Wortenia Senki – Tome 8 – Chapitre 3 – Partie 2

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Chapitre 3 : La renarde du Nord

Partie 2

Grisson pencha alors la tête : « C’est étrange… Il semblerait que vous ayez lu la situation à l’avance… Mais si vous comprenez nos objectifs, vous devez réaliser que nous n’avons pas l’intention d’envoyer des renforts à Xarooda. Dans ce cas, pourquoi êtes-vous venu ici ? »

Grisson n’arrivait pas à comprendre pourquoi un homme qui comprenait si bien les intentions d’Helnesgoula venait les voir en pleine guerre.

« Pour demander votre aide, bien sûr », dit Ryoma.

« Je vois. Je dois donc interpréter cela comme votre façon de dire que vous êtes prêts ? »

Grisson dirigea un regard interrogateur vers Ryoma.

« Si par “prêts”, vous voulez dire que nous sommes prêts à devenir un de vos états vassaux, Seigneur Grisson, j’ai bien peur de vous informer que vous avez tort. », dit simplement Ryoma en haussant les épaules.

Au son de ces mots, le visage de Grisson se déforma pour la première fois. Ses traits étaient pleins de colère, de dédain et de moquerie. Ce n’était en aucun cas une réaction surprenante. Au contraire, étant donné le déroulement de la conversation, le fait que Grisson ne soit pas entré dans une colère noire n’était rien d’autre qu’une heureuse coïncidence.

« Je vois maintenant que vous êtes venus ici pour vous moquer de nous… »

Grisson se leva de son siège, comme pour mettre un terme à la conversation.

« Et bien que ce fut vraiment un échange agréable, je pense que le faire durer plus longtemps serait une perte de temps. Je m’excuse, car vous venez de loin, mais je dois vous demander de partir. »

« Quoi ?! Attendez ! »

Greed, qui s’était contenté de surveiller l’échange jusqu’à présent, ne put s’empêcher d’élever la voix.

Il avait été briefé à l’avance, mais c’était Ryoma qui était chargé de gérer les négociations. Greed savait qu’il n’était pas fait pour ce genre de choses, il s’était donc assis tranquillement et il avait observé les discussions. Mais les négociations étaient sur le point d’échouer. Il n’avait donc pas pu s’empêcher de dire quelque chose.

« Y a-t-il quelque chose d’autre à dire ? Je ne vois pas en quoi vous êtes tous les deux différents de tous les autres messagers que vous nous avez envoyés cette année », dit Grisson avec amertume.

Sa voix était aussi froide qu’une lame de glace, destinée à abattre l’autre partie. Face à cette colère glacée, Greed ne pouvait rien dire de plus. Mais Ryoma, en revanche, n’avait pas changé son expression d’un iota.

« Cette farce est terminée. Partez », dit Grisson tout en dirigeant un regard aiguisé vers Ryoma.

C’était un ordre absolu. Malgré le fait que ce jeune homme semblait trop mince pour être un guerrier, Grisson était un général responsable du front oriental d’Helnesgoula. N’importe quel homme ordinaire serait obligé d’obéir.

L’expression de Ryoma n’avait cependant pas changé.

C’est maintenant que ça passe où ça casse…

Ryoma prit une profonde inspiration pour se calmer, et utilisa le dernier atout qu’il avait préparé pour cette situation.

« Je vois… Dans ce cas, j’aimerais que vous me laissiez parler à la souveraine d’Helnesgoula, Sa Majesté la Reine Grindiana. Ici et maintenant. »

Au moment où ces mots quittèrent les lèvres de Ryoma, l’air de la pièce s’était figé. Grisson et Ryoma s’étaient regardés de l’autre côté de la table. Dix secondes passèrent, puis vingt… Une horloge mécanique posée sur l’un des luminaires de la pièce comptait seule le passage du temps, son tic-tac semblant bien plus fort qu’il n’aurait dû l’être. L’atmosphère oppressante faisait que le temps ralentissait de façon interminable.

Qu’est-ce qu’il vient de dire… ?! Grisson répétait les mots de Ryoma dans son cœur tandis qu’un frisson parcourait son échine.

La reine d’Helnesgoula, Grindiana Helnecharles, n’était actuellement nulle part près de cette ville de première ligne qu’était Memphis. Elle se trouvait à Dreisen, la capitale du royaume. C’était la seule et unique vérité que le jeune homme qui se tenait devant lui aurait dû savoir.

