Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 20
Table des matières
- Chapitre 0 : Prologue : Proposition
- Chapitre 1 : L’enfant secret de Souma ? : Partie 1
- Chapitre 1 : L’enfant secret de Souma ? : Partie 2
- Chapitre 2 : Le « Gorille » ouvre ses portes +α1 : Partie 1
- Chapitre 2 : Le « Gorille » ouvre ses portes +α1 : Partie 2
- Chapitre 2 : Le « Gorille » ouvre ses portes +α1 : Partie 3
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Prologue : Proposition
Après la mort du grand Fuuga Haan, nombreux étaient ceux qui s’attendaient à ce que le monde sombre dans le chaos.
Cependant, Souma, roi de Friedonia et chef de l’Alliance maritime, élimina rapidement Krahe, le traître responsable de la mort de Fuuga, puis prit les rênes lors du sommet des dirigeants mondiaux qui s’ensuivit. En divisant le Grand Empire du Tigre en trois nations distinctes et en équilibrant habilement les intérêts de chacun, il parvint à minimiser les troubles qui en résultèrent.
Avec le temps, tous les pays — à l’exception du domaine autonome des dragons de la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé et du Royaume des Chevaliers-Dragons de Nothung — rejoignirent la nouvelle Union du Continent du Sud, émanation de l’Alliance maritime du Sud. Ces nations se réunissaient lors de la Conférence de l’Union du Continent du Sud, organisée dans le royaume neutre des Chevaliers-Dragons de Nothung, afin de discuter des enjeux internationaux et de prévenir l’apparition de catastrophes de grande ampleur telles que la guerre ou la famine (le royaume des Chevaliers-Dragons, agissant en tant que partie neutre, présidait la conférence et avait reçu une invitation spéciale à y participer).
Maria avait autrefois appelé le monde à s’unir sous ses idéaux. Fuuga avait tenté de l’unifier par sa seule volonté et sa force martiale. Mais, ironiquement, le monde avait fini par se rassembler — de manière lâche — sous l’Union du Continent du Sud, guidé par Souma, l’homme même qui avait anéanti les ambitions de Fuuga.
Les générations suivantes décriraient les choses ainsi : Maria posa les fondations, Fuuga construisit le château, et Souma y vécut avec sa famille.
Si l’on avait l’impression que Souma s’était accaparé tous les honneurs, c’était sans doute dû à la rancœur de ceux qui avaient soutenu Maria et Fuuga.
Néanmoins, comme la famille de Souma comprenait Maria elle-même ainsi que Yuriga, la sœur cadette de Fuuga, ce sentiment recelait également une certaine magnanimité.
Alors que l’hémisphère nord allait se forger une histoire passionnante et pleine d’aventures, l’hémisphère sud entra dans une longue période de paix et de stabilité qui allait durer des siècles.
Ce monde vaguement unifié finit par être désigné, avec un mélange de sarcasme et d’envie, sous le nom d’« Empire de Souma ». Même en l’absence de couronne impériale ou de trône, le peuple avait commencé à le considérer comme un empereur à tous égards, sauf de nom.
◇ ◇ ◇
Je m’appelle Carla Vargas et je suis femme de chambre au château de Parnam.
En tant que femme de chambre en chef, je supervise les autres femmes de chambre et gère les affaires quotidiennes du personnel du château. J’ai hérité de ce poste de l’ancienne femme de chambre en chef, Madame Serina, après son départ à la retraite, et cela fait maintenant plusieurs années que je forme les jeunes femmes de chambre, tout en accomplissant mes tâches habituelles. Bientôt, j’aurai passé plus de temps à occuper cette fonction qu’à servir dans l’armée de l’air.
Quand j’ai été nommée chef de service pour la première fois, certaines des autres femmes de chambre ont levé les yeux au ciel et brandi le poing en signe de triomphe… Ouais. Des victimes comme moi de cette sadique, sans aucun doute.
Même après avoir pris sa retraite, Serina continue de se rendre au château pour des goûters avec Sa Majesté Liscia et ne rate jamais une occasion de nous regarder avec malice lorsque nous sommes obligées de porter des tenues vraiment humiliantes. Elle a peut-être quitté ses fonctions, mais elle n’a clairement pas perdu de son mordant. Elle prend de l’âge après tout — elle n’est pas un dragonewt à la longue vie comme moi —, alors j’aimerais qu’elle ralentisse un peu le rythme et qu’elle se ménage.
Cette pensée me traversa l’esprit un après-midi alors que je ramassais les draps qui avaient séché dehors, quand…
« “Lady Carlaaa !” »
Deux voix pleines d’énergie retentirent, suivies d’un cliquetis de pas. Je me retournai juste à temps pour voir deux jeunes servantes identiques courir vers moi.
« L’équipe de nettoyage des escaliers de la tour est a terminé ! »
« L’équipe de nettoyage des escaliers de la tour ouest a terminé ! »
Les deux jeunes filles, qui semblaient être au début de l’adolescence, s’arrêtèrent net et saluèrent à l’unisson. Non seulement leurs visages, mais aussi leurs voix, leur ton et leurs gestes étaient tout à fait identiques. Il était difficile de croire qu’elles n’étaient pas jumelles.
Souriante, je tendis la main et posai une main sur chacune de leurs têtes. « Bravo, Marin, Maron. »
Ces deux-là étaient Marin et Maron Panacotta, les filles de Sire Poncho, le ministre de l’Agriculture et des Forêts. Elles travaillaient au château en tant que servantes afin de suivre une formation au savoir-vivre. Marin était la fille de Madame Serina, et Maron celle de Madame Komain.
Elles avaient toutes les deux le même adorable visage rond, mais Maron avait hérité du teint plus foncé de sa mère, ce qui permettait de les distinguer facilement.
Lorsque les autres servantes avaient appris que la fille de Madame Serina allait rejoindre le personnel du château, elles s’étaient préparées au pire, inquiètes de découvrir quel genre de sadique elle pourrait bien être. Mais une fois la vérité révélée, Marin s’avéra tout aussi sérieuse et travailleuse que sa sœur Maron. Les deux jeunes filles gagnèrent rapidement le cœur de leurs collègues.
Tout le monde pensait que leurs bonnes manières étaient dues à l’autre épouse de Panacotta, Madame Komain, dont la réputation — bien que peu de gens l’aient réellement rencontrée — s’était considérablement améliorée à leurs yeux.
Je repensais à tout cela en disant aux filles : « Bon, alors, vous deux. Dites aux équipes de nettoyage de passer à leurs prochaines tâches. »
« Oui, madame ! »
Elles saluèrent à l’unisson, puis s’élancèrent pour exécuter mes ordres.
À strictement parler, ce n’était pas très convenable pour des femmes de ménage, mais elles n’étaient encore qu’apprenties. Et, à vrai dire, les voir s’affairer dans tout le château faisait sourire tout le monde, alors je ne disais rien.
Une fois que j’eus fini de plier les draps, je rentrai dans la bâtisse.
Ils sèchent vite par un temps pareil… Cette pensée futile me traversa l’esprit tandis que je marchais dans un couloir baigné par la lueur chaude du soleil de l’après-midi.
« Carla. »
Cette voix soudaine me fit me retourner. Mon suzerain se tenait là.
« Votre Majesté ? Qu’y a-t-il ? » répondis-je. Il devrait être au travail à cette heure-ci. Que fait-il ici ?
Tandis que je m’interrogeais, Sa Majesté se gratta la tête d’un air mal à l’aise, cherchant manifestement ses mots. Il semblait incapable de me regarder dans les yeux, son regard errant partout sauf sur mon visage.
« Euh… Eh bien… Tu sais… »
« Hum ? Aviez-vous quelque chose à me dire ? »
À ces mots, une expression de détermination traversa son visage. Puis…
« Euh… Carla ! »
« O-Oui ? »
Il s’agenouilla soudain devant moi.
Le souverain d’une nation était agenouillé devant une femme de ménage qui apportait le linge. Si quelqu’un avait assisté à la scène, il aurait été complètement déconcerté. Moi-même, j’étais abasourdie, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour reprendre mes esprits.
Je lui demandai ce qu’il faisait et l’exhortai à se relever, mais au lieu de cela, Sa Majesté sortit une petite boîte de sa poche et me la tendit. Le couvercle s’ouvrit d’un clic.
« Hein ?! »
À l’intérieur se trouvait une bague.
Un homme à genoux offrant une bague à une femme.
Même un individu d’aussi ignorant en matière de romance que moi avait compris ce que cela signifiait.
Sa Majesté insista d’une voix ferme et sincère : « S’il te plaît, épouse-moi ! »
« … »
J’en restai sans voix. La soudaineté de la scène m’avait figée sur place. Mais il continua, le désespoir se glissant peu à peu dans le ton de sa voix :
« Ma fiancée Sharan m’a dit qu’elle pouvait l’accepter — “Si c’est Lady Carla”, m’a-t-elle dit ! Et même Kazuha m’a dit : “Je sais depuis qu’on est gamins que tu es fou amoureux de grande sœur Carla, mais si jamais tu commences à négliger Sharan à cause de ça, je te mettrai une raclée !” Donc j’ai (en quelque sorte) aussi sa permission ! Je le jure sur mon honneur… Je jure que je te rendrai heureuse ! Alors s’il te plaît, je t’en supplie : deviens ma reine ! »
« R-Roi Cian… »
Ce jour-là, je reçus un honneur bien plus grand que je ne l’avais jamais mérité : une demande en mariage du roi Cian, le fils de ma meilleure amie Liscia.

