Je suis un bâtard mais tu es pire – Tome 2

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Chapitre 1 : À chaque pays son fou

Point de vue de Lars Baal, premier prince de l’empire Baal

Comment cela pouvait-il arriver ?

J’étais censé marcher sur un chemin de triomphe et de gloire.

J’étais censé hériter du trône de mon père, voir les drapeaux de l’empire flotter sur tout le continent, entrer dans les livres d’histoire, dans mille ans, comme étant l’empereur unificateur.

Cependant, ces dix dernières années, ma vie fut bouleversée.

Il y a 10 ans, mon père émit un certain décret.

Le siège du prochain empereur sera hérité par celui qui, parmi mes fils, anéantira un pays ennemi en premier.

Après le décret, je m’étais lancé à la conquête du royaume de Lamperouge, situé à l’ouest de l’empire. Je fis trois campagnes de guerre de grande envergure, et toutes se soldèrent par un échec.

Il y a sept ans, nous avions attaqué la région montagneuse au nord de Lamperouge. Le corps de montagne au service du maréchal Utgard réussit à séparer nos troupes et nous força à battre en retraite.

Il y a cinq ans, nous avions attaqué la frontière orientale de Lamperouge. Notre stratégie d’embuscade fut découverte par l’ennemi, les forces du maréchal Maxwell, ce qui avait même coûté la vie à mes plus proches serviteurs, les « Ailes jumelles ».

Il y a deux ans, nous avions commandé une flotte de 100 navires pour attaquer le royaume par le sud, mais avant même que nous puissions atteindre notre destination, Draco Omari, infâme commandant pirate des mers du sud, coula plus de la moitié de nos navires.

Ce ne fut qu’échec sur échec, comme si les dieux eux-mêmes nous avaient abandonnés. La puissance militaire sous mon commandement avait grandement diminué. La plupart des nobles et des marchands qui me soutenaient étaient également partis.

Une vie destinée à être baignée de gloire, jetée ainsi dans la boue. De plus, au palais, pas un jour ne passe sans que quelqu’un ne me pointe du doigt et ne rie.

Et comme le veut la coutume, le siège impérial devait revenir au premier-né de l’empereur, à moi. J’avais donc plaidé, encore et encore, mais mon père vieillissant n’avait pas voulu écouter mes justes arguments.

Puis, juste au moment où je commençais à nourrir le désir de tuer un père sourd à mes supplications…

Ce même père, l’empereur Baal XV, quitta ce monde.

*****

« Je suis le véritable successeur légitime du trône ! C’est le devoir de l’aîné de suivre les traces de son père ! »

« Tu dois plaisanter, cher frère. Ta mère n’était-elle pas une concubine ? Le successeur doit être né de la première épouse, comme moi ! »

C’était une réunion impériale tenue à une table ronde.

En théorie, c’était une réunion officielle à laquelle participent l’empereur et des dizaines de ses serviteurs, pour discuter de la politique et des affaires de l’empire. Cette fois-ci, cependant, seules six personnes étaient présentes : les trois princes impériaux et trois vassaux. L’empereur, qui était normalement le pivot de la conférence, n’était pas présent.

Cette absence était tout à fait naturelle, vu que la conférence avait été organisée afin de décider du successeur de l’empereur défunt.

« Absurde ! Comment un misérable sans envergure comme toi pourrait-il jamais être empereur ? »

J’avais tapé du poing sur la table ronde et j’avais crié sur mon jeune frère sans vergogne.

C’était Grett Baal, le deuxième prince impérial.

Contrairement à moi, façonné par l’entraînement martial que j’avais reçu, Grett avait l’apparence fragile d’une brindille d’arbre, prête à se briser à tout moment. Ses yeux sombres et enfoncés exprimaient clairement sa personnalité méprisable et tordue. Le simple fait de lui parler me donnait la nausée.

L’empire avait été fondé sur la base de prouesse militaire : traditionnellement, l’empereur était toujours quelqu’un qui excellait dans l’art de la guerre. Un crapaud mou comme Grett n’avait aucune chance de devenir empereur, mais sa position de fils aîné de la première femme de l’empereur défunt menaçait mes droits de succession.

« Oh là là, ce n’est certainement pas ce que je m’attendais à entendre de ta part, cher frère, le vaillant commandant de trois invasions ratées sur ce minable royaume de Lamperouge. Je crois que “mollasson” est un adjectif qui te décrit mieux, non ? »

« Qu’as-tu dit ? »

« Que je n’ai jamais échoué de façon aussi spectaculaire que toi, cher frère. Comme tu t’en souviens sûrement, j’ai bien réussi à contrecarrer les incursions des tribus nomades du nord, non ? Mes services rendus à l’empire montrent clairement que je suis plus que digne de monter sur le trône. »

« Sale merdeux… !! »

Ma colère atteignait un point d’ébullition. Comment j’aurais aimé lui briser le cou, là et maintenant ?

« Hé, vous pouvez vous battre autant que vous voulez, mais n’oubliez pas que je suis aussi là. »

Le ton clownesque de l’interjection provenait du dernier candidat au trône.

Le troisième prince impérial, Cerros Baal.

C’était mon plus jeune frère, et il venait d’avoir 20 ans. Il portait pour je ne sais quelle raison un « chang pao », un type de vêtement porté par les tribus de l’est.

Son attitude, et plus encore ses pieds sur la table, montrait qu’il n’avait pas une once de respect pour ses frères aînés, ni même pour son défunt père.

« Où crois-tu être, Cerros ! ? Te rends-tu compte que tu salis avec tes pieds la table ronde impériale sacrée ! Arrête-toi tout de suite ! »

« Aw, allez, pourquoi être si sérieux ? Sa Majesté l’Empereur n’est de toute façon plus avec nous, ce qui enlève tout intérêt à la conférence, non ? »

« Quelle tristesse pour un tel homme de porter, même en partie, le sang de l’empereur… au final, il n’y a personne de plus digne que moi d’hériter du trône. »

Cerros rit de façon irrévérencieuse, alors que Grett exprimait à nouveau son manque de respect effronté. Mon irritation face au comportement de mes jeunes frères grandissait de plus en plus.

J’allais les rappeler à l’ordre, mais Cerros parla le premier.

« Enfin, grand frère Lars, tu as perdu trois fois contre Lamperouge, non ? Et Grett a aussi toutes ces émeutes civiles qui se passent dans son domaine. Si vous voulez mon avis, aucun de vous n’a la capacité d’être empereur. Mais bon, je ne me suis battu contre personne pendant ces dix ans, ce n’est pas comme si j’étais trop différent de vous ! »

Cerros suivit sa critique de ses frères avec de l’autodépréciation, puis gloussa paresseusement.

