Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 20

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Prologue : Proposition

Après la mort du grand Fuuga Haan, nombreux étaient ceux qui s’attendaient à ce que le monde sombre dans le chaos.

Cependant, Souma, roi de Friedonia et chef de l’Alliance maritime, élimina rapidement Krahe, le traître responsable de la mort de Fuuga, puis prit les rênes lors du sommet des dirigeants mondiaux qui s’ensuivit. En divisant le Grand Empire du Tigre en trois nations distinctes et en équilibrant habilement les intérêts de chacun, il parvint à minimiser les troubles qui en résultèrent.

Avec le temps, tous les pays — à l’exception du domaine autonome des dragons de la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé et du Royaume des Chevaliers-Dragons de Nothung — rejoignirent la nouvelle Union du Continent du Sud, émanation de l’Alliance maritime du Sud. Ces nations se réunissaient lors de la Conférence de l’Union du Continent du Sud, organisée dans le royaume neutre des Chevaliers-Dragons de Nothung, afin de discuter des enjeux internationaux et de prévenir l’apparition de catastrophes de grande ampleur telles que la guerre ou la famine (le royaume des Chevaliers-Dragons, agissant en tant que partie neutre, présidait la conférence et avait reçu une invitation spéciale à y participer).

Maria avait autrefois appelé le monde à s’unir sous ses idéaux. Fuuga avait tenté de l’unifier par sa seule volonté et sa force martiale. Mais, ironiquement, le monde avait fini par se rassembler — de manière lâche — sous l’Union du Continent du Sud, guidé par Souma, l’homme même qui avait anéanti les ambitions de Fuuga.

Les générations suivantes décriraient les choses ainsi : Maria posa les fondations, Fuuga construisit le château, et Souma y vécut avec sa famille.

Si l’on avait l’impression que Souma s’était accaparé tous les honneurs, c’était sans doute dû à la rancœur de ceux qui avaient soutenu Maria et Fuuga.

Néanmoins, comme la famille de Souma comprenait Maria elle-même ainsi que Yuriga, la sœur cadette de Fuuga, ce sentiment recelait également une certaine magnanimité.

Alors que l’hémisphère nord allait se forger une histoire passionnante et pleine d’aventures, l’hémisphère sud entra dans une longue période de paix et de stabilité qui allait durer des siècles.

Ce monde vaguement unifié finit par être désigné, avec un mélange de sarcasme et d’envie, sous le nom d’« Empire de Souma ». Même en l’absence de couronne impériale ou de trône, le peuple avait commencé à le considérer comme un empereur à tous égards, sauf de nom.

 

◇ ◇ ◇

Je m’appelle Carla Vargas et je suis femme de chambre au château de Parnam.

En tant que femme de chambre en chef, je supervise les autres femmes de chambre et gère les affaires quotidiennes du personnel du château. J’ai hérité de ce poste de l’ancienne femme de chambre en chef, Madame Serina, après son départ à la retraite, et cela fait maintenant plusieurs années que je forme les jeunes femmes de chambre, tout en accomplissant mes tâches habituelles. Bientôt, j’aurai passé plus de temps à occuper cette fonction qu’à servir dans l’armée de l’air.

Quand j’ai été nommée chef de service pour la première fois, certaines des autres femmes de chambre ont levé les yeux au ciel et brandi le poing en signe de triomphe… Ouais. Des victimes comme moi de cette sadique, sans aucun doute.

Même après avoir pris sa retraite, Serina continue de se rendre au château pour des goûters avec Sa Majesté Liscia et ne rate jamais une occasion de nous regarder avec malice lorsque nous sommes obligées de porter des tenues vraiment humiliantes. Elle a peut-être quitté ses fonctions, mais elle n’a clairement pas perdu de son mordant. Elle prend de l’âge après tout — elle n’est pas un dragonewt à la longue vie comme moi —, alors j’aimerais qu’elle ralentisse un peu le rythme et qu’elle se ménage.

Cette pensée me traversa l’esprit un après-midi alors que je ramassais les draps qui avaient séché dehors, quand…

« “Lady Carlaaa !” »

Deux voix pleines d’énergie retentirent, suivies d’un cliquetis de pas. Je me retournai juste à temps pour voir deux jeunes servantes identiques courir vers moi.