(À suivre dans l’épilogue…)
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Chapitre 1 : L’enfant secret de Souma ?
Partie 1
– Extrait d’un numéro du Weekly Parnam Sports
Cela fait plusieurs années que le seigneur Souma, figure clé de la fondation de l’Union du continent méridional, a abdiqué en faveur de son fils, faisant ainsi du seigneur Cian le deuxième roi de Friedonia.
Aujourd’hui, de plus en plus d’enfants grandissent sans n’avoir jamais connu la guerre, et la paix et l’ordre règnent si parfaitement sur tout le continent du Sud que les vacances à l’étranger sont même devenues monnaie courante.
Mais en ces temps paisibles, des rumeurs intrigantes ont commencé à circuler à la Cité Lagune, la capitale du duché d’Excel Walter. De quel genre de rumeurs s’agit-il, me direz-vous ?
Une nouvelle choquante ! L’ancien roi Souma serait-il soupçonné d’avoir un enfant secret ?
Le seigneur Souma, connu pour accueillir des reines de toutes origines, a engendré de nombreux enfants. Des hommes jaloux l’ont surnommé le « roi lubrique » ou même « l’empereur de la nuit », mais jusqu’à présent, aucune accusation d’infidélité n’avait jamais fait surface.
Même après son abdication, ses reines sont restées actives et ses enfants — dont le roi Cian — sont devenus des adultes forts et accomplis. Le public croyait que la famille royale était stable et que ses relations conjugales étaient harmonieuses.
Mais aujourd’hui, des rumeurs laissent entendre que le seigneur Souma aurait un enfant secret, qui ne serait issu d’aucune de ses reines, et que cet enfant vivrait peut-être à la Cité Lagune.
Si cela s’avère vrai, une telle révélation pourrait semer la discorde entre le seigneur Souma et ses épouses, avec des répercussions non négligeables sur la politique nationale.
Déterminé à découvrir la vérité derrière cette affirmation invraisemblable, ce journaliste s’est rendu directement au cœur de la rumeur : la Cité Lagune.
◇ ◇ ◇
Ce jour-là, moi, journaliste anonyme de ParSpo (abréviation de Weekly Parnam Sports), je me suis infiltré à la Cité Lagune et j’ai immédiatement commencé à poser des questions.
« L’enfant secret de l’ancien roi ? De quoi parles-tu… ? Oh ! Tu parles peut-être d’elle. »
La tenancière de l’auberge où je logeais semblait savoir quelque chose. Réprimant mon enthousiasme face à cette piste si prometteuse, je la pressai de questions pour en savoir plus.
« Nowa-chan, c’est ça ? Elle a les cheveux noirs, tout comme l’ancien roi. Même si… la forme de son visage ne lui ressemble pas vraiment. »
Incroyable. J’avais déjà un nom. L’enfant illégitime présumée était une fille prénommée Nowa.
J’avais demandé à la tenancière de m’en dire plus, et voici ce qu’elle me répondit : « C’est une gentille fille. Elle dégage une sorte de dignité qui la rend un peu difficile d’approche. Mais… Eh bien, je me suis fait mal au dos en déchargeant de nouvelles marchandises que nous venions d’acheter. J’étais coincée sur le bord de la route, incapable de bouger, et Nowa m’a trouvée. Elle m’a soulevée, avec toutes les marchandises, et m’a portée jusqu’à la maison. »
Elle avait porté à la fois une femme adulte et une lourde cargaison ? Il semblait que cette jeune fille possédait une force monstrueuse. L’ancien roi, le seigneur Souma, était davantage connu pour son intelligence que pour ses prouesses physiques; c’était un homme de plume plutôt que d’épée. Il n’existait peu, voire aucune trace de lui combattant directement sur le champ de bataille.
Ce journaliste se souvenait très bien que c’est la ruse de Souma, et non sa force brute, qui avait permis de vaincre Fuuga Haan.
Il était difficile d’imaginer que l’enfant secret du seigneur Souma puisse posséder une force aussi monstrueuse.
Je savais que je devais recueillir davantage d’informations. Après avoir remercié la propriétaire, je me rendis en ville pour interroger les habitants au sujet de la jeune fille connue sous le nom de Nowa.
« Nowa-chan ? Elle a un look particulier, vous la reconnaîtrez tout de suite », me dit un employé d’un étal du marché.
« C’est une fille gentille et polie. Et belle, en plus », ajouta le fleuriste.
Deux femmes qui bavardaient près du puits ajoutèrent : « Elle portait un uniforme. De l’école des officiers de marine, je crois ? »
« Oui, c’est ça. Elle doit avoir environ quinze ans. »
Il semblait que cette jeune fille, Nowa, fût bien connue ici, à la Cité Lagune, au point que je pouvais interroger des passants au hasard et qu’ils me répondaient immédiatement : « Ah, vous voulez parler de cette fille, c’est ça ? »
Mais dès que j’enchaînais avec : « Est-ce l’enfant illégitime de l’ancien roi ? », ils me regardaient d’un air perplexe, puis une expression gênée se dessinait sur leur visage.
« Oh… Ces rumeurs… C’est vrai. »
« Eh bien, ce n’est pas étonnant qu’une histoire comme celle-là fasse le tour. »
« Ah ha ha… Je plains Nowa-chan. »
Leurs réponses étaient toutes vagues, évasives, voire suspectes. J’avais l’impression qu’ils étaient tous dans le secret.
Une jeune fille soupçonnée d’être l’enfant illégitime de l’ancien roi… et une ville pleine de gens qui savaient manifestement quelque chose, mais qui refusaient de s’exprimer ouvertement.
Je n’avais plus aucun doute : cette ville cachait quelque chose.
Fort de cette certitude, je poursuivis mon enquête.
Peu de temps après, je rencontrai une jeune fille qui affirmait être la camarade de classe de Nowa à l’école des officiers de marine.
« Nowa-chan ? Nous sommes amies », me dit-elle avec un sourire enjoué.
Elle semblait sympathique et accessible, et parlait d’une voix douce et sociable. Sentant là une opportunité, je la conviai à s’asseoir avec moi sur un banc dans un parc en bord de mer, où je commençai mon entretien.
Tout en grignotant une glace qu’elle avait achetée à un stand voisin, elle bavardait avec désinvolture.
« C’est une beauté, n’est-ce pas ? Et c’est une fille si gentille et si sincère. Même si c’est la fille de l’ancien roi, elle ne se la joue jamais. Au contraire, elle est un peu… comme une roturière ? Je veux dire, elle mange toujours à la cantine. »
Le fait que cette jeune fille, Nowa, était la fille de l’ancien roi semblait être un secret de polichinelle.
Mais il y avait quelque chose d’étrange dans la façon dont sa camarade de classe en parlait. Aborder un sujet aussi grave et potentiellement scandaleux avec autant de désinvolture, comme si c’était tout à fait normal, semblait incongru, surtout venant de quelqu’un qui se disait être une amie proche.
Intrigué, le journaliste demanda : « Est-ce qu’elle se démarque à l’école ? »
La jeune fille acquiesça.
« Eh bien, oui, c’est vrai. À cause de ses origines et de son apparence. Elle n’est pas seulement belle; elle a des traits distinctifs qu’on n’oublie pas. »
Des traits distinctifs ? Quels pourraient-ils bien être ?
« Elle a de petites cornes sur la tête et une queue de reptile qui dépasse de sous sa jupe. »
Des cornes et une queue… Ces caractéristiques n’étaient-elles pas typiques de la race des serpents de mer ?
Excel Walter, l’ancienne commandante en chef des Forces de défense nationale, en faisait partie. Et ces caractéristiques lui correspondaient parfaitement. Ce journaliste avait une intuition quant à ce que cela pouvait impliquer, mais il était encore trop tôt pour tirer des conclusions.
J’avais demandé à nouveau si Nowa se démarquait à l’école.
« Eh bien, oui… Quand elle s’est inscrite, tout le monde gardait une distance respectueuse avec elle. Mais Nowa-chan est une fille vraiment gentille. Oh, et elle est très forte. Quand un élève plus âgé a essayé de se moquer des plus jeunes, elle l’a envoyé valdinguer. Depuis, c’est un peu elle la meneuse de notre promotion. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle souhaite être traitée comme quelqu’un de spécial. »
Ah bon ? Peut-être que cela avait un rapport avec le fait qu’elle soit la fille secrète de l’ancien roi. Avait-elle dû faire face à des difficultés à cause de cela ?
« J’ai l’impression qu’elle est devenue plus féminine depuis qu’on est passées dans la classe supérieure », poursuivit la jeune fille. « Mais curieusement, elle a plus de succès auprès des filles qu’auprès des garçons. Les plus jeunes l’admirent et l’appellent “grande sœur”. »
Hum ? D’après tout ce que j’avais entendu jusqu’alors, je m’attendais à ce qu’elle fasse aussi fureur auprès des garçons.
Lorsque je fis part de ma perplexité, la jeune fille rit, un peu gênée.
