Il ne voulait pas être le Centre de l'Attention – Tome 1

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Prologue 1 : Le Cinquième Oublié

Tout le monde, au moins une fois dans sa vie, a rêvé de devenir un héros et de vaincre le Seigneur des Démons.

Mais, en réalité, c’est aussi difficile que de gagner à la loterie.

Je voulais l’affronter avant tout le monde et revenir sain et sauf. Il se trouvait dans un endroit dangereux, mais même le fait de mourir sur le chemin du retour pourrait faire de moi un héros.

Par exemple, quand un héros revenait après avoir réalisé un exploit similaire, cela va sans dire qu’il avait été plus fort que ce qui avait été vaincu. Par conséquent, il était tout à fait normal que les monstres aient trop peur de l’attaquer.

Mais même le fait d’être reconnu comme quelqu’un de ce calibre était très frustrant en soit.

Malgré toute la gloire et la renommée que cela apportait, vous finissiez par perdre votre liberté.

Dans ce cas, que faire ? Avant la fin de cette aventure, j’étais devenu inquiet à propos de ça.

Je pourrais être un lâche, mais j’avais rejoint la campagne afin d’éliminer le Seigneur des Démons et j’avais décidé de faire un grand retour en grâce.

Mais je n’avais pas besoin de gloire. Je ne me souciais pas d’être le centre de l’attention. Je voulais juste mettre la main sur ce que je voulais.

Je voulais ne pas me faire mal.

C’est la raison pour laquelle j’avais choisi de soutenir depuis l’arrière. Ce que je voulais dire, c’était que j’aurais préféré travailler en tant qu’aide pour les autres, leur tuteur.

Je voulais à tout prix éviter d’être l’un des héros. Les soutenir et les observer de loin était largement suffisant pour moi. J’avais continué à croire en ça que jusqu’à ce que nous ayons réussi notre exploit.

***

Voici le résumé d’une longue histoire. Afin de vaincre le Seigneur des Démons, des aventuriers de Rang-SSS étaient nécessaires.

Dans le monde de Grangalm, où prospère le Royaume d’Albein, la guilde mesurait avec précision la force de ses membres. Force physique, Pouvoir Magique, techniques connues et connexions personnelles. Si la « puissance de l’aventurier » dépassait les 100 000 points, il était considéré comme un aventurier de Rang-SSS.

Depuis la fondation du règne, seuls quelques aventuriers avaient réussi à obtenir ce rang.

Mais notre génération était une exception. Une demande intitulée « S’il vous plaît ! Arrêtez le Seigneur des Démons ! » avait été envoyés aux enfants d’environ dix ans. Ils avaient été appelés les « Enfants du Miracle ».

Dieu leur avait accordé d’énormes capacités. Après les avoir aiguisés, elles apportèrent à ces enfants un score supérieur à 100 000 points.

Un surnom fut attribué pour chacun de ses cinq enfants.

« Cody – L’Épée Sacrée de la Lumière. »

« Mylarka – La Douce Catastrophe. »

« Yuma – Le Requiem sans Voix. »

« Aileen – La Charmante Déesse de la Colère. »

Et finalement, moi… Bien que mon score dépassait également les 100 000 points, j’étais pratiquement invisible, et donc, on me nomma « Guy – L’Oublié. »

Je pensais qu’ils auraient pu chercher un peu plus pour mon premier surnom, puisqu’ils voulurent finalement m’en accorder un autre. Je m’appelle également la Queue d’Argent.

Ils étaient tous des novices avec des scores remarquables, mais leur point faible était évident.

Leur naïveté. Tout le monde comptait trop sur leurs capacités, ils n’avaient donc pas besoin de penser à des stratégies ou même au moindre plan.

Cody était un garçon honnête et incapable de se battre sans se présenter. Les trois autres étaient des filles qui possédaient assez de force pour briser la colonne vertébrale d’un homme normal, mais leurs personnalités vraiment terribles étaient un obstacle dans le groupe.

Pourtant, après m’être joint à eux, j’avais réussi à les unifier.

J’avais parfaitement compris leurs pouvoirs et j’en avais fait bon usage. Je n’étais pas assez capable pour être le combattant à l’avant-garde... il va sans dire. Je n’étais pas bon comme Cody et Aileen en combat rapproché, et il était inutile de me comparer aux assauts magiques d’Yuma et Mylarka. Pour cette raison, ce rôle était parfait pour moi. Mes capacités étaient les plus équilibrées parmi les Enfants du Miracle.

Sous ma direction, nous nous étions facilement rendus jusqu’au repaire du Seigneur des Démons.

Mylarka avait assailli sans relâche le Seigneur des Démons avec sa Magie d’Annihilation. Yuma avait appelé les âmes et les avait envoyées dans les Cieux. Aileen se jeta sur lui telle une lance et satura l’ennemi à l’aide de ses attaques, et Cody donna l’attaque finale avec son épée légère.

Je leur avais suggéré cette tactique et j’avais utilisé de temps en temps ma magie défensive, mais à part ça je n’étais qu’un spectateur. Je ne pouvais rien faire afin d’aider ces personnes dans la bataille. Donc je les avais soutenus du mieux que je le pouvais. Yuma, même si elle était une Haute Prêtresse, n’avait jamais appris la magie de guérison ou défensive. Le Seigneur des Démons était si puissant que perdre un membre d’un seul coup ne serait pas étrange. Pour cette raison, peut-être, que grâce à ma magie, quelqu’un avait pu éviter de mourir. Ou plutôt, devrais-je dire que je l’espérais.

J’étais resté tout ce temps un support, essayant de rester inaperçu jusqu’à la fin. J’aurais pu ainsi gagner un peu de mérites même si j’étais le plus inutile du groupe. Mais je ne voulais pas que les personnes sachent que j’avais aidé.

« J’étais juste un soutien, » voilà ce que j’aurai dit, et c’était vrai que cela aurait été le cas. Il n’y aurait pas eu beaucoup de personnes qui penseraient à moi avec une haute opinion.

À la fin, nous avions réussi à vaincre le Seigneur des Démons, une magnifique elfe noire.

« Il semble que j’ai perdu. Humains, je reconnais votre force, » déclara le Seigneur des Démons.

« Vraiment ? Alors si tu promets que tu seras une gentille fille, nous nous arrêterons pour l’instant. Arrête d’intimider les habitants et ne quitte plus jamais tes terres. Sinon, tu ne t’en tireras pas impunément, » déclara Cody.

« Voulez-vous quitter ce territoire en me laissant indemne… ? Comme c’est naïf, humain. Pensez-vous qu’il n’est pas nécessaire de détruire la terre des démons ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Tout le monde a besoin d’un endroit pour vivre. Voilà comment je vois la situation, » déclara Cody.

Après cette bataille, Cody était couvert de sang, mais il avait déclaré cela avec vigueur. Je pensais que quelqu’un devrait faire quelque chose à propos de ses blessures, mais j’étais le seul qui pouvait le faire. J’avais espéré qu’un guérisseur nous rejoigne le long du chemin... mais cela ne s’était pas produit. Alors tout cela était maintenant tombé sur moi. J’avais alors préparé la Lumière de Guérison et l’avais jetée nonchalamment sur lui.

« Umpf... Humains, pour l’instant, j’abandonne, » déclara-t-elle. « Mais rappelez-vous que chaque fois que la lumière brille, les ombres se développent également. Les démons reviendront et plongeront votre monde dans les ténèbres... »

« On s’en fout. Nous devons récupérer une preuve de notre succès, ou nous pouvons dire adieu à notre récompense, » déclara Mylarka.

« Iiihhh ! »

La Douce Catastrophe était un titre approprié pour elle. Mylarka était mignonne même lorsqu’elle intimidait le Seigneur des Démons. Elle avait les cheveux droits et blonds et le regard ferme. Elle avait onze ans, donc deux ans de moins que moi, mais elle ne s’en souciait nullement... elle avait montré de la confiance dans son attitude et dans ses capacités. Notre différence d’âge n’avait donc pas d’importance pour elle.

Elle avait l’air stricte et tout aussi féroce. Elle s’approcha de la magnifique femme à la peau sombre, qui laissa échapper un petit cri quand Mylarka commença à déchirer ses vêtements à la recherche d’une preuve de notre victoire.

« Je me demandais à quoi ressemblait ton âme, mais quand je l’ai vue de l’autre côté... c’était vraiment décevant, » déclara Yuma.

« Hé… Ne sois pas méchante. Une prêtresse ne devrait pas parler comme ça, » dis-je.

« Hein !? Pourquoi !? Je veux consoler chaque âme dans ce monde. Queue, toi aussi…, » déclara Yuma.

Yuma ressemblait à une prêtresse folle et psychopathe, mais elle était juste une fétichiste des âmes. Ce petit prodige n’avait que neuf ans, ce qui faisait d’elle la plus jeune de notre groupe, mais je m’inquiétais toujours de la façon dont son état mental pourrait s’aggraver à l’avenir. « Les prêtres sont comme ça », elle avait toujours dit ça, mais j’en avais dès le départ douté.

« Alors, que devrions-nous faire ? Nous avons besoin de preuves, donc... et le pendentif qu’elle porte autour de son cou devrait être largement suffisant, n’est-ce pas ? » demanda Aileen.

Aileen était un petit maître des arts martiaux aux cheveux roux. Elle était une Demie, née de l’union d’un humain et d’un esprit. En dépit de n’avoir que douze ans, son corps qui avait grandi plus vite que celui d’un humain était bien développé. Sa poitrine, surnommée « Boing Boing », était à peu près aussi grande que celle du Seigneur des Démons. Sa silhouette était exceptionnelle pour quelqu’un de cet âge-là, et je fantasmais souvent sur elle... mais arrêtons de divaguer.

Cody avait regardé le cou de notre ennemi et avait vu le pendentif. Après cela, il rougit et son comportement changea étrangement :

« Queue… peux-tu aller le ramasser ? » demanda-t-il.

« Pourquoi me demandes-tu de le faire… ? Hmm ? » demandai-je.

Les vêtements en loques du Seigneur des Démons dissimulaient très peu la zone proche de son torse. Notre trésor était caché au milieu de sa généreuse poitrine.

Cody ne pouvait pas faire grand-chose face à ça... Eh bien ! Même si c’était normal pour un garçon de treize ans, dans ce cas, cela avait l’air un peu trop exagéré. Et ainsi, possédant des sentiments brûlants dans mon cœur, j’avais pris le pendentif qui se trouvait sur sa poitrine.

« Nh… ! Veux-tu vraiment prendre mon talisman… ? Tu ferais mieux de ne pas le faire, » déclara-t-elle. « Je perdrais ma résistance, ainsi que ma régénération... mais si n’importe quel humain le porte, il serait maudit et son énergie vitale sera drainée... ! »

« Hum... pas mal…, » dis-je.

Après qu’elle eut fini son explication, j’avais commencé à lentement tirer dessus... et la cordelette cassa. Ceci ressemblait à un simple objet magique, mais le pouvoir étonnant qui en émanait ne l’était sûrement pas.

« Regarder le Seigneur des Démons avec ce visage si lubrique est vraiment dégoûtant... pervers. Tu es un pervers, Queue, » déclara Mylarka.

« Hahaha ! Mylarka est tout simplement envieuse ! Ne t’inquiète pas, les tiens grossiront à mesure que tu grandiras ♪, » déclara Aileen.

« Je-je ne pensais pas à ça…, » répondit Mylarka.

Mylarka me regarda un moment avant de détourner les yeux. Même quand elle était silencieuse et mignonne, elle avait une personnalité forte et résolue... mais j’étais déjà habitué.

Le talisman était plus important. La chaleur de cette poitrine si tentante alors que j’avais pris l’objet... Je voulais dire qu’il était encore chaud, mais j’avais ignoré ce détail.

« Ceci va venir avec nous. Même si je le portais, je ne pourrais pas être maudit, » déclarai-je.

« Tch… B-Bien. Si je me comporte bien, allez-vous me le rendre ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Je ne peux pas te le promettre, mais voyons... viens le reprendre dans cinq ans. Si tu fais cela, il sera à nouveau à toi, » déclarai-je.

« ... Je déteste à mort les enfants, mais vous n’avez pas peur. Jeune héros, quel est ton nom ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Tu ne l’as pas entendu avant aujourd’hui ? Je suis Queue. Queue d’Argent. N’hésite pas à l’oublier. Même si j’aimerais que tu t’en souviennes. Sinon, oublie aussi le talisman, » dis-je.

J’avais pris le trésor... même si cela pouvait maudire une personne normale, avec ma véritable puissance, je pouvais la neutraliser. Je me demandais si le fait de le porter m’aurait transformé en Seigneur des Démons, mais ce n’était pas mon but.

... Bon, j’oubliais quelque chose.

« … Et en tout cas, je ne suis pas un héros. Cody l’est. Moi je n’ai fait que les suivre, » dis-je.

« P-Pourquoi… es-tu si modeste ? C’est évident que sans toi, ils n’auraient jamais pu... » déclara l’Elfe Noire.

Sans la laisser finir sa phrase, j’avais quitté le château. Les démons qui avaient survécu à notre attaque n’avaient pas osé nous attaquer alors qu’ils nous voyaient partir.

***

Prologue 2 : Leurs Récompenses Respectives

Après que nous avions vaincu le Seigneur des Démons et avions pris avec nous le talisman, le Roi nous avait récompensés.

Cody avait demandé le titre de général en chef de l’armée d’Albein.

Mylarka voulait l’un des rares Oiseaux Fantômes vivant dans le monde.

Yuma avait demandé à être à la tête de l’orphelinat qui s’occupait de l’adoption des enfants sans parents.

Aileen, à la place, voulait une boisson alcoolisée extrêmement rare appelée la Divine Liqueur...

Certaines des personnes présentes se demandaient si leurs choix étaient vraiment corrects, mais les héros semblaient satisfaits.

Si un humain portait le talisman du Seigneur des Démons, alors la malédiction se déclencherait et elle lui drainerait la vie. Par conséquent, la nécessité de quelqu’un qui pourrait prendre soin du talisman était apparue...

Je m’étais nonchalamment porté volontaire pour cette tâche.

Dans le cas contraire, ils l’auraient juste jeté dans le trésor royal et j’aurais dû devenir un voleur pour le rendre à sa légitime propriétaire.

S’il avait le pouvoir d’entraver ses ennemis, alors cela pourrait être très utile... mais j’avais décidé de le garder pour moi. Je voulais avoir plus d’un tour dans mon sac. Cela m’avait fait me sentir plus en sécurité, même si je ne savais pas vraiment comment les utiliser.

Il s’agissait de ma récompense en tant que membre de l’expédition.

« Queue d’Argent. Il ne fait aucun doute que vous avez atteint le Seigneur des Démons et avez combattu aux côtés des héros, et cela même si tout le monde reconnaît que vous n’avez pas contribué autant qu’eux. Je ne peux pas vous accorder une grande récompense, mais je vous permets de faire un vœu. »

« Mais... Votre Majesté, je voudrais exprimer mon opinion. Queue était... » Cody m’avait défendu. Il avait les cheveux et les yeux bruns, des traits doux et enfantins et il affichait toujours un sourire lumineux et doux... mais maintenant son visage était rempli de désespoir.

Était-ce parce qu’il voulait prouver ma valeur ?

« Cody, merci pour ta préoccupation. Mais je n’ai pas fait grand-chose, » dis-je.

Je secouai la tête, bien que ce qu’il essayait de dire était admirable. Je ne pouvais pas me permettre de laisser le roi ou ses plus proches collaborateurs reconnaître mes véritables capacités.

« Je comprends, mais... Il est injuste de considérer une telle chose comme la récompense, » déclara Cody.

« Eh bien... je n’ai fait que vous suivre. Et rien de plus, » dis-je. « Même cela prend une certaine capacité... je voulais seulement atteindre de toutes mes forces le repaire du Seigneur des Démons. Et en ce qui concerne le talisman, y a-t-il quelqu’un d’autre qui pourrait le supporter ? »

Je n’étais pas préoccupé par ce discours poli, mais plutôt par mon prochain mouvement.

Le roi était généreux, même si j’avais ruiné mon image par moi-même.

« Pourtant, cela ne change pas que vous ayez pris part à l’expédition. Jeune homme, ne soyez pas modeste, » déclara le Roi.

« Tu es un menteur, Queue, » murmura une Mylarka déçue. Yuma n’avait pas brisé son sourire habituel alors qu’elle restait silencieuse. Aileen regardait autour d’elle nerveusement, probablement impatiente de goûter sa récompense.

Finalement, j’étais jeune tout comme les autres.

À partir de maintenant, chacun d’entre nous commencera à marcher sur la voie que nous aurons personnellement choisie.

J’en étais triste, parce qu’il était temps de se dire au revoir, mais après tout, notre groupe s’était juste rassemblé afin d’arrêter le Seigneur des Démons.

« Même si vous n’avez pas croisé l’épée avec le Seigneur des Démons, au cours du voyage, vous avez aidé vos camarades, » déclara le Roi. « Je vous le demande donc une fois de plus. Qu’est-ce que vous souhaitez ? »

« Je vous remercie pour votre indulgence. Alors..., » dis-je.

J’y avais déjà réfléchi.

Je devais encore décider quoi faire.

La meilleure façon d’éviter d’être le centre de l’attention et d’avoir un mode de vie dépourvu d’obstacles économiques était...

« Votre Majesté, je souhaite créer une nouvelle guilde dans la capitale royale, » dis-je.

Si j’étais un Maître de Guilde, je n’aurais pas à travailler et je pourrais laisser tout le crédit aux aventuriers.

Afin d’échapper à l’attention du public, je devrais recruter et former des membres de la guilde, des aventuriers, et rien de plus.

Il était courant qu’un aventurier de Rang-SSS retraité devienne maître de guilde... bien sûr, j’aurais besoin d’argent et de relations, mais je pourrais en parler avec le Roi.

L’important étaient de ne pas rejoindre les guildes les plus fortes, car cela aurait l’effet inverse.

La perspective vis-à-vis des requêtes et de la gestion des aventuriers était passionnante.

Afin de réaliser quelque chose comme ça, je devais garder un profil bas et ne jamais viser trop haut...

Je devrais m’assurer d’être connu du reste du monde à cause de requêtes bizarres.

Ça prendrait du temps, mais c’était certainement possible.

« Maître de Guilde ? Queue, penses-tu à une telle chose ? » demanda Mylarka.

« Une guilde est là où les âmes des aventuriers sont rassemblées... non, je dois me calmer ! » dis-je.

« Ho ! C’est une bonne idée. Pourrions-nous laisser faire ça ? » demanda Aileen.

Les filles avaient l’air ravies, mais je les laissais faire. Tant qu’ils venaient de temps en temps, mon image de Maître de Guilde fantôme resterait indemne. Mais vu leur renommée, il vaudrait mieux qu’ils se déguisent...

« Créer une nouvelle guilde ? Dans cette nation, il y a déjà douze guildes d’aventuriers, mais la douzième n’est plus vraiment dans de bonnes conditions après que le vieux maître de guilde ait pris sa retraite le mois dernier, » déclara le Roi. « Queue d’Argent, vous pourriez prendre sa place et commencer votre activité dès maintenant ? Ou peut-être préfériez-vous commencer à partir de zéro ? »

« Est-il situé dans un endroit connu ? » demandai-je.

« Non. Le fait que ce soit sur la douzième rue impériale, une zone remplie de crimes, n’a pas vraiment aidé à sa croissance, » déclara le Roi. « C’est l’un des principaux problèmes… Et donc, voulez-vous en commencer une nouvelle ? »

Il voulait être sûr.

Même si je n’avais participé qu’à l’expédition, le fait de penser que je pourrais accepter en tant que récompense une si terrible guilde de seconde main, en plus du fait qu’elle était située dans un endroit aussi horrible, était vraiment allée trop loin.

Mais aussi horrible que c’était, j’avais eu un score de 100 035.

Et donc, la criminalité ne me dérangeait pas personnellement.

Les visites occasionnelles de certaines personnes devaient rester secrètes... Pourtant, accepter dans les coulisses des demandes absurdes permettrait de réaliser ma guilde idéale.

Mais même si la guilde était terrible, ça devrait aller. En fin de compte, personne ne pouvait s’attendre à ce que le prochain Maître de Guilde soit une personne digne de son titre.

« Ce serait un honneur d’être mis à la tête d’une telle guilde. S’il vous plaît, laissez-moi essayer, » dis-je.

« Euh... je suis un peu perplexe. Mais si c’est ce que vous voulez, alors qu’il en soit ainsi, » déclara le Roi. « Je crois que votre humilité est exagérée, mais je suppose que les jeunes et les adultes souhaitent des choses différentes. »

Il avait l’air de dire ça sincèrement. Il avait l’air plus détendu après avoir su que personne ne demanderait la main de sa fille. Peut-être était-ce pour cette raison que la princesse avait pris part à la réunion et qu’elle n’avait fait que nous regarder... Cody et moi devrons donc demander pardon pour ce genre de fin.

***

Après la fin de la réunion, un défilé afin de célébrer l’exploit des héros avait été organisé. Mais à part Cody, personne ne voulait y participer.

« Les personnes comme vous sont... non, je le savais depuis le début de notre épopée, » déclara Cody.

Après être sorti du château, il avait décidé de nous suivre jusqu’à ce que le défilé ait commencé. Nous avions donc discuté sur le pont de pierre se trouvant à proximité de la porte. Chacun de nous avait pris une pose différente.

Mylarka croisa les bras et s’appuya contre le parapet, sur lequel était assise Aileen. Yuma s’agenouilla avant de s’asseoir sur ses pieds.

Quant à moi, je m’étais simplement assis sur le sol.

« J’ai participé à ce voyage parce que je voulais l’Oiseau Fantôme. Maintenant qu’il est à moi, je n’ai plus besoin d’épater la galerie, » déclara Mylarka.

« C’est si mignon ♪, » déclara Aileen.

« Oui, mais je vais te pincer les joues si tu dis que tu veux voir son âme, » menaça Yuma.

« Yuma, tu es encore jeune, mais tu es vraiment la fille d’un archevêque, » déclara Mylarka. « Décider de s’occuper d’un orphelinat est vraiment admirable. »

« J’ai vu beaucoup d’enfants affamés au cours de notre voyage, » répondit Yuma. « Je leur ai promis que si nous parvenions à vaincre le Seigneur des Démons, je viendrais à nouveau leur rendre visite. »

Je voulais lui demander si elle avait vraiment neuf ans. Mais comme j’étais aussi assez singulier malgré cinq ans de plus qu’elle, je m’étais arrêté.

« Attends une seconde ! Yuma est-elle vraiment la fille d’un archevêque ? Je ne savais pas ça, » dis-je.

« Parce que personne ne te l’a dit. Tout comme je ne t’ai rien dit de moi et Aileen non plus, » répondit Mylarka.

Notre expédition avait duré trois mois, mais nous ne savions toujours rien l’un de l’autre... Eh bien ! Ne rien savoir sur les autres était vraiment utile.

« Écoute, Queue. Quand tu auras grandi, que dirais-tu de boire ensemble cette Liqueur Divine ? » demanda Aileen. « Au début, ils pensaient que je pouvais boire, mais dès qu’ils ont lu l’âge sur ma carte de guilde, on m’a dit d’attendre d’avoir seize ans... »

« Bien sûr que c’est d’accord... mais je serai franc, quand tu me rendras visite, assure-toi d’avoir l’air méconnaissable, » déclarai-je. « Tu es trop célèbre. »

« J’espérais une telle inquiétude, mais ce n’est pas sympa, » répliqua Aileen. « Je fais ce que je veux. Ne me dis pas quoi faire. »

« D-D’accord…, » répondis-je.

Même Mylarka semblait vouloir me rendre visite, mais elle ne savait pas que c’était écrit sur son visage.

Pendant notre voyage, elle était une fille toujours hostile envers moi et m’avait traité comme pour dire « qu’est-ce que tu veux de moi ? »

« Au moins, ils nous ont sortis par la porte arrière. Tout le monde dans la capitale connaît la Douce Catastrophe, » dis-je.

« Écoute... je t’ai dit d’arrêter de m’appeler comme ça, » répondit Mylarka. « C’est ennuyeux quand des personnes ignorantes qui ne comprennent en rien la beauté de la Magie d’Annihilation me parlent en utilisant ce surnom. »

« Mylarka, veux-tu aller à l’Académie de Magie... ce que je voulais dire, iras-tu étudier avec ton père ? » demanda Yuma.

« O-Oui. J’y ai déjà pensé, » répondit Mylarka.

Mylarka avait compris les origines d’Yuma et elle-même était la fille d’un professeur à l’Académie de Magie.

Les deux parents de Cody étaient des aventuriers et il espérait marcher dans leurs pas.

Mais comme il était un prodige, il les avait déjà surpassés à l’âge de quatre ans. Mais il avait toujours beaucoup de respect pour eux.

« Eh bien ! Cody, laisse-moi te dire ça. Tu es vraiment très fort, mais ne meurs pas “pour ta terre”, » déclarai-je.

« Je ne peux pas être comme toi, mais... tu détesteras entendre ça. Mais je crois que sans tes conseils, je ne serais pas maintenant encore en vie, » répondit Cody.

« E-Eh bien... non, c’est embarrassant. S’il te plaît, ne réponds pas avec autant de sérieux, » dis-je.

« Hahaha, désolé, » répondit Cody. « Je ne mourrai pas pour ma terre, mais je pourrais mourir pour mes idéaux. Je crois que les chevaliers devraient être ainsi. »

Je me demandais si dire de telles choses en cherchant à être pris au sérieux était une capacité requise pour être un héros.

« Il est... l’heure de partir pour moi. Les amis, j’espère vous revoir après ça, » déclara Cody.

