Wortenia Senki – Tome 7 – Chapitre 4 – Partie 1

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Chapitre 4 : Cap à l’ouest

Partie 1

Un groupe de quelque trois cents soldats campait dans les champs à l’extérieur d’Épire. Avec eux se trouvait une centaine d’hommes vêtus de vêtements minables et sales. Les soldats portaient des armures de cuir noir, et leurs visages, bien qu’encore jeunes, scrutaient la zone avec des regards aiguisés.

Une rafale souffla à travers le camp, faisant claquer un drapeau noir portant l’emblème d’un serpent à deux têtes aux écailles d’or et d’argent enroulé autour d’une épée. Le serpent fixait les environs avec des yeux cramoisis et brillants. C’était comme si le drapeau était destiné à intimider quiconque le voyait. Mais tout le monde dans ce camp le regardait avec respect et fierté.

L’épée représentait la puissance et la force, et le serpent à deux têtes qui semblait la protéger représentait la sagesse et la stratégie. Le dessin semblait symboliser leur maître, la terre qu’ils avaient construite de leurs propres mains en était la preuve.

Dix chariots étaient rangés sur le côté sud du camp, et les voix des soldats résonnaient dans leur direction.

« Quarante barils de poisson salé ! »

« Cinquante barils de dattes séchées ! »

« Quarante barils de porc séché ! »

La cargaison était chargée sur les chariots un par un. L’inspection du contenu des barils était une tâche banale et ennuyeuse.

« Je sais que c’est un travail irritant, mais nous avons presque fini. Continuez, tout le monde ! », s’exclama Laura.

Ce à quoi les soldats acquiescèrent sans mot dire et se remirent au travail.

Aux côtés de Laura se trouvait un marchand rondouillard, qui inspectait un parchemin alors que les soldats élevaient la voix.

« On dirait que c’est tout… Mon Dieu, même avec la recommandation du comte Salzberg pour m’encourager, rassembler autant de choses en si peu de temps est impressionnant, si je puis dire. » soupira le marchand, en ayant finalement terminé de vérifier tous les wagons.

Ce marchand avait transporté seul les dix chariots jusqu’au camp, et avait comparé les nombreuses fournitures chargées sur ceux-ci une par une à son livre de comptes. Le marchand ne s’était pas engagé dans un travail physique — sauf pour feuilleter le parchemin, bien sûr — mais la tâche elle-même était d’un ennui mortel. Le marchand était naturellement épuisé, mais cette tâche de deux heures étant enfin terminée, son visage rond rayonnait de soulagement.

Bien sûr, le fait d’avoir effectué une transaction aussi importante signifiait qu’il partait avec les poches nettement plus lourdes. La somme promise pour cela était une somme que ce marchand avisé ne pouvait pas facilement ignorer. Son visage, cependant, pâlit l’instant d’après.

« Oui, nous sommes bien conscients qu’il s’agissait d’une commande importante. Mais c’est pour cela que nous avons payé un supplément, et vos prix étaient déjà assez élevés. »

Laura tourna un regard froid vers le marchand, qui marmonnait pour lui-même en regardant les parchemins dans sa main.

Le résultat de leur inspection avait montré que la quantité et la qualité des marchandises étaient conformes à ce qui avait été promis, mais la facture qu’il avait donnée à Laura indiquait un coût extrêmement élevé. La vérité était que tous les marchands présents ici étaient du genre zélé, de ceux dont il fallait toujours se méfier. Il s’agissait d’hommes d’affaires têtus qui étaient bien plus habitués aux négociations que la plupart des nobles. Ils saisissaient toutes les chances d’augmenter leurs profits, attendant avec une vigilance de prédateur la moindre occasion de le faire.

Et ce marchand, qui souriait à Laura tout en s’agitant et en feuilletant ses parchemins, n’était pas différent. Son sourire amical cachait le fait qu’il n’était pas un saint, et encore moins un naïf.