« Je dirais que le problème, c’est son tuteur. Les garçons savent tous avec qui elle vit, et ça la rend un peu… intouchable. Du genre, s’ils tentent quoi que ce soit, ils sont fichus. Nowa-chan s’en plaint même en disant : “Je veux être plus populaire auprès des garçons, pas seulement des filles !” »
« Tuteur… ? Fais-tu peut-être allusion au Seigneur Souma ? »
« Non, ce n’est pas ça… Nowa-chan vit chez la duchesse Walter. Les garçons supposent tous qu’elle doit être aussi expérimentée en amour que la duchesse. Après tout, elles sont toutes les deux des serpents de mer. »
Nowa vivait donc avec la duchesse Excel Walter. Dès que j’entendis cela, mes soupçons se transformèrent en certitude.
Une enfant secrète, présumée être celle de Lord Souma, dotée des traits caractéristiques de la race des serpents de mer, vivant sous le même toit que le serpent de mer le plus en vue du royaume ? Le lien était trop fort pour être ignoré.
Il n’y avait aucun doute possible : Nowa était l’enfant illégitime de Lord Souma et de la duchesse Walter.
Bien qu’Excel Walter soit la grand-mère de Juna Doma, la première concubine de Lord Souma, elle ne semble pas avoir plus de vingt ans. Si les deux avaient commis un écart une nuit, il ne serait pas inconcevable qu’un enfant en soit né.
Cependant, à ce stade, tout cela n’était encore que spéculation.
Si je publiais quoi que ce soit maintenant, cela serait rejeté comme une fantaisie de la presse à scandale, le fruit de mes propres délires. J’avais besoin de preuves. Je devais aller à la source.
Pour découvrir la vérité, je déposai une demande officielle afin d’interviewer la duchesse Excel Walter en personne.
Je m’attendais presque à être refoulé à l’entrée — ou pire, à être réduit au silence avant même d’approcher — mais, à ma grande surprise, l’autorisation me fut accordée sans difficulté. Un entretien en face à face fut programmé sans délai.
Je ne pouvais m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas d’un piège. D’un stratagème pour m’attirer et me faire disparaître discrètement ?
Pourtant, si je faisais marche arrière maintenant, je me couvrirais de honte en tant que journaliste.
Après être parvenu à me calmer, je rejoignis le lieu de l’entretien.
On me conduisit dans une salle de réception où m’attendait une femme éblouissante vêtue d’une robe sophistiquée et voyante.
Il s’agissait ni plus ni moins que de l’ancienne commandante en chef de la Force de défense nationale : la duchesse Excel Walter.
Voici la transcription de notre entretien.
Journaliste : Je vous remercie de m’accorder un peu de votre temps pour cet entretien.
Duchesse Walter : Oh là là, quel adorable petit journaliste ! Vous venez de commencer, peut-être ?
Journaliste : O-Oui, c’est le cas. Je viens de commencer. Si je dis quelque chose d’inapproprié, veuillez m’en excuser.
Duchesse Walter : Hi hi. Inutile d’être si tendu. Vous pouvez me poser toutes les questions que vous souhaitez aujourd’hui.
Journaliste : Merci. Dans ce cas, pourriez-vous me parler de vos activités récentes ? Vous êtes revenue à la Cité Lagune après avoir confié le commandement de la Force de défense nationale à Sir Ludwin, n’est-ce pas ?
Duchesse Walter : Oui. Lord Arcs est devenu un chef sur lequel on peut compter et les plus jeunes, comme Mlle Kaede Magna, continuent de mûrir. Au vu de la stabilité actuelle du continent, il m’a semblé que conserver un poste aussi épineux… non, aussi important que celui de commandant en chef ne serait pas salutaire pour l’organisation.
Journaliste : Vous venez de dire « épineux » ?
Duchesse Walter : Oh là là, de quoi parlez-vous donc ? *sourit*
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Partie 2
Journaliste : Rien… Alors, qu’avez-vous fait ici, à la Cité Lagune ?
Duchesse Walter : J’ai passé quelque temps à former la flotte de la Force nationale de défense navale, mais ces derniers temps, je laisse la plupart de ces tâches à mon gendre, Castor. À présent, je prends les choses tranquillement : je gère la Cité Lagune et j’encadre la prochaine génération.
Journaliste : Vous voulez dire des gens comme Lord Arcs et Lord Vargas ?
Duchesse Walter : Hi hi… C’est exact. La race des serpents de mer est à l’origine un peuple errant originaire de l’archipel du Dragon à neuf têtes. Pour protéger ce havre de paix, j’aimerais former quelqu’un capable de servir mon suzerain comme je l’ai fait, à travers les générations. Pour faire simple, je prépare un successeur qui pourra hériter de tout mon savoir et de toute mon expérience.
[Remarque : les membres de la race des serpents de mer, comme la duchesse Walter, sont rares par rapport à ceux des autres races. On dit que presque tous vivent à Cité Lagune.]Journaliste : C’est… un objectif incroyable. Mais ne serait-il pas impossible de transmettre toute l’expérience que vous avez acquise au cours de votre longue vie à un humain ou à un homme bête dont la durée de vie est bien plus courte ?
Duchesse Walter : En effet. C’est pourquoi la jeune fille que j’ai en tête est elle aussi un serpent de mer, comme moi. Je pense qu’elle vivra encore plus longtemps que moi et qu’elle continuera à soutenir ce pays.
Journaliste : Hein ?! [La voilà ! La jeune fille serpent de mer ! Ça doit être elle !]
Duchesse Walter : Quelque chose ne va pas ?
Journaliste : N-Non, pas du tout. Cette jeune fille, le serpent de mer, est-elle une parente à vous ?
Duchesse Walter : Oui, on peut dire ça. Nous sommes de la même famille.
Journaliste : Est-ce qu’elle est… votre fille ?
Duchesse Walter : Hi hi. Qui peut le dire ? Je l’adore comme si elle l’était.
Journaliste : Vous allez me donner une réponse aussi vague ?
Duchesse Walter : Parfois, c’est justement parce qu’on fait partie de la même famille qu’on ne peut pas vraiment savoir ce que l’autre ressent à notre égard. N’est-ce pas ? Comprenez-vous pleinement vos propres parents ? Et vous comprennent-ils complètement ?
Journaliste : Permettez-moi de reformuler ma question. J’ai entendu dire en ville que la jeune fille-serpent de mer en question avait les cheveux noirs identiques à ceux de notre ancien roi. Est-ce vrai ?
Duchesse Walter : Il est vrai que cette jeune fille a de magnifiques cheveux d’un noir de jais. Elle a dû les hériter de ses parents.
Journaliste : Allons droit au but. Est-elle la fille de l’ancien roi ?
Duchesse Walter : Oui, c’est elle.
Journaliste : Hein ?! Vous l’admettez aussi facilement que ça ?
Duchesse Walter : Oui, cette jeune fille, Nowa, est sans aucun doute la fille de Sire Souma.
Journaliste : S’agit-il d’une fille illégitime, comme le suggèrent certaines rumeurs ?
Duchesse Walter : Oh là là ! Quelles rumeurs circulent donc ?
Journaliste : Eh bien… ce ne sont que des rumeurs. Je ne les répands pas, je les ai juste entendues, d’accord ? Les rumeurs disent que l’ancien roi a un enfant secret et que vous, la duchesse Walter, pourriez en être la mère.
Duchesse Walter : Oh mon Dieu…
Journaliste : L’ancien roi a toujours eu beaucoup d’affection pour Lady Juna, votre petite-fille. Et comme vous lui ressemblez tant — et que vous êtes vous-même encore si jeune —, si vous aviez eu toutes les deux… un moment d’égarement une nuit, cela aurait pu donner naissance à un enfant. C’est ce que les gens disent. Après avoir entendu ces rumeurs, je suis venu en ville enquêter et j’ai découvert l’existence de Nowa, la jeune fille serpent de mer que vous élevez avec beaucoup de soin. Alors…
Duchesse Walter : Je vois. Vous suggérez que Nowa pourrait être mon enfant avec Sire Souma ? Étant donné que nous, les serpents de mer, vivons longtemps et que notre apparence ne change guère avec le temps, et que vous ne savez pas exactement quand la jeune fille est née, votre théorie est compréhensible.
Journaliste : O-Oui…
Duchesse Walter : Hi hi. Il est vrai qu’en tant qu’aînée, j’ai donné des conseils à Souma, Juna et aux autres concernant l’une de leurs obligations royales : engendrer un héritier. Si ces leçons sont allées au-delà de la théorie pour déboucher sur une application pratique… eh bien, il est possible qu’un enfant ait été conçu. Hi hi hi.
Journaliste :… [Euh, quoi ? Pourquoi a-t-elle l’air si amusée ?]
Duchesse Walter : Les messieurs de ce monde s’imaginent-ils que Juna et moi prenons un immense plaisir à (censuré) avec Sire Souma ? Ou peut-être que nous nous réunissons avec les autres reines pour (censuré) ? Mon Dieu, quelle débauche totale ! Hi hi. Est-ce de là que viennent les rumeurs selon lesquelles Souma serait un « roi lubrique » ? Eh bien, si les gens pensent que ce genre de choses se passe, alors je dois encore avoir du charme en tant que femme.
[Remarque : ce commentaire contenait des propos indécents que la rédaction a choisi de censurer avant publication. Merci de votre compréhension.]Journaliste :…
Duchesse Walter : Hi hi. Ce sont des moments comme ceux-là qui rendent une longue vie si divertissante. Je devrais peut-être commencer à laisser entendre que cette jeune fille est bel et bien ma fille…
*Bang !* La porte s’ouvrit brusquement, comme si on l’avait enfoncée d’un coup de pied.
