Chronicle Legion – La Route de la Conquête – Tome 1

Table des matières

***

Prologue

La 58e année de l’ère Tenryuu, Tenryuu 58, était connue sous le nom de 1998 CE.

Selon les témoignages, le climat de Tokyo en septembre aurait été plus frais et plus agréable que les années précédentes.

Franchement, Shiori n’avait aucune base de comparaison. En dépit d’être une princesse de la famille impériale, elle avait été absente de la capitale, Tokyo, depuis quatre années. Pendant cette durée, elle n’était même pas restée à l’intérieur des frontières japonaises.

La précédente ville de résidence de Shiori était située quelque part sur la péninsule indochinoise, face à la mer de Chine méridionale.

Chaque été, cette ville portuaire subtropicale était beaucoup plus chaude que partout dans le Japon.

« Comparé à la chaleur torride de la capitale impé... Je veux dire Xanadu, Tokyo est vraiment beaucoup plus froide, » Shiori avait dit ça avec un doux sourire.

Au cours du lapsus de tout à l’heure, elle avait failli dire la « Capitale Impériale » et s’était corrigée à mi-phrase. Les mentions de Capitale Impériale à l’intérieur des frontières de l’Empire Romain d’Orient faisaient inévitablement référence à Xanadu, située au centre de l’Asie de l’Est, mais son emplacement actuel était le Japon Impérial.

« Le temps est confortable et c’est bien. Mais bien sûr, j’ai passé la plus grande partie de mon temps à l’étranger dans des environnements climatisés, comme je le suis encore maintenant, » dit-elle.

Comme il s’agissait simplement d’une petite conversation afin de créer une atmosphère relaxante, Shiori utilisa un ton de voix blagueur.

Elle était assise sur le siège arrière d’une limousine alors qu’elle avançait le long d’une autoroute. Et elle parlait à ses aides de camp qui se trouvait sur les sièges du conducteur et du passager avant.

Shiori avait seize ans tandis que les deux autres étaient des hommes plus âgés.

Les deux serviteurs avaient souri cordialement en réponse à la blague de la princesse.

Naturellement, Shiori pensait à d’autres questions. Par exemple de penser qu’elle, une princesse impériale, aurait seulement deux préposés à son service.

Normalement parlant, une voiture de transport officielle devait être escortée par des véhicules de sécurité et un convoi de motos. Cependant, cette limousine n’était pas accompagnée.

... Rien n’avait pu être fait à ce sujet. Après tout, elle était la « Princesse Abandonnée » qui était finalement revenue dans le pays après quatre ans.

Shiori ne s’était pas offusquée de ça. Elle avait simplement regardé par la fenêtre pour observer la Capitale Impériale pour la première fois depuis si longtemps. Cela n’était pas vraiment une mauvaise chose que cela était ainsi, vu que cela l’avait libérée de la pression d’un examen approfondi et avait rendu certains engagements plus commodes.

« Mon Dieu, » repérant un visage familier dans les rues, Shiori sourit avec ironie.

Sur le chemin de Roppongi jusqu’au palais impérial d’Aoyama, un certain bâtiment avait une publicité massive pour un magazine d’affaires. Le magazine organisait ce mois-ci une émission spéciale sur les « dix ans de l’Alliance... Le Futur du Japon et de Rome ». Imprimer sur la couverture se trouvait le sourire arrogant du fondateur de l’Empire Romain d’Orient.

L’homme était dans la fin de la quarantaine avec des traits du visage profonds et un visage digne.

Son front était très haut et proéminent. Plus précisément, il s’agissait d’un cas sévère de front dégarni.

« Je ne m’attendais jamais à voir le Seigneur César dans un tel endroit, » dit-elle.

Ce sourire de confiance semblait faire penser qu’il se vantait.

Ce regard d’autosatisfaction était une image très appropriée pour lui. Il était également vêtu d’une armure et d’un costume militaire dans le style de la Rome antique. Très peu de personnes seraient assez audacieuses pour porter ouvertement ce type de vêtements ressemblant à un cosplay.

Le panneau d’affichage faisait la promotion d’une interview de trente pages avec le Seigneur César en tant que titre pour le numéro actuel du magazine.

Sentant une impulsion d’achat, Shiori parla immédiatement, « Major. J’aimerais faire un détour dans une librairie. Pourriez-vous faire changer le chemin ? »

« ... Votre Altesse, devez-vous y aller en personne ? » demanda-t-il.

Assis sur le siège du passager avant, l’aide de camp dans la trentaine avait été quelque peu surpris.

Étant obligés de servir dans les palais impériaux et d’engager des conversations confidentielles avec l’Impératrice et les dames de la cour, les candidats à ce poste avaient été choisis parmi les officiers de la Garde Impériale. En outre, un certain talent crucial était une condition indispensable pour être aides de camp.

« S’il y a besoin de faire un achat, alors j’irais volontiers à votre place, » dit son aide de camp, le major, avec un sourire ironique.

Pour un chambellan ou un soldat, son ton de voix n’était pas trop réservé. D’autre part, ce bel homme avait une excellente apparence dans son uniforme noir de l’Armée Impériale. Ce genre de tonalité était également accessible. De tels traits étaient des considérations nécessaires lors de la sélection des aides de camp afin d’éviter d’offenser l’Impératrice ou les courtisanes.

Shiori répondit malicieusement à cet officier militaire attentif, « De quoi avez-vous besoin de vous inquiéter ? Pendant mon séjour dans l’Empire, je me promenais souvent seule. Un rapide voyage pour faire quelques achats n’est pas une grosse affaire. »

« En d’autres termes, Votre Altesse, souhaitez-vous faire une promenade ? » demanda-t-il.

« Fufufufu, » se mit-elle à rire.

Shiori était une princesse du Japon Impérial ainsi que la fille aînée de la famille Fujinomiya.

Son statut dans l’Empire Romain d’Orient avait été celui d’avoir été une otage avec le titre glorifié d’« Étudiante Étrangère ».

Elle n’avait nullement joui de l’hospitalité généreuse offerte à une invitée d’état, mais elle n’était pas non plus une princesse qui avait été mise à l’abri en la gardant dans l’ignorance.

Sachant cela, le major n’avait pas essayé de discuter plus longtemps.

« Dans ce cas, Votre Altesse, vos désirs sont des ordres, » dit-il. « Cependant, s’il vous plaît, veuillez au moins écouter mes conseils. »

« Très certainement, » répondit-elle. « S’il vous plaît, dites ce que vous avez à l’esprit. »

« Puisque l’anonymat est requis, vous et moi devrions en premier nous changer, » dit-il.

« En effet ! Faisons comme vous le suggérez, » répondit-elle.

Shiori avait souri en réponse à la suggestion très bien pensée.

Ils étaient actuellement sur le chemin afin d’assister à une réception en plein air se tenant dans le palais impérial. Le major portait un uniforme militaire tandis que Shiori portait un kimono avec de longues manches flottantes. Ayant une apparence très frappante, il serait naturel pour Shiori d’attirer encore plus d’attention dans la tenue qu’elle portait actuellement.

Voyant sa propre réflexion faciale sur la fenêtre de la limousine, elle hocha la tête afin de montrer son accord.

Shiori n’était nullement dérangée d’être appelée une beauté. Elle était très consciente de son visage vraiment exquis. De plus, ses longs cheveux, qu’elle avait passé de nombreuses années à entretenir avec soins, brillaient d’une splendeur de platine. Comment une telle apparence ne pourrait-elle pas attirer l’attention de toutes les personnes qu’elle croisait ?

Sa couleur de cheveux était naturelle et n’avait jamais été teinte. Une pure native du Japon n’était pas censée avoir ce genre de cheveux.

« ... ? »

Arrivée à une intersection près du palais impérial, Shiori était un peu perplexe.

Un appel soudain en provenance du ciel l’avait incitée à regarder par la fenêtre de la limousine afin de mieux voir le ciel.

Comme suspecté, elle vit un dragon qui volait dans l’air juste au-dessus du palais.

Un corps serpentin d’une centaine de mètres de long. Quatre membres courts avec des griffes acérées. Une tête de forme inhabituelle avec de longues cornes... Une créature débordant d’une beauté divine.

Le corps entier du dragon brillait d’un éclat de couleur platine.

Cette teinte était exactement la même couleur que les cheveux de Shiori.

« Est-ce que mon Grand-père a beaucoup voyagé dans la Capitale Impériale dernièrement ? » demanda Shiori.

« Non, pour autant que je m’en souvienne, rien de semblable ne s’est produit ces dernières années, » répondit le Major.

Depuis sa position sur le siège du passager avant, le major avait également regardé le ciel si éblouissant.

Le dragon de platine déplaçait son corps serpentin comme s’il nageait, volant gracieusement au-dessus du palais impérial. Il se dirigeait vers le nord.

Après être resté silencieux jusqu’à maintenant, le vieux conducteur se mit à parler, « Il s’agit d’une grande chance que l’on puisse voir le Seigneur Tenryuu dans toute sa gloire... Quel magnifique signe de bon augure. »

Le Seigneur Tenryuu était la Bête Sacrée protégeant le Japon Impérial.

En plus d’être parmi les rangs de « Grands Anciens », d’anciennes divinités se manifestant sous forme animale, il était également le grand-père de Shiori.

Vraisemblablement, il avait volé ici depuis l’Enceinte Divine au nord de Kanto pour voir sa petite fille qui revenait après avoir été absente pendant quatre ans.

Certaine qu’il s’agissait de l’intention de son grand-père, Shiori avait acquiescé avec fermeté.

Depuis le dix-neuvième siècle, des douzaines de divinités thériomorphes, connues sous le nom de Bête Sacrée, étaient descendues sur le monde.

En conséquence, la société avait radicalement changé.

Les Bêtes Sacrées devinrent les dieux gardiens de diverses nations humaines et apportèrent aussi la magie et l’occultisme dans la société humaine. Cela avait également accéléré les progrès révolutionnaires dans les développements scientifiques.

La naissance de l’Empire Romain d’Orient était l’un de ces changements. C’était au cours de la Seconde Guerre mondiale — aussi connu comme la Guerre des Héros ou la Deuxième Guerre Napoléonienne — que ce pays avait vu le jour en Asie du Sud-Est.

Gaius Jules César était le nom de son fondateur. Après une guerre napoléonienne — ce pays avait vu le jour en Asie du Sud-Est.

Cet homme portant le même nom d’un ancien héros romain avait conquis l’Asie du Sud-Est et la moitié de la Chine en un rien de temps, établissant un nouvel empire dans le pays de l’Est.

*

Et aujourd’hui, ce héros nommé César était présent à la Capitale Impériale du Japon.

Plus d’un millier de célébrités, politiciens, officiers militaires de haut rang, diplomates, ainsi que des soldats et des fonctionnaires civils de l’Empire Romain d’Orient s’étaient rassemblés dans le jardin du palais impérial, bavardant amicalement.

Le centre de la foule tournait autour du Généralissime César, le héros de l’Empire Romain d’Orient.

Les ministres, les membres de la Diète et les grands noms des milieux financiers étaient également présents. Les uns après les autres, ils s’étaient relayés pour s’approcher de César afin de lui offrir des salutations et échanger des plaisanteries avec lui.

Ce n’était pas l’hospitalité comme on pouvait l’offrir à un invité d’état.

La vraie raison était que ce soldat d’un pays voisin était « l’homme le plus puissant » en Asie et au Japon.

Le tour de Shiori était arrivé. En arrivant devant l’exalté César, Shiori inclina respectueusement la tête.

« Salutations à vous, Seigneur César. Cela fait longtemps, » dit-elle.

« Votre visage me fait me rappeler beaucoup de mes souvenirs, » déclara-t-il. « La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était il y a un an lors d’un banquet à la maison, n’est-ce pas ? Je suis très honoré d’avoir l’occasion de vous rencontrer à nouveau, belle princesse du Japon. »

César était noble et digne, mais nullement prétentieux. Jovial et accessible, tout en conservant un air de grande classe.

Il avait reçu la visite de Shiori avec son ton unique et son sourire cordial. Ses distinctions comprenaient le rang de Généralissime de l’Armée Impériale Romaine d’Orient ainsi que le poste de Commandant Suprême de la Région Administrative d’Asie Orientale. Il avait aussi d’autres titres tels que Conseiller Spécial pour l’Impératrice Japonaise et commandant en chef de l’Armée en Garnison au Japon.

En dépit d’être le fondateur de l’Empire, cet homme avait seulement régné pendant quinze ans en tant que premier empereur.

Après cela, dans son désir de retourner au front en tant que soldat, il avait abdiqué et céda son trône à un courtisan.

« Assis sur un trône au fond d’un palais sans ennemis ni excitation... Je n’appellerais jamais un tel travail agréable. Mon désir d’avoir une vie exaltante est bien trop accablant, » était ce qu’il avait déclaré.

L’Ancien Empereur Fondateur César avait passé la moitié d’un siècle à accumuler des exploits liés à ses conquêtes.

Pendant cette période, les États-Unis d’Amérique étaient agités par un désir de devenir la seule superpuissance du monde, menant ainsi à une confrontation contre César sur divers champs de bataille en Asie. Dirigeant un millier de légions, César était sorti victorieux à chaque occasion. C’était ostensiblement l’une des causes de la séparation finale des États-Unis en deux pays.

Puis il y a dix ans...

Le grand généralissime de ce pays voisin était même allé jusqu’à vaincre l’armée américaine stationnée à Okinawa, à Yokosuka et ailleurs au Japon.

Par la suite, César se rendit à Tokyo plusieurs fois par an à partir de sa base d’opérations se trouvant à Hong Kong. Pendant ses séjours au Japon, il rencontrait de manière proactive les membres de la famille royale japonaise et les acteurs du monde financier et politique, confirmant ses devoirs de « patronus paternel qui guidait le Japon et l’impératrice ».

« Au fait, Shiori, chaque fois que je vous vois, vous, la charmante dame que vous êtes, je suis frappé par une certaine chose..., » déclara César.

César avait soudainement souri avec une certaine fierté avant de dire, « Si vous deviez y consentir, alors j’aimerais que vous jouiez le même rôle qu’une certaine reine d’Égypte du passé. »

« Le Japon a déjà Sa Majesté l’Impératrice... » Shiori avait souri et avait rejeté la proposition de César avec tact. « Je n’oserais pas rêver à commettre une telle transgression. »

« Quoi qu’il en soit, Sa Majesté n’a atteint que l’âge de treize ans. Cela, combiné avec sa personnalité introvertie, il serait très problématique de poursuivre une liaison romantique, même si elle est une adorable fille. »

Une telle blague indiscrète était vraiment à la hauteur de la réputation de César en tant que coureur de jupons.

À l’époque romaine, ce héros avait fait de la Reine d’Égypte Cléopâtre, sa maîtresse, consolidant ainsi son emprise sur le trône grâce à son soutien. Il s’agissait d’une histoire très connue.

... Une explication supplémentaire était justifiée ici.

Le « César » qui conversait actuellement avec Shiori n’était pas un patient mental avec des illusions de grandeur héroïque.

Les deux loups argentés Rémus et Romulus, des Bêtes Sacrées tout comme le Seigneur Tenryuu du Japon, avaient rappelé le César défunt dans le monde des humains soixante-dix ans auparavant.

Le vingtième siècle où nous nous trouvions encore était connu comme le Siècle de la Guerre.

Il s’agissait d’une époque où un certain nombre de héros antiques avaient été ressuscités et restaurés à des postes de pouvoir suprême.

Cette liste incluait l’Empereur Karl le « Roi Chevaleresque » et le dirigeant de l’Europe, « le Saint Roi » Saladin de la Dynastie Musulmane des Ayyoubides, et Napoléon Ier qui se faisait passer pour un clandestin à Moscou — Et le héros César était aussi l’un d’entre eux.

« Alors Princesse, qu’en est-il de vos projets ? » César avait posé une question inattendue.

Shiori était seulement de retour depuis l’Empire Romain d’Orient il y a deux jours et séjournait actuellement dans un hôtel de Tokyo. Bien sûr, la Capitale Impériale ne manquait pas de palais royaux ou de territoires à l’usage exclusif de la famille impériale.

Cependant, pour une « Princesse Paria », ce n’était pas un environnement particulièrement confortable.

« Je souhaite être quelque part pour y être plus tranquille, » répondit-elle. « La flamboyance de la Capitale Impériale est trop éblouissante pour moi. »

« Êtes-vous sérieuse ? Ce serait vraiment dommage pour une fille comme vous de vous retirer de la vie active à un si jeune âge, » déclara César avec un soupir exagéré. Bien qu’il était un grand héros et que son nom était devenu la source étymologique du Kaiser, le mot allemand pour « empereur », il n’avait pas été particulièrement large au niveau de sa carrure.

Debout, il faisait un peu plus de 175 centimètres. Sa grandeur était plutôt venue de son esprit que de son corps.

La tenue qu’il portait à cette fête se composait de vêtements militaires de la Rome antique.

Une cape rouge était drapée sur son armure. Et des sandales en cuir étaient attachées à ses pieds.

Cette apparence était identique à ce que Shiori avait vu sur le panneau d’affichage un peu plus tôt. On pouvait essayer de deviner s’il s’habillait ainsi par nostalgie ou par préférence, mais en tout cas, c’était comme ça qu’il apparaissait toujours en public.

« S’il vous plaît, n’hésitez pas à frapper à la porte de mon armée à tout moment. Je serais prêt à vous enrôler en tant que conseillère. Naturellement, Princesse, j’accepterais volontiers votre consentement afin que vous deveniez mon épouse ! »

« Merci pour le compliment. Je suis honorée même si c’est déclaré en tant que plaisanterie, » répondit la princesse.

Shiori avait réagi avec un sourire légèrement ironique face au coureur de jupons qui avait fait une blague digne de sa réputation légendaire.

« Je ne suis pas digne d’être votre subordonnée, et encore moins votre femme, » continua-t-elle.

« Au contraire, j’ai souvent entendu parler de l’éclat de la princesse japonaise, par l’intermédiaire de nombreuses rumeurs qui arrivaient dans mon pays, » César avait répliqué ainsi tout en souriant, puis lui avait fait un clin d’œil, choquant énormément Shiori.

Cependant, elle avait parfaitement réprimé ses émotions qu’il avait provoquées et avait maintenu son sourire de poupée, totalement impassible et imperturbable. Shiori était très douée pour feindre la docilité et cacher ses véritables talents.

... Quoi qu’il en soit, elle avait passé quatre ans dans l’Empire Romain en tant qu’otage. Pendant ce genre de vie sans personne sur qui s’appuyer, il y avait des moments où elle devait faire appel à des « talents » qu’elle avait cachés dans le passé. À vrai dire, elle aurait grandement préféré conserver sa façade de la « Princesse dont le seul mérite était sa beauté » pour l’intégralité de la durée de son séjour à l’étranger...

« En gage de mes sentiments, afin de célébrer votre nouveau départ... Permettez-moi de vous montrer un petit truc, même si ce n’est pas vraiment génial, » déclara-t-il.

Mais, avant même que Shiori puisse décliner, César avait déjà fait un mouvement. Il avait levé son index droit et avait crié. « Par ce nom qui est le mien, Jules César, je vous invoque... Assemblez-vous, mes légions ! »

La fête avait commencé à 14 heures.

La journée était très ensoleillée avec un ciel clair en dessus du jardin qui servait de lieu pour ces festivités.

Dans le ciel..., une centaine de soldats argentés apparurent de nulle part.

Atteignant presque huit mètres de haut, les soldats étaient sans aucun doute d’impressionnants géants.

Les géants étaient équipés de cottes de mailles en argent et de casques à crête. Ils portaient des uniformes militaires rouges avec une paire d’accessoires du genre « ailes » avec des plumes sur le dos. Ces accessoires ne semblaient pas fonctionner comme des ailes, mais les soldats géants d’argent volaient quand même librement dans les airs.

Après leur apparition, les cent soldats géants s’étaient dispersés. Volant habilement, ils s’étaient approchés du lieu où se tenait la fête.

Quand ils furent tous à basse altitude, environ cinquante mètres au-dessus du sol, les soldats géants s’assemblèrent pour être dans une formation bien ordonnée composée de quatre rangées.

Chacun d’eux portait un grand bouclier rectangulaire dans sa main gauche et un fusil avec une baïonnette attachée dessus dans sa main droite. Tous les cent soldats avaient les mêmes armements et la même apparence.

En outre, les visages des soldats géants étaient couverts de masques blancs...

Il s’agissait d’une unité composée d’une légion de types Centuria.

Il s’agissait également de l’armée qui avait permis à l’Empire Romain d’Orient et au grand généralissime César de dominer.

La convocation soudaine de César avait rempli le cœur des participants de la fête de surprise et de peur. Tout le monde avait immédiatement tourné son regard vers le commandant des légions... le héros, César.

Le poids de ces regards provenait non pas d’une ou deux douzaines de personnes, mais de plus d’un millier d’individus.

Avec tous ces yeux posés sur lui, César continua tranquillement de sourire avec une grande confiance. Ouvertement et d’une manière assez intime, il plaça son bras autour des épaules de Shiori, avant de crier à la foule présente. « Mesdames et Messieurs, pourriez-vous démontrer un peu plus de ferveur en célébrant l’amitié entre Rome et le Japon !? En outre, ne négligez pas d’encourager la belle princesse du Japon ! »

L’appel de César avait été répondu par un millier de voix. Les applaudissements et les acclamations de la foule avaient alors secoué le lieu.

L’armée de rouge et d’argent avait également brandi leurs fusils avec la baïonnette fixée, levant leurs lames vers le ciel. Cette action n’avait eu aucune signification en particulier, mais la vision d’une centaine de soldats géants ailés se déplaçant à l’unisson était un spectacle assez intimidant et impressionnant à voir.

Non seulement ça, mais les soldats romains stationnés un peu partout dans le jardin avaient également crié. « Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

« Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

« Gloire à César ! Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort vous saluent avec révérence ! »

Les mots, « Ceux qui ont reçu vos ordres jusqu’à la mort », faisaient référence à l’armée qui servait César.

Il s’agissait d’une salutation coutumière de l’Empire Romain d’Orient, utilisé exclusivement pour exalter le héros Jules César.

Après que les soldats romains aient récité à l’unisson cette phrase à plusieurs répétitions, Shiori avait calmement déclaré. « Votre Excellence... Ma gratitude ne connaît pas de limites... Merci d’avoir fait cela spécialement pour moi. »

« Vous êtes bien trop gentille, » répliqua César. « Je suis désolé que je ne puisse que faire cette petite chose. Considérez cela comme un cadeau symbolique de nouveau départ. »

L’expression et le comportement de César étaient pleins de vigueur juvénile quand il avait répondu ça d’une manière très joyeuse.

D’autre part, son âge semblait être en retard vis-à-vis de son apparence indiquant une quarantaine d’années. Apparemment, son apparence avait à peine vieilli depuis la fondation de l’Empire Romain d’Orient qui avait été faite il y a soixante-dix ans.

La Jeunesse Éternelle et la capacité d’invoquer des Légions, il s’agissait des pouvoirs des Ressuscités, les héros revenus dans le monde actuel.

Ils étaient des surhumains envoyés sur la terre par les Divines Bêtes Sacrées. Telle était la vérité derrière les Ressuscités tels que César. Alors qu’elle était témoin de la puissance de l’ennemi qu’elle devait surpasser, Shiori avait enflammé son Esprit Combatif se trouvant en elle. Elle devait acquérir une puissance équivalente afin de pouvoir s’y opposer, et cela, dès que possible...

Cependant, pendant tout ce temps, elle avait maintenu son sourire féminin face à César.

En effet, feindre la docilité était la compétence numéro une de Shiori.

***

« Fidèle à son nom, le Seigneur César adore comme toujours faire un grand étalage de son pouvoir, » murmura Shiori.

La fête était toujours en cours une heure après la soudaine convocation des Légions. Shiori s’était secrètement glissée hors de la fête après avoir quitté César et elle visitait maintenant un jardin empli de roses dans un autre lieu proche de la fête.

Toute seule, elle repensa à la scène qui s’était déroulée un peu plus tôt.

En dépit d’être un héros incomparable, le comportement de César était enfantin.

Mais encore une fois, Shiori avait pu expérimenter ses terribles pouvoirs. Ceci incluait sa capacité extraordinaire d’invoquer à volonté un millier de soldats géants, ainsi que son génie en ce qui concernait la stratégie qui avait mené son armée jusqu’à la victoire chaque fois qu’il était présent. Et finalement, le pouvoir absolu qu’il détenait en raison de sa position de généralissime de la plus grande puissance mondiale.

« Puisque l’ennemi est un héros romain, j’ai besoin d’un soutien d’une puissance équivalente, » murmura-t-elle à nouveau.

Vêtue d’un kimono à larges manches, Shiori tenait un sac en tissu contenant un petit objet.

De l’intérieur, elle sortit une photo représentant un étudiant dans un uniforme à col rigide. Il devait avoir environ 17 ou 18 ans. Son visage était bien proportionné, mais l’expression était un peu raide. On pourrait tout à fait l’appeler comme étant une personne sans expression, ou du moins ne montrant pas d’expression.

Comme les minces yeux du jeune homme n’étaient pas concentrés sur l’appareil photo, il semblait qu’il s’agissait d’une photo prise en secret.

« C’est cet homme qui va devenir ma carte maîtresse. Quand va-t-il s’éveiller ? » Après avoir déclaré ça, Shiori s’était soudainement remise à parler, « Tachibana ! Êtes-vous ici ? »

Il n’y avait personne dans la roseraie [1] à l’exception de Shiori, mais elle pouvait sentir les noèsis [2] présentes dans tout le personnel protégeant secrètement la princesse Shiori Fujinomiya. Et cette noèsis appartenait à une personne qui avait été sous les ordres de la famille Fujinomiya depuis la génération de la mère de Shiori.

Étant donné l’excellente sensibilité de Shiori, il était naturel qu’elle le remarque.

« ... À votre service, Madame. Vos sens sont toujours aussi aiguisés, » répondit une voix inconnue.

Un grand homme en costume noir sortit silencieusement de l’ombre.

Il était habillé tel un membre de la Police de Sécurité, mais son visage féroce, sa taille de 190 cm et sa masse corporelle de 100 kg lui donnaient l’air d’un catcheur professionnel.

Genzou Tachibana qui était devant elle était le majordome de la famille Fujinomiya.

« Comment ça se passe à Suruga ? Avez-vous observé le sujet en question ? » demanda-t-elle.

« Rien n’a changé. Ce bâtard est toujours aussi inutile, » répliqua-t-il froidement.

Normalement, le choix des mots devrait être plus élégant quand l’on travaille dans un environnement où la courtoisie était de rigueur.

Cependant, cet énorme homme avait répondu à la question de la princesse d’un ton dénaturé tout en se frottant le menton qui était recouvert d’une barbe de trois jours. D’un autre côté, Shiori ne voyait pas d’inconvénient face à une telle attitude.

Un subordonné impoli, mais compétent était beaucoup plus précieux qu’une personne incompétente qui adhérait de manière rigide à l’étiquette.

« Tous les jours, il assiste à l’école consciencieusement et fait attention en classe, » énonça-t-il sur un taux irrespectueux. « Il rentre directement chez lui le soir, dans son dortoir étudiant en respectant le couvre-feu. Et il suit strictement les règles qui l’entourent. Il n’a nullement l’envie d’aller voir ou de faire la fête. Et il manque même d’expérience en ce qui concerne le vol de boissons alcoolisées afin de pouvoir boire en secret. »

« Quelle conduite exemplaire ! » répliqua-t-elle.

« Tout au plus, quelques espiègleries occasionnelles. Comme donné à sept ou huit ploucs ou à des délinquants de l’armée un peu d’amour pour donner l’exemple, » répondit-il.

« De l’amour... Vous voulez dire qu’il se retrouve au milieu de combats ? » demanda-t-elle.

« Nullement, » répondit-il. « Il est évidemment capable de prendre soin d’eux en environ deux ou trois minutes avant que les situations ne se transforment en incidents majeurs emplis de violence. En ce sens, il n’est après tout pas très ordinaire. »

« Neutraliser sept ou huit personnes en quelques minutes..., » résuma la princesse.

Cette prouesse martiale était assez extraordinaire pour une personne ordinaire.

Cependant, Shiori haussa les épaules avant de déclarer cela. « Trop d’écart de puissance... Contre des roturiers, en abattre cent mille ou un million dans ce même délai serait le strict minimum. »

« Tout à fait d’accord sur ce point. On n’en attendrait pas moins de l’un des Chevaliers, » répliqua-t-il.

Le contenu de cette discussion était beaucoup trop radical pour une conversation entre une princesse protégée et son serviteur.

« Ça ressemble à... après tout, je dois le voir en personne, » déclara-t-elle finalement.

« Je préférerais que vous ne vous mettiez pas en danger, Madame, » répondit-il. « Vous devriez agir plus comme une princesse, en tremblant tout en étant cachée derrière un rideau... »

« Plus facile à garder, non ? » répliqua-t-elle face à son subordonné impoli.

« Il s’agit de l’une des raisons. D’ailleurs, cela vous rendrait plus salutaire à protéger, » dit-il.

La manière de parler de Tachibana le faisait ressembler davantage à un chef adjoint de bandits ou de pirates qu’à un majordome.

Cependant, Shiori avait simplement souri sans lui répondre. Son sourire était tout aussi poli et distingué que celui qu’elle avait présenté à César, sauf qu’il y avait une légère pointe de moquerie qui était cette fois-ci ajoutée.

« Soyez rassuré. J’ai l’intention d’utiliser votre fille afin qu’elle soit ma garde du corps à Suruga, » déclara-t-elle.

« Voulez-vous compter sur ma stupide fille !? » s’exclama Tachibana.

« Effectivement, » répondit-elle. « Beaucoup de choses seraient plus faciles à gérer puisque nous sommes toutes les deux des filles. D’ailleurs, j’ai entendu des rumeurs sur la fille de la Famille Tachibana. Ne semble-t-elle pas être une fille extravertie accomplie dans les arts martiaux ? »

« D’un autre côté, elle est également une très grande idiote ! » déclara-t-il.

« Peu importe. Je l’ai nommée précisément parce que je trouve ce point amusant, » répondit la princesse.

Regardant son subordonné troublé, Shiori rit de bon cœur.

« Afin d’acquérir le pouvoir de s’opposer aux Chevaliers de la Reine de l’Empire Britannique et de défier le Seigneur César... J’avais décidé de me retirer de la vie active, faisant de Suruga ma résidence jusqu’à nouvel ordre, » déclara-t-elle.

« Me dites-vous que vous allez vous retirer quand vous n’avez que seize ans ? » demanda-t-il.

« Pourquoi pas ? » répondit-elle. « Il s’agit quand même d’un endroit charmant où le Seigneur Tokugawa Ieyasu [3] a passé le reste de sa vie en tant que shogun à la retraite. »

Shiori Fujinomiya était une princesse du Japon Impérial.

Connu comme le Siècle de la Guerre, le vingtième siècle touchait à sa fin.

Cependant, le Japon n’était certainement pas un pays puissant. L’administration impériale à Tokyo et dans la région de Kanto était sous le contrôle de l’Empire Romain d’Orient, faisant de facto du Japon un État quasiment vassal. En outre, ces dernières années, l’ingérence d’une « autre grande puissance mondiale », l’Empire Britannique, dans les affaires intérieures du Japon avait atteint un niveau insupportable.

Au milieu de cette tourmente, Shiori avait conçu un plan.

« En dépit de faire partie de la famille impériale, la Maison des Fujinomiya a été ostracisée en raison de la peur de la faction de l’Impératrice vis-à-vis de nous..., » déclara-t-elle. « Néanmoins, cela ne convient pas à ma personnalité de poursuivre un style de vie de lâche. »

Les familles royales du monde entier étaient des foyers de luttes de pouvoir. Le Japon Impérial ne faisait nullement exception. Ceux qui étaient hostiles à Shiori Fujinomiya étaient tous des parents parmi les plus hauts rangs de la royauté et de la noblesse.

Shiori n’avait fait aucun effort pour cacher l’une des raisons de leur hostilité... Ses « cheveux de couleur platine ».

« Peu importe la situation, je dois faire quelque chose par moi-même. Je dois devenir le cerveau contrôlant le gouvernement japonais depuis l’ombre, » annonça Shiori.

« Madame, être un manipulateur n’est-il pas le mauvais type d’aspiration pour quelqu’un de votre âge ? » demanda-t-il.

Le regard de Tachibana était plutôt désapprobateur. Il continua à parler. « Vous devez déclarer “Je deviendrai le dirigeant de cette nation !” avec plus d’ambition. »

« Je ne suis pas intéressée par la position de l’impératrice, » répondit-elle. « C’est purement une figure de proue sans autorité réelle. Tout d’abord, je dois remodeler ce pays pour devenir un milieu de vie plus approprié pour moi... En cours de route, je ferais aussi bien de travailler pour le bien-être des Japonais. D’ici là, je compte sur votre soutien actif, Tachibana. »

« Madame, même si vous devez mentir, veuillez dire que vous mettez la population en premier, » répliqua-t-il.

Tenryuu 58, mi-septembre.

La photo actuellement dans la main de la princesse représentait un étudiant bien spécifique.

Shiori Fujinomiya ne connaissait même pas son vrai nom. Elle ne connaissait que l’alias qu’elle lui avait donné à des fins d’obscurcissement. Rassemblant sa détermination, elle avait lu son nom.

« Tachibana Masatsugu... Vous devez construire un ordre de chevalerie pour rassembler des soldats sous la bannière de votre nom perdu, » déclara-t-elle.

Le Japon Impérial, l’Empire Romain d’Orient et l’Empire Britannique.

Les alliances et les rivalités toujours changeantes entre ces trois pays plongeraient les îles du Japon dans le conflit et la tourmente.

Le rideau était sur le point de se lever sur une ère tripartite emplie des vicissitudes dramatiques de la fortune, reflétant celle des Trois Royaumes. À l’insu de n’importe qui vivant à cette époque, la scène qui s’était déroulée aujourd’hui viendrait à avoir une signification monumentale dans un futur proche.

Notes

  • 1 Une Roseraie : Il s’agit d’un jardin composé principalement de rosiers, soit à des fins de collections, soit à des fins ornementales.
  • 2 La noèsis (en grec νόησις) est, chez Platon, la faculté d’atteindre la vérité par l’intuition. Cette notion est l’origine de la noèse qu’on peut trouver dans différents courants d’influence de la philosophie moderne.
  • 3 Tokugawa Ieyasu : (徳川家康, Tokugawa Ieyasu) (31 janvier 1543 - 1er juin 1616), est daimyo puis shogun du Japon. Il est le dernier des trois unificateurs du Japon de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi (aussi nommé Hashiba).

***

Chapitre 1 : Légions envahissantes (1)

Partie 1

Un étudiant mâle de deuxième année au lycée vivant dans la ville de Suruga dans la préfecture de Shizuoka dans la région de Tōkaidō.

Si l’on devait expliquer son identité, la phrase précédente serait suffisante afin de décrire Masatsugu Tachibana, qui n’était ni une célébrité ni un athlète d’élite de niveau national.

Pour le dire franchement, en mettant de côté certaines particularités, Masatsugu Tachibana n’était rien de plus qu’un lycéen tout à fait ordinaire.

Cependant, ce Masatsugu ordinaire avait toujours eu ses propres ambitions.

« En parlant de l’événement final qui aura lieu avant la fin du deuxième mandat, Taisei, sais-tu ce que c’est ? » demanda Masatsugu

« Bien sûr Masatsugu-kun, les examens finaux, » répondit Taisei.

« Faux ! Il s’agit du concours de beauté qui a lieu en décembre, un événement qui se déroule le dernier jour du festival de l’école, » déclara Masatsugu.

« ..., » l’ami de Masatsugu, Taisei Okonogi, avait réagi avec un silence en tant que consternation face à ces paroles.

Ils étaient tous deux actuellement dans la cafétéria du Lycée Privé Rinzai. Masatsugu buvait un berlingot de thé vert pendant que Taisei avait du café en cannette. La cafétéria était toujours bondée pendant l’heure du repas de midi, mais actuellement, elle était totalement inoccupée comme nous nous trouvions après l’école.

Soit dit en passant, Taisei avait des cheveux bruns teints, et un visage dont les traits pouvaient être considérés comme harmonieux et beaux.

Malheureusement, peut-être en raison de son excellent caractère et de son éducation, combiné avec un remarquable bon sens, il n’était pas une personne qui attirait particulièrement l’attention.

Et maintenant, comme toujours, Taisei parlait doucement. « Au fait, Masatsugu-kun, j’ai entendu dire que tu faisais partie du comité exécutif du festival de l’école. Est-ce vrai ? »

« Tout à fait. Je remplace Takeda qui a été transféré à la fin du premier mandat, » répondit Masatsugu.

Comparé à la posture et au ton doux de son ami, Masatsugu semblait en comparaison plutôt rigide.

De temps en temps, Masatsugu dégageait une impression semblable à ce qu’on s’attendrait à voir au contact d’un samouraï. C’était en fait assez approprié puisque dans le passé, la Famille Tachibana avait servi les Tokugawa en tant que jikisan hatamoto [1], des samouraïs au service direct du Shogunat.

Même si sa disposition n’était pas venue de sa lignée, si l’on devait classifier Masatsugu comme une analogie entre dur et mou, alors, il était clairement une personne agissant comme un ancien. Masatsugu parlait avec un ton solennel et sa posture était assez rigide et droite. Il n’avait jamais crié lorsqu’il y avait de l’agitation dans l’air, il avait très rarement raconté des blagues, et il avait rarement enfreint les règlements de l’école. Par conséquent, il n’avait pas beaucoup d’amis en classe.

En y incluant Taisei, il n’avait que trois ou quatre amis proches.

S’il devait se regarder dans un miroir à cet instant précis, alors il ressemblerait sûrement à un homme sombre avec un front légèrement plissé.

... Contre toute attente et en totale contradiction avec ses dispositions de personne rigide, Masatsugu avait à ce moment-là sorti de son sac d’école la liste des candidates au concours de beauté.

« Pour être honnête, quand j’ai commencé à siéger au comité de direction et que l’on m’a confié la responsabilité du concours de beauté, j’ai trouvé que c’était un problème et j’ai pensé que je n’y étais pas adapté, » déclara Masatsugu. « Cependant, après avoir regardé ces concurrentes qui s’étaient portées volontaires ou qui avaient été recommandées par des amis... » Masatsugu feuilletait son dossier alors qu’il déclarait la fin.

Environ, une vingtaine de filles envisageaient d’y participer. Chaque profil incluait le nom de la fille, une photo de son visage, ainsi qu’une présentation qu’elle avait elle-même réalisée et pour finir, une photo alors qu’elle portait un maillot de bain. Il y avait beaucoup de jolies filles parmi les candidates en lice pour devenir Miss Lycée Rinzai.

Tout en révélant un sourire nihiliste empli d’indifférence, Masatsugu était l’image parfaite d’un samouraï meurtrier et maléfique.

« J’ai ainsi découvert que ce n’est finalement pas si mal..., » continua Masatsugu. « Non, je devrais plutôt dire que j’apprécie ce poste. Je ne m’étais pas rendu compte qu’au cours de ses deux dernières années que je pourrais être un gars qui aime un petit peu les filles. »

« Je pense que oui. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant, » déclara Taisei.

« J’aimerais animer ce concours de beauté, mais malheureusement, il n’y en a pas d’assez bonne pour ne pas avoir une candidate qui deviendra à coup sûr la reine. Matsuki-san, une course pour son argent..., » déclara Masatsugu.

« Oh ! Parles-tu de la fille qui s’est fait repérer par les agences de talents ? » demanda Taisei.

« Je veux trouver un ou deux autres prétendants à la première place afin qu’elles s’opposent à elle, » répondit Masatsugu.

« Hé, Masatsugu-kun, si tu parles de quelque chose comme ça avec un visage aussi austère, pourrais-tu au moins parler d’un sujet lié à l’avenir de la nation ? » Voyant Masatsugu avec les bras croisés et une expression solennelle, son ami n’avait pas pu s’empêcher de se moquer de lui. « Comme la hausse de diverses taxes pour l’année prochaine ou les sommes importantes que le Japon verse à Rome à des fins non divulguées. »

Le père de Taisei Okonogi travaillait dans la branche de Shizuoka de l’agence de presse Tōkaidō. Peut-être en raison de son environnement familial, Taisei parlait souvent des problèmes sociaux lors de ses discussions bien qu’il ne soit qu’un adolescent. C’était probablement également la raison pour laquelle il s’entendait très bien avec le « trop sérieux » Masatsugu.

En passant, nous étions aujourd’hui le 1er octobre et donc, il restait encore un peu de temps avant le concours de beauté qui se déroulait en décembre.

« Au fait, Masatsugu-kun, retournes-tu maintenant au dortoir ? » demanda Taisei.

« Non. J’ai prévu d’aller dans ma maison afin d’y faire du ménage, » répondit Masatsugu.

« Je suppose qu’il est très facile pour le désordre et la poussière de s’accumuler dans une maison quand personne n’y vit, » déclara Taisei. « Si tu es d’accord avec ça, j’aimerais venir avec toi et t’aider. Comme aujourd’hui il n’y a pas de travail étudiant, j’ai beaucoup de temps libre. »

« Je suis très content que tu m’offres de m’aider. Merci beaucoup, » répondit Masatsugu.

Taisei occupait le poste de Vice-Président du Conseil des Étudiants.

Ces manières d’agir étaient fondamentalement les mêmes quand il était avec des amis proches. Après que Masatsugu eut baissé la tête en signe de gratitude, ils avaient tous deux quitté la cafétéria.

Le Lycée Rinzai était situé dans la banlieue est de la ville de Suruga, près des montagnes, et assez loin du centre-ville.

En passant, comme leur école était connue comme étant un endroit où de prestigieuses familles la fréquentaient, il y avait beaucoup d’étudiants qui venaient s’inscrire depuis très loin.

La plupart de ces étudiants vivaient dans les dortoirs et Masatsugu était l’un d’entre eux. La maison de ses parents était située dans la ville de Suruga, tout comme l’école, mais il n’avait désormais plus de famille. Ses parents et grands-parents étaient tous décédés et il n’avait ni frère ni sœur.

Grâce à l’héritage et à la rente d’orphelin laissés par son père-soldat, Masatsugu pouvait vivre sans avoir de soucis financiers.

Il aurait pu vivre seul dans sa maison, mais il avait choisi par commodité de vivre dans le dortoir qui comprenait une aide ménagère.

« Pour une fois, je m’éloigne de l’école et j’ai enfin le sentiment de visiter la ville, » déclara Masatsugu.

« Comme l’école est si proche de la montagne, il y a très peu de résidences se trouvant à proximité, » répondit Taisei.

La ville de Suruga était située sur une plaine littorale face à la baie de Suruga.

Sur cette région littorale se trouvait une ville régionale vraiment très calme. Mais en cours de route, il y avait deux petites montagnes qui s’érigeaient dans la région avec une série légèrement abrupte de monts et le tout se tenait à une altitude d’environ trois cents mètres. Il s’agissait du Mont Udo et du Mont Kunou — qui formait une zone montagneuse emplie de verdure.

L’école de Masatsugu et Taisei était située sur le côté ouest du Mont Kunou.

Tous deux avaient ainsi pris un bus en direction du centre-ville.

Cet itinéraire conduisait au quartier commercial présent en face de la Gare de Suruga. Sur le chemin, un camion militaire passa devant eux. Il voyageait dans la direction de l’école, et il se rendait probablement à l’installation militaire connue sous le nom de base tutélaire.

« Tokugawa Ieyasu [2] a dit que “le château de Kunou est la citadelle intérieure du château de Sunpu”. Savais-tu ça ? » demanda Masatsugu.

« Le château de Kunou... Es-tu en train de parler du fort qui se dressait sur le Mont Kunou ? » demanda Taisei.

« Tout à fait, » répondit Masatsugu. « Il s’agit maintenant d’un ensemble de ruines là où se dressait le château et il n’y a presque plus rien debout. Mais ce qui a pris sa place est la base tutélaire — ce qui est quelque chose tel un château — et elle a été construite à proximité. Donc, cela signifie que le Seigneur Ieyasu avait raison en disant ça. »

Après que Tokugawa Ieyasu eut quitté sa position de premier shogun du bakufu d’Edo, il était retourné dans sa ville natale de Suruga et avait construit le château de Sunpu comme résidence pour pouvoir y vivre en paix lors de sa retraite.

La ville de Suruga était une terre avec des liens intimes avec le « Seigneur Divin » Tokugawa Ieyasu.

Pendant qu’ils bavardaient, le bus les avait emmenés à travers la ville de Suruga. Il y avait beaucoup de bâtiments commerciaux et de bureaux près de la gare, mais c’était beaucoup moins animé qu’à Tokyo. Après tout, il s’agissait d’une ville régionale idyllique. Masatsugu et Taisei n’étaient pas descendus même quand le bus s’était approché de la gare.

Après ça, le bus avait continué pendant une dizaine de minutes avant que finalement, ils débarquent à un arrêt près de la rivière Abe.

Après avoir traversé un quartier résidentiel pendant environ cinq minutes, ils arrivèrent à la maison de Masatsugu Tachibana.

Il s’agissait d’une maison à un étage construite dans le style japonais. L’habitation principale avait un salon et au moins cinq chambres spacieuses de style japonais. En outre, il y avait un passage en terre battue. Et à l’entrée, il y avait une magnifique porte avec un toit de chaume.

Cet endroit était bien trop grand pour qu’un lycéen seul puisse le nettoyer.

Après avoir ouvert l’ancienne porte en bois, Masatsugu regarda la zone proche de la porte d’entrée. Il fronça les sourcils devant ce qu’il venait de constater.

« ... Hmm !? » s’exclama-t-il.

Il avait remarqué que la porte d’entrée était ouverte.

Il était sûr d’avoir correctement fermé la porte quand il était venu le mois dernier afin de nettoyer les lieux.

« Un cambrioleur a-t-il laissé la porte ouverte ? » demanda Taisei.

« Je vais aller jeter un coup d’œil dedans. Donc, attends-moi dehors, » répondit Masatsugu.

Après avoir un peu poussé un Taisei surpris afin qu’il sorte, Masatsugu entra par le passage.

En supposant qu’un intrus ait laissé la porte ouverte, un cambriolage aurait très probablement eu lieu. Masatsugu ne voulait pas exposer son ami au danger. Et ainsi, Taisei acquiesça immédiatement et resta seul devant la porte.

L’ami de Masatsugu, bien conscient de ses compétences particulières, n’avait pas du tout insisté.

Il serait plus efficace de laisser ça à Masatsugu plutôt que d’appeler la police.

« ... Des bottes ? » Dès qu’il eut franchi l’entrée, Masatsugu marmonna pour lui-même.

Il disait ça, car il y avait une paire de bottes pour femmes qui avait été soigneusement placée là. Il s’agissait de bottes à mi-cheville et sans talon apparent.

Ce n’était pas la seule chose suspecte. Masatsugu ne passait ici qu’une fois par mois afin de nettoyer cette maison. Cependant, le couloir était actuellement étincelant, et il était évident d’un simple coup d’œil qu’il avait été soigneusement essuyé avec un chiffon humide.

En outre, on pouvait sentir le parfum de l’encens à l’intérieur de la maison...

Masatsugu avait alors enlevé ses chaussures avant d’aller dans la salle contenant l’autel bouddhiste d’où le parfum provenait. En y regardant de plus près, il y trouva une fille agenouillée devant l’autel avec ses paumes tendues ensemble dans une position de prière.

Elle était habillée comme une étudiante de style japonais en portant un hakama [3]. Ce genre d’apparence était censé être banal dans la capitale, mais moins ici.

Les magnifiques cheveux noirs de la fille étaient attachés par un ruban écarlate. Elle regardait les portraits des défunts parents de Masatsugu... à savoir sa mère décédée pendant son enfance et son père tombé au champ d’honneur il y a trois ans.

La fille avait environ quinze ou seize ans. Bien que certains traits enfantins lui soient restés, son visage était très beau et adorable.

Avant que Masatsugu puisse parler, l’étudiante se retourna, sentant sans doute l’arrivée de Masatsugu.

« Bienvenue à la maison, Onii-sama. Ceci fait si longtemps depuis notre dernière rencontre. Douze ans, je crois ? » déclara-t-elle d’une voix cristalline tout en lui souriant tendrement.

Cependant, Masatsugu ne l’avait nullement reconnue. D’ailleurs... après y avoir réfléchi, il hocha la tête avant de déclarer, « Je comprends mieux maintenant. J’ai une petite sœur perdue depuis si longtemps, c’est ça ? »

« Non ! Tu as tords, » déclara-t-elle.

« Alors qui êtes-vous ? » demanda-t-il.

Après avoir calmement rejeté les spéculations de Masatsugu, elle affirma ça. « La relation de Hatsune avec Onii-sama... Je me demande quelle est la meilleure façon de la décrire. »

« Étiez-vous une amie d’enfance qui vivait près de chez moi, alors vous m’appelez votre grand frère pour refléter la différence d’âge ? » demanda-t-il.

« Encore faux. Les amis d’enfance ou les parents proches auraient été plus faciles, mais la vérité s’avère être plus subtile que ça. Et c’est ce qui rend difficile pour moi de l’expliquer, » répondit-elle. « Laisse-moi voir, notre relation est légèrement plus éloignée que celle de cousins. »

« Ça veut dire des cousins germains ou une sorte de parent éloigné, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Oui, c’est à peu près ça. Je suis sûre que tu pourrais trouver un lien si tu parcourais attentivement nos arbres généalogiques, mais cela prend trop de temps pour le faire, alors, je vais directement t’appeler “Onii-sama”, » déclara-t-elle.

« Décidément, s’adresser à vous en tant que “probablement un parent éloigné” serait certainement un problème, » répondit-il.

« Tu comprends, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi nous avions décidé ça il y a longtemps, Fufufufu, » déclara-t-elle avant de se mettre à rire.

Masatsugu conversait avec l’intruse dans la salle de l’autel bouddhiste dont le sol était recouvert de tatami.

La jeune fille souriante avait maintenu sa position formelle assise, donc en seiza [4], alors Masatsugu s’était également assis devant elle de la même manière. Cette fille était apparemment une parente avec un prénom de Hatsune, mais Masatsugu n’avait aucun souvenir de tout cela, alors il continua son enquête.

« Quel est votre nom ? Je veux connaître votre nom complet, » déclara-t-il.

« Oh, tu es si affreux, Onii-sama ! M’as-tu oubliée ? Je ne peux pas croire que tu aies oublié ta Hatsune Tachibana, qui est dans le même clan que toi. C’est tellement horrible de ta part, » répliqua Mlle Tachibana Hatsune qui commençait à faire la moue telle une enfant.

Masatsugu inclina la tête en signe d’excuses.

« Nous vivions très près les uns des autres à la maternelle et nous avons tout le temps joué ensemble, » continua-t-elle.

« Vraiment ? Alors, permettez-moi de vous poser une question, sœur — désolé, je veux dire Tachibana Hatsune-kun, » déclara Masatsugu.

« N’hésite pas à m’appeler comme tu le préfères. Vas-y et utilise “petite sœur” afin de me nommer. Ceci ne me dérange nullement et tu peux également me parler d’une manière plus familière, » dit-elle.

« Dans ce cas, d’accord, allons avec Hatsune. Y a-t-il une autre relation spéciale entre nous ? Comme une vieille promesse de mariage ou de vagues sentiments d’amour que nous aurions eu l’un pour l’autre, » demanda-t-il.

« Des sentiments d’amour ? » demanda Hatsune.

« C’est bien ça. En fait, ces derniers temps je me posais souvent la question. Comme si une fille allait soudainement tomber du ciel et se confesser à moi ou qu’une fiancée en provenance de l’enfance pourrait soudainement apparaître pile en face de moi, » dit-il.

Hatsune avait frappé ensemble ses mains devant elle avant de répondre. « J’ai également lu des histoires de ce type comme dans “le Bric à Brac Hebdomadaire du Shounen” ou “Shoujo Margarita”. »

« Tu peux trouver des choses similaires dans de nombreux romans et des jeux de simulation d’amour destinés aux adolescents, » répondit-il.

« Est-ce le genre que tu aimes, Onii-sama ? » demanda Hatsune.

« Il y a quelque temps, j’ai regardé brièvement ce genre de choses quand un ami me les a recommandés, » répondit-il. « Grâce à ces histoires, il y a des nuits où je ressens douloureusement combien il est insupportable d’être un célibataire. »

« Je comprends mieux maintenant, pauvre petite chose ! » répondit-elle.

« Voilà pourquoi je voulais poser des questions sur notre passé commun, » dit-il.

« Oui, je comprends tout à fait. Il n’y a absolument rien de tel dans notre passé ! » déclara-t-elle.

« Ho, c’est vraiment une triste nouvelle que tu me dis là, » dit-il.

Alors que Hatsune le niait catégoriquement, Masatsugu restait totalement imperturbable.

« On ne peut pas y faire grand-chose, car le passé ne peut pas être changé. Oh ! Mais je m’en souviens maintenant. Je pense que tu as proposé de m’épouser quand nous étions jeunes, » déclara Hatsune.

« Dans ce cas, pourquoi tout à l’heure m’as-tu dit “absolument rien de tel” ? » demanda Masatsugu.

« Désolée, mais je suis parfois si tête en l’air, » dit-elle.

« Je vois. Ceci semble bien être le cas, » dit-il.

« Mais il y a plus que ça, » dit-elle. « Et voici comment j’avais répondu à l’époque. “Je le considérerai sérieusement si dans le futur, tu grandis pour devenir aussi fort qu’un lutteur de sumo étant au rang de yokozuna [5]”. »

« Mais pourquoi un lutteur de sumo de rang yokozuna ? » demanda-t-il.

« Car ceux que j’avais l’habitude d’aimer étaient des hommes puissants comme des yokozunas, des champions de luttes ou des maîtres lethwei [6]. En vérité, tu sais, même maintenant, ils sont toujours mon type d’homme ! » répondit-elle.

« Je sens une sorte d’obsession d’initié dans ton dernier exemple..., » déclara-t-il.

Le Myanmar en Asie du Sud-Est faisait actuellement partie de l’Empire Romain d’Orient. Masatsugu était très impressionné que Hatsune amène en ce lieu un art martial légendaire.

Il avait alors commencé à évaluer sa propre éligibilité.

Corpulence moyenne avec une taille de 1 mètre 75. Il possédait une corpulence assez mince avec pratiquement aucune graisse.

Il était assez musclé, mais malgré ça, il n’était nullement un homme macho avec des muscles saillants.

« On dirait que ma formation visant à rechercher le futur bonheur a échoué, » déclara-t-il.

« Les premiers béguins de l’enfance ne portent jamais de fruits, Onii-sama, » répondit-elle.

« Au fait, Hatsune, pourquoi es-tu venue dans ma maison ? » demanda-t-il.

« Je suis venue ici afin de rendre hommage à mon défunt Oncle et à ma défunte Tante, » répondit-elle. « Ce n’est qu’une manière de dire bonjour tout en visitant ma ville natale, mais je m’excuse d’être venue ici sans demander la permission. »

« Si ma mémoire est bonne, j’avais fermé la porte, » dit-il.

« Ne t’inquiète pas pour ça, je suis très débrouillarde. Ce genre de serrure ne me prend pas plus de soixante secondes pour ouvrir, » Hatsune bomba fièrement sa poitrine tout en disant ça. Malgré son visage enfantin, elle était extrêmement voluptueuse. Puis elle avait attrapé son sac posé sur le tatami.

Ses doigts pâles et élancés avaient alors sorti une épingle à cheveux qui avait été délibérément déformée pour prendre la forme d’une aiguille.

« Ce qui signifie que tu as utilisé cette chose pour forcer la serrure de la porte d’entrée..., » dit-il.

« Voilà comment j’ai ouvert la porte et je suis entré, » dit-elle.

« Ainsi, celle qui a nettoyé la maison est également..., » demanda-t-il.

« J’ai remarqué que la maison était un peu en désordre, alors j’ai décidé d’un peu aider en la nettoyant, » dit-elle.

« Je m’en doutais bien. Merci, » dit-il. « Mais sais-tu que tu es actuellement pris en flagrant délit de violation de propriété ? »

« Tu es si méchant, Onii-sama, » dit-elle. « Je suis quand même pour toi la même chose qu’une petite sœur. La violation de propriété ne s’applique pas à la famille ! »

« Je ne parierais pas sur ça. Il s’agit principalement au juge de décider, » dis-je.

« Hein !? Vraiment ? » demanda-t-elle.

La calme réfutation de Masatsugu avait surpris Hatsune.

« ... Excusez-moi, Masatsugu-kun et Tachibana-san. » Taisei les interrompit alors qu’il arrivait à la salle de l’autel bouddhiste avant d’y entrer.

Taisei devait être venu observer la situation après avoir entendu le son de leur conversation. Il avait alors dit avec tact, « Le couchée du soleil sera bientôt là surtout si votre acte de comédie continue sans qu’un homme droit arrive afin de freiner les choses qui sont en train de se dérouler. »

Dans tous les cas, il s’agissait de la rencontre entre Hatsune Tachibana et Masatsugu... Ou plutôt, leur réunion.

Notes

  • 1 Jikisan hatamoto : Un hatamoto (旗本) (« sous les drapeaux ») dans le Japon féodal, est un garde officiel d’un daimyō ou d’un shogun. Caractérisés par l’utilisation du nodachi, ils sont souvent utilisés comme une force d’élite et en renfort rapide au service direct du shogunat Tokugawa du Japon féodal. Le jikisan hatamoto sert uniquement le shogun et aucun autre seigneur.
  • 2 Tokugawa Ieyasu : Tokugawa Ieyasu (徳川家康, Tokugawa Ieyasu) (31 janvier 1543 - 1er juin 1616), est daimyo puis shogun du Japon. Il est le dernier des trois unificateurs du Japon de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi (aussi nommé Hashiba).
  • 3 Hakama : Le hakama () est un pantalon large plissé (sept plis, cinq devant et deux derrière), muni d’un dosseret rigide (koshi ita). Il était traditionnellement porté par les nobles du Japon médiéval, et notamment les samouraïs. Il prit sa forme actuelle durant la période Edo. Femmes comme hommes pouvaient porter le hakama.
  • 4 Seiza : Le seiza (正座, « s’asseoir correctement ») est le terme japonais pour la façon traditionnelle de s’asseoir au Japon.
  • 5 Yokozuna : Yokozuna (横綱?) est le rang (et non pas le niveau) le plus élevé que peut atteindre un lutteur-sumo. Une fois promu, le yokozuna ne peut plus perdre son titre, mais on attend de lui qu’il se retire s’il ne peut plus obtenir des résultats dignes de son rang.
  • 6 Lethwei : La boxe birmane se nomme bama lethwei ou Myanma yuya louvi (Myanmar traditional boxing en anglais).

***

Partie 2

En ce début octobre, le Lycée Rinzai avait reçu une nouvelle étudiante transférée directement depuis la capitale Tokyo.

Elle était collet monté et adorable, tout en étant extravertie et animée. Elle était vertueuse quant à son comportement tout en étant innocente et pure. Telle était sa beauté incomparable que l’on pourrait appliquer à chaque procédé littéraire fleuri utilisé afin de la décrire... Mais plus simplement, il s’agissait d’une magnifique jeune fille pratiquement aimée par toutes les personnes présentes au sein de l’école.

La nouvelle déesse du campus avait pour nom de famille, Tachibana combiné avec le prénom de Hatsune.

Selon les témoignages, elle était une jeune fille de bonne famille issue du clan Tachibana, une prestigieuse famille de samouraïs assez réputée dans la ville de Suruga, et elle avait servi au palais impérial de Tokyo afin d’apprendre toutes sortes de règles d’étiquettes...

« Tout le monde parle de moi ainsi ! C’est assez troublant. Ces types de commentaires n’ont obtenu que six choses exactes sur sept  ! » déclara Hatsune.

« En d’autres termes, n’approchent-ils pas des quatre-vingt-cinq pour cent de précision ? Je pense que ton image de soi est surestimée, » déclara Masatsugu.

Malgré le fait qu’elle se sentait troublée, Hatsune semblait plutôt heureuse. Quand Masatsugu avait essayé d’avertir Hatsune depuis le côté, Taisei avait également hoché la tête avant de déclarer. « Si une fille correspondant à cette description existait réellement, elle serait devenue depuis longtemps une idole nationale. »

« Pfff ! Onii-sama et Taisei-san, vous êtes bien trop obsédé par les chiffres ! » Après avoir été tournée en dérision par Masatsugu et Taisei, Hatsune ronchonna tristement.

Alors qu’ils se trouvaient pendant leur pause déjeuner, tous trois étaient en train de prendre leur repas à la cafétéria. Le lendemain de sa visite de la maison de Masatsugu, Hatsune avait été transférée au Lycée Rinzai.

En tant que première année, Hatsune était une étudiante junior par rapport à Masatsugu qui était en deuxième année.

Tout en mangeant le plat du jour, un plat d’escalope de jambon, Taisei déclara cela. « Laissez-moi deviner. »

« Tout le monde réagit excessivement sur certains détails comme “une jeune fille bien élevée qui avait fréquenté le palais impérial” et ils ont projeté leurs fantasmes sur vous, ce qui entraîne l’illusion d’avoir devant nous une idole de l’école, » continua Taisei.

« T-Taisei-san, parfois vous parlez vraiment sans aucune délicatesse..., » déclara Hatsune.

« Ne laisse pas cela te déranger, Hatsune, » déclara Masatsugu. « Taisei ne veut rien dire de particulier là-dedans, il aime simplement analyser des choses comme ça. Finalement, tout ce qu’il a fait était de partager ses déductions. »

Après avoir offert des mots réconciliateurs qui n’avaient pas totalement réparé la situation, Masatsugu avait pris une boule de riz et en avait pris une bouchée.

Il avait acheté des boules de riz fourrées à la prune marinée dans un magasin de casse-croûte. Il s’agissait de l’intégralité de son déjeuner. Pour le dire franchement, il n’était nullement un petit mangeur, mais il avait une étrange habitude qui lui était venu naturellement qui faisait qu’il se sentait mal à l’aise à moins qu’il ne mange d’humbles repas qui ne le rendaient qu’au deux tiers pleins.

« Quand tu as mentionné des qualités telles que “collet monté”, “adorable” ou encore “extravertie et animée”, je croyais que cela correspondait à tes quatre-vingt-cinq pour cent de précision, » déclara Masatsugu.

« Vraiment !? Je suis si contente, Onii-sama ! » s’exclama Hatsune, tout enjouée.

« Mais en ce qui concerne le comportement vertueux ou le fait d’être l’idole de l’école, je dirais qu’on oublie ça..., » déclara Masatsugu.

« Haa ! T-Tu aurais dû garder ce commentaire pour toi, Onii-sama ! » s’exclama Hatsune.

Alternant entre la joie et le désespoir, Hatsune prenait un repas composé de thon cru posé sur un lit de riz à sushi, avec comme accompagnement une salade d’algues, du mini udon, ainsi qu’un bol rempli d’un ragoût de viande et de pommes de terre.

Il s’agissait là d’un très gros repas pour une fille. Naturellement, Hatsune n’avait nullement mangé sa nourriture comme l’aurait fait un garçon sans raffinement.

Elle savourait avec soin chaque plat qu’elle avait devant elle tout en affichant un sourire empli de joie.

Il était évident au premier coup d’œil qu’elle appréciait sincèrement son repas.

« Cependant, votre famille a un statut social extraordinaire puisque vous avez pu accéder au palais impérial, » déclara Taisei.

« C’est la première fois que j’entends parler de ça. Auparavant, je savais seulement que nos ancêtres étaient des samouraïs au service direct du shogunat, » répondit Masatsugu.

« Notre clan ne détient qu’un statut social vide sans aucune richesse, » déclara Hatsune. « Heureusement, nous sommes appréciés pour nos compétences et notre valeur, ce qui nous a permis d’avoir des relations avec la classe supérieure. »

Plus récemment, il n’y avait plus vraiment eu de célèbre exemple de samouraï au service de la haute société après Yamaoka Tetsushuu. Un maître-épéiste renommé et un calligraphe, il avait servi à l’époque du Bakumatsu [1] en tant que vassal du shogunat puis comme serviteur de la famille impériale après la Restauration Meiji. Le clan Tachibana devait également avoir eu des individus avec des exploits similaires.

« Mon père m’a conseillé d’être une bonne apprentie dame d’honneur, d’apprendre l’étiquette et de bien m’entendre avec la haute société, puis de prendre un emploi à temps partiel après l’école, » déclara Hatsune.

En fait, au cours des repas, la manière de manipuler les baguettes d’Hatsune était vraiment très coquette.

Sa posture était très droite alors qu’elle était assise sur une chaise de la cafétéria. Même si elle était une fille très amicale et abordable, son comportement et son élégance laissaient présager une excellente éducation.

« Alors comme prévu, Hatsune-san, cette rumeur est-elle liée à la façon dont vous avez reçu un traitement spécial ? » demanda Taisei

« Traitement spécial ? Que veux-tu dire par là ? » demanda Masatsugu par curiosité, incitant Taisei a donné immédiatement une explication.

« Euh, je parle essentiellement de l’uniforme de Hatsune-san, » répondit Taisei.

« Est-il interdit ? Ce style d’uniforme féminin plus ancien est approuvé dans toutes les écoles de Tokyo. Il n’y a rien dans les règles de l’école qui l’interdisent vraiment, » demanda Hatsune.

Comme la première fois, Hatsune était vêtue dans un style rétro comme dans le manga Haikara-san [2].

Cette combinaison d’un kimono Meisen [3] avec un hakama était l’apparence classique d’une étudiante avant la Deuxième Guerre Mondiale.

« Récemment, il y a une vague de mode rétro là-bas et j’ai vraiment adoré ce style après l’avoir essayé, » déclara-t-elle.

« Malheureusement, cela compte comme un uniforme modifié qui n’est pas officiellement reconnu, » déclara Taisei. « Cependant, Hatsune-san, l’école a donné son consentement tacite puisque les membres du personnel ne vous ont pas réprimandée. »

Cinq jours s’étaient écoulés depuis le transfert de Hatsune, et donc l’excuse de ne pas en avoir été informé à propos de cet uniforme n’était plus justifiable.

Taisei avait alors continué à parler. « Durant cette période peu opportune d’octobre, la raison de votre déménagement ici depuis la Capitale ne serait-elle pas liée à “une certaine VIP” venant bientôt à Suruga ? »

Hatsune se mit alors à frissonner. Il semblerait que l’intuition de Taisei soit correcte, alors Masatsugu demanda cela à son ami. « De qui parles-tu ? »

« Selon les rumeurs, une princesse de la famille impériale — Shiori-sama, une fille de haute lignée de la Maison Fujinomiya — a récemment quitté la capitale pour venir à Suruga, la ville natale de son défunt père, » expliqua Taisei.

« Une princesse de la Maison Fujinomiya... ? » demanda Masatsugu, inclinant la tête en raison de l’étonnement qu’il avait face à ce nom inconnu. « C’est vrai qu’à part l’actuelle Impératrice — Sa Majesté Teruhime — je n’ai jamais entendu le nom de quelqu’un d’autre dans la famille impériale. »

« Les membres de la royauté dans certains pays participent à des événements publics ou diplomatiques, mais il semble que ce soit différent au Japon, » déclara Taisei.

En raison de certaines circonstances, Masatsugu avait quelques légers manques en ce qui concerne les connaissances communes. Bien conscient de tout cela, Taisei avait donc patiemment expliqué en détail la situation.

« Son nom et les informations la concernant n’ont été publiés que dans une certaine mesure, mais il n’y a pas de photos disponibles, » expliqua Taisei. « Les médias ont également l’interdiction de faire des reportages sur elle de la même manière qu’ils le font avec les célébrités, de sorte que la politique de confidentialité est maintenue très minutieusement. »

Avant la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon était encore le « Grand Empire du Japon », même les familles ordinaires arboraient des portraits de la haute société, mais maintenant, la situation était complètement inversée. Après leur défaite lors de cette guerre, le Japon avait subi de monumentaux changements.

Le Japon original s’était alors transformé en un Japon Impérial, un pays qui adorait la Bête Sacrée, le Seigneur Tenryuu comme leur divinité protectrice.

De nos jours, il s’agissait de l’impératrice — la prêtresse dont le destin était étroitement lié au Seigneur Tenryuu — qui gouvernait la nation du Japon.

« Jusqu’à récemment, Shiori-sama étudiait à l’étranger à Rome, c’est probablement l’une des raisons, » continua Taisei. « En outre, ces soi-disant études à l’étranger sont en fait plus proche du fait d’être prise en otage. »

« Autrement dit, un outil utilisé pour les relations diplomatiques, » déclara Masatsugu.

« Peut-être qu’après avoir été fatiguée d’une telle vie imprégnée de politique, elle espère passer sa vie dans un endroit plus paisible... C’est ce que j’entends parfois, » déclara Taisei.

Le père de Taisei travaillait dans une agence de presse, donc en tant que son fils, Taisei travaillait à temps partiel chaque fois qu’il y avait une accalmie dans son travail dans le conseil étudiant. Il avait ainsi souvent récupéré des informations privilégiées à la maison ou au travail.

D’un autre côté, Hatsune toussa légèrement avant de dire.

« Hmm, en tout cas, la raison pour laquelle je suis revenue ici est top secret, » déclara Hatsune. « Onii-sama, pourrais-tu ne pas commencer à rependre d’étranges rumeurs, d’accord ? S’il te plaît. »

L’idole de l’école (provisoire) avait apparemment simplement averti Masatsugu avec une expression froide sans prendre la peine de nier quoi que ce soit.

***

Quelques jours plus tard, les rumeurs au sujet de Shiori Fujinomiya, la mystérieuse princesse, étaient devenues l’actuel principal sujet de discussion dans la ville. Tout comme Taisei, d’innombrables personnes discutaient sur différentes informations la concernant.

La princesse qui était revenue de la Rome Orientale était sur le point de revenir dans sa ville natale ancestrale qui se trouvait être la ville de Suruga...

Masatsugu avait également entendu beaucoup d’informations la concernant grâce aux filles de sa classe qui discutaient de l’histoire du « Retour de la Princesse ».

Cependant, personne n’avait la moindre information détaillée concernant le passé de Shiori.

Il y avait vraiment une pénurie d’informations publiées... Actuellement, les faits connus étaient qu’elle était une jeune princesse, qu’elle avait actuellement seize ans, et que sa mère était la plus jeune sœur de la deuxième impératrice.

« Hatsune, à quoi ressemble la princesse en tant que personne ? » demanda Masatsugu.

