elle te harcèle un peu, ce n’est pas comme si elle allait te tuer, » déclara Zagan.

« Alors quoi ? Tu penses que tout va bien tant qu’elle ne me tue pas ? » demanda Chastille.

Et en réponse à l’étonnement de Chastille, Zagan avait soudain fait une expression sérieuse.

« Il semble que son père... ait été tué par un porteur d’Épée Sacrée, » déclara Zagan.

« ... » Et avec ça, Chastille se sentit à court de mots.

Zagan s’arrêta un moment, puis continua tranquillement à parler.

« Ce n’est pas comme si tu en étais responsable, mais je ne peux pas dire à une gamine de faire une distinction aussi claire. Je te mettrai à l’abri ici, mais je comprends sa situation, » déclara Zagan.

Pour l’instant, le fait de faire travailler Chastille en tant que servante était aussi en partie une considération pour Foll. Elle s’était déjà retirée une fois, mais si Chastille avait été traitée avec l’hospitalité d’une invitée, alors sa colère aurait sûrement augmenté de nouveau.

Sentant peut-être une responsabilité, Chastille avait baissé les yeux.

« ... Alors, ne vaudrait-il pas mieux... que je parte ? » demanda Chastille.

Elle avait une réaction naturelle, mais Zagan secoua la tête.

« Je ne te l’ai pas déjà dit ? Ça ira si tu laisses Foll en paix. Malgré les apparences, elle est d’une race très fière. Sa fierté devrait l’empêcher d’agir inutilement, » déclara Zagan.

... C’est du moins ce qu’il pensait.

***

Partie 7

Un moment plus tard...

« Argh... ! » Le cri de Chastille avait retenti dans tout le château.

« ... Qu’est-ce qu’il y a maintenant ? »

Zagan appela Chastille sans une once de compassion alors qu’il la regardait tomber à plat ventre.

« P-Pendant que je nettoyais, une grenouille a atterri sur ma tête..., » déclara Chastille.

 

 

En y regardant de plus près, il était évident qu’il y avait encore une petite grenouille sur le dessus de sa tête. Pendant qu’elle passait la serpillière sur le sol, une grenouille lui avait été jetée dessus. Et c’était maintenant le troisième en si peu de temps.

Zagan éclata de rire de façon irréfléchie lorsqu’il aperçut son expression ridicule, qui était accompagnée de ses yeux larmoyants.

« N-Ne rigollllllle pas ! N’est-ce pas différent de ce que tu as dit ? » demanda Chastille.

On dirait que c’était Foll qui l’avait fait.

« Ah, on dirait que c’est le résultat de ses tentatives de te harceler sans utiliser aucun pouvoir, hein ? » déclara Zagan.

« N’as-tu pas dit que sa fierté l’empêcherait d’avoir recours au harcèlement ? » demanda Chastille.

« Ce n’est qu’une enfant, donc c’est compréhensible, » répondit Zagan.

Dans tous les cas, c’était beaucoup plus sain que les actions d’enfance de Zagan, et il n’avait pas envie de lui en vouloir pour chaque petite chose.

Chastille se retourna alors fixement vers lui.

« ... Tu la favorises beaucoup ici, hein ? Je doute que tu poses les mains sur une enfant, mais c’est inattendu pour toi d’être si indulgent, » déclara Chastille.

« Suis-je indulgent ? » demanda Zagan.

« Tu l’es ! » s’écria Chastille.

Chastille hocha vigoureusement la tête lorsque Zagan pencha la sienne sur le côté dans la confusion. Réalisant sa propre erreur, Zagan détourna le regard en se grattant la tête.

« Quand je l’ai rencontrée pour la première fois, je ne savais pas qu’elle était une enfant et j’ai fini par la frapper de toutes mes forces. J’imagine que je me sens encore coupable à ce sujet..., » expliqua Zagan.

« Frappé, tu dis... Attends un peu. Si c’est le cas, ça veut dire qu’elle était à l’origine une ennemie, n’est-ce pas ? » demanda Chastille.

« Eh bien, oui, » répondit Zagan comme si ce n’était rien, ce qui laissa Chastille sous le choc.

« Alors pourquoi traites-tu cette enfant beaucoup mieux que moi !? Nous étions tous les deux tes ennemies au début, n’est-ce pas ? » demanda Chastille.

« Je ne t’ai pas vraiment fait de mal ou quoi que ce soit du genre. Et je ne suis pas du genre à prendre plaisir à frapper une dame, » déclara Zagan.

« D-Dame... ? » s’exclama Chastille.

Pour une raison inconnue, la réponse de Zagan fit virer le visage de Chastille au rouge vif.

« Argh, a-alors dans ce cas, frappe-moi aussi. Je déteste être maltraité, mais je vais le supporter juste pour cette fois ! » déclara Chastille.

« ... Qu’est-ce que c’est que ça ? Ne me dis pas que tu aimes ça... ! » s’exclama Zagan.

« T-Tu te trompe ! Je veux juste dire par là que je veux aussi être correctement..., » commença Chastille.

Qu’est-ce qu’elle voulait en vérité ? Chastille était devenue rouge vif et hésitait à parler davantage.

Et tandis qu’il regardait cette fille, Zagan avait sincèrement eu pitié d’elle. La vie privée de cette fille est vraiment en pagaille, hein... ?

Cela pouvait aussi être attribué aux farces de Foll, mais après avoir eu ouvert la bouche, elle s’était mise à mordiller ses lèvres, en bégayant de temps en temps tout en étant pendant tout ce temps au bord des larmes.

Zagan ne pouvait pas vraiment critiquer son incapacité à former des mots, étant donné la situation. De plus, comme un seau a été renversé près de Chastille, il y avait de l’eau sale partout. Et parce que de telles choses s’étaient produites à plusieurs reprises, l’endroit était maintenant plus sale qu’avant qu’elle ne vienne pour commencer à nettoyer.

Quand elle avait affronté Zagan en tant que Chevalier Angélique, elle avait beaucoup plus de dignité. Cependant, en même temps, son état lamentable était également un soulagement.

Si elle était comme ça, alors Foll ne penserait probablement pas sérieusement à la tuer.

À peu près à la même époque, après avoir fait de telles farces à plusieurs reprises, Zagan soupçonnait Foll d’avoir commencé à avoir des doutes sur sa haine. En fait, elle semblait même éprouver le besoin d’être plus amicale avec la porteuse d’Épée Sacrée.

Par un coup de chance, il semble que Foll ait rencontré la seule personne qui pouvait la faire renoncer à sa quête de vengeance. Et tout en pensant cela, Zagan avait fait un grognement en laissant sortir un « Hmph ».

« Je ne comprends pas vraiment, mais as-tu récupéré un peu de ton énergie ? » demanda Zagan.

« Eh, ah... Tu t’inquiétais pour moi ? » demanda Chastille.

S’il ne l’était pas, il n’aurait pas fait tout son possible pour que Barbatos la surveille. Cependant, Zagan n’avait pas la personnalité pour le dire honnêtement à haute voix, et il sentait qu’il n’en avait pas non plus besoin, alors il avait simplement haussé les épaules.

« Qui sait ? » déclara Zagan, en évitant sa question. Puis, il la regarda d’un air aiguisé et continua : « Plus important encore, pense à la façon dont tu vas t’y prendre avec celui qui t’a empoisonnée. Tu as au moins une idée, non ? »

« Euh, c’est..., » le visage de Chastille s’était instantanément durci. Et comme si sa main droite cherchait quelque chose, elle se serrait et se desserrait sans cesse.

Ce geste avait permis à Zagan de pointer son regard sur le dos de Chastille. Elle ne porte pas son Épée Sacrée, hein ?

Zagan n’avait pas l’intention de lui faire du mal, mais pour un Chevalier Angélique comme Chastille, c’était un territoire hostile. Foll lui avait même ouvertement fait part de son hostilité, et c’était donc un mauvais plan de se séparer de ses meilleurs moyens de se protéger. Le fait qu’elle ait quand même mis de côté son Épée Sacrée était de mauvais augure...

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, sa frustration était peut-être profondément enracinée, hein ?

Un porteur d’Épée Sacrée s’était séparé de son Épée Sacrée. Cela n’était possible que s’il n’avait plus la volonté de l’exercer. Après tout, même si l’on s’emparait d’une Épée Sacrée, il était impossible d’abattre des sorciers ou des Chevaliers Angéliques avec des idéaux boiteux.

Zagan avait déplacé son regard vers le bout du couloir. Et là-bas, Foll regardait l’état des choses d’un regard fixe.

Je suppose que je vais lui dire de se retenir un peu, hein ? Il n’avait pas l’intention de laisser Chastille rester pour toujours, mais cela dit, il n’allait pas simplement la jeter dehors dans son état actuel. Si elle avait besoin de plus de temps pour se remettre sur pied, il avait au moins l’intention d’attendre.

Et par la suite, les farces de Foll, dont la gravité s’était allégée, n’avaient fait qu’augmenter en fréquence. En un rien de temps, le cri de Chastille qui résonnait à travers le château devint un phénomène quotidien.

À sa façon, ça pourrait prouver qu’elles s’entendaient bien.

Mis à part les moyens, on aurait dit qu’une forme de communication entre Foll et Chastille était née. Et comme cela avait continué pendant plusieurs jours, un certain soir...

« Maître Zagan, c’est sérieux. Foll a disparu ! » Les cris désespérés de Néphy résonnaient dans tout le château, anéantissant tout sentiment de bien-être parmi ses habitants.

***

Chapitre 4 : Abattre un monstre maléfique est le travail d’un Chevalier Angélique

Partie 1

« ... Zagan est gentil, mais ça ne sert à rien si je ne me venge pas de mes propres mains, » murmura Foll.

Après s’être glissée hors du château en pleine nuit, Foll s’était rendue au Palais de l’Archidémon.

Bien qu’elle ait réfréné ça pendant un moment, à la fin, elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait pas se calmer si elle ne tuait pas le porteur d’une Épée Sacrée. Mais Zagan et Néphy... ne le permettront jamais.

Il était difficile de comprendre comment un sorcier et un Chevalier Angélique pouvaient être amis, mais cela semblait vrai. Et si elle tuait cette amie, ils ne le lui pardonneraient pas.

« C’était... agréable là-bas, » elle voulait rester avec eux pour toujours. Elle voulait dépendre de Zagan, qui disait qu’ils seraient ensemble pendant mille ans. Et, comme prévu, c’était la principale raison pour laquelle Foll n’avait pas agi immédiatement.

En fin de compte, Foll était probablement beaucoup trop jeune pour mener à bien sa vengeance. Après tout, elle ressentait la solitude tout autant que la haine. Et Zagan et Néphy enterrèrent impitoyablement ce sentiment en la consolant. À ce rythme, Foll savait que si elle se blottissait contre eux jusqu’à ce qu’elle devienne un dragon mature, elle finirait par oublier sa revanche.

Puis il y avait eu Chastille, qui aurait dû être une cible, mais... c’était une fille vraiment étrange. Puisque Zagan avait dit à Foll de ne pas tuer Chastille, elle avait décidé de lui faire des farces. Bien sûr, Zagan et Néphy semblaient en colère, mais elle n’avait pas l’intention de s’arrêter surtout qu’ils ne lui en parlaient même pas. Si, par hasard, Chastille avait été en colère et pointait son Épée Sacrée vers Foll, alors elle aurait une raison de la tuer.

C’est du moins ce qu’elle pensait, mais Chastille n’avait jamais pointé son arme sur Foll. Au contraire, elle ne portait même pas son Épée Sacrée malgré le fait qu’elle se trouvait en territoire hostile. Et pourtant, juste au moment où Foll commençait à penser qu’elle avait un cœur fort, elle avait surpris Chastille au bord des larmes en train de la regarder fixement. Malheureusement, un seul regard sur la jeune fille avait fait perdre toute force à Foll.

N’était-ce pas ridicule de vouloir tuer une telle fille ? Zagan avait peut-être prévu que Foll finirait par se sentir ainsi, c’est pourquoi il n’avait rien dit à ce sujet. Après tout, cette seule pensée l’avait laissée en état de choc.

« Les Chevaliers Angéliques ont trahi le Dragon Sage Orobas. Je ne dois jamais... oublier ça, » murmura Foll.

Dragon Sage Orobas... C’était le nom du père de Foll. C’était un grand dragon qui avait vécu mille ans. Sa sagesse était profonde, et il était parfois strict, mais aussi incroyablement bon. Par son intelligence, il avait guidé non seulement Foll, mais aussi l’humanité. Foll était fière de l’avoir comme père, un dragon aussi distingué.

Un jour, un groupe d’humains qui s’appelaient Chevaliers Angéliques étaient passés. Elle ne savait pas de quoi ils parlaient, mais son père s’était envolé avec un Chevalier Angélique sur le dos... et n’était jamais revenu.

Lorsque le septième jour passa, Foll ne put plus attendre et s’envola à sa recherche. Et ce qu’elle avait vu, c’était son père... qui avait été transpercé par une Épée Sacrée, et la silhouette d’un homme buvant son sang comme un démon. Ce n’était pas une surprise, puisqu’une Épée Sacrée pouvait facilement porter un coup mortel même contre le Dragon Sage Orobas.

Ces Chevaliers Angéliques avaient trahi son père, qui leur avait prêté son pouvoir et sa sagesse à maintes reprises. Et elle ne pourrait jamais l’oublier. La haine ardente et illimitée en elle ne pourra jamais s’éteindre. Et pourtant, la vie avec Zagan était beaucoup trop confortable... Elle avait même failli apprécier son ennemie, Chastille.

Ma vengeance... est-elle si triviale ? Il n’y avait aucune chance que ça aurait dû l’être. Bien sûr, elle savait qu’il n’y avait aucun moyen de tuer les douze porteurs des Épées Sacrées avec ses pouvoirs immatures. Mais même ainsi, sa conscience n’aurait pas dû lui permettre d’ignorer un ennemi qui se tenait juste en face d’elle.

Et ainsi, Foll s’était rendue au Palais de l’Archidémon pour dissiper tous ses doutes. Cet endroit doit contenir quelque chose d’assez puissant pour tuer un Archange.

Elle était certaine que l’héritage de l’Archidémon lui permettrait d’aller au contact de ses ennemis jurés, donc même si cela signifiait trahir Zagan et Néphy, elle ne pouvait s’arrêter. Cependant, alors qu’elle ouvrait les portes du Palais de l’Archidémon...

« Wôw, dire qu’il y a un château même ici. »

En entendant cette voix, Foll s’était retournée avec un frisson. Et après l’avoir fait, elle avait vu un homme sortir des ténèbres.

Quelqu’un m’a suivie ? Parce qu’elle était si pressée, elle avait négligé d’être vigilante à l’égard de ce qui l’entourait. Pourtant, elle n’avait pas manqué de voir la grande épée sur le dos de la silhouette. Ses yeux s’étaient écarquillé dès qu’elle l’avait vue.

« Une Épée Sacrée... ! »

Elle pouvait sentir le mana sur sa peau avant même d’avoir eu la chance de vérifier l’inscription. Comment ne pourrait-elle pas ? Après tout, il s’agissait de l’odeur de l’Épée Sacrée qui avait abattu son père. Elle ne pensait pas qu’il y en aurait un autre en ville à part l’amie de Néphy et de Zagan.

Puis, comme s’il s’amusait, un sourire s’était glissé sur le visage rude de l’homme de grande taille.

« Tu es peut-être une enfant, mais je pense qu’on peut dire que tu es toujours un sorcier. C’est plutôt impressionnant que tu aies vu à travers moi avant même que je n’aie dégainé ma lame, » déclara l’homme.

Et puis, Foll avait finalement vu son visage.

« Tu es..., » c’était sans aucun doute le visage de l’humain qui avait bu le sang d’Orobas.

« Hmm, qui diable es-tu ? Je ne me souviens pas d’avoir fait connaissance de gosses idiots comme toi, » déclara l’homme.

À ce moment-là, Foll avait senti quelque chose se briser dans sa tête.

« ESPÈCE DE BATAAAAAAAARD ! » Foll avait rugi, puis elle transforma instantanément ses deux mains en celles d’un dragon, alors que des ailes vertes lui transperçaient le dos.

Elle n’avait même jamais pensé à utiliser la sorcellerie. Son esprit était consumé par la rage, alors elle l’avait simplement frappé avec ses griffes.

Cependant, l’Archange dégaina son épée bien plus vite que la pleine puissance de Foll ne pouvait le faire.

« Ah..., » et en réponse, une voix abasourdie s’était échappée d’elle.

C’est... la puissance d’une Épée Sacrée..., à part un Archidémon comme Zagan, personne ne pourrait faire face à une telle menace sans se soucier des conséquences. Foll était devenue sorcière précisément parce qu’elle le savait trop bien, mais elle avait quand même fait une erreur fatale à la fin...