??? : Tante Excel ! Qu’est-ce que tu racontes ?!
Journaliste : Quoi ? Qui… ?
Duchesse Walter : Oh, Nowa. Bienvenue à la maison.
Journaliste : Hein ?! Nowa ?! C’est bien la Nowa que tout le monde parle ?
Nowa : Ne me dis pas « bienvenue à la maison » ! Tu m’as envoyé avec une lettre « urgente » pour oncle Castor, et il s’avère qu’elle est complètement vierge ?! Et je reviens en toute hâte pour te retrouver en train de donner une interview à mon sujet ! Et maintenant, tu dis que je suis ton enfant avec papa ?!
Duchesse Walter : Oh là là. Alors tu as tout entendu ?
Nowa (?) : La conversation était tellement dingue que je suis restée là, abasourdie, pendant un moment ! Pff ! Pourquoi ces rumeurs ridicules se répandent-elles d’ailleurs ?!
Journaliste :… [C’est donc ça, Nowa ? Elle a les cheveux noirs comme ceux de Lord Souma, ainsi que de petits bois et une queue semblable à celle d’un lézard, des traits distinctifs d’un serpent de mer. Mais au lieu de ressembler à la duchesse Walter, elle ressemble davantage à…]
Journaliste : Euh… Pourrais-je vous demander votre nom complet ?
Nowa (?) : Hein ? Moi ? Je m’appelle Rinoa Delal Souma.
◇ ◇ ◇
C’est à ce moment-là que je compris que je m’étais trompé.
La jeune fille appelée Nowa n’était pas la fille de l’ancien roi et de la duchesse Excel, mais la princesse Rinoa, née de son union avec la deuxième reine, Naden Delal Souma.
Si vous me permettez une brève explication, je connaissais bien sûr l’existence de la princesse Rinoa. Mais les enfants de l’ancien roi qui faisaient des apparitions publiques étaient généralement le prince — désormais roi — Cian et la princesse Kazuha. Je n’avais pas suivi l’évolution de l’apparence de la princesse Rinoa ces dernières années.
Le fait que tout le monde l’appelait « Nowa » ne faisait qu’ajouter à ma confusion.
En posant davantage de questions, j’ai appris que « Delal », dans le nom de Dame Naden Delal Souma, n’était pas un nom de famille, mais une partie de son prénom. Cela signifiait donc que le prénom complet de la princesse Rinoa était « Rinoa Delal ».
C’est pour cette raison que les gens l’appelaient souvent Noa ou Noir, par abréviation. Mais ces noms étaient difficiles à prononcer pour ses jeunes frères et sœurs, et « Nowa » est donc devenu un surnom au sein de la famille. Ses amis l’ont repris, puis finalement aussi les habitants de la Cité Lagune.
La diabolique duchesse Walter, bien sûr, s’était beaucoup amusée de ces rumeurs. Lorsqu’on l’interrogeait à ce sujet, elle ne mentait jamais ouvertement, mais ne donnait jamais non plus de réponse claire, juste assez pour amener les autres à tirer leurs propres conclusions erronées.
Il semblait que j’avais moi aussi dansé au rythme de sa musique.
Mais j’ai pris les choses avec philosophie. Je l’ai considérée comme une expérience de plus, un tremplin supplémentaire dans mon parcours de journaliste.
Je vais mettre cette journée derrière moi et me concentrer sur mon prochain sujet : la semaine prochaine, j’enquêterai sur la mystérieuse créature non identifiée connue sous le nom de Pargon, qui, dit-on, vivrait sous la capitale, Parnam.
Mais pour aujourd’hui, j’ai l’intention de me régaler des célèbres fruits de mer de la Cité Lagune et de reprendre des forces pour les jours à venir.
– Bunbun, journaliste sportif au Weekly Parnam
◇ ◇ ◇
« Bon, c’est un truc qui s’est passé il n’y a pas si longtemps, maman. »
« Franchement, mais à quoi pense cette personne ? »
Une jeune fille-serpent de mer se tenait devant un joyau de diffusion.
Cette belle jeune femme aux longs cheveux raides et soyeux, différents de ceux de sa mère, aux petites cornes et à la queue reptilienne recouverte des mêmes écailles brillantes, n’était autre que Rinoa Delal Souma, la fille de Souma et Naden.
Souma avait épargné à Delal le nom de Naden, mais lui avait donné un prénom qui, abrégé, ressemblait à « Noir », le mot désignant la couleur noire dans une langue de son ancien monde.
Aux yeux du public, elle était connue sous le nom de princesse Rinoa. Mais parmi ses amis proches et sa famille, on l’appelait affectueusement Nowa. La personne à qui elle s’adressait actuellement sur le diffuseur était sa mère, Naden.
« On dirait qu’ils vont au moins écrire la vérité dans l’article, en tout cas. »
« Ils ont intérêt ! S’ils publient quoi que ce soit qui alimente les rumeurs, je demanderai à Souma de mettre fin à toutes leurs activités. »
Nowa sourit ironiquement en voyant à quel point sa mère était en colère.
Naden ne semblait pas avoir pris une ride depuis la naissance de Nowa. Lorsque les deux femmes se tenaient côte à côte, Naden avait souvent l’air d’être la plus jeune. La voir essayer de jouer le rôle de la mère devant Nowa la faisait ressembler à une jeune fille faisant semblant d’être adulte, ce que toute la famille trouvait attendrissant. Tout le monde, sauf Naden, bien sûr.
Nowa scruta sa mère à travers l’écran.
« Hum ? As-tu quelque chose en tête ? » demanda Naden.
« Je commençais à me dire que tante Excel était peut-être vraiment ma mère. »
« Ne dis pas de bêtises ! Toi et moi, on se ressemble comme deux gouttes d’eau. »
« Mais je suis plus grande que toi, maman. »
« Même si c’est frustrant, tu tiens de ton père pour ce qui est de la vitesse à laquelle tu grandis. »
« En plus, dans cette famille, personne n’arrive vraiment à savoir qui appartient à qui. Tu as toi-même une tonne de frères et sœurs… Du point de vue de papa, je suis quoi… l’enfant numéro combien déjà ? »
« Euh… oui. Désolée pour ça ! » Naden poussa un soupir. « Mais ne t’inquiète pas. C’est bien moi qui t’ai mise au monde. »
« Maman… »
« Je me souviens à quel point Souma et moi étions soulagés quand tu es née sous la forme d’un serpent de mer. Si un dragon s’était trouvé dans cet œuf, qui sait quand il aurait éclos, peut-être même pas de notre vivant. J’étais tellement heureuse de te tenir dans mes bras pour la première fois… Ça m’a fait monter les larmes aux yeux. »
« Hi hi, tu me mets un peu mal à l’aise. »
Le sourire timide de Nowa lui valut un sourire doux et maternel de la part de Naden.
« Nous serons tous de retour à la capitale pour la fin de l’année, alors tu ferais mieux de venir aussi. Je sais qu’on se parle tout le temps comme ça à travers un écran, mais j’ai envie de te serrer dans mes bras pour de vrai. Et je suis sûre que Souma ressent la même chose. »
En entendant cela, Nowa leva le poing en l’air et répondit par la phrase fétiche de sa mère : « Bien reçu ! »

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Chapitre 2 : Le « Gorille » ouvre ses portes +α1
Partie 1
Quelques années s’étaient écoulées depuis que les dirigeants de chaque nation avaient commencé à se réunir chaque année lors du sommet de Balm. Les précédentes éditions avaient principalement porté sur des sujets tels que l’ajustement des droits de douane, la reconstruction des nations du nord dévastées pendant le chaos du règne de Fuuga et du soulèvement de Krahe, ainsi que le partage d’informations sur l’hémisphère nord.
Cette fois-ci, cependant, ils s’étaient réunis pour discuter d’un seul et unique projet d’envergure.
Parmi les participants figuraient Liscia et moi-même, du Royaume de Friedonia; Kuu et Leporina, de la République de Turgis; Jeanne et Hakuya, du Royaume d’Euphoria; Shabon et Kishun, du Royaume de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes; Garula et Elulu, du Royaume des Esprits unifié de Garlan; Shuukin et Lumiere, représentants du Grand Royaume du Tigre de Haan au nom du jeune roi Suiga; Tia et Julius, du Royaume restauré de Lastania; ainsi que Lombard et Yomi, du Royaume de Remus, lui aussi restauré.
La réunion était présidée par l’initiatrice du projet, la reine Sill du Royaume des Chevaliers-Dragons de Nothung, bien que ce soit moi qui l’aie techniquement proposé.
Une fois que nous nous fûmes tous présentés, Madame Sill prit la parole.
« Aujourd’hui, alors que les souverains les plus célèbres du monde sont réunis ici, le Royaume des Chevaliers-Dragons de Nothung souhaiterait faire une proposition. Comme vous en avez été informés à l’avance, elle concerne la création d’une organisation permanente chargée de la livraison de colis par les chevaliers-dragons, ainsi que la mise en place de couloirs aériens sécurisés. »
« Ookya ? Ça fait donc partie de cette activité de transport dont tu parlais ? » demanda Kuu, curieux.
