Je suis un bâtard mais tu es pire – Tome 1

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Chapitre 1 : Des fiançailles rompus si soudainement

« Dyngir Maxwell !! Je déclare par la présente que tes fiançailles avec Selena sont annulées !! »

« … Quoi ? »

Tout avait commencé un après-midi.

J’étais à l’académie royale située à Sairhun, la capitale du royaume de Lamperouge. Plus précisément, je me promenais dans le jardin de l’académie, quand j’entendis soudainement une voix derrière moi. Je m’étais retourné pour regarder la source de la voix et j’avais trouvé un jeune homme aux longs cheveux d’or et au visage familier.

« … Oh, mon Dieu, être honoré par la présence de Votre Altesse le prince Sullivan. En quoi puis-je vous être utile ? »

Cette déclaration abrupte provenait tout simplement du premier prince du royaume de Lamperouge, Sullivan Lamperouge.

En gros, de l’héritier du trône du royaume de Lamperouge.

Debout derrière Sullivan, comme pour se cacher, je vis ma fiancée, Selena Nommes.

Ma petite et adorable fiancée se comportait comme un petit animal effrayé : elle me regardait avec la peur dans les yeux, tout en serrant presque le dos de Sullivan.

« Votre Altesse, si je puis me permettre, ne vous tenez-vous pas un peu trop près de ma fiancée ? Je crois qu’il est contraire au code de conduite d’un gentleman d’être en contact aussi étroit avec une femme fiancée à un autre homme. »

« Espèce d’idiot ! Comment oses-tu encore parler de Selena comme si c’était ta fiancée ! Tu n’as pas entendu ce que j’ai dit ? »

Sullivan s’était mis à crier, irrité par mon attitude. Les beaux traits du prince — très différents de son caractère — étaient tordus au point d’être méconnaissables.

Comme la pause déjeuner n’était pas encore terminée, de nombreux élèves de l’académie étaient encore dans le jardin.

Certains étaient assis sur un banc pour manger, d’autres bavardaient avec leurs amis : l’agitation provoquée par le prince attirait cependant la curiosité de beaucoup d’entre eux.

Je regardais autour de moi, préoccupé par l’attention que nous attirions, puis je soupirais, m’assurant que Sullivan ne le remarquait pas.

« Par “ce que j’ai dit”, Votre Altesse fait référence à l’annulation de mes fiançailles avec Selena ? »

« Alors tu as entendu ! Ne me fais pas répéter encore une fois !! »

« … Mes excuses, c’était si soudain, je n’ai pas pu m’en empêcher. »

Mes épaules en tombèrent.

La rupture d’un engagement était une affaire très délicate, qui devait être traitée en privé, mais si elle était traitée ouvertement comme ça, avec des témoins partout, il serait impossible de se cacher.

« Mes fiançailles avec Selena ont été formées entre la maison du maréchal Maxwell et la maison du baron Nommes. Je ne peux donc pas accepter son annulation de mon propre chef. Je crois aussi qu’un membre de la famille royale, qui n’a aucun rapport avec ces fiançailles, n’a pas le pouvoir de les modifier. Ai-je tort là-dessus ? »

« Qu’as-tu dit ? Je n’ai aucune relation avec Selena !? »

Sullivan fit rapprocher Selena et lui mit son bras autour de son dos.

L’action soudaine du prince héritier fit que les étudiants autour de nous commencèrent à chuchoter.

Est-ce que ce type est sérieux… ?

À cause de l’incroyable spectacle qui s’offrait à moi, je sentais mes muscles faciaux se tendre

Selena était toujours ma fiancée à ce moment-là, que j’accepte ou non l’annulation des fiançailles.

Enlacer la fiancée de quelqu’un d’autre avec autant de désinvolture était à mes yeux au-delà de l’inimaginable.

« Selena et moi sommes en couple et nous allons bientôt nous marier ! Une promesse faite avec un noble de la campagne comme toi ne signifie rien devant le véritable amour ! Accepte simplement que tes fiançailles ne soient plus ! »

« Un noble… de la campagne… ? »

Il était vrai que les provinces gouvernées par la maison Maxwell étaient situées près des frontières orientales du royaume. Et comme le prince héritier était né et avait grandi dans la capitale, j’étais donc probablement un rustre de la campagne à ses yeux.

La maison Maxwell s’était vu attribuer de tels territoires en raison de la confiance qu’elle avait gagnée auprès de la famille royale : elle était chargée de défendre les frontières. Elle avait donc la puissance militaire pour protéger le royaume des ennemis étrangers.

Les soldats stationnés autour de la capitale étaient peut-être plus nombreux, mais en termes de capacités individuelles et d’expérience de combat, les chevaliers de la maison Maxwell étaient sans aucun doute supérieurs.

La famille royale n’avait rien à gagner à se battre contre la maison Maxwell.

La maison Nommes de Selena était un vassal de la maison Maxwell. Leurs territoires étaient également proches. Si j’étais un noble de campagne à ses yeux, alors Selena l’était aussi… l’a-t-il réalisé ?

« Hmm… pour l’instant, je vais faire comme si je n’avais pas entendu les calomnies sur ma maison. Au contraire, Votre Altesse, vous avez dit que vous et Selena étiez en couple ? »

« Hmph ! C’est bien ce que j’ai dit ! Il est temps pour toi d’accepter la réalité et de te retirer ! »

Il l’avait vraiment admis publiquement, et avec tant de gens autour de nous.

Sullivan avait-il compris ce que cela signifiait réellement ? Ce qui allait arriver à un prince héritier qui posait ses mains sur la fiancée de quelqu’un d’autre ?

Sullivan utilisait essentiellement l’autorité de la famille royale pour voler la fiancée d’un vassal.

Ne savait-il pas qu’une telle action porterait gravement atteinte à la confiance des nobles envers la famille royale ?

« Votre Altesse, si je peux me permettre, est-ce que Dame Marianne est au courant ? »

Le nom que j’avais mentionné était celui de la fiancée de Sullivan.