La lame gravée était descendue sur le cou de Foll. Et ses dernières pensées à ce moment-là furent les visages que Zagan et Néphy avaient faits en lui caressant doucement la tête.

« Zagan..., » chuchota-t-elle désespérément tout en fermant les yeux, acceptant sa mort imminente et inexorable... Cependant, la douleur qu’elle craignait n’arriva pas, peu importe combien de temps elle attendait.

À sa place, il y avait la sensation d’un bras qui la serrait doucement par-derrière. Et puis, une voix arrogante avait retenti dans toute la salle.

« Il est vrai que je t’ai dit d’agir à ta guise, mais je pense que je devrais au moins fixer un couvre-feu, » déclara la nouvelle voix d’homme.

« ... Hein ? » s’exclama Foll.

Par miracle, le bras de Zagan avait arrêté net l’Épée Sacrée.

***

Partie 2

« Eh bien... tu as bloqué mon coup, Archidémon » déclara Raphaël.

Zagan avait attrapé l’Épée Sacrée de Raphaël à main nue... Cela dit, il y avait un cercle magique qui servait de bouclier entre sa peau et la lame.

C’était une grande épée possédant une lame d’un blanc pur. Et sur sa surface se trouvaient des symboles qui différaient de ceux utilisés en sorcellerie, mais qui étaient aussi quelque peu subtilement différents de ceux de Chastille. Il semblait que les gravures sur les Épées Sacrées différaient d’une lame à l’autre.

Donc ça veut dire... que c’est le nom inscrit sur l’arme ? Zagan inspecta son bras alors qu’il tenait l’objet avec fascination.

La peau de sa main qui tenait la lame était coupée, mais elle ne brûlait pas comme la dernière fois. Et c’était ainsi, malgré le fait que Raphaël avait une technique à l’épée beaucoup plus puissante que celle que Chastille avait démontrée.

On dirait que même une Épée Sacrée ne peut pas submerger l’Emblème de l’Archidémon, hein ? Si c’était le vieux Zagan ordinaire qui aurait fait ça, alors il aurait déjà perdu son bras droit. Cependant, grâce au mana d’un Archidémon, il n’y avait aucun signe que l’Épée Sacrée pourrait traverser ça.

Cependant, s’appuyer sur un objet n’est pas toujours très agréable. Sur ce point, puisque son adversaire utilisait aussi un objet puissant, c’était probablement bien de penser qu’ils étaient quittes.

Pour en revenir à l’affaire qui nous occupait, Raphaël semblait incapable de bouger à cause de l’emprise de Zagan sur son Épée Sacrée. Et pendant qu’ils se tenaient là, la voix tremblante de Foll s’échappa des bras de Zagan.

« Zagan, pourquoi... ? »

« Je viens de croiser un transporteur pratique. Et j’ai pensé que tu étais là, alors je lui ai demandé de me téléporter ici, » déclara Zagan.

Les pieds de Zagan étaient encore immergés dans une ombre, mais il était clair pour toutes les personnes présentes que ce n’était pas le résultat de sa sorcellerie.

« Je ne suis pas un transporteur, bon sang ! » Barbatos avait crié, sa voix était pleine de colère. Et après qu’il soit soudainement apparu de l’ombre, il avait pris position aussi loin que possible de Raphaël. On aurait dit qu’il ne voulait rien avoir à faire avec leur combat.

« Je t’avais dit que tu serais bien récompensé, non ? Ne te plains pas, » déclara Zagan.

Zagan lui avait ordonné de surveiller Chastille. Et heureusement, les sorciers étaient toujours restés fidèles à leurs contrats. Même après avoir sauvé Chastille, cet homme avait continué à suivre cet ordre, c’est pourquoi il avait reçu une réponse immédiate lorsqu’il l’avait appelé en apprenant la disparition de Foll.

« Maître Zagan, Foll va-t-elle bien ? » demanda Néphy.

Il semblait que l’ombre était toujours reliée au château, alors Zagan, bien sûr, avait répondu à la question de Néphy d’un ton doux.

« Foll est saine et sauve. On repartira dès que j’aurai nettoyé l’endroit. Attends au château, Néphy, » déclara Zagan.

« D’accord, » en vérité, Néphy voulait vraiment venir aux côtés de Foll. Malgré tout, elle avait décidé de garder ses sentiments sous contrôle, car elle savait que les choses allaient mal tourner.

« ... Bon, de toute façon, rentrons. Les enfants ne devraient pas se promener si tard le soir. Nous rentrons après ça à la maison, » déclara Zagan avec son ton arrogant habituel. Cependant, Foll secoua la tête.

« Non, ça n’a aucun sens... Je... t’ai trahi... Et pourtant, pourquoi... ? » balbutia Foll.

Quoi, c’est tout ? Zagan caressa la tête de Foll quand les larmes commencèrent à couler de ses yeux.

« Je t’ai dit de faire ce que tu voulais, non ? Ne t’en fais pas pour ces petits détails, » déclara Zagan.

Après avoir entendu cette réponse, Foll avait enfoui son visage dans la poitrine de Zagan. Les ailes du dragon avaient ensuite disparu de son dos, et ses bras et ses jambes étaient redevenus ceux d’un humain.

« Dés... olée..., » Foll pleurait.

« Bon sang... Qu’est-ce que je viens de dire, Foll ? » Il n’avait pas l’air de s’en rendre compte, puisqu’elle s’inquiétait pour les moindres détails.

Dieu merci... Je l’ai fait...

S’il était arrivé une seule seconde plus tard, Zagan l’aurait perdue. Et comparé à ça, le fait que Foll se faufile dans le Palais de l’Archidémon toute seule ne valait vraiment rien.

Finalement, après être resté ainsi pendant un certain temps, Zagan regarda fixement Raphaël.

« Je t’ai déjà prévenu, n’est-ce pas ? Je t’ai dit que si tu essayais de faire ce que tu veux dans mon domaine, je t’écraserais et te réduirais en bouillie, » déclara Zagan.

En réponse à cela, le Chevalier Angélique au visage maléfique répondit d’une voix pleine de confusion.

« Franchement, c’est maintenant bizarre... Suggères-tu qu’un sorcier protège une étrangère ? » demanda Raphaël.

« Ce n’est pas une étrangère. Cette fille... est ma fille. » Et Raphaël avait osé pointer son épée sur elle.

Je n’ai aucune raison de laisser cet homme en vie, n’est-ce pas ?

Néphy n’était pas en ce moment à ses côtés. De plus, il y avait aussi le fait qu’il était la raison de la rancune de Foll, alors Zagan avait décidé de le tourmenter autant qu’il le pouvait avant de le tuer.

Raphaël avait plissé ses yeux comme s’il se résignait.

« Je vois... ta fille, hein ? C’est donc compréhensible, » déclara Raphaël.

« C’est comme ça que ça se passe... Foll, recule un peu, » demanda Zagan.

Après avoir éloigné Foll, Zagan lâcha l’arme qu’il tenait, et Raphaël prit ses distances sans trébucher, corrigeant sa position avec son Épée Sacrée.

Toute cette situation avait fait que Zagan avait plissé ses sourcils. On est déjà en plein combat et il n’y a pas de soif sanguinaire ? Ce n’était pas comme si Raphaël n’avait pas d’esprit combatif, mais Zagan ne sentait aucune soif de sang dans son épée. Et pourtant, il avait sûrement l’intention de combattre Zagan avec.

« ... Puisque nous en sommes arrivés là, permets-moi de te prévenir. Si tu ne me résistes pas de toutes tes forces, je te massacre, » déclara Zagan.

« Bien que j’hésite, tu ne me laisses pas le choix. Je ne peux pas me permettre de mourir ici, » murmura Raphaël, puis il libéra finalement sa soif de sang.

« Écoute mon appel... Épée sacrée Metatron, » Raphaël avait annoncé ce nom, ce qui avait fait jaillir une flamme pâle hors de son Épée Sacrée.

« ... » Zagan avait envie de gémir, mais il l’avait enduré de justesse. C’est à ce moment-là qu’il s’était finalement rendu compte qu’il avait été joué au bar.

Brandissant son Épée Sacrée scintillante et rayonnante, Raphaël se mit à parler.

« C’est le pouvoir qui a vaincu les anciens Archidémons, réduisant tout le mal en cendres. Viens maintenant, fais face à mes Flammes de Purification. Affronte la puissance que seuls les vrais maîtres de l’Épée Sacrée peuvent manipuler, » c’était probablement pour cela qu’une Épée Sacrée avait choisi son propre manieur, car l’exercice d’un pouvoir aussi impressionnant ne pouvait pas être facile.

C’est donc... le vrai pouvoir de l’Épée Sacrée... !?

Des vagues de chaleur avaient déferlé venant des Flammes de Purification. Et le simple fait de les toucher avait démantelé le cercle magique de Zagan. Alors même qu’il tentait de tisser de nouvelles sorcelleries, elles avaient été détruites dès qu’il avait fini de construire le circuit. À ce moment-là, n’importe quel sorcier moyen aurait déjà été réduit à un état d’impuissance.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’il a, ce type ? » s’écria Barbatos.

La puissance destructrice de l’Épée Sacrée était une chose, mais la soif de sang de Raphaël avait un caractère féroce comme celle d’une bête face à une proie poursuivie. Même Barbatos s’était senti dépassé et s’était retiré de peur.

Malgré tout, la voix tremblante de Foll s’était fait entendre de derrière Zagan.

« Zagan, pourquoi... ? » Elle se demandait probablement pourquoi Zagan avait pris la peine de provoquer Raphaël. Après tout, s’il avait agi tout de suite, il aurait été plus facile de prendre le dessus.

Zagan lui répondit alors d’une voix douce.

« J’ai dit que je t’apprendrai la bonne façon de te venger, non ? Piétiner ton ennemi pendant qu’il met toute sa puissance pour te résister, c’est un moyen. Cela l’humiliera et l’entraînera dans les profondeurs du désespoir, » déclara Zagan.

Il émanait de Raphaël une soif de sang presque inhumaine, mais il n’y avait aucun doute dans l’esprit de Zagan qu’il était un ennemi qu’il pouvait vaincre. D’ailleurs, achever un Archange deviendra le parfait moyen d’avoir la paix.

En surface, ceux qui s’opposaient à Zagan avaient disparu, mais il y avait encore ceux qui attendaient qu’il baisse sa garde. La défaite d’un Archange servirait de dissuasion finale parfaite.

Après avoir réfléchi à de telles pensées, Zagan avait donné un coup de pied au sol. Le sol de pierre avait été brisé en morceaux et il s’était immédiatement rapproché de Raphaël.

« Hnnngh. »

« Trop lent, » déclara Raphaël en balançant son épée vers Zagan, mais Zagan osa l’attraper avec sa main droite.

Il avait ses mains nues, mais ce n’était pas un poing qui bloqua. Non, dans la paume de la main de Zagan, un cercle magique fait de mana condensé était apparu. Il semblait petit, mais en vérité, toutes les lumières qui semblaient former des lignes étaient des circuits. En fait, le nombre qu’il avait construit là dépassait facilement les deux milles. Et la frappe initiale de Raphaël était ainsi bloquée par ce cercle magique.

Peu importe la puissance de ces Flammes de Purification, elles ne peuvent pas brûler 2000 circuits en un instant. Ainsi, dois-je l’appeler l’Écaille des Cieux ?

Zagan ne croyait pas beaucoup au pouvoir d’un Archidémon. Après tout, il avait déjà vu sa sorcellerie coupée par une Épée Sacrée. Et c’est exactement pour cela qu’il avait développé une nouvelle technique pour repousser les Épées Sacrées.

Cependant, malgré sa nature complexe, elle n’avait rien de spécial. À la place, c’était tout simplement solide.

Cela avait absorbé non seulement la sorcellerie de son ennemi, mais aussi le mana qui l’entourait pour continuer à s’améliorer. C’était de la sorcellerie qui était complètement inutile entre les mains de quelqu’un d’autre que Zagan. Et ce cercle magique dont le seul mérite était d’être solide... rejetait l’Épée Sacrée alors qu’un bruit résonnait dans les airs.

L’impact avait probablement été semblable à celui d’un coup d’épée sur un bloc de pierre. N’importe quelle personne ordinaire aurait sûrement eu les os dans les bras brisés. Mais même ainsi, Raphaël n’avait pas lâché son Épée Sacrée.

« Eh bien, c’est tout à fait admirable pour toi de ne pas lâcher ton épée après avoir éprouvé une telle douleur, » déclara Zagan.

« Ghhhh... »

 

 

Malheureusement pour Zagan, les Flammes de Purification continuèrent à brûler. Et même lorsqu’une expression angoissée se glissa sur le visage de Raphaël, il ajusta immédiatement sa prise sur l’épée et se précipita vers lui.

Il s’agissait d’une simple frappe vers le bas avec l’Épée Sacrée tenue au-dessus de la tête. Cependant, ébloui par la flamme brillante, une image blanche et pure fut brûlée dans les yeux de Zagan. Ses compétences pures avec l’épée et le pouvoir de brûler la sorcellerie étaient des désagréments à eux seuls, mais Zagan savait qu’avoir son sens de la vue affaibli serait fatal. Ainsi, Zagan retira rapidement sa jambe vers l’arrière et il fit pivoter son corps. La pointe de la lame blanche avait pratiquement éraflé son nez avant d’aller heurter le sol. Et avec un grondement, la terre avait tremblé.

« Whoa — , » Foll avait poussé un petit cri.

Les Flammes de Purification parcouraient le sol. Il semblait que la frappe de Raphaël avait creusé une profonde fissure dans le sol de pierre. Et en comparaison de la taille du corps de Foll, elle était assez grande pour l’engloutir complètement. Cette maudite force brute sans cervelle...

Rehaussée par son Armure Sacrée et son Épée Sacrée, la force physique de Raphaël atteignait celle de Zagan, bien qu’il soit un sorcier spécialisé dans le combat.

Il était clair que dans une simple démonstration de talents physiques, aucun Archidémon ne pourrait jamais espérer égaler Raphaël, alors il était évident qu’un sorcier moyen ne serait que massacré. Et même en voyant ce pouvoir en action sous ses yeux, l’expression de Zagan était restée calme.

« Ce serait gênant si tu causais trop de dégâts à cet endroit, » déclara Zagan, puis il s’était brusquement interposé pour enfoncer son Écaille des Cieux en plein dans le visage de Raphaël par en dessous. Malheureusement, Raphaël retira rapidement son Épée Sacrée et intercepta la paume avec elle. Et une fois que les deux forces s’étaient affrontées, une onde de choc avait traversé la zone avec un bruit sourd.

« Comme c’est bête, une attaque si longue ne suffira pas — ! » Le visage ricanant de Raphaël se déforma et cela coupa court à ses paroles. Cela n’avait de sens que parce que son grand corps avait été envoyé en vol malgré sa défense sans faille. D’une manière ou d’une autre, l’Écaille des Cieux de Zagan avait envoyé voler Raphaël ainsi que son Épée Sacrée.

« Oups, c’est assez difficile de contrôler sa force, hein... ? » déclara Zagan.

L’Épée Sacrée avait été classée dans la catégorie des grandes épées, et elle avait une lame large. En échange de la grande portée d’attaque dont elle se vantait, elle ne pouvait pas être bien manœuvrée. Ainsi, quand elle était à bout portant, son potentiel destructeur était ainsi réduit de moitié.

En vérité, Zagan n’avait pu arrêter l’attaque initiale que parce qu’il avait combiné la puissance de son Écaille des Cieux avec son positionnement idéal. Et pourtant, sa frappe avait renvoyé Raphaël à sa portée idéale.

Puis, abaissant son dos, Zagan plaça sa main vers l’avant comme s’il voulait planter l’Écaille des Cieux dans le sol. Et une fois qu’il s’était assez rapproché de son ennemi, il avait relevé la paume de sa main vers lui.

Cette fois, cependant, Raphaël était prêt, et il avait baissé son Épée Sacrée de ses deux mains.

L’Écaille des Cieux de Zagan et l’Épée Sacrée de Raphaël entrèrent en collision, faisant jaillir des étincelles tout en produisant un fracas. Au bout d’un moment, l’Écaille des Cieux s’était brisée et les Flammes de Purification s’étaient dispersées.

Il semblait que l’Écaille des Cieux et les Flammes de la Purification étaient mortes.

« Impossible. »

« Je vois. Trois coups, c’est la limite, hein ? » murmura Zagan, semblant totalement indifférent.

Il avait effectué trois blocages avec une Épée Sacrée. C’était un pouvoir magnifique, mais ce n’était pas encore suffisant. S’il y avait deux voire trois adversaires, cela ne servirait à rien.

C’était une superbe performance pour une première expérience, mais c’était encore loin d’être terminé. Et tandis que Zagan vérifiait calmement l’efficacité de sa sorcellerie, Barbatos lui cria dessus.