« Hmph, je dois admettre que Cerros n’a pas tort. Quelqu’un qui ne peut même pas réprimer une émeute sur son propre territoire ne peut pas être digne d’être empereur ! »

Grett avait mené les campagnes militaires contre les nomades Samel du nord sans commettre de graves erreurs, et avait même construit un mur de 1000 km de long pour empêcher toute nouvelle agression venant du nord. Cependant, afin d’accomplir une entreprise d’une telle envergure, les habitants de ses territoires avaient été soumis à de lourdes taxes, ce qui avait conduit à de multiples insurrections civiles.

« Oh mon Dieu, vous parlez des émeutes des paysans ? Dès que les rebelles seront capturés et pendus, les émeutes seront réprimées. Tout comme les mauvaises herbes dans le jardin, je peux soit les brûler, soit les donner en pâture au bétail, c’est tout ce qu’il y a à faire. »

« Notre père ne disait-il pas que le peuple est le fondement même de l’empire ? »

« Hah ! Tu as du culot de dire ça, après tous les morts que tes campagnes ratées ont causés ! »

J’avais continué à me disputer avec Grett. Et comme Cerros ne montrait que peu ou pas d’intérêt pour le trône, Grett était mon seul vrai rival.

Si seulement je pouvais me débarrasser de lui, je deviendrais l’empereur… !

Notre discussion était devenue de plus en plus animée, jusqu’à ce que Cerros prononce les mots « Savez-vous que plus vous vous battez, plus ma position s’améliore ? »

Finalement, la table ronde impériale fut ajournée sans décision claire concernant le successeur.

*****

« Ces deux-là m’ont rendu furieux. »

Après avoir quitté les salles de conférence, j’avais traversé le palais impérial, débordant d’indignation. Comment pouvaient-ils ne pas réaliser qui ils devraient vraiment servir ? Qui était vraiment digne d’être le prochain empereur ?

La bêtise de mes deux jeunes frères n’était pas nouvelle : ce que je ne pouvais pas comprendre, c’était la raison pour laquelle leurs subordonnés avaient choisi de continuer à les servir.

« Je serai le prochain empereur ! Ceux qui se mettent en travers de mon chemin seront… !! »

Je ne pouvais pas prononcer les mots à voix haute, mais ma résolution était ferme.

Je serai l’empereur… ceux qui osent se mettre en travers de mon chemin mourront… !!

Et alors que je renforçais encore une fois ma détermination, un de mes serviteurs s’était approché de moi.

« Seigneur Lars, puis-je vous parler ? »

« … Qu’y a-t-il, Snowe ? »

L’homme qui s’était approché et avait murmuré à mon oreille était Snowe Halphas, le jeune frère d’un de mes anciens serviteurs, Eis Halphas.

« Je crois que la seule façon que mon Seigneur à de devenir Empereur est d’accomplir les paroles du défunt empereur, de conquérir Lamperouge. Si vous réussissez, la plupart des nobles et des vassaux, sinon tous, vous verront sous un nouveau jour et reviendront vous supplier de leur pardonner. »

« Hmph, je le sais très bien… »

C’était douloureux à admettre, mais après avoir échoué trois fois contre Lamperouge, j’avais également perdu toute vision concrète de la conquête de ce royaume. Je n’avais pas la moindre idée du plan ou de la stratégie qui pourrait me mener à la victoire.

« J’ai un plan, Seigneur. Comme vous l’avez peut-être entendu, Dyngir Maxwell, premier-né du Margrave Maxwell des provinces orientales, a récemment vu sa fiancée enlevée par un membre de la famille royale… »

Snowe prononça le nom de mon rival désigné, un homme que je détestais autant que Grett.

« Oui, oui, et alors ? »

« S’il vous plaît, permettez-moi de vous expliquer davantage. En fait… »

Snowe me murmura alors le reste du plan. J’étais éclairé : cela sonnait comme une stratégie magistralement élaborée à mes oreilles.

« Je vois, je vois, utiliser Rossellia, hmm… c’est une bonne idée. »

« En effet, Milord ? »

« Mets-la en action immédiatement ! Mais assure-toi pour que Grett n’en apprenne rien !! »

« Comme vous le souhaitez, Milord !! »

Pour la première fois depuis longtemps, je sentais mon humeur monter en flèche. J’imaginais déjà l’expression de Grett, tordue par l’humiliation, lorsqu’il apprendrait le succès de mon plan…

« Si ma petite sœur doit être sacrifiée pour que je devienne empereur… alors qu’il en soit ainsi. »

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Chapitre 2 : À chaque pays son bâtard

Point de vue de Grett Baal, second prince de l’empire Baal

« C’est incroyable. Je suis vraiment entouré d’imbéciles. »

Après la table ronde, je m’étais promené dans le couloir du tribunal, me remémorant les discussions et mes frères idiots.

Mon frère aîné, Lars Baal, était aimé et respecté par certains pour sa personnalité honnête, mais il ne pouvait jamais devenir impitoyable quand c’était vraiment nécessaire : en conséquence, il collectionnait échec sur échec.

Mon frère cadet, Cerros Baal, jouait les pacifistes, mais n’était rien d’autre qu’un lâche, fuyant toujours toute décision.

Aucun des deux n’était digne d’être le chef suprême de notre glorieux empire. Le seul qui puisse devenir le conquérant et l’unificateur de ce continent était naturellement moi.

« En effet, en effet, Prince Grett ! »

Saim Fulcas, l’un de mes serviteurs, acquiesça en caressant sa précieuse moustache blanche.

Il y a deux sortes de personnes dans ce monde : les idiots qui peuvent se révéler utiles et les idiots qui ne le peuvent pas. Ce vieil homme était l’un des rares idiots que je reconnaissais comme étant du premier type.

« Bien qu’il soit votre frère aîné, le fait de penser qu’un tel homme puisse se tenir au-dessus de vous est tout simplement consternant, Seigneur ! S’il vous plaît, accédez rapidement sur le trône, afin de construire et de faire de notre Empire un paradis sur terre ! »

« Naturellement… mais pour que cela puisse arriver, il faudrait s’occuper de Lars rapidement… »

Deux chemins s’ouvraient à moi pour monter sur le trône.