« Vous plaisantez sûrement. Ce sont les mêmes prix que j’offre au comte Salzberg. »

Le marchand bredouilla ses excuses comme s’il était offensé.

Il était vrai que le fait de mentionner le nom du comte Salzberg aurait normalement fait taire les nobles de rang inférieur. On ne savait pas ce qui pourrait se passer si une agitation éclatait et que la nouvelle parvenait aux oreilles du comte, et la plupart des nobles ne pourraient pas bouger face à cette crainte.

Je te jure… Tout le monde se croit si haut placé et puissant…

Cette farce durait depuis des jours. Au début, il trouvait le spectacle amusant, mais à force de le répéter, il s’en était lassé. Laura poussa un petit soupir. Les fournitures que ce marchand leur avait livrées étaient principalement des aliments conservés, comme du poisson salé et de la viande séchée. Il s’agissait effectivement d’aliments que l’on pouvait trouver dans un foyer ordinaire, et bien que leur nombre soit effectivement important, leur prix ne correspondait pas à la somme indiquée sur la facture.

Ryoma avait augmenté le montant qu’ils paieraient de dix pour cent, en lui disant que cela devrait faire taire les marchands, mais le prix indiqué était cinq fois supérieur au prix du marché. C’était beaucoup, beaucoup trop gourmand. Laura avait vérifié le marché à l’avance, et aurait franchement pu acheter la même quantité à un autre marchand ayant des prix bien plus raisonnables que celui-ci.

Ryoma n’était pas assez stupide pour faire aveuglément confiance à un marchand et se laisser tromper par ses cajoleries. Et à cette fin, Laura n’avait pas hésité un seul instant à interpeller ce marchand rusé.

« Vraiment ? Alors, prenez vos marchandises et partez. Nous trouverons une autre entreprise pour nous approvisionner. »

Ils avaient un besoin urgent d’approvisionnement, mais tout avait ses limites. Ils ne pouvaient pas se permettre de se retirer sur ce point.

« Quoi ?! C’est inacceptable ! On a travaillé dur à la demande du comte Salzberg pour livrer ça, alors nous dire de les reprendre maintenant… Cela va influencer vos futures relations avec le Comte et avec nous. Vous comprenez ça ? »

Apparemment, il pensait que Laura n’était qu’une jeune fille naïve, car il avait essayé de la menacer en utilisant le soutien du comte Salzberg.

Quel homme stupide… !

En temps normal, sa menace aurait fonctionné. Mais il allait regretter ses paroles peu de temps après. Car au moment où il avait élevé la voix contre Laura, une personne inattendue avait pris la parole.

« Qu’est-ce qui se passe ici, exactement ? »

En entendant cette voix, tous deux se retournèrent, et le marchand s’exclama de surprise.

« Quoi ?! »

Le comte Salzberg était apparu derrière lui, accompagné d’un groupe de chevaliers. Apparemment, il était là depuis un certain temps. Les lèvres du comte Salzberg avaient légèrement remué. Apparemment, il réprimait l’envie de rire aux éclats.

« Mon Dieu, si ce n’est pas le comte Salzberg. Nous sommes ravis de vous avoir ici. »

Laura s’était inclinée respectueusement avec un décorum aristocratique sans faille.

« Mm. Je suis venu saluer le Baron Mikoshiba, qui s’apprête à partir en campagne… Je crois avoir envoyé un messager à l’avance pour vous en informer. J’espère qu’il a du temps de prévu pour moi, non ? », demanda le comte Salzberg à Laura avec un ton gracieux et un sourire agréable.

« Le baron est en effet assez occupé par les préparatifs de la marche, mais je doute qu’il refuse lorsqu’il saura que vous avez pris la peine de venir ici, seigneur comte. »

« Je vois… Très bien, amenez-moi à lui, si vous le voulez bien. »

Le comte Salzberg coupa alors ses paroles et tourna son regard vers le marchand désormais très pâle.

