Chronicle Legion – La Route de la Conquête

***

Prologue

La 58e année de l’ère Tenryuu, Tenryuu 58, était connue sous le nom de 1998 CE.

Selon les témoignages, le climat de Tokyo en septembre aurait été plus frais et plus agréable que les années précédentes.

Franchement, Shiori n’avait aucune base de comparaison. En dépit d’être une princesse de la famille impériale, elle avait été absente de la capitale, Tokyo, depuis quatre années. Pendant cette durée, elle n’était même pas restée à l’intérieur des frontières japonaises.

La précédente ville de résidence de Shiori était située quelque part sur la péninsule indochinoise, face à la mer de Chine méridionale.

Chaque été, cette ville portuaire subtropicale était beaucoup plus chaude que partout dans le Japon.

« Comparé à la chaleur torride de la capitale impé… Je veux dire Xanadu, Tokyo est vraiment beaucoup plus froide, » Shiori avait dit ça avec un doux sourire.

Au cours du lapsus de tout à l’heure, elle avait failli dire la « Capitale Impériale » et s’était corrigée à mi-phrase. Les mentions de Capitale Impériale à l’intérieur des frontières de l’Empire Romain d’Orient faisaient inévitablement référence à Xanadu, située au centre de l’Asie de l’Est, mais son emplacement actuel était le Japon Impérial.

« Le temps est confortable et c’est bien. Mais bien sûr, j’ai passé la plus grande partie de mon temps à l’étranger dans des environnements climatisés, comme je le suis encore maintenant, » dit-elle.

Comme il s’agissait simplement d’une petite conversation afin de créer une atmosphère relaxante, Shiori utilisa un ton de voix blagueur.

Elle était assise sur le siège arrière d’une limousine alors qu’elle avançait le long d’une autoroute. Et elle parlait à ses aides de camp qui se trouvait sur les sièges du conducteur et du passager avant.

Shiori avait seize ans tandis que les deux autres étaient des hommes plus âgés.

Les deux serviteurs avaient souri cordialement en réponse à la blague de la princesse.

Naturellement, Shiori pensait à d’autres questions. Par exemple de penser qu’elle, une princesse impériale, aurait seulement deux préposés à son service.

Normalement parlant, une voiture de transport officielle devait être escortée par des véhicules de sécurité et un convoi de motos. Cependant, cette limousine n’était pas accompagnée.

… Rien n’avait pu être fait à ce sujet. Après tout, elle était la « Princesse Abandonnée » qui était finalement revenue dans le pays après quatre ans.

Shiori ne s’était pas offusquée de ça. Elle avait simplement regardé par la fenêtre pour observer la Capitale Impériale pour la première fois depuis si longtemps. Cela n’était pas vraiment une mauvaise chose que cela était ainsi, vu que cela l’avait libérée de la pression d’un examen approfondi et avait rendu certains engagements plus commodes.

« Mon Dieu, » repérant un visage familier dans les rues, Shiori sourit avec ironie.

Sur le chemin de Roppongi jusqu’au palais impérial d’Aoyama, un certain bâtiment avait une publicité massive pour un magazine d’affaires. Le magazine organisait ce mois-ci une émission spéciale sur les « dix ans de l’Alliance... Le Futur du Japon et de Rome ». Imprimer sur la couverture se trouvait le sourire arrogant du fondateur de l’Empire Romain d’Orient.

L’homme était dans la fin de la quarantaine avec des traits du visage profonds et un visage digne.

Son front était très haut et proéminent. Plus précisément, il s’agissait d’un cas sévère de front dégarni.

« Je ne m’attendais jamais à voir le Seigneur César dans un tel endroit, » dit-elle.

Ce sourire de confiance semblait faire penser qu’il se vantait.

Ce regard d’autosatisfaction était une image très appropriée pour lui. Il était également vêtu d’une armure et d’un costume militaire dans le style de la Rome antique. Très peu de personnes seraient assez audacieuses pour porter ouvertement ce type de vêtements ressemblant à un cosplay.

Le panneau d’affichage faisait la promotion d’une interview de trente pages avec le Seigneur César en tant que titre pour le numéro actuel du magazine.

Sentant une impulsion d’achat, Shiori parla immédiatement, « Major. J’aimerais faire un détour dans une librairie. Pourriez-vous faire changer le chemin ? »

« ... Votre Altesse, devez-vous y aller en personne ? » demanda-t-il.

Assis sur le siège du passager avant, l’aide de camp dans la trentaine avait été quelque peu surpris.

Étant obligés de servir dans les palais impériaux et d’engager des conversations confidentielles avec l’Impératrice et les dames de la cour, les candidats à ce poste avaient été choisis parmi les officiers de la Garde Impériale. En outre, un certain talent crucial était une condition indispensable pour être aides de camp.

« S’il y a besoin de faire un achat, alors j’irais volontiers à votre place, » dit son aide de camp, le major, avec un sourire ironique.

Pour un chambellan ou un soldat, son ton de voix n’était pas trop réservé. D’autre part, ce bel homme avait une excellente apparence dans son uniforme noir de l’Armée Impériale. Ce genre de tonalité était également accessible. De tels traits étaient des considérations nécessaires lors de la sélection des aides de camp afin d’éviter d’offenser l’Impératrice ou les courtisanes.

Shiori répondit malicieusement à cet officier militaire attentif, « De quoi avez-vous besoin de vous inquiéter ? Pendant mon séjour dans l’Empire, je me promenais souvent seule. Un rapide voyage pour faire quelques achats n’est pas une grosse affaire. »

« En d’autres termes, Votre Altesse, souhaitez-vous faire une promenade ? » demanda-t-il.

« Fufufufu, » se mit-elle à rire.

Shiori était une princesse du Japon Impérial ainsi que la fille aînée de la famille Fujinomiya.

Son statut dans l’Empire Romain d’Orient avait été celui d’avoir été une otage avec le titre glorifié d’« Étudiante Étrangère ».

Elle n’avait nullement joui de l’hospitalité généreuse offerte à une invitée d’état, mais elle n’était pas non plus une princesse qui avait été mise à l’abri en la gardant dans l’ignorance.

Sachant cela, le major n’avait pas essayé de discuter plus longtemps.

« Dans ce cas, Votre Altesse, vos désirs sont des ordres, » dit-il. « Cependant, s’il vous plaît, veuillez au moins écouter mes conseils. »

« Très certainement, » répondit-elle. « S’il vous plaît, dites ce que vous avez à l’esprit. »

« Puisque l’anonymat est requis, vous et moi devrions en premier nous changer, » dit-il.

« En effet ! Faisons comme vous le suggérez, » répondit-elle.

Shiori avait souri en réponse à la suggestion très bien pensée.

Ils étaient actuellement sur le chemin afin d’assister à une réception en plein air se tenant dans le palais impérial. Le major portait un uniforme militaire tandis que Shiori portait un kimono avec de longues manches flottantes. Ayant une apparence très frappante, il serait naturel pour Shiori d’attirer encore plus d’attention dans la tenue qu’elle portait actuellement.

Voyant sa propre réflexion faciale sur la fenêtre de la limousine, elle hocha la tête afin de montrer son accord.

Shiori n’était nullement dérangée d’être appelée une beauté. Elle était très consciente de son visage vraiment exquis. De plus, ses longs cheveux, qu’elle avait passé de nombreuses années à entretenir avec soins, brillaient d’une splendeur de platine. Comment une telle apparence ne pourrait-elle pas attirer l’attention de toutes les personnes qu’elle croisait ?

Sa couleur de cheveux était naturelle et n’avait jamais été teinte. Une pure native du Japon n’était pas censée avoir ce genre de cheveux.

« … ? »

Arrivée à une intersection près du palais impérial, Shiori était un peu perplexe.

Un appel soudain en provenance du ciel l’avait incitée à regarder par la fenêtre de la limousine afin de mieux voir le ciel.

Comme suspecté, elle vit un dragon qui volait dans l’air juste au-dessus du palais.

Un corps serpentin d’une centaine de mètres de long. Quatre membres courts avec des griffes acérées. Une tête de forme inhabituelle avec de longues cornes... Une créature débordant d’une beauté divine.

Le corps entier du dragon brillait d’un éclat de couleur platine.

Cette teinte était exactement la même couleur que les cheveux de Shiori.

« Est-ce que mon Grand-père a beaucoup voyagé dans la Capitale Impériale dernièrement ? » demanda Shiori.

« Non, pour autant que je m’en souvienne, rien de semblable ne s’est produit ces dernières années, » répondit le Major.

Depuis sa position sur le siège du passager avant, le major avait également regardé le ciel si éblouissant.

Le dragon de platine déplaçait son corps serpentin comme s’il nageait, volant gracieusement au-dessus du palais impérial. Il se dirigeait vers le nord.

Après être resté silencieux jusqu’à maintenant, le vieux conducteur se mit à parler, « Il s’agit d’une grande chance que l’on puisse voir le Seigneur Tenryuu dans toute sa gloire… Quel magnifique signe de bon augure. »

Le Seigneur Tenryuu était la Bête Sacrée protégeant le Japon Impérial.

En plus d’être parmi les rangs de « Grands Anciens », d’anciennes divinités se manifestant sous forme animale, il était également le grand-père de Shiori.

Vraisemblablement, il avait volé ici depuis l’Enceinte Divine au nord de Kanto pour voir sa petite fille qui revenait après avoir été absente pendant quatre ans.

Certaine qu’il s’agissait de l’intention de son grand-père, Shiori avait acquiescé avec fermeté.

Depuis le dix-neuvième siècle, des douzaines de divinités thériomorphes, connues sous le nom de Bête Sacrée, étaient descendues sur le monde.

En conséquence, la société avait radicalement changé.

Les Bêtes Sacrées devinrent les dieux gardiens de diverses nations humaines et apportèrent aussi la magie et l’occultisme dans la société humaine. Cela avait également accéléré les progrès révolutionnaires dans les développements scientifiques.

La naissance de l’Empire Romain d’Orient était l’un de ces changements. C’était au cours de la Seconde Guerre mondiale — aussi connu comme la Guerre des Héros ou la Deuxième Guerre Napoléonienne — que ce pays avait vu le jour en Asie du Sud-Est.

Gaius Jules César était le nom de son fondateur. Après une guerre napoléonienne — ce pays avait vu le jour en Asie du Sud-Est.

Cet homme portant le même nom d’un ancien héros romain avait conquis l’Asie du Sud-Est et la moitié de la Chine en un rien de temps, établissant un nouvel empire dans le pays de l’Est.

*

Et aujourd’hui, ce héros nommé César était présent à la Capitale Impériale du Japon.

Plus d’un millier de célébrités, politiciens, officiers militaires de haut rang, diplomates, ainsi que des soldats et des fonctionnaires civils de l’Empire Romain d’Orient s’étaient rassemblés dans le jardin du palais impérial, bavardant amicalement.

Le centre de la foule tournait autour du Généralissime César, le héros de l’Empire Romain d’Orient.

Les ministres, les membres de la Diète et les grands noms des milieux financiers étaient également présents. Les uns après les autres, ils s’étaient relayés pour s’approcher de César afin de lui offrir des salutations et échanger des plaisanteries avec lui.

Ce n’était pas l’hospitalité comme on pouvait l’offrir à un invité d’état.

La vraie raison était que ce soldat d’un pays voisin était « l’homme le plus puissant » en Asie et au Japon.

Le tour de Shiori était arrivé. En arrivant devant l’exalté César, Shiori inclina respectueusement la tête.

« Salutations à vous, Seigneur César. Cela fait longtemps, » dit-elle.

« Votre visage me fait me rappeler beaucoup de mes souvenirs, » déclara-t-il. « La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était il y a un an lors d’un banquet à la maison, n’est-ce pas ? Je suis très honoré d’avoir l’occasion de vous rencontrer à nouveau, belle princesse du Japon. »

César était noble et digne, mais nullement prétentieux. Jovial et accessible, tout en conservant un air de grande classe.

Il avait reçu la visite de Shiori avec son ton unique et son sourire cordial. Ses distinctions comprenaient le rang de Généralissime de l’Armée Impériale Romaine d’Orient ainsi que le poste de Commandant Suprême de la Région Administrative d’Asie Orientale. Il avait aussi d’autres titres tels que Conseiller Spécial pour l’Impératrice Japonaise et commandant en chef de l’Armée en Garnison au Japon.

En dépit d’être le fondateur de l’Empire, cet homme avait seulement régné pendant quinze ans en tant que premier empereur.

Après cela, dans son désir de retourner au front en tant que soldat, il avait abdiqué et céda son trône à un courtisan.

« Assis sur un trône au fond d’un palais sans ennemis ni excitation… Je n’appellerais jamais un tel travail agréable. Mon désir d’avoir une vie exaltante est bien trop accablant, » était ce qu’il avait déclaré.

L’Ancien Empereur Fondateur César avait passé la moitié d’un siècle à accumuler des exploits liés à ses conquêtes.

Pendant cette période, les États-Unis d’Amérique étaient agités par un désir de devenir la seule superpuissance du monde, menant ainsi à une confrontation contre César sur divers champs de bataille en Asie. Dirigeant un millier de légions, César était sorti victorieux à chaque occasion. C’était ostensiblement l’une des causes de la séparation finale des États-Unis en deux pays.

Puis il y a dix ans...

Le grand généralissime de ce pays voisin était même allé jusqu’à vaincre l’armée américaine stationnée à Okinawa, à Yokosuka et ailleurs au Japon.

Par la suite, César se rendit à Tokyo plusieurs fois par an à partir de sa base d’opérations se trouvant à Hong Kong. Pendant ses séjours au Japon, il rencontrait de manière proactive les membres de la famille royale japonaise et les acteurs du monde financier et politique, confirmant ses devoirs de « patronus paternel qui guidait le Japon et l’impératrice ».

« Au fait, Shiori, chaque fois que je vous vois, vous, la charmante dame que vous êtes, je suis frappé par une certaine chose…, » déclara César.

César avait soudainement souri avec une certaine fierté avant de dire, « Si vous deviez y consentir, alors j’aimerais que vous jouiez le même rôle qu’une certaine reine d’Égypte du passé. »

« Le Japon a déjà Sa Majesté l’Impératrice... » Shiori avait souri et avait rejeté la proposition de César avec tact. « Je n’oserais pas rêver à commettre une telle transgression. »

« Quoi qu’il en soit, Sa Majesté n’a atteint que l’âge de treize ans. Cela, combiné avec sa personnalité introvertie, il serait très problématique de poursuivre une liaison romantique, même si elle est une adorable fille. »

Une telle blague indiscrète était vraiment à la hauteur de la réputation de César en tant que coureur de jupons.

À l’époque romaine, ce héros avait fait de la Reine d’Égypte Cléopâtre, sa maîtresse, consolidant ainsi son emprise sur le trône grâce à son soutien. Il s’agissait d’une histoire très connue.

… Une explication supplémentaire était justifiée ici.

Le « César » qui conversait actuellement avec Shiori n’était pas un patient mental avec des illusions de grandeur héroïque.

Les deux loups argentés Rémus et Romulus, des Bêtes Sacrées tout comme le Seigneur Tenryuu du Japon, avaient rappelé le César défunt dans le monde des humains soixante-dix ans auparavant.

Le vingtième siècle où nous nous trouvions encore était connu comme le Siècle de la Guerre.

Il s’agissait d’une époque où un certain nombre de héros antiques avaient été ressuscités et restaurés à des postes de pouvoir suprême.

Cette liste incluait l’Empereur Karl le « Roi Chevaleresque » et le dirigeant de l’Europe, « le Saint Roi » Saladin de la Dynastie Musulmane des Ayyoubides, et Napoléon Ier qui se faisait passer pour un clandestin à Moscou — Et le héros César était aussi l’un d’entre eux.

« Alors Princesse, qu’en est-il de vos projets ? » César avait posé une question inattendue.

Shiori était seulement de retour depuis l’Empire Romain d’Orient il y a deux jours et séjournait actuellement dans un hôtel de Tokyo. Bien sûr, la Capitale Impériale ne manquait pas de palais royaux ou de territoires à l’usage exclusif de la famille impériale.

Cependant, pour une « Princesse Paria », ce n’était pas un environnement particulièrement confortable.

« Je souhaite être quelque part pour y être plus tranquille, » répondit-elle. « La flamboyance de la Capitale Impériale est trop éblouissante pour moi. »

« Êtes-vous sérieuse ? Ce serait vraiment dommage pour une fille comme vous de vous retirer de la vie active à un si jeune âge, » déclara César avec un soupir exagéré. Bien qu’il était un grand héros et que son nom était devenu la source étymologique du Kaiser, le mot allemand pour « empereur », il n’avait pas été particulièrement large au niveau de sa carrure.

Debout, il faisait un peu plus de 175 centimètres. Sa grandeur était plutôt venue de son esprit que de son corps.

La tenue qu’il portait à cette fête se composait de vêtements militaires de la Rome antique.

Une cape rouge était drapée sur son armure. Et des sandales en cuir étaient attachées à ses pieds.

Cette apparence était identique à ce que Shiori avait vu sur le panneau d’affichage un peu plus tôt. On pouvait essayer de deviner s’il s’habillait ainsi par nostalgie ou par préférence, mais en tout cas, c’était comme ça qu’il apparaissait toujours en public.

« S’il vous plaît, n’hésitez pas à frapper à la porte de mon armée à tout moment. Je serais prêt à vous enrôler en tant que conseillère. Naturellement, Princesse, j’accepterais volontiers votre consentement afin que vous deveniez mon épouse ! »

« Merci pour le compliment. Je suis honorée même si c’est déclaré en tant que plaisanterie, » répondit la princesse.

Shiori avait réagi avec un sourire légèrement ironique face au coureur de jupons qui avait fait une blague digne de sa réputation légendaire.

« Je ne suis pas digne d’être votre subordonnée, et encore moins votre femme, » continua-t-elle.

« Au contraire, j’ai souvent entendu parler de l’éclat de la princesse japonaise, par l’intermédiaire de nombreuses rumeurs qui arrivaient dans mon pays, » César avait répliqué ainsi tout en souriant, puis lui avait fait un clin d’œil, choquant énormément Shiori.

Cependant, elle avait parfaitement réprimé ses émotions qu’il avait provoquées et avait maintenu son sourire de poupée, totalement impassible et imperturbable. Shiori était très douée pour feindre la docilité et cacher ses véritables talents.

… Quoi qu’il en soit, elle avait passé quatre ans dans l’Empire Romain en tant qu’otage. Pendant ce genre de vie sans personne sur qui s’appuyer, il y avait des moments où elle devait faire appel à des « talents » qu’elle avait cachés dans le passé. À vrai dire, elle aurait grandement préféré conserver sa façade de la « Princesse dont le seul mérite était sa beauté » pour l’intégralité de la durée de son séjour à l’étranger…

« En gage de mes sentiments, afin de célébrer votre nouveau départ… Permettez-moi de vous montrer un petit truc, même si ce n’est pas vraiment génial, » déclara-t-il.