Le premier étant d’accomplir la volonté de mon père et de conquérir un pays ennemi. L’autre n’était que les autres successeurs possibles au trône, en particulier l’aîné Lars, meurent.

La première voie s’étant déjà avérée impossible, j’y avais donc renoncé.

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Le pays ennemi que j’avais pour mission de détruire était le pays des tribus nomades du nord, les Samel.

Pourtant, ces nomades n’avaient pas de villes fixes, et leur « pays » n’avait pas de véritables frontières : les différentes tribus qui composaient les Samels vivaient en voyageant à travers les plaines du nord.

Et juste au moment où l’on pensait qu’une tribu fut vaincue, une autre venait nous envahir. Dès qu’une tribu était encerclée et poussée à l’anéantissement, une autre frappait par l’arrière.

Leurs compétences équestres leur conféraient également une très grande mobilité : mes troupes furent ainsi entraînées dans la guérilla des nomades et contraintes de goûter à la défaite une fois de trop.

Quels que soient mon talent et mon génie, vaincre complètement les nomades de Salem avec les seules troupes placées sous mon commandement, la deuxième armée impériale, était tout simplement irréalisable.

Ayant rapidement abouti à cette conclusion, j’avais placé mon domaine sous taxation spéciale et construit un mur de 1000 km de long le long des frontières nord de l’empire, afin de stopper les incursions des Samels.

Ce qui a conduit à des émeutes civiles… je n’arrive pas à comprendre comment les idiots pensent.

Grâce à ce mur, les habitants des régions du nord n’avaient plus à craindre les incursions des Samels. Pourtant, ils ne comprenaient pas un concept aussi simple et se mirent à faire des émeutes à la place, ce qui m’irritait au plus haut point.

« Grâce au mur, fruit de nos efforts et de notre labeur, nous n’avons besoin que d’un minimum de troupes pour défendre la frontière. Maintenant, nous aurions assez d’effectifs pour abattre Lars, mais… »

« Le problème restant est le Prince Cerros ? »

Les troupes de Lars, la Première armée impériale, avaient échoué dans leurs tentatives, s’affaiblissant à chaque fois. Ma seconde armée impériale pourrait les écraser facilement maintenant.

Mais cela signifierait transgresser la volonté de mon père et porter le nom d’un traître. Ce qui donnerait à Cerros une bonne raison de m’abattre.

Il est peut-être une mauviette sans envergure, mais la troisième armée impériale est presque indemne… je ne peux pas passer outre.

L’idéal serait que Lars m’attaque, j’aurais ainsi une bonne raison de tuer mon idiot de frère…

Et tandis que je marchais dans les couloirs en pensant à de telles choses, j’étais arrivé au champ de fleurs construit dans un coin de la cour. Et là, je vis…

« Ah ! Rossellia ! »

« … Seigneur Frère Grett. »

Là, je vis un ange. J’avais laissé Fulcas derrière moi et j’avais couru vers sa présence céleste.

Des boucles d’or qui descendaient jusqu’à la taille ornaient la silhouette de cette jeune fille céleste. Elle s’appelait Rossellia Baal, c’était la quatrième enfant et l’unique fille de l’empereur défunt. La princesse impériale Rossellia avait fêté ces 18 ans cette année.

Dans ce monde sans dieu, ravagé par les flammes de la guerre, la beauté de Rossellia témoignait à elle seule de l’existence de Dieu.

« Ooh, Rossellia, ma sœur bien-aimée ! Tu cueilles des fleurs ? Tu es aussi belle et éblouissante que jamais ! »

« … Merci, Seigneur Frère. La conférence est-elle déjà terminée ? »

Et malgré ma pluie d’éloges, Rossellia fronça les sourcils. Cependant, même si elle était assombrie, la beauté de son expression était sans faille : j’avais senti ma poitrine tonner d’excitation.

Aah, ma sœur adorée… ! Je serai celui qui fera disparaître toutes tes douleurs et tes angoisses ! Je vais conquérir tout ce continent et te le présenter.

Je considérais tous ceux qui m’entouraient comme idiots et inférieurs, mais Rossellia était une exception. Cette jeune fille, l’opus magnum de Dieu, était le trésor le plus précieux que ce monde ait jamais vu.

« Oui, oui, c’est fini… Et si tu veux mon avis, Lars et Cerros sont de tels imbéciles qu’il était même presque inutile de faire cette réunion ! Comme prévu, je n’ai pas d’autre choix que de devenir empereur ! Et quand je le serai… je prendrai la plus belle femme du monde comme impératrice ! »

« Vraiment ? Elle sera vraiment chanceuse. Je célébrerai aussi votre union. »

« En effet, en effet, elle le sera ! Je ferai d’elle la femme la plus chanceuse du monde entier ! »

Je voulais que mes mots soient une proposition indirecte, mais Rossellia n’avait pas semblé le remarquer. Son côté un peu obtus était aussi adorable !

« Rossellia, est-ce que tu as un peu de temps maintenant ? J’aimerais partager une tasse de thé et… »

« Mes plus profondes excuses, Seigneur Frère, mais je dois me rendre à mes leçons de danse. »

« Mais n’as-tu pas la possibilité de les reporter à une autre fois… ? »

J’avais fait preuve de tout mon courage dans cette invitation, mais elle fut rejetée. J’avais protesté, mais…

« Chaque leçon est nécessaire afin que je puisse devenir une bonne épouse pour l’homme merveilleux qui me recevra un jour. Veux-tu bien me pardonner. »

« Je vois ! Il serait grossier de ma part d’entraver ton entraînement nuptial ! Vas-y, fais de ton mieux ! »

« … Si tu veux bien m’excuser. »

Rossellia était partie, accompagnée de ses servantes.

Et alors qu’elle s’éloignait, j’observais religieusement son dos, sa taille enveloppée dans sa robe et ses cheveux dorés en cascade, les chevilles d’un blanc pur qui dépassaient de ses chaussures.

« Er, ehm… Prince Grett ? »

« Silence, s’il te plaît ! J’imprime l’image de Rossellia dans ma mémoire ! »

J’avais rejeté l’appel maladroit de Fulcas et m’étais plongé dans ce moment passé avec Rossellia.

De gracieux cheveux blonds, des yeux bleus, une peau d’un blanc nacré, une voix comme un gazouillis mélodieux, un parfum de fleurs. Je venais de tout graver dans mon esprit, dans mon coffre à trésors de souvenirs à ne jamais oublier.

Après avoir revécu ce moment de bonheur pendant dix bonnes minutes, j’avais enfin regardé le visage de Fulcas.

hideux.