Après l’école, Masatsugu avait demandé ça à sa parente qui était avec lui sur le chemin du retour.

Masatsugu vivait dans un dortoir pour garçons se trouvant à pied à vingt minutes de l’école. Hatsune vivait également dans la même zone, mais quant à elle, il s’agissait d’un dortoir pour filles.

Son père, Genzou Tachibana, était toujours à Tokyo.

Son lieu de travail était la villa impériale de la Maison Fujinomiya — En d’autres termes, Hatsune était seule pour la tâche qui lui avait été attribuée.

« La princesse est très jolie et également intelligente... Attends ! Pourquoi demandes-tu cela, Onii-sama ? » demanda-t-elle. « Ce n’est pas comme si j’avais une possibilité d’être particulièrement proche des VIP comme elle. »

Après avoir remarqué que sa cousine lointaine avait fait un lapsus, Masatsugu la pressa de questions. « Taisei a spéculé que tu es revenue ici pour servir comme demoiselle d’honneur de la princesse afin que tu t’occupes de sa vie quotidienne, n’est-ce pas le cas ? »

« Là là là ! Je ne t’entends pas. Onii-sama ! Parlons plutôt d’autre chose ! » déclara Hatsune.

Comme prévu, la naïve Hatsune n’était pas très bonne quand il fallait cacher des choses. Elle avait changé de force le sujet.

« Le vieux magasin de bonbons est-il toujours là, je parle de celui que nous avions l’habitude de visiter tous les deux ? » demanda-t-elle, très gênée. « Veux-tu aller le voir maintenant avec moi ? »

« Un magasin de bonbons, hein..., » déclara Masatsugu.

« A-t-il fait faillite ? Ou ne peux-tu pas t’en souvenir ? » demanda Hatsune.

« En vérité, je n’ai aucun souvenir de tout ça, » déclara Masatsugu.

« Bon sang, Onii-sama. Donc tu as oublié beaucoup plus de choses que juste ce qui me concernait, » déclara Hatsune.

« Tu as raison. Permets-moi d’être honnête avec toi. Il y a deux ans, j’ai totalement perdu la mémoire, donc je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé avec ce jour d’il y a deux ans, » avoua Masatsugu.

« Hein !? » s’exclama Hatsune, surprise face à cette révélation. La confession soudaine de Masatsugu fit sursauter Hatsune.

Il avait alors continué, imperturbable. « Les médecins ont dit que j’étais tombé dans les escaliers et que j’avais eu une importante commotion cérébrale ce qui a entraîné une amnésie totale. »

« Al-Alors, même à propos de tes parents..., » demanda Hatsune.

« Je les ai également oubliés, » répondit Masatsugu. « Heureusement, je sais quand même à quoi ils ressemblent grâce aux photos se trouvant dans la salle de l’autel bouddhiste. »

Après la perte de sa mémoire, des proches de Masatsugu se trouvant dans la région s’étaient occupés de lui.

Initialement, l’ignorant Masatsugu avait alors passé ses jours dans un état second. Ces proches lui avaient alors dit cela. « Masatsugu Tachibana est ce genre de personne » et ils lui avaient enseigné les compétences de base nécessaire à sa vie.

Et grâce aux soins attentionnés prodigués par ces proches, maintenant il était maintenant capable de gérer sa vie de lycéen.

L’amnésie ne le troublait pas particulièrement, mais il devrait au moins se souvenir de quelque chose au sujet de ses propres parents... Dès lors, cette pensée avait occupé plusieurs fois l’esprit de Masatsugu.

Hatsune fut stupéfaite pendant un moment, puis elle hocha lentement la tête avant de dire. « Je vois... Voilà pourquoi mon père me l’a dit de cette façon. »

« Qu’est-ce que ton père t’a dit ? » demanda Masatsugu.

« Il y a quelques jours, il m’a téléphoné et m’a dit qu’il viendrait bientôt à Suruga afin de pouvoir m’expliquer quelque chose d’important à propos de toi, Masatsugu-oniisama, » déclara-t-elle.

Le père de Hatsune travaillait en tant que majordome dans la Maison des Fujinomiya.

Quant à Masatsugu, il ne l’avait jamais rencontré. Pour être plus précis, Masatsugu ne l’avait pas rencontré depuis deux ans.

Peut-être que le père de Hatsune avait entendu parler de lui par l’intermédiaire d’autres membres de sa famille... Alors que Masatsugu était tombé dans une profonde réflexion...

Soudainement, Hatsune murmura. « P-Princesse !? Pourquoi êtes-vous ici à l’école ? »

Masatsugu avait alors suivi le regard de Hatsune. Ils étaient tous deux près des portes de l’école et une fille venait d’entrer dans l’enceinte de l’école depuis l’extérieur.

La jeune femme qui se trouvait devant lui n’était probablement pas une Japonaise native étant donné ses beaux yeux bleus et ses magnifiques cheveux de couleur platine. Elle était d’une beauté tout à fait frappante. Elle s’approcha d’eux en marchant avec grâce et avec fermeté.

« Hatsune, connais-tu cette fille ? » demanda Masatsugu.

« A-Arrête de parler si grossièrement ! Il s’agit de Shiori-sama, et en d’autres termes, la princesse que je sers. Nous devons l’accueillir avec soin ! » s’exclama Hatsune.

« Quoi !? » s’exclama Masatsugu.

La fille aux cheveux étincelants se mit alors à sourire chaleureusement face à un Masatsugu perplexe et à une Hatsune paniquée.

La noble princesse du Japon Impérial, Shiori Fujinomiya. Cependant, cette fille possédait des cheveux d’un blond platine qui n’appartenaient pas à ceux d’ascendance japonaise.

En outre, Masatsugu avait remarqué quelque chose d’étrange.

Pour une raison inconnue, la princesse était vêtue de l’uniforme féminin du Lycée Rinzai.

Hatsune se précipita vers le côté de la princesse avant que Masatsugu puisse trouver une réponse. La maîtresse et sa dame d’honneur personnelle se livrèrent alors à des murmures.

« Je suis désolée, Onii-sama. Mais quelque chose vient d’apparaître et je dois maintenant partir ! »

Hatsune fit un au revoir énergiquement à Masatsugu.

La beauté d’un blond platine à ses côtés acquiesça élégamment face à Masatsugu avant de partir. Naturellement, Hatsune la suivit.

Elles se dirigeaient toutes les deux vers le bâtiment principal du Lycée Rinzai.

Notes

  • 1 Bakumatsu : La fin du shogunat Tokugawa ou Bakumatsu (幕末) est la période de 1853 à 1868 durant laquelle le Japon mit fin à sa politique isolationniste, le sakoku, et modernisa le système féodal du shogunat pour donner naissance au gouvernement Meiji. Cette période marque ainsi la fin de l’époque d’Edo et précède l’ère Meiji.
  • 2 Fait référence à ce manga nommé Haikara-san ga Tooru.
  • 3 Kimono Meisen : Le tissu utilisé pour le Kimono Meisen a été produit à partir de 1868 et a été le premier kimono bon marché disponible dans les grands magasins au Japon au début du 20e siècle. Au début, il était produit à la main, mais il fut rapidement produit par un processus mécanisé.

***

Partie 3

Les nouvelles de l’arrivée de la princesse impériale se répandirent dans les rues de Suruga comme une traînée de poudre.

La personne présente dans les rumeurs faisait enfin une apparition. De plus, le but de sa visite n’était pas le tourisme.

« Peut-être pourrais-je être rappelée à la capitale un jour... Mais personnellement, je souhaite faire de cet endroit ma résidence à long terme, » avait-elle déclaré.

Elle avait déménagé ici pour s’installer au lieu d’un séjour de courte durée.

Ce fut la déclaration publique que la Princesse Shiori Fujinomiya avait effectuée lors d’un entretien avec la station de télévision locale.

Il était de coutume pour les membres de la famille impériale d’éviter de paraître en public afin d’éviter des risques inutiles. La seule exception étant l’Impératrice en exercice qui représentait la figure maternelle de la nation.

Mais cette fois, Shiori était apparue intentionnellement devant les médias.

Le jour même où elle était arrivée à Suruga, elle avait été présentée dans une émission de télévision locale qui n’avait pas été diffusée à l’échelle nationale, partageant ses vues avec un présentateur de nouvelles, une femme dans la trentaine.

Cet entretien en tête-à-tête avait eu lieu dans une chambre d’hôtel.

La présentatrice avait demandé pourquoi elle était venue à Suruga après avoir terminé sa période d’études dans l’Empire Romain d’Orient en tant qu’Étudiante Étrangère.

« J’ai été invité par Rome quand j’avais douze ans et j’ai appris beaucoup de choses là-bas... Cependant, on pourrait difficilement appeler ça une vie d’étudiante normale. Je souhaite m’inscrire au lycée quelque part de calme et paisible, comme un moyen d’acquérir des expériences sociales de toutes sortes. »

L’interview avait été diffusée vers 18 heures et avait rassemblé une part d’audience de plus de soixante pour cent dans la plus grande région de Suruga. Pendant le programme, l’animatrice de la station de télévision locale avait conduit nerveusement l’interview avec appréhension.

« Et l’endroit que vous avez choisi pour cela est..., » déclara l’animatrice radio.

« En effet, Suruga est la ville natale de mon défunt père, » déclara Shiori. « J’ai décidé de déménager à Suruga après mon retour au Japon parce que je voulais commencer une nouvelle vie ici. Peut-être que cela pourrait causer des ennuis aux résidents, auquel cas je demande à l’avance pardon à tout le monde. »

« Votre Altesse ! Cela vous dérangerait-il si je vous demandais de parler de vos cheveux... ? » demanda l’animatrice.

« En vérité, mes cheveux ne sont pas teints, » répondit la princesse.

La Princesse Shiori avait une tête avec de brillants cheveux blond-platine. Il y avait une beauté mystérieuse dans la couleur de ses cheveux. Ceci n’appartenait pas à quelqu’un ayant des origines purement japonaises.

« Comme la plupart des personnes le savent déjà..., » Shiori commença son explication. « La première Impératrice, Sa Majesté Himiko, a appelé l’esprit sacré du Seigneur Tenryuu afin qu’il la possède. Dans un état d’union divine, elle a donné naissance à des princesses jumelles, qui étaient respectivement la deuxième impératrice, Toyo-sama, et ma mère, Son Altesse Fujinomiya... »

Cette anecdote était identique à la naissance virginale du Messie, Jésus Christ, né de Marie.

Les prêtresses servant le Seigneur Tenryuu et toutes les autres Bêtes Sacrées produiraient une progéniture par parthénogenèse en utilisant l’Énergie Spirituelle de leur partenaire.

La princesse Shiori caressa doucement ses cheveux, révélant un sourire légèrement troublé.

« Les familles royales des différentes nations adorant les Bêtes Sacrées sont toutes nées de la même manière, » continua-t-elle son explication. « Une particularité de ces lignées est que seules les filles sont conçues. Il y a aussi un phénomène que personne ne comprend apparemment... De temps en temps, un enfant comme moi naît. »

« Puis-je vous demander de détailler un peu plus ce que vous voulez dire ? » demanda-t-elle.

« Mes cheveux sont d’une couleur identique à ceux de mon grand-père, n’est-ce pas ? » demanda la princesse.

Le Seigneur Tenryuu était un dragon de platine géant dont le corps entier brillait du même éclat que les cheveux de Shiori.

L’animatrice comprenait les implications et hocha la tête vigoureusement. « En d’autres termes, Shiori-sama, il y a une ressemblance particulièrement forte entre vous et votre grand-père... Serait-ce correct de le dire ainsi ? »

« Fufufufu, je suppose que ce serait une façon de le dire, » répondit la princesse.

L’interview était sur les ondes pendant environ une demi-heure.

Pendant ce temps, la princesse avait répondu avec aisance, exprimant ses opinions avec clarté. En outre, elle était restée tout le temps souriante et élégante, démontrant pleinement le caractère noble d’une princesse.

... La diffusion du programme avait causé un énorme effet.

*

À partir du lendemain, la popularité de la princesse Shiori Fujinomiya avait augmenté de façon spectaculaire parmi la population Suruga.

« Je suppose qu’elle ne l’a pas fait exprès, mais c’était vraiment très efficace, » déclara Masatsugu.

Le bon ami de Masatsugu, Taisei Okonogi, avait également été impressionné et avait dit. « La princesse a accepté une interview à la télévision, alors que les rumeurs à son sujet faisaient fureur. En utilisant ses propres mots, elle explique parfaitement sa raison d’être à Suruga. C’est déjà suffisant pour impressionner les autres avec une image de “jeune, mais fiable”. De plus, en tant que belle jeune femme blonde, elle a déjà un impact visuel massif. »

« C’est totalement vrai, » Masatsugu était d’accord.

En seulement quelques jours, Shiori Fujinomiya était passée de « une princesse inconnue » à « la princesse locale connue de tous les résidents de la ville de Suruga. »

« Si c’était intentionnel, elle serait une très bonne manipulatrice, » déclara Masatsugu.

« Hahahaha, j’en doute, » répondit Taisei. « Tout le monde sympathise avec la princesse qui a été envoyée à Rome en otage, alors ils la considèrent naturellement favorablement. Elle a déjà obtenu un soutien ferme des personnes âgées. La jeune génération aussi... »

Au moins au Lycée Rinzai où étudiait Masatsugu, Shiori avait obtenu une popularité écrasante.

La princesse avait déclaré explicitement qu’elle voulait s’inscrire dans un lycée de Suruga. Le Lycée Rinzai devait être là où elle serait transférée.

Le plus surprenant de tous, elle avait l’intention d’emménager dans les dortoirs des étudiants.

Le vendredi de l’arrivée imminente de la princesse Shiori, Masatsugu avait été recherché par sa cousine éloignée.

« Naturellement, nous ne pouvons pas permettre à la princesse de vivre dans un dortoir ordinaire, » déclara Hatsune.

Hatsune avait finalement admis à Masatsugu qu’elle était la « dame d’honneur personnelle de la princesse ».

En utilisant l’heure qu’il avait à attendre ce matin avant de se rendre à l’école, ils discutèrent devant le dortoir des étudiants.

« C’est pourquoi nous avons demandé à l’école de fournir un dortoir inutilisé, » déclara Hatsune. « À partir de ce soir, la princesse et moi resterons ici. »

« D’accord, c’est pourquoi il y avait des ouvriers qui ont aménagé cet endroit plus tôt..., » déclara Masatsugu.

Masatsugu et Hatsune se tenaient devant le « Dortoir du Lys Noir » qui était réservé exclusivement à la princesse.

Avec la diminution des pensionnaires, l’endroit n’avait pas été utilisé depuis les cinq dernières années. Grâce à un remodelage rapide, sa façade extérieure était devenue très à la mode.

De plus, c’était avant-hier quand la princesse s’était présentée avant Masatsugu.

Cette nuit-là, l’interview était apparue à la télévision. Le lendemain, Son Altesse Shiori avait visité la mairie afin de rencontrer le maire de Suruga.

Et aujourd’hui, c’était vendredi. Et la princesse commencerait à assister aux cours lundi prochain.

Masatsugu se sentait impressionné par le programme très efficace de la princesse.

Hatsune lui avait dit. « Au fait, Onii-sama, pourrais-tu aujourd’hui m’accompagner après l’école ? »

« Cela ne me dérange pas... Mais pour quelle occasion ? » demanda Masatsugu.

Après la fin des cours de cette journée, tout cela faisait partie du précieux temps de la fin de semaine, qui comprenait le temps après la fin des cours du vendredi ainsi que samedi et dimanche.

Quoi qu’il en soit, Masatsugu n’avait aucun engagement préalable qui l’obligerait à sortir, alors il accepta facilement la demande de Hatsune.

Cependant, Hatsune avait commencé à le surprendre avec ce qu’elle avait ensuite dit. « La princesse vous demande, Onii-sama. »

« Moi ? Demandez par la princesse ? » demanda Masatsugu.

Jamais, dans ses rêves les plus fous, il ne s’attendait à ce que Hatsune lui demande de répondre à l’appel de la princesse.

Quand Hatsune avait révélé l’emplacement de leur réunion, Masatsugu était devenu encore plus confus.

« Le fort tutélaire de Nihondaira... ? » s’exclama Masatsugu.

La confusion de Masatsugu était à son maximum. Il n’avait pas la moindre idée de la raison pourquoi on lui avait demandé d’aller dans ce genre d’endroit.

En allant vers l’est en voiture depuis le Lycée Rinzai, on atteindrait les hautes terres formées du Mont Udo et du Mont Kunou qui étaient tous deux adjacents. La région autour du pic du Mont Udo était connue sous le nom de « Nihondaira », le plus haut plateau de la région.

Un fort tutélaire y était situé... ainsi que la base militaire de Suruga.

De plus, ce n’était pas une base ordinaire. Elle servait de « châtelain » (le nom d’un poste chargé de la gestion d’un château et de son territoire au nom d’un daimyo dans le passé) en ayant un fort tutélaire qui était là pour la tâche effectuée par Les Chevaliers.

Un soi-disant Chevalier était une personne ayant la capacité spéciale d’invoquer de puissantes légions, des soldats géants ailés. Ils étaient aussi des commandants qui conduisaient leurs troupes à se battre sur les lignes de front.

Se battant pour le compte des militaires et de la nation, ils prenaient des risques et avaient des responsabilités incalculables.

Par conséquent, les Chevaliers étaient honorés avec toutes sortes de traitements privilégiés. Ils étaient des héros respectés dans l’armée et des officiers de haut rang au sommet de la chaîne de commandement. Ceux qui avaient atteint le grade de Chevalier recevraient des salaires généreux et seraient traités comme des nobles dans la société civile.

En effet, les forts tutélaires étaient les bastions d’où les Chevaliers et les Légions opéraient.

... Et ainsi commença le jour où la vie de Masatsugu Tachibana fut radicalement bouleversée.

***

Partie 4

À bord d’un Tintagel, un destroyer de Classe A, Type 27...

Il s’agissait d’un navire militaire nouvellement construit qui avait été placé sous sa direction il y a deux mois.

Le navire avait une longueur totale de 183 m et un tonnage de quinze mille tonnes. Son corps rationalisé résultait de l’application d’une conception furtive. Le système de contrôle des armes antiaériennes, l’Œil Maléfique, était lié entre eux par des ondes noétiques et un contrôle secondaire. Le réacteur à fluide installé là et qui allait utiliser le fluide ectoplasmique artificiel allait non seulement servir de source d’énergie, mais cela allait également permettre l’utilisation des pouvoirs mystiques essentiels au déploiement des soldats géants ailés qu’étaient les Légions.

En d’autres termes, la fonctionnalité de ce navire en ferait un support pour l’arme principale de l’ère moderne, les Légions.

Ce navire avait été nommé le Tintagel et appartenait à la flotte de l’Extrême-Orient des Forces Impériales Britanniques.

« Bonjour Madame. Comment allez-vous aujourd’hui ? » déclara Sire Grayson, le capitaine du navire.

Elle... l’esprit noétique autoentretenu, le génie Morrigan... avait répondu en transmettant des ondes noétiques.

{Bonjour... Capitaine. Statut... Bon. Actuellement, commence la possession.} Morrigan avait transmis des ondes noétiques pour répondre au capitaine, Sire Grayson.

Détenteur du grade de lieutenant-colonel, Sire Grayson était un gentleman âgé. Cependant, sa réponse tardive ne provient pas de la détérioration de l’audition.

Les humains sans aptitude noétique avaient de la difficulté à entendre le contenu des ondes noétiques.

Pour gérer ce problème, Morrigan avait commencé le processus de possession.

Ce qu’elle possédait était une poupée qu’elle utilisait régulièrement. Assise sur une chaise à bascule dans la première salle des opérations du Tintagel se trouvait une poupée représentant une jeune fille ayant environ 150 cm de haut

L’apparence de la poupée était celle d’une fille de douze ou treize ans, avec des cheveux blonds légèrement bouclés atteignant la hauteur des épaules.

Cette poupée avait été confectionnée de manière exquise, bien que la peau excessivement pâle soit faite de porcelaine dure tandis que les yeux bleus étaient de la verrerie. Les ongles roses avaient été peints à l’aide d’un colorant extrait de nitidotellina nitidula, un type de coquillages.

La peau avait, non seulement, fais un bruit lorsqu’elle avait été légèrement tapotée, mais avait également eu des vaisseaux sanguins cachés sous elle.

Les vaisseaux sanguins en plastique s’étendaient dans tout le corps. Ils étaient remplis de sang bleu, le liquide ectoplasmique artificiel qui avait également servi à alimenter les légions. Morrigan avait infusé le liquide avec une partie de son esprit.

{Division de l’esprit, Possession... Succès. Éveil imminent.}

Le sang bleu à l’intérieur des vaisseaux sanguins de la poupée avait commencé à s’écouler.

Le liquide ectoplasmique artificiel, qui pourrait également être utilisé pour alimenter les systèmes de production d’énergie hydraulique, avait permis à un miracle de se produire dans cette petite poupée, le transformant en avatar de Morrigan.

... Ayant fini de posséder la poupée, Morrigan se redressa lentement.

D’une texture dure à l’origine, sa peau de porcelaine était maintenant aussi douce que la chair d’une jeune fille.

Cependant, les joints entraînés par les engrenages et les manivelles étaient restés comme des éléments mécaniques, produisant des bruits de friction quand ils se déplaçaient. Des tubes remplis du liquide ectoplasmique bleu et d’engrenages auraient pu être trouvés sur tout le corps, indiquant que c’était tout au plus une vie temporaire.

La poupée était vêtue d’un costume de marin avec une jupe et un béret.

En utilisant les globes oculaires de verre qui étaient équipés de vision, Morrigan regarda Sire Grayson.

Sire Grayson était un gentleman âgé aux cheveux blancs et un officier de la marine qui illustrait l’image d’un « gentleman solennel ».

« Lieutenant-Colonel, cela fait si longtemps... depuis la dernière fois que nous nous sommes rencontrés de cette manière, » déclara-t-elle.

« Je vous salue, Madame. Excusez-moi d’être en avance, mais je suis venu pour vous informer qu’un certain monsieur souhaiterait vous rencontrer. À partir de maintenant, votre corps sera affecté sous ses ordres, » déclara-t-il. Sire Grayson avait toujours traité Morrigan avec le plus grand respect.

Assis sur la chaise à bascule, Morrigan hocha la tête afin de lui montrer qu’elle avait compris, produisant un cliquetis des articulations de son cou.

***

Sire Grayson avait emmené Morrigan jusqu’au pont du navire. Sur le destroyer Tintagel, il y avait un pont au centre en forme de « tour ».

Ils étaient allés tous deux jusqu’à cette tour.

« Prince, merci pour votre patience, » Sire Grayson s’adressa la silhouette debout sur le bord du pont.

Elle regardait la surface de l’océan Pacifique.

Le Tintagel naviguait actuellement dans les eaux territoriales japonaises au large de la péninsule de Shima, et il allait vers l’est. S’il continuait le long de ce cap, il atteindrait Enshunada, Omaezaki et la baie de Suruga.

L’espace aérien et les eaux territoriales du Japon étaient sous surveillance de la Bête Sacrée, le Seigneur Tenryuu et les dragons des mers et les wyvernes qui le servaient.

Le fait de naviguer près de la côte risquerait de les faire être détecté, mais Morrigan avait utilisé le contrôle noétique pour appliquer des enchantements de furtivité à tout le navire.

« Permettez-moi de vous présenter Morrigan, le génie de ce navire, » continua-t-il. « Son apparition en tant que jeune fille adorable dément ses exploits héroïques qu’elle a réalisés avec moi en battant des pirates dans l’océan Indien. »

« Alors c’est elle que vous avez spécialement chargée de me servir..., » répondit le Prince.

Le « prince » qui s’était retourné pour leur parler était un jeune homme d’une vingtaine d’années.

Le jeune homme avait des cheveux d’argent ainsi qu’un beau visage. Non, on devrait l’appeler un magnifique spécimen de la gent masculine. Non seulement ses traits faciaux étaient exquis, mais son expression brillait aussi d’une ambition étonnante et d’une impressionnante aura.

« Alors que dans ce cas, je m’attendais à un guerrier aguerri... Cependant, puisque nous ne sommes pas au Palais de Buckingham ou sur les champs de bataille d’Aquitaine, je suis un peu mal à l’aise d’être appelé “Prince.”, » continua-t-il.

Le bel homme était habillé comme un officier militaire tout comme Sire Grayson.

Son uniforme militaire consistait en une chemise blanche, une cravate et un pantalon noir. Cependant, le prince avait aussi une veste noire et une cape noire en plus de ça.

De plus, il y avait une longue épée qui pendait à sa taille. Il s’agissait presque d’un uniforme militaire utilisé pour des occasions formelles.

Parfaitement à l’aise dans cette magnifique tenue, le bel homme avait réfléchi un moment avant de parler.

« Morrigan, appelez-moi s’il vous plaît Sire Chevalier Noir, » déclara-t-il.

« Affirmatif, Sire Chevalier Noir, » après avoir répondu, Morrigan avait émis des ondes noétiques.

Elle avait connecté son esprit au domaine de la mémoire de Tintagel, la base de données, et avait fouillé son vaste contenu. Elle chercha des titres tels que « Prince » et « Sire Chevalier Noir », ainsi que des hommes ressemblant au jeune homme se tenant devant elle, mais revint les mains vides. Toutes les informations le concernant avaient été classées.

« Malheureusement, ma véritable identité est classée, » Le Chevalier Noir aux cheveux argentés avait souri après lui avoir dit ça. Il avait senti les ondes noétiques de Morrigan.

Cela signifiait qu’il était un maître noétique ou un Chevalier —

« Je comprends... Vous êtes donc un Chevalier. Est-ce vrai... ? » demanda-t-elle.

« Cela va sans dire. Sinon, pourquoi demanderais-je qu’on m’appelle le Chevalier Noir ? » demanda-t-il.

« Toutes mes excuses, » répondit-elle.

L’audition de Morrigan était normale, mais elle n’était pas bonne en ce qui concernait les conversations. En conséquence, son discours avait tendance à être agité.

« Pas besoin que cela pèse sur votre esprit, » répondit-il. « Je suis actuellement affecté en tant qu’observateur, donc mon intention est de voir comment vous et votre équipe combattez, ainsi que le climat culturel du Japon. »

Sire Chevalier Noir s’était alors tourné vers l’autre soldat.

« Grayson, conformément à votre demande, j’ai réaffecté deux Chevaliers de Sa Majesté d’Angleterre pour nous rejoindre à court terme. À savoir, Stevie et Lamps. Je suppose que cela devrait suffire pour l’atterrissage ? » demanda le Chevalier Noir.

Morrigan avait de nouveau recherché dans sa base de données.

Cette fois-ci, sa recherche fut couronnée de succès. Les seuls Chevaliers de Sa Majesté correspondant à ces deux surnoms étaient Sire Steven et Sire Lampard. Ils étaient tous les deux de braves guerriers qui avaient reçu l’Appel de Médaille du Chevalier de la Grande Croix.

En réponse, Grayson avait ri et avait dit d’un ton plutôt sardonique. « C’est très appréciable de votre part. Cependant, je dois faire une correction. Dans ce cas, j’ai simplement relayé une demande de nos alliés du Japon jusqu’à chez nous. Je n’ai jamais fait un appel personnel à... »

« Je le sais. J’ai parlé d’une manière trop imprudente, » répondit le Chevalier Noir.

« Maintenant que l’imprudence est un fait accompli, je n’ai aucune objection à ce que Votre Altesse participe personnellement à la bataille, » répondit Grayson.

« À mon avis, j’aimerais le faire également, mais il y a beaucoup de seigneurs à la maison qui aiment s’engager dans de mesquines critiques, » répondit le Chevalier Noir. « Faire un geste si désobéissant avant d’assumer officiellement ma position les obligerait à faire des allégations selon lesquelles je serais “dépassé” ou “médiéval”. »

Le Chevalier Noir avait souri avec ironie, puis il avait poursuivi. « Le fait d’être sermonné après l’avoir fait serait également une nuisance, alors je refuserai d’agir pour cette occasion. Bien sûr, s’il nous arrive de rencontrer le Seigneur César qui est actuellement au Japon, cela ne me dérangerait nullement de supporter ce genre de nuisance. »

« En d’autres termes... Vous allez nous servir de stratège pour le moment ? » demanda Grayson.

« Tout à fait, » répondit le Chevalier Noir. « Cela ne leur donnera aucun motif de se plaindre de moi. »

« ... Puis-je poser une question ? » Morrigan intervient dans la conversation entre le Chevalier Noir et le capitaine. « À l’instant, à en juger par la conversation, vous êtes d’un plus haut rang que les Chevaliers de Sa Majesté et Sire Grayson. Avez-vous aussi des liens intimes avec l’élite dirigeante de notre nation... ? »

« Tout à fait. De plus, je suis votre futur patron, » répondit simplement le Chevalier Noir.

« Compris, » répondit-elle simplement.

« Dans ce cas, Morrigan, s’il vous plaît, restez à mes côtés jusqu’à ce que je prenne officiellement mes fonctions. Pourriez-vous s’il vous plaît me montrer la carte ? » demanda-t-il.

La poupée de Morrigan hocha la tête, faisant des bruits de frottement métallique.

À partir de la base de données, elle avait extrait des images du Japon et les avait projetées dans les airs en utilisant des ondes noétiques. Une carte en deux dimensions des îles du Japon était apparue devant le Chevalier Noir.

« Pour que le Fief de Gifu qui est à nos côtés puisse marcher sur la Capitale Impériale de Tokyo, il y a une route à sécuriser..., » annonça le Chevalier Noir. « Par conséquent, Tōkaidō est cette fois-ci notre cible. Il y a cinq forts tutélaires entre Shizuoka et la zone de Hakone... Hamamatsu, Kakegawa, Suruga, Fuji et Nagahama, que nous allons conquérir tout de suite. »

Pointant du doigt cinq endroits sur la carte, le Chevalier Noir avait donné des ordres de combat. « En raison des problèmes à Suruga, nous avons été contraints d’accélérer notre opération de deux semaines, bien qu’il n’y ait pas d’autres problèmes à part ça. Si tout se passe comme prévu, l’opération sera complétée sans problème. »

Bientôt, ils étaient sur le point de faire un atterrissage au Japon afin de faire une bataille pour capturer Tōkaidō.

Après que Morrigan ait utilisé une recherche noétique pour obtenir des détails plus précis, le ciel au-dessus du Tintagel était rempli d’une vaste quantité de noesis.

« Donc, vous êtes tous deux arrivés ? » Dès que le Chevalier Noir avait pris la parole, deux officiers étaient venus rejoindre Morrigan et Grayson.

Ils étaient ceux qui avaient relâché les présentes noesis. Ces deux-là étaient de jeunes hommes d’une vingtaine d’années. Portant des vestes et des capes avec chacune une épée, ils étaient habillés de la même manière que le Chevalier Noir.

Il s’agissait de deux Chevaliers de Sa Majesté que Morrigan avait appelée tout à l’heure, Sire Steven et Sire Lampard.

« Stevie et Lamps, êtes-vous prêt à sortir ? » demanda le Chevalier Noir.

« Très certainement, Chevalier Noir, » répondit Steven.

« En utilisant l’Appel qui nous a été accordé, nous convoquerons une armée pour nous battre au nom de Sa Majesté, » répondit Lampard.

En dépit de ne pas s’adresser à leur supérieur de manière trop formelle, ils avaient parlé avec beaucoup d’affections.

Tout en touchant légèrement la poche de poitrine de leurs vestes respectives, ils avaient ensuite ouvert leurs paumes. Une médaille en forme de croix, brillant d’un fort éclat, était apparue sur leurs poches à partir de l’air où rien n’avait été là il y a un instant.

Il s’agissait de la Médaille du Chevalier de la Grande Croix.

Un emblème sacré permettant de convoquer la Légion principale de l’Empire Britannique, les guerriers de la « Croisade » ou encore « Croisés ».

Tout en portant des médailles en forme de croix sur leur poitrine, Sire Steven et Sire Lampard avaient regardé le ciel. La noèse remplissant l’air avait commencé à se manifester dans un contingent de soldats.

Émettant des ondes noétiques, Morrigan calculait rapidement les effectifs.

Un total de quatre-vingt-quatorze. Chaque Légion mesurait plus de huit mètres et était entièrement équipée d’un masque blanc, d’un uniforme et d’une armure. Cette armée impressionnante comptait pratiquement une centaine de membres.

Leurs armes étaient des fusils munis de baïonnettes. Des ailes à plumes ornaient leur dos.

« Très bien. Stevie attaquera Fuji pendant que Lamps marchera sur le fort tutélaire de Nagahama... À propos, qui est responsable de Suruga, le fort qui est le plus gênant ? » demanda le Chevalier Noir.

« Sire Philneville. Il est sur le Caerleon et non pas sur ce navire, » Morrigan avait répondu à la question du Chevalier Noir.

Le Caerleon et son Tintagel étaient des destroyers du même modèle.

« Sire Terry qui est également sur ce navire est chargé de prendre Hamamatsu tandis que Sire Ashley est responsable de Kakegawa. À ce propos, Sire Chevalier Noir, puis-je poser une autre question ? » demanda Morrigan.

Puis, regardant le visage du bel homme, Morrigan demanda. « Vous avez précédemment mentionné que cela ne vous dérangerait pas de prendre part à la bataille, mais seulement si le Seigneur César devait être présent. Comment avez-vous l’intention d’engager le combat contre le Seigneur César ? »

« Très simplement. Je me rendrai personnellement à l’avant-garde et je me retrouverai dans un duel contre le héros romain, » répondit le Chevalier Noir, se vantait nonchalamment de ça.

Derrière lui, une Légion noire s’était lentement manifestée.

Son apparence était très semblable à la Croisé sauf que son uniforme et son armure étaient tous noirs. Le masque sur son visage et les ailes sur son dos étaient également noirs.

Cette Légion était précisément la raison pour laquelle il se faisait appeler « Sire Chevalier Noir ».

« Très peu de généraux sont capables de l’égaler sur le champ de bataille, » continua-t-il. « Heureusement, je suis l’une des rares exceptions, donc ce serait un développement tout à fait bienvenu que j’espère, » contrôlant des soldats géants ailés qui n’étaient pas des Croisés, l’aristocrate aux cheveux d’argent murmura ça.

Morrigan avait finalement compris sa véritable identité. Les vagues noétiques liant cette paire noire du maître et du serviteur étaient beaucoup plus fortes que celles des deux chevaliers de Sa Majesté ici. Des centaines de fois plus fortes.

« Dans ce cas, vos souhaits sont des ordres... Legatus Legionis. O héros qui est revenu du monde souterrain où les morts sont rassemblés, moi, le génie Morrigan, je vous promets ma loyauté envers vos exploits, » déclara-t-elle.

Le commandant d’une armée, un véritable Chevalier...

En écoutant ses si importants titres, le Chevalier Noir avait souri avec fierté.

 

***

Chapitre 1 : Légions envahissantes (2)

Partie 1

« Au fait, Son Altesse Shiori a certainement fait un geste audacieux, » Rikka Akigase avait déclaré avec sincérité sa réaction quant à ça.

Nous nous trouvions à la mi-octobre, un vendredi après-midi ensoleillé.

Rikka visitait l’hôtel de ville de Suruga, situé à environ dix minutes à pied de la Gare de Suruga. Ce bâtiment de plus de soixante-dix ans avec des tuiles vernissées rouges avait été construit à côté du site historique du château de Sunpu où vivait autrefois Tokugawa Ieyasu.

Rikka était venue au bureau du maire dans l’élégant hôtel de ville, c’est-à-dire la plus haute autorité de la ville.

« Même si c’était un programme local, penser qu’une princesse de la famille impériale a osé faire une apparition publique à la télévision..., » déclara Rikka.

Rikka souriait. Elle n’avait pas du tout détesté le style empli d’audace de la princesse.

Ses commentaires avaient été faits au maire, un homme digne au début de la soixantaine, vêtu de la tenue traditionnelle japonaise composée d’un haori et d’un hakama. D’autre part, Rikka Akigase n’avait que dix-sept ans...

Ses magnifiques cheveux noirs avaient atteint sa taille et elle était une jeune fille avec un visage charmant et digne.

Cependant, ses lèvres avaient été façonnées en un sourire de résilience. Ses vêtements étaient également différents de ceux des lycéennes de la ville. Son uniforme militaire noir n’était porté que par des officiers de haut rang de l’Armée Impériale et elle avait même une épée japonaise à la ceinture.

De plus, son excellente silhouette était visible même sous l’uniforme militaire.

Ses généreux seins étaient grandement bombés tandis que les courbes rondes de ses hanches indiquaient également une volupté appropriée.

« Avez-vous regardé l’interview ? » Bien que Rikka soit assez jeune pour être sa petite-fille, le maire lui avait parlé avec une révérence inhabituelle dans son ton.

On pourrait difficilement le blâmer. Rikka était la titulaire de deux postes. Tout d’abord, elle était la fille aînée du gouverneur général de Tōkaidō qui régnait sur les trois préfectures d’Aichi, Shizuoka et Yamanashi. Deuxièmement, elle était une Chevalière dans l’armée provinciale Tōkaidō...

L’une ou l’autre de ces positions la classerait au-dessus d’un maire ou d’un gouverneur préfectoral.

Face à celui qui était responsable de l’administration de la ville de Suruga au nom de son père, Rikka avait répondu ça. « Oui, je l’ai regardé. Son Altesse est certainement rafraîchissante dans sa façon de faire les choses. Je suis simplement heureuse dans le cadre des Douze Maisons au service de la famille impériale. D’ailleurs, c’est tellement excitant. Si les dames de compagnie de l’Impératrice devaient se renseigner sur l’émission de télévision, je suis certaine que cela les contrarierait sans fin... »

En s’imaginant cette scène, Rikka avait encore plus ri avant de poursuivre. « Si Son Altesse Shiori n’est pas simplement une princesse obéissante... Alors il semblerait qu’une audience avec elle ne serait pas une réunion ennuyeuse ou une perte de temps. Cela vaut certainement la peine de le célébrer. »

« ... Akigase-sama, » le vieux maire avait souri en étant mal à l’aise et il avait averti Rikka avec tact.

Voyant qu’elle était membre de l’une des Douze Maisons et aussi la princesse Chevalier d’Akigase, il était très rare que quelqu’un osât lui faire de telles suggestions. La plupart des personnes avaient tendance à la couvrir de flagornerie.

En reconnaissant les bonnes intentions du maire, Rikka avait eu un sourire ironique et avala le reste de ses paroles irrévérencieuses.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et après que le Japon ait accepté la protection du Seigneur Tenryuu...

Les îles du Japon avaient été divisées en douze provinces, dirigées chacune par un gouverneur général héréditaire. En vérité, on était retourné au système de clan féodal de la période Edo.

Les douze Gouverneurs généraux régionaux avaient chacun leur armée et leurs Chevaliers respectifs, donnant ainsi le nom des Douze Fiefs.

Le Fief de Hokkaidō. Le Fief d’Ōshū. Le Fief de Hokuriku. Le Fief de Kantō. Le Fief de Tōsandō. Le Fief de Tōkaidō. Le Fief de Kinai. Le Fief d’Ōsaka. Le Fief de Chūgoku. Le Fief de Shikoku. Le Fief de Kyūshū. Le Fief d’Okinawa.

Rikka était la fille aînée de la famille Akigase régnant sur Tōkaidō.

« Si je me souviens bien, c’est demain que vous allez rendre visite à la princesse, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« En effet, je souhaite faire un voyage au fort tutélaire si le temps me le permet, afin de rencontrer Sakuya, » répondit Rikka. « Son état n’a pas été des meilleurs depuis quelques mois. Il semble que ses bonnes faveurs pourraient être encore plus difficiles à obtenir que celle de la princesse. »

Après avoir eu cette conversation aimable, Rikka afficha une expression sérieuse avant de déclarer cela. « Cependant... je dois d’abord parler à cet homme aujourd’hui. »

« Parlez-vous de Kawazoe-dono ? » demanda-t-il. « Le châtelain du fort tutélaire Suruga... Ou plutôt, l’ancien châtelain. C’est tellement dommage qu’il se soit livré à de telles transactions clandestines » déclara le maire avec douleur.

Rikka haussa les épaules avant de déclarer. « Pour commencer, c’était un homme avare, donc prendre des pots de vin n’est pas surprenant du tout. Ce qui est vraiment problématique, c’est qu’il a pris contact avec des agents de l’Empire Britannique. »

Le Chevalier servant comme châtelain du fort tutélaire Suruga avait été arrêté par la police militaire il y a deux jours en raison d’allégations de corruption. Selon certaines sources, il aurait accepté des pots-de-vin de la part de quelqu’un dans le secteur de la construction qui cherchait des gains illicites...

C’était au cours de l’enquête de cette affaire que son deuxième crime avait été découvert.

« Penser que la Faction britannique soit apparue dans notre Tōkaidō, et avec même un Chevalier, » soupira le maire plein de résignation.

L’Empire Romain d’Orient et le Japon avaient « conclu une alliance » depuis plus de dix ans.

Mais ces dernières années, de plus en plus de politiciens, principalement dans l’ouest du Japon, préconisaient une alliance avec « l’autre grande puissance » impliquée en Asie, afin de nettoyer l’influence de Rome sur le Japon.

C’était la prétendue « Faction de Grande-Bretagne » avait de nombreux adhérents dans les fiefs de Kyūshū, Chūgoku et Shikoku.

« Les fiefs de l’Ouest avaient établi des liens intimes avec l’Angleterre depuis l’ère Bakumatsu, depuis l’alliance Satchō, mais on ne peut pas dire la même chose pour Tōkaidō, » déclara Rikka avec un signe de tête.

« Ce n’est pas seulement l’endroit où le Seigneur Tokugawa Ieyasu est né et a grandi, mais aussi sa base d’opérations à long terme, et où il a pris sa retraite après avoir démissionné en tant que shogun, » continua Rikka. « En l’honneur de l’héritage de Tokugawa, nous devons maintenir la loyauté absolue envers la famille impériale et démontrer notre courage inébranlable en tant que famille de samouraïs. »

Après avoir exprimé ses principes en tant que descendante des samouraïs, Rikka avait souri ironiquement.

« Malheureusement, la confiance de la famille impériale actuelle n’est pas vers nous, mais pour le puissant Empire Romain, » continua-t-elle.

« Akigase-sama... ! » s’exclama le maire.

« Oh, toutes mes excuses. Il est temps pour moi d’aller voir Kawazoe-sama, » déclara-t-elle.

Le maire avait de nouveau averti Rikka et elle s’était empressée de prendre congé.

Rikka était une Chevalière répondant directement au gouverneur général de Tōkaidō et servait normalement à Nagoya.

Elle était venue à Cité de Suruga pour rencontrer le suspect au nom de son père. Après cela, elle devait avoir une audience avec la princesse de la rumeur, Shiori Fujinomiya.

***

Partie 2

Après l’école, Masatsugu quitta immédiatement le Lycée Rinzai avec Hatsune à ces côtés.

À bord d’un camion militaire qui était venu les chercher, ils se dirigèrent vers le fort tutélaire de Suruga.

Le véhicule avait conduit jusqu’à la région montagneuse formée par les deux collines adjacentes de 300 m de haut. Au sommet du Mont Udo, du côté nord, se trouvait un plateau légèrement en pente appelé « Nihondaira ». Ce qui avait été construit sur cette terre militaire avec la nature sauvage qui s’étendait à perte de vue était un fort tutélaire. C’était quelque chose qui pourrait être décrit comme un « château » modernisé.

Le camion avait finalement cessé d’escalader la montagne et était arrivé au fort tutélaire de Suruga.

« Alors c’est cet endroit, Hmm, » murmura Masatsugu pour lui-même.

Le fort tutélaire de Surugu occupait à peu près cinq fois la superficie du stade du Dôme de Tokyo se trouvant de la Capitale Impériale.

Les murs de fortification entourant cette vaste zone étaient d’environ sept mètres de haut.

Vus d’en haut, les murs formaient une étoile à cinq branches, de la même forme que le célèbre fort tutélaire de Hakodate portant le nom de Forteresse Goryōkaku. En fait, les murs de fortification étaient complètement inutiles dans un combat contre les Légionnaires volants.

L’explication la plus convaincante était... Construire un fort dans une forme d’une magnifique étoile pourrait servir à se vanter de la puissance militaire.

« Allons-y, Onii-sama, » laissant derrière elle le camion militaire, Hatsune pressa Masatsugu pour qu’il avance plus rapidement.

Elle s’était encore habillée en étudiante dans le style du manga Haikara-san.

Masatsugu portait l’uniforme masculin à col rigide du Lycée Rinzai. L’Armée Impériale et les armées provinciales dirigées par les Douze Maisons utilisaient toutes des uniformes militaires à cols raides noirs qui n’étaient pas trop différents des uniformes des lycées. Par conséquent, il n’avait pas l’air trop déplacé en étant entouré de soldats ici, et cela en dépit de n’être qu’un étudiant.

En revanche, Hatsune était très visible dans son kimono meisen, hakama et bottes.

Les deux étudiants avaient marché pendant un moment jusqu’à arriver à une porte latérale dans le mur. Masatsugu avait aperçu un certain spectacle.

Debout, sur les deux côtés de la porte se trouvaient deux géants bleus.

Ils mesuraient huit mètres et étaient équipés d’une armure bleue et d’uniformes militaires. Chacun d’eux avait un masque blanc sur leur visage qui semblait avoir la texture de la porcelaine. Leur physique compact semblait assez agile avec leur excellente silhouette.

Les deux géants étaient équipés de « fusils à baïonnette ».

Il s’agissait d’une arme constituée d’un fusil à usage militaire équipé d’une lame du genre poignard, offrant ainsi une fonctionnalité à la fois comme un fusil et une lance. Les deux géants se tenaient au garde-à-vous avec leurs fusils en position verticale.

Ils avaient soudainement tourné leur cou, déplaçant leurs visages et regardant légèrement vers le bas.

Derrière leurs masques, les yeux pouvaient être vus dans les trous prévus pour ça, regardant fixement et sévèrement l’approche de Masatsugu et de Hatsune.

Cela signifiait qu’ils étaient actifs, restant vigilants sur leur environnement en tant que gardes de la porte !

« Donc, ce sont les Légionnaires du Japon... Le type connu sous le nom de “Kamuy”, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

Aujourd’hui, c’était la première fois que Masatsugu voyait des Légionnaires en action.

La taille de Masatsugu était de 175 cm et c’était à peu près la distance entre le pied et le genou d’un géant. Il avait été profondément impressionné par le corps bleu de près de huit mètres de haut.

« C’est exact, » répondit Hatsune. « Le châtelain les a probablement placés ici. Les individus qui aiment faire étalage ou qui veulent conserver les apparences font généralement ce genre de chose. »

« Gardez les apparences ? » demanda Masatsugu.

« Penses-y. Onii-sama, les recrues inexpérimentées et les visiteurs réagiraient comme toi, » répondit Hatsune.

Masatsugu comprenait le fragment de bon sens que lui donnait Hatsune.

Dans le monde moderne, les Légionnaires étaient à la fois les armes principales et les armes décisives. On pouvait facilement conclure en instant que l’utilisation de quelque chose comme ça afin de garder une porte serait un gâchis absolu. Cependant, il avait vraiment l’air très impressionnant.

Hatsune semblait déjà habituée à ça. C’était tout à fait attendu d’une fille qui avait été stagiaire au palais impérial.

« Ces légionnaires suivent-ils seulement les ordres du châtelain ? » demanda Masatsugu.

« Strictement parlant, oui, » répondit Hatsune. « Cependant, si le chevalier servant le châtelain accomplit une cérémonie afin de déléguer le commandement aux génies et aux maîtres noétiques, ils peuvent aussi donner de simples ordres. »

Il y avait aussi un soldat humain posté à côté de la porte latérale en tant que garde.

Hatsune avait alors présenté son document d’autorisation et avait eu une conversation joyeuse avec lui. Pendant ce temps, Masatsugu leva les yeux vers les corps massifs des deux Légionnaires.

L’armure bleue de ces Kamuy était impeccablement, sans la moindre saleté, et elle brillait sous la lumière du soleil. Ils n’étaient pas seulement magnifiques en apparence, mais ils dégageaient également une atmosphère impressionnante de vétéran chevronné. En fait, chaque Légionnaire était non seulement grand et imposant, mais aussi un maître des arts martiaux et un tireur d’élite.

En appuyant sur la gâchette, ils pourraient facilement attaquer et tuer des cibles à plusieurs kilomètres.

Si Masatsugu Tachibana avait été un soldat ennemi attaquant le fort tutélaire, il aurait probablement été « immédiatement abattu » en une seconde...

À ce moment-là, une étrange idée était apparue dans l’esprit de Masatsugu.

Inexplicablement, Masatsugu doutait. Serait-il réellement « immédiatement abattu » ? Les Légionnaires Kamuy en face de lui étaient assurément puissants, mais curieusement, il ne pensait pas qu’ils allaient perdre face à lui. Sans aucun motif derrière ça, Masatsugu croyait... si nécessaire, il devrait avoir la capacité de vaincre ces soldats géants.

Qu’est-ce qui se passait avec ça ? Alors que Masatsugu était aux prises avec ses énigmatiques pensées, Hatsune lui dit : « Par ici, Onii-sama. »

« ... D’accord, » répondit-il.

En passant par la porte latérale, ils entrèrent tous les deux dans le fort tutélaire de Suruga.

Les locaux à l’intérieur des murs étaient très vastes. Le sol était une grande étendue de pelouse verte, ce qui faisait que Masatsugu avait l’impression de visiter un terrain de golf. Cependant, il y avait étonnamment peu de bâtiments.

Masatsugu s’était alors souvenu d’une explication qu’il avait entendue précédemment. Puisque les batailles entre Légionnaires pouvaient se dérouler dans des forts tutélaires, les installations importantes avaient principalement été construites sous terre afin de minimiser les pertes...

Et concernant les structures au-dessus du sol, il n’y avait rien de plus frappant que la « tour centrale ».

Il s’agissait d’une tour construite avec des briques rouges, d’environ quarante mètres de haut.

Il y avait une horloge ronde et géante au sommet, qui rappelait une tour de l’horloge... mais ce n’était pas ça.

« N’est-ce pas ce que les personnes appellent une roue à feng shui ? » demanda Masatsugu.

L’objet au sommet de la tour n’était pas une horloge géante.

Un aimant avait été installé au centre, entouré de plusieurs cercles concentriques. De fines lignes avaient été utilisées pour diviser chaque anneau en sections égales, avec des symboles et des termes présents, telles que les trigrammes ba gua contenant « Qian (ciel), Dui (marais), Li (feu), Zhen (tonnerre), Xun (vent/bois), Kan (eau), Gen (montagne), kun (terre), » [1] les troncs célestes ou tige céleste contenant « Jia (bois yang), Yi (bois yin), Bing (feu yang), Ding (feu yin), Wu (terre yang), Ji (terre yin), Geng (métal yang), Xin (métal yin) Ren (eau yang) et Gui (eau yin) » [2] et les branches terrestres ou rameaux terrestres de « zi, chou, yin, mao, chen, si, wu, wei, shen, vous, xu, hai. » [3]

« Je ne connais pas les détails, mais les forts tutélaires doivent apparemment être un sanctuaire où les esprits et les noèses peuvent facilement se rassembler en plus de fonctionner comme une base militaire, » répondit Hatsune. « Voilà pourquoi ils ont installé quelque chose comme ça. »

« C’est dans tous les cas assez difficiles à comprendre, » déclara Masatsugu.

Tout en regardant la tour avec la roue à feng shui, les deux personnes avaient continué à avancer dans le fort.

« Au fait, Hatsune, il est temps que tu me dise pourquoi la princesse m’a convoqué ici... Car moi, je n’en ai pas la moindre idée, » déclara Masatsugu.

« Non, Onii-sama, tu le sauras quand tu verras la princesse, » répondit Hatsune.

D’ailleurs, pourquoi avoir une audience dans une installation militaire ? pensa-t-il.

Et enfin, Masatsugu fut emmené dans un certain bâtiment. Il s’agissait d’un bâtiment à un étage construit en acier, et qui était probablement utilisé par les services comptables et administratifs de la base. Le personnel militaire qui passait devant eux dans le couloir ressemblait plus à des fonctionnaires qu’à des « soldats ».

Les deux étudiants étaient alors arrivés à ce qui semblait être une salle de réception. Il y avait un canapé en cuir ainsi qu’un bureau de grande classe et des chaises de bureau qui seraient probablement normalement utilisés par des officiers. Une belle fille aux cheveux blond-platine était assise là.

Shiori Fujinomiya, une princesse du Japon Impérial.

Notes

***

Partie 3

Vêtue de l’uniforme féminin du Lycée Rinzai, la princesse avait salué Masatsugu avec un sourire. « Merci d’avoir pris la peine de faire tout ce chemin afin de venir ici. J’ai beaucoup entendu parler de vous de la part de Hatsune et du vieil homme Tachibana. »

« Mes proches m’ont-ils mentionné à dessein ? » Masatsugu avait accidentellement répondu à cette nouvelle surprenante, mais il l’avait beaucoup regretté.

Il était important d’adhérer à l’étiquette en conversant avec la noblesse et la bonne façon serait de parler à travers la dame d’honneur, Hatsune.

Bien que Masatsugu ait été dérangé par son lapsus, Shiori avait immédiatement répondu. « Ne le saviez-vous pas ? Le clan Tachibana de Suruga sert la Maison Fujinomiya depuis la génération de ma mère. »

« C’est la première fois que j’entends parler de ça, » répondit-il.

Leurs regards s’étaient rencontrés. Shiori regarda Masatsugu avec un sourire apaisant. Ses brillants cheveux blond-platine étaient sans aucun doute de la même couleur que le Seigneur Tenryuu qui était souvent visible à la télévision.

« Puis-je vous demander pourquoi vous vouliez me rencontrer dans une base militaire ? » demanda Masatsugu.

« Il s’agit d’un sujet mal adapté à une discussion dans la ville, » répondit-elle. « S’il vous plaît, permettez-moi d’expliquer plus tard, » répondit gracieusement Shiori. Elle ramassa une clochette et la fit doucement sonner.

Une femme soldate était rapidement arrivée du couloir et était entrée par la porte.

Elle poussait un chariot qui transportait toutes sortes de thé. La princesse avait apparemment invité Masatsugu pour le thé. Debout sur le côté, Hatsune fit signe à Masatsugu de s’asseoir sur le canapé.

« Onii-sama, pourrais-tu t’asseoir ? » demanda Hatsune.

Masatsugu hésita un moment, se demandant s’il devrait refuser, puis haussa les épaules.

Après réflexion, Masatsugu s’était simplement assis. À ce stade, il était inutile d’essayer d’être formel. Après tout, des ponts seraient franchis quand il les atteindrait. Il trouverait autrement une solution. Ayant décidé ainsi, Masatsugu s’assit face à la princesse qui se trouvait derrière le bureau.

Devant Masatsugu se trouvait une table basse en verre.

La jeune femme soldate avait placé la tasse de thé là-bas et avait versé du thé noir. Puis elle avait marché jusqu’au bureau de la princesse et avait également versé une tasse de thé.

... À cet instant même, Masatsugu avait été frappé par un sentiment de dissonance.

Même s’il était l’invité, quelle logique y avait-il à servir le lycéen avant la princesse ? Par conséquent, Masatsugu avait pu immédiatement réagir face aux problèmes sans avertissement. La tasse de thé que la soldate avait placée sur le bureau...

Shiori l’avait ramassée et l’avait jetée avec force.

Sa cible était Masatsugu Tachibana, assis sur le canapé à quelques mètres de là !

« ! » En écarquillant ses yeux, Masatsugu vit que la tasse de thé visait sans aucun doute son visage.

Cependant, le corps de Masatsugu avait comme d’habitude automatiquement réagi. Sa tête inclinée de dix centimètres sur côté avait esquivé la tasse lancée à toute allure.

La tasse de thé avait traversé là où son visage se trouvait il y a quelques instants.

La tasse avait été lancée avec une telle force qu’elle avait roulé sur le canapé et sur le tapis avant que Masatsugu puisse le voir atterrir.

Son corps bougea automatiquement au moment où il sentit un danger présent derrière lui.

En effet, quelqu’un s’était secrètement placé derrière le dos de Masatsugu pour l’attaquer avec une épée en bois !

La tête de Masatsugu aurait été fendue s’il avait esquivé une seconde plus tard. Avec des mouvements fluides, Masatsugu se leva rapidement.

Il se tourna pour faire face à l’assaillant se trouvant derrière le canapé et il vit clairement son identité.

« C’est donc toi, Hatsune ! » s’écria-t-il.

« Comme toujours, Impressionnant, Onii-sama ! » répliqua Hatsune.

Armée d’une épée en bois, Hatsune se tenait derrière le canapé.

Seize ans, Tachibana Hatsune était une fille avec une carrure de petite taille. Actuellement, elle exsudait l’aura d’un maître accompli. Se tenant dans une position de seigan [1] de niveau intermédiaire, elle avait la pointe de l’épée en bois pointée directement sur le visage de Masatsugu.

Avec un jeu de jambes brillant, Hatsune se rapprocha immédiatement de lui.

Attaquant par l’avant, elle avait balancé l’épée de bois avec le son d’une arme tranchant de vent. Masatsugu se déplaça à la hâte et esquiva prestement l’attaque.

« Maintenant, je reviens ! » s’exclama Hatsune.

Hatsune avait exécuté une féroce impulsion vers le visage de Masatsugu.

Masatsugu pencha la tête pour l’éviter, mais une seconde frappe se dirigea immédiatement vers sa gorge. Masatsugu fit un grand bond en arrière, s’éloignant de sa lointaine cousine, la jeune épéiste.

Hatsune avait saisi l’occasion de faire un grand pas en avant et avait effectué une coupure diagonale vers le bas.

Masatsugu avait habilement évité l’attaque. Manquant sa cible, l’épée de bois avait fait suivre une frappe diagonale vers le haut dans une combinaison d’attaques tout en fluidité. L’art de l’épée de Hatsune était fort et rapide comme le vent.

L’épée de bois utilisée par Hatsune était très courte, comparable en longueur à un kodachi.

Frapper avec une longue épée comme dans les dramas historiques pourrait facilement endommager le plafond ou les murs. Par conséquent, Hatsune avait choisi le kodachi plus convenable et plus maniable.

Impressionné par une attention aussi impeccable aux détails que l’on ne pouvait pas s’attendre d’une jeune fille, Masatsugu avait fait de son mieux pour survivre à ces attaques.

... En outre, la femme soldate qui servait le thé avait déjà quitté la pièce. On aurait dit qu’elle savait à l’avance que ça allait arriver.

Pendant ce temps, Hatsune était placée dans une autre position à mi-niveau et avait violemment ri. « Fufufufu ! Tu ne peux pas gagner si tout ce que tu fais c’est de fuir, Onii-sama ! »

« Le but de cette farce est-il de tester mes capacités ? » demanda Masatsugu.

« En effet, la tête du clan Tachibana a décidé de choisir parmi la jeune génération deux gardes du corps pour la princesse. Onii-sama, tu as été choisi, » déclara Hatsune.

« Pourquoi moi ? » demanda Masatsugu.

« Onii-sama, les seuls jeunes qui restent dans notre clan sont toi et moi, » répondit Hatsune.

Masatsugu avait accepté cette raison claire et simple. En y repensant, tous les proches qu’il avait rencontrés au cours des deux dernières années étaient tous des adultes de plus de quarante ans.

« Au fait, je ne savais vraiment pas que tu étais si incroyable, » déclara-t-il.

« Le clan Tachibana est fier de sa force et de sa valeur, » répondit-elle. « Je me suis entraînée aux arts martiaux depuis l’enfance, alors que le fait d’avoir de légers ennuis est considéré comme faisant partie de la formation d’un guerrier, donc ce niveau de capacité est à prévoir. »

« En écoutant ta confession, je suis assez curieux de savoir à propos de la gravité de tes problèmes..., » répliqua-t-il.

« As-tu eu assez de réchauffements ? » demanda-t-elle. « Bon, commençons pour de vrai. Nous déciderons qui est le plus fort des jeunes Tachibanas ! »

Masatsugu était très troublé de voir son adorable cousine faire pression sur lui.

« Maintenant, cela me met face à un dilemme. Je ne veux pas vraiment te faire de mal, » déclara-t-il.

« Ah, c’est une jolie phrase, Onii-sama, » répliqua-t-elle. « On se sent comme un rival condamné est sur le point de libérer son pouvoir, quelle bonne ambiance ? Attaque-moi avec ce genre d’esprit ! »

« Ça ne me dérange pas de te faire ce que tu veux... Mais comme je l’ai déjà dit, je n’ai aucun souvenir de mon passé, » répondit-il.

L’attitude de Hatsune était désinvolte, mais ses capacités étaient bien réelles.

Masatsugu avait alors parlé avec sérieux. « C’est vrai que j’utilise les arts martiaux quand je suis en danger. Je suppose que je devais m’être entraîné aux arts martiaux dans ma jeunesse, alors c’est devenu enraciné dans mon corps. Mais... »

Masatsugu Tachibana avait apparemment appris le combat sans armes et l’escrime dans son enfance. Au moins, c’était ce que ses proches lui avaient dit. Cependant, depuis les deux ans qu’il avait perdu sa mémoire, il n’avait jamais pratiqué.

D’une manière incroyable, il n’avait jamais ressenti l’envie de s’entraîner.

Par conséquent, il ne pouvait pas se souvenir de quoi que ce soit qui pourrait être considéré comme un mouvement ou une compétence dans l’épée ou le combat à mains nues.

Il ne pouvait pas faire plus que se débrouiller si cela concernait le fait de résister aux attaques de l’adversaire, cependant...

« Quand j’attaque... ça a tendance à être un peu dangereux, » déclara-t-il.

« Tu deviens de plus en plus incroyable, Onii-sama ! » répondit-elle. « Ce que tu dis ressemble beaucoup à “Sorts de ma vue à moins que tu ne veuilles mourir. Calme-toi, mon bras gauche... !” »

Les yeux de Hatsune étaient excités pour une raison inconnue.

Masatsugu hocha la tête avant de déclarer. « Oui, plus précisément, “Je vais saisir cette théière là-bas pour te brûler avec de l’eau bouillante, puis à califourchon sur toi et je vais frapper ton visage jusqu’à ce qu’il soit en bouillie.” Je suppose que c’est plus mon style de combat. »

« ... Hein !? Vraiment ? » demanda Hatsune.

« Les arts martiaux que j’ai appris auparavant semblent être un style plutôt axé sur le combat réel, » répondit Masatsugu. « Chaque frappe est brutale et sans retenue. S’il y a des bouteilles de bière à proximité, je vais les attraper pour les écraser sur les têtes de mes opposants. Quand un adversaire essaye de me regarder de face, je lui ferais un coup de tête, le frappant directement en plein sur son nez. »

Lors du retour de leur premier jour du Lycée, Masatsugu et Taisei s’étaient accidentellement retrouvés au centre-ville la nuit.

Malheureusement, ils avaient rencontré sept ou huit voyous et avaient été emmenés dans une ruelle déserte. C’est à ce moment-là que Masatsugu avait démontré à quel point il pouvait être un combattant aguerri et violent.

Après cela, Masatsugu avait eu des problèmes semblables à quelques reprises...

« Ne devrais-tu pas te battre plus honorablement comme dans les shounen ? » demanda Hatsune.

« Je suis d’accord ! Mais tu n’as vraiment aucun droit moral de me dire ça quand tu m’as tendu une embuscade avec une épée de bois, » répliqua Masatsugu.

« Au contraire, tous les hommes de notre clan Tachibana sont superbement compétents, » répondit Hatsune. « Ils ne se sentiraient jamais dérangés par de petits trucs de ce genre. N’es-tu pas en vie et en train de vouloir me donner un coup de pied ? D-D’ailleurs, je-je n’ai pas le choix ! »

Hatsune sourit d’un air coupable pendant qu’elle parlait.

« Après une discussion avec la princesse, j’ai décidé “que ce serait plus excitant”, tu sais ? La princesse a aussi accepté, alors..., » déclara Hatsune.

« ... La princesse a autorisé cette farce ? » demanda Masatsugu.

Masatsugu fronça les sourcils face à la révélation de cette vérité inattendue.

Cependant, après plus de réflexion, il s’était rappelé que la princesse Shiori était précisément la première personne à avoir fait un mouvement. En outre, elle l’avait attaqué avec force. Masatsugu avait jeté un coup d’œil sur le personnage problématique en question.

« Techniquement, c’est un test d’aptitude pour les gardes du corps, » déclara la princesse.

La belle princesse avait tendrement souri à Masatsugu.

Son sourire digne transmettait l’élégance dont parlait tout le monde partout dans la ville de Suruga.

« Un test facilement franchissable serait inutile. Par conséquent, nous avons décidé d’accélérer les choses, » déclara Shiori.

Évidemment, la princesse était loin d’être « obéissante » comme son apparence le suggérait...

C’était le premier aperçu de Masatsugu sur la vraie personnalité de Shiori Fujinomiya. Elle était la noble princesse, une beauté intelligente et élégante, mais elle cachait à l’intérieur d’elle toutes sortes d’aspects tenus secrets...

Shiori avait continué à parler à un Masatsugu pensif. « Cela étant dit, ce test a assez duré. Tachibana-sama, vous êtes qualifié pour me servir de garde du corps. La dernière exigence est votre consentement. »

« Je vois, » déclara Masatsugu.

Ayant reçu le droit de décider, Masatsugu accepta facilement. « Puisque servir Votre Altesse est l’affaire de mon clan, je n’ai pas d’objections... »

Masatsugu ne ressentait aucune loyauté envers la famille impériale, mais il était redevable envers son clan. De plus, il avait quelques talents donc aider Hatsune dans son travail ne devrait pas poser de problème... Juste au moment où il prenait sa décision, une certaine idée lui traversa l’esprit. Peut-être était-ce aussi une excellente occasion de résoudre « un certain problème ».

Masatsugu avait décidé qu’il devait examiner correctement la question, mais malheureusement, il n’avait pas le luxe du temps, car à ce moment-là...

De façon inattendue, une sirène avait commencé à retentir sur les lieux afin de signaler une situation d’urgence.

Notes

  • 1 Seigan : Nom complet, Seigan no Kamae : le kenjutsuka est de face, le sabre pointé devant lui ; si l’on poursuit la courbe de la lame, la courbe passe entre les deux yeux de l’adversaire, le sabre est ainsi à une hauteur moyenne (chūdan) ; cette garde permet de frapper d’estoc (tsuki) ou bien de changer de garde pour effectuer une coupe (« armer » le coup) ; certaines écoles visent la gorge (c’est notre choix) ou le plexus solaire...

***

Partie 4

La soudaine sirène avait retenti dans tout le fort tutélaire de Suruga.

Shiori Fujinomiya avait immédiatement quitté la salle de réception et était sortie du bâtiment. Elle avait ouvert la voie alors que Hatsune Tachibana ainsi que son nouveau subordonné, Masatsugu Tachibana, la suivaient.

« Où allons-nous, princesse ? » demanda Hatsune

« Au donjon protecteur de la nation. C’est là que les informations y sont rassemblées. Nous irons là-bas pour savoir exactement ce qui s’est passé, » répondit Shiori à une Hatsune qui la suivait de près.

« Mais seront-ils prêts à dire cela à des étrangers comme nous... ? » demanda Hatsune

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Ces questions sont faciles à résoudre en comptant sur mon influence... — Eh bien, je vais certainement résoudre ce problème, » répondit Shiori.

« Comme prévu de la princesse. Un adorable sourire jumelé avec de méchantes phrases, c’est absolument charmant, » répliqua Hatsune.

Les paroles et le comportement de Shiori ne semblaient pas être une princesse tenue à l’abri.

Déjà habituée, Hatsune plaisantait afin d’animer l’atmosphère alors qu’elle suivait consciencieusement Shiori.

En revanche, Masatsugu Tachibana les suivait en étant le dernier de la file, mais apparemment, il n’était pas vraiment confus par ce qui se passait. La soudaine démonstration de l’initiative de Shiori n’avait pas fait apparaître beaucoup de doutes en lui.

Personne ne savait si c’était parce qu’il avait une personnalité calme ou si c’était qu’il faisait simplement les choses à son propre rythme. Ou peut-être un mélange de ses deux éléments ?

La scène précédente avait montré qu’il n’était pas une personne ordinaire, mais cela ne suffisait pas à ce qu’il puisse agir ainsi. Il devait se réveiller afin de devenir l’un des plus grands héros qui avaient pour toujours honoré de leurs faits les annales de l’histoire.

C’était également les intentions du Shiori qui avaient fait qu’elle l’avait convoqué au fort tutélaire.

Elle voulait le laisser respirer l’air lié aux champs de bataille. Peut-être que cela lui offrirait une sorte de stimulation, déclenchant un nouveau changement au sein de l’être connu sous le nom de Masatsugu Tachibana.

Shiori avait agi ainsi avec de tels espoirs en elle.

En tout cas, Shiori les conduisit à vive allure et ils arrivèrent au cœur même du fort tutélaire après cinq minutes de course. Il s’agissait de la tour de briques rouges au centre des locaux, connu sous le nom de donjon protecteur de la nation.

Il s’agissait de la tour d’environ quarante mètres de haut avec une gigantesque roue de feng shui installée au sommet.

L’installation elle-même avait été construite il y a quelques décennies et était assez ancienne. Shiori entra hardiment dans la salle du rez-de-chaussée.

Les multiples entrées étaient toutes ouvertes, offrant un accès libre au rez-de-chaussée.

Il y avait quatorze ou quinze soldats de l’armée provinciale Tōkaidō présents dans le hall de la tour. Après avoir remarqué l’arrivée de la princesse aux chevaux blond-platine, l’un après l’autre, la moitié des soldats la salua et lui jeta des regards de surprise sur elle.

Shiori voulait à l’origine demander à l’un des officiers, mais il lui vint à l’esprit qu’il devrait y avoir quelqu’un ayant un plus haut rang sur les lieux.

« Chevalier Kamamoto, puis-je vous déranger un instant ? » demanda Shiori.

« Très certainement, Princesse, je suis à votre service, » répondit Kamamoto.

Le vieux Chevalier servant de châtelain provisoire était entouré de plusieurs de ses subordonnés.

Ces subordonnés reculèrent pour offrir un chemin à Shiori dès qu’ils la virent approcher, permettant à son groupe de rejoindre le vieil homme portant un uniforme noir d’officier.

« Qu’est-ce qui a causé la première sirène ? S’il vous plaît, expliquez-moi autant que cela vous est permis, » demanda Shiori.