« L’équipe de nettoyage des escaliers de la tour est a terminé ! »

« L’équipe de nettoyage des escaliers de la tour ouest a terminé ! »

Les deux jeunes filles, qui semblaient être au début de l’adolescence, s’arrêtèrent net et saluèrent à l’unisson. Non seulement leurs visages, mais aussi leurs voix, leur ton et leurs gestes étaient tout à fait identiques. Il était difficile de croire qu’elles n’étaient pas jumelles.

Souriante, je tendis la main et posai une main sur chacune de leurs têtes. « Bravo, Marin, Maron. »

Ces deux-là étaient Marin et Maron Panacotta, les filles de Sire Poncho, le ministre de l’Agriculture et des Forêts. Elles travaillaient au château en tant que servantes afin de suivre une formation au savoir-vivre. Marin était la fille de Madame Serina, et Maron celle de Madame Komain.

Elles avaient toutes les deux le même adorable visage rond, mais Maron avait hérité du teint plus foncé de sa mère, ce qui permettait de les distinguer facilement.

Lorsque les autres servantes avaient appris que la fille de Madame Serina allait rejoindre le personnel du château, elles s’étaient préparées au pire, inquiètes de découvrir quel genre de sadique elle pourrait bien être. Mais une fois la vérité révélée, Marin s’avéra tout aussi sérieuse et travailleuse que sa sœur Maron. Les deux jeunes filles gagnèrent rapidement le cœur de leurs collègues.

Tout le monde pensait que leurs bonnes manières étaient dues à l’autre épouse de Panacotta, Madame Komain, dont la réputation — bien que peu de gens l’aient réellement rencontrée — s’était considérablement améliorée à leurs yeux.

Je repensais à tout cela en disant aux filles : « Bon, alors, vous deux. Dites aux équipes de nettoyage de passer à leurs prochaines tâches. »

« Oui, madame ! »

Elles saluèrent à l’unisson, puis s’élancèrent pour exécuter mes ordres.

À strictement parler, ce n’était pas très convenable pour des femmes de ménage, mais elles n’étaient encore qu’apprenties. Et, à vrai dire, les voir s’affairer dans tout le château faisait sourire tout le monde, alors je ne disais rien.

Une fois que j’eus fini de plier les draps, je rentrai dans la bâtisse.

Ils sèchent vite par un temps pareil… Cette pensée futile me traversa l’esprit tandis que je marchais dans un couloir baigné par la lueur chaude du soleil de l’après-midi.

« Carla. »

Cette voix soudaine me fit me retourner. Mon suzerain se tenait là.

« Votre Majesté ? Qu’y a-t-il ? » répondis-je. Il devrait être au travail à cette heure-ci. Que fait-il ici ?

Tandis que je m’interrogeais, Sa Majesté se gratta la tête d’un air mal à l’aise, cherchant manifestement ses mots. Il semblait incapable de me regarder dans les yeux, son regard errant partout sauf sur mon visage.

« Euh… Eh bien… Tu sais… »

« Hum ? Aviez-vous quelque chose à me dire ? »

À ces mots, une expression de détermination traversa son visage. Puis…

« Euh… Carla ! »

« O-Oui ? »

Il s’agenouilla soudain devant moi.

Le souverain d’une nation était agenouillé devant une femme de ménage qui apportait le linge. Si quelqu’un avait assisté à la scène, il aurait été complètement déconcerté. Moi-même, j’étais abasourdie, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour reprendre mes esprits.

Je lui demandai ce qu’il faisait et l’exhortai à se relever, mais au lieu de cela, Sa Majesté sortit une petite boîte de sa poche et me la tendit. Le couvercle s’ouvrit d’un clic.

« Hein ?! »

À l’intérieur se trouvait une bague.

Un homme à genoux offrant une bague à une femme.

Même un individu d’aussi ignorant en matière de romance que moi avait compris ce que cela signifiait.

Sa Majesté insista d’une voix ferme et sincère : « S’il te plaît, épouse-moi ! »

« … »

J’en restai sans voix. La soudaineté de la scène m’avait figée sur place. Mais il continua, le désespoir se glissant peu à peu dans le ton de sa voix :

« Ma fiancée Sharan m’a dit qu’elle pouvait l’accepter — “Si c’est Lady Carla”, m’a-t-elle dit ! Et même Kazuha m’a dit : “Je sais depuis qu’on est gamins que tu es fou amoureux de grande sœur Carla, mais si jamais tu commences à négliger Sharan à cause de ça, je te mettrai une raclée !” Donc j’ai (en quelque sorte) aussi sa permission ! Je le jure sur mon honneur… Je jure que je te rendrai heureuse ! Alors s’il te plaît, je t’en supplie : deviens ma reine ! »

« R-Roi Cian… »

Ce jour-là, je reçus un honneur bien plus grand que je ne l’avais jamais mérité : une demande en mariage du roi Cian, le fils de ma meilleure amie Liscia.