Après avoir vu Rossellia, les traits du vieil homme étaient apparus encore plus répugnants. Je n’avais pas pu m’empêcher de laisser mon irritation transparaître dans le ton de ma voix.

« … Tu étais encore là ? Qu’est-ce que tu veux ? »

« Euh… mes plus humbles excuses. L’un des marchands au service de Votre Altesse a envoyé un cadeau, j’ai donc pensé que je devais vous informer… »

« Un cadeau ? »

« Oui, c’est apparemment une belle poupée. »

« Mon Dieu ! Fais-la envoyer dans mes appartements ! »

J’avais lancé cet ordre à Fulcas, puis je m’étais dirigé d’un pas vif vers ma chambre. Très vite, quelqu’un frappa : Fulcas avait apporté le « cadeau ».

« Amusez-vous bien, Monseigneur. »

« Oh mon dieu, oh mon dieu, quelles poupées merveilleusement faites ! »

« Ah… »

Le vieil homme moustachu avait amené trois jeunes filles dans la pièce. Elles avaient toutes environ 12 ans et avaient de longs cheveux blonds.

« Hmm, oui, les meilleures poupées sont après tout blondes… »

« Hk… !! »

J’avais rapproché les filles et pressé mes lèvres sur leurs mèches dorées. Elles avaient probablement appliqué du parfum, car une bouffée de fleurs chatouilla mes narines.

« Haha… Rossellia… ma Rossellia… regarde bien, ma chère, un jour tu seras mon impératrice… »

« Eep… »

« Non… »

J’avais retiré les vêtements des filles et j’avais passé mes mains sur tout leur corps, tandis que de petits gémissements s’échappaient de leurs lèvres. J’avais savouré leurs voix larmoyantes, mes pensées allant vers ma sœur bien-aimée.

Aah, Rossellia… Je me demande quelle voix tu as quand tu gémis

Le trône de l’empereur et ton corps étaient des trésors de grand prix.

Et je tuerai tous ceux qui oseront se mettre sur mon chemin…

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Chapitre 3 : À chaque pays son fou

Point de vue de Cerros Baal, troisième prince de l’empire Baal

« Bon sang, je ne peux plus supporter cette merde… »

Après la conférence, le petit vieux était retourné dans sa chambre, comme un bon garçon, et s’était allongé sur son lit.

« Franchement, mes crétins de frères et leurs acolytes à la noix, ils sont tous si pénibles. »

Si vous voulez mon avis sincère, mes deux frères idiots, qui croient vraiment tous les deux qu’ils seront le prochain empereur, n’étaient pas du tout aptes à être un souverain.

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Le premier prince impérial, Lars Baal.

C’est un homme honnête et franc, du type guerrier, mais après trois campagnes ratées et la perte de ses plus proches serviteurs, il est sur la voie de l’autodestruction. Il se sentira obligé de faire quelque chose, se précipitera et se trompera, puis recommencera. Les nobles de sa faction diminuent de jour en jour, il était plutôt isolé à la cour en ce moment.

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Deuxième Prince impérial, Grett Baal.

C’est un tacticien habile, mais aussi quelqu’un qui n’accorde pas de valeur à la vie des autres. Et pour couronner le tout, c’est même un dégénéré totalement épris de sa propre sœur. Il est vrai qu’au sein de la famille impériale, l’inceste est toléré dans une certaine mesure, afin de préserver la lignée, mais ces cas sont très rares. Il a même des tendances pédophiles : ce n’est certainement pas l’homme que l’on voudrait sincèrement servir.

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Il ne restait que moi, le troisième prince impérial, mais j’étais le plus éloigné du trône.

Lars était le premier né et Grett était le fils de la première dame, ils avaient donc tous deux des prétentions légitimes au titre d’Empereur. Je n’étais que le troisième fils, né d’une servante sur laquelle l’empereur avait posé ses mains.

Dans cette bataille de succession, j’étais le seul à ne pas avoir de revendication légitime.

Et même si, par hasard, je parvenais à m’emparer du pays ennemi qui m’avait été attribué, les terres orientales de la dynastie Huang, ni mes deux frères, ni les fonctionnaires de la cour, ni les nobles n’accepteraient jamais mon ascension au trône. Je voyais déjà la guerre civile qui en résulterait diviser l’empire en deux.

Afin que je devienne empereur, il faut que mes deux frères meurent, où que j’obtienne assez de pouvoir pour massacrer tous les vassaux qui se dressent contre moi… qui peut me reprocher de perdre ma motivation et d’agir en crétin, vraiment…

La véritable raison pour laquelle quelqu’un comme moi fut ajouté aux discussions de succession était probablement juste pour avoir le bon compte.

En effet, si Lars et Grett étaient les seuls candidats, leurs armées s’affronteraient, ce qui provoquerait une guerre interne. Ils avaient donc besoin d’une tierce partie pour les garder sous contrôle, et me voilà.

Ce conflit à trois empêchait le conflit — du moins en surface — et ceci depuis dix ans, leur bataille mortelle se déroulait en coulisse.

Bon sang, ce pays est foutu. Même si l’un de nous trois devient empereur, l’avenir est sombre comme l’enfer. Si au moins l’un d’entre eux avait réalisé le moyen infaillible de gagner la bataille de succession, les choses auraient été différentes, mais…

Dans cette course à la succession, il y avait un moyen sûr de gagner, défini par le défunt empereur lui-même. Trouver cette voie était la véritable condition pour devenir empereur, mais aucun de mes frères ne semblait en être conscient.

Père, tu n’aurais jamais imaginé qu’ils n’auraient même pas trouvé un indice durant ces dix ans ? Ni que tu mourrais le premier… Je suppose que tu as surestimé tes enfants, hein. Bien fait pour vous.

Ayant vécu sur des charbons ardents toute ma vie, coincé au milieu de la rivalité de mes frères, ma personnalité en était devenue assez tordue. Je ne pouvais même pas me rappeler quand j’avais commencé ce numéro de clown.

« Haha, hahaha… regardez-les, tous à la poursuite du mauvais renard. Des idiots, des idiots partout… et le pauvre Cerros ici, les larmes coulant sur ses joues à force de rire… »

« Pauvre, qui ? Quelle manière stupide de parler ! »

Alors que je continuais à geindre sur le lit, la fille qui faisait de la paperasse au bureau s’était tournée vers moi avec un soupir.