« Espèce d’abruti ! Ce n’est pas le moment d’être si décontracté, bon sang ! »

La position de Raphaël était désordonnée, mais il n’avait toujours pas lâché son Épée Sacrée.

Voyant cela, Zagan poussa un petit soupir.

« Je te l’ai déjà dit, non ? J’ai tout loisir de faire ces choses, » déclara Zagan.

Avec sa posture brisée, l’abdomen de Raphaël était grand ouvert. Et aussi, avec la disparition des Flammes de Purification, d’autres sortilèges pouvaient maintenant être tissés.

Plus vite que Raphaël ne pouvait déplacer son Épée Sacrée, Zagan enfonça son poing gauche dans le côté de Raphaël. Il y avait déjà plusieurs cercles magiques autour de ce bras, et ils tournaient. C’était exactement la même sorcellerie qui avait vaincu Barbatos une fois auparavant. Même sans utiliser quelque chose comme l’Écaille des Cieux, le poing de Zagan pourrait écraser une simple Armure Sacrée sans difficulté.

Il pouvait sentir la sensation d’une fracture osseuse en un clin d’œil. L’onde de choc de l’attaque avait sûrement traversé ses entrailles.

« GHAAA ? » Raphaël avait vomi du sang quand il avait été emporté par le souffle, et après s’être écrasé contre la porte du palais de l’Archidémon, il s’était effondré dans le hall d’entrée.

C’était réglé. Zagan avait remporté la victoire... bien qu’il ait toujours incliné la tête sur le côté avec curiosité.

« Comme c’est faible. Est-ce vraiment le Chevalier Angélique qui a tué près de 500 sorciers ? » demanda Zagan, déçu.

Même l’Archange le plus redoutable n’avait pas pu infliger une seule blessure à Zagan. En d’autres termes, il avait prouvé que l’Église n’avait aucun moyen de s’opposer à un Archidémon.

Zagan avait ensuite jeté un coup d’œil fugace derrière lui vers Foll. La jeune dragonne faisait une expression abasourdie, mais peu de temps après, elle reprit ses esprits et commença soudain à frapper dans ses mains.

Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas mal... Ou plutôt, ça fait du bien, hein ?

Zagan lui avait fait un signe de la main. Et quand elle le remarqua, les yeux de Foll commencèrent à scintiller.

Tout ce qu’il avait fait, c’était de fracasser une horreur dans le sol, et pourtant, le regard envieux et direct de Foll lui semblait presque agréable, même si jusqu’à présent, quand une personne le regardait d’un tel regard, il ne ressentait jamais rien.

Et tandis que le visage de Zagan se détendait tout seul, Barbatos gémissait, la sueur coulant sur son front.

« ... Espèce de foutu monstre. Tu n’es même pas essoufflé, hein ? » balbutia Barbatos.

Eh bien, c’était sûrement la réaction normale. Certes, l’épée de Raphaël était assez tranchante pour submerger quelqu’un du niveau de Barbatos, mais les Chevaliers Angéliques étaient différents des sorciers. S’ils avaient reçu une seule blessure mortelle, c’était fini.

À l’époque où Zagan combattait Barbatos, même après l’avoir frappé de la même manière, il avait été capable de se relever avec le temps, mais ce n’était pas le cas de Raphaël. Ou du moins, cela aurait dû être le cas...

« Je... vois. Quelle terrifiante... puissance, » alors même qu’il crachait du sang, Raphaël s’était levé avec son Épée Sacrée agissant comme une béquille.

Franchement, c’est quoi ce type ? Et à son tour, Zagan se prépara et rassembla de nouveau du mana dans ses deux mains.

***

Partie 3

Un peu plus tôt.

« Je devrais y aller..., » Foll s’était probablement enfuie à cause de Chastille. Bien sûr, Chastille savait qu’elle n’avait rien fait de mal, mais dire à une si jeune enfant de lui pardonner était déraisonnable. Zagan aurait dû chasser Chastille.

Naturellement, elle était reconnaissante qu’il l’hébergeait, mais elle estimait toujours qu’il n’y avait aucun intérêt si cela finissait par faire du mal à Foll.

Zagan se précipita dans la chambre de Foll dès qu’il entendit les cris de Néphy, et Chastille essaya de le suivre, mais...

Je suis devenue trop hésitant... pour saisir mon Épée Sacrée. C’est pour cette raison qu’elle avait tardé à se mettre en route, et le temps qu’elle atteigne enfin la chambre de Foll, Zagan n’était visible nulle part.

« Néphy, où est Zagan... ? » demanda Chastille.

« Maître Zagan... est parti pour ramener Foll. » La jeune elfe blanche comme neige plissait ses lèvres, regardant l’ombre inquiétante qui se répandait sur le sol pendant qu’elle parlait.

Le spectacle avait fait penser à Chastille ce qui s’était déjà produit précédemment. Elle se souvenait de l’incident où elles avaient été enlevées par un sorcier nommé Barbatos. À l’époque, elles avaient été avalées par une ombre semblable de mauvais augure. Et il semblait que Zagan avait atteint Foll grâce à cette même sorcellerie.

« Tu... n’y vas pas ? » demanda Chastille.

« Maître Zagan m’a ordonné... d’attendre ici, » et c’était la seule raison pour laquelle elle ne les avait pas suivis.

« Alors je vais..., » Chastille avait commencé à parler, mais ses pieds s’étaient arrêtés.

J’irai... et je ferai quoi exactement ? Même si le poison avait déjà quitté son organisme, Chastille ne pouvait pas mettre de la force dans ses bras et ses jambes. Et comme son Armure Sacrée avait été laissée à côté de son lit, il n’y avait pas le temps d’aller la chercher et de l’enfiler. De plus, elle était une cible de l’Église malgré le fait qu’elle soit un Archange.

Cela dit, vivre sous la protection de Zagan, à qui elle avait été hostile dans le passé, était également hors de question.

Mais... ai-je une raison de manier l’Épée Sacrée ? Elle s’était questionnée, puis s’était effondrée sur le sol avec un bruit sourd quand aucune réponse ne lui était venue à l’esprit.

« Est-ce que ça va ? Si tu ne te sens pas bien à nouveau, alors..., » Néphy s’était immédiatement baissée et avait soutenu son corps.

« Non, je vais... bien..., » déclara Chastille.

« Es-tu certaine... ? » demanda Néphy.

Honnêtement, Chastille n’avait pas du tout l’air bien. Et alors que Néphy était sans expression, le bout de ses oreilles tremblait comme si elle s’inquiétait pour elle.

Finalement, Chastille avait poussé un petit soupir. « Ce n’est peut-être pas le bon moment pour le dire, mais je suis un peu... jalouse de toi. »

Alors que Chastille se plaignait involontairement, Néphy la regarda d’un air ébahi. Et voir ce changement en elle par rapport à sa seule expression avait choqué Chastille.

Comparée à la première fois que je l’ai rencontrée, elle exprime beaucoup mieux ses sentiments. C’est sûrement également grâce à Zagan.

Même aux yeux de Chastille, qui ne les connaissait pas très bien, la relation harmonieuse entre les deux individus était claire comme de l’eau de roche.

Aimer, et être aimé... Pour qu’une telle relation soit permise... Ça me rend jalouse.

Il y avait probablement quelque chose qui n’allait pas avec Chastille pour avoir pensé à une telle chose d’un ennemi. Mais même ainsi, elle voulait être la personne qui avait guéri la solitude de cet homme.

Cependant, Néphy secoua la tête.

« Vraiment ? Quant à moi, je suis jalouse de toi, Chastille, » déclara Néphy.

« ... Hahaha. Sur quoi pourrais-tu m’envier ? » Tandis que Chastille se dépréciait, Néphy serra sa jupe contre elle et continua.

« Ce dont je parle, c’est que, Chastille, n’es-tu pas capable d’aller aux côtés du Maître Zagan ? » Il s’agissait de mots pleins d’émotion, ce qui était inhabituel pour Néphy.

« La seule chose que je peux faire, c’est l’attendre ici. Maître Zagan est extrêmement fort, mais il peut être forcé de vivre des choses douloureuses. Et à la fin, Foll pourrait même partir sans que je sois capable de lui transmettre mes sentiments, » déclara Néphy.

L’anxiété de ceux qui devaient attendre le retour de leurs proches du champ de bataille n’était pas connue de ceux qui pouvaient les rejoindre. Et Chastille ne faisait pas partie de ceux qui devaient attendre.

Mais qu’est-ce que tu crois que je peux accomplir en y allant... ?

Tandis que Chastille restait incapable de dire quoi que ce soit, Néphy continuait à parler.

« Je ne peux même pas aller à ses côtés pour le réconforter ou le soutenir, » déclara Néphy.

Même moi, j’aimerais faire ce genre de choses... Et pourtant... Pour une raison inconnue, Chastille secoua la tête comme si elle était extrêmement frustrée.

« Alors quoi ? Veux-tu dire que je devrais aller faire ça ? Je suis ton ennemie, tu sais ? Ne serait-il pas mieux que tu ignores les ordres de Zagan et que tu le rejoignes ? » demanda Chastille.

Alors que Chastille haussait la voix, quelque chose de doux et de blanc s’enroulait doucement autour de son visage.

« Je ne peux pas faire ça. » C’était Néphy. Chastille était maintenant enlacée par Néphy.

« Après tout, mon devoir est de saluer Maître Zagan en lui souhaitant la “bienvenue à la maison”, » tout en lui disant ça, Néphy avait doucement caressé la tête de Chastille.

« De plus, je dois protéger le château en l’absence de Maître Zagan, » déclara Néphy.

Elle ne voulait probablement pas dire cela dans le sens de se battre. Ces mots signifiaient qu’elle créerait un espace où son maître pourrait se détendre à son retour.

Et en se faisant caresser la tête pendant qu’on la serrait dans ses bras, toute sa force quitta le corps de Chastille. Elle avait laissé sortir de sa bouche les plaintes qu’elle n’aurait jamais dû parler. Même si elle essayait de l’endurer, après s’être égarée comme elle le faisait maintenant, elle ne pouvait pas faire autrement.

« Même moi... je ne voulais pas pointer mon épée sur lui..., » déclara Chastille.

« Je le sais, » dit Néphy, en caressant la tête de Chastille.

« Mais je suis une Chevalière Angélique et tout..., » continua Chastille.

« Je le sais, » répondit Néphy une fois de plus, puis elle hocha simplement la tête sans nier ou affirmer ses actions.

À ce moment, Chastille trouva que la poitrine de Néphy était confortablement chaude et s’accrocha à elle.

« Je suis obligée de souffrir de tout ça juste parce que j’ai été honnête quant au fait que je ne voulais pas combattre Zagan..., » déclara Chastille.

« Je le sais, » répondit Néphy.

Elle avait vu son Épée Sacrée révoquée pendant un certain temps, elle avait été regardée avec dédain par un archange plus fort qu’elle. Puis elle avait été empoisonnée et elle avait été sur le point de mourir. Quand Chastille avait pensé à tout cela, des larmes s’étaient mises à couler goutte après goutte, tachant la jolie chemise de nuit de Néphy. Et pourtant, Néphy n’avait pas l’air mécontente du tout et continuait à apaiser son esprit. Chastille ne pouvait plus tout supporter, alors elle s’était jetée à l’eau.

« Je ne voulais pas le vaincre. Je voulais me battre à ses côtés ! » Les paroles de Chastille étaient hérétiques compte tenu de sa position d’Archange. N’importe quelle personne normale la mépriserait pour avoir de telles pensées égoïstes à propos d’un sorcier. Et pourtant, Néphy hocha la tête comme pour la louer.

« Après tout, tu le comprends, » déclara Néphy.

Alors que Chastille levait le visage pour regarder Néphy dans les yeux, Néphy la regardait simplement avec son expression habituelle.

 

 

« Quand je t’ai parlée pour la première fois, tu disais que Maître Zagan semblait seul... Il semble que tu le comprennes vraiment bien, Chastille, » Néphy parlait sûrement de quand elles s’étaient rencontrées après qu’elle ait été chassée par Zagan. Et bien qu’elle ait parlé comme si la réunion était nostalgique, ses oreilles frémissaient aussi de frustration.

« En vérité, je me sentais un peu envieuse. Je pensais que j’étais la seule... à pouvoir comprendre Maître Zagan, » déclara Néphy.

La première rencontre de Chastille et Zagan s’était terminée par son sauvetage, mais Zagan n’avait jamais cherché à obtenir d’elle une compensation pour cet acte. Au contraire, il n’était même pas clair si Zagan se souvenait de l’incident.

Pourtant, le profil de son visage solitaire était resté gravé dans l’esprit de Chastille. À cette époque, il semblait presque que celui qui devait être sauvé n’était pas elle, mais lui. Et Néphy... a sauvé Zagan.

Et dans l’état où se trouvait Zagan maintenant, cette ombre de solitude ne se trouvait nulle part. Contrairement à Chastille, qui l’avait remarqué, mais n’avait rien fait, Néphy était revenue pour sauver Zagan même après avoir été chassée du château.

Tandis que Chastille restait stupéfaite et réfléchissait à ces pensées, Néphy brossa sa frange et parla une fois de plus.

« Mais... je me sens tout aussi heureuse. Pourquoi ne le serais-je pas après avoir découvert qu’il y avait une autre personne qui comprenait Maître Zagan ? » déclara Néphy.

Les paroles encourageantes de Néphy avaient en quelque sorte charmé Chastille. Tu es... devenue forte, hein ?

Elle avait finalement atteint le point où elle pouvait dire de telles paroles à quelqu’un d’autre que Zagan. Et après une pause, Néphy frappa les épaules de Chastille d’un bruit sourd.

« Est-ce que ça va maintenant ? » demanda Néphy.

« Ah... O-Oui..., » répondit Chastille. Et même si elle se sentait mieux, la longue étreinte lui avait fait rougir le visage. Faisant preuve de courage, elle avait timidement posé une question à son tour.

« Serait-ce... que tu essayais de me réconforter ? » Il n’y avait pas vraiment besoin de le confirmer. Pourtant, elle n’était pas si sûre d’elle qu’elle se sentait à l’aise d’assumer les choses.

Et en réponse, Néphy inclina la tête sur le côté avec une expression perplexe sur son visage.

« Oui... Euh, se pourrait-il que je n’aie pas fait du bon boulot ? » demanda Néphy.

« Ce n’est pas ce que je veux dire. Juste... pourquoi ? Ne suis-je pas une ennemie pour tous les sorciers ? » demanda Chastille.

Ces derniers jours, elles avaient partagé des repas, nettoyées ensemble et dormies sous le même toit, alors même Chastille avait trouvé étrange d’en parler tout d’un coup.

Néanmoins, à la racine, elles auraient dû être ennemies. Et en réponse à cela, Néphy avait incliné la tête sur le côté comme si elle trouvait la question idiote.

« Ne sommes-nous pas amies ? » demanda Néphy.

Alors cette fille... ressent aussi cela ? C’est à ce moment précis que Chastille avait réalisé qu’il n’y avait pas de victoire contre elle. Et en même temps, elle avait décidé qu’elle voulait protéger les choses que Néphy chérissait.

Après tout cela, Chastille essuya ses larmes et se leva.

« Désolée. Je t’ai montré quelque chose de honteux, » déclara-t-elle.

« C’est bon, » répondit Néphy. Et tandis qu’elle continuait avec un « d’ailleurs, » ses lèvres se relâchèrent. C’était quand même gênant, mais c’était vraiment un sourire.

« Éliminer les sources de préoccupations de Maître Zagan est une autre de mes tâches, » continua Néphy.

« Par préoccupations, tu veux dire moi ? » demanda Chastille.

« Oui. Il s’inquiète pour toi depuis l’incident avec le Seigneur Barbatos, » répondit Néphy.

Chastille douta de ses oreilles en entendant ces mots.

« Tu sais, il ne se souvenait même pas de mon visage, » répliqua Chastille.

« C’est impossible que ce soit vrai. Du moins, c’est ce que j’ai cru, » si c’était Néphy qui le disait, alors c’était probablement vrai. Et c’est ainsi que Chastille s’était résolue, cimentant sa décision dans son esprit.

« Je te remercie. J’y vais aussi... maintenant, » déclara Chastille, réalisant qu’elle n’avait plus rien à perdre à ce moment-là.

Alors, au moins une dernière fois, j’aimerais faire ce que je veux.

Cet homme n’avait peut-être pas vraiment besoin d’elle, mais Chastille voulait quand même lui prêter son aide. C’est pourquoi elle avait fait un pas en avant dans l’ombre. Elle ne portait pas d’Armure Sacrée, mais elle tenait son Épée Sacrée à la main.

« Oui. Fais attention à toi, Chastille, » déclara Néphy.

Chastille avait disparu dans l’ombre alors que ces mots résonnaient autour d’elle.