 

 

(À suivre dans l’épilogue…)

 

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Chapitre 1 : L’enfant secret de Souma ?

Partie 1

– Extrait d’un numéro du Weekly Parnam Sports

Cela fait plusieurs années que le seigneur Souma, figure clé de la fondation de l’Union du continent méridional, a abdiqué en faveur de son fils, faisant ainsi du seigneur Cian le deuxième roi de Friedonia.

Aujourd’hui, de plus en plus d’enfants grandissent sans n’avoir jamais connu la guerre, et la paix et l’ordre règnent si parfaitement sur tout le continent du Sud que les vacances à l’étranger sont même devenues monnaie courante.

Mais en ces temps paisibles, des rumeurs intrigantes ont commencé à circuler à la Cité Lagune, la capitale du duché d’Excel Walter. De quel genre de rumeurs s’agit-il, me direz-vous ?

Une nouvelle choquante ! L’ancien roi Souma serait-il soupçonné d’avoir un enfant secret ?

Le seigneur Souma, connu pour accueillir des reines de toutes origines, a engendré de nombreux enfants. Des hommes jaloux l’ont surnommé le « roi lubrique » ou même « l’empereur de la nuit », mais jusqu’à présent, aucune accusation d’infidélité n’avait jamais fait surface.

Même après son abdication, ses reines sont restées actives et ses enfants — dont le roi Cian — sont devenus des adultes forts et accomplis. Le public croyait que la famille royale était stable et que ses relations conjugales étaient harmonieuses.

Mais aujourd’hui, des rumeurs laissent entendre que le seigneur Souma aurait un enfant secret, qui ne serait issu d’aucune de ses reines, et que cet enfant vivrait peut-être à la Cité Lagune.

Si cela s’avère vrai, une telle révélation pourrait semer la discorde entre le seigneur Souma et ses épouses, avec des répercussions non négligeables sur la politique nationale.

Déterminé à découvrir la vérité derrière cette affirmation invraisemblable, ce journaliste s’est rendu directement au cœur de la rumeur : la Cité Lagune.

 

◇ ◇ ◇

Ce jour-là, moi, journaliste anonyme de ParSpo (abréviation de Weekly Parnam Sports), je me suis infiltré à la Cité Lagune et j’ai immédiatement commencé à poser des questions.

« L’enfant secret de l’ancien roi ? De quoi parles-tu… ? Oh ! Tu parles peut-être d’elle. »

La tenancière de l’auberge où je logeais semblait savoir quelque chose. Réprimant mon enthousiasme face à cette piste si prometteuse, je la pressai de questions pour en savoir plus.

« Nowa-chan, c’est ça ? Elle a les cheveux noirs, tout comme l’ancien roi. Même si… la forme de son visage ne lui ressemble pas vraiment. »

Incroyable. J’avais déjà un nom. L’enfant illégitime présumée était une fille prénommée Nowa.

J’avais demandé à la tenancière de m’en dire plus, et voici ce qu’elle me répondit : « C’est une gentille fille. Elle dégage une sorte de dignité qui la rend un peu difficile d’approche. Mais… Eh bien, je me suis fait mal au dos en déchargeant de nouvelles marchandises que nous venions d’acheter. J’étais coincée sur le bord de la route, incapable de bouger, et Nowa m’a trouvée. Elle m’a soulevée, avec toutes les marchandises, et m’a portée jusqu’à la maison. »

Elle avait porté à la fois une femme adulte et une lourde cargaison ? Il semblait que cette jeune fille possédait une force monstrueuse. L’ancien roi, le seigneur Souma, était davantage connu pour son intelligence que pour ses prouesses physiques; c’était un homme de plume plutôt que d’épée. Il n’existait peu, voire aucune trace de lui combattant directement sur le champ de bataille.

Ce journaliste se souvenait très bien que c’est la ruse de Souma, et non sa force brute, qui avait permis de vaincre Fuuga Haan.

Il était difficile d’imaginer que l’enfant secret du seigneur Souma puisse posséder une force aussi monstrueuse.

Je savais que je devais recueillir davantage d’informations. Après avoir remercié la propriétaire, je me rendis en ville pour interroger les habitants au sujet de la jeune fille connue sous le nom de Nowa.