Son nom était Xiao Mao, c’était l’une de mes servantes. Elle n’avait que 18 ans, mais montrait de brillants talents en matière de politique et d’armée.

Ses yeux étaient éclairés par le mépris. C’était quelque chose dont on ne s’attendait pas de la part d’un serviteur qui regardait son maître : elle me regardait clairement de haut.

« Tu te mets soudainement à rire, je pense donc que tu es devenu fou. Enfin, un champignon a poussé sur ta tête ? »

Elle ne maîtrisait pas encore parfaitement notre langue : Xiao était née à Huang, le pays ennemi de l’empire. Il y a cinq ans, je l’avais trouvée au marché aux esclaves à l’est de l’empire, je l’avais achetée et j’en avais fait ma servante. Elle n’avait pourtant jamais appris à avoir beaucoup de respect pour moi.

« Hmm, je ne pense pas ? Je ne trouve pas de champignons par ici. Y a-t-il une maladie comme ça ? »

« Tu ne le sais pas ? Quand les humains n’utilisent pas du tout une partie de leur corps, les champignons poussent. Et comme mon père avait des champignons à l’entrejambe, je sais que c’est vrai. »

« … Je me demande si ce n’est pas le champignon que tous les hommes en bonne santé ont… »

C’était une personne versée dans la culture des livres, mais qui manquait encore d’un certain sens commun, comme elle l’avait montré à maintes reprises. Et comme j’avais paresseusement exprimé des doutes sur son diagnostic, Xiao Miao se mit à protesté.

« Arrête tes bêtises ! Je n’ai jamais vu de champignons sur l’entrejambe, sauf papa. Cerros, tu as des champignons à l’entrejambe ? Puis-je les enlever pour toi ? »

« S’il te plaît, tout sauf ça, je t’en supplie. »

J’avais humblement présenté mes excuses à Xiao, puis j’étais retourné dans mon lit.

« Bon sang, combien de temps vais-je devoir vivre comme ça ? J’en ai marre de tout ça… Je me fiche de qui deviendra empereur, faites-le déjà… pour que l’empire puisse tomber dans la fosse auquel il appartient. »

« … Ton pays, mais tu parles comme un fou. »

« Qui s’en soucie ? Je ne l’ai jamais fait, pas pour un pays comme celui-ci. Je n’ai jamais demandé à devenir prince, et je dois vivre au milieu de ces frères qui essaient de s’entretuer, tu comprends ? Qui peut supporter cette merde ? »

Je voulais juste bien manger, mieux boire, passer du temps avec les gens que j’aimais… comme Xiao, et simplement profiter de la vie ensemble. Je ne pensais pas demander grand-chose, alors pourquoi le bonheur s’éloignait-il de moi chaque jour ?

« Haah… déprimant. »

« Qu’est-ce qui se passe ? Un champignon a vraiment poussé sur l’entrejambe ? »

« … Hey, assez de blagues salaces, d’accord ? Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis du genre romantique… soupir… »

« Franchement, ça va ? »

Xiao regarda mon visage de plus près.

Et malgré ses blagues, elle se montrait vraiment inquiète pour moi. On ne pouvait pas dire qu’elle soit une beauté, mais de près, elle était plutôt adorable.

J’avais levé une main et j’étais sur le point de toucher son visage… mais je m’étais arrêté juste à temps.

« Pas bon. »

« Hm ? »

Je m’étais tourné dans l’autre sens, loin d’elle. Si je touchais Xiao maintenant, je pourrais vraiment tomber amoureux d’elle.

Ne touche pas les filles quand tu te sens mal… En plus, et même si elle tombe amoureuse de moi, l’avenir ne lui reversera rien de bon. Je devrais donc me contenter que de batifolages avec les femmes.

« Allons au marché demain. On trouvera un autre magasin louche ayant des sosies d’outils magiques louches et on les enverra à l’est comme souvenirs, d’accord ? »

« D’accord, d’accord. Allons déjeuner, et c’est Cerros qui paye, d’accord ? »

« Eh bien, étant donné que je suis un prince, je devrais donc faire ça. »

« Parce que la nourriture obtenue avec l’argent des autres a meilleur goût ! C’est triplement délicieux ! »

« Hahaha. »

J’avais ri avec Xiao, le dos toujours tourné à elle, et je m’étais endormi comme ça.

À ce moment-là, je ne pouvais naturellement pas savoir que le lendemain matin, je me réveillerais pour voir Xiao dans le lit à côté de moi, elle s’était glissée sous les couvertures, on ne sait quand, et que j’aurais un moment de légère panique.

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Chapitre 4 : L’histoire fait aussi bouger le royaume

Palais royal du royaume de Lamperouge.

Une certaine cérémonie était prévue ce jour-là.

Dans la salle du trône, les nobles de tout le royaume s’étaient rassemblés. Ils étaient tous soigneusement agenouillés sur les côtés du magnifique tapis rouge posé au milieu, s’inclinant vers le trône.

Je les observais depuis mon siège.

« Voir un tel nombre de nobles réunis… c’est vraiment un beau spectacle. C’est très différent du champ de bataille. »

C’étaient tous des personnages puissants et influents du royaume, chacun étant chargé d’un domaine et de ses citoyens. Les voir tous alignés de la sorte était une expérience plutôt précieuse.

Quatre chaises spéciales étaient placées dans les quatre directions cardinales de la salle, avec le trône au centre. J’étais assis sur le siège « Est ».

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Le royaume de Lamperouge était à l’origine l’Alliance de Lamperouge. Elle fut formée lorsque les nobles du centre et ceux des quatre directions s’étaient convenu à former une relation égale d’assistance mutuelle. Même après que Lamperouge soit devenu un royaume, les traces de l’alliance perdurèrent.

Lors de cérémonies comme celle-ci, les maréchaux des « Quatre Maisons » avaient le privilège d’être assis dans les quatre directions autour du trône, et ne s’agenouillaient pas comme les autres nobles.

Le trône royal était vide, mais les représentants des maisons des maréchaux étaient tous déjà présents et assis.

Par ailleurs, ce jour-là, les représentants des Quatre Maisons n’étaient pas les Maréchaux eux-mêmes, mais leurs héritiers respectifs.

« Hm ? »

« ~~~♪ »

La femme assise sur le siège « Sud » me faisait signe. Elle portait une robe rouge vif montrant son décolleté, c’était Echidna Thunderbird. La prochaine représentante de la maison du Maréchal du Sud. Elle avait 18 ans comme moi. Chaque centimètre de son visage était couvert de maquillage et même ses ongles étaient peints en rouge vif : à première vue, il était difficile de dire qu’elle était encore adolescente.