« Moi de même. Profite bien pour nous du défilé, » répondis-je.

« Cody, fais de ton mieux, » rajouta Mylarka.

Il était alors retourné au château. Quant à nous, nous étions restés là un peu plus longtemps.

« H-Hé, Queue... où es-tu né ? » demanda Aileen.

« Mon père est un fermier, » répondis-je. « Je ne vais pas te dire où est mon village parce que je veux garder cela secret. »

« Je-je vois... alors, la prochaine fois que tu reviendras là-bas... » dit Aileen.

« Je ne pense pas que je ferai ça, car j’ai beaucoup de frères plus âgés, » répondis-je. « Je me suis enfui de chez moi, alors je resterai dans la capitale. »

Je l’avais interrompu avec douceur, mais un silence embarrassant tomba l’instant d’après. Je n’avais jamais été doué pour lire l’ambiance... même si je devais apprendre à le faire.

« Queue, puis-je aussi passer ? Nous séparer comme ça me ferait me sentir seule, » déclara Yuma.

« Je ne veux pas non plus retourner tout de suite à la maison, j’ai aussi pensé à venir avec toi, » déclara Aileen.

« M-Moi aussi... Après tout, ma maison est proche. Et en plus, tu n’arrêtes pas de regarder Aileen avec des yeux lubriques. Je dois garder un œil sur vous deux, » déclara Mylarka.

« Hahaha ! Les gars sont comme ça. Ils sont particulièrement heureux quand Boing Boing est impliqué, » rajouta Aileen.

Heureux mon cul !, je voulais dire, mais ce développement inattendu m’avait fait me sentir bien mieux.

J’étais désolé pour Cody. Se séparer ainsi serait difficile même pour quelqu’un qui avait passé outre la solitude telle que moi. C’était pourquoi j’étais inquiet jusqu’à maintenant.

« Alors, allons dans mon nouveau refuge. Mais déguisez-vous correctement. Cependant, moi, je n’ai pas besoin de le faire, » déclarai-je.

« Tu es vraiment obsédé par ça. Tu ne m’as pas adoptée, alors ne sois pas ennuyeux avec ça, » déclara Yuma.

« Je suis d’accord avec elle. Mylarka, tu aurais fait ce qu’il dit jusqu’à la fin, n’est-ce pas ? » demanda Aileen.

« Ce n’est pas vrai ! Je suis juste assez généreuse pour écouter les demandes des enfants égoïstes, » répliqua Mylarka.

« Hahaha ! Je suis contente ♪. Nous serons toujours ensemble à partir de maintenant ♪, » déclara Aileen.

La prêtresse silencieuse avait le charme d’une petite sœur.

J’étais en train de me retenir de la mettre sur mon épaule et de continuer à agir de manière cool.

En dépit de ne plus être un groupe, notre relation n’avait pour autant pas pris fin. Et aussi le fait de penser à la chance de leur demander de l’aide de temps en temps m’avait rempli de joie.

Voilà comment j’étais devenu le Maître de Guilde de ce trou à rats se trouvant sur la 12e rue.

J’avais utilisé l’argent que j’avais reçu comme fonds pour la guilde.

Arriverais-je à faire de ce lieu une place pour les aventuriers qui pourront se rassembler ici tout en faisant de mon mieux pour rester inconnu ?

Cinq années s’étaient écoulées depuis le jour où j’avais pris les rênes de ce lieu.

***

Chapitre 1 : La Magnifique Fille et l'Ivrogne

Le Royaume d’Albein était situé dans la partie nord du continent d’Exrea et il possède deux mille ans d’histoire.

Cinquante mille habitants sur dix millions étaient citoyens d’Alvinas, la capitale du Royaume.

Les nobles, qui vivent sous le Roi, comptaient plusieurs centaines d’individus, d’autant plus si l’on comptait également leurs familles.

L’autorité de Cody, qui devint le général de l’armée, valait autant que celle d’un prince.

Le garçon qui était un aventurier avant ça n’avait pas baissé la tête face à la noblesse et dès le départ, cela avait causé des problèmes. Même si cela n’était pas dû à son statut de héros.

Les nobles ne savaient pas qu’un seul aventurier de Rang-SSS pouvait entièrement anéantir une nation... Je pense que Cody se retenait admirablement et sans relâche face à ceux qui le tourmentaient.

Au moment où il avait eu seize ans, l’âge où il pouvait commencer légalement à boire, il avait commencé à me rendre visite. C’était arrivé au point ou il n’était plus nécessaire de poser des questions sur sa commande.

« J’ai des problèmes à négocier avec les nobles, » disait-il fréquemment.

Chaque fois, j’avais toujours répondu que les plus hauts dirigeants devaient supporter ce genre de fardeau.

« Être un Maître de Guilde est un travail fantastique, » disait-il souvent.

« Je passe juste mes journées à boire, » répondis-je.

Mais je pouvais me le permettre parce que j’avais créé un système sans faille.

Il y avait onze autres guildes dans la capitale à part la mienne, la « Choppe d’Argent », mais nous étions affiliés à la septième, la meilleure guilde le « Mouton Blanc ».

Le système d’affiliation était basé sur l’aide mutuelle entre nos membres.

En fait, je n’en faisais pas partie.

Quelqu’un d’autre s’était occupé d’eux, mais j’avais aidé à préserver ce secret.

Je devais m’organiser à l’avance pour pouvoir réaliser ça. Donc, avant tout, je m’étais assuré que certaines guildes quittent la vieille alliance qui les unissait toutes. Cela avait permis à ma guilde de ne pas s’être démarquée comme étant la seule qui soit autosuffisante.

Après avoir accordé plus de secrets à ma guilde, j’avais répandu la rumeur qu’une « guilde sur la 12e rue acceptait des demandes que tout le monde refusait. ».

Bien sûr, ce n’était pas comme si tout le monde s’était précipité après avoir entendu une telle rumeur. En fait, si quelqu’un souhaitait se joindre ou s’il voulait soumettre une demande, il devait connaître le « mot de passe ».

Laissez-moi vous donner un exemple.

***

Cette histoire date de quelques jours après avoir eu dix-huit ans.

Comme toujours, peu après midi, j’étais au comptoir du bar, buvant de l’alcool pour mouiller ma gorge asséchée.

« Maître, et à propos de celui-là ? C’est un vin fruité de première classe produit à Borgognia avec le meilleur cépage blanc de la saison, » déclara l’elfe.

Derrière le comptoir se trouvait une elfe habillée en femme de chambre... Qu’il y ait ou non des clients, elle m’appelait toujours comme ça quand personne ne pouvait l’entendre.

Je lui avais toujours dit d’arrêter ça, mais elle ne m’écoutait jamais et c’était peine perdue de la corriger à chaque fois.

Après qu’elle avait effectué l’ouverture à dix heures du matin, les voisins étaient venus acheter de la nourriture, mais même si nous étions restés ouverts, personne n’était venu à cette heure si matinale. Ainsi, nous étions uniquement tous les deux. Toutefois, une guilde s’attendait toujours à avoir des clients ou de nouveaux membres. Tôt ou tard, quelqu’un devrait venir, alors j’avais passé mon temps à boire jusqu’à ce que cela se produise.

Bien que je devais rester en permanence en alerte vis-à-vis de cette elfe.

« Appelle-moi “monsieur”, et non pas “maître”. Je ne te répondrai pas autrement, » dis-je.

« M-Mais... Dans cas, quand tu seras ivre, puis-je t’appeler l’“homme sublime avec des yeux magnétiques” ? » déclara-t-elle

« Combien de fois dois-tu me féliciter avant de te sentir satisfaite... ? » demandai-je. « Et qu’est-ce qu’il y a avec ces yeux magnétiques ? Eh bien ! La prochaine fois que tu m’appelleras ainsi, tu verras bien. »

« Gh ! O-Oui ! S-S’il te plaît ! Montre-le d’une manière appropriée à cette sale chienne que je suis... ! » déclara-t-elle.

J’avais observé son corps bien développé se courber comme une branche pleine de fruits.

Le port de jupes très courtes était une hérésie dans la capitale, mais elle ne s’habillait ainsi que pour attirer mon attention.

Son corps n’avait nullement changé depuis la dernière fois que je l’avais vue, et cela même après que la couleur de sa peau soit devenue identique à celle d’une elfe normale.

Si une elfe noire devait entrer dans la capitale, le chaos s’étendrait partout. Alors elle avait décidé de respecter mon ordre à sa manière. Avant de me rencontrer à nouveau, elle s’était déjà « transformée » en une elfe commune.

« Je voudrais te rappeler que plus tu poursuis les hommes, plus vite ils courent, » dis-je. « Si tu ne peux pas pousser, alors pourquoi ne pas essayer de tirer, non ? »

« Pouah…, » répondit-elle.

Elle avait l’air découragée. Cracher un « pouah » à son propre maître était assez grossier.

Pourtant, c’était compréhensible.

Elle ressemblait à une femme de ménage, mais elle n’en était pas vraiment une.

Elle prit une profonde inspiration, comme chaque fois qu’elle allait changer de ton.

« Même si tu me dis ça, j’ai attendu cinq ans ! » s’exclama-t-elle. « Tu m’as dit de venir ici pour le talisman ! Et me voici, t’appelant Maître et te respectant, alors de quoi es-tu insatisfait ? »

Son ton était tout sauf celui d’une servante.

Oui, elle était réellement le Seigneur des Démons ayant pris l’apparence d’une femme de chambre.

Elle était venue vivre dans ma guilde le mois dernier. Je me demandais comment elle m’avait trouvé et où elle avait eu cette robe. Mais dans tous les cas, elle avait commencé à travailler au bar. Elle avait rapidement appris comment faire les différents mélanges pour les boissons et comment préparer les collations associées, au point qu’elle était déjà une experte.

Le Seigneur des Démons à la peau sombre et aux cheveux violets, avait maintenant la peau claire et les cheveux argentés comme les graines de lin. Elle les avait modifiés avec de la magie.

« Si tu t’inquiètes pour mes terres, je les ai confiées à mon petit frère, » dit-elle. « C’est un bon garçon et il m’écoute toujours. »

« S’il te plaît. Même s’il était gouverné par un horrible démon, notre royaume est doux comme un agneau…, » dis-je.

« Il y a encore un groupe qui continue d’attaquer les habitants, » dit-elle. « Nous ne pouvons rien faire contre les extrémistes, mais ils ne sont pas aussi agressifs que par le passé... Je veux dire, les installations de chasse, d’agriculture et d’instructions ont été beaucoup améliorées depuis ta visite. Ne devrais-tu pas me féliciter un peu pour ça ? »

« Eh bien non. Qui t’a demandé de faire cela ? Cependant, c’est pas mal, » dis-je.

« Quel genre de réponse est-ce ? » demanda-t-elle. « J’ai eu beaucoup de problèmes pour faire ça ! Un véritable héros ne devrait-il pas me féliciter pour cela ? Tu pourrais au moins apprécier mes efforts ! »

Je n’étais pas cynique. C’était juste que je me sentais terriblement mal à l’aise quand je lui disais quelque chose de gentil. Alors j’essayais honnêtement de ne pas aller dans le sens de, « Wôw ! Comment as-tu pu persuader les démons d’arrêter d’attaquer les humains ? C’est vraiment fantastique ! »

« Je ne suis pas un héros, » répliquai-je. « Je jure que si tu m’appelles encore ici, je demanderai à Aileen de te pourchasser. »

« Pourquoi demanderais-tu ça à cette diablesse !? » demanda-t-elle. « Après cinq ans, tu bois toujours avec tes copains et je la vois toujours faire des vas et viens. Merde ! Profitez de mon Maître ivre pour le faire, c’est... scandaleux. »

« Ça n’a pas vraiment d’importance, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, surveille ton langage, un client pourrait venir à tout moment, » dis-je.

Après avoir fait un bruit agacé et s’être éclairci la gorge, elle obéit à mon ordre et retourna en mode femme de ménage.

En parlant d’Aileen, après qu’elle soit restée ici quelques jours après notre voyage, elle était allée à la rencontre de ses parents. Elle avait apporté les nouvelles de notre succès à son père, le chef du village situé sur une zone montagneuse à l’ouest du Royaume d’Albein.

Elle n’avait partagé que la moitié de sa Liqueur Divine avec ses parents et avait gardé le reste pour elle-même.

Dès lors, Aileen avait commencé à travailler. Ainsi, au fil du temps, elle avait pu se permettre d’avoir une maison dans la ville et elle était passée acheter de la nourriture plus ou moins tous les jours. Dans son village, on pouvait légalement boire à l’âge de dix ans, mais pour une raison inconnue, elle avait décidé d’attendre son seizième anniversaire, conformément à la loi de notre royaume.

Maintenant, nous avions tous deux développé une certaine résistance à l’alcool, mais la première fois que nous avions bu ensemble, nous nous étions évidemment saoulés et avions même fini par parler de choses obscènes... eh bien ! Dès lors, rien d’autre ne s’était produit entre nous. Notre relation avait atteint le point où il était difficile de se voir comme un membre du sexe opposé...

Alors que je pensais à cette situation désespérée, un client s’était approché de la porte d’entrée. Le Seigneur des Démons et moi-même avions échangé un regard attentif et nous étions redevenus à notre attitude normale pour ainsi être un client et la barmaid.

*Dling Dlong~*

Après que la sonnette de la porte eut sonné, un humanoïde entra avec un long pardessus gris cendré et une capuche dissimulant son visage.

À en juger par le bruit de ses pas sur le plancher, il s’agissait d’une femme.

Elle s’était alors assise sur un tabouret, à quatre places de moi.

J’avais apporté le verre de vin blanc à mes lèvres et je l’ai apprécié avec délice. C’était tout ce que je devais faire pour l’instant.

J’avais tout de suite su qu’elle n’était pas une habituée.

Mais je devais suivre la procédure, sinon je ne pourrais pas entendre sa demande.

Le client avait commencé à parler à la barmaid alors que j’avais feint l’ignorance.

« ... Puis-je avoir du lait ? Autrement, s’il en a déjà plus, je voudrais ce que je peux boire uniquement ici, » déclara la femme.

« Certainement, » déclara la barmaid. « Le mélange spécial de la maison est-il correct pour vous ? »

« Oui, merci beaucoup. S’il vous plaît, faites le juste pour moi, » répondit la cliente.

Elle avait dit tous les mots-clés. À ce stade, j’avais pu confirmer qu’elle était ici pour une demande.

Elle portait la bonne couleur pour la journée. Maintenant, elle n’avait plus qu’à dire une dernière chose. Quelque chose du genre « J’ai une demande que personne n’accepterait, la feriez-vous ? » ou « Je suis un intermédiaire pour quelqu’un que je connais. »

De cette façon, ses intentions auraient été claires.

Pourtant, même si j’avais compris qu’elle voulait quelque chose, j’étais resté spectateur. J’avais prétendu être un client ordinaire qui avait été témoin de leur conversation.

Après avoir fini mon vin, j’avais continué à regarder le verre vide se trouvant devant moi sans lui faire face. Je faisais ça afin qu’elle ne devienne pas méfiante.

« … Pouvons-nous parler ? » demanda la cliente.

« Bien sûr. J’ai déjà compris que vous êtes un client important pour nous, » répondit la barmaid.

La fille laissa échapper un soupir.

« Je me demande si vous pouvez répondre à ma demande. J’ai peur que personne d’autre ne puisse la faire, » alors qu’elle disait ça, elle enleva son capuchon, libérant ses cheveux bruns.

Elle était mignonne... non, comparée aux filles de la ville, sa beauté était presque inégalée. Elle devait avoir mon âge, ou peut-être un peu plus jeune.

Elle avait l’air sérieuse et son comportement me rappelait quelqu’un.

J’avais l’impression de l’avoir déjà vue quelque part... Est-ce juste un déjà vu... ?

« Je serai franche, » commença-t-elle. « Je voudrais que vous rompiez les fiançailles entre le Prince de Vinceburg et notre Princesse Manarina. »

« Briser leurs fiançailles... ? Puis-je vous demander quand à la raison ? » demanda la barmaid.

Cette année, la Manarina mentionnée ci-dessus allait avoir seize ans. Selon les lois du Royaume, cela signifiait qu’elle atteindrait l’âge adulte. Et donc. Son père choisirait son mari.

Il s’agissait d’une vieille coutume de la famille royale qui visait à créer des liens avec des aristocrates influents afin d’augmenter leur propre pouvoir politique.

Vinceburg avait eu un sénat formé par les aristocrates qui avaient beaucoup aidé la monarchie.

Être engagé avec la princesse signifiait qu’il devait avoir une haute fonction politique... mais celui qui l’avait eu avait la cinquantaine. C’était un assez grand écart d’âge.

« Je-je suis... euh… L-la dame d’honneur de la princesse. Son Altesse ne veut pas se marier avec lui. Il s’agit d’un choix fait par Sa Majesté, mais si cela se met réellement en place, la Princesse a prévu de s’ôter la vie, » déclara la jeune femme.

« Quoi… ? » s’exclama la barmaid.

Une princesse naissait en étant obligée d’épouser les puissants qui aidaient et soutenait le royaume... mais le Seigneur des Démons ne répondit pas comme tout le monde l’aurait fait.

« Si elle est contre, elle devrait s’opposer de toutes ses forces à la décision du roi. Je crois que l’acceptation de votre demande est la bonne chose à faire, » déclara le Seigneur des Démons.

La fille avait retenu son souffle.

« V-Vraiment !? » s’exclama-t-elle. « Pouvez-vous faire quelque chose pour mon... euh, pour éviter le mariage de Son Altesse avec cet homme dégoûtant !? »

La dame d’honneur autoproclamée s’était rapprochée du Seigneur des Démons.

L’heure des jeux était déjà finie...

Je pouvais dire que le fait de savoir que mon réseau avait déjà atteint la famille royale m’avait laissé totalement abasourdi.

Je voulais rester à distance de la noblesse et de l’aristocratie, mais puisque le fait de connaître les secrets des gens puissants rendait ma vie dans ce royaume plus facile, je continuais toujours à rassembler des informations.

Jean Vinceburg était l’exemple parfait d’un magnifique homme d’âge moyen (50 ans).

Il était marié jusqu’à cette année. Mais couraient après une douzaine d’autres femmes entre les épouses et les filles d’autres aristocrates. Il était en effet un play-boy dégoûtant.

Pourtant, il était charismatique comme tout bon aristocrate et avait montré sa loyauté envers le Roi.

Si on y réfléchissait bien, c’était assez évident de voir pourquoi il avait préféré changer de femme. Épouser la Princesse l’aurait ainsi rendu plus influent.

C’était compréhensible, mais ce n’était clairement pas bien pour elle.

J’avais alors fait ma commande habituelle au Seigneur des Démons et elle m’avait apporté une chope de bière froide.

« ... Quel est son problème ? Nous parlons d’affaires sérieuses et il continue à boire, » déclara la cliente.

« Madame, ne faites pas attention à moi. Je suis juste un ivrogne, » dis-je.

« Boire à cette heure est... méprisable. Si vous ne surveillez pas votre santé, les personnes autour de vous seront inquiètes, » déclara-t-elle.

« Gh...! Qui serait ainsi ? Je n’ai pas de personne comme ça dans ma vie. Être célibataire et boire sont mes seules libertés, » dis-je.

Entendre son doux commentaire m’avait fait cracher ces mots. C’était le genre de gentillesse dont je rêvais... Je pensais qu’elle était vraiment adorable.

D’un autre côté, le Seigneur des Démons n’était pas très sympathique.

« Mmm... bien. C’est ton corps, donc c’est juste à toi de faire ce que tu veux avec ton corps, » déclara le Seigneur des Démons. « Pour en revenir à notre précédente conversation, tu m’aideras, n’est-ce pas ? »

« Oui. Il n’y a aucune chance que nous échouions. Mais comme à chaque fois que nous acceptons une demande, nous devons avoir d’autres clarifications, » dis-je.

« Demande-moi ce que vous voulez ! Tant que cela vous fait l’accepter, je répondrai à toutes vos questions ! » déclara la jeune femme.

Le visage de dame d’honneur autoproclamée s’illumina immédiatement.

Parce qu’elle ne savait pas si sa demande serait acceptée, au début, elle était plutôt nerveuse, mais ce nouveau regard lui convenait bien mieux.

***

Chapitre 2 : Le Lait Froid et le Koumis mélangés avec du Jus de Pêche Millénaire

Je jetai un coup d’œil sur les manches du pardessus de la jeune fille. Il s’agissait d’un vêtement que seule une personne de grande classe pouvait se permettre... Voyant cela, il devint clair vis-à-vis de quel genre de sang coulait dans ses veines..

Elle n’avait probablement jamais porté de vêtements bon marché. Elle devait avoir provoqué toute une agitation juste pour venir ici.

J’avais alors donné au Seigneur des Démons mon bon de commande. Sur celui-ci, j’avais écrit quelques questions pour la soi-disant Dame d’Honneur. Après l’avoir lu sans montrer la moindre émotion, elle m’avait fait une collation et avait commencé à l’interroger.

« D’abord ! Pourquoi la Princesse Manarina veut-elle rompre son engagement ? » demanda la barmaid.

« ... Même si Sa Majesté a décidé de son futur mari, elle ne veut pas l’épouser, et cela malgré le fait qu’il s’agit de son devoir de princesse, » répondit la jeune fille.

« Je la comprends parfaitement... car je suis dans une situation similaire, mais j’essaie de parvenir à une compréhension mutuelle en parlant avec cette personne, » déclara la barmaid.

De quoi parles-tu ? Je voulais crier ça, mais je me mordis la langue et ignorai le clin d’œil en provenance de l’elfe.

« ... Eh bien, peut-être que vous devriez juste lui en parler ? Le Prince de Vinceburg accorde seulement de l’importance à l’apparence physique. Et aussi, il ne se soucie pas de Son Altesse, mais seulement de l’autorité du Roi et c’est dégoûtant qu’il ait même répudié la femme qu’il avait avant ça, car il la considérait comme n’ayant aucune valeur pour lui. Comment quelqu’un peut-il faire confiance à une personne telle que lui ? » déclara la jeune fille.

La Princesse devait probablement ressembler à une égoïste aux yeux de la famille royale et des aristocraties.

Les personnes influentes se concentraient principalement sur le Roi, c’est pourquoi sa fille n’était pas vraiment considérée comme un individu... et comme elle souffrait à cause de cela, maintenant elle essayait de se rebeller contre son père.

Quand j’étais en présence de Sa Majesté, j’avais pu constater sa gentillesse.

Mais même s’il était un homme bien, il aurait dû s’assurer de certaines choses, comme ma loyauté.

Pourtant, le fait de vouloir créer un lien fort avec Vinceburg était tout à fait naturel, car cela renforcerait le Royaume d’Albein.

J’avais l’impression que le chaos se répandrait si nous devions achever la demande de la Princesse, mais étant donné les fantastiques aventures du Prince avec les femmes, j’avais considéré qu’il était correct d’annuler son mariage tout de suite, au lieu de la laisser souffrir pour le restant de sa vie.

En tant que guilde, nous ne pouvions pas nous plaindre face à une telle requête.

« Je comprends parfaitement ce que ressent la Princesse. Maintenant, sans exclure aucune possibilité, y a-t-il un moyen d’annuler ce mariage ? » demanda la barmaid.

« … Oui, » elle avait répondu en murmurant.

J’avais déjà deviné que ce n’était pas une méthode facile.

« Les nobles peuvent eux aussi refuser toute demande de tierces parties en remportant un duel. Donc, si le Prince de Vinceburg devait perdre face à la Princesse... le mariage serait déclaré nul, » expliqua la jeune fille.

Il s’agissait d’une ancienne coutume du Royaume d’Albein, mais tout le monde avait le droit de refuser une demande de duel.

Le fait de refuser de respecter les enjeux était considéré comme un sacrilège, car c’était comme insulter en personne le Dieu de la Gloire et la Bataille d’Albein. La famille royale ne pourrait en aucun cas laisser un tel affront impuni, puisque cette doctrine était vénérée par la moitié de la population du Royaume.

Même un prince ne pouvait effectuer d’objections face à ce résultat.

Aussi égoïste que soit cette solution, il était possible de contrôler les autorités, il fallait donc la prendre sérieusement en considération.

Pourtant, sur le visage de la demoiselle, il était écrit qu’il ne serait pas facile de remporter en temps normal un tel duel.

« J’ai entendu dire que le Prince de Vinceburg est vraiment fort. Il possède un score de mille deux cents points, avec huit cents points en escrime et quatre cents en magie... mais Son Altesse... » déclara la Dame d’Honneur.

« La Princesse n’a que sept cents points en escrime..., » compléta le Seigneur des Démons.

Il n’y avait pas de nécessité à s’entraîner en étant un noble. Donc c’était juste pour avoir une idée de ses compétences. Ainsi, voici la raison derrière le fait que beaucoup d’entre eux avaient demandé aux guildes de mesurer leur force.

Le Prince avait même répété son test il y a deux semaines, et le résultat fut un score de mille deux cent trente et un points.

Cependant, si vous considériez également son statut de prince, il aurait atteint un total de six mille sept cent soixante-quatre points.

Les scores des nobles étaient généralement plus élevés comparés aux aventuriers normaux, et cela même par rapport à un aventurier de rang A. C’était parce que les aventuriers étaient principalement spécialisés dans le combat, puisque les requêtes étaient généralement effectuées de cette façon.

Mais en prenant en compte son influence politique qui pourrait être utilisée pour achever les requêtes, le score du Prince de Vinceburg aurait sûrement atteint au moins les six mille points. Le fait que son score était plus bas que son score actuel était dû à la haine qu’il avait gagnée à la suite de ses aventures de coucherie avec de nombreuses femmes. Mais comme c’était un sujet douloureux, nous n’allions pas aller dans les détails. Dans tous les cas, j’avais compris que ce n’était pas une demande difficile pour moi.