« Apparemment... des pirates. Les dragons de la Baie de Suruga sont actuellement en train de se charger d’eux, » répondit Kamamoto.

« En d’autres termes, est-ce des navires armés qui approchent de la ville de Suruga ? » demanda Shiori.

« Il n’y a pas encore de rapports confirmant la présence de navires, mais il est très probable que cela soit le cas, » répondit Kamamoto.

Shiori avait déjà contacté le vieil homme quelques heures plus tôt afin d’avoir l’autorisation d’emprunter une pièce dans le fort tutélaire.

En tant que personnes appartenant aux classes privilégiées, les Chevaliers se transformaient souvent en vieillards têtus et arrogants quand leur âge avançait. Cependant, le vieil homme Kamamoto était un vieux monsieur ayant un bon caractère.

Le ton de l’homme âgé était cordial, probablement dans une tentative afin de rassurer la princesse Shiori.

« Soyez assurée. Je ne crois pas que cela deviendrait un incident majeur. S’il vous plaît, Princesse, n’hésitez pas à retourner en toute sécurité à la ville, » déclara Kamamoto.

Trois jours plus tôt, le fort tutélaire Suruga avait perdu le personnage officiel servant en tant que châtelain. Le précédent châtelain avait été arrêté pour corruption et était actuellement détenu à la campagne au quartier général de la police militaire.

Le Chevalier Kamamoto avait dû reprendre ses fonctions après avoir pris une retraite bien méritée depuis plus de sept ans.

À moins d’une sérieuse pénurie de personnel, le châtelain d’un fort tutélaire devait être un Chevalier. En raison de cette règle non écrite, un vieil homme retraité avait dû être rappelé afin d’assumer pour le moment ce rôle.

« Des pirates, est-ce bien ça... ? » murmura Shiori pour elle-même.

Il y a dix ans, lorsque le Japon Impérial était devenu l’allié tributaire de la Rome Orientale...

Quelques soldats avaient déserté l’armée, déterminés à s’opposer à Rome même si cela les menait à une fin amère. Il y avait aussi des radicaux qui avaient lancé des attaques terroristes, se ralliant afin de pousser hors du Japon le détachement romain présent. Ces personnes se livreraient à l’occasion à des actes de pirateries lorsqu’elles étaient confrontées à des pénuries de financement.

Les navires pirates de ce type étaient toujours équipés d’armes à feu et de munitions...

La garde côtière avait donc déployé des bêtes de types dragon des mers qui étaient maintenus en tout temps dans les eaux avoisinantes afin de pouvoir détecter le plus tôt possible l’odeur de la poudre à canon présent sur ces navires. La question était de savoir si c’était encore une fois un dragon des mers qui avait déclenché cette alarme.

Cependant, les ennemis étaient-ils vraiment des pirates ? Alors que Shiori réfléchissait à tout cela...

Un son ressemblant à des cloches fit écho dans les airs.

La puissance mystique produisant ce son n’était pas intense. Shiori avait alors vu un renard blanc, gros comme la paume, sur l’épaule du vieil homme Kamamoto.

Il s’agissait d’un renard de liaison, une petite bête de rétention utilisée par l’Armée Impériale.

« Oh. » Kamamoto avait écarquillé les yeux et le renard de liaison avait sauté de son épaule.

Le renard avait couru d’une manière adorable jusqu’au mur où il y avait une chaise à bascule inoccupée.

Puis, après que le renard de liaison eut couru sous la chaise, une jeune fille était apparue sur la chaise alors que rien ne se trouvait là précédemment.

Habillée comme une miko (une jeune fille du sanctuaire), la fillette avait des franges qui atteignaient ses sourcils et des cheveux noirs qui lui arrivaient aux épaules. Très adorable, la fillette ressemblait à une poupée Ichimatsu [1] et semblait avoir huit ou neuf ans.

« Sakuya, avez-vous quelque chose à me dire ? » Kamamoto avait demandé ça et la fillette nommée Sakuya avait tourné sa tête vers lui.

La silhouette élancée de la fille et les contours de ses vêtements de jeune fille du sanctuaire étaient légèrement flous. Plutôt qu’un vrai humain, elle était une image projetée par un esprit, un moyen de se substituer à la possession d’un simulacre.

Elle était probablement le génie protégeant le fort tutélaire de Suruga.

« Invasion... Lé... gions... Ennemi, alerte... » Sakuya fit un rapport de la situation du combat d’une manière hachée alors qu’elle transmettait des ondes noétiques.

La vue projetée par les ondes noétiques couvrait le plafond du hall du rez-de-chaussée du donjon protecteur de la nation. Il s’agissait de quelque chose ressemblant à un écran géant qu’on pourrait trouver dans un cinéma.

... La vue aérienne affichait la situation en temps réel sur la mer environnante.

Il y avait trois corps qui flottaient à la surface de la mer et qui ressemblaient à des serpents marins de dix mètres de long. Cependant, les cadavres possédaient des écailles dorées, ce qui signifiait qu’il s’agissait des dragons des mers utilisées par les gardes-côtes japonais. Tous les trois avaient été décapités, et ils avaient peut-être été abattus par l’ennemi.

... L’écran était ensuite passé à un autre point de vue.

Il s’agissait de la surface de la mer lointaine, à plusieurs kilomètres de la côte. Il y avait sept ou huit têtes qui oscillaient de haut en bas, avançant vers la plage comme s’ils marchaient sur l’eau.

Cependant, ces entités « humanoïdes » n’étaient pas des humains.

Se tenant avec leur huit mètres de hauteur, leurs silhouettes ressemblaient beaucoup à des Légionnaires.

De plus, leurs corps dégageaient une brume noire, empêchant une vision claire qui aurait pu confirmer leur aspect...

« En ce moment, plusieurs légionnaires ont tué trois dragons des mers... et ils avancent vers le fort tutélaire de Suruga, » déclara Sakuya. « L’ennemi a appliqué un camouflage noétique furtif, le type et l’affiliation sont non identifiés pour le moment. De plus, cette vidéo a été obtenue grâce à des techniques noétiques... en provenance de l’une des wyvernes des gardes-côtes, qui avait été témoin de toute la scène... »

L’image de Sakuya s’était assise sur la chaise à bascule tout en déclarant son rapport.

Sa voix était extrêmement calme et basse, et c’était plutôt difficile à comprendre en raison de sa manière saccadée de parler.

Pour les oreilles de Shiori, on aurait dit que la faucheuse faisait une visite de mauvais augure.

Note

  • 1 Poupée Ichimatsu : Il s’agit de l’une des sortes de poupées traditionnelles japonaises. Les poupées ichimatsu (市松人形, ichimatsu ningyō) représentent des petites filles ou des petits garçons, bien proportionnés, normalement colorés (pas de gofun pour donner à la peau une couleur blanche), et aux yeux de verre. Les premières furent nommées en honneur d’un acteur de kabuki célèbre du xviiie siècle et représentaient alors probablement un homme adulte, mais depuis la fin du xixe siècle le terme s’applique aux poupées en forme d’enfant. Les poupées mâles aux expressions espiègles furent les plus populaires à la fin du XIXe et au début du xxe siècle, mais en 1926 le Friendship Doll Exchange fit faire 58 poupées représentant des petites filles, à envoyer aux enfants du Japon de la part des enfants des États-Unis ; cet évènement popularisa les poupées femelles à expression sérieuse et douce et portant un kimono.

***

Partie 5

Il était de notoriété publique que les murs fortifiés et les douves étaient incapables d’arrêter le vol d’un légionnaire.

Cependant, les forts tutélaires possédaient des barrières défensives modernes lui permettant de remplacer de telles choses. Reposant sur le même principe que les renards de liaison, il s’agissait d’esprits donnés par le Seigneur Tenryuu, mais dans leur cas, il s’agissait d’être de bien plus hauts rangs que les renards.

« Ifrit, Seiryuu..., » au moment où l’image de Sakuya avait prononcé ces deux noms, un gigantesque cercle magique était progressivement apparu.

Il s’agissait d’un cercle de lumière bleue, de soixante-dix mètres de diamètre, qui se manifestait dans l’air au-dessus du fort tutélaire. Il y avait des motifs compliqués et des caractères sanscrits présents à l’intérieur du cercle.

Derrière le cercle magique, un dragon tout aussi gigantesque avait peu à peu pris forme. Pour être plus précis, il s’agissait de « l’image d’un gigantesque dragon ».

Le corps mince et serpentin était recouvert d’écailles bleu-saphir.

Le gigantesque dragon avait aussi deux ramures et quatre membres courts. La majesté de sa forme sacrée et indubitablement solennelle appartenait au symbole oriental du roi, la Bête Sacrée connue sous le nom de « dragon ». Le corps translucide avait indiqué à tous qu’il s’agissait d’une image projetée.

Le fort tutélaire de Suruga n’était pas à une altitude élevée, mais il était au moins situé sur le sommet d’une montagne.

Les zones urbaines environnantes pouvaient donc également voir l’image de Seiryuu. Les zones urbaines voisines du fort tutélaire sonnaient déjà l’alarme afin de proclamer la loi martiale.

« Des légionnaires d’affiliation non identifiée avancent sur le fort tutélaire ? Et ils faisaient semblant d’être des pirates... ! » Le châtelain provisoire de Suruga, le Chevalier Kamamoto, murmura cela en regardant la situation.

Actuellement, il chevauchait une wyverne bleue et survolait le fort tutélaire. La wyverne était identique en apparence à un lézard, sauf avec des ailes qui poussaient depuis ses épaules au lieu de ses membres antérieurs.

La wyverne était plus de deux fois plus grande qu’un cheval de course, une bête de rétention dont la taille moyenne était d’environ quatre mètres de long.

Alors qu’il était monté sur la selle d’une wyverne, le Chevalier Kamamoto avait alors déclaré. « Au nom de Zuihou, l’Appel nous a été décerné à nous, guerriers du Japon Impérial... Assemblez-vous ! »

Un miroir rond était alors apparu dans la main droite du chevalier âgé.

Le miroir rond uni semblait être fait de cuivre poli et avait la taille de la paume. Il s’agissait du Zuihou, le sceau du Chevalier qui lui permettait d’invoquer le légionnaire du Japon Impérial, le Kamuy, ainsi qu’un glorieux insigne de leur valeur.

S’élevant dans les cieux alors qu’il était monté sur sa wyverne, le vieil homme avait libéré une grande quantité de noèses. Le flux de noèses s’était immédiatement matérialisée, devenant une armée de légionnaires, communément appeler, une légion.

Un total de vingt-sept Kamuys, équipés d’armures et d’uniformes colorés avec le fameux « bleu samouraï ». Alors qu’ils étaient tous armés d’un fusil à baïonnette standard, les légions avaient suivi Kamamoto dans la bataille.

Le vieux Chevalier avait remarqué que l’ennemi s’approchait par le sud... donc, depuis la baie de Suruga.

« Ils arrivent ! »

La vue était assez large pour voir entièrement le fort tutélaire de Suruga ainsi que le plateau environnant.

La baie de Suruga était au sud, le port de Shimizu était à l’est tandis que le nord-est offrait une vue magnifique sur le pic sacré, le mont Fuji. Contrairement aux villes ou lieux ordinaires entourés de montagnes, la géographie était très diverse ici.

Dans cette vue de première classe, les signes de l’avancée de l’armée ennemie inconnue étaient visibles.

Il y avait une trentaine de « silhouettes humaines » qui venaient de la baie de Suruga, et cette armée ennemie se cachait derrière des techniques de furtivité noétique. Après avoir été découverts par des dragons marins, ils avaient volé directement dans l’air et non plus à ras les pâquerettes comme avant.

Sans montrer le moindre signe d’organisation, les « silhouettes humaines » volaient dans une formation dispersée.

La mer et le paysage urbain de Suruga avaient progressivement été teints en rouge par le soleil couchant. Nous étions presque arrivés au coucher du soleil.

Un compte plus prudent avait pu dénombrer trente-quatre ennemis. Le Chevalier Kamamoto avait vingt-sept Kamuys sous son commandement. L’ennemi détenait la supériorité numérique, mais les défenseurs avaient le soutien de l’Ifrit, Seiryuu.

L’image d’un gigantesque dragon d’azur, avec un cercle magique derrière son dos, occupait l’air au-dessus du fort tutélaire.

Au sud, le Chevalier Kamamoto menant une Légion de vingt-sept Kamuys se tenait immobile dans les airs.

Une ou deux minutes plus tard, les « silhouettes humaines » ennemies atteignirent la rive. Seuls quelques kilomètres les séparaient du fort tutélaire de Suruga. À ce moment-là, Seiryuu avait effectué un mouvement.

« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh..., » Seiryuu avait émis un rugissement en provenance directe de ses gigantesques mâchoires.

Puis, le ciel était devenu sombre alors qu’un rassemblement de nuages ​​d’orage put être visible dans la zone. La foudre avait commencé à frapper depuis la couche supérieure de l’atmosphère.

Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom !

Sans un instant de répit, les sombres nuages avaient continué à libérer la foudre. Seiryuu avait invoqué un jugement divin sous une forme météorologique. Il s’agissait d’un pouvoir spirituel pouvant contrôler les phénomènes météorologiques qui lui avait été conféré par le Seigneur Tenryuu, la Bête Sacrée du Japon.

Frappé par la foudre, un certain nombre de « silhouettes humaines » avait été emporté au loin avec violence. Cependant, les géants enveloppés dans la brume n’avaient pas pris trop de dégâts. De simples éclairs ne suffisaient pas à neutraliser des Légionnaires.

La foudre s’était transformée en un barrage continu, mais son but était d’empêcher l’avancée des troupes ennemies. Tel était le but du décret météorologique utilisé en tant qu’arme.

Au milieu du ciel rempli d’éclairs descendants, une « silhouette humaine » solitaire hurlait. « Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »

Il s’agissait probablement d’une sorte d’ordre venant d’être libéré.

La trentaine de « silhouettes humaines » avaient alors commencé à accélérer, s’éloignant les unes des autres. Après avoir amplifié leur formation dispersée, ils purent ainsi avancer à haute vitesse.

Il était incontestable que l’ennemi se précipitait sur l’armée de Kamuys dirigée par la Chevalier Kamamoto.

« Hmm !? » s’exclama Kamamoto. Il avait été pris par surprise. Au moment où ils avaient accéléré, l’ennemi avait abandonné son camouflage. Volant rapidement sans craindre le barrage de foudre, ils n’étaient plus une armée de « silhouettes humaines ».

« Des Croisés... ! » s’exclama-t-il.

Les Croisés étaient plus grands et plus larges que les Kamuys. Sur leur corps, ils avaient également une armure plus épaisse que celle des Kamuys. Un blanc réfléchissant se trouvait être la coloration générale de ces combattants, et il y avait également de lignes rouges qui ornait diverses positions de leur corps. Cette apparence appartenait sans aucun doute aux Croisés, le pilier des Légions des Forces Impériales Britanniques.

« Ainsi, c’est un chevalier britannique qui est venu nous envahir !? » s’exclama-t-il.

Il s’agissait d’une situation tout à fait logique et simple à comprendre. Le Japon Impérial était allié à la Rome Orientale. Si quelqu’un osait attaquer un fort tutélaire japonais, « l’autre empire » en Asie était le seul candidat logique.

Cela étant dit, le Chevalier Kamamoto avait fait claquer sa langue. « Le fort tutélaire doit-il encore déployer une barrière de noèses... ? C’était vrai, Sakuya avait mentionné sa mauvaise condition. »

L’ennemi avait lancé un assaut féroce dans une tentative de conquérir le fort tutélaire de Suruga.

Comme on l’appelait dans les temps anciens, une « bataille de siège » était sur le point de commencer. Responsable de la défense, l’Ifrit Seiryuu avait continué à faire pleuvoir des éclairs en tant que signe de sa résistance, équivalents à des flèches et à des canons utilisés en tant que « tirs antiaériens ».

Le problème était que sans « muraille », il n’y aurait pas de château...

Pendant ce temps, les Croisés continuaient de rapidement voler vers leur objectif, sans être ébranlés par les éclairs en provenance des cieux.

Ils avaient sans relâché même lorsque leurs camarades avaient été directement frappés par un éclair. Puis, avançant toujours sur une trajectoire rectiligne, les légionnaires britanniques avaient commencé à utiliser leurs fusils à baïonnette en un tir de suppression. Mais plutôt que des balles physiques, il s’agissait de faisceaux de chaleur qui sortaient au bout des canons des armes.

Des dizaines de flashs avaient volé dans les airs tels des flèches magiques, approchant les vingt-sept Kamuys du Japon Impérial.

« Activation des barrières ! » ordonna Kamamoto. Les Kamuys exécutèrent rapidement l’ordre du Chevalier Kamamoto.

De minuscules lumières voltigeaient comme des particules, suspendues dans les airs autour des vingt-sept Kamuys.

Ce type de lumière avait eu pour effet d’affaiblir les tirs ennemis. En conséquence, les Kamuys de Kamamoto avaient réussi à faire face aux trente-quatre croisées sans perte de leur côté.

Une bataille au corps à corps s’était alors déroulée dans les airs.

Les baïonnettes des fusils furent dès lors utilisées par les deux côtés alors qu’elles étaient utilisées comme des « lances » lors de cet affrontement à bout portant ou des frappes et de vives accélérations pouvaient être vues de part et d’autre des deux camps.

Tout comme pour les humains, la tête, la poitrine et l’abdomen des légionnaires étaient des parties vitales de leur anatomie. Une légion blessée dans ces zones perdrait la capacité de voler et finirait donc par s’écraser.

« Le cœur de la bataille est... contre moi, hein !? » s’exclama le vieux chevalier.

Le Croisé était supérieur au Kamuy en raison de leur carrure et de la force présente en eux.

La seule façon pour des Kamuys de s’opposer aux Croisés était de faire usage de leur agilité dans une tactique d’escarmouches ou de guérillas. En gros,

Mais une fois que les deux parties s’étaient engagées dans un combat rapproché avec des soldats mélangés de manière chaotique, le camp avec une force supérieure aurait un avantage absolu. À peine le vieux chevalier dit-il qu’un Croisé poignarda un Kamuy au visage avec sa baïonnette et actionna directement après ça la gâchette de son arme.

Le fusil à baïonnette était une arme constituée d’un fusil à usage militaire avec une lame fixée sur l’extrémité avant de son canon.

Naturellement, le faisceau tiré depuis la bouche du canon avait fait exploser la tête du Kamuy.

De plus, le faisceau continuait en ligne droite, perçant une nouvelle cible. Malheureusement, la wyverne utilisée comme monture par le Chevalier Kamamoto avait ainsi été abattue.

« Ohhhhhh !? » s’écria-t-il.

Le rayon avait arraché l’une des ailes de la wyverne.

Puis, comme elle avait perdu la capacité de voler, la wyverne était tombée, emportant par la même son cavalier avec elle. La hauteur de la chute était d’environ soixante à soixante-dix mètres.

Le Chevalier Kamamoto s’était ainsi écrasé sur le sommet d’une colline de verdure. Heureusement, le corps géant de la wyverne avait aidé à amortir la chute, alors il avait pu survivre avec seulement quelques fractures et ecchymoses.

Cependant...

Un géant était descendu avant de se positionner devant le chevalier Kamamoto qui avait survécu jusque là.

Il s’agissait d’un Croisé qui avait l’intention de mettre à mort le Chevalier Kamamoto. L’atterrissage du Légionnaire britannique avait fait trembler le sol et un grondement avait pu être entendu. De près, il semblait aussi grand qu’un immeuble de trois ou quatre étages.

Le fusil à baïonnette présent dans la main du géant faisait environ quatre mètres de long. C’était plus de deux fois la taille du vieil homme.

Aussi bien la baïonnette montée sur le canon que le laser provenant de l’arme pourraient facilement mettre un terme à la vie du chevalier Kamamoto. Fidèle à sa fierté de soldat de l’Armée Impériale, le vieil homme avait incité son corps blessé à se lever le plus vite possible. Dans le même temps, il avait dégainé le pistolet semi-automatique de 9 mm se trouvant dans l’étui à sa taille.

Cependant, ce genre d’arme ne pouvait nullement arrêter un gigantesque Légionnaire.

Sans même utiliser son fusil à baïonnette, le Croisé avait déplacé avec force sa jambe gauche comme s’il voulait effectuer un coup de pied dans un caillou se trouvant sur sa route.

Ce petit mouvement avait heurté le Chevalier Kamamoto, le projetant en l’air. Au moment où il était sur le point de perdre conscience, il avait désespérément ordonné son dernier ordre à ses Kamuys encore sous son commandement.

Il avait ordonné en son nom aux Kamuys de défendre le fort tutélaire jusqu’au bout. Cette pensée était ainsi devenue la volonté et le testament final du vieil homme.

***

Partie 6

Dans le hall du rez-de-chaussée du donjon protecteur de la nation, Masatsugu soupira.

Flottant dans les airs, une fenêtre géante servait d’écran et affichait une certaine vidéo.

Elle était en train de montrer la bataille aérienne entre les Légionnaires dans le ciel près du fort tutélaire de Suruga. Un affrontement intense entre l’armée de Kamuys menée par le Chevalier Kamamoto et l’armée britannique composée de Croisés.

« Tellement unilatéral..., » gémit Masatsugu.

Après la mort de Chevalier Kamamoto lors du combat, les Kamuys étaient clairement devenus plus léthargiques.

Chaque fois que les Croisés s’approchaient, les Kamuys frappaient à l’aide de leurs fusils à baïonnette pour s’engager dans un combat au corps à corps. Malheureusement, ils étaient trop lents, et donc, ils étaient complètement incapables d’esquiver ou de parer les attaques ennemies. Inversement, les attaques des Kamuys avaient toutes manqué leur cible.

Dans une telle situation, il était impossible de résister à l’armée britannique avec leur avantage au niveau de leur force, de nombre et tout le reste.

Mais même ainsi, les vingt-sept Kamuys n’avaient pas abandonné le combat. Même si leurs attaques avaient souvent raté leur cible, ils avaient persisté à tirer avec leurs armes sur les Croisés et à les poignarder avec leurs baïonnettes.

Normalement parlant, quand un chevalier mourait, les Légionnaires sous son commandement disparaissaient.

« Est-ce la dernière volonté du chevalier... ? » Masatsugu murmura cela pour lui-même. Inexplicablement, il ressentait une sensation qui lui indiquait qu’il s’agissait d’une certitude.

De temps à autre, les Légionnaires exécutaient le dernier ordre de leur dernier maître, comme pour respecter le souhait d’un mourant. Cela était particulièrement vrai pour le principal pilier du Japon, le Kamuy, dont la loyauté envers les commandements était particulièrement notable.

Dès qu’il avait compris la raison pour laquelle les Kamuys se battaient sans relâche, Masatsugu s’était senti troublé.

Masatsugu Tachibana était un étudiant qui ne savait rien sur les Légionnaires. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi il savait de telles choses avec certitude.

Pendant ce temps, un autre élément défavorable était apparu sur le champ de bataille.

« Le dragon a-t-il bien disparu... ? » demanda-t-il.

Masatsugu avait douté de ce que ses yeux voyaient. L’image de Dragon de Seiryuu qui était la divinité gardienne de ses lieux avait disparu sans avertissements de l’air se trouvant au-dessus du fort tutélaire qu’il avait occupé jusqu’à maintenant.

Les soldats se trouvant dans le donjon protecteur de la nation avaient également commencé à se parler entre eux, incapables de cacher leur perte de sang-froid.

Un officier avait couru vers un coin de la salle, à l’endroit où l’image de Sakuya avait été assise sur la chaise à bascule.

« Sakuya-sama ? Qu’est-ce qui vous est arrivée, Sakuya-sama !? »

L’image de la jeune fille du sanctuaire n’était plus, disparaissant de leur vue au même moment que Seiryuu.

Par la suite, les personnes avaient toutes commencé à parler en même temps. Quelqu’un avait suggéré de trouver un maître noétique tandis que d’autres voulaient savoir ce qui s’était réellement passé avec le dragon. L’état du Chevalier Kamamoto était aussi un sujet de discussion. La scène était remplie de cris de colère et d’ordres.

Le désespoir de vouloir sortir de cette situation avait infecté chaque officier et les soldats sous leur commandement. Cependant, sans le chevalier si crucial, on pouvait deviner combien leurs efforts pouvaient être inutiles.

« ... Masatsugu-sama et Hatsune, venez par ici, » la princesse avait soudainement appelé Masatsugu et Hatsune.

Shiori sortit vivement du hall principal du donjon protecteur de la nation et Hatsune suivit de manière décisive. Masatsugu avait fait de même sans perdre de temps.

Pour être honnête, ce n’était pas l’aptitude à diriger qu’on attendrait d’une princesse tenue à l’abri.

Depuis l’arrivée de la sirène, Shiori avait émis diverses instructions précises. Sa docilité quant à obéir était purement une façade destinée à obscurcir le monde.

Dès qu’ils avaient quitté le donjon, un petit animal était apparu sur l’épaule de Shiori.

Il s’agissait d’un renard blanc à peu près de la taille d’un hamster, à savoir, la petite bête de rétention appelée le renard de liaison. L’esprit nommé Sakuya avait utilisé le même genre d’animal.

Masatsugu déclara à ce moment-là. « Une bête de rétention... Aujourd’hui, il s’agit de la première fois que j’en vois une véritablement. »

« C’est quelque chose que j’ai demandé au père de Hatsune de me procurer. En avoir un avec soit est extrêmement utile, » répondit la princesse.

Le petit animal blanc sur l’épaule de Shiori avait expiré par ses narines.

Le Seigneur Tenryuu avait décerné de nombreuses bêtes de rétention au Japon Impérial et le renard de liaison était l’un de ses types. Utilisant des pouvoirs noétiques innés, ils étaient capables de servir l’humanité en faisant de petits miracles.

À l’instar des armes à feu, les bêtes de rétention ne pouvaient en principe être utilisées que par les forces militaires et policières.

Il y avait des rumeurs concernant la présence de bêtes illégales dans la société civile...

Shiori avait alors dit au petit animal mystérieux, « Le génie de ce fort tutélaire... s’appelle Sakuya, n’est-ce pas ? J’ai besoin de lui parler, alors s’il vous plaît, localisez-le. Vous devriez être capable de la trouver au sanctuaire souterraine. »

Le renard de liaison s’était mis à bouger puis il avait disparu après ça. Il avait rapidement obéi aux ordres, disparaissant aussi soudainement qu’il était arrivé.

« Princesse, ne pouviez-vous pas l’avoir invoqué d’où nous étions juste avant ? » demanda Hatsune.

« Je ne pouvais pas le faire devant les autres. J’ai besoin de lui parler de manière confidentielle, » répondit instantanément Shiori à la question de Hatsune.

« Ce génie — semblait un peu étrange, » continua Shiori

Il y avait un sentiment de certitude dans le ton de la voix de la princesse.

« Ce prétendu génie est la volonté d’un Ifrit, quelque chose qui s’apparente à un avatar, » continua la princesse. « Je crois qu’elle et Seiryuu étaient incapables de soutenir leurs manifestations en raison d’instabilités spirituelles. »

« Comment êtes-vous si sûre ? » Masatsugu n’avait pas pu s’empêcher d’intervenir. Il était très curieux en raison de la certitude qui était présente dans le timbre de voix de Shiori.

Au nom de son maître, Hatsune, sa dame d’honneur, gonfla fièrement sa poitrine et dit : « Souviens-toi bien de ceci, Onii-sama. Notre princesse est non seulement intelligente, mais aussi une personne bénit qui possède un puissant talent noétique. Elle est littéralement l’incarnation du cerveau et de la beauté, un exemple de l’idéal d’Yamato Nadeshiko ! »

Le talent noétique se référait à la capacité de détecter et de transmettre des ondes noétiques.

Le titre de maître noétique était accordé à ceux qui avaient travaillé dur afin d’obtenir la certification d’état. Par rapport aux humains ordinaires, ces personnes étaient plus aptes à communier avec les esprits et les bêtes de rétention, et ils s’étaient également spécialisés dans le contrôle noétique.

Hatsune avait l’air très content, mais Shiori déclara avec indifférence. « Tout comme mes cheveux, ce genre de capacité vient tout simplement de la lignée de mon grand-père. Beaucoup de princesses héritant du sang d’une Bête Sacrée ont une aptitude pour le mystique, c’est juste que mes dispositions sont plus fortes que la normale. »

« Étonnant, » dit Masatsugu assez imperturbable.

L’éloge tout à fait ordinaire de Masatsugu incita Shiori à hausser les épaules et à dire, « Vraiment ? L’impératrice actuelle a du sang de dragon plutôt réduit... c’est pourquoi ses plus proches partisans m’ont toujours considérée avec hostilité. Ces personnes croient que c’est un grand affront pour moi de ressembler si étroitement à mon grand-père malgré mon appartenance à une branche secondaire. Strictement parlant, les inconvénients sont plus nombreux que les avantages. »

Les brillants cheveux blond-platine de la princesse provenaient de la lignée de Seigneur Tenryuu.

Cependant, l’Impératrice actuelle, Sa Majesté Teruhime, avait les cheveux noirs, la même chose qu’une Japonaise typique. Masatsugu avait maintenant compris la raison de tout ça.

Shiori continua, « S’il vous plaît, gardez ceci un secret, car je ne l’ai dit qu’à ceux qui sont proches de moi. »

« À vos ordres, » répondit Masatsugu.

« En dehors de tout ce qui concerne le domaine noétique, j’ai aussi gardé beaucoup d’autres secrets, » continua la princesse. « Cela inclut ma personnalité actuelle ainsi que le fait que je suis plus maline que la plupart des gens m’imaginent être. »

« ... C’est malin, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Tout à fait. Sur les questions de l’esprit, je perds rarement, peu importe, mon adversaire, » répondit la princesse.

L’expression factuelle de la princesse donnait l’impression que le fait d’être perspicace était une vertu. Le mot très impoli « mégère » était venue à l’esprit de Masatsugu.

À ce moment, un son de cloche avait été entendu.

Le renard qui avait été sur l’épaule de Shiori un peu avant ça était apparu de nulle part. La petite bête de rétention était revenue.

« Comment était-ce ? » demanda la princesse.

Le renard de liaison avait secoué sa petite tête.

Sa maîtresse soupira et déclara avec dépit, « L’esprit nommé Sakuya... Je ne peux pas croire qu’elle ait fermé son cœur et ait refusé d’écouter quelqu’un. En termes humains, elle semble être une enfant très timide. Si elle jure de garder le secret, je serais prête à l’aider... »

Au milieu de la phrase, la princesse ne pouvait plus être entendue.

Un soudain fracas avait totalement submergé sa voix. Quelque chose de dur et lourd s’était effondré, et tout cela était accompagné d’une explosion. C’était ce qu’ils avaient tous clairement entendu.

Les murs de fortification en forme d’étoile du fort tutélaire de Suruga... venaient d’être endommagés à ce moment-là.

... Inutile de dire que les Croisés ennemis en étaient responsables.

Deux Croisés avaient continué à tirer avec leurs fusils à baïonnette depuis les airs. Dépassant les Kamuys chargés du souhait final du Chevalier Kamamoto, ils chargèrent dans la zone proche du fort tutélaire.

Après cela, les deux Croisés avaient atterri directement à l’intérieur du fort tutélaire.

Le lourd impact avait fait trembler le sol. L’un des Croisés avait atterri sur le toit d’un immeuble à ossature d’acier d’un étage.

Le Légionnaire britannique se tenait là à plus de huit mètres de haut.

Son poids estimé de plusieurs centaines de tonnes avait facilement écrasé la structure du béton armé.

Toute personne se trouvant à l’intérieur du bâtiment serait dans tous les cas morte. Après ça, les deux Croisés avaient commencé à lâcher des coups de feu.

Les faisceaux avaient jailli de leur arme tel un torrent, faisant exploser tout ce qui se trouvait à l’intérieur du fort tutélaire.

Les Croisés ne visaient rien en particulier. Tirant à raison de dix coups par seconde, il n’y avait pas besoin de viser pour provoquer d’importants dommages.

Les différentes structures à l’intérieur du fort tutélaire... les bâtiments, les hangars, les casernes, etc. avaient toutes été construits en béton armé utilisant un solide acier, mais ils avaient tous été percés par les tirs comme s’ils avaient été des accessoires en styromousse... Démoli... Écrasé... Brûlé... Fondu... Et même des explosions pouvaient être vues de part et d’autre du fort.

Les faisceaux de chaleur destructeurs avaient fondu et tranchés à travers l’acier et le béton.

Voilà la puissance du fusil à baïonnette.

Hatsune cria de panique, « Princesse ! Nous devons nous dépêcher et trouver un abri ! »

« ... Non, il serait plus sûr de rester immobile, » répondit la princesse.

Shiori regarda un certain bâtiment. Il s’agissait du donjon protecteur de la nation qu’ils venaient de quitter.

« Cette tour est le noyau du fort tutélaire, » continua-t-elle. « En supposant qu’il a des informations cachées à l’intérieur de ce bâtiment, ainsi que sous terre, avec le corps principal d’Ifrit qui se trouve dans le sanctuaire souterrain de l’eau, tous deux doivent être intacts. L’ennemi doit prendre en charge ces installations pour son propre usage... Par conséquent, les Croisés n’attaqueront certainement pas notre position. »

Shiori avait raison.

Les deux Croisés n’arrêtaient pas de tirer, mais leurs canons n’étaient jamais dirigés dans la direction du trio présent à côté du donjon protecteur de la nation.

Hatsune sourit et Shiori expira en soulagement. Bien qu’elle se soit exprimée pour rassurer tout le monde sur leur sécurité, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir nerveuse à l’intérieur.

Après ça, la princesse leva les yeux avec un air sévère. « Profitons de cette occasion favorable pour appeler des renforts. »

Le corps entier de Shiori se mit alors à briller d’une lumière blanche. Il s’agissait de la lumière du pouvoir noétique.

Les personnes ordinaires étaient essentiellement incapables de détecter les ondes noétiques, mais de puissantes ondes noétiques libéraient de la lumière, produisant un rayonnement que tout le monde pouvait voir.

Témoin de ce phénomène présent dans les rumeurs, Masatsugu avait été profondément impressionné.

« Ô braves qui avaient épuisé vos forces, que votre courage soit couronné de gloire. Louez soit votre courage, » la princesse impériale avait parlé solennellement au milieu de la lumière blanche de la noèse.

Curieuse, Hatsune demanda à Shiori : « Princesse, que faites-vous ? »

« Ces Kamuys continuent de se battre sans relâche en l’honneur de la dernière volonté de Kamamoto-sama. Je les rassemble pour défendre le fort tutélaire qui va tomber face à l’ennemi. Cependant, je ne sais pas combien de Kamuys se précipiteront ici..., » murmura Shiori avec inquiétude.

En effet, les Kamuys se battaient actuellement vaillamment contre les Croisés à l’extérieur du fort tutélaire. On pouvait deviner plus ou moins le nombre de Kamuys qui étaient encore intact et s’ils avaient la possibilité de renvoyer certains des leurs au fort tutélaire.

Étonnamment, des renforts étaient immédiatement arrivés.

Tenant fermement leurs fusils à baïonnette, deux Kamuys pénétrèrent dans les locaux depuis la porte latérale du fort tutélaire.

« Ce sont ceux qui gardaient la porte ! » s’exclama Masatsugu.

Masatsugu avait réalisé qu’ils étaient les deux Kamuys qui avaient été postés à la porte latérale dans le but d’afficher le prestige du maître des lieux. Obéissant à la dernière volonté de leur précédent commandant, ils n’avaient pas encore disparu du champ de bataille.

***

Partie 7

Le sanctuaire de l’eau était situé entre cent à deux cents mètres sous le donjon protecteur de la nation.

Comparé au hall du rez-de-chaussée du donjon protecteur de la nation se trouvant au-dessus de la surface, le sanctuaire de l’eau était dix fois plus spacieux. On pourrait appeler cela un espace extrêmement vaste. En termes simples, il s’agissait d’un « grand espace ouvert entouré de pierre », entièrement construit en marbre blanc.

Le plafond était très haut, au moins vingt mètres de haut.

Des douzaines de piliers ronds avaient été distribués uniformément à l’intérieur, chaque pilier identique en taille avait un diamètre de six ou sept mètres. Le style rappelait celui des anciens temples grecs.

Il n’y avait aucun signe d’humains dans cet environnement si serein.

À l’inverse, il y avait une grande quantité d’« eau bleue » répandue sur le sol.

Aussi loin que l’œil pouvait voir, il s’agissait d’une surface bleu marine, semblable en couleur aux belles mers du sud. L’eau avait été entrecroisée par des blocs étroits de pierre, sans doute pour être utilisé comme chemins. Ils n’étaient pas nombreux, mais les personnes pouvaient marcher dessus.

Cet endroit, rempli d’eau bleue bénite, était un temple sacré de l’eau.

Il y avait un coin de la pièce qui était connecté à ce réseau de chemins accessible sur la surface de l’eau bleue.

Une certaine fille habillée comme une jeune fille du sanctuaire se tenait là, immobile. Il s’agissait de l’image du génie Sakuya. Cependant, son contour était encore plus flou qu’avant.

Son état actuel était très faible, et elle n’était même pas capable de soutenir une projection.

« Invasion, Légi... onnaire... Seiryuu, soutenir, échec..., » murmura-t-elle.

Sakuya réfléchissait d’un air absent.

En dépit de son apparence jeune, Sakuya était en fait un génie qui avait vécu près d’un siècle. Son âme avait accumulé beaucoup de fatigue. Sa personnalité était également « timide » et « fragile ».

Pour une fille délicate comme elle, l’invasion de Croisés était une épreuve douloureuse.

Le fait qu’elle était entrée en contact de trop près avec des ondes noétiques remplies d’esprit combatif, de soif de sang et d’intention offensante provenant des deux chevaliers et des nombreux Légionnaires avait fait subir à l’âme de Sakuya de graves dommages, comme si elle avait été attaquée physiquement.

Le contact avec le monde extérieur était actuellement un lourd fardeau pour elle.

Tout à l’heure, elle avait chassé un renard de liaison importun. Cela étant dit, elle voulait toujours remplir ses fonctions.

« Tentative de ré invoqué Seiryuu... Échec... Appel de renforts... Tentative de communication noétique... »

Sakuya avait consciencieusement effectué plusieurs tâches avec lenteur.

La vitesse de progression était aussi lente qu’une tortue. Elle attendait patiemment que les tâches se terminent. Elle avait alors remarqué qu’une certaine tâche était terminée, le statut des forces amies avait été vérifié.

« Le Chevalier Kamamoto... Tué au combat... Cependant, la bataille continue... »

En temps normal, quand le Chevalier les commandant était mort au combat, ses Légionnaires disparaissaient complètement.

Cependant, les Kamuys avaient à cette occasion obéi à la dernière volonté du vieil homme et avaient refusé d’abandonner le combat.

Le Légionnaire impérial du Japon, le Kamuy, était connu pour sa plus grande loyauté envers ses seigneurs. Le secret de l’histoire inspirante cela provenait probablement des liens créés au cours des années entre les Kamuys et le chevalier âgé en plus de leurs dispositions de loyautés absolues.

Cependant, la réalité était après tout difficile. Une armée qui avait perdu son commandant ne pouvait pas être en position de force.

Les Kamuys avaient vaillamment résisté face aux trente Croisés ennemis, mais ils étaient déjà à leurs limites. Il était très probable que dans quelques minutes, l’armée des Kamuys allait être anéantie. Ou peut-être que les effets de la volonté finale s’affaibliraient et qu’ils allaient disparaître d’eux-mêmes.

C’était pendant ces quelques minutes...

Que la situation avait changé. Deux Croisés avaient franchi la ligne de défense, avaient pu se défaire des Kamuys qui obstruaient leur passage et ils avaient réussi à envahir le fort tutélaire.

***

En compagnie de la princesse Shiori et de son lointain cousin Hatsune, Masatsugu se trouvait dans les locaux du fort tutélaire.

Deux Légionnaires britanniques, des Croisés, étaient finalement descendus du ciel. Les Kamuys qui gardaient la porte latérale s’étaient précipités afin d’intercepter l’ennemi.

Les deux samouraïs bleus impériaux du Japon avaient tiré consécutivement tout en s’approchant des Croisés.

Naturellement, les forces britanniques avaient riposté face à ces tirs. Les deux camps avaient déployé des barrières de protection tout en échangeant un feu nourri. En matière de nombres, ils étaient à égalité, à deux contre deux.

Cependant, ayant perdu leur commandant, les Kamuys bougèrent lentement et furent facilement tués par les Croisés.

Percés par des tirs de lumières dans l’abdomen, ils avaient disparu telle la brume matinale.

« Princesse !? Les deux gardes de la porte ont été facilement vaincues par l’ennemi ! » Hatsune hurla un avertissement, mais il y avait aussi d’autres choses qui se battaient contre les Légionnaires britanniques.

Ceux-ci n’étaient pas des Chevaliers ou des Légionnaires, mais les soldats du fort tutélaire de Suruga.

Tout en conduisant un certain nombre de véhicules légèrement blindés, ils avaient approché les deux Croisés. L’un des soldats avait ouvert la trappe supérieure et avait exposé la partie supérieure de son torse. Il portait un lance-roquettes antichar sur son épaule.

Cette arme permettait de propulser des grenades autopropulsées par fusée de 110 mm, spécialisées pour neutraliser l’armure lourde des tanks.

De plus, il y avait un petit camion militaire transportant une petite plate-forme de lancement de missile sol-air.

Ainsi, en utilisant les armes des forces conventionnelles, ils avaient tenté de s’opposer aux Légionnaires.

Une dizaine de grenades et de missiles furent envoyés successivement sur les Croisés envahisseurs.

Chaque projectile avait bel et bien impacté leur cible. Des explosions et des ondes de choc avaient produit un semblant de tempête qui faisait rage tout autour des deux Légionnaires britanniques. Malheureusement, leur armure blanche n’avait subi aucun dommage.

Alors qu’elle était témoin de cette scène, Shiori poussa un profond soupir. « Les attaques sans puissance mystique ont 90 % de chances de n’avoir aucun effet. C’est une propriété partagée par tous les types de Légionnaires. Sans un coup de chance massif, il est impossible de les vaincre en utilisant des armes conventionnelles... »

Après cela, le bruit des hélices put être entendu sur les lieux.

Deux hélicoptères de combat volaient autour des Croisés alors qu’ils effectuaient une attaque en tenaille.

Des lanceurs de missiles antichars étaient suspendus sous les hélicoptères, et bien sûr, les pilotes les avaient actionnés, mais cela s’était révélé tout à fait inutile.

Les deux Croisés avaient riposté sans discernement en une impitoyable punition envers ces choses gênantes qui leur tournaient autour.

Des véhicules blindés, des camions et des hélicoptères avaient tous été abattus et avaient explosé en lumineuses gerbes de débris. Rien ne pouvait être fait face à ça. Même une division lourdement blindée et possédant une puissance de feu supérieure ne serait pas capable de gérer un seul Légionnaire...

« Bonté divine ! » Hatsune haleta face à ce spectacle.

Heureusement, ces courageux soldats ne s’étaient pas sacrifiés en vain. Pendant qu’ils retenaient l’attention des Croisés, quatre autres Kamuys arrivèrent du ciel.

Ayant senti plus tôt les ondes noétiques de Shiori, les Kamuys s’étaient précipités afin d’aider à la défense du fort tutélaire.

Les Samouraïs bleus et les deux Croisés n’étaient pas distants de plus de dix mètres. Il s’agissait d’une distance où la partie baïonnette de leurs armes jouerait leur rôle, alors qu’ils engageaient dans un combat rapproché.

... Cependant, les deux Croisés étaient plus agiles que les quatre Kamuys dans leur état apathique.

Chaque fois que les Croisés frappaient avec leurs fusils, les lames acérées installées à leur bout déchiraient l’armure bleue des Kamuys et leur uniforme, projetant du sang bleu en de longues éclaboussures.

En effet, le sang circulant dans les veines des Légionnaires était bleu. Plus précisément, il devrait être appelé fluide ectoplasmique.

Ce liquide bleu était la source de toutes sortes de pouvoirs mystiques, pour des choses aussi petites que des automates possédés par des esprits ou des entités aussi grandes que des Légionnaires ou des sanctuaires de l’eau. Tel était le but du liquide ectoplasmique.

« Princesse, Onii-sama ! Regardez par là-bas ! » Hatsune pointa du doigt l’un des Croisés alors qu’elle cria.

Le soldat géant ailé de blanc tenait un Kamuy par le cou avec sa main droite. Le Kamuy avait été soulevé et jeté au loin par le Croisé.

Le corps géant épuisé du Kamuy avait volé dans les airs sous les rayons du soleil couchant.

Suivant une trajectoire parabolique, le corps de huit mètres était sur le point de tomber sur le groupe de Masatsugu...

« Dépêchez-vous et courez ! Tout de suite ! » Shiori avait rapidement donné des ordres. Hatsune et Masatsugu avaient rapidement réagi face à cela.

Hatsune se précipita aussi rapidement qu’une gazelle et fut la première à s’échapper du site de l’écrasement probable du Légionnaire. Bien sûr, Masatsugu ne s’était pas laissé distancer d’une grande distance.

En tant que jeune camarade du clan Tachibana, Masatsugu était sur le point de démontrer son accélération explosive quand...

« Kyah...! » De façon inattendue, la fille à côté de lui était tombée tout en lâchant un cri. Le sol était clairement plat sans obstacle à proximité, mais la fille trébucha en courant, tombant à plat sur la pelouse.

Masatsugu s’arrêta juste au moment où il allait commencer à sprinter.

Il avait interrompu de force son élan. Le gigantesque Kamuy était sur le point de toucher le sol dans moins de cinq secondes.

Il n’avait pas eu assez de temps pour ramasser la fille tombée et s’enfuir à toute vitesse.

« ... ! »

Ayant été nommé garde du corps de la jeune fille, Masatsugu se sentait enclin à la sauver. Mais, même s’il n’avait pas été son garde du corps, il n’aurait pas pu laisser seul une fille faisant face à une mort imminente.

Basé sur ces pensées, son corps avait exécuté une certaine action, mais tout cela n’était certainement pas par pure imprudence.

Il croyait avec certitude qu’il pouvait sauver la fille de cette façon et qu’il survivrait lui-même par la même occasion.

« Masatsugu-sama !? » cria Shiori.

Masatsugu se jeta sur une Shiori abasourdie afin de la protéger avec son propre corps.

Il se positionna sur ses bras et ses jambes comme s’il faisait des pompes afin d’éviter d’écraser la princesse avec le poids de son propre corps. Ainsi, Shiori était positionnée dans le faible espace entre Masatsugu et le sol.

Immédiatement après ça, un fort impact avait frappé avec violence le dos de Masatsugu.

« Guhhhhhhhhhhh ! » gémit Masatsugu.

Le Kamuy pesait plusieurs centaines de tonnes.

Masatsugu serra les dents, endurant l’impact et le poids du Légionnaire écrasé. Il avait tenu le coup, dans la douleur, affichant une scène terrible... puis, une minute ou deux passèrent... et sa posture qui faisait penser qu’il effectuait des pompes n’avait pas vacillé et était restée solide.

Ce qui pesait sur le dos de Masatsugu était la poitrine du géant. Le Kamuy écrasé était couché face contre terre.

« Masatsugu-sama, Masatsugu-sama !? »

En entendant la princesse crier alors qu’elle était remplie d’anxiété sous lui, Masatsugu poussa un soupir de soulagement.

Le fait que Shiori puisse encore parler signifiait qu’elle était indemne. Il remarqua que le visage surpris, mais également magnifique de Shiori Fujinomiya était juste devant ses yeux, extrêmement proche de lui. Maintenant qu’il y pensait, cette posture était comme s’il immobilisait la princesse avant d’en faire son affaire.

Naturellement, ils ne s’embrassaient nullement. Il n’expérimentait pas non plus l’aimable douceur d’une femme. Néanmoins, parce qu’ils étaient à proximité, Masatsugu avait remarqué quelque chose.

En dépit de la silhouette mince de la princesse, elle était assez mature et sexy en tant que femme.

Les courbes de son buste et de ses hanches étaient assez voluptueuses. Si elle et Hatsune étaient côte à côte dans leur maillot de bain, ce serait certainement une compétition serrée.

« Masatsugu-sama... Masatsugu-sama ! E-Êtes-vous indemne !? » demanda la princesse.

« Je vais bien. En passant, Votre Altesse, puis-je vous poser une question ? » demanda Masatsugu.

« V-Veuillez procéder, » répondit Shiori.

« Vous avez trébuché juste au moment où nous avons commencé à courir... Ne seriez-vous pas vraiment très mauvaise en sport ? » demanda Masatsugu.

« I-Il s’agit là de l’un de mes secrets et un particulièrement important de mon point de vue. Je ne peux pas facilement en parler ! » répondit-elle.

« Puisque cela affecte mon travail de garde du corps, je dois m’en assurer. Cependant..., » déclara Masatsugu.

Écrasé sous le corps massif d’un Légionnaire, Masatsugu était allongé sur la princesse impériale. Il y a une heure, jamais dans ses rêves les plus fous, il ne s’attendait pas à ce que cela se produise. Cependant, Masatsugu était calme à un degré vraiment inimaginable, presque inhumain.

En effet, cette situation triviale n’était pas une crise pour lui.

« Il n’est pas nécessaire de répondre à ma question. Je comprends déjà parfaitement votre réponse de tout à l’heure, » déclara Masatsugu.

« Quoi !? Oh, au fait, Masatsugu-sama, cette force qui est la vôtre..., » commença-t-elle.

Masatsugu n’avait pas attendu que la princesse finisse de parler.

Rassemblant toutes ses forces, il se redressa lentement. « Gu... uhh... G—uhhhhhhhhhh! »

Alors qu’il utilisa son dos, Masatsugu souleva lentement les centaines de tonnes du Kamuy et essaya de se lever du sol.

Il avait finalement réussi à obtenir une posture demi-accroupie. Actuellement, Masatsugu agissait comme un cric industriel humain, soulevant le poids de plusieurs centaines de tonnes que représentait la poitrine d’un Kamuy d’une hauteur de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix centimètres.

Ensuite, il avait achevé son action en une seule fois.

« Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! » Accompagné d’un violent cri, Masatsugu redressa sa posture, se levant en une imposante posture.

Finalement, il avait poussé le Kamuy de sa tête comme s’il avait renversé une crêpe sur une plaque chauffante. Cette force monstrueuse était vraiment ridicule.

Tout en faisant un demi-cercle, le géant bleu était à nouveau tombé sur le sol.

 

Auparavant, le Kamuy était couché face contre terre, mais cette fois, son dos avait heurté le sol, produisant un lourd bruit d’impact dans les lieux.

Debout à côté du Kamuy, Masatsugu détend ses épaules avec désinvolture.

Il saignait depuis quelque part sur le dessus de sa tête et le sang coulait le long de son front. Masatsugu s’était senti profondément impressionné en voyant qu’il avait seulement souffert de si peu de blessures. Un humain ordinaire ne pourrait pas être aussi fort et robuste.

Grâce à ce pouvoir, il avait pu protéger la princesse. Allongée sur le sol, la princesse le regardait fixement.

Sur le côté, Hatsune était gelée sur place. Elle avait demandé à Masatsugu avec étonnement, « Onii-sama... D-Dieu merci, vous allez bien... Non, attends, mais qu’est-ce que tu as bien pu faire là !? »

Tournant le dos aux deux filles, Masatsugu s’avança de sa cible. Une discussion détaillée devrait attendre que les choses soient réglées.

Il s’était lentement approché des deux Croisés. Parmi les Kamuys qui se battaient, il n’en restait qu’un seul tandis que les autres étaient tous allongés sur le sol en tant que cadavres. (Petite note, le seul survivant était le Kamuy qui était couché sur Masatsugu et Shiori tout à l’heure.)

Les Croisés blancs de la Grande-Bretagne n’avaient plus d’adversaires à se battre depuis un certain temps déjà.

Cependant, ils avaient simultanément arrêté leurs mouvements.

Alors qu’il regardait le minuscule mortel se trouvant devant eux, ils avaient agi comme s’ils avaient rencontré un ennemi terrifiant.

Les Croisés avaient levé leurs fusils et avaient visé Masatsugu.

Masatsugu lui-même marchait tranquillement vers les Croisés et avait simplement donné un simple ordre. Alors qu’il agissait comme s’ils n’étaient que de minuscules et inoffensifs insectes pour lui, il avait décidé qu’il n’avait pas besoin de se salir les mains.

« Termine-les, » ordonna-t-il.

Le Kamuy étendu sur le sol derrière Masatsugu avait réagi alors qu’avant ça, il avait presque écrasé à mort la princesse et Masatsugu. Ses yeux étaient désormais illuminés, et les mouvements de tout le corps du samouraï effectuaient désormais des mouvements d’une extrême fluidité et rapidité.

La méthode que le Kamuy avait utilisée afin de se lever rappelait la vitesse et l’agilité d’une bête sauvage.

Le Kamuy avait ensuite survolé la tête de Masatsugu, chargeant les deux Croisés comme un léopard.

Poussant devant lui son fusil à baïonnette à la vitesse de l’éclair, le Kamuy avait percé la poitrine d’un Légionnaire britannique avec sa lame. Cependant, l’attaque massive était loin d’être terminée.

Le Kamuy trancha vers le haut afin de retirer le fusil à baïonnette hors du corps de son adversaire, cette entaille avait sectionné l’artère carotide du Croisé. Il en fit de même avec le deuxième.

La bataille était ainsi terminée. L’offensive rapide du Kamuy avait frappé les organes vitaux avec précision, abattant facilement les deux Croisés.

« Rouge-violet... ? » marmonna Masatsugu pour lui-même.

Le Kamuy suivant ses ordres avait tranquillement changé de couleur.

À l’origine bleue, son armure et son uniforme militaire avaient changé pour devenir « une nuance de pourpre mélangée à la couleur du sang ». Ni lisse, ni glamour, cependant, c’était une nuance assez frappante de rouge-violet.

... En ce moment, le fort bruit des pales d’hélices retentit dans l’air au-dessus du fort tutélaire.

Un hélicoptère militaire était arrivé de l’ouest, flanqué d’une dizaine de Kamuys bleus. Les renforts étaient enfin arrivés.

« Ça devrait être Rikka-sama de la Maison Akigase. Alors, laissez-lui le restant des troupes ennemies, » au moment où Masatsugu le remarqua, Shiori était venue à ses côtés et lui avait dit ça. « Masatsugu-sama... Avez-vous enfin effectué votre réveil ? Un legatus legionis ou également... Un Véritable Chevalier. »

La princesse avait prononcé des mots inconnus.

La princesse impériale japonaise regardait fixement le visage de Masatsugu.

***

Chapitre 3 : Les Chevaliers et les Faits d’Armes

Partie 1

 Le sanctuaire d’eau était situé profondément en dessous du fort tutélaire de Suruga.

À l’intérieur du vaste espace construit à partir de la pierre se trouvait une piscine d’eau bénite de couleur bleu marin. Avec des dizaines de piliers géants se tenant à l’intérieur, il émanait d’ici une certaine solennité qui rappelait les anciens temples grecs.

Le sanctuaire de l’eau faisait partie des installations militaires importantes présentes dans les forts ainsi qu’un sanctuaire de tranquillité.

« Cela fait si longtemps depuis ma dernière visite du sanctuaire de l’eau de Suruga, » déclara une voix féminine.

Rikka Akigase marchait toute seule dans le sanctuaire de l’eau. L’abondante nappe d’eau bleue de ce lieu était sillonnée par un réseau de chemins de trois mètres de large qui permettait aux personnes de marcher sans se mouiller dans toute la pièce.

Seuls les individus impliqués dans les pouvoirs mystiques ou les légionnaires étaient autorisés à entrer dans les sanctuaires de l’eau.

La plupart de ces personnes étaient des Chevaliers, suivis par les maîtres noétiques, les moines, les prêtres, les vierges des temples, les guildes d’alchimistes, les chercheurs des associations noétiques, ainsi que les génies et les bêtes mystiques, etc.

Rikka se dirigea vers le « bain » se trouvant à l’arrière du sanctuaire de l’eau. Il n’y avait pas de porte séparant cette zone du reste du sanctuaire. À l’intérieur d’un espace à peu près de la taille d’un terrain de basket, il y avait une piscine ronde remplie d’un liquide bleu marin. Au centre de cette piscine se trouvait une fontaine fournissant le liquide bleu.

« Commençons..., » murmura-t-elle.

Rikka avait alors défait ses vêtements afin d’enlever son uniforme militaire noir qui la désignait comme étant un officier de l’Armée Impériale.

En tant que princesse du fief de Tōkaidō, Rikka s’était entraînée dans toutes sortes d’étiquette, mais elle n’avait jamais eu l’envie de ranger avec soins ses vêtements. Ses vêtements retirés avaient été éparpillés partout sur le sol sans se soucier des détails triviaux dans une démonstration de la nature d’une audacieuse guerrière présente sur le champ de bataille.

Cependant, elle avait posé précautionneusement l’épée japonaise suspendue à sa taille.

Complètement nue, Rikka était entrée dans la piscine, à savoir la cuve de liquide ectoplasmique utilisée pour la baignade... qui atteignait finalement sa taille.

Le liquide bleu marin remplissant le sanctuaire d’eau était du fluide ectoplasmique artificiel. Ce liquide avait la même composition que le sang circulant dans les veines des Légionnaires.

La cuve du liquide ectoplasmique n’était pas profonde. On pourrait s’asseoir dans la cuve et le liquide n’atteindrait pas le haut des épaules.

Rikka avait étendu ses membres dans la cuve. Il n’y avait que très peu de graisse sur son corps bien entraîné, bien que les courbes douces de son buste et de ses hanches exprimaient pleinement sa beauté féminine.

Le fluide ectoplasmique froid refroidissait sans pitié son impeccable corps nu.

Rikka avait enduré le froid provoqué par le liquide présent dans la piscine. Son corps avait commencé progressivement à se réchauffer. Cela représentait la meilleure preuve que la source des pouvoirs mystiques s’infiltrait dans le corps de Rikka Akigase.

Ce liquide ectoplasmique deviendrait la source d’énergie de l’armée de Kamuys sous son commandement.

« Le liquide ectoplasmique est synthétisé à partir du sang des Bêtes Sacrées divines pour servir de nourriture à des êtres qui ne sont pas de ce monde... Les chevaliers doivent stocker du liquide ectoplasmique dans leurs corps et leurs âmes pour nourrir leurs armées. N’est-ce pas exact ? »

C’était ce que Rikka avait appris sur les Légionnaires à travers la tradition orale.

Le fait de se baigner dans une cuve de liquide ectoplasmique représentait quelque chose comme des rations de ravitaillement pour nourrir une armée massive. En outre, il y avait une signification importante derrière tout ça.

« ... Sur mon Appellation d’Onikiri Yasutsuna, je prie le sanctuaire local de Suruga. Maintenant que mes soldats et moi nous nous sommes baignés dans l’eau bénite locale, pourriez-vous m’accorder le sceau de guerre m’autorisant à devenir un dieu de la guerre afin de défendre Suruga. »

Rikka ferma les yeux et pria envers le sanctuaire de Suruga. Il s’agissait de la demande pour que Rikka Akigase et son armée puissent devenir les chevaliers-gardiens de la zone ainsi que leur accorder le pouvoir...

Un peu plus tard, tout le corps de Rikka se mit à briller avec un faible rayonnement afin de lui signifier l’établissement d’un « contrat ». Après avoir accompli cela, elle pouvait maintenant sortir à tout moment du bain. Une fois la lumière calmée, elle s’était préparée à gérer un autre problème non résolu qui la préoccupait.

« Sakuya, s’il vous plaît, sortez. Je ne suis pas en colère contre vous. »

Rikka interpella le génie qui se cachait dans le fort tutélaire de Suruga. Sakuya pourrait ne pas être présente au sanctuaire d’eau, mais elle devrait être capable de sentir les ondes noétiques qui « l’appelaient ».

« Il va de soi que vous auriez pu faire mieux hier. Heureusement, je suis arrivée au bon moment et ce fort tutélaire n’est pas tombé entre les mains de l’ennemi. »

Le ton de Rikka était doux comme si elle consolait un enfant ou un animal effrayé.

Cependant, Rikka ne voulait pas feindre une voix douce pour amadouer les autres. Elle ne pouvait pas non plus le faire. Consciente de sa disposition guerrière, Rikka parlait de façon rigide. « Puisque le pire des scénarios a été évité et que je ne suis pas une femme qui s’accroche à la rancune, pourriez-vous, s’il vous plaît oubliez ce qui s’est passé hier ? Dépêchez-vous et venez m’aider. À partir d’aujourd’hui, nous serons très occupés quant à un avenir prévisible. »

Dès qu’elle avait fini de dire ça, une fillette d’environ neuf ans était apparue directement depuis les airs et elle se tenait à côté de la cuve contenant le liquide ectoplasmique. La jeune fille aux cheveux noirs atteignant les épaules était habillée comme une jeune fille du sanctuaire. C’était l’image projetée de Sakuya.

L’image du génie regardait Rikka avec des yeux timides et un regard triste clairement visible sur son visage.

Rikka s’était délibérément abstenue de parler. Elle haussa les épaules d’une manière exagérée pour laisser entendre. « Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

Immédiatement, un renard était apparu à côté de Sakuya avec un son de cloche.

Jetant un coup d’œil au renard de liaison, l’image déclara doucement : « La princesse arrive... Elle souhaite que vous... alliez à l’étage. »

« Vraiment ? Son Altesse est arrivée tôt, » déclara Rikka.

Une nuit s’était écoulée depuis l’attaque des Croisés. Nous étions actuellement 9 h 24, le matin.

Apparemment, la princesse Shiori se trouvait hier au fort tutélaire. Après que Rikka se soit précipitée sur les lieux, elle était retournée à sa résidence temporaire dans la ville. Donc, elles n’avaient toutes les deux pas pus se voir. Rikka allait enfin rencontrer la princesse présente dans les rumeurs. Elles devaient également discuter de l’incident en cours.

« Ça n’aidera personne. La situation est devenue très sérieuse, », murmura Rikka en se rappelant les reportages à la télévision vu la nuit dernière.

Hier, à 19 h, le gouvernement de Kyoto dans la région de Kinai avait tenu une conférence de presse.

L’hôte était le gouverneur général de Kinai, Izumi Tenzen. Il était le premier Chevalier (plus haut rang dans la hiérarchie locale) et souverain de Kinai. Il était un général féroce et réputé qui se tenait personnellement sur les lignes de front afin de diriger son armée de légionnaires.

Devant les médias qui comprenaient des stations de télévision, des journaux et des magazines, il avait proféré des malédictions d’une manière extrêmement émotionnelle.

La cible de ses abus verbaux était le Seigneur César, le grand généralissime du pays voisin et protecteur du Japon Impérial.

L’essentiel du discours était le suivant :

« Le seigneur César se fait appeler le protecteur de l’impératrice de notre nation, mais exerce un contrôle total sur notre gouvernement impérial et le fief de Kantō pour interférer injustement dans nos affaires intérieures. Le fait d’expulser le Seigneur César et l’armée romaine loin de la présence de Sa Majesté est la première étape pour reconstruire notre fière nation. Nous promettons nos vies pour accomplir cette action cruciale. »

En outre, il avait même dit ce qui suivait :

« L’ami de notre nation, l’Empire Britannique, est entièrement d’accord avec nous. »

« Je déclare par la présente la formation de l’Alliance pour la Restauration entre le fief de Kinai et l’Empire Britannique. Tous les Fiefs souhaitant poursuivre le même rêve sont invités à rejoindre l’alliance pour sauver notre grande nation. »

« En tant que révolutionnaires pour la renaissance de notre nation, l’Alliance pour la Restauration va bientôt marcher sur Tokyo. »

Le manifeste de l’Alliance pour la Restauration avait été instantanément diffusé à travers le Japon sur les ondes.

Cela avait provoqué un énorme tumulte dans le palais impérial et le bâtiment de la Diète nationale.

La région de Tōkaidō, prise en sandwich entre Kinai et Kantō, était où se trouvaient Rikka et la princesse. L’armée de l’Alliance pour la Restauration passerait inévitablement par Tōkaidō.

« Dans tous les cas, je dois longuement discuter avec la princesse, » déclara-t-elle.

Bien que crainte par la faction Impératrice, Shiori était tout de même une princesse légitime de la famille impériale.

En tant que chevalière, Rikka n’avait d’autre choix que d’exprimer son respect et ses inquiétudes. Quittant le liquide ectoplasmique bleu, Rikka se dirigea vers son uniforme militaire qui était éparpillé sur le sol.

***

« Merci d’avoir pris la peine de venir ici, Votre Altesse, et m’avoir gratifié de votre présence, » déclara Rikka.

Arrivée dans une pièce du fort tutélaire de Suruga, Rikka Akigase s’inclina aussitôt qu’elle vit la princesse.

Shiori avait souri avec douceur en réponse à cette jeune fille qui était à la fois la fille du gouverneur général de Tōkaidō et une Chevalière.

« Je suis vraiment heureuse que nous ayons pu nous rencontrer comme prévu aujourd’hui malgré la situation, » répondit Shiori.

« Ce n’est rien, » répondit Rikka tout en faisant un sourire ironique. En premier lieu, leur rendez-vous avait été fixé pour aujourd’hui.

Shiori était vêtue de sa blouse et de sa jupe habituelles tandis que Rikka avait son uniforme militaire noir exclusif aux officiers.

« Est-ce que votre père est actuellement à Nagoya, Rikka-sama ? » demanda Shiori.

« Tout à fait, » répondit Rikka. « Au fait, mon père a apparemment rendu hommage à Votre Altesse auparavant... »

« Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises dans la capitale, » répondit Shiori. « Je l’ai également vu une fois après mon retour de Rome. »

Les deux filles étaient assises sur des canapés différents pour ainsi pouvoir parler face à face avec une table pour recevoir des invités entre elles.

Il s’agissait du bureau personnel du châtelain, en d’autres termes, le commandant en chef d’un fort tutélaire.

Naturellement, la chambre du commandant était meublée avec élégance et noblesse. Quatre jours auparavant, le précédent châtelain à qui appartenait cette chambre avait été arrêté pour corruption. Il avait été emprisonné au quartier général de la police militaire à la périphérie de la Cité de Suruga et son Appellation, la clé lui permettant la convocation des Légionnaires, avait également été scellée.

Hier, le châtelain temporaire était mort au combat.

« En parlant de... Rikka-sama, êtes-vous actuellement le châtelain du fort tutélaire de Suruga ? » demanda Shiori.

« Oui, c’est tout à fait le cas, » répondit Rikka. « Bien sûr, le fait de revenir à Nagoya serait actuellement un défi. Puisque les rencontrer ici compte comme un coup de destin, sous peu, je vais affronter l’Alliance pour la Restauration. »

La princesse Chevalière avait souri gaiement et Shiori avait demandé. « Alors les zones urbaines autour de Suruga ont-elles été bouclées ? »

« Exacte, » répondit Rikka. « Toutes les principales routes et voies ferrées sont tombées sous le contrôle de l’Alliance pour la Restauration. »

Une carte de Tōkaidō avait été disposée sur la table.

La région de Tōkaidō comprenait trois préfectures : Aichi, Shizuoka et Yamanashi. La cité de Suruga était la métropole centrale de la préfecture de Shizuoka.

« En dehors de cet endroit, tous les forts tutélaires de Shizuoka avaient été capturés par l’Alliance pour la Restauration, » déclara Rikka en pointant du doigt cinq endroits sur la carte... respectivement, Hamamatsu, Kakegawa, Suruga, Fuji, et Nagahama.

« Le précédent châtelain de Suruga a non seulement prit des pots de vin, mais a même eu des relations secrètes avec des agents de Grande-Bretagne, » expliqua Rikka avec irone. « Si nous avions découvert cela plus tôt, nous aurions pu découvrir l’invasion à la première occasion... Cependant, cela aurait pu être son arrestation qui a incité l’Alliance pour la Restauration à agir plus tôt que prévu. »

Shiori lui avait alors répondu. « Peu importe, Suruga est actuellement apparenté à une île isolée sur terre. »

« Tout à fait, » répondit Shiori. « Les lignes téléphoniques ont cessé de fonctionner depuis la nuit dernière alors que les stations de communications dans les environs ont apparemment été prises en charge par la rébellion. De plus, toute la région de Suruga est soumise à des interférences à grande échelle dues aux ondes noétiques, de sorte que même les communications sans fil et les ondes hertziennes sont devenues très instables. »

En effet, depuis la nuit dernière, les signaux de télévision et de radio ne pouvaient plus être reçus.

Shiori l’avait également constatée.

Rikka avait continué. « Obtenir une information externe nécessite donc l’utilisation de bêtes de rétention pour aller rechercher ou transmettre des messages. En ce moment, j’ai envoyé une centaine de renards de liaison. »

« Est-il possible pour les humains d’entrer ou sortir de la zone ? » demanda Shiori.

« Les forces britanniques ont déployé de nombreuses bêtes de rétention afin d’encercler Suruga, » répondit Rikka. « Que ce soit en prenant des routes aériennes ou en traversant les Montagnes du Sud, il y a un risque élevé d’être détecté. »

« Des bêtes de rétention... Dans ce cas, toutes tentatives d’évasion irresponsables seraient encore plus dangereuses, » déclara Shiori. Elle avait commencé à évaluer la situation.

Les plaines de la préfecture de Shizuoka étaient principalement situées le long du rivage. Non seulement les zones urbaines étaient-elles concentrées ici, mais l’ancienne route datant avant la période d’Edo était également construite le long de la côte. C’était pourquoi le nom de Tōkaidō équivalait à la « route de la mer ».

Les cinq forts tutélaires de la préfecture de Shizuoka avaient également été construits le long de l’ancienne route ou sur la côte du Pacifique.

« Comme on pouvait s’y attendre, l’armée de l’Alliance pour la Restauration..., » Shiori s’était mise à parler après une certaine contemplation. « ... avancera vers l’est le long de l’ancienne route pour prendre le contrôle de Hakone. »

« Assurément, » répondit Rikka. « Rome possède une garnison stationnée à Kantō, ce qui signifie qu’un échec est presque assuré à moins que l’Alliance pour la Restauration ne sécurise sa base d’opérations avant d’attaquer. »

Plus l’altitude de vol d’un Légionnaire était élevée, plus la consommation de liquide ectoplasmique était importante. En conséquence, les déplacements étaient essentiellement limités aux vols à basse altitude ou en mer, tout en évitant les régions montagneuses. (Si un combat contre les légionnaires n’était pas prévu après le mouvement des troupes, il y avait aussi des cas de voyages en haute altitude à travers la stratosphère.)