Marianne Rosais, la fille du Duc Rosais, chancelier du royaume de Lamperouge. La plus noble des jeunes filles du royaume, elle était louée comme une dame parmi les dames de la haute société.

« M-Marianne… elle… »

Sullivan, qui avait parlé avec arrogance depuis le début, marmonna pour la première fois.

C’était un changement assez évident : Marianne était une femme fière, qui accordait une grande importance à la loyauté.

Elle ne pardonnerait certainement jamais l’infidélité de Sullivan ou l’acte de trahison consistant à voler la fiancée d’un vassal.

« Se pourrait-il que Votre Altesse ait l’intention de prendre Selena comme concubine ? »

Marianne comme épouse royale et Selena comme concubine. C’était encore plus compréhensible.

La polygamie n’était pas officiellement reconnue dans le royaume, mais il n’était pas rare que les membres de la royauté ou certains nobles prennent des concubines ou des maîtresses, afin d’assurer la naissance d’un héritier. Que Dame Marianne approuve ou non cette pratique était bien sûr une tout autre histoire.

« Seigneur Sullivan !? »

La première réaction à mes paroles ne vint pas du prince Sullivan, mais de ma fiancée Selena.

Selena regarda Sullivan comme si elle n’en croyait pas ses yeux, alors il s’était empressé de s’expliquer.

« N -non !! Tu es la seule que j’aime, Selena !! »

« Ainsi, Votre Altesse annulera également les fiançailles avec Dame Marianne ? Sire, j’espère que vous savez ce qu’une telle chose impliquerait ? »

Les seigneurs locaux avaient tendance à avoir un pouvoir considérable dans ce royaume : même la maison royale n’avait pas d’autorité absolue.

La maison royale de Lamperouge était, en fin de compte, le représentant de toutes les familles nobles, une sorte de délégué. Le roi avait plus un rôle de chef d’alliance que celui d’un monarque absolu.

Couper les liens avec le duc Rosais, la plus puissante famille noble de la région centrale du royaume, signifiait la perte d’un important partisan au couronnement du prince héritier Sullivan.

« N-Naturellement !! J’annonce par la présente que mes fiançailles avec Marianne sont nulles et que je vais épouser Selena ! Elle sera la prochaine reine du royaume de Lamperouge ! »

Sullivan s’était avéré être bien plus idiot que je ne l’imaginais.

D’une certaine manière, il pensait toujours qu’il allait devenir roi, même sans l’appui du Duc Rosais.

« … Êtes-vous sérieux, Seigneur Sullivan ? »

J’avais laissé tomber « Prince héritier » ou « Votre Altesse » exprès. Sullivan s’était encore plus énervé.

« Tout d’abord, je n’ai jamais aimé cette femme ! Toujours pleine d’opinions, me disant toujours d’arranger ceci et cela, de me comporter comme un vrai prince héritier… elle est tellement arrogante et exaspérante ! Et devant un membre de la famille royale ! ! Comment la simple fille d’un duc ose-t-elle donner des ordres au prince héritier ? »

Profitant du fait que Marianne n’était pas là, Sullivan se mit à dire ce qu’il voulait.

Alors que Marianne n’était pas là en personne, notre « auditoire » comprenait plusieurs personnes ayant des liens avec la maison Rosais. Les paroles de Sullivan allaient certainement être livrées à Marianne et au Duc Rosais.

« Quel beau gâchis cela a fait…, », chuchotais-je à moi-même, en m’assurant que Sullivan ne pouvait pas entendre.

Je pensais que le prince héritier serait un peu plus intelligent que cela, mais de toute évidence, je me trompais. Jusqu’à présent, il n’avait probablement réussi à maintenir un minimum d’autorité en tant que prince héritier que grâce à la présence de Dame Marianne à ses côtés.

Je me demandais quel sort attendait un homme qui avait juré de renoncer à ses fiançailles avec Dame Marianne au nom du « véritable amour ».

« Selena. »

« !! »

J’avais appelé Selena. Celle-ci s’était mise à trembler en se cachant dans le dos de Sullivan.

Elle avait toujours été comme ça : toujours timide et maladroite, sans jamais exprimer son opinion. Chaque fois que je l’approchais, elle s’enfuyait, effrayée.

Elle était en effet tout le contraire de Dame Marianne, et correspondait donc parfaitement aux goûts de Sullivan.

« Cela vous convient-il vraiment ? Le souhaitez-vous vraiment ? »

J’avais essayé de donner à Selena une dernière chance.

Allait-elle ruiner sa vie avec cet idiot, ou allait-elle revenir vers moi ? La décision lui appartenait.

« Uh.… »

Selena avait l’air confuse, jetant des regards à gauche et à droite.

À ce moment-là, Sullivan l’encouragea.

« Dis-le, Selena ! Ne t’inquiète pas, je suis avec toi ! Je te protégerai, quoi que fasse cet homme ! »

« O-Oui… »

Poussée par Sullivan, Selena éleva la voix et fit part de sa décision.

Ses beaux yeux verts me regardèrent droit dans les yeux. Je pensais que cela faisait longtemps que nos yeux ne s’étaient pas croisés comme ça.

« Je, euh, je… Seigneur Dyngir, j’ai peur de vous. Parce que vous avez tué tant de gens… »

« … »

Vous avez tué tant de gens. Je vois, c’était donc la raison.

La maison Maxwell, gardienne du royaume, l’avait toujours protégée contre les envahisseurs venus de l’Est.

J’avais participé à ma première bataille à l’âge de treize ans, il y avait donc cinq ans. Depuis lors, j’avais participé à de nombreuses batailles et j’avais mis fin à la vie de nombreux soldats de mes mains.