« Tch… »

Je connaissais Echidna avant de rejoindre l’académie… mais je ne pouvais pas dire que j’avais de bons souvenirs d’elle.

Je ne peux pas regarder son visage sans penser à… tch, quelle plaie.

Je lui avais répondu sèchement par un signe de la main et j’avais détourné le regard, me tournant vers les autres sièges.

« … »

Assise sur le siège « Nord » se trouvait une femme vêtue d’un uniforme militaire masculin noir. Elle utilisait sa lame rengainée comme un bâton.

Elle s’appelait Sharon Utgard, et c’était la prochaine représentante de maison du Maréchal Utgard. Elle était également la capitaine des « Chiens de montagne », qui faisaient partie du corps de patrouille de la frontière nord. C’était une guerrière courageuse, qui combattait activement sur les lignes de front.

Elle avait de beaux traits polis, mais son aura intimidante était encore plus forte. C’était le type de femme qui n’inspirait pas de pensées impures aux hommes.

Son regard acéré était dirigé vers les autres nobles. Elle attendait juste le début de la cérémonie, immobile et solide comme un roc.

Enfin, sur le siège « Ouest » se trouvait un homme au teint foncé, portant des robes de cérémonie blanches. C’était Valon Sphinx, le prochain responsable de la maison du Maréchal de l’Ouest. C’était aussi mon aîné d’un an à l’académie.

Mais dès qu’il remarqua que je le regardais,

« Grrr ! »

Valon me regarda d’un air renfrogné, comme un animal sauvage trouvant un intrus sur son territoire.

Hm ? Est-ce que je lui ai fait quelque chose… ?

Nous étions inscrits dans la même académie, mais n’avons jamais fait plus qu’échanger des salutations. Je n’avais aucun souvenir d’avoir fait quoi que ce soit pour qu’il m’en veuille…

Oh, c’est vrai, nous nous sommes battus plusieurs fois lors du tournoi royal d’arts martiaux, n’est-ce pas ? Après cela, j’ai discuté un peu avec sa petite sœur. J’avais entendu dire que son anniversaire approchait, alors je lui ai envoyé un cadeau… oui, il n’y a aucune raison pour qu’il me déteste…

Alors que je contemplais de telles choses, une explosion de trompettes résonna dans la salle du trône.

« Voici, Son Altesse le Prince ! »

Le duc Rosais, chef des nobles du centre, se tenait au côté du trône et fit l’annonce. Les portes de la salle du trône s’ouvrirent.

Les nobles agenouillés le long du tapis rouge baissèrent davantage la tête. Moi et les trois autres représentants des maréchaux nous étions levés.

Un garçon d’environ 12 ans entra alors dans la salle. Il marchait d’un pas vif parmi les nobles, directement vers le trône.

Ses cheveux bruns courts et son apparence ne ressemblaient en rien à son père, le roi, ni à son frère aîné Sullivan. Sullivan avait des traits nets et classiques de noble, mais les traits du garçon étaient doux et paisibles.

Je suppose qu’il tient ça de sa mère. Certains disent qu’il n’est pas le fils du roi… qui sait ?

Le garçon se nommait Sulley Lamperouge, c’était le deuxième prince du royaume, et l’actuel héritier du trône et personnage central de la cérémonie.

« Nous allons maintenant commencer la cérémonie de couronnement du prince Sulley ! »

Une nouvelle page allait être gravée dans l’histoire du royaume.

Je pouvais le sentir dans l’air, au moment même où je prenais à nouveau place.

+++

Chapitre 5 : Invitation d’une belle… amie d’enfance

La cérémonie de couronnement s’était achevée sans accroc : Sulley Lamperouge devint ainsi le roi Lamperouge V.

La seule chose « inhabituelle », si on peut le dire ainsi, était de voir le chancelier royal et le duc Rosais assumer le rôle du placement de la couronne sur la tête du jeune prince, à la place du (désormais ancien) roi alité. De même, lors de la cérémonie, le nouveau roi ne portait pas « Héraklès », comme le voulait la coutume, mais un bracelet d’or constellé de pierres précieuses.

« Le trésor royal volé par Sullivan est toujours introuvable… naturellement. »

Cet incident avait fait marquer Sullivan Nommes comme un fugitif recherché dans tout le royaume, pour les crimes de trahison royale et de vol de trésor national. La tentative d’assassinat dont j’avais été victime n’avait cependant pas été rendue publique.

La maison royale avait de nombreuses raisons de se renseigner sur le trésor manquant, mais il n’avait été donné à Sullivan par nul autre que l’ancien roi lui-même.

Le silence absolu avait été placé sur cette information : il me suffisait donc de laisser entendre subtilement que j’étais au courant, et toutes les questions cesseraient immédiatement.

« Très bien, il vaut mieux retourner en province, et vite. »

L’empire montrait des signes d’agitation. Je ne m’attendais pas à ce que les choses bougent rapidement, mais je ne voulais pas rester longtemps loin de la province.

Je quittais donc la cour, plongé dans de telles pensées, lorsque quelqu’un appela mon nom.

« Oh Dyn, tu pars déjà ? »

« Argh…Echidna. »

« S’il te plaît, ne fais pas cette tête… Ne sommes-nous pas des amis d’enfance ? »

La fille du Maréchal du Sud, Echidna Thunderbird, se tenait derrière moi. Elle était vêtue d’une robe rouge qui ne laissait pas grand-chose à l’imagination, et elle me regardait d’un air pudique. Je n’avais pas pu m’empêcher de froncer un peu les sourcils.

« C’est exact. Je n’ai donc pas besoin d’utiliser de formules cérémonielles entre nous, non ? De plus, je ne veux rien avoir à faire avec le sud. »

« Eh bien, quelle grossièreté ! Si tu persistes dans ce comportement, je vais devoir faire un rapport à Dame Grace. »

« Gh… c’est pourquoi je ne veux pas te parler. Tu parles toujours de cette maudite sorcière. »

J’avais lancé un regard furieux à Echidna, qui avait secoué la tête en signe de déception.

« Tu peux être si prétentieux quand il s’agit de Dame Grace… Bref, Dyn. Ne vas-tu pas participer au bal ? »

La maison royale avait prévu d’organiser un bal après la cérémonie de couronnement.

« Non, je n’irais pas. Je ne vais pas m’approcher plus que nécessaire des membres de la famille royale. »

Je participerai à la cérémonie, mais pas au bal.