« Nowa-chan ? Elle a un look particulier, vous la reconnaîtrez tout de suite », me dit un employé d’un étal du marché.

« C’est une fille gentille et polie. Et belle, en plus », ajouta le fleuriste.

Deux femmes qui bavardaient près du puits ajoutèrent : « Elle portait un uniforme. De l’école des officiers de marine, je crois ? »

« Oui, c’est ça. Elle doit avoir environ quinze ans. »

Il semblait que cette jeune fille, Nowa, fût bien connue ici, à la Cité Lagune, au point que je pouvais interroger des passants au hasard et qu’ils me répondaient immédiatement : « Ah, vous voulez parler de cette fille, c’est ça ? »

Mais dès que j’enchaînais avec : « Est-ce l’enfant illégitime de l’ancien roi ? », ils me regardaient d’un air perplexe, puis une expression gênée se dessinait sur leur visage.

« Oh… Ces rumeurs… C’est vrai. »

« Eh bien, ce n’est pas étonnant qu’une histoire comme celle-là fasse le tour. »

« Ah ha ha… Je plains Nowa-chan. »

Leurs réponses étaient toutes vagues, évasives, voire suspectes. J’avais l’impression qu’ils étaient tous dans le secret.

Une jeune fille soupçonnée d’être l’enfant illégitime de l’ancien roi… et une ville pleine de gens qui savaient manifestement quelque chose, mais qui refusaient de s’exprimer ouvertement.

Je n’avais plus aucun doute : cette ville cachait quelque chose.

Fort de cette certitude, je poursuivis mon enquête.

Peu de temps après, je rencontrai une jeune fille qui affirmait être la camarade de classe de Nowa à l’école des officiers de marine.

« Nowa-chan ? Nous sommes amies », me dit-elle avec un sourire enjoué.

Elle semblait sympathique et accessible, et parlait d’une voix douce et sociable. Sentant là une opportunité, je la conviai à s’asseoir avec moi sur un banc dans un parc en bord de mer, où je commençai mon entretien.

Tout en grignotant une glace qu’elle avait achetée à un stand voisin, elle bavardait avec désinvolture.

« C’est une beauté, n’est-ce pas ? Et c’est une fille si gentille et si sincère. Même si c’est la fille de l’ancien roi, elle ne se la joue jamais. Au contraire, elle est un peu… comme une roturière ? Je veux dire, elle mange toujours à la cantine. »

Le fait que cette jeune fille, Nowa, était la fille de l’ancien roi semblait être un secret de polichinelle.

Mais il y avait quelque chose d’étrange dans la façon dont sa camarade de classe en parlait. Aborder un sujet aussi grave et potentiellement scandaleux avec autant de désinvolture, comme si c’était tout à fait normal, semblait incongru, surtout venant de quelqu’un qui se disait être une amie proche.

Intrigué, le journaliste demanda : « Est-ce qu’elle se démarque à l’école ? »

La jeune fille acquiesça.

« Eh bien, oui, c’est vrai. À cause de ses origines et de son apparence. Elle n’est pas seulement belle; elle a des traits distinctifs qu’on n’oublie pas. »

Des traits distinctifs ? Quels pourraient-ils bien être ?

« Elle a de petites cornes sur la tête et une queue de reptile qui dépasse de sous sa jupe. »

Des cornes et une queue… Ces caractéristiques n’étaient-elles pas typiques de la race des serpents de mer ?

Excel Walter, l’ancienne commandante en chef des Forces de défense nationale, en faisait partie. Et ces caractéristiques lui correspondaient parfaitement. Ce journaliste avait une intuition quant à ce que cela pouvait impliquer, mais il était encore trop tôt pour tirer des conclusions.

J’avais demandé à nouveau si Nowa se démarquait à l’école.

« Eh bien, oui… Quand elle s’est inscrite, tout le monde gardait une distance respectueuse avec elle. Mais Nowa-chan est une fille vraiment gentille. Oh, et elle est très forte. Quand un élève plus âgé a essayé de se moquer des plus jeunes, elle l’a envoyé valdinguer. Depuis, c’est un peu elle la meneuse de notre promotion. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle souhaite être traitée comme quelqu’un de spécial. »

Ah bon ? Peut-être que cela avait un rapport avec le fait qu’elle soit la fille secrète de l’ancien roi. Avait-elle dû faire face à des difficultés à cause de cela ?