Mais, avant même que Shiori puisse décliner, César avait déjà fait un mouvement. Il avait levé son index droit et avait crié. « Par ce nom qui est le mien, Jules César, je vous invoque... Assemblez-vous, mes légions ! »

La fête avait commencé à 14 heures.

La journée était très ensoleillée avec un ciel clair en dessus du jardin qui servait de lieu pour ces festivités.

Dans le ciel…, une centaine de soldats argentés apparurent de nulle part.

Atteignant presque huit mètres de haut, les soldats étaient sans aucun doute d’impressionnants géants.

Les géants étaient équipés de cottes de mailles en argent et de casques à crête. Ils portaient des uniformes militaires rouges avec une paire d’accessoires du genre « ailes » avec des plumes sur le dos. Ces accessoires ne semblaient pas fonctionner comme des ailes, mais les soldats géants d’argent volaient quand même librement dans les airs.

Après leur apparition, les cent soldats géants s’étaient dispersés. Volant habilement, ils s’étaient approchés du lieu où se tenait la fête.

Quand ils furent tous à basse altitude, environ cinquante mètres au-dessus du sol, les soldats géants s’assemblèrent pour être dans une formation bien ordonnée composée de quatre rangées.

Chacun d’eux portait un grand bouclier rectangulaire dans sa main gauche et un fusil avec une baïonnette attachée dessus dans sa main droite. Tous les cent soldats avaient les mêmes armements et la même apparence.

En outre, les visages des soldats géants étaient couverts de masques blancs…

Il s’agissait d’une unité composée d’une légion de types Centuria.

Il s’agissait également de l’armée qui avait permis à l’Empire Romain d’Orient et au grand généralissime César de dominer.

La convocation soudaine de César avait rempli le cœur des participants de la fête de surprise et de peur. Tout le monde avait immédiatement tourné son regard vers le commandant des légions... le héros, César.

Le poids de ces regards provenait non pas d’une ou deux douzaines de personnes, mais de plus d’un millier d’individus.

Avec tous ces yeux posés sur lui, César continua tranquillement de sourire avec une grande confiance. Ouvertement et d’une manière assez intime, il plaça son bras autour des épaules de Shiori, avant de crier à la foule présente. « Mesdames et Messieurs, pourriez-vous démontrer un peu plus de ferveur en célébrant l’amitié entre Rome et le Japon !? En outre, ne négligez pas d’encourager la belle princesse du Japon ! »

L’appel de César avait été répondu par un millier de voix. Les applaudissements et les acclamations de la foule avaient alors secoué le lieu.

L’armée de rouge et d’argent avait également brandi leurs fusils avec la baïonnette fixée, levant leurs lames vers le ciel. Cette action n’avait eu aucune signification en particulier, mais la vision d’une centaine de soldats géants ailés se déplaçant à l’unisson était un spectacle assez intimidant et impressionnant à voir.

Non seulement ça, mais les soldats romains stationnés un peu partout dans le jardin avaient également crié. « Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

« Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

« Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

Les mots, « Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort », faisaient référence à l’armée qui servait César.

Il s’agissait d’une salutation coutumière de l’Empire Romain d’Orient, utilisé exclusivement pour exalter le héros Jules César.

Après que les soldats romains aient récité à l’unisson cette phrase à plusieurs répétitions, Shiori avait calmement déclaré. « Votre Excellence... Ma gratitude ne connaît pas de limites… Merci d’avoir fait cela spécialement pour moi. »

« Vous êtes bien trop gentille, » répliqua César. « Je suis désolé que je ne puisse que faire cette petite chose. Considérez cela comme un cadeau symbolique de nouveau départ. »

L’expression et le comportement de César étaient pleins de vigueur juvénile quand il avait répondu ça d’une manière très joyeuse.

D’autre part, son âge semblait être en retard vis-à-vis de son apparence indiquant une quarantaine d’années. Apparemment, son apparence avait à peine vieilli depuis la fondation de l’Empire Romain d’Orient qui avait été faite il y a soixante-dix ans.

La Jeunesse Éternelle et la capacité d’invoquer des Légions, il s’agissait des pouvoirs des Ressuscités, les héros revenus dans le monde actuel.

Ils étaient des surhumains envoyés sur la terre par les Divines Bêtes Sacrées. Telle était la vérité derrière les Ressuscités tels que César. Alors qu’elle était témoin de la puissance de l’ennemi qu’elle devait surpasser, Shiori avait enflammé son Esprit Combatif se trouvant en elle. Elle devait acquérir une puissance équivalente afin de pouvoir s’y opposer, et cela, dès que possible...

Cependant, pendant tout ce temps, elle avait maintenu son sourire féminin face à César.

En effet, feindre la docilité était la compétence numéro une de Shiori.

***

« Fidèle à son nom, le Seigneur César adore comme toujours faire un grand étalage de son pouvoir, » murmura Shiori.

La fête était toujours en cours une heure après la soudaine convocation des Légions. Shiori s’était secrètement glissée hors de la fête après avoir quitté César et elle visitait maintenant un jardin empli de roses dans un autre lieu proche de la fête.

Toute seule, elle repensa à la scène qui s’était déroulée un peu plus tôt.

En dépit d’être un héros incomparable, le comportement de César était enfantin.

Mais encore une fois, Shiori avait pu expérimenter ses terribles pouvoirs. Ceci incluait sa capacité extraordinaire d’invoquer à volonté un millier de soldats géants, ainsi que son génie en ce qui concernait la stratégie qui avait mené son armée jusqu’à la victoire chaque fois qu’il était présent. Et finalement, le pouvoir absolu qu’il détenait en raison de sa position de généralissime de la plus grande puissance mondiale.

« Puisque l’ennemi est un héros romain, j’ai besoin d’un soutien d’une puissance équivalente, » murmura-t-elle à nouveau.

Vêtue d’un kimono à larges manches, Shiori tenait un sac en tissu contenant un petit objet.

De l’intérieur, elle sortit une photo représentant un étudiant dans un uniforme à col rigide. Il devait avoir environ 17 ou 18 ans. Son visage était bien proportionné, mais l’expression était un peu raide. On pourrait tout à fait l’appeler comme étant une personne sans expression, ou du moins ne montrant pas d’expression.

Comme les minces yeux du jeune homme n’étaient pas concentrés sur l’appareil photo, il semblait qu’il s’agissait d’une photo prise en secret.

« C’est cet homme qui va devenir ma carte maîtresse. Quand va-t-il s’éveiller ? » Après avoir déclaré ça, Shiori s’était soudainement remise à parler, « Tachibana ! Êtes-vous ici ? »

Il n’y avait personne dans la roseraie [1] à l’exception de Shiori, mais elle pouvait sentir les noèsis [2] présentes dans tout le personnel protégeant secrètement la princesse Shiori Fujinomiya. Et cette noèsis appartenait à une personne qui avait été sous les ordres de la famille Fujinomiya depuis la génération de la mère de Shiori.

Étant donné l’excellente sensibilité de Shiori, il était naturel qu’elle le remarque.

« … À votre service, Madame. Vos sens sont toujours aussi aiguisés, » répondit une voix inconnue.

Un grand homme en costume noir sortit silencieusement de l’ombre.

Il était habillé tel un membre de la Police de Sécurité, mais son visage féroce, sa taille de 190 cm et sa masse corporelle de 100 kg lui donnaient l’air d’un catcheur professionnel.

Genzou Tachibana qui était devant elle était le majordome de la famille Fujinomiya.

« Comment ça se passe à Suruga ? Avez-vous observé le sujet en question ? » demanda-t-elle.

« Rien n’a changé. Ce bâtard est toujours aussi inutile, » répliqua-t-il froidement.

Normalement, le choix des mots devrait être plus élégant quand l’on travaille dans un environnement où la courtoisie était de rigueur.

Cependant, cet énorme homme avait répondu à la question de la princesse d’un ton dénaturé tout en se frottant le menton qui était recouvert d’une barbe de trois jours. D’un autre côté, Shiori ne voyait pas d’inconvénient face à une telle attitude.

Un subordonné impoli, mais compétent était beaucoup plus précieux qu’une personne incompétente qui adhérait de manière rigide à l’étiquette.

« Tous les jours, il assiste à l’école consciencieusement et fait attention en classe, » énonça-t-il sur un taux irrespectueux. « Il rentre directement chez lui le soir, dans son dortoir étudiant en respectant le couvre-feu. Et il suit strictement les règles qui l’entourent. Il n’a nullement l’envie d’aller voir ou de faire la fête. Et il manque même d’expérience en ce qui concerne le vol de boissons alcoolisées afin de pouvoir boire en secret. »

« Quelle conduite exemplaire ! » répliqua-t-elle.

« Tout au plus, quelques espiègleries occasionnelles. Comme donné à sept ou huit ploucs ou à des délinquants de l’armée un peu d’amour pour donner l’exemple, » répondit-il.

« De l’amour… Vous voulez dire qu’il se retrouve au milieu de combats ? » demanda-t-elle.

« Nullement, » répondit-il. « Il est évidemment capable de prendre soin d’eux en environ deux ou trois minutes avant que les situations ne se transforment en incidents majeurs emplis de violence. En ce sens, il n’est après tout pas très ordinaire. »

« Neutraliser sept ou huit personnes en quelques minutes…, » résuma la princesse.

Cette prouesse martiale était assez extraordinaire pour une personne ordinaire.

Cependant, Shiori haussa les épaules avant de déclarer cela. « Trop d’écart de puissance… Contre des roturiers, en abattre cent mille ou un million dans ce même délai serait le strict minimum. »

« Tout à fait d’accord sur ce point. On n’en attendrait pas moins de l’un des Chevaliers, » répliqua-t-il.

Le contenu de cette discussion était beaucoup trop radical pour une conversation entre une princesse protégée et son serviteur.

« Ça ressemble à… après tout, je dois le voir en personne, » déclara-t-elle finalement.

« Je préférerais que vous ne vous mettiez pas en danger, Madame, » répondit-il. « Vous devriez agir plus comme une princesse, en tremblant tout en étant cachée derrière un rideau... »

« Plus facile à garder, non ? » répliqua-t-elle face à son subordonné impoli.

« Il s’agit de l’une des raisons. D’ailleurs, cela vous rendrait plus salutaire à protéger, » dit-il.

La manière de parler de Tachibana le faisait ressembler davantage à un chef adjoint de bandits ou de pirates qu’à un majordome.

Cependant, Shiori avait simplement souri sans lui répondre. Son sourire était tout aussi poli et distingué que celui qu’elle avait présenté à César, sauf qu’il y avait une légère pointe de moquerie qui était cette fois-ci ajoutée.

« Soyez rassuré. J’ai l’intention d’utiliser votre fille afin qu’elle soit ma garde du corps à Suruga, » déclara-t-elle.

« Voulez-vous compter sur ma stupide fille !? » s’exclama Tachibana.

« Effectivement, » répondit-elle. « Beaucoup de choses seraient plus faciles à gérer puisque nous sommes toutes les deux des filles. D’ailleurs, j’ai entendu des rumeurs sur la fille de la Famille Tachibana. Ne semble-t-elle pas être une fille extravertie accomplie dans les arts martiaux ? »

« D’un autre côté, elle est également une très grande idiote ! » déclara-t-il.

« Peu importe. Je l’ai nommée précisément parce que je trouve ce point amusant, » répondit la princesse.

Regardant son subordonné troublé, Shiori rit de bon cœur.

« Afin d’acquérir le pouvoir de s’opposer aux Chevaliers de la Reine de l’Empire Britannique et de défier le Seigneur César… J’avais décidé de me retirer de la vie active, faisant de Suruga ma résidence jusqu’à nouvel ordre, » déclara-t-elle.

« Me dites-vous que vous allez vous retirer quand vous n’avez que seize ans ? » demanda-t-il.

« Pourquoi pas ? » répondit-elle. « Il s’agit quand même d’un endroit charmant où le Seigneur Tokugawa Ieyasu [3] a passé le reste de sa vie en tant que shogun à la retraite. »

Shiori Fujinomiya était une princesse du Japon Impérial.

Connu comme le Siècle de la Guerre, le vingtième siècle touchait à sa fin.

Cependant, le Japon n’était certainement pas un pays puissant. L’administration impériale à Tokyo et dans la région de Kanto était sous le contrôle de l’Empire Romain d’Orient, faisant de facto du Japon un État quasiment vassal. En outre, ces dernières années, l’ingérence d’une « autre grande puissance mondiale », l’Empire Britannique, dans les affaires intérieures du Japon avait atteint un niveau insupportable.

Au milieu de cette tourmente, Shiori avait conçu un plan.

« En dépit de faire partie de la famille impériale, la Maison des Fujinomiya a été ostracisée en raison de la peur de la faction de l’Impératrice vis-à-vis de nous…, » déclara-t-elle. « Néanmoins, cela ne convient pas à ma personnalité de poursuivre un style de vie de lâche. »

Les familles royales du monde entier étaient des foyers de luttes de pouvoir. Le Japon Impérial ne faisait nullement exception. Ceux qui étaient hostiles à Shiori Fujinomiya étaient tous des parents parmi les plus hauts rangs de la royauté et de la noblesse.

Shiori n’avait fait aucun effort pour cacher l’une des raisons de leur hostilité… Ses « cheveux de couleur platine ».

« Peu importe la situation, je dois faire quelque chose par moi-même. Je dois devenir le cerveau contrôlant le gouvernement japonais depuis l’ombre, » annonça Shiori.

« Madame, être un manipulateur n’est-il pas le mauvais type d’aspiration pour quelqu’un de votre âge ? » demanda-t-il.

Le regard de Tachibana était plutôt désapprobateur. Il continua à parler. « Vous devez déclarer “Je deviendrai le dirigeant de cette nation !” avec plus d’ambition. »

« Je ne suis pas intéressée par la position de l’impératrice, » répondit-elle. « C’est purement une figure de proue sans autorité réelle. Tout d’abord, je dois remodeler ce pays pour devenir un milieu de vie plus approprié pour moi… En cours de route, je ferais aussi bien de travailler pour le bien-être des Japonais. D’ici là, je compte sur votre soutien actif, Tachibana. »

« Madame, même si vous devez mentir, veuillez dire que vous mettez la population en premier, » répliqua-t-il.

Tenryuu 58, mi-septembre.

La photo actuellement dans la main de la princesse représentait un étudiant bien spécifique.

Shiori Fujinomiya ne connaissait même pas son vrai nom. Elle ne connaissait que l’alias qu’elle lui avait donné à des fins d’obscurcissement. Rassemblant sa détermination, elle avait lu son nom.

« Tachibana Masatsugu… Vous devez construire un ordre de chevalerie pour rassembler des soldats sous la bannière de votre nom perdu, » déclara-t-elle.

Le Japon Impérial, l’Empire Romain d’Orient et l’Empire Britannique.

Les alliances et les rivalités toujours changeantes entre ces trois pays plongeraient les îles du Japon dans le conflit et la tourmente.

Le rideau était sur le point de se lever sur une ère tripartite emplie des vicissitudes dramatiques de la fortune, reflétant celle des Trois Royaumes. À l’insu de n’importe qui vivant à cette époque, la scène qui s’était déroulée aujourd’hui viendrait à avoir une signification monumentale dans un futur proche.

Notes

  • 1 Une Roseraie : Il s’agit d’un jardin composé principalement de rosiers, soit à des fins de collections, soit à des fins ornementales.
  • 2 La noèsis (en grec νόησις) est, chez Platon, la faculté d’atteindre la vérité par l’intuition. Cette notion est l’origine de la noèse qu’on peut trouver dans différents courants d’influence de la philosophie moderne.
  • 3 Tokugawa Ieyasu : (徳川家康, Tokugawa Ieyasu) (31 janvier 1543 - 1er juin 1616), est daimyo puis shogun du Japon. Il est le dernier des trois unificateurs du Japon de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi (aussi nommé Hashiba).

***

Chapitre 1 : Légions envahissantes (1)

Partie 1

Un étudiant mâle de deuxième année au lycée vivant dans la ville de Suruga dans la préfecture de Shizuoka dans la région de Tōkaidō.

Si l’on devait expliquer son identité, la phrase précédente serait suffisante afin de décrire Masatsugu Tachibana, qui n’était ni une célébrité ni un athlète d’élite de niveau national.

Pour le dire franchement, en mettant de côté certaines particularités, Masatsugu Tachibana n’était rien de plus qu’un lycéen tout à fait ordinaire.

Cependant, ce Masatsugu ordinaire avait toujours eu ses propres ambitions.

« En parlant de l’événement final qui aura lieu avant la fin du deuxième mandat, Taisei, sais-tu ce que c’est ? » demanda Masatsugu

« Bien sûr Masatsugu-kun, les examens finaux, » répondit Taisei.

« Faux ! Il s’agit du concours de beauté qui a lieu en décembre, un événement qui se déroule le dernier jour du festival de l’école, » déclara Masatsugu.

« …, » l’ami de Masatsugu, Taisei Okonogi, avait réagi avec un silence en tant que consternation face à ces paroles.

Ils étaient tous deux actuellement dans la cafétéria du Lycée Privé Rinzai. Masatsugu buvait un berlingot de thé vert pendant que Taisei avait du café en cannette. La cafétéria était toujours bondée pendant l’heure du repas de midi, mais actuellement, elle était totalement inoccupée comme nous nous trouvions après l’école.

Soit dit en passant, Taisei avait des cheveux bruns teints, et un visage dont les traits pouvaient être considérés comme harmonieux et beaux.

Malheureusement, peut-être en raison de son excellent caractère et de son éducation, combiné avec un remarquable bon sens, il n’était pas une personne qui attirait particulièrement l’attention.

Et maintenant, comme toujours, Taisei parlait doucement. « Au fait, Masatsugu-kun, j’ai entendu dire que tu faisais partie du comité exécutif du festival de l’école. Est-ce vrai ? »

« Tout à fait. Je remplace Takeda qui a été transféré à la fin du premier mandat, » répondit Masatsugu.

Comparé à la posture et au ton doux de son ami, Masatsugu semblait en comparaison plutôt rigide.

De temps en temps, Masatsugu dégageait une impression semblable à ce qu’on s’attendrait à voir au contact d’un samouraï. C’était en fait assez approprié puisque dans le passé, la Famille Tachibana avait servi les Tokugawa en tant que jikisan hatamoto [1], des samouraïs au service direct du Shogunat.

Même si sa disposition n’était pas venue de sa lignée, si l’on devait classifier Masatsugu comme une analogie entre dur et mou, alors, il était clairement une personne agissant comme un ancien. Masatsugu parlait avec un ton solennel et sa posture était assez rigide et droite. Il n’avait jamais crié lorsqu’il y avait de l’agitation dans l’air, il avait très rarement raconté des blagues, et il avait rarement enfreint les règlements de l’école. Par conséquent, il n’avait pas beaucoup d’amis en classe.