« Oui », répondit Sill en acquiesçant. « Les conflits internationaux appartenant désormais au passé et le monde du Sud étant plus ou moins en paix, s’accrocher uniquement à notre identité de chevaliers-dragons met en péril l’avenir de notre royaume… Personnellement, cela ne me dérangerait pas de suivre l’exemple de la Curie orthodoxe lunaire : préserver notre autorité sur les chevaliers-dragons tout en permettant à notre territoire d’être absorbé par une nation comme Lastania. »
« Ça ne nous apporterait que des ennuis », dit Julius en fronçant les sourcils. « Se retrouver avec une puissance comme les chevaliers dragons sur les bras ? Non merci. » À ses côtés, Tia acquiesça vigoureusement.
Si le royaume des chevaliers dragons de Nothung venait à être absorbé par Lastania, cette dernière deviendrait instantanément la force militaire la plus puissante au monde. Cela signifierait assumer davantage de responsabilités et faire preuve d’encore plus de prudence dans nos relations diplomatiques. En somme, ce serait clairement plus un fardeau qu’un avantage. D’ailleurs…
« Nous avons toujours besoin que le Royaume des Chevaliers-Dragons serve d’intermédiaire avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé, comme vous l’avez toujours fait », ajoutai-je. « Sans cela, nous allons rencontrer des problèmes. »
Les dragons menés par Madame Tiamat n’interagissaient généralement avec le monde extérieur que par l’intermédiaire du Royaume des Chevaliers-Dragons. Mais honnêtement, si Madame Tiamat — un être transcendant pour ce monde et celle qui supervise l’hémisphère sud — venait à s’impliquer activement dans les affaires de l’humanité, cela poserait un problème en soi. Malgré tout, nous avions besoin que le Royaume des Chevaliers-Dragons continue d’exister, ne serait-ce que pour avoir un moyen de contacter Madame Tiamat si quelque chose venait à se produire.
Lorsque je lui fis remarquer cela, Madame Sill acquiesça avec un sourire ironique.
« J’en suis consciente. C’est précisément pour cette raison que j’ai l’intention de renforcer notre service de livraison afin de maintenir le royaume en activité en temps de paix. L’organisation du transport et la sécurisation des couloirs aériens font partie de cet effort. À l’heure actuelle, nous transportons des personnes et des marchandises à la demande de diverses nations. Mais pour éviter d’avoir à répondre à ces demandes individuelles, j’aimerais mettre en place des liaisons aériennes régulières pour le transport de fret et de passagers. Affichez la carte, s’il vous plaît. »
À son ordre, une carte du monde méridional apparut au centre de la salle. Cela était rendu possible grâce à la puissance de l’IA, Mao.
Haalga étant désormais sous administration friedonienne, Mao n’assistait pas au sommet en tant que représentante des Seadiens, mais elle suivait en permanence les débats en tant qu’IA. Si on le lui demandait, elle apporterait son soutien même à ceux qui n’étaient pas des humains anciens comme moi. En ce sens, elle jouait en quelque sorte le rôle d’observatrice pour l’Union du Continent du Sud.
La carte qu’elle affichait comportait un contour circulaire le long de la frontière de la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé avec les pays voisins.
« Nous envisageons de mettre en place des couloirs aériens le long de la frontière entre la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé et les nations environnantes », expliqua Sill. « Nous aimerions vous demander à tous l’autorisation de laisser nos dragons voler le long de ces itinéraires. »
Bien que les dragons contrôlés par les chevaliers fussent capables de transporter des charges considérables, comparables à celles des avions de transport lourd, ils possédaient également une puissance destructrice suffisante pour réduire une ville entière en cendres, à l’instar des bombardiers stratégiques. C’est pourquoi le service de livraison actuel ne fonctionnait que sur demande directe de chaque pays, les vols étant limités à des couloirs aériens désignés.
Ce système avait pour but d’apaiser les inquiétudes internationales et d’éviter les complications liées au survol de territoires souverains par des cargaisons étrangères. Par exemple, si un dragon laissait accidentellement tomber quelque chose et endommageait la maison de quelqu’un, les questions de responsabilité et d’indemnisation pourraient dégénérer en un véritable incident diplomatique. Ces restrictions permettaient de prévenir de tels problèmes.
La proposition actuellement à l’étude visait à rationaliser le processus en limitant les vols à un itinéraire fixe. La ligne circulaire encerclant la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé faciliterait la circulation des personnes et des marchandises entre les nations. Pour le Royaume des Chevaliers-Dragons, cela permettrait à ses chevaliers de gagner leur vie en temps de paix. Pour les autres pays, cela signifierait des importations et des exportations plus faciles, surtout une fois qu’ils auraient mis en place des infrastructures de transport reliées aux nouvelles voies aériennes.
Si tout le monde pouvait fermer les yeux sur la puissance destructrice des dragons que j’ai mentionnée précédemment, cette proposition semblait vraiment prometteuse.
C’est alors que Lumiere, du Royaume du Grand Tigre de Haan, leva la main.
« Je pense que c’est une proposition extrêmement louable. Notre nation n’aurait aucune objection à ce que des voies aériennes longent notre frontière avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé… Cependant », dit-elle en tournant son regard vers moi, « je comprends en quoi cela profite au Royaume des Chevaliers-Dragons, mais j’ai du mal à imaginer qu’une telle idée puisse émaner d’une nation qui était si repliée sur elle-même il y a encore quelques années à peine. Je soupçonne qu’elle a été proposée par quelqu’un d’autre. Qu’en dites-vous ? »
Son regard ne vacilla pas. Il était clair qu’elle avait quelqu’un de précis en tête, et tout aussi clairement, cette personne, c’était moi.
« Que vas-tu faire, Souma ? » murmura Liscia. « Elle t’a démasqué. »
Même s’il s’agissait d’un sommet réunissant des chefs d’État, nous nous connaissions tous bien à ce stade.
Nous avions combattu côte à côte — ou les uns contre les autres — et nous savions donc comment chacun raisonnait.
« Eh bien, ce n’est pas vraiment quelque chose que nous devons cacher », murmurai-je en retour, me sentant un peu comme un mauvais perdant. Je levai alors la main pour prendre la parole. « Comme Madame Lumiere l’a deviné, c’est moi qui ai proposé la création des voies aériennes. Cependant, étant donné que le Royaume des Chevaliers du Dragon en serait le principal utilisateur, j’ai veillé à ce que le projet lui soit profitable. »
« Alors, exposez-nous votre raisonnement. » Lumiere me regarda droit dans les yeux en parlant. Il n’y avait aucune hostilité dans son expression, seulement un désir de comprendre. « Dame Yuriga et seigneur Suiga nous ont confié la garde du Grand Royaume du Tigre. Je trouve cette proposition intéressante, mais je ne peux pas l’autoriser à aller de l’avant à la légère sans connaître l’intention qui se cache derrière. »
« Une position tout à fait raisonnable. Permettez-moi de m’expliquer. » Je me levai de mon siège et désignai la carte exposée au centre de la salle. « Cela risque de prendre un certain temps, alors permettez-moi d’abandonner le ton formel pour l’instant… Voici la version simplifiée. Nous souhaitons simplement davantage d’échanges dynamiques entre les peuples du monde entier. C’est vraiment tout ce dont il s’agit. »
« Des échanges ? » répéta-t-elle.
« Exactement. Que chacun puisse se procurer des produits provenant d’autres pays. Que chacun puisse expédier ce qu’il produit. Des possibilités plus faciles d’étudier à l’étranger. Des voyages informels dans d’autres pays pour le plaisir. C’est le genre de monde que je souhaite créer. » Je balayai la salle du regard, puis j’ajoutai : « Parce que je crois que ce genre de monde contribuera à retarder le retour de la guerre dans le monde du Sud. »
Les visages de tous changèrent à l’évocation du mot « guerre ». Ils ne s’attendaient probablement pas à ce qu’une discussion sur le service de livraison du Royaume des Chevaliers-Dragons prenne cette tournure. Mais je ne plaisantais pas.
« Notre génération — et celle d’avant — a été témoin de la montée en puissance du Domaine du Seigneur-Démon et sait ce qu’est véritablement la guerre. De nombreux pays ont souffert sous le poids des vagues de réfugiés chassés par les attaques de monstres. Je déteste aborder ce sujet en présence du Grand Royaume du Tigre et du Royaume de Remus, mais l’expansionnisme de Fuuga a laissé une traînée de sang. Et une fois ses ambitions effondrées, Krahe et d’autres en ont versé encore davantage. »
Je craignais que cela ne dérange certaines personnes, mais Lumiere, Shuukin et le couple royal de Remus écoutaient en silence. Il semblait qu’ils étaient prêts à accepter les faits tels qu’ils étaient. J’avais donc poursuivi.
« Au-delà du continent, le Royaume de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes a été attaqué par le grand kaiju Ooyamizuchi et le Royaume des Esprits a souffert d’une maladie jusque-là inconnue : la “maladie des insectes magiques”. C’est notre génération qui a appris que certaines menaces sont trop grandes pour qu’une seule nation puisse y faire face. Et nous sommes aussi la génération qui en a assez de la guerre. À moins qu’un événement ne survienne spontanément dans le monde du Nord, je pense qu’il n’y aura pas de conflit majeur dans le Sud, du moins pas de mon vivant. »
Les autres acquiescèrent.
Nous avions combattu ensemble, nous nous étions opposés les uns aux autres et avions débattu avec acharnement. Mais s’il y avait une chose que nous partagions tous, c’était une profonde lassitude face à la guerre.