« Je suis devenue votre fiancée parce que je ne pouvais pas désobéir à mon père, mais je ne peux plus l’endurer. Seigneur Dyngir… Je ne veux pas être avec vous une seconde de plus si cela est possible… Je vous en prie, laissez-moi être libre. »

« Comprends-tu enfin ? Il est tout simplement épouvantable pour un meurtrier comme toi d’être fiancé à la belle Selena. Tes mains ensanglantées n’ont pas le droit de l’enlacer. Retourne dans ta province, espèce de fou meurtrier ! »

Fou meurtrier. Les mots de Sullivan me firent trembler de colère.

Je m’étais battu sur le champ de bataille depuis mon enfance. Je m’étais battu pour protéger ma maison, ma province, le royaume.

J’étais fier de mes mains ensanglantées : pas une seule fois je n’avais ressenti de honte en les voyant.

Et cet homme… ose les appeler les mains d’un fou meurtrier ! Un homme qui a été protégé toute sa vie par les nobles qui se battent à la frontière… ! Un crétin qui a vécu avec une cuillère d’argent dans la bouche, qui n’a jamais vu un champ de bataille… !

« … L’annulation des fiançailles est acceptée, pour le moment. Nous contacterons officiellement la maison royale dans un avenir proche. »

Je m’étais désespérément retenu d’atteindre l’épée à la taille et n’avais prononcé que ces mots.

J’avais tourné le dos à Sullivan et Selena et je m’étais éloigné. Les étudiants qui étaient venus voir l’agitation m’avaient ouvert un chemin, effrayés par l’intention meurtrière que je ne pouvais pas m’empêcher de fuir.

Je dois le supporter, il n’y a aucune raison de le tuer ici, je deviendrais l’agresseur. D’ailleurs… cet homme va bientôt tout perdre.

La maison du Duc Rosais et la maison du Margrave Maxwell. Il n’avait aucun moyen de se faire un ennemi de deux des plus puissantes maisons nobles du royaume et de s’en tirer.

Je ne pouvais pas dégainer mon épée ici. Si je le faisais, je porterais le nom d’un traître…

« Seigneur Dyngir ! Puis-je vous dire un mot ? »

Je m’éloignais en silence quand un étudiant s’était approché de moi.

Il était un peu plus petit que moi. La couleur de l’insigne sur son uniforme indiquait qu’il était inscrit dans une classe inférieure à la mienne. Mais j’avais vu quelque part ses cheveux roux flamboyant et cette lumière féroce dans ses yeux.

« Vous êtes… le deuxième fils de la maison Efreeta ? »

« Je m’appelle Luc, Luc Efreeta. C’est un honneur de vous parler !! »

« Je vois, vous êtes donc le petit frère de Ladd. Qu’est-ce que vous avez à faire avec moi ? »

Luc regarda autour de lui, puis continua à parler sur un ton feutré.

« Si vous voulez bien lancer une campagne pour défendre l’honneur des provinces de l’Est, laissez-moi, Luc Efreeta, être en première ligne. Je jure sur le nom de la maison Efreeta que je vous présenterai la tête de ce prince insensé, mon seigneur. »

La maison du vicomte Efreeta était une maison vassale bien connue de la maison Maxwell, surtout pour sa puissance militaire.

J’avais été ému par son dévouement, mais j’avais dû néanmoins réprimander mon cadet au sang chaud.

« Votre loyauté est bien appréciée. Je n’ai pas l’intention de lancer une campagne, bien que… pas encore, du moins. Cet imbécile va de toute façon s’autodétruire. »

« Compris… mais si jamais ce moment arrive, s’il vous plaît, appelez-moi, Lord Dyngir. Puis-je vous demander ce que vous comptez faire ? »

J’avais réfléchi un peu aux paroles de Luc, puis j’avais répondu.

« Je dois d’abord retourner dans mes terres. Je dois après tout présenter une protestation officielle à la maison royale par l’intermédiaire de mon père. Si le roi traite l’affaire avec intégrité, alors tout est résolu. Mais s’il essaie de couvrir l’imbécile… vous aurez de nombreuses occasions de prouver votre valeur. »

« Je suis à votre service, mon seigneur ! Je vous rendrai compte de tout ce qui se passe à l’académie. S’il vous plaît, reposez-vous sur votre chemin menant à votre province natale ! »

« Vous avez ma confiance. C’est une joie d’avoir des vassaux aussi compétents. »

Quand une porte se ferme, une autre s’ouvre. J’avais perdu ma fiancée, mais j’avais gagné un serviteur digne de confiance.

J’avais tapé sur l’épaule de Luc, celui-ci rougit violemment.

« Vos paroles m’honorent ! Mon frère m’a parlé de votre combat contre l’empire il y a cinq ans, j’ai donc toujours admiré vos prouesses au combat… mon seigneur ! »

« O-okay ? »

J’avais fini par être couvert des louanges de Luc jusqu’à la porte de l’académie.

Ce jour-là, j’avais appris comment des mots remplis de malice et des mots remplis de respect pouvaient vous épuiser s’ils se poursuivaient de manière excessive.

Je me sentais fatigué à plus d’un titre. Et alors que je soupirais, je faisais mes bagages et quittais la capitale royale.

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Chapitre 2 : Les contre-mesures sont élaborées au lit

Au moment même où je rentrais dans ma province natale, j’avais rapporté tout l’incident à mon père et j’avais écrit une lettre de protestation au roi et au baron Nommes.

Apparemment, Sa Majesté le roi avait déjà été informé de l’agitation à l’académie, et avait immédiatement envoyé une lettre d’excuses. Grâce à la réaction appropriée de la maison royale et à l’abondante somme incluse à titre de dédommagement, on pouvait considérer que la question était résolue, pour le moment.

D’autre part, le baron Nommes — le père de Selena — n’était apparemment pas conscient de la relation entre sa fille et le prince héritier : à peine avait-il lu la lettre qu’il s’était mis à écumer de la bouche et perdit connaissance.

« M-Mes plus sincères excuses !! »

Le baron se rendit alors à la résidence Maxwell et s’excusa abondamment, prosterné à terre.

Il rejeta ainsi toute fierté, s’excusant en se frappant la tête par terre si fort qu’on aurait pu craindre qu’il y fasse un trou. Sa prosternation était si bien faite, si parfaite, que je m’étais senti obligé de le féliciter.