***

Partie 4

Retournons maintenant dans le Palais de l’Archidémon. Raphaël se leva, ignorant son Armure Sacrée brisée et sa blessure mortelle.

Surpris, Zagan observa son état sans baisser la garde. Ce n’est... pas de la sorcellerie, hein ? Est-ce le pouvoir qu’il a obtenu en tuant un dragon ? Si c’était de la sorcellerie, alors Zagan pourrait la « manger », mais franchement, il était difficile d’imaginer qu’un Chevalier Angélique puisse se tacher les mains avec elle.

Un Archange qui pouvait se relever après avoir subi une blessure mortelle était vraiment une existence cauchemardesque pour les sorciers. Même un candidat Archidémon aurait du mal à le vaincre. Cependant, un sourire ravi s’était glissé sur le visage de Zagan.

« Dieu merci, n’est-ce pas, Foll ? On dirait qu’il ne va pas mourir si facilement. Réfléchis à la façon de le punir, » déclara Zagan.

« Hein, euh..., » Foll avait dégluti comme si elle reculait devant ses paroles, mais elle hocha immédiatement la tête, les yeux remplis d’une vive colère.

Raphaël regarda calmement Foll pendant qu’elle faisait cela. C’était probablement l’imagination de Zagan, mais ses yeux avaient l’air d’être colorés par la compassion et le chagrin quand il la fixait. Après les avoir dévisagés pendant un certain temps, il avait posé une question d’une voix grave qui ressemblait aussi, d’une certaine façon, à un soupir.

« Il semble que je sois assez détesté par vous, » déclara Raphaël.

« Tu as levé la main contre ma fille, alors bien sûr que je suis en colère. De plus, tu as toi-même tué près de 500 sorciers, n’est-ce pas ? Dire que tu n’aimes pas qu’on t’en veuille, c’est comme dire qu’ils ne valent pas mieux que des insectes, » déclara Zagan.

« C’est quoi, ta putain de raison ? » déclara Raphaël, puis il avait regardé Foll.

Et grinçant des dents, Foll lui répondit en le regardant fixement et cracha quelques mots venimeux.

« Le Dragon Sage, Orobas... C’est le nom du dragon que tu as tué. »

Il s’agissait de la première fois que Zagan entendait Foll prononcer ce nom.

C’était un nom qui était gravé dans l’histoire quand il s’agissait de sorcellerie et de folklore, un dragon légendaire. En utilisant les sorciers comme exemple, il serait au même niveau que Marchosias.

Zagan n’aurait jamais rêvé que Foll serait la fille de ce dragon. Cependant, il avait quelques réserves à l’égard de cette idée. Un dragon légendaire peut-il être abattu par quelqu’un d’aussi faible ?

En toute justice, le pouvoir de Raphaël s’approchait des limites mêmes du potentiel humain. Cependant, malheureusement pour lui, sa force était faible par rapport à celle de Zagan. Dans des circonstances normales, il aurait fallu une armée d’un millier de sorciers ou d’humains ordinaires pour l’abattre.

Malgré tout, Raphaël avait réussi à se relever après avoir subi de plein fouet le coup de Zagan, ce qui était probablement dû à la puissance qu’il avait acquise en tuant Orobas. Mais dans ce cas, comment avait-il réussi à vaincre le dragon ? Le pouvoir qu’il avait montré face à Zagan était clairement loin d’être suffisant...

En entendant le nom d’Orobas, les yeux de Raphaël s’étaient écarquillé.

« ... Je vois. L’enfant d’Orobas, hein ? » Pour une raison ou une autre, sa voix semblait fatiguée quand il déclara ça. Ramassant son Épée Sacrée au sol, il concentra sa force dans ses mains.

« Alors il n’y a aucune chance que je ne te tue pas maintenant ! » s’exclama Raphaël, brandissant son Épée Sacrée et chargeant à Foll après ça.

« Tu crois que je vais permettre ça ? » déclara froidement Zagan, en envoyant son poing vers le visage de Raphaël.

N’importe quel sorcier moyen aurait eu la tête enfoncée par ce coup, mais le grand Chevalier Angélique s’était simplement penché en arrière et avait volé dans les airs. Malgré tout, il y a eu des retours d’information précise au cours de cette frappe. Zagan pouvait aussi dire que les os de sa mâchoire étaient brisés. Et parce que la mâchoire possédait beaucoup de nerfs qui se reliaient aux dents, un coup à cet endroit avait fortement secoué le cerveau.

Que ce soit un sorcier, un Chevalier Angélique ou un dragon, personne ne pouvait se lever après cela. Je ne sais pas à quoi tu penses, mais je vais pour l’instant te rendre impuissant.

Raphaël s’était écrasé la tête la première contre le sol, perdant immédiatement conscience... Ou du moins, c’était ce qui devait arriver.

« Hnnngh ! » D’une manière ou d’une autre, avec une agilité qui ne convenait pas à un homme avec une si grande carrure, Raphaël s’était retourné et s’était replacé sur ses deux pieds. Sa ténacité semblait surpasser tout sentiment de douleur.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » s’écria Zagan.

Et puis, dans le même mouvement, il s’était glissé à côté de Zagan et s’était précipité vers elle. Convaincu d’avoir porté un coup fatal, Zagan n’avait pas pu réagir immédiatement, ce qui avait laissé une Foll sans défense sur son chemin.

« Ne... ne me sous-estime pas ! » hurla Foll, chargeant une puissante sorcellerie dans sa main.

« Arrête, Foll ! » Zagan l’avait appelée afin de l’arrêter, mais Foll avait résisté et avait tiré sur Raphaël à la place.

Je n’arriverai pas à temps ! Et juste au moment où il pensait cela... un bruit aigu retentit, et la lame entra en collision avec une autre lame.

Deux Épées Sacrées blanches étaient ainsi entrées en collision, alors qu’une onde de choc semblable à un carillon pâle résonna dans l’environnement. Comme une ondulation d’eau, l’anneau de lumière qui l’accompagnait parcourait toute la cavité souterraine ainsi que l’intérieur du palais de l’Archidémon avant de disparaître.

Oui, une autre Épée Sacrée avait intercepté son coup.

« ... N’allez-vous pas arrêter ça, Seigneur Raphaël ? » Et celle qui avait tenu cette épée, surgissant de nulle part, était Chastille.

« Ah, merde. J’ai oublié de fermer l’ombre, » murmura Barbatos d’un ton impassible.

Pendant que Zagan se battait, Chastille avait traversé l’ombre et les avait suivis jusqu’ici. Heureusement, elle était arrivée à temps. Il y avait des larmes dans le coin de ses yeux et le bout de son nez était rouge pour une raison étrange.

Malheureusement, comme on pouvait s’y attendre, elle n’avait pas eu le temps de revêtir son Armure Sacrée. Mais quand même, elle tenait au moins son Épée Sacrée en main alors qu’elle apparaissait dans sa chemise et sa jupe de couleur bleu outremer.

Chastille avait réussi à arrêter la frappe d’un Archange sans la protection divine de l’Armure Sacrée. Un exploit admirable, tout bien considéré, mais il y avait quelque chose qui l’étonnait bien plus que cela ou son arrivée soudaine.

Cette fille... a arrêté l’Épée Sacrée de Raphaël et la sorcellerie de Foll en même temps.

Foll avait libéré sa sorcellerie pour intercepter Raphaël, mais elle avait disparu avant de percer sa cible. Et ce n’était pas non plus un accident. Non, sa sorcellerie avait été démantelée. De là, il était devenu clair que Chastille était beaucoup plus concentrée que lorsqu’elle avait combattu Zagan.

« Qu’est-ce que... tu prévois ? » grogna Foll en regardant fixement Chastille.

Et pourtant, Chastille répondit d’une voix douce en repoussant l’Épée Sacrée de Raphaël.

« Tu n’arrêtes pas de me faire des farces, mais j’admets que c’est de ma faute si je dérange ta vie paisible. Alors, dis-moi, ne peut-on ne pas essayer d’en discuter ? » Les paroles de Chastille étaient claires et composées, comme si sa morosité dans le château n’était qu’une façade.

On dirait qu’elle a rassemblé sa détermination. Zagan n’avait même pas senti un soupçon d’hésitation ou de peur en elle. Et, pour soulager la tension dans l’air, Zagan s’était approché de Foll et lui avait caressé la tête.

« Et bien, vous deux vous devriez vraiment essayer d’en parler... mais attendez un peu pour l’instant, » déclara Zagan.

« Pourquoi ? » Chastille avait posé cette question dans la confusion, mais Zagan s’était plutôt tourné vers Raphaël.

« J’aimerais vraiment l’interroger, mais il ne peut probablement pas parler avec sa mâchoire, hein ? » déclara Zagan.

Le coup de Zagan avait complètement brisé la mâchoire de Raphaël. Et bien qu’il ait déjà commencé à se régénérer, il n’était pas encore dans un état où parler était possible. Vraiment, c’était admirable qu’il ait pu saisir son épée et courir comme ça avec tant d’énergie malgré tous les dégâts qu’il avait subis.

À ce moment précis, Raphaël tomba à genoux. Il semblait qu’il s’était enfin épuisé. De même, Chastille s’écroula sur le sol, clairement essoufflée. Elle avait probablement pris tout ce qu’elle avait pour retenir son coup.

Ce foutu Raphaël... Pourquoi sa soif de sang s’est-elle volatilisée alors qu’il chargeait à Foll ?

Le minutage était suspect. En plus, comme il le pensait, le coup que Zagan lui avait porté était fatal. Même si Chastille ne l’avait pas bloqué, il n’avait pas assez de force pour tuer Foll.

Elle avait peut-être l’air d’une enfant, mais Foll était une candidate Archidémon, l’une des plus fortes sorcières au monde. C’est pourquoi Zagan lui avait dit d’arrêter, car il ne voulait pas encore la mort de Raphaël.

Zagan s’était approché de Raphaël qui se relevait.

« Je suis un méchant. Un sorcier n’hésitera pas à torturer un Chevalier Angélique. Cependant, je me sentirais mal à l’aise de battre un adversaire qui n’a pas vraiment la volonté de se battre. Alors, dis-moi exactement ce que tu essaies de faire. »

Il n’y avait absolument aucune chance pour lui de ressentir de la compassion ou de la miséricorde envers cet homme, et Zagan n’avait pas non plus l’intention de devenir copain-copain avec Raphaël. C’était juste que la situation ne lui convenait pas. Ça l’avait perturbé que Raphaël se batte avec un désir de mort.

« Tuer quelqu’un qui semble le demander n’est pas mon style. Franchement, je trouve cette pensée répugnante, » déclara Zagan.

Ces mots avaient fait écarquiller les yeux de Foll qui se retrouva en état de choc.

« Qu’est-ce... que tu veux dire par là ? » demanda Foll.

« Je n’en suis pas si sûr. C’est pourquoi j’essaie de lui parler, » répondit Zagan, même si ce n’était pas comme s’il n’avait rien deviné.

Quand il a entendu le nom d’Orobas, sa soif de sang a disparu. C’était le nom du dragon que Raphaël aurait tué. S’il avait perdu son esprit combatif en apprenant que Foll était la fille de ce dragon, alors une raison évidente pour ses actions lui était venue à l’esprit.

« Expiation. » Zagan ne pensait pas qu’un Chevalier Angélique se sentirait redevable envers un dragon ou un sorcier. Et pourtant, cette explication simple avait fait en sorte que toutes les pièces s’emboîtent bien.

Et pendant que Zagan regardait Raphaël, Chastille avait tiré à l’ourlet de sa robe.

« A-Attends un peu, Zagan, » demanda Chastille.

« ... Les choses ne se compliqueront que si tu t’impliques. Reste tranquille un moment, » déclara Zagan.

« Non, écoute, » Chastille réprimanda Zagan, puis tourna son regard vers Raphaël et poursuivi. « J’ai du mal à le croire, mais j’ai raison, non ? »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Zagan, clairement exaspéré, alors que Chastille reprenait son interrogatoire d’un ton clair.

« Vous êtes... l’homme à capuchon qui m’a rendu visite à l’Église... Orobas, c’est ça ? » demanda Chastille.

« Quoi... ? » s’exclamèrent Zagan et Foll.

Leur choc était venu sans surprise, car Orobas était le nom du père de Foll... C’était le nom du dragon que Raphaël avait tué, alors l’entendre avait fait que Zagan et Foll avaient douté de leurs oreilles. Le seul d’entre eux qui ne pouvait pas suivre la conversation était Barbatos, et il avait l’air complètement abasourdi.

« Hé, qu’est-ce que tu veux dire par là ? » demanda Zagan.

Juste au moment où Zagan avait dit ça et s’était approché de Chastille... « Quelque chose » avait produit un fort bruit alors qu’il se fissurait.

***

Partie 5

Corrigeant son emprise sur son Épée Sacrée, Chastille fit entendre une voix tremblante.

« Zagan... »

« Je sais, » répondit Zagan.

Le son avait retenti dans le Palais de l’Archidémon. Et de l’autre côté de la porte fracassée, ils pouvaient sentir que quelque chose avait commencé à bouger.

Y a-t-il quelque chose... là... ? C’était « quelque chose » qui n’était pas là l’autre jour quand Zagan et les autres avaient fouillé dans la zone.

À ce moment précis, une atmosphère étrange régnait dans la pièce. C’était un vent étrange qui semblait s’enrouler et ramper sur leur peau, rendant difficile le simple fait de respirer. Même s’il n’y avait pas d’odeur, l’estomac de Zagan semblait se contracter, ce qui lui donnait des nausées.

Une aura nocive... semblait être une bonne description pour tout ça.

Ce vent maudit arrachait la chair comme si c’était une évidence, mais le plus remarquable était sa capacité à ronger l’âme.

« Argh... Guh..., » Chastille s’était tenu la poitrine en raison de la douleur. En plus de son empoisonnement récent, elle était maintenant sans son Armure Sacrée, ce qui la laissait avec le moins de défense parmi toutes les personnes présentes. Comme il n’y avait pas d’autre choix, Zagan se tenait devant Chastille pour la protéger.

Barbatos avait alors fait entendre une voix troublée. « H-Hey... Que s’est-il passé ? »

« Je n’en sais rien, » répondit Zagan. Finalement, ce « quelque chose » avait montré sa silhouette de l’autre côté de la porte du Palais de l’Archidémon. Et cela... ressemblait à un humanoïde.

Du haut, il avait un crâne, deux bras et deux jambes. Cependant, ce n’était absolument pas un être humain. Sa peau était faite de quelque chose d’aussi raide que la pierre, et elle palpitait d’une manière étrange à chaque respiration. Des lignes noires en forme de fissure couraient le long de son corps, et Zagan pouvait en quelque sorte dire que c’étaient ses veines.

Malgré tout, ce qui différait par-dessus tout... c’était son visage. Sa bouche, remplie de petits crocs serrés, était sur son front, et ses yeux rouges de sang étaient au centre de son visage et un autre proche de son oreille gauche. Il n’avait pas de nez, mais à sa place, il y avait des cylindres en forme de bernacle qui sortaient par-ci par-là et qui aspiraient et crachaient de l’air. Non, pas de l’air... du mana.

Zagan pouvait le dire rien qu’en regardant la réaction de Chastille alors qu’elle se serrait la poitrine. Qu’elle soit humaine, créature ou naturel, elle convoitait le mana de tous ceux qui la possédaient, la dévorant sans cesse.

Cependant, Zagan connaissait cette aura. En fait, il se souvenait même de la silhouette qui se trouvait devant eux.

« Est-ce... un démon ? » Zagan marmonna, puis réalisa immédiatement qu’il avait tort.

Je n’ai pas autant eu peur de ça que le démon de la dernière fois.

Il se souvenait, bien sûr, de l’incident où Barbatos avait invoqué un démon. Le monstre devant ses yeux lui ressemblait clairement, mais le démon qu’il avait rencontré était une créature plus hétérogène.

Peu de temps après, Foll parla comme si elle gémissait. « Faux. C’est... le... gardien du Palais de l’Archidémon. »

C’était une sculpture inspirée d’un démon scellé par une sorte de cercle magique.

« ... Je vois. C’est donc ainsi à la suite de la collision entre les Épées Sacrées, hein ? » murmura Zagan.

Soit le sceau avait été brisé, soit il avait été activé par coïncidence. Non, c’est probablement le sceau.

Marchosias n’était pas si sénile que cela puisse être une simple coïncidence.

« C’est donc une sorte de golem... ? » Même s’il imitait un démon, son origine était complètement différente. Dans tous les cas, ce n’était pas une existence absolue que Zagan craignait de ne pas pouvoir vaincre.

Cela dit, c’était l’héritage de Marchosias. Ce n’était donc certainement pas une marionnette mal faite comme son apparence le suggérait.

Pour Zagan, c’était une existence extrêmement inconnue.