« Mais pour la prochaine génération, et celle d’après, ce sentiment s’estompera. Tôt ou tard, ceux qui aspirent au conflit se manifesteront à nouveau. C’est une triste vérité, mais l’humanité se bat depuis le jour où nous avons formé nos premiers groupes. Dans le monde d’où je viens, l’histoire était un cycle sans fin de guerre et de paix. »
Certes, à la fin, la technologie a tellement progressé que même les conflits ont perdu tout sens et que l’humanité s’est repliée sur elle-même… Mais cela ne servait à rien de le dire maintenant, alors je me suis tu.
« Néanmoins, si nous voulons retarder la prochaine guerre, même si nous ne pouvons pas l’empêcher complètement, alors intensifier les échanges de personnes et de biens est l’une des rares options réelles dont nous disposons. Cela peut paraître simpliste, mais plus les gens ont à perdre dans une guerre, plus il devient difficile d’en déclencher une. Ce sont ceux qui se coupent du monde, qui vivent dans des systèmes de valeurs rigides et des mythologies qu’ils se sont eux-mêmes forgées, qui deviennent le plus souvent hostiles aux étrangers. »
« Ce n’est… pas facile à entendre », dit enfin Lumiere.
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Partie 2
Eh bien, pour les habitants du Nord, contraints de supporter des conditions de vie difficiles, la grande vision de Fuuga semblait être leur seul espoir. Ils s’étaient lancés dans la guerre sans hésiter, se salissant les mains de sang. On pourrait dire que leur parcours avait été façonné par un manque d’alternatives et une vision du monde étroite et rigide.
« C’est précisément pour cela que nous voulons promouvoir activement la circulation des personnes et des marchandises. Idéalement, un jour, les gens se baigneront sur les plages de l’archipel du Dragon à neuf têtes en été, skieront en République de Turgis en hiver, dégusteront la cuisine parfumée du Royaume des Esprits et flâneront dans la capitale historique du Royaume d’Euphoria. Je veux construire un monde où voyager entre tous nos pays soit aussi facile et naturel que cela. Et une fois que les pays du Nord auront été reconstruits, nous les ajouterons également à la liste des destinations. Après tout, quand on est en guerre, on n’a pas le temps de partir en vacances, n’est-ce pas ? »
Réalisant que je m’étais un peu éloigné du sujet, je me suis éclairci la gorge.
« Bon, bref, c’est ce que j’avais en tête lorsque madame Sill est venue me demander conseil pour développer son activité. C’est ce que je lui ai proposé. Si vous me demandez quelles sont les intentions de notre nation dans tout cela, c’est à peu près ça. Alors, êtes-vous satisfaite ? »
« Oui, je comprends très bien. » Lumiere acquiesça, ce qui semblait indiquer qu’elle était satisfaite de ma réponse.
Kuu, cependant, leva la main. « Holà, holà, attendez un instant ! Nous n’avons pas de frontière commune avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé ! Nous venons tout juste de commencer à susciter l’intérêt de la population de notre pays, autrefois isolé, pour le monde extérieur. Il est hors de question que nous vous laissions nous exclure d’une aventure qui a l’air aussi géniale ! »
« Je suis d’accord avec Kuu. Notre pays ne peut pas non plus passer à côté de ça », dit Shabon, emboîtant le pas à son camarade. « Les dragons des Chevaliers-Dragons ne peuvent pas traverser la mer sans transporteurs, n’est-ce pas ? Dans ce cas, nous aimerions également bénéficier de vols réguliers vers notre pays. Si je me souviens bien, le transport de gros volumes de marchandises par voie maritime reste préférable à celui par voie terrestre, mais même ainsi, la différence de rapidité de livraison est considérable. Grâce aux liaisons aériennes, nous pourrions expédier des marchandises que nous ne pouvions pas envoyer auparavant par crainte qu’elles ne se détériorent. Et nous pourrions également recevoir fréquemment des nouvelles du continent. »
« Vue sous cet angle, notre nation souhaiterait elle aussi demander des vols », dit Garula. Il avait écouté Shabon s’exprimer avec toute la dignité d’une reine et leva à son tour la main avec hésitation. « Nous venons tout juste d’ouvrir notre pays, ce ne sera donc pas facile à mettre en place immédiatement, mais de plus en plus de nos jeunes s’intéressent au monde au-delà de nos frontières. Je m’efforcerai de persuader ceux qui s’accrochent encore aux anciennes méthodes. Je vous prie donc d’ajouter également des liaisons aériennes vers notre pays. »
« Oui ! Si les dragons veulent bien m’emmener, ce sera bien plus facile d’aller rendre visite au seigneur Shuukin ! »
« M-Madame Elulu… »
Elulu, assise à côté de Garula, était la seule à donner une raison purement personnelle.
Elle était si sincère que Shuukin avait du mal à repousser l’affection qu’elle lui témoignait. Mais ce n’était vraiment pas le moment pour cela et le pauvre homme semblait mal à l’aise, ne sachant pas trop comment répondre…
Les choses étaient devenues plutôt intéressantes par là-bas aussi, n’est-ce pas ?
« Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne le Royaume de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, nous envisageons de mettre en place une liaison aérienne le long de notre frontière avec le Royaume de Lastania. N’est-ce pas, Madame Tia, Julius ? »
Je leur laissai la parole, et ils acquiescèrent tous deux.
« Oui », répondit Tia en hochant la tête avec sérieux. « C’est ce qu’on m’a dit. »
« J’ai cru que c’était une blague quand tu en as parlé pour la première fois », ajouta Julius avec une pointe d’exaspération dans la voix. « Les frontières ont tendance à suivre des barrières naturelles, comme les montagnes ou les rivières. Les zones qui s’en écartent sont souvent des points de transit vitaux entre les nations, des endroits où des soldats sont stationnés et où des escarmouches peuvent éclater à tout moment. Si les chevaliers dragons de Nothung survolent la région et qu’un incident se produit, même par accident, la question de savoir qui est responsable pourrait rapidement envenimer les relations diplomatiques. Je ne pensais pas que c’était une proposition réaliste. »
« Mais c’est justement pour cela que j’ai pensé que cela pourrait servir de moyen de dissuasion », répondis-je en reprenant là où Julius s’était arrêté. « Si nous devions utiliser nos propres wyvernes pour assurer des liaisons aériennes le long de la frontière, je suis certain que cela poserait des problèmes. Mais les chevaliers dragons appartiennent à une tierce partie. Si les relations entre nous et Lastania venaient à se détériorer, aucune des deux parties ne voudrait voir ces chevaliers survoler la frontière. Ce qui signifierait l’interruption des livraisons. »
« Donc, pour que les vols continuent, les deux pays devraient entretenir de bonnes relations, n’est-ce pas ? »
J’acquiesçai d’un signe de tête à Julius.
« Exactement. Je pense que tout ira bien tant que nous serons aux commandes, mais nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Si nous mettons en place un système où la poursuite des livraisons aériennes dépend de notre entente, l’idée de déclencher une guerre sera peut-être moins attrayante. Et si ça ne marche pas, les chevaliers dragons n’auront qu’à tout arrêter eux-mêmes. Il n’y a donc aucun mal à essayer. »
« C’est vrai… C’est pourquoi je suis favorable à cette proposition. »
Julius acquiesça à son tour. Je me tournai alors vers Shabon.
« Et si nous prolongeons cette route pour la relier au Royaume de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? Bien sûr, comme je viens de le dire, cela impliquerait d’entretenir de bonnes relations avec nous et avec le Royaume de Lastania, car sinon, la route pourrait facilement être coupée. Êtes-vous toujours d’accord avec cela ? »
« Oui », répondit Shabon avec calme et assurance. « Pour notre part, nous avons la ferme intention d’entretenir de bonnes relations avec les deux pays. Sharan va se marier dans le royaume de Friedonia et de nombreuses villes côtières de notre royaume sont reliées à Lastania. Je suis certaine que nos liens ne feront que se renforcer à partir de maintenant. »
D’un point de vue maritime, l’archipel du Dragon à Neuf Têtes occupait une position centrale, flanqué de nous, du royaume de Lastania, du royaume d’Euphoria et même du royaume des Esprits. Il exportait des marchandises fabriquées à l’aide de techniques de pointe et se développait rapidement pour devenir une plaque tournante maritime essentielle. Le maintien de la paix dans toute la région était clairement dans son intérêt.
« D’accord. Alors, modifions le plan pour y inclure également le Royaume de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »
« Hi hi. Merci. »
Cela étant réglé, Lumiere, qui observait en silence, se tourna vers Jeanne.
« Jeanne, puisqu’ils mettent en place une liaison aérienne à l’est, pourquoi ne pas en créer une le long de notre frontière occidentale également ? » demanda-t-elle. « Si nous l’étendons jusqu’au Royaume des Esprits, je pense que cela favoriserait des “échanges plus animés” entre nos trois nations. »
Jeanne cligna des yeux devant cette suggestion.