En y incluant Taisei, il n’avait que trois ou quatre amis proches.

S’il devait se regarder dans un miroir à cet instant précis, alors il ressemblerait sûrement à un homme sombre avec un front légèrement plissé.

… Contre toute attente et en totale contradiction avec ses dispositions de personne rigide, Masatsugu avait à ce moment-là sorti de son sac d’école la liste des candidates au concours de beauté.

« Pour être honnête, quand j’ai commencé à siéger au comité de direction et que l’on m’a confié la responsabilité du concours de beauté, j’ai trouvé que c’était un problème et j’ai pensé que je n’y étais pas adapté, » déclara Masatsugu. « Cependant, après avoir regardé ces concurrentes qui s’étaient portées volontaires ou qui avaient été recommandées par des amis... » Masatsugu feuilletait son dossier alors qu’il déclarait la fin.

Environ, une vingtaine de filles envisageaient d’y participer. Chaque profil incluait le nom de la fille, une photo de son visage, ainsi qu’une présentation qu’elle avait elle-même réalisée et pour finir, une photo alors qu’elle portait un maillot de bain. Il y avait beaucoup de jolies filles parmi les candidates en lice pour devenir Miss Lycée Rinzai.

Tout en révélant un sourire nihiliste empli d’indifférence, Masatsugu était l’image parfaite d’un samouraï meurtrier et maléfique.

« J’ai ainsi découvert que ce n’est finalement pas si mal…, » continua Masatsugu. « Non, je devrais plutôt dire que j’apprécie ce poste. Je ne m’étais pas rendu compte qu’au cours de ses deux dernières années que je pourrais être un gars qui aime un petit peu les filles. »

« Je pense que oui. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant, » déclara Taisei.

« J’aimerais animer ce concours de beauté, mais malheureusement, il n’y en a pas d’assez bonne pour ne pas avoir une candidate qui deviendra à coup sûr la reine. Matsuki-san, une course pour son argent..., » déclara Masatsugu.

« Oh ! Parles-tu de la fille qui s’est fait repérer par les agences de talents ? » demanda Taisei.

« Je veux trouver un ou deux autres prétendants à la première place afin qu’elles s’opposent à elle, » répondit Masatsugu.

« Hé, Masatsugu-kun, si tu parles de quelque chose comme ça avec un visage aussi austère, pourrais-tu au moins parler d’un sujet lié à l’avenir de la nation ? » Voyant Masatsugu avec les bras croisés et une expression solennelle, son ami n’avait pas pu s’empêcher de se moquer de lui. « Comme la hausse de diverses taxes pour l’année prochaine ou les sommes importantes que le Japon verse à Rome à des fins non divulguées. »

Le père de Taisei Okonogi travaillait dans la branche de Shizuoka de l’agence de presse Tōkaidō. Peut-être en raison de son environnement familial, Taisei parlait souvent des problèmes sociaux lors de ses discussions bien qu’il ne soit qu’un adolescent. C’était probablement également la raison pour laquelle il s’entendait très bien avec le « trop sérieux » Masatsugu.

En passant, nous étions aujourd’hui le 1er octobre et donc, il restait encore un peu de temps avant le concours de beauté qui se déroulait en décembre.

« Au fait, Masatsugu-kun, retournes-tu maintenant au dortoir ? » demanda Taisei.

« Non. J’ai prévu d’aller dans ma maison afin d’y faire du ménage, » répondit Masatsugu.

« Je suppose qu’il est très facile pour le désordre et la poussière de s’accumuler dans une maison quand personne n’y vit, » déclara Taisei. « Si tu es d’accord avec ça, j’aimerais venir avec toi et t’aider. Comme aujourd’hui il n’y a pas de travail étudiant, j’ai beaucoup de temps libre. »

« Je suis très content que tu m’offres de m’aider. Merci beaucoup, » répondit Masatsugu.

Taisei occupait le poste de Vice-Président du Conseil des Étudiants.

Ces manières d’agir étaient fondamentalement les mêmes quand il était avec des amis proches. Après que Masatsugu eut baissé la tête en signe de gratitude, ils avaient tous deux quitté la cafétéria.

Le Lycée Rinzai était situé dans la banlieue est de la ville de Suruga, près des montagnes, et assez loin du centre-ville.

En passant, comme leur école était connue comme étant un endroit où de prestigieuses familles la fréquentaient, il y avait beaucoup d’étudiants qui venaient s’inscrire depuis très loin.

La plupart de ces étudiants vivaient dans les dortoirs et Masatsugu était l’un d’entre eux. La maison de ses parents était située dans la ville de Suruga, tout comme l’école, mais il n’avait désormais plus de famille. Ses parents et grands-parents étaient tous décédés et il n’avait ni frère ni sœur.

Grâce à l’héritage et à la rente d’orphelin laissés par son père-soldat, Masatsugu pouvait vivre sans avoir de soucis financiers.

Il aurait pu vivre seul dans sa maison, mais il avait choisi par commodité de vivre dans le dortoir qui comprenait une aide ménagère.

« Pour une fois, je m’éloigne de l’école et j’ai enfin le sentiment de visiter la ville, » déclara Masatsugu.

« Comme l’école est si proche de la montagne, il y a très peu de résidences se trouvant à proximité, » répondit Taisei.

La ville de Suruga était située sur une plaine littorale face à la baie de Suruga.

Sur cette région littorale se trouvait une ville régionale vraiment très calme. Mais en cours de route, il y avait deux petites montagnes qui s’érigeaient dans la région avec une série légèrement abrupte de monts et le tout se tenait à une altitude d’environ trois cents mètres. Il s’agissait du Mont Udo et du Mont Kunou — qui formait une zone montagneuse emplie de verdure.

L’école de Masatsugu et Taisei était située sur le côté ouest du Mont Kunou.

Tous deux avaient ainsi pris un bus en direction du centre-ville.

Cet itinéraire conduisait au quartier commercial présent en face de la Gare de Suruga. Sur le chemin, un camion militaire passa devant eux. Il voyageait dans la direction de l’école, et il se rendait probablement à l’installation militaire connue sous le nom de base tutélaire.

« Tokugawa Ieyasu [2] a dit que “le château de Kunou est la citadelle intérieure du château de Sunpu”. Savais-tu ça ? » demanda Masatsugu.

« Le château de Kunou… Es-tu en train de parler du fort qui se dressait sur le Mont Kunou ? » demanda Taisei.

« Tout à fait, » répondit Masatsugu. « Il s’agit maintenant d’un ensemble de ruines là où se dressait le château et il n’y a presque plus rien debout. Mais ce qui a pris sa place est la base tutélaire — ce qui est quelque chose tel un château — et elle a été construite à proximité. Donc, cela signifie que le Seigneur Ieyasu avait raison en disant ça. »

Après que Tokugawa Ieyasu eut quitté sa position de premier shogun du bakufu d’Edo, il était retourné dans sa ville natale de Suruga et avait construit le château de Sunpu comme résidence pour pouvoir y vivre en paix lors de sa retraite.

La ville de Suruga était une terre avec des liens intimes avec le « Seigneur Divin » Tokugawa Ieyasu.

Pendant qu’ils bavardaient, le bus les avait emmenés à travers la ville de Suruga. Il y avait beaucoup de bâtiments commerciaux et de bureaux près de la gare, mais c’était beaucoup moins animé qu’à Tokyo. Après tout, il s’agissait d’une ville régionale idyllique. Masatsugu et Taisei n’étaient pas descendus même quand le bus s’était approché de la gare.

Après ça, le bus avait continué pendant une dizaine de minutes avant que finalement, ils débarquent à un arrêt près de la rivière Abe.

Après avoir traversé un quartier résidentiel pendant environ cinq minutes, ils arrivèrent à la maison de Masatsugu Tachibana.

Il s’agissait d’une maison à un étage construite dans le style japonais. L’habitation principale avait un salon et au moins cinq chambres spacieuses de style japonais. En outre, il y avait un passage en terre battue. Et à l’entrée, il y avait une magnifique porte avec un toit de chaume.

Cet endroit était bien trop grand pour qu’un lycéen seul puisse le nettoyer.

Après avoir ouvert l’ancienne porte en bois, Masatsugu regarda la zone proche de la porte d’entrée. Il fronça les sourcils devant ce qu’il venait de constater.

« … Hmm !? » s’exclama-t-il.

Il avait remarqué que la porte d’entrée était ouverte.

Il était sûr d’avoir correctement fermé la porte quand il était venu le mois dernier afin de nettoyer les lieux.

« Un cambrioleur a-t-il laissé la porte ouverte ? » demanda Taisei.

« Je vais aller jeter un coup d’œil dedans. Donc, attends-moi dehors, » répondit Masatsugu.

Après avoir un peu poussé un Taisei surpris afin qu’il sorte, Masatsugu entra par le passage.

En supposant qu’un intrus ait laissé la porte ouverte, un cambriolage aurait très probablement eu lieu. Masatsugu ne voulait pas exposer son ami au danger. Et ainsi, Taisei acquiesça immédiatement et resta seul devant la porte.

L’ami de Masatsugu, bien conscient de ses compétences particulières, n’avait pas du tout insisté.

Il serait plus efficace de laisser ça à Masatsugu plutôt que d’appeler la police.

« … Des bottes ? » Dès qu’il eut franchi l’entrée, Masatsugu marmonna pour lui-même.

Il disait ça, car il y avait une paire de bottes pour femmes qui avait été soigneusement placée là. Il s’agissait de bottes à mi-cheville et sans talon apparent.

Ce n’était pas la seule chose suspecte. Masatsugu ne passait ici qu’une fois par mois afin de nettoyer cette maison. Cependant, le couloir était actuellement étincelant, et il était évident d’un simple coup d’œil qu’il avait été soigneusement essuyé avec un chiffon humide.

En outre, on pouvait sentir le parfum de l’encens à l’intérieur de la maison...

Masatsugu avait alors enlevé ses chaussures avant d’aller dans la salle contenant l’autel bouddhiste d’où le parfum provenait. En y regardant de plus près, il y trouva une fille agenouillée devant l’autel avec ses paumes tendues ensemble dans une position de prière.

Elle était habillée comme une étudiante de style japonais en portant un hakama [3]. Ce genre d’apparence était censé être banal dans la capitale, mais moins ici.

Les magnifiques cheveux noirs de la fille étaient attachés par un ruban écarlate. Elle regardait les portraits des défunts parents de Masatsugu... à savoir sa mère décédée pendant son enfance et son père tombé au champ d’honneur il y a trois ans.

La fille avait environ quinze ou seize ans. Bien que certains traits enfantins lui soient restés, son visage était très beau et adorable.

Avant que Masatsugu puisse parler, l’étudiante se retourna, sentant sans doute l’arrivée de Masatsugu.

« Bienvenue à la maison, Onii-sama. Ceci fait si longtemps depuis notre dernière rencontre. Douze ans, je crois ? » déclara-t-elle d’une voix cristalline tout en lui souriant tendrement.

Cependant, Masatsugu ne l’avait nullement reconnue. D’ailleurs... après y avoir réfléchi, il hocha la tête avant de déclarer, « Je comprends mieux maintenant. J’ai une petite sœur perdue depuis si longtemps, c’est ça ? »

« Non ! Tu as tords, » déclara-t-elle.

« Alors qui êtes-vous ? » demanda-t-il.

Après avoir calmement rejeté les spéculations de Masatsugu, elle affirma ça. « La relation de Hatsune avec Onii-sama… Je me demande quelle est la meilleure façon de la décrire. »

« Étiez-vous une amie d’enfance qui vivait près de chez moi, alors vous m’appelez votre grand frère pour refléter la différence d’âge ? » demanda-t-il.

« Encore faux. Les amis d’enfance ou les parents proches auraient été plus faciles, mais la vérité s’avère être plus subtile que ça. Et c’est ce qui rend difficile pour moi de l’expliquer, » répondit-elle. « Laisse-moi voir, notre relation est légèrement plus éloignée que celle de cousins. »

« Ça veut dire des cousins germains ou une sorte de parent éloigné, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Oui, c’est à peu près ça. Je suis sûre que tu pourrais trouver un lien si tu parcourais attentivement nos arbres généalogiques, mais cela prend trop de temps pour le faire, alors, je vais directement t’appeler “Onii-sama”, » déclara-t-elle.

« Décidément, s’adresser à vous en tant que “probablement un parent éloigné” serait certainement un problème, » répondit-il.

« Tu comprends, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi nous avions décidé ça il y a longtemps, Fufufufu, » déclara-t-elle avant de se mettre à rire.

Masatsugu conversait avec l’intruse dans la salle de l’autel bouddhiste dont le sol était recouvert de tatami.

La jeune fille souriante avait maintenu sa position formelle assise, donc en seiza [4], alors Masatsugu s’était également assis devant elle de la même manière. Cette fille était apparemment une parente avec un prénom de Hatsune, mais Masatsugu n’avait aucun souvenir de tout cela, alors il continua son enquête.

« Quel est votre nom ? Je veux connaître votre nom complet, » déclara-t-il.

« Oh, tu es si affreux, Onii-sama ! M’as-tu oubliée ? Je ne peux pas croire que tu aies oublié ta Hatsune Tachibana, qui est dans le même clan que toi. C’est tellement horrible de ta part, » répliqua Mlle Tachibana Hatsune qui commençait à faire la moue telle une enfant.

Masatsugu inclina la tête en signe d’excuses.

« Nous vivions très près les uns des autres à la maternelle et nous avons tout le temps joué ensemble, » continua-t-elle.

« Vraiment ? Alors, permettez-moi de vous poser une question, sœur — désolé, je veux dire Tachibana Hatsune-kun, » déclara Masatsugu.

« N’hésite pas à m’appeler comme tu le préfères. Vas-y et utilise “petite sœur” afin de me nommer. Ceci ne me dérange nullement et tu peux également me parler d’une manière plus familière, » dit-elle.

« Dans ce cas, d’accord, allons avec Hatsune. Y a-t-il une autre relation spéciale entre nous ? Comme une vieille promesse de mariage ou de vagues sentiments d’amour que nous aurions eu l’un pour l’autre, » demanda-t-il.

« Des sentiments d’amour ? » demanda Hatsune.

« C’est bien ça. En fait, ces derniers temps je me posais souvent la question. Comme si une fille allait soudainement tomber du ciel et se confesser à moi ou qu’une fiancée en provenance de l’enfance pourrait soudainement apparaître pile en face de moi, » dit-il.

Hatsune avait frappé ensemble ses mains devant elle avant de répondre. « J’ai également lu des histoires de ce type comme dans “le Bric à Brac Hebdomadaire du Shounen” ou “Shoujo Margarita”. »

« Tu peux trouver des choses similaires dans de nombreux romans et des jeux de simulation d’amour destinés aux adolescents, » répondit-il.

« Est-ce le genre que tu aimes, Onii-sama ? » demanda Hatsune.

« Il y a quelque temps, j’ai regardé brièvement ce genre de choses quand un ami me les a recommandés, » répondit-il. « Grâce à ces histoires, il y a des nuits où je ressens douloureusement combien il est insupportable d’être un célibataire. »

« Je comprends mieux maintenant, pauvre petite chose ! » répondit-elle.

« Voilà pourquoi je voulais poser des questions sur notre passé commun, » dit-il.

« Oui, je comprends tout à fait. Il n’y a absolument rien de tel dans notre passé ! » déclara-t-elle.

« Ho, c’est vraiment une triste nouvelle que tu me dis là, » dit-il.

Alors que Hatsune le niait catégoriquement, Masatsugu restait totalement imperturbable.

« On ne peut pas y faire grand-chose, car le passé ne peut pas être changé. Oh ! Mais je m’en souviens maintenant. Je pense que tu as proposé de m’épouser quand nous étions jeunes, » déclara Hatsune.

« Dans ce cas, pourquoi tout à l’heure m’as-tu dit “absolument rien de tel” ? » demanda Masatsugu.

« Désolée, mais je suis parfois si tête en l’air, » dit-elle.

« Je vois. Ceci semble bien être le cas, » dit-il.

« Mais il y a plus que ça, » dit-elle. « Et voici comment j’avais répondu à l’époque. “Je le considérerai sérieusement si dans le futur, tu grandis pour devenir aussi fort qu’un lutteur de sumo étant au rang de yokozuna [5]”. »

« Mais pourquoi un lutteur de sumo de rang yokozuna ? » demanda-t-il.

« Car ceux que j’avais l’habitude d’aimer étaient des hommes puissants comme des yokozunas, des champions de luttes ou des maîtres lethwei [6]. En vérité, tu sais, même maintenant, ils sont toujours mon type d’homme ! » répondit-elle.

« Je sens une sorte d’obsession d’initié dans ton dernier exemple…, » déclara-t-il.

Le Myanmar en Asie du Sud-Est faisait actuellement partie de l’Empire Romain d’Orient. Masatsugu était très impressionné que Hatsune amène en ce lieu un art martial légendaire.

Il avait alors commencé à évaluer sa propre éligibilité.

Corpulence moyenne avec une taille de 1 mètre 75. Il possédait une corpulence assez mince avec pratiquement aucune graisse.

Il était assez musclé, mais malgré ça, il n’était nullement un homme macho avec des muscles saillants.

« On dirait que ma formation visant à rechercher le futur bonheur a échoué, » déclara-t-il.

« Les premiers béguins de l’enfance ne portent jamais de fruits, Onii-sama, » répondit-elle.

« Au fait, Hatsune, pourquoi es-tu venue dans ma maison ? » demanda-t-il.

« Je suis venue ici afin de rendre hommage à mon défunt Oncle et à ma défunte Tante, » répondit-elle. « Ce n’est qu’une manière de dire bonjour tout en visitant ma ville natale, mais je m’excuse d’être venue ici sans demander la permission. »

« Si ma mémoire est bonne, j’avais fermé la porte, » dit-il.

« Ne t’inquiète pas pour ça, je suis très débrouillarde. Ce genre de serrure ne me prend pas plus de soixante secondes pour ouvrir, » Hatsune bomba fièrement sa poitrine tout en disant ça. Malgré son visage enfantin, elle était extrêmement voluptueuse. Puis elle avait attrapé son sac posé sur le tatami.

Ses doigts pâles et élancés avaient alors sorti une épingle à cheveux qui avait été délibérément déformée pour prendre la forme d’une aiguille.

« Ce qui signifie que tu as utilisé cette chose pour forcer la serrure de la porte d’entrée..., » dit-il.

« Voilà comment j’ai ouvert la porte et je suis entré, » dit-elle.

« Ainsi, celle qui a nettoyé la maison est également..., » demanda-t-il.