D’une certaine manière, cela montrait clairement la position que prenait la maison Maxwell envers la maison royale.

Sullivan Nommes, ancien membre de la famille royale, avait tenté d’assassiner le futur héritier du Maréchal Maxwell, et le roi lui-même y était impliqué, puisqu’il avait offert à Sullivan un trésor national.

Et bien qu’on n’ait pas porté d’accusations à haute voix, la maison Maxwell n’avait pas pardonné de tels actes.

En participant à la cérémonie de couronnement, la maison Maxwell avait reconnu Sulley comme nouveau roi. Pourtant, nous n’avions pas pardonné ou oublié les actes perpétrés par Sullivan, et n’avions pas l’intention de devenir particulièrement familiers avec Sulley ou la famille royale. Je n’allais pas aller au bal et c’était aussi le cas de nos vassaux.

« Oh, donc tu n’y vas pas non plus. Moi aussi, en fait. »

« Hm ? La maison Thunderbird n’est pourtant pas en mauvais termes avec la maison royale ? »

« Mère va participer, donc c’est bien. Elle m’a imposé cette cérémonie ennuyeuse, alors qu’elle peut aller au bal… c’est assez égoïste, non ? Mais si j’y allais, j’aurais des essaims d’hommes autour de moi, je suis donc quand même un peu soulagée. »

« Oui, je parie… »

J’avais baissé les yeux vers le corps d’Echidna, en contemplation.

Nous nous connaissions depuis plus de 10 ans : elle avait beaucoup grandi depuis. Elle avait des jambes longues et fines, des seins remarquables et pleins, une robe exposant audacieusement son décolleté et son dos. Elle allait certainement attirer l’attention au bal.

« Quand on traite avec des nobles, il faut toujours prendre en compte la perspective du mariage et les relations entre chaque maison… c’est tellement gênant. Je préfère les hommes sans ce genre de bagage. »

« Bien sûr, mais est-ce que cela signifie que tu vas coucher avec des marins et des pirates ? Tu es quand même une noble, ne devrais-tu pas être un peu plus modeste ? »

« Oh là là… de tous les nobles présents, c’est toi qui oses me faire la leçon sur la chasteté ? Alors que nous sommes à peu près pareils ? »

Tout comme j’avais eu plusieurs femmes comme amantes, Echidna avait aussi rompu avec plusieurs hommes. On se ressemblait en fait comme deux gouttes d’eau.

La seule différence était que, tandis que je gardais les femmes que j’aimais à mes côtés, Echidna préférait chasser les inconnus à la taverne et n’appréciait que les aventures d’une nuit avec eux.

En termes de « chasteté », nous étions donc très semblables, mais miraculeusement, notre relation n’avait jamais pris un tour charnel.

Nous ne voyions pas l’autre comme un candidat viable, tout comme les aimants de même polarité se repoussent.

« C’est vrai ? Je te vois pourtant comme un homme ? »

« Quoi !? »

La révélation scandaleuse d’Echidna me fit tourner la tête.

« Tu es en fait le meilleur homme que je connaisse. Le mariage est hors de question, mais si je dois un jour porter un enfant, je voudrais que tu sois le père. Je dois quand même donner naissance à un successeur. Je serais heureuse si tu l’envisageais au moins… »

« Hmm… d’accord… bien, en fait… nan… je passe mon tour… »

Après avoir réfléchi un peu, je lui avais donné ma réponse.

L’offre n’était pas sans charme, mais je ne pourrais pas traiter Echidna comme une femme à ce stade.

« Oh, vraiment ? Eh bien, si jamais tu changes d’avis, fais-le-moi savoir. »

« … Bien sûr. »

Je voulais partir le plus vite possible. Je sentais que si je continuais à parler avec elle, je pouvais commettre une erreur irréparable.

Nous ne sommes pourtant pas de la même famille, mais nous sommes pourtant encore beaucoup trop proches… c’est pourquoi je déteste les amis d’enfance… !

J’aimais me considérer comme un expert du sexe opposé, mais il y avait apparemment certaines femmes que je ne pouvais pas gérer. Le seul moyen était de rester loin d’elles.

« Ah, s’il te plaît attends, Dyn ! »

J’étais sur le point de m’enfuir, mais Echidna m’attrapa le bras et m’arrêta.

« Il y aura une réunion au manoir des Thunderbirds dans la capitale, plus tard dans la soirée. Ne veux-tu donc pas y assister ? Nous servirons aussi de la nourriture et des boissons. »

« … En même temps que le bal royal ? Quel genre de rassemblement est-ce là ? »

Je n’avais vraiment pas envie d’y aller, mais les paroles d’Echidna m’avaient convaincu. Je devais y aller.

« Une réunion des héritiers des quatre maisons, Dyn. Les deux autres y participent également. »

Ma nuit dans la capitale royale allait être plutôt longue, me dis-je. Je regardai le soleil couchant filtrer à travers une fenêtre tout en soupirant.

+++

Chapitre 6 : Quatre voyous sous le même toit

Parmi les résidences concentrées dans le quartier noble de la capitale royale, un manoir se distinguait particulièrement.

La Maison Thunderbird, qui prospérait grâce au commerce maritime, était sans égale parmi les Quatre Maisons en termes de puissance financière. La taille et le luxe de son manoir en étaient la preuve évidente : tous deux éclipsaient les autres résidences nobles du quartier.

« Il semblerait que les deux autres soient déjà arrivés. Entre, Dyn. »

« D’accord. »

Echidna me conduisit dans un couloir et ouvrit la porte au bout.

Dans la spacieuse chambre d’amis, je vis les domestiques des Thunderbirds et deux autres personnes.

L’une d’entre elles était Sharon Utgard, héritière de la maison des Maréchaux du Nord, portant toujours sa tenue noire de cérémonie.

« Hm… »

Au moment où nous étions entrés, Sharon jeta alors un regard sur nous deux et leva silencieusement le verre de vin dans sa main, en guise de salut. Elle le porta ensuite à ses lèvres.

« Nh…mmh. Un autre. »

« Ah, oui, tout de suite. »

Après avoir descendu le contenu en une seule gorgée, Sharon poussa presque le verre dans les mains de la servante à ses côtés, qui le remplit instantanément.

« Nh…mmh. Encore un. »

« Ah, oui, tout de suite. »

« Nh…mmh. Encore un. »

« E-Eh !? »

La femme de chambre remplit le verre, Sharon le prit et le but rapidement, revenant ainsi à la case départ. Il n’y avait aucun signe d’arrêt de sa part.