« J’ai l’impression qu’elle est devenue plus féminine depuis qu’on est passées dans la classe supérieure », poursuivit la jeune fille. « Mais curieusement, elle a plus de succès auprès des filles qu’auprès des garçons. Les plus jeunes l’admirent et l’appellent “grande sœur”. »

Hum ? D’après tout ce que j’avais entendu jusqu’alors, je m’attendais à ce qu’elle fasse aussi fureur auprès des garçons.

Lorsque je fis part de ma perplexité, la jeune fille rit, un peu gênée.

« Je dirais que le problème, c’est son tuteur. Les garçons savent tous avec qui elle vit, et ça la rend un peu… intouchable. Du genre, s’ils tentent quoi que ce soit, ils sont fichus. Nowa-chan s’en plaint même en disant : “Je veux être plus populaire auprès des garçons, pas seulement des filles !” »

« Tuteur… ? Fais-tu peut-être allusion au Seigneur Souma ? »

« Non, ce n’est pas ça… Nowa-chan vit chez la duchesse Walter. Les garçons supposent tous qu’elle doit être aussi expérimentée en amour que la duchesse. Après tout, elles sont toutes les deux des serpents de mer. »

Nowa vivait donc avec la duchesse Excel Walter. Dès que j’entendis cela, mes soupçons se transformèrent en certitude.

Une enfant secrète, présumée être celle de Lord Souma, dotée des traits caractéristiques de la race des serpents de mer, vivant sous le même toit que le serpent de mer le plus en vue du royaume ? Le lien était trop fort pour être ignoré.

Il n’y avait aucun doute possible : Nowa était l’enfant illégitime de Lord Souma et de la duchesse Walter.

Bien qu’Excel Walter soit la grand-mère de Juna Doma, la première concubine de Lord Souma, elle ne semble pas avoir plus de vingt ans. Si les deux avaient commis un écart une nuit, il ne serait pas inconcevable qu’un enfant en soit né.

Cependant, à ce stade, tout cela n’était encore que spéculation.

Si je publiais quoi que ce soit maintenant, cela serait rejeté comme une fantaisie de la presse à scandale, le fruit de mes propres délires. J’avais besoin de preuves. Je devais aller à la source.

Pour découvrir la vérité, je déposai une demande officielle afin d’interviewer la duchesse Excel Walter en personne.

Je m’attendais presque à être refoulé à l’entrée — ou pire, à être réduit au silence avant même d’approcher — mais, à ma grande surprise, l’autorisation me fut accordée sans difficulté. Un entretien en face à face fut programmé sans délai.

Je ne pouvais m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas d’un piège. D’un stratagème pour m’attirer et me faire disparaître discrètement ?

Pourtant, si je faisais marche arrière maintenant, je me couvrirais de honte en tant que journaliste.

Après être parvenu à me calmer, je rejoignis le lieu de l’entretien.

On me conduisit dans une salle de réception où m’attendait une femme éblouissante vêtue d’une robe sophistiquée et voyante.

Il s’agissait ni plus ni moins que de l’ancienne commandante en chef de la Force de défense nationale : la duchesse Excel Walter.

Voici la transcription de notre entretien.

Journaliste : Je vous remercie de m’accorder un peu de votre temps pour cet entretien.

Duchesse Walter : Oh là là, quel adorable petit journaliste ! Vous venez de commencer, peut-être ?

Journaliste : O-Oui, c’est le cas. Je viens de commencer. Si je dis quelque chose d’inapproprié, veuillez m’en excuser.

Duchesse Walter : Hi hi. Inutile d’être si tendu. Vous pouvez me poser toutes les questions que vous souhaitez aujourd’hui.

Journaliste : Merci. Dans ce cas, pourriez-vous me parler de vos activités récentes ? Vous êtes revenue à la Cité Lagune après avoir confié le commandement de la Force de défense nationale à Sir Ludwin, n’est-ce pas ?

Duchesse Walter : Oui. Lord Arcs est devenu un chef sur lequel on peut compter et les plus jeunes, comme Mlle Kaede Magna, continuent de mûrir. Au vu de la stabilité actuelle du continent, il m’a semblé que conserver un poste aussi épineux… non, aussi important que celui de commandant en chef ne serait pas salutaire pour l’organisation.

Journaliste : Vous venez de dire « épineux » ?

Duchesse Walter : Oh là là, de quoi parlez-vous donc ? *sourit*

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Partie 2

Journaliste : Rien… Alors, qu’avez-vous fait ici, à la Cité Lagune ?