« J’ai remarqué que la maison était un peu en désordre, alors j’ai décidé d’un peu aider en la nettoyant, » dit-elle.

« Je m’en doutais bien. Merci, » dit-il. « Mais sais-tu que tu es actuellement pris en flagrant délit de violation de propriété ? »

« Tu es si méchant, Onii-sama, » dit-elle. « Je suis quand même pour toi la même chose qu’une petite sœur. La violation de propriété ne s’applique pas à la famille ! »

« Je ne parierais pas sur ça. Il s’agit principalement au juge de décider, » dis-je.

« Hein !? Vraiment ? » demanda-t-elle.

La calme réfutation de Masatsugu avait surpris Hatsune.

« ... Excusez-moi, Masatsugu-kun et Tachibana-san. » Taisei les interrompit alors qu’il arrivait à la salle de l’autel bouddhiste avant d’y entrer.

Taisei devait être venu observer la situation après avoir entendu le son de leur conversation. Il avait alors dit avec tact, « Le couchée du soleil sera bientôt là surtout si votre acte de comédie continue sans qu’un homme droit arrive afin de freiner les choses qui sont en train de se dérouler. »

Dans tous les cas, il s’agissait de la rencontre entre Hatsune Tachibana et Masatsugu... Ou plutôt, leur réunion.

Notes

  • 1 Jikisan hatamoto : Un hatamoto (旗本) (« sous les drapeaux ») dans le Japon féodal, est un garde officiel d’un daimyō ou d’un shogun. Caractérisés par l’utilisation du nodachi, ils sont souvent utilisés comme une force d’élite et en renfort rapide au service direct du shogunat Tokugawa du Japon féodal. Le jikisan hatamoto sert uniquement le shogun et aucun autre seigneur.
  • 2 Tokugawa Ieyasu : Tokugawa Ieyasu (徳川家康, Tokugawa Ieyasu) (31 janvier 1543 - 1er juin 1616), est daimyo puis shogun du Japon. Il est le dernier des trois unificateurs du Japon de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi (aussi nommé Hashiba).
  • 3 Hakama : Le hakama () est un pantalon large plissé (sept plis, cinq devant et deux derrière), muni d’un dosseret rigide (koshi ita). Il était traditionnellement porté par les nobles du Japon médiéval, et notamment les samouraïs. Il prit sa forme actuelle durant la période Edo. Femmes comme hommes pouvaient porter le hakama.
  • 4 Seiza : Le seiza (正座, « s’asseoir correctement ») est le terme japonais pour la façon traditionnelle de s’asseoir au Japon.
  • 5 Yokozuna : Yokozuna (横綱?) est le rang (et non pas le niveau) le plus élevé que peut atteindre un lutteur-sumo. Une fois promu, le yokozuna ne peut plus perdre son titre, mais on attend de lui qu’il se retire s’il ne peut plus obtenir des résultats dignes de son rang.
  • 6 Lethwei : La boxe birmane se nomme bama lethwei ou Myanma yuya louvi (Myanmar traditional boxing en anglais).

***

Partie 2

En ce début octobre, le Lycée Rinzai avait reçu une nouvelle étudiante transférée directement depuis la capitale Tokyo.

Elle était collet monté et adorable, tout en étant extravertie et animée. Elle était vertueuse quant à son comportement tout en étant innocente et pure. Telle était sa beauté incomparable que l’on pourrait appliquer à chaque procédé littéraire fleuri utilisé afin de la décrire... Mais plus simplement, il s’agissait d’une magnifique jeune fille pratiquement aimée par toutes les personnes présentes au sein de l’école.

La nouvelle déesse du campus avait pour nom de famille, Tachibana combiné avec le prénom de Hatsune.

Selon les témoignages, elle était une jeune fille de bonne famille issue du clan Tachibana, une prestigieuse famille de samouraïs assez réputée dans la ville de Suruga, et elle avait servi au palais impérial de Tokyo afin d’apprendre toutes sortes de règles d’étiquettes...

« Tout le monde parle de moi ainsi ! C’est assez troublant. Ces types de commentaires n’ont obtenu que six choses exactes sur sept  ! » déclara Hatsune.

« En d’autres termes, n’approchent-ils pas des quatre-vingt-cinq pour cent de précision ? Je pense que ton image de soi est surestimée, » déclara Masatsugu.

Malgré le fait qu’elle se sentait troublée, Hatsune semblait plutôt heureuse. Quand Masatsugu avait essayé d’avertir Hatsune depuis le côté, Taisei avait également hoché la tête avant de déclarer. « Si une fille correspondant à cette description existait réellement, elle serait devenue depuis longtemps une idole nationale. »

« Pfff ! Onii-sama et Taisei-san, vous êtes bien trop obsédé par les chiffres ! » Après avoir été tournée en dérision par Masatsugu et Taisei, Hatsune ronchonna tristement.

Alors qu’ils se trouvaient pendant leur pause déjeuner, tous trois étaient en train de prendre leur repas à la cafétéria. Le lendemain de sa visite de la maison de Masatsugu, Hatsune avait été transférée au Lycée Rinzai.

En tant que première année, Hatsune était une étudiante junior par rapport à Masatsugu qui était en deuxième année.

Tout en mangeant le plat du jour, un plat d’escalope de jambon, Taisei déclara cela. « Laissez-moi deviner. »

« Tout le monde réagit excessivement sur certains détails comme “une jeune fille bien élevée qui avait fréquenté le palais impérial” et ils ont projeté leurs fantasmes sur vous, ce qui entraîne l’illusion d’avoir devant nous une idole de l’école, » continua Taisei.

« T-Taisei-san, parfois vous parlez vraiment sans aucune délicatesse..., » déclara Hatsune.

« Ne laisse pas cela te déranger, Hatsune, » déclara Masatsugu. « Taisei ne veut rien dire de particulier là-dedans, il aime simplement analyser des choses comme ça. Finalement, tout ce qu’il a fait était de partager ses déductions. »

Après avoir offert des mots réconciliateurs qui n’avaient pas totalement réparé la situation, Masatsugu avait pris une boule de riz et en avait pris une bouchée.

Il avait acheté des boules de riz fourrées à la prune marinée dans un magasin de casse-croûte. Il s’agissait de l’intégralité de son déjeuner. Pour le dire franchement, il n’était nullement un petit mangeur, mais il avait une étrange habitude qui lui était venu naturellement qui faisait qu’il se sentait mal à l’aise à moins qu’il ne mange d’humbles repas qui ne le rendaient qu’au deux tiers pleins.

« Quand tu as mentionné des qualités telles que “collet monté”, “adorable” ou encore “extravertie et animée”, je croyais que cela correspondait à tes quatre-vingt-cinq pour cent de précision, » déclara Masatsugu.

« Vraiment !? Je suis si contente, Onii-sama ! » s’exclama Hatsune, tout enjouée.

« Mais en ce qui concerne le comportement vertueux ou le fait d’être l’idole de l’école, je dirais qu’on oublie ça..., » déclara Masatsugu.

« Haa ! T-Tu aurais dû garder ce commentaire pour toi, Onii-sama ! » s’exclama Hatsune.

Alternant entre la joie et le désespoir, Hatsune prenait un repas composé de thon cru posé sur un lit de riz à sushi, avec comme accompagnement une salade d’algues, du mini udon, ainsi qu’un bol rempli d’un ragoût de viande et de pommes de terre.

Il s’agissait là d’un très gros repas pour une fille. Naturellement, Hatsune n’avait nullement mangé sa nourriture comme l’aurait fait un garçon sans raffinement.

Elle savourait avec soin chaque plat qu’elle avait devant elle tout en affichant un sourire empli de joie.

Il était évident au premier coup d’œil qu’elle appréciait sincèrement son repas.

« Cependant, votre famille a un statut social extraordinaire puisque vous avez pu accéder au palais impérial, » déclara Taisei.

« C’est la première fois que j’entends parler de ça. Auparavant, je savais seulement que nos ancêtres étaient des samouraïs au service direct du shogunat, » répondit Masatsugu.

« Notre clan ne détient qu’un statut social vide sans aucune richesse, » déclara Hatsune. « Heureusement, nous sommes appréciés pour nos compétences et notre valeur, ce qui nous a permis d’avoir des relations avec la classe supérieure. »

Plus récemment, il n’y avait plus vraiment eu de célèbre exemple de samouraï au service de la haute société après Yamaoka Tetsushuu. Un maître-épéiste renommé et un calligraphe, il avait servi à l’époque du Bakumatsu [1] en tant que vassal du shogunat puis comme serviteur de la famille impériale après la Restauration Meiji. Le clan Tachibana devait également avoir eu des individus avec des exploits similaires.

« Mon père m’a conseillé d’être une bonne apprentie dame d’honneur, d’apprendre l’étiquette et de bien m’entendre avec la haute société, puis de prendre un emploi à temps partiel après l’école, » déclara Hatsune.

En fait, au cours des repas, la manière de manipuler les baguettes d’Hatsune était vraiment très coquette.

Sa posture était très droite alors qu’elle était assise sur une chaise de la cafétéria. Même si elle était une fille très amicale et abordable, son comportement et son élégance laissaient présager une excellente éducation.

« Alors comme prévu, Hatsune-san, cette rumeur est-elle liée à la façon dont vous avez reçu un traitement spécial ? » demanda Taisei

« Traitement spécial ? Que veux-tu dire par là ? » demanda Masatsugu par curiosité, incitant Taisei a donné immédiatement une explication.

« Euh, je parle essentiellement de l’uniforme de Hatsune-san, » répondit Taisei.

« Est-il interdit ? Ce style d’uniforme féminin plus ancien est approuvé dans toutes les écoles de Tokyo. Il n’y a rien dans les règles de l’école qui l’interdisent vraiment, » demanda Hatsune.

Comme la première fois, Hatsune était vêtue dans un style rétro comme dans le manga Haikara-san [2].

Cette combinaison d’un kimono Meisen [3] avec un hakama était l’apparence classique d’une étudiante avant la Deuxième Guerre Mondiale.

« Récemment, il y a une vague de mode rétro là-bas et j’ai vraiment adoré ce style après l’avoir essayé, » déclara-t-elle.

« Malheureusement, cela compte comme un uniforme modifié qui n’est pas officiellement reconnu, » déclara Taisei. « Cependant, Hatsune-san, l’école a donné son consentement tacite puisque les membres du personnel ne vous ont pas réprimandée. »

Cinq jours s’étaient écoulés depuis le transfert de Hatsune, et donc l’excuse de ne pas en avoir été informé à propos de cet uniforme n’était plus justifiable.

Taisei avait alors continué à parler. « Durant cette période peu opportune d’octobre, la raison de votre déménagement ici depuis la Capitale ne serait-elle pas liée à “une certaine VIP” venant bientôt à Suruga ? »

Hatsune se mit alors à frissonner. Il semblerait que l’intuition de Taisei soit correcte, alors Masatsugu demanda cela à son ami. « De qui parles-tu ? »

« Selon les rumeurs, une princesse de la famille impériale — Shiori-sama, une fille de haute lignée de la Maison Fujinomiya — a récemment quitté la capitale pour venir à Suruga, la ville natale de son défunt père, » expliqua Taisei.

« Une princesse de la Maison Fujinomiya... ? » demanda Masatsugu, inclinant la tête en raison de l’étonnement qu’il avait face à ce nom inconnu. « C’est vrai qu’à part l’actuelle Impératrice — Sa Majesté Teruhime — je n’ai jamais entendu le nom de quelqu’un d’autre dans la famille impériale. »

« Les membres de la royauté dans certains pays participent à des événements publics ou diplomatiques, mais il semble que ce soit différent au Japon, » déclara Taisei.

En raison de certaines circonstances, Masatsugu avait quelques légers manques en ce qui concerne les connaissances communes. Bien conscient de tout cela, Taisei avait donc patiemment expliqué en détail la situation.

« Son nom et les informations la concernant n’ont été publiés que dans une certaine mesure, mais il n’y a pas de photos disponibles, » expliqua Taisei. « Les médias ont également l’interdiction de faire des reportages sur elle de la même manière qu’ils le font avec les célébrités, de sorte que la politique de confidentialité est maintenue très minutieusement. »

Avant la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon était encore le « Grand Empire du Japon », même les familles ordinaires arboraient des portraits de la haute société, mais maintenant, la situation était complètement inversée. Après leur défaite lors de cette guerre, le Japon avait subi de monumentaux changements.

Le Japon original s’était alors transformé en un Japon Impérial, un pays qui adorait la Bête Sacrée, le Seigneur Tenryuu comme leur divinité protectrice.

De nos jours, il s’agissait de l’impératrice — la prêtresse dont le destin était étroitement lié au Seigneur Tenryuu — qui gouvernait la nation du Japon.

« Jusqu’à récemment, Shiori-sama étudiait à l’étranger à Rome, c’est probablement l’une des raisons, » continua Taisei. « En outre, ces soi-disant études à l’étranger sont en fait plus proche du fait d’être prise en otage. »

« Autrement dit, un outil utilisé pour les relations diplomatiques, » déclara Masatsugu.

« Peut-être qu’après avoir été fatiguée d’une telle vie imprégnée de politique, elle espère passer sa vie dans un endroit plus paisible... C’est ce que j’entends parfois, » déclara Taisei.

Le père de Taisei travaillait dans une agence de presse, donc en tant que son fils, Taisei travaillait à temps partiel chaque fois qu’il y avait une accalmie dans son travail dans le conseil étudiant. Il avait ainsi souvent récupéré des informations privilégiées à la maison ou au travail.

D’un autre côté, Hatsune toussa légèrement avant de dire.

« Hmm, en tout cas, la raison pour laquelle je suis revenue ici est top secret, » déclara Hatsune. « Onii-sama, pourrais-tu ne pas commencer à rependre d’étranges rumeurs, d’accord ? S’il te plaît. »

L’idole de l’école (provisoire) avait apparemment simplement averti Masatsugu avec une expression froide sans prendre la peine de nier quoi que ce soit.

***

Quelques jours plus tard, les rumeurs au sujet de Shiori Fujinomiya, la mystérieuse princesse, étaient devenues l’actuel principal sujet de discussion dans la ville. Tout comme Taisei, d’innombrables personnes discutaient sur différentes informations la concernant.

La princesse qui était revenue de la Rome Orientale était sur le point de revenir dans sa ville natale ancestrale qui se trouvait être la ville de Suruga...

Masatsugu avait également entendu beaucoup d’informations la concernant grâce aux filles de sa classe qui discutaient de l’histoire du « Retour de la Princesse ».

Cependant, personne n’avait la moindre information détaillée concernant le passé de Shiori.

Il y avait vraiment une pénurie d’informations publiées… Actuellement, les faits connus étaient qu’elle était une jeune princesse, qu’elle avait actuellement seize ans, et que sa mère était la plus jeune sœur de la deuxième impératrice.

« Hatsune, à quoi ressemble la princesse en tant que personne ? » demanda Masatsugu.

Après l’école, Masatsugu avait demandé ça à sa parente qui était avec lui sur le chemin du retour.

Masatsugu vivait dans un dortoir pour garçons se trouvant à pied à vingt minutes de l’école. Hatsune vivait également dans la même zone, mais quant à elle, il s’agissait d’un dortoir pour filles.

Son père, Genzou Tachibana, était toujours à Tokyo.

Son lieu de travail était la villa impériale de la Maison Fujinomiya — En d’autres termes, Hatsune était seule pour la tâche qui lui avait été attribuée.

« La princesse est très jolie et également intelligente... Attends ! Pourquoi demandes-tu cela, Onii-sama ? » demanda-t-elle. « Ce n’est pas comme si j’avais une possibilité d’être particulièrement proche des VIP comme elle. »

Après avoir remarqué que sa cousine lointaine avait fait un lapsus, Masatsugu la pressa de questions. « Taisei a spéculé que tu es revenue ici pour servir comme demoiselle d’honneur de la princesse afin que tu t’occupes de sa vie quotidienne, n’est-ce pas le cas ? »

« Là là là ! Je ne t’entends pas. Onii-sama ! Parlons plutôt d’autre chose ! » déclara Hatsune.

Comme prévu, la naïve Hatsune n’était pas très bonne quand il fallait cacher des choses. Elle avait changé de force le sujet.

« Le vieux magasin de bonbons est-il toujours là, je parle de celui que nous avions l’habitude de visiter tous les deux ? » demanda-t-elle, très gênée. « Veux-tu aller le voir maintenant avec moi ? »

« Un magasin de bonbons, hein..., » déclara Masatsugu.

« A-t-il fait faillite ? Ou ne peux-tu pas t’en souvenir ? » demanda Hatsune.

« En vérité, je n’ai aucun souvenir de tout ça, » déclara Masatsugu.

« Bon sang, Onii-sama. Donc tu as oublié beaucoup plus de choses que juste ce qui me concernait, » déclara Hatsune.

« Tu as raison. Permets-moi d’être honnête avec toi. Il y a deux ans, j’ai totalement perdu la mémoire, donc je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé avec ce jour d’il y a deux ans, » avoua Masatsugu.

« Hein !? » s’exclama Hatsune, surprise face à cette révélation. La confession soudaine de Masatsugu fit sursauter Hatsune.

Il avait alors continué, imperturbable. « Les médecins ont dit que j’étais tombé dans les escaliers et que j’avais eu une importante commotion cérébrale ce qui a entraîné une amnésie totale. »

« Al-Alors, même à propos de tes parents..., » demanda Hatsune.

« Je les ai également oubliés, » répondit Masatsugu. « Heureusement, je sais quand même à quoi ils ressemblent grâce aux photos se trouvant dans la salle de l’autel bouddhiste. »

Après la perte de sa mémoire, des proches de Masatsugu se trouvant dans la région s’étaient occupés de lui.

Initialement, l’ignorant Masatsugu avait alors passé ses jours dans un état second. Ces proches lui avaient alors dit cela. « Masatsugu Tachibana est ce genre de personne » et ils lui avaient enseigné les compétences de base nécessaire à sa vie.

Et grâce aux soins attentionnés prodigués par ces proches, maintenant il était maintenant capable de gérer sa vie de lycéen.

L’amnésie ne le troublait pas particulièrement, mais il devrait au moins se souvenir de quelque chose au sujet de ses propres parents… Dès lors, cette pensée avait occupé plusieurs fois l’esprit de Masatsugu.

Hatsune fut stupéfaite pendant un moment, puis elle hocha lentement la tête avant de dire. « Je vois... Voilà pourquoi mon père me l’a dit de cette façon. »

« Qu’est-ce que ton père t’a dit ? » demanda Masatsugu.

« Il y a quelques jours, il m’a téléphoné et m’a dit qu’il viendrait bientôt à Suruga afin de pouvoir m’expliquer quelque chose d’important à propos de toi, Masatsugu-oniisama, » déclara-t-elle.

