Wortenia Senki – Tome 6 – Chapitre 1 – Partie 4

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Chapitre 1 : Négociations

Partie 4

Dans les quelques années qui avaient suivi le début du détournement de la veine d’halite par le comte Salzberg, quelques personnes avaient appris son existence malgré ses tentatives pour la cacher. Et pourtant, la maison royale ne l’avait pas encore appris. C’était parce que le comte Salzberg avait fait éliminer ces personnes de manière impitoyable et approfondie. Le comte savait parfaitement à quel point la glace sur laquelle il marchait était mince, et il savait être à la fois prudent et impitoyable.

« Bien-aimé… Je suis intéressée d’entendre ce que le baron essaie de nous vendre. », dit Lady Yulia, ses yeux brillaient d’un éclat dangereux et envoûtant.

« Oui, bien sûr… »

Le comte Salzberg avait répondu à son regard par un léger hochement de tête.

« Très bien. Qu’espérez-vous nous vendre ? »

Son ton était toujours condescendant, mais il était moins oppressant et rempli de mépris envers les humbles origines de Ryoma. En ce moment, le comte Salzberg était curieux. Que voulait lui vendre Ryoma, qui avait apparemment une si forte emprise sur sa personnalité ?

« Regardez ça, si vous voulez bien. »

Ryoma glissa un document vers le couple.

« C’est… »

« Un contrat ? », demanda dame Yulia.

C’était bien la fille d’un commerçant, elle avait reconnu le document.

« Un contrat pour le transfert de propriété de la veine d’halite, » expliqua Ryoma.

Le couple avait rapidement vérifié le contenu.

« Oui, c’est vraiment… »

« Mais, ça n’a pas de sens. Le contrat ne précise pas de prix. »

Leur confusion était compréhensible. Comment pouvait-il vendre quelque chose sans mentionner le prix ?

« Je suis venu pour vendre la veine, mais je ne veux pas la vendre pour de l’argent. »

Le couple considéra la déclaration de Ryoma avec un regard perplexe.

« Alors contre quoi la vendez-vous ? »

« Je veux que vous me sponsorisiez, monsieur. »

« Quoi ? Que voulez-vous dire par “sponsor” ? Je vous ai déjà dit que je vous aiderais la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, » demanda le comte Salzberg.

Ryoma secoua la tête. Ce geste à lui seul avait permis aux deux de deviner son intention. Il était vrai que le comte Salzberg et Lady Yulia avaient accueilli chaleureusement Ryoma lors de ce dîner et lui avaient promis de l’aider. Mais ces promesses n’étaient pas honnêtes. La reine Lupis ordonna au comte de surveiller Ryoma, et lui-même se méfiait du jeune baron à cause de la veine d’halite.

Sa promesse d’aide était fausse. Il n’avait pas vraiment l’intention d’aider Ryoma. Du moins, jusqu’à présent…

je vois… Il veut une vraie promesse d’aide.

Le comte Salzberg avait bien saisi l’intention de Ryoma.

Hmm, l’aider n’est pas une si mauvaise idée… Au moins, il en sait plus sur l’honneur que cette stupide femme assise dans la capitale et qui ne fait que lancer des ordres… Et pour un roturier, il a de l’esprit… Ce n’est pas un imbécile. Et le fait qu’il n’ait pas demandé d’argent est particulièrement intéressant…

Ryoma sourit doucement, regardant la tension s’évacuer de l’expression du comte Salzberg.

C’est une bonne chose que j’aie choisi de demander de la coopération et non de l’argent… Je veux dire, il est tellement occupé à gagner de l’argent qu’il détourne même les ressources de la famille royale… Il ne voulait pas me payer un centime. Et le comte avait déjà un contrôle effectif de la veine. Je suis peut-être le propriétaire légitime de cette terre, mais il ne me paierait pas pour quelque chose qu’il contrôle déjà.