Alors qu’elle était assise d’une manière formelle et droite, Rikka avait alors dit solennellement. « Votre Altesse, maintenant que Suruga est entouré, la situation est assez grave. Si vous voulez échapper vers la capitale, peut-être que je pourrais... »

« Ce n’est nullement nécessaire, mais j’apprécie le geste, » déclara Shiori.

« Oh ? » s’exclama la chevalière. Elle plissa les yeux avec intérêt.

Shiori avait souri avant de dire. « Je ne sais pas si Suruga sera mon dernier lieu de repos, mais je suis venue ici avec l’intention de rester sur le long terme. D’ailleurs, ces personnes de la capitale... n’apprécieraient probablement pas mon retour. »

« C’est vrai, » répondit Rikka.

Rikka savait aussi pourquoi Shiori était crainte.

Alors qu’elle souriait maladroitement et se sentait ridicule, Shiori lui avait alors dit. « Rikka-sama, en parlant du fait de s’échapper de Suruga, ne serait-il pas naturel que vous receviez des ordres vous demandant de vous échapper ? »

Le père de Rikka Akigase était le gouverneur général de Tōkaidō, Akigase Shouzan.

Il était à la fois un homme d’une magnanimité impressionnante et un homme politique expérimenté. Même sans tenir compte de leur relation de parent et d’enfant, il était possible pour lui d’ordonner secrètement à sa fille de quitter Suruga, afin d’empêcher la chevalière du plus haut grade de Tōkaidō de périr avec le fort tutélaire de Suruga.

En entendant la spéculation de Shiori, Rikka avait franchement ri. « Cela, je ne peux pas le nier. De toute façon, il y a plusieurs façons d’y réagir. Si mon père devait envoyer un renard de liaison pour me donner un tel ordre... Je vais simplement prétendre que le renard de liaison a disparu. »

« Oh, ma chère ! » s’exclama la princesse.

Rikka Akigase n’était pas seulement une guerrière puissante, mais aussi une noble Chevalière d’une intégrité absolue.

Shiori avait souri avec élégance avec d’autres intentions dans son esprit. Comme elle avait des raisons l’empêchant de quitter cet endroit, son seul choix était de refuser l’offre aimable de Rikka. Il y avait un problème présent ici que Shiori devait s’en occuper le plus rapidement possible.

Cette question était précisément Masatsugu Tachibana. Shiori avait besoin de clarifier la relation entre lui et elle.

Shiori espérait que Masatsugu soit son chevalier, mais même dans ce cas, personne ne pouvait garantir avec certitude qu’il serait prêt à l’aider.

Néanmoins, Shiori avait raffermi sa résolution. Elle devait accomplir cet objectif et cela, peu importe ce qu’elle devrait faire pour ça.

***

Partie 2

« Arg... ! » Le jeune soldat de première classe leur servant de guide avait soudainement serré son estomac avec ses deux mains et avait gémi en raison de la douleur.

Hatsune le regarda en face et feignit l’inquiétude. « Oh Mon Dieu ! Quel est votre problème ? »

« M... Mon estomac me fait soudainement... Ohh... Argggggg ! » s’écria le jeune soldat.

« Oh non ! Je vais aller vous aider à prendre des médicaments ! Euh, dois-je aller dans un magasin ou à l’infirmerie dans une situation comme celle-ci ? » demanda Hatsune.

« S-S’il vous plaît, veuillez m’excuser, je dois m’absenter pendant un moment, » déclara le soldat.

Le malheureux soldat s’était levé de sa chaise et avait fui la scène. Le combo des jeunes Tachibana, Masatsugu et Hatsune, avait regardé le soldat partir.

Ils se trouvaient actuellement dans le fort tutélaire dans le salon de thé utilisé pour les invités. Il y avait beaucoup de lumière naturelle et un grand espace ouvert.

À l’intérieur de la pièce, il y avait des distributeurs automatiques de boissons et de cigarettes ainsi que plusieurs tables rondes pour que les visiteurs puissent faire une pause. Nous étions actuellement le jour suivant après que les Légionnaires britanniques aient attaqué. La princesse Shiori visitait à nouveau le fort tutélaire, mais cette fois, c’était dans le cadre d’une rencontre avec la Chevalière Rikka Akigase.

En tant que sa suite, Masatsugu et Hatsune étaient également venus, mais n’avaient eu d’autre choix que d’attendre en veille pendant la réunion. Un certain officier militaire prévenant avait été envoyé en tant que guide pour leur faire visiter les environs du fort tutélaire.

... Naturellement, maintenant qu’il s’agissait du lendemain de l’attaque des Croisés, la loi martiale avait déjà été promulguée dans la ville.

Dans cette situation chaotique, une visite de deux étrangers équivaudrait à créer des problèmes, de sorte que l’officier responsable de ça avait envoyé quelqu’un pour les surveiller sous l’euphémisme de « guide ».

Cependant, Masatsugu et Hatsune avaient reçu des ordres secrets leur demandant d’échapper à la surveillance.

Quand Hatsune était arrivée dans le salon de thé, elle avait acheté deux tasses de café en papier dans un distributeur automatique. Puis elle en avait offert gaiement un au soldat en guise de remerciement pour leur avoir fait visiter les lieux. Mais avant ça, elle avait secrètement glissé une pilule noire dans la tasse de café. Acceptant avec reconnaissance, le soldat avait bu le café trafiqué avec un sourire sans se douter le moins du monde du traquenard. Il était vraisemblable que l’apparence adorable de Hatsune combinée avec la vue rare des vêtements japonais dans une base militaire avait scellé l’affaire.

« Comment était-ce, Onii-sama ? » demanda Hatsune. « Ma technique ninja du pot de miel a fonctionné ! »

« Alors c’est ton idée d’un pot de miel..., » répliqua Masatsugu.

Les courbes du buste de Hatsune étaient très évidentes même sous le haut de son kimono. Elle gonfla fièrement sa poitrine.

Quant à lui, Masatsugu n’avait pas pris de café. Prenant une gorgée d’eau potable, il demanda à Hatsune. « Lui as-tu donné un laxatif ? »

« Quelque chose comme ça... il s’agit d’un mélange secret transmis dans la Famille Tachibana, » répondit Hatsune. « Une pilule suffit à transformer quelqu’un en dieu gardien de toilettes pendant deux heures. Il sera complètement incapable de les quitter. »

« Ça ressemble à un ninja quand tu parles de secrets transmis dans la famille, » déclara Masatsugu.

« Cela va sans dire. Le clan Tachibana était après tout une famille de maîtres ninjas qui commandaient des ninjas de rangs inférieurs, » répondit Hatsune.

« Ils étaient comme Hattori Hanzou ? Notre clan garde vraiment beaucoup trop de secrets, » déclara Masatsugu.

Hatsune avait parlé de l’histoire de la Famille Tachibana, ce qui avait incité Masatsugu à faire cette remarque de façon poignante.

Hattori Hanzou Masanari, qui avait servi Tokugawa Ieyasu, n’était pas seulement connu comme le féroce général avec le surnom « Hanzou la Lance », mais aussi un maître ninja. Il s’agissait d’une légende très connue.

« À ce propos, il y avait également un Chevalier dans le clan Tachibana il y a deux générations avant nous, » déclara Hatsune.

« Mais notre clan Tachibana mène de nos jours une vie très discrète, » constata Masatsugu.

« On ne peut pas y faire grand-chose, » répondit Hatsune. « Le titre honorifique de Chevalier est non héréditaire. Cependant, l’Appellation est toujours sous la garde de notre clan, donc quiconque en hérite peut devenir Chevalier. » Hatsune bouda, un peu contrariée. « J’ai entendu dire qu’il s’agissait d’une Appellation de très haut niveau. Quiconque échoue dans le rituel de succession meurt. C’est pourquoi le rituel est interdit sauf en cas d’urgence. »

« Désolé, mais je ne comprends pas ce que tu entends par Appellation ou succession, » répliqua Masatsugu.

« Oh, désolée à propos de ça, » répliqua Hatsune. « Une Appellation se réfère à un titre universellement reconnu concernant quelqu’un ayant prouvé ses aptitudes martiales. Quelqu’un qui hérite de ce titre peut devenir un Chevalier afin de pouvoir convoquer des légionnaires. »

Masatsugu se pencha en avant, écoutant attentivement l’explication de Hatsune, car celui qui avait ordonné hier au Légionnaire japonais, le Kamuy, de se battre était précisément Masatsugu lui-même.

« La plupart d’entre eux portent le nom de médailles. Par exemple, La Prise de l’Armée Impériale du Japon, » expliqua Hatsune. « Le plus commun est la médaille nommée Zuihou, l’Ordre du Trésor Sacré. Mais parfois, il y a des Appellations qui sont différentes. Un chevalier digne d’hériter de ce genre de titre de haut niveau pourra utiliser des actions lui permettant des attaques vraiment incroyables ! »

« Je vois, » répondit Masatsugu.

« Cependant, ces héritages spéciaux sont très difficiles à acquérir. Si quelqu’un d’inéligible tente le rituel de succession, l’échec entraîne une mort instantanée, » continua Hatsune.

« C’est quoi cette soi-disant éligibilité ? » demanda Masatsugu.

« C’est un peu ambigu, mais à peu près “quelqu’un qui équivaut à une immense puissance militaire devrait pouvoir le faire” ou quelque chose du genre, » déclara Hatsune.

« Puissance militaire, hein... Donc, une capacité martiale supérieure n’est pas suffisante ? » demanda Masatsugu.

« Hmm, en dehors des prouesses martiales, tu dois également être versé dans la stratégie militaire, savoir comment améliorer le moral de tes troupes, être invaincu sur les champs de bataille, etc. Ce sont tous les aspects de la “puissance militaire”, » répondit-elle.

Hatsune interrompit l’explication et regarda directement Masatsugu. « Hier, Onii-sama, quand tu as démontré cette force surnaturelle, je pensais que tu avais hérité de l’Appellation à un moment donné. Je parle de celle spécialement gardée par le clan Tachibana. »

« Désolé, mais je n’ai aucun souvenir de tout cela, » Masatsugu avait donné une réponse négative et avait dit. « Y a-t-il beaucoup de personnes qui combattent les Légionnaires comme moi... utilisant un corps de chair ? »

« Je ne l’ai jamais vu et personne dans notre clan n’y est parvenu, » répondit Hatsune. « D’une manière générale, tu aurais dû être totalement écrasé comme une crêpe. Oh, cependant... »

Hatsune avait battu des mains avant de déclarer avec des yeux brillants. « J’ai mentionné tout à l’heure que “ceux qui ont des Appellations de haut niveau” peuvent utiliser des mouvements vraiment incroyables, n’est-ce pas ? Il s’agit d’une rumeur que j’ai entendue dans le palais impérial, donc c’est très rare. »

« Au moins, il y a des cas connus..., » déclara Masatsugu.

« Nous approfondirons ces questions plus tard, » dit-elle. « De toute façon, Onii-sama, tu n’es certainement pas une personne ordinaire... Alors, il est temps pour moi de partir et de finir les instructions de la princesse au plus tôt. »

Hatsune se leva de son siège, déplaçant la chaise.

La cousine lointaine de Masatsugu était rapidement partie, affichant toujours sa personnalité joyeuse et sociable. Masatsugu se leva aussi pour tranquillement se promener. Il avait décidé de tuer le temps en attendant que son maître et Hatsune s’occupent de leurs affaires respectives.

Tout en marchant, Masatsugu s’était mis à réfléchir à ce qui s’était passé la veille.

En ayant fait surgir un pouvoir inhabituel hors de lui-même, cela lui avait permis que lui-même et la princesse survivent lors de cette situation mortelle.

À l’époque, un sentiment de sang bouillant avait traversé son corps et son esprit. Très naturellement, il avait compris l’origine des Légionnaires ainsi que la manière de les utiliser. Il avait pu appliquer ses connaissances dès cet instant et avec brio.

Quand les Croisées avaient été détruites, la princesse lui avait demandé : « Masatsugu-sama... êtes-vous enfin éveillé ? »

« Un legatus legionis enfin — Un véritable chevalier. »

Masatsugu avait été incapable d’y répondre, et il était resté tout simplement confus devant elle.

Après la brève bataille, le sentiment de sang bouillant avait disparu. Et en même temps que cela se produisait, il avait également oublié comment contrôler les Légionnaires.

En fin de compte, Masatsugu n’avait aucun moyen de répondre à la question de Shiori.

Cependant, le terme « legatus legionis » avait laissé une profonde impression dans son esprit.

Quand Masatsugu avait demandé à Shiori ce que cela signifiait, elle avait tout simplement répondu avec un sourire. Il avait alors supposé que ce sourire devait cacher sa déception.

« Celui qui garde une Légion... C’est un ancien terme romain signifiant commandant de la légion. »

Legatus Legionis. Masatsugu avait ruminé quant à ce terme pendant longtemps.

***

« Princesse ! J’ai effectué toutes vos instructions ! » annonça Hatsune.

Ils étaient sur le chemin du retour du fort tutélaire de Suruga.

Le fort tutélaire était situé au sommet d’une région montagneuse à l’est de la ville, ce qui les obligeait à aller et venir en voiture. Naturellement, ils retournaient en voiture personnelle.

La princesse utilisait une voiture civile de luxe noire avec Hatsune comme chauffeuse.

Seize ans était l’âge légal pour pouvoir obtenir un permis de conduire. Masatsugu l’avait obtenu l’année dernière. Cependant, sa cousine éloignée était clairement plus qualifiée que lui en tant que conducteur.

Tout en faisant la démonstration de techniques de virage sophistiquées sur la route de montagne, Hatsune avait dit à la dame qu’elle servait. « C’était tellement problématique de faire ça, vous savez ? Il a fallu mettre en place le faux, utiliser une clé cachée, chercher de l’aide auprès du vieux monsieur Tachibana qui avait infiltré l’endroit... Ça prendrait beaucoup de temps si je devais donner tous les détails de toutes ces tâches... »

« Bon travail. Je compterai sur vous quand la prochaine opportunité se présentera, » déclara la princesse.

« Sniff. Princesse, vous êtes trop insensible, j’essayais de dire quelle dure épreuve cela avait été pour moi... Cette disposition sadique rassemble vraiment beaucoup à une princesse, » déclara Hatsune. « Au moins, permettez-moi de me vanter un peu. »

« Fufufufu, vous ne saviez pas que se vanter de ses glorieux exploits est un plaisir qui appartient aux personnes âgées ♪ ? » répliqua Shiori.

Shiori était assise tranquillement toute seule sur spacieux siège arrière de la voiture.

Masatsugu était sur le siège du passager avant, tenant le fruit durement gagné en raison des efforts de Hatsune. Il s’agissait d’une fine plaque de bois de la taille d’une feuille A3 avec des caractères kanji et sanscrit écrits en cursive à l’aide d’un pinceau. Masatsugu ne pouvait que reconnaître les quatre mots de « invoquer le grand dieu » et l’image d’un animal ressemblant à un chien dessiné sous eux.

C’était non seulement un talisman de bête de rétention utilisé par des techniques noétiques, mais aussi un article militaire de qualité.

Aujourd’hui, Hatsune avait « emprunté » quelque chose comme ça dans le stockage souterrain du fort tutélaire.

« Hatsune, faites un petit tour dans la ville avant de retourner au dortoir, » demanda Shiori.

« Compris, » répondit Hatsune.

Hatsune avait suivi les instructions de la princesse et avait tourné le volant.

La voiture avait traversé les quartiers et les rues de Suruga que Masatsugu connaissait si bien. Cependant, il y avait très peu de circulation dans chacune de ces rues. La plupart des magasins avaient également temporairement été fermés. Tout cela était dû à la promulgation de la loi martiale. La plupart des véhicules sur la route appartenaient à l’armée provinciale Tōkaidō ou à la police.

Sur le chemin, cette voiture avait aussi été à plusieurs reprises arrêtée par les soldats et la police.

Heureusement, la princesse était déjà devenue une célébrité connue dans tous les foyers de Suruga. L’influence et le respect qui lui avait été accordé ainsi que la carte de visite de la Chevalière Rikka Akigase reçue au fort tutélaire s’étaient révélés très pratiques dans ces situations. Rikka avait écrit. « S’il vous plaît, fournissez une aide à la princesse », sur le dos de la carte, ce qui avait eu un important effet.

Après cela, Hatsune avait conduit la voiture au nord de la ville de Suruga.

Le fait de continuer dans cette direction les faisait passer près des montagnes du Sud et du mont Ryuusou. En d’autres termes, ils étaient partis dans la campagne proche d’une station de bus qui allait vraiment profondément dans les montagnes.

Masatsugu avait regardé par la fenêtre dans le ciel et avait remarqué quelque chose.

Il avait vu dans les airs trois wyvernes. Les wyvernes étaient un type de bête de rétention utilisé par de nombreux pays. Leurs caractéristiques communes étaient « un aspect semblable à un lézard, sauf qu’ils ont des ailes qui sortent de leurs épaules » et « ils font environ deux à trois fois la taille d’un cheval. »

Cependant, les wyvernes de chaque pays étaient une variante, et elles avaient chacune leur propre couleur unique.

Les wyvernes impériales du Japon étaient bleues tandis que celles qui volaient actuellement étaient blanches. Le blanc était la couleur des wyvernes de l’Empire Britannique.

« Donc, les bêtes de rétention britanniques ont envahi toutes les voies d’accès ici..., » se lamenta la princesse en grognant.

Leur voiture n’était pas la seule voyageant sur la route. De temps en temps, ils voyaient des voitures d’habitants du coin qui se dirigeaient vers la zone urbaine adjacente à la Gare de Suruga pour y chercher refuge.

Il y avait beaucoup de dépliants dispersés sur le sol.

Ces dépliants largués un peu partout par les wyvernes avaient été signés conjointement par les Forces Impériales Britanniques et le fief de Kinai.

Un peu plus tôt, le petit groupe de Masatsugu en avait ramassé pour les lire. « Les résidents sont fortement encouragés à chercher refuge dans les zones jugées appropriées par la Charte de la Chevalerie ». Voilà ce qui était écrit dessus. Les personnes vivant dans la région avaient agi selon les instructions de ces dépliants.

Masatsugu avait demandé à la princesse assise sur le siège arrière. « Le fief de Kinai a-t-il l’intention de s’opposer à l’armée romaine avec l’aide britannique ? »

« Très certainement, » répondit-elle. « Au cours de ces cinquante dernières années, les Chevaliers du Japon ont effectué très peu d’action sur les champs de bataille... En revanche, les Chevaliers de l’Empire Romain d’Orient et de l’Empire Britannique ont combattu sur les champs de bataille à travers le monde. Que ce soit en Force de Chevalier ou en expérience, les Chevaliers du Japon ne sont pas de taille à affronter ces deux adversaires. »

« Qu’est-ce que c’est que la Force d’un Chevalier ? » demanda Masatsugu.

« La Force d’un Chevalier représente la quantité de Légionnaires qu’un Chevalier peut invoquer en même temps, » répondit la princesse. « On pourrait y voir un indicateur de force. Prenez la bataille d’hier comme exemple... Malgré son avantage sur le terrain, la base de Suruga a perdu face aux Croisés envahissants en raison de son infériorité numérique. » La princesse haussa les épaules et soupira.

« C’est vrai. La disparité de force entre les deux armées était trop évidente, » déclara Hatsune.

« D’après ce que j’ai entendu, un Chevalier peut utiliser plus de Légionnaires lorsqu’il se bat dans un fort tutélaire amical, » déclara Masatsugu.

Les êtres mystiques, les Légionnaires, avaient été convoqués depuis les airs sous les ordres d’un Chevalier.

Cependant, les effets étaient différents selon le lieu de leur invocation.

La quantité de Légionnaires convoqués diminuerait de façon drastique à moins que l’invocation ne se produise dans un pays détenant de puissantes énergies mystiques connues sous le nom d’enceintes divines ou de sanctuaires. Comme si la nature voulait jouer un petit tour, ces sanctuaires étaient très rares et ces quelques sanctuaires étaient situés au plus profond des montagnes ou au milieu de la nature, donc dans des lieux n’ayant qu’une faible valeur militaire...

Masatsugu s’était remémoré des connaissances qu’il avait déjà entendues.

Shiori lui avait alors dit. « Les forts tutélaires possèdent tous des sanctuaires d’eau dans leur profondeur. En d’autres termes, des réservoirs de fluide ectoplasmique artificiel. Grâce à de grandes quantités de ce liquide mystérieux qui “nourrit les êtres qui ne sont pas de ce monde”, la région entourant un sanctuaire d’eau deviendra naturellement purifiée spirituellement... »

« Ce qui signifie que cela devient un domaine sacré, non ? » demanda-t-il.

Après avoir compris l’explication, Masatsugu avait été stupéfait de quelque chose et il avait commencé à se poser des questions quant à la situation.

De sa position sur le siège du passager avant, il avait l’impression que Shiori le regardait continuellement depuis qu’ils parlaient de ça.

***

Partie 3

Le groupe de Masatsugu était rentré au Lycée Rinzai un peu avant midi, ou plus précisément, les dortoirs du lycée. La princesse Shiori et Hatsune étaient toutes les deux des pensionnaires.

Après que la voiture de la princesse avait été garée sur le parking du personnel, Masatsugu et Hatsune étaient restés aux côtés de Shiori tout en se dirigeant vers le dortoir.

Contrairement à hier, Shiori ne s’était pas placée en tête du petit groupe.

Sur le campus, elle avait l’intention de garder sa façade de « princesse douce et vertueuse ».

« ... Taisei ? » demanda Masatsugu alors qu’il doutait de ce qu’il voyait devant le dortoir des garçons. Il y avait Taisei Okonogi qui se tenait là à l’attendre.

Alors qu’il était préoccupé par la présence de la princesse, Taisei fit un geste de la main, voulant pouvoir parler en privé avec Masatsugu.

Comme il vivait dans la ville, Taisei n’était pas pensionnaire. En outre, maintenant que la loi martiale était en vigueur, les établissements d’enseignement étaient tous fermés pour le moment. Masatsugu n’avait donc aucune idée de la raison qui faisait qu’il se trouvait là.

« Votre Altesse, puis-je dire un mot à mon ami ? » Masatsugu jeta un coup d’œil à Taisei avant de demander la permission à la princesse.

« Cela ne me dérange pas... cependant, j’aimerais également le rencontrer, » répondit Shiori. « Je souhaite connaître les réactions de l’école et des étudiants. »

Après que Masatsugu ait fait venir Hatsune et la princesse auprès de son ami, Taisei avait salué la princesse avec un air confus en interrogeant Masatsugu avec un regard qui semblait dire. « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Complètement insensible, Masatsugu avait alors demandé. « Que se passe-t-il, Taisei ? Ne voulais-tu pas me parler ? »

« Oh, oui. Compte tenu de ces moments inhabituels, l’information est difficile à se procurer, » répondit Taisei. « J’ai donc pensé que “Peut-être que Masatsugu-kun pourrait avoir des informations légitimes puisqu’il sert la princesse ?”. Je suis donc venu pour pouvoir obtenir quelques informations. »

« Et ainsi, tu as fait tout ce chemin jusqu’au dortoir pour cette raison, non ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit Taisei. « J’ai effectué le trajet avec mon vélo. De plus, en tant que membre du conseil des élèves, j’étais également curieux de savoir si les pensionnaires agissaient de manières inappropriées. J’ai brièvement observé le dortoir des garçons et c’est assez chaotique là-dedans. »

C’était seulement à ce moment-là que Masatsugu se rappela que son ami était le vice-président du conseil des étudiants.

Le visage de Taisei était beau, mais totalement indéchiffrable quant à ce qu’il pensait ou ressentait. Il avait alors soupiré avant de lui répondre. « En raison de la perturbation noétique générée par l’armée, il est pratiquement impossible de recevoir des signaux de télévision et de radio, mais il y a occasionnellement des images ou un peu de son. En utilisant des informations fragmentaires, tout le monde fait toutes sortes de spéculations afin de donner un sens à la situation... ou plus... je suppose qu’ils essayent de s’imaginer ce qui va arriver après ça. »

D’après ce que Masatsugu avait entendu, il existait autrefois des entreprises qui développaient des téléphones portables de poche. Cependant, la présence d’ondes noétiques permanente était devenue l’une des raisons empêchant l’adoption généralisée de cet équipement rendu obsolète...

Les ondes noétiques consistaient l’énergie des pensées produites par les bêtes de rétention, les génies et les Chevaliers. Le terme général utilisé pour désigner les techniques de contrôle noétique afin de provoquer des interférences destructrices des ondes électromagnétiques en utilisant des ondes noétiques puissantes était « perturbations noétiques ».

Selon une légende urbaine, l’utilisation d’un four à micro-ondes à côté d’un Chevalier le ferait exploser. (Le four, pas le Chevalier.)

Il y a dix ans, quand le Seigneur César menait un millier de Légionnaires afin de combattre l’armée américaine stationnée au Japon, des interférences électriques avaient eu lieu dans tout le Japon. Les humains devaient encore inventer des moyens de produire des ondes électromagnétiques assez fortes pour contrer les puissantes ondes noétiques.

« En outre, parmi les étudiants de l’extérieur de la ville ou de la préfecture, il y a des individus qui prévoient d’utiliser des routes secondaires non bloquées pour rentrer chez eux à bicyclette, » expliqua Taisei.

« Le fait de partir en soi n’est pas interdit..., » répondit Masatsugu.

« Oui, quand j’ai dit “l’armée” tout à l’heure... Ce n’est probablement pas l’Empire Britannique, mais les forces locales du Fief de Kinai, n’est-ce pas ? » demanda Taisei. « Ce n’est pas une invasion étrangère, mais une rébellion ou un coup d’État, non ? »

Hier soir à 19 h, le Fief de Kinai avait tenu une conférence de presse.

La conférence de presse avait eu lieu avant les perturbations noétiques et donc, tout le monde dans la ville de Suruga avait pu la regardée dans les nouvelles. Toujours à la pointe de l’actualité, Taisei n’avait pas manqué cette information.

Alors que Masatsugu était sur le point de répondre aux questions de son ami, la dame qu’il servait parla avant lui.

Souriant avec douceur, la princesse avait offert une suggestion. « Eh bien ! Puisque nous sommes proches de midi... Pourquoi ne rassemblons-nous pas tous les étudiants en pension pour un repas ? Cela me pèse un peu sur la conscience que depuis hier, je n’ai pas officiellement salué tout le monde à mon arrivée... Hatsune, s’il vous plaît, occupez-vous de prendre des dispositions nécessaires pour tout ça. »

« D-D’accord, princesse, » répondit Hatsune.

***

Une heure plus tard, le repas de rassemblement était prêt.

Il y avait un total de soixante-dix garçons et filles vivant dans les dortoirs. La cafétéria de l’école avait été choisie comme lieu de rassemblement parce qu’il n’y avait pas d’espace dans les dortoirs où tout le monde pouvait se réunir. De plus, Shiori avait utilisé le système d’annonces publiques de l’école pour pouvoir inviter d’autres étudiants et membres du personnel présents à participer au repas de groupe.

En raison du temps de préparation insuffisant, le choix de nourritures n’avait rien de spécial.

Néanmoins, le fait que suffisamment de thés et de boulettes de riz puissent être rassemblés pour servir tant de personnes était rendu possible grâce au leadership de la princesse qui avait proposé l’idée.

« Mes chers camarades, les dames auraient-elles la gentillesse de se joindre à moi pour aider à la cuisine ? » demanda Shiori. « Et messieurs, pourriez-vous aider à mettre en place la pièce ? Ah oui ! Les membres du conseil des élèves pourraient-ils aller à la salle de diffusion ? »

Ses idées avaient été transmises par Hatsune, Masatsugu et Taisei puis exécutées par la communauté.

Shiori s’était souvenue de la position de Taisei dans le conseil des élèves, alors elle avait fait ses demandes aux membres du conseil des élèves par l’intermédiaire de leur vice-président (en vérité, ils ressemblaient plus à des instructions qu’à des demandes).

En outre, Shiori était également allée à la cuisine de la cafétéria pour faire des boulettes de riz avec les filles.

La princesse n’était pas très qualifiée dans les arts culinaires, mais conscients de son statut de noble, les étudiantes s’entendirent vite avec elle.

Quand le repas commença, Shiori inclina la tête pour s’adresser à tout le monde. « Salutations, mesdames et messieurs. Suruga est actuellement confronté à une période de tribulations. »

Elle continua. « Les forces britanniques et le fief de Kinai ont formé l’Alliance pour la Restauration, dans l’intention de lancer une insurrection contre notre gouvernement impérial. Ceci est indiscutable. »

« Cependant, une panique ou une méfiance excessive ne ferait que créer un plus grand danger pour vous, » continua-t-elle.

« La Charte de la Chevalerie interdit formellement aux forces armées d’attaquer, de piller et de blesser intentionnellement les civils et leurs zones résidentielles, » continua-t-elle. « Cet accord, dirigé par l’empereur Karl le Grand de l’Alliance du Roi Chevaleresque, a été fortement soutenu par le Seigneur César et par Victoria II, la reine d’Angleterre, et est ainsi apparu comme un ensemble de règles internationales d’engagement. »

« En d’autres termes, nous sommes protégés par cette charte, » continua-t-elle.

« Il est très probable que d’autres attaques soient lancées contre le fort tutélaire de Suruga, mais en quittant arbitrairement la ville et en vous dirigeant vers les zones non-protégées par la Charte de la Chevalerie... serait en fait le choix le plus dangereux, » continua-t-elle.

La princesse avait expliqué la situation, mettant en garde les étudiants contre des comportements imprudents.

Puis elle avait souri et avait déclaré tout en plaisantant à moitié. « J’ai quitté l’école à Rome à mi-chemin et j’ai été transférée sur ce campus... Maintenant que je suis à Suruga, j’ai l’intention d’aller correctement à l’école jusqu’à la fin de mes études. Je souhaiterais que tout le monde s’occupe bien de moi, s’il vous plaît. »

Ses paroles enjouées avaient réussi à dissiper la nervosité du public, provoquant des rires dans la pièce.

Après avoir terminé son discours, Shiori ne s’était pas assise. Elle était allée un peu partout dans la pièce afin d’avoir une conversation amicale avec les étudiants. Interrogée sur l’agitation actuelle, elle expliquait la situation du mieux qu’elle le pouvait. Il n’y avait jamais une absence de sourires autour d’elle à un moment donné.

Juste avant la fin du repas, Taisei avait déclaré à Masatsugu. « C’est incroyable. Avec ce seul rassemblement, Son Altesse est devenue “la princesse des dortoirs des étudiants”, agissant d’une manière encore plus fiable que les enseignants ou nous du conseil des élèves. À ce rythme, elle prendra le contrôle du monde au sein de l’école en moins d’un mois. »

***

Le Dortoir de Lys Noir avait été attribué à l’usage exclusivement de la princesse.

Il s’agissait d’un bâtiment de deux étages construit avec un cadre en acier. Il y avait un grand hall, une salle à manger, un salon de conversation, une salle de lecture, etc. au rez-de-chaussée et à l’étage, il y avait plusieurs chambres individuelles pour les pensionnaires. La disposition était la même que les dortoirs ordinaires des garçons et des filles.

Cependant, Dortoir de Lys Noir donnait vraiment une impression plus classe et plus propre que les autres dortoirs de la ville. Grâce aux travaux de rénovation, tout le papier peint était nouveau. Les meubles chics avaient également rendu l’intérieur très élégant. La décoration intérieure seule était pratiquement du « style Rokumeikan [1] ».

Après le repas, Masatsugu, Shiori et Hatsune étaient allés dans le salon de conversation dans le Dortoir de Lys Noir. Il y avait trois grands canapés disposés autour d’une table basse en ivoire.

En tant que responsable, Shiori était tranquillement assise sur un canapé. Debout, Masatsugu avait expliqué à la princesse ce qu’il avait entendu plus tôt. « ... Et c’est ce que mon meilleur ami a dit tout à l’heure. »

« Prendre le contrôle du monde, vraiment ? » demanda Shiori. « Votre ami utilise les mots d’une manière amusante. »

Masatsugu avait répété ce que Taisei avait dit, faisant ainsi sourire Shiori.

Contrairement au « sourire obéissant visant le monde extérieur » qu’affichait Shiori pendant le repas, son actuel sourire exprimait une sorte d’ironie avec une forte volonté et intelligence.

« Cependant, il l’a plutôt bien dit, » déclara Shiori. « Je dois devenir la personne la plus influente dans cette école et à Suruga, sinon, mes projets en seront affectés... Je dois d’abord prendre le contrôle de la zone de Suruga avant de progresser dans mes objectifs en obtenant la suprématie totale dans la préfecture de Shizuoka, Tōkaidō, puis dans l’est du Japon, et pour finir, dans l’ouest du Japon. »

« ... Quoi !? » s’exclama Masatsugu.

Shiori avait déclaré plusieurs mots qu’on ne s’attendrait pas d’une princesse mise à l’abri.

Alors que Masatsugu était stupéfait en entendant ça, Hatsune avait déclaré avec une importante excitation clairement audible dans le ton de sa voix. « Onii-sama, tu dois bien te souvenir de ça. Notre princesse a un plan très ambitieux. D’abord, elle se fera un nom et donnera une leçon à la faction de l’Impératrice qui l’a intimidée et harcelée, elle ainsi que sa mère. À l’avenir, elle deviendra le cerveau gouvernant secrètement tout le Japon depuis l’ombre. »

« Quoi !? » s’exclama à nouveau Masatsugu.

« Pour le dire plus simplement, notre princesse prendra le contrôle du Japon, » répondit Hatsune. « Nous, du clan Tachibana, sommes les aides et espions de confiance qui sommes là afin de l’aider à atteindre ses objectifs ♪. »

La révélation de Hatsune était surprenante, mais il était possible de trouver une certaine logique sous-jacente.

La relation intime entre le clan Tachibana et la princesse Shiori Fujinomiya était vraiment semblable au lien profond entre « un général de la période Sengoku et un clan secret de ninja ».

Même les aides-domestiques du Dortoir de Lys Noir étaient toutes des femmes plus âgées du clan Tachibana.

En outre, Hatsune avait changé son kimono et son hakama afin de revêtir un uniforme officiel de l’école. En la voyant habillée comme ça, Masatsugu avait été frappé par une pensée.

Peut-être que Hatsune aimait porter le hakama en tant que garde du corps de sa maîtresse.

Après tout, il était beaucoup plus facile de se déplacer dans un hakama qu’en jupe. Actuellement, à l’intérieur du dortoir, la probabilité d’une attaque contre la princesse serait plutôt faible, d’où le fait qu’Hatsune s’était changée afin de porter son uniforme.

« ... Tu fais attention aux détails. Je suis surpris, » déclara Masatsugu.

« Onii-sama, pourrais-tu ne pas faire de tels commentaires grossiers à l’improviste ? » demanda Hatsune.

« Oh, désolé, » répondit-il. « Les examens de mi-années vont bientôt arriver. Je t’ai cataloguée comme le type de personne qui emprunterait des notes à ses amis afin de les copier, et qui passerait les examens à l’aide d’un bachotage de dernière minute. »

« Comment peux-tu connaître ma stratégie pour les examens ? » demanda Hatsune.

Naturellement, étant donné la situation actuelle de la tourmente qui touchait la ville, on ne pouvait que tenter de deviner si des examens à mi-parcours auraient lieu ou non.

Cependant, Masatsugu regardait maintenant Shiori, car il avait une question à lui poser. « Je comprends maintenant les intentions de Votre Altesse. La question est, pourquoi me le dire ? Bien que je fasse partie du clan Tachibana, vous me connaissez à peine. De plus, nous nous sommes rencontrés que depuis quelques jours. »

Il n’y avait pas si longtemps, Masatsugu était encore un étudiant ordinaire sans le moindre indice sur les secrets de son clan.

D’ailleurs, il avait également perdu sa mémoire. Il serait inconsidéré pour une princesse de prendre comme subordonnée de confiance quelqu’un dont sa personnalité et ses dispositions étaient inconnues.

Shiori avait alors répondu. « En effet, il y a beaucoup de choses dont j’ai besoin de discuter avec vous, Masatsugu-sama, y ​​compris celui-ci. Veuillez bien m’accompagner. »

« Compris. Est-ce pour... quelque chose comme une discussion en privé ? » demanda Masatsugu.

« Nullement ! Ceci est une invitation à un rendez-vous qui ne comprendra que nous deux, » étonnamment, la princesse avait répondu ça avec une expression solennelle.

Notes

  • 1 Rokumeikan : Le Rokumeikan (鹿鳴館?) (litt. Pavillon du cri du cerf) était un grand bâtiment à un étage situé à Tokyo au Japon. Achevé en 1883, il est considéré comme un symbole de l’occidentalisation controversée pendant l’ère Meiji (1868-1912). Destiné à loger des hôtes étrangers, il fut commandé par le ministre des Affaires étrangères Inoue Kaoru et dessiné par l’architecte britannique Josiah Conder, un conseiller étranger travaillant au Japon.

***

Partie 4

Par conséquent, Masatsugu et la princesse avaient décidé de « se rencontrer à l’extérieur pour leur rendez-vous » en venant chacun de leur côté.

Ils avaient choisi de se rencontrer devant un petit magasin près des dortoirs une demi-heure plus tard. Cette chaîne locale possédait des succursales dans la grande région de Suruga, qui ne fonctionnait pas tous 24 heures sur 24.

Masatsugu était arrivé cinq minutes plus tôt.

Quelqu’un lui avait parlé après ce petit délai. « Merci pour votre patience. »

Il s’était alors retourné avant de voir que la princesse était là comme il s’y attendait. Elle venait à l’instant apparemment d’arriver.

Au lieu de son chemisier et de sa jupe habituelle, Shiori s’était changée afin de porter une robe une pièce et des leggings noirs, le tout complété par des bottes hautes. Elle portait également une paire de lunettes.

Peut-être à cause de ses lunettes, elle semblait encore plus intelligente que d’habitude.

« Ce n’est pas vraiment un déguisement..., mais tout simplement quelques petits changements afin d’éviter t’attirer l’attention, » expliqua-t-elle quand elle le vit là regarder de bas en haut.

« Excusez-moi si je suis impoli en disant ça, mais je ne pense pas que dans votre cas, cela soit suffisant, » déclara Masatsugu. « Votre Altesse est auparavant apparue à la télévision et donc, de nombreux résidents ont vu votre visage. Et cela est d’autant plus vrai pour ceux qui vivent à proximité de l’école. »

Après tout, Shiori était une beauté aux cheveux blond-platine qui était vraiment tape-à-l’œil.

Sa seule présence avait déjà attiré beaucoup d’attention. Cependant, Shiori avait souri nonchalamment avant de lui répondre. « Détendez-vous, tant que je fais ça... »

Instantanément, Masatsugu avait été surpris par ce qui se passait devant ses yeux. Il avait semblé entendre à ce moment-là un bruit strident venant de la princesse avant que cela ne disparaisse.

« Si j’utilise le Noèsis afin de déguiser mon image, je ne serai pas découverte aussi facilement, » lui expliqua la princesse. « Les personnes qui n’ont vu Shiori Fujinomiya qu’à la télévision ne pourront pas discerner mon identité. »

« Le Noèsis... Donc il s’agit d’un contrôle noétique que vous effectuez là afin d’altérer votre image ? » demanda Masatsugu.

« C’est bien ça, » répondit Shiori. « Cette méthode n’a aucun effet contre ceux qui me sont familiers, comme Hatsune ou vous... Les Croisés d’hier ont également utilisé un camouflage relevant de la même branche de techniques. »

« Je comprends. On dirait que j’étais trop superficiel quant à mes pensées, » avoua Masatsugu.

En effet, si maintenant, il examinait attentivement Shiori, son visage semblait légèrement flou.

Masatsugu s’était excusé après avoir compris toute l’histoire. Quand il s’adressait à la princesse, il se tenait toujours de manière simple et réservée, conservant une attitude « respectueuse, comme s’il interagissait avec quelqu’un ayant plus d’ancienneté dans les arts martiaux ».

Il avait conversé avec la princesse, pleinement conscient que l’utilisation élégante du vocabulaire était au-delà de ses capacités.

Cependant, Shiori lui avait alors dit. « Masatsugu-sama, puis-je vous donner un ordre ? »

« Comme vous voulez, » répondit Masatsugu.

« S’il vous plaît, arrêtez de parler de cette manière. Parlez-moi comme si vous parliez à Hatsune, » déclara-t-elle.

Cet ordre inattendu avait pris de court Masatsugu.

« Ce n’est pas possible. Ce serait trop irrespectueux de ma part..., » commença Masatsugu.

« Comme je l’ai déjà dit... ceci est un ordre, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, refuser d’exécuter un ordre serait vraiment irrespectueux, » déclara Shiori en tout en souriant malicieusement.

À l’occasion, cette princesse aimait taquiner les autres pour son propre amusement. Masatsugu l’avait déjà observée hier, donc cet acte ne le surprenait pas, sauf qu’il ne savait pas comment y répondre.

« Êtes-vous incapable de suivre mes instructions, peu importe laquelle ? » demanda Shiori.

« Hmm. »

« Dans ce cas, arrêtez au moins de vous adresser à moi avec le “Votre Altesse”. J’ai dit la même chose à Hatsune, que je n’aime pas être traité de la sorte par ceux proches de moi. »

« Compris. Alors je vous appellerai également “Princesse”, » déclara Masatsugu.

« S’il vous plaît, n’hésitez pas à vous référer à moi en utilisant le nom. »

Masatsugu l’avait observée pendant un moment. La princesse avait spécialement choisi Hatsune pour qu’elle soit sa dame d’honneur.

Dans ce cas, se comporter plus naturellement lui conviendrait mieux. La capacité de Masatsugu à marcher au rythme de son propre tambour était bien connue de ceux qui le connaissaient. Il avait décidé de laisser cet aspect de sa personnalité lâche.

« Princesse, où allons-nous aujourd’hui ? » demanda-t-il.

« Comme j’ai appelé cela plus tôt un rendez-vous, alors, Masatsugu-sama, vous pourriez prendre la tête et décider de toutes les activités de votre propre chef, vous le savez ? » lui dit-elle.

« Ce serait une trop lourde responsabilité pour moi. Permettez-moi de le refuser, » répondit-il.

« Eh bien, » le ton de Masatsugu avait changé par rapport à avant. Ainsi, Shiori avait souri en étant heureuse de ça. « Alors, on ne peut pas y faire grand-chose. J’ai une idée alors, alors, s’il vous plaît, suivez-moi. »

Masatsugu avait avancé avec Shiori à ses côtés, mais une pensée lui était alors immédiatement venue à l’esprit.

Ils étaient confinés dans une ville régionale sous la loi martiale, mais la princesse marchait avec beaucoup d’entrain dans sa démarche. Elle semblait vraiment de très bonne humeur.

Ce que Shiori avait dit ensuite avait parfaitement confirmé l’intuition de Masatsugu. « Malgré l’état d’urgence, je suis plutôt contente. »

« ... Comment ça ? » demanda Masatsugu.

« Jusqu’ici, j’ai dû garder ma véritable personnalité et mes capacités secrètes pour ainsi vivre sous l’apparence d’une princesse inoffensive, » répondit-elle. « Mais dès que j’ai attiré un peu trop l’attention dans le palais impérial, j’ai été prise pour cible. Finalement, j’ai été délaissée et envoyée en otage dans la capitale romaine. »

Le ton de la princesse semblait moins réservé qu’avant.

« Cependant, après avoir passé un certain nombre d’années à planifier, je suis finalement sur le point de terminer les préparatifs pour pouvoir enfin riposter, » continua-t-elle. « Je vais utiliser Suruga comme point de départ afin d’élargir ma sphère d’influence. Par conséquent, je ne peux pas feindre la docilité tout le temps comme avant, je dois aussi travailler dur en utilisant mon esprit et mes capacités... pour le dire franchement, c’est en vérité assez délicieux. »

Ils avaient tous deux conversé tout en marchant le long d’une route rurale. Cette zone était proche du pied du Mont Kunou, non loin des hauts plateaux.

Les haut-parleurs installés un peu partout dans la ville avaient diffusé une annonce. « Bonjour à tous, je dois tout de suite vous informer à propos de quelque chose... »

Cela avait été réalisé par le gouvernement municipal à travers une femme lisant l’annonce. Avec les ondes publiques telles que les signaux de télévision et de radio affectées par la perturbation noétique, ce moyen de communication simple était le média le plus efficace afin de transmettre des informations.

L’annonce n’était pas différente du contenu de ce que Shiori avait déclaré au cours du repas qu’ils venaient d’avoir.

Cependant, le discours de la princesse avait touché les profondeurs du cœur des personnes qui étaient présentes, peut-être à cause de l’aura émanant de cette princesse ampliée de noblesse.

« La perturbation noétique persiste... En d’autres termes, les forces britanniques continuent de causer des interférences dans la périphérie de Suruga, » Shiori avait déduit la situation après avoir entendu la diffusion. « Peut-être que les forces britanniques ont l’intention de reprendre l’offensive d’hier. »

« ... Dans ce cas, visent-ils toujours à conquérir le fort tutélaire de Suruga ? » demanda Masatsugu.

« Oui. Les forces britanniques et le fief de Kinai ont probablement l’intention d’utiliser la préfecture de Shizuoka comme base d’opérations pour envahir Hakone, » répondit Shiori.

L’analyse précise de Shiori avait montré qu’elle avait quelques connaissances quant à la stratégie militaire.

« Ils ont attaqué les forts tutélaires dans la préfecture de Shizuoka alors qu’ils étaient alimentés par du liquide ectoplasmique provenant de sanctuaires d’eau, » continua-t-elle. « Voilà la situation qu’ils souhaitent maintenant sécuriser. Étant donné la présente situation, ils devraient d’abord prendre le fort tutélaire de Fuji, qui est le plus proche de Hakone, avant de subjuguer les forts de Suruga et de Nagahama qui sont proches de Fuji afin d’éviter d’être attaqué à l’arrière. »

La princesse Shiori semblait penser à tout cela comme à un jeu de stratégie.

Le profil de son visage à lunettes semblait très intelligent et élégant, un style qui lui convenait mieux que lorsqu’elle affichait une vertu soumise, mais feinte. Ce fut le genre d’impression que Masatsugu avait acquis quand il avait vu son expression.

« Princesse, je ne comprends pas du tout les Légionnaires. Pourtant, malgré cela, j’ai réussi à faire ce qui s’est passé hier. Se pourrait-il que cela ait un rapport avec le terme “legatus legionis”..., » tout en notant la beauté de la princesse dans son esprit, Masatsugu lui avait parlé.

« ... Ce terme a-t-il un rapport avec les Légionnaires ? » continua-t-il vu qu’elle ne répondait rien.

« Eh bien..., » répondit-elle pensivement. « C’est pour expliquer ces choses-là que je vous ai invité aujourd’hui à ce rendez-vous. Toutes mes excuses, Masatsugu-sama. Je dois être plus concentrée sur le rendez-vous... »

« ... !? » Masatsugu était confus, ne sachant pas pourquoi la princesse avait baissé la tête pour s’excuser.

D’ailleurs, pourquoi la princesse insistait-elle pour appeler une sortie avec son garde du corps un « rendez-vous » ?

Pendant ce temps, Shiori regardait fixement Masatsugu... Il y avait un soupçon de tristesse dans ses yeux.

« Masatsugu-sama, vous ne vous souvenez toujours de rien, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle.

« Me souvenir de quoi ? » demanda Masatsugu.

« Vous ne vous souvenez toujours pas de moi. Il y a longtemps, nous nous sommes déjà rencontrés, » répondit Shiori.

Masatsugu avait sursauté. Donc, il s’était avéré qu’il avait rencontré la princesse avant ça. Si quelque chose de majeur comme cela s’était vraiment déroulé, cela devait être avant sa perte de mémoire. Cependant, il ne pouvait pas se souvenir de la moindre chose à propos de ça.

« Nous allons continuer la discussion quand nous serons arrivés. Il s’agit de l’endroit où je voulais vous emmener, » déclara-t-elle.

Les deux étudiants avaient parlé pendant qu’ils marchaient le long du chemin jusqu’à arriver à un certain endroit.

À ce moment-là, la princesse s’était arrêtée devant une forêt de bambous au pied de la montagne.

Un examen plus approfondi avait révélé un petit chemin dans cette forêt de bambous. Elle avait bifurqué pour aller sur ce chemin. Masatsugu avait alors suivi Shiori dans les profondeurs de cette forêt où il y avait une maison japonaise en bois dont émanait une grande tranquillité.

Il s’agissait d’un bâtiment assez petit, mais élégant.

***

Partie 5

Le fort tutélaire de Fuji était installé dans les zones humides d’Ukishimagahara, dans la ville de Fuji, se situant dans la préfecture de Shizuoka.

La plus grande partie de la région présentait une abondance de nature et même les environs du fort tutélaire étaient luxuriants et verdoyants.

Les sites de construction des forts tutélaires étaient toujours choisis afin d’éviter autant que possible les centres urbains densément peuplés. Un emplacement rural discret serait une sorte de deuxième choix...

Il s’agissait d’une règle non écrite découlant de la Charte de la Chevalerie ratifiée par diverses nations. Avec l’exemple de l’empereur Karl le Grand, les Ressuscités aimaient s’engager dans le dernier recours inhumain de la diplomatie connu sous le nom de « guerre ». Même si elle était hypocrite, la Charte avait établi les conditions d’une justification universellement approuvée pour la guerre et toutes les nations devaient s’y conformer.

... Ce qui précédait était les pensées du Chevalier Noir.

Il était lui-même aussi un Ressuscité, d’où l’importance de tout ça.

Actuellement, le fort tutélaire de Fuji avait été occupé par un contingent britannique de l’Alliance pour la Restauration.

Le Chevalier ayant comme fonction celle de Châtelain ainsi que ses officiers et soldats avaient vaillamment combattu. Mais dorénavant, ils avaient été capturés et désarmés lors de la victoire britannique, et ils étaient actuellement sous une garde rapprochée.

Il y avait eu de malheureuses pertes au cours de cette bataille, mais de tels faits de guerre inévitables ne devaient même pas être mentionnés.

... En vérité, le véritable sens de la Charte de la Chevalerie est d’embellir le jeu connu sous le nom de guerre, afin de le rendre plus acceptable pour la population.

En ce moment, le Chevalier Noir se trouvait dans le sanctuaire de l’eau souterraine.

Dans ce réservoir majestueux de fluide ectoplasmique, des dizaines de colonnes se dressaient, créant une atmosphère solennelle comme celle d’un temple grec ancien. Il y avait aussi un « bain » à l’intérieur.

Le style architectural des sanctuaires d’eau était pratiquement universel à travers le monde. Le Chevalier Noir en avait déjà vu beaucoup au cours de sa vie.

En entrant dans le liquide bleu utilisé pour s’y baigner, il récita certaines paroles rituelles. « Honte à celui qui en pense mal. Sur mon véritable nom et mon âme, je supplie le sanctuaire de cette terre. Je lui demande de bien vouloir partager la nourriture et l’eau bénite avec mes soldats et qu’il me reconnaisse comme l’un des chevaliers de cette zone. »

Le Chevalier Noir ferma les yeux et pria, alors que tout son corps rayonnait faiblement.

Dans son champ de vision fermé et sombre, une certaine image avait fait surface.

Il s’agissait de soldats géants ailés de noir, ressemblant fortement aux Croisés. Leur armure noire de jais brillait avec la lumière de l’esprit combatif et de la gloire. Une armée de mille glorieux Chevaliers Noirs...

« Ô Chevaliers de la Jarretière [1], m’inspirez-vous ainsi afin que je me dépêche et que je vous prépare dès maintenant la suite de la campagne ? »

En écoutant les supplications de son armée, le Chevalier Noir avait souri ironiquement avant d’ouvrir les yeux.

À ce moment-là, il avait entendu des bruits de pas. Quelqu’un avait marché dans le bain en portant des bottes en cuir. Il y avait aussi le bruissement de vêtements. Vraisemblablement, le visiteur était entré sans même prendre la peine de se déshabiller.

L’entrée se situait derrière le Chevalier Noir. Il ne savait pas qui était arrivé, mais il s’était mis à parler sans même regarder en arrière. « Je ne vais pas dire ça... J’interdis aux autres de partager le bain quand je l’utilise, car ce serait bien trop rustre. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vous invite à vous déshabiller et à me rejoindre ici. C’est agréable d’avoir des moments de ce genre avec de jeunes chevaliers dans le bain de temps en temps. »

Les Chevaliers étaient tenus de garder leur calme en tout temps afin d’illustrer le caractère et les principes dictés par la chevalerie.

Le Chevalier Noir se remémorait souvent cela. Cependant, il avait entendu un « clic » venant de derrière lui, et cela le rendit très curieux quant à ce que c’était.

« Affirmative. En tant qu’esprit et non-Chevalier, il n’est pas vraiment nécessaire pour moi de reconstituer le liquide ectoplasmique dans un sanctuaire aquatique... Néanmoins, je vais me conformer à cet ordre, » déclara une voix féminine.

Dès qu’il entendit la voix d’une jeune fille, le Chevalier Noir tourna précipitamment la tête afin de voir ce qui se tenait derrière lui.

Celle qui était arrivée dans le bain était la poupée possédée par le génie Morrigan, vêtue d’un uniforme de marin ainsi que d’un béret. Elle avait bougé ses mains afin de dénouer l’écharpe autour de son cou, produisant un autre « clic » provenant de ses articulations.

« De plus, après cet événement, je déposerai un rapport auprès des plus hautes autorités... Annonçant comme quoi mon supérieur m’a soumis à un harcèlement sexuel. Alors, soyez prévenu, » déclara Morrigan.

Les simulacres utilisés par les génies étaient pour la plupart sans expression, mais actuellement, Morrigan regardait froidement le Chevalier Noir.

« Morrigan, ce n’est pas un ordre, » répondit-il. « Il s’agit simplement d’un malentendu, de plus... »

Le Chevalier Noir tenta de garder sa voix calme, mais ne put s’empêcher d’élever la voix. « Vous êtes celle qui harcèle sexuellement les autres... ! Une femme qui vient ici pour aller en présence d’un homme nu et qui va même jusqu’à me regarder si rudement ! »

« Le sanctuaire de l’eau est une installation d’une importance particulière, » répondit-elle. « Je voulais vérifier cela de mes propres yeux, » répondit-elle.

« Alors vous auriez pu choisir une autre fois quand je ne serais pas là ! » répliqua le chevalier.

La reconstitution du liquide ectoplasmique dans les sanctuaires de l’eau, les ablutions d’eau froide ou les rites de purification étaient tous des rituels sacrés.

Les vêtements n’étaient pas autorisés dans le bain, par conséquent le Chevalier Noir était complètement nu. Il avait normalement l’air plutôt mince, mais c’était purement un effet visuel provoqué par ses vêtements. En vérité, son corps était musclé jusqu’au bout des ongles.

Avec son corps spectaculaire totalement exposé, le Chevalier Noir gronda durement contre sa subordonnée.

***

« Selon mes recherches..., » déclara le simulacre du génie Morrigan en se dirigeant vers le Chevalier Noir.

Ils avaient déjà quitté le sanctuaire de l’eau souterraine. Ils faisaient une promenade dans les locaux alors qu’il marchait en ce moment sur la pelouse présente dans le fort tutélaire de Fuji.

« La pratique des bains mixtes existait aussi dans l’Angleterre médiévale et en France, » continua Morrigan. « Je ne peux donc pas comprendre la raison de votre choc et vos réprimandes. »

« Vous soulevez un point tout à fait correct, mais il s’agit des prérogatives d’un chevalier de défendre la vertu et la dignité... » répliqua le Chevalier Noir.

Au moment où il était sur le point de continuer sa réplique, le Chevalier Noir se rendit compte de quelque chose. L’Angleterre médiévale et la France. Ces mots n’auraient pas pu être prononcés par quelqu’un ignorant son identité.

« Morrigan, avez-vous compris mon identité ? » demanda-t-il.

« En effet... Franchement, la difficulté de l’énigme n’est pas bien grande, » répondit-elle. « Il y a beaucoup d’indices, tout simplement en observant vos paroles et votre comportement. »

« Je vois, » répondit-il. « Je suppose que c’est l’inconvénient d’avoir laissé son nom dans l’histoire, » déclara-t-il.

« Non, je crois plutôt que c’est purement le produit de vos imprudences, » répliqua-t-elle.

« Vous semblez avoir du talent pour les remarques mordantes..., » répliqua à son tour le Chevalier Noir.

« Cela aussi est l’une de nos traditions anglaises, » déclara le génie.

Le génie Morrigan avait hérité des coutumes anglaises du sarcasme mordant et de l’humour noir.

Le Chevalier Noir leva délibérément les yeux afin de cacher son sentiment d’embarras. Plus d’une centaine de Légionnaires britanniques, les Croisés, étaient en attente dans le ciel au-dessus du fort tutélaire de Fuji.

Tout en restant immobiles en tenant dans leurs mains droites leurs fusils à baïonnette, ils attendaient d’autres ordres.

Ces Légionnaires, sur le point de marcher sur Suruga, étaient sous le commandement de deux Chevaliers de Sa Majesté, Sire Steven et Sire Lampard, que le Chevalier Noir avait amenés depuis l’Angleterre.

Il était actuellement 14 h 53 et le ciel de Tōkaidō était très clair.

« Hier, il s’agissait de Sire Philneville qui a attaqué Suruga. Est-ce que vous allez le relever de son commandement ? » demanda le génie.

« L’armée de Phil n’a pas encore récupéré de ses pertes, » répondit-il.

Les chevaliers avaient pu invoquer des Légionnaires, des soldats géants ailés, de nulle part.

Ces êtres mystérieux pourraient facilement se rétablir en un jour de leurs blessures, ne comptant que sur leur régénération innée. Cela pouvait sembler scandaleux, mais en tout cas, ils n’avaient pas besoin de traitement ou de réparations.

Cependant, cela ne s’appliquait pas à ceux qui étaient frappés d’incapacité en raison de la mort ou de blessures critiques.

Les Légionnaires grièvement blessés avaient besoin d’une ou deux semaines avant de pouvoir se régénérer complètement et d’ainsi pouvoir retourner sur le champ de bataille.

« D’ailleurs, la princesse Akigase a pris le relais en tant que châtelain de Suruga..., » déclara-t-il. « Elle semble être une guerrière assez puissante. Selon des rapports non vérifiés, sa Force de Chevalier est exceptionnelle et peut-être beaucoup plus élevée que celle de Phil. »

« Je vois, » Morrigan hocha la tête et leva les yeux vers les Croisés présents en l’air.

Les Légionnaires britanniques blancs totalisaient 188 individus. Par rapport à hier, le nombre de Légionnaires convoqués par Sire Steven et Sire Lampard dans le destroyer Tintagel avait plus que doublé.

« En m’incluant, Stevie et Lamps ont également terminé leur pacte tutélaire dans le sanctuaire de Fuji. Actuellement, ce fort tutélaire de Fuji est devenu notre bastion..., » expliqua-t-il.

Plus les pouvoirs mystiques d’un sanctuaire étaient grands, plus il était facile d’invoquer un grand nombre de Légionnaires.

Les forts tutélaires équipés de sanctuaires d’eau remplissaient également les conditions d’un sanctuaire naturel. Mais comme les forts tutélaires étaient aussi des installations militaires, il n’y avait aucune raison pour que de telles bénédictions divines profitent aux envahisseurs.

Par conséquent, le « pacte tutélaire » était un rituel pour distinguer un ami d’un ennemi.

« ... En raison de cette règle, la manière dont nous menons la guerre est devenue plutôt archaïque, » Le Chevalier Noir avait souri ironiquement avant de continuer à parler. « En fin de compte, la guerre est revenue à la tactique de conquérir et de tenir des forteresses à utiliser comme place-forte. Actuellement, je m’attendrais à ce que la princesse Akigase forme un nouveau pacte au sanctuaire des eaux de Suruga, afin de transformer cette région en son propre bastion. »

« Oui, très certainement, » répondit-elle. « Un chevalier est limité à un sanctuaire d’eau lié à lui à la fois. »

Le destroyer Tintagel était contrôlé par Morrigan.

La source d’énergie du vaisseau, un réacteur à fluide, faisait circuler du liquide ectoplasmique artificiel afin de générer des pouvoirs mystiques. Par conséquent, le navire lui-même était équivalent à un sanctuaire, permettant aux Légionnaires d’être convoqués plus facilement que les terres ordinaires.

Cependant, en tant que « substitut », son efficacité ne pourrait pas faire face à ce qui était obtenu dans un sanctuaire d’eau.

C’est pourquoi les forces britanniques avaient donné la priorité à la conquête des différents forts tutélaires de Shizuoka, pour les utiliser comme base avancée.

« La révolution apportée par les armes à feu et la poudre à canon ainsi que l’invention de machines volantes ont rendu les fortifications faciles à neutraliser, » expliqua le chevalier. « Le mot “guerre de siège” a disparu des champs de bataille pendant près d’un siècle... Cependant, nous construisons encore une fois des forts tutélaires et consacrons des efforts pour prendre des châteaux et défendre notre propre territoire. » Le Chevalier Noir médiéval avait ri tout en parlant.

C’était vraiment drôle selon lui.

« Une fois votre image principale, l’Ifrit de Tintagel, Morgan la Fée, aura été transplanté dans le fort titulaire de Fuji, nous partirons avec Stevie et Lamps pour voir leurs capacités, » déclara-t-il.

« Comme vous le souhaitez, » répondit-elle.

La période du XIXe au XXe siècle...

... était un moment où les méthodes de guerre avaient rapidement évolué.

Ces changements étaient liés aux avancées spectaculaires dans la précision et les capacités des munitions des armes à feu, mais aussi au remplacement des véhicules hippomobiles par l’automobile. De plus, l’avènement des technologies sans fil et de l’avion ainsi que la disparition de la cavalerie du champ de bataille qui avait été supplantée par des chars d’acier dans les plaines avaient achevé ces modifications.

Les progrès dans les technologies industrielles avaient conduit une tendance à la mécanisation...

Dans le même temps, les miracles apportés par les Bêtes Sacrées avaient également favorisé les développements « mystiques ».

La technologie radar était apparue au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais elle était tombée en désuétude une fois que les techniques de contrôle noétique avaient été établies. De plus, les unités des Légionnaires avaient la propriété de neutraliser toutes formes d’ondes radar, conduisant ainsi à son obsolescence dans le monde moderne. L’information devait donc être recueillie par les bêtes de rétention ou par l’observation humaine.

En outre, les avions n’avaient pas réussi à devenir les maîtres des cieux.

Les cieux étaient contrôlés par des bêtes de rétention capables de voler et les Bêtes Sacrées divines. Tous ceux qui travaillaient dans le domaine de l’aviation se promèneraient toujours avec la peur au ventre, alors qu’ils surveillaient les tempêtes et les turbulences causées par ces êtres sur un coup de tête. On pouvait infliger de graves dommages aux avions humains simplement en utilisant des ondes noétiques afin d’invoquer des vols d’oiseaux contre le poste de pilotage ou les moteurs...

Il s’agissait actuellement de l’année 1998 à la fin du XXe siècle, une époque où l’humanité n’était plus les seigneurs de toute la création.

Notes

  • 1 Chevaliers de la Jarretière : La Jarretière est bel et bien le collant pour femme utilisé avec un porte-jarretelles. Mais dans ce cas-là, il s’agit de quelque chose en relation. Cela fait référence à un ordre de chevalier de l’Angleterre.

    Le très noble ordre de la Jarretière (Most Noble Order of the Garter) est le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, fondé le 23 avril 1348 le jour de la Saint Georges, en pleine guerre de Cent Ans, par le roi Édouard III.
    Selon la légende, la création de cet ordre aurait été décidée par le roi Édouard III lors d’un bal à Calais, où il dansait avec sa maîtresse, la comtesse de Salisbury. Celle-ci ayant, en dansant, fait tomber sa jarretière, le roi, galamment, la ramassa sous les quolibets des danseurs, la mit à son genou et coupa court aux railleries par ces mots : « Messieurs, honi soit qui mal y pense. Ceux qui rient maintenant seront très honorés d’en porter une semblable, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs eux-mêmes le chercheront avec empressement. »
    Cet ordre de chevalerie, le plus ancien qui subsiste encore au xxie siècle, rassemblait autour du souverain vingt-cinq chevaliers, membres à part entière. Les hommes sont appelés « chevaliers compagnons ».

***

Partie 6

La maison dans les profondeurs de la forêt de bambous avait été soigneusement entretenue.

On pourrait le dire d’un coup d’œil vers la porte, en voyant l’entrée et le couloir. Il n’y avait pas le moindre grain de poussière et toutes les surfaces en bois étaient polies.

La cour relativement petite était décorée tel un jardin japonais.

« Ce Manoir Ryouzan appartient à des parents éloignés du côté de mon père, » expliqua Shiori. « Grâce à leur générosité, je suis libre d’utiliser cet endroit à ma discrétion pendant mon séjour à Suruga. »

Shiori avait ouvert la voie, expliquant l’origine de cette bâtisse tout en avançant dans le couloir. Masatsugu s’était rappelé ce que Hatsune avait dit au sujet du père de la princesse qui était d’une ancienne famille de nobles qui vivait à Suruga.

En outre, Masatsugu pourrait détecter la présence d’autres personnes (probablement des domestiques).

Cependant, ils ne s’étaient pas montrés et étaient restés dissimulés jusqu’à maintenant. Masatsugu croyait qu’ils allaient immédiatement exécuter les ordres de Shiori dès qu’elle les appellerait pour ça.

L’atmosphère sereine de cette maison était définitivement au-delà de la capacité du clan Tachibana non raffiné à produire.

« S’il vous plaît, par ici, Masatsugu-sama, » déclara la princesse.

Masatsugu avait été conduit par elle jusqu’à une pièce de style japonais. Assise formellement en style seiza, Shiori fit signe à Masatsugu afin qu’il s’assoie devant elle. Il s’était placé tout comme elle lui avait demandé de faire.

Jamais, dans ses rêves les plus fous, il n’aurait espéré avoir l’occasion de converser avec la princesse en privé.

« Plutôt qu’un rendez-vous... Cela semblerait plus à une romance, » déclara Shiori.

« Princesse, vous utilisez ces mots pour des liaisons romantiques depuis un moment maintenant, » parlant candidement, Masatsugu avait répondu à la princesse qui était dans une contemplation sérieuse.

« Se pourrait-il que vous soyez tombée amoureuse de moi en si peu de temps et que vous me confessiez cet amour aujourd’hui ? » demanda-t-il.

« D-De quelle absurdité parlez-vous !? » s’écria la princesse. « Cela ne fait que quelques jours depuis notre réunion ! Développer une romance sur la base d’une telle relation serait trop impropre ! »

« Dommage, » répondit Masatsugu. « C’est juste que j’ai entendu beaucoup de conversations sur ce sujet ces derniers temps. »

La réaction de Shiori indiquait qu’elle était très troublée et agitée par ça tandis que Masatsugu inclinait la tête en signe d’excuse, complètement imperturbable.

Plus précisément, il n’avait pas « entendu » ces conversations. À la place, il les avait lues dans des romans de comédie romantique visant les garçons du lycée. Mettant cela de côté, Masatsugu avait pensé à quelque chose d’autre.

Donc, elle avait un certain côté à sa personnalité qui était comme celle d’une princesse surprotégée.

À l’inverse, la princesse lui avait parlé avec un déplaisir clairement audible. « Bon sang... Je m’attendais à ce que vous soyez une personne plus sérieuse en me basant sur votre apparence. Je me suis apparemment trompée... »

« Désolé pour ça, » répondit-il. « Puis-je demander à quoi vous fait penser mon apparence ? »

« Personne ne vous a jamais dit que vous avez un beau visage comme celui d’une célébrité ? » demanda Shiori.

« Oh, bien sûr, j’ai entendu ça quelques fois, sauf qu’ils ajoutent toujours à la fin. “Si seulement vous aviez une personnalité normale”. »

« ... En effet, votre coopération et votre sensibilité sont quelque peu défectueuses, » la princesse avait calmement commenté Masatsugu, l’incitant à s’incliner la tête une autre fois tout en disant à la princesse. « Désolé pour ça. »

« Cependant, princesse, puisque ma beauté semble adaptée à vos goûts, alors je suppose que votre but en m’amener ici est de vous confesser, non ? » demanda Masatsugu. « Se pourrait-il que vous me disiez tout cela parce que vous êtes trop gênée pour en parler ? Est-ce que c’est ça... ? »

« Je ne pense certainement pas cela ! » Shiori nia avec véhémence puis baissa précipitamment sa voix. « N-Naturellement, je vous suis très reconnaissante de m’avoir sauvée hier. Pour venir à ma rescousse comme ça... ma reconnaissance ne connaît pas de limites... »

Shiori baissa vivement la tête et le remercia en posture de seiza, employant même le rituel respectueux de presser trois doigts de chaque main sur le sol.

Quelle princesse, adhérant à l’étiquette malgré sa personnalité obstinée, pensa Masatsugu.

La princesse leva la tête et regarda directement Masatsugu.

Regardant carrément ses yeux, Masatsugu fixa Shiori avant de déclarer. « Je remplissais tout simplement mes devoirs de garde du corps. Pas besoin de laisser peser cela sur votre esprit. D’un autre côté, je suis curieux quant à certaines choses que vous m’avez dit. Par exemple, pourquoi notre sortie compte-t-elle comme un “rendez-vous” ? »

« Eh bien. Mon souhait est que nous développions une relation plus étroite, Masatsugu-sama. Oh..., » Shiori répondit sincèrement avant d’ajouter en étant un peu embarrassée. « S-Sachez que je fais référence à des relations amicales entre une princesse et son subordonné, pas à une relation amoureuse entre un homme et une femme. Je souhaite confirmer si nous sommes en mesure de cultiver le genre de convivialité qui existe entre deux individus. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé afin d’avoir votre compagnie. Puisque j’ai des sujets importants à discuter avec vous, selon moi, c’est un “rendez-vous” avec un sens spécial. »

La princesse prit une profonde inspiration, puis elle avait immédiatement affirmé. « Masatsugu, avant votre perte de mémoire, vous étiez censé devenir mon Chevalier. »

Comme on pouvait s’y attendre, Shiori était au courant de l’amnésie de Masatsugu. Compte tenu de son attention aux détails, la princesse ne pouvait pas avoir manqué une telle information, donc Masatsugu n’était pas surpris, cependant...

« Je devais devenir votre Chevalier. Mais je ne suis pas un Chevalier..., » répliqua-t-il.