Le père de Hatsune travaillait en tant que majordome dans la Maison des Fujinomiya.

Quant à Masatsugu, il ne l’avait jamais rencontré. Pour être plus précis, Masatsugu ne l’avait pas rencontré depuis deux ans.

Peut-être que le père de Hatsune avait entendu parler de lui par l’intermédiaire d’autres membres de sa famille... Alors que Masatsugu était tombé dans une profonde réflexion...

Soudainement, Hatsune murmura. « P-Princesse !? Pourquoi êtes-vous ici à l’école ? »

Masatsugu avait alors suivi le regard de Hatsune. Ils étaient tous deux près des portes de l’école et une fille venait d’entrer dans l’enceinte de l’école depuis l’extérieur.

La jeune femme qui se trouvait devant lui n’était probablement pas une Japonaise native étant donné ses beaux yeux bleus et ses magnifiques cheveux de couleur platine. Elle était d’une beauté tout à fait frappante. Elle s’approcha d’eux en marchant avec grâce et avec fermeté.

« Hatsune, connais-tu cette fille ? » demanda Masatsugu.

« A-Arrête de parler si grossièrement ! Il s’agit de Shiori-sama, et en d’autres termes, la princesse que je sers. Nous devons l’accueillir avec soin ! » s’exclama Hatsune.

« Quoi !? » s’exclama Masatsugu.

La fille aux cheveux étincelants se mit alors à sourire chaleureusement face à un Masatsugu perplexe et à une Hatsune paniquée.

La noble princesse du Japon Impérial, Shiori Fujinomiya. Cependant, cette fille possédait des cheveux d’un blond platine qui n’appartenaient pas à ceux d’ascendance japonaise.

En outre, Masatsugu avait remarqué quelque chose d’étrange.

Pour une raison inconnue, la princesse était vêtue de l’uniforme féminin du Lycée Rinzai.

Hatsune se précipita vers le côté de la princesse avant que Masatsugu puisse trouver une réponse. La maîtresse et sa dame d’honneur personnelle se livrèrent alors à des murmures.

« Je suis désolée, Onii-sama. Mais quelque chose vient d’apparaître et je dois maintenant partir ! »

Hatsune fit un au revoir énergiquement à Masatsugu.

La beauté d’un blond platine à ses côtés acquiesça élégamment face à Masatsugu avant de partir. Naturellement, Hatsune la suivit.

Elles se dirigeaient toutes les deux vers le bâtiment principal du Lycée Rinzai.

Notes

  • 1 Bakumatsu : La fin du shogunat Tokugawa ou Bakumatsu (幕末) est la période de 1853 à 1868 durant laquelle le Japon mit fin à sa politique isolationniste, le sakoku, et modernisa le système féodal du shogunat pour donner naissance au gouvernement Meiji. Cette période marque ainsi la fin de l’époque d’Edo et précède l’ère Meiji.
  • 2 Fait référence à ce manga nommé Haikara-san ga Tooru.
  • 3 Kimono Meisen : Le tissu utilisé pour le Kimono Meisen a été produit à partir de 1868 et a été le premier kimono bon marché disponible dans les grands magasins au Japon au début du 20e siècle. Au début, il était produit à la main, mais il fut rapidement produit par un processus mécanisé.

***

Partie 3

Les nouvelles de l’arrivée de la princesse impériale se répandirent dans les rues de Suruga comme une traînée de poudre.

La personne présente dans les rumeurs faisait enfin une apparition. De plus, le but de sa visite n’était pas le tourisme.

« Peut-être pourrais-je être rappelée à la capitale un jour... Mais personnellement, je souhaite faire de cet endroit ma résidence à long terme, » avait-elle déclaré.

Elle avait déménagé ici pour s’installer au lieu d’un séjour de courte durée.

Ce fut la déclaration publique que la Princesse Shiori Fujinomiya avait effectuée lors d’un entretien avec la station de télévision locale.

Il était de coutume pour les membres de la famille impériale d’éviter de paraître en public afin d’éviter des risques inutiles. La seule exception étant l’Impératrice en exercice qui représentait la figure maternelle de la nation.

Mais cette fois, Shiori était apparue intentionnellement devant les médias.

Le jour même où elle était arrivée à Suruga, elle avait été présentée dans une émission de télévision locale qui n’avait pas été diffusée à l’échelle nationale, partageant ses vues avec un présentateur de nouvelles, une femme dans la trentaine.

Cet entretien en tête-à-tête avait eu lieu dans une chambre d’hôtel.

La présentatrice avait demandé pourquoi elle était venue à Suruga après avoir terminé sa période d’études dans l’Empire Romain d’Orient en tant qu’Étudiante Étrangère.

« J’ai été invité par Rome quand j’avais douze ans et j’ai appris beaucoup de choses là-bas... Cependant, on pourrait difficilement appeler ça une vie d’étudiante normale. Je souhaite m’inscrire au lycée quelque part de calme et paisible, comme un moyen d’acquérir des expériences sociales de toutes sortes. »

L’interview avait été diffusée vers 18 heures et avait rassemblé une part d’audience de plus de soixante pour cent dans la plus grande région de Suruga. Pendant le programme, l’animatrice de la station de télévision locale avait conduit nerveusement l’interview avec appréhension.

« Et l’endroit que vous avez choisi pour cela est…, » déclara l’animatrice radio.

« En effet, Suruga est la ville natale de mon défunt père, » déclara Shiori. « J’ai décidé de déménager à Suruga après mon retour au Japon parce que je voulais commencer une nouvelle vie ici. Peut-être que cela pourrait causer des ennuis aux résidents, auquel cas je demande à l’avance pardon à tout le monde. »

« Votre Altesse ! Cela vous dérangerait-il si je vous demandais de parler de vos cheveux… ? » demanda l’animatrice.

« En vérité, mes cheveux ne sont pas teints, » répondit la princesse.

La Princesse Shiori avait une tête avec de brillants cheveux blond-platine. Il y avait une beauté mystérieuse dans la couleur de ses cheveux. Ceci n’appartenait pas à quelqu’un ayant des origines purement japonaises.

« Comme la plupart des personnes le savent déjà…, » Shiori commença son explication. « La première Impératrice, Sa Majesté Himiko, a appelé l’esprit sacré du Seigneur Tenryuu afin qu’il la possède. Dans un état d’union divine, elle a donné naissance à des princesses jumelles, qui étaient respectivement la deuxième impératrice, Toyo-sama, et ma mère, Son Altesse Fujinomiya... »

Cette anecdote était identique à la naissance virginale du Messie, Jésus Christ, né de Marie.

Les prêtresses servant le Seigneur Tenryuu et toutes les autres Bêtes Sacrées produiraient une progéniture par parthénogenèse en utilisant l’Énergie Spirituelle de leur partenaire.

La princesse Shiori caressa doucement ses cheveux, révélant un sourire légèrement troublé.

« Les familles royales des différentes nations adorant les Bêtes Sacrées sont toutes nées de la même manière, » continua-t-elle son explication. « Une particularité de ces lignées est que seules les filles sont conçues. Il y a aussi un phénomène que personne ne comprend apparemment... De temps en temps, un enfant comme moi naît. »

« Puis-je vous demander de détailler un peu plus ce que vous voulez dire ? » demanda-t-elle.

« Mes cheveux sont d’une couleur identique à ceux de mon grand-père, n’est-ce pas ? » demanda la princesse.

Le Seigneur Tenryuu était un dragon de platine géant dont le corps entier brillait du même éclat que les cheveux de Shiori.

L’animatrice comprenait les implications et hocha la tête vigoureusement. « En d’autres termes, Shiori-sama, il y a une ressemblance particulièrement forte entre vous et votre grand-père... Serait-ce correct de le dire ainsi ? »

« Fufufufu, je suppose que ce serait une façon de le dire, » répondit la princesse.

L’interview était sur les ondes pendant environ une demi-heure.

Pendant ce temps, la princesse avait répondu avec aisance, exprimant ses opinions avec clarté. En outre, elle était restée tout le temps souriante et élégante, démontrant pleinement le caractère noble d’une princesse.

... La diffusion du programme avait causé un énorme effet.

*

À partir du lendemain, la popularité de la princesse Shiori Fujinomiya avait augmenté de façon spectaculaire parmi la population Suruga.

« Je suppose qu’elle ne l’a pas fait exprès, mais c’était vraiment très efficace, » déclara Masatsugu.

Le bon ami de Masatsugu, Taisei Okonogi, avait également été impressionné et avait dit. « La princesse a accepté une interview à la télévision, alors que les rumeurs à son sujet faisaient fureur. En utilisant ses propres mots, elle explique parfaitement sa raison d’être à Suruga. C’est déjà suffisant pour impressionner les autres avec une image de “jeune, mais fiable”. De plus, en tant que belle jeune femme blonde, elle a déjà un impact visuel massif. »

« C’est totalement vrai, » Masatsugu était d’accord.

En seulement quelques jours, Shiori Fujinomiya était passée de « une princesse inconnue » à « la princesse locale connue de tous les résidents de la ville de Suruga. »

« Si c’était intentionnel, elle serait une très bonne manipulatrice, » déclara Masatsugu.

« Hahahaha, j’en doute, » répondit Taisei. « Tout le monde sympathise avec la princesse qui a été envoyée à Rome en otage, alors ils la considèrent naturellement favorablement. Elle a déjà obtenu un soutien ferme des personnes âgées. La jeune génération aussi... »

Au moins au Lycée Rinzai où étudiait Masatsugu, Shiori avait obtenu une popularité écrasante.

La princesse avait déclaré explicitement qu’elle voulait s’inscrire dans un lycée de Suruga. Le Lycée Rinzai devait être là où elle serait transférée.

Le plus surprenant de tous, elle avait l’intention d’emménager dans les dortoirs des étudiants.

Le vendredi de l’arrivée imminente de la princesse Shiori, Masatsugu avait été recherché par sa cousine éloignée.

« Naturellement, nous ne pouvons pas permettre à la princesse de vivre dans un dortoir ordinaire, » déclara Hatsune.

Hatsune avait finalement admis à Masatsugu qu’elle était la « dame d’honneur personnelle de la princesse ».

En utilisant l’heure qu’il avait à attendre ce matin avant de se rendre à l’école, ils discutèrent devant le dortoir des étudiants.

« C’est pourquoi nous avons demandé à l’école de fournir un dortoir inutilisé, » déclara Hatsune. « À partir de ce soir, la princesse et moi resterons ici. »

« D’accord, c’est pourquoi il y avait des ouvriers qui ont aménagé cet endroit plus tôt..., » déclara Masatsugu.

Masatsugu et Hatsune se tenaient devant le « Dortoir du Lys Noir » qui était réservé exclusivement à la princesse.

Avec la diminution des pensionnaires, l’endroit n’avait pas été utilisé depuis les cinq dernières années. Grâce à un remodelage rapide, sa façade extérieure était devenue très à la mode.

De plus, c’était avant-hier quand la princesse s’était présentée avant Masatsugu.

Cette nuit-là, l’interview était apparue à la télévision. Le lendemain, Son Altesse Shiori avait visité la mairie afin de rencontrer le maire de Suruga.

Et aujourd’hui, c’était vendredi. Et la princesse commencerait à assister aux cours lundi prochain.

Masatsugu se sentait impressionné par le programme très efficace de la princesse.

Hatsune lui avait dit. « Au fait, Onii-sama, pourrais-tu aujourd’hui m’accompagner après l’école ? »

« Cela ne me dérange pas… Mais pour quelle occasion ? » demanda Masatsugu.

Après la fin des cours de cette journée, tout cela faisait partie du précieux temps de la fin de semaine, qui comprenait le temps après la fin des cours du vendredi ainsi que samedi et dimanche.

Quoi qu’il en soit, Masatsugu n’avait aucun engagement préalable qui l’obligerait à sortir, alors il accepta facilement la demande de Hatsune.

Cependant, Hatsune avait commencé à le surprendre avec ce qu’elle avait ensuite dit. « La princesse vous demande, Onii-sama. »

« Moi ? Demandez par la princesse ? » demanda Masatsugu.

Jamais, dans ses rêves les plus fous, il ne s’attendait à ce que Hatsune lui demande de répondre à l’appel de la princesse.

Quand Hatsune avait révélé l’emplacement de leur réunion, Masatsugu était devenu encore plus confus.

« Le fort tutélaire de Nihondaira... ? » s’exclama Masatsugu.

La confusion de Masatsugu était à son maximum. Il n’avait pas la moindre idée de la raison pourquoi on lui avait demandé d’aller dans ce genre d’endroit.

En allant vers l’est en voiture depuis le Lycée Rinzai, on atteindrait les hautes terres formées du Mont Udo et du Mont Kunou qui étaient tous deux adjacents. La région autour du pic du Mont Udo était connue sous le nom de « Nihondaira », le plus haut plateau de la région.

Un fort tutélaire y était situé… ainsi que la base militaire de Suruga.

De plus, ce n’était pas une base ordinaire. Elle servait de « châtelain » (le nom d’un poste chargé de la gestion d’un château et de son territoire au nom d’un daimyo dans le passé) en ayant un fort tutélaire qui était là pour la tâche effectuée par Les Chevaliers.

Un soi-disant Chevalier était une personne ayant la capacité spéciale d’invoquer de puissantes légions, des soldats géants ailés. Ils étaient aussi des commandants qui conduisaient leurs troupes à se battre sur les lignes de front.

Se battant pour le compte des militaires et de la nation, ils prenaient des risques et avaient des responsabilités incalculables.

Par conséquent, les Chevaliers étaient honorés avec toutes sortes de traitements privilégiés. Ils étaient des héros respectés dans l’armée et des officiers de haut rang au sommet de la chaîne de commandement. Ceux qui avaient atteint le grade de Chevalier recevraient des salaires généreux et seraient traités comme des nobles dans la société civile.

En effet, les forts tutélaires étaient les bastions d’où les Chevaliers et les Légions opéraient.

... Et ainsi commença le jour où la vie de Masatsugu Tachibana fut radicalement bouleversée.

***

Partie 4

À bord d’un Tintagel, un destroyer de Classe A, Type 27...

Il s’agissait d’un navire militaire nouvellement construit qui avait été placé sous sa direction il y a deux mois.

Le navire avait une longueur totale de 183 m et un tonnage de quinze mille tonnes. Son corps rationalisé résultait de l’application d’une conception furtive. Le système de contrôle des armes antiaériennes, l’Œil Maléfique, était lié entre eux par des ondes noétiques et un contrôle secondaire. Le réacteur à fluide installé là et qui allait utiliser le fluide ectoplasmique artificiel allait non seulement servir de source d’énergie, mais cela allait également permettre l’utilisation des pouvoirs mystiques essentiels au déploiement des soldats géants ailés qu’étaient les Légions.

En d’autres termes, la fonctionnalité de ce navire en ferait un support pour l’arme principale de l’ère moderne, les Légions.

Ce navire avait été nommé le Tintagel et appartenait à la flotte de l’Extrême-Orient des Forces Impériales Britanniques.

« Bonjour Madame. Comment allez-vous aujourd’hui ? » déclara Sire Grayson, le capitaine du navire.

Elle... l’esprit noétique autoentretenu, le génie Morrigan... avait répondu en transmettant des ondes noétiques.

{Bonjour... Capitaine. Statut... Bon. Actuellement, commence la possession.} Morrigan avait transmis des ondes noétiques pour répondre au capitaine, Sire Grayson.

Détenteur du grade de lieutenant-colonel, Sire Grayson était un gentleman âgé. Cependant, sa réponse tardive ne provient pas de la détérioration de l’audition.

Les humains sans aptitude noétique avaient de la difficulté à entendre le contenu des ondes noétiques.

Pour gérer ce problème, Morrigan avait commencé le processus de possession.

Ce qu’elle possédait était une poupée qu’elle utilisait régulièrement. Assise sur une chaise à bascule dans la première salle des opérations du Tintagel se trouvait une poupée représentant une jeune fille ayant environ 150 cm de haut

L’apparence de la poupée était celle d’une fille de douze ou treize ans, avec des cheveux blonds légèrement bouclés atteignant la hauteur des épaules.

Cette poupée avait été confectionnée de manière exquise, bien que la peau excessivement pâle soit faite de porcelaine dure tandis que les yeux bleus étaient de la verrerie. Les ongles roses avaient été peints à l’aide d’un colorant extrait de nitidotellina nitidula, un type de coquillages.

La peau avait, non seulement, fais un bruit lorsqu’elle avait été légèrement tapotée, mais avait également eu des vaisseaux sanguins cachés sous elle.

Les vaisseaux sanguins en plastique s’étendaient dans tout le corps. Ils étaient remplis de sang bleu, le liquide ectoplasmique artificiel qui avait également servi à alimenter les légions. Morrigan avait infusé le liquide avec une partie de son esprit.

{Division de l’esprit, Possession... Succès. Éveil imminent.}

Le sang bleu à l’intérieur des vaisseaux sanguins de la poupée avait commencé à s’écouler.

Le liquide ectoplasmique artificiel, qui pourrait également être utilisé pour alimenter les systèmes de production d’énergie hydraulique, avait permis à un miracle de se produire dans cette petite poupée, le transformant en avatar de Morrigan.

... Ayant fini de posséder la poupée, Morrigan se redressa lentement.

D’une texture dure à l’origine, sa peau de porcelaine était maintenant aussi douce que la chair d’une jeune fille.

Cependant, les joints entraînés par les engrenages et les manivelles étaient restés comme des éléments mécaniques, produisant des bruits de friction quand ils se déplaçaient. Des tubes remplis du liquide ectoplasmique bleu et d’engrenages auraient pu être trouvés sur tout le corps, indiquant que c’était tout au plus une vie temporaire.

La poupée était vêtue d’un costume de marin avec une jupe et un béret.

En utilisant les globes oculaires de verre qui étaient équipés de vision, Morrigan regarda Sire Grayson.

Sire Grayson était un gentleman âgé aux cheveux blancs et un officier de la marine qui illustrait l’image d’un « gentleman solennel ».

« Lieutenant-Colonel, cela fait si longtemps... depuis la dernière fois que nous nous sommes rencontrés de cette manière, » déclara-t-elle.

« Je vous salue, Madame. Excusez-moi d’être en avance, mais je suis venu pour vous informer qu’un certain monsieur souhaiterait vous rencontrer. À partir de maintenant, votre corps sera affecté sous ses ordres, » déclara-t-il. Sire Grayson avait toujours traité Morrigan avec le plus grand respect.

Assis sur la chaise à bascule, Morrigan hocha la tête afin de lui montrer qu’elle avait compris, produisant un cliquetis des articulations de son cou.

***

Sire Grayson avait emmené Morrigan jusqu’au pont du navire. Sur le destroyer Tintagel, il y avait un pont au centre en forme de « tour ».

Ils étaient allés tous deux jusqu’à cette tour.