La table devant elle regorgeait de fromages et de viandes séchées, mais ils ne semblaient pas avoir été touchés. Elle avait probablement continué à engloutir du vin sans rien manger entre deux verres.

L’autre invité, qui avait quitté ses robes blanches de cérémonie pour une tenue plus décontractée, était Valon Sphinx, héritier du Maréchal de l’Ouest.

Lui aussi buvait du vin, mais dans une plus faible proportion que Sharon : il savourait chaque gorgée.

« Mmh, si délicat. C’est vraiment un bon vin. »

« Vos louanges nous honorent, Seigneur. C’est une bouteille de 20 ans d’âge de la mer du sud. »

« Le sud produit des raisins de qualité, après tout… hm ? »

Valon remarqua notre arrivée et regarda dans notre direction. Au moment où nos regards s’étaient croisés -

« Dyngir Maxwell !! Toi !! »

« Monsieur !? »

Il s’était levé de sa chaise puis il s’était mis à me crier dessus.

Laissant derrière lui le serviteur abasourdi, il piétina le sol vers moi.

« Comment oses-tu te montrer devant moi ? Après avoir fui mon défi ! Espèce de lâche ! »

« Ah, er… c’était il y a si longtemps, Monsieur Sphinx. Mes excuses, mais c’est si soudain, je ne comprends pas ce qui se passe. »

« Ne fais pas l’idiot ! Tu as laissé tomber le tournoi d’arts martiaux cette année, pas vrai ? Notre duel n’a pas encore été réglé !! »

« Hmm… ? »

Le tournoi qui se tenait chaque année dans la capitale ? Oh, c’est vrai, je n’y étais pas allé cette année.

Après l’annulation des fiançailles et toute la pagaille qui s’en est suivie, je suis retourné directement en province. Je n’avais de toute façon pas le temps pour les tournois.

La rupture des fiançailles, la tentative d’assassinat de Sullivan, les châtiments qui suivirent pour Sullivan et Selena. Ces six mois furent mouvementés, si bien que l’existence du tournoi m’était complètement sortie de l’esprit.

L’année dernière et il y a deux ans, j’ai combattu Valon en finale… et j’ai gagné les deux fois, non ?

J’avais donc finalement compris pourquoi il était si en colère.

Je n’avais pas participé parce que j’étais trop occupé pour le faire, mais du point de vue de Valon, l’étudiant qui l’avait battu deux fois s’était enfui sans lui donner la possibilité une ultime chance de se racheter

Je n’avais pas d’autre choix que de baisser la tête et de m’expliquer.

« Mes excuses, j’ai été assez occupé cette année. J’avais des problèmes à régler avec la famille royale. »

« Uhm… Le Prince Sullivan… non, l’ancien Prince a essayé de te faire assassiner, c’est ça ? C’est bon de te voir sain et sauf, et… bien… ma sœur était aussi inquiète. »

« Oh, ta sœur. Elle s’appelle bien Naam ? »

J’avais rencontré par hasard Naam, la jeune sœur de Valon, avant le tournoi d’arts martiaux il y a deux ans. Elle était venue voir son frère avant les finales. Elle avait un teint foncé et des cheveux noirs, tout comme son frère, elle m’avait donc laissé une impression.

« Oui, Naam ! J’ai finalement gagné le tournoi cette année, mais après mon retour en province, elle était toujours dans les nuages, à s’inquiéter pour toi ! Qu’est-ce qu’il y a exactement entre toi et ma sœur !? »

« … Pour tout te dire, strictement rien. J’ai juste parlé un peu avec elle, il y a deux ans et l’année dernière. Tu étais présent toi aussi ces deux fois-là… Ah oui, comme j’ai appris à cette époque que son anniversaire était proche, j’ai donc pris la liberté d’envoyer un cadeau. A-t-il été livré ? », avais-je répondu, un peu fatigué de l’attitude autoritaire de Valon.

Pourtant, ce dernier l’augmenta encore plus.

« Il a effectivement été livré ! Ces jours-ci, Naam regarde cette horloge de table en verre jour après jour, en marmonnant et en soupirant ! Quand je pense qu’il y a seulement quelques années, elle était toujours derrière moi, à dire grand frère ceci, grand frère cela… ! Elle ne veut même plus prendre de bain avec moi, et quand elle me parle, c’est toujours pour me demander comment tu te portais à l’académie… ! Qu’as-tu fait à ma sœur, espèce de monstre !? »

« … Puis-je demander quel âge a ta sœur ? »

« Elle aura douze ans cette année !!! Et alors !? »

« … »

Aux yeux de Valon, je devais avoir l’air d’un pédophile.

J’étais peut-être un coureur de jupons, mais je n’avais jamais posé mes mains sur des filles aussi jeunes…

« Euh, eh bien… j’enverrai un cadeau d’anniversaire cette année aussi. Dis-lui que je lui passe le bonjour. »

« C’est tout simplement hors de question !! GRAAAAAAAH !! »

« Nh…mmh. Encore un. »

« S’il vous plaît, ayez pitié… ! »

Valon piétina le sol en signe de frustration.

Malgré le bruit de notre dispute, Sharon continua à boire, sans être dérangée. Il y avait déjà 10 bouteilles vides sur la table à côté d’elle : la servante qui la servait était au bord des larmes.

« Eh bien, maintenant que nous sommes tous là, pouvons-nous passer aux choses sérieuses ? »

Echidna pensait probablement que les choses pourraient bientôt devenir incontrôlables, aussi tapa-t-elle dans ses mains pour attirer notre attention.

Elle tapa ensuite d’une main sur la table et pointa un doigt dans notre direction.

« Nous allons maintenant commencer la première conférence des maréchaux de la nouvelle génération ! »

Les servantes derrière Echidna firent retentir leurs trompettes, tandis que les majordomes suivirent avec des applaudissements bien répétés.

« … Et maintenant ? »

« .…hm. »

« Nh…mmh. Encore un. »

L’énergie d’Echidna dépassa largement la nôtre. Valon et moi la regardions avec incrédulité, tandis que Sharon continuait à boire, sans y prêter la moindre attention.

Ainsi s’étaient réunis les quatre jeunes hommes et femmes représentant la prochaine génération des Quatre Maisons, la plus grande puissance militaire défensive du Royaume de Lamperouge.

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Un commentaire :

  1. Merci pour le retour de cette histoire 🥳

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