Duchesse Walter : J’ai passé quelque temps à former la flotte de la Force nationale de défense navale, mais ces derniers temps, je laisse la plupart de ces tâches à mon gendre, Castor. À présent, je prends les choses tranquillement : je gère la Cité Lagune et j’encadre la prochaine génération.

Journaliste : Vous voulez dire des gens comme Lord Arcs et Lord Vargas ?

Duchesse Walter : Hi hi… C’est exact. La race des serpents de mer est à l’origine un peuple errant originaire de l’archipel du Dragon à neuf têtes. Pour protéger ce havre de paix, j’aimerais former quelqu’un capable de servir mon suzerain comme je l’ai fait, à travers les générations. Pour faire simple, je prépare un successeur qui pourra hériter de tout mon savoir et de toute mon expérience.

[Remarque : les membres de la race des serpents de mer, comme la duchesse Walter, sont rares par rapport à ceux des autres races. On dit que presque tous vivent à Cité Lagune.]

Journaliste : C’est… un objectif incroyable. Mais ne serait-il pas impossible de transmettre toute l’expérience que vous avez acquise au cours de votre longue vie à un humain ou à un homme bête dont la durée de vie est bien plus courte ?

Duchesse Walter : En effet. C’est pourquoi la jeune fille que j’ai en tête est elle aussi un serpent de mer, comme moi. Je pense qu’elle vivra encore plus longtemps que moi et qu’elle continuera à soutenir ce pays.

Journaliste : Hein ?! [La voilà ! La jeune fille serpent de mer ! Ça doit être elle !]

Duchesse Walter : Quelque chose ne va pas ?

Journaliste : N-Non, pas du tout. Cette jeune fille, le serpent de mer, est-elle une parente à vous ?

Duchesse Walter : Oui, on peut dire ça. Nous sommes de la même famille.

Journaliste : Est-ce qu’elle est… votre fille ?

Duchesse Walter : Hi hi. Qui peut le dire ? Je l’adore comme si elle l’était.

Journaliste : Vous allez me donner une réponse aussi vague ?

Duchesse Walter : Parfois, c’est justement parce qu’on fait partie de la même famille qu’on ne peut pas vraiment savoir ce que l’autre ressent à notre égard. N’est-ce pas ? Comprenez-vous pleinement vos propres parents ? Et vous comprennent-ils complètement ?

Journaliste : Permettez-moi de reformuler ma question. J’ai entendu dire en ville que la jeune fille-serpent de mer en question avait les cheveux noirs identiques à ceux de notre ancien roi. Est-ce vrai ?

Duchesse Walter : Il est vrai que cette jeune fille a de magnifiques cheveux d’un noir de jais. Elle a dû les hériter de ses parents.

Journaliste : Allons droit au but. Est-elle la fille de l’ancien roi ?

Duchesse Walter : Oui, c’est elle.

Journaliste : Hein ?! Vous l’admettez aussi facilement que ça ?

Duchesse Walter : Oui, cette jeune fille, Nowa, est sans aucun doute la fille de Sire Souma.

Journaliste : S’agit-il d’une fille illégitime, comme le suggèrent certaines rumeurs ?

Duchesse Walter : Oh là là ! Quelles rumeurs circulent donc ?

Journaliste : Eh bien… ce ne sont que des rumeurs. Je ne les répands pas, je les ai juste entendues, d’accord ? Les rumeurs disent que l’ancien roi a un enfant secret et que vous, la duchesse Walter, pourriez en être la mère.

Duchesse Walter : Oh mon Dieu…

Journaliste : L’ancien roi a toujours eu beaucoup d’affection pour Lady Juna, votre petite-fille. Et comme vous lui ressemblez tant — et que vous êtes vous-même encore si jeune —, si vous aviez eu toutes les deux… un moment d’égarement une nuit, cela aurait pu donner naissance à un enfant. C’est ce que les gens disent. Après avoir entendu ces rumeurs, je suis venu en ville enquêter et j’ai découvert l’existence de Nowa, la jeune fille serpent de mer que vous élevez avec beaucoup de soin. Alors…

Duchesse Walter : Je vois. Vous suggérez que Nowa pourrait être mon enfant avec Sire Souma ? Étant donné que nous, les serpents de mer, vivons longtemps et que notre apparence ne change guère avec le temps, et que vous ne savez pas exactement quand la jeune fille est née, votre théorie est compréhensible.