« Prince, merci pour votre patience, » Sire Grayson s’adressa la silhouette debout sur le bord du pont.

Elle regardait la surface de l’océan Pacifique.

Le Tintagel naviguait actuellement dans les eaux territoriales japonaises au large de la péninsule de Shima, et il allait vers l’est. S’il continuait le long de ce cap, il atteindrait Enshunada, Omaezaki et la baie de Suruga.

L’espace aérien et les eaux territoriales du Japon étaient sous surveillance de la Bête Sacrée, le Seigneur Tenryuu et les dragons des mers et les wyvernes qui le servaient.

Le fait de naviguer près de la côte risquerait de les faire être détecté, mais Morrigan avait utilisé le contrôle noétique pour appliquer des enchantements de furtivité à tout le navire.

« Permettez-moi de vous présenter Morrigan, le génie de ce navire, » continua-t-il. « Son apparition en tant que jeune fille adorable dément ses exploits héroïques qu’elle a réalisés avec moi en battant des pirates dans l’océan Indien. »

« Alors c’est elle que vous avez spécialement chargée de me servir…, » répondit le Prince.

Le « prince » qui s’était retourné pour leur parler était un jeune homme d’une vingtaine d’années.

Le jeune homme avait des cheveux d’argent ainsi qu’un beau visage. Non, on devrait l’appeler un magnifique spécimen de la gent masculine. Non seulement ses traits faciaux étaient exquis, mais son expression brillait aussi d’une ambition étonnante et d’une impressionnante aura.

« Alors que dans ce cas, je m’attendais à un guerrier aguerri... Cependant, puisque nous ne sommes pas au Palais de Buckingham ou sur les champs de bataille d’Aquitaine, je suis un peu mal à l’aise d’être appelé “Prince.”, » continua-t-il.

Le bel homme était habillé comme un officier militaire tout comme Sire Grayson.

Son uniforme militaire consistait en une chemise blanche, une cravate et un pantalon noir. Cependant, le prince avait aussi une veste noire et une cape noire en plus de ça.

De plus, il y avait une longue épée qui pendait à sa taille. Il s’agissait presque d’un uniforme militaire utilisé pour des occasions formelles.

Parfaitement à l’aise dans cette magnifique tenue, le bel homme avait réfléchi un moment avant de parler.

« Morrigan, appelez-moi s’il vous plaît Sire Chevalier Noir, » déclara-t-il.

« Affirmatif, Sire Chevalier Noir, » après avoir répondu, Morrigan avait émis des ondes noétiques.

Elle avait connecté son esprit au domaine de la mémoire de Tintagel, la base de données, et avait fouillé son vaste contenu. Elle chercha des titres tels que « Prince » et « Sire Chevalier Noir », ainsi que des hommes ressemblant au jeune homme se tenant devant elle, mais revint les mains vides. Toutes les informations le concernant avaient été classées.

« Malheureusement, ma véritable identité est classée, » Le Chevalier Noir aux cheveux argentés avait souri après lui avoir dit ça. Il avait senti les ondes noétiques de Morrigan.

Cela signifiait qu’il était un maître noétique ou un Chevalier —

« Je comprends… Vous êtes donc un Chevalier. Est-ce vrai… ? » demanda-t-elle.

« Cela va sans dire. Sinon, pourquoi demanderais-je qu’on m’appelle le Chevalier Noir ? » demanda-t-il.

« Toutes mes excuses, » répondit-elle.

L’audition de Morrigan était normale, mais elle n’était pas bonne en ce qui concernait les conversations. En conséquence, son discours avait tendance à être agité.

« Pas besoin que cela pèse sur votre esprit, » répondit-il. « Je suis actuellement affecté en tant qu’observateur, donc mon intention est de voir comment vous et votre équipe combattez, ainsi que le climat culturel du Japon. »

Sire Chevalier Noir s’était alors tourné vers l’autre soldat.

« Grayson, conformément à votre demande, j’ai réaffecté deux Chevaliers de Sa Majesté d’Angleterre pour nous rejoindre à court terme. À savoir, Stevie et Lamps. Je suppose que cela devrait suffire pour l’atterrissage ? » demanda le Chevalier Noir.

Morrigan avait de nouveau recherché dans sa base de données.

Cette fois-ci, sa recherche fut couronnée de succès. Les seuls Chevaliers de Sa Majesté correspondant à ces deux surnoms étaient Sire Steven et Sire Lampard. Ils étaient tous les deux de braves guerriers qui avaient reçu l’Appel de Médaille du Chevalier de la Grande Croix.

En réponse, Grayson avait ri et avait dit d’un ton plutôt sardonique. « C’est très appréciable de votre part. Cependant, je dois faire une correction. Dans ce cas, j’ai simplement relayé une demande de nos alliés du Japon jusqu’à chez nous. Je n’ai jamais fait un appel personnel à... »

« Je le sais. J’ai parlé d’une manière trop imprudente, » répondit le Chevalier Noir.

« Maintenant que l’imprudence est un fait accompli, je n’ai aucune objection à ce que Votre Altesse participe personnellement à la bataille, » répondit Grayson.

« À mon avis, j’aimerais le faire également, mais il y a beaucoup de seigneurs à la maison qui aiment s’engager dans de mesquines critiques, » répondit le Chevalier Noir. « Faire un geste si désobéissant avant d’assumer officiellement ma position les obligerait à faire des allégations selon lesquelles je serais “dépassé” ou “médiéval”. »

Le Chevalier Noir avait souri avec ironie, puis il avait poursuivi. « Le fait d’être sermonné après l’avoir fait serait également une nuisance, alors je refuserai d’agir pour cette occasion. Bien sûr, s’il nous arrive de rencontrer le Seigneur César qui est actuellement au Japon, cela ne me dérangerait nullement de supporter ce genre de nuisance. »

« En d’autres termes... Vous allez nous servir de stratège pour le moment ? » demanda Grayson.

« Tout à fait, » répondit le Chevalier Noir. « Cela ne leur donnera aucun motif de se plaindre de moi. »

« … Puis-je poser une question ? » Morrigan intervient dans la conversation entre le Chevalier Noir et le capitaine. « À l’instant, à en juger par la conversation, vous êtes d’un plus haut rang que les Chevaliers de Sa Majesté et Sire Grayson. Avez-vous aussi des liens intimes avec l’élite dirigeante de notre nation… ? »

« Tout à fait. De plus, je suis votre futur patron, » répondit simplement le Chevalier Noir.

« Compris, » répondit-elle simplement.

« Dans ce cas, Morrigan, s’il vous plaît, restez à mes côtés jusqu’à ce que je prenne officiellement mes fonctions. Pourriez-vous s’il vous plaît me montrer la carte ? » demanda-t-il.

La poupée de Morrigan hocha la tête, faisant des bruits de frottement métallique.

À partir de la base de données, elle avait extrait des images du Japon et les avait projetées dans les airs en utilisant des ondes noétiques. Une carte en deux dimensions des îles du Japon était apparue devant le Chevalier Noir.

« Pour que le Fief de Gifu qui est à nos côtés puisse marcher sur la Capitale Impériale de Tokyo, il y a une route à sécuriser…, » annonça le Chevalier Noir. « Par conséquent, Tōkaidō est cette fois-ci notre cible. Il y a cinq forts tutélaires entre Shizuoka et la zone de Hakone... Hamamatsu, Kakegawa, Suruga, Fuji et Nagahama, que nous allons conquérir tout de suite. »

Pointant du doigt cinq endroits sur la carte, le Chevalier Noir avait donné des ordres de combat. « En raison des problèmes à Suruga, nous avons été contraints d’accélérer notre opération de deux semaines, bien qu’il n’y ait pas d’autres problèmes à part ça. Si tout se passe comme prévu, l’opération sera complétée sans problème. »

Bientôt, ils étaient sur le point de faire un atterrissage au Japon afin de faire une bataille pour capturer Tōkaidō.

Après que Morrigan ait utilisé une recherche noétique pour obtenir des détails plus précis, le ciel au-dessus du Tintagel était rempli d’une vaste quantité de noesis.

« Donc, vous êtes tous deux arrivés ? » Dès que le Chevalier Noir avait pris la parole, deux officiers étaient venus rejoindre Morrigan et Grayson.

Ils étaient ceux qui avaient relâché les présentes noesis. Ces deux-là étaient de jeunes hommes d’une vingtaine d’années. Portant des vestes et des capes avec chacune une épée, ils étaient habillés de la même manière que le Chevalier Noir.

Il s’agissait de deux Chevaliers de Sa Majesté que Morrigan avait appelée tout à l’heure, Sire Steven et Sire Lampard.

« Stevie et Lamps, êtes-vous prêt à sortir ? » demanda le Chevalier Noir.

« Très certainement, Chevalier Noir, » répondit Steven.

« En utilisant l’Appel qui nous a été accordé, nous convoquerons une armée pour nous battre au nom de Sa Majesté, » répondit Lampard.

En dépit de ne pas s’adresser à leur supérieur de manière trop formelle, ils avaient parlé avec beaucoup d’affections.

Tout en touchant légèrement la poche de poitrine de leurs vestes respectives, ils avaient ensuite ouvert leurs paumes. Une médaille en forme de croix, brillant d’un fort éclat, était apparue sur leurs poches à partir de l’air où rien n’avait été là il y a un instant.

Il s’agissait de la Médaille du Chevalier de la Grande Croix.

Un emblème sacré permettant de convoquer la Légion principale de l’Empire Britannique, les guerriers de la « Croisade » ou encore « Croisés ».

Tout en portant des médailles en forme de croix sur leur poitrine, Sire Steven et Sire Lampard avaient regardé le ciel. La noèse remplissant l’air avait commencé à se manifester dans un contingent de soldats.

Émettant des ondes noétiques, Morrigan calculait rapidement les effectifs.

Un total de quatre-vingt-quatorze. Chaque Légion mesurait plus de huit mètres et était entièrement équipée d’un masque blanc, d’un uniforme et d’une armure. Cette armée impressionnante comptait pratiquement une centaine de membres.

Leurs armes étaient des fusils munis de baïonnettes. Des ailes à plumes ornaient leur dos.

« Très bien. Stevie attaquera Fuji pendant que Lamps marchera sur le fort tutélaire de Nagahama... À propos, qui est responsable de Suruga, le fort qui est le plus gênant ? » demanda le Chevalier Noir.

« Sire Philneville. Il est sur le Caerleon et non pas sur ce navire, » Morrigan avait répondu à la question du Chevalier Noir.

Le Caerleon et son Tintagel étaient des destroyers du même modèle.

« Sire Terry qui est également sur ce navire est chargé de prendre Hamamatsu tandis que Sire Ashley est responsable de Kakegawa. À ce propos, Sire Chevalier Noir, puis-je poser une autre question ? » demanda Morrigan.

Puis, regardant le visage du bel homme, Morrigan demanda. « Vous avez précédemment mentionné que cela ne vous dérangerait pas de prendre part à la bataille, mais seulement si le Seigneur César devait être présent. Comment avez-vous l’intention d’engager le combat contre le Seigneur César ? »

« Très simplement. Je me rendrai personnellement à l’avant-garde et je me retrouverai dans un duel contre le héros romain, » répondit le Chevalier Noir, se vantait nonchalamment de ça.

Derrière lui, une Légion noire s’était lentement manifestée.

Son apparence était très semblable à la Croisé sauf que son uniforme et son armure étaient tous noirs. Le masque sur son visage et les ailes sur son dos étaient également noirs.

Cette Légion était précisément la raison pour laquelle il se faisait appeler « Sire Chevalier Noir ».

« Très peu de généraux sont capables de l’égaler sur le champ de bataille, » continua-t-il. « Heureusement, je suis l’une des rares exceptions, donc ce serait un développement tout à fait bienvenu que j’espère, » contrôlant des soldats géants ailés qui n’étaient pas des Croisés, l’aristocrate aux cheveux d’argent murmura ça.

Morrigan avait finalement compris sa véritable identité. Les vagues noétiques liant cette paire noire du maître et du serviteur étaient beaucoup plus fortes que celles des deux chevaliers de Sa Majesté ici. Des centaines de fois plus fortes.

« Dans ce cas, vos souhaits sont des ordres... Legatus Legionis. O héros qui est revenu du monde souterrain où les morts sont rassemblés, moi, le génie Morrigan, je vous promets ma loyauté envers vos exploits, » déclara-t-elle.

Le commandant d’une armée, un véritable Chevalier…

En écoutant ses si importants titres, le Chevalier Noir avait souri avec fierté.

 

***

Chapitre 1 : Légions envahissantes (2)

Partie 1

« Au fait, Son Altesse Shiori a certainement fait un geste audacieux, » Rikka Akigase avait déclaré avec sincérité sa réaction quant à ça.

Nous nous trouvions à la mi-octobre, un vendredi après-midi ensoleillé.

Rikka visitait l’hôtel de ville de Suruga, situé à environ dix minutes à pied de la Gare de Suruga. Ce bâtiment de plus de soixante-dix ans avec des tuiles vernissées rouges avait été construit à côté du site historique du château de Sunpu où vivait autrefois Tokugawa Ieyasu.

Rikka était venue au bureau du maire dans l’élégant hôtel de ville, c’est-à-dire la plus haute autorité de la ville.

« Même si c’était un programme local, penser qu’une princesse de la famille impériale a osé faire une apparition publique à la télévision…, » déclara Rikka.

Rikka souriait. Elle n’avait pas du tout détesté le style empli d’audace de la princesse.

Ses commentaires avaient été faits au maire, un homme digne au début de la soixantaine, vêtu de la tenue traditionnelle japonaise composée d’un haori et d’un hakama. D’autre part, Rikka Akigase n’avait que dix-sept ans…

Ses magnifiques cheveux noirs avaient atteint sa taille et elle était une jeune fille avec un visage charmant et digne.

Cependant, ses lèvres avaient été façonnées en un sourire de résilience. Ses vêtements étaient également différents de ceux des lycéennes de la ville. Son uniforme militaire noir n’était porté que par des officiers de haut rang de l’Armée Impériale et elle avait même une épée japonaise à la ceinture.

De plus, son excellente silhouette était visible même sous l’uniforme militaire.

Ses généreux seins étaient grandement bombés tandis que les courbes rondes de ses hanches indiquaient également une volupté appropriée.

« Avez-vous regardé l’interview ? » Bien que Rikka soit assez jeune pour être sa petite-fille, le maire lui avait parlé avec une révérence inhabituelle dans son ton.

On pourrait difficilement le blâmer. Rikka était la titulaire de deux postes. Tout d’abord, elle était la fille aînée du gouverneur général de Tōkaidō qui régnait sur les trois préfectures d’Aichi, Shizuoka et Yamanashi. Deuxièmement, elle était une Chevalière dans l’armée provinciale Tōkaidō...

L’une ou l’autre de ces positions la classerait au-dessus d’un maire ou d’un gouverneur préfectoral.

Face à celui qui était responsable de l’administration de la ville de Suruga au nom de son père, Rikka avait répondu ça. « Oui, je l’ai regardé. Son Altesse est certainement rafraîchissante dans sa façon de faire les choses. Je suis simplement heureuse dans le cadre des Douze Maisons au service de la famille impériale. D’ailleurs, c’est tellement excitant. Si les dames de compagnie de l’Impératrice devaient se renseigner sur l’émission de télévision, je suis certaine que cela les contrarierait sans fin... »

En s’imaginant cette scène, Rikka avait encore plus ri avant de poursuivre. « Si Son Altesse Shiori n’est pas simplement une princesse obéissante... Alors il semblerait qu’une audience avec elle ne serait pas une réunion ennuyeuse ou une perte de temps. Cela vaut certainement la peine de le célébrer. »

« ... Akigase-sama, » le vieux maire avait souri en étant mal à l’aise et il avait averti Rikka avec tact.

Voyant qu’elle était membre de l’une des Douze Maisons et aussi la princesse Chevalier d’Akigase, il était très rare que quelqu’un osât lui faire de telles suggestions. La plupart des personnes avaient tendance à la couvrir de flagornerie.

En reconnaissant les bonnes intentions du maire, Rikka avait eu un sourire ironique et avala le reste de ses paroles irrévérencieuses.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et après que le Japon ait accepté la protection du Seigneur Tenryuu...

Les îles du Japon avaient été divisées en douze provinces, dirigées chacune par un gouverneur général héréditaire. En vérité, on était retourné au système de clan féodal de la période Edo.

Les douze Gouverneurs généraux régionaux avaient chacun leur armée et leurs Chevaliers respectifs, donnant ainsi le nom des Douze Fiefs.

Le Fief de Hokkaidō. Le Fief d’Ōshū. Le Fief de Hokuriku. Le Fief de Kantō. Le Fief de Tōsandō. Le Fief de Tōkaidō. Le Fief de Kinai. Le Fief d’Ōsaka. Le Fief de Chūgoku. Le Fief de Shikoku. Le Fief de Kyūshū. Le Fief d’Okinawa.

Rikka était la fille aînée de la famille Akigase régnant sur Tōkaidō.

« Si je me souviens bien, c’est demain que vous allez rendre visite à la princesse, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« En effet, je souhaite faire un voyage au fort tutélaire si le temps me le permet, afin de rencontrer Sakuya, » répondit Rikka. « Son état n’a pas été des meilleurs depuis quelques mois. Il semble que ses bonnes faveurs pourraient être encore plus difficiles à obtenir que celle de la princesse. »

Après avoir eu cette conversation aimable, Rikka afficha une expression sérieuse avant de déclarer cela. « Cependant... je dois d’abord parler à cet homme aujourd’hui. »

« Parlez-vous de Kawazoe-dono ? » demanda-t-il. « Le châtelain du fort tutélaire Suruga... Ou plutôt, l’ancien châtelain. C’est tellement dommage qu’il se soit livré à de telles transactions clandestines » déclara le maire avec douleur.

Rikka haussa les épaules avant de déclarer. « Pour commencer, c’était un homme avare, donc prendre des pots de vin n’est pas surprenant du tout. Ce qui est vraiment problématique, c’est qu’il a pris contact avec des agents de l’Empire Britannique. »

Le Chevalier servant comme châtelain du fort tutélaire Suruga avait été arrêté par la police militaire il y a deux jours en raison d’allégations de corruption. Selon certaines sources, il aurait accepté des pots-de-vin de la part de quelqu’un dans le secteur de la construction qui cherchait des gains illicites...

C’était au cours de l’enquête de cette affaire que son deuxième crime avait été découvert.

« Penser que la Faction britannique soit apparue dans notre Tōkaidō, et avec même un Chevalier, » soupira le maire plein de résignation.

L’Empire Romain d’Orient et le Japon avaient « conclu une alliance » depuis plus de dix ans.

Mais ces dernières années, de plus en plus de politiciens, principalement dans l’ouest du Japon, préconisaient une alliance avec « l’autre grande puissance » impliquée en Asie, afin de nettoyer l’influence de Rome sur le Japon.