« Im... possible... »

Celui qui avait laissé sortir une voix rauque... c’était Raphaël. Il semblait qu’il s’était suffisamment rétabli pour au moins parler.

J’aimerais entendre l’histoire de ce type...

Malheureusement, il ne semblait pas probable que le monstre sous ses yeux se contente d’écouter ce que Zagan avait à dire. On ne pouvait rien faire pour éviter de devoir l’éliminer d’abord.

« Qu’est-ce qu’il faut faire là ? » Et au moment où Zagan marmonnait ça pour lui-même... Le globe oculaire sur le côté du monstre se tortillait et le regardait fixement.

Soif de sang ! Sentant cela, la conscience de Zagan avait été attirée vers l’Emblème de l’Archidémon sur sa main. Si ce monstre était une existence conforme aux règles d’un démon, alors comme avant, il aurait été possible de le renvoyer d’un geste de la main. Alors, Zagan tendit la main droite et cria.

« Par cet Emblème de l’Archidémon, Zagan te l’ordonne. Oh, être grotesque, retourne à ton sommeil. »

Répondant à son appel, l’Emblème de l’Archidémon déclencha une lumière étrange.

Le démon que Zagan avait rencontré avant avait plié un genou et avait disparu après avoir reçu cet ordre. Parler de la même façon avec celui qui était devant lui avait donc eu pour résultat...

« Merde, ce n’est pas bon. Il arrive ! » Zagan avait fait claquer brusquement sa langue.

La bouche sur le front du monstre s’était ouvert largement, et un mana destructeur commença à converger.

Une attaque approchait. Et après que Zagan sentit cela, il s’inquiétait de ce qu’il y avait derrière lui, et la première chose qui avait attiré son attention était Chastille qui était... encore debout sur place.

Cette fille... Elle doit savoir qu’elle n’a aucune chance sans son Armure Sacrée... N’a-t-elle pas peur de la mort ? Zagan avait saisi la nuque de Chastille par réflexe et il sauta alors qu’il réfléchissait à ça. Et c’est pourquoi il avait négligé la simple vérité... Le fait que Chastille couvrait la jeune fille juste derrière elle ne lui était pas venue à l’esprit.

« Pousse-toi, Foll ! » cria Zagan.

« Eh... » Foll s’était figée comme si elle était complètement perplexe. Et la lumière de la bouche du monstre avait été tirée droit sur elle.

La lumière avait percé l’endroit où Zagan se tenait debout et avait fauché la silhouette de Foll. Et juste avant ça, Zagan pensait avoir vu quelque chose au-dessus de Foll.

Lorsque le torrent de lumière s’était calmé, le sol avait fondu en une surface vitreuse. Et à l’intérieur de cette zone affreusement brûlée, une section béante de surface de pierre restait intacte. Plus curieusement, l’ombre de deux personnes était à l’intérieur de la zone.

« A-Argh... »

Celui qui poussait un petit gémissement était Foll, et celui qui était penché sur elle... c’était Raphaël.

Il manquait tout de l’épaule gauche de Raphaël. Cette vue avait fait crier Zagan. Était-ce de la colère parce qu’il était incapable de protéger Foll ? Ou peut-être était-ce parce que son ennemi, plus que tout autre, avait été celui qui l’avait sauvée ?

Dans un cas comme dans l’autre, c’était une raison suffisante pour que Zagan donne un coup de poing quand le monstre avait ouvert la bouche une fois de plus.

« ... Tu n’es bonne à rien, marionnette. Ne t’emporte pas, tu m’entends ? » Quand il avait craché ça, Zagan avait déjà sauté bien au-dessus du monstre.

« Je te réduirai en poussière... Écaille des Cieux ! »

En un clin d’œil, 2000 circuits s’étaient combinés dans la paume de la main de Zagan, et cela avait formé son bouclier extrêmement solide d’une manière violente.

En serrant ce cercle magique dans sa main, Zagan avait alors balancé son poing droit vers le bas, et l’Écaille des Cieux avait pulvérisé le crâne du monstre, ainsi que sa bouche qui collectait le mana.

Même dans des circonstances normales, la force brute de Zagan pourrait briser la roche, et maintenant il avait ajouté la force de l’Écaille des Cieux à son poing. Ainsi, la destruction ne s’était pas arrêtée à sa tête. Cela avait continué le long du torse et avait fendu le monstre en deux. Les morceaux qui se séparaient à gauche et à droite n’étaient plus que de la pierre, qui s’était lentement écrasée sur le sol en se répandant.

Peu de temps après s’être assuré de son sort, Zagan courut vers Foll et Raphaël qui avaient fait les frais de la lumière.

« Hé, vous êtes vivants tous les deux ? » Alors que Zagan les appelait, Foll avait légèrement ouvert les yeux.

« Je vais... bien..., » répondit Foll.

Zagan ne comprenait pas ce qu’il planifiait, mais Raphaël avait utilisé son corps et son Épée Sacrée comme bouclier afin de protéger Foll. La petite fille n’avait pas une seule blessure sur elle.

Cependant, cela ne s’appliquait pas du tout à Raphaël. Et en regardant sa silhouette, dont le bras avait été arraché avec toute son épaule, Foll fit sortir une expression déconcertée.

« Ordure, qu’est-ce que tu prépares ? » s’écria Foll.

Alors que sa conscience était apparemment intacte, Raphaël ouvrit les yeux et parla. « ... Je n’ai fait que mon putain de boulot. Ça n’a rien à voir avec toi. »

Ses blessures étaient beaucoup trop profondes et avaient probablement paralysé son sens de la douleur. L’angoisse dans la voix de Raphaël était faible.

Cependant, c’était trop proche de son cœur.

Zagan ne comprenait pas la théorie derrière la capacité de guérison de Raphaël, mais la blessure qui lui avait arraché l’épaule gauche avait même atteint son cœur. L’hémorragie était sûrement déjà mortelle. Même avec le pouvoir d’un dragon, Zagan ne pensait pas pouvoir être sauvé. C’est du moins ce qu’il pensait...

« Guh... Hngh... ! » Raphaël grogna, puis se leva.

Il avait subi une blessure mortelle, avait perdu une grande quantité de sang qui avait teint son Armure Sacrée de rouge, et avait même un teint mortel sur son visage, mais il se tenait toujours debout.

Pourquoi devait-il se lever ?

Même en vomissant du sang, Raphaël avait ouvert la bouche pour parler sans perdre son sang-froid.

« Tu as dit... que j’étais l’ennemi d’Orobas, n’est-ce pas ? » demanda Raphaël.

« ... C’est... C’est vrai. » Foll était terrifiée par la ténacité de l’homme épouvantable, mais elle avait quand même réussi à hocher la tête en crachant ses mots. Et en réponse, Raphaël fixa la jeune fille du regard et lui dit la vérité.

« C’est une erreur. Ce grand dragon... n’était pas assez faible pour tomber face à des personnes comme moi, » déclara Raphaël.

Zagan avait également des doutes à ce sujet. L’Épée Sacrée est certainement une nuisance, mais est-ce vraiment quelque chose qui peut vaincre un dragon légendaire ? Pour être honnête, il n’était même pas sûr que les treize Archidémons ensemble soient assez puissants pour le faire.

Raphaël pouvait certainement avoir possédé un pouvoir bien en dehors de la norme, même pour Chevalier Angélique, mais s’il avait été submergé par Zagan, alors il ne pouvait pas avoir tué Orobas. Et, comme s’il ne pouvait pas accepter cette réalité, Foll lui hurla dessus.

« C’est un mensonge ! Je l’ai vu. Je t’ai vu dévorer avidement le corps de mon père ! C’est toi le salaud qui a frappé Père avec une attaque furtive, » déclara Foll.

« Alors, laisse-moi te demander... est-ce que l’Orobas que tu connais... était un dragon si faible qu’il goûterait la défaite aux mains de quelques humains ? » demanda Raphaël.

« ... Au dernier moment, continues-tu à mépriser Père !? » cria Foll.

« Je dis que le bâtard qui se moque d’Orobas... c’est toi..., » déclara Raphaël, ses paroles déconcertèrent Foll. Cependant, poursuit-il, « je me fous de ce que tu penses de moi. Cependant, je dirai ceci pour l’honneur d’Orobas. Ce grand dragon... ne s’est pas laissé distancer par les humbles créatures comme nous les humains. »

« Qu’est-ce que... tu dis ? » demanda Foll.

Après ça, Raphaël laissa échapper une respiration tranquille.

« Ce jour-là, dans le but de vaincre un ennemi, j’ai demandé l’aide au Dragon Sage Orobas. Et il a écouté attentivement mon souhait, » déclara Raphaël.

« Ennemi... ? » demanda Foll.

Quel était cet ennemi que les Chevaliers Angéliques cherchaient désespérément à abattre ? Un Archidémon... ? C’est impossible, hein ? Zagan avait dégluti et avait attendu les prochains mots de Raphaël en retenant son souffle.

Raphaël tourna lentement la tête. Ses yeux, cependant, ne regardaient pas Foll, pas plus qu’ils n’étaient dirigés vers Zagan et Chastille. À la place, ils étaient pointés plus loin sur la pierre que Zagan avait écrasée.

« Un démon... Dans le folklore, c’est une existence qui porte ce nom, » déclara Raphaël.

Foll écarquilla les yeux face à ces paroles.

« Ne dis pas de telles bêtises. Je n’ai jamais entendu parler de telles choses, » déclara Foll.

« Alors, qu’est-ce que c’est ? N’est-ce pas un monstre qui diffère de ce que nous connaissons ? » demanda Raphaël.

« Argh... C’est..., » Foll n’avait pas pu répondre.

« Je comprends que tu veuilles peut-être ne pas l’accepter. Après tout, j’ai aussi cru un jour que de telles choses avaient quitté ce monde. Cependant, en réalité, un démon est apparu dans le monde actuel, provoquant la mort de nombreux Chevaliers Angéliques et du grand dragon, » déclara Raphaël, crachant pratiquement du sang pendant tout le processus, puis il déclara. « Et dans un avenir pas trop lointain, ils reviendront. »

Entendant ces paroles incroyables, Foll regarda Zagan comme pour s’accrocher à lui. Et Zagan avait fait un simple signe de tête.

« C’est la vérité. Je ne sais pas s’ils retourneront dans ce monde ou quoi que ce soit d’autre, mais les démons existent vraiment, même maintenant. C’est pourquoi j’enquête sur le folklore pour essayer de découvrir un moyen de les tuer, » déclara Zagan.

Ce n’est pas comme si Zagan avait senti la situation tendue dont parlait Raphaël, mais quand le moment sera venu qu’il serait forcé de lutter contre de telles choses, il avait besoin d’un moyen pour les défier.

Peut-être que le fait que Barbatos ait été capable d’invoquer un démon est un présage..., Barbatos était certainement un sorcier qui possédait un pouvoir hors du commun, mais le rituel à ce moment-là s’était activé sans même avoir besoin d’un sacrifice et quand le pouvoir de Zagan l’avait frappé, il était donc incomplet.

Un démon n’aurait pas dû être assez faible pour être convoqué par une sorcellerie aussi médiocre.

Même Foll savait probablement que les paroles de Zagan étaient vraies. Ils n’avaient après tout rassemblé que des livres sur les démons dans les archives du château. Cependant, elle regardait encore Raphaël comme si elle n’arrivait toujours pas à le croire.

« Alors, tu veux insinuer que mon père a défié un démon et qu’il a été vaincu ? » demanda Foll.

En réponse à cette question, Raphaël secoua simplement la tête. « Il n’a pas été vaincu. Il a simplement échangé sa vie contre celle de l’ennemi. »

C’était simplement une reformulation de ce qu’elle avait dit. Ce qui différait, cependant, c’était que le dragon combattait fièrement dans l’esprit de Raphaël, de sorte que ces faits avaient été transmis dans son explication.

Cela avait sûrement grandement affecté Foll, car elle s’était mordue sur les lèvres et avait murmuré quelque chose. « ... Alors, qui... devrais-je détester ? »

« Tu ne devrais pas haïr, mais être fière, » répondit Raphaël.

Foll plissa ses sourcils.

« Fières... tu dis ? » demanda Foll.

« C’est vrai. Sois fière. Orobas a misé sa vie pour vous protéger, toi et le monde maudit dans lequel tu vis. Si tu ne veux le glorifier pour ça, qui le fera ? » s’exclama Raphaël, puis s’agenouilla devant Foll pendant qu’il continuait à parler, « Si me tuer te fait regagner ta foi en Orobas, alors fais comme tu le veux. Je te donnerai cette maudite tête. »

Après avoir subi des blessures mortelles, Raphaël baissa les yeux sur son propre corps qui continuait à se régénérer.

« Les démons sont puissants. S’ils sont ressuscités dans ce monde où l’Église et les sorciers se disputent, alors nous n’aurons aucun moyen de l’emporter. Nous devons nous préparer. C’est pourquoi j’ai bu le sang d’Orobas et traversé cette terre de mort certaine. »

C’était sûrement la scène dont Foll avait été témoin. Après avoir dit tout cela, Raphaël s’était concentré sur Chastille.

« Cependant, mon rôle a déjà pris fin. Les graines dans l’Église sont déjà en train de bourgeonner. Si mon dernier devoir est d’être un cadeau d’adieu à Orobas, alors je ne peux rien demander de plus, » déclara Raphaël.

Constatant enfin où allait son histoire, Zagan ouvrit la bouche pour parler. « Alors, l’envoyé de la faction d’unification ou ce que Chastille a mentionné, c’était vraiment toi ? »

Raphaël acquiesça calmement. « En effet. Tout en ayant le statut d’Archidémon et d’archange, vous avez formé une connexion, ce qui est très proche de ce que j’ai essayé de faire... C’est pourquoi... »

« Mec, c’est quoi ce bordel, rien de tout ça n’a de sens ! » C’était Barbatos qui avait soulevé une objection à ce moment-là. « Franchement, soyons réalistes, tu as tué des centaines de sorciers, mais tu veux la paix ? Qui penses-tu convaincre ici, bordel ? »

Zagan était vraiment du même avis. Et étonnamment, Raphaël hocha la tête comme s’il disait qu’il comprenait cela.

« Je ne le sais que trop bien. Je ne peux pas devenir la bannière de l’unification. C’est pourquoi j’avais besoin de la Vierge à l’Épée Sacrée, » déclara Raphaël.

Chastille fit entendre sa voix troublée alors qu’un rôle d’une telle importance absurde lui était confié.

« A-Attendez une minute. Ce n’est même pas comme si j’avais accepté de faire une telle chose..., » déclara Chastille.

Toutes les personnes présentes n’avaient pas pu entendre le reste de ce qu’elle avait à dire, car avec un cliquetis, le bloc de pierre qui aurait dû s’effondrer avait commencé à bouger.

Quand Zagan regarda vers le son, il remarqua que le monstre qui avait été brisé en deux se tenait debout une fois de plus.

***

Partie 6

« Haaah... On dirait qu’il y a des gars immortels éparpillés un peu partout, hein ? »

Juste après l’Archange qui s’était fait arracher toute l’épaule, c’était le monstre de l’héritage de l’Archidémon précédent qui agissait ainsi. Comparé à ces types, Zagan était sûrement celui qui avait le plus de faiblesses humaines en lui.

« Je m’en chargerais à nouveau. Donnez-moi quelques minutes, » déclara Zagan.

« Peux-tu la finir ? Cette chose ? » demanda Raphaël.

En réponse à Raphaël, Zagan haussa les épaules.

« Les golems sont hors de mon champ d’expertise, mais si c’est quelque chose fait à l’aide de la sorcellerie, je peux le casser, » déclara Zagan.

« Ce... n’est pas un golem, » répondit Raphaël.

Zagan plissa ses sourcils en entendant la conviction totale dans ces mots.

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » demanda Zagan.

« C’est... ce que vous appelleriez une chimère, bande de bâtards. En plus du golem mis au monde par la sorcellerie, il est aussi..., » déclara Raphaël.

Et avec ça, Zagan avait senti un frisson couler le long de sa colonne vertébrale.

« ... Non, c’est impossible, » déclara Zagan.

« C’est ainsi. C’est quelque chose que Marchosias a fait, une chimère de démon, » déclara Raphaël.

Zagan n’avait pas été en mesure de rejeter cette information. Après tout, quand il avait vu ce monstre pour la première fois, la chose qui lui était venue à l’esprit était un démon.

Ce satané Marchosias, quelle nuisance ! Raphaël avait regardé le monstre avec un regard ennuyé.

« Il n’y a pas de malentendu. C’est le cadavre du démon qu’Orobas et moi avons vaincu. Marchosias l’a probablement récupérée et a créé cette chimère, » déclara Raphaël.

Le cadavre n’était finalement qu’un cadavre. Il n’avait probablement pas du tout de son pouvoir originel, mais même ainsi, il s’agissait quand même d’un démon. Il allait de soi que le simple fait de la frapper n’y mettrait pas fin.