En revenant sur le sujet des scores, puisqu’une différence de cent points était énorme, il était extrêmement difficile pour le plus faible de sortir victorieux d’un tel duel. Quand la différence était de cinq cents points, une intervention divine était presque obligatoire.

La Princesse Manarina était très friande de l’épée et elle avait clairement montré qu’elle avait du talent. Mais avec seulement sept cents points en escrime, même si elle était meilleure qu’une novice, gagner un duel avec le Prince était presque impossible.

Pour cette raison, elle devrait accepter de l’aide.

J’avais donc tranquillement commencé les préparatifs.

J’avais déjà compris ce que je devais faire afin de résoudre sa situation.

Mais j’avais fait en sorte que la soi-disant dame d’honneur ne remarque rien.

« Barmaid, s’il te plaît, du lait, » demandai-je.

« Compris. S’il te plaît, veux-tu bien patienter un peu ? » répondit la barmaid.

« … du lait ? Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit juste avant ? Commencez-vous à vous inquiéter pour votre santé... ? » demanda la jeune fille.

La jeune fille avait l’air surprise. J’avais pris le verre des mains du Seigneur des Démons et je l’avais tenu pendant un petit moment...

Après ça, je l’avais fait glisser sur la table sans en renverser une goutte, et il s’était déplacé jusqu’à ce qu’il atteigne la dame de compagnie.

« Mademoiselle, c’est pour vous. Buvez-le ! C’est moi qui régale, » déclarai-je.

« L-Le Lait est... un mot-clé... Je l’ai commandé seulement pour ça..., » répondit-elle.

« Eh bien ! Vous n’avez pas l’air assez vieille pour être autorisée à boire. Allez, ne soyez pas timide, » dis-je.

« Q-Quoi... !? Comment osez-vous me traiter comme une enfant !? » répondit la jeune fille.

Elle était clairement irritée.

C’était à prévoir, mais j’avais mes raisons et le lait était la meilleure boisson que je puisse lui offrir. Elle devait en prendre au moins une gorgée.

« Mademoiselle, j’ai d’autres questions concernant votre requête. Je m’excuse pour mon impolitesse. Je m’excuse également si l’offre de ce gentil client vous a blessé. Mais, j’ai oublié de vous apporter ce que vous m’aviez demandé... Alors cela m’aiderait vraiment à soulager ma culpabilité si vous l’acceptiez, » déclara le Seigneur des Démons, avec calme. La jeune fille se mit à rougir tout en déplaçant son regard vers ses pieds.

Elle avait alors pris le verre après m’avoir regardé tout en étant embarrassée.

« ... Il fait froid, mais ma gorge est sèche. Désolée, j’ai réagi de manière excessive. Mais revenons à ma requête, » déclara la jeune fille.

Elle s’était replacée sur son tabouret, puis elle avait ensuite amené le verre jusqu’à ses lèvres.

On aurait dit qu’elle avait vraiment soif, mais que peut-être pour être polie, elle n’avait pas pris plus de deux gorgées.

Cependant, cela n’avait pas d’importance.

Tout était à peu près bon... et si ma supposition était correcte et elle était la Princesse Manarina.

« Je vous remercie. Je comprends maintenant l’actuelle situation. La Princesse doit donc défier le Prince de Vinceburg au cours d’un duel avec ses fiançailles en jeu, ai-je raison ? » demanda la barmaid.

« O-Oui… C’est exactement ça, mais… je... la princesse ne pourra jamais..., » répondit la Dame d’Honneur.

« Nous avons déjà tout ce qu’il faut pour la faire gagner. Dites-lui qu’il n’y a rien à craindre à ce propos et qu’elle doit juste suivre notre plan, » déclara la barmaid.

« ... Sérieusement, c’est impossible... Peut-être, voulez-vous empoisonner le Prince ? » demanda la Dame d’Honneur.

« Notre guilde, la Choppe Argent, ne laisse jamais de traces quant à nos succès, » déclara la barmaid. « Nous sommes extrêmement prudents. Nous ne divulguons jamais ce genre d’informations et nous accordons une grande importance à la confidentialité de nos clients. Rien ne fera obstacle aux grands efforts de notre Princesse, alors, s’il vous plaît, rassurez-la. »

Le Seigneur des Démons était mon acolyte depuis environ un mois maintenant, mais son explication reflétait parfaitement les points clés que je lui avais dits à propos de tout ça. Il y avait aussi une autre réceptionniste, mais grâce à ma formation, elle était devenue une grande aventurière, alors elle était partie afin de réaliser des requêtes et faire des emplettes.

« … D’accord. Je veux vous faire confiance à vous et à votre guilde. Ici…, » déclara la jeune fille.

J’avais déjà averti le Seigneur des Démons que notre client avait du sang royal dans ses veines et que je pensais à annuler son mariage... elle m’avait fait penser au visage fatigué de Cody.

Les nobles avaient abusé de leur autorité puisqu’ils avaient décidé d’utiliser des chevaliers pour chaque tâche... C’était pourquoi Cody ne se débrouillait pas très bien dans cette situation.

Pourquoi avaient-ils dû faire une telle chose ?

Parce que les guildes facturaient de l’argent pour les requêtes.

Les nobles auraient pu s’occuper de leurs territoires par eux-mêmes, mais à la place, ils avaient emprunté gratuitement des chevaliers afin de le faire.

Cody avait également été obligé de chasser ces demi-portions avec son Épée Sacrée. L’absence de requêtes en provenance de la noblesse n’était pas une bonne chose pour les guildes, mais cette situation pourrait être une grande chance de changer les choses.

« Nous voulons demander à Sa Majesté de ne plus exploiter ainsi les chevaliers. Les nobles les utilisent comme s’ils étaient des aventuriers et c’est la raison pour laquelle les vrais aventuriers font face à une forte diminution des requêtes. En outre, les chevaliers sont au bord de l’épuisement, » déclara la barmaid.

« Les chevaliers… ? En effet, les nobles demandent leur aide pour de nombreuses demandes personnelles. Son Altesse l’a également remarqué, alors je vais aussi le signaler en son nom. Je sais que ce n’est pas suffisant, mais je voudrais vous donner ceci comme paiement anticipé. Acceptez-le comme un gage de ma gratitude, » en disant cela, la Princesse Manarina avait placé sur le comptoir un pendentif en or... gravé du Sceau Royal.

Cela ressemblait au véritable objet, mais je ne pouvais pas vraiment le croire.

Cette requête ne m’avait pas seulement donné l’occasion favorable d’étendre mon réseau jusqu’à la famille royale, mais avait même permis de recevoir un objet de niveau trésor national ! Et ce n’était même pas notre récompense !

Dans le Royaume d’Albein, il y avait cinq ruines des temps anciens, et le Sceau Royal était nécessaire pour y entrer.

Chaque chasseur de trésors baverait juste en y pensant, étant donné la rareté d’un tel objet.

Il n’y en avait que trois dans le Royaume et j’avais toujours pensé que si j’avais l’occasion de m’en procurer un, cela aurait été dans un avenir lointain.

Ces ruines étaient hors de portée de tous, et cela même pour les aventuriers les plus talentueux, car elles étaient remplies de monstres vicieux et d’innombrables pièges à tel point que le Royaume avait cessé de les observer.

Même si je décidais de les étudiés avec soins avec ma guilde et que quelqu’un la découvrait entièrement, personne ne voudrait vraiment en savoir plus sur la raison qui avait permis ça.

« Êtes-vous sûr ? Pour nous faire confiance en nous donnant quelque chose comme ça..., » demanda la barmaid.

« Je suis plus que certaine. Je ferai en sorte de changer ma vie grâce à vos paroles. Je dois donc vous donner quelque chose qui a la même valeur. Sinon nous ne serions même pas à égalité, » déclara la jeune fille.

Je voulais le prendre de ses mains... mais...

J’avais attendu.

Je voulais parler un peu plus avec elle avant de le faire.

Cela ne me dérangeait pas si elle allait me voir comme un horrible ivrogne... alors je lui avais offert un verre.

J’avais décidé de commander quelque chose qui conviendrait à une jeune fille.

Pour la bataille qui allait changer sa vie, j’avais décidé d’agir.

« ... Jeune demoiselle, allez-vous vraiment l’accepter ? » demandai-je.

« Oui pourquoi pas. Désolée si j’ai semblé être enfantin en commandant du lait, » déclara la jeune fille.

« N-Ne vous inquiétez pas. Il n’y a rien d’enfantin dans tout cela, » déclarai-je.

La fille avait accepté la boisson que j’avais commandée pour elle comme un signe d’excuse et le Seigneur des Démons était entré dans la cuisine afin de le préparer.

Au moment où elle revint, elle plaça le verre devant la Princesse.

« Qu’est-ce que c’est… ? » demanda-t-elle.

« Il s’agit d’une boisson avec un faible pourcentage d’alcool que même les jeunes peuvent boire. S’il vous plaît, prenez-en une gorgée, » répondis-je.

Un liquide blanc et un liquide rosé se fondaient dans le verre et un pétale rouge flottait sur le dessus, représentant la victoire et la passion.

Une dame d’honneur n’aurait pas compris la signification, mais une princesse aurait certainement compris.

« Il s’agit de la liqueur spéciale qui ne peut être bue qu’ici. Il s’agit d’un Koumis à faible teneur en alcool mélangé avec le jus d’un fruit appelé pêche millénaire, sur lequel flotte un pétale de notre fleur nationale, » déclara la barmaid.

« ... C’est magnifique... est-ce que je peux vraiment boire ça... ? » demanda la jeune fille.

Le Seigneur des Démons hocha la tête et la Princesse Manarina porta le verre à ses lèvres, puis le regarda avec respect.

« Délicieux... Je ne savais pas que l’alcool pouvait avoir un goût si délicat. Je pensais que l’ivrogne n’avait que des goûts terribles, mais cela... » dit la Dame d’Honneur.

Sans répondre, je continuais à boire ma « terrible » bière.

Elle ne savait pas que je l’avais déjà aidée avec sa requête, alors elle ne pouvait pas être reconnaissante.

Mais elle avait été beaucoup plus impressionnée par la boisson que je ne l’avais imaginée.

La fille se leva, s’approcha de moi avec son verre à la main et l’inclina vers moi.

Maintenant, il était impossible de continuer à prétendre que je l’ignorais...

J’avais levé ma chope en souriant, avant de porter un toast.

« Le lait que j’ai bu auparavant était délicieux, mais cette liqueur m’a impressionné au moment où j’ai posé mes yeux dessus, » déclara la jeune fille.

« Nh... je-je suis désolé, Mademoiselle. Je ne faisais pas un mouvement pour vous. Je voulais juste vous offrir quelque chose en tant que buveur passionné..., » dis-je.

« Je sais. Je voulais juste vous dire ce que je pensais… Monsieur l’Ivrogne, » déclara-t-elle.

Je n’avais pas pu voir son visage correctement jusque-là, mais au moment où je la vis de face, j’en fus totalement stupéfait.

Le fait de décrire la splendeur de son magnifique sourire avec seulement des mots était impossible.

***

Chapitre 3 : La Première Princesse et la Douce Catastrophe

J’avais dit au Seigneur des Démons de rendre à la Princesse le Symbole Royal avant qu’elle ne parte, afin que cela devienne notre récompense si notre plan réussissait.

En échange, la princesse avait dû nous payer la somme insignifiante de dix pièces d’or.

Je pourrais payer trois mois de maintenance pour ma guilde avec, mais c’était correct ainsi.

L’argent faisait tourner le monde.

Trois jours s’étaient alors écoulés.

Manarina avait défié le prince de Vinceburg lors d’un duel et j’avais déjà reçu des rapports annonçant sa victoire.

Comment avait-elle gagné ?

Bien sûr, c’était grâce à mon aide, mais ce n’était pas comme si elle ne le savait pas.

Je ne voulais pas révéler mon secret même quand elle reviendrait afin de nous donner la récompense.

La vérité était que j’avais une confiance absolue dans cette méthode, parce que je l’avais utilisé d’innombrables fois avant de vaincre le Seigneur des Démons.

La Magie de Soutien.

Je pouvais infuser de la nourriture avec elle, de sorte que personne ne remarquerait rien, et juste en la mangeant, ses capacités augmenteraient de manière exponentielle.

Le score de la princesse avait augmenté de mille points juste après avoir bu le lait enchanté.

Les koumis avaient été enchantés afin d’améliorer ses capacités physiques et la pêche millénaire lui avait accordé de la résistance magique. L’écart entre son score et celui du Prince de Vinceburg était maintenant inversé et Manarina l’avait facilement vaincu avec une seule attaque.

Je m’étais assuré que certains membres de ma guilde soient témoins du duel. Manarina avait les cheveux bruns attachés et elle portait une armure légère de couleur neige. Elle avait affiché une expression indiquant sa grande résolution.

Alors que le Prince de Vinceburg se vantait devant l’assemblée, elle l’avait désarmé avec une unique attaque. Cette scène avait laissé le roi et les aristocrates éberlués.

Tout avait donc parfaitement fonctionné comme mon plan le prévoyait, mais faire les choses de cette façon était risqué.

Si la Princesse surestimait sa propre puissance, les choses pourraient devenir problématiques.

Mais je devinais qu’elle n’avait que très peu de chance de devoir se battre contre quelqu’un d’autre. Et de toute façon, même si elle devait le faire, elle aurait peut-être gagné à l’aide d’une formation suffisante. Si nous réussissions à gagner sa confiance, elle pourrait revenir ici si elle avait besoin d’aide pour un autre duel.

Disons les choses clairement, c’était juste une amélioration, je ne dopais personne.

Les aventuriers faibles qui cherchent un coup de pouce supplémentaire même quand ils s’entraînaient n’étaient en rien quelque chose de nouveau, et beaucoup d’entre eux étaient déjà venus frapper à ma porte pour avoir cette boisson miraculeuse.

La dame d’honneur autoproclamée ne s’était toujours pas montrée, mais se faufiler hors du château royal sans que personne ne s’en aperçoive ne devrait pas être une tâche aisée.

Peut-être que je pourrais la revoir d’ici à quelques jours.

« Queue, pourquoi ne lui as-tu pas dit que tu avais compris qui elle était ? » déclara Aileen. Elle venait juste de rentrer d’un travail difficile, mais très rentable que nous lui avions confié.

Elle ne voulait pas rejoindre ma guilde. Et elle ne voulait pas être connue comme étant « le maître des arts martiaux qui avait participé à l’expédition contre le Seigneur des Démons ».

Elle voulait être un esprit libre.

Parfois, je lui demandais si elle souhaitait accepter un emploi, puisque le paiement était plutôt correct et que c’était à la guilde de payer les taxes.

Quand elle avait eu dix-sept ans, son surnom est passé de « Boing boing » à « Boom boom », et même si son comportement sans cervelle était toujours le même, découvrir qu’elle pouvait faire ses propres boissons et qu’elle était plutôt douée pour la cuisine était une expérience assez agréable.

C’est pourquoi elle m’avait parfois aidé en cuisine. Mais chaque fois qu’elle sortait de la guilde, c’était toujours par la porte de derrière. Elle n’avait jamais aimé se démarquer, exactement comme une certaine personne.

Bien que j’étais un homme à tout faire, ma cuisine était assez bonne. Ainsi, quand le cuisinier de la guilde n’était pas là, nous étions la nuit les seuls dans la cuisine.

Vous savez, ce n’est pas comme si je buvais toute la journée au cours de l’année.

« Parce que ses efforts pour me le dissimuler auraient été gaspillés, » dis-je.

« Ha ! Je comprends, » répondit-elle. « En tout cas, on dit que le Comte de Vinceburg était tellement choqué qu’il ne s’est pas levé le lendemain. Que va-t-il lui arriver ? »

« Il est prince, et non pas comte, » répondis-je. « Il voulait se marier le plus tôt possible, alors il semblerait que ses maîtresses soient parties loin de lui. Parmi elles se trouvaient d’autres filles d’aristocrates, donc cela a causé quelques problèmes dans les hauts offices. C’est assez dur, mais il le mérite pleinement. »

Le Seigneur des Démons était en pause depuis la fermeture de la guilde, mais elle m’avait aidé de son plein gré. Elle était particulièrement bonne quand il s’agissait de procédé à épluchage des légumes racines.

Aileen l’avait mise au défi de voir qui était la meilleure, alors je m’étais moi-même affecté aux quelques autres tâches qui restaient à faire.

Cody était encore dans une situation difficile, étant donné les relations entre les nobles et les chevaliers, mais Manarina avait parlé à son père, et elle avait réussi à imposer notre condition. Les demandes effectuées par les nobles envers les chevaliers avaient fortement diminué et les guildes commençaient à recevoir plus de requêtes de leur part.

C’était une vraie bénédiction pour moi.

La prochaine fois que Cody viendra boire ici, je voulais entendre ses pensées concernant ça.

Je le ferais boire même après qu’il soit déjà ivre. Car pour une fois, je voulais le voir se sentir bien.

« De toute façon, les rumeurs disent que Manarina est une véritable beauté, » déclara Aileen. « Mais maintenant qu’elle a atteint l’âge adulte, ne recevrait-elle pas plus de propositions de mariage ? »

« Elle ne les accepterait jamais. Elle a été frappée par le charme de mon Maître, » déclara le Seigneur des Démons.

« Qu’est-ce que tu dis... ? J’ai juste continué à boire tout en restant en arrière-plan, » répondis-je. « Elle doit déjà tout avoir oublié de moi. En outre, elle s’est toujours présentée comme une dame d’honneur quand elle était venue ici. »

Alors que je disais ça, le moment où elle avait enlevé sa capuche m’était revenu à l’esprit.

Je n’oublierais jamais son merveilleux visage.

Mais j’avais déjà ressenti quelque chose comme ça il y a cinq ans.

C’était quand j’avais rencontré Mylarka.

Jusqu’à ce qu’elle me dise. « Tu nous accompagnes seulement. Tu n’es rien de spécial. » Mais à cette époque, j’étais intrigué par mes coéquipiers et j’étais vraiment heureux que nous allions avoir une aventure ensemble.

Elle ne s’intéressait qu’à la Magie d’Annihilation et aux mignons petits animaux, et elle n’avait jamais montré ce côté-là aux hommes. Elle était belle, et juste après le début de notre voyage, elle avait reçu d’innombrables demandes de recrutement.

Mais personne ne pourrait briser son armure.

« Vous ne m’intéresseriez même pas dans un million d’années, » elle avait toujours répondu ça, et elle avait rompu les liens tout de suite après.

Elle était probablement encore seule aujourd’hui.

Parfois, Mylarka passait pour se plaindre de quelque chose, mais un an avant le duel de Manarina, elle avait mal compris ma relation avec Aileen et avait cessé ses visites. Si elle m’avait simplement insulté, cela aurait été bien mieux. La mélancolie avait dès lors resserré mon cœur.

« Au fait, la princesse n’a-t-elle pas fréquenté la même école que... ? » demanda Aileen.

« Mon Dieu !? Qu’est-ce que c’était, Aileen ? » demandai-je.

« Hahaha ! Rien rien, c’était rien du tout, » répondit-elle. « Peut-être que je me trompe, mais tu pourrais le savoir bien assez tôt. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demandai-je. « Allez, je suis curieux. Sinon, je ne pourrais pas me concentrer sur autre chose. »

« Grrr. Je savais que ce démon était doué pour jouer avec le cœur de mon Maître... Je devrais apprendre plus d’elle…, » répliqua le Seigneur des Démons.

Les paroles d’Aileen avaient capté mon intérêt, mais même si je ne cessais de lui demander de quoi il s’agissait, elle ne m’avait jamais donné une réponse appropriée.

Puis, alors que nous étions toujours en train de cuisiner, la sonnette avait retenti.

« Un client ? À cette heure ? » s’exclama le Seigneur des Démons.

« Je ne peux pas y aller. Seigneur des Démons, vas-y, s’il te plaît, » dis-je.

Elle avait commencé à marcher vers l’entrée. Aileen et moi-même avions cessé de faire le moindre mouvement, veillant à ne pas faire de bruit.

Deux filles étaient alors entrées dans la boutique en portant un long manteau. L’une d’elles était la Princesse Manarina, tandis que l’autre était...

« Nous ne sommes pas encore ouverts, mais comment puis-je vous aider ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Je veux parler avec ton maître de guilde... Queue d’Argent, montre-toi ! Rester caché est inutile ! » cria une voix féminine que je connaissais bien.

Après un an, elle était toujours la même.

Elle n’était pas gentille avec moi, mais sa voix résonnait dans mes oreilles comme le doux son des cloches dans la brise d’été.

Elle avait enlevé son capuchon, libérant ses longs cheveux blonds.

Même sans devoir la scruter en détail, en voyant les boucles d’oreilles qui limitaient ses pouvoirs, je savais qui elle était.

Mylarka Iris.

La belle jeune fille qui possédait une forte volonté et qui avait également une incroyable intelligence. Elle était devenue une enseignante à l’académie de magie à l’âge de quatorze ans. Elle était également connue sous l’alias « Douce Catastrophe » en raison de quelques expériences effrayantes concernant la Magie d’Annihilation.

Non, elle ne ressemblait plus à une petite fille... elle était une belle femme.

Selon les rumeurs, tous les garçons de l’école étaient tombés éperdument amoureux d’elle, mais depuis, elle les avait déjà tous impitoyablement rejetés. Même si elle agissait de manière cool avec ses bras croisés et son aura intimidante, le fait d’être ici signifiait qu’elle avait surmonté un certain complexe.

Mais pourquoi venait-elle me voir avec la princesse ?

J’avais essayé de fantasmer sur la réponse, mais le feu qui brûlait dans ses yeux avait l’air plutôt hostile à mon égard.

***

Chapitre 4 : Les Révélations et la Vérité sur la Princesse

« Mylarka, pourquoi es-tu si agitée ? » demanda la Princesse.

La princesse avait affiché une expression perplexe et elle avait enlevé son capuchon.

Face à la question, Mylarka avait profondément soupiré avant de répondre. « J’ai vu ta bataille avec ce prince. Normalement, cela aurait été très dur que tu puisses gagner ce duel… ou plutôt, cela aurait été impossible en raison de l’écart entre vos deux scores. Pourtant, en très peu de temps, ta force a augmenté d’une manière spectaculaire, et tu as facilement réussi à le vaincre. Le seul capable d’augmenter la force de quelqu’un comme ça... c’est Queue ! Alors, montre-toi ! »

Comme prévu d’une ancienne membre de mon groupe.

Elle avait compris la vérité même si nous n’avions laissé aucune trace derrière nous. Je sentais que mon estomac s’était contracté. Mais finalement, j’étais sorti de là ou je me dissimulais. La princesse fut surprise de me voir. Elle avait fait un sourire éclatant en me voyant. Son impression me concernant aurait dû être complètement différente.

Mylarka me lança un regard noir avec ses bras toujours croisés.

Sa généreuse poitrine était comme un aimant pour mes yeux, mais j’avais combattu la tentation et j’avais donc regardé son visage.

Elle était en colère et son regard était effrayant, mais je ne pouvais pas m’enfuir.

« Mylarka, comment connais-tu assez la princesse pour parler ainsi avec elle ? » demandai-je.

« Je suis sa professeure. Elle assiste à l’Académie de Magie et est l’une de mes étudiantes, » répondit Mylarka. « Bien que je doive en ce moment lui apprendre les bases, car elle ne sait pas comment utiliser la magie. »

Le talent était essentiel pour apprendre à utiliser la magie. Quelqu’un pouvait la maîtriser en un an alors que quelqu’un d’autre le maîtriserait en un jour. La Princesse Manarina n’avait presque aucun Pouvoir Magique, c’était pourquoi elle était mieux adaptée à l’escrime.

« Je vous demande pardon de vous avoir menti... Mon vrai nom est Manarina Lia Albein, » déclara la princesse. « En vous regardant comme vous êtes maintenant, j’aurais dû deviner qui vous étiez vraiment, Sire Queue. »

« H-He bien... c’est correct, » dis-je. « Mais peut-être que je ne suis pas votre homme. C’est simplement Mylarka qui croit avec force en ce qu’elle dit en ce moment. »

« Menteur. Tu as toujours été ainsi, et ça m’énerve toujours autant, » répondit Mylarka.

Elle m’avait poignardé avec de dures paroles… si je n’avais pas pris cette remarque comme une sorte de compliments en provenance d’une fille magnifique comme elle, j’aurais probablement commencé à pleurer.

« Je suis vraiment reconnaissante à Mylarka de m’avoir encadrée à l’académie. En fait, c’est moi qui lui ai posé des questions sur cette guilde…, » déclara Manarina.

« Si j’avais su que les choses se seraient déroulées ainsi, je ne t’aurais rien dit. Queue, je pensais que tu avais du bon sens en toi, mais tu es bien pire qu’une bête, » déclara Mylarka.

« U-Une bête… ? Qu’est-ce que j’ai encore fait ? » demandai-je.

Voyant à quel point j’étais choqué, elle m’avait regardé comme si j’étais stupide. Cela m’avait donné envie de me suicider, alors j’espérais qu’elle serait compréhensive et qu’elle m’expliquerait.

« Queue, est-ce que tu réalises que ta méthode était défectueuse ? » demanda Mylarka. « Manarina était devenue bien trop forte vis-à-vis du Prince de Vinceburg. Pourtant, si tu ne l’avais pas aidée, elle ne serait jamais revenue ici, n’est-ce pas ? Tu es un ver malicieux. Attirer mon innocente Manarina dans ton repaire et lui montrer la beauté d’être forte... tu n’es qu’un pervers. Queue, tu n’es qu’un porc. »

Maintenant que mon plan était ouvertement brisé par Mylarka, la princesse devait être au courant de mes intentions.