« Vous êtes de la compagnie Raphaël ? »

Le ton du comte Salzberg n’était pas particulièrement dur, mais le marchand se raidit sur place comme si le noble venait de prononcer son arrêt de mort. L’économie d’Epire était sous le contrôle du syndicat, et la compagnie Mystel se tenait à sa tête. Et celui qui lui parlait était à la fois le gouverneur d’Epire et le mari de la fille unique de la Compagnie Mystel.

Pour ce marchand effrayé, les mots du Comte Salzberg équivalaient au verdict du juge de la pègre.

« Le Baron Mikoshiba met sa vie en jeu pour Rhoadseria. Je sais que je vous ai demandé beaucoup, mais puis-je vous demander d’être attentif aux circonstances ? »

Ce n’était pas un ordre, mais une demande de considération pour Ryoma. Cependant, le marchand n’était pas stupide au point de ne pas comprendre le sens des mots du Comte Salzberg.

« M-Mes excuses, il semblerait qu’il y ait eu une erreur de calcul… », bégaya le marchand en baissant le prix de façon flagrante.

Le Comte Salzberg n’avait pas eu besoin de dire autre chose. Il savait que ses intentions étaient parfaitement claires.

« Bien. Je me rends compte que j’ai fait travailler les gens de l’Union très dure sur cette affaire, mais c’est pour l’avenir de Rhoadseria. Continuez comme ça. », acquiesça-t-il.

« Bien sûr. Toutes mes excuses pour le dérangement, je vais faire reconfirmer les marchandises tout de suite. »

Le marchand s’excusa et partit.

Il profitera probablement de ce contrôle pour inventer une excuse concernant le nombre ou la qualité des marchandises, et l’utiliser comme prétexte pour réduire le prix.

Ta chance a tourné, pas vrai… ? Laura sourit dans son cœur en regardant le marchand vérifier à nouveau les marchandises, avec des sueurs froides.

Sa tentative de faire du profit avec ces marchandises le conduirait probablement à les vendre à un prix plus bas que d’habitude. Bien sûr, il n’avait jamais imaginé que le comte Salzberg le prendrait au mot, il était donc fort probable que le marchand maudisse plus sa chance que le fait de devoir plus réfléchir à la profondeur de son avidité.

« Alors, allons-y. »

Le comte Salzberg ordonna à Laura de le guider comme si rien ne s’était passé. C’était, après tout, une séquence d’événements sans conséquence pour lui. Il n’avait rien fait de plus que de réprimander un marchand avide.

« Ma parole, vous avez le cœur trop tendre. Même s’ils venaient vous supplier, je ne peux pas croire que vous vous joindriez aux renforts de Xarooda. La vie n’est-elle pas assez dangereuse comme ça ? »

En entrant dans la tente où Laura l’avait escorté, les lèvres du comte Salzberg s’étaient retroussées dès qu’il vit Ryoma. Néanmoins, il souriait toujours, et son ton n’était pas sarcastique. Au contraire, c’était plus proche de la façon dont on pourrait taquiner un ami.

Laura s’était précipitée aux côtés de Ryoma et lui avait chuchoté à l’oreille, après quoi il il répondit sans que ses yeux ne montrent le moindre signe de surprise et lui chuchota quelque chose à l’oreille.

« Cela fait longtemps, Comte Salzberg. Je vous remercie aussi pour votre aide dans cette affaire, » déclara Ryoma tout en inclinant la tête.

Le comte Salzberg l’avait arrêté d’une main levée et s’était assis sur une chaise à proximité. Il était clairement de bonne humeur.

« Oh, arrêtez avec les plaisanteries. Après tout, j’ai fait un sacré profit suite à votre implication dans tout ça. »

« Oh, je ne le pourrais pas. Tout se passe si bien grâce à votre aide, Comte. »

Ryoma avait quand même incliné la tête.

« J’espère que nous pourrons poursuivre cette relation mutuellement bénéfique à l’avenir », déclara le comte Salzberg avec un sourire satisfait.

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