C’était la prétendue « Faction de Grande-Bretagne » avait de nombreux adhérents dans les fiefs de Kyūshū, Chūgoku et Shikoku.

« Les fiefs de l’Ouest avaient établi des liens intimes avec l’Angleterre depuis l’ère Bakumatsu, depuis l’alliance Satchō, mais on ne peut pas dire la même chose pour Tōkaidō, » déclara Rikka avec un signe de tête.

« Ce n’est pas seulement l’endroit où le Seigneur Tokugawa Ieyasu est né et a grandi, mais aussi sa base d’opérations à long terme, et où il a pris sa retraite après avoir démissionné en tant que shogun, » continua Rikka. « En l’honneur de l’héritage de Tokugawa, nous devons maintenir la loyauté absolue envers la famille impériale et démontrer notre courage inébranlable en tant que famille de samouraïs. »

Après avoir exprimé ses principes en tant que descendante des samouraïs, Rikka avait souri ironiquement.

« Malheureusement, la confiance de la famille impériale actuelle n’est pas vers nous, mais pour le puissant Empire Romain, » continua-t-elle.

« Akigase-sama… ! » s’exclama le maire.

« Oh, toutes mes excuses. Il est temps pour moi d’aller voir Kawazoe-sama, » déclara-t-elle.

Le maire avait de nouveau averti Rikka et elle s’était empressée de prendre congé.

Rikka était une Chevalière répondant directement au gouverneur général de Tōkaidō et servait normalement à Nagoya.

Elle était venue à Cité de Suruga pour rencontrer le suspect au nom de son père. Après cela, elle devait avoir une audience avec la princesse de la rumeur, Shiori Fujinomiya.

***

Partie 2

Après l’école, Masatsugu quitta immédiatement le Lycée Rinzai avec Hatsune à ces côtés.

À bord d’un camion militaire qui était venu les chercher, ils se dirigèrent vers le fort tutélaire de Suruga.

Le véhicule avait conduit jusqu’à la région montagneuse formée par les deux collines adjacentes de 300 m de haut. Au sommet du Mont Udo, du côté nord, se trouvait un plateau légèrement en pente appelé « Nihondaira ». Ce qui avait été construit sur cette terre militaire avec la nature sauvage qui s’étendait à perte de vue était un fort tutélaire. C’était quelque chose qui pourrait être décrit comme un « château » modernisé.

Le camion avait finalement cessé d’escalader la montagne et était arrivé au fort tutélaire de Suruga.

« Alors c’est cet endroit, Hmm, » murmura Masatsugu pour lui-même.

Le fort tutélaire de Surugu occupait à peu près cinq fois la superficie du stade du Dôme de Tokyo se trouvant de la Capitale Impériale.

Les murs de fortification entourant cette vaste zone étaient d’environ sept mètres de haut.

Vus d’en haut, les murs formaient une étoile à cinq branches, de la même forme que le célèbre fort tutélaire de Hakodate portant le nom de Forteresse Goryōkaku. En fait, les murs de fortification étaient complètement inutiles dans un combat contre les Légionnaires volants.

L’explication la plus convaincante était... Construire un fort dans une forme d’une magnifique étoile pourrait servir à se vanter de la puissance militaire.

« Allons-y, Onii-sama, » laissant derrière elle le camion militaire, Hatsune pressa Masatsugu pour qu’il avance plus rapidement.

Elle s’était encore habillée en étudiante dans le style du manga Haikara-san.

Masatsugu portait l’uniforme masculin à col rigide du Lycée Rinzai. L’Armée Impériale et les armées provinciales dirigées par les Douze Maisons utilisaient toutes des uniformes militaires à cols raides noirs qui n’étaient pas trop différents des uniformes des lycées. Par conséquent, il n’avait pas l’air trop déplacé en étant entouré de soldats ici, et cela en dépit de n’être qu’un étudiant.

En revanche, Hatsune était très visible dans son kimono meisen, hakama et bottes.

Les deux étudiants avaient marché pendant un moment jusqu’à arriver à une porte latérale dans le mur. Masatsugu avait aperçu un certain spectacle.

Debout, sur les deux côtés de la porte se trouvaient deux géants bleus.

Ils mesuraient huit mètres et étaient équipés d’une armure bleue et d’uniformes militaires. Chacun d’eux avait un masque blanc sur leur visage qui semblait avoir la texture de la porcelaine. Leur physique compact semblait assez agile avec leur excellente silhouette.

Les deux géants étaient équipés de « fusils à baïonnette ».

Il s’agissait d’une arme constituée d’un fusil à usage militaire équipé d’une lame du genre poignard, offrant ainsi une fonctionnalité à la fois comme un fusil et une lance. Les deux géants se tenaient au garde-à-vous avec leurs fusils en position verticale.

Ils avaient soudainement tourné leur cou, déplaçant leurs visages et regardant légèrement vers le bas.

Derrière leurs masques, les yeux pouvaient être vus dans les trous prévus pour ça, regardant fixement et sévèrement l’approche de Masatsugu et de Hatsune.

Cela signifiait qu’ils étaient actifs, restant vigilants sur leur environnement en tant que gardes de la porte !

« Donc, ce sont les Légionnaires du Japon... Le type connu sous le nom de “Kamuy”, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

Aujourd’hui, c’était la première fois que Masatsugu voyait des Légionnaires en action.

La taille de Masatsugu était de 175 cm et c’était à peu près la distance entre le pied et le genou d’un géant. Il avait été profondément impressionné par le corps bleu de près de huit mètres de haut.

« C’est exact, » répondit Hatsune. « Le châtelain les a probablement placés ici. Les individus qui aiment faire étalage ou qui veulent conserver les apparences font généralement ce genre de chose. »

« Gardez les apparences ? » demanda Masatsugu.

« Penses-y. Onii-sama, les recrues inexpérimentées et les visiteurs réagiraient comme toi, » répondit Hatsune.

Masatsugu comprenait le fragment de bon sens que lui donnait Hatsune.

Dans le monde moderne, les Légionnaires étaient à la fois les armes principales et les armes décisives. On pouvait facilement conclure en instant que l’utilisation de quelque chose comme ça afin de garder une porte serait un gâchis absolu. Cependant, il avait vraiment l’air très impressionnant.

Hatsune semblait déjà habituée à ça. C’était tout à fait attendu d’une fille qui avait été stagiaire au palais impérial.

« Ces légionnaires suivent-ils seulement les ordres du châtelain ? » demanda Masatsugu.

« Strictement parlant, oui, » répondit Hatsune. « Cependant, si le chevalier servant le châtelain accomplit une cérémonie afin de déléguer le commandement aux génies et aux maîtres noétiques, ils peuvent aussi donner de simples ordres. »

Il y avait aussi un soldat humain posté à côté de la porte latérale en tant que garde.

Hatsune avait alors présenté son document d’autorisation et avait eu une conversation joyeuse avec lui. Pendant ce temps, Masatsugu leva les yeux vers les corps massifs des deux Légionnaires.

L’armure bleue de ces Kamuy était impeccablement, sans la moindre saleté, et elle brillait sous la lumière du soleil. Ils n’étaient pas seulement magnifiques en apparence, mais ils dégageaient également une atmosphère impressionnante de vétéran chevronné. En fait, chaque Légionnaire était non seulement grand et imposant, mais aussi un maître des arts martiaux et un tireur d’élite.

En appuyant sur la gâchette, ils pourraient facilement attaquer et tuer des cibles à plusieurs kilomètres.

Si Masatsugu Tachibana avait été un soldat ennemi attaquant le fort tutélaire, il aurait probablement été « immédiatement abattu » en une seconde...

À ce moment-là, une étrange idée était apparue dans l’esprit de Masatsugu.

Inexplicablement, Masatsugu doutait. Serait-il réellement « immédiatement abattu » ? Les Légionnaires Kamuy en face de lui étaient assurément puissants, mais curieusement, il ne pensait pas qu’ils allaient perdre face à lui. Sans aucun motif derrière ça, Masatsugu croyait... si nécessaire, il devrait avoir la capacité de vaincre ces soldats géants.

Qu’est-ce qui se passait avec ça ? Alors que Masatsugu était aux prises avec ses énigmatiques pensées, Hatsune lui dit : « Par ici, Onii-sama. »

« ... D’accord, » répondit-il.

En passant par la porte latérale, ils entrèrent tous les deux dans le fort tutélaire de Suruga.

Les locaux à l’intérieur des murs étaient très vastes. Le sol était une grande étendue de pelouse verte, ce qui faisait que Masatsugu avait l’impression de visiter un terrain de golf. Cependant, il y avait étonnamment peu de bâtiments.

Masatsugu s’était alors souvenu d’une explication qu’il avait entendue précédemment. Puisque les batailles entre Légionnaires pouvaient se dérouler dans des forts tutélaires, les installations importantes avaient principalement été construites sous terre afin de minimiser les pertes...

Et concernant les structures au-dessus du sol, il n’y avait rien de plus frappant que la « tour centrale ».

Il s’agissait d’une tour construite avec des briques rouges, d’environ quarante mètres de haut.

Il y avait une horloge ronde et géante au sommet, qui rappelait une tour de l’horloge… mais ce n’était pas ça.

« N’est-ce pas ce que les personnes appellent une roue à feng shui ? » demanda Masatsugu.

L’objet au sommet de la tour n’était pas une horloge géante.

Un aimant avait été installé au centre, entouré de plusieurs cercles concentriques. De fines lignes avaient été utilisées pour diviser chaque anneau en sections égales, avec des symboles et des termes présents, telles que les trigrammes ba gua contenant « Qian (ciel), Dui (marais), Li (feu), Zhen (tonnerre), Xun (vent/bois), Kan (eau), Gen (montagne), kun (terre), » [1] les troncs célestes ou tige céleste contenant « Jia (bois yang), Yi (bois yin), Bing (feu yang), Ding (feu yin), Wu (terre yang), Ji (terre yin), Geng (métal yang), Xin (métal yin) Ren (eau yang) et Gui (eau yin) » [2] et les branches terrestres ou rameaux terrestres de « zi, chou, yin, mao, chen, si, wu, wei, shen, vous, xu, hai. » [3]

« Je ne connais pas les détails, mais les forts tutélaires doivent apparemment être un sanctuaire où les esprits et les noèses peuvent facilement se rassembler en plus de fonctionner comme une base militaire, » répondit Hatsune. « Voilà pourquoi ils ont installé quelque chose comme ça. »

« C’est dans tous les cas assez difficiles à comprendre, » déclara Masatsugu.

Tout en regardant la tour avec la roue à feng shui, les deux personnes avaient continué à avancer dans le fort.

« Au fait, Hatsune, il est temps que tu me dise pourquoi la princesse m’a convoqué ici… Car moi, je n’en ai pas la moindre idée, » déclara Masatsugu.

« Non, Onii-sama, tu le sauras quand tu verras la princesse, » répondit Hatsune.

D’ailleurs, pourquoi avoir une audience dans une installation militaire ? pensa-t-il.

Et enfin, Masatsugu fut emmené dans un certain bâtiment. Il s’agissait d’un bâtiment à un étage construit en acier, et qui était probablement utilisé par les services comptables et administratifs de la base. Le personnel militaire qui passait devant eux dans le couloir ressemblait plus à des fonctionnaires qu’à des « soldats ».

Les deux étudiants étaient alors arrivés à ce qui semblait être une salle de réception. Il y avait un canapé en cuir ainsi qu’un bureau de grande classe et des chaises de bureau qui seraient probablement normalement utilisés par des officiers. Une belle fille aux cheveux blond-platine était assise là.

Shiori Fujinomiya, une princesse du Japon Impérial.

Notes

***

Partie 3

Vêtue de l’uniforme féminin du Lycée Rinzai, la princesse avait salué Masatsugu avec un sourire. « Merci d’avoir pris la peine de faire tout ce chemin afin de venir ici. J’ai beaucoup entendu parler de vous de la part de Hatsune et du vieil homme Tachibana. »

« Mes proches m’ont-ils mentionné à dessein ? » Masatsugu avait accidentellement répondu à cette nouvelle surprenante, mais il l’avait beaucoup regretté.

Il était important d’adhérer à l’étiquette en conversant avec la noblesse et la bonne façon serait de parler à travers la dame d’honneur, Hatsune.

Bien que Masatsugu ait été dérangé par son lapsus, Shiori avait immédiatement répondu. « Ne le saviez-vous pas ? Le clan Tachibana de Suruga sert la Maison Fujinomiya depuis la génération de ma mère. »

« C’est la première fois que j’entends parler de ça, » répondit-il.

Leurs regards s’étaient rencontrés. Shiori regarda Masatsugu avec un sourire apaisant. Ses brillants cheveux blond-platine étaient sans aucun doute de la même couleur que le Seigneur Tenryuu qui était souvent visible à la télévision.

« Puis-je vous demander pourquoi vous vouliez me rencontrer dans une base militaire ? » demanda Masatsugu.

« Il s’agit d’un sujet mal adapté à une discussion dans la ville, » répondit-elle. « S’il vous plaît, permettez-moi d’expliquer plus tard, » répondit gracieusement Shiori. Elle ramassa une clochette et la fit doucement sonner.

Une femme soldate était rapidement arrivée du couloir et était entrée par la porte.

Elle poussait un chariot qui transportait toutes sortes de thé. La princesse avait apparemment invité Masatsugu pour le thé. Debout sur le côté, Hatsune fit signe à Masatsugu de s’asseoir sur le canapé.

« Onii-sama, pourrais-tu t’asseoir ? » demanda Hatsune.

Masatsugu hésita un moment, se demandant s’il devrait refuser, puis haussa les épaules.

Après réflexion, Masatsugu s’était simplement assis. À ce stade, il était inutile d’essayer d’être formel. Après tout, des ponts seraient franchis quand il les atteindrait. Il trouverait autrement une solution. Ayant décidé ainsi, Masatsugu s’assit face à la princesse qui se trouvait derrière le bureau.

Devant Masatsugu se trouvait une table basse en verre.

La jeune femme soldate avait placé la tasse de thé là-bas et avait versé du thé noir. Puis elle avait marché jusqu’au bureau de la princesse et avait également versé une tasse de thé.

... À cet instant même, Masatsugu avait été frappé par un sentiment de dissonance.

Même s’il était l’invité, quelle logique y avait-il à servir le lycéen avant la princesse ? Par conséquent, Masatsugu avait pu immédiatement réagir face aux problèmes sans avertissement. La tasse de thé que la soldate avait placée sur le bureau...

Shiori l’avait ramassée et l’avait jetée avec force.

Sa cible était Masatsugu Tachibana, assis sur le canapé à quelques mètres de là !

« ! » En écarquillant ses yeux, Masatsugu vit que la tasse de thé visait sans aucun doute son visage.

Cependant, le corps de Masatsugu avait comme d’habitude automatiquement réagi. Sa tête inclinée de dix centimètres sur côté avait esquivé la tasse lancée à toute allure.

La tasse de thé avait traversé là où son visage se trouvait il y a quelques instants.

La tasse avait été lancée avec une telle force qu’elle avait roulé sur le canapé et sur le tapis avant que Masatsugu puisse le voir atterrir.

Son corps bougea automatiquement au moment où il sentit un danger présent derrière lui.

En effet, quelqu’un s’était secrètement placé derrière le dos de Masatsugu pour l’attaquer avec une épée en bois !

La tête de Masatsugu aurait été fendue s’il avait esquivé une seconde plus tard. Avec des mouvements fluides, Masatsugu se leva rapidement.

Il se tourna pour faire face à l’assaillant se trouvant derrière le canapé et il vit clairement son identité.

« C’est donc toi, Hatsune ! » s’écria-t-il.

« Comme toujours, Impressionnant, Onii-sama ! » répliqua Hatsune.

Armée d’une épée en bois, Hatsune se tenait derrière le canapé.

Seize ans, Tachibana Hatsune était une fille avec une carrure de petite taille. Actuellement, elle exsudait l’aura d’un maître accompli. Se tenant dans une position de seigan [1] de niveau intermédiaire, elle avait la pointe de l’épée en bois pointée directement sur le visage de Masatsugu.

Avec un jeu de jambes brillant, Hatsune se rapprocha immédiatement de lui.

Attaquant par l’avant, elle avait balancé l’épée de bois avec le son d’une arme tranchant de vent. Masatsugu se déplaça à la hâte et esquiva prestement l’attaque.

« Maintenant, je reviens ! » s’exclama Hatsune.

Hatsune avait exécuté une féroce impulsion vers le visage de Masatsugu.

Masatsugu pencha la tête pour l’éviter, mais une seconde frappe se dirigea immédiatement vers sa gorge. Masatsugu fit un grand bond en arrière, s’éloignant de sa lointaine cousine, la jeune épéiste.

Hatsune avait saisi l’occasion de faire un grand pas en avant et avait effectué une coupure diagonale vers le bas.

Masatsugu avait habilement évité l’attaque. Manquant sa cible, l’épée de bois avait fait suivre une frappe diagonale vers le haut dans une combinaison d’attaques tout en fluidité. L’art de l’épée de Hatsune était fort et rapide comme le vent.

L’épée de bois utilisée par Hatsune était très courte, comparable en longueur à un kodachi.

Frapper avec une longue épée comme dans les dramas historiques pourrait facilement endommager le plafond ou les murs. Par conséquent, Hatsune avait choisi le kodachi plus convenable et plus maniable.

Impressionné par une attention aussi impeccable aux détails que l’on ne pouvait pas s’attendre d’une jeune fille, Masatsugu avait fait de son mieux pour survivre à ces attaques.

... En outre, la femme soldate qui servait le thé avait déjà quitté la pièce. On aurait dit qu’elle savait à l’avance que ça allait arriver.

Pendant ce temps, Hatsune était placée dans une autre position à mi-niveau et avait violemment ri. « Fufufufu ! Tu ne peux pas gagner si tout ce que tu fais c’est de fuir, Onii-sama ! »

« Le but de cette farce est-il de tester mes capacités ? » demanda Masatsugu.

« En effet, la tête du clan Tachibana a décidé de choisir parmi la jeune génération deux gardes du corps pour la princesse. Onii-sama, tu as été choisi, » déclara Hatsune.

« Pourquoi moi ? » demanda Masatsugu.

« Onii-sama, les seuls jeunes qui restent dans notre clan sont toi et moi, » répondit Hatsune.

Masatsugu avait accepté cette raison claire et simple. En y repensant, tous les proches qu’il avait rencontrés au cours des deux dernières années étaient tous des adultes de plus de quarante ans.

« Au fait, je ne savais vraiment pas que tu étais si incroyable, » déclara-t-il.