« Ça me semble être une bonne idée, mais… n’avons-nous pas eu plusieurs affrontements avec le Grand Royaume du Tigre ? L’animosité est encore bien présente. Ça ne te pose peut-être pas de problème, Lumi, mais pourras-tu vraiment convaincre ton peuple de soutenir cette initiative ? »
« À cet égard, nous devrons ravaler notre fierté et demander humblement pardon. Mais, Jeanne, si tu es d’accord, je me chargerai personnellement de convaincre le Grand Royaume du Tigre. Alors que le reste du monde renforce ses liens, s’isoler par orgueil obstiné ne ferait que nous laisser à la traîne. Je ne laisserai pas le Grand Royaume du Tigre, que Dame Yuriga m’a confié et que je transmettrai un jour au Seigneur Suiga, sombrer dans le déclin. »
« Lumi… »
En entendant Lumiere endosser un fardeau aussi lourd, Jeanne se mit instinctivement à chercher les mots justes.
Mais Lumiere lui adressa un doux sourire, comme pour lui dire qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.
« D’ailleurs, Jeanne, réfléchis-y un instant. Il y aura une voie aérienne reliant Friedonia et Lastania à l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, à l’est. Et si nous établissions une route occidentale traversant nos terres et le royaume d’Euphoria pour rejoindre le royaume des Esprits… Imagine une route supplémentaire reliant le royaume des Esprits à l’archipel du Dragon à Neuf Têtes… »
« Ah ! Cela créerait une ligne aérienne qui ferait le tour du monde ! »
« N’est-ce pas ? N’est-ce pas passionnant ? »
« Oui… Ah ! Euh… Qui sait ? » Jeanne commença à s’emballer, mais elle retrouva rapidement son sang-froid et se tourna vers Hakuya.
Elle savait qu’elle n’était pas du genre à trouver instinctivement la bonne réponse, comme sa sœur Maria. C’est pourquoi elle se tournait toujours vers Hakuya, logique et fiable, pour obtenir confirmation.
Hakuya lui adressa un sourire bienveillant. « Je pense que ça irait. »
« Ça irait ?! Alors, allons-y, Lumi ! » s’exclama Jeanne, ravie.
Mince, Hakuya n’était jamais aussi conciliant quand il travaillait pour moi. Bon, après tout, c’était sa femme, alors ça s’explique, me dis-je.
La princesse Elulu, qui avait écouté la conversation, applaudit avec enthousiasme. « Allons-y, papa ! Maintenant, notre pays aura lui aussi le courrier aérien ! »
« Je sais, Elulu, alors calme-toi », dit Garula avec un sourire ironique.
« Hi hi, maintenant, je pourrai rendre visite à monsieur Shuukin quand je le veux ! »
« Ah, ah, ah… »
Shuukin et Garula échangèrent des sourires gênés en réponse à l’enthousiasme de la princesse.
« Holà, holà, on est les seuls à être laissés de côté ?! » intervint soudain Kuu. « Je veux que les chevaliers dragons viennent aussi chez moi ! »
« Mais les dragons ne peuvent pas voler dans les courants d’air froids qui surplombent la République, tu te souviens ? » lui rappelai-je.
« Alors, dis-leur simplement de voler jusqu’à la région de Zem. Je construirai des routes pour nous y relier. »
« Dans ce cas, pourquoi ne pas prolonger une voie aérienne vers le sud à partir du circuit qui contourne la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé ? On pourrait la faire passer le long de l’ancienne frontière entre nous et l’État papal orthodoxe lunarien, puis le long de notre frontière avec Zem. Mais ça voudrait aussi dire la faire passer le long de nos frontières avec le Royaume d’Euphoria et le Royaume de Lastania. »
« Bien sûr ! Ça me semble parfait, mon pote ! »
Et c’est ainsi que les voies aériennes du Royaume des Chevaliers-Dragons furent définies.
Dans un avenir proche, les routes aériennes feraient le tour du continent, avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé en son centre, et peut-être même s’étendraient-elles un jour à l’ensemble de l’hémisphère sud.
Avec le temps, j’espérais également établir des liaisons aériennes le long des frontières des autres nations. Cependant, la connexion avec Haalga prendrait plus de temps, car cette ville servait de porte d’entrée vers l’hémisphère nord. Pour des raisons de quarantaine, nous devions empêcher la propagation de maladies mystérieuses telles que la « maladie des insectes magiques », qu’elles viennent du nord ou s’y rendent.
Mais c’était une question que nous pourrions tous régler ensemble plus tard.
« À bien y réfléchir, dis-je, on l’appelle toujours “le service de courrier aérien assuré par les chevaliers dragons du Royaume des Chevaliers Dragons de Nothung”. C’est un peu long, non ? Avez-vous déjà trouvé un nom plus approprié ? »
Quand je posai la question à Madame Sill, elle croisa les bras et gémit en réfléchissant.
« Eh bien… La ligne aérienne fait le tour du monde en formant un anneau, même si elle est un peu déformée. Que diriez-vous de… Dragon Ring Airline ? »
« Dragon Ring Airline… Ça pourrait marcher. »
Le code de la compagnie serait DRA. On pouvait le lire phonétiquement, il avait une belle sonorité « dragonnesque » et il semblait plutôt solide. Du moins, c’est ce que je pensais…
☆☆☆
Partie 3
« N’est-ce pas un peu long quand même ? » demanda Liscia. « Quelque chose de plus court serait plus facile à prononcer. »
« Hum… » Madame Sill prit un air pensif. « Et si on prenait les premières syllabes pour raccourcir le nom en “Driaila” ? »
« Ça ressemble beaucoup à “drill” », intervint Kuu en frappant dans ses mains. « Pourquoi ne pas utiliser le “Go” de “dragon” à la place de “Dr” ? Pour que ça reste percutant, avec trois syllabes. Donc… »
Attends. J’ai un mauvais pressentiment à ce sujet. Et j’avais raison.
« Gorilla ! Que pensez-vous de Gorilla Airways ? » suggéra fièrement Kuu.
Attends un instant ! Je le savais ! Un nom aussi ridicule, ça ne va pas le faire ! C’est du moins ce que je pensais… jusqu’à ce que je voie Madame Sill y réfléchir avec un air sérieux.
« Gorilla… Gorilla, vous dites… »
« Non, euh, c’est un peu… »
« Oui, j’aime bien la sonorité de ce nom. Gorilla. »
« Attendez, sérieusement ?! Ça vous va ?! »
Ah, c’est vrai. Il n’y a pas de gorilles dans ce monde. Lors du symposium sur les monstres, j’avais failli appeler un ogre « gorille » avant de me corriger et de dire « shoujou ». Cela signifiait que personne ici n’avait en tête l’image d’un primate géant en entendant le mot « gorille ». C’est pourquoi personne ne trouvait que c’était un nom étrange pour une compagnie aérienne. Sauf moi.
Donc, techniquement, ce n’était pas un problème. Ce n’était pas… ou ça n’aurait pas dû être un problème. « Qu’est-ce que tu grognes là-bas ? » demanda Liscia en me lançant un regard glacial alors que j’étais assis, la tête entre les mains, tandis que tout le monde félicitait chaleureusement Madame Sill d’avoir trouvé un si « bon » nom. Eh bien… Ce qui est fait est fait. Dans un monde en pleine mondialisation, il n’aurait pas été judicieux de gâcher la fête de tout le monde.
Je devrais simplement garder pour moi le fait que désormais, chaque fois que j’utiliserai le service de livraison des chevaliers dragons, j’imaginerais probablement un gorille.
C’est ainsi que Gorilla Airways ouvrit ses portes.
Une fois le sommet terminé, les dirigeants, très occupés, étaient tous rentrés dans leurs pays respectifs, mais notre groupe du Royaume de Friedonia avait reçu une invitation personnelle de Madame Sill.
Il s’agissait de moi, de Liscia, de Naden, ainsi que de nos gardes Halbert et Ruby. À l’issue de la réunion, Madame Sill nous escorta elle-même jusqu’à une salle de réception.
« Je suis désolée. Je dois aller me changer, veuillez patienter ici », dit-elle avant de quitter la pièce avec son compagnon, Pai. Nous nous étions installés sur les canapés et buvions le thé préparé par les servantes du château en attendant.
« Je me demande de quoi elle veut nous parler », déclara Liscia entre deux gorgées de thé. « Est-ce que ça concerne Gorilla Airways ? »
« Bwugh ! »
En entendant ce nom sortir de nulle part, je m’étouffai et recrachai mon thé.
Naden, assise en face de Liscia, tressaillit légèrement, puis me lança un regard réprobateur, comme pour dire : « Qu’est-ce que c’était que ça, tout d’un coup ? »
Toussant, je parvins à dire : « Ah, désolé. Je ne pense pas que ce soit ça. S’il y avait eu des ajustements à apporter aux liaisons aériennes, nous nous en serions occupés lors du sommet, en présence de tous les dirigeants. »
« Oui, c’est vrai », acquiesça Liscia.
« Je veux dire, regarde simplement qui est là », dit Naden en nous désignant, dans l’ordre : elle, moi, Hal et Ruby. « Elle a expressément demandé que Halbert et Ruby soient là aussi, non ? Si les deux chevaliers dragons du Royaume sont présents, alors ça a probablement un rapport avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé. »
« Hein ? Mais je ne suis pas chevalier dragon. »
« Si Souma reste, ce serait impoli de te renvoyer chez toi sans lui, Liscia. »
« D’accord. »
Pendant que Liscia et Naden discutaient, je remarquai que Hal et Ruby avaient une conversation à part. Leur ton était détendu, mais il y avait quelque chose d’étrange.
« Ces biscuits sont délicieux. J’ai presque envie d’en ramener à Bill », dit Hal en les grignotant.
« Si je le demande à Pai, il nous en emballera peut-être quelques-uns. Je vais essayer », répondit Ruby.