« Tu as creusé ton trou comme un fourmilion, et tu t’es couché là à attendre ta proie…, » continua-t-elle. « Puis, dès qu’elle sera arrivée jusqu’à toi, tu avais décidé de l’attraper et de la pénétrer de ton aiguillon ! »

« Non, arrête-toi maintenant. C’est des bêtises ce que tu dis. Je lui ai juste offert un verre, et j’étais content qu’elle l’ait aimé ! » dis-je.

« … et a-t-elle aimé ça ? » demanda Mylarka.

Mylarka ne faisait confiance à aucune de mes paroles. Mais même si cela pouvait être compréhensible, utiliser une expression comme « la pénétrer de son aiguillon » ne pourrait que causer qu’un méchant malentendu.

Pourquoi était-elle si obstinée et hostile envers moi ?

Après y avoir réfléchi un moment, la réponse m’avait traversé l’esprit.

Un an auparavant, alors que je prenais soin d’Aileen qui était en état d’ivresse après que nous ayons bu ensemble pour la première fois, Mylarka avait mal compris la situation et elle avait pensé que nous étions en couple.

Voilà pourquoi elle devait trouver impardonnable que j’essaye également de me rapprocher de la princesse.

Si je lui disais « Occupe-toi de tes affaires... », probablement... non, justement parce que nous étions adultes, rien ne serait résolu.

J’avais seulement vu Mylarka pleurer trois fois.

Quand nous avions vaincu le Seigneur des Démons, quand pour la première fois elle avait quitté ma guilde pour revenir à la maison, et quand cette nuit-là elle nous avait vu Aileen et moi.

Même si elle me regardait fixement, ses yeux étaient déjà larmoyants.

Chaque fois que cela s’était produit, j’avais senti que mes sentiments étaient comme déchirés.

Cela aurait été une semaine fructueuse, donc je ne voulais pas que ça se termine comme ça.

Pendant que je réfléchissais à une façon de résoudre cette situation, Aileen, qui dissimulait habilement sa présence, fit le tour de Mylarka.

Alors que je me demandais ce qu’elle faisait, elle avait commencé à tâtonner la poitrine de son ancienne camarade depuis derrière.

« Waaah! » cria Mylarka.

« Mylarka, ont-ils grandi pour être plus gros que les miens ? » demanda Aileen. « Si tu les laisses ainsi visibles, Queue ne pourra pas penser à autre chose. »

« A-Arrête Aileen ! Ne touche pas ça… » déclara Mylarka.

S’échappant des griffes d’Aileen, elle ajusta ses vêtements et me regarda avec des joues rougies... Comment étais-je supposé réagir ?

Même si elles étaient en effet plus grandes, seule une fille penserait d’une manière si simple vis-à-vis des hommes. Et moi, je ne pensais pas que j’étais quelqu’un comme ça. Le Seigneur des Démons était imperturbable, tandis que la Princesse Manarina était rouge comme une betterave.

« Comme s’il s’intéresserait à moi ! À ce moment-là, vous étiez…, » déclara Mylarka.

Elle avait coupé court quant à sa réflexion.

Alors que je pensais à la façon de clarifier ce malentendu, le temps avait continué à s’écouler...

Tout ce que j’aurais dit aurait ressemblé à une excuse.

D’autre part, Aileen avait ri innocemment.

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Aileen. « C’était la première fois que je buvais et j’avais exagéré. Je lui ai juste demandé s’il pouvait me taper dans le dos, et heureusement je me sentais mieux après ça. N’est-ce pas Queue ? »

« T-Tout à fait… J’étais juste inquiet, mais tu m’as pris au dépourvu lorsque tu as commencé à enlever tes vêtements parce que tu ne te sentais pas si bien que ça…, » répondis-je.

« Hahaha. Ai-je vraiment fait quelque chose comme ça ? » demanda Aileen. « J’étais tellement ivre que je ne me souviens pas de grande chose qui s’est déroulée au cours de cette nuit-là. Ça a dû être dur pour toi. »

Cela semblait un peu étrange, mais c’était la vérité.

Eh oui ! J’avoue que voir Aileen pratiquement nue avait été vraiment dur.

Cependant, mieux valait ne pas le mentionner.

Mylarka n’avait même pas essayé de cacher son expression d’agacement.

Peut-être qu’elle pensait que tout cela n’était que des mensonges.

Celle qui avait été témoin de cette scène tout en restant silencieuse jusqu’à maintenant... La princesse Manarina nous avait alors sauvés de cette impasse.

« Je ne pense pas qu’ils mentent. Mylarka, pourquoi n’essayerais-tu pas de les croire ? » demanda Manarina.

« Même... même si c’est vrai, je leur souhaite le bonheur. S’ils étaient dans une telle relation, il n’y aurait rien d’étrange. Ils s’entendent très bien, » déclara Mylarka.

Elle avait toujours agi comme ça. Bien que ses mots aient été tout le temps dur, elle nous voyait comme ses camarades même après la fin de notre périple.

Mais il était nécessaire de lui faire comprendre que c’était un malentendu, sinon la réputation d’Aileen aurait été ternie.

« Aileen a le privilège de pouvoir choisir son partenaire. Pourquoi gaspillait-elle ce choix en jetant son dévolu sur quelqu’un d’aussi insignifiant que moi… ? » dis-je.

Au moment où je déclarai ça, quelque chose avait changé dans l’atmosphère. Le regard de toutes les personnes présentes s’était focalisé sur moi.

« Wôw. Je savais que tu étais comme ça. Mais tu sais, ça ne te ferait pas de mal d’avoir un peu plus confiance en toi, » déclara Aileen.

« Tu es toujours passif dans de telles situations, mais je suis contente que tu ne sois pas devenu un porc à part entière, » déclara Mylarka.

« D-De quoi s’agit-il ? Je pensais que nous avions enfin clarifié les choses…, » déclarai-je.

« Maître, bien sûr que tu les as clarifiées. Regarde, même la princesse Manarina est étonnée, » déclara le Seigneur des Démons.

« N-Noo… C’est que... il était déjà aussi modeste il y a cinq ans…, » bégaya-t-elle en affichant l’expression rougeoyante d’une vierge amoureuse, tout en ayant son visage rouge jusqu’à ses oreilles.

Bien que je m’étais rendu compte qu’il était trop tard, je ne m’attendrais pas à entendre quelque chose comme ça.

« Il y a cinq ans… ? De quoi parlez-vous, Princesse ? » demandai-je.

« V-Vous n’êtes pas obligé d’être si poli avec moi. Veuillez arrêter avec les formalités, Sire Queue, » déclara la Princesse. « Je me souviens encore de “Queue — L’Oublié” lors de la réunion que les héros ont eu il y a cinq ans avec mon père. »

Je me demandais si le roi n’avait pas convoqué sa fille afin de pouvoir lui permettre de nous observer en silence et de nous juger en cas ou Cody ou moi avions demandé d’être le fiancé de la Princesse.

Elle était la première Princesse Manarina, la même fille qui me regardait avec douceur.

Un développement si bien ne pouvait pas être réel.

Cela aurait été comme gagner le gros lot à la loterie.

« N-Non… Je n’ai rien fait de remarquable, et demander à devenir un simple Maître de Guilde est déplorable... n’est-ce pas ? N’avez-vous pas toutes pensé cela ? » demandai-je.

« Eh bien ! C’était modeste, mais vous faisiez quand même partie de l’expédition afin d’aller affronter le Seigneur des Démons, » déclara Manarina.

« Et même si vous n’aviez jamais vraiment contribué comme vous le dites, bien que cette guilde se soit effondrée, le titre de Maître de Guilde ne pouvait être acquis par personne. Je pense que c’est une réalisation remarquable que vous avez faite, » continua-t-elle.

Oui, mais... seulement une demi-année après que je fus devenu maître de guilde, presque tous les aides du roi avaient disparu. J’étais sûr concernant ce fait, car certains de mes membres de guilde me l’avaient signalé.

Pourtant, après tout ce temps, la princesse ne m’avait jamais oublié, même si de mon côté, je l’avais fait. Si l’on se souvenait de « Queue — L’Oublié », alors il deviendrait juste « Queue ».

« Monsieur Queue... indépendamment de votre humilité, vous devriez reconnaître vos mérites, » déclara Manarina. « Pour moi, il a toujours été clair que vous étiez essentiel quant à la mission de vaincre le Seigneur des Démons. »

Le Seigneur des Démons hocha la tête en entendant ces paroles. Je voulais qu’elle arrête, sinon elle aurait été repérée si j’avais fait ça. Je me sentais tellement gêné que si j’avais vu un trou, je me serais jeté dedans avant de m’enterrer vivant dedans.

« Quand je vous ai retrouvé ici... vous avez prétendu être un pitoyable ivrogne, mais vous pensiez vraiment à m’aider, » déclara Manarina. « J’ai perdu mon sang-froid quand vous m’avez offert un verre de lait, parce que j’avais l’impression que vous me regardiez avec dédain, mais... cette boisson était si délicieuse, que je me demandais comment je pourrais vous rembourser... »

Son beau sourire apparut à nouveau dans mon esprit... Il n’était pas destiné à un étranger, mais à la personne qu’elle rêvait de revoir depuis cinq ans.

Le simple fait de penser à ce sujet avait complètement changé le sens de son geste.

La Princesse Manarina tendit la main vers le Symbole Royal qui se cachait dans sa manche et se rapprocha de moi.

Elle l’avait ensuite fait glisser dans mes mains et les avait tenues pour que je l’accepte.

« Ceci est votre récompense, » déclara-t-elle. « Je ne pense pas que ce soit assez pour ce que vous avez fait pour moi, mais... à partir de maintenant, j’aimerais discuter avec vous sur la manière dont je pourrais vous rembourser votre faveur ? »

« ... Si tel est votre volonté, Princesse... non, vous m’avez dit d’abandonner avec les formalités, » dis-je. « Manarina, si c’est ce que vous voulez, alors je vais l’accepter. Et si j’ai besoin de l’aide de la famille royale, je vous contacterai. »

« Je vous remercie. Je ferais n’importe quoi pour vous, Queue…, » déclara-t-elle.

Pour commencer le Seigneur des Démons, et maintenant Manarina... toutes les deux avaient un statut social très élevé, et toutes les deux voulaient me servir bien trop loyalement.

« He Mylarka, es-tu toujours en colère contre Queue ? Finalement, il est toujours ainsi, » déclara Aileen.

« ... Je suis désolée d’avoir tiré des conclusions hâtives, mais il reste toujours un coureur de jupons. Peut-être que de temps en temps, je devrais revenir afin de le surveiller, » déclara Mylarka.

Cela ressemblait comme si Aileen et Mylarka maquillaient la réalité...

Comme d’habitude, après cela, nous avions commencé à boire afin de célébrer nos accomplissements. Et depuis cette nuit, je n’avais pas accepté de réponses négatives, car tout était offert par la maison.

***

Chapitre 5 : Le Héros à l’Épée Sacrée et une Nouvelle Demande

La nuit, le bar de la Choppe d’Argent était toujours rempli de monde. Ou plutôt devrais-je le dire différemment ? Comme il n’y avait pas beaucoup de places disponibles, lorsque la capacité était dépassée, nous avions caché le panneau à la porte d’entrée afin que personne ne souhaite y entrer. Une file d’attente devant la porte attirerait bien trop l’attention. Après tout, notre guilde servait de lieu de rassemblement pour les guildes alliées et nous devions nous occuper des demandes.

Nous ne pouvions pas nous permettre de penser au profit lié à la vente de nourriture et de boisson.

Mylarka, la Princesse et Aileen voulaient continuer à se parler même après avoir commencé le quart de nuit, alors je les avais amenées à une table sur le côté puis je m’étais arrangé pour leur fournir l’équivalent d’une salle privée pour elles. Il était impossible de les voir depuis l’extérieur quand le rideau était en place, mais comme elles étaient près du comptoir, j’entendais parfois des fragments de leur conversation.

« Mylarka, comment ça se passe à l’académie ? J’ai entendu dire que tu avais fait un tas d’autre de tes expériences absurdes, » demanda Aileen.

« Je détruis des bâtiments faits de divers matériaux avec de la magie pour voir quelle est la meilleure façon de les briser pendant un siège, mais puisque je suis la seule à pouvoir mettre ces expériences en pratique… Je pensais à rendre ces sorts à la portée de tout le monde, » déclara Mylarka.

« Depuis que le Seigneur des Démons a été vaincu, certains des monstres restants, les “Égarés”, ont commencé à construire des forteresses. Mylarka veut les attaquer quand ils commencent à causer des problèmes aux citoyens…, » déclara la Princesse.

« Les orcs, les ogres et les trolls ont des aptitudes de reproductions vraiment incroyables. Les laisser seuls peut devenir un véritable problème. En fait, nous devrions demander à une guilde de prendre soin d’eux, mais les frais sont trop élevés, » déclara Mylarka.

Le fait d’entendre que Mylarka voulait protéger les habitants et agir comme un héros était réconfortant.

Bien que je n’avais pas besoin d’entendre parler de ses expériences.

« Même si les monstres de mon royaume ne sont plus hostiles, ceux qui sont à l’extérieur finiront par attaquer, Hmm... ? » me murmura le Seigneur des Démons.

Leur conversation se poursuivit de leur côté. « Eh bien ! Au moins maintenant, nous avons beaucoup moins de monstres pour lesquels il faut s’inquiéter. Nous devons juste vaincre ceux qui envahissent des royaumes voisins et traiter correctement les monstres volants, » déclara Mylarka.

« Je vois. En parlant de cela, il est dit qu’un dragon de feu a embrasé la forêt à proximité de la Capitale Impériale. Puisque c’est la saison des amours, il est probablement passé dans cette région afin de rechercher de la nourriture, » déclara Aileen.

J’avais aussi entendu parler de quelques dragons qui avaient attaqué les personnes qui travaillaient dans la forêt. Si quelqu’un m’avait envoyé une demande, j’aurais pris soin d’eux moi-même, mais j’attendais encore.

De plus, il y avait aussi des aventuriers de Rang S dans la Chèvre Blanche, donc si quelqu’un envoyait une demande pour s’occuper de ces bêtes, ils auraient probablement pu s’en charger.

« Maître, n’es-tu pas intéressé par le fait de vaincre ce dragon ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Compte tenu des ressources qu’ils laissent tomber... oui, je le suis, » répondis-je. « Mais si je le faisais, j’attirerais trop l’attention. Je dois prendre les mesures appropriées pour ce genre de travail. »

« Je vois... Un dragon de feu pourrait attaquer les habitants, non ? » demanda le Seigneur des Démons.

« Verlaine, voici un autre ordre. Ne paressez pas et ne bavardez pas trop avec ce monsieur. Faites votre travail correctement, d’accord ~ ? » déclarai-je, parlant de moi-même à la troisième personne.

Comme il s’agissait du quart de nuit, l’une de nos serveuses à temps partiel aidait au bar. Elle était une pickpocket des bidonvilles. Voilà pourquoi elle avait été enregistrée en tant que voleur dans notre guilde.

« J’arrive. À plus tard, Monsieur, » déclara Verlaine, jouant le jeu.

« Bien sûr. Tu me trouveras ici en train de boire, » dis-je.

Verlaine Elsain était le vrai nom du Seigneur des Démons. Toutes les personnes la connaissaient toutes comme étant le « Seigneur des Démons », il était donc presque impossible que quelqu’un reconnaisse son véritable nom, mais je n’aimais pas que ce risque puisse exister.

« Elsain » était le nom du Royaume du Seigneur des Démons, et « Verlaine » était le douzième Seigneur des Démons. L’histoire de ce royaume était bien plus ancienne que celle d’Albein, qui comptait cinquante-deux générations. C’était parce que nous devions prendre en compte la durée de vie moyenne entre les races et la fréquence des rébellions. Dans le passé, les guerres pour le trône avaient éclaté dans le Royaume d’Albein, mais maintenant la situation était beaucoup plus calme.

« Écoute, Aileen. Ça fait un certain temps que cette fille elfe a commencé à travailler ici, mais n’a-t-elle pas l’air de quelqu’un que nous connaissons ? » demanda Mylarka.

Je savais qu’elle allait remarquer cela... même si le Seigneur des Démons se déguisait, son visage était le même, et Mylarka était trop forte.

« En ayant parlé avec elle, je peux te dire que Verlaine est une bonne personne. Elle aide quand elle le peut, et c’est elle qui s’occupe tout le temps de ce bar. Même Queue a l’air content de l’avoir avec lui, tu ne le penses pas ? » demanda Aileen.

« … Mmmh. N’est-elle pas le genre de femme qui le tromperait ? » demanda Mylarka.

« Tu n’as pas à te soucier de ça. Elle fait de son mieux pour être reconnue par lui, » déclara Aileen.

« Être reconnue... ? J-Je suis désolée. Peut-être ressent-elle quelque chose envers Sire Queue ? » déclara la Princesse.

Je me demandais si c’était bien de laisser la Princesse rester ici, mais je devinais qu’elle avait déjà demandé à Mylarka de dire à sa famille qu’elle allait dormir chez elle afin d’étudier.

Après tout, leur séjour ici n’allait pas faire beaucoup de différence, et il n’y aurait pas de problèmes tant qu’elles n’étaient pas découvertes.

« Ah, qui sait. Je pense qu’elle veut juste reprendre ce qu’elle a, » déclara Aileen.

« Je me demande si Queue a remarqué que travailler ici n’est qu’une excuse pour elle... Nous devrions le lui dire quand elle ne sera pas là, » déclara Mylarka.

« Mylarka, chaque métier a ses propres libertés. N’est-ce pas bien ? Pour ma part, cela ne me dérangerait pas de passer plus de temps avec lui, alors, » déclara la Princesse.

« Je le savais... tu ne peux pas le sortir de ta tête, n’est-ce pas ? » déclara Mylarka.

« Je-je suis désolée. Mais je suis vraiment contente qu’il m’ait aidée…, » déclara la Princesse.

Dieu merci, je n’étais pas assis avec elles, sinon je ne serais pas parti de là très facilement.

Dling Dlong~

La cloche de la porte sonna alors que je noyais mes soucis dans l’alcool.

Un type à capuchon, vêtu d’un long pardessus brun foncé, s’était approché du comptoir, se dirigeant droit vers moi.

« Puis-je m’asseoir ici ? » demanda-t-il.

« Bien sûr, le siège n’est pas pris, » répondis-je.

C’était Cody — la Sainte Épée de Lumière.

Je lui avais dit d’éviter d’attirer l’attention quand il venait ici, et je savais qu’il allait bientôt venir ici, mais c’était arrivé plus tôt que prévu.

Il avait alors enlevé son capuchon et m’avait montré son léger sourire habituel.

Il avait l’air mieux que la dernière fois qu’il était venu ici.

« Monsieur, que voudriez-vous commander ? » demanda Verlaine.

« Une bière froide, s’il vous plaît, » déclara Cody.

« D’accord, » répondit-elle.

La bière, par opposition aux boissons mélangées, était servie tout de suite parce qu’il suffisait de les verser dans un verre. De plus, même s’il y avait énormément de bars dans la ville, le mien était le seul à avoir un entrepôt frigorifique où nous gardions des boissons.

Verlaine savait que j’allais demander une nouvelle bière, alors elle en apporta deux.

Après un toast, Cody en avait bu la moitié.

« Mmm... génial. Les bières d’ici ont toujours un goût si incroyable, » déclara Cody.

« Eh bien, nous n’avons pas le même fournisseur que les autres bars. Chaque bière a un goût différent selon sa recette, » déclarai-je.

« Tu es toujours si méticuleux quand il s’agit de ce genre de chose, n’est-ce pas, Queue ? » demanda Cody. « Je pense que ta précision sur le moindre détail serait évidente dans n’importe quel magasin que tu ouvrirais. »

« Je veux juste avoir de bonnes boissons. Plus tu essayes d’attirer les personnes dans un bar, moins il fonctionne comme un véritable bar, » dis-je.

Je n’essayais pas vraiment de cacher notre discussion. Le bar était juste une tentative de dissimuler notre supériorité en tant que guilde... mais bien sûr cela n’était pas quelque chose que je pouvais dire ouvertement.

Cody avait bu le reste de sa bière puis il avait commencé à manger des collations. À en juger par la façon dont il buvait, il ressemblait à un jeune soldat qui buvait avec un ami, bien plus que le général en chef de l’armée.

Je ne pouvais pas nier notre amitié. Et Cody n’avait jamais d’arrières pensés.

Il était vraiment un bon gars, et même s’il avait maintenant beaucoup de responsabilités et de contraintes, il n’avait pas changé à cet égard.

« Écoute... es-tu derrière la bataille faite par la Princesse ? » demanda Cody.

« Mylarka a aussi dit ça, et je pensais que toi aussi tu le remarquerais... Je pense que c’est évident pour quelqu’un qui connaît ma magie, » répondis-je.

« Non, je n’ai ressenti aucune trace de magie, mais voir ce genre d’amélioration magique m’a rendu nostalgique, » dit-il. « C’était juste une supposition de mon côté. »

« Oh, es-tu là pour ça ? Tu es vraiment honnête, » dis-je.

« Hahaha… Je pense que Mylarka va bientôt venir ici, » dit-il. « Il est impossible qu’elle ne vienne pas après avoir été témoin de ce combat. Tu peux vraiment influencer la capitale, bien que seulement quelques-uns se souviennent de “Guy — l’Oublié”. »

Si Cody déclarait une telle chose, alors c’était que mon plan se déroulait parfaitement.

Connaissant la quantité d’informations auxquelles il pouvait accéder, si mon nom n’apparaissait nulle part, c’était que je me cachais bien.

« Mh~ ! Ces collations sont également géniales ! Est-ce des noix frites ? » demanda Cody.

« Ce sont des noix grillées. Elles sont bonnes simplement au naturel, mais quand vous les faites griller, elles ont une saveur encore plus forte, » déclarai-je.

« Ouais... et elles sont addictives…, » déclara Cody.

« Nous sommes le seul bar qui fournit cette collation. Prends-en autant que tu veux, » dis-je.

« Tu es toujours si généreux. Quoi qu’il en soit, ce sentiment... est-ce ma résistance au feu qui augmente ? » demanda-t-il.

« Oui, c’est bien ça. Nous devrions aussi accorder les boissons ainsi. Car je me prépare à combattre un monstre cracheur de feu, » dis-je.

J’avais fourré des noix dans ma bouche, me délectant de leur saveur.

Elles avaient vraiment bon goût. Le casse-croûte parfait pour la bière.

Cody regarda le bol contenant les collations.

Il affichait le genre d’expression qui annonçait le début d’une affaire sérieuse.

Bien sûr, ce moment n’était pas une exception.

« Queue, j’ai une faveur à te demander. Je ne veux pas le faire, mais je ne peux demander à personne d’autre, » déclara Cody.

« J’aimerais refuser, mais... ça dépend de la demande, » répondis-je. « Rien n’est impossible pour ma guilde, mais nous n’acceptons pas toutes les demandes. »

J’avais souhaité que les filles n’écoutent pas, mais comme elles discutaient encore entre elles, elles ne semblaient pas avoir remarqué la présence de Cody.

« De quoi s’agit-il ? Si tu as besoin de chercher un chat, tu peux demander à quelqu’un d’autre, mais je considérerai ta proposition avant de la décliner, » déclarai-je.

« Je pourrais le faire moi-même... même si cela me demandait des jours de recherches inutiles, » dit-il.

Cody avait maintenant un gentil sourire sur son visage. Il ne savait pas jusqu’à quelle profondeur pouvait aller mon réseau d’information, mais j’avais estimé que c’était sans pareil dans la capitale.

Cependant, cela n’était pas nécessairement vrai.

Cody reprit son expression sérieuse et baissa la voix pour que je puisse être le seul à l’entendre.

« Timis, l’une de mes subordonnées et commandantes d’une centaine de soldats, s’est portée volontaire pour vaincre le dragon qui a mis le feu à la forêt à l’est de la capitale, » déclara-t-il.

« Une centaine de soldats, hein ? À combien est son score ? » demandai-je.

« Elle est une aventurière de rang C avec mille huit cent quarante points, » répondit Cody.

Pour diriger un millier de soldats, il fallait avoir au moins un score correspondant à un aventurier de rang B.

Même six aventuriers de rang A pourraient échouer quand il s’agit d’une bataille face à un dragon.

En clair, si Timis allait combattre cette bête, elle serait morte ainsi que son peloton.

« La laisser y aller est une idiotie, » dis-je.

« Sa Majesté lui-même m’a ordonné de le faire, et il m’a lui-même demandé de lui accorder cette chance. Et aussi, elle fait vraiment de son mieux pour obtenir une promotion... Peux-tu l’aider ? » demanda Cody.

« Je ne veux pas vraiment le demander, mais... quelle est sa relation avec le roi ? » demandai-je.

« Elle est la fille de sa concubine. Elle est qualifiée dans les arts martiaux et elle est une grande lanceuse même parmi ses collègues généraux, mais elle est trop désireuse de gravir les échelons, » dit-il.

Un dragon apparaissant si proche était une occasion en or pour elle.

« Sa fille illégitime... ? » dis-je. « Si Manarina n’était pas là, Timis aurait été l’héritière légitime du trône. Je suppose que c’est la raison qui fait qu’elle veut montrer ses compétences en tant que soldat. Je ne pense pas que ce soit faux, mais si tu la laissais mourir à cause de l’ordre de son père, les choses pourraient devenir ennuyeuses. »

« C’est vrai…, » déclara Cody.