Journaliste : O-Oui…

Duchesse Walter : Hi hi. Il est vrai qu’en tant qu’aînée, j’ai donné des conseils à Souma, Juna et aux autres concernant l’une de leurs obligations royales : engendrer un héritier. Si ces leçons sont allées au-delà de la théorie pour déboucher sur une application pratique… eh bien, il est possible qu’un enfant ait été conçu. Hi hi hi.

Journaliste :… [Euh, quoi ? Pourquoi a-t-elle l’air si amusée ?]

Duchesse Walter : Les messieurs de ce monde s’imaginent-ils que Juna et moi prenons un immense plaisir à (censuré) avec Sire Souma ? Ou peut-être que nous nous réunissons avec les autres reines pour (censuré) ? Mon Dieu, quelle débauche totale ! Hi hi. Est-ce de là que viennent les rumeurs selon lesquelles Souma serait un « roi lubrique » ? Eh bien, si les gens pensent que ce genre de choses se passe, alors je dois encore avoir du charme en tant que femme.

[Remarque : ce commentaire contenait des propos indécents que la rédaction a choisi de censurer avant publication. Merci de votre compréhension.]

Journaliste :…

Duchesse Walter : Hi hi. Ce sont des moments comme ceux-là qui rendent une longue vie si divertissante. Je devrais peut-être commencer à laisser entendre que cette jeune fille est bel et bien ma fille…

*Bang !* La porte s’ouvrit brusquement, comme si on l’avait enfoncée d’un coup de pied.

??? : Tante Excel ! Qu’est-ce que tu racontes ?!

Journaliste : Quoi ? Qui… ?

Duchesse Walter : Oh, Nowa. Bienvenue à la maison.

Journaliste : Hein ?! Nowa ?! C’est bien la Nowa que tout le monde parle ?

Nowa : Ne me dis pas « bienvenue à la maison » ! Tu m’as envoyé avec une lettre « urgente » pour oncle Castor, et il s’avère qu’elle est complètement vierge ?! Et je reviens en toute hâte pour te retrouver en train de donner une interview à mon sujet ! Et maintenant, tu dis que je suis ton enfant avec papa ?!

Duchesse Walter : Oh là là. Alors tu as tout entendu ?

Nowa (?) : La conversation était tellement dingue que je suis restée là, abasourdie, pendant un moment ! Pff ! Pourquoi ces rumeurs ridicules se répandent-elles d’ailleurs ?!

Journaliste :… [C’est donc ça, Nowa ? Elle a les cheveux noirs comme ceux de Lord Souma, ainsi que de petits bois et une queue semblable à celle d’un lézard, des traits distinctifs d’un serpent de mer. Mais au lieu de ressembler à la duchesse Walter, elle ressemble davantage à…]

Journaliste : Euh… Pourrais-je vous demander votre nom complet ?

Nowa (?) : Hein ? Moi ? Je m’appelle Rinoa Delal Souma.

◇ ◇ ◇

C’est à ce moment-là que je compris que je m’étais trompé.

La jeune fille appelée Nowa n’était pas la fille de l’ancien roi et de la duchesse Excel, mais la princesse Rinoa, née de son union avec la deuxième reine, Naden Delal Souma.

Si vous me permettez une brève explication, je connaissais bien sûr l’existence de la princesse Rinoa. Mais les enfants de l’ancien roi qui faisaient des apparitions publiques étaient généralement le prince — désormais roi — Cian et la princesse Kazuha. Je n’avais pas suivi l’évolution de l’apparence de la princesse Rinoa ces dernières années.

Le fait que tout le monde l’appelait « Nowa » ne faisait qu’ajouter à ma confusion.

En posant davantage de questions, j’ai appris que « Delal », dans le nom de Dame Naden Delal Souma, n’était pas un nom de famille, mais une partie de son prénom. Cela signifiait donc que le prénom complet de la princesse Rinoa était « Rinoa Delal ».

C’est pour cette raison que les gens l’appelaient souvent Noa ou Noir, par abréviation. Mais ces noms étaient difficiles à prononcer pour ses jeunes frères et sœurs, et « Nowa » est donc devenu un surnom au sein de la famille. Ses amis l’ont repris, puis finalement aussi les habitants de la Cité Lagune.

La diabolique duchesse Walter, bien sûr, s’était beaucoup amusée de ces rumeurs. Lorsqu’on l’interrogeait à ce sujet, elle ne mentait jamais ouvertement, mais ne donnait jamais non plus de réponse claire, juste assez pour amener les autres à tirer leurs propres conclusions erronées.