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Soit dit en passant, il s’était avéré que Sullivan et Selena étaient allés rendre visite à Dame Marianne après m’avoir poussé à annuler les fiançailles.

Le prince-héritier commença par énumérer les accusations infondées de la prétendue mauvaise conduite de Dame Marianne : intimidation de Selena, abus de l’autorité de sa famille pour contrôler l’académie, allégeances secrètes avec des États ennemis, et plus encore.

Mais de telles accusations ne pouvaient en aucun cas être portées contre Dame Marianne.

Elle rejeta tous ses arguments et réprimanda plutôt sévèrement son infidélité. Sa brillante contre-attaque allait finalement devenir un sujet de discussion brûlant parmi les étudiants pendant longtemps.

Le résultat final fut que le prince héritier porta l’entière responsabilité des événements et fut rétrogradé dans le registre royal de prince héritier à vassal.

« Il a bien récolté ce qu’il a semé. »

J’étais allongé sur mon lit dans ma résidence principale lorsque j’avais lu le rapport envoyé par Luc Efreeta depuis la capitale. Toutes les informations ci-dessus figuraient dans son rapport.

Un mois après l’annulation abrupte de mes fiançailles — je m’étais retiré de l’académie et j’étais retourné dans ma province natale.

Même si le prince héritier avait assumé la responsabilité des événements, je ne pouvais pas empêcher les autres étudiants de me regarder de haut.

De toute façon, je n’avais pas envie de fréquenter l’académie, j’avais donc choisi de retourner dans ma province et d’aider mon père, afin de me préparer à lui succéder comme maréchal.

Maintenant que l’histoire était réglée, je pouvais dire que l’annulation des fiançailles n’était pas une perte totale pour la maison Maxwell.

Nous avions reçu une somme abondante de la maison royale à titre de compensation, la maison Nommes nous avait rendu la somme que nous avions offerte à l’avance comme aide financière en vue de mon mariage avec Selena, et nous avions également augmenté les taux d’intérêt des dettes qu’ils avaient envers la maison Maxwell.

« Cependant, à mon niveau, le meilleur résultat est de ne pas avoir à épouser Selena. »

« Oh, mon Dieu, tu n’aimais pas Lady Selena, mon seigneur ? »

La question était venue de la femme couchée à côté de moi.

Le nom de la femme déshabillée était Eliza. Elle était la fille d’une maison qui avait servi les Maxwell pendant des générations et était également chargée de mon éducation depuis que j’étais petit.

Eliza, qui avait cinq ans de plus que moi, était maintenant allongée avec la tête sur ma poitrine, exposant la plus grande partie de sa silhouette nue, dont la sensualité n’avait fait que croître au fil des ans, alors qu’elle jetait un coup d’œil au document que je lisais.

« Elle était assez mignonne, alors je voulais en faire une femme moi-même… mais elle me causait plus de problèmes qu’elle n’en valait. Ce n’était en fait qu’une pleurnicharde, vraiment trop faible pour devenir l’épouse d’une maison dans les provinces frontalières. Mais ça aurait pu être amusant de l’intimider un peu. »

« Comme c’est cruel… Je ne t’ai certainement pas élevé comme ça, jeune maître. »

« Tu l’as certainement fait. C’est toi qui m’as appris ce que je sais des femmes. »

La relation entre Eliza et moi avait commencé il y a cinq ans, après ma première bataille.

J’avais vécu mon premier vrai combat et j’avais remporté mes premières victoires. Incapable de réprimer l’excitation après notre retour triomphal, j’avais cédé à mon instinct et j’avais sauté sur Eliza.

Elle m’avait d’abord repoussé, mais accepta finalement mes avances : j’avais donc fait ma première expérience à l’âge de treize ans.

Notre relation s’était poursuivie depuis lors : chaque fois que je revenais dans ma résidence, nous dormions ensemble presque toutes les nuits.

« Oh, jeune maître… quand je pense que tu étais si mignon autrefois. Quel diable d’homme es-tu devenu… en tant qu’éducatrice, je me sens responsable. »

« Quoi ? Je suis devenu un jeune homme sain et vigoureux, comme tu peux le voir, tu devrais plutôt te sentir fière. »

J’avais ri avec ironie tout en haussant les épaules.

Je n’étais de toute façon pas le seul à être devenu grand et fort — c’est ce que j’avais pensé en regardant l’ample buste d’Eliza.

« Cependant, c’est vraiment dommage pour le Baron Nommes. Selena et moi nous trompions l’un l’autre, mais à cause de cet abruti de Sullivan, ils ont reçu toute la punition. S’ils avaient utilisé toutes mes maîtresses comme raison pour rompre les fiançailles, ils auraient pu nous forcer à payer à la place. »

« Peut-être qu’ils ne connaissent tout simplement pas la relation que le jeune maître entretient avec nous ? »

« Hmm… peut-être que Selena ne le sait pas, mais je doute que le baron ne sache rien. Je suis allé plusieurs fois au quartier rouge de la capitale et je n’ai jamais rien fait pour le cacher. Il n’est pas rare que les nobles entretiennent des relations avec plusieurs femmes, alors peut-être faisait-il simplement semblant de ne pas savoir… de toute façon, si Sullivan avait au moins quelque chose ressemblant à un cerveau, il serait d’abord allé chez Nommes pour discuter de la question… et l’histoire aurait changé. »

« C’est la première fois que j’entends parler du quartier des plaisirs… à quel point es-tu cruel, de me dire quelque chose comme ça sans la moindre excuse ? »

Eliza fit la moue et me pinça la poitrine.

Le fait de regarder son geste adorable, en contraste avec son charme mature, me fit sourire.