Cody avait d’énormes responsabilités sur ses épaules, et son vice-général était complètement dépendant de lui. S’il disparaissait, ses subalternes auraient été mobilisés pour le retrouver... Si le roi découvrait qu’il s’était installé dans la capitale, il aurait deviné facilement la raison derrière cela.

Personne ne pourrait blâmer Cody s’il pensait que Timis était vouée à l’échec.

Ce n’était pas une situation facile, mais il était toujours loyal envers le roi.

Le roi avait même permis aux parents de Cody de se retirer et de vivre loin du danger.

Avec son pouvoir, Cody aurait pu faire prospérer le royaume, mais il avait dit qu’il n’avait pas de telles ambitions. Il n’avait jamais été arrogant. Et la paix du royaume était sans aucun doute là grâce à sa présence en tant que général de l’armée.

« Si je dis au groupe de Timis qu’ils vont trouver la réponse qu’ils cherchent ici, pourrais-tu l’aider à réussir cette mission ? » demanda-t-il.

La demande de la Princesse n’était pas difficile à gérer. Car l’écart entre le score des deux adversaires n’était pas très important, et parce que son opposant était humaine... mais cette fois nous parlions d’un dragon cracheur de feu. Même le plus faible d’entre eux aurait quand même un score minimum de douze mille points. Un chevalier avec un mauvais score tel que Timis aurait pu supporter seulement deux coups.

La première attaque aurait enlevé son armure, la seconde, sa vie.

Et aussi, quand un dragon devait affronter plusieurs ennemis en même temps, il envoyait son souffle de feu pour en neutraliser plusieurs à la fois. Le régiment aurait subi de massives pertes.

Mais... il y avait un truc afin de vaincre un dragon de feu. S’ils l’utilisaient, ils pourraient réussir, indépendamment de l’écart entre leurs capacités.

Ce n’était pas la première fois qu’un dragon attaquait la forêt de Belfon.

Deux ans auparavant, je m’étais moi-même occupé de lui.

Bien sûr, je venais de dire aux membres de ma guilde ce qu’il fallait faire.

La requête de Cody était de conduire une jeune chevalière qui aspirait à tuer un dragon sans aucun sort.

Si vous vous demandiez si c’était possible, laissez-moi vous dire ceci.

Avec des préparations adéquates, rien n’est impossible.

***

Chapitre 6 : La dernière commande et le joyeux anniversaire

« Je peux faire réussir la mission de Timis, alors laisse-moi entrer en contact avec elle. Si tes subordonnés ne veulent pas mourir, dis-leur que la guilde de la 12e Rue leur prêtera son pouvoir. Le reste, cela sera à elle de le faire, » dis-je.

« Je te remercie. N’importe qui aurait refusé ma demande, mais toi…, » déclara Cody.

« Je l’aurais aussi refusée si c’était impossible. Je n’ai pas une guilde uniquement pour accepter des requêtes gênantes, » dis-je.

« Pourtant, je te suis reconnaissant. Le Roi a dit qu’il voulait juste que sa fille obtienne une promotion, mais je ne peux pas lui accorder le souhait de la garder tout le temps en sécurité. Mais, même si je l’avais laissée faire le coup final au dragon, il serait toujours dangereux de l’approcher alors qu’il est en pleine frénésie, » déclara Cody.

C’était une bonne chose que Cody puisse analyser calmement la situation.

Il avait entièrement raison.

Un dragon coincé aurait certainement craché son feu afin de survivre.

« Je vais lui demander une récompense, » déclarai-je.

« Je pense qu’elle pourrait... Non, nous ne pouvons pas le savoir avant de lui demander, » déclara Cody.

« Qu’essayais-tu de dire... ? Peu importe. Cody, laisse-moi me charger de tout ça, » dis-je. « Après notre petite discussion, je m’assurerai qu’elle ne mourra pas, et cela quoiqu’il arrive. »

« … Merci beaucoup. Même si j’ai essayé de la convaincre qu’il n’est pas nécessaire de s’impliquer dans une mission aussi dangereuse pour obtenir une promotion…, » commença Cody.

« Même si tu n’aimes pas ça, faire la leçon à tes subordonnés est toujours ton travail. Faire en sorte que les soldats te respectent est une autre partie de ton travail, n’est-ce pas ? » demandai-je. « De toute façon, c’est une tâche assez sérieuse pour ce soir. Puisque tu es venu ici, buvons encore un peu plus. »

J’avais mis fin rapidement à notre conversation parce que Mylarka et les deux autres filles sortaient de leur pièce privée. En voyant Cody, elles le saluèrent et se placèrent au comptoir.

Moi, Cody, Aileen, Mylarka et Manarina.

« Hé Cody ! Maintenant, tu as l’air mieux que la dernière fois. N’étais-tu plus inquiet à propos de certaines choses ? » demanda Aileen.

« Non, il est toujours mêlé à des problèmes, mais grâce à Manarina, il a l’air beaucoup plus détendu, » déclara Mylarka.

« La princesse a parlé avec le roi à propos d’une affaire délicate, et elle a fait une suggestion vis-à-vis de la relation entre les nobles et les chevaliers. C’était un geste audacieux, » déclara Cody.

« Ne parlez pas trop de ce genre de choses, sinon Queue deviendra paranoïaque, » déclara Mylarka.

« Paranoïaque ? S’il vous plaît… Mais si c’est possible, j’aimerais que vous évitiez de parler de questions liées à la royauté, » demandai-je.

« Hahaha ! C’est assez nostalgique, n’est-ce pas ? Ça fait longtemps depuis que nous étions tous les quatre ensemble, » déclara Aileen.

Le dernier Enfant du Miracle était Yuma, mais nous pouvions dire qu’elle était la plus occupée de nous tous.

Même si elle n’avait que quatorze ans, elle était la directrice d’un orphelinat, et comme elle étudiait aussi en tant qu’héritière d’un archevêque, elle n’avait presque pas de temps libre.

Mylarka et Aileen lui rendaient parfois visite.

Elles m’avaient dit qu’elle aimerait aussi me voir, mais après avoir entendu ça, j’étais devenu un peu timide.

Le cœur des hommes est complexe.

« Chers clients, il est temps pour la dernière commande. Puis-je vous apporter quelque chose ? » demandai-je.

« Heu… Sire Queue, puis-je vous demander une faveur ? Pourriez-vous me faire une autre de vos “boissons spéciales”... ? » demanda Manarina.

« Bien sûr… Ceci ne me dérange pas. Je reviens dans une minute, » dis-je.

Je m’étais alors faufilé dans la cuisine afin de préparer des boissons pour les autres.

Je voulais voir Mylarka plus détendue, alors j’avais mélangé dans la boisson que j’allai faire pour elle de la primevère du soir avec du jus de papaye royale.

Aileen aimait les liqueurs fortes, alors j’avais dilué de la boisson alcoolisée des nains avec du gel perpétuel cristallisé.

Pour Manarina, j’avais ajouté du sirop à l’un des plus fins et des plus traditionnels alcools d’Albein, un alcool à la cerise et à la crème.

Cody était un amateur de bière, alors j’avais préparé une nouvelle chope de bière pour lui. Eh bien, j’étais aussi dans la bonne humeur pour un peu de bière... mais je ne pouvais pas me saouler avec un seul type d’alcool, alors je devais en boire d’autres.

Verlaine avait apporté aux autres leurs boissons afin de m’aider. Trouver un artisan qui pouvait produire des verres façonnés si différents était difficile... mais je ne pouvais pas présenter une boisson mélangée dans une tasse comme s’il s’agissait de la bière.

Depuis que j’avais commencé à boire, je sentais que chaque boisson devrait avoir sa propre aura.

« … Queue, où as-tu appris cette recette ? » demanda Mylarka.

« C’est le résultat de nombreuses expériences. J’ai beaucoup de temps libre, tu sais... oh, attends. Mylarka, je veux m’en assurer, mais es-tu assez vieille pour boire ? » demandai-je.

« O-Oui… je suis…, » l’expression de Mylarka tressaillit comme si elle avait remarqué quelque chose. Elle aurait dû avoir maintenant seize ans... et si je m’en souvenais bien, son anniversaire était proche d’aujourd’hui.

« … Ah ! Mylarka, n’est-ce pas ton anniversaire aujourd’hui ? L’année dernière, tu avais dit que tu ne pouvais toujours pas boire, et que tu devrais attendre une autre année ! » déclara Aileen.

« … O-Oui. J’ai bien dit ça, » répondit Mylarka.

« Ho, mon Dieu ! Même si c’est une coïncidence. Maintenant, nous pouvons célébrer cela tous ensemble ! Ah... Queue, peut-être savais-tu quelque chose à propos de son anniversaire ? » demanda Cody.

Bien sûr que non. Mais Mylarka m’avait regardé avec un regard surpris.

Alors qu’elle pensait que j’avais mis tout en cela place pour elle, elle avait eu ses impressions me concernant qui étaient montées en flèche.

Dans ce cas, je me demandais si j’allais pouvoir voir son côté tendre.

Cela aurait grandement aidé ma santé mentale, mais à la place, elle...

« … Hé, Mylarka, que se passe-t-il ? » demandai-je.

« Sniff… R-rien, vraiment rien. J’ai juste quelque chose dans l’œil…, » répondit Mylarka.

Pendant qu’Aileen s’inquiétait, Mylarka prit le mouchoir qu’on lui apporta, mais le flot de larmes ne s’arrêta pas, alors elle baissa la tête.

Tout le monde, sauf Mylarka, m’avait alors regardé.

Cody était faible quand il s’agissait de filles. Quand ce genre de choses se produisait, il s’était toujours contenté de regarder quelqu’un avec un « faire quelque chose d’autre » écrit sur son visage. Aileen avait la même expression.

« … E-Ehm… Eh bien... Tu sais, si c’est ton anniversaire, nous devrions célébrer, » déclara Cody.

« Wôw, c’était faible. Cela m’a donné envie de me cacher de honte, » déclara Aileen.

« Félicitations, Mylarka. Qu’en est-il du fait de porter un toast avec tout le monde... ? » demandai-je.

Mylarka avait compris qu’elle ne pouvait pas nous cacher ses larmes, alors elle m’avait regardé avec des yeux rouges. Elle avait un « quoi, est-ce un problème ? » qui écrit sur tout son visage, alors je n’avais pas d’autre choix que de lui sourire amèrement.

« ... Chers clients, pourrais-je rejoindre votre toast ? » demanda Verlaine.

« Non, attends, tu ne devrais pas boire au travail, » dis-je.

« En tant que barmaids de ce bar, ne serait-il pas élégant de lui souhaiter mes meilleurs vœux ? » demanda Verlaine.

Comme pour montrer ses privilèges, Verlaine avait versé de l’alcool fort dans un verre.

Il s’agissait d’une boisson mystérieuse fabriquée par les elfes qui brillait magnifiquement comme s’il s’agissait d’une sorte de verre.

Elle aimait les boissons produites avec des ingrédients nutritifs, et la première fois qu’elle était venue ici, elle avait goûté à son favori. C’était un alcool qui avait des propriétés analeptiques.

Chaque fois qu’elle en buvait, elle disait que ça pourrait être une nouvelle entrée pour le menu.

« Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais ça va. Hmm... Joyeux anniversaire et félicitations à notre requête terminée ! À votre santé ! » déclara Cody.

« Avez-vous vraiment omis nos noms pour ne pas attirer l’attention... ? » demanda Mylarka.

« À votre santé ! Yay, je vais aussi boire aujourd’hui ! » déclarai-je.

« Attends, tu vas boire même maintenant ? Qu’est-il arrivé à cette bouteille de liqueur forte que tu avais ouverte l’autre jour... ? » demanda Verlaine.

« Aileen ne peut pas se saouler sur quelque chose comme ça, » déclarai-je. « Ceci ne serait guère plus que de l’eau pour elle, contrairement à moi. »

Avant de devenir une vraie buveuse, j’avais vu à quel point elle était séduisante en état d’ébriété... mais si cette situation dégénérait, notre relation aurait probablement été détruite, alors c’était mieux ainsi.

« Uuh~ j’ai l’impression d’être en feu ! L’alcool des Nains fait brûler votre corps comme de la lave ! » déclara Aileen.

« Cette boisson est si forte que je me demande si ce n’est vraiment pas un feu buvable…, » déclarai-je.

« D’accord, célébrons tout ça avec le souffle enflammé d’Aileen. Laissez-moi vérifier s’il reste des silex, » déclara Cody.

« Si la plus forte artiste martiale de la race des esprits devait cracher du feu, cela ferait partie de sa légende. Je ne peux pas louper ça, » déclara Mylarka.

Le fait de discuter ainsi m’avait fait me remémorer du temps de notre voyage.

Les jours où j’avais sans arrêt corrigé les actions de certaines personnes si inouïes...

Même si c’était vraiment nostalgique, je ne ferai plus jamais quelque chose comme ça.

La Princesse Manarina riait en nous voyant parler ainsi.

« Vous êtes vraiment en bons termes. Si des personnes aussi fortes que vous s’entendent aussi bien, il n’est pas étrange de penser que vous avez réussi à vaincre le Seigneur des Démons, » déclara-t-elle.

« Oui, mais vous savez… Je-je veux dire, cela ne me dérange pas, Mademoiselle, » Le Seigneur des Démons avait commencé à confirmer ça sans réfléchir, mais elle avait arrêté à mi-phrase.

Manarina ne connaissait pas le visage du Seigneur des Démons, alors elle ne pouvait même pas imaginer qu’elle se tenait juste devant elle.

Après cela, Manarina et Mylarka avaient goûté aux boissons que j’avais préparées pour elles.

Pour autant que je sache, la saveur aurait dû être assez bonne pour leurs préférences gustatives...

Malgré ça, j’étais anxieux.

« … Je pensais que l’alcool avait une saveur amère... mais je suppose qu’il y a aussi des boissons comme ça, n’est-ce pas ? » déclara Mylarka.

« Mh~ C’est tellement bon. Sa saveur est si délicate que je ne peux pas croire qu’il s’agisse d’une boisson alcoolisée, » déclara Manarina.

« Eh bien, vous devriez quand même être capable de supporter des boissons plus fortes, » dis-je.

« Qu’est ce que c’est censé vouloir dire ? Tu n’as que deux ans de plus que moi, » déclara Mylarka. « Il pourrait ressembler à un adulte, mais il n’a pas encore vingt ans. Manarina, ne te laisse pas berner par son apparence. »

« J’avais poser la question à propos de l’âge de Sire Queue quand vous avez eu cette réunion avec mon Père... mais quand même, quand nous nous sommes revus par la suite, j’ai été surprise de le voir si mature, » déclara Manarina.

Même quand je me saoulais, je devais prendre soin de mon apparence, puisque je ne pouvais pas laisser les invités voir un ivrogne dégoûtant assis au comptoir. C’est pourquoi je m’étais assuré de toujours être bien habillé. J’avais également accepté les suggestions d’Aileen et de Verlaine concernant le choix des vêtements.

Peu importe que je grandisse ou non, mon image reflétée dans le miroir était quelque peu décevante, alors même que cinq ans s’étaient écoulés.

L’alcool n’avait pas du tout ruiné mon corps, puisque je pouvais utiliser la magie de guérison pour neutraliser son poison afin que le lendemain, j’évite ses effets secondaires. C’était devenu populaire parmi les membres de la guilde, puisque les personnes pouvaient boire autant qu’elles le voulaient sans interférer avec les tâches du jour suivant.

C’est pourquoi je pensais que Mylarka et Manarina allaient bien, mais...

Mylarka prit ses premières gorgées calmement, et cela jusqu’à ce que le verre soit à moitié vide, puis elle but le reste d’un coup. Manarina continua à boire avec de petites gorgées tout en regardant la boisson, mais quand l’effet de l’alcool commença à se faire sentir, elle acheva sa boisson en quelques secondes...

« M-Mylarka, Manarina, même si vos boissons sont douces et faciles à boire, l’alcool reste encore de l’alcool. Vous devriez boire plus lentement, » dis-je.

« Ne puis-je pas faire ce que je veux ? » demanda Mylarka. « Tu sais, c’est mon anniversaire. Maintenant, apporte en moi un autre, s’il te plaît. »

« Je-je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu vas finir ivre morte, » déclarai-je.

J’avais déjà une certaine expérience avec l’alcool, alors j’avais gentiment essayé de les avertir... mais Mylarka s’était levée, avait mis une main sur mon épaule et l’avait serrée avec force.

« N-Nous sommes si proches... Je ne peux pas être ivre si je n’ai bu en ce lieu que du jus ! » déclara-t-elle.

« … Vas-tu me laisser partir si je te donne la recette de ta boisson ? » demandai-je.

« Sire Queue, j’aimerais également avoir une nouvelle tournée..., pourriez-vous prétendre que cela soit celle-là notre toute dernière commande pour aujourd’hui... ? » demanda Manarina.

Le duo de beauté aux cheveux bruns et aux cheveux blonds me demandait toutes deux un autre verre.

Je ne voulais pas, et il aurait mieux valu que je les dilue davantage, mais il était trop tard pour le regretter maintenant.

« Eh bien... si elles attendent la fermeture du bar, on les laissera boire un autre verre plus tard ? » suggéra Verlaine.

« Aaah... C’est une bonne idée. Je récolte ce que je sème. Que voulez-vous boire ? » demandai-je.

« J’aimerais boire quelque chose de délicieux. Si c’est Sire Queue qui le fait lui-même, alors tout ira bien…, » déclara Manarina.

« Je veux... comme avant. C’était si bon que j’en boirais des milliers de fois plus…, » annonça Mylarka.

« Hé, es-tu sérieuse ? » demandai-je. « Je ne te laisserai pas dépenser autant d’argent pour boire. Ce sera le dernier. »

« Queue, puis-je aussi avoir une autre bière ? Je vais retourner à la base des chevaliers après celle-là, » déclara Cody.

Si quelqu’un remarquait qu’il sentait l’alcool, l’image de Cody serait ternie, mais cela irait toujours bien, même s’il était ivre mort.

Il aurait été impoli d’enlever avec ma magie l’engourdissement si agréable que l’on ressentait lorsqu’on était ivre.

***

Chapitre 7 : La Jeune Chevalière et ses Gardes

Après la dernière tournée de boissons, j’avais fait dire aux clients par les serveuses que nous fermions pour aujourd’hui. Verlaine était revenue dans la cuisine et m’avait donné la chope de Cody... mais derrière elle, les trois filles étaient toujours au comptoir avec leurs verres.

« Hé Queue ! N’es-tu pas intéressé par les filles ~ ? Me vois-tu seulement comme une amie ~ ? » demanda Aileen.

« Je pense sérieusement à faire le prochain pas… Hic. Désolé, qu’est-ce que c’est... *hoquet*... Hic, » déclara Mylarka.

« Mylarka, je veux vraiment savoir ce que tu ressens à propos de Sire Queue, » déclara Manarina.

« Je… Je l’ai ai.Hic.me depuis toujours... Hic. Après tout, il est tellement gentil…, » répondit Mylarka.

« Oui, je suis d’accord avec toi. Il s’inquiète tout le temps pour nous, » déclara Cody.

L’embarras de Mylarka avait été quelque peu tempéré par la déclaration de Cody.

Je ne savais pas si j’aurais dû être content de ses sentiments, mais si elle me voyait vraiment comme ça, ça aurait été un bon changement par rapport aux abus verbaux habituels.

« Aileen, ce jour-là, Queue a-t-il été gentil avec toi ? » demanda Cody.

« Qu… N-Non ? Tu as tort, nous n’avons toujours pas fait ça…, » répondit Aileen.

« Quand je rêve de Sire Queue, il est si romantique… Ah, je ne devrais pas faire ça, mais, même si nous nous connaissons à peine…, » déclara Manarina, tout enjouée.

Alors que Manarina se tenait la tête en parlant, Cody décida qu’il était temps de partir et se leva.

Il avait ensuite payé Verlaine et avait marché vers la porte arrière.

« À bientôt les gars, à la prochaine fois. Queue, désolé de te demander une telle chose, » déclara Cody.

« S’il te plaît, ne mentionne pas ça, » dis-je.

« Demande… ? As-tu fait une demande à Queue ? » demanda Aileen.

« Eh bien, plus ou moins. Mais je dois garder cela secret pour le moment, » répondis-je.

« Nnn…? Ce soir, je me sentais comme si je voulais t’aider si c’était nécessaire... Mais cela semble inutile. Je te rembourserai un jour, » déclara Mylarka.

Je me demandais si Mylarka faisait référence à cette dernière boisson.

Elle était si heureuse de sa fête d’anniversaire... mais d’une certaine manière, elle n’avait pas l’air fragile comme elle l’était quelques instants auparavant.

« Zzz… Zzz… »

« Outch, la Princesse vient de s’endormir. Mylarka, peux-tu la porter jusqu’à chez elle ? » demandai-je.

« Je pourrais peut-être, mais... Queue, pouvons-nous utiliser une pièce pour la nuit ? » demanda Mylarka.

Je savais que ça allait finir comme ça...

Elles étaient sans force après avoir tant bu, et maintenant je n’avais plus le choix.

« Maître... il semblerait que vous aurez une nuit très agitée, » déclara Verlaine.

« Épargne-moi tes bêtises... Bref, pourquoi ne rentres-tu pas chez toi ? Aileen vit également à proximité, alors aidez-vous les uns les autres et allez dormir là-bas, » dis-je.

« Hein !? Je suis trop fatiguée, je ne veux donc pas. Laisse-nous dormir ensemble, entre filles~, » déclara Aileen.

Aileen avait pris en douceur le corps de la Princesse et elle avait commencé à aller au deuxième étage... de ma maison. Juste après ça, Mylarka se leva aussi brusquement et tenta de la suivre, titubante.

Avant qu’elle ne touche le sol, j’avais réduit la distance entre nous et avais attrapé son corps.

« Hé, fais attention. Même la Douce Catastrophe perd-elle face à l’alcool ? » demandai-je.

« … M-Merci beaucoup… Ne t’inquiète pas, je suis juste un peu étourdie, » répondit Mylarka.

Mylarka s’éloigna immédiatement de moi et essaya à nouveau de monter les escaliers menant au deuxième étage, mais ses jambes cédèrent et elle tomba sur ses fesses.

« … Qu’as-tu mis dans ma boisson pour rendre mes jambes si instables ? » demanda-t-elle.

« Rien de spécial, » dis-je. « C’est juste que tu as trop bu. Veux-tu que je te guérisse de ça ? Cependant, pour faire ça, je dois te toucher au niveau du foie. »

« C-C’est correct… Le foie, hehe. Donc tu veux toucher mon ventre. Est-ce que tu penses à cela tout le temps ? » demanda-t-elle.

« B-Bien sûr que non, » répondis-je. « Je m’inquiète pour toi, alors je voulais juste que tu saches que je peux t’aider si c’est nécessaire... C’est tout. Je vais t’aider à monter ces escaliers. Cela ne me dérange pas si je dois te prêter mon épaule ou simplement te porter. »

« N-Ne me laisse pas le choix ! Ils sont presque les mêmes…, » déclara-t-elle.

« Alors, je vais vous porter. Vous n’avez pas à vous inquiéter, nos précédents combats appartiennent désormais au passé. Maintenant, je ne fais office que de serveuse, » déclara Verlaine.

« Ah... je-je n’ai pas dit que je ne voulais pas être porté par…, » déclara Mylarka.

Verlaine prit Mylarka dans ses bras et elle l’apporta jusqu’au deuxième étage. Qui sait ce qui lui était arrivé... Sa force était admirable. Tout comme Aileen, elle pouvait porter quelqu’un sans même transpirer.

Mylarka me regarda amèrement. Mais comme je ne pouvais pas la porter et ainsi sentir dans mon dos combien elle avait grandi, j’étais aussi déçu qu’elle.

J’avais décidé de respecter notre relation, mais même si l’on disait que l’amitié ne pouvait pas exister entre les hommes et les femmes, cette scène m’avait affecté.

La Choppe d’Argent avait fini ses affaires pour la journée.

J’avais alors éteint les lanternes éclairées par la magie. J’avais également vérifié si quelqu’un avait oublié quelque chose dans le bar, puis j’étais allé laver les assiettes et les verres usagés avec le Seigneur-Démon, et finalement, j’avais arrangé le nécessaire pour le lendemain.

***

Deux jours plus tard, en début d’après-midi, j’avais fini les préparatifs pour la demande de Timis et je l’avais attendue au bar.

Le dragon de feu n’avait toujours pas détruit beaucoup de choses, et nous pourrions dire que les citoyens vivant près de la forêt avaient presque l’interdiction de faire quoi que ce soit vis-à-vis de lui. Il aurait été bon que la menace ne s’aggrave pas, mais le dragon pourrait attaquer les humains s’ils le mettaient en colère, donc l’accès à la forêt était restreint.

Si la saison de reproduction des dragons de feu prenait maintenant fin, ils seraient simplement retournés dans sa région volcanique.

Mais si leur territoire manquait de nourriture, ils s’envolaient vers les hameaux voisins et commençaient à attaquer le bétail. Avant que cela n’arrive, il fallait s’occuper d’eux.

Alors que je pensais à la situation, la clochette avait retenti.

Elle annonça l’arrivée d’un « demandeur ». Dans notre cas, il s’agissait d’une chevalière portant un manteau brun foncé. Le brun était la couleur de mardi. Elle était entrée avec une femme-tigresse, et un homme qui ressemblait à un archer, et qui affichait une expression sérieuse.

En voyant la chevalière portant une armure sous son manteau tout en portant une lance sur son dos, j’avais senti... que quelque chose la concernant ressemblait à Manarina.

Je pouvais sentir sa fierté de la façon dont elle marchait avec sa poitrine gonflée.

Et je ne pouvais pas ne pas admirer la femme-tigresse se tenant près d’elle.