« Vous êtes aussi un Chevalier, » déclara Shiori. « Tout comme le Seigneur César et l’amiral Nelson de l’Empire Britannique, vous êtes un Ressuscité qui êtes revenu à la vie en provenance du monde antique. Comme vous le savez, ils sont tous des Chevaliers avec leurs propres armées. »

Shiori avait continué à lui expliquer. « De plus, ils sont tous, sans exception, de très puissants Chevaliers. Il y a beaucoup de Chevaliers accomplis nés à l’époque contemporaine... Mais aucun d’entre eux ne peut invoquer plus de cent ou deux cents Légionnaires. Ils ne sont pas à la hauteur du Seigneur César ou de Karl le Grand qui sont tous les deux capables de commander des armées de plus de mille individus. »

« En parlant de ça, ce titre vous m’avez parlé la dernière fois..., » commença Masatsugu.

« Tout à fait. Le terme legatus legionis signifie “vrai Chevalier” et est un titre secret pour les Ressuscités, ceux qui sont revenus du pays des morts, » répondit la princesse.

Shiori avait ensuite expliqué que ce titre était seulement connu de la royauté, des politiciens et des soldats.

« C’est moi qui ai demandé au père de Hatsune de préparer votre identité en tant que membre de la Famille Tachibana pour que vous n’attiriez pas une attention injustifiée, » expliqua Shiori. « Par coïncidence, le clan Tachibana a eu un jeune homme qui est mort dans un accident, nous avons donc emprunté son enregistrement familial. »

« ... Je vois, » après avoir écouté attentivement les explications, Masatsugu hocha la tête et répondit avec concision.

Souriant avec un léger désarroi, Shiori lui avait alors dit. « Vous ne semblez pas être dérangé le moins du monde par ça. »

« J’ai déjà découvert hier que je ne suis pas une personne ordinaire, » répondit-il. « D’ailleurs, il n’y a aucun moyen pour moi de vérifier vos déclarations concernant le Seigneur César et les autres, alors je n’ai pas besoin de tirer de conclusions pour le moment... C’est tout simplement ainsi et je peux ne rien y faire pour le moment. »

Masatsugu était toujours calme et recueilli, se déplaçant à son rythme. Tirant le meilleur parti de sa disposition naturelle, il avait exprimé ses honnêtes pensées. « Naturellement, je suis assez curieux de savoir comment un homme comme moi a pu perdre la mémoire. »

« Peut-être... que votre résurrection ne s’est pas déroulée sans heurts, » répondit-elle.

« Que voulez-vous dire par là ? » demanda-t-il.

« Je vous ai éveillé il y a deux ans... Plus précisément, j’ai prié mon grand-père, le Seigneur Tenryuu, de m’envoyer “un ancien guerrier” et il a accepté ma demande, » lui expliqua-t-il.

« Pourquoi avez-vous fait une telle demande ? » demanda Masatsugu.

Masatsugu avait entendu dire que les Bêtes Sacrées divines obéiraient aux demandes des jeunes filles promises à eux ou aux enfants de leur lignée et accorderaient des pouvoirs mystiques tels que des Légionnaires ou des bêtes de rétention.

La petite-fille du Seigneur Tenryuu Shiori devait pouvoir faire appel à ce genre de privilège. La question était, dans quel but ?

« Mon objectif est le même que celui du Fief de Kinai, » expliqua la princesse. « Je souhaite obtenir une force militaire suffisante pour me dresser contre le Seigneur César même si je ne peux pas le vaincre. Sinon, la participation à la lutte de pouvoir du Japon contemporain serait impossible. J’ai besoin d’un Chevalier puissant pour qu’il se batte pour moi, et qu’il puisse réaliser mes idéaux. »

Shiori Fujinomiya était une princesse de seize ans. En d’autres termes, elle avait seulement quatorze ans il y a deux ans quand elle avait fait ça.

Ce qui avait le plus surpris aujourd’hui Masatsugu, c’était la découverte qu’elle avait nourri de telles ambitions et aspirations à un si jeune âge.

Devant un Masatsugu abasourdi, Shiori s’inclina de nouveau amplement, amenant trois doigts de chaque main contre le sol avant de lui demander. « Masatsugu-sama, j’ai une autre demande. »

« ... »

« Je voudrais que vous me prêtiez votre soutien. Quant à savoir si j’en suis digne, s’il vous plaît réfléchissez bien avant de me donner votre réponse dans les prochains jours. Merci d’avance, » déclara-t-elle solennellement.

« N’est-ce pas un ordre ? » demanda Masatsugu en réponse à l’appel sincère de la princesse.

Shiori leva la tête, acquiesça avant de lui dire. « Bien que vous ayez perdu votre mémoire, Masatsugu-sama, vous étiez après tout autrefois un guerrier avec d’illustres faits d’armes. Seule une personne telle que vous pourrait porter le titre de legatus legionis. Ce serait trop insolent de ma part de donner un ordre à un héros d’un tel calibre. »

Masatsugu venait maintenant de comprendre pourquoi depuis le début, Shiori s’était toujours adressée à lui avec l’honorifique du « -sama » alors qu’elle était une princesse et qu’elle avait toujours parlé sur un ton formel alors même qu’elle n’était pas comme ça avec sa prétendue cousine.

« Ce que je demande, c’est de l’aide plutôt que de la loyauté. En échange de cette aide, je suis prête à payer le prix adéquat, » continua la princesse.

« Le prix ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit Shiori. « Qu’il s’agisse du statut, de la renommée ou de la richesse..., n’importe quoi tant que je peux vous le donner. »

***

Ainsi, le « rendez-vous » de Masatsugu et de la princesse se conclut.

Décidant pour l’instant de continuer à servir de garde du corps, Masatsugu s’apprêtait à quitter la maison élégante avec Shiori.

« Pourriez-vous attendre ici brièvement ? » lui demanda Shiori. « Je dois matérialiser une bête de rétention. »

« Pour matérialiser une bête de rétention ? Puis-je observer la technique ? » lui demanda-t-il en retour.

Les maîtres noétiques avaient pu matérialiser les bêtes de rétention grâce au pouvoir de la noèse. Masatsugu n’avait entendu que des rumeurs à propos de telles techniques, alors il avait demandé ça afin de satisfaire sa curiosité dès qu’il avait entendu Shiori mentionner qu’elle allait le faire.

Pour une raison inconnue, la princesse se retrouva à court de mots à la suite de la demande du jeune homme. Après un moment d’hésitation, elle lui répondit maladroitement. « Eh bien... Je suppose que vous pouvez. Il est possible que le fait d’être témoin de l’utilisation de pouvoirs mystiques ou d’un liquide ectoplasmique puisse vous rafraîchir la mémoire comme cela l’a fait hier... C’est une bonne occasion. »

Après ça, elle lui avait dit qu’elle devait aller se préparer en premier, seule, puis Shiori avait quitté la pièce de style japonais.

Elle revint vingt minutes plus tard, effrayant Masatsugu dès qu’il la vit. La princesse avait ses cheveux blond-platine relevés et apparaissait devant Masatsugu alors qu’elle n’était vêtue que d’un maillot de corps blanc de style japonais.

Grâce au changement de tenue de la princesse, Masatsugu avait pu confirmer sa silhouette parfaite et ses courbes féminines.

« Suivez-moi, s’il vous plaît. Un changement de lieu est nécessaire, » Shiori murmura-t-elle, tremblante légèrement, peut-être gênée par sa tenue.

Elle marchait en tête afin d’éviter d’avoir un contact visuel avec Masatsugu. Elle avait emmené Masatsugu jusqu’au jardin se trouvant à l’arrière du terrain où il y avait un bain en plein air. Il s’agissait d’un bain élégant et classique fabriqué à partir de cyprès japonais.

En outre, l’endroit était entouré de bosquets de bambou, permettant de profiter du plaisir de se baigner dans une forêt de bambous.

Dès le départ, la maison ressemblait à une auberge japonaise discrète, mais Masatsugu ne s’attendait pas à ce qu’elle soit entièrement équipée avec même un bain en plein air. Bien qu’impressionné par tout cela, Masatsugu avait remarqué que la baignoire n’était pas remplie d’eau chaude ordinaire.

La baignoire débordait d’un liquide bleu marin, aussi beau que les mers du sud.

« C’est ce qu’on appelle le liquide ectoplasmique artificiel... il s’agit de la même substance qui se trouve également dans les sous-sols des forts tutélaires, » lui expliqua-t-elle.

« En d’autres termes, une ressource à usage exclusivement militaire. Comment avez-vous mis la main dessus ? » demanda Masatsugu.

« Principalement grâce aux bénédictions de mon grand-père, » répondit Shiori. « Le liquide ectoplasmique artificiel est synthétisé à partir du précieux sang fourni par les Bêtes Sacrées en conjonction avec de l’eau pure qui a des propriétés de purification spirituelle... De petites quantités de liquide ectoplasmique peuvent également être produites en utilisant le sang de la fille ou de la petite-fille d’une Bête Sacrée. »

Riant avec un sourire, Shiori ajouta. « En termes de dons de sang, ce montant serait la limite. Je n’ai pas l’intention d’épuiser mon propre sang, donc je ne serai pas trop gourmande... Masatsugu-sama, s’il vous plaît, apportez-moi cela. »

Masatsugu avait pris la planche de bois de la taille d’une feuille A3 et il l’avait placée sur le sol du bain. Ce tableau était le talisman de la bête de rétention que Hatsune avait emprunté. Sur sa surface se trouvait un animal dessiné ressemblant à un chien ainsi que le kanji pour dire « invoquer le grand dieu » et divers caractères sanskrits.

Shiori s’était agenouillée à côté de la baignoire de mystérieux liquide bleu.

Tenant un seau en bois, elle ramassa du liquide ectoplasmique et se trempa la tête.

Elle avait répété cela à mainte reprise. Même debout sur le côté, Masatsugu avait été un peu éclaboussé par quelques gouttelettes qui volaient un peu partout. Le liquide était assez froid. Il s’agissait du rituel de l’ablution à l’eau froide afin de purifier l’esprit et le corps.

Une sonnerie aiguë pourrait également être entendue en provenance du corps de la princesse.

Masatsugu compris instinctivement. Il y avait un renforcement de ses pouvoirs mystiques.

L’eau bénite bleue s’infiltrait dans le corps et l’esprit de Shiori, augmentant sa noèse et ses qualités mystiques.

« Êtres destinés à descendre sur le monde, que Dieu soit avec vous, » proclama-t-elle.

Shiori avait alors touché l’illustration du chien sur la planche avec ses mains moites. Le talisman de la bête de rétention s’était instantanément altéré, transformant la planche A3 en un gigantesque loup.

Un loup d’argent, presque de la taille d’un cheval, était apparu. Le loup d’argent grogna avec férocité avant d’instantanément disparaître.

« ... Excusez-moi. Je devais d’abord absorber le liquide ectoplasmique et purifier mon corps et mon esprit, car cela fait longtemps que je n’ai pas invoqué un loup Mibu..., » déclara-t-elle.

La reconstitution du liquide ectoplasmique était essentielle à ceux qui maniaient des pouvoirs mystiques, tels que Chevaliers et maîtres noétiques.

Masatsugu demanda à Shiori. « Alors, ce loup s’appelle un loup Mibu ? »

« Tout à fait, » répondit-elle. « Compte tenu de la situation d’urgence actuelle, je souhaite avoir une autre bête de rétention à part le renard de liaison, c’est pourquoi j’ai demandé à Hatsune de l’obtenir pour moi. Euh... Masatsugu-sama. P-Pourriez-vous arrêtez de me fixer du regard ainsi... ? »

« Oh, excusez-moi ! » répondit-il.

Le maillot trempé s’accrochait étroitement au corps de la princesse.

Les courbes de Shiori étaient devenues encore plus évidentes qu’avant, montrant la forme parfaite de ses seins à Masatsugu. Hatsune semblait avoir atteint le royaume du « G », mais la princesse rivalisait avec elle, et elle pourrait même avoir franchi les frontières l’emmenant au « F »...

Distrait par ses pensées futiles, Masatsugu était sur le point de détourner son regard... Il s’interrompit.

Une idée lui était venue par hasard et c’était maintenant l’occasion parfaite pour en parler.

« Princesse, ne venez-vous pas de dire que vous étiez prête à payer n’importe quel prix que vous étiez capable de donner ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit la princesse.

« Excusez-moi, mais je ne pense pas que vous êtes actuellement capable d’offrir une grosse récompense. Le statut, la célébrité et la richesse que vous avez promis... C’est au mieux une promesse vide, pas bien différente de dessiner un gâteau pour satisfaire la faim. »

« Eh bien... c’est vrai. Vous soulevez un point judicieux, » Shiori leva les yeux et se redressa avec résolution, acceptant la critique de Masatsugu.

Un tel comportement n’était probablement pas intentionnel. Masatsugu avait souri en réponse, pensant à quel point la princesse était une amusante personne. Malgré sa fierté et ses machinations politiques, elle était prête à traiter sincèrement avec les « personnes ».

Au cours du repas d’aujourd’hui, elle avait activement interagi avec les étudiants de l’internat.

Se faufilant entre les élèves, elle n’avait pas gardé Hatsune ou Masatsugu à ses côtés. Elle aurait certainement pu éviter beaucoup de problèmes si elle avait amené l’un d’entre eux avec elle. Au cours de la journée d’aujourd’hui, elle l’avait aussi traité avec ferveur, parlant sans réserve, essayant de gagner l’approbation de Masatsugu.

Masatsugu pouvait voir les côtés « purs » et « troubles » de la princesse Shiori.

« Mon espoir est que vous puissiez accepter la récupération de votre récompense dans le futur, » déclara Shiori.

« Il s’agit là d’une solution, mais Princesse, il y a des récompenses que vous pouvez offrir tout de suite. Vous êtes une femme très attirante et me satisfaire de manières féminines... »

« ... !? » elle n’avait rien dit à ce moment-là.

« ... serait également une option, » finit-il par dire.

« Je-je concède que vous marquez un point. M-Mais comment dois-je dire cela !? » Shiori était instantanément devenue très troublée alors qu’elle essayait durement de simuler qu’elle était calme. « J-Je sais que je possède un joli visage qui devrait être très attirant pour les hommes... »

« Avez-vous une telle conscience de vous-même ? » demanda Masatsugu.

« O-Oui. C’est juste que, en ce qui concerne l’amour, les relations amoureuses, les aventures d’un soir, les relations purement physiques..., » commença-t-elle par répondre. « Je manque d’expérience et de compréhension dans ces domaines, c’est pourquoi je me suis sentie réticente à offrir de telles récompenses de ma propre initiative. »

Shiori avait récupéré un regard empli de dignité et elle n’avait pas hésité à avoir un contact visuel avec Masatsugu.

« En supposant que vous me trouvez digne de ça, Masatsugu-sama, je-je veux bien être votre partenaire amoureux, » continua-t-elle à lui répondre. « En tant que fille de la famille impériale, j’aurais peut-être des difficultés à entrer dans un mariage officiel avec vous, mais en tant que votre maîtresse... »

« Princesse, je plaisantais en disant ça, » déclara Masatsugu.

« Hein... Euh... Masatsugu-sama ! » cria-t-elle.

Masatsugu avait admis qu’il plaisantait en affichant un visage sérieux, ce qui avait fait que Shiori tomba instantanément en colère.

Imperturbable, il déclara. « Je comprends beaucoup de choses après vous avoir écouté. Vous êtes pleinement consciente du prix à payer pour avancer d’un seul pas... en utilisant des méthodes sans scrupules... »

« ... »

« Pour obtenir l’atout qui est “moi”, vous avez déjà payé le prix correspondant, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Masatsugu-sama... Ce n’est pas quelque chose dont vous devez vous soucier, » répondit la princesse.

Shiori avait faiblement souri, mais elle n’avait fourni aucune autre réponse.

Masatsugu avait trouvé très amusant de découvrir que Shiori Fujinomiya était une femme de ce genre. En même temps, il s’était trouvé incroyable. Au cours des deux dernières années, il n’avait jamais évalué d’autres personnes de la sorte, mais maintenant, il était capable de lire le caractère de la princesse de façon très naturelle.

Après tout, il semblerait qu’il devait avoir été un soldat ou un guerrier dans un lointain passé.

Au moment même où il pensait cela, le son d’une cloche avait été entendu sur les lieux, annonçant l’arrivée d’un renard de liaison. Shiori jeta un coup d’œil au visage poilu du renard et son expression redevint solennelle.

« Près d’une centaine de Croisés avancent en ce moment vers le fort tutélaire de Suruga !! » annonça-t-elle.

Évidemment, la bataille pour Suruga ne serait pas réglée pacifiquement.

***

Chapitre 4 : Les Chevaliers et les Faits d’Armes (2)

Partie 1

« Comme prévu, ils sont venus..., » murmura une jeune femme.

Rikka Akigase était arrivée au sommet du donjon protecteur de la nation et avait regardé le paysage de Suruga.

Le fort tutélaire de Suruga était situé à l’altitude la plus élevée de la région. En son centre, le donjon protecteur de la nation s’élevait à quarante mètres, offrant une vue imprenable.

Rikka avait vu de ses propres yeux, les Croisés envahissant la Baie de Suruga se situant au sud de cette position.

Environ, une centaine de Croisés volaient vers la terre en une sphère dense, et ils étaient sur le point d’atteindre le ciel se situant au-dessus de la côte. Le fort tutélaire était placé sur un terrain montagneux faisant face à la baie. L’ennemi arriverait bientôt ici.

« J’ai deviné qu’ils viendraient aujourd’hui ou demain. Comme prévu..., » murmura-t-elle.

Rikka haussa les épaules. Les Croisés survolaient la mer à une vitesse d’environ cinquante ou soixante kilomètres à l’heure.

C’était d’un vol à basse vitesse, car en principe, ils étaient capables d’aller plus vite. La raison de cette décision était également très simple. Ce type de vol à basse vitesse exigeait une consommation négligeable de liquide ectoplasmique, ce qui leur permettait d’économiser de l’énergie pour pouvoir l’utiliser pour la bataille.

« Défendre le fort tutélaire serait une option, mais malheureusement, Sakuya est en mauvais état. Il va falloir effectuer des arrangements. »

Rikka était seule sur le toit, face aux vents hurlants, tandis que les forces militaires conventionnelles se tenaient à la périphérie du fort tutélaire. Les officiers noétiques à l’intérieur du donjon protecteur de la nation écoutaient les chuchotements de Rikka Akigase à travers les ondes noétiques tout en confirmant la présente situation.

C’était précisément le devoir d’un chevalier d’assumer les attentes de ses camarades d’armes et de répondre à leurs sentiments — .

Vêtue d’un uniforme militaire, Rikka avait dégainé l’épée se trouvant à sa taille et avait libéré ses propres ondes noétiques.

« Sur mon Appellation d’Onikiri Yasutsuna, mes Légionnaires ! »

Les puissantes ondes noétiques de Rikka rayonnaient dans l’air au-dessus du donjon protecteur de la nation.

La noèse s’était rapidement manifestée sous la forme de Kamuys, amenant dans le ciel une armée bleue, forte de quatre-vingt-dix individus.

« Excellent. »

Rikka avait rengainé son épée personnelle.

Il s’agissait d’une célèbre et précieuse épée issue de la lignée des Genji. Son nom avait été hérité par Rikka Akigase en tant qu’Appellation.

L’acte de dégainer cette épée japonaise était précisément la manifestation d’une Appellation. Avec une courbure claire, la lame élancée de cette épée rare et renommée présentait une ligne de tranchant légèrement ondulée. Contrairement au Zuihou détenu par la majorité des Chevaliers japonais, Onikiri Yasutsuna était restée physiquement aux côtés de l’utilisateur, même lorsque les Légionnaires n’étaient pas convoqués. Ce fait était aussi la preuve d’une Appellation de haut niveau.

« Venez, portez-moi ! »

Rikka avait appelé les quatre-vingt-dix Kamuys présents au-dessus d’elle.

L’un d’entre eux était descendu, plaçant son épaule au niveau du toit du donjon protecteur de la nation. Avec un saut agile, Rikka passa sans hésitation par-dessus la balustrade du toit, atterrissant sur l’épaule droite du Légionnaire qui était en vol stationnaire.

« Nous établirons une formation terrestre. Allez-y. »

Transportant son commandant, le Kamuy bleu s’était envolé vers le sud en direction de la Bay de Suruga.

Les quatre-vingt-neuf Kamuys restants l’avaient suivi.

Le commandant en chef dirigeait la lutte contre l’ennemi sur les lignes de front. Rikka ne pouvait s’empêcher de sourire avec ironie. Ce style de combat lui remémorait les archives militaires datant de l’époque des Genpei, mais c’était aussi la façon dont les guerres modernes étaient menées.

En transmettant des ondes noétiques, les Chevaliers allaient diriger leurs armées de Légionnaires afin de combattre l’ennemi.

En fait, il était possible de contrôler les Légionnaires sous son commandement depuis très loin, par exemple, hors de portée visuelle.

Cependant, ce faisant, on se rendrait vulnérable à une perturbation noétique. Certaines formes de perturbation noétique étaient spécialisées pour contrer les ondes noétiques plutôt que les signaux électromagnétiques. Sous interférence, on courrait le risque de perdre le commandement de ses Légionnaires.

« Comme prévu, la brise de mer est froide. »

Il était actuellement 15 h 18 avec une forte brise soufflant de la mer vers l’intérieur des terres...

Rikka était debout sur un Légionnaire volant à soixante kilomètres à l’heure à une altitude de deux cents mètres. Néanmoins, Rikka était restée au chaud grâce à la résilience de son propre corps.

La vitalité et les capacités physiques d’un chevalier étaient beaucoup plus élevées que celles des personnes ordinaires.

En prenant de grands volumes de fluide ectoplasmique dans leur corps et leur esprit, ils avaient ainsi été renforcés par des pouvoirs mystiques.

« Formation carrée. Hâtez-vous ! »

Son armée avait atterri sur le rivage de la Baie de Suruga.

Le long de la côte, des zones militaires avaient été créées à partir de terres récupérées où se trouvaient diverses installations de l’armée provinciale.

L’endroit choisi pour l’atterrissage était une plaine dégagée. Dès l’instant où ils avaient atterri, à l’exception de celui qui portait Rikka, les quatre-vingt-neuf Kamuys restants avaient sprinté à pleine vitesse. Leurs mouvements étaient rapides et agiles, comme le suggèrent leurs silhouettes gracieuses.

Bien sûr, il s’agissait d’un groupe de géants de huit mètres de haut qui couraient.

À chaque pas qu’ils faisaient, la Baie de Suruga tremblait et grondait. Quoi qu’il en soit, les quatre-vingt-neuf Kamuys avaient couru à un bon rythme.

Malgré leur taille gigantesque et leur poids proportionnel, leurs mouvements n’étaient pas réduits.

Tout comme les oiseaux ailés étaient rapides et agiles même lorsqu’ils se déplaçaient au sol, les mouvements des Kamuys étaient très dynamiques avec beaucoup d’accélération.

C’était une caractéristique commune aux Légionnaires bleus du Japon Impérial.

Agilité, diligence infatigable, courage — Les quatre-vingt-dix Kamuys s’étaient rapidement placés dans une formation presque carrée de dix rangées par neuf colonnes.

Occupant le centre de la formation carré se trouvait le Kamuy portant le commandant, Rikka.

L’armée de Kamuys avait alors levé leurs fusils à baïonnette à l’unisson.

L’embout des canons visait les Croisés britanniques qui arrivaient et survolaient la Baie de Suruga.

 

☆☆☆

 

« Les légionnaires japonais sont appelés des Kamuys, n’est-ce pas ? Il y en a quatre-vingt-dix — la prise en charge de la châtelaine de Suruga s’avère être à notre niveau... Pauvre fille. »

Le nombre de croisés britanniques envahissants au-dessus de la Baie de Suruga s’élevait à 98.

Leur commandant, Steven marmonnait à lui-même alors qu’il chevauchait une wyverne blanche, volant au sein de l’armée aéroportée.

« Il aurait eu la chance d’être honoré en tant que Chevalier de Sa Majesté s’il était né comme nous sous le règne de Sa Majesté. »

Dans l’Empire Britannique, seuls les guerriers ayant une Force de Chevalier exceptionnelle pouvaient prétendre au titre de « Chevalier de Sa Majesté ».

La Force de Chevalier de Steven était de 98 alors que celle de son frère d’armes Sire Lampard était de 90. Aujourd’hui, ils étaient sortis de Fuji après avoir établi un pacte tutélaire, une situation complètement différente de celle d’hier.

Cela faisait un certain temps qu’ils n’avaient pas commandé le nombre total de Légionnaires soutenus par leur Force de Chevalier.

Steven avait fait claquer ses doigts afin d’appeler une petite bête utilisée pour les communications.

Contrairement au renard roux du Japon, les forces armées britanniques utilisaient des esprits, dont l’apparence était de celle de jeunes filles de la taille d’une paume avec des ailes de papillon sur le dos. L’esprit voltigeait délicieusement devant Steven.

« Informez en mon nom Sire Lampard, je chargerai en tant qu’avant-garde selon le plan. En cas d’échec, je laisse le reste entre ces mains. »

L’esprit hocha la tête et disparut.

Les bêtes de rétention chargées de relayer les messages étaient capables de se téléporter dans un rayon de quatre ou cinq kilomètres. Les bêtes de rétention n’étaient pas aussi pratiques que les téléphones, mais elles étaient capables de remplacer les communications sans fil. Cependant, les petits animaux de rétention couraient le risque de mourir d’un épuisement excessif si elles étaient forcées d’invoquer cette capacité en une succession d’une dizaine de fois, d’où la nécessité d’accorder une attention particulière à leur utilisation.

« Mes troupes, le prince, Sire Chevalier Noir, nous a confié la glorieuse mission de l’avant-garde. J’attends avec impatience de voir votre courage au combat ! » Steven avait rallié les Croisés sous son commandement.

Pendant ce temps, l’armée de Sire Lampard rôdait plus loin en arrière, en tant qu’unité de réserve.

Ils n’étaient qu’à quatre kilomètres de la côte où les samouraïs de Suruga étaient en formation.

Les quatre-vingt-dix-huit Croisés volaient en formation sphérique.

En avançant dans les airs, il plaça ses Légionnaires dans une sphère serrée afin de créer une formation dépourvue d’angles morts.

Il s’agissait de l’une des bases de la tactique des Légionnaires.

En tant que commandant, le Chevalier resterait au centre de la formation — la position la plus sûre — pour être en mesure de donner les ordres les plus appropriés aux troupes à tout moment.

« Soldats de Sa Majesté... Écrasez l’ennemi. »

Dès que Steven en avait donné l’ordre, les Croisés formant le front de la « sphère » avaient visé puis tiré en continu sur la côte à quatre kilomètres de distance.

Les fusils avaient projeté des faisceaux de chaleur capables de trancher à travers le béton renforcé.

Quatre-vingt-dix-huit fusils à baïonnette tiraient des rayons clignotants au même rythme que des mitrailleuses.

Si ce barrage de tirs avait été dirigé vers le centre-ville de Tokyo, les bâtiments regroupés auraient été perforés et découpés en tranches comme du plastique. En quelques minutes, une métropole serait devenue un terrain vague et tragique.

Cependant, l’armée de Suruga dans sa formation carrée à quatre kilomètres de distance était restée indemne.

« Comme on s’y attendait, le fait d’avoir des nombres égaux qui se tirent dessus ne fonctionnera pas si facilement. »

Steven avait souri avec ironie. Les Chevaliers étaient capables de sentir tout ce que les Légionnaires sous leur contrôle voyaient et entendaient. Ces mystérieux soldats géants ailés possédaient également cinq sens exceptionnels qui surpassaient de loin ceux des humains.

À son commandement, les Croisés avaient observé la scène à quatre kilomètres de distance.

Des particules incandescentes — les particules des barrières protectrices — étaient en suspension dans l’air autour des Kamuys japonais.

« Plus la formation est dense, plus la puissance défensive des Légionnaires est grande... Comme les attaques de mon côté ne fonctionnent pas, il devrait en être de même pour mon adversaire, » à peine Steven avait-il dit ça que le côté ennemi avait contre-attaqué.

En restant dans leur formation carrée, les Légionnaires japonais avaient pressé sur la détente. Naturellement, leurs cibles étaient les Croisés dans les airs au-dessus de la Baie de Suruga, en d’autres termes, l’armée de Steven.

Des rayons clignotants étaient continuellement tirés alors que les tirs antiaériens de l’équipe japonaise attaquaient sans pitié les forces de Steven.

Cependant, les Légionnaires britanniques étaient aussi pratiquement indemnes. Autour des quatre-vingt-dix-huit Croisés, des particules de barrières de protection brillaient également.

La lumière des barrières de protection avait eu pour effet de réduire la puissance des tirs ennemis.

Les particules des Légionnaires de la même armée se superposeraient, augmentant ainsi leur densité, et produisant une plus grande force défensive. En d’autres termes, placer un plus grand nombre de Légionnaires, les uns à coter des autres, augmenterait considérablement la force défensive globale d’une armée.

Par conséquent, les formations carrées et sphériques avec leur haute densité étaient couramment utilisées dans les batailles entre les Légionnaires.

« L’échange continu de tirs entre l’air et la terre défavorisera mon camp. Mes hommes, atterrissons et adoptons des tactiques barbares. »

Les Légionnaires étaient des guerriers ailés et étaient capables de se tenir debout sur le sol avec leurs propres pieds comme les humains. La consommation de liquide ectoplasmique était plus importante lors de déplacement dans les airs.

L’armée dirigée par Steven vola alors vers le rivage.

Ils avaient progressivement baissé leur altitude de vol, se préparant à une longue bataille au sol.

En utilisant la même formation que l’ennemi, Steven avait placé ses Légionnaires en une rangée de dix par dix, les gardant aussi denses que possible, et cela même pendant le changement de formation. Pendant qu’ils débarquaient, les tirs antiaériens de l’ennemi n’avaient pas cessé un seul instant. Ainsi, plusieurs malheureux Croisés situés sur les bords où les particules de la barrière étaient plus faibles avaient été abattus.

Au total, quatre Croisés avaient été tués au cours de la première phase du combat, percés au niveau de leurs points vitaux tels que la tête ou la poitrine, s’écrasant ainsi dans la Baie de Suruga.

Les quatre-vingt-quatorze autres étaient restés totalement indemnes.

« Maintenant, nous sommes égaux... Non, mon côté a l’avantage. Écrasons-les avec la force brute. »

Les Croisés avaient enfin débarqué avec succès sur la plage.

Tout en maintenant leur formation carrée, ils marchaient à la même vitesse.

Leurs cibles étaient les Légionnaires Kamuys de Suruga, en formation à un kilomètre devant eux.

Dès qu’ils auraient pénétré dans la zone de corps à corps, les barrières de protection des deux côtés se neutraliseraient l’une et l’autre et perdraient de leur efficacité. Ce qui resterait à faire était de tuer les ennemis en utilisant les baïonnettes sur leurs fusils, en suivant la manière d’agir des anciens champs de bataille afin de poignarder et décapiter les ennemis.

Sur sa wyverne, Steven avait lentement tourné en rond dans les airs au-dessus de ses Croisés.

En regardant l’armée ennemie d’une vue de dessus, il fut stupéfait.

« Les descendants des samouraïs croient-ils encore aux bénédictions du vent divin et ont-ils l’intention d’attaquer jusqu’au bout ? »

Les Légionnaires japonais avaient changé de formation.

En d’autres termes, les Kamuys avaient abandonné la sécurité de la formation carrée à haute densité en faveur d’une formation en une rangée de quatre-vingt-dix avec leurs fusils à baïonnette relevés à nouveau.

« Cependant... Ne vous attendez pas à ce que le vent divin favorable souffle chaque fois, » déclara Steven avec audace.

Confirmée visuellement par les Croisés, une femme chevalière avait été aperçue debout sur l’épaule droite d’un Kamuy au centre des rangs japonais.

Le fait de capturer le Chevalier contrôlant des Légionnaires équivaudrait à gagner la bataille.

***

Partie 2

« Feu ! » Aux ordres de Rikka, les quatre-vingt-dix Kamuys avaient simultanément appuyé sur les gâchettes.

Leur cible était la formation des Croisés envahissant les côtes. Les fusils à baïonnette des Kamuys clignotaient continuellement, produisant un barrage dense de tirs contre l’ennemi.

« L’autre camp a l’intention de régler la bataille en utilisant le combat en mêlée et ne tirera pas à pleine puissance. Saisissez cette occasion pour tirer en toute impunité ! »

Rikka avait rallié ses troupes. Les Croisés avaient été abattus l’un après les autres.

Il s’agissait du résultat du « changement de formation » des Kamuys. Faire une seule rangée signifiait mettre chaque Légionnaire au premier rang. Ainsi, les quatre-vingt-dix Kamuys avaient pu concentrer leurs tirs sur le premier rang de l’armée britannique qui approchait.

Les Légionnaires britanniques étaient en formation carrée de 10x10.

Les quatre-vingt-dix Kamuys concentrèrent leur puissance de feu sur les dix Croisés se tenant au premier rang.

Ces dix Croisés étaient maintenant sous un feu plus intense que lors du déluge de tirs précédent.

Les éclairs incessants avaient frappé des dizaines de fois les corps gigantesques des Légionnaires britanniques, essayant de percer les parties les plus faibles des barrières de protection. La probabilité de frapper les points vitaux était devenue beaucoup plus élevée qu’avant.

Par conséquent, les troupes ennemies au premier rang avaient chuté les uns après les autres sous ces tirs incessants.

Les Croisés dans la première rangée avaient également riposté, mais ils n’avaient que rarement infligé des dommages aux Kamuys.

D’ailleurs, l’armée de Suruga dirigée par Rikka n’avait pas non plus un avantage significatif. Chaque fois que les Croisés du premier rang étaient éliminés par le feu de concentration des Kamuys, les Croisés de l’arrière faisaient immédiatement un pas en avant pour maintenir la formation.

Sous un feu nourri, l’armée britannique avançait courageusement et sans désarroi.

Au départ, les deux armées étaient séparées d’environ un kilomètre.

Une fois cette séparation réduite de moitié, les Croisés avaient été réduits à quatre-vingt-quatorze.

Quand la séparation avait à nouveau été réduite de moitié, il restait quatre-vingt-quatre Croisés.

La distance entre les deux armées n’était finalement plus que de quatorze ou quinze mètres.

Alors qu’ils étaient sur le point d’entrer au corps à corps, le nombre de Croisés britanniques était descendu à soixante-quinze alors qu’il y avait encore quatre-vingt-huit Kamuys japonais. Numériquement parlant, les Kamuys avaient l’avantage, mais...

Sur sa wyverne, tournant dans les airs, le Chevalier britannique avait rugi comme s’il avait la victoire à portée de main.

« Mes hommes, votre persévérance est louable ! En tant qu’agents de Sa Majesté, c’est à votre tour de vous battre. Écrasez ces petits soldats japonais ! »

Les Kamuys étaient plus petits que les Croisés. Cette différence de carrure ne pouvait pas être ignorée en combat rapproché. Les Kamuys étaient d’une force inférieure et il y avait peu de cas de figure où leur désavantage physique était surmonté.

Rikka avait fait claquer sa langue. « À tous, chargez-vous de ce chevalier bavard de Sa Majesté ! »

Les Kamuys du côté de Rikka avaient alors obéi et ils tirèrent tous. Chaque Légionnaire était maître du combat avec une expertise de premier ordre en tir et en combat rapproché. Un tir précis à travers la cible ne devrait pas les être au-delà de leurs capacités.

Cependant, le Chevalier de Sa Majesté volait derrière la formation carrée des Croisés.

Les particules de barrière entourant les Légionnaires britanniques formaient un bouclier invisible, bloquant l’offensive de tir des Kamuys.

Après ça, l’armée britannique avait continué à avancer et une bataille au corps à corps avait enfin commencé.

Le fusil à baïonnette était l’arme utilisée par les Kamuys et les Croisés. Brandissant les baïonnettes montées sur leurs longs canons, les deux côtés poignardèrent les Légionnaires ennemis.

Les Japonais étaient supérieurs en nombre, mais le flux de la bataille favorisait clairement l’armée britannique.

Tout d’abord, les soixante-quinze Croisés avaient maintenu leur formation carrée en chargeant la rangée des troupes de Suruga.

Les Kamuys avaient été disposés en ligne pour donner la priorité à la puissance de feu. Les Croisés chargèrent férocement, poussant leurs baïonnettes afin de poignarder leurs ennemis.

Surpassés par la pression et la force des Légionnaires britanniques, les Kamuys se faisaient poignarder dans leurs masques et leurs cous.

Bien sûr, une petite partie des Kamuys japonais avait réussi à échapper aux baïonnettes des Croisés et avait pu riposter. Cependant, la formation ennemie était restée en sécurité.

En brandissant leurs baïonnettes, chaque fois qu’une Croisade tombait au premier rang, elle était immédiatement remplacée par un Croisé se trouvant avant ça à l’arrière.

En fin de compte, l’armée britannique avait continué de charger l’armée japonaise avec un parfait maintien de l’élan et de la formation. Au temps des anciens Grecs, la phalange puissante avait dominé les champs de bataille en utilisant les mêmes tactiques que les formations compactes.

En revanche, la rangée des Kamuys était dans une formation n’offrant aucune épaisseur.

La formation fine comme du papier était sur le point de se briser, déchirée en lambeaux.

« Guerriers de Sa Majesté, tuez l’ennemi Chevalier ! La bataille se termine dès que cette personne meurt ! »

Aux ordres du Chevalier britannique, les Croisés attaquèrent encore avec plus de férocité.

Parmi les troupes de Suruga, Rikka se tenait sur l’épaule droite d’un Kamuy se tenant au centre, face à l’assaut de dizaines de Légionnaires britanniques.

Sous la pression de la charge ennemie, la formation de Suruga était passée d’une ligne droite à une forme en V.

Le centre, la position de Rikka, s’était lentement retiré, ce qui avait provoqué la déformation de la formation. Les Kamuys voisins s’étaient désespérément battus pour protéger leur commandante, mais le flux de la bataille s’était complètement retourné contre les Japonais.

Il ne restait pas plus de cinquante Kamuys sur les quatre-vingt-huit.

La défaite était pratiquement assurée à ce rythme. Rikka respirait profondément depuis sa position sur l’épaule d’un Kamuy.

« Heureusement, ils sont tombés dans le piège. Je suis soulagée. »

La lame tranchante à la taille de Rikka était reconnue comme la « tueuse d’onis ».

Souriant de façon belligérante, elle avait dégainé son épée personnelle. La lame de deux pieds et sept pouces présentait une ligne de tempérament légèrement ondulée.

Puis Rikka avait sauté au sol.

« Mon Appellation d’Onikiri Yasutsuna... Ô lame tranchante de renommée universelle, démontrez une fois de plus au monde l’exploit martial de tuer à coup sûr vos adversaires ! »

À peine avait-elle dit ça qu’un Croisé solitaire chargea Rikka de front.

Les Kamuys hésitants s’étaient rassemblés en une formation circulaire pour encercler leur commandante et empêcher l’ennemi de l’attaquer. Cependant, les Légionnaires britanniques avaient finalement percé la ligne défensive.

L’adversaire était un soldat géant britannique de plus de huit mètres de haut.

Même la lame montée sur le fusil à baïonnette était plus haute que la taille de Rikka.

Avec un moment d’hésitation, le Croisé avait poignardé avec sa baïonnette poussée vers Rikka. Le corps géant du Légionnaire s’était déplacé avec agilité malgré son grand poids. Une charge impressionnante.

Quant à Rikka...

Déplaçant horizontalement son épée japonaise, elle para la frappe à la baïonnette du Croisé.

Même si l’arme de l’adversaire était plus grosse que Rikka, elle avait bloqué l’attaque sans effort. De plus, la gigantesque baïonnette avait été coupée en deux, envoyant le fragment brisé voler avant qu’il ne tombe et se plante dans le sol de Suruga.

Manipulant l’arme qui lui était chère, Rikka avait tailladé l’arme ennemie avec une puissance ridicule.

Malgré la perte de sa lame, le Croisé restait encore un guerrier aguerri.

Au lieu d’utiliser la baïonnette, le Croisé avait instantanément attaqué avec un coup de pied, visant Rikka au sol comme si elle était un ballon de football.

Rikka sauta en un saut périlleux, évitant magnifiquement le coup de pied.

En plus d’avoir la capacité de convoquer les Légionnaires, elle avait aussi atteint une extraordinaire maîtrise des arts martiaux et des capacités physiques.

« Yahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »

Avec un cri puissant, Rikka avait sauté de nouveau dans les airs. En marchant sur la rotule du Croisé qui venait de l’attaquer, elle avait bondi devant le masque du soldat ailé géant.

L’épée précieuse nommée Onikiri Yasutsuna avait ensuite été poignardée dans le masque du Croisé.

Ce coup d’épée avait été fatal.

Le soldat géant de huit mètres de haut avait été abattu par une fille de 170 cm de haut.

« — Loup Mibu ! » Rikka s’était empressée de l’appeler après un atterrissage spectaculaire.

Un loup avait répondu à sa convocation, surgissant de nulle part.

Doté d’une fourrure argentée et d’un physique semblable à celui d’un cheval, c’était le « Loup Mibu », une bête de rétention de taille moyenne employée par l’Armée Impériale japonaise.

Les officiers noétiques observant la bataille en utilisant des renards de liaison avaient immédiatement dépêché cette bête de rétention après avoir entendu l’ordre de Rikka.

Rikka avait sauté sur le dos du loup géant. Le Loup Mibu s’était précipité sur le sol.

Cette fois, la bête avait sauté sur les ordres de Rikka. Transportant la femme chevalière équipée de sa lame si tranchante, le loup de Mibu s’était jeté sur le visage d’un Croisé voisin.

Cependant, au lieu de voir le loup attaquer avec ses dents, c’était Rikka qui avait frappé avec sa lame.

*Frappe.* la frappe horizontale avait traversé le masque du Croisé, sectionnant nettement sa tête.

« Quelle épée redoutable... ! »

Le chevalier britannique de Sa Majesté avait été stupéfait. Il volait à une douzaine de mètres dernière son armée comme s’il s’agissait d’une visite touristique lors d’un tour en wyverne, mais il était maintenant complètement terrifié. Peu de Chevaliers existaient dans le monde qui était capable d’abattre les Légionnaires de leur propre main.

« Est-ce que cette épée est votre appellation — le testament d’un Fait d’Armes ? »

« En effet, vous avez raison. Moi, Rikka Akigase, je tiens l’épée précieuse du pedigree Genji, Onikiri no Taichi, Yasutsuna. Je réduirai à l’infini les simples Croisés, quel que soit le nombre de ceux que vous me lancez ! »

Le Chevalier de Sa Majesté avait questionné son adversaire depuis sa monture wyverne et Rikka avait répondu depuis le dos du loup géant.

L’épée précieuse, Onikiri Yasutsuna. Il s’agissait du titre donné à « la fameuse lame qui avait tué Shuten-dōji, l’oni d’Ooe-yama. » Les héros qui avaient hérité de cette Appellation avaient pu reconstituer l’exploit de tuer une personne à la fois à coup sûr.

C’était l’Exploit d’Armes, le Onikiri no Tachi, qui était aussi la technique secrète conférée à Rikka par Onikiri Yasutsuna.

« Mes excuses, Chevalier de Sa Majesté, » caressant son épée bien-aimée tout en chevauchant son Loup Mibu, Rikka avait continué à parler.

« L’échange de tirs à distance n’est pas ma tasse de thé, c’est pourquoi je gagnerai cette bataille aussi vite que possible. À ce stade, la victoire appartient sans aucun doute à mes Kamuys. »

« Qu’est-ce que vous avez dit ? »

Sa déclaration audacieuse avait irrité le chevalier britannique.

Debout devant l’ennemi, Rikka avait tranquillement souri en toute confiance.

***

Partie 3

« ... Sire Chevalier Noir, la bataille se déroule comme vous l’aviez prédit. » La poupée possédée par le génie Morrigan avait parlé à celui qui se trouvait en sa compagnie.

Elle était à bord d’une wyverne volant dans les cieux, regardant la Baie de Suruga en contrebas. Il y avait un autre cavalier sur la wyverne, l’aristocrate Sire Chevalier Noir qui tenait les rênes. Morrigan était assise devant lui.

S’ils volaient plus loin, cela les amènerait dans la zone de terres récupérées sur la côte.

Les Légionnaires britanniques et japonais y étaient confrontés dans une bataille mortelle et le vainqueur émergeait graduellement.

« Pourtant, je ne voulais pas avoir raison. Le fait de prédire la défaite d’un chevalier de Sa Majesté était trop peu approprié, » déclara le Chevalier Noir après avoir soupiré. Il avait partagé une prédiction inquiétante quant à la situation.

Quand les Légionnaires sous les ordres de Sire Steven avaient commencé à engager les troupes japonaises au corps à corps, le bel aristocrate avait dit : « Stevie va maintenant perdre. »

Il avait discrètement partagé cette opinion malgré la position avantageuse de l’armée britannique au moment où il l’avait dit.

Peu après, l’armée de Suruga avait effectué un retour spectaculaire. Dirigeant ses Kamuys sur le champ de bataille, la dame Chevalier de Suruga avait invoqué les armes de sa précieuse épée pour abattre personnellement les Croisés.

La dame Chevalière avait foncé directement dans les rangs ennemis afin de les tuer.

Utilisant une bête de rétention de type Loup Mibu en tant que monture, elle s’était frayé un chemin dans la formation carrée des Croisés.

Circulant entre les Légionnaires britanniques qui étaient très proches l’un de l’autre, elle avait frappé avec sa précieuse épée, coupant à travers l’armure et les points vitaux d’un Croisé à chaque frappe effectué, infligeant ainsi de lourdes pertes dans les rangs britanniques.

Cette performance d’un cavalier solitaire inarrêtable n’avait duré que deux ou trois minutes.

Cependant, une fois qu’elle avait ainsi perturbé la formation de l’armée britannique, les Kamuys avaient d’un coup lancé une contre-attaque, parfaitement synchronisés avec la situation.

Elle s’était utilisée afin d’être un appât pour détourner l’attention de l’armée britannique pendant quelques minutes, puis la Chevalière japonaise avait ordonné à ses troupes d’encercler discrètement l’armée de Steven, lançant ainsi un assaut sur le dos de la formation carrée.

Après ça, l’armée des Kamuys avait commencé un massacre unilatéral.

Les Croisés se succédèrent sur le front tandis que Sire Steven contrôlait désespérément ses troupes tout en esquivant les attaques des tireurs d’élite ennemis et essayait de réorganiser la formation de son armée.

« L’usage de cet Exploit d’Armes utilisant cette précieuse épée a-t-il décidé de la bataille ? » demanda-t-il.

Un « Exploit d’Armes » était une technique surnaturelle utilisée par les Chevaliers et les Ressuscités. Cela permettait de tuer des Légionnaires gigantesques en utilisant la main d’un humain, et c’était une incroyable prouesse d’armes.

Le Chevalier Noir avait secoua la tête et avant dit : « Si Stevie le pense vraiment, alors cela signifie que ses capacités ne vont pas aussi loin. Leurs destins avaient été scellés au moment où la chevalière avait réussi à l’attirer dans le combat en mêlée. En prétendant être submergé par les Croisés, l’ennemi se préparait en fait à une attaque en tenaille. »

« Je-je vois, » Morrigan avait repensé à la façon dont la situation de combat s’était développée.

Le Chevalier de l’armée Tōkaidō avait aligné les Kamuys dans une rangée pour tirer.

Les Croisés avaient choisi de charger dans une formation carrée dense, menant à une bataille en mêlée. Sous la pression de l’armée britannique, la formation de l’armée Tōkaidō était passée d’une ligne droite à une forme en V, mais les deux côtés du V avaient ensuite encerclé l’arrière de l’armée britannique, se transformant en unités de guérilla.

« En fin de compte, ce fut une bataille spectaculaire démontrant la destruction par l’encerclement et le mouvement en tenaille. Des tactiques victorieuses pour le commandant ennemi qui a utilisé ça. C’est assez pour aujourd’hui, Stevie sera tenu responsable de son échec une autre fois. »

« Puis-je poser une autre question ? »

Sire Chevalier Noir avait exprimé son admiration pour l’adversaire d’une manière étrange, d’où Morrigan lui demanda : « Comment saviez-vous que... le commandant ennemi voulait attirer nos forces dans le combat en mêlée ? »

« Hein ? »

Sire Chevalier Noir avait été surpris qu’elle soit étonnée. Ce genre d’expression n’avait pas sa place sur son noble et beau visage.

Subissant une perte de mots, après quelques contemplations du génie, il avait levé les yeux, puis il avait redressé sa posture et avait dit : « Il peut être difficile pour vous de comprendre en tant qu’esprit, mais les choses de ce genre peuvent être comprises instinctivement. C’est comme regarder l’armée ennemie de loin et sentir les changements dans l’air. C’est quelque chose comme ça. »

« Je-Je vois, » répondit-elle.

Même parmi les autres humains, peu seraient en mesure d’être d’accord avec l’explication du Chevalier Noir.

Morrigan en était profondément certaine, mais sa réponse de « je vois » avait un sens différent. Elle était convaincue que cet homme était un contrepoids naturel aux « stratèges » ou « officiers d’état-major ».

Le Chevalier Noir possédait une profonde maîtrise de la stratégie, de la tactique et de l’art de la guerre, mais il ne s’était pas lié rigidement à ses connaissances.

L’instinct, la sensibilité, l’inspiration soudaine, la perspicacité, le jugement et l’expérience aiguisés sur les champs de bataille s’avéreraient être les clés cruciales de la victoire dans des circonstances extrêmes.

Plutôt que d’apprendre par l’esprit, les individus comme lui étaient nés avec une compréhension innée de cette dure réalité.

La justesse théorique n’impliquait pas la victoire sur l’ennemi. Sur le champ de bataille, la justesse était déterminée par la victoire, c’est-à-dire que le vainqueur avait toujours raison.

Ceux qui avaient étudié l’art de la guerre comme champ de recherche n’avaient jamais pu atteindre ce niveau.

« Comme on s’y attendait d’un Legatus Legionis, » Morrigan avait fait un éloge du fond du cœur.

« Malgré des arguments convaincants concernant la tactique, vous n’arrivez toujours pas à cacher la sauvagerie innée dans votre âme... Supposons que vous alliez de l’avant avec des plans d’action irrationnels, moi, le génie Morrigan, je vous soutiendrai de tout cœur, » déclara-t-elle.

« Pourquoi ça ressemble à un compliment... ? » demanda le Chevalier Noir en inclinant la tête.

« Ce n’est pas grave. Bien que Stevie ait subi une défaite dans la bataille d’avant-garde, il a accompli au moins le travail le plus élémentaire. Il a réussi à user la force de combat de l’ennemi et n’a pas encore été totalement vaincu. Il est temps pour les renforts d’entrer dans la scène, » déclara Morrigan.

Immédiatement après ça, les Croisés s’étaient envolés de la mer depuis les eaux de la Baie de Suruga.

En utilisant comme référence les terres récupérées où s’était déroulée la bataille anglo-japonaise, c’était à l’est. Dirigeant quatre-vingt-dix Légionnaires, Sire Lampard s’était caché dans la mer en tant que force de réserve et prenait maintenant des mesures.

Les Croisés avaient surgi de la surface de la mer et s’étaient envolés vers le fort tutélaire de Suruga.

Au lieu de renforcer leurs alliés, cette armée avait l’intention de prendre d’assaut et de soumettre le fort tutélaire de Suruga pendant que le châtelain était occupé par Sire Steven.

Les Croisés se trouvaient à une dizaine de kilomètres du fort tutélaire en hauteur.

Ils pouvaient atteindre leur destination sans gaspiller de liquide ectoplasmique en des vols à grande vitesse. Inversement, du côté du fort tutélaire de Suruga.

« Je me souviens que c’est Seiryuu, n’est-ce pas ? » Chevalier Noir marmonnait à lui-même.

Un ifrit était apparu dans les airs au-dessus du fort tutélaire de Suruga.

Un dragon oriental géant, atteignant soixante-dix mètres de long, avec un immense cercle magique à l’arrière était présent. La translucidité de son corps, la couleur du saphir, était une indication de sa nature spirituelle. Les seuls êtres capables de matérialiser un corps gigantesque de cette taille seraient les Bêtes Sacrées divines.

Autour des murs en forme d’étoile du fort tutélaire, l’espace environnant s’était déformé.

C’était presque comme un phénomène de mirage. L’espace autour du fort tutélaire avait été déformé, ce qui avait rendu le paysage flou et tordu comme si on le voyait à travers l’air du désert sous le soleil ardent.

Morrigan pouvait sentir de puissantes ondes noétiques à l’intérieur de l’espace déformé.

« L’ifrit ennemi a déjà déployé une barrière de noesis, » déclara Morrigan.

« Selon les rapports, c’était au-delà des capacités de l’ennemi d’hier. Je me demande s’il s’est rétabli. De plus, ils ont même détecté les noesis libérées par les Légionnaires cachés dans l’eau et ont immédiatement préparé des contre-mesures, » déclara le Chevalier Noir.

Après analyse, Chevalier Noir avait déclaré haut et fort : « Lampard pourrait très bien avoir à faire face à une bataille difficile. »

« ... C’est mon opinion que vous ne devriez pas dire cela, avec un sourire ainsi affiché sur votre visage, » déclara Morrigan.

« Ne vous méprenez pas. Ce que je veux dire, c’est que la Grande-Bretagne serait peut-être prête à me laisser combattre, puisque nous sommes confrontés à un château ou deux Chevaliers de Sa Majesté n’ont pas réussi à conquérir, » déclara le Chevalier Noir.

« S’il vous plaît, soyez patient. Vos chevaliers... Gardez-les pour l’attaque sur Hakone, » en vérité, Morrigan avait reçu l’ordre d’empêcher le Chevalier Noir d’aller sur le champ de bataille.

Ces ordres venaient de Sire Grayson, le capitaine du Tintagel. Dès que le prince « participerait à la bataille, » son vrai nom serait connu du monde entier. Cela éveillerait la curiosité et la méfiance du Seigneur César.

« À l’étape actuelle, la divulgation des noms, Edward, le Prince Noir et les Chevaliers de la Jarretière... auront de graves effets sur les futures stratégies. Soyez prudent, s’il vous plaît, » déclara Morrigan.

Il s’agissait de quelqu’un qui était né dans la famille royale anglaise médiévale, un génie militaire suprême.

L’ancien prince héritier de Plantagenet avait haussé les épaules et il avait accepté les conseils de Morrigan.

***

Partie 4

« Je n’arrive pas à croire qu’ils ont déployé à ce moment-là deux armées, ces Chevaliers de Sa Majesté. C’est beaucoup trop généreux ! »

Voyant les nouveaux ennemis s’envoler vers le fort tutélaire, Rikka avait lâché une malédiction depuis sa monture de type Loup Mibu.

Les Kamuys étaient encore en train de combattre les Croisés de l’avant-garde sur les terres réclamées de la côte.

Rikka elle-même s’était retirée de la ligne de front. Le Loup Mibu était resté stationnaire pour le moment. Actuellement, elle était de retour dans son rôle de commandant, contrôlant la situation du combat des Kamuys depuis l’arrière.

Tandis que l’ennemi résistait vaillamment, les Kamuys les avaient encerclés. Effectuant une formation ronde avec leurs barrières de protection déployées, les Croisés avaient tiré avec désespoir pour riposter contre l’armée de Rikka.

« Ils sont à la hauteur du nom des Chevaliers de Sa Majesté, comme ils sont résistants, » déclara-t-elle.

Si cette bataille se poursuivait, l’anéantissement des Croisés ne serait pas un problème.

Cependant, les Britanniques avaient envoyé une autre armée, volant dans l’espace aérien de Suruga. L’ennemi visait clairement le fort tutélaire, mais l’armée de Rikka était occupée par la bataille terrestre et ne pouvait rien faire de plus que de les regarder passer.

Si Rikka devait se précipiter maintenant pour intercepter l’autre armée au fort tutélaire, alors l’avant-garde ennemie acculée pourrait reprendre son souffle et rassembler ses forces restantes pour frapper l’armée de Kamuy de Rikka par-derrière. Contrairement aux soldats humains, les Légionnaires étaient capables d’exécuter des ordres de combat extrêmement déraisonnables.

Il était donc impératif de tuer les unités ennemies avant de se précipiter pour aider à la défense du fort tutélaire.

Ayant pris sa décision, Rikka avait réfréné l’anxiété dans son cœur. Chevauchant son Loup Mibu, elle observait la situation de combat les bras croisés devant sa poitrine.

Le génie Sakuya — l’avatar de l’ifrit Seiryuu — était plus stable qu’hier et avait réussi à activer la barrière noesis par son image principale, complétant ainsi les préparatifs de la bataille défensive. Rikka s’était arrangée pour que plusieurs officiers néoétatiques assistent Sakuya. De plus, il y avait une assurance supplémentaire.

« Sur mon Appellation d’Onikiri Yasutsuna... Rassemblement, mes Légionnaires. »

Rikka avait récité les mots sacrés pour invoquer les Légionnaires.

Cependant, l’endroit représenté dans son esprit était le plateau septentrional à plusieurs kilomètres de distance — en d’autres termes, l’emplacement du fort tutélaire de Suruga. Avec cela, son assurance avait au moins été fournie au fort tutélaire.

« En fait, je voulais les utiliser pour me charger rapidement des forces ennemies ici. »

Cependant, Rikka n’avait pas le choix. La défense du fort exigeait des « tigres de papier » pour intimider l’ennemi.

Elle ne pouvait qu’espérer que cette méthode tiendrait jusqu’à ce qu’elle se précipite à nouveau à la rescousse. Cependant, le problème était que la force d’embuscade de l’ennemi était dirigée par un chevalier de Sa Majesté aguerri au combat.

 

☆☆☆

 

« Masatsugu-sama... Une autre armée de Croisés ! » Shiori avait indiqué une certaine direction dans le ciel alors qu’elle lui disait ça.

L’ifrit Seiryuu et un cercle magique occupaient le ciel au-dessus du fort tutélaire de Suruga présent sur le plateau. Une formation sphérique de Croisés, forte d’une centaine d’individus, s’approchait.

Masatsugu et la princesse étaient sortis ensemble.

Il y avait une bambouseraie à proximité. Ils se trouvaient dans la cour du Manoir de Ryouzan, une résidence isolée appartenant à la Maison Fujinomiya.

Un peu plus tôt, un renard de liaison revenant du fort tutélaire de Suruga les avait informés des Croisés attaquaient la zone, et il leur avait aussi indiqué la position avantageuse du Chevalier Rikka Akigase.

« Princesse, c’est une excellente occasion, » déclara Masatsugu.

« Euh... ? » Pendant un moment, Shiori ne savait pas comment réagir à la suggestion de Masatsugu.

Elle s’était changé et avait repris sa robe d’une seule pièce, ses jambières noires et ses bottes à hauteur de genou, sauf qu’elle avait omis les lunettes utilisées pour le camouflage.

Comme elle était trop pressée pour sécher ses cheveux à fond, ses cheveux blond-platine avaient encore une couche d’humidité.

« S’il vous plaît, dites-moi immédiatement ce que je dois faire, » demanda Masatsugu.

« Masatsugu-sama ? »

« Votre souhait est que je vous aide à prendre le contrôle de la nation. Dans ce cas, vous devrez me dire quoi faire dans des moments comme ça. Je veux vous entendre le dire personnellement. Bien sûr, vous pouvez vous sentir libre de dire : “Je suis incapable de prendre une décision maintenant”, » déclara Masatsugu.

« Si je devais vraiment dire ça…, » Shiori avait souri malicieusement.

Masatsugu était satisfait de sa réponse. Son esprit et son intelligence avaient répondu à ses attentes. Discernant instantanément l’intention derrière la question de Masatsugu, Shiori avait répondu avec sérieux : « Masatsugu-sama, resteriez-vous sur le côté et me regarderiez-vous mourir ? »

« Comme le clan Tachibana s’est occupé de moi dans le passé, je continuerai à servir de garde du corps pour rembourser cette dette, » répondit-il.

« Alors je passerai sur cette option. Permettez-moi d’abord de réfléchir un instant, » déclara Shiori.

Bien que Shiori ait été appelée princesse impériale, cela ne signifie pas qu’elle était la « fille de l’empereur » dans le Japon moderne.

Une Princesse impériale était un titre faisant référence à toutes les princesses portant la lignée de Seigneur Tenryuu. Dans le palais impérial, il y avait d’autres princesses impériales, toutes avec des rangs plus élevés que celui de Shiori.

« Pour commencer, le gouvernement japonais et l’Impératrice sont sous le contrôle du Seigneur César tandis que les dirigeants régionaux, les Douze Fiefs, ont chacun leurs propres plans. Et maintenant, il y a la déclaration du coup d’État du Fief de Kinai et l’invasion armée de l’Empire Britannique et l’ingérence excessive dans les affaires intérieures. Il n’y a pas de solutions faciles pour sortir du bouleversement actuel, peu importe à quel point j’y pense... » Shiori avait haussé les épaules en parlant sur un ton sardonique. « Sans aucun doute, le Japon actuel est littéralement dans un état de désunion. Bien que je ne sois pas Liu Bei des Trois Royaumes, il est assez facile pour des jeunes sans prétention de se faire un nom pendant les périodes de turbulence. »

Par exemple, de jeunes hommes de la campagne appauvrie rejoignant les armées rebelles, passant du statut de soldat à celui de général puis à celui de chef d’État...

De telles occasions de s’élever au-dessus de la populace étaient impossibles à saisir en temps de paix et de stabilité. Inversement, le niveau de difficulté était instantanément beaucoup plus bas si l’on tenait le pouvoir militaire et les soldats en période de turbulence.

La princesse avait rapidement saisi les points clés de la question.

Masatsugu lui avait dit : « Princesse, votre prochaine décision est de choisir un côté pour vendre vos faveurs. »

« J’ai déjà une idée à ce sujet. Les faveurs ne peuvent être considérées comme des marchandises significatives que lorsqu’elles sont vendues à ceux qui en ont besoin. Il serait inutile de vendre des faveurs à une faction qui possède déjà des généraux forts et de vastes armées, » répondit Shiori.

« En d’autres termes, Princesse ? » demanda Masatsugu.

« Le Fief de Tōkaidō a été contraint de combattre l’Alliance pour la Restauration... Je souhaite profiter de cette occasion pour établir des liens plus étroits avec les hommes d’influence de Tōkaidō. J’utiliserai mon nom et mes faveurs pour en faire mes futurs bailleurs de fonds ou alliés, » déclara Shiori.

Les joues de Masatsugu avaient légèrement frémi. C’était un sourire.

Il savait que son expression avait tendance à être normalement raide. Le fait de sourire n’était pas son fort. Néanmoins, il avait parfois affiché ce type de sourire, sauf que personne autour de lui ne l’avait remarqué.

Cette fois, il avait souri pour célébrer la décision de Shiori de prendre la bonne décision.

En vérité, le choix du camp qu’elle avait choisi d’aider n’avait pas d’importance. Bien sûr, Masatsugu ne voulait pas nuire personnellement aux intérêts de Suruga parce que ses amis et connaissances étaient là, mais il y avait toujours des moyens de contourner cela.

La question était de savoir si elle avait le courage de prendre des mesures lorsqu’elle était confrontée à une excellente occasion juste devant ses yeux.

Toute la connaissance et la stratégie dans le monde n’auraient aucun sens si l’on restait indécis face à l’opportunité.

Quelqu’un qui s’engageait à faire de son mieux à l’avenir tout en ne donnant pas le meilleur de lui-même dans le présent serait digne d’une crédibilité nulle. Heureusement, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter de la princesse Shiori de ce côté-là.

« Masatsugu-sama, si je vous demandais de défendre le fort tutélaire de Suruga... Seriez-vous prêt à exaucer mon vœu ? » demanda Shiori.

« Considérez que c’est fait, » répondit Masatsugu.

Près d’une centaine de Croisés avançaient actuellement vers le fort tutélaire sur les hauteurs.

En regardant cette scène de loin, Masatsugu avait légèrement haussé les épaules.

« J’ai l’impression que je ne peux pas perdre contre des ennemis de ce genre. Il ne devrait pas y avoir de problème, » déclara Masatsugu.

« Mais la victoire serait-elle vraiment possible sans un seul soldat sous votre commandement ? » demanda Shiori.

C’était au tour de Shiori de cette fois-ci tester Masatsugu.

« Un stratège a écrit un jour : “contre tout ennemi, il faut se préparer minutieusement pour saisir la victoire avec une certitude absolue, tout ce qui serait inférieur serait imprudent”…, » déclara Shiori.

« Vous devriez brûler les livres de ce type et oublier ce qu’il a écrit, » déclara Masatsugu.

Masatsugu avait déjà entendu ces mots auparavant, mais il avait sommairement rejeté la théorie.

Incroyablement, Masatsugu était capable d’argumenter sur la stratégie militaire extrêmement d’une manière naturelle de la même manière que son corps vaincrait automatiquement ses adversaires dans les rixes.

« Il est certes important de se préparer pour assurer la victoire, mais dans de véritable guerre, l’ennemi fera aussi de son mieux pour calculer et se préparer. Et la guerre est toujours accompagnée de toutes sortes de malchance et de malheur. Il est impossible de toujours se battre dans des conditions de victoire assurée, » déclara Masatsugu.

« Je vois. »

« Je pense que la théorie de cet homme est une pure illusion écrite sur papier, » continua Masatsugu.

« Est-ce votre opinion, Masatsugu-sama ? Je comprends ! » Souriante, Shiori avait hoché la tête. « Cependant, puisque vous êtes un héros qui avez survécu à d’innombrables bains de sang dans le monde antique, je vous croirai pour l’instant. »

« Merci beaucoup, » déclara Masatsugu.

« Je ne m’attendais pas à ce que vous acceptiez ma demande aussi facilement, » l’expression discrète que faisait Shiori la rendait extrêmement belle alors qu’elle disait ça.

Si elle n’était rien de plus qu’une fille rusée, Masatsugu ne se serait probablement pas intéressé à elle.

Cependant, les qualités contradictoires d’une intelligence impitoyable et d’une sincérité rafraîchissante coexistaient en elle. Cela avait été particulièrement intéressant et avait également procuré un sentiment de fiabilité. C’était une fille qui mélangeait non seulement le bien et le mal, mais aussi la pureté et l’obscurité. Et l’application d’une telle dualité était requise dans certaines positions dans le monde, comme les politiciens et les rois.

Peut-être que Shiori Fujinomiya pourrait un jour devenir une grande figure de l’histoire.

Masatsugu avait profité de cette occasion pour changer de sujet. Un sujet qui était aussi très important. « Au fait, Princesse, au sujet de la promesse faite plus tôt, je compte sur votre soutien à l’avenir. Vous avez dit que vous étiez prête à payer n’importe quel prix, y compris votre propre corps en tant que femme, n’est-ce pas ? »

« … !? Comme vous le souhaitez ! » s’écria Shiori.

« Détendez-vous. Je ne suis pas du genre à aimer forcer les filles, » répondit Masatsugu.

Les muscles des joues de Masatsugu s’étaient contractés de nouveau en un sourire face à la princesse agitée.

« Je promets que je ne ferai jamais rien contre votre volonté, Princesse. Tout ce que je vous demande, c’est tout au plus une petite faveur, » déclara Masatsugu.

« D-D’accord, » Shiori accepta ainsi la demande.

« Merci beaucoup. Eh bien, commençons, » annonça Masatsugu.

***

Partie 5

Chaque fort tutélaire du Japon était équipé d’un temple aquatique.

De plus, presque tous les forts tutélaires avaient un Ifrit. La volonté consciente et l’avatar de cette déité gardienne étaient ce qu’on appelait un génie.

Par conséquent, l’avatar de Sakuya causerait également une perte de performance chez Seiryuu.

Sakuya était actuellement au plus haut niveau du donjon protecteur de la nation dans le fort tutélaire de Suruga.

Plus précisément, c’était son image projetée — la ressemblance visuelle d’une jeune fille habillée comme une jeune fille du sanctuaire.

Le donjon protecteur de la nation mesurait quarante mètres de haut. Les tours ordinaires avaient généralement une salle d’observation au sommet, mais les tours du donjon protecteur de la nation allaient à l’encontre de cette norme. La vaste pièce au niveau supérieur était complètement sombre, sans aucune fenêtre sur les murs extérieurs.

La lumière clignotante des bougies dans l’environnement avait servi à éclairer cet espace intérieur.

Un cercle magique avait été tracé sur le sol de pierre, identique en motif avec le cercle magique de soixante-dix mètres sur le dos de l’Ifrit Seiryuu. L’image de Sakuya était assise sur le cercle magique.

« Naumaku sanmandabodananan beishiramandaya, sowaka. Naumakuarratannoutaratayaya, atakyarobotarayachishaya, baishiramandaya, makarajaya, yakyashachibataba, sototasoshitsurabarasowaka - »

Afin d’augmenter son énergie noétique, la jeune fille avait récité un mantra comme si elle chantait une chanson.

Les jambes de Sakuya étaient tendues et sa posture assise n’était pas tout à fait présentable. Cependant, l’énergie noétique accrue de Sakuya avait pris forme dans l’air au-dessus du fort tutélaire comme l’Ifrit Seiryuu et avait même réussi à déployer une barrière de noesis.

L’espace entourant le fort tutélaire de Suruga s’était tordu et avait scintillé comme si on le voyait à travers de l’air chaud fumant.

Une « distorsion » avait formé une barrière physique pour bloquer les attaques et les invasions ennemies, il s’agissait de la « barrière noétique ». En utilisant simplement des vagues de pensée et en les transformant en une puissance physique suffisante pour défendre une forteresse, il s’agissait d’une technique de contrôle noétique du plus haut rang.

De plus, il y avait une dizaine d’officiers noétiques assis en méditation à côté de Sakuya.

Au sein de l’armée provinciale Tōkaidō, seuls les maîtres noétiques portaient des uniformes semblables aux vêtements de travail des moines. Pour aider à contrôler Seiryuu, ils se concentraient sur le chant des mantras tout comme Sakuya.

« Croisés — Une armée s’approche de nous. Il y a quatre-vingt-dix individus..., » Sakuya avait arrêté de réciter le mantra et avait rapporté tranquillement la situation de combat.

Quatre-vingt-dix Légionnaires britanniques volants étaient finalement arrivés devant Seiryuu. Les deux camps étaient séparés par quatre cents mètres. Il s’agissait d’une distance où les combats pouvaient éclater à tout moment.

Les quatre-vingt-dix Croisés de l’ennemi s’arrêtèrent en l’air, maintenant leur formation sphérique.

La moitié avant des Légionnaires avait ouvert le feu.