« Je voulais te rendre jalouse. Les hommes veulent voir toutes sortes d’expressions de la femme dont ils sont tombés amoureux, tu le sais bien. »

« Oh, tu dis ça comme si c’était bien de le dire… tes mauvaises habitudes avec les femmes n’ont pas changé, même à l’académie. Après tout le mal que le maître a fait pour t’inscrire… »

« Hmph. S’il m’avait mis là-dedans dans l’espoir de me réparer, ce serait un vrai gâchis. Père doit aussi être assez affligé par la tournure des événements. »

Je m’étais rappelé la réaction de mon père quand je lui avais parlé de l’affaire de l’annulation des fiançailles et j’avais souri amèrement.

Mon père, le maréchal, avait une personnalité complètement différente de la mienne : c’était un homme austère, sérieux et droit.

J’étais prêt à être grondé et à subir des sermons pendant quelques heures, comme cela arrivait souvent, mais après avoir entendu mon rapport, mon père avait réagi d’une manière à laquelle je ne m’attendais certainement pas.

« … Fais ce que tu veux. Je ne m’en soucie plus. »

Il s’était ensuite affalé sur sa chaise, comme s’il était terriblement épuisé.

En regardant mon père si dévasté, je ne pouvais m’empêcher de ressentir moi-même de la douleur.

J’avais continué ma conversation avec Eliza : « De toute façon… le prince doit assumer la responsabilité de ce qu’il a fait. »

« Oh ? Il a été déshérité et rétrogradé au statut de vassal, non ? N’a-t-il pas déjà été puni ? »

Eliza pencha la tête sur le côté, curieuse.

« Oui, la maison royale a donné sa punition, mais c’est juste sa responsabilité en tant que prince héritier, non ? Il n’a pas encore payé pour m’avoir humilié en tant qu’homme. Ni pour avoir insulté la maison de Maxwell. Il s’est d’abord battu avec moi : j’ai le devoir de le rembourser, jusqu’à ce qu’il pleure et implore sa pitié. »

Sullivan était peut-être fini comme membre de la famille royale, mais ce n’était pas une punition suffisante pour cet homme. Même s’il devenait marquis ou comte, il pourrait toujours mener une vie de liberté et de luxe… à moins que je ne fasse quelque chose pour y remédier.

« Il a enlevé ma femme et a même osé insulter la fierté de tous les soldats qui se battent pour défendre ce pays, le bâtard. Je ne serai pas satisfait tant qu’il n’aura pas pleinement appris de quel genre de personne il s’est fait un ennemi. Il ferait mieux de profiter du calme avant la tempête… »

« … tu es un homme à craindre, jeune maître. »

Eliza avait alors levé la tête et m’avait embrassé. Nos langues s’entrechoquèrent et s’entremêlèrent sauvagement, puis elle posa son corps sur le mien.

Grâce à notre longue relation, Eliza savait à quel point j’étais excité, frénétique avant une bataille, et comment j’apaisais cette pulsion en recherchant la compagnie d’une femme.

« Prends tout, Eliza… »

« Oui, jeune maî.…hnn… »

J’avais échangé ma position avec Eliza et j’avais avidement fait corps avec elle, en faisant l’amour avec elle, qui était devenu beaucoup plus mature que la première fois, il y a cinq ans.

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En fin de compte, mon désir n’avait été satisfait qu’à midi le lendemain.

Eliza avait haleté, gémi et crié toute la nuit, si bien qu’au matin, elle était couchée, épuisée, incapable de bouger. J’avais donc pris la bonne nouvellement embauchée qui était venue annoncer que le petit déjeuner était prêt et je l’avais traînée dans le lit.

J’avais écouté ses misérables cris alors que je possédais son corps vierge, tout en pensant que les jeunes filles n’étaient pas mal non plus.

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Chapitre 3 : Le fils prodigue se déplace dans l’ombre

Point de vue du Maréchal Maxwell

« … Dyn est toujours au lit ? »

« Oui… après tout, il a eu une nuit éprouvante. »

Ainsi répondit l’intendant de la maison Maxwell d’une voix troublée.

J’avais pressé mes doigts contre mes tempes, en essayant de maîtriser la migraine que je sentais venir.

Je m’appelle Dietrich Maxwell, maréchal responsable des provinces à la frontière orientale du royaume de Lamperouge.

Les nobles qui gouvernaient les territoires situés à la frontière avaient de quoi être inquiets. Nous devions être prêts à tout moment à faire face à des invasions ennemies, ainsi qu’à empêcher tout voyou étranger d’entrer dans le pays ou tout criminel national de franchir les frontières.

La maison des Maxwell était également le chef de l’alliance des nobles des provinces de l’Est. Nous avions le devoir d’agir en tant que médiateur en cas de conflits entre les familles nobles, ainsi que de négocier au nom des nobles locaux avec la maison royale ou les nobles du centre.

Ma plus grande inquiétude, ces derniers temps, était toutefois l’attitude de mon propre fils, Dyngir Maxwell.

« Il y est allé tous les soirs depuis son retour… les deux années passées à l’académie n’ont rien fait pour corriger ses habitudes de coureur de jupons, alors… »

Il y a un mois, les fiançailles de mon fils avec la jeune femme de la maison des Nommes avaient été rompues de force par le prince héritier, il était donc rentré dans sa province natale.

Je pensais qu’un tel événement l’aurait fait tomber, mais j’avais dû rapidement revoir ma position. Depuis ce jour, il avait commencé à emmener les servantes avec lesquelles il batifolait autrefois et s’était livré à une indescriptible débauche chaque nuit.

« Mon seigneur, je ne sais pas quoi dire… c’est la faute de ma fille. »

L’intendant de la maison s’inclina profondément.

« Non, ce n’est pas ta faute… je dois plutôt m’excuser. »

« Non, mon seigneur… »

L’intendant de la maison semblait en conflit.

Mon fils avait plusieurs maîtresses, mais la « première dame », faute d’un meilleur terme, était la fille de l’intendant, Eliza.

Comment un père se sentirait-il lorsque sa fille unique, élevée avec amour et attention, finit par coucher avec le fils de son maître ? Honnêtement, j’étais terrifié quant à le savoir. Je n’avais donc jamais demandé.