La plupart des citoyens d’Helnesgoula auraient dû le savoir aussi. Et donc, ce que le garçon, qui le regardait droit dans les yeux, venait de dire n’avait aucun sens. Il pensait rire de bon cœur de ce que Ryoma venait de dire, mais avant qu’il ne le sache, sa gorge était sèche et bouchée. Sa voix ne voulait pas sortir. Grisson souleva la tasse de thé de la table et la porta à ses lèvres, faisant de son mieux pour cacher son agitation.

Ce n’est pas possible. A-t-il vraiment vu les intentions de Sa Majesté ?

Des espions et des marchands lui avaient déjà rapporté des nouvelles de ce jeune homme, affirmant qu’il était extrêmement intelligent et vif. À tel point que malgré ses origines de roturier, son intelligence était suffisante pour renverser le destin d’un pays entier…

Mais peut-être que Grisson avait sous-estimé la validité de ces rapports. Il admettait que Ryoma était brillant, mais l’idée que quelqu’un puisse être à la hauteur de la maîtresse qu’il servait était impensable.

Non, impossible… Le fait qu’il lise ses stratagèmes signifierait qu’il est à la hauteur de sa sagesse. Et ça ne peut pas être…

À cet instant, le garçon qui souriait calmement devant lui ressemblait à un monstre pour Grisson. Un monstre sous forme humaine, un peu comme sa maîtresse, Grindiana.

« Cela ne peut être arrangé… Sa Majesté est à Dreisen… »

Grisson rompit le silence, parvenant enfin à prononcer les mots.

Mais sa voix n’avait pas la même intensité qu’auparavant. Et en voyant l’expression de Grisson changer, Ryoma sut qu’il avait gagné ce pari.

« Elle est donc à Dreisen ?… Je ne pense pas que ce soit possible. », dit Ryoma en souriant.

Son regard perçant fit se contorsionner le visage de Grisson avec colère.

« Quelle base as-tu pour suggérer que… »

Jusqu’à présent, Grisson avait le contrôle de la situation. Mais maintenant, les choses avaient complètement changé. Le garçon assis sur le sofa devant lui avait le contrôle total de la conversation. Grisson n’avait jamais eu l’intention de regarder Ryoma de haut et de supposer qu’il était un petit garçon ignorant, mais cela dépassait ses hypothèses les plus folles.

Grisson dirigea un regard presque suppliant vers le miroir accroché dans la pièce… Sans le vouloir.

« J’ai mes raisons… Mais je préfère les expliquer à la Reine Grindiana. Cela m’éviterait des ennuis. »

« C-C’est… »

Grisson resta une fois de plus sans voix. Il ne pouvait ni confirmer ni infirmer ces soupçons.

« Eh bien, c’est vraiment problématique… », dit Ryoma d’un air plutôt ennuyé.

Il ne pouvait pas se permettre de perdre son temps avec une personne sans aucune autorité. Au lieu de cela, Ryoma tourna son regard vers le miroir sur le mur.

« Je suis sûr que vous êtes consciente de cela, mais nous n’avons pas beaucoup de temps », dit-il.

Grisson pâlit en réalisant le sens de son regard et de ses paroles.

Il a… Comment ?!

Une négociation pourrait très bien être appelée une bataille où chaque partie essaie de jauger les intentions de l’autre. Et par une magie inconnue, cet homme avait en quelque sorte compris le mécanisme derrière la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Et cela signifiait qu’il avait vraiment et honnêtement compris les plans d’Helnesgoula.

Et plus que tout, cela signifiait que Ryoma avait gagné la bataille préliminaire qu’était cette réunion. Et il ne s’était pourtant pas pressé ni avait insisté sur la question à ce stade.

« Mais je suppose qu’apparaître si soudainement et demander à voir la reine serait impoli de notre part… Je suppose que nous allons faire comme vous l’avez dit, Général, et rentrer pour aujourd’hui… »

Sur ces mots, Ryoma se leva du canapé et incita Greed, dont les yeux partaient dans toutes les directions dans la confusion, à le suivre.

« Allons-y, Capitaine Greed. Nous devrions nous faire discrets. »

Ryoma s’était ensuite incliné respectueusement devant le miroir, et s’était dirigé vers la porte. Seuls Grisson et une autre personne avaient compris la signification de ce geste.

« H-Hey, attendez ! »

Greed s’était empressé de saluer Grisson et avait suivi Ryoma.