Elle était forte... Sa longue épée avait été faite par une technique de forgeage spéciale venant d’un endroit lointain à l’Est. Le tranchant de cette arme était vraiment au plus haut niveau.

Cela prouvait qu’elle était une « maître-épéiste ».

Ils m’avaient regardé, puis ils s’étaient assis au comptoir, mais ils pensaient que j’étais juste un habitué. La chevalière avait alors fait face à Verlaine.

« Est-ce bien la Choppe d’Argent ? Je suis de la chevalerie du Royaume d’Albein…, » commença-t-elle.

« Mademoiselle. Vous n’avez nullement besoin de vous présenter. Ici, c’est juste un endroit où les gens aiment boire, » répondit Verlaine.

En opposition à Manarina, Timis était trop sérieuse.

Elle avait même essayé de se présenter avant de déclarer les mots-clés. Ce n’était pas comme si c’était un problème, puisque j’avais déjà scellé la porte avec de la magie pour que personne ne puisse entrer.

« Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez commander ? » demanda Verlaine.

« Je voudrais un peu de lait. Sinon, s’il n’y en a pas, je voudrais ce que je peux boire uniquement ici, » demanda Timis.

« Très bien. Le mélange spécial de la maison est-il correct pour vous ? » demanda Verlaine.

« Tout à fait. Mais faites le juste pour moi, s’il vous plaît, » répondit Timis.

Après cela, la chevalière regarda calmement Verlaine.

Quand la barmaid lui fit un sourire, Timis laissa échapper un soupir de soulagement.

« Merci mon dieu ! Après tout, nous sommes au bon endroit, » déclara Timis.

« … Mademoiselle Timis, nous n’avons pas vraiment besoin de l’aide d’une guilde de banlieue comme celle-ci. Je vais tuer le dragon avec une seule frappe, » déclara la femme-tigresse.

« Je suis d’accord avec toi, Lia. Ce monstre ne serait pas le poids face à nous, » déclara Timis.

Après avoir entendu les commentaires des deux filles, j’avais pensé... que Cody avait vraiment des ennuis.

Timis était une aventurière de Rang-C qui n’était pas assez forte pour tuer un dragon, mais elle était convaincue du contraire.

D’une certaine manière, elle semblait aussi faire confiance à la femme-tigresse.

Elle était en effet une aventurière de Rang-A... mais cela signifiait simplement que son score était d’environ six mille.

Une équipe de six aventuriers de Rang-A pourrait atteindre un score de douze mille s’ils étaient très bien coordonnés. Dans ce cas, tuer un dragon deviendrait faisable.

Mais elle seule n’était nullement assez. Je devinais que l’homme qui n’avait pas encore parlé était un Rang-B.

Tout en les regardant, j’avais pensé à quel point l’ignorance et l’inexpérience étaient des choses effrayantes.

Timis elle-même débordait de confiance en soi, et ils avaient tous l’ambition de réaliser un tel exploit avec leur propre force.

« Mademoiselle Timis, quel genre de relation Mademoiselle Lia et cet homme pourraient-ils avoir avec vous ? » demanda Verlaine.

« Lia et McKinley sont mes gardes. Donc je les ai amenés avec moi aujourd’hui. Y a-t-il un problème avec ça ? » répondit Timis.

« Non, pas du tout. Afin de pouvoir accepter votre demande, nous devons vous demander des informations sur votre groupe. Rien de plus, » répondit Verlaine.

Je n’aimais pas qu’elle amène quelqu’un avec elle, mais j’avais deviné que c’était inévitable en tant que fille de la concubine du Roi. Comme elle était la chef d’une centaine de personnes, elle avait d’autres subordonnés, mais elle ne les apportait pas... Est-ce parce qu’elle ne voulait sacrifier personne ?

Pourtant, je devais admettre que Lia était remarquable. Elle n’était pas simplement à moitié une humaine et un tigre, mais une race complètement différente. Elle avait des oreilles de tigre couvertes de fourrure, mais elle ressemblait à un simple humain dans tout autre aspect. Elle avait environ la vingtaine, elle avait les cheveux courts et dans ses yeux calmes brillait une vive lumière.

Les femmes-tigresses avaient la même force et le corps solide des prédateurs. Son armure de cuir était composée uniquement d’un plastron, d’une pièce qui lui couvrait les hanches et des guêtres. Il s’agissait d’une armure légère pour une avant-garde, mais je devinais que c’était pour ne pas la ralentir.

Elle s’était probablement concentrée sur son agilité et avait favorisé une tactique d’attaque éclair. Infliger le plus de dégâts possible avant de se retirer. Elle avait un cache-œil probablement à cause de son travail de mercenaire avant de devenir la garde du corps de Timis.

Elle avait l’air si talentueuse que je la voulais dans ma guilde.

McKinley avait autour de mon âge, ou peut-être un peu plus vieux.

Bien qu’il n’ait pas enlevé son capuchon, il y avait une sorte d’ombre dans ses yeux.

Il avait une carrure moyenne et de bons muscles, et portait une lourde arbalète sur son dos... c’était donc un arbalétrier. Ses carreaux étaient plus grands que les arbalètes normales et l’arbalète pouvait être utilisée même contre les dragons.

Timis faisait confiance en leurs compétences, mais elle exagérait.

J’avais deviné qu’il s’agissait de la raison pour laquelle elle s’était portée volontaire pour la tâche... Faire confiance à ses compagnons était une bonne chose, mais si elle participait à un groupe comme celui-là, elle ne ferait que les retenir.

« Un collègue de confiance m’a dit que je pouvais trouver des informations ici, c’est pourquoi je suis venue, » déclara Timis. « Je n’ai pas besoin de main-d’œuvre, mais cela ne me gênerais pas de glaner quelques conseils au sujet de comment vaincre un dragon, tant qu’ils sont utiles. »

Ce collègue digne de confiance devait avoir été l’un des subordonnés de confiance de Cody.

Cette jeune chevalière n’avait toujours pas compris que le général de l’armée avait agi pour elle.

« Mademoiselle, vous n’avez pas à vous inquiéter, » répondit Verlaine. « Toutes informations que vous trouverez ici vous seront utiles. Si vous voulez vraiment tuer le dragon, vous devez nous promettre que vous suivrez en détail nos recommandations. »

Verlaine était debout devant elle. Le regard de Lia devint plus tranchant, mais elle garda le silence.

Timis y pensait, mais elle n’était pas assez imprudente pour retourner chez elle les mains vides.

« … Je dois le tuer par tous les moyens pour répondre aux attentes de ma mère et de mon père, » déclara Timis.

« Ma Dame…, » Lia s’inquiétait sérieusement pour elle.

Normalement, elle aurait dit à Timis que c’était impossible, mais satisfaire le désir de sa Dame était probablement important pour elle.

« Si vous faites ce que nous disons, vous reviendrez vivante et votre victoire sera garantie, » déclara Verlaine. « Vous pouvez accepter après que l’on vous aura expliqué la moitié du plan, mais... »

« Non, si vous parlez sincèrement, je vais accepter tout de suite, » répondit Timis. « J’ai seulement besoin d’écouter... mais l’information a un prix, donc je ne peux pas m’en aller ainsi après ça. Je m’excuse d’avoir été grossière. »

« Il n’est pas nécessaire de le mentionner, » déclara Verlaine. « Mais je suis contente que vous disiez cela. S’il vous plaît, asseyez-vous. Je vais vous apporter des boissons. »

Timis était trop confiante, mais elle était aussi assez posée pour écouter les conseils qui auraient augmenté ses chances de gagner. Si elle suivait le plan, elle allait à coup sûr remporter la victoire.

L’une des attaques de Lia allait frapper le point faible du dragon, et l’arbalète de McKinley aurait rendu tout cela encore plus facile.

Ces deux-là étaient une erreur de calcul fort agréable.

Tout serait réglé en fonction des négociations qui allaient commencer.

J’avais amené le verre à mes lèvres pendant que j’écoutais leur conversation.

***

Chapitre 8 : L’écologie du dragon de feu et le plan pour le subjuguer

La relation entre Timis, Lia et McKinley n’avait rien de spécial.

Trois ans auparavant, Lia avait été engagée comme garde du corps pour Timis, et McKinley avait été choisi pour cette expédition par l’ancienne guilde mercenaire de Lia.

Une guilde de mercenaires était différente d’une guilde d’aventuriers, à partir de rôle qu’ils prennent dans le cas où une guerre éclaterait. Bien que le pays ait rarement demandé la coopération des aventuriers, des mercenaires seraient envoyés sur n’importe quel champ de bataille si c’était rentable.

Une guilde de mercenaires accepterait n’importe quelle demande aussi longtemps qu’une somme d’argent suffisante était payée.

C’était l’une des raisons pour lesquelles ils ne pouvaient pas envoyer de requêtes aux guildes d’aventuriers.

Puisque ces deux types de guildes étaient clairement différentes, leur demander de travailler sur une seule requête était inconcevable.

Après que Timis avait fini de donner des informations sur son équipe, Verlaine avait commencé à expliquer le plan.

« Tout d’abord, je veux confirmer à quel point vous êtes au courant de l’écologie des dragons de feu, » déclara Verlaine.

« N’est-il pas évident que nous ne savons rien de tout cela ? Ce sont des monstres qui vivent dans la région volcanique, donc même les observer serait dangereux, » Répondit Timis, et exactement comme elle l’avait dit, ils étaient complètement désemparés.

Ils auraient pu tout simplement recruter une équipe d’aventuriers de rang A, ou même mieux, et tenter de tuer le dragon par la force brute.

Mais même dans ce cas, ils auraient été brûlés à mort par les flammes du dragon.

Nous devions prouver à Timis et à ses gardes qu’un plan était nécessaire.

Verlaine sortit un livre de sous le comptoir et laissa Timis lire sa couverture.

« ... “Comment tuer les Dragons pour les nuls”... ? » murmura Timis.

« Gh... Vous moquez-vous de Dame Timis ? Ce stupide livre ne nous aidera pas ! » rugit Lia.

Lia avait sauté sur ses pieds et elle avait immédiatement réduit la distance pour arrivé proche du visage de Verlaine.

Son tempérament était pire que prévu, mais le Seigneur-Démon avait enduré son regard ardent sans sourciller.

« L’auteur de ce livre... le Duke Solver est la personne la mieux informée sur les dragons de feu dans tout le royaume, » répondit Verlaine. « En suivant ce guide, même quelques aventuriers de rang B pourront tuer un monstre si puissant. »

« Le Duke Solver… ? Je n’en ai jamais entendu parler, » déclara Timis.

« Si vous dites la vérité, alors l’auteur..., ce Duke Solver serait très largement connu. En outre, ce livre serait vendu partout, » Lia s’était opposée à Verlaine.

Pourtant, même s’ils cherchaient ce livre ou son auteur en dehors de la guilde, ils ne trouveraient pas le moindre indice.

J’aurais dû être plus original et écrire avec un alias différent.

Le fait de garder mon sang-froid devenait une tâche difficile. Chaque fois que j’entendais ce nom, ma boisson risquait de tomber dans le mauvais sens.

« Ce type a-t-il lui-même le pouvoir de tuer un dragon ? » McKinley avait ouvert la bouche pour la première fois. Comme il était si taciturne, je pensais que son modèle de discours serait plutôt sévère, mais à la place, il parlait comme un jeune homme normal.

Vous ne pouviez pas juger un livre par sa couverture.

« Si c’est le cas, j’aimerais l’engager... mais je suppose que ça ne servirait à rien si Mamzelle veut gagner des mérites, » déclara McKinley.

« McKinley. C’est Dame Timis. Combien de fois dois-je te le dire avant que tu le comprennes, » répondit Lia.

« Oh, c’est vrai. Dame Timis. Je suis désolé pour mes mauvaises manières, » déclara-t-il.

Lia était trop sérieuse, et McKinley était un gars trop détendu.

Il avait finalement enlevé sa capuche. Ses cheveux étaient gris et noirs, et il ressemblait à un homme à part entière.

Timis sortit de sa poche un ruban et le tint avec ses lèvres alors qu’elle rassemblait ses cheveux dans un chignon. Elle avait ensuite pris le livre et l’avait ouvert.

Compte tenu de son expression solennelle, je devinais qu’attacher ses cheveux comme ça était son charme avant de prendre au sérieux quelque chose.

Ses mains tremblaient alors qu’elle continuait à feuilleter les pages.

« Comment... Comment a-t-il pu recueillir autant d’informations...? » murmura Timis.

Timis laissa Lia, qui était maintenant de retour à sa place, regarder les pages en feuilletant le livre. Elles étaient toutes les deux choquées.

« ... Un dragon de feu boit trois fois par jour et ne boit que de l’eau souterraine avec beaucoup de minéraux dissous dedans. Puisque les écailles d’un dragon sont comme sa peau, il faut les remplacer fréquemment, donc on peut deviner que les minéraux sont essentiels pour la croissance des écailles…, » Lia était tellement impressionnée qu’elle ne pouvait s’empêcher de lire à haute voix. McKinley était également ainsi après les avoir rejoints.

« Ce Duke Solver est incroyable... qui est-il vraiment ? » demanda Timis. « Il a tout observé sur les dragons de feu, analysant même ce qui n’est pas nécessaire pour qu’une équipe d’aventuriers en tue un, et a également donné des indices à ce sujet. Est-ce que ce type inouï a écrit ce livre pour votre guilde... ? »

Leur opinion sur Duke Solver était en plein essor. Cela aurait été une douleur s’ils considéraient le livre comme un tas de déchets, mais les choses semblaient aller bien jusqu’à présent.

« Comprenez-vous maintenant ? » demanda Verlaine. « Connaître les habitudes de votre ennemi vous fait choisir l’endroit idéal pour commencer votre combat. Savoir sa position exacte à l’heure à laquelle vous voulez frapper vous permet de faire plus attention à l’environnement. Le fait de connaître tout sur ses attaques est essentiel pour la bataille… Ne pas être au courant de ces choses réduit drastiquement vos chances de gagner. »

« … Honnêtement, je n’aurais jamais pensé à ça. Est-ce que cette guilde est spécialisée dans la destruction de dragons ? » demanda Lia. « Ou êtes-vous simplement intéressé par les gros monstres... ? »

« Non, nous ne le sommes pas. Nous voulons simplement répondre aux demandes de nos clients. Disons que nous avons ce livre par pure chance, » déclara Verlaine.

La vérité était que si nous n’avions pas tué le dragon qui avait attaqué la forêt deux ans auparavant, je n’aurais jamais écrit ce livre.

À cette époque, ma guilde n’avait que quatre aventuriers de rang B, et même si ma méthode était un peu imprudente, ils avaient réussi à gagner.

J’avais déjà vérifié que nous pourrions réutiliser la même stratégie.

Le moment où ce dragon buvait était différent, et la topographie de la forêt avait quelque peu changé, mais tout avait été pris en considération, ce qui en faisait le guide parfait pour cette occasion.

Pourtant, le retour de Timis indemne n’était pas certain. Elle devait augmenter son mauvais score... et devenir une aventurière de Rang-B.

« Barmaid, apportez à la Dame du meilleur lait. Oh, et je veux aussi une autre choppe, » déclarai-je avec force.

« Cela vient tout de suite, » répondit Verlaine.

Le meilleur lait était un cran au-dessus de ce que Manarina avait bu.

C’était du lait de Béhémoth. Grâce à la formidable vitalité du Béhémoth, ma magie de soutien avait atteint son apogée lorsqu’elle était infusée dans son lait. Si je n’avais pas utilisé ça, elle ne serait jamais devenue assez forte.

« … Du lait ? Je préfère boire quelque chose…, » déclara Timis.

« Ma Dame, ce serait mieux si vous ne pensez pas à boire. Pour le moment, concentrons-nous sur la demande, » répondit Lia.

« Et à vous, je vous offre aussi quelque chose. Je ne veux pas vous laisser en dehors de ça, » déclarai-je.

J’avais aussi commandé du rhum mélangé avec du sirop de grenade secret pour McKinley et du kotsuzake [1] de salamandre pour Lia.

Quand les verres furent placés devant eux, McKinley laissa échapper un murmure d’admiration, tandis que Lia était totalement déconcertée. Timis, contrairement à sa sœur, m’avait regardé et avait commencé à rire.

« Sérieusement, est-ce que je parais si jeune selon vous ? » demanda Timis. « De plus, l’âge ne compte pas pour les chevaliers. »

« Madame, vous êtes encore trop jeune pour l’alcool, mais vous êtes libre de manger des biscuits avec le lait, » dis-je.

« Si vulgaire. Bien que ce soit un bar, pensez-vous que vous pouvez négliger nos rangs ? » rugit Lia.

« Franchement, où est le problème ? » demandai-je. « Cet endroit est digne de confiance, et ce n’est pas comme s’il vous servait des boissons empoisonnées. Mais ce n’est pas comme si j’avais l’envie de les goûter pour m’en assurer. »

« … C’est correct, merci. Je suppose que cet endroit fonctionne comme ça, donc je dois juste supporter vos manières grossières, » déclara Timis, puis elle commença à boire un peu de son verre.

Cet endroit ne fonctionnait pas vraiment comme ça, mais la première étape était de la faire boire... parce qu’elle était maintenant presque deux fois plus forte qu’avant, même si j’étais le seul à le savoir. Être le bouclier de l’avant-garde est un fardeau énorme en soi, et Timis était également la plus faible de son groupe.

Les cookies furent servis dans ce but.

J’avais fait des biscuits d’érable en utilisant les noix grillées dans la pâte.

Le goût était considérablement meilleur si on le comparait aux simples noix rôties.

« Les cookies... Ça fait longtemps que j’en ai eu. Excusez-moi, mais j’en prends un... Mmh ~, » déclara Timis.

En la regardant, je pensais qu’elle pourrait être encore plus docile que prévu, ou peut-être qu’elle était tout simplement trop jeune et les informations du livre avaient fait qu’elle avait complètement confiance dans la guilde. Le fait de faire confiance à un étranger qu’elle n’avait jamais vu auparavant était différent.

« Délicieux. Sont-ils des biscuits à la noix ? » demanda Timis. « Je n’ai jamais ressenti ce goût avant. Ils ont une saveur si forte... »

« Mademoiselle, je suis contente qu’ils correspondent à votre goût, » Verlaine sourit tendrement tout en disant ça.

En voyant que Timis avait pris l’initiative de consommer à la fois la nourriture et le lait, ses gardes avaient commencé à l’imiter. McKinley semblait légèrement plus heureux, et l’expression sévère de Lia s’adoucit au moment où elle porta le verre à ses lèvres.

« Gh... La douceur de cette boisson réchauffe mes entrailles... Ce n’est pas mal, » déclara Lia.

« C’est sec, mais ça a bon goût, » déclara McKinley.

Les hommes-bêtes vivaient généralement dans des montagnes où la température était plutôt basse, alors ils demandaient aux nains de boire leurs boissons fortes et pouvaient aussi préparer eux-mêmes des boissons fortes. Peut-être qu’elle n’avait eu aucun problème à boire le kotsuzake de salamandre grâce à ça. C’était si fort que si j’en avais goûté, ça aurait fait brûler l’intérieur de ma gorge. Elle avait ensuite bu le reste d’un coup.

« Lia ! Je te dis toujours que si tu bois comme ça... tu vas gâcher ton corps, » déclara Timis.

« Je vous demande pardon, Ma Dame. Mais cette boisson était meilleure que prévu, » répondit Lia.

Les personnes qui aiment l’alcool devraient être les bienvenus dans les bars.

Tant qu’elles n’exagéraient pas, ça ne me dérangerait pas de les laisser boire autant qu’elles le voulaient.

L’alcool était bon dans les endroits où les demandes pouvaient être acceptées parce que cela pouvait aider les personnes à être plus détendues et à aplanir les négociations.

En fait, le visage de Lia était maintenant légèrement rouge, et son humeur s’était adoucie. Je savais que sa boisson était assez forte, et évidemment elle avait démarré assez vite sa consommation.

« De toute façon, nous ne sommes pas là pour boire. Devrions-nous lire ce livre pour tuer le dragon ? » demanda Timis.

« Oui, grosso modo. Mais laissez-moi vous avertir de quelque chose, » déclara Verlaine. « La méthode expliquée ici ne peut être utilisée que cette fois-ci, car l’environnement forestier change chaque fois qu’une telle rencontre a lieu. »

« Je vois. Un essai est tout ce dont nous avons besoin, » répondit Timis.

Et donc, les négociations étaient terminées... alors, oublions ça. Mais je ne pouvais pas les laisser partir de cette façon.

Je voulais les matériaux du dragon, donc je ne voulais pas qu’ils le massacrent.

« Nous avons une autre condition. Nous ne voulons pas que vous tuiez le dragon, mais nous voulons que vous essayiez de le capturer. La preuve du succès de Mademoiselle Timis sera l’une de ses écailles. Après la capture, vous laissez tout le reste à notre guilde, » rajouta Verlaine.

S’ils pouvaient le faire, Timis gagnerait encore plus de mérites. De plus, les chevaliers ne se souciaient pas vraiment des matériaux des monstres... donc ils accepteraient probablement la condition.

Comme prévu, Timis acquiesça et Verlaine lui montra le contrat.

« Je pensais combattre un dragon de feu sans rien savoir... Je vous suis reconnaissante de m’avoir fait prendre conscience de mon ignorance, » déclara Timis. « Lia est forte, mais j’ai encore un long chemin à parcourir... Je suis sans égal parmi les chevaliers de la même année, mais mon arrogance allait me tuer... »

« ... J’aimerais rencontrer ce Duke Solver. Seul un guerrier pourrait écrire quelque chose de si détaillé, » déclara Lia. « Je suis sûr qu’il est un maître des arts martiaux. »

« Le monde est vaste. Est-ce que Duke Solver passe de temps en temps ici ? » demanda Timis.

Verlaine se figea un bref instant... et sans regarder dans ma direction, elle plissa les yeux, encadrée par ses longs cils, et répondit avec un élégant sourire. « Oui, il vient souvent ici. Il aime les boissons alcoolisées, mais ne boit que des boissons bon marché. »

Cela dit, leur opinion sur Duke Solver était encore meilleure après ça.

Il semblerait que ce type était glorifié par eux, car il était si fort et humble.

Mais permettez-moi de le dire clairement : ce guide ne contenait que les connaissances de base et les grandes lignes de la procédure pour la tâche, de sorte que seul ça ne suffisait pas.

Ils devaient aussi connaître la Forêt de Belfon.

Le « plan de subjugation du dragon de feu » mis en place par « Duke Solver » devait être exécuté exactement comme il était décrit là.

Note

  • 1 Il est généralement fabriqué en rôtissant légèrement les arêtes de poisson pour faire ressortir les huiles et les saveurs, puis en les plongeant dans le saké chaud. On se demande comment Queue pourrait rôtir des os de salamandre…

***

Chapitre 9 : La Rune et le début de l’opération

Trois jours s’étaient écoulés depuis que nous avions accepté la demande de Timis.

Verlaine avait expliqué le plan en détail et avait apporté une carte et quelques pièces d’échecs sur la table afin de pouvoir le simuler.

« Cela ressemble à... un jeu de plateau, » déclara Timis.

« C’est plus comme une reproduction de la bataille, » déclara McKinley. « J’ai déjà gravé dans mon esprit comment le dragon de feu bougera, mais je ne sais pas si nous serons capables de... »

McKinley avait une énorme responsabilité sur ses épaules. La précision d’un aventurier de rang B n’était pas parfaite, mais elle était assez au point pour être classé comme tireur d’élite. Tout ce qu’il avait à faire était de tirer sur la bête après que Timis avait déclenché la bonne série d’actions.

« Si les choses ne se passent pas comme prévu, la protection de Madame deviendra ma priorité absolue. Cependant, je ne veux pas penser que tout cela sera fait pour rien…, » déclara Lia.

« Non, ne me traite pas comme ça, » déclara Timis. « Je suis déjà un obstacle... Je l’ai réalisée après la discussion sur la force du dragon de feu. Jusqu’à présent, j’ai vaincu des orcs et des monstres de bas rang, mais c’est totalement différent maintenant. Toujours, en le comparant à vaincre dix mille orcs... »

Tuer autant d’orcs serait possible avec une armée de mille hommes, mais cela pourrait être insuffisant pour vaincre un dragon. Un seigneur-orc apparaîtrait après un millier d’orcs, et même si Timis était une aventurière de rang B, cela pourrait être une bataille difficile.

Bien que si Lia était avec elle, ce serait facile.

« Madame Timis, pourrais-je vous poser une autre question ? Pourquoi êtes-vous si obsédée par le dragon ? » demanda Verlaine.

« … Parce que le fait d’en vaincre un est une nécessité pour moi, » répondit Timis. « Sinon, je ne peux pas devenir la vice-générale de l’armée. Puisque le général actuel a promis de rester pour toujours, le plus haut rang que nous pouvons viser est de devenir son bras droit. »

« Rang... c’est ça ? Pourquoi voudriez-vous obtenir ce titre ? » demanda Verlaine.

« Je veux... voir quelqu’un. C’est une personne que je respecte profondément et que je ne peux pas affronter avec courage, » répondit Timis.

Ce doit être une histoire d’amour... Étant donné son âge délicat, c’était probablement l’impulsion illogique de la puberté.

« Je suis responsable de la protection de l’héritière du trône et je brandis mon arme pour elle, elle qui s’est battue pour refuser son mariage et a magnifiquement gagné, » continua Timis. « Je veux voir ma sœur Manarina à la cérémonie... »

Je pensais qu’elle parlait d’un homme, mais il semblait que j’avais tort. J’avais deviné que ça aurait pu être Cody, mais bizarrement, il n’avait rien à voir avec les filles.