« Le jeune maître Dyngir est… comment dire, il a des traits héroïques. Je suppose qu’il ne peut pas se satisfaire d’une seule femme. »

« Les héros sont amoureux, comme le dit le proverbe… ça sonne bien si tu le dis comme ça, mais… »

« … En tant que père, c’est une source inépuisable de préoccupations… »

« En effet… s’il n’était pas qualifié, je l’aurais volontiers renié. »

J’avais froncé les sourcils et j’avais poussé un profond soupir.

Mon fils, Dyngir, était ce qu’on pourrait appeler un fils prodigue. Mais si vous me demandiez si c’était un idiot incompétent, je devrais secouer la tête fermement.

Dyngir avait montré des traits d’excellence dès son enfance. Il apprenait incroyablement vite en termes de politique, d’économie, de stratégie, de tout. Son instructeur d’arts martiaux avait même dit qu’il avait un talent incroyable pour le combat.

Il était très populaire auprès des vassaux : les enfants des autres nobles le considéraient avec respect et affection comme un grand frère.

Il y a cinq ans, il avait participé à sa première bataille, une petite escarmouche avec un de nos pays voisins — dans laquelle il avait réussi à mener un petit bataillon. Il avait alors tendu une embuscade à l’ennemi et avait même pris la tête du commandant ennemi.

Un génie, un prodige, un héros qui restera dans l’histoire — même sans mes préjugés parentaux, je croyais que de tels mots lui étaient destinés.

La seule chose à laquelle un fils aussi formidable ne pouvait pas résister était le sexe opposé.

Dyngir avait eu son réveil à l’âge de treize ans, en se liant d’amitié avec Eliza, la fille de l’intendant de la maison. Depuis lors, il était devenu obsédé par les femmes.

À partir d’Eliza, Dyngir avait mis la main sur la plupart, sinon la totalité, des servantes de la résidence. Je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir mal à chaque fois que je les voyais.

Je voulais honnêtement le gronder, mais tout l’argent que Dyngir utilisait pour les femmes venait de sa propre poche.

Il avait utilisé l’argent que je lui avais donné comme allocation pour lancer une petite entreprise avec d’autres nobles : en cinq ans, les bénéfices du commerce diplomatique avaient doublé.

C’est son succès qui le rend si terrible… Je n’ai aucune raison de le gronder…

« Si seulement il pouvait se débarrasser de son appétit pour les femmes, je pourrais le laisser prendre la relève sans le moindre souci… »

« Les talents du Seigneur Dyngir sont après tout exceptionnels… d’ailleurs, il semblerait avoir établi de nouvelles transactions avec des amis qu’il a rencontrés à l’académie. »

« … Je vois, donc même s’il a l’air de toujours s’amuser, il a aussi établi de nouvelles relations… il comprend au moins ce que sont les devoirs d’un noble… »

« Oui, en effet, bien qu’il se rende également dans le quartier des plaisirs une fois par semaine, il est donc également vrai qu’il s’amusait. »

« … »

J’avais perdu le compte du nombre de fois où j’avais déjà soupiré. Découragé, je m’étais affalé sur la table.

Avoir un fils idiot était effectivement problématique, mais un fils trop compétent était également gênant. Surtout s’il était à la fois habile et fou…

« Eh bien, c’est quand même… avec un peu d’effort… avec beaucoup d’effort, on peut passer à côté de ça… à la place, sais-tu ce qui est arrivé à la fille du Baron Nommes après ça ? »

J’avais changé de sujet, comme pour échapper à la réalité pendant un moment.

Le baron Nommes était un vassal de la maison Maxwell : sa fille Selena avait été la fiancée de mon fils.

Lorsque j’avais appris que les fiançailles avaient été rompues par elle, j’avais commencé à avoir des sueurs froides, pensant que les habitudes de coureurs de jupons de mon fils avaient été découvertes… Je ne me serais jamais attendu à ce qu’elle soit l’infidèle, et avec le prince héritier en plus.

Malgré son air si timide et doux, elle avait réussi à séduire le prince héritier du royaume… J’avais dû changer mon opinion sur elle.

« Le baron Nommes semble incertain sur la façon de la punir lui aussi. Ses fiançailles avec… l’ancien prince héritier ont été après tout annoncées en public. »

« Hmm… Je ne connais pas l’étendue de leur relation, mais elle pourrait déjà être enceinte d’un enfant de sang royal… »

« Si cela se produit… cela risque d’engendrer un conflit politique. »

Après la rupture des fiançailles, le prince héritier Sullivan avait été déshérité.

Sullivan était le fils aîné, mais le statut de sa mère était relativement bas. Sans le soutien du duc Rosais, il était peu probable qu’il devienne roi. Ayant insulté la maison de Rosais, une telle punition était inévitable.

Le sort de Selena était également très probablement scellé. Elle finira par être utilisée par une faction en rébellion contre la famille royale ou éliminée avant cela. Je ne pouvais prévoir aucun espoir dans son avenir.

« Si seulement tout cela s’était passé en privé, cela aurait pu être réduit au silence d’une manière ou d’une autre. Mais pour exposer un problème délicat comme la rupture d’un engagement en public… je ne le considérais pas comme un idiot. »

« Bien qu’il était prince héritier, il n’en reste pas moins homme. Quand une femme est impliquée, les hommes deviennent fous… comme quelqu’un d’autre que je connais. »

« … Est-ce du sarcasme ? »

« Bien sûr que non, mon seigneur. »

J’avais regardé en silence les yeux de l’intendant, puis j’avais lentement secoué la tête.

« … Il semble que Sa Majesté le roi, le Baron et moi avons mal élevé nos enfants. Au moins, mon propre idiot a un bon jugement. Je dois être au moins reconnaissant pour cela. »

« En effet, monsieur. »

« Haah… »

J’avais soupiré en même temps que l’intendant de la maison, puis la porte de mon bureau s’était ouverte. Une seule personne dans cette résidence pouvait entrer dans le bureau du maréchal sans frapper.