« Je parie que Kaede et Velza préféreraient le thé, par contre… »
« Pas de problème. Je vais en demander aussi. »
Tout cela semblait tout à fait normal… Et pourtant, quelque chose dans leur échange m’avait paru étrange.
Alors que je me creusais la tête, madame Sill revint : « Désolée de vous avoir fait attendre. »
« “‘Hein ?!’” »
Tout le monde écarquilla les yeux en voyant comment Madame Sill était habillée.
Elle ne portait plus l’armure qu’elle arborait lors du sommet, un choix tout à fait approprié pour la reine d’une nation de chevaliers. Elle s’était changée pour enfiler une tenue ressemblant davantage à une robe d’intérieur, du genre de celles qu’on pourrait facilement confondre avec une chemise de nuit.
Cela aurait déjà été surprenant en soi, mais combiné aux traits juvéniles de Madame Sill et au fait que nous ne l’avions jamais vue autrement qu’en armure, aucun d’entre nous ne s’attendait à la voir dans une tenue aussi féminine.
Madame Sill gloussa, anticipant manifestement notre réaction.
« Excusez-moi pour cette tenue. Mes vêtements habituels commencent à être un peu serrés au niveau du ventre. »
« Le ventre ? »
« Attendez, ça veut dire que… »
Liscia sembla être la première à comprendre. Madame Sill acquiesça.
« Oui, je suis enceinte. Le père est mon compagnon, Pai. »
« M-Madame Sill… » Pai, qui avait l’air d’un otokonoko, rougit timidement.
Maintenant qu’elle le dit, son ventre commence à s’arrondir légèrement. Sérieusement… ?
Jusqu’à présent, avec Madame Sill dans son armure de chevalier et l’apparence délicate de Pai, elles ressemblaient à une version avec les genres inversés d’une princesse et de son chevalier. Mais à présent, avec Sill vêtue d’une robe légère aux côtés de son compagnon timide, l’image s’était inversée. On aurait plutôt dit un homme plus âgé sortant avec un homme plus jeune.
« Tu es encore en train de penser à des choses bizarres, n’est-ce pas ? » me lança Liscia d’un regard glacial.
« Pas du tout », répondis-je d’un ton neutre en détournant rapidement le regard.
Madame Sill prit place sur le canapé en face de nous avec Pai et sourit doucement.
« Je voulais vous parler de cette grossesse… C’est pour ça que j’ai demandé aux amies de Pai de rester ici. Il a dit qu’il voulait annoncer la nouvelle en personne à madame Naden et à madame Ruby. »
« Ah, c’est donc pour ça que nous sommes ici. »
Ce n’étaient pas tant les chevaliers dragons du Royaume qui avaient été convoqués… mais plutôt Naden et Ruby.
Hal et moi ne faisions que les accompagner, et Liscia connaissait Pai depuis leur rencontre dans la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé.
À ce moment-là, Hal, qui avait écouté avec un air absent, revint enfin à lui.
« Euh… On dit qu’un enfant né d’un dragon et d’un humain peut être un humain, un dragonewt ou un dragon, n’est-ce pas ? Mais que se passe-t-il lorsque le parent qui donne naissance est humain, comme vous, madame Sill ? J’ai entendu dire que lorsque le parent est un dragon, le bébé naît sous forme d’œuf. »
« Tout cela est exact », répondit Madame Sill en posant une main sur son ventre. « En tant qu’humaine, je ne pourrais pas donner naissance à un œuf de dragon. Il serait bien trop gros pour moi. Cet enfant naîtra donc presque certainement sous la forme d’un humain ou d’un “dragonewt”. Mais franchement, tant que le bébé est en bonne santé, son appartenance raciale n’est qu’un détail mineur. »
« Ouais, je suppose que vous avez raison », dit Hal en hochant la tête.
Étant donné que la Maison de Magna ne comptait que des épouses non humaines, il devait très bien comprendre ce sentiment.
Moi aussi, d’ailleurs, et c’est pourquoi je lui fis une suggestion.
« Félicitations. Si vous le souhaitez, je peux faire venir un obstétricien du Royaume pour s’occuper de vous. »
« Oh, j’apprécierais vraiment cela », dit Madame Sill. « Si un médecin du Royaume, en particulier un médecin formé aux sciences médicales les plus avancées, était disposé à venir ici, je me sentirais bien plus rassurée pour l’accouchement. Je vous en prie, faites-le. »
« Considérez que c’est fait. »
Bien que nous ayons réformé le système médical du Royaume sous l’impulsion d’Hilde et de Brad, il y avait encore des gens qui s’accrochaient à la tradition et préféraient les sages-femmes aux obstétriciens. Madame Sill, en revanche, n’avait aucune hésitation de ce genre.
Pour quelqu’un vivant dans le Royaume des Chevaliers-Dragons, une nation réputée pour son attachement aux traditions, elle était remarquablement progressiste.
Eh bien… elle n’aurait probablement pas approuvé aussi facilement un nom comme « Gorilla Airways » si elle n’avait pas été aussi progressiste.
Pendant que nous parlions, Naden, Ruby et Pai discutaient entre eux.
« Quand je pense que tu vas devenir papa, Pai… J’ai encore du mal à y croire », dit Naden.
« Je ressens la même chose », dit Ruby. « Même si c’est gênant à admettre, tu as toujours été la plus féminine de nous trois. »
« Vous deux, vous avez toujours eu un caractère bien trempé et vous vous disputiez sans arrêt », répondit Pai avec un sourire ironique. « Essayez de vous mettre à ma place : je devais toujours intervenir pour vous séparer. »
« Euh, ouais… Désolée », dit Naden d’un air penaud.
« Ce n’était pas juste de notre part de te faire ça », ajouta Ruby, l’air un peu coupable.
« Vous vous êtes beaucoup adoucies depuis que vous vous êtes mariées. Est-ce grâce à vos maris ? » taquina Pai.
« Écoute-toi parler… » rétorqua Naden. « Toi et Madame Sill, vous avez vous-mêmes dû devenir plutôt intimes, hein ? »
« Naden, c’est un peu grossier, non ? » la réprimanda Ruby en fronçant les sourcils.
« Hum. Je voudrais te féliciter, mais je suis un peu frustrée que tu m’aies devancée. Moi aussi, je veux un bébé avec mon mari… Je parie que Ruby ressent la même chose, pas vraie ? »
Ruby se tut soudain, détournant le regard avec embarras des deux autres. Dès que je vis cette réaction, je compris ce qui me tracassait.
« Oh… le thé. Ruby n’en a pas bu tout à l’heure, n’est-ce pas ? »
D’habitude, Ruby se serait assise pour manger avec Hal, mais cette fois-ci, elle était simplement restée assise là, sans toucher ni à son thé ni aux biscuits. C’était donc ça, ce sentiment étrange que j’avais éprouvé en les observant.
Liscia porta une main à sa bouche et réfléchit un instant.
« Maintenant que tu en parles… La docteure Hilde m’avait dit de ne pas boire trop de thé noir quand j’étais enceinte. Même si elle avait précisé qu’un peu, ça allait. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Naden en plissant les yeux.
Liscia ne tourna pas autour du pot.
« La grossesse. »
« Hein ?! »
Naden tourna brusquement la tête vers Ruby qui détourna timidement le regard et se gratta la joue. Elle ne déclara rien, mais une assurance tranquille se dégageait d’elle. De son côté, Naden avait l’air de quelqu’un à qui l’on venait d’ajouter au-dessus de la tête une bulle de bande dessinée avec l’inscription « Grrrgnash ».
« Tu m’as pris de vitesse, toi aussi ?! »
« Tu donnes l’impression que c’est une sorte de complot diabolique ! » protesta Ruby. « Je faisais juste de mon mieux… Après avoir vu Kaede jouer avec le petit Bill, il est tout naturel que je veuille un enfant. »
« Eh bien, moi aussi, j’en veux un ! »
« Alors, toi et ton mari, vous devez faire plus d’efforts ! »
Ça commençait à devenir gênant à entendre. Je me grattai la tête, ne sachant pas trop quoi répondre, avant de croiser le regard glacial que Liscia me lançait du coin de l’œil.
« Tu les as entendues, Souma. »
« Euh, ouais, mais écoute… Tu peux le dire autant que tu veux, je ne peux pas faire grand-chose tout seul… »
« Alors, parlons à Tomoe pour qu’elle accorde encore quelques tours à Naden et Aisha. Aisha veut un bébé elle aussi, tu te souviens ? Souma… tu n’as qu’à faire de ton mieux. »
« “Faire de mon mieux”, dit-elle… »
« Envoyons un messager à la Maison Panacotta pour leur demander leur recette secrète. Serina et Komain ont géré le régime de Poncho et l’ont fait travailler dur tous les soirs, et ça a porté ses fruits. »
« Ouais, et Poncho s’est retrouvé squelettique pendant un moment à cause de ça, tu sais ! »
Si ça en arrivait là, ça perturberait sans aucun doute mon travail. Je ne pouvais qu’espérer qu’elles y aillent doucement avec moi… Mais quand les reines s’unissaient pour une cause, je n’avais plus mon mot à dire.
Madame Sill gloussa tandis que je me prenais la tête entre les mains.
« Quel pays charmant que le vôtre ! »
☆☆☆
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Début du dernier tome. Gigantesque travail sur des années de toute l’équipe !