La mère de Timis et Manarina était différente, alors j’avais pensé que Timis aurait des sentiments complexes concernant sa sœur. Au lieu de cela, elle avait un profond respect pour la princesse.

« Je ne peux pas cacher que moi et la princesse Manarina ne sommes pas vraiment sœurs, » répondit Timis. « Ma mère est une roturière qui a accepté la protection de Sa Majesté et qui est enviée des concubines des autres nobles pour cela. Mais je crois que les choses peuvent changer si j’obtiens suffisamment de mérites. »

Ses yeux brillaient de détermination.

Si elle voulait voir sa sœur, je devais lui accorder son vœu. Pourtant, la situation entourant la mère de Timis était difficile à changer du jour au lendemain... mais pas impossible.

« Madame Timis, je comprends que vous avez plus que suffisamment de résolution, » répondit Verlaine. « Demain, nous allons exécuter notre plan. Reposez-vous aujourd’hui et préparez-vous pour votre combat. Je prierai pour votre succès. »

« Oui, Professeur ! Je voulais dire, Barmaid ! » répondit Timis.

« M-Madame... vous avez agi jusqu’à présent en tant que chevalière, et maintenant…, » déclara Lia.

« Hahaha, quel est le problème avec ça ? Ceci fait un moment que quelqu’un m’ait expliqué quelque chose, » commenta McKinley à la fin.

Quand j’avais demandé à propos de l’âge de Timis, j’avais constaté qu’elle n’avait que quatorze ans... elle était terriblement jeune. Être la tête d’une centaine de personnes à cet âge était impressionnant, et si elle réussissait, elle pourrait devenir une grande chevalière.

Après la fin des discussions, j’aurais aimé essayer de recruter à la fois Lia et McKinley... mais la fille-bête semblait très proche de Timis, alors je devais réfléchir à un moyen de l’amener à mes côtés.

À ce moment-là, je me rendis compte que j’avais presque oublié quelque chose.

J’avais tapoté sur la table deux fois avec mon doigt, et Verlaine m’avait approché en remarquant le signal.

Je lui avais remis un ticket pour une nouvelle commande et je lui avais insufflé cette magie.

Ses joues avaient rougi après avoir touché ma main, mais elle avait fait semblant d’agir normalement et était retournée auprès des autres après m’avoir apporté plus de collations et d’alcool.

« Madame Timis, avant votre départ, nous aimerions que vous fassiez autre chose, » déclara Verlaine. « Puis-je tracer une rune sur votre corps ? »

« Une rune... ? » demanda Timis. « Sera-t-elle utile de tuer le dragon ? »

« Oui. Mais elle doit être faite près de votre poitrine, » répondit Verlaine. « Nous avons une salle privée prête pour cela, alors pourriez-vous y entrer ? »

« … Est-ce vraiment nécessaire ? » demanda Lia. « Si c’est quelque chose d’étrange... »

« Ne t’inquiète pas, Lia, » répondit Timis. « Nous sommes toutes les deux des filles, il n’y a rien à avoir honte. »

Le fait d’utiliser une brosse aurait pu la chatouiller, mais dès que Verlaine eut fini d’expliquer la situation, elle escorta Timis jusqu’à la pièce.

« Moi et Lia n’en avons pas besoin ? » demanda McKinley.

« Q-Que dites-vous ? » s’exclama Lia. « McKinley, si tu oses fantasmer sur la silhouette de Madame alors que quelqu’un lui fait ça, je vais te couper en deux ! »

« E-Excuse moi ? » s’écria McKinley. « J’étais seulement curieux. Ne me regarde pas comme ça, s’il te plaît. »

Je savais ce que McKinley ressentait. Imaginer une elfe voluptueuse chargée de sex-appeal souiller la peau intacte d’un jeune chevalier était... étrangement une scène de charme.

La rune devait être tracée avec des outils spéciaux et elle aurait disparu dans quelques jours. J’aurais été inquiet si elle devait le faire elle-même, étant donné que son seul usage était de respecter ma parole envers Cody.

Je lui avais promis que j’aurais tout fait pour assurer la survie de Timis.

Il n’y avait pas besoin de l’utiliser s’ils exécutaient parfaitement le plan, mais les humains peuvent commettre des erreurs.

Même quand nous, les Enfants Miracles, avions combattu le Seigneur-Démon, nous avions presque été anéantis à cause d’une seule erreur... raison pour laquelle je n’avais jamais fait complètement confiance à quelqu’un.

Ce n’était pas une question de défiance, c’était simplement que je ferais n’importe quoi pour remporter la victoire.

« Au fait, Lia... qui est ce type qui nous a offert des boissons ? » demanda McKinley.

« ... Je pensais qu’il pourrait être lui-même Duke Solver... mais je suppose qu’il est juste quelqu’un de curieux, » répondit Lia.

« Duke…? Désolé, Mamzelle, mais je n’ai jamais entendu parler de lui, » m’exclamai-je. « Vous semblez avoir beaucoup de choses dans votre assiette, donc plus tard, je vais vous offrir quelque chose. »

« Oh vraiment ? Alors, je ne vais pas le gaspiller, » déclara McKinley.

« ... Je le savais, il ne peut pas être Duke. Il est juste un ivrogne, » répondit Lia. « Je m’inquiète pour Madame... parfois, cette elfe ne sourit pas sincèrement... J’espère qu’elle n’a pas de passe-temps bizarre... »

Lia avait commencé à bouger ses jambes... On aurait dit que les effets de l’alcool disparaissaient à cause de son inquiétude. La raison qui faisait qu’elle pensait tellement à Timis était un mystère, mais j’avais deviné que c’était parce qu’elle lui avait donné un chez-soi.

On m’avait directement demandé mon identité qui lui semblait bizarre, mais grâce à la Déesse, j’avais échappé au pire des cas... C’était bien que je sois un ivrogne, comme l’avait dit Lia.

Je me demandais comment les choses se déroulaient à l’infirmerie, alors j’avais attentivement écouté leurs paroles.

« Gh… »

« Vous ne devrez pas bouger, » déclara Verlaine. « Une fois que cette peinture touche la peau, elle ne disparaît qu’après un certain temps... Oui, restez immobile comme ça... Parfait... »

« ... C’est embarrassant, Mademoiselle la Barmaid... J’ai des muscles, contrairement à vous…, » déclara Timis.

« Un chevalier doit être fort, » déclara Verlaine. « C’est difficile d’avoir de tels muscles pour les filles, et vous êtes encore jeune... vous avez dû beaucoup vous entraîner. On dit que l’exercice va faire baisser le volume de la poitrine, mais le vôtre a bien grandi. »

« Ça me gêne quand je frappe avec mon épée, alors j’espère que ça ne va plus grandir... Est-ce que cette guilde accepte même ce genre de demandes ? » demanda Timis.

« Mon Maître sait comment les agrandir, mais je ne pense pas qu’il le fasse pour les réduire, » répondit Verlaine.

« Je-je vois... Comment peut-il les faire faire grandir ? » demanda Timis.

« Il utilise une technique appelée “la main droite de Dieu, la main gauche du Seigneur-Démon”. Puisque la croissance de la poitrine fait tomber une fille en transe, mon maître a acquis le surnom de “Le Cinquième Faiseur de Transes…”. »

« C-C’est impressionnant... Cette guilde est vraiment impressionnante d’avoir quelqu’un comme lui... et Duke vient aussi souvent ici…, » répondit Timis.

Sans moi, le Seigneur-Démon ne cessait de cracher des inepties. Je devais lui faire avouer franchement comment cette idée stupide avait traversé son esprit, mais c’était une autre histoire...

***

Le lendemain, j’étais assis au comptoir pendant que Timis et son groupe allaient commencer leur chasse.

Il était 6 h 30, donc il restait encore du temps avant d’ouvrir le bar. Pendant que Verlaine préparait tout, elle avait mis devant moi un verre de bière noire. Elle était plus précieuse que la bière noire habituelle, il était donc difficile de la trouver sur le marché. Je n’en buvais que quand j’en avais en stock.

Je portai la tasse à mes lèvres et sentis le liquide glacé couler dans ma gorge.

« Aaaah… »

« Maître, cette fois-ci, vous étiez encore plus scrupuleux que d’habitude…, » déclara Verlaine.

J’avais renforcé le corps de Timis avec ma Magie de Support quand elle avait bu le lait de Behemoth.

C’était vraiment précieux, alors je n’en avais pas donné aux deux autres... mais accepter la demande nous aurait rapporté beaucoup d’argent. Il était normal qu’un pro gagne suffisamment pour couvrir les dépenses.

« La stratégie est importante, tout comme les effets de ce qu’ils ont consommé, » dis-je. « Maintenant, tout dépend de leurs capacités. »

« Maître... la nuit dernière, j’ai senti que votre Pouvoir Magique diminuait. Devrais-je penser que mes sens m’ont trompé ? » demanda Verlaine.

J’avais souri et n’avais pas répondu. Verlaine était le Seigneur-Démon, elle remarquerait un changement dans le Pouvoir Magique de quelqu’un en un instant.

« Ça fait cinq ans depuis notre bataille... les Enfants Miracle sont vraiment effrayants, » déclara-t-elle. « Même avec votre puissance diminuée, je... »

« ... Verlaine, écoute-moi, » dis-je. « Je veux juste boire comme d’habitude. Alors, parle-moi à nouveau dans une heure. »

L’elfe blonde avait réfléchi à mes paroles puis elle avait lentement compris ce que je voulais dire... puis avait souri.

« Ne vous inquiétez pas, Maître, » répondit-elle. « Même si votre cœur n’est pas là, je ne volerais pas le talisman. »

« … Merci. Je compte sur toi…, » dis-je.

« C’est peut-être une mauvaise blague, mais... nous sommes seuls jusqu’à l’ouverture du bar, » déclara Verlaine.

« Plus ou moins... alors tant que je n’encaisse pas de choc…, » dis-je.

Après avoir fini de boire, ma conscience s’était dissipée en un instant. Il n’eut aucun autre effet visible.

Et bien sûr, ce n’était qu’une coïncidence que Timis et son équipe aient commencé leur opération à ce moment précis.

***

Le groupe pour tuer le dragon s’était levé et s’était préparé très tôt.

Ses membres étaient entrés dans la forêt de Belfon et avaient observé l’environnement exactement comme ils étaient censés le faire, puis avaient renforcé leur détermination et s’étaient dirigés vers leur destination réelle.

J’ai mémorisé le contenu du livre et chaque mouvement du jeu de plateau. Je vais réussir à coup sûr, Timis se répétait ça dans son esprit alors qu’elle continuait à marcher dans la forêt.

Lia et McKinley étaient également silencieux depuis un certain temps maintenant. Le fait de marcher sur le territoire d’un dragon de feu les rendait même nerveux.

Alors qu’ils se déplaçaient, ils se répétaient les paroles de Duke Solver.

Pendant la saison de la reproduction, le dragon mâle quittait la forêt et retournait à son nid dans la région volcanique. C’était le bon moment pour frapper, puisque la femelle restait seule.

Elle faisait le nid dans une grotte forestière et y pondait son œuf. Dès qu’il était posé, il éclorait. Les dragons laissaient grandir en eux leurs œufs et les déposaient donc juste avant leur éclosion.

Le dragon femelle avait tout de suite besoin de nourrir son bébé, alors elle allait à la chasse. Dans son troisième mois, le nouveau-né allait déployer ses ailes et apprenait à voler sur de courtes distances, jusqu’à ce qu’il atteigne le dos de ses parents. Ensuite, la pénurie de nourriture de la région volcanique devrait être terminée, et ils y retourneraient.

Même si les humains n’avaient pas étendu leur territoire, un conflit avec ces envahisseurs était inévitable. Les dragons de feu agissaient par pur instinct et étaient des créatures assez dangereuses, ils devaient donc être chassés.

Combattre le dragon était déjà assez difficile... mais il fallait en plus le capturer...!

6 h 34.

Le dragon était sorti de sa caverne et avait commencé à chercher de la nourriture et de l’eau.

6 h 36.

Au moment où le dragon avait atteint l’eau, Timis et ses compagnons avaient été cachés derrière des buissons, couverts par un manteau et prêts à agir à tout moment.

C’était alors que Timis sentit quelque chose proche de sa poitrine... et une petite lumière jaillit de son armure.

« Quoi ?! Q-Qu’est-ce que c’est... ? » s’exclama-t-elle.

« ... Un insecte lumineux ? » demanda Lia. « Ils vivent dans cette forêt, donc je suppose que c’est entré dans votre armure. »

« Et il est allé se loger dans son plastron, chanceux b... je veux dire... Rien, » déclara McKinley.

Alors qu’il essayait d’exprimer sa pensée, Lia lui lança un regard noir. Timis regarda brièvement la chose brillante qui flottait simplement dans les airs, puis l’ignora.

Le dragon déploya ses ailes et les étira, exactement comme le livre le décrivait.

Le sol avait tremblé chaque fois qu’ils les avaient battues, et la bête, cinq fois plus grosse qu’un humain, avait tendu son cou vers l’eau qui s’échappait d’un rocher voisin et avait commencé à boire.

« C’est... vraiment énorme. Et nous sommes censés le faire tout seuls... ? » demanda McKinley.

« McKinley, ne parle pas trop ou il nous remarquera, » déclara Lia.

« D’abord, je vais attirer son attention, alors procédons comme prévu, » déclara Timis. « McKinley, je compte sur vous. »

« Bien sûr, » répondit McKinley. « Nous portons le fardeau le plus lourd, mais Madame devrait aussi faire attention. »

Ils avaient tous hoché la tête. Après que Timis eut demandé à Lia de l’eau pour qu’elle puisse mouiller sa gorge sèche, elle avait suivi le plan et s’était précipitée hors du buisson.

Le dragon de feu l’avait remarqué et s’était ainsi retourné. En la voyant tenir une lance, il ouvrit sa large bouche pour faire retentir son rugissement dans la forêt.

« Maintenant, McKinley ! » cria Timis.

Il avait stabilisé son arbalète et aiguisé son regard. Il visait la bouche de la bête... avait de tirer sur la gâchette.

Alors que le carreau volait vers sa cible, le chevalier avait sauté hors de sa trajectoire.

Dans le mille.

« Guoooh... Gah, goh! »

McKinley avait tiré un Carreau Silencieux, une des munitions que lui avait confiées la Choppe d’Argent, et avait scellé la voix du dragon.

Ce fut au tour de Lia, qui avait jailli des buissons tout en dégainant son épée.

Elle se précipita vers le dragon comme un tigre qui sautait sur sa proie.

« Aaaah! » cria-t-elle.

La couche épaisse d’écailles sur les ailes du dragon aurait pu ébrécher la lame, mais elle avait visé sa jambe... et avait frappé.

« Goooh… ! »

Une attaque puissante trancha dans sa chair, faisant presque perdre l’équilibre au dragon. Comprenant qu’il était en danger, il battit puissamment des ailes, et une pression du vent effrayante arrêta l’assaut de Lia, la forçant à faire quelques pas en arrière.

Mais ce n’était que le début.

Mais ces trois-là croyaient en leur victoire.

Le dragon s’était lentement élevé dans le ciel, essayant de s’échapper.

Timis le regarda tourner dans le sens des aiguilles d’une montre avant de se diriger vers sa destination.

Normalement, cela aurait signifié la fin de la bataille, car les dragons étaient trop rapides pour être rattrapé à pied, mais cela ne s’appliquait pas si le chasseur savait où il allait.

« Madame, il tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, alors il doit aller à…, » commença Lia.

« Oui, exactement où le livre le dit... Allons-y ! On se dépêche ! » cria Timis.

Ils hochaient la tête avant de commencer leur poursuite alors que la petite lumière qui avait jailli de l’armure de Timis commençait à les suivre.

***

Chapitre 10 : La furie du dragon et l’insecte lumineux

Le premier livre de Duke Solver, « Tuer un dragon pour les nuls ».

Le plan pour l’assaut était expliqué en détail dans le deuxième chapitre.

Tout d’abord, le dragon ne fera pas attention à son environnement quand il boit.

Les dragons de feu ont une vue aiguisée, mais leur champ de vision n’est pas large, ils ne peuvent donc pas voir les ennemis approcher sur leur côté ou dans leur dos.

Ils ne vous remarqueront pas tant qu’ils ne regarderont pas dans votre direction.

Ils sont spécialisés dans les attaques frontales, et leurs pattes antérieures sont assez développées.

Ils essaieront de vous frapper avec leurs griffes, mais s’ils pensent qu’ils vont être attaqués par-derrière, ils balanceront leur queue pour vous écraser, et cela même sans regarder.

Leur queue présente des écailles saillantes comme des épines, mais c’est l’ingrédient parfait pour une soupe vraiment étonnante... Maintenant, revenons à l’assaut.

Une fois que le dragon vous remarque, il rugira pour appeler son compagnon, et cela, peu importe si l’autre dragon de feu n’est pas proche.

Sceller sa voix avec une Flèche Silencieuse la mettra dans la confusion pendant plus ou moins dix secondes, et c’est le moment où vous devriez frapper. Un aventurier puissant peut mettre fin à la bataille dans ce laps de temps, mais de toute façon il est recommandé de faire autant de dégâts que possible.

Les écailles sont relativement fines à la base de sa queue, sur ses côtés, sur ses pattes et sur son cou.

Une fois qu’il a subi trop de dégâts, il peut se déchaîner et augmenter la température dans son environnement. Lorsque cela se produit, l’herbe, les arbres, les buissons et tout ce qui peut brûler à proximité peuvent s’enflammer, il serait donc préférable de le finir avant cette phase.

Il est recommandé de viser ses jambes avec une arme tranchante, et si vous parvenez à couper à travers sa chair, le dragon essaiera de s’échapper en vol.

Si elle tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, sa destination est la colline dans la partie nord-est de la forêt.

S’il tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, il se dirigera vers la rivière dans le sud-est et il écrasera tout avec son lourd corps.

Après l’atterrissage, il va sûrement inspecter son corps pour confirmer son état.

À ce moment-là, sa tête serait une cible facile, donc charger de front et la frapper avec une arme contondante ou un bouclier l’étourdirait probablement pendant quelques secondes.

C’est là que vous devriez frapper à nouveau.

Si vous ne terminez pas la bataille à ce moment-là et que le dragon a assez de temps pour récupérer, vous devez être prudent et le terminer dès que vous le pouvez. Compte tenu de la structure de ses jambes, il est difficile pour lui de donner un coup de pied latéralement, donc il le ferait seulement en volant. L’attaquer sur les côtés va certainement grandement le blesser et vous garder plus en sécurité.

Il vaudrait mieux recouvrir vos armes avec du poison paralysant ou somnifère.

Ses coups deviendront plus féroces dans son assaut final, donc si vous ne gênez pas ses mouvements, des incidents inattendus pourraient survenir.

Le porteur de bouclier doit agir comme un leurre, et si l’archer ou l’avant-garde reçoit trop de dégâts et qu’ils sont dans une situation difficile, la personne en soutien doit penser à faire attention au prochain mouvement.

Les attaques du dragon sont extrêmement puissantes, mais il y a une grande chance de parer le premier. Pourtant, étant donné l’énorme force de ces coups, bloquer même l’un d’entre eux pourrait mettre votre vie en danger.

À ce stade, la difficulté de la bataille monte en flèche, alors vous devriez terminer la bataille avant cette étape. Seule une équipe d’aventuriers au-dessus du Rang S peut faire face à l’assaut d’un dragon de feu.

Tout était affreusement précis. C’était comme si l’auteur avait lu les pensées du dragon.

Se répétant tout le processus dans leur tête, Timis et son équipe avaient fait le chemin dans la forêt et s’étaient cachés, en attendant que le dragon arrive à destination.

Dès qu’il avait atterri, Timis avait chargé et avait frappé sa tête avec son bouclier.

« Eeei! »

« Grrrhhh… ! »

Le choc produisit un important son, et le dragon recula. Lia dégaina son épée et commença à effectuer un nouvel assaut, tandis que Timis réalisa le succès de son attaque.

« C’est la fin ! Aaah! » Avec suffisamment de confiance, la femme-bête avait frappé de toutes ses forces le corps sans défense du dragon de feu, percutant son armure d’écailles. Voyant que ses attaques étaient efficaces, elle avait poussé ses compétences à la limite et avait frappé avec son épée à plusieurs reprises comme si elle dansait.

« Je vais aussi aider ! Yaaah! » Timis visait le côté du dragon et le poignarda... mais elle ne pouvait pas percer ses écailles.

Faisant confiance aux paroles du livre, elle essaya alors de frapper de toutes ses forces la partie inférieure du corps de la bête.

« Ghaaawr ! »

Mais cette fois, c’était efficace et le dragon recula, donnant à McKinley une chance de lui tirer dessus à plusieurs reprises. Son travail était de continuer à tirer des flèches empoisonnées pour émousser les actions du dragon. Au début, elles avaient rebondi sur ses écailles, alors il avait visé les entailles que Lia ouvrait dans la chair du dragon.

« On peut gagner... si on continue comme ça... ! » Mais pendant que McKinley rechargeait, quelque chose d’inattendu était arrivé.

« Grraaaaaaa ! » Même s’il aurait dû être assommé, il avait essayé d’arrêter l’assaut des filles en battant des ailes, et cette fois-ci, c’était encore plus violemment qu’avant.

« Aaah! »

« Mademoiselle ! »

La pression du vent avait pris Timis au dépourvu, et maintenant que sa défense était grande ouverte, le dragon s’était retourné et avait balayé avec sa queue tout ce qui était à porter.

« GH ! » La réaction de Lia fut instantanée.

Elle avait frappé le sol avec ses pieds, réduisant d'un coup la distance entre elle et Timis, puis elle avait repoussé la chevalière... et avait encaissé l’attaque du dragon. Son flanc avait été labouré par les écailles, et l’instant suivant, la douleur s’était répandue dans tout son corps alors qu’elle était emportée au loin.

« Merde ! Comment cela a-t-il pu arriver ? » Perdant son calme, McKinley avait perdu son objectif de vue et avait raté sa cible.

Le dragon avait récupéré tous ses sens. Les flammes de la colère faisaient rage dans ses yeux, et ses écailles étaient devenues rouges. L’air autour de lui avait commencé à se déformer et scintiller à cause de l’extrême chaleur.

Les coups de bêtes étaient vraiment dévastateurs.

La douleur insupportable qui courait dans le corps de Lia en était la preuve.

En plantant son épée dans le sol, l’amazone avant réussit à se relever et à appuyer sur sa blessure, bien consciente qu’elle ne serait pas capable d’arrêter la prochaine attaque avec une seule main.

« Mademoiselle, courez… Laissez-moi ici… ! » cria Lia.

« Impossible ! Je peux parer l’un de ses coups ! Lia, tu dois courir ! » Cria Timis.

« GH… Vous ne pouvez pas ! Le dragon est maintenant dans une frénésie... son prochain coup sera beaucoup plus fort que ça... ! » déclara Lia.

« S’il vous plaît, pardonnez mon égoïsme, Lia. Mais je ne vous laisserai pas mourir ! » cria Timis.

À cause de la blessure, Lia ne pouvait pas arrêter Timis comme elle aurait voulu le faire.

Tout en brandissant son bouclier, Timis chargea la bête enragée.

Ils auraient pu gagner si les choses ne s’étaient pas passées comme ça.

Mais comme l’aurait fait une bête, le dragon se battait maintenant avec sa vie et celle de sa progéniture en jeu.

Mère… père… Pardonnez-moi, mais j’ai échoué...

« Ne vous rendez pas ainsi ! Avez-vous oublié ce qu’il y avait dans le livre ? »

« Nh ?! »

Une voix masculine résonna dans la tête de Timis. C’était une voix familière, mais elle ne savait pas à qui elle appartenait.

Dans son cœur qui avait déjà accepté la défaite, son esprit combatif réapparut.

Elle avait jeté sa lance et brandi son bouclier à deux mains, quand...

« Grraaaaaaa ! » Le rugissement féroce du dragon secoua la forêt. Tout le corps et l’âme de Timis furent secoués, mais elle avait continué à charger, tenant fermement son bouclier avec foi.

***

Ils pouvaient entendre le doux bruit de l’eau qui coulait.

Une lumière chaude les caressait, et la position du soleil dans le ciel suggérait qu’il était midi.

Cela ne fait pas longtemps depuis le début de l’opération.

Au début, tout s’était bien déroulé.

Le dragon avait fui, ils l’avaient pourchassé, l’avaient combattu..., puis, ils avaient été poussés dans un coin.

« GH… Lia ! McKinley ! » Timis avait appelé le nom de ses camarades après qu’elle eut sauté sur ses pieds, puis elle regarda autour d’elle.

Sur le sol se trouvaient sa lance et son bouclier... près d’eux, Lia, et pas loin, cachée dans un fourré, se trouvait McKinley, face cachée.

« Lia... Je suis tellement contente... Tellement heureuse que tu sois en vie…, » s’exclama Timis.

« Ma… demoiselle…, » murmura Lia.

Elle avait dû perdre une quantité considérable de sang, mais ses blessures étaient maintenant fermées.

Une capacité de régénération des femmes bêtes était remarquable, et toutes les blessures normales se refermaient relativement rapidement. Timis était tellement soulagée de voir que Lia était en sécurité, que des larmes de soulagement coulèrent sur ses joues.

« Les chevaliers ne devraient pas... pleurer devant tout le monde... Les militaires ne doivent pas... laisser transparaître leurs émotions…, » balbutia Lia.

« Oui... je sais, Lia... désolé... » La femme-bête avait faiblement souri face à ce que Timis venait de lui dire.

À l’instant d’après, le sang de Timis se figea dans ses veines.

Où était le dragon ? Elle avait lentement tourné la tête.