« Bonjour, vieil homme. J’ai quelque chose à te dire, tu as le temps maintenant, non ? »

« … »

« … »

Mon idiot de fils coureurs de jupons, bien sûr.

L’intendant de la maison et moi nous étions regardés, nos expressions devenaient aigres.

« Quoi ? Vous vous plaigniez tous les deux de moi ou quoi ? »

« … Y a-t-il quelque chose dont on devrait se plaindre ? »

« Pas que je sache. Je suis aussi pure et honnête qu’elles le sont. »

« Pouvez-vous aussi dire cela de votre propre corps, jeune maître ? Bien que vous ayez passé une nuit agréable apparemment, c’est très bien. »

« Hé, pas de sarcasme. J’ai pris un bain, d’accord. »

Tu devrais maintenant te taire, idiot… ne vois-tu pas l’intention meurtrière dans les yeux de l’intendant de la maison ? Honnêtement, j’aimerais bien que les poignards qu’il jette le frappent vraiment…

De telles pensées m’étaient venues à l’esprit, mais j’avais décidé de l’écouter pour l’instant.

« Quelles sont tes affaires ? Tu n’es pas venu ici pour m’aider dans mon travail ? »

« Mon travail ? Si tu veux parler de l’irrigation de la région ouest, j’ai déjà envoyé les travailleurs. Pareil pour les bandits autour du village de Zess, le corps d’expédition est déjà en route. Les éclaireurs pour le fort de l’est partent demain matin, donc c’est aussi réglé. Pour ce qui est des bandits à cheval sur le territoire du vicomte Silfis, j’ai un plan donc tu peux me laisser gérer ça. Je vais m’occuper d’eux dans les prochains jours. »

« … Tu es vraiment un fils idiot… »

Cet excellent côté de sa personne le rend d’autant plus méprisable. Je parie que je suis le seul père à être gêné par les compétences de son fils…

« … De toute façon, pourquoi es-tu présent ici ? »

« J’ai une faveur à te demander, c’est tout. Tiens. »

« Hmm ? »

Mon fils m’avait remis une enveloppe. Comme elle n’était pas fermée, j’avais sorti le papier à l’intérieur et je l’avais lu, trouvant que son contenu était assez bizarre.

« C’est… »

« Je veux que tu envoies cela avec ton nom, adressé à Sa Majesté le roi. »

« À quoi penses-tu ? »

J’avais regardé le visage de mon fils et j’avais trouvé le sourire d’un farceur sur ses lèvres. C’était le même visage que celui montré lorsqu’il m’avait apporté la tête du commandant ennemi lors de sa première bataille.

Les dix-huit dernières années m’avaient appris, dans une certaine mesure, à quel point ce visage signifiait que quelque chose de méchant approchait.

« L’ancien prince héritier et mon ancienne fiancée vont passer un mauvais moment. Ce n’est qu’une farce, rien de plus. »

« Hmgh… »

« Quand je suis revenu, tu m’as dit de faire ce que je voulais, non ? Je m’en tiens à tes mots, mon vieux. »

J’avais scruté la lettre à nouveau et j’avais senti le mal de tête se renforcer.

+++

Quelques jours après que le prince héritier Sullivan avait été déshérité et que l’agitation se soit calmée…

Une lettre du maréchal Maxwell avait été remise à la maison royale de Lamperouge.

C’était une lettre très succincte :

« Je présente mes félicitations les plus sincères pour le mariage du prince Sullivan dans la famille du baron Nommes »

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Chapitre 4 : Fausse célébration

Point de vue du Duc Rosais

Cette canaille de Maxwell est encore en train de faire du grabuge…

Dans la capitale royale du royaume de Lamperouge, dans le bureau des offices royaux.

Moi, Burt Rosais, l’actuel chef de la maison de Rosais, avait lu le contenu de la lettre envoyée par la maison Maxwell et je m’étais mis à grogner.

« Je présente mes sincères félicitations pour le mariage du prince Sullivan dans la famille du baron Nommes. »

Félicitations… c’était ce que disait la lettre, mais il s’agissait, à toutes fins utiles, d’une menace.

La malveillance contenue dans cette courte phrase était si intense que je ne pouvais pas, en tant que chancelier du royaume, m’empêcher d’être impressionné par sa ruse.

Il y avait environ un mois, ma fille bien-aimée Marianne avait appris par le prince héritier Sullivan que leurs fiançailles n’avaient plus lieu d’être. La raison était qu’il aimait en fait quelqu’un d’autre… c’était vraiment enfantin.

L’expéditeur de cette lettre, Dyngir Maxwell, n’était autre que le fiancé de la maîtresse du prince Sullivan, Selena Nommes.

La responsabilité des fiançailles rompues incombait exclusivement à Sullivan.

Sullivan continuait apparemment de répéter qu’il avait trouvé le véritable amour, tout en se plaignant pathétiquement que Marianne n’était pas faite pour être sa fiancée.

En tout cas, il avait posé les mains sur une autre femme malgré ses fiançailles, il n’y avait donc aucun doute qu’il était en faute. La femme sur laquelle il avait posé les mains était elle aussi fiancée.

Peu importe le nombre d’excuses que cet abruti de prince héritier pouvait trouver, abuser de l’autorité de la famille royale pour enlever la fiancée d’un vassal le marquerait d’infamie.

+++

« Hum, chancelier… pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet… ? »

Ce ton pitoyablement faible n’avait été produit par nul autre individu que celui ayant l’autorité royale… Sa Majesté le roi.

Cet homme âgé, bien trop faible de volonté pour sa position, avait deux fils, mais il favorisait surtout son premier né, Sullivan. Il me regardait avec une expression pleine d’inquiétude pour l’avenir de ce dernier.

Sa Majesté, le roi Saloucha Lamperouge, était un homme plutôt ordinaire par rapport à son rang.

Il n’avait pas d’exploits militaires impressionnants à son actif ni assez de sagesse pour qu’on s’en souvienne. Son seul point positif était qu’il était bien conscient de ses capacités limitées.