Le comte Salzberg avait détourné la veine d’halite par besoin d’argent. Aussi justifiée que soit la revendication de Ryoma sur la veine, le comte ne serait pas enclin à la payer. Ryoma conclut que le comte était un homme obstiné quand il s’agissait d’argent. Et il avait raison de le penser, le visage du comte Salzberg le montrait clairement.

« Baron Mikoshiba ? Je ne comprends pas la valeur de ce document. Pourriez-vous m’expliquer ? », demanda Lady Yulia.

Ayant été élevée dans une maison de marchands, Lady Yulia était une politicienne très habile. Elle avait épousé Thomas Salzberg afin d’aider à la reconstruction de la maison Salzberg, et elle avait certainement contribué à sa résurgence. D’après son œil averti, le contrat valait mille pièces d’or. Mais elle feignit l’ignorance en demandant des explications à Ryoma.

Il y avait deux raisons à cela. La première était de s’assurer qu’il n’augmenterait pas le coût, et la seconde était qu’elle soupçonnait qu’il y avait peut-être une sorte de manipulation derrière toute cette affaire.

Ryoma avait répondu à sa question avec un sourire et un regard inébranlable.

« Ai-je vraiment besoin de m’expliquer à ce point ? Vous êtes célèbre pour être une experte sur le sujet. Je souhaite sincèrement et honnêtement l’aide et la coopération du Comte. Après tout, je vous ai déplu l’autre jour parce que je ne connaissais pas grand-chose de cette ville… Vous pouvez considérer ceci comme mes excuses pour cela. »

Un silence s’était installé entre Ryoma et le couple.

Voilà donc son point de vue… C’est logique. Et ces yeux inébranlables… Il n’invente pas ça sur le champ. Il y croit vraiment.

L’intuition qu’elle avait entretenue pendant de nombreuses années fit dire à dame Yulia que l’homme qui souriait devant ses yeux avait prévu cela.

« Très bien… J’admets que votre proposition a de la valeur, Baron. Mais nous aurons besoin d’un peu de temps. Je souhaite en parler avec mon mari. », conclut dame Yulia.

« Compris. Alors je vais en rester -là aujourd’hui… Je reviendrai une fois que vous aurez envoyé votre réponse. », Ryoma hocha la tête et se leva de son siège.

Son expression n’avait pas la moindre trace de déception. Il ne pensait probablement pas que la discussion serait décidée sur le champ.

C’est logique. J’imagine que le comte Salzberg aurait aussi voulu ajouter quelques conditions de son côté. En fait, je serais un peu effrayé s’il signait sur place aujourd’hui… Je ne voudrais pas qu’il change d’attitude envers moi plus tard.

Ryoma avait dispersé son appât, et avait attiré l’attention du comte Salzberg. Il ne restait plus qu’à attendre qu’il morde à l’hameçon. Ryoma préférait donc être patient et attendre tranquillement.

Prenez votre temps et réfléchissez bien… Oui… Prenez tout le temps qu’il vous faut…

« Oui… Nous nous excusons pour le dérangement, Baron. Alors, à un autre jour. »

Ryoma s’inclina devant les mots d’adieu de dame Yulia et quitta le domaine, escorté par une servante qui attendait près de la porte.

« Alors il est parti… Mais es-tu sûre qu’on aurait dû le laisser partir ? », demanda le comte Salzberg à dame Yulia, alors qu’il se levait du canapé et regardait Ryoma s’éloigner par la fenêtre.

« Oui, il a probablement planifié tout ce qui s’est passé aujourd’hui… »

Dame Yulia haussa les épaules.

« Bien qu’il ait pu jouer la comédie. Dans ce cas, c’est un menteur très talentueux. »

Elle avait une confiance absolue dans sa capacité à discerner la nature des autres. Tant lorsqu’elle avait aidé à gérer la société Mystel dans sa jeunesse qu’après son mariage avec la maison Salzberg, elle avait toujours été entourée de personnes sournoises. Elle avait dû acquérir cette perspicacité pour pouvoir faire face à ce genre de personnes.