Même sans connaître les détails, son intuition de chevalier chevronné l’incitait à obéir à Ryoma.

« Nous allons donc prendre congé. Nos subordonnés ont pris un logement dans la ville de Memphis. Nous vous communiquerons le nom de l’auberge plus tard. Je m’excuse, Général Grisson, mais j’apprécierais que vous transmettiez mon message à la Reine Grindiana. »

Inclinant respectueusement la tête une fois de plus, Ryoma tourna la poignée de la porte de la chambre. Mais sa main s’était soudainement arrêtée lorsque la voix d’une tierce personne, qui n’était soi-disant pas dans cette pièce, avait retenti.

« Vous pouvez arrêter de tenter de susciter une réaction. Je suis sûre que nous sommes tous deux malades et fatigués de cette farce. »

Ryoma s’était retourné et s’était retrouvé face à une femme qui n’était pas là il y a un instant.

C’est donc de là qu’elle est sortie…

Ryoma remarqua qu’une des bibliothèques était maintenant inclinée. Elle observait probablement Ryoma à travers le miroir. Et ayant jugé que cela valait la peine de négocier avec lui, elle avait quitté la pièce cachée adjacente.

« J’ai entendu toutes sortes de choses sur vous. Un jeune héros du Royaume de Rhoadseria, et une personne venue d’un autre monde appelé par l’Empire d’O’ltormea. C’est vous, n’est-ce pas ? Ryoma Mikoshiba. », dit la femme, un sourire ravi sur les lèvres.

Sa voix était aussi juste que le carillon d’une cloche, mais pleine du désir de voir les autres tomber prostré devant elle. Elle se tenait à côté de Grisson, dégageant un sentiment de présence écrasant. Ryoma se contenta d’incliner la tête, l’expression recueillie et calme.

« Je suis honoré de pouvoir voir votre visage, Votre Majesté la Reine, Grindiana Helnecharles. »

Alors que Ryoma regardait la femme et la couronne étincelante posée sur sa tête, la jeune reine d’Helnesgoula, Grindiana Helnecharles, écarta ses lèvres dans un élégant sourire.

« Alors, recommençons cette discussion, d’accord ? »

Grindiana s’était assise sur le canapé, et regarda Ryoma qui était assis en face d’elle.

Hmm… Je vois.

Ryoma regarda à nouveau la reine souriante assise devant lui. Conformément à ce qu’il avait entendu, on ne pouvait pas dire qu’elle était une belle femme. Sa robe blanche était ornée de dentelle et de pierres précieuses, mais en termes de traits et d’apparence personnelle, on ne pouvait pas la comparer à Lupis ou Shardina.

Cela dit, si on lui demandait si elle était laide, la réponse serait non. Si quelqu’un allait jusqu’à la traiter de femme ordinaire, il le ferait probablement par pure rancune. Ses cheveux dorés bien peignés ondulaient gracieusement, et les yeux bleus au sommet de son visage en amande étaient illuminés d’une volonté intense qui semblait attirer l’attention.

Elle est belle sans être pour autant magnifique.

Ses traits étaient certainement justes, du moins selon les normes de Ryoma. Mais si elle n’avait pas la beauté digne de Shardina et Lupis, elle avait un certain charme. Une certaine atmosphère qui induisait la convivialité. Un visage qui faisait que les gens l’appréciaient plus facilement. Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années et de frôler la trentaine. Mais il avait l’impression qu’elle aurait pu avoir dix ans de plus, mais qu’elle était suffisamment habile pour cacher cet âge.

« Alors, par où devrions-nous commencer ? », répondit Ryoma à sa question sans aucune réserve.

Les yeux de Grindiana s’écarquillèrent un instant avant qu’elle ne laisse échapper un gloussement amusé. Le comportement de Ryoma était bien trop direct, étant donné qu’il s’adressait à la reine d’un pays pour la première fois.

Peut-être que je peux attendre encore plus de lui que je ne le pensais.

Elle ne détestait rien de plus que d’avoir affaire à des imbéciles.

« Voyons voir, alors. Grisson semble plutôt agité, alors peut-être pourriez-vous expliquer comment vous avez su que j’étais ici à Memphis. Vous êtes d’accord avec ça, hein, Grisson ? »

Grindiana tourna alors son regard vers Grisson, qui se tenait à côté d’elle.

Il hocha simplement la tête sans mot dire, après quoi Ryoma commença à parler.

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Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

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