Naturellement, ils utilisaient un tir continu. Cette vague de lumière clignotante avait impitoyablement frappé la barrière de noesis entourant le fort tutélaire, la secouant violemment par la puissance des attaques et l’impact.

Cependant, la puissance de feu était insuffisante pour percer les barrières du château empli par l’énergie noétique.

L’image principale de Sakuya, Seiryuu, était dans les airs au-dessus du donjon protecteur de la nation. Protégé par la barrière noesis, il n’avait aucun risque de se faire tirer dessus.

« Décret météorologique, activation. »

Sous les ordres de Sakuya, Seiryuu avait rugi au-dessus du donjon protecteur de la nation.

« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »

Les nuages orageux avaient instantanément rempli le ciel et avaient fait pleuvoir des éclairs pour attaquer la partie supérieure de la formation sphérique de l’ennemi.

Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom ! Boom !

Les défenseurs de Suruga avaient également utilisé un feu continu, attaquant les quatre-vingt-dix Croisés avec une offensive foudroyante et rugissante.

Regroupés dans une formation sphérique, les Croisés étaient protégés par les particules de leur propre barrière protectrice.

Plus une formation était dense, plus le pouvoir défensif des particules était grand. Un décret météorologique n’avait pas la puissance de feu pour briser une formation de quatre-vingt-dix Légionnaires.

« C’est une impasse... Il faut pour l’instant maintenir le statu quo, » Sakuya était restée infaillible et avait continué à attaquer en utilisant le décret météorologique.

La situation actuelle se déroulait selon le plan de bataille du Chevalier Rikka Akigase tel qu’il avait été conçu précédemment.

Avant la sortie de Rikka, les officiers noétiques avaient signalé la présence d’ondes noétique d’un nombre inconnu de Légionnaires dans l’est, probablement en train de rôder dans la mer pour échapper à la reconnaissance noétique.

En réponse, Rikka leur avait ordonné qu’en cas d’embuscade, ils doivent se défendre avec tout ce qu’ils avaient jusqu’à son retour.

Rikka avait donné ces ordres en considération de la condition médiocre de Sakuya. En se basant sur la situation actuelle, Sakuya pensait à l’origine que le plan allait réussir, mais assez rapidement, elle avait soupiré de déception.

« Le tigre de papier a été découvert, » murmura-t-elle.

Les Croisés en vol stationnaire avaient cessé de tirer et ils avaient changé de formation.

Au lieu d’utiliser des formations ordonnées comme des carrés ou des sphères, ils formaient une « mêlée » de rugby. En pliant leurs postures vers le bas, les quatre-vingt-dix Légionnaires s’étaient tenus par les épaules et la taille pour commencer à accélérer vers l’avant !

En effet, l’armée ennemie avait l’intention d’exécuter un tacle de mêlée.

Comme une seule unité, les quatre-vingt-dix soldats géants ailés volaient à grande vitesse vers la barrière noétique.

Accélérer, accélérer, accélérer, accélérer, accélérer, accélérer. Le poids des quatre-vingt-dix Légionnaires avait été multiplié par la vitesse pour un impact sur tout le corps, secouant violemment la barrière noétique.

« ... Kyahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !?? » cria Sakuya.

Les dommages à la barrière noétique avaient été transmis à son créateur, l’Ifrit Seiryuu. Une réplique avait également atteint l’avatar qui était l’âme de Sakuya.

« Prédiction. On ne peut supporter qu’une ou deux autres collisions. La situation actuelle n’est pas viable, » Sakuya avait abaissé tristement les épaules.

Grâce à Rikka qui l’avait consolé ce matin, elle avait finalement réussi à reprendre ses fonctions.

Cependant, son état mental inférieur ne s’était pas vraiment amélioré. Les génies n’étaient pas des êtres simples et ne pouvaient pas récupérer en quelques jours. L’activation des pouvoirs liés aux noesis dans de telles circonstances ne ferait pas du tout ressortir leur vraie puissance.

Le Chevalier de Sa Majesté qui l’avait discerné mérite d’être loué pour sa perspicacité.

D’ailleurs, la tactique apparemment barbare, mais simple de « charger à grande vitesse en utilisant quatre-vingt-dix géants comme une seule unité » avait eu un impact bien plus grand que le tir continu des fusils...

 

☆☆☆

 

« En fait, ça a marché. Dieu merci, » sur sa monture de type wyverne qui volait actuellement proche de ses soldats, Lampard avait forcé un sourire.

Hier, l’Ifrit Seiryuu de Suruga était clairement en mauvais état. Seiryuu s’était actuellement efforcé de déployer une barrière de noesis de force inconnue.

Frappé par l’inspiration, Lampard avait décidé d’essayer quelque chose d’autre. Il avait ordonné à ses quatre-vingt-dix Légionnaires de charger de toutes leurs forces.

Sa manœuvre avait infligé des dégâts importants et inattendus. L’image géante d’un dragon bleu au-dessus du fort tutélaire de Suruga avait rugi de douleur derrière la barrière scintillante. À ce rythme, il semblait qu’il suffisait de quelques charges supplémentaires pour faire tomber simultanément la matérialisation de l’Ifrit et la barrière noétique.

En fin de compte, les Ifrits avaient été catégorisés comme « conglomérats de puissantes noesis. »

Sans corps corporel, ils étaient une sorte d’existence « illusoire ». Puisqu’une barrière de noesis avait été formée en séparant une partie d’eux-mêmes pour se matérialiser, l’effondrement de la barrière était équivalent à leur propre effondrement.

« Encore une fois, mes hommes. Je compte sur vous, » Lampard avait ordonné à ses Croisés après avoir cogné une première fois la barrière noétique.

Après avoir reçu les ordres de Lampard, les quatre-vingt-dix Légionnaires avaient reculé de quelques centaines de mètres tout en maintenant leur formation compactée et avaient formé une autre mêlée. Quatre des Croisés avaient quitté le groupe et étaient venus à côté de leur commandant pour servir de gardes du corps.

« Je ne veux pas me déshonorer avec un grave échec devant le Prince Noir, alors s’il vous plaît, faites que ce soit une victoire facile pour moi, » murmura Lampard à lui-même.

Les quatre-vingt-six Croisés se préparaient à accélérer dans une formation de mêlée quand...

Des douzaines de Légionnaires bleues s’étaient envolés depuis le sol.

Dans la région montagneuse du fort tutélaire de Suruga, il y avait une parcelle de verdure à flanc de colline. Ces Légionnaires s’étaient cachés à divers endroits derrière le terrain en escalier.

« L’ennemi a aussi préparé une embuscade ! » cria Lampard.

Naturellement, cette embuscade consistait en Kamuys du Japon Impérial, au nombre de soixante-quatre.

Les samouraïs bleus avaient rapidement chargé la formation serrée des soixante-quatre Croisés. Au lieu de s’organiser en formation, les Kamuys s’étaient dispersés pour s’envoler dans le ciel comme des oiseaux de proie, avec l’intention d’utiliser leurs baïonnettes en combat rapproché.

« Préparez-vous à vous battre au corps à corps ! » Lampard avait aussi instantanément donné des ordres.

Cependant, les Croisés avaient tous rangé leurs fusils sur le dos pour former une charge composée.

Ils n’avaient ainsi pas pu riposter immédiatement. De plus, le fait de rester dans une formation compacte avait également entravé les chances d’esquives des uns et des autres. Les soixante-quatre Kamuys avaient attaqué impitoyablement l’armée des Croisés immobilisés.

Frappant avec leurs épées, les samouraïs bleus avaient continué à trancher dans les rangs des Légionnaires britanniques.

Les Kamuys n’étaient pas restés autour des Croisés numériquement supérieurs après avoir lancé leur assaut surpris. Après avoir attaqué, ils s’étaient tous dispersés dans toutes les directions pour s’engager dans des tactiques de guérilla.

Cet engagement momentané avait permis d’infliger des blessures mortelles à plusieurs Croisés.

Une vingtaine individus s’étaient écrasés au sol, ayant subi des coups de couteau ou des entailles sur la tête, le cou ou des trous dans l’armure. Les quatre-vingt-six Croisés étaient maintenant descendus à soixante-cinq.

Les Légionnaires britanniques survivants avaient dégainé à la hâte leurs fusils à baïonnette, se préparant à riposter.

Les soixante-quatre Kamuys adverses étaient restés dispersés, volant au loin à basse vitesse pour observer l’armée britannique, attendant leur heure pour une autre chance d’attaquer...

« Devrions-nous les poursuivre ? Ou bien se regrouper pour une attaque frontale —, » Lampard avait rapidement décidé de son prochain coup.

En surveillant cet espace aérien, il n’y avait aucun signe qu’un commandant dirigeait les Kamuys. En supposant que l’ennemi Chevalier était absent de la zone plutôt que de se cacher, alors il devrait choisir une troisième option.

« Mes troupes, rugissez. Le Cri de Guerre ! » ordonna le chevalier britannique.

Les Croisés sous son commandement avaient immédiatement obéi à l’ordre.

Leur hurlement féroce avait résonné dans toute la région de Suruga. De plus, le son hurlant avait explosé et avait résonné comme le tonnerre, persistant à travers le temps.

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Ce rugissement des Légionnaires était connu sous le nom de Cri de Guerre.

Les Légionnaires avaient libéré d’énormes quantités de bruit sous les masques sur leurs visages, formant une chanson unique. De plus, le Cri de Guerre avait provoqué une perturbation noétique.

Cette fois, c’étaient les soixante-quatre Kamuys nouvellement arrivés qui avaient été touchés.

Les Légionnaires étaient contrôlés par les vagues noétiques des Chevaliers. En recevant une perturbation noétique, les Légionnaires devenaient incapables de recevoir des ondes noétiques, perdant ainsi le contrôle.

Les Kamuys s’étaient écrasés l’un après l’autre comme des moustiques qui avaient été pulvérisés par des pesticides.

L’intuition de Lampard s’était avérée être la bonne. Après tout, le commandant ennemi était absent. Tout ce qu’un chevalier à proximité avait besoin de faire était d’envoyer des ondes noétiques pour annuler la perturbation noétique. On aurait dit que la victoire était à portée de main, mais pas encore totalement.

« Certains d’entre eux s’accrochent encore. Les troupes japonaises sont vraiment persévérantes, » déclara-t-il.

Trente Kamuys étaient restés en l’air, volant de façon instable au-dessus du fort tutélaire.

Lampard s’était alors rappelé les traits particuliers des Légionnaires japonais. Agile, diligent, courageux et loyal. Même lorsque la réception des ondes noétique avait été affaiblie, ils avaient continué à exécuter loyalement les ordres de leur maître.

« Cependant, leur défaite n’est qu’une question de temps, » déclara le chevalier britannique.

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Le Cri de Guerre des Croisés s’était poursuivi. À ce rythme, il serait trivial d’abattre les Kamuys restants.

Il ne restait plus qu’à démolir la barrière noétique et à prendre le fort tutélaire...

Lampard était convaincu de sa victoire.

 

☆☆☆

 

Les deux Chevaliers de Sa Majesté envahissants aujourd’hui avaient une Force de Chevalier d’une centaine d’individus.

En vérité, la Force Chevalier de Rikka Akigase était de 154, plus élevée que l’une ou l’autre. Quand elle avait convoqué quatre-vingt-dix Kamuys pour affronter les Croisés d’avant-garde, elle avait encore quelques douzaines de surplus. Conservant le reste en tant qu’unité de réserve, elle avait initialement gardé un atout caché.

Les Chevaliers expérimentés étaient capables de convoquer les Légionnaires depuis de grandes distances.

Rikka avait envoyé le reste de ses Kamuys au fort tutélaire pour renforcer la défense de Sakuya.

« Le Cri de Guerre, hein ? Vraiment digne du nom de Chevaliers de Sa Majesté. Il a choisi avec une telle précision la tactique la plus défavorable pour moi, » Rikka avait fait cliquer sa langue avec impatience. Elle était encore restée dans la zone de terres récupérées sur la côte de la Baie de Suruga.

Parmi les vaillants résistants de l’avant-garde britannique, il restait seulement vingt Croisés pour affronter Rikka. Il restait cinquante-cinq Kamuys dans l’unité de Rikka. Les deux armées avaient pris des formations carrées et échangeaient des tirs à une faible distance. Dans quelques minutes, ce serait la victoire de Rikka.

Cependant, Rikka pouvait entendre un bruit puissant et inquiétant venant du ciel.

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh—

Les Kamuys envoyés pour aider à la défense du fort tutélaire de Suruga étaient sous les effets d’une perturbation noétique et incapable de recevoir les ordres de Rikka. Et le pire dans tout ça, c’était que leur cri était encore en cours.

« S’il vous plaît, attendez encore un peu…, » Rikka avait envoyé des ondes noétiques vers ses subordonnés au loin, priant pour qu’ils se battent jusqu’au bout.

Ses ondes noétiques étaient très puissantes et certains des Kamuys pouvaient encore endurer un certain temps, mais on ne pouvait pas espérer un miracle. Si seulement Sakuya était en parfait état, elle n’aurait pas besoin de diviser ses troupes.

Dans quelques minutes, Rikka pourrait se précipiter au fort tutélaire.

Mais le problème, c’était que son équipe pourrait très bien être éliminée pendant ces quelques minutes.

***

Partie 6

Le fort tutélaire de Suruga était situé sur un plateau connu sous le nom de Nihondaira.

Masatsugu était finalement arrivé près du plateau. Il y avait soixante Croisés regroupés dans l’air, émettant un Cri de Guerre qui résonnait à travers les cieux. En entendant cette chanson, les rangs des Kamuys s’étaient transformés en un désordre instable et désorganisé. Beaucoup d’entre eux s’étaient déjà écrasés au sol.

L’Ifrit Seiryuu était également au bord de l’effondrement à l’intérieur de la barrière...

C’était un champ de bataille et Masatsugu Tachibana était enfin arrivé.

« Supposons que le génie aille bien... Combiné avec le propre pouvoir de Rikka-sama, il aurait été possible de vaincre les deux Chevaliers de Sa Majesté et de protéger le fort tutélaire. Mais en ce moment —, » arrivée avec lui sur les lieux, Shiori avait parlé avec de la pitié dans sa voix.

Ils s’étaient précipités ici depuis la maison près des dortoirs des étudiants, chevauchant un Loup Mibu, la bête de rétention que Shiori avait invoquée plus tôt. Montés sur le loup argenté géant, les deux individus avaient parcouru les sentiers de montagne en utilisant le chemin le plus direct à une vitesse effrayante, atteignant leur destination en une dizaine de minutes.

Masatsugu était déconcerté par le commentaire de la princesse. Il avait alors demandé. « Je crois que le Chevalier qui défend Suruga est Akigase-dono, n’est-ce pas ? Princesse, vous semblez la tenir en haute estime, mais n’avez-vous pas dit que les Chevaliers japonais ne sont pas fiables ? »

« Rikka-sama est différente. Son expérience est semblable à la mienne, » déclara Shiori.

« Similaire ? » demanda Masatsugu.

« J’avais l’habitude d’étudier dans la capitale de Rome orientale, servant d’otage en tout sauf en nom. Rikka-sama a également été envoyée à l’armée romaine et a passé trois ans à combattre en tant que membre d’un contingent allié, » répondit Shiori.

Un contingent dit allié était une tradition remontant à la Rome antique.

Shiori lui avait expliqué qu’il s’agissait d’une unité de troupes formée en empruntant des soldats aux tribus ou nations alliées et en les envoyant sur les lignes de front.

« Rikka-sama est devenue Chevalier à l’âge de treize ans et elle fut immédiatement envoyée pour combattre au nom de Rome sur différents champs de bataille. C’est une vétérane aguerrie malgré son jeune âge, » continua à expliquer la princesse.

« Je vois, donc elle a ce genre de passé, » répondit-il.

Masatsugu avait compris et avait eu une idée. Puisqu’elle était une générale dont les mérites avaient été reconnus par la princesse, elle coopérerait probablement avec son plan, n’est-ce pas ? Masatsugu avait ressenti ce sentiment d’anticipation.

« Princesse, puis-je vous demander d’envoyer un message à Akigase-dono le plus rapidement possible ? » demanda Masatsugu.

« Ce n’est certainement pas un problème puisque j’ai un renard à portée de main... Que souhaitez-vous que je transmette ? » demanda la princesse.

« Très simple, dites-lui de ne rien faire — ordonnez à ses Légionnaires de cesser toute résistance, » déclara Masatsugu.

« Hein !? » s’exclama Shiori.

« C’est tout ce dont j’ai besoin. Ensuite, j’écraserai les chevaliers de l’Empire Britannique, » déclara Masatsugu.

Une expression d’étonnement était accrochée au visage de Shiori. Elle n’avait pas encore compris les intentions de Masatsugu, peut-être parce que Masatsugu avait omis une explication détaillée en faveur d’un gain de temps.

Sans l’interroger, elle avait simplement dit : « ... Cependant, il est peu probable qu’elle accepte le message tel qu’il est actuellement. Peut-être qu’elle serait prête à le lire si on me l’envoyait en mon nom... »

Shiori avait simplement souligné une question pratique. Elle avait apparemment décidé de placer sa foi en Masatsugu Tachibana.

Cette princesse avait fait preuve d’un courage exceptionnel malgré son éducation. Elle ne s’était pas attardée sur des sujets insignifiants. Un talent rare comme il convient aux dirigeants.

C’était pour cette raison que Masatsugu l’avait trouvée attachante et aimable. Shiori avait réfléchi pendant un instant.

Elle avait ensuite ouvert la paume de sa main droite et son renard de liaison était apparu dessus.

« Livrer un message à Chevalier Akigase en mon nom. Le contenu est tel que l’a dicté Masatsugu-sama tout à l’heure. Signez-le conjointement au nom de Shiori Fujinomiya et Hijikata. »

Le petit animal blanc s’était volatilisé après avoir reçu les ordres de la princesse.

Alors que le renard de liaison était parti relayer le message, Masatsugu avait été perplexe face à ce que Shiori voulait dire par Hijikata.

« Rikka-sama devrait pouvoir le découvrir instantanément dès qu’elle entendra ce nom magique. Un mensonge de convenance pour gérer la crise, mais ça pourrait marcher. Au fait, Masatsugu-sama..., » déclara la princesse.

Ils avaient voyagé ici en chevauchant une bête en argent, le Loup Mibu.

En marchant jusqu’à la tête du loup géant de la taille d’un cheval, Shiori avait récupéré l’épée japonaise gainée qu’il tenait dans sa bouche.

C’était quelque chose que la princesse avait demandé au Loup Mibu de porter quand ils avaient quitté le Manoir de Ryouzan.

Shiori avait présenté l’épée japonaise à Masatsugu. « S’il vous plaît, acceptez ceci. Il s’agit d’un héritage transmis à la famille Fujinomiya — le testament d’un Exploit d’Armes. C’est une relique d’un certain héros... J’ai pris ça dans l’espoir que cela puisse vous aider, Masatsugu-sama. »

« Le testament d’un Exploit d’Armes, en d’autres termes, est-ce une Appellation ? » demanda-t-il.

Shiori avait hoché la tête en signe d’affirmation et Masatsugu l’avait pris dans sa main.

Instantanément, Masatsugu avait senti un courant électrique le traverser comme s’il avait été frappé par la foudre. Tout son corps avait tremblé et cela lui avait donné l’impression que son cœur s’était serré.

Cette épée extraordinairement précieuse testait Masatsugu.

Il s’agissait de questionnement sur le corps et l’âme de Masatsugu, « Êtes-vous digne de ma compagnie à travers la vie et la mort ? »

C’était une méthode de confirmation très brutale. L’impact pourrait très bien briser le cœur d’un guerrier aguerri, et encore plus celle d’une personne ordinaire. Masatsugu avait souri d’un sourire ironique. En secouant légèrement les joues, il avait également secoué la tête. Ce que Masatsugu avait sous-entendu, Qui pensez-vous tester.

Une tentative à ce niveau-là ne peut pas affecter mon corps.

Après cela, les symptômes anormaux avaient disparu du corps de Masatsugu.

L’épée avait accepté Masatsugu. Reconnaissant Masatsugu, elle s’était excusée pour son impolitesse.

« Quelle épée au tempérament féroce ! Je l’aime bien, » déclara Masatsugu.

« C’était l’épée personnelle d’un héros connu sous le nom de “l’impitoyable”. L’avez-vous déjà apprivoisé sans vous souvenir de votre propre nom ? Comme on s’y attendait de l’égal du Seigneur César, » déclara Shiori.

« Ce n’est pas comme si l’absence d’un nom m’empêchait de me battre. Je trouverai toujours une solution, » répondit-il.

Shiori avait elle aussi souri ironiquement. Plus que de le louer, il y avait là des éléments d’exaspération.

Comme d’habitude, Masatsugu avait répondu calmement à sa dame, et il avait levé les yeux vers le ciel.

Les Croisés chantaient encore, leur Cri de Guerre résonnant encore dans le ciel de Suruga. À l’inverse, la vingtaine de Kamuys restants avaient cessé de résister vaillamment.

Les uns après les autres, ils étaient tombés au sol comme des oiseaux sauvages qui avaient été abattus par des fusils de chasse.

Ont-ils été privés de pouvoir, vaincus ? Non, le « mot magique » envoyé par la princesse doit avoir fonctionné.

« Attendez un moment ici pendant que je m’occupe de l’ennemi, » tournant le dos à Shiori, Masatsugu avait marché vers la base.

Il n’avait rien d’autre qu’une épée dans sa main gauche — une épée japonaise dans son fourreau. À part ça, il n’avait pas d’autres armes.

Cependant, c’était suffisant pour faire face à une armée de cette taille. Peut-être parce qu’il était entré sur le champ de bataille de son propre gré, de sa propre initiative, Masatsugu était maintenant pleinement conscient de la façon dont les Chevaliers combattaient.

« Désolé, je n’ai pas de nom pour vous convoquer, mais aidez-moi pour l’instant, » déclara Masatsugu.

Alors qu’il s’avançait seul avec une épée à la main, il avait libéré des noesis vers le champ de bataille.

Noesis — La force des pensées d’un Chevalier était déterminée par toutes sortes de facteurs cruciaux.

Force de la personnalité, force de caractère, force mentale, force physique, compétitivité, sang-froid, colère, haine, amour, amitié, tristesse, illumination, expérience de vie, expérience de combat, charisme, prestance, etc.

Les noesis produites par Masatsugu étaient beaucoup plus fortes que celle de n’importe qui d’autre sur ce champ de bataille.

« Attaquez dès que je donne l’ordre sans le moindre retard, » après avoir donné tranquillement son ordre, Masatsugu avait à nouveau regardé le ciel.

Il y avait soixante-cinq Croisés dans les airs. Après avoir trouvé comment utiliser les noesis, Masatsugu avait été capable de détecter rapidement les noesis des Légionnaires, obtenant instantanément un décompte des soldats ennemis.

Les soixante-cinq Croisés avaient commencé à nouveau à agir.

Toute l’armée volait directement sur la barrière noétique protégeant le fort tutélaire de Suruga.

Cette fois, l’ennemi n’avait pas formé une mêlée de rugby. Manipulant leurs fusils avec des baïonnettes levées, chaque Croisé volait à la vitesse de combat maximale.

C’était comme s’il avait une lance de chevaliers médiévaux à la main.

C’était vraiment comme s’ils étaient montés sur des chevaux de guerre effectuant une charge à pleine vitesse vers l’ennemi tout en tenant une lance de cavalerie barbelée. Même en armure complète, l’ennemi serait transpercé par les lances ou tué par la collision qu’il soit Chevalier et Légionnaire.

Les soixante-cinq Croisés prévoyaient de briser la barrière noétique en utilisant le mouvement meurtrier de la charge de cavalerie.

Masatsugu avait donné un ordre concis, « Commencez. »

Les Légionnaires répondant à cet ordre étaient au sol plutôt que dans les airs.

C’étaient les soixante-quatre Kamuys envoyés par le Chevalier Rikka Akigase et qui s’étaient écrasés au sol à cause du Cri de Guerre, mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle ils s’étaient écrasés.

Le Chevalier Akigase avait fait confiance aux instructions envoyées par Masatsugu par l’intermédiaire et au nom de la princesse.

En raison des effets de la perturbation noétique, ce qui les rendait incapables de recevoir les ondes noétiques de leur maître, les soixante-quatre Kamuys avaient fini par s’écraser au sol l’un après l’autre.

En envoyant ses ondes noétiques aux Kamuys qui avaient perdu leur commandant, Masatsugu avait pris le commandement par la force.

Cette méthode était tout aussi coercitive que la façon dont il avait ordonné au Kamuy hier. C’était presque comme s’il arrachait par la force le contrôle.

Les Kamuys qui étaient allongés sur le sol comme des cadavres... Ils s’étaient levés comme des fantômes. Beaucoup des Kamuys écrasés avaient été blessés, mais ce n’était pas assez pour les empêcher de se battre. Les Légionnaires avaient une très haute résistance contre les dommages non mystiques.

***

Partie 7

Les Kamuys avaient été ravivés sur tout le terrain montagneux du champ de bataille.

Leur armure et leurs uniformes militaires avaient été bleus.

Mais maintenant, tous les Kamuys étaient rouge-violet. Chacun d’entre eux avait pris cette couleur — c’était la preuve qu’ils étaient tombés sous le commandement de Masatsugu.

« Faites-le. »

En raison du bref ordre de Masatsugu, les soixante-quatre Kamuys s’étaient mis à voler tous en même temps.

Les Kamuys avaient décollé de différents endroits, mais ils avaient tous la même cible — les soixante-cinq Croisés, qui venaient de charger à pleine puissance à la barrière noétique du fort tutélaire de Suruga. Les Kamuys les attaquaient par-derrière.

Les Légionnaires britanniques avaient exécuté une charge à la lance de toutes leurs forces.

Frappée à soixante-cinq endroits par cette attaque, la barrière noétique scintillante avait été grandement affaiblie. Des parties du paysage ne présentant aucun effet de brume dû à la chaleur étaient également devenues très évidentes.

De plus, Seiryuu au-dessus du fort tutélaire était sur le point de disparaître.

Après l’attaque féroce des Croisés, il y avait eu l’assaut des soixante-quatre Kamuys qui étaient devenus rouge-violet.

Après avoir exécuté une offensive vigoureuse, les soldats ailés britanniques avaient été sévèrement épuisés quant à leur réserve de liquide ectoplasmique et ils étaient à découvert.

Tout en saisissant cette opportunité, les Kamuys les avaient attaqués, envoyant des faisceaux de chaleur en provenance de leurs fusils.

Attaqués dans le dos, les soixante-cinq Croisés avaient été réduits à vingt-neuf en un instant.

Masatsugu avait envoyé « ce message » plus tôt, précisément pour ce moment précis. Tout en attirant le chevalier britannique dans la complaisance, il avait pris le contrôle simultanément de suffisamment de troupes restantes pour qu’il puisse s’en servir.

« Maintenant, j’en dois une à Akigase-dono. Grâce à son caractère raisonnable, j’ai pu facilement gagner, » déclara Masatsugu.

Actuellement, Masatsugu était en train de regarder le ciel avec confiance.

Les « Kamuys rouge pourpre » se préparaient à resserrer le filet sur le champ de bataille aérien. Se rapprochant des Légionnaires britanniques, ils allaient poignarder les ennemis au niveau de leurs points vitaux à l’aide de leurs baïonnettes.

« Ils sont à bout de souffle. Attaquez-les en mêlée, » ordonna calmement Masatsugu.

Il ne restait que vingt-neuf Croisés. Ils étaient, non seulement, désavantagés sur le plan numérique, mais aussi épuisé.

Avec les chances accumulées fermement en sa faveur, Masatsugu avait ordonné aux soixante-quatre « pourpres rouges » de charger aux Croisés battus. La victoire était pratiquement garantie.

Cependant, Masatsugu avait quand même décidé de faire une offensive à pleine puissance.

Avant que l’ennemi ne puisse se rassembler pour faire une dernière bataille en désespoir de cause, il allait les annihiler avec une puissance extrême.

« Merci d’avoir attendu. C’est enfin à ton tour de commencer, » déclara Masatsugu.

L’épée japonaise gainée dans la main gauche de Masatsugu était l’Appellation qui lui avait été accordée par la princesse Shiori.

L’épée rare fredonnait en résonance aux paroles de Masatsugu.

« Mon Appellation d’Izumi-no-Kami Kanesada... L’homme portant le titre de “l’Impitoyable” vous a une fois manié pour démontrer des Exploits d’Armes en ce monde. Partagez aussi ces exploits avec mes soldats, » déclara Masatsugu.

Masatsugu avait prononcé un certain nom qui était apparu dans son esprit lorsqu’il avait hérité de l’épée.

Puis il l’avait dégainé. Une grande épée de deux pieds et huit pouces de long. En s’incurvant doucement, la lame présentait une beauté unique aux épées japonaises, mais elle n’était pas particulièrement ornée. Il y avait un esprit d’austérité et de courage dans son apparence — la compétence de l’artisan avait privilégié le combat pratique pour forger une lame tranchante spécialisée dans le fait de tuer ses ennemis. La lame dégageait une vive aura de tranchant.

« À tous les Kamuys, sortez votre épée, » déclara Masatsugu.

L’armée « rouge pourpre » avait rencontré les Croisés volant, provoquant un combat en mêlée.

Leurs soixante-quatre armes s’étaient transformées d’un seul coup. Les fusils à baïonnette servant de lances s’étaient soudainement transformés en épées japonaises, identiques à l’Izumi-no-Kami Kanesada de Masatsugu.

Avec cette épée en main, les « pourpres rouges » s’étaient battus avec plus de férocité que jamais auparavant.

Les soixante-quatre Légionnaires sous le commandement de Masatsugu s’étaient tous transformés en épéistes tels de féroces démons.

Frappe. Charge. Frappe. Charge. Frappe. Frappe.

Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe...

Les soixante-quatre Légionnaires avaient continué à frapper avec leurs épées alors qu’ils se tenaient dans les airs, tranchants et transperçant brutalement les corps des Croisés, éclaboussant partout du fluide ectoplasmique qui servait de sang.

Des frappes verticales, des frappes horizontales, des frappes en diagonales, et des charges…

Chaque technique d’épée était si précise et impitoyable, presque à un degré qui vous ferait avoir froid dans le dos. C’était comme s’ils coupaient des légumes. Les Kamuys avaient coupé les membres, les corps, les cous et les masques des Croisés.

Certains des Croisés avaient essayé de frapper avec leurs baïonnettes pour tenter de résister à l’assaut des épées japonaises.

Cependant, les « pourpres rouges » tranchaient simplement à travers les fusils ou les lames de baïonnette, neutralisant ainsi les armes de leurs ennemis.

Contre un tel art du sabre incisif, les armures n’avaient pas de sens.

L’armure des Croisés avait été tranchée comme du papier, et elle s’était révélée complètement inutile.

Il s’agissait d’un massacre total.

Les Kamuys de Masatsugu utilisaient ce qui semblait être le style Tennen Rishin à l’épée...

« Hmm ? »

À ce moment-là, un Croisé était tombé.

L’ennemi s’était écrasé dans le sol à une vingtaine de mètres de Masatsugu.

Un « Kamuy rouge pourpre » avait provoqué une profonde coupure sur le dos du Légionnaire, mais la blessure n’était pas mortelle. De plus, le Croisé semblait avoir réalisé que Masatsugu était le commandant. Incapable de se lever, le Légionnaire s’était efforcé de soulever son torse, visant Masatsugu à partir d’une position couchée.

Dans la seconde qui avait suivi, il avait appuyé sur la gâchette.

Le faisceau de lumière mortelle était sorti de son arme, mais Masatsugu l’avait simplement esquivé.

En vérité, ses réflexes n’étaient pas assez scandaleux pour esquiver la lumière. C’était simplement parce que l’ennemi n’avait pas arrêté de libérer des noesis remplies de soif de sang avant l’attaque.

En détectant ce genre de noesis, il était naturellement possible d’esquiver les faisceaux de chaleur qui se succédaient.

Masatsugu s’était lentement dirigé vers le soldat ennemi tombé au champ d’honneur.

L’adversaire était un Légionnaire, un géant capable de détruire de grandes villes et de massacrer des dizaines de milliers de personnes. Néanmoins, les pas de Masatsugu étaient confiants et sans hâte.

À la fin, il avait dû esquiver trois faisceaux avant d’atteindre le Croisé.

Le fait de soulever le haut du corps était déjà la limite du Légionnaire britannique. Incapable d’attaquer Masatsugu avec son corps gigantesque, il n’avait que la force d’appuyer sur la détente.

Allongé sur le sol, le visage de l’ennemi se trouvait juste en face de Masatsugu.

Le Croisé était un géant blanc d’une hauteur totale de huit mètres. En matière de proportion, la tête représentait un huitième du corps en hauteur. En d’autres termes, le visage faisait près d’un mètre de long.

Le visage massif était caché sous le casque épais et un masque.

Masatsugu avait planté Izumi-no-Kami Kanesada dans le front de l’ennemi, perçant facilement l’armure du casque.

 

La paire d’yeux derrière le masque avait perdu sa lueur et le Croisé était devenu mou. Il était mort.

... Masatsugu avait un faible sentiment qu’il était un guerrier capable de combattre les Légionnaires en chair et en os. En fait, avant de venir ici, une information lui était venue à l’esprit. Même sans armée à commander, cela ne le dérangeait pas d’abattre des ennemis de cette envergure en solo.

Actuellement, Masatsugu était clairement conscient de son extraordinaire courage.

Instinctivement, Masatsugu était certain que les autres Ressuscités étaient les mêmes. C’était probablement une puissance unique aux héros renaissant d’un passé ancien, mais la facilité avec laquelle il avait percé l’armure du Légionnaire n’était pas de son seul fait.

Il avait alors complimenté Izumi-no-Kami Kanesada dans sa main, « Ta lame est très tranchante. »

Sur le champ de bataille aérien, un Croisé était abattu toutes les dix secondes.

Tout cela était dû à l’épée japonaise maniée par les Kamuys rouge-violet — le tranchant inégalé des lames. Izumi-no-Kami Kanesada fredonnait en ce moment, lui demandant de ne pas dire une évidence.

« Je suppose que je vais simplement les appeler “Kanesadas” à partir de maintenant. »

Se référer à eux en tant que « Kamuys rouge pourpre » était gênant, ainsi Masatsugu avait décidé de ce nom sur un caprice.

Les Croisés dans l’air avaient abandonné toute résistance et étaient comme des agneaux à l’abattoir.

En y regardant de plus près, Masatsugu avait remarqué que le Chevalier de l’Empire Britannique sur sa monture wyverne avait disparu des airs à un moment donné. Vraisemblablement, il avait pris quelques Croisés comme gardes du corps et s’était retiré.

Les troupes empruntées à l’improviste avaient remporté une victoire pour Masatsugu Tachibana.

 

☆☆☆

 

« Qu’est-ce qui se passe avec ces Kamuys... ? » murmura Rikka Akigase dans la perplexité.

À côté de la barrière noétique du fort tutélaire, un groupe de Kamuys se battait dans les airs.

Chaque Kamuy était de couleur rouge-violet. Ils utilisaient des épées japonaises pour attaquer les Légionnaires britanniques au lieu de fusils à baïonnette.

Après avoir vaincu les Croisés d’avant-garde sur les terres côtières reconquises, Rikka s’était précipitée au fort tutélaire de Suruga avec ses troupes.

Dirigeant ses quarante-huit Kamuys restants, Rikka avait survolé le ciel au-dessus du champ de bataille.

Tout comme lors de ses sorties, elle se tenait sur l’épaule d’un Légionnaire. Sous eux se trouvait la région montagneuse formée par le Mont Kunou et le Mont Udo. Les Croisés morts étaient éparpillés un peu partout...

Ils avaient tous été tués par l’armée des « Kamuys rouge pourpre. »

À l’heure actuelle, cette armée massacrée était les derniers vestiges des Croisés tués à l’aide d’épées avec une telle férocité que cela ferait même pleurer les dieux.

Rikka pouvait dire que les Kamuys rouge pourpre utilisaient l’art du sabre japonais et que c’était aussi un style ancien. Elle-même, en tant que spécialiste du Style Yagyū Shinkage, Rikka pouvait le dire d’un seul coup d’œil.

L’une des positions couramment utilisées s’appelait le seigan oblique.

Les anciens styles d’épées appelaient la position du milieu le seigan. Debout latéralement vers l’adversaire, on dirigeait la pointe de l’épée vers la gorge ou les yeux de l’adversaire. Le seigan oblique était une variante de ce type de posture.

Avec la lame légèrement inclinée vers la gauche, elle était aussi connue sous le nom de position suigetsu.

« Le seigan droit... »

Parmi les anciennes écoles de l’épée, le Style Tennen Rishin avait également appelé le seigan oblique connu sous le nom de « seigan droit ». Il n’y avait personne de plus célèbre qu’un certain personnage historique en tant qu’épéiste de ce style. Rikka avait alors prononcé son nom.

« Hijikata-Hijikata — Toshizō. »

Hijikata Toshizō était un guerrier de l’époque de Bakumatsu, servant comme vice-commandant du Shinsengumi sous le shogunat Tokugawa. Il était connu pour ses méthodes brutales.

En effet, il était connu sous le nom de « Vice-Commandant Impitoyable » dans les légendes. Pendant la guerre de Boshin qui avait commencé la restauration meiji, l’armée du shogunat vaincue s’était retirée sur Hokkaidō et Hijikata Toshizō était parti avec eux.

Les exploits ultérieurs d’Hijikata Toshizō étaient très bien connus des passionnés d’histoire.

En entrant dans une audience avec Seigneur Tenryuu, la Bête Sacrée qui était descendue sur les plaines de Hokkaidō, il avait obtenu une meute de bêtes de rétention, les Loups Mibu. En tant que commandant des troupes du shogunat à travers divers champs de bataille avec les Loups Mibu à ses côtés, il avait protégé Hokkaidō de l’invasion du gouvernement meiji.

La famille impériale actuelle avait ses racines dans la cour du nord, qui s’était réfugiée sur Hokkaidō. Par conséquent, après la Seconde Guerre mondiale, le nom de Hijikata Toshizō était venu au premier plan en tant que héros qui avait protégé la nation.

En outre, les romanciers historiques nationaux avaient écrit une série de chefs-d’œuvre en utilisant le Shinsengumi comme thème.

« Princesse, pourquoi avez-vous mentionné le nom de ce héros... ? » murmura Rikka pour elle-même. Le message de Shiori Fujinomiya avait été signé conjointement avec Hijikata, un nom associé au guerrier qui avait des liens intimes avec la Bête Sacrée et la famille impériale du Japon.

C’était précisément à cause de cela que Rikka avait suivi l’instruction alors que cela l’emplissait de doute.

Actuellement, l’armée de Kamuys utilisait le Style Tennen Rishin dans un déchaînement de force, écrasant les attaquants britanniques.

Cependant, ces Kamuys qui étaient devenus rouge-violet étaient à l’origine les Légionnaires de Rikka Akigase. Contrairement aux attentes de Rikka, il n’y avait pas de réponses de leur part vis-à-vis d’elle, même lorsqu’elle transmettait des ondes noétiques. Elle ne pouvait pas du tout reprendre leur commandement.

En d’autres termes —

Quelqu’un qui était bien plus fort qu’elle commandait cette armée « rouge-violet ».

Le cœur de Rikka battait la chamade en raison de l’excitation. Le Japon n’avait pas de Ressuscités du calibre du Seigneur César ou de l’amiral Nelson, mais maintenant, un héros qui pouvait très bien renverser ce désavantage s’était montré.

En outre, ce héros n’était pas seulement le vice-commandant sans pitié, mais aussi un célèbre épéiste et un soldat expérimenté — à ce moment-là, Rikka s’était soudainement arrêtée. Elle avait secoué la tête à la hâte pour se mettre en garde. Ce n’était pas le moment de se préoccuper de ce genre de chose.

Pendant ce temps, les Kamuys « rouge pourpre » avaient fini d’anéantir l’armée des Légionnaires britanniques.

***

Chapitre 5 : Legatus Legionis (1)

Partie 1

« Le sort en est jeté. » « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. » « Toi aussi, mon fils ! ? »

Elles étaient toutes des citations célèbres de Jules César.

Bien que le nom de César devint plus tard la source étymologique de « kaiser », qui signifie empereur, Jules César lui-même n’était pas monté sur le trône de son vivant. Sa dernière position était « dictateur à perpétuité ».

César était né en 100 avant Jésus-Christ.

Il était issu d’une famille patricienne, mais dont la richesse et l’influence étaient limitées.

Ce n’était pas encore un empire à l’époque, la Rome antique approchait de la fin de son ère républicaine. C’était une grande nation prospère, avec des frontières en expansion et de vastes territoires. En quête d’un pouvoir encore plus grand, ceux qui étaient au pouvoir avaient continué à s’engager dans des luttes politiques et des luttes internes.

C’était le genre de scène politique dans laquelle César était entré.

Au fil des décennies, il était passé du statut de jeune homme politique sans rien de particulier, si ce n’est qu’il était devenu consul de la République romaine et gouverneur de la province de Gaule.

Il avait réussi, en tant que commandant militaire, à réprimer les rébellions en Gaule, à vaincre les rivaux politiques sur le champ de bataille et à exercer une autorité inégalée à l’intérieur des frontières de Rome.

Finalement, Jules César avait obtenu la position de dictateur.

Malheureusement, il avait été assassiné à l’âge de cinquante-six ans après avoir posé les fondations du futur Empire romain.

Son héritier, Octave, devint le premier empereur, se faisant passer pour Augustus — .

On pourrait appeler César un politicien et soldat rare, mais il n’était clairement pas un personnage aussi « simple ».

Un grand orateur, excellent auteur de proses, maître stratège, populaire auprès du peuple, charmant, effronté...

Une fois, lorsqu’il avait été kidnappé par des pirates, il s’était même plaint qu’ils demandaient une rançon trop faible.

Il avait accumulé des dettes massives équivalentes au budget de la défense d’un pays et cela n’avait jamais pesé sur sa conscience. Ce n’était qu’après plus d’une décennie d’ascension qu’il avait finalement remboursé toutes ses dettes.

La rumeur disait qu’il avait couché avec les femmes d’un tiers des sénateurs romains.

La perte de cheveux accompagnant l’âge avancé était l’une des choses qui le troublaient le plus.

Les soldats de l’armée de César surnommaient aussi leur commandant « le coureur de jupons ». César l’avait accepté en riant, cultivant une sorte de camaraderie entre lui et son armée.

En tout cas, César n’était ni un saint ni un homme noble d’esprit.

Avançons rapidement jusqu’à l’année 1998 à la fin du XXe siècle. Après une contemplation attentive, Jules César avait déclaré solennellement : « Il est peut-être temps que je me décide à passer à l’acte chirurgical. Qu’en dites-vous ? »

« L’allure de Votre Excellence est devenue notre symbole national et cela inclut vos cheveux qui se dégarnissent. Ne vous abaissez pas à tricher avec des méthodes telles que la transplantation de cheveux. »

L’officier d’état-major de César avait averti le généralissime qui vérifiait ces rares cheveux avec un miroir à la main.

Ils se trouvaient sur l’île de Lantau à Hong Kong, une partie du territoire de l’Empire romain oriental.

Leur emplacement comprenait le fort tutélaire de l’armée romaine et le Centre de commandement de la région administrative de l’Asie de l’Est.

Tous les deux parlaient dans le bureau du commandant appartenant au généralissime César. Chaque année, il passait un tiers de son temps à Hong Kong, un autre tiers au Japon, le reste étant réparti sur d’autres lieux.

Alexis Yang, un membre de l’état-major militaire, parlait à César.

Le nom chinois de cet homme était Yang Zhongda. Trente-quatre ans. Son apparence mince pouvait être considérée comme belle et gracieuse, mais les poils du visage autour de sa bouche et de son menton avaient contribué à une impression de sauvagerie.

« Mettez ça de côté, écoutez d’abord un rapport sur la rébellion au Japon. »

Yang avait projeté une image. C’était un maître noétique. Une carte du Japon Impérial leur avait été présentée, ainsi qu’un rapport sur l’Alliance pour la Restauration.

« L’Alliance pour la Restauration est formée par des loyalistes autoproclamés qui s’inquiètent pour leur pays... Le fief Kinai n’est rien d’autre qu’une marionnette, tandis que l’Empire Britannique joue un triple rôle de cerveau, de soutien et de fournisseur de troupes de combat, » déclara Yang.

« La cible de la Grande-Bretagne est Seigneur Tenryuu, la Bête Sacrée du Japon, n’est-ce pas ? » demanda César.

« D’après les rumeurs, les Bêtes Sacrées en Angleterre ne vivront plus longtemps. Votre supposition pourrait très bien être correcte, » répondit Yang.

Les ressources naturelles comme le pétrole et les métaux précieux étaient souvent à l’origine de conflits internationaux.

Et les Bêtes Sacrées divines étaient les sources des pouvoirs mystiques. La possession de puissantes puissances mystiques avait permis aux pays d’assurer la richesse, la prospérité et la force militaire. C’était ainsi que le monde moderne fonctionnait.

En adhérant à cette règle d’or, l’Empire romain d’Orient avait réussi. À défaut, l’Amérique était tombée dans le déclin.

La priorité absolue d’un État impérialiste était d’assurer la bénédiction continue des Bêtes Sacrées.

« La proposition de l’Alliance pour la Restauration de “réformer le Japon Impérial en partant de l’ouest et en sauvant l’impératrice” semble susciter des réactions favorables de la part des fiefs occidentaux du Japon. Peut-être souhaitent-ils rejouer la restauration meiji où Satsuma et Chōshū ont repris la cour impériale, » Yang avait étendu son index et avait dessiné un cercle du côté ouest du Japon sur la carte.

Là-bas, il y avait les régions de Kyūshū, Chūgoku et Shikoku. Yang était un expert de l’Extrême-Orient et connaissait bien les affaires et l’histoire du Japon.

« L’Alliance se rassemble derrière un slogan : “L’impératrice doit être débarrassée de l’influence corrompue de César et l’armée romaine de l’Est doit être expulsée des îles du Japon”, » déclara Yang.

« Ça me dit quelque chose, » déclara César.

« Ils lèvent une bannière de grande justice, comme un certain César l’a fait dans le passé, » déclara Yang.

Il y a dix ans, il y avait eu des bases militaires américaines réparties sur les îles du Japon.

Condamnant l’armée américaine pour « ingérence injuste dans les affaires intérieures de l’allié de Rome, le Japon, et portant atteinte aux droits de l’impératrice japonaise », César avait conduit une armée de mille Légionnaires à marcher sur le Japon. Se présentant comme le protecteur du Japon et de l’impératrice, il avait vaincu les forces américaines en garnison au Japon.

En tant que conquérant triomphant, César était devenu le véritable souverain du Japon, à l’exception de son nom.

C’était identique à la façon dont il était devenu l’amant de la reine Cléopâtre et le conquérant de l’Égypte bien avant l’ère actuelle.

« Au fait... » César avait soulevé un point de doute : « Il y a dix ans, j’ai gagné la confiance des conseillers de l’impératrice en place et du Fief de Kantō, qui m’a ensuite invité à diriger une force expéditionnaire au Japon. Aujourd’hui, l’Empire Britannique souhaite utiliser la même méthode... Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi le fief Kinai est prêt à les aider. »

« Si mes impressions sont exactement, » dit l’officier d’état-major yang en accord. « Je ne serais pas surpris si c’était Kyūshū ou Shikoku qui aidait les Britanniques puisque ces fiefs ont gardé leurs distances de Rome et de la famille impériale actuelle. Cependant, le gouverneur général du fief de Kinai... Je me souviens qu’il est censé avoir de l’aversion pour Rome et de la haine pour la Grande-Bretagne. »

« De plus, c’est un type têtu qui n’écoute jamais les conseils. » César avait souri avec amusement. Il avait rencontré les douze gouverneurs généraux qui servaient comme seigneurs régionaux du Japon et connaissaient bien leur personnalité. « S’il était le patron égoïste d’une société à l’ancienne, il aurait une chance de briller dans le monde des affaires. »

« Dans ce cas, pourquoi laisserait-il les Britanniques aux commandes ? » demanda Yang.

« Peut-être que quelqu’un a utilisé une sorte de magie pour faire fondre le cœur têtu du gouverneur général de Kinai, instillant de chaleureux sentiments d’amitié pour la Grande-Bretagne, » déclara César.

« Magie, hein ? Cela semble particulièrement convaincant venant d’un gars qui est mort il y a deux mille ans, » avait répondu l’officier d’état-major yang à la blague de son commandant.

Après tout, dans cette époque moderne où les Légionnaires, les bêtes de rétention, les esprits et d’autres êtres mystérieux jouaient un rôle actif, il était souvent nécessaire de poser « ce genre de possibilité ».

« Le lanceur de sorts n’est pas forcément un maître noétique. Ce n’est pas le genre de miracle qui peut être accompli par des maîtres ordinaires de niveau humain. Il est impossible pour les esprits et les bêtes de rétention, parce que ces choses ne comprennent pas les subtilités du cœur humain. Les compétences de haut niveau de “contrôle de l’esprit” sont au-delà d’eux, » le maître noétique et officier d’état-major de l’armée romaine avait analysé de sa propre initiative.

En passant, il n’était qu’un maître noétique à mi-chemin. Le mieux qu’il pouvait accomplir était « d’utiliser la noèse pour tromper les cibles avec des illusions » comme un ninja japonais.

« Une telle capacité ne serait-elle pas une spécialité des pairs de Votre Excellence, les ressuscités ? » demanda-t-il.

« Bien sûr, nous sommes capables de beaucoup d’exploits surnaturels, mais ce genre de choses nous dépasse aussi, » avait répondu César en haussant les épaules.

« Êtes-vous bien au courant, oui ? Nos Exploits d’Armes... sont purement des capacités à prendre les réalisations illustres de nos vies passées et à les reconstituer dans le présent. Ils sont inutiles en dehors du champ de bataille, » déclara César.

« Alors la magie est hors de question ? » demanda Yang.

« Il serait prématuré de tirer des conclusions hâtives. » Faisant un clin d’œil à l’officier d’état-major yang, César avait dit : « Elles ont toujours été celles qui ont apporté au monde de toutes nouvelles puissances mystiques. Quand ces femmes priaient les Bêtes Sacrées exaltées pour “des armes afin de leur permettre de protéger leurs nations”, les Bêtes Sacrées leur accordaient des Légionnaires. Quand elles avaient prié pour des “héros victorieux”, nous avons été ressuscités. »

L’homme dont le nom était devenu synonyme d’empereur avait souri avec confiance. « Dans ce monde, les Bêtes Sacrées sont prêtes à écouter les demandes égoïstes et personnelles de certaines personnes. »

***

Partie 2

Aujourd’hui, nous nous trouvions le troisième jour depuis l’arrivée des forces britanniques à Suruga.

Le premier jour, Tachibana Masatsugu avait sauvé la vie de la princesse Shiori et avait pris le contrôle d’un Kamuy pour pouvoir riposter. Le deuxième jour, Masatsugu avait mené soixante-quatre Kamuys afin de vaincre une armée de Croisés.

Et nous nous trouvions le matin du troisième jour. Nous étions un dimanche.

Vers 7 heures du matin, Masatsugu s’était rendu au terrain de sport du lycée Rinzai. Shiori était là, sur le côté.

La lumière du soleil rafraîchissante illuminait le monde. L’air du matin était frais et revivifiant.

« Masatsugu-sama, dirigez les noesis indisciplinées dans votre cœur et façonnez-le en soldats, en leur ordonnant de se matérialiser... C’est ainsi que les Légionnaires sont convoqués. Le mot “Légionnaire” est le sens même de cette armée ou Légion, » Une Shiori bien éduquée lui donnait des explications.

« Du Nouveau Testament de la Bible... L’évangile de Marc, en avez-vous entendu parler ? Quand Jésus a demandé à un groupe d’esprits maléfiques de se nommer, ils ont répondu : “Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux”. Nos Légionnaires sont basés sur le même principe. Ce sont des armées simultanées et des formes de vie singulières au sein d’une Légion. Et ce qui donne naissance aux Légionnaires, c’est précisément les noesis des Chevaliers. »

Masatsugu avait compris. Après ça, il avait dû le mettre en pratique.

Il avait concentré son esprit sur le vaste ciel. Un pouvoir informe et incolore avait naturellement surgi depuis les profondeurs de son âme, s’étendant au-dessus de lui.

En d’autres termes, c’était les noesis ainsi que la volonté et les pensées de Masatsugu.

Tous les Chevaliers avaient convoqué les Légionnaires de la même manière, mais à des fins d’illustration, prenez la quantité de noesis libérées par Akigase Rikka pendant l’invocation comme exemple...

Et vous verrez qu’il y en avait moins d’un cinquième de ceux produits par Masatsugu.

Les Ressuscités étaient des guerriers qui avaient vécu dans le monde antique, accumulant d’innombrables victoires illustres sur les champs de bataille infernaux.

Les Chevaliers modernes ne pouvaient pas du tout espérer leur tenir tête.

« Puis, en utilisant l’Appellation que vous détenez, donnez une forme définitive aux noesis, » déclara-t-elle.

Ces Appellations étaient nées lorsque des Bêtes Sacrées avaient insufflé la vie à des noms symbolisant des exploits martiaux immortalisés dans les légendes.

Par exemple, Zuihou et Onikiri Yasutsuna avaient été créés par Seigneur Tenryuu, la Bête Sacrée du Japon.

Par conséquent, en les utilisant, on manifesterait les Légionnaires conférés par Seigneur Tenryuu, à savoir, les Kamuys...

« Pour les Ressuscités comme vous, Masatsugu-sama, leurs propres noms peuvent être utilisés directement comme Appellations, » avait dit Shiori à Masatsugu. « Plutôt que de se manifester sous la forme d’une Appellation, le nom symbolisant les Exploits d’Armes renaît comme un être humain vivant — c’est le genre d’être que vous êtes, les Ressuscités. »

« Mais Princesse, je ne connais pas mon vrai nom, » répondit-il.

Masatsugu avait été convoqué dans le monde humain par le Seigneur Tenryuu, une Bête Sacrée. S’il utilisait son nom perdu pour invoquer les Légionnaires, une grande armée de Kamuys devrait sûrement apparaître.

« Utilisez Izumi-no-Kami Kanesada que je vous ai donnée hier. Comme cette Appellation est aussi un nom dans lequel mon grand-père a insufflé de la vie, il pourrait être capable de convoquer des Kamuys, » répondit la princesse.

« Je vois. » Masatsugu avait pris l’épée japonaise à ses pieds et avait dit : « Mon Appellation d’Izumi-no-Kami Kanesada, je convoque une armée en ton nom. »

Il ne s’était rien passé. La grande quantité de noesis libérée par Masatsugu était restée suspendue dans le ciel.

« Cela ne fonctionne toujours pas…, » déclara-t-il.

En fait, ils avaient fait des expériences jusqu’à tard dans la nuit d’hier.

Masatsugu et Shiori étaient venus sur le terrain de sport du lycée Rinzai, mais il n’avait pas réussi à convoquer un seul Légionnaire. C’est pourquoi ils avaient décidé de réessayer le matin.

« Cette méthode ne fonctionne pas non plus... Nous devons trouver une autre solution. » Avec un regard troublé, Shiori avait dit : « En tout cas, retournons au dortoir pour le petit-déjeuner. »

Tachibana Masatsugu était un Chevalier — et un Legatus Legionis qui était revenu des enfers.

Son compagnon Ressuscité, Jules César, commandait plus de mille Légionnaires, mais Masatsugu ne pouvait même pas en convoquer un.

Ils ne savaient pas pourquoi c’était le cas alors qu’il avait clairement été capable de contrôler les Kamuys de Rikka.

Maintenant que les soixante-quatre Kamuys étaient déjà retournés sous le contrôle de Rikka, Masatsugu n’avait pas un seul soldat à utiliser.

 

☆☆☆

 

L’emplacement de l’histoire s’était maintenant déplacé vers le salon principal du Dortoir du Lys Noir, exclusivement réservé à l’usage de la princesse.

Il était 8 heures du matin le dimanche. En raison de la loi martiale en vigueur dans la ville de Suruga, personne n’était d’humeur à profiter de ce jour de congé.

L’atmosphère dans la ville était tendue, même si ce n’était pas une situation d’urgence.

Le Japon, la Grande-Bretagne et Rome orientale étaient tous signataires de la Charte de la Chevalerie. Ces règles d’engagement international, à l’instar des règlements sportifs, interdisaient strictement aux forces armées d’attaquer des zones au-delà d’un certain seuil de population. Plutôt que de fuir imprudemment, il serait plus sûr de rester dans sa propre maison dans la ville en attendant la fin du conflit.

C’était l’une des raisons pour lesquelles la situation était relativement stable.

« Je suppose que beaucoup de personnes... se souviennent des scènes à l’époque où le Seigneur César a traversé le Japon avec son armée de mille Légionnaires, » remarqua tranquillement la princesse, après avoir rassuré la veille les élèves de l’internat.

Masatsugu et Hatsune étaient également présents. Rassemblé dans le salon de conversation, le trio prenait leur petit-déjeuner. Le menu comprenait de la salade verte, un consommé de légumes en tant que soupe, des tomates grillées, du poulet fumé et des œufs durs.

Il y avait aussi du thé noir, des toasts et du yogourt.

Se trouvant sur la table était un petit-déjeuner occidental avec une alimentation équilibrée.

« Après tout, le Seigneur César aime particulièrement ses grandes entrées, » Shiori s’était amusée à se moquer du vrai dirigeant du Japon. « Après la défaite des Américains, il n’avait pas besoin de visiter toutes les régions du Japon. Il a fini par mener personnellement une expédition de Hokkaidō à Okinawa... En envoyant délibérément des Centurias pour traquer l’armée américaine, il a montré sa puissance aux citoyens japonais. »

Le Centuria était le pilier des Légionnaires de l’Empire Romain d’Orient.

« On disait à l’époque qu’il étudiait la Charte de la Chevalerie avec enthousiasme pour éviter que les combats n’affectent la population japonaise. Même les journaux et la télévision ont fait des reportages spéciaux à ce sujet…, » continua la princesse.

Dans tous les cas, dans la Rome antique, avant que César n’atteigne sa position d’autorité...

Ses dettes étaient astronomiques. Et l’argent qu’il avait emprunté avait été dépensé pour s’habiller à la mode, offrir des cadeaux aux femmes, organiser des parades personnelles ou des matchs de gladiateurs pour le grand public, gagnant ainsi en popularité, etc., toutes les dépenses qui effectuaient auraient fait froncer les sourcils à toute personne décente en entendant parler d’elles.

« Je me souviens aussi. J’ai vu ces reportages quand j’étais jeune, » déclara Hatsune. Elle, la dame d’honneur, prenait également le petit-déjeuner à table.

Se comportant naturellement lorsqu’elle était assise à la même table que la princesse, même en mangeant des toasts recouverts de beurre et de confiture, il était évident que Hatsune n’était pas un personnage ordinaire.

Cependant, la fille du clan Tachibana avait soudain regardé Masatsugu et avait demandé de façon suspecte : « Onii-sama, cela me dérange depuis un certain temps déjà. Il est clair que tu sois un jeune homme en pleine forme, mais pourquoi ton appétit est si petit ? »

« C’est vrai, tu as raison, » répondit-il.

Masatsugu passait normalement par sa routine matinale dans le dortoir des garçons, mais depuis l’emménagement de Shiori, il venait toujours au Dortoir du Lys Noir tôt le matin pour faire des tâches dans le dortoir et remplir son devoir de garde du corps. De plus, pendant le petit-déjeuner avec les filles aujourd’hui, il n’avait mangé qu’une salade (sans vinaigrette), un œuf dur (avec seulement une pincée de sel), une tranche de pain grillé (nature) et une tasse d’eau.

Personne ne savait ce qu’était l’avenir, mais au moins pour l’instant, la ville de Suruga n’avait aucun problème de pénurie alimentaire.

Masatsugu n’avait pas été forcé par les circonstances quant à son alimentation. C’était son appétit habituel de tous les jours depuis ces deux ans.

« Je n’ai pas l’habitude de manger trop de nourriture délicieuse, alors ça suffit pour moi, » continua-t-il.

Il sentait que quelque chose à l’intérieur de lui s’empatterait s’il s’habituait à manger des repas complets.

Inexplicablement, c’était ce que Masatsugu avait toujours ressenti. C’est alors qu’une idée lui était venue à l’esprit. C’était peut-être parce que tout simplement, il n’était pas une personne moderne, mais une personne venant d’une ère antérieure.

Cependant, il ne pouvait toujours pas se remémorer de ses souvenirs passés ou de son véritable nom.

Il était fort possible qu’il ait vécu à une époque de famine ou qu’il soit originaire d’un pays appauvri.

Masatsugu avait réfléchi à diverses possibilités pendant que Hatsune le regardait attentivement.

« Je n’ai jamais pensé que tu étais devenu Chevalier avant de perdre la mémoire, Onii-sama. J’étais tellement surprise. Tu as même hérité d’une appellation liée au Shinsengumi, » déclara Hatsune.

« Désolé de te l’avoir dit si tard. Je ne l’ai découvert qu’hier pour ma part, » répondit-il.

Après la bataille d’hier, c’était à ce moment-là que Masatsugu avait expliqué une partie de l’histoire à Hatsune.

Masatsugu n’avait pas révélé la vraie raison pour laquelle il était capable de contrôler les Légionnaires. Peut-être qu’un jour, il devrait dire à Hatsune « nous ne sommes pas liés par le sang et je ne suis pas de l’ère moderne ». Cependant, cela pourrait certainement attendre jusqu’à ce que la situation soit réglée.

« Dis, Onii-sama, donc ton appellation n’est pas celle-là, hein…, » demanda Hatsune.

« Celle-là ? » demanda Masatsugu en réponse au murmure de Hatsune.

« Celle qui a secrètement été transmit notre famille Tachibana. Je pense qu’il est toujours sous la garde des anciens. C’est un trésor que chaque citoyen japonais connaît, » répondit Hatsune.

À ce moment-là, ils avaient entendu la sonnette de l’entrée. Un visiteur était manifestement arrivé.

 

☆☆☆

 

« Votre Altesse, pardonnez-moi d’avoir fait une visite à l’improviste. »

La visiteuse avait été emmenée dans la salle de réception du Dortoir du Lys Noir.

Il s’agissait de la Chevalière Akigase Rikka. Elle était vêtue d’un uniforme d’officier militaire noir avec une épée japonaise accrochée à la taille.

Naturellement, Shiori était l’hôte. Masatsugu était présent en tant que « chevalier de la princesse » tandis que Hatsune aidait en tant que dame de compagnie en servant du thé vert à leur invitée.

« ... »

Masatsugu observait l’épée japonaise de Rikka plutôt que sa personne.

L’épée était dans son fourreau, mais exsudait encore une puissante aura de noesis comme il sied à une lame de grande renommée. Masatsugu pouvait dire que l’épée était égale à sa propre épée Izumi-no-Kami Kanesada.

En les jugeant simplement comme des épées, Rikka avait probablement plusieurs grades supérieurs.

Cependant, leurs exploits et leurs réalisations respectives étaient comparables... Simplement dite, puisqu’Akigase Rikka avait hérité d’une telle épée, elle était de toute évidence une générale talentueuse.

D’ailleurs, après la bataille d’hier, Masatsugu avait accompagné Shiori pour rencontrer Rikka.

« Voici Tachibana Masatsugu-sama. Pour certaines raisons, il n’a pas encore reçu la Confirmation de Chevalier... Mais c’est dans tous les cas un véritable Chevalier et mon officier d’état-major personnel, » déclara Shiori.

« Oubliez le nom de Hijikata. C’était simplement un stratagème de commodité utilisé en cas d’urgence, » avait-elle continué.

C’était donc ainsi que Shiori avait introduit Masatsugu, qui avait contrôlé les Légionnaires afin de les faire se battre sur le champ de bataille.

Après cela, Rikka avait invoqué son autorité en tant que Chevalière officielle pour effectuer une reconnaissance simplifiée de la Confirmation de Chevalier sur Tachibana Masatsugu. Avec cela, Masatsugu pouvait maintenant porter ouvertement Izumi-no-Kami. Autrement, il était interdit aux civils ordinaires de porter des épées et des lames.

« A-Au fait, V-Votre Altesse, » après avoir échangé des plaisanteries avec Shiori, la dame Chevalière avait jeté un coup d’œil à Masatsugu et avait dit avec un peu de bégaiement.

« Puis-je... Serait-il possible pour moi d’avoir un bref entretien avec lui ? En tant que Chevalière, je suis curieuse quant à certaines choses, » avait-elle continué.

« Très certainement. Allez-y, Masatsugu-sama, » accepta la princesse.

« Compris, » répondit Masatsugu.

Face à l’insistance de Shiori, Masatsugu s’était placé devant Rikka.

La courageuse dame Chevalière était incroyablement embarrassée, trop timide pour établir un contact visuel avec Masatsugu alors qu’il était clair que c’était elle qui était venue leur rendre visite en cette période d’urgence.

À la fin, ils s’étaient assis tous les deux face à face sur le canapé de la salle de réception sans avoir d’autres personnes directement à côté d’eux.

Rikka avait toussé sèchement et avait dit lentement : « Hijikata-dono, merci beaucoup pour hier. »

« Je m’appelle Tachibana, » répondit-il simplement.

En la voyant s’adresser à lui avec le nom de convenance, Masatsugu l’avait donc instantanément corrigée.

« E-Excusez-moi, Hijikata-dono, » elle s’était à nouveau adressé à lui ainsi.

« Je m’appelle Tachibana, » répéta-t-il une fois de plus.

« ... Je vois, vous insistez pour le nier ? Eh bien ! Tachibana-dono, il y a une question que j’aimerais vous poser. Est-ce que les personnes disent souvent que vous êtes aussi beau qu’une célébrité ? » demanda Rikka.

Rikka avait posé une question très étrange. N’a-t-elle pas dit qu’elle voulait une conversation entre Chevaliers ?

De plus, son expression semblait indiquer qu’elle était très nerveuse. Cette jeune fille au titre honorifique de « Chevalière Princesse de la Maison Akigase » se comportait comme une petite fille timide devant Masatsugu.

Masatsugu ne savait pas ce qui se passait, mais dans tous les cas, il avait répondu. « Oui, quelqu’un l’a dit récemment. »

« Je le savais... Alors que pensez-vous de la poésie haïku ? » demanda Rikka.

« Je suppose que je les aime beaucoup. C’est juste que je n’ai pas le talent pour les écrire, » répondit Masatsugu.

« Je le savais ! » s’écria Rikka.

Masatsugu devint de plus en plus confus face à ce qui se passait là... Comment cette fille savait-elle que les haïkus qu’il avait écrits en classe de japonais étaient terribles ? C’était totalement inexplicable.

En revanche, Rikka semblait assez excitée par cet échange. Elle s’était empressée de demander : « Eh bien, Tachibana-dono. Votre épée est Izumi-no-Kami Kanesada, n’est-ce pas ? »

« Oui, » répondit Masatsugu.

« Je le savais…, » répondit-elle.

Malgré les réponses sans expression de Masatsugu, Rikka était très émue.

Observant d’un peu peu plus loin, Hatsune avait dit, « Aussi beau qu’une célébrité, un intérêt pour le haïku, mais mauvais pour l’écriture, Izumi-no-Kami Kanesada est son épée, c’est véritablement Hijikata Toshizō, vous savez ? Avec ces faits, Onii-sama est certainement très similaire au “Vice-Commandant sans pitié”. »

« Vraiment ? » demanda Masatsugu.

« C’est exact. J’ai au moins lu “Roar, My Sword and Heroic Impressions of the Shinsengumi”. J’ai aussi étudié en détail le trio de Hijikata-san, le Commandant Kondō, et Okita Sōji, » répondit Hatsune.

« Hatsune, me trouves-tu aussi beau ? » demanda Masatsugu.

« C’est vrai, mais on ne peut s’empêcher de souhaiter que ta personnalité soit plus normale, » répondit Hatsune.

« Tu devrais garder cette dernière partie pour toi, » répondit Masatsugu.

« C’est comme ça que les choses sont. Ce qu’il y a à l’intérieur d’un homme compte plus que son visage ♪, » répliqua Hatsune.

Après avoir écouté les commentaires de Hatsune, Masatsugu avait finalement compris la situation.

Rikka avait apparemment été prise au piège à la suite de leur stratagème de convenance, croyant à tort que « Tachibana Masatsugu est Hijikata Toshizō ».

Ce n’était pas tout. Masatsugu avait alors regardé Rikka, qui regardait vers le bas avec un rougissement important, clairement timide. Une intuition... avait refait surface dans l’esprit de Masatsugu.

Peut-être qu’elle avait des sentiments personnels pour Hijikata Toshizō.

Cela devait être quelque chose comme une fervente fan ou une adoratrice. Voyant la situation prendre un virage pour le moins étrange, Masatsugu avait jeté un coup d’œil à Shiori qui se trouvait un peu plus loin. Elle était la personne la mieux placée pour s’en occuper.

Après une certaine contemplation, Shiori avait dit : « Rikka-sama, puisqu’il serait préférable d’éviter de laisser le fort tutélaire sans défense pour des durées prolongées, veuille y retourner pour l’instant. Plus tard... J’amènerai sûrement Masatsugu-sama pour vous rendre visite. »

En prononçant cette déclaration, Shiori avait prononcé le nom de Masatsugu de manière suggestive.

« Quand le moment viendra, j’espère que vous nous permettrez d’utiliser le sanctuaire de l’eau, » déclara Shiori.

« En effet, c’est une demande qui ne serait pas accordée à la légère, mais étant donné les circonstances d’urgence et le fait que cet Hi-Tachibana-dono possède la recommandation de Votre Altesse, je l’autoriserai, » répondit Rikka.

Dès que les mots « sanctuaire de l’eau » avaient été mentionnés, l’expression de Rikka avait immédiatement changé.

La jeune fille qui vénérait le héros était redevenue une guerrière impressionnante.

Finalement, Rikka s’était préparée à partir. Sur le chemin de l’entrée, elle ne montrait plus l’agitation d’une jeune fille comme elle le faisait avant.

Masatsugu avait secrètement conclu à lui-même que c’était l’attitude originale d’Akigase Rikka.

Il avait accompagné Shiori et Hatsune pour reconduire Rikka jusqu’à l’entrée. Après avoir dit au revoir à la princesse, Rikka avait regardé Hatsune droit dans les yeux et avait dit : « Cela me tracasse depuis avant aujourd’hui ? Puis-je vous demander si nous nous sommes déjà rencontrés ? »

« Eh ? Vous et moi, Rikka-sama ? » demanda Hatsune.