Il n’avait jamais imposé son opinion sur des questions politiques ou militaires, écoutant toujours attentivement les opinions de son entourage.

Néanmoins, on peut aussi dire qu’il ne peut rien décider tout seul.

Tout en le jugeant sévèrement sur le plan mental, j’avais répondu à la question du roi.

« Rien, j’en ai peur. Maxwell, la victime de cette série d’événements, demande que le “mariage du prince Sullivan avec la famille du baron Nommes soit célébré”. Notre seule option est que le prince se marie effectivement dans la famille Nommes. »

Indépendamment de ce qu’ils pensaient réellement, en apparence, la victime renonçait à ses droits, de sorte qu’ils ne pouvaient pas être niés.

« Quoi qu’il en soit, si cela arrive… »

Le roi hésita et bafouilla.

Sullivan se marierait dans la famille du baron Nommes — même sa médiocre intelligence avait saisi le terrible châtiment que c’était.

Un baron était effectivement un noble, mais son statut était extrêmement proche de celui d’un roturier. Le territoire sur lequel un baron pouvait régner se résumait à un ou deux villages au maximum, avec des recettes fiscales minimales.

Une telle maison ne pouvait naturellement pas mener une vie somptueuse. Sullivan ne pourra jamais supporter le fait qu’il doive se marier dans une telle famille, vu que, en tant que membre de la famille royale, il avait vécu toute sa vie dans le luxe.

De plus, les Nommes étaient les vassaux de la maison Maxwell et leur devaient même de l’argent. Ils devaient obéir à presque tous les ordres de la maison Maxwell. En cas de conflit armé, ils seraient probablement envoyés en première ligne.

Sullivan deviendrait ainsi le subordonné de l’homme qu’il avait mis en colère en lui volant sa fiancée : une vie de tourment l’attendrait. Y avait-il une punition plus terrifiante que celle-là ?

Le roi semblait vouloir dire quelque chose, alors je l’avais encouragé à parler. Les mots avaient commencé à jaillir de sa bouche.

« Hmgh… hmm… je sais… je sais ce que Maxwell veut dire… mais n’est-ce pas trop… ? Qu’un membre de la famille royale se marie dans la maison d’un baron… il ne pourrait y avoir pire humiliation. Sullivan a déjà été déshérité… pourquoi ce pauvre garçon doit-il subir un sort aussi cruel ? »

« … que la punition ne suffit pas. Du moins, c’est ce que Maxwell semble penser. »

Un jugement avec lequel ma maison Rosais est entièrement d’accord.

Dans la lettre envoyée à la maison de Maxwell, il était écrit que Sullivan serait sévèrement puni. Sa Majesté, le roi faible et gentil, n’avait cependant pas l’intention d’administrer une punition stricte à son fils.

Le rang de Sullivan fut rétrogradé à celui de vassal de la famille royale, mais selon la situation, cela n’équivalait pas à une punition très sévère.

Car il pourrait être adopté par un marquis sans héritiers et mènerait ainsi une vie stable.

Ils ont probablement compris que le roi n’était pas assez strict pour punir réellement Sullivan… mmph, bien que ce soit une question gênante, c’est un développement favorable pour moi en tant que Rosais.

La famille Rosais était également victime de cette série d’événements et avait été tout aussi insatisfaite de la tape sur les doigts que Sullivan avait reçue.

Malgré notre insatisfaction, nous avions été contraints d’accepter cette conclusion, car, en tant que représentant des familles nobles centrales, il était de notre devoir de minimiser toute menace à la stabilité de la capitale.

Cependant, le visage de ma précieuse fille avait été maculé de boue… en tant que père, j’aimerais au moins mettre en pièces cet idiot d’ancien prince héritier.

« Quoi qu’il en soit… oh oui, chancelier, si vous vous inclinez personnellement devant Maxwell, alors… »

C’était la proposition que le roi avait faite.

« Je devrais… faire ça, pour le bien de Sullivan ? »

« Oui, un roi ne peut pas courber la tête devant ses vassaux, mais si vous, le chancelier, le faite, alors… peut-être… »

J’avais regardé le roi avec toute l’intention meurtrière que je pouvais rassembler, et ses paroles s’étaient avérées vaines.

« Permettez-moi de vous le demander une fois de plus, Votre Majesté. Je devrais jeter mon orgueil et baisser la tête, pour l’homme qui a trahi ma fille ? »

« Gh… »

Le roi semblait enfin comprendre l’énormité de sa bévue.

Tel père, tel fils…, soupirais-je mentalement.

Sa Majesté ne prononçait pas de telles absurdités normalement. Mais, comme Sullivan, il avait apparemment tendance à laisser ses émotions prendre le dessus par moments.

S’il souhaitait vraiment protéger son fils, il devrait le faire, même au prix d’offenser les nobles Maxwell ou Rosais. Avait-il si peur de nous ? Cependant, sa lâcheté le rendait idéal pour diriger ce royaume. Un roi vraiment compétent serait mal vu par les Quatre Maisons.

Dans le royaume de Lamperouge, les quatre maisons maréchales qui protégeaient les frontières dans les quatre directions cardinales jouissaient d’un pouvoir considérable. Elles étaient normalement appelées les Quatre Maisons.

La véritable capacité d’un roi dans ce pays se mesurait à sa capacité à gouverner sans se faire ennemi des Quatre Maisons.

Sa Majesté le roi était trop faible pour être le dirigeant d’une nation.

Mais à cause de cela, les privilèges et l’autorité des Quatre Maisons n’étaient pas menacés. Il était considéré comme une figure de proue facile à manipuler.

Les rois vraiment capables ne durent jamais longtemps, après tout… Sullivan devrait se considérer comme chanceux de n’avoir eu aucun accident malheureux…

Les Quatre Maisons ne devaient pas être contre vous.

Les rois enterrés dans les ténèbres à cause d’eux étaient trop nombreux pour être comptés.

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