Il semblait que j’avais moi aussi dansé au rythme de sa musique.

Mais j’ai pris les choses avec philosophie. Je l’ai considérée comme une expérience de plus, un tremplin supplémentaire dans mon parcours de journaliste.

Je vais mettre cette journée derrière moi et me concentrer sur mon prochain sujet : la semaine prochaine, j’enquêterai sur la mystérieuse créature non identifiée connue sous le nom de Pargon, qui, dit-on, vivrait sous la capitale, Parnam.

Mais pour aujourd’hui, j’ai l’intention de me régaler des célèbres fruits de mer de la Cité Lagune et de reprendre des forces pour les jours à venir.

– Bunbun, journaliste sportif au Weekly Parnam

◇ ◇ ◇

« Bon, c’est un truc qui s’est passé il n’y a pas si longtemps, maman. »

« Franchement, mais à quoi pense cette personne ? »

Une jeune fille-serpent de mer se tenait devant un joyau de diffusion.

Cette belle jeune femme aux longs cheveux raides et soyeux, différents de ceux de sa mère, aux petites cornes et à la queue reptilienne recouverte des mêmes écailles brillantes, n’était autre que Rinoa Delal Souma, la fille de Souma et Naden.

Souma avait épargné à Delal le nom de Naden, mais lui avait donné un prénom qui, abrégé, ressemblait à « Noir », le mot désignant la couleur noire dans une langue de son ancien monde.

Aux yeux du public, elle était connue sous le nom de princesse Rinoa. Mais parmi ses amis proches et sa famille, on l’appelait affectueusement Nowa. La personne à qui elle s’adressait actuellement sur le diffuseur était sa mère, Naden.

« On dirait qu’ils vont au moins écrire la vérité dans l’article, en tout cas. »

« Ils ont intérêt ! S’ils publient quoi que ce soit qui alimente les rumeurs, je demanderai à Souma de mettre fin à toutes leurs activités. »

Nowa sourit ironiquement en voyant à quel point sa mère était en colère.

Naden ne semblait pas avoir pris une ride depuis la naissance de Nowa. Lorsque les deux femmes se tenaient côte à côte, Naden avait souvent l’air d’être la plus jeune. La voir essayer de jouer le rôle de la mère devant Nowa la faisait ressembler à une jeune fille faisant semblant d’être adulte, ce que toute la famille trouvait attendrissant. Tout le monde, sauf Naden, bien sûr.

Nowa scruta sa mère à travers l’écran.

« Hum ? As-tu quelque chose en tête ? » demanda Naden.

« Je commençais à me dire que tante Excel était peut-être vraiment ma mère. »

« Ne dis pas de bêtises ! Toi et moi, on se ressemble comme deux gouttes d’eau. »

« Mais je suis plus grande que toi, maman. »

« Même si c’est frustrant, tu tiens de ton père pour ce qui est de la vitesse à laquelle tu grandis. »

« En plus, dans cette famille, personne n’arrive vraiment à savoir qui appartient à qui. Tu as toi-même une tonne de frères et sœurs… Du point de vue de papa, je suis quoi… l’enfant numéro combien déjà ? »

« Euh… oui. Désolée pour ça ! » Naden poussa un soupir. « Mais ne t’inquiète pas. C’est bien moi qui t’ai mise au monde. »

« Maman… »

« Je me souviens à quel point Souma et moi étions soulagés quand tu es née sous la forme d’un serpent de mer. Si un dragon s’était trouvé dans cet œuf, qui sait quand il aurait éclos, peut-être même pas de notre vivant. J’étais tellement heureuse de te tenir dans mes bras pour la première fois… Ça m’a fait monter les larmes aux yeux. »

« Hi hi, tu me mets un peu mal à l’aise. »

Le sourire timide de Nowa lui valut un sourire doux et maternel de la part de Naden.

« Nous serons tous de retour à la capitale pour la fin de l’année, alors tu ferais mieux de venir aussi. Je sais qu’on se parle tout le temps comme ça à travers un écran, mais j’ai envie de te serrer dans mes bras pour de vrai. Et je suis sûre que Souma ressent la même chose. »

En entendant cela, Nowa leva le poing en l’air et répondit par la phrase fétiche de sa mère : « Bien reçu ! »

 

☆☆☆

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Un commentaire :

  1. amateur_d_aeroplanes

    Début du dernier tome. Gigantesque travail sur des années de toute l’équipe !

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