« Pas récemment, mais il y a longtemps... En tant qu’enfants. Je me souviens du Fief de Tōkaidō qui organisait un tournoi d’arts martiaux au Château de Nagoya et nous étions toutes les deux en compétition dans la division jeunesse. Quel est votre nom complet ? » demanda Rikka.

« Tachibana Hatsune, » répondit Hatsune.

« Je le savais. La Tachibana de Suruga — le clan a qui on leur a accordé Kurou Hougan Yoshitsune, » répondit Rikka.

Minamoto no Yoshitsune était connu sous le nom d’Ushiwakamaru et Shanaou pendant l’enfance. Parmi ses exploits, il avait combattu Musashibō Benkei à Gojō Bridge, avait mené une charge de cavalerie sur une falaise pour lancer une attaque-surprise dans la bataille d’Ichi-no-Tani, et une victoire complète sur le clan Taira à Dan-no-ura. Kurou Hougan était l’un de ses autres surnoms.

Rikka avait regardé la jeune fille Tachibana et avait demandé : « Personne n’a encore hérité de cette appellation ? »

« Oh, pas encore. C’est de très haut niveau et elle semble assez difficile, » répondit Hatsune.

« Je suppose. Cependant, il serait dommage qu’une appellation aussi puissante reste en sommeil. Veuillez me faire savoir s’il y a un moyen d’aider et je fournirai une assistance complète. Il serait plus rassurant d’avoir autant de Chevaliers puissants que possible, surtout compte tenu des circonstances actuelles sous la menace de la guerre, » déclara Rikka.

Après avoir dit cela, Akigase Rikka avait quitté le Dortoir du Lys Noir.

On aurait dit que l’appellation Tachibana, très prisée par le clan Tachibana, avait une histoire très distinguée.

***

Partie 3

« Vous quatre êtes volontaires pour attaquer Suruga...  ? Eh bien, ce n’est certainement pas un problème. »

Le Chevalier Noir avait été un instant décontenancé, surpris par la suggestion soudaine qui venait de l’un de ses subordonnés.

Cependant, il avait immédiatement fait un sourire cordial et avait accepté gracieusement leur demande. Les quatre Chevaliers qui se tenaient devant lui étaient des Chevaliers au service du Fief du Kinai.

« Nous, Britanniques, n’avons pas réussi à envahir Suruga à deux reprises. Indéniablement, il est temps pour vous, messieurs du fief du Kinai, de nous démontrer votre talent, » déclara le Chevalier Noir.

Ils se trouvaient actuellement dans la cité de Fuji au pied de la montagne sacrée de Fuji. Le fort tutélaire de Fuji était situé dans les zones humides en pleine campagne.

Actuellement, cette installation militaire avait été conquise par les forces britanniques et celle de l’Alliance pour la Restauration.

Nous nous trouvions le troisième jour depuis le début de l’opération. Il était 10 h 26. Le Chevalier Noir faisait une pause, prenant un café dans la salle à manger réservée aux officiers de haut rang.

Quatre Japonais étaient venus lui rendre visite.

C’étaient les Chevaliers que le fief du Kinai avait envoyés en renfort.

« Le Chevalier Noir, nous avons une proposition. Il pèse lourd sur notre conscience que vos chevaliers britanniques ont été accablés en prenant la tête jusqu’à présent. Nous quatre, nous sommes prêts à conquérir le fort tutélaire de Suruga en votre nom…, » déclara l’un d’eux.

Ils avaient refusé de laisser la Grande-Bretagne s’attribuer tout le mérite dans cette guerre.

Malgré une formulation courtoise de la part des hommes japonais, leur ambition était claire comme de l’eau de roche.

Le Chevalier Noir avait écouté avec courtoisie leur explication. Ces quatre Japonais prévoyaient une sortie demain ou après-demain.

Le Chevalier Noir leur avait déclaré avec franchise : « Comme le dit le proverbe, frappez pendant que le fer est encore chaud. Pourquoi ne pas partir ce soir ? Nous, de l’Empire Britannique, fournirons un soutien total. »

Finalement, les Chevaliers de l’armée provinciale de Kinai avaient accepté la suggestion du Chevalier Noir et avaient pris congé.

*Soupir*

« Quel tracas ! » s’exclama le Chevalier Noir.

Après le départ des Japonais, tous deux étaient restés dans la salle à manger.

Il s’agissait du Chevalier Noir, haussant les épaules avec un sourire, et du génie Morrigan assises sur le côté.

« ... Vous semblez plutôt satisfait, » déclara Morrigan.

« Naturellement, plus il y a de chevaliers sous son commandement, plus il y a des tracas. Je ne faisais que me souvenir de quelque chose, » déclara le Chevalier Noir.

Actuellement, le fort tutélaire de Fuji était occupé par un contingent de l’Alliance pour la Restauration.

Cette force d’occupation était composée de soldats de la flotte d’Extrême-Orient des Forces impériales britanniques, dont le plus important provenant du destroyer Tintagel et de la flotte qui l’accompagnait. La plupart de ses effectifs provenaient de milliers de marines transportés par des embarcations de débarquement qui était arrivé plus tôt.

Le capitaine du Tintagel, Sire Grayson, était le commandant.

Les principaux combattants étaient deux Chevaliers, Sire Steven et Sire Lampard, tous deux Chevaliers de Sa Majesté.

Cependant, le fief du Kinai avait envoyé hier des Chevaliers japonais et plusieurs milliers de soldats. Ces renforts avaient convergé avec les forces britanniques au fort tutélaire de Fuji après avoir atteint le port de Tagonoura.

« Tout le monde veut sortir et se battre, n’est-ce pas ? L’affectation des effectifs fait partie du travail du commandant, » déclara le Chevalier Noire.

« Vous parlez d’ambition pour la gloire ? » demanda Morrigan.

« C’est l’une des raisons, bien que les dépenses des guerres modernes soient financées par l’État et l’armée. Dans le passé, les chevaliers devaient se financer entièrement, ce qui signifiait que partir au combat entraînait des dépenses exorbitantes, » répondit le Chevalier Noir.

Un vassal recevait un territoire du roi, mais devait en échange payer des impôts et contribuer au service militaire.

Il fallait prendre en charge toutes les dépenses nécessaires. C’était la vie du chevalier médiéval européen. Les daimyo japonais avaient également adhéré à un système similaire pour servir le gouvernement du shogunat.

En fait, la relation entre la famille impériale japonaise moderne et les Douze Maisons n’était pas très différente de cela.

« L’armure est étonnamment chère alors qu’avoir un cheval militaire coûte cher. De même, les personnels de soutien et l’infanterie ont tous besoin d’argent. Il n’y avait absolument aucune raison d’aller au combat à moins d’avoir une chance de gagner le butin de la victoire, » déclara le Chevalier Noir.

« ... Quelle vie difficile, le monde des chevaliers médiévaux ! » répondit Morrigan.

« Il y a plus que ça. Le pillage et le vol étaient des moyens de faire de gros profits, tandis que les chevaliers ennemis pouvaient être pris en otages puis échangés contre de belles rançons. Ainsi, les chevaliers de haut rang vivaient généralement longtemps, » répondit le Chevalier Noir.

Les gens modernes avaient trop de fantasmes sur « ce que c’était d’être chevalier ».

Le Chevalier Noir avait fait un sourire ironique. Dans sa vie passée, c’était un rêveur qui avait poursuivi « les idéaux de la chevalerie », mais qui avait aussi connu de nombreuses batailles difficiles.

« Pour avoir pris des “règles de guerre” de ce genre dans notre passé et les avoir reconditionnés dans un style moderne pour qu’elles soient plus acceptables pour les personnes du peuple qui sont apprivoisées par la douce vie de la civilisation... C’est probablement ce qui a traversé l’esprit de Sa Majesté Karl lorsqu’il a pensé à la Charte de la Chevalerie, » déclara le Chevalier Noir.

« Projetez-vous votre propre étroitesse d’esprit sur les autres ? » demanda Morrigan.

« Non, renaître de l’abîme du monde souterrain tout en cherchant encore à assouvir notre faim de frissons de la guerre — Nous, Ressuscités, sommes tous des individus de ce genre. C’est normal de penser ainsi, » répondit le Chevalier Noir.

« Je vois, » déclara Morrigan.

« En outre, les guerres sont très pratiques à cette époque, ce qui est vraiment merveilleux. Les Légionnaires sont générés à partir de notre noesis et nous n’avons pas besoin d’autorité ou de grandes fortunes pour lever des armées. Tant que les sanctuaires d’eau pourraient être réquisitionnés, l’entretien des Légionnaires nécessite peu de travail ou d’argent, » déclara le Chevalier Noir.

En tant que « prince » dans le passé, le Chevalier Noir n’avait jamais eu à se soucier des frais de subsistance.

Toutefois, il avait beaucoup d’expérience avec les problèmes financiers dans la collecte de fonds de guerre. En revanche, commencer une bataille dans l’ère moderne était aussi facile que d’effectuer une partie d’échecs. Quelle belle époque pour vivre !

« Au fait, comment est la Force de Chevalier des Chevaliers du Kinai qui étaient ici tout à l’heure ? » demanda le Chevalier Noir.

« D’après les dossiers, chacun d’entre eux à environ 50 unités, » répondit Morrigan.

« Alors, ils sont quatre, au total deux cent. La dame Chevalière de Suruga a à peu près cent cinquante ans, avec l’avantage d’être chez elle. Nous n’avons pas de chances écrasantes en notre faveur... Morrigan, pouvez-vous vérifier l’emplacement de notre princesse ? » demanda le Chevalier Noir.

Le génie s’était tout de suite assis après avoir entendu cette instruction.

« Princesse Eleanor ? » demanda Morrigan.

« Oui, demandez à la princesse d’exécuter cette tâche préparatoire. J’ai entendu dire que la dame Chevalière est la fille du gouverneur général Tōkaidō, ce qui veut dire qu’elle vaut vraiment la peine de recruter dans notre camp, » déclara le Chevalier Noir.

« Le Chevalier utilisant les Légionnaires maniant le katana... C’est bon de le laisser seul ? » demanda Morrigan.

Hier, Morrigan et le Chevalier Noir avaient observé le siège de Suruga depuis le ciel.

De façon inattendue, une armée s’était montrée à mi-chemin et avait utilisé des katanas avec une maîtrise à l’épée stupéfiante. Les Légions étaient identiques aux Kamuys en apparence, sauf qu’elles étaient de couleur rouge-violet. De plus, les noesis de leur commandant étaient extrêmement fortes et inflexibles...

Morrigan avait évoqué le personnage très mémorable, incitant le Chevalier Noir à sourire et à répondre : « Oubliez-le. Après tout, la princesse ne peut en aucun cas s’occuper de lui. En plus, n’êtes-vous pas curieuse ? Comment ce personnage, qui semble héberger une sorte de secret, gérera-t-il de nouveaux ennemis cette fois-ci ? »

 

☆☆☆

 

« Parfois, les Ressuscités cachaient leurs vrais noms, » pendant qu’elle parlait, la princesse Shiori s’était mise dans l’embarras. « Dans tous les cas, ce sont des Chevaliers dont la Force de Chevalier dépasse les 500, ce qui leur permet de faire ressortir une puissance monstrueuse sur le champ de bataille. Mais ils attirent trop d’attention. »

« Attirer trop d’attention ? » demanda Masatsugu en appuyant sur le bouton de l’obturateur de sa petite caméra.

Shiori avait momentanément baissé la tête pour éviter l’objectif, mais elle avait quand même répondu très soigneusement.

« Prenez par exemple le fait que les Kamuys sous votre contrôle étaient rouge-violet, Masatsugu-sama. B-Beaucoup de Ressuscités convoquera des Légionnaires spéciaux... Ou bien utiliseraient des Faits d’Armes provenant d’accomplissements illustres dans leurs vies passées, » répondit-elle.

« C’est vrai. Le Fait d’Armes d’Izumi-no-Kami Kanesada est la Maîtrise à l’Épée de “Hijikata Toshizō”, » déclara Masatsugu.

« Comme il s’agit d’existences si flagrantes, leurs identités sont facilement déduites d’un coup d’œil par des yeux perspicaces. Par conséquent, ils utilisent tous des alias et ne participent jamais à une guerre à grande échelle jusqu’à ce qu’ils soient déployés dans une bataille cruciale... pour ainsi cacher leur existence. De cette façon, la simple participation d’un Ressuscité est déjà une attaque-surprise de grande ampleur, » expliqua la princesse.

« Je vois, pas étonnant qu’Akigase-dono m’ait pris pour Hijikata Toshizō, » déclara Masatsugu.

Hochant la tête en signe de reconnaissance, Masatsugu avait continué à prendre des photos avec son appareil photo.

Chaque fois qu’il appuyait sur l’obturateur, Shiori se mettait dans l’embarras.

« Elle pense que je cache mon identité alors que le nom de Hijikata utilisé la dernière fois est mon vrai nom, n’est-ce pas ? » demanda Masatsugu.

« Je crois que oui. M-Masatsugu-sama, pourquoi dois-je porter un maillot de bain !? » dans un moment rare, la princesse blonde platine avait protesté en élevant sa voix larmoyante.

Actuellement, Shiori ne portait qu’un bikini blanc vraiment réduit alors qu’elle était en présence de Masatsugu. Ils étaient seuls tous les deux.

Il se trouvait actuellement dans une salle de classe vide au Lycée Rinzai. Sous le double effet de l’imposition de la loi martiale et du dimanche, il n’y avait pratiquement personne à l’école. Les chances d’être vu ici étaient très réduites.

« C’est une exigence pour le concours de beauté prévu pour le festival de l’école, » expliqua Masatsugu.

« Concours de beauté !? » s’écria Shiori.

« Princesse, n’ai-je pas mentionné hier que j’aurai besoin que vous me fassiez une petite faveur en tant que femme ? » demanda Masatsugu.

La révélation instantanée de la réponse de Masatsugu avait fait rappeler à Shiori sa promesse antérieure dans une soudaine réalisation.

« Je suis le membre du comité exécutif du festival de l’école responsable du concours de beauté. J’ai attendu désespérément que de belles étudiantes s’inscrivent et animent ce concours, » déclara Masatsugu.

« Me demandez-vous de participer à un concours de beauté !? Et d’être habillée d’un maillot de bain si révélateur ! » demanda Shiori.

« Oui, » répondit-il simplement.

« Aghhhhhhhhhh ! » cria Shiori.

Une Shiori toujours intelligente en temps normal était à court de mots et très agitée.

Le fait de montrer autant de peau devant les autres semblait la rendre très embarrassée.

« Princesse, si vous ne voulez pas, je l’annulerai…, » déclara Masatsugu.

« N-Non, je suis prête à le faire pour vous en échange de votre aide — c’étaient les termes de notre contrat et de notre promesse. Ce n’est donc rien, » Shiori avait finalement redressé sa posture et avait fait face à l’objectif de la caméra.

Cependant, elle ne pouvait toujours pas dissiper ses sentiments d’embarras, croisant les bras pour cacher son corps. Cela avait fini par serrer et soulever sa poitrine, mettant encore plus en valeur sa magnifique silhouette.

Sans aucun changement d’expression, Masatsugu avait continué à prendre des photos sans arrêt.

Avec sa timidité sur son beau visage, jumelé à une silhouette sexy, Shiori était sans aucun doute un modèle de magazine attrayant en ce moment.

 

 

« S’il vous plaît, arrêtez de prendre autant de photo de moi. Ce maillot de bain a été acquis en mon nom par une dame d’honneur dans la Capitale Impériale de Rome l’année dernière... C’est un peu mince pour commencer et ma poi... est un peu... En outre, il s’est resserré au bout d’un an, » déclara Shiori tout embarrassée.

« Oh ? » répondit Masatsugu.

En d’autres termes, la silhouette de la princesse avait mûri d’une manière significative depuis l’année dernière.

Les fruits présents au niveau de sa poitrine rappelaient de petits cantaloups, sa taille présentait des courbes dont les mots de beauté ne rendaient pas justice, et ses fesses étaient rondes et voluptueuses. Cette excellente silhouette, normalement cachée sous des vêtements conservateurs ou un uniforme, était maintenant totalement exposée aux seuls yeux de Masatsugu.

Après le départ de Rikka Akigase...

À l’origine, Shiori voulait inviter Masatsugu pour un voyage au fort tutélaire.

Masatsugu lui avait dit qu’il avait besoin d’une faveur avant d’aller au fort tutélaire et il avait rappelé à Shiori qu’elle devait apporter son maillot de bain. D’ailleurs, le petit appareil photo utilisé par Masatsugu faisait partie de l’inventaire du comité exécutif du festival scolaire.

« À ce propos, Masatsugu-sama, combien de personnes prendront part au processus d’approbation de la demande ? » demanda timidement Shiori. « Je ne veux pas être vue en maillot de bain par trop d’individus... »

« Rassurez-vous, le comité d’approbation est composé de trois ou quatre personnes, mais je prends la décision finale en tant que responsable. Il n’y a donc pas de problème, même si je vérifie seul…, » répondit Masatsugu.

« Eh ? Alors cela ne veut-il pas dire qu’il n’était nullement nécessaire pour moi de porter un maillot de bain ? » s’écria Shiori après avoir compris la situation.

Quand Shiori avait signalé un point suspect, Masatsugu avait réfléchi un instant avant de répondre : « En effet, c’est vrai ce que vous dites. Ce n’était pas vraiment nécessaire. »

« Masatsugu-sama ! Alors c’est votre faute si j’ai porté un maillot de bain pour rien ! » la princesse lui cria dessus, mais Masatsugu avait secoué la tête.

Puis il avait répondu. « Pas du tout. Cette session n’était pas du tout un gâchis. »

« Pourquoi ça !? » s’écria Shiori.

« Je me sens très chanceux d’avoir été témoin d’un si magnifique corps. Cela vaut déjà la peine de servir une princesse pendant ces deux derniers jours, » répondit Masatsugu.

« … !? »

L’opinion honnête de Masatsugu avait fait geler Shiori inexplicablement.

Elle avait l’air d’avoir été surprise par ses paroles et elle ne savait pas comment réagir.

 

☆☆☆

 

« Masatsugu-sama... On pourrait dit que vous êtes une personne hétéroclite au premier coup d’œil, » lâcha Shiori sur Masatsugu.

Shiori marchait avec colère aux côtés de Masatsugu, boudant encore pour ce qui s’était passé avant.

Après la séance photo, elle avait mis son uniforme sur le maillot de bain et ils revenaient à pied. Il leur avait fallu vingt minutes pour arriver devant le dortoir du bâtiment scolaire du Lycée Rinzai.

« Se pourrait-il que vous ayez l’habitude d’interagir avec les filles ? Hier, vous m’avez taquiné à chaque occasion et aujourd’hui, vous m’avez couvert d’abondantes flatteries…, » déclara une princesse en colère.

« Je suppose que c’est le genre de personne que j’étais avant de perdre la mémoire, » répliqua Masatsugu comme s’il se souvenait de quelque chose.

« Hein ? » Shiori avait été totalement déconcertée par cette explication. Elle ne s’attendait vraiment pas à une telle annonce.

Masatsugu avait poursuivi, « Récemment, en examinant les demandes du concours de beauté, j’ai découvert que j’ai l’air d’être un homme avec des goûts très larges quand il s’agit de femmes. »

« Qu’est-ce que vous insinuez ? » demanda Shiori.

« Je veux dire que je suis un gars qui apprécie toutes sortes de dames, » répondit Masatsugu.

« Vous appréciez toutes sortes de dames !? » s’écria Shiori.

« Par exemple, Sawanobori-san de la troisième année de la classe 3 a un air mature que je trouve assez séduisant. En revanche, Itou-san de la 2e année de la classe 2 avec ce look d’écolière me semble être un avantage rare. Horiike-san du club d’athlétisme possède une beauté naturelle que l’on trouve dans les clubs d’athlétisme. Hasegawa-san, qui est toujours malade et à l’infirmerie, possède une qualité qui lui fait paraître fragile et attachante ce qui est très agréable selon moi. La prof d’anglais Toda-sensei, qui vient de signer ses papiers de divorce il y a un mois, est déjà une femme de trente-sept ans, mais elle a ce charme qu’on ne trouve pas dans les lycéens, » expliqua Masatsugu.

« Vous désirez tout simplement tout ce qui est féminin ! » s’écria Shiori.

« Je ne le nie pas. Ah, Oriha-san, qui gère les dortoirs pour filles, a aussi cette chaleur et cette ouverture d’esprit que j’apprécie beaucoup, » déclara Masatsugu.

« Pour autant que je me souvienne, n’a-t-elle pas une cinquantaine d’années... ? » demanda Shiori.

« Oui. Peut-être que son apparence s’est estompée au fil des ans, mais elle a cette beauté intérieure qui a été distillée au fil du temps, » répondit Masatsugu.

« ... »

« J’ai perdu mes souvenirs du passé, mais mon corps et mon âme se souviennent encore de la façon de se battre. En conséquence, j’ai pu entrer sur le champ de bataille de façon extrêmement naturelle pour tuer les ennemis et contrôler les Légionnaires... En fait, je pense que c’est la même chose pour la façon dont je traite avec les femmes, » déclara Masatsugu.

Le fait d’avoir Masatsugu qui était bavard était une situation très rare et c’était peut-être parce que le sujet des femmes avait été abordé.

« Mon corps et mon âme n’ont pas oublié comment construire des relations profondes avec les femmes. J’aimerais l’essayer dès que j’en aurais l’occasion…, » déclara Masatsugu.

« M-Masatsugu-sama ! » cria Shiori.

« Je plaisante. Je sais que ce ne sont pas des sujets de plaisanterie, » déclara Masatsugu.

« En vous entendant dire ça, je suis enfin soulagée…, » déclara Shiori.

Ce n’était qu’après que Masatsugu avait admis sans expression qu’il plaisantait que Shiori avait l’air rassurée.

Il avait été frappé par une pensée. Cette princesse très intelligente était pleine de ruse, mais avait du mal à gérer ce type de conversation. Cela l’avait rendue extrêmement mignonne selon lui.

Pendant qu’ils bavardaient, ils étaient retournés au salon principal utilisé pour les conversations du Dortoir du Lys Noir.

Les résidents, Shiori et Hatsune, les femmes de ménage du clan Tachibana et Masatsugu étaient les seuls autorisés à entrer dans ce bâtiment.

La dame d’honneur qui venait normalement saluer Shiori avec un joyeux « bienvenu à la maison~ » n’était nulle part. On aurait dit qu’elle était sortie.

« Où est allée Hatsune ? Je pensais lui demander de conduire, » déclara Shiori.

« Princesse, parlez-vous du fait d’aller visiter Akigase-sama au fort tutélaire ? » demanda Masatsugu.

« Je crois que le fluide ectoplasmique est essentiel pour que vous puissiez vous réveiller pleinement, Masatsugu-sama. Les Légionnaires actifs consomment du liquide ectoplasmique, mais vous n’avez pas reconstitué vos réserves depuis de nombreuses années, » déclara Shiori.

« Est-ce pour ça que je ne peux pas convoquer mes propres Légionnaires ? » demanda Masatsugu.

« Oui, grâce au malentendu concernant le nom de Hijikata Toshizō de la dernière fois, Rikka-sama est prête à nous soutenir activement. Nous devrions profiter de l’occasion pour nous réapprovisionner au sanctuaire de l’eau et établir un pacte, » déclara Shiori.

Masatsugu avait accepté la suggestion de Shiori, mais il avait eu une autre idée.

Cela suffirait-il vraiment à résoudre le problème ? Pour une raison inconnue, Masatsugu n’était pas d’accord avec la princesse. Cependant, incapable d’offrir une alternative, il ne pouvait que regarder toute la pièce en silence.

« Hmm ? »

Masatsugu avait remarqué une note laissée sur la table dans le salon.

« Princesse, Hatsune est allée au fort tutélaire, » déclara Masatsugu.

« Toute seule ? Qu’est-ce qu’elle fait là ? » demanda Shiori.

« C’est ce qu’elle a écrit, » répondit Masatsugu.

La note signée par Hatsune disait : « Princesse et Onii-sama : je sors un peu parce que mes ambitions héroïques se sont soudainement réveillées. Quoi qu’il en soit, je visiterai la maison d’un parent dans la ville avant de me rendre au fort tutélaire. Ne vous inquiétez pas pour moi, même si je rentre tard. »

***

Partie 4

« Grand-père ! Je suis venu chercher ce que la princesse voulait ! »

En utilisant cette excuse, Tachibana Hatsune avait obtenu ce qu’elle voulait pour elle-même.

L’ancien le plus vénérable du clan Tachibana, le Tachibana Bunzaemon, âgé de cent deux ans, avait d’abord refusé, en disant : « Hmm ~ alors ! Organisons une réunion pour obtenir l’approbation du clan... »

« De quoi parlez-vous, grand-père ? Suruga est en crise en ce moment, c’est une urgence ! » avait alors déclaré Hatsune.

Le mot urgence avait renversé les objections de l’aîné.

Hatsune avait donc quitté la résidence de Bunzaemon près de la gare de Suruga.

Sa prochaine destination était la partie Est de la citée de Suruga où se trouvait le Lycée Rinzai. Mais plutôt que le dortoir, elle se dirigeait vers le plateau dans la région montagneuse à l’est de la ville — le fort tutélaire de Suruga.

Sur un scooter, Hatsune avait accéléré tout au long de la route.

Elle était vêtue de son kimono hakama et de ses bottes basses dans le style Haikara-san. De plus, elle portait un casque et avait placé un certain objet contre sa poitrine.

« L’appellation Kurou Hougan Yoshitsune... Chaque défi vaut la peine d’être essayé, » déclara-t-elle pour elle-même.

Hatsune était une artiste martiale accomplie, mais n’avait jamais été inspirée quant au fait de devenir Chevalier.

Cependant, maintenant que la cité de Suruga et la princesse avaient été prises dans le coup d’État de l’Alliance pour la Restauration, la situation était très désastreuse. Il n’y avait pas d’inconvénient à détenir une certaine puissance de combat — .

Pour qu’une simple écolière ait un tel sens des valeurs, elle appartenait vraiment au clan Tachibana qui s’enorgueillit de sa force et de sa valeur.

D’ailleurs, il n’était pas juste pour Masatsugu-oniisama, l’autre jeune du clan Tachibana, de se battre seul. Cela la dérangeait. Elle ne voulait pas perdre face à lui.

« Au fait, mon père à Tokyo m’a dit qu’il voulait venir parler d’Onii-sama. Qu’est-ce que c’est que ça ? » murmura-t-elle pour elle-même.

Les environs de Suruga étant bloqués par l’Alliance pour la Restauration, son père n’avait pas pu se rendre dans de telles circonstances.

Quoi qu’il en soit, Hatsune était arrivée près du fort tutélaire sur son scooter. Hier, un grand nombre de Kamuys et de Croisés avaient été tués au combat et de nombreux Légionnaires s’étaient écrasés dans cette région.

Maintenant, les cadavres des Japonais ou des Britanniques n’étaient plus visibles.

Les Légionnaires étaient des géants créés à partir des noesis des Chevaliers. Leurs corps disparaîtraient donc automatiquement une heure après la mort.

Hatsune avait donc atteint la porte latérale sans rencontrer de cadavres.

Bien sûr, ce n’était pas un endroit où les civils pouvaient fréquenter librement. Heureusement, Hatsune avait récemment accompagné la princesse lors de ses fréquentes visites, de sorte que le soldat qui gardait la porte s’était souvenu de son visage.

De plus, elle avait un atout.

« Je dois discuter avec la châtelaine Rikka-sama... Oh, j’ai oublié l’heure prévue, mais Rikka-sama m’a dit que j’étais la bienvenue pour passer à n’importe quelle heure ♪ ! Jetez un coup d’œil à ceci, » avait-elle déclaré.

Elle avait parlé de la promesse verbale antérieure et elle avait sorti la carte de visite de Rikka Akigase.

C’était la carte que Shiori avait remise récemment à Hatsune, sur laquelle on avait écrit les mots « s’il vous plaît, aidez la princesse ». Hatsune avait donc gardé la carte pour Shiori en tant que dame d’honneur et l’utilisait maintenant.

À moitié convaincu, le garde avait confirmé avec le fort tutélaire pour savoir ce qu’il devait faire.

À la fin, Rikka avait donné le feu vert et le garde avait donc facilement permis à Hatsune d’entrer.

Heureuse et chanceuse aux yeux des autres, Hatsune était en fait assez méticuleuse et prudente — du moins le elle pensait elle-même — et plutôt glissante dans ses allées et venues.

Cette fois, elle avait réussi à infiltrer le fort tutélaire par impulsion et initiative.

L’objectif de Hatsune était de montrer « un certain objet » à Rikka pour évaluation, en profitant de l’occasion pour poser des questions sur son expérience réussie. Hatsune voulait savoir comment le Chevalier Rikka Akigase avait hérité de l’Appellation du célèbre Onikiri.

« Onii-sama a oublié son passé d’héritier d’une Appellation... Demander à quelqu’un d’autre de partager son expérience est une bonne idée, » murmura-t-elle pour elle-même.

Ce n’était pas un endroit que l’on pouvait visiter arbitrairement sur une impulsion et un esprit optimistes.

Hatsune l’avait bien compris. Suivant le soldat qui la guidait, elle était entrée dans les locaux du fort tutélaire.

Elle avait vu les casernes et les hangars qui avaient été détruits deux jours plus tôt.

Il y avait aussi les soldats nerveux et fatigués appartenant à l’armée provinciale Tōkaidō.

Alors qu’elle était témoin de cette vue, Hatsune avait été emmenée dans un petit bâtiment de trois étages.

C’était un peu comme les immeubles à locataires mixtes de la ville. C’était là que se trouvait le bureau du châtelain. Shiori avait déjà visité cet endroit hier.

... Arrivée à l’entrée, Hatsune avait demandé au guide militaire par curiosité : « Excusez-moi ! Avez-vous vu quelque chose de bizarre courir à l’intérieur ? »

« Non, je n’ai rien vu, » répondit immédiatement le soldat, mais Hatsune ne le croyait pas.

Tout à l’heure, une « silhouette humaine enveloppée d’une brume noire » s’était glissée dans le bâtiment. La silhouette était à peu près de la taille de Hatsune, mais malheureusement, elle ne pouvait pas bien voir le visage obscurci par la brume.

Cependant, le guide n’a-t-il même pas vu la brume noire... ?

À ce moment, un certain objet à côté de la poitrine de Hatsune s’était mis à vibrer.

Hatsune l’avait précipitamment enlevé de l’endroit où il était, un rouleau bleu. Du vieux papier japonais avait été enroulé puis relié à l’aide de ficelle écarlate. C’était l’objet précieux du clan Tachibana pour la manifestation de Kurou Hougan Yoshitsune — .

Le parchemin symbolisant le sceau d’un Exploit d’Armes vibrait à nouveau.

Il essayait de transmettre quelque chose. Sans l’ombre d’un doute, Hatsune avait chargé vers l’avant afin de poursuivre la silhouette humaine aperçue avant ça !

 

☆☆☆

 

« Ils devraient me contacter d’un moment à l’autre…, » murmura Rikka.

Elle était dans le bureau du châtelain, face au bureau.

Bloquée par l’Alliance pour la Restauration, la citée de Suruga était comme une île enclavée sans aucun moyen de communiquer avec l’extérieur. Mais aujourd’hui, c’était déjà le troisième jour.

Les renards de liaison envoyés hors de la ville devraient déjà être de retour.

Le château de Nagoya — le quartier général du Fief de Tōkaidō et de la Maison Akigase — devrait également lui transmettre des messages.

Si seulement il y avait un moyen d’échanger des informations et d’établir des communications, Rikka pourrait travailler de concert avec des forces amies à l’extérieur au lieu d’être coincée à l’intérieur du fort tutélaire sur la défensive.

« ... Je suppose aussi que l’Alliance pour la Restauration en est bien consciente, » déclara-t-elle.

Les forces de l’Alliance avaient pris le fort tutélaire de Fuji.

Peut-être qu’ils allaient assiéger Suruga en force dans les deux jours qui suivraient.

Naturellement, les deux Chevaliers de Sa Majesté de l’ennemi avaient subi des pertes importantes et ne pouvaient plus combattre aussi rapidement.

Par contre, Rikka avec sa Force de Chevalier de 154 avait encore des Kamuys utilisables.

En incluant les pertes précédentes, les cent cinquante-quatre Légions de Rikka s’étaient complètement rétablies.

« Je n’aime pas vraiment défendre les châteaux, mais je suis reconnaissante pour ce fait, » murmura-t-elle.

Le plus grand avantage des combats sur le territoire national était que les Légionnaires qui étaient tombés au combat près du fort tutélaire où le pacte tutélaire avait été établi n’avaient eu besoin que d’un jour pour reprendre vie.

De plus, un Chevalier avait aussi gagné en robustesse grâce à la bénédiction d’un sanctuaire de l’eau.

Il était une fois un chevalier qui s’était battu pendant sept jours d’affilée, sans se reposer ni dormir, et qui avait réussi à défendre avec succès un fort tutélaire.

Dans le passé, les batailles de siège favorisaient le côté défensif. Le même principe s’appliquait aussi au combat moderne des Légionnaires. Ainsi, Rikka avait pu garder son sang-froid sans devenir trop névrosée.

En fait, le corps ne tiendrait pas longtemps si l’on restait continuellement tendu en période de crise.

« En effet, c’est pour ça que lire ceci est une bonne chose, » murmura-t-elle.

Rikka avait légèrement toussé et avait pris un livre se trouvant sur le bureau.

Le livre de poche sur le bureau était « Roar, My Sword », écrit par un romancier d’histoire nationale. Mettant en vedette Hijikata Toshizō le vice-commandant du Shinsengumi en tant que protagoniste, c’était un chef-d’œuvre brillant représentant des batailles sanglantes et des histoires de jeunesse.

Rikka avait feuilleté les pages au hasard. Elle était tombée amoureuse de ce livre en 6e année.

Le fait d’apporter ce livre à Suruga avait été une pure coïncidence. À l’origine, elle l’avait attrapé de ses étagères à la maison sur un coup de tête, voulant savourer à nouveau ce fameux titre après tant d’années.

Jamais Rikka ne s’attendait à rencontrer Hijikata Toshizō dans la zone de Suruga à travers les rebondissements malicieux du destin — .

« Le pouvoir de prendre mes Kamuys... Ce n’était certainement pas un Chevalier ordinaire. »

Le jeune homme se faisant appeler Masatsugu Tachibana avait un beau visage, portait Izumi-no-Kami Kanesada et se spécialisait dans l’art de l’épée du style Tennen Rishin.

Tous les éléments avaient donc corroboré les suppositions de Rikka. De plus, il n’y avait pas de photos de Hijikata Toshizō.

Une théorie était que Hijikata Toshizō n’était jamais apparu devant un appareil photo de toute sa vie comme une précaution contre l’assassinat par le gouvernement meiji. Il ne voulait pas que son image se répande.

Cependant, on disait qu’il était aussi beau qu’une célébrité — .

Beaucoup de gens l’avaient attesté dans de nombreux écrits. Et il en était de même pour celui qu’elle avait rencontré. Selon elle, Masatsugu Tachibana était si beau...

Juste au moment où Rikka pensait au visage de Masatsugu, quelqu’un avait frappé à la porte du bureau. Se rappelant la nouvelle de l’arrivée de la dame d’honneur de la princesse, elle se demanda s’il n’était pas aussi venu.

Rikka ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu nerveuse. Elle avait rangé le livre de poche dans un tiroir.

« S-S’il vous plaît, entrez. »

Rikka avait affiché intentionnellement un visage calme.

Cependant, elle avait froncé les sourcils dès qu’elle avait vu le visiteur. Il s’agissait d’une silhouette humaine enveloppée d’un voile noir, obscurcissant le visage et la silhouette, probablement une puissante technique noétique afin de masquer son apparence.

Cela dit, des noesis de cette force —, Rikka était emplie de doutes quant à qui il s’agissait.

Les maîtres néoétatiques humains n’étaient pas capables d’un tel rendement. Cela avait déjà atteint le niveau des bêtes de rétention de haut rang.

Les individus ordinaires n’arriveraient même pas à détecter les déplacements de la brume noire même si elle se trouvait sous leurs yeux, n’est-ce pas ? Telle était la force des noesis utilisées pour la dissimulation d’identité de cette personne.

« Excusez-moi, mais cette technique est inutile sur moi. Tout au plus, il est plus difficile de vous voir clairement, » Rikka avait haussé les épaules et avait levé la main droite.

Elle avait pris sa lame personnelle, Onikiri Yasutsuna. Les techniques noétiques avaient eu un effet limité sur les Chevaliers comme Rikka qui possédait une Appellation de haut niveau.

« Je reconnais votre capacité à vous faufiler dans le fort tutélaire par des moyens inconnus. Si vous êtes un assassin, je vous affronterais avec mon épée, » déclara Rikka.

Dégainant Onikiri Yasutsuna, Rikka s’était levée et elle s’était lentement approchée de la silhouette. Même si les contours étaient flous, le découpage des parties du corps ne poserait aucun problème.

Cependant, cette silhouette ombrée avait immédiatement dissipé son déguisement.

« Une déclaration audacieuse. Fufufufu, » une jeune femme était apparue, et son rire était aussi beau que le son des clochettes d’argent.

De plus, c’était une jeune fille blonde dont les cheveux magnifiques atteignaient la taille. Sa silhouette était si svelte que ses membres semblaient assez délicats pour se briser avec une légère pression. Le plus frappant de tous était son beau visage.

Délicat, exquis, aussi beau qu’une fée. Sa peau était aussi parfaitement pâle et immaculée comme de la porcelaine.

Elle portait un manteau de fourrure noire qui atteignait sa taille. Ses jambes minces étaient vêtues de collants noirs. Sa tenue noire rappelait les vêtements funéraires, probablement en raison de l’aura fatale que la femme exsudait.

« Je voudrais faire une demande à la féroce et courageuse Chevalière — veuillez me reconnaître, moi, Éléanore, comme votre maître. Inclinez-vous devant moi et prêtez serment d’allégeance, » déclara Éléanore.

« Quelles bêtises dites-vous… ? » demanda Rikka.

La blonde regardait fixement Rikka, la faisant frissonner.

Rikka ne pouvait exercer aucune force dans son corps. Son corps avait même commencé à bouger tout seul. Se penchant légèrement vers l’avant au niveau de sa taille, ses genoux étaient presque sur le point de s’agenouiller. Sa vue était dominée par la blonde.

Si elle inclinait la tête et prêtait un serment de loyauté — .

Rikka Akigase deviendrait la possession de la fille. Cela avait provoqué la colère de Rikka.

« Gah — ! »

Rikka avait serré la lame d’Onikiri Yasutsuna avec sa main gauche.

La lame avait coupé la surface de sa paume. La douleur était arrivée avec l’effusion de sang frais, mais grâce à cette douleur, le mystérieux contrôle s’était quelque peu atténué. Rikka avait fixé son regard avec violence sur la fille se trouvant devant elle.

Bien que ses membres soient encore faibles, le fait de taillader son ennemi ne serait pas un problème.

« Oh, mon Dieu ! De penser qu’il y a des Chevaliers au Japon qui peuvent résister à des malédictions contraignantes. Quelle surprise ! » déclara Éléanore.

La blonde avait souri à Rikka qui avait retrouvé sa présence d’esprit.

Tenant un revolver .38 dans sa main droite, elle avait visé la tête de Rikka.

« Même parmi les Chevaliers de Sa Majesté, peu sont capables de résister à mon pouvoir. Quelqu’un d’aussi dangereux que vous devrait être tué par précaution…, » l’enchanteresse avait souri avec moquerie.

Rikka se lamentait à l’intérieur d’elle. Un épéiste ordinaire faisant face à des armes à feu serait une situation très défavorable, mais elle était Chevalier avec la capacité de sentir et de contrôler les noesis.

Elle était capable de lire la soif de sang de la sorcière pour éviter à l’instant avant que la détente ne soit pressée.

Puis, s’approchant rapidement, elle pourrait tuer son ennemi avec un coup d’épée instantané.

Malheureusement, Rikka était en mauvais état pour le moment et incapable de se précipiter à portée d’attaque. Le plus troublant de tous était que la sorcière Éléanore regardait Rikka dans les yeux, l’hypnotisant avec des mots enchantés.

« Laissez-moi vous demander encore une fois... S’il vous plaît, voulez-vous devenir mon chevalier ? » demanda la sorcière.

Une lumière dorée clignotait dans les yeux de la sorcière.

Rikka avait grincé des dents. Les yeux de la sorcière vidaient son corps de ses forces. La situation s’aggravait à chaque instant qui passait. Elle avait besoin d’une sorte d’opportunité pour lui permettre de contre-attaquer !

« Ça s’arrête ici, la malfaisante ! » La voix courageuse et énergique d’une jeune fille avait été entendue sur les lieux.

La dame d’honneur de la princesse, Tachibana Hatsune, avait fait irruption dans le bureau. Capable de voir la sorcière que les gens ordinaires ne pouvaient pas voir, elle avait lancé le parchemin bleu se trouvant dans sa main sur la sorcière.

Vivant au nom de sang Tachibana, elle avait réagi sans la moindre hésitation.

« !? »

La sorcière avait évité le parchemin qui volait vers son visage.

Les mouvements d’Éléanore étaient agiles. Malgré son apparence faible et frêle, elle avait des réflexes de bête. Cependant, son plan d’action était indéniablement une erreur — .

« Yahhhhhhhhhhhhhhhhh ! »

Stimulant son corps épuisé, Rikka s’était avancée.

Utilisant toutes les forces qui lui restaient, elle envoya un coup d’épée vers la gorge de la sorcière. Cependant, son corps affaibli ne pouvait pas bouger normalement. À la fin, son épée n’avait réussi qu’à transpercer l’épaule gauche de la sorcière.

« Guuuh ! »

La sorcière Éléanore avait gémi en raison de douleur quand le sang rouge éclaboussait là — non.

Ce qui sortait de l’épaule de la jeune fille mince était d’une manière incroyable du sang bleu. C’était presque comme le bleu marin du liquide ectoplasmique.

« On dirait que c’est vraiment la fin, » Éléanore avait parlé pleine de chagrin et elle se tourna vers la fuite dès qu’elle eut terminé sa phrase.

Elle s’était précipitée vers la fenêtre de la chambre au lieu de se diriger vers Rikka ou Hatsune. Le bureau était situé au troisième étage, mais elle s’était dirigée vers la fenêtre sans hésitation.

Quand Éléanore était entrée en collision avec le verre, Rikka avait vu le corps mince de la sorcière se transformer en chien noir.

C’était un chien de chasse musclé. Sous la forme d’un chien, la sorcière Éléanore avait brisé le verre et s’était précipitée dans les airs.

« Qu’est-ce qu’il y a avec cette fille... ? » Totalement drainée de toutes ses forces, Rikka ne pouvait plus bouger même avec toute sa volonté.

Elle avait trébuché sur le côté de la fenêtre et Hatsune était allée la soutenir.

« E-Elle est partie... »

Hatsune avait regardé par la fenêtre et avait balayé le sol de son regard, parlant dans la confusion.

Le chien noir courait à toute vitesse, traversant la pelouse du fort tutélaire aussi vite que le vent. En cours de route, elle s’était à nouveau transformée — mais cette fois-ci en corbeau.

Le corbeau noir avait déployé ses ailes et il avait pris son envol.

L’image du départ de la sorcière était sans aucun doute une sorte de mauvais présage.

 

☆☆☆

 

« Cependant, il est compréhensible que Rikka-sama se fasse de fausses idées, » alors qu’elle disait cela, Shiori marchait dans le parking du fort tutélaire de Suruga.

Masatsugu était également de la partie après avoir simplement joué le rôle du conducteur. Avec Izumi-no-Kami Kanesada suspendue à sa taille, il servait maintenant de Chevalier de la princesse.

« Tōkaidō est une terre qui a des liens profonds avec le Seigneur Tokugawa Ieyasu. Hijikata Toshizō a servi le shogunat Tokugawa comme samouraï jusqu’à la toute fin et a ensuite servi de protecteur de la famille impériale. C’est un héros spécial. En plus de…, » Shiori avait jeté un coup d’œil à Masatsugu.

« Moi aussi, j’ai eu des soupçons quant à savoir si votre véritable identité est Lord Hijikata, Masatsugu-sama. Je suppose que mon grand-père m’a peut-être envoyé un héros ayant des liens intimes avec la famille impériale... Les rumeurs sur l’apparence du Lord Hijikata sont semblables aux vôtres, Masatsugu-sama, » déclara Shiori.

« Je vois, » répondit simplement Masatsugu.

« Cependant, ma supposition a été balayée quand l’Izumi-no-Kami Kanesada, chère à la Maison Fujinomiya, n’a montré aucune réaction, » déclara Shiori.

Masatsugu avait maintenant aussi compris cela. Hijikata Toshizō était très beau et Shiori et Rikka avaient montré un grand intérêt pour le visage de Masatsugu Tachibana.

« Au fait, Masatsugu-sama, vos talents de conducteur... pourraient être améliorés, » déclara Shiori.

« Désolé pour ça. Pour être honnête, je n’ai pas l’habitude de conduire un véhicule à quatre roues, » répondit Masatsugu.

« Une fois qu’on aura trouvé Hatsune, laissez-lui le voyage du retour…, » déclara Shiori.

Masatsugu Tachibana avait la mauvaise habitude de se transformer en démon de la vitesse lorsqu’il ne faisait pas attention.

Après avoir expérimenté à quel point il conduisait dangereusement, Shiori était complètement hagarde dans son esprit et son corps.

Sur les routes de montagne sinueuses jusqu’au plateau du fort tutélaire, la princesse avait dû réprimer sa peur alors qu’elle avait crié à chaque virage. (De plus, comme l’expérience serait plus terrifiante en descente, Masatsugu avait une confiance absolue qu’il pourrait faire crier Shiori avec encore plus de force.)

En bavardant, les deux individus s’étaient approchés du bâtiment contenant le bureau du châtelain.

Ils avaient ensuite découvert l’attaque mystérieuse de l’intrus sur Rikka Akigase ainsi que l’arrivée de Hatsune à la rescousse.

 

☆☆☆

 

Devant le bâtiment du bureau du châtelain, Masatsugu et la fille du clan Tachibana parlaient.

« ... C’est donc ce qui s’est passé. On a à peine réussi à repousser cette fille capable de se transformer, » déclara Hatsune.

Dans un rare état d’apathie, Hatsune avait rapporté toute l’histoire.

Son expression était mélangée avec le doute, ne sachant pas si ce qu’elle avait vu était réel. On aurait dit qu’elle avait été ensorcelée par un esprit de renard.

« Nous vivons à une époque où les morts ressuscitent et parcourent le monde. Une sorcière pouvant se transformer n’a rien de surprenant, » répondit Masatsugu.

« Onii-sama, je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un comme ça. Les techniques noétiques ne peuvent être utilisées que pour le camouflage, » déclara Hatsune.

Un groupe de soldats s’était rassemblé devant le bâtiment.

Allongée sur une civière, Rikka était transportée hors de la bâtisse avec un certain nombre de personnes qui attendaient sur le côté, y compris les ambulanciers paramédicaux et Shiori. Ils étaient venus jusqu’à elle pour examiner son état.

« Masatsugu-sama ! » Shiori avait appelé son nom et Masatsugu s’était précipité aux côtés de la princesse et de Rikka.

« Rikka-sama a une demande pour vous, » déclara la princesse.

« Une demande pour moi ? » demanda Masatsugu.

Arrivé aux côtés des deux filles, Masatsugu n’avait pas pu s’empêcher de se sentir un peu perplexe devant ce que Shiori lui avait dit.

Pendant ce temps, Rikka avait faiblement souri tout en restant allongée sur la civière sans avoir la moindre force. Elle n’avait réussi qu’à courber les coins de ses lèvres, mais son courage était évident.

« ... Comme vous pouvez tous le voir, j’ai été négligente. En vérité, je ne suis pas sûre de pouvoir me rétablir immédiatement, » déclara Rikka.

La voix de Rikka manquait aussi de vitalité, mais elle regardait Masatsugu avec fermeté.

« Hiji — non, Tachibana-dono. J’espère que vous pourrez défendre Suruga à ma place pour le moment. La princesse a aussi donné son consentement, » continua Rikka.

L’assassin était une fille blonde inconnue, mais elle était certainement impliquée dans l’Alliance pour la Restauration.

L’occasion de conquérir le fort tutélaire pendant que le châtelain était inconscient était bien trop évidente.

Masatsugu avait alors dit. « Puisque Son Altesse Shiori a donné son consentement, je n’ai pas d’objections. Je défendrai Suruga en votre nom malgré mes humbles talents. »

« J’apprécie beaucoup, » Rikka avait fermé les yeux après l’avoir remercié.

Elle avait perdu connaissance. De façon inattendue, Masatsugu Tachibana était maintenant chargé des devoirs du châtelain. Comme il était incapable de convoquer un seul Légionnaire, comment allait-il s’opposer à l’ennemi ?

Masatsugu avait haussé les épaules. Il n’y avait aucune raison de s’inquiéter avant la bataille. La seule façon de savoir si les choses marcheraient était de le faire pour de vrai.

 

***

Chapitre 6 : Legatus Legionis (2)

Partie 1

Il était 16 h 04 quand Akigase Rikka s’était évanouie dans le fort.

Deux heures plus tard, le fort tutélaire de Suruga avait reçu des nouvelles. Une wyverne chargée de la reconnaissance du périmètre avait découvert des ennemis qui approchaient de la zone.

Il était 18 heures passées. Le ciel du soleil couchant s’assombrissait peu à peu.

Environ deux cents Légionnaires ennemis approchaient de la ville de Suruga sous le couvert de la nuit d’automne.

Partant du fort tutélaire de Fuji, les ennemis avaient utilisé des vols à basse vitesse qui consommaient très peu de liquide ectoplasmique, survolant la Baie de Suruga. Cependant, les ennemis n’étaient pas des Croisés comme la dernière fois.

Il s’agissait maintenant d’une armée de samouraïs bleus du Japon Impérial, des Kamuys.

Le fief de Kinai et les Britanniques avaient uni leurs forces pour établir l’Alliance pour la Restauration. S’opposer à l’Alliance signifiait que des luttes intestines entre Kamuys se produiraient un jour ou l’autre.

Et ce jour-là était ce soir.

Le donjon protecteur de la nation était le noyau du fort tutélaire. Tachibana Hatsune attendait dans le hall du rez-de-chaussée. Les soldats de l’armée provinciale Tōkaidō se dépêchaient d’entrer et de sortir, ce qui signifiait qu’ils travaillaient dur en réponse à l’arrivée de l’attaque ennemie.

Hatsune se tenait seule dans un coin pour éviter de se mettre en travers de leur chemin.

S’il s’agissait d’une fête, Hatsune serait probablement une « fleur murale », mais la situation actuelle était le contraire.

« Guerre civile... Des gens du même pays qui s’entretuent, » Hatsune avait soupiré après avoir dit ça, se sentant anormalement déprimés.

Vu à travers des lunettes roses, l’ère dite Sengoku était une époque où les ambitieux seigneurs daimyo rivalisaient pour la suprématie afin d’unifier la nation — mais ce n’était rien de plus qu’un bain de sang où les Japonais s’étaient entretués lors d’une guerre civile. De même, la Restauration meiji avait vu les réformistes de l’ère Bakumatsu se rallier pour inaugurer une nouvelle ère — mais c’était aussi une époque de troubles civils pleins de tragédies.

Peut-être qu’une telle époque était sur le point d’arriver à nouveau.

« Onii-sama et la princesse, je me demande s’ils vont bien... ? » murmura Hatsune.

Hatsune ne faisait pas seulement partie de l’entourage de la princesse et du Chevalier, mais elle s’était aussi distinguée en sauvant la châtelaine.

Par conséquent, elle avait été autorisée à rester dans le donjon protecteur de la nation. Hatsune ne voulait pas faire une scène, mais au moins elle se sentait reconnaissante d’avoir obtenu une place dans la salle.

Le fait de rester ici lui avait permis de surveiller de près la situation de la bataille.

Par exemple, elle pourrait vérifier en temps réel comment son Onii-sama du clan Tachibana s’était battu et sa sécurité sur le champ de bataille.

« Pour être honnête, la situation est tout à fait défavorable. Tu dois faire de ton mieux, Onii-sama... ! » murmura-t-elle.

La Chevalière qui devait à l’origine combattre à ses côtés, Akigase Rikka était inconsciente et n’était pas apte à venir défendre la zone avant de nombreuses heures.

L’ifrit et l’esprit qui protégeait le fort tutélaire étaient également en mauvais état et ils ne pourraient pas offrir une grosse résistance.

Ainsi, Masatsugu était devenu le dernier espoir de toutes les personnes présentes dans le fort. Il s’était enfoui avec son seigneur Shiori dans le sous-sol du donjon protecteur de la nation, mais n’était toujours pas revenu.

Tout en réfrénant son anxiété, Hatsune avait attendu tranquillement que la bataille commence.

☆☆☆

« Comment est-ce ? » demanda la princesse.

« Comme je m’en doutais... L’eau ici ne me convient pas, » répondit Masatsugu.

Masatsugu était dans le sous-sol du fort tutélaire, actuellement dans le bain du sanctuaire de l’eau.

Shiori était également à ses côtés. La cuve du liquide ectoplasmique, ressemblant à une piscine ronde, était remplie de liquide ectoplasmique artificiel bleu-marine. Le centre avait été conçu comme une fontaine où le liquide bleu s’écoulait continuellement.

Masatsugu trempait seul dans la cuve.

Chargée de l’accompagner et de l’instruire, Shiori était restée à l’extérieur du bain avec son dos tourné vers Masatsugu.

« Qu’entendez-vous par inadapté ? » demanda Shiori.

« Princesse, vous avez dit que le fluide ectoplasmique s’infiltrerait dans mon corps et mon âme pour m’aider à me réapprovisionner, n’est-ce pas ? Malheureusement, je n’ai pas l’impression d’absorber le fluide ectoplasmique, » répondit Masatsugu.

« Je vois…, » répondit-elle.

Shiori écoutait attentivement, mais elle refusait avec insistance de regarder vers la cuve de liquide ectoplasmique.

Elle avait agi ainsi vis-à-vis de Masatsugu pendant tout ce temps parce qu’il était nu. Dès qu’il était arrivé dans la cuve de liquide ectoplasmique, Masatsugu s’était déshabillé parce que les vêtements l’empêcheraient d’absorber le liquide.

Devenant rouge vif, Shiori avait hâtivement tourné le dos à Masatsugu.

Évidemment, elle n’était pas habituée à « regarder les autres » ni à elle-même être regardée. De plus, la princesse était vêtue de l’uniforme de l’école comme avant.

« Au fait, Princesse. D’après ce que j’ai entendu dire... Les femmes de la haute noblesse ont généralement des dames d’honneur pour les aider à changer, de sorte qu’elles n’hésitent pas à se déshabiller devant d’autres personnes. Cela ne semble pas s’appliquer à vous, Princesse, pourquoi ? » demanda Masatsugu.

« Vous parlez des princesses d’il y a presque un siècle ! » s’écria Shiori.

La question franche de Masatsugu avait reçu une réponse sous forme de réprimandes.

« Même si nous sommes des membres de la royauté, il serait problématique de vivre en tant qu’humain moderne si l’on n’avait pas les compétences de base de la vie, comme le fait de s’habiller soi-même. S’il vous plaît, ne soulevez pas de telles questions qui équivalent au harcèlement sexuel ! »

« Je n’aurais pas dû demander, » déclara Masatsugu.

« Mis à part ça, Masatsugu-sama, le réapprovisionnement en fluide ectoplasmique est-il complètement inefficace ? » demanda Shiori, changeant de sujet.

« Oui, bien que... venir ici a au moins accompli quelque chose, » déclara Masatsugu.

Dès qu’il avait terminé, tout le corps de Masatsugu avait brillé d’une faible lueur.

Le pacte tutélaire avait été conclu entre Masatsugu et le sanctuaire de l’eau de Suruga. Cela lui permettait maintenant d’utiliser efficacement l’avantage d’être chez lui, de pouvoir convoquer les Légionnaires à volonté près du fort tutélaire et de ranimer les pertes dans des délais plus courts...

Cela étant dit, tout cela n’avait pas beaucoup de sens pour Masatsugu qui n’avait toujours pas un seul soldat sous son commandement.

« Vous avez la capacité de former un pacte tutélaire, mais pas de vous réapprovisionner en fluide ectoplasmique, » murmura Shiori à elle-même, surprise.

Cependant, elle n’avait pas perdu espoir. De retour sur la situation sur Masatsugu, elle était entrée dans une profonde réflexion. Puis, vingt secondes plus tard, elle avait partagé sa conclusion de manière décisive.

« Je n’ai pas le choix. Je vais devoir aller demander la raison, » annonça-t-elle.

« Demander ? À qui le demanderez-vous ? » demanda Masatsugu.

« Mon grand-père. En fait... J’ai déjà une idée de l’identité de la sorcière qui vient d’attaquer Rikka-sama. Elle est probablement la même chose que moi, » répondit Shiori.

La même chose ? Masatsugu avait été assez surpris. La princesse se tourna lentement la tête vers lui.

Leurs regards s’étaient rencontrés. Malgré que Masatsugu était nu, Shiori n’était plus nerveuse.

Il s’agissait probablement d’une combinaison de l’immersion du bas du corps de Masatsugu dans le liquide ectoplasmique et du fait qu’ils étaient confrontés à une question sérieuse — en tout cas, c’était un sujet très poignant.

« La sorcière est probablement une membre de la royauté. Elle descend d’une princesse qui a épousé une Bête Sacrée en tant que prêtresse pour devenir la consort de la Bête Sacrée... En d’autres termes, elle est soit une fille, soit une petite-fille avec le sang d’une Bête Sacrée qui coule en elle, » expliqua Shiori.

« La sorcière que Hatsune a vue est une membre de la royauté comme vous, Princesse ? » demanda Masatsugu.

« Quand nous prions nos ancêtres, les Bêtes Sacrées, il y a une chance que nos souhaits se réalisent. Normalement, nous prions pour des questions nationales majeures, comme demander à des Bêtes Sacrées d’accorder des Légionnaires ou des Appellations... Quant à moi, » avait dit Shiori en déplaçant légèrement ses cheveux blond-platine scintillants, « Je suis capable de prier plus arbitrairement pour des désirs personnels. Mon sang de dragon est plus fort que n’importe quelle autre princesse, ce qui semble faciliter la communication avec mon grand-père. Cette sorcière polymorphe est probablement — non, elle doit être une princesse dont l’héritage de sang de Bête Sacrée doit être encore plus fort que le mien. »

Hier, Shiori lui avait révélé que le Seigneur Tenryuu lui avait accordé Masatsugu en tant que souhait.

Des liens plus forts avec une Bête Sacrée impliquaient aussi une plus grande proximité avec le mystique.

« Masatsugu-sama, s’il vous plaît, sortez et tenez-vous devant moi... B-Bien sûr, faites d’abord que vous soyez p-présentable, » balbutia Shiori.

Shiori était devenue un peu agitée à la fin. Après avoir parlé, elle avait de nouveau tourné le dos à Masatsugu.

Masatsugu avait quitté la cuve de liquide ectoplasmique et avait enroulé une serviette de bain autour de sa taille. Avec une silhouette élancée, il n’était pas un grand homme aux muscles gonflés. Mais dans l’ensemble, son corps était assez bien entraîné sans la moindre graisse, s’approchant du physique d’un boxeur avant un match.

Ainsi, les deux individus étaient maintenant face à face.

Assis sur le bord de la cuve de liquide ectoplasmique, Masatsugu avait baissé la tête. Shiori avait tendu la main droite sur le front du Ressuscité amnésique.

Puis les yeux de la fille au sang de dragon avaient instantanément brillé en bleu.

« ... Je connais la réponse, » déclara Shiori.

La voix chuchotée de Shiori était très solennelle. Il fallait s’y attendre, car c’était la voix d’une jeune fille de sanctuaire déclarant un oracle.

« Le fluide ectoplasmique doit fusionner avec le corps et l’âme afin d’activer les pouvoirs mystiques... Cependant, Masatsugu-sama, vous avez perdu votre nom et vos souvenirs…, » continua-t-elle.

L’expression de Shiori avait disparu. Son visage avait une beauté froide et inorganique comme celle d’une poupée.

« Cette condition équivaut à perdre une partie de son âme. Un réceptacle incomplet. Une âme endommagée ne peut pas transporter le fluide ectoplasmique... et par conséquent ne peut pas assurer l’approvisionnement d’une armée…, » expliqua Shiori.

Masatsugu avait froncé les sourcils. Il ne s’attendait pas à ce que la perte de ses souvenirs cause un tel problème.

De plus, il avait remarqué que quelque chose s’échappait d’une Shiori sans expression. Masatsugu comprenait instinctivement grâce à la capacité d’un Chevalier à sentir la noesis.

« La raison pour laquelle vous ne pouvez pas matérialiser les Légionnaires est comme je le soupçonnais... C’est après tout un manque de réserves de fluide ectoplasmique. Permettez-moi de profiter de cette occasion... pour prier pour la restauration de votre mémoire. Qu’elle réussisse ou non, on ne peut le savoir qu’après la tentative…, » déclara Shiori.

Masatsugu se sentait très sceptique. Shiori pourrait-elle vraiment prier pour la restauration de ses souvenirs ?

Dans ce cas, pourquoi n’avait-elle pas essayé plus tôt ? Le certain quelque chose qui s’échapperait à la princesse — le flux augmentait. Se pourrait-il que...

« Masatsugu-sama, fermez les yeux, » déclara Shiori.

Malgré sa surprise, Masatsugu avait suivi les instructions de Shiori.

Il avait fermé les yeux et avait vu une sorte de scène.

Tout d’abord, il y avait une salle de classe avec de nombreux élèves du lycée Rinzai. Cependant, il ne s’agissait pas d’un cours, mais d’une réunion du comité exécutif du festival de l’école. La scène s’était de nouveau déplacée vers une salle de classe où une leçon était en cours, puis vers une chambre à coucher dans le dortoir des garçons, puis Masatsugu et Taisei sortant ensemble après l’école...

Les scènes de sa vie quotidienne clignotaient comme dans un kaléidoscope.

Masatsugu avait vu ses souvenirs des deux dernières années, remontant lentement vers l’arrière à partir du plus récent. Il y a un mois, deux mois, trois mois, un an, un an, un an et demi.

Finalement, c’était il y a deux ans, la première fois qu’il avait repris connaissance après sa perte de mémoire.

Il était allongé sur un futon dans une sorte de maison. Quelqu’un du clan Tachibana était à côté de lui et lui avait dit beaucoup de choses pendant qu’il était éveillé. Quelques jours plus tard, il était venu à Suruga.

Masatsugu n’avait aucun souvenir de ce qui s’est passé plus tôt, mais le retour en arrière des souvenirs s’était poursuivi.

— À l’intérieur d’une grotte au fond d’une certaine montagne. Il pleuvait dehors.

À peine réveillé, Masatsugu était nu. Devant lui se trouvait une belle jeune fille.

Ces magnifiques cheveux blond-platine avaient sans aucun doute appartenu à Shiori. Cependant, elle était deux ans plus jeune qu’à l’heure actuelle, ayant seulement quatorze ans. À l’époque, elle aurait dû étudier à l’étranger.

Peut-être que cela s’était produit dans le territoire de Rome orientale ou bien qu’elle était retournée au Japon pour une brève visite.

Quoi qu’il en soit, la princesse avait demandé à Masatsugu d’être son Chevalier et il avait accepté avec magnanimité.

« En guise de remerciement pour m’avoir rappelé dans ce monde, je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir. »

Cependant, Masatsugu avait alors perdu conscience — .

La scène avait encore changé.

Cette fois, c’était au centre d’une vaste plaine de prairie. Il n’y avait aucun bâtiment en vue. L’horizon était au loin.

Cela ne ressemblait pas à un paysage japonais, mais cela pourrait l’être. Parce que c’était une scène du passé, pas du présent.

Masatsugu... Non, c’était avant qu’il reçoive ce nom. C’était dans sa vie antérieure.

Il montait un cheval au galop. Sa monture n’était vraiment pas un pur-sang. Son corps maigre n’avait pas du tout l’air impressionnant. Cependant, le cheval avait couru à vive allure. Même aujourd’hui, il courait avec force à travers les prairies. La longévité de cette race était son trait de caractère le plus important.

Le cheval courait encore et encore, mangeant de l’herbe dans le désert, étanchant sa soif avec la rosée du matin.

Traversant des milliers de kilomètres, maigre, mais fort et résilient.

C’était vraiment le type de cheval le plus adapté à la guerre. Il était monté à cheval avec l’épée à la main, un arc et un carquois de flèches suspendues à la selle, et il s’était précipité sur le champ de bataille avec une armée qui partageait ses maigres rations. Les soldats sous son commandement montaient des chevaux tout aussi maigres.

Les ennemis... Qui étaient-ils ? Dans quel pays était-il, combattant qui ?

Quel est mon nom ?

Alors que la réponse était sur le point d’être révélée...

Masatsugu avait ouvert les yeux et avait dit à la princesse qui comptait sur le pouvoir de son grand-père, Seigneur Tenryuu, « C’est assez, Princesse... Vous n’avez pas besoin de consommer votre vie plus longtemps. »

« Hein ? » Instantanément, la surprise était apparue sur le visage sans expression de Shiori.

Elle pensait probablement que Masatsugu ne s’en apercevrait pas.

Cependant, Masatsugu avait discerné le secret. « Les Bêtes Sacrées ont de grands pouvoirs, et ils sont même assez importants pour changer le monde. Il est naturel que de demander aux Bêtes Sacrées d’invoquer ce genre de pouvoir exige un prix correspondant. »

« Masatsugu-sama…, » murmura Shiori.

« D’après ce que je peux dire, le prix est payé en utilisant la vie de la personne de la royauté comme vous, n’est-ce pas ? » demanda Masatsugu.

« ... » Shiori inclina la tête sans dire un mot. Le silence avait été la confirmation la plus efficace.

Actuellement, les esprits de la princesse et de Masatsugu étaient retournés dans le bain présent dans le sanctuaire de l’eau. Des plaines herbeuses d’une époque inconnue jusqu’en 1998, dans le fort tutélaire de Suruga à la fin du XXe siècle.

Au moment où ce rituel avait commencé, Shiori avait perdu quelque chose de son corps.

À savoir, la vie, la longévité, la vitalité. Masatsugu était un guerrier dont le chemin se croisait plus près de la mort que n’importe qui d’autre, de sorte qu’il sentait instinctivement que ce que Shiori avait perdu était une vie précieuse.

« Vous avez déjà payé le prix correspondant pour me ranimer, » déclara Masatsugu.

« Le nombre exact m’échappe... Quoi qu’il en soit, ma durée de vie a diminué d’environ cinq ans, peut-être une décennie ou deux. Mais ça n’a pas d’importance, » déclara Shiori.

Shiori avait levé la tête avec détermination.

« La durée de vie des femmes qui héritent du sang des Bêtes Sacrées est toujours très extrême. Elles meurent jeunes d’une manière tragique ou vivent jusqu’à un âge avancé. En héritant si fortement du sang de mon grand-père, je vivrai sûrement longtemps. En plus de…, » continua la princesse.

La princesse avait feint une expression calme et avait continué à afficher un visage courageux.

« Plutôt qu’une longue vie dans les bas-fonds et dans la misère, intimidée par l’Impératrice et ses plus proches partisans... Une vie courte, aussi brillante qu’un feu d’artifice, serait beaucoup plus élégante, » déclara-t-elle.

« Même ainsi, vous avez assez payé. » Trouvant l’attitude têtue de Shiori plutôt mignonne, il avait dit : « Puisque vous avez réduit votre propre vie pour m’obtenir... Ma vie sera à vous, Princesse, » déclara Masatsugu.

C’étaient les paroles d’un général, transmettant une promesse à son seigneur.

Shiori avait l’air surprise en regardant Masatsugu.

***

Partie 2

Avec Shiori se tenant à côté de lui, Masatsugu avait quitté le bain. Devant eux se trouvait un vaste réservoir de couleur bleu marin qui était composé de liquide ectoplasmique artificiel. Il s’agissait du but original d’un sanctuaire de l’eau.

Il y avait un réseau de sentiers au-dessus de cette piscine bleue.

En marchant le long des sentiers, Masatsugu avait atteint le centre du sanctuaire de l’eau.

Shiori l’avait suivi. Elle n’avait rien dit après avoir écouté sa promesse plus tôt. Elle semblait troublée et très embarrassée.

Masatsugu s’était déjà séché et avait revêtu de son uniforme, de sorte que son apparence ne devrait pas en être la cause.

« Masatsugu-sama... Merci pour votre gentillesse, » déclara timidement Shiori. « Non seulement vous m’avez empêché d’utiliser plus de ma vie, mais vous m’avez même dit de tels mots... »

« Il est trop tôt pour me remercier. Je n’ai pas encore prouvé que j’ai le pouvoir de vous servir, Princesse, » répondit Masatsugu.

« C’est déjà très bien ainsi. Même si vous ne parvenez pas à acquérir le pouvoir des Légionnaires à l’avenir, Masatsugu-sama, je suis ravie. Vos paroles m’ont été très précieuses, » Shiori avait fini par sourire joyeusement.

Le fait de remercier quelqu’un en face d’elle était quelque chose d’embarrassant et difficile pour elle.

« Je suis sincèrement reconnaissante d’avoir pu vous rencontrer, » continua-t-elle.

Peut-être s’agissait-il de sa première expérience de ce genre dans toute la vie de Shiori.

Ayant cherché un Legatus Legionis, elle avait été très impressionnée par le caractère de Masatsugu Tachibana et ne s’était pas inquiétée de l’étendue de ses capacités — .

Devant la princesse, Masatsugu avait plissé les yeux et avait augmenté l’intensité de sa noesis.

« S’il vous plaît, Princesse, » déclara-t-il.

Le sanctuaire de l’eau était très spacieux avec un plafond très haut, un sanctuaire vaste et majestueux. Grâce à cela, Masatsugu avait pu libérer en une seule fois les noesis massives cachées en lui.

*BOOM !*

Un vent fort avait soudainement soufflé, tourbillonnant autour de Masatsugu comme une tornade.

« Kyah ! » Près d’ici, Shiori avait émis un petit cri.

Cette rafale était les noesis de Masatsugu. Les Noesis elles-mêmes n’avaient ni couleur ni forme, mais la présence d’ondes noétiques extrêmement puissantes se manifesterait de cette manière.