Néanmoins, un sourire s’était glissé sur le visage de Zagan. Tout simplement parfait. Dois-je essayer de tester une autre capacité ?

Le monstre de pierre, la chimère d’un démon, avait presque fini de se régénérer. Et en réponse, Zagan tissa l’Écaille des Cieux dans sa main et s’avança.

« Chastille, tu devrais aussi y aller, » déclara Raphaël.

« Je n’ai toujours... je n’ai toujours rien dit à propos de suivre ce que vous avez dit, vous savez ? » déclara Chastille.

« Cependant, tu devrais déjà très bien savoir ce que tu as l’intention de faire, » déclara Raphaël.

Zagan ne savait pas de quoi ils parlaient, mais Chastille fit un simple signe de tête et prit son épée.

« Je n’ai pas besoin que vous me disiez ça. Je manierai mon Épée Sacrée comme bon me semble, » déclara Chastille.

Et puis, Chastille avait chanté. « Je n’hésiterai plus. Alors, prêtez-moi votre pouvoir — Épée Sacrée Azraël ! »

Les Flammes de Purification... étaient cette fois une lumière.

Une lumière pâle, qui ne rappelait pas du tout les flammes déchaînées de Raphaël, s’enroulait autour de la lame. Cependant, cela ne semblait pas du tout éphémère.

 

 

Zagan pouvait dire qu’elle avait la même puissance que Raphaël déchaînait comme une flamme et qu’elle ne la concentrait que sur la longueur de la lame. Cela avait un tranchant qui pouvait même couper à travers l’Écaille des Cieux.

Cette fille... Quand il s’agit d’utiliser le pouvoir d’une Épée Sacrée, n’est-elle pas même meilleure que Raphaël ? Et tandis que Zagan la regardait avec émerveillement, Chastille se tenait à côté de lui.

« Je ne te demanderai pas de croire en une Chevalière Angélique comme moi, mais je veux qu’on se batte côte à côte, » déclara Chastille.

Zagan haussa simplement les épaules en réponse.

« Je doute que tu sois du genre à essayer un plan sournois, » répliqua Zagan.

Après avoir vu sa pitoyable apparence ces derniers jours, il pouvait le dire même s’il ne le voulait pas.

« Es-tu... en train de me complimenter ? Ou me regardes-tu de haut ? » demanda Chastille.

« Qui sait, » répliqua Zagan.

Chastille gonfla ses joues face à cette réponse, puis tourna la tête sur le côté d’un air renfrogné et parla. « Alors, as-tu un plan ? »

« Il y a une chose que j’aimerais tester, mais je vais avoir besoin d’un coup direct. Il faut que je me mette en face de lui, tu comprends ? » demanda Zagan.

« Compris. Alors, j’assumerai le rôle du soutien, » déclara Chastille.

À ce moment-là, le monstre de pierre avait enfin fini par se régénérer, et ses globes opaque et sinistre se tournèrent vers eux.

« Il vient, » déclara Chastille.

« Je le sais, » répondit Zagan.

Et alors que la bouche hideuse sur son front s’ouvrait, la lumière de mana commençait à s’accumuler à nouveau. Il s’agissait clairement du même souffle de lumière qui avait frappé Raphaël.

Zagan concentra son attention sur les personnes derrière lui. Si j’esquive, ils seront touchés tous les deux.

Barbatos était hors de portée de la lumière, mais il y en avait deux autres qui ne l’étaient pas.

Foll pouvait peut-être encore s’échapper, mais Raphaël ne pouvait pas bouger d’un iota. De plus, il n’aimait pas l’idée que l’attaque vise sa fille deux fois.

Et, alors que Zagan se mettait en garde, son champ de vision devint obstrué par le dos de Chastille.

« Idiote, tu n’as même pas ton Armure Sacrée... Tu vas mourir ! » s’écria Zagan.

« Je retiendrai son attention, alors ne t’inquiète pas ! » Chastille s’avança en criant ces mots.

Le souffle du monstre avait jailli. Et cette lumière avait anéanti impitoyablement le corps de Chastille... Ou plutôt, ça aurait dû être ainsi.

« HAAA! » Chastille avait frappé avec son Épée Sacrée avec ce cri plein d’entrain. Et le souffle de lumière avait été coupé en deux par sa lame.

Puis, la lumière qui s’était séparée à gauche et à droite avait manqué Zagan, Foll et Raphaël puis elle avait disparu.

« Allons-y... Bouge-toi, Zagan ! » Chastille avait gardé son rythme et avait couru vers le monstre pendant qu’elle lançait ces mots vers lui.

Et bien, n’es-tu pas pleine de surprises ? Même Zagan était devenu étonné par cette attaque à l’instant. Ce qui était logique, puisqu’il ne pouvait même pas voir l’instant où elle avait déplacé son épée.

Ceci dit, la différence de capacité physique entre Zagan et Chastille sans son Armure Sacrée était beaucoup trop grande. Zagan avait simplement dépassé Chastille d’un seul souffle et était entré à portée du monstre de pierre en un éclair. Cependant, le monstre de pierre avait déplacé son bras pour l’intercepter.

« C’est rapide ! » Barbatos avait prononcé quelques mots en étant abasourdi.

Contrairement à la grande carrure du monstre, sa vitesse était assez bonne pour rivaliser avec celle de Zagan. Heureusement, la taille entraîne une série de mouvements inutiles.

C’était une longue frappe, alors Zagan avait eu le temps de placer son poing pour y faire face.

Le poing de pierre du monstre avait été écrasé comme s’il était fragile, alors que ses fragments se dispersèrent dans l’air.

« Qu’est-ce que... ? » Cependant, le seul qui restait ébranlé là, c’était Zagan.

Les fragments de pierre dispersés étaient reliés entre eux par une étrange brume noire. Et ces débris changeaient leurs mouvements en plein vol comme si elle possédait leur propre volonté, pleuvant sans cesse sur Zagan.

Est-ce pour ça qu’il revient à la normale après avoir été écrasé !? Le corps de pierre était simplement éphémère, car son vrai corps était la brume noire qui se cachait profondément à l’intérieur.

« Ne t’arrête pas maintenant, Zagan ! »

Ces innombrables fragments de pierre avaient été écrasés par une lumière blanche pure alors qu’il entendait ces mots. Tous les deux étaient venus de Chastille quand elle avait finalement rattrapé Zagan.

Au moment où Zagan pensait avoir vu une strie blanc passé à travers un fragment de pierre, le coup d’épée suivant était déjà en route. Le nombre de frappes était facilement à deux chiffres. Et c’était à une telle vitesse que l’on pourrait penser qu’ils se produisaient tous simultanément. Cependant, même si la vitesse était effrayante, ce qui était vraiment terrifiant, c’était que ces coups venaient de derrière Zagan et frappaient des objets devant lui. Et pourtant, toutes ces attaques ne lui avaient jamais laissé une égratignure.

Au lieu d’admiration, un sentiment de froid avait parcouru la colonne vertébrale de Zagan. Si elle avait fait ça la première fois qu’on s’est rencontrés, ne serais-je pas déjà mort ? Si elle avait utilisé une telle technique à l’épée quand il s’était battu pour la première fois contre la Chevalière Angélique Chastille, Zagan n’aurait pas été en mesure de mettre en œuvre l’une de ses techniques.

Cependant, à l’heure actuelle, elle était une alliée à qui il confiait son dos. Et ainsi, Zagan s’empara de l’Écaille des Cieux qu’il tissait dans sa main, y superposant encore un autre groupe de circuits.

« Brûle en cendres — Phosphore des Cieux ! » Et puis, Zagan avait frappé l’abdomen du monstre en produisant un bruit sourd.

Oui, c’était un poing qui n’était qu’un simple coup de poing. C’était une attaque vraiment impuissante et indigne de Zagan, qui avait même réussi à écraser la pierre avec son poing. Alors, voyant ça de dos, Chastille avait laissé sortir une voix agitée.

« As-tu raté ton coup ? » demanda Chastille.

« ... Non, c’est déjà fini, » annonça calmement Zagan. Après avoir murmuré cela et levé la main droite, Zagan avait serré le poing comme s’il écrasait quelque chose avec. Et tout de suite après...

Avec une éruption soudaine, le monstre de pierre avait été enveloppé d’une flamme noire. La flamme n’avait surgi qu’un seul instant. Et, cela avait parcouru la surface de la pierre comme s’il la consommait, avant que les flammes se soient éteintes.

Avec cela, tout était terminé. La statue noircie s’était effondrée sans bruit. Quel que soit son pouvoir régénérateur, une fois qu’il perd son mana, c’est une simple pierre.

Les fragments brisés qui s’étaient relevés avant ça s’étaient alors transformés en poussière avant de se disperser avant même de toucher le sol. Et en un clin d’œil, il ne restait rien de la chimère.

Tandis que Zagan se retournait, il remarqua que Chastille se tenait immobile, les yeux grands ouverts, sous le choc.

« Qu’est-ce que... tu as fait ? » demanda Chastille.

Zagan avait ensuite tissé ensemble un cercle magique dans sa main pour l’aider à lui expliquer la situation.

« Tu vois, j’ai cette sorcellerie qui s’appelle l’Écaille des Cieux. Cette chose aspire sans cesse le mana dans son environnement et accumule continuellement en augmentant son intensité tel un bouclier, alors tout ce que j’ai fait c’est inverser l’effet et le jeter dans l’ennemi, » déclara Zagan.

« Inverser l’effet... ? » demanda Chastille

« Cela aspire sans cesse le mana dans les environs... et le fait brûler. La raison pour laquelle la flamme semble noire est que le mana lui-même brûle, » expliqua Zagan.

L’Écaille des Cieux et le Phosphore des Cieux... C’était de la sorcellerie qui utilisait la même structure, les deux faces d’une même pièce pour ainsi dire. Une arme anti-Épée Sacrée, et une arme anti-démon. Après avoir obtenu l’héritage de Marchosias, Zagan avait concentré tous ses efforts sur le développement de ces techniques.

Et il semblait que la preuve était faite. Après tout, cela possédait assez de puissance pour brûler même une chimère créée à partir des restes d’un démon en un instant.

Si un sorcier humain subissait ce coup, il serait impuissant. Et en fait, c’était une sorcellerie si diabolique que si les autres Archidémons l’apprenaient, ils seraient obligés de la déclarer un art interdit.

« Pourtant, c’est beaucoup trop imprécis. Si je n’augmente pas l’efficacité, ça ne marchera probablement pas sur un vrai démon..., » déclara Zagan.

Le démon auquel Zagan s’était confronté possédait bien plus de mana. Comme le Phosphore des Cieux était maintenant, un vrai démon détruirait très probablement la sorcellerie avant d’être brûlé en cendres. Tout comme l’Écaille des Cieux était encore incomplète, il semblait qu’il y avait des choses à améliorer.

« Tu es... un sorcier terrifiant..., » Chastille parlait comme si elle tremblait, mais sa voix donnait plutôt l’impression qu’elle le respectait. Et c’est pourquoi Zagan avait répondu de la même façon.

« Tes compétences ne sont pas non plus si mauvaises, Chastille, » déclara Zagan.

Quand il lui avait dit ça, pour une raison inconnue, Chastille avait écarquillé les yeux et s’était couvert le visage.

« ... Quoi ? » demanda Zagan.

« Non, c’est juste que... C’est la première fois... que tu m’appelles par mon prénom... c’est tout..., » déclara Chastille.

« Vraiment ? » Zagan n’en était pas vraiment conscient, mais maintenant qu’elle en avait parlé, il s’était rendu compte qu’il n’avait jamais parlé de Chastille qu’avec « toi », « cette fille » ou d’autres choses du genre.

« Eh bien, désolé pour ça, » déclara Zagan.

« T-Tu t’excuse ? » s’exclama Chastille.

« Tu es après tout l’amie de Néphy. Je dois au moins afficher un peu de respect pour toi, » déclara Zagan.

Cependant, les manières d’un sorcier n’étaient pas si différentes de la dignité d’un bandit.

Chastille gonfla alors ses joues et le fixa du regard.

« Je ne suis pas venue ici juste pour Néphy. Je suis venue... pour me battre à tes côtés..., » déclara Chastille.

Zagan la regarda d’un air émerveillé en entendant ces paroles choquantes.

« Même si nous sommes un sorcier et un Chevalier Angélique ? » demanda Zagan.

« Oui, même si nous sommes un sorcier et un Chevalier Angélique, » répondit Chastille.

En entendant la réponse de Chastille, Zagan avait ressenti un sentiment de sécurité qu’il n’avait jamais ressenti auparavant de sa vie. Confier son dos à quelqu’un n’est certainement pas une mauvaise sensation, hein ?

Même si cela ne correspondait pas à sa nature, il était sur le point de mettre ces pensées en mots. Cependant...

« Zagan ! »

Tandis qu’il se retournait vers le cri de Foll, Zagan vit Raphaël s’écrouler en raison de l’épuisement.

***

Partie 7

« Il semble que j’ai été capable de voir l’épée la plus rapide parmi les Archanges. »

Couché sur le sol, Raphaël avait le sourire aux lèvres. Même maintenant, c’était un sourire féroce qui donnait l’impression qu’il pouvait attaquer à tout moment, mais en fait, il riait tout simplement.

« Ne parle pas trop. Je suis mauvais pour tout ce qui a trait à la guérison, » déclara Zagan.

Zagan effectuait les premiers soins à Raphaël en utilisant la sorcellerie, mais la blessure était trop profonde. Tout au plus, il pourrait arrêter l’hémorragie. Il avait l’impression que la chance de Raphaël s’était épuisée, car la capacité de régénération d’un dragon s’affaiblissait, lui permettant à peine de garder la main sur la vie.

Finalement, Raphaël avait parlé d’un ton fatigué.

« Chastille. Peu importe ce que tu penses de nous, tes actions elles-mêmes sont déjà devenues notre bannière. Ceux qui sympathisent avec moi... deviendront sûrement tes alliés à partir de maintenant..., » déclara Raphaël.

« Seigneur Raphaël..., » Chastille regarda Raphaël avec une expression compliquée sur son visage en disant cela. Et avec un « cependant », Zagan s’était interposé.

« Tu parles encore de la Faction d’Unification, hein ? Barbatos l’a dit plus tôt, mais je ne vois pas l’intérêt. Si tu dis que tu as besoin d’une bannière ou autre, pourquoi ne pas le faire toi-même ? Tu es l’un de ces satanés Archanges, n’est-ce pas ? » déclara Zagan.

« Si c’était seulement à l’intérieur de l’Église, ce serait possible. Cependant, c’est exactement comme cet homme l’a dit. J’ai... tué beaucoup trop de sorciers. Si je leur demandais de me tendre la main après tout ce temps, ils ne le consentiraient jamais, » déclara Raphaël.

C’est pourquoi il avait besoin d’une personne comme Chastille. Et Chastille avait été déconcertée par cela.

« C’est pour ça que vous avez utilisé le nom d’Orobas ? Parce que vous pensiez que personne ne vous croirait ? » demanda Chastille.

« En partie, oui. Mais aussi, ma survie et la création de la Faction d’Unification étaient le dernier souhait d’Orobas. C’est pourquoi son nom est le plus approprié en tant que chef, » déclara Raphaël.

Pour cet homme, l’existence d’Orobas était tout simplement absolue. Et Zagan avait été capable de comprendre cela, mais à la fin, il n’était pas vraiment convaincu.

« Alors, pourquoi avoir tué autant de sorciers ? Avais-tu une sorte de rancune ou quelque chose comme ça ? » demanda Zagan.

Zagan n’avait aucunement l’intention de prétendre que les sorciers étaient vertueux. Au contraire, les sorciers étaient, sans exception, tous des méchants. Il ne voyait aucune raison de ne pas les haïr, mais même ainsi, en tuer près de 500 n’était pas une mince affaire. Il devait avoir une raison.

Cependant, personne n’avait pu prédire la réponse de Raphaël à cette question.

« Je ne les ai pas tués parce que je le voulais. Pour une raison ou une autre, les sorciers n’arrêtaient pas de m’attaquer, » déclara Raphaël.

« Quoi... ? » Tout le monde dans la pièce avait poussé un cri de surprise en même temps.

Raphaël murmura alors quelques mots comme s’il trouvait cela étrange.

« Je me demande bien pourquoi. Tout ce que j’ai fait, c’est essayer d’avoir une conversation de gentleman avec eux. Même quand je leur ai montré un sourire pour prouver que je n’étais pas un ennemi, ces satanés sorciers n’ont pas du tout écouté ce que je disais et n’ont pas arrêté de me foncer dessus. Bien sûr, j’ai dû accepter leurs défis à ce moment-là, ce qui se terminait toujours par le fait que je les tuais, » déclara Raphaël.