Son cœur avait presque cessé de battre à ce moment-là. Même si elle comprenait la situation, un mélange de soulagement et un sentiment inconnu enveloppaient sa poitrine.

Si le dragon se dirige vers le bord de la rivière et que vous lui infligez assez de dégâts, vous pouvez l’attraper dans un piège. C’est ce que le plan de Duke Solver avait dit.

Proche de la rivière se trouvait la « forêt des chasseurs ». Et là-dedans, vous trouviez de nombreux pièges qui avaient été laissés là.

Le dragon affaibli avait marché sur un piège de type « Fixation » et avait été pris dedans.

S’ils devaient le tuer, c’était maintenant la chance parfaite.

À la place, s’ils devaient le capturer, ils auraient dû lui renvoyer leurs flèches empoisonnées restantes. Quand le poison pénétrait dans la circulation sanguine, le dragon devrait ainsi tomber dans un profond sommeil pour se remettre de son effet.

Alors, a-t-il activé le piège... et McKinley a-t-il tiré... ? Non, c’est faux... C’est impossible…

En face d’elle se trouvait le dragon, endormi et lié par la magie.

Le bouclier de Timis ne présentait pas de fissures ou d’égratignures. Il était encore intact.

En outre, elle se sentait parfaitement bien, comme si elle n’avait reçu aucun coup.

Si McKinley avait terminé cela tout seul, pourquoi se coucherait-il face cachée dans un fourré ?

Peut-être que quelqu’un d’autre était autour d’eux ? Non, c’était impossible.

Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de penser que quelqu’un les avait aidés.

Elle avait regardé autour d’elle à la recherche d’une réponse, et...

« Un insecte lumineux... ? »

Il était sorti de son armure quand leur premier assaut était sur le point de commencer, et Lia l’avait rassurée en disant qu’ils vivaient dans la forêt.

« ... Ne me dis pas... »

Elle avait mis une main sur sa poitrine. La rune était-elle toujours là ?

Elle voulait le découvrir tout de suite, mais elle ne pouvait pas simplement enlever ses vêtements dans un tel endroit, alors elle avait pour l’instant abandonné l’idée.

Cette rune avait été dessinée sur sa poitrine pour les aider dans leur mission.

Et si cela s’activait au moment où ils allaient être vaincus ?

La forêt des chasseurs. Les flèches empoisonnées de McKinley ne se trouvaient nulle part.

La dernière charge de Timis…, Lia et elle-même étaient sauve.

Tout était étrange.

« Duke Solver… est vous… ? » Au moment où elle avait parlé à l’insecte lumineux, il avait disparu comme s’il n’avait été qu’une illusion.

Et ensuite, les sons de la forêt et de l’eau qui coulait l’avaient sorti de ses pensées.

Tout en étant encore confuse, Timis ramassa l’écaille du dragon qui s’était détachée lors de l’assaut de Lia et la plaça près de sa poitrine, pensant à quel point ce cadeau était précieux.

Et enfin, elle se souvint de ce qui était écrit dans la dernière partie du livre.

Pour que ce plan soit couronné de succès, le groupe ne devrait pas avoir plus de quatre membres. Essayer de combattre un dragon avec plus de quatre personnes le ferait cracher son souffle enflammé afin de réduire le nombre de ses ennemis, donc c’est plus sûr de le faire avec quatre personnes ou moins.

Mais je vous suggère fortement de faire appel à un quatrième membre si vous songez à combattre le dragon avec trois personnes.

Bien sûr, ce n’est qu’une opinion, alors n’hésitez pas à l’ignorer.

« … Monsieur Queue… »

Peut-être que cela n’était pas lui, mais elle ne pouvait penser à personne d’autre.

Un sentiment semblable à l’admiration qu’elle éprouvait pour sa sœur aînée, mais un peu différente, avait fleuri dans le cœur immature de cette jeune chevalière inexpérimentée.

***

Chapitre 11 : Les genoux du Seigneur-Démon et les sœurs royales

Ma tête reposait sur quelque chose de doux.

Quelqu’un me caressait comme si cette personne me peignait les cheveux en produisant un doux contact.

C’était tellement agréable que je voulais me rendormir, mais je devais y résister.

« ... Je savais que tu allais poser la main sur moi pendant que je serais inconscient, ancien Seigneur-Démon, » dis-je.

Quand mes paupières purent enfin se soulever, j’avais vu les cheveux couleur de lin de l’elfe et son expression malicieuse.

J’avais deviné qu’elle avait pris le siège à côté du mien et qu’elle avait déplacé mon corps pour faire reposer ma tête sur ses genoux. On dirait que la douce sensation présente sous ma tête était les cuisses de Verlaine.

Elle souriait avec tendresse, mais un voile d’inquiétude assombrissait son visage alors qu’elle ouvrait la bouche. « Quelle honte... j’espérais que l’expédition durerait encore un peu plus longtemps. »

« … Je devais m’en occuper, mais je suppose que tu le sais déjà. Combien de temps ai-je dormi ? Une heure ? » demandai-je.

« Non, pas tant que ça, » répondit Verlaine. « Tu étais en dehors de ton corps pendant un maximum d’une demi-heure. »

« Je vois. Dans ce cas, nous avons encore du temps avant d’ouvrir le bar, » dis-je.

J’avais essayé de me lever, mais le Seigneur-Démon avait attrapé mon épaule et m’avait ramené sur ses genoux.

« ... Puis-je me lever, s’il te plaît ? » demandai-je.

« Pourquoi ne pas nous reposer un peu plus ? » demanda Verlaine. « Je suis fatiguée à cause de notre emploi du temps quotidien. Si je ne me repose jamais, j’ai l’impression de vieillir plus vite. »

« Me fais-tu reposer sur tes genoux afin de ralentir ton vieillissement ? » demandai-je. « Tes jambes ne seront-elles pas engourdies ? »

« Penses-tu que je ne peux pas supporter ça ? » demanda Verlaine. « Ne suis-je pas l’ancien Seigneur-Démon ? »

En effet, elle l’était. Mais si la situation continuait, même un génie comme moi aurait réagi comme un homme.

« Comment était-ce ? » demanda Verlaine.

« De quoi est-ce que tu parles ? ... Je suppose qu’il est inutile de jouer à l’idiot avec toi, hein, » dis-je.

« Je suis celle qui a lancé la magie, alors je sais que quelque chose est arrivé, » répondit Verlaine. « Ne t’inquiète pas, je ne dirai rien à Timis ou à son groupe. S’ils remarquent quelque chose, ce serait à cause d’une erreur que tu auras faite. »

« Tout ira bien. Ils m’ont appelé “insecte lumineux.”, » dis-je. « Eh bien, c’était en fait mon apparence à ce moment-là. »

Les lèvres de Verlaine se plissèrent en un sourire.

« C’était sûrement ton avatar... mais je crois qu’ils n’imagineront jamais qu’il avait la force d’un aventurier de Rang SS là-dedans, » déclara Verlaine.

La rune que j’avais fait inscrire sur Timis par Verlaine avait servi à activer le sort d’invocation appelé « Petit Esprit ».

Il avait divisé ma puissance afin de créer un corps inférieur, que je l’avais formé pour prendre l’apparence d’un petit orbe de lumière.

Il serait quasi impossible de discerner la différence entre ça et un véritable insecte lumineux.

J’avais déplacé ma conscience vers le petit esprit, qui avait un score de cinq mille points et qui pouvait s’élever à vingt-cinq mille grâce à la magie curative et la magie de soutien. Avec lui, j’avais surveillé la progression de Timis et de son groupe.

Verlaine avait à nouveau commencé à parler. « On dirait que tout s’est bien déroulé. Allons-nous voir maintenant comment le dragon se porte ? »

« Non, laissons ça aux membres de notre guilde. J’ai déjà tout arrangé, » dis-je.

« Je vois... Tu as même pensé à les faire sauver Timis par nos membres si les choses allaient mal, n’est-ce pas ? » demanda Verlaine.

« Non, cela aurait été une mauvaise chose si c’était arrivé. Dans ce cas, tout aurait été fait pour rien, » dis-je.

Après avoir dit ça, j’avais essayé de me relever, et cette fois Verlaine ne m’avait pas arrêté.

Elle n’avait pas l’air satisfaite, mais nous ne pouvions pas rester comme ça pour toujours.

« ... Eh bien ! J’aurais dû endurer tout cela un peu plus longtemps. Seulement un peu plus, » dis-je.

« Je le savais... tu les protégeais, n’est-ce pas ? » déclara Verlaine. « Mais pourquoi as-tu l’air si déprimé ? Tout s’est passé comme prévu, non ? »

« Non, je n’aurais pas dû moi-même en finir avec le dragon, » répondis-je. « On m’a demandé de leur faire acquérir de l’expérience, alors ils auraient dû le faire par eux-mêmes. Au lieu de cela, j’ai fini la bataille pour eux, et ils vont uniquement prendre des mérites pour tout cela. »

Ils avaient encore une chance de victoire, et cela même si Timis devait être touchée par le dragon de feu, mais je ne pouvais pas supporter cette situation plus longtemps et j’étais intervenu juste avant que cela n’arrive. J’aurais dû attendre et endurer cette vision comme un véritable professionnel.

« Je vois... De toute façon, si tu n’avais pas amélioré leur résistance au feu, les filles auraient été brûlées à mort simplement en se tenant près du dragon de feu, et si la présence de McKinley n’était pas obscurcie par le sirop de grenade, le dragon l’aurait visé avant même le premier tir, » répondit Verlaine. « Le plan n’a-t-il pas bien fonctionné jusqu’à la fin ? »

L’air entourant le corps d’un dragon de feu était toujours brûlant, et pas seulement quand il devenait fou... Les filles pouvaient l’approcher seulement grâce aux noix grillées et au kotsuzake de salamandre qu’elles avaient consommée ici.

« De plus, si tu n’étais pas intervenu, ils seraient morts, non ? » demanda Verlaine. « Si l’on y réfléchit bien, ton intervention était essentielle. Maître, tu es une personne froide et un observateur pointu, mais il est naturel que certaines choses t’amènent à agir. »

« ... Quoi qu’il en soit, je veux trouver un moyen d’annuler les mouvements aléatoires d’un dragon de feu, » déclarai-je.

« Plus de recherches... ? » demanda Verlaine. « Le livre est-il encore incomplet même s’il contient autant d’informations ? C’est presque parfait, n’est-ce pas suffisant ? »

Si c’était parfait, je n’aurais pas eu à agir.

Pour satisfaire toute demande, je devais tout préparer.

Heureusement, j’avais prévu de garder en observation le dragon à partir de maintenant.

La clochette de l’entrée retentit.

Nous n’étions pas encore ouverts, mais un client était entré... et avait pris le siège à côté de moi.

Il portait un pardessus vert.

« Merci pour votre parrainage continu. Je viens de la compagnie Veltem. Je suis ici afin de livrer ce que vous avez demandé, » annonça la personne.

Verlaine avait apposé sa signature sur les reçus que l’homme avait mis sur la table. Son nom était Joyce Veltem, et il était mon fournisseur de boissons et de nourriture... ou plutôt, il s’agissait de son travail principal. Derrière cette façade, il était un marchand de biens rares qui n’étaient généralement pas vendus dans la capitale.

Joyce avait commandé du rhum et avait parlé avant d’en boire. Les gens ne buvaient généralement pas le matin, mais cela n’avait pas d’importance pour lui. « Monsieur, il y a quelque chose dont je voudrais vous parler. J’ai embauché un gestionnaire et ai commencé à préparer l’environnement. »

« Merci. Certains gars de confiance vont déplacer le dragon de feu et sa progéniture, » répondis-je. « Y a-t-il assez de nourriture pour eux ? »

« Oui. Je suis allé voir l’endroit et c’est vraiment très bien installé, » répondit-il. « Si joli que je commence à comprendre pourquoi ils ont choisi une forêt où les hommes vivent. »

« Je pense que les gens ont plus de raisons d’y aller comparer à un dragon de feu, » répondis-je. « Cette forêt ne devrait pas avoir quelque chose de si spécial que ça. »

« Je ne suis pas certain, » répondit-il. « De toute façon, vous avez vraiment bien pensé à tout. Un dragon de feu en pâturage dans une forêt protégée par les humains... c’est tout à fait un paysage improbable. »

En entendant cela, Verlaine avait écarquillé ses yeux pendant un moment. Elle avait compris de quoi nous parlions, mais elle avait continué la procédure pour acheter des marchandises sans émettre le moindre son.

« Les matériaux des dragons sont toujours demandés, mais ils sont trop chers. Une seule écaille vaut cinquante pièces d’or, et cela même s’il est facile de les ramasser quand elles sont remplacées par de nouvelles écailles, » déclara Joyce.

« Il n’y a pas de différence entre la valeur des anciennes et celle des nouvelles. Ou plutôt devrai-je dire que les anciennes sont encore meilleures, compte tenu de leur robustesse, » répondis-je.

Joyce avait bu du rhum avant de laisser échapper un soupir.

Il était le même genre de buveur que j’étais. Il avait un remarquable sens des affaires qui l’avait fait interagir en toute honnêteté avec ses clients. Voilà pourquoi il avait commenté avec moi le sujet de pâturage.

« En y pensant, une fois que les bébés dragons grandiront et entreront dans la saison de reproduction, les forêts comme la nôtre ne seront-elles pas bondées par eux ? » demanda-t-il.

« Ben ouais. Mais si vous apprivoisez un bébé dragon, celui-ci grandira et vous écoutera même après avoir atteint l’âge adulte, contrairement à un adulte déjà à la fleur de l’âge, » répondis-je.

« Oh, j’ai aussi entendu parler de ça, » répondit-il. « Les gens qui les élèvent s’appellent les maîtres des dragons. Avez-vous peut-être vous-même ce genre d’expérience ? »

« Je ne suis que le fils d’un fermier, mais je connais un maître des dragons, » répondis-je.

« Gh... Êtes-vous sérieux... ? Quelle est la profondeur de vos connexions...? » demanda-t-il.

« Après que le dragon aura été déplacé, j’irai moi aussi le voir, » répondis-je. « Il y a quelqu’un qui veut voir un bébé dragon. »

J’avais coupé court à la conversation. Joyce avala le rhum restant et haussa les épaules. Il laissa l’argent sur la table, prit l’un des reçus et marcha vers la porte. Avant de partir, il nous avait fait face et avait fait un important salut. C’était sa façon de faire.

***

Timis, suivi de Lia et McKinley, était entrée dans le bar quand le quart de nuit avait déjà commencé. Elle s’assura que personne ne la surveillait et montra à Verlaine l’écaille pendant que je buvais ma bière habituelle.

« Vous avez dit que vous prendrez soin du dragon... mais où l’amèneriez-vous ? » demanda Timis.

« Je ne peux pas vous donner les détails, mais nous ne le tuerons pas, » répondit Verlaine. « Nous allons le relocaliser et confirmer que l’expédition a été un succès. »

« B-Bien. Je suis sûre que les habitants qui vivent à proximité de la forêt pousseront maintenant un soupir de soulagement…, » déclara Timis.

Le comportement de Timis, Lia et McKinley était différent. Ils étaient un peu plus humbles, et même le visage du tireur d’élite était plus sérieux.

« En ce qui concerne le paiement, j’espère que cela ne sera pas trop élevé... mais peu importe le prix, je vous paierai d’une façon ou d’une autre, » déclara Timis. « Vous avez toute ma gratitude. Le fait de demander à cette guilde était le bon choix à faire. »

« Nous avons combattu le dragon, mais nous n’avons pas pu résister à sa fureur... Pourtant, il a été pris dans un piège qui avait été posé dans la forêt des chasseurs. Je ne sais pas comment c’est arrivé... mais…, » déclara Lia.

Du chagrin était évident dans les paroles de Lia, alors McKinley se rajouta dans la conversation. « Cette mission était hors de notre portée, mais vous nous avez aidés à la réaliser. Nous pensons que Duke Solver lui-même nous a protégés. »

Ils avaient bien dû penser que je n’étais qu’un insecte lumineux. Je ne m’attendais pas à être idolâtré comme ça.

Techniquement, je ne faisais que les surveiller... Je veux dire par là que j’avais aveuglé le dragon quand il avait attaqué, puis je l’avais frappé avec des balles magiques pour l’enfoncer dans le piège, et j’avais utilisé les flèches empoisonnées de McKinley afin de l’endormir.

Il était impossible pour eux de le découvrir. J’avais même pensé à effacer leur mémoire, mais cela aurait été excessif et inhumain même pour moi.

Ce qui m’avait sauvé, c’est que Queue était un nom fictif.

Ils ne pouvaient probablement pas suivre mes traces...

« J’ai une demande... Si vous me laissez voir Sire Duke Solver, je vous paierai avec tout ce que j’ai. Je veux le remercier personnellement pour tout ce qu’il a fait... ! »

... Ou alors c’était ce que je pensais.

Timis avait plaidé avec des yeux larmoyants, mais Verlaine n’avait pas tourné son regard dans ma direction. Je parie que c’était une démonstration de sa gentillesse.

« J’ai compris que j’avais encore un long chemin à parcourir, mais si je pouvais m’entraîner sous les ordres de Duke Solver... je pourrais devenir assez forte pour protéger Mademoiselle ! Je suis préparée à faire n’importe quoi tant que je peux le rencontrer ! » déclara Lia.

« S’il vous plaît, laissez-moi rejoindre votre guilde ! » demanda McKinley. « Même le simple fait de travailler ici serait bien ! »

Lia et McKinley... Je ne m’y attendais pas... Je ne pensais pas qu’ils aient reconnu les capacités de Duke Solver seulement à cause du livre qu’il avait écrit.

Ils avaient en eux un profond respect pour lui, qui avait accompli le même exploit avant eux.

Mais Duke Solver n’était nul autre moi.

Timis ressemblait à une jeune fille amoureuse dont l’admiration pour son amant allait devenir encore plus forte. Même un gars comme moi pouvait comprendre comment elle se sentirait si elle ne pouvait jamais le rencontrer.

« Je ne suis vivante que grâce à Sire Duke Solver, » déclara Timis. « Je devrais lui offrir personnellement la preuve de notre victoire... Il a conduit avec douceur une personne faible comme moi sur le chemin de la victoire... Donc, si possible, j’adorerais le rencontrer et... »

Verlaine avait souri avec douceur face à la demande de la chevalière.

« Madame Timis, si vous continuez à vous améliorer, le fait de devenir la vice-générale de l’armée ne sera plus qu’une question de temps. Je vais lui demander à apparaître devant vous quand cela arrivera, » déclara Verlaine.

« V-Vraiment… ? » demanda Timis.

« Oui, mais vous n’avez pas le droit de vous surmener pour cela, » répondit Verlaine. « Vous êtes encore jeune, et donc, il n’est pas nécessaire d’être si impatiente. Je suis sûre que même lui s’attend à vous voir plus mature et attendra patiemment ce moment pour venir vous voir. »

« Aaah... Sire Duke Solver… S’il m’attend... je deviendrai plus forte ! » Timis avait promis ça avec des yeux larmoyants.

Je devrais remercier Verlaine pour ça, mais je devais encore franchir une étape avant.

Ding dong~

La sonnette avait à nouveau retenti et deux personnages étaient entrés dans le bar. Il s’agissait de Mylarka et de Manarina.

Timis se tourna vers elles et remarqua tout de suite que sa sœur bien-aimée se tenait là.

« ... Pourquoi êtes-vous là, princesse Manarina...? » demanda Timis.

« Timis, ça fait longtemps. Sire Queue m’a dit que je pourrais vous rencontrer si je venais ici, » déclara Manarina.

« Queue... ? Qui est-ce ? » demanda Timis.

Pour que les sœurs se rencontrent, j’avais dit à Mylarka et à Manarina de venir... mais à cause de ça, j’étais sur le point de me faire découvrir.

« C’est cette personne. Il est mon bienfaiteur…, » déclara Manarina.

« Je vois... son nom est Queue. Je pensais qu’il était Duke Solver, mais je suppose que j’avais tort, » déclara Timis.

« Je-je vois... Alors c’est tout. Il est généreux, mais il n’est rien de plus qu’un ivrogne, » déclara Lia.

Je ne pouvais pas comprendre si Lia était vraiment forte ou très dense, mais grâce à elle j’avais été sauvé.

Alors qu’elle essayait de comprendre la situation, Mylarka regarda dans ma direction avec un regard soupçonneux.

« Gentil monsieur, nous offrira-t-on quelque chose à boire ? J’accepterais des suggestions, si vous en avez, » déclara Mylarka.

« Kh... B-Bien sûr. Je vais bien m’occuper de vous. Alors, pourquoi ne pas vous asseoir à cette table ? » demandai-je.

« Sire Queue... non, je comprends. Aujourd’hui, je vais profiter du temps avec ma sœur, » déclara Manarina.

Devinant mon humeur, Manarina avait amené sa sœur dans l’une des chambres qui possédait un rideau. Lia et McKinley s’étaient également assis à des tables différentes et avaient commencé à boire quelque chose pour se fondre avec les autres clients.

La femme-bête était heureuse que Timis puisse rencontrer sa sœur, et McKinley, même s’il buvait seul, affichait une expression de satisfaction. Il semblait sérieux au sujet de la proposition qu’il avait faite auparavant.

Verlaine me regarda pendant un moment alors qu’elle arrangeait les choses, et elle parla dès qu’elle eut un moment de repos. « Monsieur, vous devriez prendre certaines responsabilités pour que Timis montre son vrai moi. » Verlaine me parlait comme ça seulement dans ce genre de situation.

Je laissai tomber mon corps sur le comptoir, et la tasse encore remplie de bière trembla légèrement.

Je m’étais rendu face à mon destin.

« Adoré par les sœurs royales... Il ne faudra pas longtemps avant que vous ne contrôliez la capitale depuis l’ombre, Monsieur le Cinquième fantôme, » déclara Verlaine.

« Ce n’était pas mon intention... Je ne comprends pas comment les femmes pensent, » répondis-je.

« Dois-je vous apprendre à ce sujet ? » demanda Verlaine. « Peut-être que je vais écrire un livre intitulé “Comment comprendre les femmes”. »

« ... Quand j’aurais un peu de temps, j’aimerais lire ça, » dis-je.

Tandis que Verlaine riait avec joie de mes paroles, j’entendais les voix joyeuses de Timis et Manarina venir de leur pièce.

La vérité est que j’avais fait venir Mylarka pour une autre raison. Après avoir bu, elle aurait été de bonne humeur, donc je pourrais commencer à négocier pour une certaine chose... après tout, je lui avais demandé de venir avec moi alors que cela sera son jour de congé.

***

Le lendemain, j’avais amené Mylarka là où le dragon vivait.

Le gars que Joyce avait embauché était un vieil homme avec de l’expérience en tant que Maître des Dragons.

Le marchand ne le savait pas et l’avait recruté uniquement en raison de ses connaissances sur le sujet. Le vieil homme nous avait chaleureusement accueillis et nous avait guidés vers le nid du dragon.

Le dragon qui avait combattu Timis et son équipe n’était pas vigilant quant à ce qui se trouvait autour de lui, et il semblait très docile quand nous nous étions rapprochés de ses bébés.

« Les dragons de feu sont super adorables quand ils sont jeunes, alors je voulais que vous en voyiez un, » dis-je.

« Mmmh… Je vois. Je ne peux pas les considérer comme adorables, cependant…, » répondit Mylarka.

Au milieu de la grotte se trouvait un nid fait avec des branches d’arbres, et trois petits dragons, aussi grands qu’un bébé humain, criaient des « Piii » aigus.

L’un d’eux s’approcha en chancelant du bord avec son corps rond et maladroit, tombant devant les pieds de Mylarka avec un son sourd.

Une fois qu’il s’était remis sur ses pattes, il avait continué à pleurer et s’était accroché à la fille. On aurait dit que le bébé dragon voulait être choyé par elle.

« Oh, il vous apprécie beaucoup, jeune demoiselle. C’est même le plus prudent parmi les trois bébés, » déclara le vieil homme.

« Mais…, » répondit Mylarka.

« Tu l’as entendu, Mylarka... ? Mylarka ? » demandai-je.

Sans dire un mot, elle enlaça le bébé dragon et commença à le caresser.

« ... Super adorable... Je veux l’élever... Je ne peux pas croire que quelque chose de si mignon existe réellement... Oui, oui, qui est un gentil garçon ! » murmura Mylarka.

Les cris du dragon semblaient joyeux tandis que Mylarka se pâmait devant lui.

Elle aimait les animaux mignons, alors j’avais pensé à la laisser voir un bébé dragon, mais elle appréciait l’expérience bien plus que prévu.

« Hé… Je crois que tu m’imagines caressant pour notre enfant, Queue. Si tu le fais, je vais te tuer, » rugit Mylarka.

« Désolé, je me soucie de ma vie... attends ! Pourquoi es-tu si agressive maintenant ? » demandai-je.

« Tais-toi ! Oh non ! Mon chou, je suis désolée ! » déclara Mylarka. « Est-ce que je t’ai fait peur ? Tout est de la faute de ce méchant-là ! Viens, nous allons jouer ensemble ! »

Mylarka avait commencé à marcher vers l’autre côté de la grotte tout en parlant doucement au dragon. Les deux autres jeunes la suivirent aussi, pleurant de leurs voix aiguës.

Même si elle était en colère contre moi, elle n’agissait pas différemment d’une mère qui jouait joyeusement avec ses enfants.

La mère-dragon veillait sur ses bébés espiègles à une certaine distance, laissant échapper de temps à un doux grondement.

***

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3 commentaires




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    J 'adoooore ce light novel j 'attend avec impatience la suite, je veux savoir ce qu'il se passe !!!




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    Grand merci pour se chapitre




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    ouaip c'est chiant j'ai pas envie de l'aider moi cette timis 🙁

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