Le vent s’était précipité dans tous les coins du sanctuaire aquatique pendant que Masatsugu évoquait des images dans son esprit.

Il imaginait une armée de soldats géants ailés se rassemblant sous son commandement. À l’intérieur du vaste sanctuaire de l’eau, des Kamuys rouge pourpre étaient soudainement apparus. Ils étaient les « Kanesadas » qu’il avait nommés hier.

Mesurant près de huit mètres de haut, les soldats étaient équipés de fusils à baïonnette. Et il n’était pas du tout seul.

Un nombre stupéfiant de Kanesadas occupaient tout le sanctuaire de l’eau.

« Grâce à votre prière, Princesse, j’ai pu avoir un léger aperçu de mon passé. Je suppose que cela compte comme l’accomplissement de la prière. Je suis maintenant capable d’utiliser le pouvoir dans cette mesure, » déclara Masatsugu.

« Mais... Masatsugu-sama, cela ne résout toujours pas les problèmes, » avait répondu Shiori avec tristesse.

Les Kanesadas dans le sanctuaire de l’eau étaient des entités spirituelles translucides.

Ils étaient environ un millier. En fait, peu importe l’étendue du sanctuaire de l’eau, il ne pouvait pas contenir une si grande armée. Les mille Kanesadas ne pouvaient s’adapter qu’en se chevauchant les uns sur les autres. Cela ne serait pas possible à moins qu’il s’agisse d’entités spirituelles non corporelles.

L’armée de Kanesadas était simplement apparue sans se matérialiser.

« Comme je le pensais, le fluide ectoplasmique est essentiel pour matérialiser les Légionnaires, » déclara Shiori.

« J’ai aussi une idée pour résoudre ça, » déclara Masatsugu.

« Hein !? » s’exclama Shiori.

Masatsugu avait souri face à la surprise de la princesse. Au lieu de sa légère grimace habituelle, c’était un sourire si rare et naturel.

Vraisemblablement, la conversation avec Shiori avait permis à son cœur et à son âme de se détendre plus que jamais auparavant.

« Les Bêtes Sacrées divines sont assez gentilles pour s’occuper de leur famille liée par le sang. En supposant que mon intuition soit juste, c’est vraiment un fait intéressant que j’ai découvert, » déclara Masatsugu.

« Alors... qu’est-ce que c’est ? » demanda Shiori.

« Plutôt que d’envoyer un spécimen parfait de Ressuscité, il vous a donné un Ressuscité défectueux et amnésique qui consommerait ainsi moins de votre vie. Me choisir parmi des milliers de généraux du passé... La raison en est probablement parce que je suis capable de me battre malgré la perte de mémoire. »

« Me dites-vous que c’était l’œuvre de mon grand-père ? » demanda Shiori.

Surprise par sa suggestion, Shiori était à court de mots.

« Est-ce pour moi qu’il vous a choisi, Masatsugu-sama, et qu’il vous a privé de vos souvenirs — ? » demanda Shiori.

« Je n’ai aucune preuve, mais c’est une forte possibilité. Le seigneur que j’ai servi dans ma vie antérieure... ne serait pas considéré comme un homme capable. Ou peut-être qu’il m’en voulait personnellement, » répondit Masatsugu.

Masatsugu avait haussé les épaules. Il n’avait toujours pas accès aux souvenirs de son passé.

Cependant, il était maintenant pleinement conscient de ses propres forces et faiblesses, ainsi que du genre de général qu’il était.

« Chaque fois qu’une guerre éclatait, je n’avais jamais assez de rations ou d’argent. Chaque fois, j’ai dû me précipiter pour combattre en toute hâte et partir en expédition sur des milliers de kilomètres avec un manque de ravitaillement qui se faisait sentir tous les jours, » expliqua Masatsugu.

« Eh b-bien…, » balbutia Shiori.

« C’est pourquoi nous sommes devenus si endurcis. Mes soldats buvaient toujours de l’eau boueuse pour étancher la soif et partager de maigres rations avec les chevaux. Le fait d’avoir gagné bataille après bataille — a fait que nous sommes devenus une armée de troupes d’élite, » Masatsugu continua son explication sans afficher la moindre émotion.

« …, » la princesse était sans voix face à ces révélations.

« Bien sûr, ce n’était pas une armée disciplinée. Nous avons souvent pillé pour obtenir de la nourriture et de l’eau, et même abattu nos chevaux devenus des camarades en cas d’urgence, buvant leur sang pour refaire le plein d’énergie, » continua Masatsugu.

« Masatsugu-sama, votre vie antérieure pourrait être…, » déclara Shiori.

En écoutant les anecdotes de Masatsugu, Shiori s’était souvenue de certains faits historiques.

« Un commandant à la tête d’une armée de cavalerie... Peut-être ? » demanda Shiori.

« Est-ce ce que vous avez compris ? C’est impressionnant ! Le Fait d’Armes appartenant à un général comme moi —, » répondit Masatsugu.

Le Fait d’Armes. Une capacité qui permet de reconstituer d’illustres exploits de batailles du passé.

Izumi-no-Kami Kanesada avait accordé un katana à chaque Légionnaire sous son commandement, leur permettant d’utiliser le style Tennen Rishin. L’épée tueuse d’Oni de Rikka Akigase, Onikiri Yasutsuna, possédait également un Fait d’Armes permettant à l’utilisateur d’abattre personnellement les Légionnaires.

Comme ces Appellations, les Ressuscités étaient le résultat d’anciens exploits martiaux renaissant en tant qu’humains.

« Mon Fait d’Armes est une technique pour continuer à animer les Légionnaires après avoir épuisé le fluide ectoplasmique présent en moi, » annonça Masatsugu.

« Masatsugu-sama... ! » s’écria Shiori.

« Malheureusement, il ne peut pas être activé de manière isolée et j’ai besoin de quelqu’un pour m’aider. Princesse, j’aimerais vous demander votre aide, » demanda Masatsugu.

« Certainement ! Je suis prête à faire n’importe quoi pour aider ! » s’écria Shiori.

La princesse avait accepté avec joie, mais Masatsugu avait secoué la tête et lui avait dit : « Non, comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un homme qui aime à contraindre les autres. Si vous ne voulez pas, princesse, repoussez-moi immédiatement. »

« Eh... ? Masatsugu-sama ? Kyahhhh !? » s’écrivit Shiori.

Sans permission, Masatsugu avait simplement pris une Shiori surprise dans ses bras.

Il avait ensuite doucement déposé le corps délicat de la princesse sur le chemin dans le sanctuaire d’eau. Puis, avec une parole de pardon, il avait positionné tout son corps sur elle.

Cette posture était semblable à la façon dont Masatsugu avait bloqué la chute du Kamuy deux jours plus tôt.

Le visage de la princesse était juste devant lui. Rien qu’en comblant cet écart de vingt centimètres, Masatsugu pouvait facilement prendre ses lèvres par la force.

Alors qu’il était assez près pour sentir le souffle de l’autre, Masatsugu avait chuchoté, « Le sanctuaire de l’eau est une installation pour fournir le fluide ectoplasmique. Quand on se bat quelque part sans sanctuaire de l’eau, que fait-on quand le fluide ectoplasmique s’épuise ? La réponse est simple. »

Les mille Kanesadas qui occupaient le sanctuaire de l’eau — .

Cette armée illusoire avait instantanément disparu. D’innombrables sphères de lumière bleues avaient pris leur place, rayonnant d’un éclat fantastique pour illuminer le sanctuaire de l’eau. Les sphères de lumière avaient à peu près la taille d’une luciole dansant le long des berges de la rivière.

Il s’agissait de la preuve que le Fait d’Armes du Voleur de Sang Ectoplasmique s’était activé.

« On pourrait prendre du fluide ectoplasmique à ceux qui ont encore des réserves. Ce n’est pas difficile à comprendre ça, » déclara Shiori.

« Ou, piller directement celle des autres…, » rajouta Masatsugu.

Totalement bloquée sous Masatsugu, Shiori avait lentement spéculé sur ce qu’il avait dit.

Elle avait regardé son visage avec une expression très nerveuse. Intelligente comme elle l’était, elle avait instantanément compris le principe clé derrière ce Fait d’Armes.

« En effet... Les pouvoirs mystiques ne s’activent qu’après que le fluide ectoplasmique se combine avec l’âme. Puis, si l’on prend du liquide ectoplasmique que quelqu’un d’autre a déjà absorbé —, » déclara Shiori.

« Alors il n’y a pas de problème pour moi. En d’autres termes, ceux à qui je devrais demander de l’aide sont…, » commença Masatsugu.

« ... des Chevaliers, dont le corps et l’âme stockent le fluide ectoplasmique pour nourrir leurs Légionnaires…, » ajouta Shiori.

« Ou des femmes de la royauté, dont le sang peut être utilisé comme précurseur du fluide ectoplasmique, » compléta Masatsugu.

Cette situation était semblable à celle de passer la nuit de noces avec son mari après avoir échangé les vœux du mariage.

Actuellement, Shiori émettait des airs de nouvelle mariée. On pourrait aussi appeler cela des vibrations d’innocence.

En regardant une Shiori si attachante, Masatsugu avait doucement déclaré : « Princesse, s’il vous plaît, partagez avec moi le pouvoir des Bêtes Sacrées qui réside en vous. »

« Ça ne me dérange pas. Mais pourquoi prenons-nous cette posture ? Il n’est pas nécessaire de s’allonger ensemble si l’on partage simplement du liquide ectoplasmique, » répondit Shiori.

« J’ai besoin de ce qui coule sous votre peau, » répondit Masatsugu.

Masatsugu avait alors caressé la joue de la princesse.

Shiori avait tremblé et elle ne pouvait s’empêcher de se sentir nerveuse. Masatsugu lui avait calmement souri, essayant d’apaiser ses émotions.

D’une manière incroyable, Masatsugu s’était mis à sourire naturellement depuis un certain temps maintenant, une expression qu’il avait normalement du mal à montrer.

« Je sentirai la texture de votre peau et la chaleur de votre sang. Puis, je vous ferais transférer votre chaleur jusqu’à mon corps, en vous la volant, pour la transformer en nourriture pour le combat... C’est ainsi que mon pouvoir fonctionne, » expliqua Masatsugu.

« En d’autres termes, il vous faut un contact avec la peau !? » demanda Shiori.

Shiori était trop abasourdie par ce qu’il lui disait et Masatsugu avait répondu très simplement.

« Si vous ne le voulez pas, alors oublions ça, » déclara Masatsugu.

« Pas du tout ! Pourquoi n’aimerais-je pas vous aider, Masatsugu-sama ? C’est juste que c’est un peu trop près selon moi ! » répondit Shiori.

« Puisque vous n’êtes pas à l’aise avec ça, je suppose que je vais…, » commença Masatsugu.

« Je n’ai pas dit ça. Je vous trouve un peu ennuyeux parfois, Masatsugu-sama, mais vous avez une sorte de charme vraiment incroyable…, » murmura Shiori.

La princesse avait alors détendu son corps et sa nervosité avait quelque peu diminué.

Elle lui parlait doucement comme si elle chuchotait. « D’ailleurs, avec vous si près de moi, Masatsugu-sama, je ne peux m’empêcher de sentir mon cœur battre fortement… »

« C’est vrai, vos joues chauffent de plus en plus, » répondit Masatsugu.

« Je n’y peux rien non plus ! » déclara Shiori, rougissant de l’embarras d’être sous Masatsugu.

Pendant ce temps, Masatsugu n’arrêtait pas de lui caresser la joue, savourant audacieusement la chaleur du visage de la princesse.

« C’est la première fois que je suis traitée de cette manière…, » murmura Shiori.

« Princesse, si ça ne vous dérange pas, j’aimerais que vous vous prépariez un peu, » demanda Masatsugu.

Shiori voulait à l’origine éviter tout contact visuel avec Masatsugu.

Alors que Masatsugu regardait son beau visage, la princesse, embarrassée et tremblante, hocha la tête et s’était lentement assise.

Masatsugu s’était aussi levé pour lui donner de la place.

Après ça, Shiori avait attrapé ses boutons.

Shiori portait l’uniforme du Lycée Rinzai. Elle avait détaché les boutons de son chemisier en séquence, exposant le haut de son corps, et avait également retiré ses bras des manches.

Actuellement, son chemisier était simplement drapé sur ses épaules.

Avec seulement un soutien-gorge restant sur le haut de son corps, sa peau pâle et souple était bien visible.

Il s’agissait notamment de son corps en pleine maturité, dont Masatsugu avait été témoin dans un maillot de bain la dernière fois.

« Princesse, » murmura Masatsugu.

« Masatsugu-sama ! » s’écria Shiori.

Masatsugu avait de nouveau enlacé Shiori étroitement. Dès qu’il avait poussé délicatement Shiori au sol, elle l’avait serré dans ses bras de sa propre initiative.

Elle faisait cela pour supprimer son malaise et son embarras. En même temps, l’excitation et la passion avaient finalement percé les profondeurs de son éducation de princesse à l’abri.

 

 

Masatsugu avait alors pressé son visage contre le joli cou de Shiori.

« Vos mains et votre visage sont si froids... Ils sont comme de la glace, » constata Shiori.

« C’est parce que j’ai convoqué les Légionnaires alors que je suis à court de liquide ectoplasmique. C’est pourquoi j’ai besoin de vous, Princesse, » répondit Shiori.

« O-Oui ! » balbutia-t-elle.

Shiori avait serré ses bras autour du dos de Masatsugu.

Leurs corps s’étaient rapprochés plus intimement. Pour Masatsugu, dont le corps était gelé, la peau douce de Shiori bouillonnait. Même avec son uniforme rigide noir entre les deux, il pouvait clairement sentir sa chaleur.

Cela semblait déjà très agréable, mais c’était loin d’être suffisant.

En maintenant un contact étroit avec le cou de Shiori, Masatsugu embrassa sa peau chaude et tendre.

Sa langue et ses lèvres n’avaient pas oublié de lécher et de sucer la peau de la princesse.

« Ah — . »

La princesse avait instantanément gémi face à la succion sur son cou.

Masatsugu avait absorbé la chaleur de son corps noble et du sang qui coulait sous sa peau tendre — le sang précieux hérité du Seigneur Tenryuu et la matière première, le fluide ectoplasmique.

De cette manière, la langue et les lèvres de Masatsugu se déplaçaient contre son cou pâle et la base de son oreille.

Il suçait la peau nue de la jeune fille, la léchait, et même mordillait à l’occasion.

C’était très nostalgique pour lui. Masatsugu se souvenait très vaguement d’une vie passée sur et hors du champ de bataille. À l’époque, chaque fois qu’il avait besoin de boire le sang de son cheval pour éviter la faim et la soif, il les tranchait doucement dans le cou avec son couteau.

Lors de ces moments-là, le sang qui coulait directement, il l’avait savouré et l’avait avalé.

La chaleur du sang s’infiltrait dans son corps et son âme affaiblis, se transformant en énergie utilisable pour le combat. De la même manière, Masatsugu suçait la peau de Shiori.

« Mm... Ahhhh, » les gémissements de Shiori devenaient légèrement plus bruyants.

Malgré la chaleur qui lui avait été volée de force, il y avait un sentiment grandissant provenant des deux corps unis en un seul, et elle avait éprouvé un sentiment indescriptible d’enlèvement et de connexion.

Sa voix ressemblait à des sanglotements, mais elle était plus dans les coulisses de l’extase.

« Masatsugu... — sama. Mmmmmmm, » avait-elle gémi.

La gorge pâle, la nuque, l’épaule — Masatsugu continuait à embrasser sa belle peau soyeuse sans faire de pause, ne serait-ce qu’un instant. Tout en profitant de la sensation de chaleur et de douceur, il avait volé la chaleur du sang de Shiori.

Dans le processus, Shiori avait déclaré avec surprise : « Votre corps, il est encore si froid... »

Pendant que Masatsugu suçait sa peau et sa chaleur, Shiori lui caressait doucement le visage et le cou.

Ses paumes avaient parcouru chaque centimètre de lui non couvert par l’uniforme — par exemple, ses tempes, l’arrière de sa tête, ses mains — comme si elle essayait de réchauffer son corps froid.

C’était le soin attentionné offert par Shiori. Utilisant ses propres paumes, elle avait essayé de partager sa chaleur corporelle avec Masatsugu autant que possible.

Intimement liés, ils ne s’étaient pas séparés à aucun moment. La poitrine généreuse de la princesse était comprimée sous le poids de Masatsugu.

« Princesse... »

Les lèvres de Masatsugu avaient été les premières à lâcher sa peau.

Au cours de cette brève interruption, les deux personnes s’étaient regardées avec passion dans les yeux de l’autre.

Instantanément, Masatsugu avait su par instinct. S’il prenait les lèvres de Shiori en ce moment, elle ne refuserait certainement pas.

Il pouvait couvrir les lèvres de cette beauté et prendre facilement du plaisir dans un baiser.

Cependant, il ne l’avait pas fait. Ce genre de chose devrait attendre jusqu’à ce que leurs cœurs et leurs âmes soient en plus grande harmonie.

Il croyait que Shiori chercherait naturellement un baiser à ce moment-là. Alors il serait capable de suivre l’affection dans son cœur et de la couvrir de son amour tendre. Il n’était pas nécessaire de la forcer à l’embrasser maintenant.

Encore une fois, Masatsugu avait établi un contact visuel avec la princesse.

Il avait ensuite enterré son visage dans son cou pâle, déplaçant à nouveau ses lèvres sur sa peau.

Shiori accepta doucement l’indiscipline de Masatsugu et elle avait naturellement saisi sa main, la tenant fermement. Leurs mains s’étaient serrées l’une contre l’autre.

« Mmmm — Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmm ! » Shiori avait gémi d’une manière séduisante, mais sans dire un mot.

Son sentiment de connexion avec Masatsugu avait atteint un point culminant.

Avec un « ah... », la princesse avait perdu conscience, s’évanouissant sous Masatsugu. Les symptômes étaient très semblables à ceux de l’anémie. Son corps ne pourrait pas supporter d’autres baisers.

La modération était la clé et il était temps d’arrêter. Masatsugu s’était levé avec précaution du sol.

Son corps était maintenant brûlant. La chaleur volée dans le sang de sa dame de haute lignée — l’essence du fluide ectoplasmique — était entrée dans le sang de Masatsugu, attendant tranquillement d’être libérée.

« Je suppose que je vais utiliser ce pouvoir pour en premier traverser cette bataille avec succès…, » murmura-t-il.

En fin de compte, il s’agissait d’une méthode irrégulière. Le réapprovisionnement par la voie normale devrait fournir beaucoup plus de liquide ectoplasmique.

Toutefois, il n’avait pas d’autre choix que d’utiliser efficacement les moyens limités dont il disposait. Masatsugu avait hoché la tête avec satisfaction et il avait doucement caressé la joue d’une Shiori inconsciente jusqu’à ce qu’elle se réveille.

***

Partie 3

La princesse s’était réveillée deux minutes plus tard. Découvrant qu’elle s’était effondrée sur le chemin le long de la piscine bleue contenant du liquide ectoplasmique, elle s’était rapidement relevée.

Masatsugu était à ses côtés, veillant sur elle.

De plus, le seul vêtement du haut du corps de Shiori était un soutien-gorge. Masatsugu avait recouvert la princesse inconsciente de son chemisier enlevé ainsi que de sa propre veste d’uniforme.

« E-Excusez-moi. » Shiori avait baissé la tête dans la honte parce qu’elle avait laissé voir son apparence endormie.

Elle s’était empressée d’enfiler sa blouse et d’attacher les boutons avec des doigts tremblant en raison de l’embarras, puis d’arranger sa tenue vestimentaire pour tout remettre en ordre.

« S’il vous plaît, arrêtez de me fixer pendant que je m’habille. C’est très embarrassant, » déclara Shiori.

« Désolé, c’est un peu nostalgique, c’est parque je…, » commença Masatsugu.

« Nostalgique ? » demanda Shiori.

« Oui. Je regardais toujours les femmes s’habiller après les séances intimes, » répondit Masatsugu.

« M-M-M-M-M-Masatsuatsugu-sama ! Ne mentionnez plus jamais de telles expériences du passé en ma présence ! » cria Shiori.

Pendant qu’ils parlaient, il y avait eu une sonnerie soudaine dans l’air.

Un renard roux était apparu à côté de Shiori pour rendre compte de la situation de la bataille.

« Une armée ennemie vient du fort tutélaire de Fuji — Un total de deux cents Kamuys... Une barrière de noesis a été déployée au niveau du sol pour se défendre contre l’attaque ennemie, » annonça Shiori.

« Deux cents... venant d’un seul Chevalier ? » demanda Masatsugu.

« Non, les éclaireurs ont confirmé quatre Chevaliers du fief de Kinai, » répondit Shiori.

« Quatre Chevaliers…, » murmura Masatsugu.

« Masatsugu-sama, combien de Légionnaires êtes-vous capable d’invoquer après le ravitaillement effectué tout à l’heure ? » demanda Shiori inquiète après que Masatsugu ait écouté sans expression le rapport de la situation.

Shiori était certainement très observatrice. Elle savait que la méthode qu’ils avaient utilisée n’était qu’une mesure palliative. Se sentant vraiment chanceux de servir une princesse aussi intelligente, Masatsugu avait répondu avec sincérité et sans réserve : « Environ une centaine, soit environ la moitié du nombre d’ennemis. »

La Force de Chevalier de Masatsugu était censée être supérieure à 1000.

Malheureusement, il n’avait pas obtenu beaucoup de liquide ectoplasmique. Actuellement, il ne pouvait en convoquer que 102.

« Je vois... Je suis terriblement désolée, » déclara Shiori en baissant la tête.

« Pourquoi vous excusez-vous, Princesse ? » demanda Masatsugu.

« C’est ma faute si vous devez encore mener une fois une bataille difficile tout comme dans votre vie antérieure, » répondit Shiori.

« Ce n’est rien, alors s’il vous plaît, ne laissez pas de telle chose peser sur votre esprit. Vous pouvez garder les excuses pour quand nous serons entourés d’ennemis qui sont cinq ou dix fois supérieurs en nombre à nous, » répondit Masatsugu.

Masatsugu avait souri et avait plaisanté, mais ce n’était plus le sourire naturel qu’il avait tout à l’heure.

Alors qu’elle était inquiète pour Masatsugu, Shiori avait déclaré : « L’ifrit de ce fort tutélaire est encore en mauvais état. Si la barrière noétique est franchie aussi facilement qu’hier, cela reviendrait à avoir un grand trou dans le mur d’un château. »

« C’est très bien ainsi. Ce sera plus facile si l’ennemi cible ce trou, » répondit Masatsugu.

« Hein  ? » s’exclama Shiori.

« Nous avons juste besoin de mettre en place une embuscade au niveau de ce trou. Un mur de château effondré a toujours son utilité, » continua Masatsugu.

Avec calme, Masatsugu avait déclaré à sa dame, surprise, « Princesse, tout ce que vous avez à faire est de m’ordonner d’anéantir l’ennemi. »

 

☆☆☆

 

Le fort tutélaire de Suruga était situé dans la région montagneuse à l’est de Cité de Suruga.

Les alentours de cette forteresse se tordaient et scintillaient comme sous l’effet d’un mirage.

Ce phénomène avait été causé par une barrière de noesis. À l’intérieur de la barrière et au-dessus du fort tutélaire, une image géante d’un dragon bleu — l’ifrit Seiryuu — semblait s’opposer à l’armée de l’Alliance pour la Restauration se trouvant à l’extérieur du bouclier.

Cependant, Seiryuu n’avait pas ce soir été en mesure d’invoquer les décrets météorologiques.

Toute l’énergie avait été déviée vers la barrière de noesis afin qu’elle puisse tenir le plus longtemps possible.

« Fufufufu, un bluff, hehe... »

Les quatre commandants ennemis menaient deux cent cinq Kamuys.

L’un d’entre eux, le Chevalier Miura, avait ri. Sa Force de Chevalier était de 52.

Les trois autres étaient Maruki, Shinbu et Doro, dont les Forces de Chevalier étaient respectivement 53, 49 et 51. Les quatre individus avaient demandé au « stratège » de l’Empire Britannique de leur permettre de mener l’assaut.

Le Chevalier Noir, dont on disait qu’il s’agissait d’un Ressuscité, l’avait accepté dès le départ.

Avant leur départ, le mystérieux aristocrate anglais leur avait dit : « De la bataille d’hier, nous savons que l’ifrit de Suruga ne représente pas une grande menace. De plus, il y a des nouvelles plus décevantes. La Chevalière Akigase est blessée et inconsciente pour de nombreuses heures. Si la rumeur est vraie, alors ce sera une bataille vraiment ennuyeuse... »

Recevant cette nouvelle à leur départ, les quatre Chevaliers étaient sortis du fort tutélaire de Fuji.

... Le Fief de Kinai auquel ils appartenaient était composé des cinq préfectures de Hyōgo, Wakayama, Nara, Mie et Shiga ainsi que de Kyoto. Soixante-douze Chevaliers étaient au service du Fief.

Ces quatre-là seraient considérés comme étant de premier ordre au sein du Fief de Kinai. Ils étaient tous des hommes dans la quarantaine ou au début de la cinquantaine, d’âge et de Force de Chevalier plus ou moins identique. Individuellement, ils n’étaient pas à la hauteur des Chevaliers de Sa Majesté de Grande-Bretagne, mais si les quatre avaient uni leurs forces — .

Confiants quant à leur victoire, les quatre Chevalier avaient chevauché des wyvernes bleues pour mener les forces armées de Kamuys à l’attaque.

Chaque Chevalier ordonnait à ses propres Légionnaires de maintenir une formation sphérique centrée autour de lui.

La zone entourant le fort tutélaire de Suruga était une belle colline couverte de vertes prairies et d’arbres de faible taille. C’était dommage que la nuit soit tombée et ait obscurci ce beau paysage.

L’armée du Kinai s’était dirigée directement vers la barrière noétique et Seiryuu présent autour du fort tutélaire.

À ce moment-là, le Chevalier Miura avait remarqué des signes de l’ennemi. « Sont-ils des Kamuys de Tōkaidō !? »

La barrière de noesis entourant le fort tutélaire scintillait comme une brume de chaleur tandis que cinquante Kamuys bleus apparaissaient devant la barrière. Ils avaient volé dans les airs à partir du sol.

Les Chevaliers étaient capables de sentir les noesis des Légionnaires, distinguant instantanément l’ami de l’ennemi.

Ces Kamuys étaient identiques aux Kamuys des quatre Chevaliers en apparence, mais n’étaient ni ceux de Miura, Maruki, Shibu, ni Doro.

Ils devaient certainement appartenir à la princesse Chevalier de Tōkaidō, Akigase Rikka.

« « « « Feu ! » » » »

Au commandement des quatre chevaliers, les deux cent cinq Légionnaires de l’armée du Kinai commencèrent à tirer à plusieurs reprises.

En réponse, les cinquante Kamuys de l’armée de Suruga avaient déployé leurs barrières de protection et avaient riposté. Les deux armées s’étaient affrontées, mais la disparité des forces était trop grande.

En une minute ou deux, les deux cent cinq Légionnaires de l’armée Kinai avaient abattu les cinquante Légionnaires de Suruga.

Même avec un désavantage numérique, la bataille n’aurait pas dû être aussi unilatérale.

« De simples marionnettes ! » le Chevalier Miura ricanait.

L’ennemi avait préalablement manifesté des Légionnaires et les avait stationnés en tant que troupes de défense.

Les Légionnaires se battaient de façon autonome même lorsque leur maître était absent ou endormi. C’était une façon très fréquente de les utiliser. Cependant, leur performance serait beaucoup plus faible que lorsqu’ils recevaient des ordres d’un Chevalier à proximité. En particulier, leur agilité et la force de leur barrière seraient réduites de moitié.

Il n’était pas étonnant que les Légionnaires dans cet état soient connus sous le nom de marionnettes.

Les cinquante Kamuys avaient été positionnés à l’avance par l’Akigase Rikka, actuellement inconsciente.

« Camarades, il est temps d’attaquer ! » le Chevalier Miura avait envoyé un renard de liaison pour informer les trois autres Chevaliers.

Les ordres étaient d’attaquer la barrière de noesis depuis quatre directions et de la percer.

 

☆☆☆

 

« En effet, cette méthode pourrait fonctionner, » déclara la princesse.

Masatsugu et la princesse Shiori étaient arrivés ensemble sur le toit du donjon protecteur de la nation.

Dans l’ascenseur, Masatsugu avait parlé de la façon de « poser un piège pour détruire l’ennemi ». Shiori avait exprimé un fort consensus.

« Cela pourrait très bien renverser cette situation défavorable, » déclara Shiori.

« Puis-je vous demander de donner un ordre à l’ifrit, Princesse ? » demanda Masatsugu.

« Pas de problème, laissez-moi faire, » répondit-elle.

C’était leur première fois sur le toit du donjon protecteur de la nation. La vue y était assez large et dégagée.

C’était la nuit. Sur cette tour de quarante mètres située sur un plateau, on avait la chance non seulement de voir la Baie de Suruga sous la lumière de la lune et des étoiles, mais également une vue dégagée sur le paysage nocturne de la Cité de Suruga et de Cité de Shimizu qui se trouvait à proximité.

Si cet endroit n’était pas une installation militaire, ce serait certainement le meilleur point de vue nocturne de la zone.

Cependant, la guerre éclatait à proximité. Les éclairs répétés n’étaient pas des lumières de villes, mais des faisceaux de chaleur tirés par des fusils à baïonnette. Cette lumière avait été tirée à partir d’armes dans le but de provoquer la destruction et de tuer l’autre.

Directement au-dessus du donjon protecteur de la nation se trouvait l’image planante de l’ifrit Seiryuu.

L’image mesurait soixante-dix mètres de long, un majestueux dragon géant. Cependant, le dragon géant avait rugi de douleur lorsque la barrière noétique avait été attaquée.

Une grande masse d’air, scintillant comme un mirage, entourait tout le fort tutélaire.

Les deux cent cinq Kamuys du fief Kinai avaient continué d’attaquer la barrière scintillante avec des tirs et des coups de baïonnettes, entrant même en collision avec leur corps.

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Le dragon géant avait hurlé plusieurs fois, se tortillant de douleur.

Masatsugu savait que si un ifrit avait encore la force de rugir, cela signifiait qu’il n’était pas encore à sa limite. Il avait encore beaucoup de temps pour mettre son plan en œuvre.

Quant aux Kamuys du fief du Kinai — .

Les quatre Chevaliers menaient chacun une cinquantaine de Kamuys. Un total de quatre armées se trouvait devant lui.

Ces quatre armées étaient retranchées respectivement à l’est, à l’ouest, au sud et au nord du fort tutélaire, tirant de ces quatre directions. L’ifrit Seiryuu avait enduré ça avec désespoir tout ça avec des membres repliés comme une tortue.

À ce rythme, le fort tutélaire de Suruga tomberait bientôt.

Curieusement, les joues de Masatsugu tremblaient pour former un très léger sourire. Il avait trouvé une occasion de victoire.

L’armée Kinai de cinquante-deux sur l’est commençait à entrer dans une formation. Plutôt qu’un carré, c’était une mêlée.

Hier, le Chevalier britannique de Sa Majesté avait réuni toutes les troupes pour une charge de rugbys.

Imitant cette tactique, l’armée du Kinai essayait de briser la barrière de noesis en une seule fois. La situation se déroulait de plus en plus comme l’espérait Masatsugu.

« Princesse, s’il vous plaît, donnez l’ordre, » déclara Masatsugu.

« Oui... Masatsugu-sama, je vous ordonne de vaincre l’ennemi. Effacez-les de la surface de ce monde, » solennellement, Shiori avait donné l’ordre avec détermination.

Elle était bien consciente de l’importance de son ordre. Même si les opposants étaient des soldats géants ailés non humains, ce n’était pas différent d’un meurtre. Cependant, ceux qui étaient en position de royauté devaient donner des ordres de manière décisive et en pleine connaissance de cause.

Cette détermination était la responsabilité légitime de ceux qui envoyaient des généraux et des soldats sur le champ de bataille.

Masatsugu avait reçu l’ordre avec calme. « J’ai bien entendu votre ordre. Je vais maintenant m’occuper d’eux. »

Puis, quittant la position à côté de Shiori, Masatsugu s’était dirigé vers le bord du toit, s’arrêtant devant la rambarde de sécurité.

La seule arme sur lui était comme hier, son épée, Izumi-no-Kami Kanesada. Mais ce soir, Masatsugu avait acquis un nouveau pouvoir.

« Allons-y, mes hommes. Rassemblez-vous sous mon nom oublié... Non. » À mi-chemin, Masatsugu avait changé d’avis et avait dit : « Rassemblez-vous sous le noble nom de Son Altesse. »

Mes Légionnaires, c’est un ordre de rassemblement.

À côté du donjon protecteur de la nation, de nombreux Légionnaires se matérialisèrent dans l’air devant Masatsugu.

Il s’agissait de Kamuys rouge-violet — Kanesadas. Masatsugu avait convoqué en premier cinquante individus, tous équipés de fusils à baïonnette. Voyant enfin apparaître une armée à ses côtés, la princesse Shiori avait crié, « Le châtelain... par la présente, le mandataire de Rikka-sama donne un ordre ! »

Shiori avait transmis des ondes néoétatiques, appelant l’image de Seiryuu qui était dans la douleur au-dessus du donjon protecteur de la nation.

« Laissez les Kamuys de l’Alliance pour la Restauration attaquants de l’est percer la barrière. Ne les arrêtez pas. Qu’ils aillent directement dans le fort tutélaire ! »

***

Partie 4

Akigase Rikka avait désigné Tachibana Masatsugu comme son mandataire.

En d’autres termes, cela signifiait assumer la pleine autorité d’un châtelain — assumer le commandement suprême d’un fort tutélaire.

Pour un lycéen ordinaire, il s’agissait d’une demande assez irrégulière. Cependant, Tachibana Masatsugu était actuellement le seul Chevalier capable de défendre Suruga... Ce fait avait été un argument plus fort que toute autre chose.

Les officiers et les soldats du fort tutélaire de Suruga avaient accepté cet ordre avec une disponibilité inattendue.

Les plus grandes raisons étaient la directive ferme de Rikka et le fait qu’il était soutenu par la princesse Shiori.

La conscience de l’ifrit Seiryuu, l’esprit Sakuya, n’était pas un soldat, mais elle reconnaissait toutefois Tachibana Masatsugu comme commandant et suivait ses ordres avec obéissance.

En partie parce que son commandement équivaut à dire « il n’y a pas de mal à se relâcher un peu ».

En tout cas, après avoir reçu les ondes noétiques de la princesse...

« Barrière noétique... Puissance en diminution, » ordonna tranquillement Sakuya.

Elle était au dernier étage du donjon protecteur de la nation, une vaste pièce sans fenêtres. Une dizaine d’officiers noétique étaient autour d’elle en attente, chantant des mantras sans arrêt pour augmenter sa noesis.

Les cinquante-deux Légionnaires du Kinai attaquants de l’est étaient sur le point de percer la barrière noétique.

D’après les vérifications effectuées par Sakuya, les caractéristiques de leur commandant correspondaient à un Chevalier nommé Miura. Il ordonnait à tous ses Kamuys de charger comme une seule unité — .

L’ennemi composé de Kamuys s’était finalement écrasé dans le rideau en forme de mirage.

Auparavant, la barrière générée par l’énergie noétique repoussait l’entrée avec une force maximale.

Cependant, la force qui bloquait les cinquante-deux Kamuys du Kinai était faible cette fois-ci, seulement un quart de sa puissance habituelle.

D’une dizaine de mètres d’épaisseur, le rideau de mirage avait facilement été pénétré par les Kamuys bleus de l’ennemi. L’armée du fief Kinai avait réussi à percer les défenses du fort tutélaire de Suruga.

Les locaux à l’intérieur du fort étaient vastes, et ils avaient presque cinq fois la superficie du dôme de Tokyo se trouvant dans la Capitale Impériale.

Le donjon protecteur de la nation, qui servait de centre de commandement, se trouvait au centre du fort tutélaire. C’était la cible.

 

☆☆☆

 

Les cinquante-deux Kamuys du Kinai avaient envahi l’espace aérien au-dessus du fort tutélaire.

Voler à la vitesse maximale avait épuisé de façon significative le liquide ectoplasmique des Légionnaires. La formation d’une mêlée les empêchait également de réagir immédiatement au combat rapproché.

C’était une excellente occasion d’attaquer qu’Akigase Rikka avait également saisie la dernière fois.

Copiant cette sage décision, Masatsugu avait ajouté une touche personnelle.

« Cinq d’entre vous ! Attaquez et chargez d’abord dans la formation ennemie, puis dégainez vos épées. Faites leur goûter à l’enfer, » déclara Masatsugu sur un ton plat.

Masatsugu avait donné des ordres depuis le toit du donjon protecteur de la nation. Cinq Kanesadas quittèrent instantanément le donjon et s’envolèrent en l’air, tirant sur les cinquante-deux Légionnaires du Kinai.

Les cinq Kanesadas se précipitèrent dans les rangs ennemis et leurs fusils à baïonnette se transformèrent en épées japonaises.

Les cinq Kanesadas taillèrent les cinquante-deux Légionnaires Kinai dans leur formation de mêlée, ciblant l’un après l’autre leur adversaire. L’art du sabre de style Tennen Rishin avait sectionné les membres et le cou de l’ennemi, provoquant une brume sanglante de fluide ectoplasmique.

Une bataille en mêlée de cinq contre cinquante-deux n’était pas un défi pour les Kanesadas équipés de katanas.

En moins de vingt secondes, sept ennemis avaient été tués par les Kanesadas. La relique de Hijikata Toshizō, Izumi-no-Kami Kanesada, son Fait d’Armes — Gankouken avait apporté une puissance stupéfiante. Il avait été dit qu’à l’intérieur du style Tennen Rishin, il existait une attaque du même nom.

Réalisant leur mauvaise situation, les quarante-cinq Légionnaires Kinai restantes s’étaient dispersées en toute hâte.

Ils avaient engagé les cinq Kanesadas de l’avant-garde tout en se méfiant de la force principale de Kanesada en attente à côté du donjon protecteur de la nation — mais il était trop tard. Masatsugu avait instantanément donné l’ordre.

« Feu. »

Les quarante-cinq Kanesadas aéroportés attendaient à côté du donjon protecteur de la nation.

Tous avaient levé leurs fusils, visant avec le canon de leurs armes les Légionnaires du Kinai qui envahissaient le fort tutélaire.

Après une série de tirs rapides, les Kamuys bleus du Kinai avaient souffert du barrage, percés par des rayons dans les zones vulnérables non protégées par des armures telles que leurs masques et leurs gorges. L’un après l’autre s’était écrasé depuis le ciel.

Lorsqu’un nombre égal de Légionnaires étaient engagés dans une fusillade...

Entrer dans une formation compactée pour activer les barrières de protection permettrait de contrer la puissance des tirs.

Cependant, les cinq Kanesadas d’avant-garde avaient employé avec férocité la maîtrise de l’épée de style Tennen Rishin, se frayant un chemin à travers les rangs ennemis, empêchant l’armée Kinai de se rassembler en une formation compacte.

 

Les Kamuys qui tentaient de se regrouper les uns avec les autres se faisaient massacrer par les cinq Kanesadas.

À la fin, les Kamuys du Kinai dans le fort tutélaire avaient été tués sans effort par l’armée de Masatsugu.

En un rien de temps, il ne restait plus qu’une dizaine d’ennemis.

Le Chevalier du Kinai qui avait personnellement dirigé l’assaut avait également péri avec ses Légionnaires.

Bien sûr, les cinq Kanesadas chargés de perturber l’ennemi s’étaient également fait prendre par des tirs amis. Percés par les rayons de leurs camarades, tous les cinq étaient morts.

Grâce à leur sacrifice, la victoire de cette bataille localisée était à portée de main.

De plus, elle avait été gagnée en une ou deux minutes. C’était la seule issue logique lorsque l’ennemi était devenu vulnérable aux fusils à baïonnette, chacun tirant à une cadence de dix coups par seconde.

Cela dit, il s’agissait tout au plus d’un quart de la force d’invasion qui avait été vaincu.

Les trois quarts restants — cent cinquante Kinai Kamuys étaient encore à l’extérieur du fort tutélaire. À l’origine, ils étaient censés se précipiter à la rescousse lorsque leurs camarades étaient en difficulté.

Cependant, les trois quarts restants avaient été bloqués par la barrière noétique.

L’ifrit Seiryuu avait de nouveau augmenté la production de noesis, renforçant ainsi la force de la barrière.

Il en résulta cinquante Légionnaires coincés à l’intérieur du fort tutélaire, isolés des cent cinquante à l’extérieur. Masatsugu avait délibérément laissé entrer une petite fraction de l’ennemi pour diviser leur nombre.

Bien sûr, les cent cinquante Légionnaires à l’extérieur attaquaient la barrière noétique.

Dans un effort pour aider leurs camarades qui se faisaient massacrer à l’intérieur, ils avaient tiré sans relâche avec leurs fusils à baïonnette.

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... !

Chaque fois que la barrière noétique avait été attaquée, Seiryuu au-dessus de la nation-protectrice continuait de gémir de douleur. Cependant, l’ifrit devrait pouvoir tenir plus longtemps.

« Masatsugu-sama, regardez là-bas ! » Shiori était venue parler à Masatsugu, qui l’avait aussi remarqué.

Les cent cinquante Légionnaires Kinai à l’extérieur étaient dirigés par trois Chevaliers. L’un d’eux avait ordonné aux quarante-neuf Kamuys sous son commandement de former une mêlée et de charger à la barrière noétique.

L’ennemi pensait qu’il pouvait charger à l’intérieur et sauver ses camarades.

Le problème était que les cent Légionnaires commandés par les deux autres Chevaliers n’agissaient pas de concert. C’était une autre excellente occasion.

« Parfait, donnez l’ordre de les laisser passer, » ordonna Masatsugu

« Compris ! » répondit Shiori.

Shiori avait de nouveau relayé l’ordre et l’ifrit Seiryuu avait fait ce qu’on lui avait dit.

Les quarante-neuf Légionnaires Kinai avaient ainsi percé le rideau de mirage, atteignant l’intérieur du fort tutélaire de Suruga.

« Kanesadas, rassemblement sous le noble nom de Son Altesse, » Masatsugu avait alors convoqué les cinquante-deux Kanesadas qu’il avait tenus en réserve au préalable.

Les Kanesadas se manifestaient au sol plutôt que dans les airs. Il s’agissait de lancer un tir antiaérien contre le nouveau lot de Légionnaires Kinai qui pénétrait dans le fort tutélaire.

De plus, les cinquante Kanesadas qui avaient été convoqués précédemment avaient également commencé à tirer sur l’ennemi.

Aujourd’hui, les Suruga étaient deux fois plus nombreux que l’ennemi à l’intérieur du fort tutélaire, malgré leur infériorité numérique globale. L’armée du Kinai avait été neutralisée, incapable de résister.

Au total, une centaine de fusils à baïonnette avaient focalisé les tirs rapides sur les quarante-neuf Légionnaires du Kinai.

Même en utilisant une formation compactée pour renforcer les effets de leurs barrières de protection, l’ennemi n’avait pas pu résister à la puissance de feu d’une force double de leur taille.

« L’ennemi a quatre Chevaliers... mais inversement, il est difficile pour eux d’agir avec unité. Une fois que leur coordination s’effondre, c’est notre chance de victoire. »

L’opération de l’armée du Kinai était basée sur un principe d’unités multiples travaillant de concert.

La victoire serait naturellement garantie s’ils maintenaient un contact et adhéraient au plan de bataille. Cependant, des communications parfaites dans le feu de l’action étaient peu probables, tandis que la bravoure de l’ennemi et les événements inattendus perturbaient souvent le plan initial.

Sous l’effet d’une perturbation noétique empêchant l’utilisation des communications sans fil, ils avaient rencontré les Kanesadas, une force de troupes d’élite.

Il n’était pas surprenant qu’il y ait eu des failles dans la coordination de l’armée du Kinai. Cette idée avait flotté dans l’esprit de Masatsugu pendant tout ce temps.

À ce moment-là, Shiori avait murmuré. « Je me souviens de la Grande Muraille... Une histoire sur cette fortification défensive. »

« Vous voulez dire celle qu’avait la Chine dans le passé ? » demanda Masatsugu.

« Oui. Même maintenant, il y a des restes de la Grande Muraille de la dynastie Ming, » répondit la princesse.

La Grande Muraille existait en Chine depuis longtemps, avant l’ère actuelle.

Il s’agissait d’une muraille massif, s’étendant sur plus de vingt mille kilomètres de part et d’autre de la frontière nord de la Chine. Elle avait été construite sous le commandement du Premier Empereur, le premier empereur à unifier la Chine.

Dans le passé, le nord de la Chine était l’endroit où erraient des tribus équestres barbares.

Avec les Xiongnu et les Tujue comme principaux exemples, ces tribus nomades avaient toujours été de puissantes menaces externes qui troublèrent grandement les dynasties chinoises successives.

La fortification massive qui avait empêché leurs invasions était la Grande Muraille de Chine.

« Ce genre de mur ne pourrait pas défendre les vastes territoires de la Chine... Dans le passé, beaucoup de gens disaient que la construction était inutile. Ils croyaient que la Grande Muraille n’avait pas réussi à protéger de nombreuses zones et que les structures artificielles n’étaient pas imprenables, » déclara Shiori.

« Ce qui veut dire que c’était plein d’ouvertures ? » demanda-t-il.

« Oui, mais grâce à cette Grande Muraille pleine d’ouvertures, les dynasties chinoises ont pu prédire les routes des envahisseurs du nord. Cela a également retardé leur taux d’avance. Par conséquent, il s’agissait d’un mur extrêmement précieux du point de vue des forces de sécurité frontalières…, » déclara Shiori.

« Un mur imparfait a beaucoup d’utilisations. » Masatsugu avait exprimé son point de vue : « Utilisé correctement, il pourrait être utilisé pour diviser l’ennemi, le forcer dans des situations voulues, ou couper leurs chemins de retraite. »

« C’est votre tactique actuelle, Masatsugu-sama, n’est-ce pas ? Les derniers Chevaliers de l’ennemi ont décidé de prendre du recul et d’observer, ayant renoncé à sauver leurs camarades, » avait demandé la princesse.

À l’intérieur et à l’extérieur de la barrière noétique du fort tutélaire, il y avait deux mondes complètement différents.

L’intérieur était une scène de l’enfer.

Les Kanesadas rouge pourpre tiraient continuellement sur les Légionnaires envahisseurs du Kinai, à seulement deux doigts de les anéantir. L’offensive féroce des Kanesadas n’avait montré aucune pitié pour les soldats ennemis. L’armée Kinai allait être anéantie en quelques minutes de plus.

En revanche, l’extérieur du fort tutélaire était différent.

Environ une centaine de Kinai Kamuys bleu étaient restés à l’extérieur.

Cette armée n’accomplissait rien et ne pouvait pas se donner la peine de sauver leurs camarades qui étaient massacrés à l’intérieur. Ils avaient décidé de prendre du recul et de regarder les Kanesadas perpétrer le massacre sanglant et violent.

La différence était comme le paradis et l’enfer.

En conséquence, Masatsugu et la princesse avaient eu le loisir d’avoir une conversation.

« Ils ont l’intention d’abandonner leurs camarades pour fatiguer mes troupes », avait analysé Masatsugu. « Puis, dans l’épreuve de force qui s’ensuivra, les nombres seront égaux. D’un autre côté, les Kanesadas auraient consommé beaucoup de liquide ectoplasmique, ce qui aura fait pencher la balance en leur faveur — c’est probablement ce qu’ils pensent. »

Actuellement, Masatsugu avait quatre-vingt-onze Kanesadas restant sous son commandement. Après les combats intenses qui avaient anéanti la moitié des forces ennemies, les Kanesadas n’avaient subi qu’une dizaine de pertes. Telle était l’énorme disparité de sa puissance.

« Ils croient bêtement... qu’ils peuvent s’opposer à mes soldats en nombre égal ? » demanda Masatsugu.

Les muscles des joues de Masatsugu se tortillaient alors qu’il se moquait des vœux pieux de l’ennemi.

À ce moment précis, les Kamuys du Kinai à l’intérieur de la barrière noétique avaient été complètement exterminés.

« S’il vous plaît, ordonnez à l’esprit de libérer complètement la barrière. Je corrigerai leurs pensées stupides, » ordonna Masatsugu.

 

☆☆☆

 

« Hahahahaha ! Ils ne peuvent pas gagner à ce stade ! » s’écria le Chevalier Noir.

« La défaite d’un allié. S’il vous plaît, ne faites pas semblant d’être ravi, » demanda le génie.

Près du fort tutélaire de Suruga...

Le ciel était plein d’étoiles. Sur le champ de bataille, les Kamuys rouge pourpre continuaient à tirer et à abattre les Kamuys bleus. Peut-être serait-il plus approprié de l’appeler à la place un terrain de chasse.

Après la disparition de la barrière noétique, une bataille de cent contre cent avait commencé.

Le Chevalier Noir était au sol, regardant la bataille se dérouler.

Le simulacre du génie Morrigan était tout près, fronçant les sourcils.

Derrière les deux, un gigantesque géant de huit mètres de haut servait de garde du corps. Un seul. Il ressemblait beaucoup à un Croisé en apparence, sauf que son armure et son uniforme étaient tous noirs.

Un Chevalier Noir. Un Chevalier de la Jarretière.

Un Chevalier de la Jarretière, abrégé « CJ ».

Au sein de l’Empire Britannique, seul le général portant le vrai nom d’Édouard le Prince Noir était capable d’invoquer ce type de Légionnaire.

« Demande de confirmation... Ces chevaliers du Fief du Kinai, vous les avez piégés, n’est-ce pas ? » demanda Morrigan à son supérieur qui riait de tout son cœur. « Le Chevalier qui convoque les Légionnaires avec un katana. Vous vouliez voir son pouvoir, tout en conservant, les Chevaliers de Sa Majesté. Donc, vous avez accepté la demande de ces quatre-là. »

« Ne le faites pas paraître si mal. » Le sourire du Chevalier Noir était devenu ironique. « J’admets que j’ai exploité les chevaliers du Kinai, mais nous leur avons déjà donné une assez bonne occasion en neutralisant la Dame Chevalière ennemie. »

La bataille dans le ciel était sur le point de s’achever.

Il y avait quatre-vingt-un Kamuys rouge pourpre actif, la plupart d’entre eux étaient passés aux katanas pour couper les quelques samouraïs du Kinai restants.

Parmi les Chevaliers du Kinai, l’un d’entre eux s’était apparemment retiré, laissant les autres morts au combat.

« D’ailleurs, je voulais voir par moi-même comment les chevaliers de l’armée provinciale du Kinai pouvaient se battre. C’est juste que... franchement, j’aurais aimé qu’ils aient pu tirer plus de puissance de l’ennemi. À en juger par son leadership et la force de ses noesis, sa Force de Chevalier ne peut pas être aussi réduite que cent. »

Lui — Le Chevalier contrôlant les Kamuys rouge pourpre.

Le Chevalier Noir avait examiné son apparence avec soin.

Un jeune homme oriental, vêtu d’un uniforme d’étudiant noir, portant une épée japonaise gainée dans sa main gauche. Son expression avait l’air un peu obstinée, même si ses traits du visage étaient assez beaux.

Le Chevalier Noir se trouvait actuellement quelque part dans la zone sur un monticule herbeux avec Morrigan à ses côtés.

Inversement, le jeune Chevalier du Suruga se tenait sur le toit du donjon protecteur de la nation au centre du fort tutélaire.

Même s’ils étaient séparés par une distance d’environ un kilomètre, le Chevalier Noir pouvait encore clairement voir son visage.

Les Chevaliers pouvaient accéder ce que leurs Légionnaires voyaient ou entendaient à tout moment.

Actuellement, grâce à la vision du Chevalier de la Jarretière derrière lui, le Chevalier Noir regardait le donjon protecteur de la nation du fort tutélaire de Suruga.

« Envoyons-lui un salut décontracté. Je compte sur toi, mon chevalier. »

Le Chevalier Noir avait appelé le Légionnaire noir derrière lui.

« Datant d’un passé lointain, le Fait d’Armes du tir à l’arc démontré lors de la bataille de Crécy... Manifeste-toi une fois de plus sur le monde. »

Ce fut l’une des armoiries d’Édouard le Prince Noir — Archers de Crécy.

Une fois le Fait d’Armes activé, un changement avait été apporté à la scène. Derrière lui, le fusil à baïonnette du Chevalier de la Jarretière s’était transformé en un long arc en acier.

De plus, c’était un arc long incroyable, encore plus grand qu’un Légionnaire.

Le Chevalier de la Jarretière avait soudain fait apparaître une flèche d’acier dans sa main droite.

Le soldat géant ailé noir avait préparé le gigantesque arc et la flèche mortelle, visant à frapper le Chevalier au katana se trouvant sur le toit du donjon protecteur de la nation.

À cet instant même, le Chevalier au katana sur la tour avait fixé son regard dans leur direction.

Ce n’était pas un accident. Sentant le mouvement du Chevalier de la Jarretière, il avait tourné son regard dans la direction du Chevalier Noir Edward.

« Impressionnant. Comme prévu, les attaques de tireurs d’élite ne fonctionnent pas contre les puissants Chevaliers. »

Le Chevalier Noir avait haussé les épaules. Ses noesis avaient été détectées.

Le jeune Chevalier de Suruga avait détecté la noesis de l’attaque du Chevalier de la Jarretière et le but de son arc et de ses flèches — .

« Allons-nous-en, Morrigan. Puisqu’il refuse de montrer quoi que ce soit de plus que son armée d’une centaine de combattants, cela ne sert à rien de rester plus longtemps. Nous reviendrons après avoir révisé nos plans. »

Comme tirer cette flèche serait inutile, il enverrait son salut à une autre occasion.

Le Légionnaire noir qui s’était transformé en archer avait senti les pensées de son maître et avait relâché sa posture avec l’arc en place.

Pendant ce temps, l’esprit Morrigan lui avait tranquillement donné son opinion. « Rassemblez les chevaliers britanniques maintenant, et prenez Suruga, ce soir. Ça aussi, c’est une option. »

« Oubliez ça. Si mon intuition est correcte, il est aussi un “guerrier du passé”, ce qui pourrait signifier une perte totale tragique de toutes nos forces rassemblées. Nous devrions attendre jusqu’à ce que son jeu soit révélé. D’ailleurs, après la prise de Hakone, si les circonstances le permettent... » Un sourire digne était apparu sur le noble et beau visage du Chevalier Noir. « J’apprécierais beaucoup un affrontement personnel contre lui... C’est ce que je pense. »

 

☆☆☆

 

Sous la lune brillante, une wyverne blanche s’élevait au-dessus du ciel de Suruga.

Le cavalier de la wyverne était un soldat britannique galant aux cheveux argentés. Derrière lui se trouvait une jeune fille en costume de marin, âgée de douze ou treize ans.

Un Croisé noir les avait suivis en tant que garde du corps.

Du toit du donjon protecteur de la nation, Masatsugu avait observé leur départ. À côté de lui, Shiori demanda : « Qu’est-ce qu’il y a, Masatsugu-sama ? »

« Il y a quelqu’un d’incroyable du côté ennemi », avait répondu Masatsugu avant d’ajouter tranquillement : « Le résultat aurait été complètement différent si cet homme s’était engagé dans la bataille. Je ne peux absolument pas m’opposer à sa puissance avec les forces actuellement sous mon commandement. »

« Est-il... si puissant ? » demanda Shiori.

Shiori avait regardé attentivement. Elle avait aussi remarqué la silhouette en retrait de la wyverne.

En même temps, les Kanesadas autour d’eux avaient fini de massacrer l’armée du Kinai, rendant la paix au fort tutélaire de Suruga.

Dans tous les cas, une noesis avait été projetée vers lui de loin tout à l’heure...

La noesis n’était pas simplement forte comme nulle part ailleurs, mais il y avait aussi une pression et une férocité que les fusils à baïonnette n’avaient pas. Si cette puissance était dirigée vers le champ de bataille, combien de Kanesadas survivraient ?

Masatsugu et Shiori n’avaient aucune idée à l’époque...

... Des terrifiants Faits d’Armes et du vrai nom que possédait ce Chevalier qui les avait croisés ce soir-là.

Dans un avenir proche, il allait être leur premier ennemi majeur — et l’un de leurs rivaux d’une immense grandeur.

Dans tous les cas, la victoire de ce soir appartenait à Masatsugu et à la princesse.

***

Épilogue

Les Chevaliers du fief du Kinai avaient conduit une armée d’environ deux cents Kamuys pour envahir Suruga.

Le lendemain, après la défaite de cette armée aux mains de Masatsugu Tachibana...

Rikka Akigase s’était rétablie tôt le matin de son état de faiblesse et d’inconscience.

Après avoir entendu la nouvelle de la victoire, elle avait acquiescé d’un signe de tête heureux de la tournure des événements. Elle était actuellement au bureau du fort tutélaire, où elle passait en revue les vidéos de combat enregistrées par le génie Sakuya.

Les Kamuys rouge-violet actifs sur l’écran s’appelaient apparemment Kanesadas.

« Impressionnant, » alors qu’elle regardait la bataille des Kanesadas et les ordres de Masatsugu Tachibana, Rikka ne pouvait s’empêcher de faire des éloges.

En utilisant le contrôle noétique pour faire jouer les disques, Sakuya se tenait tranquillement devant le bureau. Bien sûr, elle était une image non corporelle.

« Disons qu’il n’a convoqué qu’une centaine de Légionnaires ? Comme on le soupçonne, il cache son vrai nom et sa Force de Chevalier, n’est-ce pas... ? Sakuya, partagez vos pensées, » demanda Rikka.

« Impossible de spéculer. Je ne peux pas répondre, » répondit Sakuya.

La réponse de l’esprit avait laissé Rikka en suspens. Elle se remémorait en ce moment du beau visage de Masatsugu.

D’accord, peu importe. Elle lui demanderait personnellement la prochaine fois qu’elle le verra. Ou peut-être qu’elle pourrait rendre visite à la résidence de la princesse aujourd’hui pour avoir une discussion sans se hâter.

« Je dois le remercier. En tant que Chevaliers, il y a aussi d’autres sujets à discuter…, » tout en se justifiant, Rikka avait regardé le haut du bureau.

Alors qu’elle était inconsciente, un messager de type renard de liaison était arrivé de l’extérieur de la Cité de Suruga, apportant beaucoup de nouvelles et d’ordres.

Tout d’abord, l’attention de Rikka s’était portée sur « Les forces britanniques ont été confirmées. »

Les forces impériales britanniques aidant — non, dirigeant — l’Alliance pour la Restauration appartenaient à la première brigade expéditionnaire de la Flotte d’Extrême-Orient.

La flotte des Chevaliers déployée par les Britanniques comprenait sept Chevaliers et trois gros destroyers.

De plus, il y avait quatre péniches de débarquement dont l’équipage était composé de leurs marines respectifs. D’autres comprenaient des navires de ravitaillement chargés de la logistique militaire, des navires spéciaux contenant des enchantements pour la force d’intervention des bêtes de rétention, etc.

Après cela, Rikka avait lu le message envoyé par son père, Akigase Shouzan.

Ce n’était pas du tout une lettre personnelle, mais des ordres purement émis par le gouverneur général de la région de Tōkaidō.

« Défendre le fort tutélaire de Suruga jusqu’à nouvel ordre... C’est tout simplement déraisonnable. Mais de penser qu’il m’a ordonné de rester ici…, » déclara-t-elle.

Rikka avait fait un sourire ironique. Elle pensait à l’origine que son père lui ordonnerait de quitter la Cité de Suruga, comme la princesse l’avait spéculé quelques jours auparavant.

« Cela signifie qu’il a un plan pour contre-attaquer — ? » murmura-t-elle pour elle-même.

 

☆☆☆

 

C’était le quatrième jour depuis l’invasion de Suruga.

Après un week-end mouvementé, c’était enfin le lundi. Cependant, l’imposition de la loi martiale dans la ville de Suruga n’avait pas changé.

L’Alliance pour la Restauration bloquait toujours les environs, et personne ne pouvait quitter la Cité de Suruga.

Cependant, au Dortoir du Lys Noir du Lycée Rinzai — résidence de la princesse impériale — il y avait eu un certain nombre de changements.

La dame de la maison avait recruté un Chevalier, et cet homme avait obtenu en quelques jours une dangereuse épée japonaise et une armée de Légionnaires.

Il était plus de 9 heures du matin. Et après un petit déjeuner tardif...

Shiori, Masatsugu et Hatsune étaient réunis dans le salon central de la résidence.

« Oh non ! Il pleut ! » La dame d’honneur, Hatsune, avait quitté la pièce dans l’urgence.

De grosses gouttes de pluie tombaient à l’extérieur de la fenêtre. Elle avait dû aller chercher le linge qu’elle avait placé la veille.

« C’est un peu étrange. » Laissé seul avec la princesse, Masatsugu avait dit à son nouveau seigneur. « Cette ville fait face à la guerre. Mais en tant que résident, nous menons simplement une vie relativement normale. »

De même, tout le monde était occupé à faire sa propre lessive et à cuisiner. Les magasins de la ville étaient toujours en activité.

Après la proclamation de la loi martiale, les établissements d’enseignement avaient suspendu les cours. Taisei avait envoyé un message plus tôt pour dire que beaucoup d’élèves se réunissaient encore dans le bâtiment scolaire du Lycée Rinzai. Masatsugu et la compagnie avaient également prévu d’y jeter un coup d’œil plus tard.

« Les temps sont différents de nos jours par rapport au monde antique ou médiéval. En outre, avec la Charte de la Chevalerie en place, faire quelque chose de trop odieux conduirait à l’isolement international. Mais bien sûr…, » répliqua Shiori, se détendant en s’asseyant sur le canapé.

Masatsugu était à la fenêtre, regardant à l’extérieur la pluie qui devenait de plus en plus lourde.

« Il y a beaucoup de champs de bataille dans ce monde où une telle “idéologie” ne s’applique pas, » continua Shiori.

« Je vois, » Masatsugu avait hoché la tête en signe d’accord.

Plus précisément, il s’agissait de la différence entre « guerre expansionniste » et « guerre civile ou coup d’État ».

« Au fait, Masatsugu-sama... » Shiori lui avait posé une question : « Ne savez-vous toujours pas à quelle époque et dans quel pays vous êtes né ? »

« Non, pas du tout, Princesse. Il n’y a pas assez d’indices dans les souvenirs fragmentés que vous m’avez aidé à obtenir, » répondit Masatsugu.

Au sanctuaire de l’eau, Masatsugu avait eu un aperçu de son passé. En fait, il ne se souvenait pas de la plupart des détails, comme le type d’armure qu’il portait ou la façon dont les chevaux étaient équipés dans son ancienne vie.

C’était comme le contenu ambigu d’un rêve.

S’il pouvait se rappeler le style de l’équipement équestre, il y aurait peut-être une chance de percer le mystère de son passé.

« Pour être honnête, » déclara Masatsugu franchement, « Je ne m’intéresse pas du tout à mon passé. Depuis deux ans, il est très clair pour moi que je peux vivre malgré l’amnésie. »

« Eh bien... »

« C’est juste qu’en connaissant mon vrai nom, il sera plus facile de reconstituer le liquide ectoplasmique. Avec cela accomplit, il devrait être possible... pour moi d’égaler ce Chevalier d’hier soir, » avait dit Masatsugu en regardant par la fenêtre.

Après être devenu le Chevalier de la princesse Shiori, un affrontement avec ce haut général britannique était inévitable. Avant cette épreuve de force, il devait renforcer sa propre force de combat.

Pourtant, il n’avait toujours pas trouvé la clé pour ouvrir la porte à ses souvenirs.

Quel avenir inquiétant — tout comme Masatsugu le pensait, il avait remarqué quelque chose.

Il était à la fenêtre, regardant le paysage pluvieux. Le verre reflétait la scène derrière lui, dont la princesse assise sur le canapé.

Shiori semblait être quelque peu agitée en ce moment.

On aurait dit qu’elle voulait dire quelque chose, mais elle s’était arrêtée chaque fois avant qu’elle ne soit capable de le faire.

Après l’avoir vu se répéter quatre fois, Masatsugu avait alors dit : « Princesse, qu’est-ce qui vous arrive ? »

« Rien, s’il vous plaît, ne faites pas attention à moi ! » Fortement secouée, Shiori avait légèrement toussé avant de dire : « M-Masatsugu-sama, pourriez-vous venir à côté de moi, s’il vous plaît ? »

Shiori avait fait d’une manière totalement inattendue une telle demande, mais Masatsugu n’avait aucune raison de refuser. Il s’était dirigé vers le canapé et s’était assis sur la gauche de Shiori. Elle avait tendu sa main gauche — .

Sa main délicate s’était posée avec douceur sur la main droite de Masatsugu.

Si chaude. Masatsugu pouvait sentir une chaleur confortable en provenance de sa paume.

« Je le savais... » Shiori avait soupiré. « Masatsugu-sama, votre corps a normalement tendance à être froid. »

« Je suppose que oui. J’ai fait mesurer ma température corporelle plusieurs fois. La moyenne est de trente-quatre degrés Celsius, » répondit Masatsugu.

« Ce chiffre est clairement anormal. Je pense que c’est sans doute lié au problème de l’alimentation en fluide ectoplasmique ! » s’écria Shiori.

« Je vois, c’est pour ça, » répondit Masatsugu.

Depuis deux ans, chaque fois que Masatsugu se faisait prendre la température dans des endroits comme les hôpitaux, tout le monde avait toujours trouvé cela incroyable.

Après avoir connu la raison, Masatsugu avait hoché la tête.

Tournant la tête et évitant délibérément le visage de Masatsugu, Shiori avait déclaré, « En conséquence... Nous devons nous préparer correctement et régulièrement. »

« Préparer ? » demanda Masatsugu.

« En effet. Tous les jours ou une fois tous les deux ou trois jours, si je pouvais partager le précurseur du fluide ectoplasmique — la chaleur de mon sang — avec vous en quantités appropriées…, » déclara Shiori.

La princesse avait gardé sa paume chaude sur la main droite de Masatsugu pendant tout ce temps.

« Masatsugu-sama, vous devriez pouvoir utiliser encore plus de Kanesadas, » continua la princesse.

Masatsugu avait instantanément compris ce dont elle parlait. Il y avait donc aussi cette solution. Cependant, la quantité d’énergie qu’il pouvait emmagasiner et le fardeau que cela imposerait à la santé de Shiori étaient des questions auxquelles on ne pouvait répondre qu’après l’avoir essayé.

Quoi qu’il en soit, cette expérience valait la peine d’être tentée.

« Princesse, » Masatsugu avait appelé Shiori en remerciement, en regardant attentivement le côté de son visage.

Shiori avait toujours refusé d’établir un contact visuel. La raison en était très simple. Le simple fait de tenir la main était déjà très embarrassant pour elle et elle était trop timide pour regarder le visage de Masatsugu.

Cependant, Shiori avait répondu : « S’il vous plaît, n’y faites pas attention. Masatsugu-sama, nous partageons maintenant le même destin... J’ai également promis de vous aider de toutes les manières qui étaient à ma disposition. »

« C’est vrai, alors je ferais mieux de me dépêcher et de libérer la Cité de Suruga avant la date du festival de l’école, » déclara Masatsugu.

« Parlez-vous du concours de beauté... ? » demanda Shiori.

« N’oubliez pas de porter un maillot de bain, Princesse, » déclara Masatsugu.

« Ooooooooh... » s’exclama Shiori.

Le rappel de Masatsugu avait incité Shiori à vouloir se prendre la tête dans l’embarras.

Pendant tout ce temps, leurs mains étaient restées superposées. Alors — .

« Princesse, Onii-sama ! J’ai réussi à récupérer le linge sans qu’une seule goutte de pluie tombe dessus ! » annonça Hatsune.

On pouvait entendre un bruit de pas de course dans le couloir. Ils avaient entendu le rapport joyeux de Hatsune.

Après avoir rempli ses fonctions de dame d’honneur, Hatsune était retournée au salon principal.

« Princesse, qu’est-ce qui se passe ici ? » demanda Hatsune.

« Rien du tout, je vérifie simplement les taches sur le plafond, » répondit Shiori.

Hatsune fut étonnée par la réponse élégante de Shiori.

Cinq secondes plus tôt, la princesse était toujours assise à côté de Masatsugu, lui tenant la main. Maintenant, elle se tenait sur la table basse devant, avec un sourire serein.

En effet, dès qu’elle avait entendu la voix de Hatsune...

Shiori avait très peur de laisser Hatsune assister à la vue d’eux se tenant la main.

Ainsi, elle avait libéré la main de Masatsugu et s’était levée du canapé dans une telle hâte qu’elle avait fini par sauter sur la table basse.

Compte tenu de ses faibles capacités en athlétisme, ce fut tout un exploit d’agilité.

Le sentiment de honte de la jeune fille devait avoir éveillé en elle un potentiel dormant.

« Puis-je vous demander de préparer une tasse de thé noir... ? Je suis désolée de vous demander de le faire immédiatement après votre retour, » déclara la princesse.

« Pas de problème, j’y vais tout de suite~, » répondit Hatsune gaiement à la princesse debout sur la table.

 

 

Dotée d’une intelligence et d’une beauté exceptionnelles, Shiori Fujinomiya était un maître des façades.

Cependant, elle trébuchait souvent quand elle était en présence de Masatsugu Tachibana, exposant ses côtés paniqués et anxieux de temps en temps. Le seigneur de Masatsugu dans le monde moderne était vraiment une fille fascinante.

Quant à Masatsugu Tachibana lui-même, c’était un ancien guerrier au nom oublié et aux souvenirs perdus, un puissant Chevalier... Malheureusement, il ne pouvait pas puiser librement dans son pouvoir.

Quoi qu’il en soit, les batailles auxquelles ces deux personnes seraient confrontées ne faisaient que commencer.

Le Japon Impérial, l’Empire romain d’Orient et l’Empire Britannique. Les alliances et rivalités toujours changeantes entre ces trois pays plongeraient les îles du Japon dans des conflits et des troubles — .

Le rideau s’était levé sur une époque tripartite dramatique, à l’image de celle des Trois Royaumes.

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Illustrations

 

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.
    Tiens, personne en une semaine ? Profitons-en :
    Pourquoi tu as changé d'avis pour la première phrase finalement ?

  2. Tu as posté sur le tome, c'est pour ça.

    Pour ta question, tu parles pour le masculin/féminin, c'est qu'en relisant, j'ai vu qu'on avait déjà l'info du genre avant.

    Faut vraiment que je fasse ma fédération de commentaires.

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