« Hmm… Je pense que nous devrions accepter l’offre de Mikoshiba… Yulia, qu’en penses-tu ? »

Le comte Salzberg s’était assis à côté de Yulia et avait partagé son opinion.

Mais alors que le comte était celui qui avait le dernier mot, il parla à Dame Yulia avec un soupçon de réserve dans sa voix. Il fallait peut-être s’y attendre, car le comte Salzberg ressemblait davantage à un guerrier. Il avait une personnalité affirmée et impitoyable, mais il savait qu’il n’était pas sans défaut et infaillible. Il y avait des domaines où il était au mieux dans la moyenne, à savoir la diplomatie et la stratégie.

C’était pourquoi il accordait une grande confiance à l’opinion de Lady Yulia. Elle était son outil pour assurer sa prospérité. Le fait d’avoir passé des années à affronter des hommes asservis à l’argent avait fait d’elle la partenaire idéale et la plus fiable aux yeux du comte Salzberg.

« Il y a encore quelques points que j’appréhende, mais je suis d’accord, nous devrions accepter son offre. Au moins, avoir ce contrat ne nous fera que du bien… »

Les lois de Rhoadseria n’étaient pas aussi méticuleusement réglementées que celles du Japon. D’une certaine manière, les contrats étaient prioritaires sur tout et n’importe quoi d’autre. Si ce contrat était signé et remis, la veine d’halite appartiendrait officiellement à la Maison Salzberg. Cela ne fera pas disparaître les détournements de fonds commis dans le passé, mais toute preuve en ce sens pourrait paraître floue et peu fiable.

S’ils finissaient par aller en procès, ils pourraient s’en tirer avec une petite amende. Ils pourraient corrompre le juge et lui demander de les déclarer innocents parce qu’il n’y avait pas de base suffisante pour un soupçon raisonnable. Après tout, ils pourraient prétendre que la veine était actuellement la leur.

Même la famille royale aurait du mal à les juger sur la question de savoir quand ils avaient commencé à récolter des ressources sur des terres qui leur appartenaient légitimement. Surtout avant que leur droit n’ait commencé. Et plus le temps passait, plus la piste des preuves et des témoignages devenait froide, et moins le comte Salzberg semblait suspect.

Bien sûr, le comte Salzberg ne pouvait y parvenir que grâce aux finances et à l’autorité qu’il possédait déjà, mais cette seule feuille de papier serait encore un atout puissant entre ses mains. Dame Yulia estimait donc qu’ils devaient accepter l’offre de Ryoma. Mais il restait quelques problèmes qui l’empêchaient de donner son consentement immédiat.

« Appréhension… ? Veux-tu parler de la fille de Christof ? », demanda le comte Salzberg.

Pour elle, c’était le point le plus préoccupant. La compagnie Christof s’était fait voler sa position de chef du syndicat. Avec ça, elle avait perdu sa prétention à avoir le contrôle de toute l’économie d’Epire. Normalement, la compagnie aurait déjà dû s’effondrer complètement, mais elle avait pu s’accrocher à la vie, bien qu’à une échelle très réduite. Cependant…

Lady Yulia a secoué la tête.

« Pas tout à fait… ce qui me dérange, ce sont les véritables intentions de cet homme. »

« Celles de Mikoshiba ? Je suis d’accord, c’est difficile de le saisir… Il est malin. Je dois admettre que je l’ai probablement sous-estimé, mais as-tu vu autre chose en lui ? »

Dame Yulia poussa un petit soupir.

« Non, je suis dans le même bateau que toi. Je ne pense pas qu’il y ait un piège dans cette offre, mais… »

Les mots de Lady Yulia s’étaient éloignés. Le comte Salzberg l’avait regardée avec une surprise dans les yeux.