« Le clan Tachibana est fier de sa force et de sa valeur, » répondit-elle. « Je me suis entraînée aux arts martiaux depuis l’enfance, alors que le fait d’avoir de légers ennuis est considéré comme faisant partie de la formation d’un guerrier, donc ce niveau de capacité est à prévoir. »

« En écoutant ta confession, je suis assez curieux de savoir à propos de la gravité de tes problèmes..., » répliqua-t-il.

« As-tu eu assez de réchauffements ? » demanda-t-elle. « Bon, commençons pour de vrai. Nous déciderons qui est le plus fort des jeunes Tachibanas ! »

Masatsugu était très troublé de voir son adorable cousine faire pression sur lui.

« Maintenant, cela me met face à un dilemme. Je ne veux pas vraiment te faire de mal, » déclara-t-il.

« Ah, c’est une jolie phrase, Onii-sama, » répliqua-t-elle. « On se sent comme un rival condamné est sur le point de libérer son pouvoir, quelle bonne ambiance ? Attaque-moi avec ce genre d’esprit ! »

« Ça ne me dérange pas de te faire ce que tu veux... Mais comme je l’ai déjà dit, je n’ai aucun souvenir de mon passé, » répondit-il.

L’attitude de Hatsune était désinvolte, mais ses capacités étaient bien réelles.

Masatsugu avait alors parlé avec sérieux. « C’est vrai que j’utilise les arts martiaux quand je suis en danger. Je suppose que je devais m’être entraîné aux arts martiaux dans ma jeunesse, alors c’est devenu enraciné dans mon corps. Mais… »

Masatsugu Tachibana avait apparemment appris le combat sans armes et l’escrime dans son enfance. Au moins, c’était ce que ses proches lui avaient dit. Cependant, depuis les deux ans qu’il avait perdu sa mémoire, il n’avait jamais pratiqué.

D’une manière incroyable, il n’avait jamais ressenti l’envie de s’entraîner.

Par conséquent, il ne pouvait pas se souvenir de quoi que ce soit qui pourrait être considéré comme un mouvement ou une compétence dans l’épée ou le combat à mains nues.

Il ne pouvait pas faire plus que se débrouiller si cela concernait le fait de résister aux attaques de l’adversaire, cependant...

« Quand j’attaque... ça a tendance à être un peu dangereux, » déclara-t-il.

« Tu deviens de plus en plus incroyable, Onii-sama ! » répondit-elle. « Ce que tu dis ressemble beaucoup à “Sorts de ma vue à moins que tu ne veuilles mourir. Calme-toi, mon bras gauche… !” »

Les yeux de Hatsune étaient excités pour une raison inconnue.

Masatsugu hocha la tête avant de déclarer. « Oui, plus précisément, “Je vais saisir cette théière là-bas pour te brûler avec de l’eau bouillante, puis à califourchon sur toi et je vais frapper ton visage jusqu’à ce qu’il soit en bouillie.” Je suppose que c’est plus mon style de combat. »

« … Hein !? Vraiment ? » demanda Hatsune.

« Les arts martiaux que j’ai appris auparavant semblent être un style plutôt axé sur le combat réel, » répondit Masatsugu. « Chaque frappe est brutale et sans retenue. S’il y a des bouteilles de bière à proximité, je vais les attraper pour les écraser sur les têtes de mes opposants. Quand un adversaire essaye de me regarder de face, je lui ferais un coup de tête, le frappant directement en plein sur son nez. »

Lors du retour de leur premier jour du Lycée, Masatsugu et Taisei s’étaient accidentellement retrouvés au centre-ville la nuit.

Malheureusement, ils avaient rencontré sept ou huit voyous et avaient été emmenés dans une ruelle déserte. C’est à ce moment-là que Masatsugu avait démontré à quel point il pouvait être un combattant aguerri et violent.

Après cela, Masatsugu avait eu des problèmes semblables à quelques reprises...

« Ne devrais-tu pas te battre plus honorablement comme dans les shounen ? » demanda Hatsune.

« Je suis d’accord ! Mais tu n’as vraiment aucun droit moral de me dire ça quand tu m’as tendu une embuscade avec une épée de bois, » répliqua Masatsugu.

« Au contraire, tous les hommes de notre clan Tachibana sont superbement compétents, » répondit Hatsune. « Ils ne se sentiraient jamais dérangés par de petits trucs de ce genre. N’es-tu pas en vie et en train de vouloir me donner un coup de pied ? D-D’ailleurs, je-je n’ai pas le choix ! »

Hatsune sourit d’un air coupable pendant qu’elle parlait.

« Après une discussion avec la princesse, j’ai décidé “que ce serait plus excitant”, tu sais ? La princesse a aussi accepté, alors…, » déclara Hatsune.

« ... La princesse a autorisé cette farce ? » demanda Masatsugu.

Masatsugu fronça les sourcils face à la révélation de cette vérité inattendue.

Cependant, après plus de réflexion, il s’était rappelé que la princesse Shiori était précisément la première personne à avoir fait un mouvement. En outre, elle l’avait attaqué avec force. Masatsugu avait jeté un coup d’œil sur le personnage problématique en question.

« Techniquement, c’est un test d’aptitude pour les gardes du corps, » déclara la princesse.

La belle princesse avait tendrement souri à Masatsugu.

Son sourire digne transmettait l’élégance dont parlait tout le monde partout dans la ville de Suruga.

« Un test facilement franchissable serait inutile. Par conséquent, nous avons décidé d’accélérer les choses, » déclara Shiori.

Évidemment, la princesse était loin d’être « obéissante » comme son apparence le suggérait…

C’était le premier aperçu de Masatsugu sur la vraie personnalité de Shiori Fujinomiya. Elle était la noble princesse, une beauté intelligente et élégante, mais elle cachait à l’intérieur d’elle toutes sortes d’aspects tenus secrets...

Shiori avait continué à parler à un Masatsugu pensif. « Cela étant dit, ce test a assez duré. Tachibana-sama, vous êtes qualifié pour me servir de garde du corps. La dernière exigence est votre consentement. »

« Je vois, » déclara Masatsugu.

Ayant reçu le droit de décider, Masatsugu accepta facilement. « Puisque servir Votre Altesse est l’affaire de mon clan, je n’ai pas d’objections... »

Masatsugu ne ressentait aucune loyauté envers la famille impériale, mais il était redevable envers son clan. De plus, il avait quelques talents donc aider Hatsune dans son travail ne devrait pas poser de problème... Juste au moment où il prenait sa décision, une certaine idée lui traversa l’esprit. Peut-être était-ce aussi une excellente occasion de résoudre « un certain problème ».

Masatsugu avait décidé qu’il devait examiner correctement la question, mais malheureusement, il n’avait pas le luxe du temps, car à ce moment-là...

De façon inattendue, une sirène avait commencé à retentir sur les lieux afin de signaler une situation d’urgence.

Notes

  • 1 Seigan : Nom complet, Seigan no Kamae : le kenjutsuka est de face, le sabre pointé devant lui ; si l’on poursuit la courbe de la lame, la courbe passe entre les deux yeux de l’adversaire, le sabre est ainsi à une hauteur moyenne (chūdan) ; cette garde permet de frapper d’estoc (tsuki) ou bien de changer de garde pour effectuer une coupe (« armer » le coup) ; certaines écoles visent la gorge (c’est notre choix) ou le plexus solaire...

***

Partie 4

La soudaine sirène avait retenti dans tout le fort tutélaire de Suruga.

Shiori Fujinomiya avait immédiatement quitté la salle de réception et était sortie du bâtiment. Elle avait ouvert la voie alors que Hatsune Tachibana ainsi que son nouveau subordonné, Masatsugu Tachibana, la suivaient.

« Où allons-nous, princesse ? » demanda Hatsune

« Au donjon protecteur de la nation. C’est là que les informations y sont rassemblées. Nous irons là-bas pour savoir exactement ce qui s’est passé, » répondit Shiori à une Hatsune qui la suivait de près.

« Mais seront-ils prêts à dire cela à des étrangers comme nous... ? » demanda Hatsune

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Ces questions sont faciles à résoudre en comptant sur mon influence… — Eh bien, je vais certainement résoudre ce problème, » répondit Shiori.

« Comme prévu de la princesse. Un adorable sourire jumelé avec de méchantes phrases, c’est absolument charmant, » répliqua Hatsune.

Les paroles et le comportement de Shiori ne semblaient pas être une princesse tenue à l’abri.

Déjà habituée, Hatsune plaisantait afin d’animer l’atmosphère alors qu’elle suivait consciencieusement Shiori.

En revanche, Masatsugu Tachibana les suivait en étant le dernier de la file, mais apparemment, il n’était pas vraiment confus par ce qui se passait. La soudaine démonstration de l’initiative de Shiori n’avait pas fait apparaître beaucoup de doutes en lui.

Personne ne savait si c’était parce qu’il avait une personnalité calme ou si c’était qu’il faisait simplement les choses à son propre rythme. Ou peut-être un mélange de ses deux éléments ?

La scène précédente avait montré qu’il n’était pas une personne ordinaire, mais cela ne suffisait pas à ce qu’il puisse agir ainsi. Il devait se réveiller afin de devenir l’un des plus grands héros qui avaient pour toujours honoré de leurs faits les annales de l’histoire.

C’était également les intentions du Shiori qui avaient fait qu’elle l’avait convoqué au fort tutélaire.

Elle voulait le laisser respirer l’air lié aux champs de bataille. Peut-être que cela lui offrirait une sorte de stimulation, déclenchant un nouveau changement au sein de l’être connu sous le nom de Masatsugu Tachibana.

Shiori avait agi ainsi avec de tels espoirs en elle.

En tout cas, Shiori les conduisit à vive allure et ils arrivèrent au cœur même du fort tutélaire après cinq minutes de course. Il s’agissait de la tour de briques rouges au centre des locaux, connu sous le nom de donjon protecteur de la nation.

Il s’agissait de la tour d’environ quarante mètres de haut avec une gigantesque roue de feng shui installée au sommet.

L’installation elle-même avait été construite il y a quelques décennies et était assez ancienne. Shiori entra hardiment dans la salle du rez-de-chaussée.

Les multiples entrées étaient toutes ouvertes, offrant un accès libre au rez-de-chaussée.

Il y avait quatorze ou quinze soldats de l’armée provinciale Tōkaidō présents dans le hall de la tour. Après avoir remarqué l’arrivée de la princesse aux chevaux blond-platine, l’un après l’autre, la moitié des soldats la salua et lui jeta des regards de surprise sur elle.

Shiori voulait à l’origine demander à l’un des officiers, mais il lui vint à l’esprit qu’il devrait y avoir quelqu’un ayant un plus haut rang sur les lieux.

« Chevalier Kamamoto, puis-je vous déranger un instant ? » demanda Shiori.

« Très certainement, Princesse, je suis à votre service, » répondit Kamamoto.

Le vieux Chevalier servant de châtelain provisoire était entouré de plusieurs de ses subordonnés.

Ces subordonnés reculèrent pour offrir un chemin à Shiori dès qu’ils la virent approcher, permettant à son groupe de rejoindre le vieil homme portant un uniforme noir d’officier.

« Qu’est-ce qui a causé la première sirène ? S’il vous plaît, expliquez-moi autant que cela vous est permis, » demanda Shiori.

« Apparemment… des pirates. Les dragons de la Baie de Suruga sont actuellement en train de se charger d’eux, » répondit Kamamoto.

« En d’autres termes, est-ce des navires armés qui approchent de la ville de Suruga ? » demanda Shiori.

« Il n’y a pas encore de rapports confirmant la présence de navires, mais il est très probable que cela soit le cas, » répondit Kamamoto.

Shiori avait déjà contacté le vieil homme quelques heures plus tôt afin d’avoir l’autorisation d’emprunter une pièce dans le fort tutélaire.

En tant que personnes appartenant aux classes privilégiées, les Chevaliers se transformaient souvent en vieillards têtus et arrogants quand leur âge avançait. Cependant, le vieil homme Kamamoto était un vieux monsieur ayant un bon caractère.

Le ton de l’homme âgé était cordial, probablement dans une tentative afin de rassurer la princesse Shiori.

« Soyez assurée. Je ne crois pas que cela deviendrait un incident majeur. S’il vous plaît, Princesse, n’hésitez pas à retourner en toute sécurité à la ville, » déclara Kamamoto.

Trois jours plus tôt, le fort tutélaire Suruga avait perdu le personnage officiel servant en tant que châtelain. Le précédent châtelain avait été arrêté pour corruption et était actuellement détenu à la campagne au quartier général de la police militaire.

Le Chevalier Kamamoto avait dû reprendre ses fonctions après avoir pris une retraite bien méritée depuis plus de sept ans.

À moins d’une sérieuse pénurie de personnel, le châtelain d’un fort tutélaire devait être un Chevalier. En raison de cette règle non écrite, un vieil homme retraité avait dû être rappelé afin d’assumer pour le moment ce rôle.

« Des pirates, est-ce bien ça... ? » murmura Shiori pour elle-même.

Il y a dix ans, lorsque le Japon Impérial était devenu l’allié tributaire de la Rome Orientale...

Quelques soldats avaient déserté l’armée, déterminés à s’opposer à Rome même si cela les menait à une fin amère. Il y avait aussi des radicaux qui avaient lancé des attaques terroristes, se ralliant afin de pousser hors du Japon le détachement romain présent. Ces personnes se livreraient à l’occasion à des actes de pirateries lorsqu’elles étaient confrontées à des pénuries de financement.

Les navires pirates de ce type étaient toujours équipés d’armes à feu et de munitions...

La garde côtière avait donc déployé des bêtes de types dragon des mers qui étaient maintenus en tout temps dans les eaux avoisinantes afin de pouvoir détecter le plus tôt possible l’odeur de la poudre à canon présent sur ces navires. La question était de savoir si c’était encore une fois un dragon des mers qui avait déclenché cette alarme.

Cependant, les ennemis étaient-ils vraiment des pirates ? Alors que Shiori réfléchissait à tout cela...

Un son ressemblant à des cloches fit écho dans les airs.

La puissance mystique produisant ce son n’était pas intense. Shiori avait alors vu un renard blanc, gros comme la paume, sur l’épaule du vieil homme Kamamoto.

Il s’agissait d’un renard de liaison, une petite bête de rétention utilisée par l’Armée Impériale.

« Oh. » Kamamoto avait écarquillé les yeux et le renard de liaison avait sauté de son épaule.

Le renard avait couru d’une manière adorable jusqu’au mur où il y avait une chaise à bascule inoccupée.

Puis, après que le renard de liaison eut couru sous la chaise, une jeune fille était apparue sur la chaise alors que rien ne se trouvait là précédemment.

Habillée comme une miko (une jeune fille du sanctuaire), la fillette avait des franges qui atteignaient ses sourcils et des cheveux noirs qui lui arrivaient aux épaules. Très adorable, la fillette ressemblait à une poupée Ichimatsu [1] et semblait avoir huit ou neuf ans.

« Sakuya, avez-vous quelque chose à me dire ? » Kamamoto avait demandé ça et la fillette nommée Sakuya avait tourné sa tête vers lui.

La silhouette élancée de la fille et les contours de ses vêtements de jeune fille du sanctuaire étaient légèrement flous. Plutôt qu’un vrai humain, elle était une image projetée par un esprit, un moyen de se substituer à la possession d’un simulacre.

Elle était probablement le génie protégeant le fort tutélaire de Suruga.

« Invasion… Lé… gions… Ennemi, alerte… » Sakuya fit un rapport de la situation du combat d’une manière hachée alors qu’elle transmettait des ondes noétiques.

La vue projetée par les ondes noétiques couvrait le plafond du hall du rez-de-chaussée du donjon protecteur de la nation. Il s’agissait de quelque chose ressemblant à un écran géant qu’on pourrait trouver dans un cinéma.

... La vue aérienne affichait la situation en temps réel sur la mer environnante.

Il y avait trois corps qui flottaient à la surface de la mer et qui ressemblaient à des serpents marins de dix mètres de long. Cependant, les cadavres possédaient des écailles dorées, ce qui signifiait qu’il s’agissait des dragons des mers utilisées par les gardes-côtes japonais. Tous les trois avaient été décapités, et ils avaient peut-être été abattus par l’ennemi.

... L’écran était ensuite passé à un autre point de vue.

Il s’agissait de la surface de la mer lointaine, à plusieurs kilomètres de la côte. Il y avait sept ou huit têtes qui oscillaient de haut en bas, avançant vers la plage comme s’ils marchaient sur l’eau.

Cependant, ces entités « humanoïdes » n’étaient pas des humains.

Se tenant avec leur huit mètres de hauteur, leurs silhouettes ressemblaient beaucoup à des Légionnaires.

De plus, leurs corps dégageaient une brume noire, empêchant une vision claire qui aurait pu confirmer leur aspect...

« En ce moment, plusieurs légionnaires ont tué trois dragons des mers... et ils avancent vers le fort tutélaire de Suruga, » déclara Sakuya. « L’ennemi a appliqué un camouflage noétique furtif, le type et l’affiliation sont non identifiés pour le moment. De plus, cette vidéo a été obtenue grâce à des techniques noétiques... en provenance de l’une des wyvernes des gardes-côtes, qui avait été témoin de toute la scène... »

L’image de Sakuya s’était assise sur la chaise à bascule tout en déclarant son rapport.

Sa voix était extrêmement calme et basse, et c’était plutôt difficile à comprendre en raison de sa manière saccadée de parler.

Pour les oreilles de Shiori, on aurait dit que la faucheuse faisait une visite de mauvais augure.

Note

  • 1 Poupée Ichimatsu : Il s’agit de l’une des sortes de poupées traditionnelles japonaises. Les poupées ichimatsu (市松人形, ichimatsu ningyō) représentent des petites filles ou des petits garçons, bien proportionnés, normalement colorés (pas de gofun pour donner à la peau une couleur blanche), et aux yeux de verre. Les premières furent nommées en honneur d’un acteur de kabuki célèbre du xviiie siècle et représentaient alors probablement un homme adulte, mais depuis la fin du xixe siècle le terme s’applique aux poupées en forme d’enfant. Les poupées mâles aux expressions espiègles furent les plus populaires à la fin du XIXe et au début du xxe siècle, mais en 1926 le Friendship Doll Exchange fit faire 58 poupées représentant des petites filles, à envoyer aux enfants du Japon de la part des enfants des États-Unis ; cet évènement popularisa les poupées femelles à expression sérieuse et douce et portant un kimono.

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3 commentaires




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    Merci pour le chapitre.
    Tiens, personne en une semaine ? Profitons-en :
    Pourquoi tu as changé d'avis pour la première phrase finalement ?




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    Tu as posté sur le tome, c'est pour ça.

    Pour ta question, tu parles pour le masculin/féminin, c'est qu'en relisant, j'ai vu qu'on avait déjà l'info du genre avant.

    Faut vraiment que je fasse ma fédération de commentaires.

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