Incapable de comprendre ce qu’il disait, Zagan était sous le choc.

« ... Attends un peu. N’essayais-tu pas de nous provoquer dans ce bar ? » demanda Zagan.

« J’avais simplement l’intention d’informer le bâtard qui était intime avec Chastille de la crise qui lui était arrivée..., » déclara Raphaël.

La tête de Zagan avait commencé à lui faire mal. Et en même temps, Chastille secoua la tête dans un état d’étonnement.

« C-Cependant, quand vous m’avez rencontré pour la première fois, ne m’avez-vous pas demandé combien de sorciers j’ai tués... ? Oh, ne me dites pas que c’était juste pour cacher vos vraies intentions ? » demanda Chastille.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu servirais mal de bannière si tu tuais des sorciers comme je l’ai fait, n’est-ce pas ? Et tu m’as répondu que ce n’était pas un chiffre dont je pouvais être fier, ce qui m’a convaincu que tu étais celle que je cherchais, » déclara Raphaël.

Chastille avait baissé ses épaules après avoir entendu cette réponse et avoir vu l’expression sérieuse sur son visage. Alors, après ça, elle avait hoché la tête.

« Maintenant que vous en parlez, se pourrait-il que vous négociiez pour que mon Épée Sacrée... me soit rendue ? » demanda Chastille.

« Si un Archange n’a pas d’Épée Sacrée, comment peut-il se protéger ? » demanda Raphaël.

Il semblait que quelque chose de semblable s’était produit avec Chastille, alors Zagan essaya de repenser à sa conversation avec Raphaël.

Il avait une façon détournée de parler, mais il était certainement vrai que cet homme n’avait jamais dit une seule fois qu’il voulait tuer Chastille. Bien sûr, il avait parlé du point de vue de l’Église, mais cela ne signifie pas qu’il était d’accord avec cela.

Eh bien, si un sorcier et Chevalier Angélique commençaient à devenir amis, ça finirait par ressembler à ce qui est arrivé à Chastille, hein ? En d’autres termes, il leur disait essentiellement de simplement sentir ses sentiments. Bien que franchement, cela ne ressemblait pas du tout à ça.

« Mais peux-tu vraiment tuer près de 500 personnes comme ça ? » demanda Zagan.

« C’est tout simplement ce qui s’est passé quand j’ai été attaqué jour après jour. Et quand les sorciers ont cessé de venir, l’Église m’a envoyé dans une autre région, » déclara Raphaël.

Il semblait que le cycle se répétait à mesure qu’il changeait d’endroit, de sorte que le nombre avait augmenté avant même qu’il ne s’en rende compte.

L’histoire n’était pas très convaincante, mais Zagan pouvait comprendre que c’était involontaire. Et, comme on pouvait s’y attendre, il avait poussé un soupir.

« Réfléchis à ton apparence. N’importe qui te considérerait comme un ennemi si tu agis bizarrement en ressemblant à ça, » déclara Zagan.

Après que Zagan lui ait fait cette remarque, Barbatos avait ajouté sur un « Eh, ça venant de toi » avec une voix étonnée, ce qui avait fait que Zagan avait décidé de le frapper plus tard. Puis, il serra le poing pendant que Raphaël se relevait lentement.

« Chastille... Tu devrais retourner à l’Église. Je me débarrasserai de ceux qui souhaitent ta mort. Je pourrai sûrement conserver cette vie au moins aussi longtemps..., » déclara Raphaël.

« Hein, savez-vous qui est le coupable ? » demanda Chastille.

« Laisse-moi te demander, n’as-tu pas réalisé la vérité ? » demanda Raphaël.

Ce n’était pas comme si elle n’avait aucune idée. Et quand elle l’avait compris, le visage de Chastille était devenu particulièrement pâle.

Oui, avec l’exclusion de Raphaël, il y a peu d’individus dans l’Église qui pourraient être responsables.

Zagan n’était pas bien informé des affaires internes de l’Église, mais par élimination, une seule personne lui était venue à l’esprit.

Finalement, Raphaël se tourna vers Foll.

« J’ai promis de te remettre ma tête, mais je vais te faire attendre jusque-là, » déclara Raphaël.

Foll n’avait pas été en mesure de répondre à ses paroles. Alors au lieu de ça, elle lui avait posé une question.

« ... Réponds juste à une chose. Quel genre de dragon était Orobas pour toi ? »

Raphaël hocha calmement la tête en réaction à ses paroles, puis répondit.

« Un grand dragon. Ces moments où je suis monté sur le dos de ce dragon et où je me suis battu à ses côtés... ont été les meilleurs moments de ma vie, » déclara Raphaël.

« ... Je vois, » répondit Foll.

Et alors que Raphaël partait, Foll n’avait pas essayé de le retenir ou de le tuer.

« Est-ce que tu es d’accord avec ça ? » demanda Zagan.

« ... Je ne sais pas. Mais... Je ne sais pas non plus... si c’est correct de tuer cet homme, » répondit Foll.

Zagan brossa doucement la tête de la jeune fille pour la réconforter.

« Alors, n’est-ce pas bien d’en rester là ? » demanda Zagan alors qu’il tendait la main à Foll, puis dit : « Revenons chez nous. Néphy doit être fatiguée d’attendre. »

« ... Uh, mm. »

Même Zagan ne savait pas si c’était bien d’abandonner sa revanche. Mais il savait que Foll n’avait plus un profond mépris pour les Chevaliers Angéliques.

C’est pourquoi... c’est sûrement bien comme ça.

Il était possible que sa haine refasse surface après tout cela. En fait, il était certain qu’elle finirait aussi par hésiter. Néanmoins, Zagan et Néphy avaient décidé de rester aux côtés de cette fille.

Et à ce moment-là, Chastille avait pris la parole. « Humm, et moi ? »

« Retourne dans ta foutue Église, tête de poney, » déclara Foll, envoyant Chastille au bord des larmes à cause de son hostilité nue.

D’une façon ou d’une autre, avant que quelqu’un ne s’en rende compte, Barbatos avait disparu. Ils avaient dû faire un long voyage de retour au château de Zagan en raison de son absence, et l’aube se levait déjà avant leur arrivée. Et pourtant, Néphy était toujours là, semblant attendre de les accueillir.

« Bienvenue à la maison, Maître Zagan, Foll, Chastille, » déclara Néphy.

Et ce même matin, Zagan et les autres entendirent parler du destin de Raphaël.

***

Partie 8

« Je vois. On ne sait donc toujours pas où se trouve Chastille..., » le cardinal Clavwell murmura cela en étant en deuil après avoir reçu un rapport des subordonnés de Chastille, les Chevaliers du Ciel d’Azur.

« Mes plus sincères excuses. Nous avons été tout simplement inadéquats. »

« Ce n’est pas comme si c’était votre faute. Je suis dans la même situation dans le sens que je suis inquiet pour la sécurité de Chastille. Pour l’instant, reposez-vous, » déclara Clavwell.

« D’accord ! » Les trois chevaliers quittèrent le bureau de Clavwell avec un salut et un petit cri d’encouragement.

Lorsque la porte se referma, Clavwell fit entendre une voix triste comme s’il n’était plus capable de la supporter.

« Oooh... Chastille, ma chère chevalière... Pourquoi... ? Pourquoi ne meurs-tu pas pour moi ? » murmura-t-il.

Le visage qui sortait de ses deux mains était répugnant et déformé.

« Les sorciers sont mauvais. Et ceux qui en sont complices sont mauvais. Si un Archange est imprégné de péché, alors leur remplacement doit à la place faire respecter la vraie justice, n’est-ce pas ? »

Si Chastille était tuée, l’Épée Sacrée choisirait un nouveau maître pur. Et cette fois, c’était sûr, il l’élèverait comme l’incarnation de la justice.

Ce qu’il cachait scrupuleusement, c’était le fait que ce n’était même pas la première fois que Clavwell essayait d’assassiner un Archange. Ceux qui n’avaient pas démontré le pouvoir absolu de l’épée de la justice, ceux qui s’opposaient aux inclinaisons de Clavwell, ceux qui hésitaient à tuer des sorciers, et ceux qui étaient tout simplement indignes d’être un Archange, avaient été impitoyablement tués.

Heureusement, Kianoides était le domaine de l’Archidémon précédent, Marchosias. S’ils étaient dirigés vers ce diable, personne ne douterait de leur mort.

Ce n’était pas une défaite pour l’Épée Sacrée. Comme le manieur ne convenait pas, ils n’avaient pas été en mesure d’utiliser le vrai pouvoir et avaient péri en conséquence.

Cela, en soi, pourrait aussi être appelé la volonté de l’Épée Sacrée. Cependant, les circonstances étaient un peu différentes cette fois-ci.

« Ce fichu Raphaël a vraiment fait quelque chose d’inutile..., » déclara-t-il.

Chastille avait bêtement dit qu’elle ne voulait pas se battre contre l’Archidémon. C’est ainsi qu’ils avaient immédiatement confisqué son Épée Sacrée, et les préparatifs pour la tenue d’une cérémonie de grande exécution étaient déjà bien avancés. La raison pour laquelle elle avait été retardée... c’est qu’il y avait des objections de la part des autres cardinaux.

Oui, Clavwell ne protégeait pas du tout Chastille. C’est seulement parce que les autres cardinaux l’en empêchaient qu’elle était protégée. Et ainsi, Chastille... avait pris son Épée Sacrée et avait disparu.

Espèce d’indisciplinée... Es-tu en train de dire que tu n’es pas morte de ce poison ? C’était son précieux poison, produit dans le but de torturer les sorciers capturés. Chastille n’aurait jamais dû être en vie après avoir absorbé quelque chose de fatal, même pour le plus puissant des sorciers. Et pourtant, ni son cadavre ni l’Épée Sacrée n’avaient été découverts quelque part.

Si Raphaël ne lui avait pas suggéré de lui rendre l’Épée Sacrée, aucune de ces questions gênantes ne se serait produite et tout aurait été réglé proprement.

« Ces trois stupides chevaliers sont aussi inutiles. »

Ces trois-là avaient servi Chastille aveuglément. C’est pourquoi il les avait fait surveiller, pensant qu’ils pourraient sûrement trouver où se trouvait Chastille, mais tout ce qu’ils avaient fait, c’était se promener en ville sans planification. Peu importe le temps passé, ils ne l’avaient jamais retrouvée.

Ou peut-être... qu’ils ont remarqué qu’on les surveillait ? Malgré les apparences, ces trois chevaliers avaient été classés parmi les guerriers les plus puissants de la Cité de Kianoides. Même pendant l’incident du jour où Zagan avait succédé à Archidémon Marchosias, les trois chevaliers avaient retrouvé Chastille et avaient réussi à la sauver.

Donc, l’explication logique pour qu’ils fassent si peu d’efforts étaient qu’ils avaient remarqué qu’ils allaient guider un assassin jusqu’à Chastille.

Il avait alors dû penser à une autre manière pour gagner. Et pendant qu’il gémissait devant de telles pensées désagréables, quelqu’un frappa à sa porte.

« ... Je suis désolé, mais j’aimerais être seul maintenant. Veuillez reporter ce dont vous avez besoin pour plus tard, » déclara-t-il.

Ce n’était pas si grave, mais comme il était très en colère, il n’avait pas l’impression de pouvoir parler calmement avec une autre personne. Cependant, malgré ses instructions, la porte de la chambre avait été violemment ouverte.

« J’arrive, Clavwell, » une voix retentissante avait résonné, et celui qui apparut n’était autre que le Chevalier Angélique Raphaël.

« Qu-Qu’est-ce que vous... ? Espèce de vaurien insolent... ! » Clavwell haussa la voix avec à parts égales de la peur et de l’irritation, puis il remarqua immédiatement quelque chose d’étrange. Raphaël était couvert de sang. L’un de ses bras manquait, et c’était une blessure si grave que sa survie n’était rien de moins qu’un miracle.

« Seigneur Raphaël, quelle est cette blessure... ? Non, si on met ça de côté, on doit la traiter ! » Clavwell glissa rapidement du poison dans sa main en déclarer ces mots. Il ne savait pas ce qui s’était passé, mais cet homme était l’un des « maux » que Clavwell devait exterminer quoiqu’il arrive.

Clavwell ne savait pas exactement quel était son objectif, mais il savait que Raphaël essayait de construire une nouvelle faction dans l’Église. On l’appelait la « Faction d’Unification » ou quelque chose du genre, et si Clavwell avait su qu’ils étaient un groupe qui était contre tout ce qu’il défendait, il n’aurait probablement pas fait ce choix. Pourtant, que ce soit la bonne ou la mauvaise fortune, ceux qui pouvaient imaginer l’idéologie de Raphaël à en juger par son apparence n’existaient pas dans l’Église.

Raphaël s’était ensuite jeté sur la chaise devant Clavwell.

« Quoi, ne t’inquiète pas pour ça ? Je suis juste venu ici pour m’occuper d’une petite affaire. Je pars tout de suite après, » déclara Raphaël.

« C-Cependant..., » et après que Clavwell le déclara en appliquant le poison sur son gant, il tendit main pour panser la blessure de Raphaël avec...

« Hein... ? » Avec un bruit de rotation terne, son bras tomba sur le sol.

« Malheureusement, je n’ai pas particulièrement apprécié l’idée d’une main tachée de poison qui me touche, » déclara Raphaël.

À une vitesse bien plus rapide que ce que Clavwell pouvait percevoir de ses yeux, Raphaël avait retiré le bras droit du corps de Clavwell.

« Ghhhh... Argh ? » Alors qu’il s’accroupissait et se mettait à crier, un pied couvert d’armure s’était coincé dans sa bouche. Plusieurs de ses dents de devant écrasées s’étaient éparpillées sur le sol.

« Ne fais pas tant d’histoires. Même si j’ai l’air impitoyable, c’est la première fois que je tue un humain, tu vois ? Je suis juste un peu nerveux à cause de ça, » déclara Raphaël.

Pourquoi... moi ? Il ne pouvait pas prononcer ces mots à haute voix, mais comme Clavwell se plaignait avec ses yeux, Raphaël reçut le message fort et clair et répondit.

« Toi et moi sommes devenus séniles. Ce n’est pas à nous de mettre la main à la pâte dans chaque petite chose que fait la jeune génération. C’est-à-dire sans parler d’étouffer leurs possibilités dans l’œuf, bien sûr, » déclara Raphaël, puis il dégaina son Épée Sacrée.

« Tu vas rencontrer ta fin avec la lame de ton Épée Sacrée bien-aimée, bâtard. Et si tu faisais une tête un peu plus heureuse ? » déclara Raphaël.

« Aggggggh! » Ouvrant en grand les yeux, Clavwell essaya de secouer la tête, mais ne put rien faire avec la botte plantée dans sa bouche.

Que quelqu’un me sauve ! Pourquoi l’Archange de Kianoides ne venait-il pas le sauver ? Qu’est-il arrivé aux trois chevaliers qu’il venait de renvoyer ? En tant que porte-parole de Dieu, exécuteur de la volonté de la justice, pourquoi avait-il fallu que sa vie soit menacée par un tel « mal » ? Cependant, peu importe à quel point Clavwell gémissait dans son cœur, la « justice » en laquelle il croyait ne le protégeait pas.

« Je te rejoindrai bientôt. Attends-moi en enfer, » cela avait été les derniers mots que l’homme connu sous le nom de Cardinal Clavwell avait entendus alors qu’une Épée Sacrée était venue tranché en plein dans son cou.

Et ce fut la toute dernière scène dont Clavwell avait été témoin dans ce monde.

***

Épilogue

« ... Je vois. Comme je le pensais, le coupable était le cardinal Clavwell, » dans une chambre d’amis du château de Zagan, Chastille murmura ces mots d’un ton un peu triste.

À part elle, Zagan, Foll et Néphy étaient tous réunis dans la pièce où Zagan venait de l’informer de la mort de Clavwell. Celui qui avait tenté d’assassiner Chastille n’était autre que son supérieur, le cardinal Clavwell.

« Cet homme... n’a jamais douté de la justice de l’Église. » C’est pourquoi il était attaché à l’idée que les sorciers étaient mauvais, et considérait même Chastille, qui s’était liée d’amitié avec l’un d’eux, comme une ennemie.

Néphy avait alors timidement posé une question. « Chastille, tu le savais déjà ? »

« Je le savais vaguement. J’avais un pressentiment... mais je ne voulais pas y croire. Pourtant, c’est logique puisque c’est lui qui m’a saluée et m’a servi du thé comme d’habitude, » c’était pour ça que Chastille avait bu le poison sans le moindre doute.

Zagan avait ensuite laissé sortir un grognement avec un « Hmph ».

« Comme c’est stupide. Il n’y a pas d’humains décents dans un groupe qui proclame représenter la vraie justice, » déclara Zagan.

« Même avant, tu as dit quelque chose comme ça, hein ? » déclara Chastille.