« Mais quoi ? Qu’est-ce qui te préoccupe ? »

« Je n’arrive pas à me débarrasser du sentiment que l’homme pourrait tôt ou tard venir nous écraser… » dit-elle.

C’était seulement un peu d’anxiété vague et indéfinie. Elle ne pouvait pas l’attribuer à une raison claire. Mais son intuition de commerçant sonnait comme une sonnette d’alarme, l’avertissant du danger. Et elle ne pouvait pas se résoudre à l’ignorer.

Le comte Salzberg, cependant, semblait avoir un sentiment différent.

« Pfft ! Ahahaha ! Yulia, je dois beaucoup à ta sagesse, et c’est pourquoi j’ai toujours eu confiance en ce que tu as à dire. Mais tu ne crois pas que c’est un peu trop ? »

Le comte Salzberg éclata de rire lors de la confession de Yulia.

« Réalises-tu à quel point le fossé entre Mikoshiba et moi est grand, n’est-ce pas ? Peut-être que dans un siècle, il serait capable de combler ce fossé, mais même une décennie ou deux ne suffiraient pas. »

Il ne croyait pas que c’était possible, et dame Yulia ne pouvait pas vraiment argumenter contre son opinion. La différence de pouvoir entre Ryoma et le comte Salzberg était évidente. Le comte Salzberg avait le dessus dans tous les domaines qui avaient trait à la domination d’un territoire, économie, influence politique, pouvoir diplomatique et puissance militaire.

Et la plus grande différence était les territoires qu’ils possédaient. Il était vrai que le territoire de la maison Salzberg se trouvait le long d’une zone frontalière, mais il y avait un commerce abondant, associé à la veine d’halite. En revanche, la Maison Mikoshiba possédait la péninsule de Wortenia, qui non seulement ne comptait aucun citoyen pour la peupler, mais qui grouillait aussi de monstres et de demi-hommes.

On ne pouvait pas comparer les deux maisons. Comme l’avait dit le comte Salzberg, il faudrait non pas des décennies, mais des siècles pour combler cette lacune.

« Oui, tu as… tu as raison. »

Plus elle y réfléchissait logiquement, plus les paroles de son mari lui semblaient raisonnables.

« Oui, Yulia, tu t’inquiètes trop. Je te jure, femme… Heheh… Bon, peu importe. Si tu es si inquiète, nous pouvons envoyer cette femme de ménage de la dernière fois comme une de nos conditions pour le contrat et afin d’obtenir quelques fuites d’informations pour nous. Nous l’avons préparée à cela, et je doute que Mikoshiba se plaigne. Est-ce que cela va apaiser tes craintes, chérie ? »

Lady Yulia fit un signe de tête. Elle avait reconnu la vérité derrière ses paroles. Et c’était pourquoi elle avait décidé d’arrêter de s’en inquiéter. L’intellect humain ne pouvait pas imaginer le prix que cette décision allait lui coûter.

« Oui, c’est bien. Faisons cela… Ensuite, j’ajouterai quelques clauses et je le signerai. Une fois que nous serons légalement propriétaires de la veine, nous devrions être en sécurité. »

« Mmhmm. Je te laisse t’occuper de ça. Heh, je n’imaginais pas t’entendre dire quelque chose comme ça, mais… L’avenir de cet homme est quelque chose que j’attends avec impatience. »

Il parlait avec l’arrogance d’un homme au pouvoir qui regarde les faibles de haut. Mais ces mots allaient sceller le destin de la Maison Salzberg. Et quelques jours plus tard, les deux hommes scellèrent officiellement le contrat. Le comte Salzberg avait pris possession de la veine sans payer une seule pièce, Ryoma l’avait cédée gratuitement.

Et pourtant, personne ne pouvait dire avec précision lequel d’entre eux avait vraiment profité de cette transaction. Du moins, pas avant le jour où ils se battront en duel…

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