C’était ce qui s’était passé quand ils s’étaient battus pour la première fois. Et comme on pouvait s’y attendre, dans un état de découragement, Chastille avait affaissé ses épaules.

« Malgré tout, les gens veulent croire que ce qu’ils font est correct. Je me demande... si c’est une si mauvaise chose, » demanda Chastille.

« Ils croient que c’est à eux de décider. Cependant, dès qu’ils croiront que c’est peut-être une erreur, ils hésiteront certainement. En ce sens, le coupable qui a essayé de te tuer a raison. Car après tout, il n’a jamais hésité à essayer de te tuer, » déclara Zagan.

C’était tout ce à quoi la justice avait fini par aboutir. C’était une chose à laquelle les gens croyaient de tout cœur et pour laquelle ils n’hésiteraient jamais. Quand la foi aveugle allait trop loin, elle devenait toujours fanatique. La raison pour laquelle l’Église était forte... c’était parce que cela reposait sur le mensonge depuis sa fondation.

« Tu es aussi dur que d’habitude, n’est-ce pas ? » Chastille déclara ça en souriant amèrement, mais ce n’était pas le visage d’une personne en deuil. Et après avoir pris une gorgée du thé qui lui avait été préparé, puis elle s’était levée.

« Je vais retourner à l’Église. Je pense que l’état actuel des choses est étrange. Je ne dirai pas quelque chose de prétentieux comme je vais la corriger, mais je veux la changer même si ce n’est qu’un petit peu, » déclara Chastille.

« Je vois, » déclara Zagan.

Et avec cette courte réponse, Chastille avait encore une fois fait un sourire amer.

« Même dans ces moments-là, c’est tout ce que tu me diras, hein ? » demanda Chastille.

Zagan avait l’impression d’avoir fait quelque chose de mal en entendant ces mots. L’accusation qu’elle lui reproche d’être sans cœur était arrivée beaucoup trop tard, mais le fait qu’elle lui ait dit en face l’avait quand même inquiété à ce sujet. Et c’était pourquoi Zagan avait montré du doigt la tasse de Chastille.

« En vérité, le thé est empoisonné, » déclara Zagan.

« Eeek? » Chastille haussa la voix, paniquée, donnant l’impression qu’elle était prête à lâcher sa tasse.

C’est vraiment quelqu’un qui se fait facilement ébranler, hein ?

Après avoir regardé sa silhouette paniquer un peu plus longtemps, Zagan lui avait parlé d’un ton qui donnait l’impression qu’il était confus en raison de l’agitation.

« ... C’est une blague. Apprends à douter un peu de ce que les autres te disent, » déclara Zagan.

Eh bien, même sans que Zagan le lui dise, Chastille savait probablement que c’était une blague. Et après avoir tenu sa tasse à nouveau normalement, elle le regarda fixement.

« ... Peu importe comment tu le dis, celle-ci n’était-elle pas de mauvais goût ? » demanda Chastille.

« Tu penses ça ? » demanda Zagan.

« Bien sûr que ça l’est. Ce thé... il a été fait par Néphy, non ? Et j’étais sur le point de tout renverser, tu vois ? » déclara Chastille.

Après avoir entendu ces paroles répréhensibles, Zagan pencha la tête sur le côté.

« Néphy n’est pas... celle qui a fait ce thé, tu sais ? » déclara Zagan.

« Hein ? Attends, vraiment... ? Alors, qui l’a fait ? » demanda Chastille.

« Qui sait, » Zagan haussa les épaules pour esquiver la question, mais naturellement, il ne savait pas du tout faire du thé.

Et tandis que Chastille restait perplexe, elle se concentra sur la seule autre personne dans la pièce, Foll. Eh bien, il était possible que Néphy lui ait appris à faire du thé, mais il était peu probable qu’elle en verse pour Chastille. Même Chastille en savait sûrement au moins autant. Néanmoins, pour confirmer la situation, elle s’était agenouillée devant la jeune fille.

« À la fin, je n’ai jamais pu avoir une vraie discussion avec toi, hein ? » demanda Chastille. Puis elle étendit la main pour essayer de toucher la tête de Foll. Malheureusement, Foll s’était immédiatement cachée derrière Zagan.

« Haha, ha... Eh bien, on dirait que ça va être difficile de s’entendre, » dit Chastille en riant, clairement pleine d’hilarité, puis elle se leva.

« Viens... encore... Chastille, » Foll parlait d’une voix faible et nerveuse. Et comme elle s’était soudain mise à sangloter bruyamment, les larmes avaient coulé depuis les yeux de Chastille en guise de réponse.

« Hic... F-Finalement... Tu m’as finalement appelée par mon prénom ! » déclara Chastille.

« Alors à la fin... tu pleures ? » Et ainsi, Foll avait aussi poussé un soupir exaspéré.

Quand ses larmes avaient cessé, elle avait commencé à sortir de la pièce.

« Ce n’était que pour une courte période, mais je vous suis redevable de vous être occupé de moi. Je ne sais pas si je peux porter le fardeau de la Faction d’Unification du Seigneur Raphaël, mais je vais m’efforcer un tout petit peu pour créer un monde où vous pourrez vivre plus paisiblement, » déclara Chastille.

Et puis, une voix rauque avait retenti. « Je vois. Tu as enfin pris ta décision. »

« Je pense que c’est au-dessus de mes moyens, mais je vais quand même faire de mon mieux, » répondit Chastille.

« Si quelque chose te dérange, tu peux m’appeler à tout moment. Comme j’ai plus qu’une seule main, ce que je peux faire est limité, mais je te prêterai quand même ma force, » répondit la voix rauque.

Le propriétaire de cette voix qui était entré dans la pièce sans bruit, avait perdu un bras et portait un service à thé.

« Je vous suis redevable, Seigneur Raphaël... ? » Chastille s’était mise à parler, puis avait soudain levé la tête dans la confusion. Et devant ses yeux... c’était un homme géant que la plupart auraient dû regarder en levant la tête.

« Tu peux déjà te lever, Raphaël ? » demanda Foll.

Oui. Celui qui les avait précédés n’était autre que... l’Archange Raphaël. Et pour le remercier d’avoir soigné ses blessures, il avait préparé du thé ce matin.

« En effet. Dès le début, j’ai eu la protection divine d’Orobas. Si l’on ajoute à cela le mysticisme des elfes, une blessure aussi superficielle ne vaut même pas la peine d’être mentionnée, » répondit Raphaël.

Malgré cela, le bras qu’il avait perdu n’avait pu être récupéré, ce qui avait eu un impact considérable sur la puissance de Raphaël en tant que Chevalier Angélique. Le regrettant, Zagan tourna vers lui un regard fugace.

« Peux-tu encore frapper avec ton Épée Sacrée avec un bras dans cet état ? » demanda Zagan.

« Je n’en suis pas encore au point où je ne peux plus me battre. En plus, je suis déjà vieux. L’Épée Sacrée choisira sûrement son prochain porteur bien assez tôt, » répondit Raphaël.

« Je vois. En attendant, je me servirai pleinement de toi, » déclara Zagan.

« Heh, la compensation pour m’utiliser est assez élevée, tu sais ? » C’était probablement sa façon de dire qu’il toucherait un salaire. La façon dont il l’avait formulée était certainement difficile à comprendre, mais honnêtement, Zagan et cet homme étaient peut-être identiques à cet égard. Mais en y pensant de cette façon, Zagan était devenu vraiment déprimé.

« Attendez, de quoi parlez-vous si calmement tous les deux !? » demanda Chastille.

Zagan avait ensuite fait une grimace. « Blahblahblah, ferme-la. As-tu un problème ou quoi ? »

« N’est-ce pas évident ? Je croyais vraiment que le Seigneur Raphaël était mort..., » déclara Chastille.

La dernière fois qu’ils s’étaient séparés, Zagan avait pensé à peu près la même chose. Cependant, cet homme avait fidèlement présenté sa tête à Foll, alors Zagan l’avait amené au château. Comme Chastille s’était effondrée en raison d’un épuisement total, il ne lui en avait jamais parlé.

Zagan montra ensuite Raphaël du doigt en parlant.

« Oh, voyons. Comment crois-tu que j’ai appris les détails de la mort du cardinal Clavwell ? » demanda Zagan.

« Attends, vraiment ? » Chastille se posa des questions, clairement surprise.

Sans cela, les rumeurs de l’assassinat d’un cardinal n’auraient jamais pu se répandre jusqu’à son château. Même l’Église complotait sûrement pour cacher le scandale.

Chastille s’effondra faiblement sur le sol à l’aube de la vérité. « Et bien, je suis plutôt soulagée que vous soyez encore en vie. »

« Tu es encore trop naïve. Si tu agis comme ça, tu ne pourras même pas te plaindre si on t’égorge par-derrière, » déclara Raphaël.

Tandis qu’il parlait d’un ton laissant entendre qu’il allait l’abattre à l’instant, le visage de Chastille s’était soudainement effondré.

« Ah... Tu dis qu’agir si gentiment sans connaître les vraies intentions des gens pourrait causer sa mort, non ? » demanda Zagan.

Après que Zagan ait calmement fait cette remarque, Raphaël fit un signe de tête exagéré.

« Comme on peut s’y attendre de mon seigneur. La différence dans votre calibre est admirable, » déclara Raphaël.

« Non, même moi, je le comprends plus ou moins... Attendez, mon seigneur, vous dites ? » s’exclama Chastille.

En voyant Chastille complètement choquée, Raphaël hocha la tête comme si ce n’était rien du tout.

« Maintenant que tu le dis, je suppose que je ne t’en ai rien dit. J’ai été engagé comme majordome du Seigneur Zagan. En ce jour, j’ai pris ma retraite en tant qu’Archange, » déclara Raphaël.

« EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEH? »

Tout en se bouchant les oreilles face au cri de Chastille, Zagan se souvient de la conversation qu’il avait eue avec Raphaël et Foll.

« Comme promis, je suis revenu te présenter ma tête, » déclara Raphaël.

En détectant Raphaël, qui avait utilisé toutes ses forces pour arriver à l’entrée du château, en raison de la barrière de Zagan, tout le monde sauf Chastille avait couru à sa rencontre. Et la toute première chose qui était sortie de sa bouche avait été ces mots.

Cet homme n’était pas celui qui avait tué Orobas. Cependant, il était également possible de l’appeler la cible de vengeance. C’est pourquoi Foll avait décidé du sort de Raphaël.

Après s’en être inquiétée pendant une minute, Foll avait trouvé une réponse plutôt unique.

« Alors, épuise-toi pour le bien de Zagan et Néphy. Cela me sera bénéfique, » déclara Foll.

Et ainsi, Raphaël avait aussi fini par travailler au château de Zagan. Ainsi, mes recherches sur l’Emblème de l’Archidémon devraient progresser rapidement.

Zagan avait acquis quelques connaissances sur les Épées Sacrées venant de l’héritage de Marchosias, mais comme prévu, il y avait une grande différence entre avoir la vraie chose et ne pas l’avoir. S’il parvenait à déchiffrer les symboles gravés sur l’Épée Sacrée, il pourrait un jour identifier la véritable nature de l’Emblème de l’Archidémon.

D’ailleurs, même sans cela, avec l’entretien du château et la gestion du Palais de l’Archidémon, aucune aide n’était de trop.

Si c’était un subordonné en qui il pouvait avoir confiance, que ce soit un sorcier ou un Chevalier Angélique, il ne se plaignait pas. En plus, il y a plus important que la première impression d’une personne. Il le savait parce que s’il n’avait pas rencontré Néphy, il aurait pu finir comme Raphaël.

Foll leva alors les yeux vers Raphaël avec curiosité.

« Besoin de quelque chose ? » demanda Raphaël.

« Ce n’est pas gênant d’avoir un bras... en moins ? » demanda Foll.

« Hmph... Ce n’est pas quelque chose qui doit t’inquiéter, » répondit Raphaël.

« Attends un peu..., » Foll avait quitté la chambre de Chastille avec ces mots. Chastille avait dit qu’elle revenait à l’Église, mais ayant perdu l’occasion de partir, elle s’était maladroitement placée sur le lit et avait attendu.

Peu de temps après, Foll revint. Et dans ses bras se trouvait un énorme bras gauche d’armure. Elle l’avait rangé depuis son arrivée dans ce château, mais c’était l’armure en papier mâché qu’elle utilisait pour prendre l’apparence de l’Apparition Valefor.

« ... Accroupis-toi, » déclara-t-elle.

« Hmm ? » Raphaël s’agenouilla en disant cela, alors qu’il était perplexe face à ses actions. Puis Foll plaça l’armure au niveau de son épaule gauche. Puis, elle murmura calmement quelques phrases, ce qui fit briller l’armure vide d’une lumière pâle.

« Avec ça, cela devrait bouger, » déclara Foll.

« Oooh..., » Raphaël poussa un soupir d’admiration.

C’était la même sorcellerie que Foll utilisait pour manipuler l’armure. Et il semblait qu’elle l’avait activé pour que même Raphaël puisse l’utiliser.

« Quand je pense qu’à part Orobas, j’aurais aussi une grande dette envers sa fille. Je te consacrerai cette vie, » déclara Raphaël.

« ... C’est un peu trop, » bien qu’elle avait détourné son visage, les joues de Foll étaient juste légèrement teintes en rouge.

Et puis, Chastille avait fait entendre une voix un peu insatisfaite. « Euh... Alors..., la seule qui part... c’est moi ? »

« Eh bien, c’est comme ça, » déclara Zagan.

« Non, mais..., » Chastille était de nouveau au bord des larmes malgré le fait que c’était sa décision de partir.

Et comme il n’avait pas d’autre choix à ce moment-là, Zagan avait ouvert la bouche pour parler.

« C’est bon si tu viens ici quand tu veux, non ? Néphy et Foll seront heureuses, » déclara Zagan.

« ... Moi aussi ? » demanda Foll.

« Toi aussi, n’est-ce pas ? » déclara Zagan.

Foll faisait une grimace comme si elle ne voulait pas, mais elle n’avait rien dit pour refuser catégoriquement sa question.

Et même alors, Chastille leva les yeux vers le visage de Zagan.

« Et toi... ? » demanda Chastille.

Puisqu’il n’avait jamais pensé qu’elle dirait une telle chose, Zagan avait simplement regardé en réponse en étant stupéfait. Et après cela, tout en se grattant la tête, il répondit comme ça d’un ton plutôt banal.

« ... Ça ne me dérangerait pas de passer du temps en appréciant un bon verre d’alcool... voici ce que je pense, » déclara Zagan.

Avec cela, le visage de Chastille devint joyeux et enthousiaste.

« D’accord ! Je vais aussi faire de mon mieux ! » Après avoir dit cela, cette fois, la Vierge à l’Épée Sacrée s’en alla.

« Franchement, quelle nuisance sonore... ! Hein ? » s’exclama Zagan.

Pendant que Zagan disait cela, Néphy se tenait à côté de lui, mais elle avait détourné le visage pour une raison étrange. Ses joues étaient subtilement gonflées, et il pouvait voir qu’elle semblait quelque peu contrariée.

« Néphy ? » demanda Zagan.

« De quoi as-tu besoin ? » demanda Néphy.

« ... Pourquoi es-tu si en colère ? » demanda Zagan.

Néphy inclina la tête sur le côté comme si elle ne comprenait pas sa question.

« Est-ce que... je te semble en colère ? » demanda Néphy.

« Je te le demande parce que tu le sembles..., » déclara Zagan.

Après que Zagan ait dit cela, Néphy l’avait serré dans ses bras comme si elle avait l’intention de le piéger.

« Alors, s’il te plaît, découvre pourquoi, » déclara Néphy.

Deux bosses molles se poussaient contre lui. Venant de là, il entendit le bruit de son cœur qui battait très fort. De plus, l’extrémité de ses oreilles pointues était légèrement rouge, et il pouvait voir qu’elles tremblaient en le regardant.

Elle est en colère, mais elle s’attend aussi à quelque chose ? Zagan s’était inquiété à propos de sa demande difficile pendant un moment, puis lui avait touché la joue.

« À propos d’hier soir, et comment je t’ai laissée derrière... Désolé, » déclara Zagan.

Néphy se retourna avec émerveillement comme si elle était étonnée, puis elle plaça doucement son visage contre son bras.

« ... Maître Zagan, c’est injuste, » déclara Néphy.

La réponse de Zagan était-elle correcte ? Quelle que soit la réponse, l’humeur de Néphy semblait s’être radicalement améliorée.

« ... Raphaël, je ne vois rien, » déclara Foll.

« Écoute-moi, Foll. C’est encore trop tôt pour toi, » déclara Raphaël.

Quoi qu’il en soit, cet échange entre ces deux personnes ne pouvait être vu que par le nouveau résident du château.

 

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Illustrations

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre et continuez comme ça

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